Grands Dossiers (309)

L’enquête a confirmé une amélioration de la disponibilité des services de santé maternelle. Si l’on se réfère au rapport, dans l’ensemble 88% de toutes les structures de santé offrent des services de consultation prénatale (Cnp), 81% offrent des services d’accouchement normal et 5% fournissent des services liés à des césariennes. « Huit sur dix structures (80%) offrent des CPN et des services d’accouchement normal. Seulement, 4 % offrent tous les trois services de santé maternelle. La disponibilité de ces trois services est beaucoup plus élevée dans les hôpitaux (66%) », indique l’enquête.

L’autre point d’assurance, c’est la progression de l’indicateur lié à l’accès aux soins prénataux. Ce taux est passé de 82% en 2005 à 96% en 2016. « La quasi-totalité (96%) des femmes de 15-49 ans ayant eu une maison une naissance vivante au cours des cinq dernières années ont reçu au moins une visite prénatale par un prestataire formé (médecin, sage-femme ou infirmière). Cette proportion a augmenté de 82 % en 2005 à 96 % en 2016 », renseigne l’enquête.

I. SANE

Les diabétiques ne se démènent pas pour bénéficier d’un diagnostic au Sénégal. Selon l’EDS-continue, 97% des structures offrent des services de prise en charge. De façon spécifique, 81% de ces structures ont des ressources humaines capables de faire le test de glycémie, 76% d’entre elles sont habilitées à faire le test pour la protéinurie et 73% peuvent faire le test de glycémie. Par contre, les chances d’avoir des médicaments au sein de ces établissements est faible même si  87% des structures ont des solutions de perfusion, 6% ont la Metroformie, 5% disposent de l’insuline injectable et 2% le Glibenclamide.

I. S.

Les prestations liées aux traitements des maladies respiratoires sont disponibles dans 99% des structures de santé. Les services offerts sont le diagnostic, la prescription d’un traitement, ou encore la prise en charge des patients dans la structure.

A l’inverse, les médicaments sont une denrée rare dans les structures de traitement des maladies chroniques. Le taux de disponibilité de l’oxygène est 8 %, celui du Thiazide 1%, pour des bétabloquants c’est 1% alors que le pourcentage des inhibiteurs est moins de 1% de l’ECA (Encalapril). Toutefois, 41% des structures ont des bloqueurs des canaux calciques (Amlodipine/Nifedipine), soit une augmentation de seulement 4% en 2012-2013.

S’agissant des maladies respiratoires chroniques, 98% des structures traitent ces maladies, c’est-à-dire prescrivent un traitement ou prennent en charge des patients. Cependant la disponibilité des médicaments est faible même si 57% de ces établissements ont de l’Hydrocortisone en comprimés, seulement 17% ont un inhalateur de Salbutamol, 7% de l’oxygène, 3% de l’Epinephrine injectable, 2% du Prednisolone en comprimés et 1% du Beclomethasone pour inhalation.

I. S.

Les résultats de la couverture vaccinale est l’une des satisfactions de l’Enquête Démographique et de Santé Continue de 2016 menée par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD).  «  Dans l’ensemble, 7 sur 10 enfants de 12-23 mois ont reçu tous les vaccins recommandés et 3% n’ont reçu aucun vaccin. Les résultats montrent que 94% d’enfants de 12-23 mois ont reçu le vaccin du BCG, 90% ont reçu les trois doses de Pentavalent, 81 % ont reçu les trois doses de polio, 81% ont été vaccinés contre la rougeole et 82% ont été vaccinés contre la fièvre jaune. C’est dans la région de Fatick (79%) que la couverture vaccinale est la plus élevée. Par contre, c’est dans la région de Tambacounda qu’elle est la plus faible (41%) », lit-on dans le rapport de l’Enquête Démographique et de Santé Continue de 2016. Ce qui montre une bonne disponibilité des vaccins sur l’ensemble du territoire sénégalais. Le Programme Élargi de Vaccination (PEV) du Sénégal recommande qu’un enfant reçoive le BCG, trois doses de Pentavalent, trois doses de vaccin contre la poliomyélite, une dose de vaccin contre la rougeole, et une dose de vaccin contre la fièvre jaune. « Globalement, 99% de ces structures avaient le vaccin Pentavalent disponible le jour de l’enquête et la même proportion avaient le vaccin de la fièvre jaune. Neuf sur dix structures avaient le vaccin de la rougeole (91%), le vaccin oral de la polio (92%) et le vaccin du BCG (87%). L’ensemble de tous les vaccins infantiles de base était disponible dans 8 sur 10 des structures. La disponibilité pour tous ces vaccins a augmenté depuis 2012-2013. La disponibilité de tous ces vaccins infantiles de base varie selon la région, passant de 40 % dans la région de Thiès à 100 % dans les régions de Kaolack, de Kolda et de Matam », souligne le rapport.

O. NDIAYE

Les standards de qualité des services pour les soins ambulatoires des enfants comprennent quatre catégories : l’évaluation des signes généraux de danger, l’évaluation du symptôme principal, l’examen médical et les conseils essentiels pour les responsables de l’enfant. Pendant l’Enquête Démographique et de Santé Continue de 2016 conduite par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (Ansd), 1.027 consultations d’enfants malades ont été observées. « Aucune des consultations observées n’a compris une évaluation de tous les signes généraux de danger. Parmi ces signes, le prestataire a vérifié si l’enfant vomit dans 55 % des cas, mais seulement 5% des consultations ont compris une vérification des convulsions et 4% ont compris une évaluation de l’incapacité à manger ou à boire », observent les enquêteurs. Ce qui fait dire à Laylee Moshiri, Représentante de l’Unicef au Sénégal, qu’il faut voir s’il faut donner à manger à l’enfant continuellement et ou qu’il faut lui donner plus  à boire. « Ce sont, selon elle, des conseils extrêmement importants qu’il faut donner aux familles d’enfants malades. Nous voulons qu’au moins 6 à 8% de ces conseils  soient donnés. Pour moi, c’est très inquiétant et cela veut dire que nous devons maintenant mettre un focus sur les pratiques des prestataires de santé en ce qui concerne les enfants malades ». « Les standards de qualité des services recommandent que le prestataire donne les conseils aux responsables de l’enfant malade. Les trois conseils essentiels n’étaient donnés que dans très peu de consultations observées. Dans 8% des consultations observées, le prestataire a parlé des symptômes nécessitant un retour immédiat, et dans la même proportion des consultations, le prestataire a demandé au responsable de donner des liquides supplémentaires à l’enfant. Dans seulement 6% des cas, le prestataire a demandé au responsable de l’enfant malade de continuer à nourrir l’enfant »,  lit-on dans le rapport de l’EDS continue 2016.

O. NDIAYE

Le directeur des statistiques démographiques et sociales, Papa Ibrahima SENE, a fait l’économie de l’Enquête Continue sur la Prestation de Services de Soins de Santé (ECPSS) en cours d’expérimentation au Sénégal avec le concours de l’USAID. L’annualisation de l’Enquête Démographique et de Santé (EDS-Continue) fournit des données indispensables pour assurer un meilleur suivi et évaluation des politiques sociales et sanitaires au Sénégal, notamment l’axe 2 du Plan Sénégal Emergent (PSE).

L’ANSD vient de publier les résultats de l’enquête-continue 2016 « Enquête démographique et de santé-continue ». Qu’est-ce qu’on peut retenir d’essentiel de ces résultats ?
Il faut d’abord noter que l’Enquête Continue comporte deux volets. Il s’agit d’un volet ménage appelé Enquête Démographique et de Santé (EDS-Continue), qui collecte des données auprès des ménages, des femmes de 15-49 ans, des hommes de 15-59 ans et des enfants de moins de cinq ans et un volet structures de santé appelé l’Enquête Continue sur la Prestation des Services de Soins de Santé (ECPSS), qui collecte des données auprès des structures de santé, des prestataires de soins de santé et des clients des structures de santé.

Les Enquêtes Continues annuelles ont démarré en 2012-2013, celle de 2016 est la quatrième de la série. Les résultats des deux enquêtes sont complémentaires ; l’EDS donne la situation sanitaire partant des déclarations des ménages et l’ECPSS donne celle enregistrée à partir des structures de santé.

Le Sénégal est le premier pays en Afrique à réaliser une enquête EDS continue. Ce choix du Sénégal par l’USAID d’expérimenter l’Enquête Continue pour la période 2012-2017 était surtout motivé par le fait que le Sénégal a réalisé plusieurs EDS de bonne qualité dont les résultats ont été utilisés pour la planification et le suivi des programmes.

Faites-nous l’économie des résultats ?
Les résultats saillants de l’enquête continue de 2016 au Sénégal se présentent comme suit : Pour la fécondité, la tendance baissière se poursuit : le nombre moyen d’enfants par femme au Sénégal est passé de 5,7 en 1997 à 4,7 en 2016. On note aussi une disparité assez importante selon le milieu de résidence ; le nombre moyen d’enfants par femme varie de 3,5 en milieu urbain à 5,9 en milieu rural. Chez les adolescentes de 15-19 ans, 16 % ont déjà eu un enfant ou sont enceintes d’un premier enfant.

En ce qui concerne la Planification familiale (PF), l’utilisation des méthodes contraceptives modernes par les femmes mariées continue à augmenter, elle est passée de 10% parmi les femmes en union en 2005 à 16% en 2012-2013 et à 23% en 2016. Les injectables, les implants et la pilule sont les méthodes contraceptives les plus utilisées. La demande totale en planification familiale au Sénégal est de 49%. Elle comprend les besoins non satisfaits et les besoins satisfaits. En 2016, 24 % des femmes ont des besoins non satisfaits en matière de planification familiale ; elles désirent limiter ou espacer les naissances mais n’utilisent pas la planification familiale. Celles qui ont des besoins satisfaits en matière de planification familiale (qui utilisent une méthode contraceptive moderne ou non) représentent 25%.

Cependant, la disponibilité des services de planification familiale est assez élevée, 86% des structures de santé offrent une méthode moderne de PF. L’enquête a montré que 98% des structures de santé qui offrent des méthodes modernes avaient toutes les méthodes fournies observées disponibles. Ce qui représente une augmentation de 6% depuis 2014.

Y a-t-il une évolution en matière de lutte contre la mortalité infantile ?
Pour la santé infantile, les résultats montrent une baisse continue de la mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. La mortalité infantile (chez les moins d’un an) continue de baisser ; elle est passée de 43 pour mille en 2012-2013 à 36 pour mille en 2016. De même la mortalité infanto-juvénile (chez les moins de cinq ans) est passée de 65 pour mille en 2012-2013 à 51 pour mille en 2016. La proportion d’enfants complètement vaccinés continue d’augmenter ; elle est passée de 68% en 2015 à 70% en 2016. Cependant, l’enquête a montré que 82% des structures de santé offrent les trois services de santé infantile de base (soins curatifs ambulatoires pour enfants malades, les vaccinations infantiles et le suivi de la croissance).

Pour la santé maternelle, la tendance à la hausse des consultations prénatales, des accouchements assistés par un prestataire formé et des consultations postnatales se poursuit. En 2016, la majorité des femmes (96%) ayant eu une naissance vivante ont reçu au moins une consultation prénatale. En 2016 toujours, 76% des naissances se sont déroulées dans un établissement de santé et 24% à la maison. La proportion de femmes assistées à l’accouchement par un prestataire formé est passée de 53% en 2012 à 58% en 2016. Nous avons aussi relevé que trois quarts des mères (75%) ont fait une consultation postnatale. En ce qui concerne la disponibilité des services de santé maternelle, 81% des structures de santé offrent des services d’accouchement normal et 5% seulement des structures offrent des césariennes.

Et pour le paludisme ?
Les résultats de la quatrième phase de l’EDS-Continue, montrent une poursuite des progrès réalisés dans la lutte contre cette maladie ; une nette augmentation du taux de possession et d’utilisation des moustiquaires imprégnées est enregistrée.

En effet, la possession des moustiquaires imprégnées d’insecticide (MII) par les ménages a nettement augmenté, passant de 2 % en 2005 à 73% en 2012-2013 et à 82 % en 2016.

La proportion d’enfants de moins de 5 ans ayant dormi sous une MII la nuit précédant le passage de l’enquêteur est passée de 7 % en 2005 à 46% en 2012-2013 et à 67 % en 2016. De même, la proportion de femmes enceintes ayant dormi sous une MII la nuit précédant le passage de l’enquêteur a augmenté ; elle est passée de 7% en 2005 à 43 % en 2012-2013 et à 69% en 2016. Quant à la prévalence du paludisme selon la microscopie, elle a connu une légère augmentation en passant de 0,3% en 2015 à 1% chez les enfants de moins de cinq ans en 2016. Cependant, 60% des femmes enceintes ont reçu deux doses ou plus du traitement préventif intermittent et 99 % de toutes les structures offrent des services de diagnostic et/ou traitement du paludisme.

Pour l’excision chez les femmes âgées de 15 à 49 ans, une tendance à la baisse est notée ces dix dernières années ; la proportion de femmes excisée de ce groupe d’âges est passée de 28% (en 2005) à 23% (en 2016).

Il est ressorti que beaucoup de structures offrent des prestations de base. Pouvez-vous revenir sur ces aspects ?
Globalement, pour les structures de santé, les résultats de 2016 indiquent que plus de trois quarts (78%) des structures de santé sénégalaises (en dehors des cases de santé) offrent tous les services de base (trois services de santé infantile, des méthodes modernes de planification familiale, des consultations prénatales et des services sur les infections sexuellement transmissibles).

L’enquête a montré aussi que 84% de toutes les structures ont un système de dépistage du VIH SIDA, 8 structures sur 10 offrent un service quelconque de diagnostic de la tuberculose (TB), 97% des structures offrent les services du diabète, et 98% des structures offrent des services des maladies cardio-vasculaires, mais la disponibilité des médicaments essentiels pour les maladies cardio-vasculaires reste très faible.

La majorité des structures de santé dispose d’une source d’eau améliorée (95%), une latrine pour les patients (98%), et l’intimité visuelle et auditive (98%). Et pour les infrastructures de base, c’est le transport d’urgence qui montre la plus grande augmentation ; la proportion de structures ayant un transport d’urgence est passée de 54% en 2014 à 65% en 2016.

Quel est l’intérêt d’avoir une telle enquête ?
L’Enquête continue se caractérise par une grande souplesse pour répondre aux besoins en statistiques dans la mesure où elle est plus  fréquente, donc peut être adaptée à des sujets particuliers. Elle donne aussi la possibilité de renseigner annuellement des indicateurs.

Quels en sont les objectifs ?
Papa I Sene Stats 2L’Enquête continue a principalement deux objectifs. Son premier objectif principal est de répondre aux besoins en données pour planifier, suivre et évaluer les programmes de santé et de population. Elle produit des indicateurs pour les dix modules ci-après :

• dynamique démographiques, mortalité et fécondité ;

• état de la santé familiale ;

• état nutritionnel des enfants et des femmes ;

• connaissances, attitudes et pratiques des femmes au sujet des infections sexuellement transmissibles (IST), du sida, des pratiques contraceptives des femmes ;

• prévalence de la parasitémie palustre chez les enfants de moins de cinq ans ;

• disponibilité des ressources dans les structures de santé ;

• disponibilité de services spécifiques dans les structures de santé ;

• pratiques de gestion dans les structures de santé ;

• adhésion et respect des Normes et Protocoles dans les structures de santé ;

• perception des patients de la qualité des prestations de service dans les structures de santé.

Le second objectif principal de l’enquête est de permettre au Sénégal d’avoir l’expérience pilote de la mise en œuvre de l’Enquête Continue : chaque année, il faut collecter les données auprès des ménages et de 300 structures de santé (les hôpitaux publics et les cliniques privées, les centres de santé, et les postes de santé/cases de santé/dispensaires), les traiter, les analyser et les diffuser.

A quoi serviront ces résultats ?
Cette enquête permet au Sénégal de disposer, chaque année, d’indicateurs pour le suivi et l’évaluation de ses projets et programmes sociaux et de santé. Ces indicateurs contribueront au suivi de l’axe deux du PSE, des programmes nationaux, et à la réalisation des Objectifs du Développement Durable (ODD). L’Enquête continue renseigne un nombre important d’indicateurs des Objectifs de Développement Durable (ODD), au moins 30 indicateurs sur les 230.

Il n’a pas été sans doute facile de mener une telle enquête, alors comment vous vous y êtes pris en termes de mobilisation financière, de personnel et de logistique ?
Les quatre phases sur les cinq prévues de cette enquête sont réalisées grâce aux contributions des Partenaires techniques et financiers que sont : l’USAID, la Banque Mondiale, l’UNICEF et l’UNFPA mais aussi de l’Etat du Sénégal. Une équipe projet mise en place depuis 2012 à l’ANSD est chargée de la mise en œuvre de l’enquête continue. Un matériel roulant composé de véhicules de terrain et un parc d’équipements informatique constitué, entre autres, de tablettes pour la collecte ont été acquis au début du projet en 2012 et renouvelés, au besoin, chaque année.

Le Sénégal est le premier pays en Afrique à réaliser une telle enquête. Qu’est-ce que cela traduit pour l’ANSD ?
Cela fait de l’ANSD une référence en matière de conduite d’Enquêtes Continue (EDS et EPSS) pour les autres Instituts Nationaux de Statistique (INS) du continent. Cette expérience va ouvrir des portes de collaborations, de partenariats avec d’autres INS notamment en termes d’appuis techniques.

Cette expertise va renforcer l’ANSD dans son statut de Centre de référence.

Si le volet ménage de l’Enquête Continue (EDS) est réalisé tous les cinq années dans les autres pays du continent, le volet Structures de santé (EPSS), par contre, n’a été pour le moment expérimenté qu’au Sénégal.

La combinaison de ces deux enquêtes complémentaires fait la spécificité et la robustesse de cette enquête.

Quelles sont les perspectives de cette enquête ?
Actuellement, l’ANSD est en train de réaliser la phase cinq de l’Enquête Continue.

Elle a la particularité de comporter des modules supplémentaires sur la mortalité maternelle et la prévalence du VIH SIDA. Les résultats de la phase cinq de l’Enquête Continue seront publiés en 2018.

Cette publication va marquer la fin du projet d’Enquête Continue (série d’enquêtes annuelles de 2012-2017) et le démarrage de sa phase de pérennisation.

L’ANSD compte, en collaboration avec le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale, poursuivre cette expérience à partir de 2018. Toutefois, l’appui des Partenaires techniques et financiers est toujours sollicité.

Dans le cadre de la Convention ANSD-MSAS, mettre en œuvre le Plan de Travail pour une meilleure prise en compte de l’Enquête Continue dans le suivi de la stratégie nationale de développement sanitaire.

Des recommandations ont été formulées au cours de l’atelier de restitution, quelles sont-elles ?
La principale recommandation est d’améliorer la valorisation de la base de données de l’Enquête Continue en procédant à des analyses approfondies pour mieux élucider les facteurs explicatifs des résultats de l’enquête. Pour cet exercice, sont notamment conviées les structures de recherches.

Il a été aussi recommandé de procéder à la dissémination des résultats de l’enquête dans les Régions médicales voire dans les Districts de santé.

Les participants ont également demandé de produire les indicateurs sur la mortalité maternelle sur une périodicité plus courte, de moins de cinq ans.

Propos recueillis par Ibrahima THIAM

Il est difficile de revenir sur un événement douloureux qui a donné un nouveau cours à sa vie. En Casamance, à Ziguinchor comme dans le village de Boffa, près de la frontière avec la Guinée-Bissau, les victimes des mines anti-personnelles tentent de revenir à la vie. Certaines ont transcendé le syndrome post-traumatique. D’autres sont figés dans le temps. Elles ont une conviction commune : ne jamais mettre en avant leur sort pour survivre. Chacune tente de gagner dignement sa vie.

Le marché de Tilène fourmille sans cesse. Les mamans et leurs enfants ; des filles se bousculent autour des ballots de friperie. D’autres femmes, le panier à la main, sortent des petites allées de cet espace commercial. La jeune commerçante Sadio Mandiang, debout sur cette rue passante, nous attend. Vêtue d’une tenue fleurette avec des dentelles, la tête couverte d’un voile noir, refuse de se résigner. Elle croit au destin. C’est certainement dans sa foi qu’elle puise ses forces pour être encore debout. Dans le périmètre de sa cantine au marché Tilène, cette demoiselle est la plus jeune. Son échoppe est encombrée de pots de crème, de mèches, de bijoux. Elle est la plus jeune victime des mines en Casamance. Un jour de l’année 1998, elle suivait ses grands frères qui se rendaient dans des rizières, dans le village de Djanna Malary, au Nord de Sédhiou, sur la route de Kolda.

Contrairement à ces derniers, elle a emprunté un autre chemin. Son sentier bouleversera sa vie alors qu’elle n’avait que cinq ans. « Je ne savais pas ce qui m’était arrivé. Mais c’est ma maman qui m’a raconté que lorsque j’avais cinq ans, je suivais mes grands frères dans les rizières, c’est sur le chemin que j’ai eu cet accident », rapporte Sadio Mandiang, d’un ton saccadé empreint de philosophie. Depuis 1998, année de l’accident, elle ne vit pas dans son village natal. Elle est à Ziguinchor où elle suit ses traitements auprès de son oncle. Depuis 2014, l’Ong Handicap international l’accompagne pour son insertion. Elle refait peu à peu sa vie au marché. « Ce n’est pas tous les jours que les activités marchent. Mais nous parvenons à avoir quelque chose pour nous », se contente-t-elle de dire. Elle se bat pour subvenir à ses besoins « sans tendre la main ». Elle milite dans l’association des victimes des mines. Sadio Mandiang est sur le front de la sensibilisation. La prévention d’autres accidents est son sujet de préoccupation. « Nous organisons régulièrement des réunions pour discuter des problèmes de notre association. Nous participons aussi à la sensibilisation », confie Sadio Mandiang.

Nous quittons l’effervescence du marché et nous voici, sur la grande Avenue 54. Cap sur Boffa. Lorsque nous sortions, nous voici, dans la platitude des zones boisées. Nous traversons des villages comme Kenya, Boucott Mancagne, Bourofaye Manjack, Brigadier sur cette route de la Guinée-Bissau, sans nous rendre compte que nous dépassions la guérite où il est inscrit « Mpack ». La même équipe de reporters y était il y a quelques mois. Nous disons alors de faire demi-tour. Nous avons laissé derrière nous Boffa. Nous disons alors à Balla Thiam de lever le pied sur l’accélérateur.

A chaque cent mètres, nous demandons aux personnes que nous croisons. Au loin, on aperçoit une plaque blanche avec une couleur de rouille. « Réinstallation des populations de Boffa ». L’inscription est claire. Nous empruntons une piste d’argile qui éventre les rizières. Le sentiment de peur semble envahir l’équipe. Après quelques mètres, la voiture ne peut plus avancer. A quelques mètres, un autre véhicule a laissé les traces de son embourbement. Mais, dans des rizières, les femmes, certaines la tête couverte de calebasse, d’autres de foulard, se montent très enthousiastes. Ces femmes nous insufflent une dose de réconfort. « Les maisons que vous regardez au loin, c’est le village de Boffa », nous orientent-elles. Nous poursuivons le chemin ce vendredi.

Le soleil a déjà dépassé le zénith. Il fallait aller à la rencontre d’une victime. A l’entrée de Boffa, trois bâtiments en dur aux portes peintes en vert se singularisent de la répartition en bloc des autres habitats. Les garçons déplument des poulets. C’est dans ce village où Djibril Diallo se retire de temps en temps pour se reposer. Le temps passe mais n’efface pas les pires moments de sa vie. C’est le 12 mars 1998 qu’il a sauté sur une mine dans le village de Kaguitt, dans l’arrondissement de Nyassia, au Sud de Ziguinchor. Elle n’avait que 9 ans. Lorsque nous rencontrions, le secrétaire général de l’association ne laisse aucun signe d’un passé douloureux. Il n’est pas dans le syndrome post-traumatique. C’est un croyant.

Le miraculé
DémineurD’ailleurs, il a accepté le rendez-vous sous condition que nous fassions avant la prière du vendredi. Djibril Diallo est revenu de loin. Il ne veut pas insisté sur son sort. C’est le porte-parole des autres. C’est lui le secrétaire général de l’association des victimes des mines en Casamance. « Dans notre association, nous travaillons à aider nos membre à monter des projets viables. Nous voulons que toutes les victimes gagnent leur vie comme les autres personnes. Ce n’est pas facile. Mais nous travaillons pour l’épanouissement des victimes », répète le secrétaire général de l’association des victimes titulaire d’un Master II en informatique appliquée à la gestion obtenue à l’Université de Ziguinchor. L’intérêt général prime sur les intérêts personnels pour Djibril Diallo.
De Boffa, nous revenons à Ziguinchor, au quartier Yama Togne près de la police. En face du siège de l’Anrac, il est assis à l’entrée d’un hangar où sont arrimées des planches de différentes dimensions. C’est ici qu’il gagne désormais sa vie. A vrai dire, son parcours est jalonné d’incidents et d’accidents. L’ancien chauffeur de transport en commun Ziguinchor-Bissau a frôlé deux fois la mort. « Je faisais la navette avec une voiture de transport en commun. La voiture s’est renversée deux fois avec moi, je suis sorti indemne », raconte-il. Il n’en avait pas fini pour autant avec les déboires car la grand-mère du propriétaire de la voiture venait régulièrement le menacer. Mais le chauffeur fait la sourde oreille jusqu’à ce qu’il tombe malade. « Dans ma vie, j’ai tout vu. La grand-mère du propriétaire de la voiture m’intimider en me disant de ne pas conduire la voiture de son petit-fils et que si je persiste, j’allais être atteint par un mauvais sort », raconte-il.

Six mois plus tard, le chauffeur contracte une nouvelle maladie. Il fait le tour des hôpitaux, malgré tout son état de santé ne cessait de décliner. Il a épuisé toutes les voies de recours de la médecine moderne. Il s’est alors résolu à se rendre dans son village d’origine Djirack, dans la zone de Santhiaba Manjack. « Je suis retourné à la source », dit-il. Une fois à Djirack, ses parents lui ont demandé de s’installer à Boudjédiette pour le traitement traditionnel. Il ne connaissait personne dans ce village. C’est ici que les signes prémonitoires lui sont apparus. Le chauffeur avait vu venir l’accident. « Un jour, j’ai rêvé que j’ai sauté sur une mine. D’habitude, lorsque je fais ce genre de rêve, je savais ce qu’il fallait faire. Mais cette fois-ci, je n’avais pas de solution. Je me suis dit alors qu’il fallait que je me confie », confesse-t-il. Deux jours plus tard, un vendredi, il décide de partir à Djirack en empruntant une route bordée de bosquet. Un bras de fleuve sous l’influence des marées hautes et basses était un passage obligé. Juste avant le pont de fortune, à Essoudiack, il entendit une voix. Mais il ne voit personne aux abords. Il pose son pied gauche sur une planche du pont. Celle-ci se soulève. Il fait marche arrière et piétine la mine. « J’ai entendu une explosion. Ma tête s’est retrouvée au fond de l’eau. J’ai retrouvé mon pied derrière moi. La zone n’était pas fréquentée. Je suis resté de 17 heures à 19 heures. J’ai abondamment saigné. C’est après l’alerte à Essououdiack que les militaires se sont mis à ma recherche », raconte-t-il.

Le mot du capitaine raisonne encore dans sa tête. Ce dernier, au regard du temps perdu après l’accidente et la perte de sang, n’avait pas espoir que Djibril Diallo allait survivre. Il est évacué à l’hôpital principal où il a été interné durant 1 mois 15 jours. « Je dois remercier Dieu, je suis en vie. Combien de personnes qui n’ont pas survécu après avoir sauté sur une mine, d’autres sont amputées de deux jambes », se résigne l’automobiliste. C’est avec ses économies qu’il a supporté les frais d’hospitalisation et l’achat de la prothèse.

Des familles disloquées
L’automobiliste est un esprit libre. Il le clame. Un jour, à la gouvernance, lors d’une réunion après la fête du 4 avril, lorsqu’un un responsable d’une structure a présenté la situation des victimes des mines sous de beaux draps, il a élevé la voix. Les personnes préposées à la sécurité l’évacuèrent manu militari de la salle. Depuis lors, il est mis au banc des accusés. L’automobiliste accuse : « L’association ne m’informe de rien. Parfois, c’est moi qui surprends les membres en réunion. Je n’ai pas la langue dans ma poche. Je dis ce que je pense », se targue-t-il.

Cette victime est une mine d’informations. Il nous tient en haleine durant plus d’une heure. Il ne veut pas de compassion. Le sort des autres victimes le préoccupe. Il compatit avec une femme du nom d’Elisabeth Nansala abondée par son époux. L’autre est un homme divorcé d’avec son épouse. « Un de nos camarades est décédé à cause des remords. Sa femme a quitté le domicile conjugal », se désole l’ancien chauffeur.

Refus de la fatalité
Depuis son accident, il n’est pas resté les bras croisés. Il refuse de s’apitoyer sur son sort. Il s’est lancé dans l’élevage de poulet. L’activité était fleurissante. Mais sa volaille est décimée par une maladie dans un premier temps. Il indexe l’aliment importé de Dakar. Avec l’appui des Ong, il se relève de cette chute. Il achète des poussins. Il en élève à nouveau. Cette fois-ci, c’est lui qui est tombé malade. Pendant qu’il était hospitalisé, des personnes mal intentionnées ont fait main basse sur ses poulets. Il met en veilleuse l’élevage et il tente de se refaire une santé financière en aidant son ami à louer des planches pour les coffrages. « J’avais décidé de ne plus parler de mon sort. Je refuse qu’on me prenne comme une personne qui met sa situation en avant pour avoir quelque chose. A Ziguinchor, les victimes des mines ont besoin d’aide. Mais je ne connais pas une seule qui mendie. Je crois que je peux gagner ma vie comme les autres personnes », affirme l’automobiliste.

A Ziguinchor, ces victimes passent inaperçues. Certaines ne veulent plus revenir sur leur sort pour ne pas attirer les regards de l’entourage. « Les victimes se méfient parce qu’elles ne veulent pas que les personnes croient qu’elles veulent se servir de leur situation pour se faire de l’argent », témoigne M. Diallo, chargé des opérations de déminage au Centre national anti-mines situé dans le quartier Halwar de Ziguinchor. Des élèves qui étaient victimes des mines enseignent dans des écoles de la région.

Ousseynou Coréa : « Les femmes sont abandonnées par leurs belles-familles ou par leurs familles »
Veillant sur le Centre national anti-mines sis à Halwar, Ousseynou Coréa n’est plus retourné au campement « Oasis » de Niaguiss où il travaillait. Il fait partie des survivants du véhicule qui avait sauté sur une mine en 2002. Il a été hospitalisé pendant quatre mois à l’hôpital régional de Ziguinchor. Il se préoccupe plus des conditions des femmes amputées. « Elles sont soit abandonnées par leurs belles-familles soit par leur parents proches parce qu’elles sont physiquement diminuées », témoigne Ousseynou Coréa.
 
Mamadou Diallo, chargé des opérations au Cnams : « On peut acheter une mine à 500 FCfa, mais pour l’enlever, il faut 1,5 million de FCfa »
Les activités de déminage se poursuivent dans la région naturelle de la Casamance. Et depuis février 2008, début des opérations, c’est un total de 429 engins qui ont été prélevés et détruits par les équipes qui interviennent sur le terrain. Actuellement, la superficie nettoyée est estimée à 1.795.553,372 m² sur les 35 localités à Kolda, Sédhiou et Ziguinchor. « Au moment où je parle, l’activité de déminage est toujours en cours dans la région naturelle de la Casamance. Présentement, les équipes sont dans un quartier de Ziguinchor qu’on appelle Djibanar, dans la commune de Boutoute », explique Mamadou Diallo, chargé des opérations au Centre national d’action anti-mines (Cnams).
 
Mais dans ces activités de déminage, certaines zones semblent plus infectées que d’autres. C’est le cas de Niaguiss où l’essentiel des engins ont été prélevés. Il reste aujourd’hui à nettoyer une superficie évaluée à 1 563 595 m², mais les responsables du Cnams se heurtent à la cherté des opérations de déminage. « On peut acheter une mine entre 300 et 500 FCfa; mais pour l’enlever, il faut 1,5 million de FCfa », regrette Mamadou Diallo. Compte tenu du retrait de plusieurs partenaires dans le financement des opérations de déminage au Sud du pays, l’Etat du Sénégal a injecté 4 milliards FCfa dans le programme national de déminage à raison de 200 millions de FCfa pour le Centre national d’action anti-mines. Cette somme reste insuffisante parce que devant faire l’objet d’arbitrage entre les activités d’insertion, l’assistance aux victimes et le déminage proprement dit.

Enlèvement des démineurs en mai 2013
A ce manque de moyens, il faut aussi ajouter d’autres facteurs qui ont contribué au ralentissement des activités de déminage. Parmi ces facteurs, il y a l’enlèvement des démineurs en mai 2013. Ce qui a semé le doute dans l’esprit des Ong et des bailleurs de fonds engagés au côté du Sénégal. « Depuis cet enlèvement, la progression sur le terrain a connu un ralentissement du fait du retrait de certains bailleurs et par conséquent la réduction du nombre d’opérateurs et des ressources disponibles », nous confie-t-on. Egalement avec la réalisation de la Rn6 et les 26 km de pistes de production devant être réalisées par l’Ong américaine « Shelter for life », les activités de déminage ont été suspendues sept (7) mois durant.

Accompagnement social et psychologique : Une intervention multidimensionnelle avec des effets appréciables
Gratuité des soins médicaux dans les hôpitaux, prise en charge psychologique, financement de projets pour une meilleure insertion socio-économique, les victimes des mines bénéficient d’une réelle assistance de la part de l’Etat, par le biais du Centre national d’action anti-mines au Sénégal (Cnams) basé à Ziguinchor.

C’est l’une des séquelles les plus visibles du conflit en Casamance. Les nombreuses mines enfouies dans certaines zones de la région naturelle de la Casamance. Ces engins continuent de faire des victimes, avec ces centaines d’hommes et de femmes amputés, après avoir sauté sur ces engins de la mort. Ils sont élèves, femmes au foyer ou paysans qui ont vu leur vie bouleversée après un accident. Certaines de ces victimes, sinon la plupart, vivent dans des conditions précaires. Au total 826 victimes ont été recensées depuis le début du conflit par le Centre national d’action anti-mines au Sénégal (Cnams). Militaires et civils sont confondus dans ce lot. Mais qui est réellement considéré comme victime et bénéficie-t-elle d’assistance ? « La notion de victime est très large, selon la convention d’Ottawa. Est victime la personne qui a sauté sur une mine ; les parents de cette victime, les communautés dont les champs sont pollués par les mines. C’est une concept très large. Il appartient à chaque pays, en fonction avec ses réalités et de ses moyens, de définir la notion de victime. Le Sénégal a pris l’option de se focaliser sur les victimes civiles survivantes présentant des séquelles », explique Khady Badji, chargée de la Division réinsertion des victimes au Centre national d’action anti-mines.

Actuellement 183 victimes survivantes portant des séquelles ont été dénombrées. Parmi elles, il y a 85 amputées dont quatre double amputées. « Ces victimes constituent la priorité du Sénégal en matière d’assistance aux victimes », réitère Khady Badji du Cnams, soulignant que la prise en charge de ces personnes est du ressort du Plan d’action national qui a été élaboré avec l’ensemble des acteurs qui interviennent sur la question. Aujourd’hui, l’assistance aux victimes des mines comporte deux volets. Il y a tout d’abord les soins d’urgence et les soins médicaux ultérieurs qui consistent à faire bénéficier à chacune de soins d’une prise en charge gratuite dans les centres hospitaliers régionaux. Des fonds ont été mis en place pour l’achat de médicaments destinés à ces blessés. L’accompagnement psychologique n’est pas en reste. En collaboration avec différentes structures, le Centre national d’action anti-mines assure aux victimes un suivi psychologique. Actuellement 18 élèves et étudiants sont suivis au Centre d’orientation scolaire et professionnel. D’autres structures interviennent dans ce volet notamment le centre psychiatrique de Kémo ou encore la direction régionale de l’Action sociale.

« Baisse significative des accidents »
Le second volet de la prise en charge des victimes de mines concerne l’insertion socio-économique. A ce titre, des efforts ont été faits par le Cnams. « Cette insertion socio-économique est la finalité parce qu’on permet aux victimes des mines de s’insérer dans le tissu social et économique à travers l’éducation primaire, secondaire et par la formation professionnelle, par l’emploi », signale Mme Badji. Pour ce qui est des élèves, poursuit-elle, nous leur dotons depuis 2010 de manuels et de fournitures scolaires pour leur permettre d’étudier dans de meilleures conditions. En outre des fournitures scolaires sont offertes aux enfants des parents victimes des mines. La réadaptation physique des personnes à qui on offre des protèges, des fauteuils roulants ainsi que le renforcement de capacité institutionnelle et organisationnelle aux associations de victimes entrent aussi dans ce volet.

La prise en charge des victimes n’est pas la seule mission du Centre national d’action anti-mines. Puisque le Cnams accorde une grande importance à la sensibilisation avec le volet « Education aux risques des mines ». Un aspect qui est mis en œuvre avec les associations locales en vue de prévenir les accidents des mines. Actuellement, cette politique de sensibilisation a porté ses fruits. Une « baisse significative » des accidents a été enregistrée depuis le début de cette politique. De 190 en 1997, le nombre de victimes est tombé à 70 en 1999, ce qui est considéré comme un résultat non négligeable. Pour l’heure, le déminage et l’éducation aux risques de mines restent les deux volets qui permettront, dans un futur proche, d’éradiquer ces stigmates du conflit en Casamance.

Par nos envoyés spéciaux Maguette NDONG,
Idrissa SANE (textes) et Assane SOW (photos)

Cet aspect terminé,  nous effectuons deux unités de prières dans le périmètre de ce qui est appelé le « Makan Ibrahima »,  symbolisé par une sorte d’édifice en or. S’ensuit alors le parcours entre Safa et Marwa,  ponctué souvent d’une accélération de la cadence à certains endroits.

Les sept tours entre les monticules Safa et Marwa rappellent, selon Mouhamadou Bamba Ndiaye, les peines endurées par la brave femme d'Abraham  (psl) qui a initié cette marche à la quête d'une goutte d'eau à boire, dans le désert de la Mecque. « L'émergence de la source Zam Zam est la consécration divine des efforts inlassables d'une femme perdue dans le désert... »

Ainsi, chaque acte de la Oumra ou du Hajj symbolise la grandeur d'Allah et consacre le nécessaire dévouement à son adoration... La oumra humanise le pèlerin et l'initie à l'adoration permanente d'Allah, soulignait encore M. Ndiaye.

« Celui à qui on interdit de tuer un insecte ou de couper un arbre n'est guère autorisé à offenser son semblable... Le port d'un seul habit, de la même couleur enseigne au pèlerin cette égalité parfaite entre les hommes, en dépit des catégories sociales disparates et les fonctions et titres... Enfin, l'orientation de tous vers la Kaaba magnifie l'unité des buts et des visions entre les membres de la Oumma islamique », expliquait encore Bamba Ndiaye.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Pour lire l'intégralité du reportage, Cliquer ICI

Un certain nombre d’interdits est spécifié au pèlerin qui quitte la station de démarrage, selon le ministre. Le pèlerin ne devra plus couper ses cheveux ou ses ongles, non plus prononcer des insanités ou s'adonner à des discussions futiles. Aussi, il ne devra plus tuer une bête ou un insecte ou couper les arbres dans l'enceinte de la sainte mosquée...

L'ihram traduit ce sentiment d'humilité et de renonciation aux mondanités futiles pour ne viser que l'agrément d'Allah sur terre, ce qui est notre raison d'être... », souligne encore M. Ndiaye.

Nous voici donc devant cette majestueuse Kaaba. Les nombreuses lumières alentour se cristallisent autour d’elle pour en rajouter à son éclat. C’est comme si ces lumières réfléchissaient en elle et rétro-projettaient aux alentours. Ses noirs habits sont surmontés d’écritures et d’arabesques en or.  Le fidèle n’est pas déboussolé ici. Tout coin ou pan de la Kaaba peut  servir de qibla ou direction pour la prière. Dans toute l’enceinte sainte, des fidèles sont orientés vers la mythique case. La circumambulation se fera sept fois et un même refrain de prières est entonné par le célèbre prédicateur, Oustaz Alioune Sall, et répété par nous autres. « Seigneur ! Accorde nous belle part ici-bas, et belle part aussi dans l'au-delà; et protège-nous du châtiment », résume-t-il.  Il faut souvent se bousculer et serrer les rangs pour ne pas se perdre puisque l’enceinte se remplissait de fidèles qui, pour certains, viennent effectuer le même rituel qui, pour d’autres, procéder à des prières. Mais toujours garder à l’esprit les recommandations du ministre Mouhamadou Bamba Ndiaye : « En faisant le tawaf, le pèlerin devra éviter de rudoyer ses frères et sœurs musulmans qui accomplissent le même devoir.

Cela signifie qu'une fraternité absolue doit régir ses rapports avec les autres… C'est l'apprentissage achevé du savoir vivre... »

Nous pouvions être près des murs de l’édifice tout comme nous en éloigner dans la circumambulation. Une grande ardeur et une intensité sont perceptibles dans la célébration du culte. Cette circumambulation débutant à partir d’un point de départ précis d’un pan de la Kaaba, matérialisé par la projection d’une lumière verte à l’opposé. A l’arrivée du point, le fidèle, levant la main droite en direction de l’édifice, répète « Au nom d’Allah, Allah est grand » comme pour se signaler. Et pendant son tawaf, le pèlerin peut assister, de près ou de loin, aux bousculades autour du point névralgique de la Kaaba, la pierre que tout le monde veut toucher.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Pour lire l'intégralité du reportage, Cliquer ICI

Flash-back- Déterminés à accomplir le pèlerinage, le groupe de compatriotes avait débuté sa journée, dès les premières heures de cette journée agonisante, à plus de 400 km de là, à Médine précisément, la ville du Prophète. Mis dans les conditions idéales par les hôtes saoudiens, les pèlerins sortaient de l’hôtel à 8 heures déjà, bain rituel accompli et drapés des étoffes de tissus ou encore tenue de sacralisation. A bord d’un confortable bus, se faisait le voyage. Entre les deux villes religieuses saoudiennes, tout un panorama de plateaux, montagnes, quotidien d’un monde de chaleur et de désert. L’argent du pétrole et du tourisme religieux est mis à profit pour développer des infrastructures : routes, ponts, échangeurs. Le monde rural des bédouins côtoie, par ici un habitat traditionnel, et des haltes pour voyageurs, moderne par-là, implantées en pleine brousse. Le voyageur est frappé par l’ampleur des travaux entrepris ici et qui visent à dompter cette nature hostile : des pans entiers de plateaux et montagnes sont terrassés pour des routes, des aménagements…

Un passage obligé pour nous pèlerins qui continuons à avaler des kilomètres pour d’aboutir à la ville de Bir Ali qui marquera véritablement le début de la Oumra. A peine les deux prières de l’après-midi célébrées en mode voyageur, réduites donc, commence notre Oumra par son intention nouée et formulée au fond de nous-mêmes. Cette station de démarrage est appelée miiqaat. Ainsi, s’enchaînent les « labbaay Allah houma labbayka… » répétés à rompre par les pèlerins maintenant détachés du monde. Le fidèle est heureux de répondre à l’appel de son Seigneur, mais surtout à témoigner Sa royauté unique et éternelle. Les louanges s’éteignaient et reprenaient au gré de la fatigue des cordes vocales et de la récupération dont elles font l’objet.

Une grande partie du reste du trajet sera mis à profit par un autre maître en sciences religieuses, l’ancien ministre Mouhamadou Bamba Ndiaye. Il revient d’emblée sur la signification du petit pèlerinage qui est une réponse à « l’ordre d’Allah qui dit dans la sourate Al Imraan, verset 97,  « Les gens sont tenus de se rendre à la Sainte mosquée pour adorer leur Seigneur, s’ils en ont la possibilité… ».

A l’aide d’un amplificateur, il se fait entendre dans tout le bus. Relayant aussi que le prophète (Psl), en répondant à l’ange Djibril, cite les piliers de l’Islam et précise, entre autres, « se rendre à la Kaaba et faire la Oumra… », selon la tradition rapportée par Umar Ibnoul Khattaab. « La Oumra est un acte de repentance pour tout musulman majeur, d’où la nécessité de commencer, dès les préparatifs, en commençant d’abord par régler tout différend avec ses voisins. C’est ainsi que lorsque le hajj (pèlerin) dit « labbaykal laahoumma labbayka » un ange lui rétorque s’il n’a pas réglé ses comptes avec les gens « ta réponse est irrecevable, tu ne t’es pas acquitté de tes dettes envers les autres ». En revanche, si tout est réglé, l’ange lui dira : « sois le bienvenu que ton hajj ou ta oumra soient agréés » », explique encore Mouhamadou Bamba Ndiaye.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Pour lire l'intégralité du reportage, Cliquer ICI

Une fois l’intention de faire la Oumra formulée hors de la Kaaba,  le triptyque sur lequel repose ce petit pèlerinage se fera dans l’enceinte de celle-ci : la circumambulation, une prière de deux rakaa et le parcours entre Safa et Marwa.

Plein d’enthousiasme, nous nous dirigeons, de pied ferme et décidé, vers la Kaaba. La foi à toute épreuve et débordant d’énergie, le groupe de Sénégalais prend d’assaut la Maison antique, une appellation de la Kaaba revenue très souvent dans le glorieux Coran. La vingtaine de compatriotes, non érodés par la longue journée qui avait débuté à  Médine, est à 21 heures 30 passées décidée à accomplir la Oumra ou encore petit pèlerinage. Il faut remarquer qu’ils sont pressés de voir l’épicentre du monde musulman.

Derrière les pas d’un connaisseur des lieux, mais surtout maître en sciences islamiques, Oustaz Alioune Sall, le groupe est averti et sensibilisé sur les piliers et dimensions de ce pèlerinage. « Cette porte est la principale de la Kaaba qui compte de nombreuses issues. Elle nous mène directement à l’hôtel », explique le guide religieux à ses coreligionnaires. Emmitouflés dans des étoffes nouées comme un pagne et couvrant le buste, nous traversons la vaste mosquée circulaire où de nombreux fidèles effectuent des prières surérogatoires ou lisent le Coran si ce n’est qu’ils se reposent. La vaste enceinte est très éclairée. Avant de descendre les escaliers qui mènent directement à la Kaaba, la voilà qui s’offre, toute majestueuse, à notre vue émerveillée et toute heureuse de la découvrir enfin. Nous dévalons les escaliers et la lumière est encore plus féérique dans l’épicentre de la Kaaba implantée dans une cuvette. Dans ses plus beaux atours, elle est l’attraction de gens venus de partout pour lui témoigner tout leur attachement à l’Islam et leur volonté de réaliser une œuvre pie. Et bizarrement, il n’y a pas de monde ce soir. Le pèlerinage devrait s’effectuer sans anicroches. Certains sont tentés de toucher aux pans de l’édifice, mais nous prenons notre mal en patience. Il faut sacrifier maintenant à la Oumra, sous la guidée d’Oustaz Alioune Sall, un habitué des lieux.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Pour lire l'intégralité du reportage, Cliquer ICI

Deux endroits sont aussi prisés dans la ville de Médine, par les milliers de pèlerins qui effectuent petit ou grand pèlerinage : Uhud et la mosquée Khouba. Uhud, à l’époque, à l’entrée de la ville et mitoyen, aujourd’hui, de modernes bâtisses, est devenu célèbre à cause du revers enregistré par les Musulmans à la célèbre bataille qu’il a abrité et qui porte son nom dans les manuels d’histoire. Le non-respect des consignes prophétiques, par certains qui ont voulu s’emparer de la caravane païenne surchargée de biens, a causé la déroute des Musulmans qui subiront d’énormes pertes à Uhud. Surtout en vies humaines. L’ordre du prophète était qu’une partie des musulmans reste sur les flancs d’une montagne pendant qu’un autre groupe combattait les mécréants. Cette bataille s’est déroulée en l’an 3 de l’Hégire, une année après le succès éclatant de la bataille de Badr. Un succès se dessinait pour les Musulmans qui avaient défait les troupes infidèles. Les Musulmans se ruèrent sur la marchandise et les biens des vaincus. Ils seront rejoints bientôt par l’autre partie qui, devant venir en cas de domination à la rescousse des premiers, céda à la tentation du butin. Délaissant armes et munitions, les troupes musulmanes connaitront d’énormes pertes devant les infidèles qui, ayant constaté leur négligence, rappliqueront pour leur infliger un sérieux revers.  Le bilan est lourd : près de 70 morts dont l’oncle du prophète, Hamza.

Le courroux divin s’ensuivra et le Coran rappelle la faute des fidèles à l’égard de la stratégie mise en place par le prophète (Psl). Mais aussi de l’aide apportée à la bataille de Badr.

Les montagnes continuent de ceinturer les lieux et 66 victimes musulmanes tuées, pour n’avoir pas respecté le plan de guerre, reposent dans des carrés d’un cimetière de circonstance.

L’oncle du prophète et un autre compagnon sont enterrés à droite du vaste carré. L’endroit est devenu touristique, du fait du détour des pèlerins. Petits commerces d’étoffes de tissus, de chapelets, de dattes… de populations autochtones donnent aux lieux une ambiance presque festive. Là encore, les mêmes recommandations pour les visiteurs : prier pour le repos des morts et non pour soi-même.

La mosquée Khouba, toujours dans la ville de Médine, est présentée comme la première du monde musulman. Les savants musulmans rapportent le que prophète y pria à son arrivée à Médine. Il y allait très souvent, les samedis, pour effectuer deux unités de prière. C’est ainsi que l’endroit est rempli de fidèles venus d’horizons divers les matinées du samedi. L’acceptation des deux rakkas célébrés dans ce sanctuaire équivaudrait à l’acceptation du pèlerinage ou de la oumra pour le fidèle.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Pour lire l'intégralité du reportage, Cliquer ICI

La ville de Médine est moderne. Elle est un passage obligé pour les pèlerins musulmans. Non pas qu’elle soit dans le circuit, mais simplement parce qu’elle abrite le mausolée du prophète de l’Islam (Psl). Sa grande mosquée est ainsi l’épicentre de cette ville chérie par les Musulmans du monde entier.

Il faut traverser la grande esplanade pour arriver au deuxième lieu saint de l’Islam. Une foule immense envahit la façade latérale de l’un des trois vastes bâtiments. Cette façade sud de la grande mosquée de Médine, appelée la mosquée du prophète (Psl), n’est pourtant pas le seul lieu de culte. Les deux autres bâtiments semblent même, pourtant, plus immenses. Cette partie reste la plus prisée puisqu’elle symbolise le saint des saints : elle abrite le mausolée du prophète de l’Islam (Psl) et ceux de deux de ses compagnons (Aboubakr et Omar). Elle est donc la grande attraction. Le flux continu des fidèles, venus de partout du monde et constituant un condensé de l’humanité, en dit long sur le désir, pour tout musulman, de se recueillir, de prier et même de pleurer pour l’amour de la meilleure des créatures, selon la tradition musulmane.

Le flux de fidèles s’amorce bientôt en un rush. Chacun veut avoir accès au mausolée. Les gens accourent, se mettent en rangs serrés, attendant l’ouverture de petites bâches pour pénétrer dans l’espace saint. Des forces de l’ordre, aux employés civils de la mosquée, le rituel de l’ouverture des portes, d’évacuation des personnes, de nettoiement des lieux est plus que rodé. Une fois à l’intérieur, les fidèles se pressent d’effectuer des unités de prières. Les forces de l’ordre sont promptes à leur demander d’évacuer les lieux une fois la prière terminée.

Pour ces Saoudiens, la convenance est de « prier pour les morts et de ne demander aucune faveur pour soi ». Certes, cette acception de la pratique islamique n’est pas partagée par tous.

Nombreux sont ceux qui viennent ici pour dire non seulement des prières pour le prophète (Psl) et ses deux compagnons, mais aussi pour eux-mêmes en vue de guérir d’une maladie, de s’enrichir, d’occuper une bonne position, de mieux raffermir sa pratique religieuse... Il n’est donc pas étonnant de voir ces fidèles tendre les deux paumes de la main au ciel et de mettre une intensité et une ardeur telles qu’ils se persuadent que la « prière est acceptée ». D’autant plus qu’elle est faite dans un « endroit exceptionnel ». Dans l’enceinte de cette mosquée, les fidèles font fi des bousculades dont ils sont victimes ou auteurs, des difficultés d’accès de la zone sainte ou encore du beau monde qui peut s’ériger en obstacle. L’essentiel est d’y parvenir.

Une fois à l’intérieur, le fidèle ne voit que la porte qui renferme le mausolée avec les différentes écritures saintes qui ornent les pans des murs. Il lui faudra emprunter une autre porte pour la sortie vers laquelle invitent les agents de sécurité. Se retrouvant ainsi hors de la mosquée, vers la place de prière réservée aux dames en face du cimetière Bakhiya. Dans ce dernier lieu de repos réputé comme la demeure de personnes promises au paradis, on retrouve le carré des épouses du prophète, d’un autre célèbre compagnon, Ousmane, ou encore d’autres compagnons qui se sont illustrés au cours d’une bataille et enterrés comme des martyrs. Ici encore, les mêmes recommandations pour une lecture de la prière à dire en faveur des morts et non pour soi. Le cimetière ne désemplit pas de ces fidèles venus se recueillir sur les tombes, mais aussi du fait de sa réputation qui en fait un lieu de repos de « gens du paradis ».

Difficile de croire que des personnes continuent d’être inhumées dans ce sanctuaire vieux de plus de 1400 ans. « On continue d’enterrer ici parce qu’on déterre. C’est pourquoi il y a de la place. Nombreux sont d’ailleurs ceux qui prient d’être inhumés ici », explique un habitué des lieux.

Retour à l’enceinte de la mosquée où la célébration des prières obligatoires est presque systématiquement suivie de prières mortuaires de futurs pensionnaires de Bakhiya.

Dans cette  mosquée du prophète, qui ne désemplit jamais, le visiteur est frappé par un taux de fréquentation exceptionnel hors pèlerinage.  A toutes heures, de jour comme de nuit, la mosquée est remplie. « La plupart de ceux qui fréquentent la mosquée sont des Musulmans qui viennent du monde entier. Une fois à Médine, pour un nombre de jours définis ou limités, la seule préoccupation est d’adorer Dieu et d’être à côté du prophète », explique une source religieuse. Une autre raison de cette fréquentation exceptionnelle réside dans le fait qu’une « prière célébrée dans ce deuxième lieu saint de l’Islam équivaudrait à mille autres célébrées ailleurs ».

De nombreux Médinois viennent aussi célébrer les prières obligatoires ici avec les autres, délaissant commerces et toutes autres activités. On les voit presser le pas, prenant d’assaut ce bijou architectural qui s’illumine de mille feux à la nuit tombée. Elle semble plus éclatante en période nocturne. Elle devient sublime à l’aube quand la brise adoucit la chaleur d’Arabie. Les nombreux lustres dans l’enceinte et autres lampadaires sur l’esplanade font des lieux un carrefour unique. Les reflets de toutes ces lumières font de la mosquée une éblouissante citadelle. Une citadelle qui semble en fête permanente du fait de cette fréquentation exceptionnelle.

La mosquée du prophète est aussi faite pour toutes ces personnes venues à la quête de connaissances. Le rendez-vous des après-midis est celui des savants et ulémas qui apprennent et enseignent les sciences religieuses. Des personnes adultes psalmodient leur leçon du jour dans un pan de la mosquée sous l’écoute attentive d’un des nombreux maîtres. Ces maîtres comme disciples proviennent de partout du monde musulman. La mosquée est ainsi un espace de confrontation et d’approfondissement de diverses connaissances islamiques. Dans de nombreux recoins de cette mosquée, des casiers encastrés dans les nombreux et solides poteaux et poutrelles renferment, piliers de la mosquée, des exemplaires du noble Coran qu’il est loisible aux fidèles de prendre pour une lecture.

Lieu de quiétude, la mosquée est aussi un lieu de repos pour de nombreux fidèles éprouvés par le voyage. Ils sont endormis, ou simplement allongés à la quête d’un repos mérité. Seule le moment solennel de la prière rassemble tout ce beau monde. Il est encore loisible à tous ces voyageurs de la foi, éreintés, de s’abreuver à cette bénite eau de zam-zam placée dans des gourdes qu’on retrouve dans tous les coins de la mosquée. Sous les reflets de ces lustres de rêve, mais aussi la capture d’images de ces vidéos de surveillance.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Pour lire l'intégralité du reportage, Cliquer ICI

A l’initiative de son excellence l’ambassadeur du royaume d’Arabie Saoudite au Sénégal, Abdallah Ahmad Al-Abdan, un groupe de Sénégalais, invité du roi, a effectué la Oumra ou petit pèlerinage. Ces universitaires, religieux, journalistes, membres de la société civile, sont d’abord des « invités du Seigneur », selon l’ambassadeur qui souligne l’ouverture du programme à toutes les couches sociales du pays, exceptés les membres du gouvernement. Notre reporter qui était dans le groupe revient, de ce voyage de la foi, un « acte de repentance pour tout musulman majeur », sur ses grandes étapes dans les villes de Médine et de la Mecque. Ces deux dernières villes s’apprêtent à accueillir les pèlerins pour le grand pèlerinage appelé aussi Hadj.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

MEDINE OU VILLE DU PROPHETE : LA MOSQUÉE, ÉPICENTRE D’UNE VILLE
Medine MosqueeLa ville de Médine est moderne. Elle est un passage obligé pour les pèlerins musulmans. Non pas qu’elle soit dans le circuit, mais simplement parce qu’elle abrite le mausolée du prophète de l’Islam (Psl). Sa grande mosquée est ainsi l’épicentre de cette ville chérie par les Musulmans du monde entier.

Il faut traverser la grande esplanade pour arriver au deuxième lieu saint de l’Islam. Une foule immense envahit la façade latérale de l’un des trois vastes bâtiments. Cette façade sud de la grande mosquée de Médine, appelée la mosquée du prophète (Psl), n’est pourtant pas le seul lieu de culte. Les deux autres bâtiments semblent même, pourtant, plus immenses. Cette partie reste la plus prisée puisqu’elle symbolise le saint des saints : elle abrite le mausolée du prophète de l’Islam (Psl) et ceux de deux de ses compagnons (Aboubakr et Omar). Elle est donc la grande attraction. Le flux continu des fidèles, venus de partout du monde et constituant un condensé de l’humanité, en dit long sur le désir, pour tout musulman, de se recueillir, de prier et même de pleurer pour l’amour de la meilleure des créatures, selon la tradition musulmane.

Le flux de fidèles s’amorce bientôt en un rush. Chacun veut avoir accès au mausolée. Les gens accourent, se mettent en rangs serrés, attendant l’ouverture de petites bâches pour pénétrer dans l’espace saint. Des forces de l’ordre, aux employés civils de la mosquée, le rituel de l’ouverture des portes, d’évacuation des personnes, de nettoiement des lieux est plus que rodé. Une fois à l’intérieur, les fidèles se pressent d’effectuer des unités de prières. Les forces de l’ordre sont promptes à leur demander d’évacuer les lieux une fois la prière terminée.

Pour ces Saoudiens, la convenance est de « prier pour les morts et de ne demander aucune faveur pour soi ». Certes, cette acception de la pratique islamique n’est pas partagée par tous.

Nombreux sont ceux qui viennent ici pour dire non seulement des prières pour le prophète (Psl) et ses deux compagnons, mais aussi pour eux-mêmes en vue de guérir d’une maladie, de s’enrichir, d’occuper une bonne position, de mieux raffermir sa pratique religieuse... Il n’est donc pas étonnant de voir ces fidèles tendre les deux paumes de la main au ciel et de mettre une intensité et une ardeur telles qu’ils se persuadent que la « prière est acceptée ». D’autant plus qu’elle est faite dans un « endroit exceptionnel ». Dans l’enceinte de cette mosquée, les fidèles font fi des bousculades dont ils sont victimes ou auteurs, des difficultés d’accès de la zone sainte ou encore du beau monde qui peut s’ériger en obstacle. L’essentiel est d’y parvenir.

Une fois à l’intérieur, le fidèle ne voit que la porte qui renferme le mausolée avec les différentes écritures saintes qui ornent les pans des murs. Il lui faudra emprunter une autre porte pour la sortie vers laquelle invitent les agents de sécurité. Se retrouvant ainsi hors de la mosquée, vers la place de prière réservée aux dames en face du cimetière Bakhiya. Dans ce dernier lieu de repos réputé comme la demeure de personnes promises au paradis, on retrouve le carré des épouses du prophète, d’un autre célèbre compagnon, Ousmane, ou encore d’autres compagnons qui se sont illustrés au cours d’une bataille et enterrés comme des martyrs. Ici encore, les mêmes recommandations pour une lecture de la prière à dire en faveur des morts et non pour soi. Le cimetière ne désemplit pas de ces fidèles venus se recueillir sur les tombes, mais aussi du fait de sa réputation qui en fait un lieu de repos de « gens du paradis ».

Difficile de croire que des personnes continuent d’être inhumées dans ce sanctuaire vieux de plus de 1400 ans. « On continue d’enterrer ici parce qu’on déterre. C’est pourquoi il y a de la place. Nombreux sont d’ailleurs ceux qui prient d’être inhumés ici », explique un habitué des lieux.

Retour à l’enceinte de la mosquée où la célébration des prières obligatoires est presque systématiquement suivie de prières mortuaires de futurs pensionnaires de Bakhiya.

Dans cette  mosquée du prophète, qui ne désemplit jamais, le visiteur est frappé par un taux de fréquentation exceptionnel hors pèlerinage.  A toutes heures, de jour comme de nuit, la mosquée est remplie. « La plupart de ceux qui fréquentent la mosquée sont des Musulmans qui viennent du monde entier. Une fois à Médine, pour un nombre de jours définis ou limités, la seule préoccupation est d’adorer Dieu et d’être à côté du prophète », explique une source religieuse. Une autre raison de cette fréquentation exceptionnelle réside dans le fait qu’une « prière célébrée dans ce deuxième lieu saint de l’Islam équivaudrait à mille autres célébrées ailleurs ».

De nombreux Médinois viennent aussi célébrer les prières obligatoires ici avec les autres, délaissant commerces et toutes autres activités. On les voit presser le pas, prenant d’assaut ce bijou architectural qui s’illumine de mille feux à la nuit tombée. Elle semble plus éclatante en période nocturne. Elle devient sublime à l’aube quand la brise adoucit la chaleur d’Arabie. Les nombreux lustres dans l’enceinte et autres lampadaires sur l’esplanade font des lieux un carrefour unique. Les reflets de toutes ces lumières font de la mosquée une éblouissante citadelle. Une citadelle qui semble en fête permanente du fait de cette fréquentation exceptionnelle.

La mosquée du prophète est aussi faite pour toutes ces personnes venues à la quête de connaissances. Le rendez-vous des après-midis est celui des savants et ulémas qui apprennent et enseignent les sciences religieuses. Des personnes adultes psalmodient leur leçon du jour dans un pan de la mosquée sous l’écoute attentive d’un des nombreux maîtres. Ces maîtres comme disciples proviennent de partout du monde musulman. La mosquée est ainsi un espace de confrontation et d’approfondissement de diverses connaissances islamiques. Dans de nombreux recoins de cette mosquée, des casiers encastrés dans les nombreux et solides poteaux et poutrelles renferment, piliers de la mosquée, des exemplaires du noble Coran qu’il est loisible aux fidèles de prendre pour une lecture.

Lieu de quiétude, la mosquée est aussi un lieu de repos pour de nombreux fidèles éprouvés par le voyage. Ils sont endormis, ou simplement allongés à la quête d’un repos mérité. Seule le moment solennel de la prière rassemble tout ce beau monde. Il est encore loisible à tous ces voyageurs de la foi, éreintés, de s’abreuver à cette bénite eau de zam-zam placée dans des gourdes qu’on retrouve dans tous les coins de la mosquée. Sous les reflets de ces lustres de rêve, mais aussi la capture d’images de ces vidéos de surveillance.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

MONTAGNES D’UHUD ET MOSQUEE HOUDA : UN PASSAGE OBLIGÉ POUR LES PÈLERINS
Montagne HoudaDeux endroits sont aussi prisés dans la ville de Médine, par les milliers de pèlerins qui effectuent petit ou grand pèlerinage : Uhud et la mosquée Khouba. Uhud, à l’époque, à l’entrée de la ville et mitoyen, aujourd’hui, de modernes bâtisses, est devenu célèbre à cause du revers enregistré par les Musulmans à la célèbre bataille qu’il a abrité et qui porte son nom dans les manuels d’histoire. Le non-respect des consignes prophétiques, par certains qui ont voulu s’emparer de la caravane païenne surchargée de biens, a causé la déroute des Musulmans qui subiront d’énormes pertes à Uhud. Surtout en vies humaines. L’ordre du prophète était qu’une partie des musulmans reste sur les flancs d’une montagne pendant qu’un autre groupe combattait les mécréants. Cette bataille s’est déroulée en l’an 3 de l’Hégire, une année après le succès éclatant de la bataille de Badr. Un succès se dessinait pour les Musulmans qui avaient défait les troupes infidèles. Les Musulmans se ruèrent sur la marchandise et les biens des vaincus. Ils seront rejoints bientôt par l’autre partie qui, devant venir en cas de domination à la rescousse des premiers, céda à la tentation du butin. Délaissant armes et munitions, les troupes musulmanes connaitront d’énormes pertes devant les infidèles qui, ayant constaté leur négligence, rappliqueront pour leur infliger un sérieux revers.  Le bilan est lourd : près de 70 morts dont l’oncle du prophète, Hamza.

Le courroux divin s’ensuivra et le Coran rappelle la faute des fidèles à l’égard de la stratégie mise en place par le prophète (Psl). Mais aussi de l’aide apportée à la bataille de Badr.

Les montagnes continuent de ceinturer les lieux et 66 victimes musulmanes tuées, pour n’avoir pas respecté le plan de guerre, reposent dans des carrés d’un cimetière de circonstance.

L’oncle du prophète et un autre compagnon sont enterrés à droite du vaste carré. L’endroit est devenu touristique, du fait du détour des pèlerins. Petits commerces d’étoffes de tissus, de chapelets, de dattes… de populations autochtones donnent aux lieux une ambiance presque festive. Là encore, les mêmes recommandations pour les visiteurs : prier pour le repos des morts et non pour soi-même.

La mosquée Khouba, toujours dans la ville de Médine, est présentée comme la première du monde musulman. Les savants musulmans rapportent le que prophète y pria à son arrivée à Médine. Il y allait très souvent, les samedis, pour effectuer deux unités de prière. C’est ainsi que l’endroit est rempli de fidèles venus d’horizons divers les matinées du samedi.

L’acceptation des deux rakkas célébrés dans ce sanctuaire équivaudrait à l’acceptation du pèlerinage ou de la oumra pour le fidèle.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

LA KAABA, MON HORIZON, MA DIRECTION
KaabaUne fois l’intention de faire la Oumra formulée hors de la Kaaba,  le triptyque sur lequel repose ce petit pèlerinage se fera dans l’enceinte de celle-ci : la circumambulation, une prière de deux rakaa et le parcours entre Safa et Marwa.

Plein d’enthousiasme, nous nous dirigeons, de pied ferme et décidé, vers la Kaaba. La foi à toute épreuve et débordant d’énergie, le groupe de Sénégalais prend d’assaut la Maison antique, une appellation de la Kaaba revenue très souvent dans le glorieux Coran. La vingtaine de compatriotes, non érodés par la longue journée qui avait débuté à  Médine, est à 21 heures 30 passées décidée à accomplir la Oumra ou encore petit pèlerinage. Il faut remarquer qu’ils sont pressés de voir l’épicentre du monde musulman.

Derrière les pas d’un connaisseur des lieux, mais surtout maître en sciences islamiques, Oustaz Alioune Sall, le groupe est averti et sensibilisé sur les piliers et dimensions de ce pèlerinage. « Cette porte est la principale de la Kaaba qui compte de nombreuses issues. Elle nous mène directement à l’hôtel », explique le guide religieux à ses coreligionnaires.

Emmitouflés dans des étoffes nouées comme un pagne et couvrant le buste, nous traversons la vaste mosquée circulaire où de nombreux fidèles effectuent des prières surérogatoires ou lisent le Coran si ce n’est qu’ils se reposent. La vaste enceinte est très éclairée. Avant de descendre les escaliers qui mènent directement à la Kaaba, la voilà qui s’offre, toute majestueuse, à notre vue émerveillée et toute heureuse de la découvrir enfin. Nous dévalons les escaliers et la lumière est encore plus féérique dans l’épicentre de la Kaaba implantée dans une cuvette. Dans ses plus beaux atours, elle est l’attraction de gens venus de partout pour lui témoigner tout leur attachement à l’Islam et leur volonté de réaliser une œuvre pie. Et bizarrement, il n’y a pas de monde ce soir. Le pèlerinage devrait s’effectuer sans anicroches. Certains sont tentés de toucher aux pans de l’édifice, mais nous prenons notre mal en patience. Il faut sacrifier maintenant à la Oumra, sous la guidée d’Oustaz Alioune Sall, un habitué des lieux.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

DANS UNE CUVETTE SAINTE
Kaaba loinFlash-back- Déterminés à accomplir le pèlerinage, le groupe de compatriotes avait débuté sa journée, dès les premières heures de cette journée agonisante, à plus de 400 km de là, à Médine précisément, la ville du Prophète. Mis dans les conditions idéales par les hôtes saoudiens, les pèlerins sortaient de l’hôtel à 8 heures déjà, bain rituel accompli et drapés des étoffes de tissus ou encore tenue de sacralisation. A bord d’un confortable bus, se faisait le voyage. Entre les deux villes religieuses saoudiennes, tout un panorama de plateaux, montagnes, quotidien d’un monde de chaleur et de désert. L’argent du pétrole et du tourisme religieux est mis à profit pour développer des infrastructures : routes, ponts, échangeurs. Le monde rural des bédouins côtoie, par ici un habitat traditionnel, et des haltes pour voyageurs, moderne par-là, implantées en pleine brousse. Le voyageur est frappé par l’ampleur des travaux entrepris ici et qui visent à dompter cette nature hostile : des pans entiers de plateaux et montagnes sont terrassés pour des routes, des aménagements…

Un passage obligé pour nous pèlerins qui continuons à avaler des kilomètres pour d’aboutir à la ville de Bir Ali qui marquera véritablement le début de la Oumra. A peine les deux prières de l’après-midi célébrées en mode voyageur, réduites donc, commence notre Oumra par son intention nouée et formulée au fond de nous-mêmes. Cette station de démarrage est appelée miiqaat. Ainsi, s’enchaînent les « labbaay Allah houma labbayka… » répétés à rompre par les pèlerins maintenant détachés du monde. Le fidèle est heureux de répondre à l’appel de son Seigneur, mais surtout à témoigner Sa royauté unique et éternelle. Les louanges s’éteignaient et reprenaient au gré de la fatigue des cordes vocales et de la récupération dont elles font l’objet.

Une grande partie du reste du trajet sera mis à profit par un autre maître en sciences religieuses, l’ancien ministre Mouhamadou Bamba Ndiaye. Il revient d’emblée sur la signification du petit pèlerinage qui est une réponse à « l’ordre d’Allah qui dit dans la sourate Al Imraan, verset 97,  « Les gens sont tenus de se rendre à la Sainte mosquée pour adorer leur Seigneur, s’ils en ont la possibilité… ».

A l’aide d’un amplificateur, il se fait entendre dans tout le bus. Relayant aussi que le prophète (Psl), en répondant à l’ange Djibril, cite les piliers de l’Islam et précise, entre autres, « se rendre à la Kaaba et faire la Oumra… », selon la tradition rapportée par Umar Ibnoul Khattaab. « La Oumra est un acte de repentance pour tout musulman majeur, d’où la nécessité de commencer, dès les préparatifs, en commençant d’abord par régler tout différend avec ses voisins. C’est ainsi que lorsque le hajj (pèlerin) dit « labbaykal laahoumma labbayka » un ange lui rétorque s’il n’a pas réglé ses comptes avec les gens « ta réponse est irrecevable, tu ne t’es pas acquitté de tes dettes envers les autres ». En revanche, si tout est réglé, l’ange lui dira : « sois le bienvenu que ton hajj ou ta oumra soient agréés » », explique encore Mouhamadou Bamba Ndiaye.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

DES INTERDITS POUR LE PÈLERIN
Bamba Ndiaye MinUn certain nombre d’interdits est spécifié au pèlerin qui quitte la station de démarrage, selon le ministre. Le pèlerin ne devra plus couper ses cheveux ou ses ongles, non plus prononcer des insanités ou s'adonner à des discussions futiles. Aussi, il ne devra plus tuer une bête ou un insecte ou couper les arbres dans l'enceinte de la sainte mosquée...

L'ihram traduit ce sentiment d'humilité et de renonciation aux mondanités futiles pour ne viser que l'agrément d'Allah sur terre, ce qui est notre raison d'être... », souligne encore M. Ndiaye.

Nous voici donc devant cette majestueuse Kaaba. Les nombreuses lumières alentour se cristallisent autour d’elle pour en rajouter à son éclat. C’est comme si ces lumières réfléchissaient en elle et rétro-projettaient aux alentours. Ses noirs habits sont surmontés d’écritures et d’arabesques en or.  Le fidèle n’est pas déboussolé ici. Tout coin ou pan de la Kaaba peut  servir de qibla ou direction pour la prière. Dans toute l’enceinte sainte, des fidèles sont orientés vers la mythique case. La circumambulation se fera sept fois et un même refrain de prières est entonné par le célèbre prédicateur, Oustaz Alioune Sall, et répété par nous autres. « Seigneur ! Accorde nous belle part ici-bas, et belle part aussi dans l'au-delà; et protège-nous du châtiment », résume-t-il.  Il faut souvent se bousculer et serrer les rangs pour ne pas se perdre puisque l’enceinte se remplissait de fidèles qui, pour certains, viennent effectuer le même rituel qui, pour d’autres, procéder à des prières. Mais toujours garder à l’esprit les recommandations du ministre Mouhamadou Bamba Ndiaye : « En faisant le tawaf, le pèlerin devra éviter de rudoyer ses frères et sœurs musulmans qui accomplissent le même devoir.

Cela signifie qu'une fraternité absolue doit régir ses rapports avec les autres… C'est l'apprentissage achevé du savoir vivre... »

Nous pouvions être près des murs de l’édifice tout comme nous en éloigner dans la circumambulation. Une grande ardeur et une intensité sont perceptibles dans la célébration du culte. Cette circumambulation débutant à partir d’un point de départ précis d’un pan de la Kaaba, matérialisé par la projection d’une lumière verte à l’opposé. A l’arrivée du point, le fidèle, levant la main droite en direction de l’édifice, répète « Au nom d’Allah, Allah est grand » comme pour se signaler. Et pendant son tawaf, le pèlerin peut assister, de près ou de loin, aux bousculades autour du point névralgique de la Kaaba, la pierre que tout le monde veut toucher.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

FRATERNITÉ ENTRE CORELIGIONNAIRES
Pelerin MecqueCet aspect terminé,  nous effectuons deux unités de prières dans le périmètre de ce qui est appelé le « Makan Ibrahima »,  symbolisé par une sorte d’édifice en or. S’ensuit alors le parcours entre Safa et Marwa,  ponctué souvent d’une accélération de la cadence à certains endroits.

Les sept tours entre les monticules Safa et Marwa rappellent, selon Mouhamadou Bamba Ndiaye, les peines endurées par la brave femme d'Abraham  (psl) qui a initié cette marche à la quête d'une goutte d'eau à boire, dans le désert de la Mecque. « L'émergence de la source Zam Zam est la consécration divine des efforts inlassables d'une femme perdue dans le désert... »

Ainsi, chaque acte de la Oumra ou du Hajj symbolise la grandeur d'Allah et consacre le nécessaire dévouement à son adoration... La oumra humanise le pèlerin et l'initie à l'adoration permanente d'Allah, soulignait encore M. Ndiaye.

« Celui à qui on interdit de tuer un insecte ou de couper un arbre n'est guère autorisé à offenser son semblable... Le port d'un seul habit, de la même couleur enseigne au pèlerin cette égalité parfaite entre les hommes, en dépit des catégories sociales disparates et les fonctions et titres... Enfin, l'orientation de tous vers la Kaaba magnifie l'unité des buts et des visions entre les membres de la Oumma islamique », expliquait encore Bamba Ndiaye.

De notre envoyé spécial
Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Les indicateurs les plus bas dans le domaine la planification familiale au Sénégal sont enregistrés dans la région de Diourbel, caractérisée par une faible utilisation des services de santé maternelle d’une manière générale. Cette situation est imputée à la polygamie et à la religion décrites comme étant les principaux obstacles à la planification familiale. Ainsi, les grandes multipares (celles ayant accouché plusieurs fois) s’intéressent plus à la contraception, contrairement aux jeunes femmes.

Religion et polygamie. Tels sont les facteurs les plus déterminants de la faible pratique de la planification familiale dans la région de Diourbel, située au centre du Sénégal. D’ailleurs, c’est dans cette zone, marquée par une démographie galopante (1.641.350 habitants), un fort taux d’analphabétisme des femmes (80%), un faible niveau de scolarisation des enfants (38,4%), un Indice synthétique de fécondité de 5,4 enfants par femme en milieu urbain et 6,7 en milieu rural, une mortalité maternelle élevée (115 décès maternels déclarés en 2016 dans les structures sanitaires), où est enregistrée la plus basse prévalence contraceptive au Sénégal, renseigne le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef régional. Ainsi, sur les 397.206 Femmes en âge de reproduction (Far), seules les 28.410 sont sous contraception. Soit un Taux de prévalence contraceptive (Tpc) d’environ 7% en 2016 dans cette région qui comprend 4 districts sanitaires Diourbel (7%), Mbacké (12,3%), Bambey (9%) et Touba (5,3%).

Le facteur le plus déterminant pour expliquer, d’une manière générale, la faible utilisation des services de santé maternelle, et en particulier la planification familiale est, selon le Dr Mboup, la religion. Seulement, estime le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef du district sanitaire de Mbacké, « la religion n’est pas un frein, dans la mesure où des chefs religieux laissent leurs épouses faire la planification familiale ». Elle indexe plutôt la polygamie d’être à la base de la quête effrénée d’enfants chez beaucoup de femmes de la région de Diourbel. Car « dans ces localités, les gens accordent beaucoup d’importance à la progéniture nombreuse », justifie-t-elle.

Donnant l’exemple de sa sœur, Maguette Sène Yade, secrétaire générale du groupement des femmes du quartier Boussobé (fief des Bousso), à Mbacké, révèle que cette dernière est dans un ménage polygame. « Elle évoque à chaque fois l’héritage pour justifier son souci d’avoir beaucoup d’enfants », témoigne Mme Yade, soulignant que sa sœur a même réussi à tomber enceinte à deux reprises en même temps que sa propre fille. « Ayant connu des complications lors de ses dernières grossesses, je lui ai signifié qu’elle ne sera certainement pas là pour jouir de l’héritage dont elle parle. C’est à partir de cet instant qu’elle a recouru à la planification familiale », explique Maguette Sène.

Dans le même sillage, fait remarquer le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef du district sanitaire de Mbacké : « C’est en période pré-ménopause que beaucoup de femmes font la planification familiale, parce qu’elles craignent de tomber enceinte en même temps que leurs filles ou belles-filles ». A titre illustratif, le médecin cite le cas d’une dame qui, après son 10ème enfant, est encore tombée enceinte. « Une semaine après son accouchement, sa propre fille a aussi accouché », rapporte le médecin, estimant que c’est généralement pour éviter « cette situation inconfortable » que certaines femmes se lancent dans la contraception. Une pratique décrite par Maguette Sène Yade comme « source d’équilibre de la famille ». Ainsi, elle doit être « l’affaire du couple et non pas de la femme uniquement ». Elle est, ce faisant, d’avis que « si on explique bien aux maris, ils vont adhérer ». S’exprimant sur la réticence des maris, la Badianou Gokhe (marraine de quartier) Fatou Samb, membre du groupement des femmes de Boussobé à Mbacké, estime que « c’est aux femmes de convaincre leurs époux de les laisser faire la planification familiale ». Selon elle, « ni la religion, ni la culture ne sont contre cette pratique qui est dans l’intérêt de la famille. Les femmes doivent éviter les grossesses rapprochées trop dangereuses pour leur santé et la famille dans son ensemble », plaide-t-elle.

Compte-tenu de la prégnance de la religion et des barrières socioculturelles, le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef de la région médicale de Diourbel, pense qu’il est nécessaire de favoriser la création de la demande en mettant l’accent sur la communication et la formation des agents de santé pour que ces derniers aient la même compréhension de la planification familiale, avec comme principal axe l’espacement des naissances. « Il faut aussi affiner la communication, impliquer les leaders religieux », avance-t-il.

Sera-t-il facile de mobiliser les religieux autour de la planification familiale ? « Nous allons essayer, on peut espérer les avoir dans la mesure où il y a des personnes ressources qui peuvent être des porteurs de messages », rétorque le Dr Mboup, rappelant que lors de la réunion sur le Cadre stratégique national de planification familiale (Csnpf) qui a eu lieu dernièrement dans le département de Mbacké, « des religieux étaient présents ».

ESPACEMENT DES NAISSANCES : Des religieux s’engagent à sensibiliser les communautés
Espacement naissanceL’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam. C’est pourquoi des leaders religieux « se sont engagés à sensibiliser les communautés », indique Serigne Saliou Mbacké, président du Cadre des religieux pour la santé et le développement (Crsd). Une entité mise en place en 2014 pour« promouvoir la coopération entre les familles religieuses ».

Le Cadre des religieux pour la santé et le développement (Crsd) peut être un allié majeur dans la lutte contre la mortalité maternelle au Sénégal et la promotion de la planification familiale par l’espacement des naissances. Selon son président Serigne Saliou Mbacké, c’est une « association interreligieuse regroupant l’ensemble des familles religieuses, aussi bien islamiques que de l’église catholique ».

Créée en 2014, la mission du Crsd est de « promouvoir la coopération entre les familles religieuses ». « Nous travaillons sur un projet de contribution religieuse à la planification familiale sous l’angle de l’espacement des naissances prévu par les religions », explicite M. Mbacké, rappelant que « le Sénégal, comparé à beaucoup de pays à majorité musulmane, a un Taux de prévalence contraceptive (Tpc) bas ». Il est de 20,1%, selon l’Enquête démographique et de santé (Eds) de 2015.

Pour Khaoussou Bousso, résidant au quartier Boussobé de Mbacké, par ailleurs représentant du Crsd dans cette localité, les gens ont, pendant longtemps, assimilé la planification familiale à la limitation des naissances. « Ils ignoraient l’espacement des naissances et la lutte contre la mortalité maternelle », avance-t-il, rappelant que « l’islam a toujours préconisé un espacement des naissances d’au moins 2 ans à travers l’allaitement maternel ».

Dans le cadre de leurs activités, le Crsd a tenu récemment à Mbacké un atelier qui a regroupé plusieurs leaders religieux, renseigne Serigne Saliou Mbacké. Cette rencontre, ayant connu un franc succès, les leaders religieux présents « se sont engagés à sensibiliser les communautés sur l’acceptation de l’islam de l’espacement des naissances », informe-t-il, précisant qu’ils vont continuer à travailler pour augmenter le Tpc au Sénégal. Réaffirmant que l’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam, le Crsd compte aussi, selon son président, « travailler avec les médias pour booster le Tpc ».

Evoquant les réticences de certains religieux sur la planification familiale, M. Mbacké, souligne que le Crsd n’a pas connu d’opposition de façon directe. « Mais, nous savons qu’il y a des gens qui sont contre. Ce faisant, nous essayons de nous concentrer sur l’argumentaire religieux », indique-t-il.

CONTRACEPTION : Le Dispositif intra utérin post-partum pour réduire les besoins non satisfaits
Fatou Ndiaye SèneAfin d’améliorer le recrutement des femmes pour la planification familiale, une nouvelle stratégie est en train d’être testée dans la région de Diourbel. Il s’agit du Dispositif intra utérin post-partum (après accouchement).

De nombreuses femmes veulent recourir à la planification familiale, mais elles peinent souvent à accéder aux informations, aux services et aux méthodes. C’est pourquoi, dans le souci d’améliorer l’offre dans la région de Diourbel, il est mis en œuvre une nouvelle stratégie visant les femmes qui viennent d’accoucher. Il s’agit du Dispositif intra utérin (Diu) post-partum (après accouchement). « On le propose à toutes les femmes qui viennent d’accoucher », informe le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef de la région médicale de Diourbel. Selon lui, le travail se fait pendant la grossesse lors des Consultations prénatales.

L’étude de faisabilité de cette méthode a été effectuée à Sédhiou (Sud), et celle d’acceptabilité se déroule dans la région de Diourbel, précisément dans les deux hôpitaux de Touba (Ndamatou et Matlaboul Fawzeini), renseigne Adjaratou Fatou Ndiaye Sène, coordinatrice de la Santé de la reproduction (Sr) de la région de Diourbel. Si les tests sont concluants, cette méthode de planification familiale efficace et peu coûteuse sera étendue dans le territoire régional, projette Mme Sène, précisant que le Diu-Pp vise « à améliorer le recrutement des femmes » pour la planification familiale, de sorte que l’intervalle inter-génésique dure au moins 3 ans, même si le Diu peut aller jusqu’à 10 ans, fait-elle remarquer.

Selon elle, la pose peut se faire dans les premières heures ou premiers jours qui suivent l’accouchement (10 minutes à 2 jours après). Avec 500 FCfa, toute femme compatible peut accéder au Diu-Pp, elle est de ce fait « rassurée, mieux elle gagne en temps et en coût », rapporte la responsable régionale de la Sr qui révèle que 441 femmes sont déjà recrutées à travers cette méthode. Poursuivant, elle mentionne que le Diu-Pp est « une intervention qui peut permettre de booster la prévalence contraceptive dans la région de Diourbel ». Surtout qu’un objectif de 31% de prévalence contraceptive est assigné à cette dernière d’ici à 2020 à travers le Cadre stratégique national de planification familiale (Csnpf). Si le but visé est atteint, le Sénégal peut espérer arriver aux 45% de Tpc fixé pour 2020. D’ailleurs, admet le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef régional, « si le Tpc bouge dans la région de Diourbel, il va bouger dans le pays ».

RECRUTEMENT DANS LES PROGRAMMES : Les jeunes femmes ne s’intéressent pas à la planification familiale
Centre de santé DiourbelCroyant qu’elles auront des difficultés à concevoir après la pratique de la contraception, nombreuses sont les jeunes femmes mariées qui refusent la planification familiale dans la région de Diourbel. Ce faisant, les services sont dans la plupart des cas demandés par des multipares.

A 30 ans, Ma Guèye, rencontrée au dispensaire municipal de Mbacké, a déjà 7 bouts de bois Dieu. Enceinte pour la 8ème fois, elle avoue n’avoir jamais pratiqué la planification familiale et ne pas vivre dans un ménage polygamique. « Ce qu’on voit surtout dans cette zone, c’est comment avoir un enfant, pas comment faire la planification familiale », renseigne le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef du district sanitaire de Mbacké.

Des propos confirmés par Oulimata Dieng du groupement des femmes du quartier Boussobé de Mbacké. « Nous discutons beaucoup avec les jeunes filles mariées, mais elles refusent catégoriquement la planification familiale ». Selon Mme Dieng, « ces jeunes femmes croient que si elles commencent la contraception, elles auront des difficultés à tomber enceinte plus tard au moment voulu ». Une opinion corroborée par Sassi Diop Diouf, sage-femme et point focal Pf au Centre de santé de Bambey. « Les jeunes femmes n’aiment pas faire la planification familiale. Elles craignent de ne pas avoir beaucoup d’enfants. De ce fait, nous recevons en majorité de grandes multipares », révèle-t-elle.

Pour résoudre cette barrière qui freine l’utilisation de la contraception dans la région de Diourbel, Oulimata Dieng pense que les « Badianou Gokh » (marraines de quartier) peuvent permettre de relever le défi de faire recruter des filles qui se marient très jeunes dans les programmes de planification familiale. En tout cas, Ma Guèye est bien décidée, après son accouchement, « à prendre des contraceptifs pour me reposer, car j’éprouve de plus en plus de difficultés lors de mes grossesses », confie-t-elle, précisant que l’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam. « Je veux vraiment recouvrer ma santé, car je deviens de plus en plus fatiguée », souligne cette femme qui se dit toujours surprise par ses grossesses. « On m’a toujours informée des bienfaits de la planification familiale. Mais, je donnais à chaque fois mon consentement sans pour autant passer à l’acte. Ainsi, quand je constatais l’absence des règles, un sentiment d’inquiétude m’habitait », raconte Ma Guèye, déterminée cette fois à recourir à la planification familiale. « J’ai déjà parlé à mon mari, mais il n’a encore rien dit. Je crois qu’il va accepter », espère cette multipare qui fait toujours sa première Consultation prénatale (Cpn) après 4 mois de grossesse.

Assise à côté de Ma Guèye au dispensaire municipal de Mbacké, Khady Sadio, 32 ans, évoquait au début les rumeurs pour rejeter la contraception. Mais, elle la pratique depuis 5 ans. « J’ai 3 enfants, et c’est moi qui ai pris l’initiative de faire la planification familiale pour me reposer et mieux m’occuper de mon petit commerce ». Selon elle, son époux n’était pas d’accord au début, c’est par la suite qu’il a accepté. Elle est contre le fait d’avoir beaucoup d’enfants, parce qu’on vit dans un ménage polygame, même si elle reconnaît que c’est une réalité dans sa localité. « Je me préoccupe de ma santé et de celle de mes enfants, mais il y a des femmes qui ignorent cela, refusant ainsi catégoriquement la planification familiale », soutient Khady Sadio.

INFORMATION, SENSIBILISATION : Doter les « Badianou Gokh » de plus de moyens
Fatma Diop Badianou GokhLa stratégie « Badianou Gokh » (marraines de quartier), des femmes leaders choisies dans leurs communautés respectives pour sensibiliser sur la santé maternelle, néonatale et infantile, est initiée au Sénégal depuis 2010 pour améliorer les indicateurs sanitaires. Dans la région de Diourbel, elles sont 775 à officier au profit des femmes en état de grossesse, allaitantes, des nouveaux nés, des enfants, bref pour le bien-être de la communauté. « Nous servons de relais entre les communautés et les structures sanitaires dans la lutte contre les grossesses rapprochées par exemple », explique Fatma Diop, présidente régionale des « Badianou Gokh » de Diourbel.

Compte tenu du rôle primordial qu’elles jouent dans l’amélioration du bien-être général dans les communautés, Mme Diop réclame plus de moyens leur permettant de s’acquitter convenablement de leur mission, même si elles exercent à titre de bénévoles. « Nous voulons qu’on nous dote de moyens, surtout pour nos déplacements, afin d’assurer un meilleur maillage du territoire régional ». Elle ajoute qu’elles ont aussi besoin de téléphones portables dotés de crédit pour qu’elles puissent mieux faire leur travail.

Adjaratou Fatou Ndiaye Sène, coordinatrice Sr régionale plaide aussi pour qu’on augmente le nombre de « Badianou Gokh ». Selon elle, le déficit est évalué à plus de 800 dans la région de Diourbel. A son avis, c’est à cause de l’insuffisance de ce personnel d’appui et des moyens que le Plan d’actions annuel (Paa) déjà finalisé ne peut pas être exécuté. Son plaidoyer intègre également la formation et le recyclage de ce personnel d’appui.

Le district sanitaire de Mbacké réclame un bloc de Soins obstétricaux d’urgence
« En période d’affluence, nous rencontrons d’énormes difficultés », informe le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef dudit district qui plaide pour la mise en place d’un bloc pour les Soins obstétricaux d’urgence (Sou). Quid d’affluence ?, Mme Mbacké fait allusion à « la période de pic des accouchements située entre août et janvier ». Durant cette période, nous pouvons avoir 20 à 25 accouchements par jour. Ainsi, il peut arriver que des parturientes soient référées dans les hôpitaux de Touba (Ndamatou ou Matlaboul Fawzeini) et à Diourbel. « D’où l’urgence d’avoir un bloc Sou », plaide le médecin-chef du district sanitaire de Mbacké. D’ailleurs le Centre de santé dudit district est en train d’être réhabilité dans le cadre du Projet d’appui à l’offre et à la demande en santé (Paodes). La fin des travaux est annoncée pour le mois d’août prochain.

« Nous aurons aussi besoin d’un personnel supplémentaire après les travaux de réhabilitation. Nous n’avons, par exemple, pas de pédiatre pour prendre en charge les complications des nouveau-nés », explique le Dr Adama Haidara qui espère également bénéficier du programme d’accouchement humanisé suite aux travaux d’extension du centre de santé. « A cause de l’étroitesse de nos locaux, il n’était pas possible de faire l’accouchement humanisé. On voudrait maintenant entrer dans le programme », sollicite-t-elle.

CENTRE DE SANTE DE DIOURBEL : Un système de solidarité pour une meilleure prise en charge des parturientes
L’accouchement humanisé, qui donne la possibilité aux parturientes d’adopter la position de leur choix (debout, assis, accroupi, couché) au moment de l’accouchement, est pratiqué au centre de santé de Diourbel. Mais, en plus de cette offre visant à assurer un cadre agréable, un confort lors de l’accouchement, cette structure sanitaire a aussi instauré un système de solidarité pour appuyer davantage les femmes. C’est ainsi que « dans l’accompagnement des femmes, se basant sur le concept japonais Kaïzen (bonus), nous offrons à ces dernières gratuitement de la bouillie, de l’eau, des habits, des couches pour bébés… », révèle Maïmouna Diouf Bèye, la responsable de la Sr, précisant que les habits sont achetés à bon prix pour habiller immédiatement les nouveau-nés.
 
Pour la sage-femme Dieynaba Guèye Ndiaye, cette solidarité est instaurée surtout à l’endroit des femmes qui viennent sans accompagnement. Ainsi, tous les jours, l’équipe en service se charge de préparer la bouillie et de l’offrir aux femmes qui viennent accoucher dans ce centre de santé où l’on parle de planification familiale aussi bien lors Consultations prénatales que post-natales.
 
DISTRICT SANITAIRE DE TOUBA : Le défi de la collecte des données et de la prolifération des officines informelles
Centre santé DiourbelMême si les croyances et pratiques sont encore tenaces, le district sanitaire de Touba fait notamment face à la collecte des données. Une difficulté imputée à la prolifération des officines privées et informelles qui ne transmettent pas leurs données, alors qu’elles vendent des produits contraceptifs. Les hôpitaux ne livrent également pas leurs données.

Avec 5,5%, le district sanitaire de Touba a le plus faible Taux de prévalence contraceptive (Tpc) de la région de Diourbel. Les femmes sous contraceptif sont au nombre de 11.028 sur 199.820 Femmes en âge de procréation (Far). « Il y a beaucoup de déterminants qui font que la planification familiale ne bouge pas au niveau de ce district », indique le Dr Mamadou Dieng, médecin-chef du district sanitaire de Touba. Il fait notamment allusion aux croyances et pratiques qui ont un impact sur les indicateurs sanitaires dans cette cité religieuse, particulièrement la santé de la reproduction.
 
Ce faisant, même si les produits contraceptifs et les médicaments essentiels sont disponibles, le Tpc (5,5%), le taux d’achèvement des Consultations prénatales (34%) et le recrutement des femmes pour la Pf demeurent faibles. « Nos indicateurs au niveau des Cpn sont très bas, parce que les femmes ont tendance à cacher leur grossesse durant le 1er trimestre », constate le Dr Dieng qui renseigne que le taux d’achèvement reflète la couverture effective des femmes pour toutes les Cpn.

Cependant, une satisfaction est notée dans les accouchements au niveau des structures sanitaires de plus en plus fréquentées par les parturientes.
Mais le principal défi auquel fait face le district sanitaire de Touba est relatif à la collecte des données. « Pour la planification familiale, si on intègre les données des hôpitaux, on peut avoir 8 à 10% », estime le médecin-chef qui évoque aussi comme frein à la pratique de la contraception la réticence de certaines belles-mères et de ceux qui développent des arguments contre la planification familiale. « L’adversité de ceux qui développent des argumentaires religieux contre la planification familiale nous pose problème. Certains refusent même qu’on parle de planning dans les réunions. N’empêche, nous avons formé des relais pour parler aux femmes. Nous impliquons également de plus en plus les leaders femmes et nous mettons l’accent sur l’espacement des naissances et non la limitation des naissances pour faire accepter la planification familiale », explique le Dr Mamadou Dieng.

Pour faire face à ces résistances, Dr Dieng informe qu’ils ont identifié des religieux pour sensibiliser sur la planification familiale. « Ils sont plus à l’aise pour parler à leurs pairs. On les a outillés dans ce sens », indique-t-il, insistant sur les religieux très réfractaires aux messages sur la planification familiale. « Il y a beaucoup d’efforts à faire dans ce domaine. Car c’est la même chose avec le Vih. On le craignait au départ, mais maintenant tout le monde sait que ça existe », rappelle-t-il, regrettant la vente de produits contraceptifs dans les officines privées et informelles. « La vente de préservatifs et de pilules est élevée dans ces officines, mais les données ne sont pas capitalisées, ce qui biaise le Tpc au niveau du district sanitaire », déplore-t-il, soulignant qu’ils ont des défis à relever dans la communication et le changement des comportements.

Pour Thioro Faye Mbacké, coordinatrice Sr du district sanitaire de Touba, la pléthore des dépôts informels de vente de produits contraceptifs plombe incontestablement les indicateurs sanitaires. Elle regrette aussi que les officines privées ne transmettent pas leurs données.

Dossier réalisé par Maïmouna GUEYE

L’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam. C’est pourquoi des leaders religieux « se sont engagés à sensibiliser les communautés », indique Serigne Saliou Mbacké, président du Cadre des religieux pour la santé et le développement (Crsd). Une entité mise en place en 2014 pour« promouvoir la coopération entre les familles religieuses ».

Le Cadre des religieux pour la santé et le développement (Crsd) peut être un allié majeur dans la lutte contre la mortalité maternelle au Sénégal et la promotion de la planification familiale par l’espacement des naissances. Selon son président Serigne Saliou Mbacké, c’est une « association interreligieuse regroupant l’ensemble des familles religieuses, aussi bien islamiques que de l’église catholique ».

Créée en 2014, la mission du Crsd est de « promouvoir la coopération entre les familles religieuses ». « Nous travaillons sur un projet de contribution religieuse à la planification familiale sous l’angle de l’espacement des naissances prévu par les religions », explicite M. Mbacké, rappelant que « le Sénégal, comparé à beaucoup de pays à majorité musulmane, a un Taux de prévalence contraceptive (Tpc) bas ». Il est de 20,1%, selon l’Enquête démographique et de santé (Eds) de 2015.

Pour Khaoussou Bousso, résidant au quartier Boussobé de Mbacké, par ailleurs représentant du Crsd dans cette localité, les gens ont, pendant longtemps, assimilé la planification familiale à la limitation des naissances. « Ils ignoraient l’espacement des naissances et la lutte contre la mortalité maternelle », avance-t-il, rappelant que « l’islam a toujours préconisé un espacement des naissances d’au moins 2 ans à travers l’allaitement maternel ».

Dans le cadre de leurs activités, le Crsd a tenu récemment à Mbacké un atelier qui a regroupé plusieurs leaders religieux, renseigne Serigne Saliou Mbacké. Cette rencontre, ayant connu un franc succès, les leaders religieux présents « se sont engagés à sensibiliser les communautés sur l’acceptation de l’islam de l’espacement des naissances », informe-t-il, précisant qu’ils vont continuer à travailler pour augmenter le Tpc au Sénégal. Réaffirmant que l’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam, le Crsd compte aussi, selon son président, « travailler avec les médias pour booster le Tpc ».

Evoquant les réticences de certains religieux sur la planification familiale, M. Mbacké, souligne que le Crsd n’a pas connu d’opposition de façon directe. « Mais, nous savons qu’il y a des gens qui sont contre. Ce faisant, nous essayons de nous concentrer sur l’argumentaire religieux », indique-t-il.

Afin d’améliorer le recrutement des femmes pour la planification familiale, une nouvelle stratégie est en train d’être testée dans la région de Diourbel. Il s’agit du Dispositif intra utérin post partum (après accouchement).

De nombreuses femmes veulent recourir à la planification familiale, mais elles peinent souvent à accéder aux informations, aux services et aux méthodes. C’est pourquoi, dans le souci d’améliorer l’offre dans la région de Diourbel, il est mis en œuvre une nouvelle stratégie visant les femmes qui viennent d’accoucher. Il s’agit du Dispositif intra utérin (Diu) post-partum (après accouchement). « On le propose à toutes les femmes qui viennent d’accoucher », informe le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef de la région médicale de Diourbel. Selon lui, le travail se fait pendant la grossesse lors des Consultations prénatales.

L’étude de faisabilité de cette méthode a été effectuée à Sédhiou (Sud), et celle d’acceptabilité se déroule dans la région de Diourbel, précisément dans les deux hôpitaux de Touba (Ndamatou et Matlaboul Fawzeini), renseigne Adjaratou Fatou Ndiaye Sène, coordinatrice de la Santé de la reproduction (Sr) de la région de Diourbel. Si les tests sont concluants, cette méthode de planification familiale efficace et peu coûteuse sera étendue dans le territoire régional, projette Mme Sène, précisant que le Diu-Pp vise « à améliorer le recrutement des femmes » pour la planification familiale, de sorte que l’intervalle inter-génésique dure au moins 3 ans, même si le Diu peut aller jusqu’à 10 ans, fait-elle remarquer.

Selon elle, la pose peut se faire dans les premières heures ou premiers jours qui suivent l’accouchement (10 minutes à 2 jours après). Avec 500 FCfa, toute femme compatible peut accéder au Diu-Pp, elle est de ce fait « rassurée, mieux elle gagne en temps et en coût », rapporte la responsable régionale de la Sr qui révèle que 441 femmes sont déjà recrutées à travers cette méthode. Poursuivant, elle mentionne que le Diu-Pp est « une intervention qui peut permettre de booster la prévalence contraceptive dans la région de Diourbel ». Surtout qu’un objectif de 31% de prévalence contraceptive est assigné à cette dernière d’ici à 2020 à travers le Cadre stratégique national de planification familiale (Csnpf). Si le but visé est atteint, le Sénégal peut espérer arriver aux 45% de Tpc fixé pour 2020. D’ailleurs, admet le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef régional, « si le Tpc bouge dans la région de Diourbel, il va bouger dans le pays ».

Croyant qu’elles auront des difficultés à concevoir après la pratique de la contraception, nombreuses sont les jeunes femmes mariées qui refusent la planification familiale dans la région de Diourbel. Ce faisant, les services sont dans la plupart des cas demandés par des multipares.

A 30 ans, Ma Guèye, rencontrée au dispensaire municipal de Mbacké, a déjà 7 bouts de bois Dieu. Enceinte pour la 8ème fois, elle avoue n’avoir jamais pratiqué la planification familiale et ne pas vivre dans un ménage polygamique. « Ce qu’on voit surtout dans cette zone, c’est comment avoir un enfant, pas comment faire la planification familiale », renseigne le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef du district sanitaire de Mbacké.

Des propos confirmés par Oulimata Dieng du groupement des femmes du quartier Boussobé de Mbacké. « Nous discutons beaucoup avec les jeunes filles mariées, mais elles refusent catégoriquement la planification familiale ». Selon Mme Dieng, « ces jeunes femmes croient que si elles commencent la contraception, elles auront des difficultés à tomber enceinte plus tard au moment voulu ». Une opinion corroborée par Sassi Diop Diouf, sage-femme et point focal Pf au Centre de santé de Bambey. « Les jeunes femmes n’aiment pas faire la planification familiale. Elles craignent de ne pas avoir beaucoup d’enfants. De ce fait, nous recevons en majorité de grandes multipares », révèle-t-elle.

Pour résoudre cette barrière qui freine l’utilisation de la contraception dans la région de Diourbel, Oulimata Dieng pense que les « Badianou Gokh » (marraines de quartier) peuvent permettre de relever le défi de faire recruter des filles qui se marient très jeunes dans les programmes de planification familiale. En tout cas, Ma Guèye est bien décidée, après son accouchement, « à prendre des contraceptifs pour me reposer, car j’éprouve de plus en plus de difficultés lors de mes grossesses », confie-t-elle, précisant que l’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam. « Je veux vraiment recouvrer ma santé, car je deviens de plus en plus fatiguée », souligne cette femme qui se dit toujours surprise par ses grossesses. « On m’a toujours informée des bienfaits de la planification familiale. Mais, je donnais à chaque fois mon consentement sans pour autant passer à l’acte. Ainsi, quand je constatais l’absence des règles, un sentiment d’inquiétude m’habitait », raconte Ma Guèye, déterminée cette fois à recourir à la planification familiale. « J’ai déjà parlé à mon mari, mais il n’a encore rien dit. Je crois qu’il va accepter », espère cette multipare qui fait toujours sa première Consultation prénatale (Cpn) après 4 mois de grossesse.

Assise à côté de Ma Guèye au dispensaire municipal de Mbacké, Khady Sadio, 32 ans, évoquait au début les rumeurs pour rejeter la contraception. Mais, elle la pratique depuis 5 ans. « J’ai 3 enfants, et c’est moi qui ai pris l’initiative de faire la planification familiale pour me reposer et mieux m’occuper de mon petit commerce ». Selon elle, son époux n’était pas d’accord au début, c’est par la suite qu’il a accepté. Elle est contre le fait d’avoir beaucoup d’enfants, parce qu’on vit dans un ménage polygame, même si elle reconnaît que c’est une réalité dans sa localité. « Je me préoccupe de ma santé et de celle de mes enfants, mais il y a des femmes qui ignorent cela, refusant ainsi catégoriquement la planification familiale », soutient Khady Sadio.

La stratégie « Badianou Gokh » (marraines de quartier), des femmes leaders choisies dans leurs communautés respectives pour sensibiliser sur la santé maternelle, néonatale et infantile, est initiée au Sénégal depuis 2010 pour améliorer les indicateurs sanitaires. Dans la région de Diourbel, elles sont 775 à officier au profit des femmes en état de grossesse, allaitantes, des nouveaux nés, des enfants, bref pour le bien-être de la communauté. « Nous servons de relais entre les communautés et les structures sanitaires dans la lutte contre les grossesses rapprochées par exemple », explique Fatma Diop, présidente régionale des « Badianou Gokh » de Diourbel.

Compte tenu du rôle primordial qu’elles jouent dans l’amélioration du bien-être général dans les communautés, Mme Diop réclame plus de moyens leur permettant de s’acquitter convenablement de leur mission, même si elles exercent à titre de bénévoles. « Nous voulons qu’on nous dote de moyens, surtout pour nos déplacements, afin d’assurer un meilleur maillage du territoire régional ». Elle ajoute qu’elles ont aussi besoin de téléphones portables dotés de crédit pour qu’elles puissent mieux faire leur travail.

Adjaratou Fatou Ndiaye Sène, coordinatrice Sr régionale plaide aussi pour qu’on augmente le nombre de « Badianou Gokh ». Selon elle, le déficit est évalué à plus de 800 dans la région de Diourbel. A son avis, c’est à cause de l’insuffisance de ce personnel d’appui et des moyens que le Plan d’actions annuel (Paa) déjà finalisé ne peut pas être exécuté. Son plaidoyer intègre également la formation et le recyclage de ce personnel d’appui.

« En période d’affluence, nous rencontrons d’énormes difficultés », informe le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef dudit district qui plaide pour la mise en place d’un bloc pour les Soins obstétricaux d’urgence (Sou). Quid d’affluence ?, Mme Mbacké fait allusion à « la période de pic des accouchements située entre août et janvier ». Durant cette période, nous pouvons avoir 20 à 25 accouchements par jour. Ainsi, il peut arriver que des parturientes soient référées dans les hôpitaux de Touba (Ndamatou ou Matlaboul Fawzeini) et à Diourbel. « D’où l’urgence d’avoir un bloc Sou », plaide le médecin-chef du district sanitaire de Mbacké. D’ailleurs le Centre de santé dudit district est en train d’être réhabilité dans le cadre du Projet d’appui à l’offre et à la demande en santé (Paodes). La fin des travaux est annoncée pour le mois d’août prochain.

« Nous aurons aussi besoin d’un personnel supplémentaire après les travaux de réhabilitation. Nous n’avons, par exemple, pas de pédiatre pour prendre en charge les complications des nouveau-nés », explique le Dr Adama Haidara qui espère également bénéficier du programme d’accouchement humanisé suite aux travaux d’extension du centre de santé. « A cause de l’étroitesse de nos locaux, il n’était pas possible de faire l’accouchement humanisé. On voudrait maintenant entrer dans le programme », sollicite-t-elle.

L’accouchement humanisé, qui donne la possibilité aux parturientes d’adopter la position de leur choix (debout, assis, accroupi, couché) au moment de l’accouchement, est pratiqué au centre de santé de Diourbel. Mais, en plus de cette offre visant à assurer un cadre agréable, un confort lors de l’accouchement, cette structure sanitaire a aussi instauré un système de solidarité pour appuyer davantage les femmes. C’est ainsi que « dans l’accompagnement des femmes, se basant sur le concept japonais Kaïzen (bonus), nous offrons à ces dernières gratuitement de la bouillie, de l’eau, des habits, des couches pour bébés… », révèle Maïmouna Diouf Bèye, la responsable de la Sr, précisant que les habits sont achetés à bon prix pour habiller immédiatement les nouveau-nés.

Pour la sage-femme Dieynaba Guèye Ndiaye, cette solidarité est instaurée surtout à l’endroit des femmes qui viennent sans accompagnement. Ainsi, tous les jours, l’équipe en service se charge de préparer la bouillie et de l’offrir aux femmes qui viennent accoucher dans ce centre de santé où l’on parle de planification familiale aussi bien lors Consultations prénatales que post-natales.

Même si les croyances et pratiques sont encore tenaces, le district sanitaire de Touba fait notamment face à la collecte des données. Une difficulté imputée à la prolifération des officines privées et informelles qui ne transmettent pas leurs données, alors qu’elles vendent des produits contraceptifs. Les hôpitaux ne livrent également pas leurs données.

Avec 5,5%, le district sanitaire de Touba a le plus faible Taux de prévalence contraceptive (Tpc) de la région de Diourbel. Les femmes sous contraceptif sont au nombre de 11.028 sur 199.820 Femmes en âge de procréation (Far). « Il y a beaucoup de déterminants qui font que la planification familiale ne bouge pas au niveau de ce district », indique le Dr Mamadou Dieng, médecin-chef du district sanitaire de Touba. Il fait notamment allusion aux croyances et pratiques qui ont un impact sur les indicateurs sanitaires dans cette cité religieuse, particulièrement la santé de la reproduction.

Ce faisant, même si les produits contraceptifs et les médicaments essentiels sont disponibles, le Tpc (5,5%), le taux d’achèvement des Consultations prénatales (34%) et le recrutement des femmes pour la Pf demeurent faibles. « Nos indicateurs au niveau des Cpn sont très bas, parce que les femmes ont tendance à cacher leur grossesse durant le 1er trimestre », constate le Dr Dieng qui renseigne que le taux d’achèvement reflète la couverture effective des femmes pour toutes les Cpn.

Cependant, une satisfaction est notée dans les accouchements au niveau des structures sanitaires de plus en plus fréquentées par les parturientes.
Mais le principal défi auquel fait face le district sanitaire de Touba est relatif à la collecte des données. « Pour la planification familiale, si on intègre les données des hôpitaux, on peut avoir 8 à 10% », estime le médecin-chef qui évoque aussi comme frein à la pratique de la contraception la réticence de certaines belles-mères et de ceux qui développent des arguments contre la planification familiale. « L’adversité de ceux qui développent des argumentaires religieux contre la planification familiale nous pose problème. Certains refusent même qu’on parle de planning dans les réunions. N’empêche, nous avons formé des relais pour parler aux femmes. Nous impliquons également de plus en plus les leaders femmes et nous mettons l’accent sur l’espacement des naissances et non la limitation des naissances pour faire accepter la planification familiale », explique le Dr Mamadou Dieng.

Pour faire face à ces résistances, Dr Dieng informe qu’ils ont identifié des religieux pour sensibiliser sur la planification familiale. « Ils sont plus à l’aise pour parler à leurs pairs. On les a outillés dans ce sens », indique-t-il, insistant sur les religieux très réfractaires aux messages sur la planification familiale. « Il y a beaucoup d’efforts à faire dans ce domaine. Car c’est la même chose avec le Vih. On le craignait au départ, mais maintenant tout le monde sait que ça existe », rappelle-t-il, regrettant la vente de produits contraceptifs dans les officines privées et informelles. « La vente de préservatifs et de pilules est élevée dans ces officines, mais les données ne sont pas capitalisées, ce qui biaise le Tpc au niveau du district sanitaire », déplore-t-il, soulignant qu’ils ont des défis à relever dans la communication et le changement des comportements.

Pour Thioro Faye Mbacké, coordinatrice Sr du district sanitaire de Touba, la pléthore des dépôts informels de vente de produits contraceptifs plombe incontestablement les indicateurs sanitaires. Elle regrette aussi que les officines privées ne transmettent pas leurs données.

Dossier réalisé par Maïmouna GUEYE

Emanciper un pays, c’est bien, le développer, c’est mieux. Du combat culturel de Senghor à l’Etat « social et solidaire » de Macky Sall, en passant par le combat pour le rétablissement des équilibres macroéconomiques et la politique infrastructurelle de Me Wade, la marche vers le développement est résolument engagée. Avec ses grandes réussites et ses gros échecs. L’histoire du Sénégal indépendant n’est pas un long fleuve tranquille. Jeune Etat, comme tous les pays africains décolonisés, il s’est construit brique après brique, idée après idée, sous la conduite de chefs aux visées parfois complémentaires, souvent divergentes dans l’approche, mais avec, toujours, la même finalité : asseoir un Etat stable, démocratique et développé.

Premier président du Sénégal après son indépendance en 1960, Léopold Sédar Senghor est le premier chef d’État du continent noir à avoir ouvert son pays au multipartisme, en 1978. Homme de lettres, il est le premier agrégé africain de grammaire française et le premier Noir à être entré en 1983 à l’Académie française. Né le 9 octobre 1906 à Joal, il est attiré par la pensée humaniste de Léon Blum et s’engage auprès des Étudiants socialistes. Penseur de la « négritude », député sous la IVe République puis ministre dans le cabinet d’Edgar Faure, il préside la République du Sénégal jusqu’au 31 décembre 1980, date à laquelle il quitte volontairement le pouvoir.

Le souvenir qu’on a de Senghor est celui d’un leader modéré ayant coopéré avec la France. Mais c’est une image biaisée. En 1948 déjà, Senghor et ses collègues étaient pourtant vus comme des « rebelles » du fait de leur démission de la Section française de l’internationale ouvrière (Sfio) pour créer le Bloc démocratique sénégalais (Bds), dont le but est de représenter et de lutter pour la cause africaine. La tâche de Senghor, premier président de la République du Sénégal était, cependant, ardue. Après avoir été, des années durant, un réformateur agité, perturbateur et urticant pour la France, il lui fallait se poser en réformateur rassurant et protecteur pour son pays. C’est pourquoi, même s’il a été accueilli avec dévotion au début de son magistère, les critiques ne tardent pas à se faire entendre. Il est notamment reproché au président-poète de mener un combat culturel au détriment de l’économie. Senghor avait, pourtant, une claire vision des impératifs qui attendaient les jeunes Etats indépendants. En janvier 1955, il fixe les objectifs dans « La condition humaine » : « Si le Sénégal aspire à une autonomie interne, de gros efforts sont à faire dans le domaine économique ; en particulier, la modernisation de l’agriculture et la diversification des secteurs économiques sont urgents. » Senghor est, en effet, convaincu que, sans développement industriel, l’économie sénégalaise stagnera et n’atteindra jamais « le niveau de vie des métropolitains »  (La condition humaine, 27 janvier 1955). Mais il sera rattrapé par le contexte de la décolonisation.

Pour les Noirs africains, en effet, l’aspect culturel a joué un rôle important dans la lutte pour l’émancipation. Sur le plan international, l’Afrique était perçue comme « rétrograde » et avait besoin de « rattraper son retard ». Il était extrêmement important, pour l’élite africaine, de savoir que l’art noir, la poésie et la musique noires jouissaient d’une certaine reconnaissance internationale. C’est ce qui a fait dire à Senghor qu’à la rencontre mondiale des cultures, « au rendez-vous du donner et du recevoir », l’Afrique ne se présenterait pas les mains vides.

Education et formation des ressources humaines
La lutte pour la dignité, d’un côté et le souci de relever le défi de la reconnaissance culturelle, de l’autre, sont les priorités, conscients que sont les intellectuels et artistes africains que le combat dans les autres domaines tels que le développement ou le standard de vie est perdu d’avance. Dans le combat culturel, l’objectif des intellectuels, artistes et politiciens africains est d’être dans la même catégorie que les pays développés et de lancer la compétitivité culturelle avec eux d’égal à égal. Ils veulent apporter leur contribution spécifique au monde moderne, et celle-ci doit être perçue comme un enrichissement de la culture universelle.

Nombre d’intellectuels autour de Senghor voient la contribution africaine dans ce qu’elle a de plus émotif, chaleureux, rythmique, mystique et solidaire de ses valeurs culturelles. Une approche que ne partage pas une nouvelle génération de penseurs comme Cheikh Anta Diop qui estime que la compétition est globale puisqu’elle opère tant aux niveaux culturel, artistique qu’économique et scientifique. Au moment du bilan, on ne peut manquer de faire crédit à Senghor, dans un contexte de manque absolu où presque tout était à faire, d’avoir entrepris de créer un véritable Etat avec des procédures, des normes, des règles et des institutions fortes. Il avait ainsi mis sur pied le fameux Bureau organisation et méthode (Bom) destiné justement à pallier les insuffisances d’organisation. Pour rattraper le gap avec l’Occident, Senghor avait misé sur l’éducation et la formation de ressources humaines de qualité, et laissé en héritage à son successeur, le technocrate Abdou Diouf, sorti du moule de l’Ecole nationale de la France d’Outre-mer (Enfom), un Etat solide et une élite intellectuelle qui avait su prendre en charge les destinées du jeune Sénégal indépendant.

Formé dans l’esprit de commandement cher aux administrateurs coloniaux, on garde toujours de M. Diouf l’image d’un grand commis de l’Etat. Rodé aux techniques de la gestion administrative, le deuxième président sénégalais a géré le pays comme un technocrate. C’est à lui qu’est revenue la charge, après le combat de l’identité incarné par son prédécesseur, de la restauration des grands équilibres macro-économiques.
 
Il sera, malheureusement, un témoin impuissant d’une dégradation de l’environnement économique avec la « détérioration des termes de l’échange », la chute brutale des recettes d’exportation de l’arachide et des phosphates, principaux produits sénégalais, le choc pétrolier de 1973 suivi de la grande sécheresse de la fin de la décennie 70. Les finances publiques sont durement éprouvées et le Sénégal dut se plier à une sévère cure d’austérité imposée par le Fmi et la Banque mondiale.
 
Le Sénégal doit alors se soumettre à une politique hardie d’ajustement structurel dont les conséquences seront durement ressenties par les populations. Cette politique d’austérité tous azimuts s’est traduite par la privatisation de plusieurs entreprises publiques, entraînant des conséquences incalculables : suppressions massives d’emplois, réduction du volume de financement des investissements, désengagement de l’Etat du secteur agricole, réduction des subventions au secteur de l’éducation, mise à mort de la caisse de péréquation… Pour ne rien arranger, le franc Cfa subit une dévaluation en 1994. Abdou Diouf n’avait pas vraiment les bonnes cartes en main. Ses possibilités étaient considérablement réduites face à l’intransigeance des bailleurs de fonds. Il élabore alors et met en place, en 1993, un plan d’urgence conduit par le duo Sakho - Loum (respectivement ministre de l’Economie et des Finances et ministre du Budget) pour restaurer les capacités financières de l’Etat. Mais, usé par ses vingt années de pouvoir, Diouf avait perdu l’estime de ses compatriotes éprouvés par tant d’austérité. Son régime n’a pas pu résister à l’alternance démocratique de mars 2000.

Opposant historique à Senghor puis à Diouf, Abdoulaye Wade s’emploie à convaincre les Sénégalais qu’une alternative libérale est possible. Plusieurs fois arrêté, il entre néanmoins à deux reprises, en 1991 et 1995 dans un gouvernement élargi. Après quatre échecs à la présidentielle, il est élu à 73 ans sur le thème du « changement » en 2000. Il aura marqué le Sénégal par sa passion des « grands travaux » et son hyperactivité politique et médiatique. Avec Wade, le Sénégal est passé à une ère de gros chantiers, grands projets ambitieux, qui ont soulevé l’enthousiasme et l’espoir. Le troisième président sénégalais est convaincu que le développement de l’Afrique passe par la création d’infrastructure de dernière génération. « Le moment est venu d’envisager concrètement, la réalisation des infrastructures fondamentales en Afrique », déclare-t-il à l’ouverture de la rencontre des ministres africains chargés des infrastructures et de l’énergie le 24 janvier 2008 sur le thème du financement des infrastructures en Afrique, tenue à Saly Portudal. Il notait, avec satisfaction, d’être enfin compris par les autres, à savoir que « le vrai décollage de l’Afrique passe par le développement des infrastructures et de l’énergie ».

Wade promeut un libéralisme social qui place l’Etat au centre de l’action publique et s’inspire des théories keynésiennes sur la relance de l’économie. Ainsi, pour soutenir l'économie, l'Etat doit effectuer des dépenses d'investissement. Une politique de grands travaux d'infrastructures, par exemple. Ces dépenses d'investissement entraînent une augmentation de l'activité économique, des embauches, et donc une augmentation des revenus distribués aux salariés grâce à un effet multiplicateur.

Autoroute à péage, nouvel aéroport, ponts et routes sortiront de terre sous Wade. En douze ans, il a considérablement modifié le visage du Sénégal. Les chiffres parlent pour lui : entre 2000 et 2010, le taux de croissance (+ 4 %) a été supérieur à celui de la décennie précédente, l’inflation a été maîtrisée, les recettes budgétaires ont augmenté… Des centaines d’écoles ont été construites. De nombreux dispensaires ont également été ouverts, le taux de mortalité infantile a baissé, l’accès à l’eau potable augmenté. Le pays a diversifié ses partenaires financiers. En précurseur, Wade s’est tourné vers les nouveaux riches arabes et asiatiques. Il a également fait de l’agriculture une priorité, via la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana).

Mais le manque de rigueur dans les rapports avec la gestion du bien commun, une totale opacité dans le financement de certains projets, des malversations financières et l’intention qui lui est prêtée de se faire remplacer par son fils ternissent son magistère.


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.