Entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes : Où en est la Der, neuf mois après sa création par Macky Sall, et trois mois d’activités

05 Jui 2018
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La Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide pour les femmes et les jeunes (Der/Fj), neuf mois après sa création par le Chef de l’Etat qui l’a placée sous son contrôle à la présidence de la République, seulement trois mois après le début de ses activités, et à quelques semaines de la première remise de ses financements, nous amène à tenter d’apporter des réponses aux questions qui se posent relativement à cette institution. La Der, pourquoi, pour qui, quels moyens et quel rayon d’action, quelle destination pour sa dotation de 30 milliards de FCfa ? Quid du processus d’enrôlement, etc. ?

Pourquoi et pour qui
En 2017, après trois années de mise en œuvre du Plan Sénégal émergent (Pse), porteur de son ambition pour le pays, trois années sanctionnées par d’éclatants succès, notamment en ce qui concerne le relèvement de la qualité des infrastructures et de la condition sociale, Macky Sall a fait le constat lucide qui suit. En dépit du fait que le Sénégal, pour la première fois de son histoire, connaît une croissance soutenue depuis 2013, ponctuée en 2017 par un taux de 7,2 %, traduisant les résultats probants du Pse, les questions de l’inclusivité de la croissance et de la distribution de la richesse créée sur l’ensemble du pays restaient des défis à relever.Singulièrement pour les cibles vulnérables que sont les femmes et les jeunes. Deux catégories qui sont de loin les populations les plus affectées par le chômage avec respectivement 32 % des 20 - 24 ans et 33 % des femmes. Il s’y ajoute qu’au regard des résultats du Recensement général des entreprises (Rge) opéré en 2016 par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), la réalité économique du Sénégal témoigne d’un pays composé à 60 % d’entrepreneurs individuels et d’acteurs dans le secteur informel.

Peut-être que l’ancien communiste confronté à ces données, s’est rappelé le fameux questionnement de Lénine : «Que faire ? » Sans doute, Macky Sall s’est dit convaincu que l’entrepreneuriat rapide est donc, face à une telle situation, un excellent moyen d’inclusion de ces femmes et jeunes.

Ainsi est née la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide pour les femmes et les jeunes (Der/Fj) dont la création est annoncée par le président de la République en réunion du Conseil des ministres, le 13 septembre 2017. Entre la nomination du Délégué général et du Secrétaire général, en octobre et décembre, les recrutements des directeurs et du staff, entre janvier et février, et enfin l’élaboration du manuel des procédures opérationnelles et financières, ce n’est que le 08 mars dernier que la Der a démarré ses activités.

L’institution est créée dans la perspective d’asseoir, de façon durable, un cadre catalyseur pour la réalisation de performances économiques signifiantes et ressenties pleinement par les populations au vu des efforts consentis et actions déployées par l’Etat du Sénégal et ses différents partenaires.

En somme, les missions de la Der peuvent être comprises comme la définition et la mise en œuvre de stratégies de promotion de l’auto-emploi des jeunes et des femmes ; la mobilisation des ressources et le financement de projets de création d’entreprise et d’activités génératrices de revenus ; le renforcement des capacités techniques et managériales des bénéficiaires ainsi que l’encadrement et le suivi-évaluation des projets et activités financés.

Autrement, c’est une structure qui vient en renfort aux autres dispositifs d’appui financier et non financier en charge de l’emploi des jeunes et de l’autonomisation des femmes. Cependant, son créateur, Macky Sall, veille et fait veiller à ce que la Der, par rapport à ces autres structures, adopte une démarche transversale pour éviter les doublons et agir au mieux dans la prise en charge des besoins des entrepreneurs sénégalais.

Moyens et rayon d’action
Logée à la présidence de la République, la Der est dotée de 30 milliards de FCfa pour le financement de projets portés par les femmes sans limite d’âge et les hommes de 18 à 40 ans. Elle est structurée pour être efficace dans ses modalités d’intervention, mais également souple dans ses procédures de fonctionnement et de gestion, afin de répondre aux exigences de célérité et d’efficacité qui ont commandé sa création. La transparence est également une des exigences de cette institution.

Pour que tout le territoire national ressente les actions de la Der, un dispositif est mis en place avec l’administration territoriale comme relais et interlocutrice afin de rendre ses offres et services accessibles dans les 45 départements du pays.

Ainsi, la tournée nationale de vulgarisation de la Der conduite du 25 mars au 16 mai 2018 a été une occasion, pour la Délégation générale, de mettre en avant une approche de proximité et de collaboration étroite avec l’administration territoriale et les services décentralisés de l’Etat en général. Des comités régionaux de développement (Crd), des comités départementaux de développement (Cdd), des rencontres d’information et des visites économiques ont pu être effectuées par les équipes dans l’ensemble des départements du pays. Le but d’une telle activité était d’informer les populations sur les mécanismes mis en place, les voies pour y accéder, les modalités pour financer et accompagner les initiatives d’affaire sur l’ensemble du territoire national.

La tournée a aussi permis d’affiner la stratégie d’intervention suite au recueil des préoccupations des populations et des autorités rencontrées. En effet, elles ont essentiellement porté sur la nature apolitique de l’intervention de la Der, du fait qu’il s’agit de prêts à rembourser et non de dons ou de subventions, de l’importance de la formation et du renforcement des capacités des bénéficiaires ainsi que de l’appui qui devrait leur être octroyé dans l’obtention des documents administratifs.

Yakham C. N. MBAYE

30 MILLIARDS DE FCFA EN QUESTION
Macky Sall tenant à une répartition des ressources de façon à garantir l’équité territoriale, la Der s’est pliée à cette exigence présidentielle. En effet, les 30 milliards de FCfa pour l’année 2018 sont répartis ainsi qu’il suit : 15 milliards de FCfa répartis  par région, département et commune, en fonction de la taille de la population et du nombre d’unités économiques dans chaque zone, en se basant sur le recensement de l’Ansd ; 15 milliards de FCfa sur la base de secteurs d’activités clés de l’économie sénégalaise.
 
La Der travaillant aux côtés de partenaires afin d’identifier, par secteur, des projets structurants pour l’économie et en phase avec les besoins des cibles visées, l’enveloppe de 15 milliards de FCfa allouée, selon l’organisation sectorielle, est pour l’heure affectée comme suit :
 
Deux (02) milliards de FCfa au secteur de la pêche : un (01) milliard de FCfa pour les femmes (mareyeuses, micro-mareyeuses, transformatrices de produits halieutiques et autres actrices), un (01) milliard de FCfa pour les hommes (pêcheurs, mareyeurs, micro-mareyeurs et autres acteurs) ; un (01) milliard de FCfa à l’économie numérique afin d’accompagner l’éclosion d’un écosystème propice aux start-ups et de promouvoir l’émergence de futurs champions, en réponse aux préoccupations notées lors du premier Forum sur le numérique.
 
Egalement un (01) milliard de FCfa à l’élevage pour le renforcement des capacités et l’amélioration du capital animalier ; trois (03) milliards de FCfa à l’artisanat qui regroupe plus de cent vingt (120) corps de métiers au Sénégal ; trois (03) milliards de FCfa dédiés à l’appui à la formalisation et à la bancarisation des bénéficiaires ; un (01) milliard de FCfa pour le tourisme ; un (01) milliard pour l’introduction de 5000 tricycles avec le ministère de l’Emploi, de l’Insertion professionnelle et de l’Intensification de la main-d’œuvre en remplacement des motos « Jakarta » sur l’ensemble du territoire national ; cinq cents (500) millions de FCfa pour l’industrie culturelle ; des actions spécifiques pour l’émancipation des femmes sont lancées dont le partenariat de cinq cents (500) millions de FCfa avec le Women Investment Club (Wic) qui accompagne les femmes entrepreneuses évoluant dans divers secteurs.
 
Y. C. N. MBAYE
 
PROCESSUS D’ENRÔLEMENT
Le processus d’enrôlement à la Der a démarré le 15 mai 2018. Les dossiers sont à déposer dans les guichets départementaux dans les 45 préfectures du Sénégal ou en ligne à travers l’interface numérique www.der.sn.

La Der a, dans un court délai, pu enclencher la réception et l’étude de dossiers pour des secteurs spécifiques où les besoins en financement sont manifestes. C’est le cas du secteur du numérique où, après le premier Forum sur le numérique, les équipes de la Der ont réceptionné plus de cent (100) dossiers de startups sénégalaises cherchant à se faire financer par de la dette ou des prises de participation et ne pouvant pas accéder au secteur bancaire classique. L’étude de ces projets a été faite par la Der qui compte accorder des financements aux projets les plus pertinents d’ici à la mi-juin.Pour le secteur de la pêche, les équipes de la Der effectuent présentement une campagne d’enrôlement sur l’ensemble des quais de pêche et marchés au poisson du Sénégal. L’objectif recherché à travers une telle campagne est d’évaluer les besoins en financement et moyens de travail des mareyeuses, transformatrices et pêcheurs afin de les accompagner, de manière adaptée, et ce, au plus vite, avec l’enveloppe dédiée au secteur de la pêche.

Les lauréats du Programme sénégalais pour l’emploi des jeunes (Pse-J), incubateur suivi par le Bureau d’opérationnalisation et de suivi du Plan Sénégal émergent (Bos/Pse) sont également à l’étude aussi par la Der.

Une telle démarche entre dans la logique de rationalisation et d’harmonisation des mécanismes d’appui et de promotion de l’entrepreneuriat et de l’emploi dans laquelle la Der veut s’inscrire. Des programmes sont en place avec des projets pertinents et structurants, la Der accompagne ces initiatives pour mettre des jeunes et des femmes dynamiques à l’ouvrage. Les visites économiques faites lors de la tournée nationale de vulgarisation de la Der ont été l’occasion de rencontrer des entrepreneurs avec des initiatives porteuses dans les quatorze régions du Sénégal. Au fil des visites, les équipes de la Der ont pris l’engagement d’accompagner financièrement des projets jugés pertinents et créateurs de valeur dans les zones visitées. Ces différents projets à l’étude à la Der seront aussi financés courant juillet.

Y. C. N. MBAYE

AU-DELÀ DU FINANCEMENT…
Pape Amadou Sarr DerLe rôle de la Der va au-delà du financement. Elle cherche un impact aussi bien dans la formalisation de l’économie, la formation et le renforcement des capacités des bénéficiaires que dans leur inclusion financière.
 
L’appui à la formalisation des entrepreneurs, en prenant en charge les différents documents officiels (Registre de commerce, Ninea et autres documents légaux requis des entreprises) contribuera à l’augmentation du nombre d’entreprises formelles dans l’économie nationale.

En effet, le Rge 2016 de l’Ansd renseigne que près de 97 % d’un peu plus des 400.000 unités économiques recensées au Sénégal sont dans le secteur informel. C’est donc un challenge qui se présente à la Der pour mieux inclure les femmes et les jeunes dans l’économie sénégalaise, gage d’un bond conséquent pour la consolidation et la formalisation de l’économie nationale.

La formalisation, c’est aussi l’inclusion financière à travers la bancarisation de tous les bénéficiaires.

Le but est d’ouvrir près de 200.000 comptes dans les institutions financières et dans le mobile banking sur les cinq années à venir et d’assurer un minimum d’éducation financière afin d’inciter les bénéficiaires à l’épargne et à la constitution d’un historique bancaire.

Ceci contribuerait à hisser le Sénégal aux premières places en termes de taux de pénétration des services financiers dans l’espace Uemoa.

La formation et le renforcement des capacités des bénéficiaires sont au cœur de l’intervention de la Der qui compte offrir un encadrement adéquat pour tous les bénéficiaires. Ainsi, un dispositif d’incubation sera mis en place avec des structures partenaires pour former jeunes et femmes à des métiers porteurs répondant aux besoins de l’économie sénégalaise.  Les incubateurs existant dans certains secteurs pourraient être accompagnés dans une logique de synergie. Les bénéficiaires des formations, accompagnement et renforcement de capacités seront ainsi assez outillés pour démarrer leurs activités grâce au financement de la Der.

Y. C. N. MBAYE

LE PARI DE LA STRUCTURATION DES FILIÈRES
La Der compte, dans son action, contribuer à la structuration de chaînes de valeur. La logique poursuivie est celle d’une création d’écosystèmes entrepreneuriaux qui peuvent impulser une création de richesses. Une telle démarche est entamée dans le secteur de l’élevage. Un partenariat est en discussion avec un opérateur laitier sénégalais pour mettre en place, dans le nord du pays, des fermes avec des vaches métissées ayant un bon rendement laitier. Les familles d’éleveurs sont appuyées pour l’acquisition de vaches pour augmenter leur production de lait et organiser un dispositif de collecte avec l’opérateur. Plus d’une centaine de mini-fermes seront mises en place pour la phase de démarrage. Dans le domaine des transports et de la logistique, le remplacement des motos « Jakarta » par des tricycles est prévu avec le ministère de l’Emploi. Des milliers de jeunes conducteurs bénéficieront de nouveaux outils de travail respectant les normes de sécurité et permettant de générer de meilleurs profits.  Les filières mangues et anacardes dans le sud du pays mobiliseront aussi des efforts de la Der. Un mécanisme est élaboré avec des producteurs d’anacardes pour aider à avoir une production meilleure et la rendre accessible sur tous les lieux de consommation. Un schéma similaire sera en place dans la filière rizicole sur l’ensemble des zones de production dans le pays.

Y. C. N. MBAYE

Y. C. N. MBAYE
Last modified on mardi, 05 juin 2018 09:00
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