Imam Moussé Fall du Réseau Islam et population: « Le message destiné aux jeunes s’articule autour de l’abstinence »

03 Jan 2018
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Les religieux des pays d’Afrique de l’Ouest francophone ont scellé, à Conakry, en marge de la 6ème Réunion annuelle du Partenariat de Ouagadougou, une alliance. Notre compatriote l’imam Moussé Fall, coordonnateur pays de l’Alliance des religieux pour la promotion de la santé et le développement, assure la coordination au Sénégal. Dans cet entretien, il revient sur les motivations ayant guidé la mise en place de cette alliance et les différentes interventions faites dans notre pays dans la promotion de la planification. Il partage surtout les activités menées au profit des jeunes pour une sexualité responsable.

Pourquoi avez-vous senti la nécessité de mettre en place une alliance des religieux en Afrique de l’Ouest ?
L’inspiration pour la mise en place de l’Alliance des religieux de l’Afrique de l’Ouest pour la promotion de la santé et le développement (Arao/Sd) nous est venue à Cotonou, en 2015, lors de la 4ème Réunion annuelle du Partenariat de Ouagadougou. Constatant que les jeunes s’étaient regroupés, nous nous sommes dit qu’il faut mettre en place une alliance pour répondre aux exigences dans les différents pays d’Afrique de l’Ouest francophone, dans le cadre d’un partenariat Sud-Sud. Surtout que nous partageons les mêmes réalités socioculturelles et religieuses.

Cette alliance doit ainsi nous permettre de partager les expériences réussies et de peaufiner des plans d’actions régionaux, pour une meilleure synergie des interventions.

Pourquoi n’évoquez-vous pas directement la planification familiale dans l’intitulé de votre alliance ?
Parler uniquement de la planification familiale réduit notre champ d’intervention, car il y a d’autres aspects comme les Mutilations génitales féminines (Mgf), la protection de l’enfant, etc.

D’ailleurs, le Réseau Islam et population du Sénégal a un argumentaire pour lutter contre les Mgf, la protection de l’enfant. Mais, il faut reconnaître qu’au début il nous était difficile, en tant que religieux, de prononcer le mot planification familiale dans nos prêches.

C’est à la suite de la campagne « Moytou nef » (éviter les grossesses rapprochées) du Plan d’actions national de planification familiale au Sénégal que nous avons commencé à effectivement évoquer la planification familiale. Cette campagne a, en effet, facilité la compréhension du terme en se focalisant sur la lutte contre les grossesses rapprochées. A partir de cet instant, nous avons développé des messages beaucoup plus appropriés à l’enseignement islamique. D’autant plus que, dans un hadith, le prophète Mouhamed (Psl) a dit d’allaiter les enfants dans l’espace de 2 ans. C’est une forme de planification familiale.

Au Sénégal, quelles sont les actions concrètes que vous-avez eues à mener en tant que religieux pour sensibiliser les populations dans le domaine de la contraception ?
Nous avons eu à travailler avec le Réseau Islam et population avec des religieux (imams, maitres coraniques, chefs religieux, etc.) dans le domaine de la santé de la reproduction. Dans ce cadre, il y a eu des sessions d’orientation à l’endroit des imams. C’est ainsi que nous avons pu former 3.000 imams dans toutes les régions du Sénégal en collaboration avec des partenaires comme IntraHealth international, Unfpa, Ademas, le Réseau « Siggil Jiggèn »... Ces imams, à l’issue de chacune des formations, proposent un plan d’actions intégrant les prêches du vendredi adressés essentiellement aux hommes qui sont les chefs de famille, les décideurs au sein de la famille. Cette action a permis d’assurer l’implication des hommes dans la planification familiale. Parmi les imams, certains se sont engagés à être des relais religieux pour assurer des causeries de quartier destinées aux jeunes des Asc (Associations sportives et culturelles). Cette activité a permis d’avoir un dialogue franc avec eux et basé sur la religion islamique.

Mais, on note toujours des religieux qui s’opposent à la planification familiale ?
Les progressistes approuvent, alors que les orthodoxes campent sur leur position. Souvent l’ancienne génération émet des doutes avec des arguments tels que la planification familiale est une conspiration entre l’Occident et certains dirigeants africains pour réduire la population en Afrique. D’autres disent que c’est la limitation des naissances, au moment où certains évoquent une forme d’infanticide. Mais, tous campent sur leur position.

Vous vous adressez aux jeunes dans vos causeries. Quels messages lancez-vous à ceux qui sont sexuellement actifs ?
Le message destiné aux jeunes s’articule autour de l’abstinence conformément à l’enseignement du prophète qui a adressé un message aux jeunes leur disant : « Si vous disposez de moyens pour vous mariez, faites-le ; au cas contraire adonnez-vous au jeune ».

Ce message est une incitation à l’abstinence. Il appelle à plus de responsabilité dans la vie sexuelle, un style de vie chez les jeunes célibataires. Cependant, la réalité révèle qu’il y a des jeunes sexuellement actifs. Donc, nous ne pouvons pas passer sous silence cet état de fait. Pour cette raison, nous n’avons de cesse de les amener à de meilleurs sentiments et, au pire des cas, prodiguer une sexualité responsable pour éviter de ne pas contracter des maladies, des grossesses non désirées, et ainsi éviter les avortements clandestins, les infanticides, etc. Cela répond au moindre mal si l’on se réfère à la jurisprudence islamique.

Entretien réalisé à Conakry par Maïmouna GUEYE

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