Point de mire : « Rameau d’olivier » risqué (Par Dié Maty Fall)

23 Jan 2018
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La Turquie est finalement passée à l’offensive, ce week-end, pour prendre le contrôle d’Afrine, canton frontalier situé dans le nord-ouest de la Syrie. Cette opération militaire, lancée en territoire syrien sous le nom de « Rameau d’olivier », a pour objectif principal d’amoindrir l’influence kurde dans la région et d’empêcher à tout prix la constitution d’un espace aux mains des Kurdes aux frontières de la Turquie. Ce faisant, la Turquie a déclenché, par la même occasion, la première bataille de l’après-Daech.

Afrine est contrôlé par les milices kurdes des Unités de protection du peuple (Ypg), bras armé du Parti de l’union démocratique (Pyd), lui-même considéré comme la branche syrienne du Pkk, le Parti des travailleurs du Kurdistan. Or le Pkk, en guérilla contre les forces turques depuis 1984, est classé comme organisation terroriste par Ankara, mais aussi par une bonne partie de la communauté internationale, dont les Etats-Unis et l’Union européenne. Cependant, les Ypg coopèrent aussi avec la coalition arabo-occidentale au sein des Forces démocratiques syriennes (Fds), le fer de lance de la lutte contre les djihadistes de l’organisation Etat islamique (Daesh).

«Rameau d’olivier» relance donc le grand jeu des alliances dans la tragédie syrienne. Une opération qui semble avoir la bénédiction de la Russie mais place les Etats-Unis et l’Otan dans une situation délicate. Car les combattants kurdes, très engagés aux côtés de la coalition internationale anti-Daesh, sont en première ligne dans le nord-est de la Syrie et ont combattu pour reprendre Raqqa, la ville où ont été fomentés les attentats du 13 novembre en France. La France craint que l’offensive turque détourne les forces combattantes kurdes du combat primordial contre le terrorisme.

«Rameau d’olivier» expose également les profondes divergences entre la Turquie et Washington et adresse un message fort aux Etats-Unis. Ce sont, en effet, sur ces mêmes forces kurdes que les Etats-Unis, qui mènent la coalition mondiale anti-Daesh, s’appuient pour ne pas avoir à déployer des troupes américaines au sol. Le régime turc voit d’un très mauvais œil cette alliance entre les milices kurdes séparatistes et ce membre de l’Otan et n’a de cesse de la critiquer. La récente décision de Washington de livrer des armements modernes à leurs alliés kurdes en Syrie et de former une force frontalière dans le nord de la Syrie de 30.000 hommes, dont la moitié d’Ypg, pour maintenir la sécurité dans les zones nettoyées des djihadistes, a fait monter la tension d’un cran.

«Rameau d’olivier» illustre une nouvelle phase dans les relations entre la Russie, alliée de Damas, et la Turquie, déjà garants avec l’Iran du cessez-le-feu en vigueur en Syrie et de l’implantation de zones de désescalade depuis mai 2017. Les bombardements de l’aviation turque, ce week-end, n’ont été rendus possibles qu’avec l’accord de la Russie, qui contrôle l’espace aérien dans la région. Par ce geste, le Kremlin pourrait chercher à apaiser Ankara, mécontente ces dernières semaines de l’avancée des troupes de Bachar al-Assad, appuyées par les forces russes, en direction de la zone de désescalade syrienne d’Idleb (nord-ouest), où sont déployées des forces turques.

Alors que jusqu’à présent, Moscou entretenait de bons rapports avec les Kurdes de Syrie, cherchant notamment à inclure le Pyd à la table des discussions sur l’avenir de la Syrie, malgré les vives critiques d’Ankara, «Rameau d’olivier» pourrait rebattre les cartes. En autorisant cette opération, la Russie essaierait de faire comprendre aux Kurdes qu’elle n’appréciait pas leur rapprochement avec les Etats-Unis. Un rapprochement américano-kurde qui pourrait menacer, à terme, l’alliance entre le régime syrien et la Russie.

Des voix en Turquie s’interrogent cependant sur la capacité de l’armée turque à mener cette mission. Fragilisée par les vastes purges menées au lendemain du coup d’Etat manqué de juillet 2016, elle avait éprouvé des difficultés lors de l’opération Bouclier de l’Euphrate. A Afrine, les Ypg seraient entre 8.000 et 10.000 combattants, selon le Premier ministre turc. Sur ce terrain compliqué et dans une zone qui leur est familière, les combattants kurdes possèderaient des armes lourdes sophistiquées et la réaction de la population locale face à cette opération reste une inconnue.

Par Dié Maty FALL

Last modified on mardi, 23 janvier 2018 07:05
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