Le lait, trop laid ?

05 Juil 2018
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Le lait est un liquide blanc, opaque, d’une pesanteur spécifique un peu plus grande que celle de l’eau. Il est fournit par les glandes mammaires de la femme et des femelles des animaux mammifères. Sa sécrétion se fait naturellement après la parturition. C’est l’aliment par excellence du nouveau-né et la principale source de nutriments pour les jeunes mammifères avant qu’ils puissent en digérer d’autres. Au tout début de l’allaitement, le lait contient du colostrum qui porte les anticorps de la mère, lesquels permettent de réduire le risque de nombreuses maladies chez le nouveau-né.

De tous les mammifères, l’être humain est le seul qui boit du lait après le sevrage et de surcroit le lait d’un autre mammifère. Chez tous les mammifères aussi, les lactases, chargées de dégrader le lactose, disparaissent progressivement. Dès lors, nous pouvons nous poser les questions suivantes : pourquoi continuons-nous, nous, les humains, à en boire jusqu’à la fin de notre vie ? Le lait est-il bon pour notre santé ? Quelles maladies sont soupçonnées d’être causées par le lait ? Nous tenterons de répondre à ces questions fondamentales.

Après la Seconde Guerre mondiale, tous les efforts étaient concentrés sur l’agriculture pour refaire une économie mise à genou. C’est ainsi que la France s’est retrouvée avec beaucoup de lait dans les campagnes. Et ne sachant quoi en faire, le nommé Pierre Mendés France, président du Conseil des ministres, dépose un projet de loi pour généraliser la distribution de lait aux enfants de toutes les communes afin de lutter contre l’alcoolisme et pallier les carences alimentaires de l’après-guerre.

Ainsi, un verre de lait est distribué quotidiennement aux écoliers français et des colonies. D’ailleurs, de grandes stars de l’époque seront mobilisées pour faire avaler la pilule lait malgré certaines réticences et le slogan était : « Pour être studieux, solides, forts et vigoureux, buvez du lait ». Et dans la lignée de la politique mise en œuvre par Pierre Mendés France, les pays européens subventionnent, depuis 1976, la distribution de lait dans les écoles.

Depuis, la consommation du lait devient une habitude dont on ne peut se passer, les industries laitières se développant partout et la production affole les statistiques : la France produit 25 millions de tonnes de lait de vache par an et l’Allemagne 32 millions. De 12 à 14 litres par jour, les vaches de ferme en produisent entre 20 à plus de 60 litres suivant les races. Par nature herbivore, la vache est désormais nourrie par le triptyque blé-maïs-soja, des céréales génétiquement modifiées, d’hormones de croissance, telles que le prosilac, le Rbgh (Hormone de croissance bovine recombinée), et d’antibiotiques (plus de 50 % de la production mondiale d’antibiotiques est destinée aux animaux).

Pour couronner le tout, les vaches sont enfermées dans des hangars, ne voient pas la lumière du jour. Dès le lendemain de sa naissance, le veau est séparé de sa mère, car son lait qui est sensé le nourrir est destiné aux humains. Quelques jours après, la vache est encore violée via l’insémination artificielle. Ce qui signifie qu’elle produit du lait en même temps qu’elle est en gestation. Bref, les vaches sont devenues de véritables usines sur pattes. La mondialisation a fait du lait un aliment-santé universel. Ce produit tel qu’on le consomme de nos jours est malmené, fragmenté, transformé et vendu en pièces détachées au point qu’il n’a plus rien à voir avec celui que consommaient nos parents et grands-parents.

Le lait Uht, chauffé à 140° en quatre secondes pour prolonger sa conservation, est dépourvu de certaines vitamines, ses composés protéiques sont corrompus et ses bactéries assassinées. Pour faire plus de profits, l’industrie laitière a décomposé le lait en sous produits et nous sérine à longueur de journée que « les produits laitiers sont nos amis pour la vie ». Vraiment ? Pour Maximilian Ledochowski, médecin nutritionniste à Innsbruck (Autriche) et spécialiste des intolérances alimentaires, le lait subit entre vingt et trente étapes de transformation. A la fin, entre le produit de départ et le produit d’arrivée, il n’y a que le nom qui est le même.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms), 75 % de la population mondiale est intolérante au lactose surtout les Asiatiques et les Africains. L’argument calcium mis en avant par les spécialistes du lait est botté en touche par certains scientifiques, car c’est dans les pays où on consomme le plus de lait qu’on dénombre le plus de cas d’ostéoporose (fracture des os), au point que l’Oms le surnomme « le paradoxe du calcium ».
D’après une étude suédoise de l’Université d’Uppsala, dirigée par le nutritionniste Karl Mickaelson et parue dans le Bmj en 2014, les personnes qui boivent trois verres de lait par jour ont un risque de fracture osseuse plus élevé et une espérance de vie plus courte. Pour lui, il est aberrant de penser que le lait de croissance d’une autre espèce puisse nous convenir et nous être indispensable toute notre vie.

Pour le journaliste Thierry Soucar, auteur de « Lait, mensonges et propagande », l’Institut Pasteur, l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses) et le Programme national de nutrition santé (Pnns) dépendent beaucoup de l’argent de l’industrie laitière ; ce qui les empêche d’être indépendants. Toujours selon lui, la recommandation de l’Oms qui est 500 mg de calcium par jour s’oppose à celle du Pnns qui est de 1200 mg. Du reste, c’est pour cette raison qu’il est conseillé de consommer trois produis laitiers par jour. Entre l’Oms et le Pnns, qui croire ?

Toxicologue de l’Institut de biochimie minérale de l’Université de Keele, en Grande-Bretagne, Christopher Exley a étudié quinze marques de lait maternisé célèbres dans le monde et a relevé des taux d’aluminium qui varient entre 0,4mg/l et 0,63mg/l alors que le taux autorisé dans l’eau du robinet est de 0,2mg/l. Pour lui, l’aluminium utilisé dans le lait en poudre comme antiagglomérant est un métal neurotoxique qui traverse la barrière encéphalique de l’enfant et s’accumule dans le cerveau ; ce qui peut lui créer des dommages pour le restant de sa vie. « Le lait contient des signaux biochimiques qui stimulent la croissance », dit Bodo Melnik, dermatologue à l’Université d’Osnabrück en Allemagne. Ces propos sont étayés par le chirurgien cancérologue Henry Joyeux du Chu de Montpellier qui considère que le lait de vache contient trois facteurs de croissance qui sont l’Igf-1, le Tgf, et l’Egf qui sont responsables des maladies dites de civilisation comme le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, l’obésité, le cancer du sein, le cancer des ovaires, le cancer de la prostate, les maladies auto immunes, etc.

Selon lui, le lait de vache déminéralise. Sacrilège ! Le lait qu’on recommande à longueur de journée dans les publicités, pour son calcium qui renforce les os, est une aberration. Les pays comme la Suisse, la France, les Etats-Unis, la Hollande, la Suède, la Finlande, etc., qui consomment beaucoup de lait sont aussi ceux où l’on constate la plus forte proportion d’ostéoporose et de fractures du col du fémur après 50 ans.
Walter Willett, responsable du Département de Nutrition de l’Ecole de santé publique d’Harvard, souligne que « l’homme n’a pas besoin de consommer du lait de vache ou d’autres ruminants ». Il indique également que l’apport quotidien en calcium peut être obtenu à partir d’autres sources comme les produits végétaux que l’organisme peut assimiler très facilement. A son avis, l’augmentation du calcium fait diminuer le niveau de la forme active de la vitamine D dans le corps, laquelle empêche le développement des cellules cancéreuses de la prostate.

Le régime hypotoxique proposé par le docteur Jean Seignalet, auteur du livre « L’alimentation ou la troisième médecine», a fait guérir beaucoup de malades en supprimant le lait et les produits laitiers de leur alimentation. C’est ainsi que les patients qu’il a suivis et qui souffraient de rhumatisme, de spondylarthrite ankylosante, d’arthrite, de polyarthrite rhumatoïde, de diabète, de cancer et de tant d’autres maladies sont complètement guéris ou ont constaté une nette amélioration. A n’en pas douter, le lait de vache fait partie des aliments les plus controversés et des études en cours nous réservent bien des surprises.
Depuis les années 1980, la consommation de lait en Afrique et particulièrement au Sénégal est devenue une habitude alimentaire bien ancrée. Du lait, on en trouve partout : en bouteille, en brique, en poudre en sachet, en poudre en pot.

La pléiade de marques de lait orne les boutiques et les rayons des supermarchés. Cependant, il est à noter que la plupart du lait que nous consommons vient de l’Union européenne et provient de vaches élevées de façon inacceptable, détournées de l’herbe, leur alimentation naturelle, nourries avec des hormones de croissance et des Ogm et maintenues en vie avec des antibiotiques. Dès lors, cette mutation en poids et en taille des jeunes sénégalais (sahéliens) inquiète. Tout aussi inquiétante la baisse du quotient intellectuel dans le monde qui chute  d’année en année. Nous vivons dans une époque où les enfants sont plus malades que leurs parents et partout les statistiques sanitaires explosent.

Le lait maternel est le seul lait adapté au tube digestif de l’enfant. Vouloir le remplacer par le lait d’une autre espèce n’est pas une bonne idée, quels que soient les arguments. Le lait est le canal de transmission des informations de comportement de l’espèce. En donnant du lait de vache à l’enfant, il reçoit des informations bovines. Quitte à ne pas se passer du lait, privilégier le lait des petits ruminants comme la brebis ou la chèvre, ou à défaut, consommer le lait de vache locale en s’assurant qu’elle est nourrie à l’herbe et élevée en plein air.

Je ne saurais terminer sans partager cette phrase d’un octogénaire qui m’a dit : «  Le lait ne se mange pas, ne se boit pas, ne se vend pas, ne s’achète pas : il se tète. « Nous sommes ce que nous mangeons ». Je recommande vivement ces ouvrages sur le lait à lire :
-     « Lait, poison mortel », Robert Cohen, 1998 ;
-    « Lait de vache, blancheur trompeuse », Anne Laroche Walter, 1998 ;
-    « Le lait, une sacrée vacherie », Nicolas Le Berre, 1999 ;
-    « Ce lait qui menace les femmes », Raphael Nogier, 2003 ;
-    « La viande et le lait : des aliments dangereux qui détruisent notre santé et notre planète », Christian Schaller, 2007 ;
-    « Lait, mensonges et propagande », Thierry Soucar, 2008.


Par
Gora NDAW

Ingénieur en Santé
environnementale et
territoires soutenables
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