Rétro 2017 - Société / Disparition de trois Khalifes généraux : Deuil dans la grande communauté tidiane

03 Jan 2018
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L’ « enterrement » de l’année 2017 intervient un peu plus de trois mois après la disparition, le 22 septembre 2017, du Khalife général des Tidianes, Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine qui n’a assumé la charge que pendant un semestre, après avoir succédé à son grand-frère Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Maktoum, rappelé à Dieu 16 mars 2017. Le deuil n’a pas frappé que Tivaouane, la capitale de la Tidianiya au Sénégal. Léona Niassène, autre grand pôle de la Tidianiya, a aussi perdu, le 09 novembre 2017, son Khalife général El Hadj Ibrahima Niasse. Déjà, la science de ces trois personnages, leur douceur, leur affabilité et leur tendresse manquent aux fidèles qui venaient auprès d’eux rechercher la Vérité et illuminer leur cœur avec les lumières éternelles que ces hommes de Dieu dégageaient.

SERIGNE CHEIKH TIDIANE SY AL MAKTOUM (1925-2017) : UN GUIDE HORS NORME
Al MakhtoumLe rappel à Dieu de Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Maktoum, le 16 mars 2017, a été une immense perte pour le Sénégal, à jamais sevré des adresses limpides de ce guide religieux rappelant aux croyants de tous bords que « seul Dieu doit être l’objet de leur adoration et de leur soumission ». De son vivant, le cinquième Khalife général des Tidianes ne cessait aussi d’exalter l’amour, l’écoute réciproque et le travail, ces autres formes de dévotion. Né à Saint-Louis du Sénégal, ville du raffinement et du bon goût, il a vécu en homme ouvert aux vents fécondants de l’extérieur.

Très tôt affranchi du conservatisme ambiant de son époque, il n’en demeurait pas moins un guide imbu de la science islamique. Pendant les cinq années passées à la tête de la communauté tidiane (2012-2017), il n’a fait aucune sortie publique. L’homme est ainsi. D’ailleurs, il n’a pas usurpé son surnom Al Maktoum, c’est-à-dire le mystérieux ! Serigne Cheikh Tidiane Sy parlait peu ; une fois par an, à travers une veillée religieuse que les « Moustarchidines wal Moustarchidaty », dirigés par son fils Moustapha Sy, organisent au champ de courses de Tivaouane. Au cours de cette manifestation très courue, l’homme, à travers les thèmes qu’il développait, faisait étalage de l’étendue des ses connaissances et de toute sa maîtrise du Coran.

Mû par une quête insatiable du savoir, Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Maktoum a appris le français, une langue qu’il parlait bien. Le cinquième Khalife général des Tidianes avait touché, un moment, à la politique en créant le Parti de la solidarité sénégalais. Il était également un homme d’affaires réputé, actionnaire dans une grande cimenterie au Sénégal. Avant-gardiste avant l’heure, Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Maktoum ne cessait d’étonner et de fasciner son monde. N’est-ce pas là l’une des marques des guides hors norme ? 

SERIGNE ABDOUL AZIZ SY AL AMINE (1927-2017) : L’INFATIGABLE MISSIONNAIRE
La disparition, le 22 septembre 2017, de Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine, après seulement six mois de khalifat, est encore fraîche dans la mémoire collective des musulmans sénégalais. Les croyants de notre pays se souviennent de ses thèmes favoris : unicité de Dieu ; conformité à la charia et à la sunna ; union des cœurs et des esprits ; cohésion sociale ; solidarité nationale. Le sixième successeur de Mawdo Malick Sy, disparu à l’âge de 89 ans, est un produit de l’université islamique de Tivaouane. Formé dans ce creuset de l’excellence, il en est sorti, repu de nourritures spirituelles, surclassant bon nombre de ses contemporains en matière de connaissances, d’enseignements, de générosité et de bienfaisance.

D’une urbanité exquise que l’on ne retrouve que chez ceux qui ont eu un long commerce avec la prestigieuse culture islamique, d’une surprenante érudition qui fait voler en éclats les barrières entre la gnose mystique et la connaissance de ce monde, Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine, porte-parole de trois khalifes généraux qui l’ont précédé dans cette charge, fut un exemple de civilité, d’humilité et d’amabilité. Son extrême sensibilité au devenir des âmes avait fait de Serigne Abdoul Aziz Sy un homme au plus haut point touché par les problèmes qui se posaient quotidiennement aux fidèles. Il ne cessait de nous rappeler que « l’islamique, en plus d’être la voie du salut, est une morale de tous les jours. Il est un comportement, une conduite que l’on doit adopter même dans ses actes les plus anodins ». Pour faire passer un tel message dans les esprits, Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine ne ménageait pas son temps. Son bloc-notes était, avant et pendant sa fonction de Khalife général des Tidianes, plein de dates pour des conférences qu’il tenait partout où les fidèles interpelaient sa science pour mieux pratiquer leur religion. Bref, il parcourait inlassablement le pays, comme un pâtre, pour y semer la bonne graine.

EL HADJ IBRAHIMA NIASSE (1932-2017) : UN GRAND COMBATTANT DE L’ISLAM
El H I NiasseLe Khalife de Léona Niassène, El Hadji Ibrahima Niasse, rappelé à Dieu le 09 novembre 2017 à Kaolack, avait, en septembre 2009, remplacé, à la tête de la communauté Niassène de Léona, El Hadji Oumar Niasse. Disparu à l’âge de 85 ans, le quatrième khalife de Mame Khalifa Niasse, fils aîné d’El Hadj Abdoulaye Niasse, le fondateur de la communauté religieuse des Niassènes, et grand-frère de Cheikhal Islam Elh Hadj Ibrahima Niasse de Médina Baye. Le défunt, qui a été pendant de nombreuses années l’Imam de la grande mosquée de Léona Niassène, a supervisé les travaux de rénovation de ladite « Maison de Dieu » et de construction de l’esplanade, deux grands chantiers exécutés dans le cadre du programme de modernisation des cités religieuses lancé par l’Etat.

Formé dans le « daara » (école de formation religieuse) de son père, il en sort avec une maîtrise des sciences ésotériques dont il est un parfait expert reconnu de tous. Il est rarement sorti du Sénégal. Ses proches lui connaissent quelques voyages en Arabie Saoudite pour les besoins du pèlerinage aux Lieux Saints de l’Islam.  El Hadji Ibrahima Niasse déclarait toujours qu’il était bien ici au Sénégal, « partagé entre la mosquée et ses champs-écoles ». Formateur, chantre émérite du prophète Mouhamad (Psl), agriculteur et transporteur, il était un boulimique du travail. Sur ces différents champs, il faisait vraiment les choses à fond.

Communicateur hors norme, il savait conter l’histoire de la religion musulmane, concourant à la permanence de la civilisation islamique et satisfaisant les exigences humaines de connaissances.

Aussi, c’était tout un art de le voir se mouvoir à travers le passé de l’Arabie, ce berceau de l’Islam. Tel un contemporain perpétuel, il ré-improvisait toutes les œuvres malgré l’éloignement historique. Maître du verbe, El Hadj Ibrahima Niasse savait moduler tout récit intéressant l’Islam, en privilégier un épisode et lui donner la tonalité qui sied.

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on mercredi, 03 janvier 2018 07:58
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