Point de mire : Les Etats-Unis ont-ils encore une diplomatie ? (Par Ibrahima Mbodj)

15 Jan 2018
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Ibrahima Mbodj, Le Soleil Ibrahima Mbodj, Le Soleil

A la suite de la clameur déclenchée par les propos « inappropriés » tenus par le président américain Donald Trump sur Haïti, le Salvador et certaines nations africaines, une question s’impose : Les Etats-Unis ont-ils encore une diplomatie ? Si en dehors de sa fonction de représentation, celle-ci consiste à trouver des solutions ou des compromis par négociations sur des questions clivantes, on peut alors dire que la démarche des Etats-Unis au plan international s’écarte de plus en plus de cette définition.

Voyons comment se présente cette situation : Il y a d’abord les tweets rageurs de son président qui, apparemment, ne passent pas par le filtre des diplomates et qui, à chaque fois, soulèvent des vagues. Les Etats-Unis sont devenus la seule grande puissance dont les réseaux sociaux ont la primeur de ses prises de position diplomatiques. On se souvient de la querelle des tweets entre le président Trump et son jeune homologue nord-coréen au sujet du programme nucléaire et balistique de Pyongyang. Au département d’Etat, d’ailleurs insuffisamment pourvu en diplomates depuis l’arrivée de Trump, cette accoutumance présidentielle à étaler les positions des Etats-Unis sur Twitter doit certainement être une grande préoccupation.

Aux Nations unies, Nikki Haley, la représentante des Etats-Unis, menace régulièrement de ses foudres, les pays qui osent tenir tête à Washington. Ainsi, le 21 décembre dernier, lors de la résolution de l’Onu condamnant la décision américaine de faire de Jérusalem la capitale d’Israël et au cours de laquelle 128 pays ont émis un vote favorable, 35 se sont abstenus et 9 ont voté contre, Mme Haley a menacé en disant que l’Amérique se souviendra le moment venu des pays qui ont voté oui.

Des accords internationaux comme la Cop 21 de Paris ou le traité de libre-échange transpacifique (Tpp) soupçonné d’avantager la Chine ont été enterrés par Trump. Ce dernier, voulant mettre en œuvre son slogan de campagne « America first », a décidé de détricoter tous les accords qu’il estime défavorables à son pays. Et en voulant faire passer les intérêts américains sans tenir compte de ceux de ses vis-à-vis, Donald Trump accentue l’unilatéralisme dont on accuse souvent les Etats-Unis.

Cette attitude a renforcé les risques de guerre commerciale avec l’Ue mais surtout avec la Chine considérée comme un adversaire économique stratégique. Avec la Russie, les relations déjà envenimées à dessein sous l’ère Obama par des sanctions économiques et les empoignades géopolitiques (Ukraine, Syrie, pays baltes) ne se portent guère mieux et toute embellie semble bloquée par la fausse querelle sur la supposée immixtion russe dans les élections américaines.

Concernant l’Iran, le « génie stable » menace de sortir de l’accord P5+1 de juillet 2015 (les 5 membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne) qui avait permis de lever les sanctions infligées à ce pays à cause de son programme nucléaire. Et il donne 3 mois à ses « partenaires » européens pour retoquer l’accord faute de quoi, les Etats­-Unis sortiront de celui-ci.

Avec la Corée du Nord, Washington montre les muscles et menace d’intervenir si ce pays poursuit son programme nucléaire. Aucune tentative de dialogue n’a été notée, mais à la place de dures sanctions ont été votées à l’Onu à l’initiative des Etats-Unis. Ce faisant, il fait peser sur le monde une épée de Damoclès d’une guerre nucléaire.

En Syrie, Washington est intervenu militairement à la tête d’une coalition contre la volonté du gouvernement légitime et menace aujourd’hui le pays d’une partition au nord. Ce qui crée des tensions avec la Turquie craignant la création d’un Etat kurde qui lui prendrait un morceau de territoire. D’ailleurs Ankara, ulcéré par la tentative de coup d’Etat dans laquelle il soupçonne l’allié américain d’avoir trempé, est en train de s’éloigner de l’Otan (cf : Achat des systèmes anti-aériens S 400 russes).

Même l’Alena, l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et ses paisibles voisins (Canada et Mexique) ne trouve pas grâce aux yeux du locataire de la Maison Blanche qui cherche à le renégocier.

Comme on le voit sur beaucoup de dossiers internationaux, Washington essaie de passer en force et utilise les sanctions comme une arme pour atteindre ses objectifs.

Le monde étant devenu multipolaire avec des puissances (Russie, Chine…) pouvant atomiser n’importe quel agresseur, la seule alternative qui vaille, ce sont les négociations pour trouver des solutions aux problèmes mondiaux et bilatéraux, autrement dit revenir à la diplomatie.

Par Ibrahima MBODJ

Last modified on lundi, 15 janvier 2018 08:59
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