Point de mire : Bamako sous tension (Par Ibrahima Mbodj)

26 Jan 2018
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Le Mali n’en finit pas avec la violence entretenue sur son territoire par les djihadistes depuis janvier 2013. Fragilisé dans le Nord du pays par la rébellion touarègue, le pouvoir de Bamako a été sauvé in extremis par l’intervention militaire française. Toutefois, malgré la présence des soldats français et ceux de l’Onu (Minusma) venus en appui, le Mali ressemble toujours à un grand corps malade gangréné par des groupes rebelles. Hier, 24 Maliens et Burkinabé à bord d’un véhicule de transport en commun ont été tués par l’explosion d’une mine. Malgré les accords d’Alger signés en juin 2015 entre le gouvernement malien et la rébellion du Nord pour une réconciliation nationale, Bamako voit toujours sa souveraineté fortement restreinte dans la région de l’Azawad (Nord).

Malgré la mise en place d’autorités intérimaires dans ces régions, elles ne parviennent pas à asseoir une administration à cause des blocages des rebelles. Et les patrouilles mixtes prévues entre ces derniers et l’armée malienne n’ont fait que de tout petits pas. Pire, le centre du pays, jusque-là considéré comme calme et sûr, commence à être gagné par la violence. L’évaluation récente (octobre 2017) qui a été faite des accords d’Alger a noté quelques avancées telles que l’opérationnalisation des régions de Taoudéni, Ménaka et des cercles de Almoustarat et Achibagho ; la nomination et prise de fonction des représentants de l’Etat (gouverneurs, préfets et sous-préfets) à Ménaka, Taoudéni, Almoustarat et Achibagho ; la nomination des conseillers spéciaux auprès du représentant de l’Etat dans les cinq régions concernées ou encore la tenue de la conférence de Paris pour le financement de la stratégie de développement.

Cependant, d’importants points restent toujours sans solution comme la non mise en place des autorités intérimaires au niveau de cercle et communes ; la non adoption de la loi de création des collectivités territoriales des régions de Taoudéni et de Ménaka et des cercles d’Achibagho et d’Almoustarat ; le manque de consensus sur les recommandations issues de la Conférence d’entente nationale pour l’élaboration de la charte pour la paix, l’unité et de la réconciliation nationale (Article 5 de l’Accord)…

Cette présentation sur les points d’accord et de blocage est loin d’être exhaustive, mais elle montre les difficultés que rencontre la mise en œuvre des accords d’Alger. C’est pour secouer le cocotier que l’Onu vient d’adresser au gouvernement de Bamako un ultimatum pour leur application sous peine de sanctions. Pris d’une part entre la pression populaire qui exige le rétablissement de l’autorité de Bamako au Nord, car soupçonnant à tort ou à raison la France de vouloir amputer ce territoire de l’ensemble malien, et d’autre part, par des groupes djihadistes métastasés et des rebelles qui signalent à droite et tournent à gauche, le régime d’Ibrahima Boubacar Keita ne sait plus par quel bout prendre le problème. D’ailleurs, l’instabilité gouvernementale qui le caractérise semble être le reflet de cette situation.

Il n’est pas du tout certain que la pression de l’Onu puisse ouvrir des perspectives dans le sens voulu, du moins dans l’immédiat. Car comme le dit un adage de chez nous, « un seul bracelet ne peut cliqueter ». Bamako a beau vouloir la paix, mais en face, ses interlocuteurs ne regardent pas dans la même direction, IBK pourrait signifier « Installé à Bamako et non à Kidal » selon le bon mot de l’humoriste Adama Dahico.

Par Ibrahima MBODJ

Last modified on vendredi, 26 janvier 2018 08:27
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