Macron favorable à son changement : Quand le franc Cfa était une monnaie africaine

02 Fév 2018
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« Africaniser » le franc Cfa, Emmanuel Macron n’est pas contre, même s’il vante sa stabilité actuelle avec l’arrimage à l’euro. Des esquisses dans ce sens sont dans l’air du temps. Ce qui serait un retour, à bien des égards, à la situation des années 1970 jusqu’à la dévaluation de 1994.

On reproche au franc Cfa d’être une monnaie néocoloniale. « Très clairement, Oui ». Il n’y a pas d’ambigüité pour Olivier Feiertag, professeur d’Histoire économique à l’Université de Rouen (France). « Il y a un droit de regard sur le commerce extérieur de chaque Etat africain de la zone franc. Si on veut éviter que ces Etats échappent à l’orbite de la France, c’est facile de leur couper les vivres. Jusqu’à la décolonisation, ce système sert de moyen à garantir l’exclusif colonial. En 1950, lorsque la zone Franc est légalement formalisée avec la loi du 26 décembre 1945, 80% du commerce de l’Afrique va vers la France. Il y a un lien entre cette exclusivité et le franc Cfa. Cela continue après l’indépendance, dans les années 1960 ».Cependant, le franc Cfa a une histoire. Il n’a pas toujours été cet outil de domination coloniale. « Il y a eu des moments, comme les années 1970, de décolonisation monétaire », assure M. Feiertag. Le franc Cfa est partiellement « africanisé » avec le transfert des sièges des banques centrales (Paris à Dakar pour la Bceao et à Yaoundé pour la Beac) ; les gouverneurs sont Africains alors qu’ils étaient Français. C’est ainsi que Abdoulaye Fadiga prend la tête de la Bceao ou encore Casimir Oyé Mba celle de la Beac. Cette nouvelle tendance contribue à définir une autre politique monétaire. « Les banques d’émission ont désormais comme objectif le financement du développement, rappelle le Pr Feiertag. Elles vont concrétiser cela avec la création de banques de développement avec des crédits plus faciles pour le moyen et le long termes. Mais aussi avec des participations dans des entreprises publiques comme Air Afrique. A ce moment, le franc Cfa devient largement une affaire africaine. Jacques Foccart, contre toute attente, se montre d’ailleurs favorable à cette évolution, comme le révèle les notes qu’il rédige alors pour le Président Pompidou ». Les cas du Sénégal et de son économie pendant cette période constituent un repère intéressant. Avec des faiblesses macro-économiques, absence de pétrole, par exemple, l’économie sénégalaise joue un rôle important dans la sous-région à travers une bonne stratégie géopolitique. C’est à la lumière de cette histoire qu’il faudrait éviter les erreurs du passé dans l’ambition de refaire du franc Cfa une monnaie « africaine ». Car si le franc Cfa était devenu un enjeu interafricain, il y a eu, paradoxalement, une grande disparité et parfois des situations ubuesques entre les zones monétaires. Olivier Feiertag explique les micmacs qui conduisent à des tensions dans chaque zone et même parfois entre les deux zones. « Si vous voulez acheter des produits ivoiriens quand vous êtes au Congo Brazzaville, il faut d’abord changer les francs Cfa (Beac) en francs français et acheter des francs CFA en Afrique de l’Ouest pour ensuite acheter les produits. C’est incroyable.

C’est un frein à la dynamique économique en Afrique. Il y aura pourtant un moment où la banque centrale devient un élément de développement ». Mais, le moment historique de la décolonisation monétaire est de courte durée. Avec la crise de la dette des années 1980, la situation aboutit à une recolonisation par le Fmi.

MOUSSA DIOP

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