Grands Dossiers (309)

La capitale économique d’Israël est une ville moderne très fréquentée par les touristes du monde entier. Tel Aviv attire par son côté fun et free offrant à chacun l’opportunité de jouir pleinement de sa liberté dans les limites du possible. Aujourd’hui, cette métropole aux nombreuses facettes vit et vibre avec la diversité qui la caractérise.

Vendredi soir à Tel Aviv. La ville si grouillante et si animée a brusquement baissé de tempo. La circulation est fluide dans des rues qui, éclairées par la lumière tamisée du crépuscule, sont plus ou moins désertes. Seuls quelques piétons revenant de la plage trainent sur les trottoirs. Ils hument, en même temps, la brise marine qui berce la ville. C’est le début du shabbat juif qui coïncide avec repos, recueillement et les retrouvailles en famille. Les bus du transport public sont à l’arrêt. Les grandes enseignes ont baissé rideau, les terrasses des restaurants sont désertes.

Dans un célèbre hôtel de la place, les membres d’une famille, vêtus en noir et blanc, récitent quelques psaumes de l’Ancien testament avec une grande ferveur, avant de se restaurer. Tel Aviv plonge brusquement dans une autre ambiance teintée de spiritualité et de recueillement. Même l’aéroport n’est pas épargné, car les compagnies locales sont toutes restées au sol.

Ce brusque changement de décor n’enlève rien au charme de cette ville qui vibre et bourdonne à longueur de journée. Les taxis et autres particuliers circulent toute la nuit. Qu’on soit en bordure de mer ou pas, il est facile de trouver un restaurant où manger en bonne compagnie. Les soirées after-work (ou privées parfois) foisonnent ici aux quatre coins. « Tel Aviv est une ville qui ne dort jamais. A n’importe quelle heure, vous pouvez vous promener et voir les gens dans la rue », avance Richard Benhamou, guide touristique. La ville est aussi le siège des institutions du gouvernement et la capitale économique où se trouvent la plupart des grandes sociétés, la bourse et les hôtels 5 étoiles. C’est pour cela d’ailleurs que la ville bénéficie d’une grande surveillance. Tel Aviv est réputée être une ville sûre. Dans les grandes institutions et autres lieux très fréquentés, il faut montrer patte blanche pour y accéder. Le passage sur les portiques est obligatoire. Et chacun s’y soumet comme si c’était une règle à respecter à la lettre. La police a l’œil partout et guette en permanence les éventuels dangers. Au point que les habitants semblent même oubliés les attaques sanglantes répétitives qu’il y a avait, par moments, dans les arrêts de bus et autres endroits stratégiques. « Aujourd’hui, nous avons maîtrisé tout cela et partout où il y a quelque chose, la police peut être sur les lieux en moins d’une minute », relève Micky Rosenfeld, le porte-parole de la police israélienne.

Sandaga, version israélienne
Avec l’émergence de la classe moyenne et le confort économique dans lequel baignent les Israéliens, Tel Aviv est aussi une ville commerciale avec pas moins de quatre mall et une multitude d’enseignes de luxe sur les grandes avenues. A côté, il y a aussi le marché très fréquenté de Carmel où viennent s’approvisionner bon nombre d’habitants de Tel-Aviv. Ici, on se croirait à Sandaga, le célèbre marché de Dakar, avec des commerçants qui interpellent les acheteurs au milieu des étals allant des épices aux vêtements en passant par les fruits, la charcuterie et les jouets pour enfants. A la différence de Sandaga, ce marché de la capitale économique d’Israël est confiné dans une ruelle. Il est impossible d’y voir des marchands ambulants ou d’irréguliers.


Une fois sorti de ce lieu de commerce, on aperçoit, à nouveau, les bâtiments ultra-modernes de Tel Aviv, conçus dans une architecture rare. Les rues, toujours propres et ordonnées, sont décorées d’une verdure artificielle. « Tout ce que vous voyez ici, est artificiel, car le système de goute à goute nous permet cela», renseigne la diplomate Michal Philosoph. Cette capitale du monde n’en est pas moins une ville de libertés où se croisent quotidiennement juifs orthodoxes, toujours vêtus de noir et musulmans pratiquants, se rendant à la mosquée le vendredi. Le minaret de la grande mosquée Hassan Bek qui se trouve dans la ville arabe de Jaffa est visible partout dans la ville. Le lieu de culte construit, depuis 1916, continue de résister au temps. Elle fait partie des vestiges de la ville. Car Jaffa existe plusieurs siècles avant Tel Aviv. Et l’histoire de cette ville renvoie aux tensions qu’il y a toujours eu entre juifs et arabes. Les problèmes entre ces deux communautés auraient d’ailleurs poussé les juifs à s’installer à l’extrémité de la ville, ce qui est aujourd’hui Tel Aviv.

Le drapeau arc-en-ciel envahit la ville
Malgré les idées reçues, juifs, musulmans et chrétiens peuvent pratiquer librement leur religion dans cette ville cosmopolite, d’après notre guide. En cette première semaine du mois de juin, des personnes venues du monde entier y sont même allés pour célébrer la gay-pride. A la veille de cet évènement, le drapeau arc-en-ciel a inondé la ville. Des artères sont fermées à cause de la manifestation, mais aucune protestation n’a été notée de la part des populations. « Ici, tu peux faire ce que bon te semble, à la seule condition que ta liberté n’empiète pas sur la mienne. Et quand tout le monde se respecte, on vit en harmonie », explique Richard Benhamou. C’est peut-être cet attachement à la liberté des autres qui attire bien des touristes dans la capitale économique israélienne. Car dans la ville, les tours operators ne chôment guère avec des allers-retours incessants entre Tel-Aviv et les autres localités du pays, telles que la Mer morte, la ville sainte de Jérusalem, le lac des Tibériades, Jaffa ou encore Ceasare. Pas moins de 6000 guides effectuent quotidiennement ce travail. L’année dernière, un record a même été battu en termes de fréquentations avec 3,6 millions de touristes enregistrés dans le pays. « Le tourisme est un secteur important en Israël, mais ce n’est pas le plus déterminant de l’économie du pays », nuance Richard Benhamou. Tout de même, si autant de touristes débarquent quotidiennement ici, c’est parce que Tel Aviv est une ville qui attire du monde. Son charme réside dans les commodités qu’elle offre à tout un chacun pour y passer de bons moments. Mais aussi et surtout, du fait que les libertés des uns et des autres sont respectées. Shabbat oblige, la ville s’est à nouveau recroquevillée sur elle-même en attendant le jour d’après.

De notre Envoyé spécial à Tel Aviv, Maguette NDONG

Mur LamentationsJERUSALEM : VILLE DE LA FOI ET DE LA TOLÉRANCE
Tout à l’opposé de Tel Aviv, Jérusalem est une terre sainte où le culte de la foi prédomine sur les autres activités. Nos pérégrinations à l’intérieur de la cité nous ont menés sur différents sites religieux à savoir le Mur des Lamentations, la mosquée Al-Aqsa ainsi qu’au Saint Sépulcre.

Aller en Israël sans faire un détour à Jérusalem aurait donné un goût inachevé à un voyageur. C’est pourquoi l’annonce de la visite de la ville sainte a plongé le groupe de journalistes que nous sommes dans une ambiance féérique. Pour nous tous, cette visite va être une première. Car, la plupart des informations que nous avions jusque-là sur Jérusalem, c’était à partir des médias occidentaux couvrant la visite d’un chef de l’Etat d’une grande puissance ou le passage sur les lieux d’une autorité influente du monde. « C’est un jour d’anniversaire de la guerre des six jours opposant Israël à ses voisins. C’était à ce jour et presque à pareille heure », nous confie notre guide Richard Benhamou. Curieuse coïncidence ! Et l’image qu’on se fait d’une localité est toujours différente dès qu’on y met les pieds pour la première fois. Ce fut le cas en découvrant la ville sainte. Jérusalem est une petite bande de terre mesurant à peine 1 km2. La localité qui tire son nom de « Yeru Salam » (la Ville de la paix) aurait été créée par David il y a 3000 ans. Pour y accéder, il faut emprunter l’une de ses nombreuses portes, dont les plus célèbres sont la Porte de Damas, la Porte de Jaffa et celle de Zion. Celle de Jaffa qui se trouve à la partie jordanienne fait face au Mont des Oliviers, une bande de terre caractérisée par une forte présence chrétienne et avec pas moins de 17 églises et couvents. En passant par-là, l’on peut apercevoir la crête dorée de l’église orthodoxe ainsi que le cimetière juif où est enterré le fils de David.

Mais, la vraie ville de Jérusalem est là, devant nous. Il faut franchir le portail pour pénétrer à l’intérieur. Seulement, il faut avancer à 200 mètres pour faire face à une barrière de sécurité où tous les visiteurs sont soit fouillés, soit passés sur le portique avant de continuer leur chemin. Tout le groupe se prête à l’exercice sans piper mot. Ici, il n’existe guère de passe-droit comme on pourrait le voir ailleurs. Seule la police est maître des lieux. Dans cette ville où chacune des trois religions révélées réclame la paternité, la tension est parfois palpable. Mais en ce beau jour ensoleillé du mois de juin, Jérusalem est calme et chacun vaque à ses occupations. Le premier contact avec la ville se fait avec la communauté juive. Ceux qu’on surnomme ici les juifs ultra-orthodoxes règnent en maîtres dans ce qu’on appelle le kotel (quartier juif).

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

LES JUIFS EN TERRAIN CONQUIS
Vêtus de noir de la tête au pied, ces fervents pratiquants portent tous le chapeau noir. Les moins dogmatiques se contentent de leur kippa, un bonnet qui symbolise l’humilité envers le Créateur. Ici, les juifs sont en terrain conquis et dictent leur loi aux visiteurs. « Pour ceux qui le souhaitent, ils peuvent aller formuler des prières devant le mur, mais avant, il faut se couvrir la tête d’un bonnet ou d’une casquette. Il y a un panier là-bas où il y a des bonnets, prenez-en », conseille Richard, notre guide. Le mur est devant nous, à une centaine de mètres. On peut apercevoir beaucoup de personnes venues formuler une prière. Face au mur, les yeux fermés, certains entrent même en transe. Les autres, pour la plupart âgés, sont assis sur des chaises en plastique en récitant des psaumes de l’Ancien Testament. Un récital qui s’accompagne d’un léger mouvement du corps en avant et en arrière. Devant cette solennité, personne n’ose élever la voix. Tout de même, certains ne peuvent guère manquer de prendre des selfies ou des photos de groupe.

Après le mur des lamentations, notre périple en Terre sainte se poursuit. On fait cap sur l’esplanade des mosquées. C’est le fief, par excellence, des musulmans de Jérusalem. On ne peut s’empêcher, tout de même, de remarquer la forte présence policière sur la ruelle qui y mène. Pas moins d’une quinzaine de policiers portant tous des talkies-walkies et des menottes autour de la ceinture sont là. « Nous sommes dans les dix derniers jours du mois de ramadan et cette période est toujours redoutée ici. D’où cette présence policière », explique Micky Rosenfield, le porte-parole de la police israélienne. Un bref échange, avec notre guide (musulman cette fois-ci), nous permet de franchir cette barrière.

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

Al AqsaPÈLERINAGE À AL AQSA
La poignée de musulmans du groupe que nous sommes est enthousiaste de poser le pied dans ce lieu important de l’Islam. Une dernière vérification est nécessaire. Car, ici, on doit s’assurer que vous êtes bel et bien de confession musulmane avant d’accéder à la mosquée Al Aqsa. « Ouf ! », dit Moussa, un confrère malien, après avoir eu l’autorisation du gardien. Il faut monter une quinzaine de marches avant d’apercevoir le dôme doré d’Al Aqsa. C’est une mosquée majestueuse qui domine toute l’esplanade. En ce matin de ramadan, les fidèles viennent faire leurs dévotions. Ahmad, notre guide, nous conseille de le suivre. Une fois le portail franchi, une grande fraîcheur nous envahit. Les filles prennent le côté gauche, les garçons le sens opposé. La séparation entre les hommes et les femmes est de rigueur ici. Sous nos pieds, nous ressentons un bien-être de marcher sur cette moquette de couleur rouge et moelleuse. L’intérieur est un mélange de jouvence, de marbre et d’ornements dorés. Le plancher est retenu par plusieurs grandes poutres. Mais le secret d’Al Aqsa se trouve au centre du lieu de culte où un grand rocher est maintenu intact. « C’est sur ce rochet d’où le prophète Mouhamad (Psl) est monté au ciel », nous confie Ahmad. On ne peut s’empêcher, alors, de faire des prières et d’essayer de vivre intérieurement cette époque si importante dans la religion islamique. Pour toucher ce rocher, il faut descendre dans une sorte de cave qui n’est autre qu’un lieu qu’une mosquée dans Al Aqsa.

Dans le silence et le recueillement absolu, les fidèles prient continuellement. Pour la plupart, cette visite a des allures de pèlerinage car Al Aqsa est la plus importante mosquée de l’Islam après celles de La Mecque et de Médine.

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

LA CLOCHE SONNE
Mais Jérusalem, c’est aussi le Saint-Sépulcre, le lieu où Jésus Christ a été crucifié avant que son corps ne soit déposé sur sa tombe, selon la version chrétienne. A partir de l’esplanade des mosquées, il faut prendre le chemin inverse et traverser une grande partie du quartier musulman avant d’y accéder. Il faut dire que la séparation entre les quartiers juif, musulman et chrétien tient sur quelques mètres. On peut quitter une localité et rentrer dans une autre, sans s’en rendre compte. C’est aussi l’une des caractéristiques de Jérusalem. Impossible, pour nous, d’effectuer toutes les étapes du Chemin de croix. « Nous allons nous limiter aux cinq dernières étapes qui symbolisent l’après mort de Jésus », rappelle le guide Richard. Une petite porte mène directement à la chapelle de Sainte-Hélène, celle qui a permis de découvrir la tombe de Jésus. Ici, chaque compartiment est géré par une entité chrétienne. Ici, c’est la partie des grecs orthodoxes, là, celle des catholiques ou encore cette autre partie, le coin des coptes. Ces communautés religieuses qui ne s’entendent pas toujours auraient même décidé de confier la clé du Saint-Sépulcre à une famille musulmane de Jérusalem. C’est la famille Nuseibeh. De père en fils, cette tradition continue d’être respectée. Car ici, se trouve la pierre d’onction, là où, selon la tradition, le corps de Jésus avait été déposé après être crucifié. Les fidèles chrétiens se penchent sur cette pierre et formulent des vœux. Sur le mur, on peut apercevoir la fresque de Jésus entouré de ses proches après avoir subi la dure épreuve. A quelques mètres de là, l’on aperçoit un long fil de fidèles qui tentent d’entrer dans la tombe de Jésus. Il faut beaucoup de patience pour accéder à ce lieu saint. Nous n’aurons pas l’occasion de la visiter à cause du timing. La cloche sonne et nous rappelle, en même temps, que le temps qui nous était imparti est épuisé.

Notre pèlerinage en Terre sainte s’achève. Mais on aura compris que Jérusalem est la terre sainte des trois religions révélées qui, malgré les conflits, parviennent toujours à y cohabiter.

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

GolanPLATEAU DU GOLAN : UN SITE SI STRATÉGIQUE AUX MAINS D’ISRAËL
Le Plateau du Golan est une localité importante au Moyen Orient, qui permet à l’Etat israélien d’avoir le contrôle sur une bonne partie de la zone. A ce titre, l’armée y a déployé de gros moyens pour la surveillance.

Les équipes de démineurs sont encore à pied d’œuvre sur tout le long de la route. Nous sommes tout proches de la frontière israélo-syrienne et le bus qui nous transporte semble effectuer des tours incessants pour atteindre le sommet de ce haut plateau. En jetant le regard en bas, on se rend compte de la haute altitude où nous sommes. Ici, c’est le célèbre plateau du Golan, devenu territoire israélien, à la faveur de la guerre avec la Syrie, en 1967.

Le Golan est à la fois une zone dangereuse et un site stratégique à partir duquel on peut apercevoir les différentes capitales du Moyen Orient à savoir Bagdad (Irak), Damas (Syrie) et Amman (Jordanie). Situé à 1165 m au-dessus du niveau de la mer, cette crête, surplombant les autres localités, est sans cesse surveillée par les soldats israéliens. « L’armée a redoublé ses effectifs en qualité et en quantité en se dotant des moyens électroniques, parachutistes et surtout de renseignement », selon Ilan Shulman, un des nombreux agents de renseignement israélien qui travaillent sur le site.

Si l’Etat israélien accorde une grande importance à ce site, c’est parce qu’il y a une nouvelle recomposition dans la région avec notamment la percée de « l’Islam radical » dans les pays tels que la Syrie, Oman, Irak etc. « Tout cela fait l’affaire de l’Iran qui tente de jouer un rôle hégémonique dans la zone », accuse le soldat israélien. Devant nous, l’on peut d’ailleurs apercevoir une épaisse fumée provenant de la ville syrienne la plus proche. « Cette fumée est une illustration de la tension entre les soldats syriens et les rebelles qui veulent renverser le régime de Bachar Al Asad », dit Ilan Shulman. Face à la dangerosité de la zone, l’Onu a jugé utile d’y installer une force d’interposition et de maintien de la paix. Les soldats onusiens observent les moindres mouvements dans la frontière à l’aide de jumelles et d’un matériel sophistiqué. Quotidiennement, ces casques-bleus font des rapports. Car, Israéliens comme Syriens, n’ont guère le droit de mettre des tanks sur un rayon de 10 km.

En dehors de ces bruits de botte, le Golan est un site très fréquenté par les touristes du monde entier. Chinois, américains, japonais et européens s’y rendent quotidiennement pour essayer de comprendre la géopolitique de la région. Pas moins de 3 millions de touristes fréquentent le site par an. L’attraction, ici, c’est surtout le bunker abandonné de l’armée israélienne où les touristes entrent et sortent et se photographient par groupe. « Malgré le danger, la vie continue. Il y a trois semaines, quand il y a eu une attaque venant de la Syrie, il y avait, sur le site, près de 1000 touristes, mais tout s’est bien passé », renseigne Ilan Shulman. Ainsi va la vie sur le plateau du Golan où il faut, en même temps, côtoyer le danger au quotidien et faire cette grande découverte d’une localité si stratégique du monde. Pour l’heure, Israël tient au Plateau du Golan comme à la prunelle de ses yeux.

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

Musee YadMUSÉE YAD VASHEM : PAR DEVOIR ET PAR MÉMOIRE
Ici, c’est un tas de chaussures déchiquetées, là, des cuillères, des photos, des pots ou encore des ustensiles de cuisines jetés pêle-mêle. Tous ces objets appartenaient à des juifs d’Europe et du monde entier jetés ou abandonnés par leurs propriétaires victimes de l’Holocauste. Au musée Yad Vashem de Tel-Aviv, les noms des victimes sont à jamais consignés dans ce qui est appelé « La Salle des noms ». D’ailleurs, le nom du musée Yad (qui signifie nom) et Vashem (qui ne périra jamais) a été conçu et réalisé au nom de toutes personnes (hommes, femmes et enfants), victimes de cette violence inouïe contre une communauté chassée, persécutée et confinée dans des ghettos dans bien des pays européens. Entrer dans ce musée, c’est comme revoir le film de ce massacre des millions d’enfants et d’intellectuels juifs. Car, ici, on entend encore la voix des enfants chanter la «Takiva» (l’espoir), l’hymne de l’Etat d’Israël à l’école avant leur persécution, leur traque et le massacre dans les camps de concentrations nazis. On revoit aussi les villages dans lesquels ils vivaient, les activités qu’ils faisaient au quotidien. Avant que l’irréparable ne se produise. C’est-à-dire leur persécution partout en Europe et leur relégation au rang de « race inférieure » et à des « sous-hommes » par Hitler et son régime. S’en suivit une campagne de diabolisation partout et des rafles. Ils sont ensuite mis dans les ghettos avant d’être conduit, pour la plupart d’entre eux, au crématoire. Entre juillet 1942 et août 1943, près de 870 000 juifs ont été exterminés. « Malgré la souffrance, les juifs avaient la mentalité de résister par la créativité et par leur culture », renseigne notre guide. A Yad Vashem, ce ne sont pas uniquement les victimes qui méritent respect et considération. Ceux-là qui ont aidé des familles juives ou en les cachant quelque part sont à jamais reconnus. On les appelle « justes ». Pas moins de 30 000 justes ont été répertoriés.

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

AU-DELA DE LA PERCEPTION : ISRAËL, UNE AUTRE RÉALITÉ À MONTRER AU MONDE
Boaz BismuthL’Etat hébreu s’est finalement résigné à la mauvaise image qu’il donne au reste du monde. Seulement, les israéliens restent toujours fiers de leur passé et font confiance à l’avenir.

Les Israéliens sont conscients d’une chose, leur pays est mal perçu dans le monde. Et parfois même, très mal vu par les uns et par les autres. Une image accentuée par le conflit avec la Palestine qui milite, pour la plupart du temps, en défaveur de l’Etat hébreu. Seulement, pour Israël cette mauvaise perception varie en fonction des zones où l’on se trouve. Le journaliste et diplomate israélien, Boaz Bismuth, reconnaît certes que son pays ne cesse de trainer ce boulet depuis belle lurette, mais il veut faire la part des choses. « C’est un pays très mal perçu surtout en Europe, pas en Afrique ou en Amérique latine, mais par les Européens. Ce Vieux continent marche très vite en arrière et ce qui me désole, c’est de voir un continent qui va complètement à la déroute, me faire des leçons de morale », explique Boaz Bismuth.

Pour lui, l’Afrique et Israël partagent un passé douloureux, à savoir, l’esclavage et l’Holocauste et ont été colonisés par des puissances européennes. Mais aujourd’hui, les noirs et les juifs ont tous pris leur destin en main et travaillent pour un futur meilleur. « Ici en Israël, vous êtes dans un pays avec certes une magnifique économie, une magnifique technologie, une magnifique agriculture et littérature, mais c’est un pays qui a un magnifique passé et qui compte avoir un magnifique avenir », reconnaît cet ancien ambassadeur d’Israël en Mauritanie.

Le correspondant de l’Agence France presse (Afp) en Israël, Laurent Lorenzo estime également que même si Israël est confronté au conflit israélo-palestinien, il y a encore « d’autres réalités », à savoir dans ce pays. Et ce, dans bien des domaines d’activités. Le directeur de la télévision i24, Frank Melloun, estime, pour sa part, que la création de sa chaîne de télévision était plus pour changer une certaine perception d’Israël et du Moyen-Orient et faire comprendre la réalité du terrain. « On est plus intéressé par cette coexistence entre un arabe et un juif en Israël, la bonne humeur notée parfois et ne pas simplement se focaliser sur les problèmes à savoir le conflit israélo-palestinien qui fait certes partie de la réalité quotidienne ici, mais qui n’est pas la préoccupation première des citoyens israéliens, qu’ils soient juif, arable ou chrétien », signale Frank Melloun.

Pour en revenir au conflit israélo-palestinien, Frank Melloun pointe du doigt les médias qui seraient, en grande partie, responsables de l’exacerbation de ce conflit. « Je reste convaincu que si la majorité des gens pense que la paix n’est pas possible au Proche Orient, par mon expérience personnelle, c’est à 90% à cause des médias. Parce que la perception des choses et souvent l’ignorance, alimente les préjugés et ces préjugés qui établissent que cette paix n’est pas possible », signale le directeur de i24. Quant à Boaz Bismuth, Israël a plusieurs fois montré sa bonne foi dans le règlement de ce conflit. Et selon lui, la résolution de celle-ci viendra d’Israël qui, en 2009 déjà, avait fait part de son ouverture pour la solution à deux Etats. « Sauf que pour atteindre ce but, précise le diplomate, il faut qu’eux-mêmes fassent la paix entre eux. On ne peut pas avoir deux entités palestiniennes divisées une à Gaza et une autre à Ramallah. L’une ne reconnait pas mon Etat et l’autre ne sait même pas gérer son Etat ».

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

Dans la capitale sénégalaise, le sous-secteur du commerce reste marqué, ces dernières années, par l’implantation effrénée de grandes chaînes étrangères de distribution. Elles pullulent un peu partout à Dakar. Que ce soit dans la banlieue, le centre-ville ou les quartiers résidentiels, ces grandes surfaces commerciales ont fini de faire un maillage de la capitale, exploitant le moindre espace stratégiquement placé. Si les consommateurs trouvent leur compte dans ces centres commerciaux haut de gamme, de leur côté, les commerçants locaux tirent la sonnette d’alarme sur l’avenir de leurs activités.

Un dimanche matin sur l’avenue Bourguiba. A peine 50 mètres de cette route, est installée une succursale de l’une des plus grandes chaînes de distribution. En dépit du dernier jour du week-end, où beaucoup de gens se terrent chez eux pour se reposer, l’endroit reste animé. Le peu d’espace en face des trottoirs fait office de parking dépose-minute pour les clients automobilistes, entraînant de temps en temps de petits embouteillages sur cette avenue. A l’entrée de ce grand magasin, deux jeunes vigiles préposés à la sécurité, biceps bien fournis, regard alerte, veillent aux entrées et sorties des visiteurs. Nafissatou Gaye est cadre dans une banque de la place. Aussitôt après être descendue de son véhicule, nous l’interceptons pour quelques échanges sur son déplacement sur les lieux. Elle n’a que le week-end pour faire tous ses achats hebdomadaires. Mme Gaye est une habituée de cette surface commerciale. « Avec le boulot au quotidien, il m’est souvent difficile de faire le marché chaque jour. Je préfère venir dans ces centres commerciaux pour faire mes approvisionnements pour toute la semaine », confie-t-elle. Ajoutant également que ces espaces offrent plus de convivialité et de sérénité. « Ici, c’est calme et le personnel est accueillant », lance la dame, petit sourire au coin des lèvres, avant d’entrer dans le centre commercial.

Une autre femme, plus jeune, les mains sur le guidon du chariot bien rempli, se dirige vers le taxi qu’elle a loué pour ses courses. Mine joviale, commerce facile, la jeune Rabiatou est propriétaire d’un restaurant dans le quartier de la Zone B à Dakar. Elle était venue faire ses emplettes quotidiennes pour la cuisine du lundi. Son panier est rempli de presque tous les ingrédients qu’on trouve d’habitude au marché : poivron, oignon, moutarde, huile, boîtes de conserves… « Les chaînes de distribution ont l’avantage de vendre presque tous les articles.

Contrairement aux marchés des quartiers où il faut courir à gauche et à droite pour remplir son panier avec une pression et un harcèlement démesurés de certains commerçants », s’indigne-t-elle.

A l’image de ces deux femmes, ils sont nombreux les consommateurs sénégalais qui ont jeté leur dévolu sur ces surfaces commerciales qui ont fini de figurer dans les habitudes de consommation de bon nombre de citoyens. Autre endroit, même décor. Au centre-ville, non loin de l’Hôtel de ville de Dakar, est implanté un grand centre commercial depuis près de deux ans. A l’intérieur, le décor est à couper le souffle au visiteur qui y débarque pour la première fois. Les rayons sont achalandés de tous types de marchandises ; les clients qui semblent pris dans un embarras de choix, se lancent à la recherche de l’article désiré parmi des milliers. Quelques jeunes filles et garçons vêtus de tee-shirt à l’effigie du logo du supermarché orientent les visiteurs ; d’autres employés en charge de la gestion des caisses procèdent aux règlements des acheteurs. Emilie, ménagère d’origine libanaise, accompagnée de son mari, vient souvent faire ses emplettes de denrées alimentaires. Même si elle vient dans ce magasin, cela ne l’empêche pas, de temps en temps, de faire un détour dans les marchés du Plateau tels que Sandiniery, Kermel ou Tilène à la Médina. « Je me suis rendu compte que les prix appliqués dans cette surface commerciale sont moins chers que ceux en cours dans les boutiques de quartiers et magasins de la capitale. L’une des préoccupations d’un client demeure naturellement la baisse du prix des marchandises. C’est cette raison qui justifie ma présence dans cet endroit », indique Emilie.

Le souci de la cherté
Si l’essentiel de ces consommateurs rencontrés évoquent le niveau des prix, la convivialité de l’environnement, la facilité d’accès aux produits pour justifier leur choix sur ces surfaces commerciales, d’autres, par contre, se veulent plus prudents. Hamadine Ba est un jeune gérant de chariot, vendeur de café. Il lui arrive de se rendre dans les supermarchés de la capitale pour faire ses approvisionnements en sucre et autres intrants. Mais, il n’oubliera pas de sitôt cette mésaventure qui lui était arrivée, il y a tout juste un an. « J’avais acheté une quantité importante de café. Mais un jour, ce sont mes clients qui m’ont fait la remarque en me disant que le goût de leur dose a changé. J’ignorais ce qu’il en était exactement parce que je n’avais pas prêté attention à la date de péremption », raconte-t-il. Abondant dans le même sens, la ménagère Oulèye dénonce le fait que certains consommateurs, pour payer moins, préfèrent aller dans les surfaces commerciales. «Que ce soient dans les boutiques, les marchés ou les chaînes de distribution, il y a des brebis galeuses. Certains n’hésitent pas à mettre dans le circuit des produits non propres à la consommation. C’est aux acheteurs d’être vigilants », alerte-t-elle.

Dossier réalisé par Abdou DIAW

Commercants MarcheLES COMMERÇANTS LOCAUX BROIENT DU NOIR
Contrairement à certains clients qui se montrent favorables à l’implantation des surfaces commerciales à Dakar, les commerçants, de leur côté, sont loin de partager cet avis. La multiplication de supermarchés à Dakar, proposant les mêmes produits qu’eux, commence à les inquiéter sérieusement. « Avec le développement de ces surfaces commerciales, les commerçants locaux risquent de mettre la clé sous le paillasson, car ils font face à des concurrents proposant des prix plus compétitifs », avertit Ibrahima Diallo, demi-grossiste établi au marché de la Gueule-Tapée.

Il invite l’Etat à sévir afin de sauver l’activité des autres commerçants. Son voisin Issa Dieng se plaint du mutisme des autorités en charge du commerce et lance une alerte aux consommateurs.

« Nous considérons le silence de l’Etat comme signe de complicité avec ces chaînes de distribution. Pourquoi il ne se prononce pas sur la question alors que les étrangers continuent d’ouvrir de gros magasins sur les artères de Dakar, affectant les activités du petit commerce », déplore le jeune Issa.

D’autres boutiquiers et gérants de magasins ont fait part de leurs préoccupations liées notamment aux pertes de parts de marchés, à la concurrence déloyale, à l’écoulement de leurs stocks dans les délais. Rahma Kane est grossiste spécialisé dans la vente de produits agroalimentaires. Il dispose d’une chaîne de magasins éparpillés dans quelques quartiers de Dakar. Pour ce commerçant, qui a son siège sur l’avenue Bourguiba, il faut protéger les nationaux qui, dit-il, sont, aujourd’hui, bousculés par les étrangers. « Nous travaillons avec des fournisseurs locaux qui nous livrent des produits issus de leurs terroirs. L’Etat devrait plutôt nous accompagner dans cette initiative au lieu de laisser les étrangers envahir le marché interne avec leurs produits importés. Cela ne fait qu’augmenter le déficit commercial du Sénégal en raison de la tyrannie des importations sur les exportations.

A. DIAW

PR BIRAHIM GUÈYE, AGRÉGÉ EN SCIENCES DE GESTION (UGB) : « LE PETIT COMMERCE, SOUS SA FORME ACTUELLE, EST CONCURRENCÉ PAR LES CHAÎNES DE DISTRIBUTION »
Professeur agrégé en sciences de gestion, spécialiste de stratégie d’entreprises et d’entrepreneuriat à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, Birahim Guèye analyse l’évolution des nouvelles formes de distribution au Sénégal avec l’ouverture tous azimuts de grandes surfaces commerciales et leur impact sur les activités des commerçants locaux.

Actuellement, nous assistons à une floraison de surfaces commerciales à Dakar et même dans certaines capitales régionales. Comment vous analysez cette situation ?
Les théories explicatives de l’évolution des formats de distribution suggèrent que les évolutions, dans l’environnement socioéconomique, induisent régulièrement des changements dans le commerce de détail avec de nouveaux concepts plus ou moins sophistiqués, des gammes de produits plus ou moins étroites et des niveaux de prix plus ou moins élevés. L’accroissement de la classe moyenne (même si les chiffres pour étayer cela ne sont pas encore disponibles) mondialisée, exigeante et mobile crée les conditions pour qu’apparaisse, au Sénégal, et principalement à Dakar, une distribution plus moderne avec des superettes, des supermarchés et, peut-être sous peu, des hypermarchés dans des zones comme Diamniadio. Ce qu’il faut retenir, c’est que la forte présence de formats de distribution modernes appelés grande distribution est la conséquence de la mondialisation et de l’accroissement de la classe moyenne.

Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette forte ruée de ces sociétés étrangères vers le Sénégal ?
Des entreprises étrangères, dont certaines sont des acteurs importants de la distribution mondiale, à travers des contrats de licence ou de franchise, investissent de plus en plus le marché africain et sénégalais en particulier. C’est la résultante de la saturation de leurs marchés domestiques et de la mondialisation de la distribution afin de bénéficier d’économies d’échelle. L’industrie de la distribution est fortement caractérisée par l’obligation de maîtrise des coûts. Un des leviers pour la maîtrise des coûts, c’est de réaliser des économies d’échelle. En termes simples, il faut accroître la production encore pour réduire au maximum le coût marginal d’une unité produite. Après, il faut trouver à toute cette production des débouchés. C’est la raison pour laquelle les entreprises de distribution, qui exploitent aujourd’hui des marques de distributeur (Mdd) dans le cadre de contrat de sous-traitance et d’externalisation avec de « petits » producteurs, sont obligées d’étendre leur marché partout où une clientèle rentable se trouve. Le marché africain offre un terrain paradisiaque vu le niveau de désorganisation de la distribution, l’étroitesse des gammes de produits commercialisés, le manque de professionnalisme des acteurs (boutiquiers et tabliers de marchés), et les exigences de la classe moyenne dont les attentes sont en décalage avec l’offre du petit commerce traditionnel.

Birahim Gueye ProfLa présence de ces chaînes de distribution ne constitue-t-elle pas une menace pour le petit commerce (les boutiques de quartiers et autres vendeurs) ?
La présence des chaînes de distribution moderne est une menace au petit commerce sous sa forme actuelle. En effet, sous plusieurs aspects, les chaînes de distribution offrent des possibilités et des avantages par rapport au petit commerce. Premièrement, les clients ont l’impression d’avoir des produits plus sains et mieux conservés dans les magasins de la « grande » distribution. A titre d’exemple, le fait que les réfrigérateurs soient systématiquement éteints le soir dans les boutiques de quartier peut amener les consommateurs à aller s’approvisionner dans des espaces où le risque perçu est moins important. Deuxièmement, le fait d’afficher les prix constitue un gain de temps important pour cette nouvelle catégorie de clientèle qui ne peut se permettre de perdre du temps à marchander, même s’il faut reconnaître les bienfaits du marchandage notamment en termes de lien social entre vendeurs et acheteurs. Troisièmement, les horaires d’ouverture, pour une chaîne dont les magasins sont ouverts jusqu’à minuit, constituent une aubaine pour les travailleurs. Autant de raisons, non exhaustives, qui font que les nouveaux formats de distribution sont un danger pour les boutiquiers et autres commerçants de gros ou demi-gros établis dans les marchés comme Castor, Thiaroye, Gueule-Tapée des Parcelles Assainies, entre autres.

A votre avis, ne faudrait-il pas durcir les conditions d’ouverture de ces surfaces commerciales dans la capitale sénégalaise pour éviter une éventuelle anarchie dans ce secteur ?
Dans tous les pays, les conditions d’ouverture des surfaces commerciales sont réglementées. Une batterie de lois encadre, en France, la distribution (lois Royer 1973, loi Sapin 1987, loi Raffarin 1996 ou encore la loi Galland réglementant les relations entre distributeurs et fournisseurs). Les types de formats sont définis selon le niveau d’urbanisation. En zone urbaine, les grands formats sont répartis géographiquement de manière réfléchie pour éviter la cannibalisation des uns par les autres et la disparition du petit commerce de quartier. Les jours et les horaires d’ouverture sont réglementés. Les relations entre les distributeurs et leurs fournisseurs sont clairement définies. Autant de textes pour éviter qu’une catégorie profite de sa position dominante pour écraser une autre. Sans forcément durcir les conditions d’ouverture sans raison valable, le législateur sénégalais devrait s’intéresser à l’organisation du commerce afin de garantir une concurrence saine entre les différents acteurs.

Quelles stratégies devraient adopter les commerçants locaux pour faire face à ces grandes chaînes de distribution ?
Les réponses stratégiques des acteurs du petit commerce face aux grands distributeurs sont essentiellement : proposer des produits du terroir valorisés par la clientèle, accroître le niveau de services apportés aux clients, développer des relations personnalisées avec la clientèle, élever le niveau de qualité et de salubrité de leurs points de vente… Dans le contexte sénégalais, ces réponses ne seront pas faciles à objecter aux grands magasins de la distribution formelle. Il faut souligner les efforts consentis par certains boutiquiers de quartier qui ont amélioré l’ambiance dans leur point de vente et renforcé leur offre. C’est un premier pas. Il faudra rassurer la clientèle sur les conditions d’hygiène et de salubrité dans les boutiques, les rassurer sur la justesse des prix, et tirer des avantages de leur proximité géographique avec la clientèle pour apporter une offre adaptée.

A votre avis, quelle est la part de responsabilité de l’Etat dans la régulation de ce secteur ?
L’Etat doit veiller à une bonne réglementation de la distribution, aider les acteurs nationaux à se professionnaliser, accompagner les producteurs et industriels sénégalais à renforcer leurs relations avec les petits producteurs. L’Etat doit aussi aider à faire émerger de grands acteurs de la distribution au Sénégal en favorisant, par exemple, le développement de réseaux de franchise de distribution portés par des nationaux. Il faudra, cependant, tirer des leçons des expériences de Pridoux et des Easyboutique.

A ce rythme d’implantation, les opérateurs économiques ne sont-ils pas soumis à une concurrence sur leur terrain ?
Comme nous l’avons déjà dit, l’arrivée de grands acteurs mondiaux de la distribution est un défi pour les opérateurs économiques nationaux qui ont à affronter des concurrents bien établis dans le secteur et qui ont en plus l’avantage de l’image et de la réputation. En effet, même sans jamais avoir voyagé en Europe ou aux Etats Unis, les consommateurs sénégalais ont souvent entendu parler de grandes enseignes comme Auchan, Carrefour, Walmart, etc. Cela attise leur curiosité et renforce leur propension à passer à l’acte d’achat dans leurs magasins implantés dans le pays.

A l’image d’autres secteurs comme les hydrocarbures ou la téléphonie mobile, les entreprises de distribution sont aujourd’hui confrontées à une concurrence qui nécessite une attitude différente et le déploiement de capacités nouvelles face à ces concurrents d’un genre nouveau.

Propos recueillis par A. DIAW


MODOU DIOP, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’UNACOIS JAPPO : « NOUS RÉFLÉCHISSONS À UN PLAN D’ACTIONS POUR FAIRE FACE »
Les organisations professionnelles s’inquiètent aussi de l’implantation des supermarchés à Dakar. L'Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois/ Jappo), dirigée par Idy Thiam, sonne l’alerte quant aux impacts sur leurs activités. « Comme beaucoup de gens, nous avons constaté, ces derniers temps, une prolifération des chaînes de distribution, surtout dans des endroits stratégiques de la capitale sénégalaise. C’est une situation que nous déplorons », réagit Modou Diop, secrétaire général de l’Unacois/Jappo. Depuis l’arrivée « massive » de ces supermarchés, les activités du petit commerce ne cessent de connaître des ralentissements, et les Pme souffrent ; car, justifie-t-il, elles sont concurrencées par les produits vendus dans les surfaces commerciales qui sont moins chers. Du coup cela affecte l’activité industrielle. « Actuellement, l’Unacois est en train de réfléchir à un plan d’actions à adopter pour faire face à cette situation. Nous nous penchons également sur les stratégies à mettre en œuvre pour alerter sur les conséquences néfastes de ces surfaces commerciales sur l’activité économique interne », confie M. Diop.

Analysant les conséquences sur le sous-secteur, le secrétaire général de l’Unacois/Jappo, sur le plan commercial, constate qu’il y a des stocks de marchandises non épuisés, entraînant de la mévente chez certains commerçants. « Nous avons souvent des problèmes avec nos fournisseurs qui nous livrent leurs marchandises, avec les banques partenaires. Si les activités des boutiquiers et autres vendeurs ne marchent pas, ils vont avoir toutes les peines à rembourser leurs prêts », s’inquiète M. Diop. Pour lui, la question est plus sérieuse. Il explique que l’activité des chaînes de distribution affecte tous les maillons de la chaîne. Du fournisseur au détaillant en passant par le grossiste, le demi-grossiste, le commerçant, il faut, avertit-il, s’inquiéter des conséquences sociales et économiques dont des pertes d’emplois en perspective. L’ouverture de ces surfaces commerciales favorise aussi la sortie des devises, parce que la plupart d’entre elles ont leur maison-mère à l’étranger. Ce qui peut avoir des impacts sur la balance des paiements.

Préserver le sous-secteur du commerce
Le secrétaire général de l’Unacois/Jappo invite, par ailleurs, la Commission nationale de la concurrence à sensibiliser l’Etat sur les dangers de cette situation, mais à veiller aussi à ce que les conditions de concurrence soient respectées. Il reconnaît, toutefois, la nécessité, pour les commerçants, d’améliorer leurs services pour mieux répondre aux besoins des populations. A ce titre, il sollicite un appui de l’Etat à travers ses différentes structures d’accompagnement. « Le commerce est jusque-là l’un des rares secteurs contrôlés par les nationaux, contrairement aux banques, aux assurances, aux Btp, qui sont entre les mains des étrangers », fait-il remarquer. Il ajoute qu’aujourd’hui, ils ont, dans leur viseur, le commerce en détail et la distribution qui restent l’un des fleurons pourvoyeur d’emplois au Sénégal.

A. DIAW


OUSMANE MBAYE, DIRECTEUR DU COMMERCE INTÉRIEUR : « LES SURFACES COMMERCIALES, UNE RÉPONSE À UNE DEMANDE NON SATISFAITE »
Le directeur du commerce intérieur, Ousmane Mbaye, dit avoir remarqué, depuis deux ans, une pénétration assez forte d’une nouvelle forme de distribution qui, certes existait, mais n’avait pas atteint ces proportions. « Il y avait casino, Pridoux, Citydia…, mais depuis qu’Auchan s’est installée, elle commence à prendre des parts de marché et à s’étendre jusque même dans les régions», relève M. Mbaye. A son avis, cette implantation effrénée de ces chaînes de distribution dans la capitale sénégalaise dénote une demande qui se manifeste de plus en plus, mais qui peine à être satisfaite par les commerçants locaux. Il soutient qu’il existe une nouvelle offre mieux adaptée aux exigences des consommateurs sénégalais. Le directeur du commerce intérieur souligne également la dimension proximité dans ce mode de distribution. En effet, il explique que ces surfaces étaient, jadis, concentrées en ville, mais aujourd’hui, elles sont implantées un peu partout dans les quartiers de la capitale et près des marchés. Autant d’éléments qui ont contribué au dynamisme de ce secteur. S’agissant des prix, Ousmane Mbaye estime que ces supermarchés sont aussi très compétitifs. Le marché sénégalais se trouve être d’abord un marché de prix avant d’être ensuite un marché de qualité. Cependant, il se dit conscient des conséquences que l’installation de ces supermarchés peut entraîner sur le circuit de distribution classique. D’après lui, pour que ces chaînes de distribution ne perdent pas des parts de marché, elles doivent s’adapter et repenser leur modèle.

A. DIAW

Supermarche RayonsL’AFFAIRE CITYDIA-AUCHAN SUR LA TABLE DE LA COMMISSION DE LA CONCURRENCE
En septembre 2017, il a été annoncé, dans la presse, le rachat des magasins Citydia par les supermarchés Auchan. Une acquisition qui n’a pas manqué de susciter des grincements de dents dans le milieu des affaires. Sur ce point, le directeur du commerce intérieur rassure sur les contours de cette transaction : « Actuellement, la Commission nationale de la concurrence étudie cette affaire. C’est un dossier que nous sommes en train d’étudier, au ministère du Commerce, pour voir s’il n’y a pas de position dominante », révèle M. Mbaye. Sur cette acquisition, Laurent Leclerc, directeur général d’Auchan Sénégal, dans un récent entretien accordé au quotidien national Le Soleil précisait : « il y a quelques mois, nous avons été contactés par les dirigeants de Citydia pour échanger sur la possibilité de reprendre leur réseau de magasins. En effet, leur contrat de franchise arrivait à échéance et ils ne souhaitaient pas poursuivre dans ce métier ». Ainsi, Auchan y a vu une belle opportunité pour accélérer son développement et servir ses clients. M. Leclerc ajoute que durant toutes les négociations, la sauvegarde de l’emploi a été la priorité des deux parties. « A ce jour, nous avons conclu la reprise de trois magasins et sommes en cours de finalisation pour les six autres. Nous espérons pouvoir conclure l’ensemble de l’opération avant la fin du premier trimestre 2018 », indiquait le patron d’Auchan Sénégal dans Le Soleil. Actuellement, on constate une multiplication de cette enseigne. Pour sa part, Amadou Kanouté, directeur exécutif de l’Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement (Cicodev)/Afrique, dénonce le rachat de certains magasins par d’autres sociétés, faisant allusion à la reprise des magasins Citydia par Auchan. Ce genre d’opérations, explique M. Kanouté, fait perdre aux consommateurs les avantages de la concurrence. « Si Auchan rachète les magasins de Citydia, on risque d’assister à une disparition de la concurrence, du coup, il n’y a aucune baisse de prix sur les produits », selon M. Kanouté. Ajoutant qu’une absence de concurrence dans le marché fait perdre au client des profits.

A. DIAW

NDONGO SYLLA, GROSSISTE AU MARCHÉ CASTOR : « SI AUCUNE MESURE N’EST PRISE, LES BOUTIQUES VONT FERMER »
« Vu le rythme avec lequel se multiplient les grandes chaînes de distribution à Dakar, surtout ces deux dernières années, il y a de quoi s’inquiéter sur l’avenir des activités des commerçants. Je préviens que dans deux ans, si aucune mesure n’est prise par l’Etat pour assainir le secteur, nous allons assister à une série de fermetures de boutiques et autres magasins à Dakar. Nos clients se font de plus en plus rares ; certains commerçants à qui nous fournissions de la marchandise ont disparu de notre réseau. La situation est tout simplement alarmante. L’autre fait qui mérite d’être souligné est que ces chaînes de distribution s’installent partout dans la capitale sénégalaise. Elles ne prennent pas en compte la dimension proximité. En termes clairs, si vous prenez Castor et ses environs, on en dénombre déjà deux magasins Auchan, et un troisième est sur le point d’être ouvert non loin du marché Castor. Ce qui représente de réelles menaces sur nos activités. Certains de nos fidèles clients qui venaient faire leur approvisionnement mensuel ont commencé petit à petit à se faire rares. Et cela peut constituer un manque à gagner pour nous commerçants ».

A. DIAW

LA CLASSE MOYENNE AFRICAINE, UN BASSIN DE CONSOMMATEURS POUR LES GRANDS GROUPES
Fruits et Legumes 2A l’échelle continentale, il est noté une forte ruée des grandes chaînes de distributions vers les pays de l’Afrique subsaharienne en raison de la présence d’un réel potentiel de consommation de la classe moyenne sur le continent. En effet, le développement de cette classe moyenne africaine se traduit par l’émergence d’une nouvelle base de consommateurs. Dans un récent rapport sur la question, la Banque africaine de développement (Bad) décrit les classes moyennes comme des ménages relativement jeunes, éduqués (enseignement supérieur), vivant dans des centres urbains et disposant de métiers stables et bien rémunérés. L’enquête du Boston Consulting group, intitulée « 2013 Africa Consumer Sentiment Survey », démontre que les consommateurs africains sont sélectifs dans leurs achats : ils font passer la qualité avant la quantité et ont une conscience de marque très prononcée, et ce même lorsque leur revenu diminue. Ce changement dans le comportement d’épargne et de consommation des populations africaines et la hausse continue de leur pouvoir d’achat suggèrent une demande potentielle pour de nouveaux biens et produits.

Cfao et Carrefour donnent le ton…
De grands groupes ont commencé à saisir cette opportunité en ouvrant des succursales dans certains pays. En effet, Carrefour et le groupe Cfao ont signé, depuis 2013, un protocole d'accord pour constituer une société commune qui sera détenue à 55 % par Cfao et à 45 % par Carrefour. Celle-ci bénéficiera d’un droit exclusif de distribution lui permettant de développer différents formats de magasins dans huit pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale : le Cameroun, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, le Nigeria, la République démocratique du Congo et le Sénégal. Carrefour mettra à contribution son expertise de distributeur multi-format et la force de son enseigne. Le groupe Cfao, qui bénéficie, depuis de nombreuses années, d’une forte présence locale en Afrique, apportera une connaissance approfondie de ses marchés et une bonne compréhension des habitudes de consommation. Pour donner forme à cette collaboration, ces deux partenaires ont ouvert, respectivement en décembre 2015 et décembre 2017, des supermarchés dans les localités de Marcory (Abidjan) et de Bonamoussadi (Cameroun) en attendant le lancement d’autres centres dans le reste du continent.

A. DIAW

EVITER D’ABUSER DE LA POSITION DOMINANTE
Interrogé sur les conditions d’ouverture des surfaces commerciales, le directeur du commerce intérieur rappelle que l’exercice d’une activité économique a été libéralisé depuis 1994. Il n’existe pas de textes réglementaires spécifiques régissant l’implantation de ces chaînes de distribution, précise-t-il. Elles sont soumises aux mêmes conditions que les autres commerçants nationaux qui souhaitent s’installer. Il suffit, entre autres, de s’inscrire au registre de commerce et de crédit immobilier (Rccm) et d’avoir un numéro d’identification nationale des entreprises (Ninea). Toutefois, prévient Ousmane Mbaye, s’il y a un acteur économique qui commence à avoir une position dominante dans un segment de marché, le ministère du Commerce veille au respect des normes de la concurrence. Autrement dit, l’autorité veut éviter que ces chaînes de distribution n’abusent pas de leur position dominante au détriment de leur concurrent.

A. DIAW

LA BÉNÉDICTION DES ASSOCIATIONS CONSUMÉRISTES
L’implantation des supermarchés à Dakar semble agréer les associations consuméristes qui se montrent préoccupées par le bien-être des populations. « Nous ne pouvons que saluer l’arrivée de ces magasins qui offrent plus de qualité dans les conditions de conservation de certains produits, comparé aux boutiquiers », se réjouit Momar Ndao, président de l’Association des consommateurs du Sénégal (Ascosen). Toutefois, il dit comprendre les préoccupations de certains commerçants locaux qui s’inquiètent de l’avenir de leurs activités. Il soutient que le petit commerce ne va aucunement disparaître, car justifie-t-il, l’essentiel des consommateurs sénégalais adoptent un mode de consommation journalier ; rares sont ceux qui font l’approvisionnement pour une longue durée. Il rassure, par ailleurs, que l’Ascosen veille au respect des normes de qualité, d’hygiène et de l’application des prix des produits dans les surfaces commerciales.

S’inspirer de l’expérience indienne
Même s’il se réjouit de l’implantation des surfaces commerciales à Dakar, le directeur de Sicodev se demande, toutefois, si le Sénégal profite de cette situation pour favoriser davantage la vente de ses produits locaux. D’après lui, notre pays aurait pu s’inspirer de l’expérience indienne pour une vulgarisation du consommer local. « L’inde exige aux chaînes de distribution qui veulent s’installer dans son pays d’utiliser entre 40 et 50 % des produits locaux dans les rayons. Nous gagnerons à appliquer cette expérience », préconise le directeur de Sicodev Afrique. Dans cette même lancée, il invite l’Etat à mettre en œuvre des mesures de sauvegarde afin de protéger le petit commerce interne.

A. DIAW

Laurent Leclerc AuchanLAURENT LECLERC, DIRECTEUR GÉNÉRAL AUCHAN SÉNÉGAL : « NOUS ENVISAGEONS D’ATTEINDRE 50 MAGASINS À DAKAR ET DANS LES RÉGIONS »
« Pour ce qui est des quatre années à venir, nous envisageons d’atteindre 50 magasins à Dakar et dans les régions », déclarait Laurent Leclerc, directeur général d’Auchan Sénégal, dans une interview accordée au journal Le Soleil. Le groupe compte ainsi ouvrir des magasins dans la banlieue de Dakar et dans les régions (hors station balnéaire de Saly) Thiès, aujourd’hui. « Nous avons près de 1.000 collaborateurs, dont 98 % de Sénégalais avec plus de 10 milliards de FCfa de chiffre d’affaires hors taxe en 2016 réalisés, sur 11 points de vente, aujourd’hui », révèle M. Leclerc. D’après lui, Auchan Retail Sénégal est un investissement de 65 milliards de FCfa en quatre ans. La priorité sera donnée aux produits locaux avec la création de filières sur les fruits et légumes avec des garanties de volumes auprès des exploitants, ajoute M. Leclerc.

A. DIAW

IDRISSA DIABIRA, DIRECTEUR GÉNÉRAL ADEPME : « NOUS TRAVAILLONS SUR DES PISTES D’ACCOMPAGNEMENT COMME LA FRANCHISE LOCALE »
Beaucoup de chaînes de distribution continuent de s'installer à Dakar, qu’est-ce qui explique cette affluence ?
Il faut s’en féliciter. Cela traduit la profonde transformation structurelle de notre économie qui est en cours et qui a été définie et planifiée dans le Plan Sénégal émergent. Elle vise à disposer d’un secteur de la distribution moderne et ainsi à renforcer son caractère stratégique dans l’économie. Ce secteur représente déjà près de 18 % du Pib et un million d’emplois, soit 25 %. L’enjeu est double d’une part, en termes d’emplois nouveaux créés stables et plus rémunérateurs, et d’autre part, en termes d’effets induits avec la redistribution de pouvoir d’achat vers les ménages, l’amélioration de leur accès à des biens de consommation, l’augmentation de ressources fiscales et enfin l’opportunité pour le développement de Pme nationales. L’arrivée de grands acteurs internationaux comme Auchan ou Carrefour, tout comme hier, l’apparition de supermarchés ou d’acteurs indépendants, traduit l’émergence de la distribution moderne au Sénégal. Nous ne devons pas en avoir peur car elle doit se consolider. Il faut saisir les opportunités offertes par ce marché à l’instar de la Thaïlande qui a ainsi généré plus d’un million d’emplois en cinq ans ou l’Afrique du Sud où les supermarchés nationaux ont été les bénéficiaires de l’émergence de la distribution informelle.

Comment faire pour permettre aux opérateurs économiques nationaux, notamment les commerçants, de s'adapter à cette nouvelle donne ?
C’est précisément l’instruction des autorités en particulier de Alioune Sarr, notre ministre de tutelle en charge du Commerce et des Pme. Ces arrivées génèrent de l’inquiétude par rapport aux commerces de proximité. Mais le département est vigilant dans son rôle de régulateur afin d’éviter toute concurrence déloyale notamment sur le risque de rapprochement à l’achat. Nous travaillons aussi sur les pistes d’accompagnement notamment dans la franchise locale ou le développement de coopération interprofessionnelle entre producteurs, grossistes, distributeurs et détaillants. Les opportunités du développement du secteur de la distribution sont, en effet, très importantes dans sa transformation en un secteur moderne. L’opportunité, c’est aussi celle d’investissements pour des chaînes de distributions sénégalaises s’inspirant des expériences du Sénégal ou de l’étranger, comme en Afrique du Sud. Pour ce qui concerne Auchan, le ministre a été très clair. Il a notamment instruit de préparer un contrat de performance pour un partenariat gagnant-gagnant dans l’intérêt des consommateurs et du développement des Pme. Ce contrat est en cours de finalisation pour permettre d’accompagner des Pme sénégalaises dans la fourniture de produits « Made in Sénégal ». Cela permettra de définir des indicateurs de suivi du nombre et du pourcentage de produits locaux dans les rayons ou pour améliorer la durée des contrats des fournisseurs nationaux afin qu’ils investissent, se développent et contribuent à substituer nos produits à ceux d’importation.

Qu’est-ce que l’Adepme compte faire afin d’accompagner les acteurs locaux ?
Outre la préparation de ce cadre de partenariat, nous renforçons nos outils d’accompagnement très prisés des Pme agroalimentaires comme le Fonds à frais partagés. Il s’agit d’un mécanisme qui permet de subventionner l’assistance technique des Pme disposant au moins d’états financiers sur un an ou le partenariat avec les institutions financières et les fonds d’investissements grâce à notre unité de scoring et de labellisation. L’objectif est de leur faciliter l’accès à des services financiers comme non-financiers. C’est dans ce cadre, par exemple, que nous avons lancé, dernièrement, avec le Bureau opérationnel de suivi du Pse (Bos) et une société d’investissement local, M&A Fintech, le Programme national de reverse factoring ou affacturage inversé en français qui est un mécanisme de financement profitable aux fournisseurs des grandes entreprises. Car il leur permet de ne plus souffrir de tension de trésorerie dans l’exécution des projets en étant payé en 72h plutôt qu’en 60 ou 90 jours. Cet apport de l’Adepme permettra de saisir toute l’opportunité de la présence de grandes entreprises, celles économiquement responsables, pour le développement de nos Pme. D’ailleurs, la 2èmeédition de notre Forum de la Pme sénégalaise en novembre se penchera sur ce lien indispensable au développement d’écosystèmes.

Propos recueillis par A. DIAW

Véritable courroie de transmission entre l’autorité administrative et les populations, les chefs de quartier ont fortement marqué la vie sociale de notre pays. Ces acteurs ont, de tout temps, constitué un levier important dans la gestion des conflits et la régulation sociale.

Dans le livre de notre vie sociale, les chefs de quartier ont écrit de belles pages. Ce noble métier a, depuis plusieurs décennies, été exercé par des hommes engagés et respectés qui constituaient le premier maillon de la décentralisation. Les attributions des délégués de quartier étaient nombreuses et leurs responsabilités énormes. Ils veillaient au bien-être des populations, jouaient un rôle important dans l’apaisement du climat social. Ils étaient aussi de véritables auxiliaires de justice et réglaient à l’amiable les conflits de proximité et autres différends de voisinage de tous ordres. Tout comme ils aidaient les autorités administratives dans les opérations de recensement. Le délégué de quartier, l’autorité la plus proche des populations était, en quelque sorte, le père de tout un quartier. « Chaque fois qu’arrivait un nouvel habitant dans le quartier, il allait se présenter au délégué. Ce dernier, à son tour, le présentait aux sages du quartier », explique le vieux Mamadou Dioum, délégué du quartier Gang Gui de Hann (Yarakh) depuis bientôt 20 ans.

Mieux, estime-t-il, le délégué de quartier faisait jadis office de mini-tribunal du quartier. « Lorsqu’un différend éclatait entre deux habitants du quartier, le délégué essayait de trouver une solution à l'amiable pour que l'affaire ne se prolonge pas à la police ou la gendarmerie. Même quand la gendarmerie recevait des plaintes pour une affaire opposant deux habitants d’un même quartier, elle suggérait d’abord aux protagonistes de se rapprocher du délégué. C'est comme ça que nous avions réglé beaucoup de problèmes », se souvient-il. Aux Hlm 5, cette posture du délégué semble toujours d’actualité. Omar Sharif Ndao, journaliste résidant dans ledit quartier, en a vécu l’expérience. «Les Hlm 5 comptent 1113 maisons, c’est pourquoi nous avons deux délégués de quartier. Mais le lien avec le délégué est très fort », dit-il. « Pour une affaire de téléphone portable, j’étais décidé à porter plainte contre un jeune du quartier. Je suis allé voir le délégué de quartier pour qu’il remette la convocation à qui de droit, mais il m’a demandé de lui accorder quelques jours, le temps de tenter de régler l’affaire. Et beaucoup de problèmes de ce genre ont été gérés chez lui. C’est un vrai médiateur », salue-t-il.

Par Oumar FEDIOR

AGE DU DÉLÉGUÉ, COUTEAU À DOUBLE TRANCHANT ?
Pour être nommé délégué de quartier, il faut, entre autres critères, être âgé de 35 ans au moins, être de bonne moralité et physiquement apte à l’exercice de la fonction. C’est ce que dit le Code des collectivités locales de 1996, un code qui ne parle pas d’âge maximal. Mais, à en croire Mamadou Diouf, le délégué de quartier de Médina Gounass, la donne a changé et le texte devrait donc évoluer aussi. « Dans un quartier comme le mien, à l’approche de la rentrée des classes, je suis sollicité de partout pour des problèmes d’état civil relatifs à des enfants non déclarés ou dont les pièces d’état civil ne sont pas enregistrées. Je fais des aller-retour innombrables entre la Mairie et le tribunal. C’est prenant. Je ne pense pas qu’une personne d’un certain âge puisse le faire. Il est temps de rompre avec cette habitude qui consiste à choisir des personnes âgées pour ce poste très stratégique, mais surtout très éprouvant », plaide ce fils d’ancien chef de quartier.

Pape Samba Mbaye, formateur en série technique au Lycée Seydina Limamou Laye de Guédiawaye, partage cet avis. Agé de 38 ans, il a « osé » déposer sa candidature à l’élection du délégué de son quartier. «Je savais que je n’avais aucune chance, mais je voulais lancer un message. Il faut que les gens sachent que les mentalités ont évolué.

A l’époque, le délégué était sollicité pour des histoires de couple, mais aujourd’hui est ce que vous avez vu des couples qui vont voir le délégué pour ce genre d’histoire ? Il n’y en a plus. Aujourd’hui, il doit être le relais entre le quartier et les autorités. C’est lui qui doit s’enquérir des problèmes d’éclairage, d’insalubrité et autres qu’il doit transmettre aux autorités. Et tout cela, on ne peut pas le faire à un certain âge», dit-il.

Mais pour l’Imam Kane de la mosquée de Hann Gang Gui, « un délégué de quartier doit être quelqu’un qui bénéficie d’un certain statut dans le quartier, qui connaît le quartier et ses réalités et jouit du respect de tous ». Cependant, reconnaît-il, certaines missions peuvent être très prenantes pour quelqu’un de très âgé. «Il faudrait donc que des jeunes assez responsables se rapprochent pour non seulement aider dans certaines tâches, mais surtout pour préparer la relève. Parce que quoi qu’on dise, pour la médiation sociale, une personne plus âgée a plus de portée qu’un jeune », relativise-t-il. Pour M. Dieng, urbaniste, « l’âge avancé de la plupart d’entre eux, même s'il constitue un avantage dans la médiation sociale, est un frein au dynamisme, à l’esprit de modernité et d’ouverture au monde extérieur qui doivent caractériser le détenteur d’un tel poste ». A son avis, « l’illettrisme, très répandu parmi ces notables des quartiers, demeure également un obstacle de taille pour remplir correctement toutes les tâches administratives inhérentes à la représentation de quartier, comme défini dans le Code des collectivités locales ».

Pour davantage d'efficacité, estime l’urbaniste, il faudrait procéder à l’éclatement des quartiers, définir une limite d’âge plafond en vue d’exercer la fonction de délégué, le nombre de mandats, le mode de remplacement...

Oumar FEDIOR

CERTIFICATS DE DOMICILE : A CHACUN SES PRIX
Qui n’a jamais eu besoin du Certificat de domicile, ce fameux document délivré par le délégué de quartier attestant de sa domiciliation dans le quartier ? Mais aussi incroyable que cela puisse paraitre, sa délivrance n’est pas régulée. Les prix varient d’un quartier à un autre. A Hann Gang Gui par exemple, il faut débourser 400 FCfa pour avoir ce sésame. «Au départ, c’est le délégué lui-même qui apposait son cachet, faisait un procès-verbal qu’il déposait à la mairie et à la préfecture. Moi, je délivre le certificat de domicile contre 400 FCfa. Avec la recette, je fais beaucoup de social dans le quartier. Parce que c’est moi qui écris et imprime à mes frais. Ce n’est pas la commune. Mais ce document n’est pas administratif, il sert juste à avoir le certificat de résidence que la mairie délivre », explique-t-il. Si à Hann Maristes, il faut débourser 200 FCfa, à Médina Gounass, dans le département de Guédiawaye, le délégué de quartier, Mamadou Diouf, le délivre gratuitement. « C’est une façon pour moi d’apporter mon soutien. J’imprime et j’exige juste une pièce attestant votre domiciliation dans le quartier », dit-il. Aux Hlm 5, le prix du certificat de domicile a même connu une hausse passant de 200 à 300 FCfa.

O. F.

UN ACTEUR DE PLUS EN PLUS DÉMYSTIFIÉ
Delegues QuartiersQue ce soit à Dakar ou dans les autres régions, les délégués de quartiers ont perdu de leur influence et voient d’importantes mutations sociales menacer leur statut.

Avec le temps, mais aussi avec l’avènement des quartiers résidentiels et autres cités privées, le statut du délégué de quartier semble avoir évolué. Aujourd'hui, ces médiateurs passent presque inaperçus dans ces différents quartiers. Pour Mamadou Dieng, urbaniste et conseiller municipal dans la commune de Golf Sud et président de l'Association des résidents de la Cité des enseignants à Guédiawaye, « le constat est que certaines limites exigent une réactualisation de la délégation de quartier sous divers aspects pour la rendre davantage conforme avec les objectifs majeurs de la politique de décentralisation ». Le délégué de quartier, dit-il, n’a plus les coudées franches pour porter convenablement les desiderata de ses administrés dans le quartier.

Selon lui, le poste du délégué reste suspendu à une décision du maire qui peut l’annuler et arrêter du coup la rémunération réservée à la fonction. « C’est pourquoi, faire le distinguo entre le représentant de l’administration communale et le répondant politique du maire est parfois difficile à établir », analyse-t-il.

Pour d’autres, la mission du délégué de quartier est aujourd’hui dévoyée. Abdoulaye Diagne, banquier résidant à Hann Maristes, est de cet avis. « A part délivrer les certificats de domicile, je n'ai jamais vu un quelconque acte posé par le délégué », soutient-il. Comment en est-on arrivé à un stade où le délégué de quartier est devenu presque anonyme dans beaucoup de zones? Du haut de ses 49 bougies, Mamadou Diouf, délégué de quartier de Médina Gounass (ndlr : banlieue de Dakar), et sans doute l'un des plus jeunes délégués de quartier du pays, croit en savoir les raisons. «Les habitudes ont évolué, même dans les quartiers dits populaires. Par le passé, les liens de voisinage étaient très étroits. Tout le monde se connaissait dans le quartier. Ce sont les populations qui allaient vers le délégué de quartier. Maintenant cela a changé, il appartient au délégué d’aller vers les populations », déplore-t-il.

O. F.

INDEMNITÉS DES DÉLÉGUÉS DE QUARTIER ET CHEFS DE VILLAGE : TIMIDES REVALORISATIONS DES INDEMNITÉS
Soucieux de mettre les délégués de quartier et chefs de village dans des conditions correctes d’exercice de leurs missions, le Président Macky Sall avait signé le décret n° 2016-325 du 08 mars 2016 abrogeant et remplaçant le décret n° 2009-359 du 20 avril 2009, modifiant l’article 12 du décret n° 86-761 du 30 juin 1986, relatif à l’organisation des communes en quartiers et fixant le statut des délégués de quartier. «Quel que soit le quartier, le taux unique annuel des indemnités est de 600.000 FCfa, soit 50.000 FCfa par mois. Pour les villes et communes chefs-lieux de région, le taux annuel est de 480.000 FCfa, soit 40.000 FCfa par mois, pour les communes chefs-lieux de département et les communes ayant un budget égal ou supèrieur à 500.000.000 de FCfa, le taux annuel est de 360.000 FCfa, soit 30.000 FCfa par mois et, enfin, pour les autres communes, le taux annuel est de 300.000 FCfa », dit le décret. Et le Président ne compte pas s’en arrêter là. En effet, une commission a été mise en place afin d'uniformiser le paiement des salaires des chefs de village et des délégués de quartier. Pour rappel, dès son arrivée au pouvoir, le chef de l’Etat avait supprimé ces émoluments.

Pour Amadou Sène Niang, spécialiste en gouvernance locale, les délégués de quartier étaient pris en charge par les villes et les communes, mais avec l’Acte 3 de la décentralisation qui a érigé les communes d’arrondissement en communes de plein exercice, la prise en charge des délégués de quartier est maintenant confiée aux communes, «mais ils restent des auxiliaires du maire et des représentants de l’Etat ». Abondant dans le même sens, El Hadji Samba Fall, président des délégués de quartier de Dakar, estime que les «délégués sont les seuls membres de l’administration à ne pas être payés par l’Etat. Il faudrait que l’Etat fasse au moins autant que les communes dans la rémunération », suggère-t-il.

Aujourd’hui, en plus d’une allocation faible, il peut arriver que les délégués tardent à entrer dans leurs fonds. «Il y a même des délégués qui restent en poste pendant 15 ans sans obtenir l’arrêté qui officialise leur nomination. Ils ne perçoivent aucune allocation, alors qu’ils font le même travail ou même plus que les autres délégués », fustige Samba Fall. Installé depuis le mois de janvier 2018, Mamadou Diouf, le délégué de Médina Gounass, n’a toujours pas touché ses indemnités.

Oumar FEDIOR

EL HADJI SAMBA FALL, PRESIDENT DES DELEGUES DE QUARTIER DE DAKAR : « IL Y A EU BEAUCOUP D’ACQUIS DANS NOS REVENDICATIONS »
Samba Fall DelegueEl Hadji Samba Fall, Président des délégués de quartier des 19 communes du département de Dakar et membre du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct), explique ici les rôles assignés aux délégués de quartier, leur statut et les manquements qui empêchent l’exercice correct de leurs fonctions.

Représentant de l’Etat comme le stipule le décret 14 6 761 du 30 juin 1986, le délégué est en même temps l’auxiliaire du maire. Mieux, selon le président des délégués de quartier de Dakar, «il doit même participer au recouvrement des impôts ». « L’article 211 du Code des impôts dit que le délégué de quartier est un collecteur secondaire de l’impôt de minimum fiscal 4e catégorie.

Malheureusement, c’est un article qui n’est pas appliqué. Le texte dit même qu’après le recouvrement, le délégué perçoit un pourcentage de 7 %. Le Président Macky Sall avait promis de le rehausser jusqu’à 15 %, nous attendons toujours. Par contre, les chefs de village ont la possibilité de percevoir ces impôts à travers les collectes qu’ils font. Le chef de village a assez de prérogatives, parce que ceux qui ne paient pas les impôts ne bénéficient pas de semences à la saison des pluies. Ce qui fait qu’ils sont obligés de payer. Par ailleurs, le délégué de quartier a l’obligation de faire des déclarations de naissance ou de décès survenus dans son quartier devant l’officier d’état civil dans les 15 jours qui suivent, en cas de carence des parents, et il est même exposé à une amende. Bref, en plus du certificat de domicile, le délégué a plusieurs missions que les gens ignorent malheureusement », détaille-t-il.

Cependant, El Hadj Samba Fall constate une volonté manifeste du Chef de l’Etat d’améliorer leur situation. Il révèle qu’«en Conseil des ministres du 30 octobre 2017, Macky Sall a demandé à ce qu’on revoit le statut du délégué de quartier. Il a même utilisé le terme d’administrateur de proximité pour parler des délégués de quartier. Il a manifesté une réelle volonté de répondre à nos sollicitations. Il nous a reçus à trois reprises d’ailleurs. Avec lui, il y a eu beaucoup d’acquis. Aujourd’hui par exemple, je représente les délégués dans le Hcct. Un autre est au Cese (Conseil économique, social et environnemental). Donc, ce sont des avancées réelles », salue-t-il.

Par ailleurs, toujours selon M. Fall, le président de la République a demandé « d’œuvrer à ce que les quartiers soient de véritables pôles d’équilibre social et de dialogue intergénérationnel à travers la revalorisation des rôles des délégués de quartier ainsi que des notabilités, religieuses et coutumières dans une gouvernance sociale et locale. En octobre dernier (ndlr : 2017), il y a eu un autre communiqué qui a pris en compte presque toutes nos revendications. Il a demandé l’élaboration d’un statut général des administrateurs de proximité avec les avantages et privilèges y afférent. Il a aussi demandé la mise en place d’un conseil national qui leur sera dédié et il a demandé d’actualiser la liste des délégués de quartier et des chefs de village, de régulariser la situation de ceux qui ne disposent pas d’acte de désignation et d’engager une réflexion sur les allocations au bénéfice des chefs de village. Et ces instructions sont en train d’être prises en compte. Son directeur de cabinet m’a d’ailleurs reçu récemment », confie-t-il.

O. F.

DEVELOPPEMENT LOCAL : LES DÉLÉGUÉS SOUS LA MENACE DES CONSEILS DE QUARTIER ?
Espace de concertation et de mise en cohérence des actions pour le développement du quartier, le Conseil de quartier gagne de plus en plus de galons, notamment grâce à son approche très fédératrice. En effet, il regroupe les associations, les personnes ressources, les autorités municipales et le délégué de quartier autour des enjeux de développement du quartier. Suffisant pour supplanter le délégué de quartier ? «Le Conseil de quartier est une association, il n’est pas reconnu administrativement alors que le délégué de quartier est un représentant de l’Etat et auxiliaire du maire », relativise El Hadji Samba Fall, président des délégués de quartier de Dakar. Selon Magor Guèye, président des Conseils de quartier de Saint-Louis qui regroupe 22 Conseils de quartier, «les conseils font un focus sur le développement socio-économique. Chaque Conseil dispose d’un plan de développement qu’il est libre de dérouler avec ses partenaires. A Saint-Louis, certains quartiers ont des partenariats avec des villes en France », explique-t-il. Composé d’associations de jeunes, de femmes, d’ASC et du délégué de quartier, les Conseils de quartier ne constituent-ils pas une menace pour les délégués ? «L’Article 83 de l’Acte 3 de la décentralisation donne du pouvoir au Conseil de quartier. En effet, même si on parle ici de Comité consultatif, il a les mêmes orientations que le Conseil de quartier et il est reconnu par le ministère de la Décentralisation. Donc, ceux qui avaient déjà installé un Conseil de quartier n’ont qu’un pas à franchir », relativise M. Guèye.

Quoi qu’il en soit, avec les ambitions de développement local, le Conseil de quartier, avec ses objectifs, semble mieux adapté. Selon M. Guèye, le Conseil a pour but de soutenir les initiatives d’autopromotion développées dans le quartier, de contribuer à la réalisation des projets ayant pour cadre le quartier et de veiller à leur articulation avec les orientations communales, de constituer un interlocuteur privilégié pour toute intervention liée à des actions de développement dans le quartier, de relayer l’information et la communication entre l’autorité municipale, les populations et les partenaires au développement ».

O. FEDIOR

PORTRAIT : YAYE DIOR NDIAYE, DÉLÉGUÉE DE QUARTIER AVANT L’HEURE…
Yaye Dior NdiayeJusqu’à un passé encore très récent, il était impensable de voir une femme diriger un quartier. Mais, quand on est doté d’un esprit fédérateur, qu’on est au service exclusif de ses voisins, quand on a grandi dans le mouvement associatif, pour un leader naturel…comme Yaye Dior Ndiaye, devenir délégué de quartier est dans l’ordre normal des choses.

Une maison peuplée de monde, des filles discutant par-ci, des élèves suivant religieusement les consignes du répétiteur par-là, nous sommes à la Médina Rue 41X22 au quartier Gouy Salaan 2, chez Yaye Dior, la première femme déléguée de quartier de Dakar. Téléphone à l’oreille, un foulard pendant sur l’épaule gauche, Yaye Dior se lève difficilement à cause d’une très forte douleur au genou. « Ça fait mal, mais ça va passer », dit-elle pour mettre à l’aise ses visiteurs. C’est cet état d’esprit qui caractérise cette dame aujourd’hui âgé de 65 ans et déléguée de quartier depuis 2004. Mais à regarder l’histoire de plus près, on se rend compte que 2004 n’est que l’année de l’officialisation. Car Yaye Dior a toujours été dans la peau d’un délégué. « En fait, l’ancien délégué Assane Yade qui était là, avait fait de moi son bras droit. J’avais des affinités avec tout le monde, il m’arrivait très souvent de recenser les enfants qui n’avaient pas de pièce d’état civil pour les régulariser. J’ai aussi aidé beaucoup de jeunes à obtenir leur passeport », dit-elle avec beaucoup de modestie.

Cette disponibilité sans faille l’a installée dans le cœur des habitants du quartier. Parlant de Yaye Dior qu’elle a vu naître, Adji Arame Diop aujourd’hui âgée de 95 ans, ne trouve pas les mots. « C’est une battante, une femme de caractère, très serviable, un soutien pour les démunis. Elle a pris en charge la scolarité de beaucoup d’enfants, alors que ses moyens n’étaient pas très élevés », révèle-t-il.

Conscients des qualités humaines de Yaye Dior, les habitants décident eux-mêmes de la porter à la tête du quartier. «Je ne pensais pas que ce serait moi. Quand je suis arrivée le jour de l’élection, il y avait un autre candidat, mais les jeunes avaient déjà porté leur choix sur moi sans même me le dire. Ils ont réussi à convaincre mon adversaire que j’étais le choix du quartier, il a fini par désister », dit-elle.

Un pionnier du mouvement associatif
Si aujourd’hui Yaye Dior fédère facilement les activités du quartier, c’est qu’elle a passé une bonne partie de sa vie dans le mouvement associatif. Ancienne représentante de la Coordination des associations et mouvements associatifs de la communauté urbaine de Dakar (Camcud), cette caissière de formation est l’une des premières à avoir initié le «Set Setal» (ndlr : séances de nettoyage du quartier par ses habitants). Consciente de son statut de représentant de l’Etat et d’auxiliaire de la commune, Yaye Dior ne ménage aucun effort pour améliorer le bien-être dans son quartier. Elle a par exemple fait changer les égouts de son quartier. « Ceux qu’on avait ici dataient de 1947. C’étaient des fibres en ciment, ça ne tenait plus. J’ai réussi à en faire changer quelques-uns, avec le soutien de l’Onas. Et aujourd’hui, il n’y a presque plus d’eaux stagnantes, mais il reste encore quelques tuyaux à changer ».

Et pour donner l’exemple sur le respect des mesures d’hygiène, Yaye Dior a commencé par sa propre maison. Une des membres de sa famille qui a eu la mauvaise idée de verser de l’eau de linge dans la rue a été contrainte par les services d’hygiène alertés par…Yaye Dior, à payer 6000 f d’amende. «C’est une façon de donner l’exemple à tout le monde».

15 jours en prison… à cause du Set Setal
Très attachée aux questions d’assainissement, Yaye Dior organisait régulièrement des opérations de nettoiement. Toutefois, il y a une séance qu’elle n’oubliera pas de sitôt. C’est celle qui lui a fait passer 15 jours en détention. C’est sa sœur cadette Khady Mané Ndiaye qui relate les évènements. «Quand il y avait des blocages avec l’évacuation des eaux, c’est elle qui dirigeait les travaux, amenait les équipes de débouchage. Il lui arrivait de rester dehors jusqu’à 2 heures du matin. Elle s’est même retrouvée en prison à cause d’une opération «Set-Setal» qu’elle avait organisée. En effet, les jeunes avaient barré la route pour faire le travail correctement, mais un taximan a voulu forcer le barrage. Il s’en est suivi un accrochage avec les jeunes. Alors que Yaye Dior n’était même pas sur place, c’est elle que la police est allée cueillir, parce que tout le monde savait que c’est elle qui organisait. Elle y a passé 15 jours. Ce n’est pas pour rien qu’Abdoulaye Makhtar Diop, le Grand Serigne de Dakar l’appelle « Djiguen diou meune goor » (ndlr : une femme plus brave que les hommes)».

Aujourd’hui pour davantage d’efficacité dans son travail, Yaye Dior souhaite que l’accès aux services d’ordre et de secours facilité. Parce que dit-elle, «souvent il y a des incidents, mais nous avons toutes les difficultés pour joindre la Police ou les sapeurs-pompiers », clame-t-elle.

Par Oumar FEDIOR

Saint-Cyr. Cette évocation renvoie à la célèbre académie militaire française qui a formé, pour le Sénégal, plus d’une centaine d’officiers tant en activité qu’à la retraite aujourd’hui. Elle force le respect eu égard aux valeurs qu’elle charrie et qui traversent les promotions et les générations. Des valeurs communes portées et déclinées avec fierté par les anciens pensionnaires qui, avec honneur, ont servi dans les Armées et ont grandement contribué à les façonner dans nombre de pays d’Afrique.

L’établissement est une école militaire d’enseignement supérieur français fondée en 1802 par Napoléon Ier alors premier consul. Le Sénégal a été l’un des premiers pays africains bénéficiaires de la formation dispensée à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (Esm de Saint-Cyr) plus communément appelée Saint-Cyr. La Saint-cyrienne Sénégal (Scs), elle, est l’association des anciens élèves sénégalais de l’Esm. Elle a été légalement constituée depuis 2002. Ses membres appartiennent ou ont appartenu aux Armées ou à la Gendarmerie. Rencontre avec des membres du nouveau bureau de la Scs issu de l’assemblée générale du 9 mai dernier, ouverts d’esprit et disposés à apporter des éclairages sur différentes questions.

La Saint-Cyrienne Sénégal (Scs) regroupe de nombreux anciens officiers sénégalais qui ont occupé des postes de premier plan dans nos Forces armées. Mais aussi des officiers en activité même si ceux qui conduisent, au quotidien, les destinées de l’Association, sont à la retraite. Le nouveau bureau de la Scs veut se recentrer sur ses objectifs premiers tout en gardant son caractère apolitique. Son président est le général Babacar Gaye, ancien chef d’état-major général des armées (Cemga), ex-commandant de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) et représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en République Centrafricaine. Le président d'honneur est le général Mamadou Mansour Seck, également ancien Cemga et ex-ambassadeur. Le nouveau bureau de la Scs a belle allure et dégage. Il s’est récemment engagé dans des projets de soutien à l’Ecole sénégalaise avec laquelle il veut partager la devise de Saint-Cyr : « Ils s’instruisent pour vaincre ». Le collège d'enseignement moyen (Cem) Martin Luther King, établi à Gibraltar, en est le premier bénéficiaire (voir article ci-dessous). « L’Association, en plus des activités d’entraide, milite pour la promotion de l’excellence. Aussi récompense-t-elle chaque année les majors des promotions de l’Ecole nationale des officiers d’active (Enoa) et de l’Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale (Eogn). Dans le cadre de notre volonté de rayonnement, nous organisons chaque année une randonnée pédestre qui, aujourd'hui, en est à sa 11ème édition. Cette randonnée est d’ailleurs très courue par les Sénégalais, notamment dans le milieu des clubs de randonnée en raison de l’action que mène inlassablement le général Mouhamadou Keïta auprès de ces clubs. Nous organisons aussi la fête annuelle des Saint-Cyriens, comme partout dans le monde », explique le général Gaye. Son frère d’armes, le général Mansour Niang, de préciser que leur randonnée rassemble désormais plus de 3.000 personnes.

Contributions discrètes
La Saint-Cyrienne Sénégal développe naturellement des activités intellectuelles et participe à la réflexion stratégique. Dans cette optique, elle a, en partenariat avec l'Asena (Association sénégalaise des anciens élèves et auditeurs de l'Ena de France), co-organisé, en 2016, un dîner-débat qui a porté sur « L’Afrique de l’Ouest face à la montée des crimes transfrontaliers ». Elle a aussi monté un autre dîner-débat, en 2017, toujours en collaboration avec l'Asena, portant sur le thème « La criminalité et le développement ». Le général Talla Niang d’insister sur « cette nécessité de participer au débat public apolitique, en s’appuyant sur les valeurs de Saint-Cyr qui renvoient à un culte de l’excellence et du travail bien fait ». Les productions et échanges entre membres de la Saint-Cyrienne Sénégal s’incrustent bien, selon le général Gaye, dans la « veille et la vigilance que nous devons avoir sur les questions de défense et de sécurité ». Le colonel Mbareck Diop de mettre l’accent sur la nécessaire « synthèse de nos réflexions avec des recommandations mises à la disposition des autorités ». Une synthèse vue et voulue comme une « discrète contribution de spécialistes ».

Dans sa dimension de protection matérielle et morale de la fonction militaire, les anciens de Saint-Cyr mettent en avant l’indéfectible « soutien moral à ceux qui ont la responsabilité de conduire les destinées de l’Armée et de la Gendarmerie ». Le président de la Saint-Cyrienne est catégorique : « Ceux qui sont en activité sont les chefs d’aujourd’hui. Il y a une considération qui leur est due. Ils sont nos partenaires privilégiés ».

Le colonel Djiby Diop aussi de ramener à la surface une réalité très souvent tue : la frustration d’entendre des non-spécialistes parler et s’épancher sur des questions militaires. « Il est souhaitable d'occuper les devants de la scène en raison de notre expertise en ce domaine », déclare-t-il.

Ce dernier sentiment contraste néanmoins avec le caractère inédit de la situation que vivent ces anciens officiers qui étaient en activité dans les années 70, 80 et 90 et qui se murent souvent dans un silence qui ne permet pas aux nouvelles générations de bénéficier de toute leur expérience ou expertise. « Ceux qui sont à la retraite ont le souci de ne pas donner l’impression de vouloir donner des leçons ou de gérer les affaires. Il est évident que la compétence, l’expertise que nous avons acquises peuvent être mieux utilisées pour la société sénégalaise », répond le général Babacar Gaye.

Civisme
« La vocation de notre structure de solidarité à l'école sénégalaise procède du souci de rendre à la Nation ce qu’elle nous a donnés. Nous sommes, pour la plupart, issus de l’école publique.

Nous voulons donc apporter quelque chose en retour à la Nation sénégalaise tout en restant à notre place. C’est pourquoi nos conseils doivent être à la demande, donc désirés. Aussi, les donnons-nous avec le maximum de discrétion », précise le général Talla Niang.

Même son de cloche chez le colonel Mbareck Diop qui, tout en ne voulant pas que l’Association soit sur la place publique, revendique sa « légitimité de parler du civisme et du patriotisme dans tous leurs compartiments ». Des préoccupations au sujet desquelles il reste beaucoup à faire.

Ces Cyrards portent aujourd’hui sur les Forces armées sénégalaises un « regard vigilant de solidarité », selon le général Gaye. Regard empreint d’un « sentiment de fierté ». Fierté d'y avoir servi. Cette fierté est élargie, dans la dynamique de la formation nationale, avec la création d’écoles de formation initiale pour les officiers de la Gendarmerie ou des Armées. « Si nous récompensons les majors de promos à l’Enoa et à l’Eogn, c’est effectivement parce que ces écoles sont les nôtres. La plupart ont beaucoup contribué à la création et à la formation dans ces deux écoles ».

« Ce qui ne nuit en rien la solidarité que nous entretenons avec tous les Saint-Cyriens du monde, fondée sur une histoire commune. Nous avons un pays ouvert au monde », se réjouit l’ancien Cemga.

Par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

CAS DU CAPITAINE DIÈYE
Cpt Mamadou DieyeInterpellé sur ce qu’il est convenu d’appeler le « cas du capitaine Dièye », du nom du jeune officier accusé de désertion, radié de l’Armée et devenu soldat de 2ème classe et également cyrard, ses anciens parlent avec émotion, mais surtout raison. « Nous avons toujours un pincement au cœur à chaque fois qu'une crise, aussi bénigne soit-elle, surgit au sein des Armées. Nous mesurons justement les difficultés du commandement à maîtriser les comportements de chacun des militaires. Mais, pour le cas de ce jeune officier, l’Armée est la mieux outillée pour évaluer les faits et voir les mesures qui s’imposent », suggère le général Babacar Gaye. Pour le général Mansour Niang, il s’agit là d’un « cas d’exception, une première » puisque d'autres sont partis avant lui, dans la discrétion. « C'est l'infime minorité parmi tous ces Saint-Cyriens de valeur qui ont contribué au développement et au prestige de notre Armée, à l'intérieur comme à l'étranger.

Ainsi, le cas du capitaine Dièye, qui veut partir dans de pareilles circonstances, nous étonne à plus d'un titre. Notre Association n’a pas été saisie de la démarche du capitaine. Il est en service dans les Armées et toute démarche doit s’inscrire dans le cadre du règlement et de la discipline. Nous n'avons pas été saisis pour interférer dans cette situation. Le cas échéant, nous verrons quelle contribution apporter au commandement de l’Armée », souligne le général Mansour Niang.

Les FAS connaissent des départs de valeureux officiers vers d’autres cieux et structures vus comme plus cléments. Une situation qui suscite des appréciations bien analysées des membres de la Scs. Pour le président Babacar Gaye, il convient de lire certains phénomènes qui se passent dans l’Armée à l’aune de la « vitesse de croisière » qu’atteint progressivement celle-ci. « Les départs en cours de carrière sont bien connus dans toutes les Armées. Ils sont prévus dans la gestion des personnels, et font parfois même l’objet de mesures incitatives. L’Armée aurait certainement préféré garder les meilleurs et il faut dire qu’il y a d’excellents officiers qui restent dans les rangs. Il y a, néanmoins, dans la gestion du personnel, une proportion des départs au-dessus de laquelle les services seraient en alerte. Je ne pense que ce seuil soit atteint. Ces départs constituent donc un phénomène presque normal », souligne le général Gaye.

Cet « appel d’air pourrait être une bonne chose pour l’Armée sénégalaise car ceux qui partent restent des ambassadeurs de notre armée », avance le général Talla Niang. « C'est un phénomène qui touche tous les pays », ajoute-t-il. Les Nations Unies, point de chute pour de nombreux officiers, sont considérées comme une 2ème patrie. Pour autant, fait remarquer le général Talla Niang, « le personnel part au compte goutte et il n’y a nullement d'hémorragie ».

Le colonel Djiby Diop établit un « parallèle avec le milieu sportif » qui voit de grands sportifs faire carrière sur l’international.

Prenant son propre cas, le colonel Mbareck Diop, ingénieur des Ponts et Chaussées, rappelle avoir quitté l’Armée après 9 ans de grade de colonel. Et de souligner qu’il est possible de servir son pays ailleurs que dans l’Armée. Les bonnes pratiques, d’ailleurs, peuvent être également convoquées comme l’exemple des Etats-Unis où la plupart des officiers ne font pas une longue carrière militaire.

I. K. NDIAYE

FÉMINISATION DE L’ARMÉE
Femmes arméesSur la question de la féminisation des Armées, le général Gaye est d’avis que chacun doit assumer ses responsabilités. « L’Etat, autorité civile et militaire, a fait son devoir en faisant entrer les femmes dans cet univers. L’Armée a très tôt intégré des médecins féminins, mais le recrutement dans les corps de troupe s'est fait tout récemment à la suite de la Police et de la Gendarmerie.

Il s’agit d’un pas en avant qui est dans l’air du temps, au nom de l’égalité des chances. Nous nourrissons beaucoup de confiance envers les femmes qui vont certainement nous permettre de faire beaucoup d’avancées. Il faut donc qu’elles assument elles-mêmes leurs responsabilités par rapport à leurs conditions physiques et disponibilité, tout en sachant que le type de rapport humain dans l’Armée n’est pas toujours convivial. Dans l’Armée, ce sont l’honneur et la sécurité de la Nation qui sont en jeu », analyse le général Gaye.

Le général Mansour Niang pense également qu’il est bien de féminiser. Mais, il avertit sur la nécessité de conjuguer objectivité et sérieux pour dénicher les meilleurs profils dans les recrutements. Il suggère de procéder à l'évaluation du recrutement des femmes dix ans après l’admission de celles-ci.

I. K. NDIAYE

CEM MARTIN LUTHER KING : UN APPUI DE LA SAINT-CYRIENNE À L’EXCELLENCE
Primé lors du dernier défilé du 4 avril, le Cem Martin Luther King doit son choix à la Direction des constructions du ministère de l'Education qui a transmis sur la demande d’une liste de constructions et de rénovations possibles au bureau de l'Association, explique le président Babacar Gaye. Ce choix relève aussi de la qualité des résultats qui font du Cem, ces deux dernières années, le meilleur collège de Dakar. C’est comme si les membres de la Saint-Cyrienne Sénégal avaient voulu récompenser la rigueur et la discipline qui règnent dans l’établissement de 900 élèves.

La discipline dans ce Cem n'est pas à négocier. Les élèves qui s’aventurent à amener des téléphones portables se les voient confisquer jusqu’à la fin de l’année. En outre, il n’y a ni port de greffage ni de mèches. Sous la conduite martiale de Madeleine Diakhaté Kébé, la Principale, et Ansoumana Guèye, le Surveillant général, l’établissement renvoie un air frais avec ses cours ombragées.

Les travaux de réfection, qui vont bon train, renforceront sans aucun doute ce sentiment de havre de paix et pourraient permettre de dépasser son taux de réussite de 70% au brevet.

Dans l’établissement, nous avons trouvé des ouvriers tenus par des délais sur un chantier qui se mène dans la discrétion sans nuire à l’instruction scolaire.

Le projet en cours consiste à « rénover les blocs d'hygiène inutilisables depuis des années, améliorer le confort dans la salle des professeurs, ériger des bancs dans la cour de récréation et procéder à diverses réfections de plomberie et de peinture », selon le général Gaye. Ce projet a pu voir le jour, insiste-t-il, grâce au soutien des partenaires qui accompagnent, chaque année, la Saint Cyrienne Sénégal lors de sa randonnée pédestre. Il exprime surtout une « expression de la foi des membres de l'Association en la jeunesse de notre pays et de leur attachement au renforcement du si précieux lien Armée-Nation ».

« Des travaux supplémentaires ont été demandés par la Principale, et le bureau donnera sûrement son accord », précise le président Gaye. Ils consistent en la modification des chasse d'eaux avec un système plus solide, la peinture de la façade extérieure, un dallage dans la cour, un pédiluve dans la cour des petites où les écoulements d'un robinet de puisage créent une zone humide insalubre. Les membres de la Scs espèrent voir la fin des travaux en juin prochain. La pose des bancs dans la deuxième cour des conduites d'alimentation, les évacuations qui étaient obstruées et causaient une situation désastreuse des blocs d'hygiène, sont déjà terminées. « Nous avons démarré les travaux depuis trois semaines et ils doivent durer 45 jours. Il reste une dizaine de jours, mais l’essentiel du travail est terminé. Le montant global de l’appui s’élève à environ cinq millions. Nous voulons accompagner l’établissement jusqu’à la fin de l’année, notamment en produits d’entretien », révèle le colonel Mbareck Diop.

La Principale de l’établissement ne tarit pas d’éloges pour la Saint-Cyrienne Sénégal. « Cet appui est de taille pour nous. Nous en avions vraiment besoin. Il nous permettra de nous ancrer dans le meilleur et de tenir haut le flambeau. La Saint-Cyrienne récompense l’engagement de professeurs et de tout l’encadrement. Nous procédons ici, tous les lundis, à la levée des couleurs », précise la Principale, Madeleine Diakhaté. Pour elle, le secret des bons résultats de l’établissement s’explique par le « temps de travail consacré aux élèves ». S'y ajoute l'influence du parrain Martin Luther King qui est déjà une source d’émulation, de motivation. « Les filles en classe de troisième viennent suivre des cours gratuitement tous les samedis », assure le surveillant général Ansoumana Guèye.

L’encadrement de l’établissement mesure les efforts consentis pour les travaux. La Principale identifie la bonne tenue des nouvelles réalisations et le suivi de leur entretien comme des priorités.

I. K. NDIAYE

La Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide pour les femmes et les jeunes (Der/Fj), neuf mois après sa création par le Chef de l’Etat qui l’a placée sous son contrôle à la présidence de la République, seulement trois mois après le début de ses activités, et à quelques semaines de la première remise de ses financements, nous amène à tenter d’apporter des réponses aux questions qui se posent relativement à cette institution. La Der, pourquoi, pour qui, quels moyens et quel rayon d’action, quelle destination pour sa dotation de 30 milliards de FCfa ? Quid du processus d’enrôlement, etc. ?

Pourquoi et pour qui
En 2017, après trois années de mise en œuvre du Plan Sénégal émergent (Pse), porteur de son ambition pour le pays, trois années sanctionnées par d’éclatants succès, notamment en ce qui concerne le relèvement de la qualité des infrastructures et de la condition sociale, Macky Sall a fait le constat lucide qui suit. En dépit du fait que le Sénégal, pour la première fois de son histoire, connaît une croissance soutenue depuis 2013, ponctuée en 2017 par un taux de 7,2 %, traduisant les résultats probants du Pse, les questions de l’inclusivité de la croissance et de la distribution de la richesse créée sur l’ensemble du pays restaient des défis à relever.Singulièrement pour les cibles vulnérables que sont les femmes et les jeunes. Deux catégories qui sont de loin les populations les plus affectées par le chômage avec respectivement 32 % des 20 - 24 ans et 33 % des femmes. Il s’y ajoute qu’au regard des résultats du Recensement général des entreprises (Rge) opéré en 2016 par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), la réalité économique du Sénégal témoigne d’un pays composé à 60 % d’entrepreneurs individuels et d’acteurs dans le secteur informel.

Peut-être que l’ancien communiste confronté à ces données, s’est rappelé le fameux questionnement de Lénine : «Que faire ? » Sans doute, Macky Sall s’est dit convaincu que l’entrepreneuriat rapide est donc, face à une telle situation, un excellent moyen d’inclusion de ces femmes et jeunes.

Ainsi est née la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide pour les femmes et les jeunes (Der/Fj) dont la création est annoncée par le président de la République en réunion du Conseil des ministres, le 13 septembre 2017. Entre la nomination du Délégué général et du Secrétaire général, en octobre et décembre, les recrutements des directeurs et du staff, entre janvier et février, et enfin l’élaboration du manuel des procédures opérationnelles et financières, ce n’est que le 08 mars dernier que la Der a démarré ses activités.

L’institution est créée dans la perspective d’asseoir, de façon durable, un cadre catalyseur pour la réalisation de performances économiques signifiantes et ressenties pleinement par les populations au vu des efforts consentis et actions déployées par l’Etat du Sénégal et ses différents partenaires.

En somme, les missions de la Der peuvent être comprises comme la définition et la mise en œuvre de stratégies de promotion de l’auto-emploi des jeunes et des femmes ; la mobilisation des ressources et le financement de projets de création d’entreprise et d’activités génératrices de revenus ; le renforcement des capacités techniques et managériales des bénéficiaires ainsi que l’encadrement et le suivi-évaluation des projets et activités financés.

Autrement, c’est une structure qui vient en renfort aux autres dispositifs d’appui financier et non financier en charge de l’emploi des jeunes et de l’autonomisation des femmes. Cependant, son créateur, Macky Sall, veille et fait veiller à ce que la Der, par rapport à ces autres structures, adopte une démarche transversale pour éviter les doublons et agir au mieux dans la prise en charge des besoins des entrepreneurs sénégalais.

Moyens et rayon d’action
Logée à la présidence de la République, la Der est dotée de 30 milliards de FCfa pour le financement de projets portés par les femmes sans limite d’âge et les hommes de 18 à 40 ans. Elle est structurée pour être efficace dans ses modalités d’intervention, mais également souple dans ses procédures de fonctionnement et de gestion, afin de répondre aux exigences de célérité et d’efficacité qui ont commandé sa création. La transparence est également une des exigences de cette institution.

Pour que tout le territoire national ressente les actions de la Der, un dispositif est mis en place avec l’administration territoriale comme relais et interlocutrice afin de rendre ses offres et services accessibles dans les 45 départements du pays.

Ainsi, la tournée nationale de vulgarisation de la Der conduite du 25 mars au 16 mai 2018 a été une occasion, pour la Délégation générale, de mettre en avant une approche de proximité et de collaboration étroite avec l’administration territoriale et les services décentralisés de l’Etat en général. Des comités régionaux de développement (Crd), des comités départementaux de développement (Cdd), des rencontres d’information et des visites économiques ont pu être effectuées par les équipes dans l’ensemble des départements du pays. Le but d’une telle activité était d’informer les populations sur les mécanismes mis en place, les voies pour y accéder, les modalités pour financer et accompagner les initiatives d’affaire sur l’ensemble du territoire national.

La tournée a aussi permis d’affiner la stratégie d’intervention suite au recueil des préoccupations des populations et des autorités rencontrées. En effet, elles ont essentiellement porté sur la nature apolitique de l’intervention de la Der, du fait qu’il s’agit de prêts à rembourser et non de dons ou de subventions, de l’importance de la formation et du renforcement des capacités des bénéficiaires ainsi que de l’appui qui devrait leur être octroyé dans l’obtention des documents administratifs.

Yakham C. N. MBAYE

30 MILLIARDS DE FCFA EN QUESTION
Macky Sall tenant à une répartition des ressources de façon à garantir l’équité territoriale, la Der s’est pliée à cette exigence présidentielle. En effet, les 30 milliards de FCfa pour l’année 2018 sont répartis ainsi qu’il suit : 15 milliards de FCfa répartis  par région, département et commune, en fonction de la taille de la population et du nombre d’unités économiques dans chaque zone, en se basant sur le recensement de l’Ansd ; 15 milliards de FCfa sur la base de secteurs d’activités clés de l’économie sénégalaise.
 
La Der travaillant aux côtés de partenaires afin d’identifier, par secteur, des projets structurants pour l’économie et en phase avec les besoins des cibles visées, l’enveloppe de 15 milliards de FCfa allouée, selon l’organisation sectorielle, est pour l’heure affectée comme suit :
 
Deux (02) milliards de FCfa au secteur de la pêche : un (01) milliard de FCfa pour les femmes (mareyeuses, micro-mareyeuses, transformatrices de produits halieutiques et autres actrices), un (01) milliard de FCfa pour les hommes (pêcheurs, mareyeurs, micro-mareyeurs et autres acteurs) ; un (01) milliard de FCfa à l’économie numérique afin d’accompagner l’éclosion d’un écosystème propice aux start-ups et de promouvoir l’émergence de futurs champions, en réponse aux préoccupations notées lors du premier Forum sur le numérique.
 
Egalement un (01) milliard de FCfa à l’élevage pour le renforcement des capacités et l’amélioration du capital animalier ; trois (03) milliards de FCfa à l’artisanat qui regroupe plus de cent vingt (120) corps de métiers au Sénégal ; trois (03) milliards de FCfa dédiés à l’appui à la formalisation et à la bancarisation des bénéficiaires ; un (01) milliard de FCfa pour le tourisme ; un (01) milliard pour l’introduction de 5000 tricycles avec le ministère de l’Emploi, de l’Insertion professionnelle et de l’Intensification de la main-d’œuvre en remplacement des motos « Jakarta » sur l’ensemble du territoire national ; cinq cents (500) millions de FCfa pour l’industrie culturelle ; des actions spécifiques pour l’émancipation des femmes sont lancées dont le partenariat de cinq cents (500) millions de FCfa avec le Women Investment Club (Wic) qui accompagne les femmes entrepreneuses évoluant dans divers secteurs.
 
Y. C. N. MBAYE
 
PROCESSUS D’ENRÔLEMENT
Le processus d’enrôlement à la Der a démarré le 15 mai 2018. Les dossiers sont à déposer dans les guichets départementaux dans les 45 préfectures du Sénégal ou en ligne à travers l’interface numérique www.der.sn.

La Der a, dans un court délai, pu enclencher la réception et l’étude de dossiers pour des secteurs spécifiques où les besoins en financement sont manifestes. C’est le cas du secteur du numérique où, après le premier Forum sur le numérique, les équipes de la Der ont réceptionné plus de cent (100) dossiers de startups sénégalaises cherchant à se faire financer par de la dette ou des prises de participation et ne pouvant pas accéder au secteur bancaire classique. L’étude de ces projets a été faite par la Der qui compte accorder des financements aux projets les plus pertinents d’ici à la mi-juin.Pour le secteur de la pêche, les équipes de la Der effectuent présentement une campagne d’enrôlement sur l’ensemble des quais de pêche et marchés au poisson du Sénégal. L’objectif recherché à travers une telle campagne est d’évaluer les besoins en financement et moyens de travail des mareyeuses, transformatrices et pêcheurs afin de les accompagner, de manière adaptée, et ce, au plus vite, avec l’enveloppe dédiée au secteur de la pêche.

Les lauréats du Programme sénégalais pour l’emploi des jeunes (Pse-J), incubateur suivi par le Bureau d’opérationnalisation et de suivi du Plan Sénégal émergent (Bos/Pse) sont également à l’étude aussi par la Der.

Une telle démarche entre dans la logique de rationalisation et d’harmonisation des mécanismes d’appui et de promotion de l’entrepreneuriat et de l’emploi dans laquelle la Der veut s’inscrire. Des programmes sont en place avec des projets pertinents et structurants, la Der accompagne ces initiatives pour mettre des jeunes et des femmes dynamiques à l’ouvrage. Les visites économiques faites lors de la tournée nationale de vulgarisation de la Der ont été l’occasion de rencontrer des entrepreneurs avec des initiatives porteuses dans les quatorze régions du Sénégal. Au fil des visites, les équipes de la Der ont pris l’engagement d’accompagner financièrement des projets jugés pertinents et créateurs de valeur dans les zones visitées. Ces différents projets à l’étude à la Der seront aussi financés courant juillet.

Y. C. N. MBAYE

AU-DELÀ DU FINANCEMENT…
Pape Amadou Sarr DerLe rôle de la Der va au-delà du financement. Elle cherche un impact aussi bien dans la formalisation de l’économie, la formation et le renforcement des capacités des bénéficiaires que dans leur inclusion financière.
 
L’appui à la formalisation des entrepreneurs, en prenant en charge les différents documents officiels (Registre de commerce, Ninea et autres documents légaux requis des entreprises) contribuera à l’augmentation du nombre d’entreprises formelles dans l’économie nationale.

En effet, le Rge 2016 de l’Ansd renseigne que près de 97 % d’un peu plus des 400.000 unités économiques recensées au Sénégal sont dans le secteur informel. C’est donc un challenge qui se présente à la Der pour mieux inclure les femmes et les jeunes dans l’économie sénégalaise, gage d’un bond conséquent pour la consolidation et la formalisation de l’économie nationale.

La formalisation, c’est aussi l’inclusion financière à travers la bancarisation de tous les bénéficiaires.

Le but est d’ouvrir près de 200.000 comptes dans les institutions financières et dans le mobile banking sur les cinq années à venir et d’assurer un minimum d’éducation financière afin d’inciter les bénéficiaires à l’épargne et à la constitution d’un historique bancaire.

Ceci contribuerait à hisser le Sénégal aux premières places en termes de taux de pénétration des services financiers dans l’espace Uemoa.

La formation et le renforcement des capacités des bénéficiaires sont au cœur de l’intervention de la Der qui compte offrir un encadrement adéquat pour tous les bénéficiaires. Ainsi, un dispositif d’incubation sera mis en place avec des structures partenaires pour former jeunes et femmes à des métiers porteurs répondant aux besoins de l’économie sénégalaise.  Les incubateurs existant dans certains secteurs pourraient être accompagnés dans une logique de synergie. Les bénéficiaires des formations, accompagnement et renforcement de capacités seront ainsi assez outillés pour démarrer leurs activités grâce au financement de la Der.

Y. C. N. MBAYE

LE PARI DE LA STRUCTURATION DES FILIÈRES
La Der compte, dans son action, contribuer à la structuration de chaînes de valeur. La logique poursuivie est celle d’une création d’écosystèmes entrepreneuriaux qui peuvent impulser une création de richesses. Une telle démarche est entamée dans le secteur de l’élevage. Un partenariat est en discussion avec un opérateur laitier sénégalais pour mettre en place, dans le nord du pays, des fermes avec des vaches métissées ayant un bon rendement laitier. Les familles d’éleveurs sont appuyées pour l’acquisition de vaches pour augmenter leur production de lait et organiser un dispositif de collecte avec l’opérateur. Plus d’une centaine de mini-fermes seront mises en place pour la phase de démarrage. Dans le domaine des transports et de la logistique, le remplacement des motos « Jakarta » par des tricycles est prévu avec le ministère de l’Emploi. Des milliers de jeunes conducteurs bénéficieront de nouveaux outils de travail respectant les normes de sécurité et permettant de générer de meilleurs profits.  Les filières mangues et anacardes dans le sud du pays mobiliseront aussi des efforts de la Der. Un mécanisme est élaboré avec des producteurs d’anacardes pour aider à avoir une production meilleure et la rendre accessible sur tous les lieux de consommation. Un schéma similaire sera en place dans la filière rizicole sur l’ensemble des zones de production dans le pays.

Y. C. N. MBAYE

Y. C. N. MBAYE

Les acteurs et les prestataires de santé des régions de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou sont souvent confrontés à des ruptures de réactifs. Un manquement auquel les autorités sanitaires doivent trouver des solutions si elles veulent stopper la transmission de cette maladie d’ici à 2030.

La rupture des réactifs dans les régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor freine les efforts des acteurs engagés dans la riposte au Vih. Elle est, en effet, à l’origine de nombreux échecs thérapeutiques, a indiqué le Dr Abdoulaye Sagna, chargé de la prise en charge du Vih au district sanitaire de Sédhiou.

A Ziguinchor, le manque de réactifs a des conséquences sur la publication des données du Vih. « Nous avons commencé à prélever des charges virales depuis 2015. Mais, il se pose un problème de rendu des résultats parce que nous avons perdu tous les prélèvements effectués durant cette période », a regretté Jacques François Sambou, assistant social et gestionnaire des données au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor. « Il fallait tout reprendre à cause de ces difficultés techniques », s’est-il désolé, ajoutant qu’ils avaient « même des problèmes pour conserver des prélèvements à moins de 80 degrés ».

Cette période était difficile, car le personnel traitant a perdu la confiance des patients. « Certaines PvVih ont mis en cause la crédibilité de nos travaux puisque ne pouvant pas rester six mois sans avoir aucune idée sur l’évolution de la maladie, notamment la charge virale. Aujourd’hui, il y a des PvVih qui refusent de faire des prélèvements pour déterminer la charge virale. Elles nous disent qu’elles ont fait l’examen en 2016, alors que jusque-là, elles n’ont pas reçu les résultats. Ce n’est pas la peine de le refaire nous lancent-elles », a raconté Jacques Sambou. Ce dernier a constaté que la rupture des réactifs a fini de créer une incompréhension entre les prestataires et les patients.

Cependant, il y a de l’espoir, vu que la structure hospitalière essaie actuellement de se rattraper. Ainsi, sur les 300 prélèvements effectués en 2017, 42 résultats ont été mis à la disposition des responsables du Pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor.

Les régions de Kolda et Sédhiou ont aussi connu ces moments difficiles. Mais, c’est un vieux souvenir, à en croire Saloum Fall, de la Pharmacie régionale de Kolda. Selon lui, les deux régions n’ont plus connu de ruptures de réactifs et d’Arv (antirétroviraux). A Kolda, les 1727 PvVih mises sous traitement sur les 1807 cas de Vih suivent correctement les prescriptions. Donc, pour le médecin-chef de la région médicale, Yaya Baldé, 90 % des séropositifs sont suivis dans les districts sanitaires de Kolda, Médina Yoro Foula et Vélingara.

Eugène KALY

Le phénomène des hommes bisexuels touche les régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda. Ce qui rend difficile la lutte contre le Sida dans cette partie du pays où le taux de prévalence dépasse la moyenne nationale.

Les populations clés, à savoir les professionnelles de sexe, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les usagers de drogues injectables ou encore les détenus, constituent un vrai obstacle à la lutte contre le Sida au Sénégal. Si le taux de prévalence du Vih dans la population générale est très faible (0,5 %) selon le rapport 2016 de l’Onusida, il reste élevé au niveau des populations clés. Il est de 17,8 % chez les homosexuels ou hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (Msm en anglais), 6,6 % chez les travailleuses du sexe et 9,2 % chez les utilisateurs de drogues injectables. Et la situation est plus préoccupante dans les trois régions du sud du pays. « Ces populations clés rendent la lutte contre le Sida beaucoup plus difficile », a déclaré Nourou Diallo, coordonnateur de l’Alliance nationale des communautés pour la santé (Ancs)-Usaid Néma de Kolda.

La région de Kolda qui peine déjà dans la prise en charge des professionnelles du sexe et des Msm a une nouvelle catégorie de personnes vulnérables : les utilisateurs de drogues injectables. Ce groupe vient s’ajouter à 120 Msm, sans compter le nombre non maîtrisé des travailleuses de sexe. « Nous avons de sérieux problèmes pour ce qui concerne ces populations clés parce que plus de 70 % Msm sont bisexuels. Ils ont des épouses. Pis, ils font des rapports sexuels avec de jeunes élèves, en particulier des lycéens. Les parents doivent redoubler de vigilance dans ce domaine », a averti M. Diallo.

A Sédhiou, le coordonnateur de l’Ancs, Nfally Badji, a dénombré environ 400 Msm. Dans ce groupe vulnérable, l’on trouve beaucoup de jeunes. Aucun chiffre s’agissant de la prostitution, alors que le phénomène existe dans la région. Seulement, elle se fait dans la clandestinité. Ziguinchor compte aussi le même nombre de Msm. « Environ 350 personnes ont des relations bisexuelles », a informé un anonyme.

Par Eugène KALY

Le service pédiatrique de l’hôpital de la paix de Ziguinchor participe à la prise en charge du Vih. Des Arv sont proposés aux enfants infectés dont 10 sur 16 atteints sont il est sous traitement.

Le Dr Assane Dramé, médecin-pédiatre en formation et spécialiste en santé publique de l’hôpital de la Paix de Ziguinchor s’occupe d’une cohorte de 10 enfants souffrants du Vih sur 16. Il a assuré que la prise en charge de cette couche se passe bien dans la région de Ziguinchor. Au service pédiatrique de l’hôpital de la Paix, ladite prise en charge a démarré en 2015.

« Nous sommes à 16 cas dépistés positifs, dont 10 sous traitement, parce que malheureusement, il y a un cas de décès et 5 perdus de vue », a fait savoir le Dr Assane Dramé. Le pédiatre a signalé qu’il n’y a aucune difficulté dans la prise en charge. « Les Arv sont disponibles et accessibles aux enfants. Il n’y a pas de rupture de molécules pédiatriques. Nous suivons les enfants dès l’âge de nourrisson, c’est-à-dire après le dépistage, jusqu’à 14 ans révolus », a-t-il renseigné.

Le service de pédiatrie prend en charge toutes ces tranches d’âge. « Cependant, la séparation est souvent difficile lorsque l’enfant atteint 14 ans. Il refuse souvent de partir dans un autre site où sont pris en charge les personnes adultes », a souligné le Dr Dramé. Les pédiatres veillent aussi sur trois éléments concernant la prise en charge des enfants atteints. Il s’agit du suivi du traitement de cette couche vulnérable, de leur nutrition et de leur état psychologique. « L’une des questions ne peut aller sans l’autre. Quand on prend l’exemple des Arv, nous constatons que ces molécules ont besoin des protéines pour pouvoir atteindre leur cible et faire un effet positif dans l’organisme de l’enfant. Si un enfant malnutri continue de prendre des Arv et ne s’alimente pas bien, cela peut avoir un effet négatif sur sa santé. Nous sommes obligés de veiller sur ces paramètres pour aider l’enfant à avoir une vie saine et surtout à poursuivre ses études sans se préoccuper de sa santé », a soutenu le spécialiste. Il a cependant averti les parents : « Quand un enfant présente une malnutrition aigüe sévère, il doit se faire dépister du Vih. Cette forme de malnutrition est un facteur de risque de Vih ». Dès lors, le Dr Assane Dramé a préconisé de privilégier le « dépistage familial ». Selon lui, ce dernier consiste à dépister les enfants des PvVih. « Il faut allez chez elles en leur proposant de dépister leurs enfants. Si le résultat est positif, l’enfant est pris en charge ; ce qui lui donne des chances de grandir en bonne santé », a-t-il conseillé.

E. KALY

L’effectivité de la décentralisation de la prise en charge du Vih dans la région de Ziguinchor est l’un des points positifs dans la croisade contre le Sida. Des infirmiers chef de poste et des sages-femmes sont chargés de suivre des séropositifs sur place afin de leur éviter des va-et-vient entre la commune et leurs localités.

La décentralisation de la prise en charge du Vih dans les postes de santé est une réalité dans la région médicale de Ziguinchor. En accueillant des membres de l’Association des journalistes en santé, population et développement, Jacques François Sambou, assistant social et gestionnaire des données du Vih au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor, a révélé que la prise en charge du Vih se fait dans les postes de santé les plus reculés de la région. Des infirmiers chef de poste et des sages-femmes ont ainsi été capacités pour prendre en charge des PvVih. Ces dernières « viennent au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor juste pour faire le bilan. Elles sont référées aussitôt dans les postes de santé pour leur suivi », a-t-il fait savoir. M. Sambou a indiqué que sur le plan national, les acteurs de la lutte contre le Sida ont beaucoup insisté sur la formation des prestataires. « Ce que nous avons réussi à faire, parce qu’ici, il n’est pas rare de voir un infirmier s’occuper de la prise en charge dans cette zone, quel que soit son enclavement. Cela mérite les encouragements des acteurs locaux, car la région médicale a longuement travaillé dans ce sens. C’est un point positif », s’est-il réjoui. Sur ce, l’assistant social a rendu hommage aux autorités religieuses, administratives et coutumières qui ont participé activement à ce projet de décentralisation de la prise en charge du Vih.

Maïmouna Guèye Tall, conseillère technique du Vih de la région médicale de Ziguinchor, a confirmé l’effectivité de la décentralisation de la prise en charge dans les postes de santé. « Dans toutes les localités de la région où il y a beaucoup de patients, nous décentralisons la prise en charge pour éviter à ces derniers le déplacement », a-t-elle confirmé, soulignant qu’avec le concours de l’Usaid, plus de 36 sages-femmes et infirmiers chefs de poste ont bénéficié de la formation. Seulement, a regretté Mme Tall, ces agents bénéficiaires d’un renforcement de capacités peuvent être affectés au courant de l’année ; ce qui constitue un frein à ce projet de prise en charge.

Mais, elle se dit optimiste parce que si tous les paramètres de prise en charge sont respectés, le Sénégal pourrait, à son avis, stopper la transmission du Vih d’ici à 2030.

A Ziguinchor comme à Kolda, en passant par Sédhiou, les acteurs ne veulent plus voir des PvVih transmettre le virus à leurs partenaires. « Il faut sensibiliser les populations en leur faisant comprendre qu’une personne séropositive peut avoir des rapports sexuels non protégés avec son époux sans risque de contamination, si le protocole de la prise en charge est respectée », a signifié Maïmouna Guèye Tall. Selon elle, il est essentiel de faire comprendre à tous qu’en matière de lutte contre le Sida, il y a un véritable changement. « Le Sida n’est plus synonyme de mort. Il y a un traitement efficace et on peut vivre pendant des années avec la maladie. Il faut que le rideau soit levé et que tout le monde accepte de se faire dépister. Nous ne devons pas avoir peur de cette maladie », a-t-elle rassuré.

Par Eugène KALY

Même si le taux de mortalité lié au Vih est faible, le Sida continue de faire des ravages au Sénégal. A Kolda, 11 personnes sont décédées au cours du 3ème semestre 2017 à cause de cette maladie, a informé Mouhamadou Souané, assistant social du district sanitaire de Kolda chargé des données du Vih. Ces décès sont dus à un dépistage tardif. « Les victimes ne savaient pas qu’elles avaient la maladie pour se faire traiter à temps », a justifié notre interlocuteur. Il a ajouté que, dans la région, beaucoup de gens ont perdu la vie à cause du Sida sans le savoir. D’où l’importance de sensibiliser les populations sur la nécessité de se faire dépister très tôt et de se prendre en charge.

E. KALY


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