Grands Dossiers (309)

Depuis le triomphe de la Révolution, former les jeunes cubains a été une sur-priorité pour le régime castriste et étudier la médecine à Cuba, une option pour les jeunes du monde. Les étudiants africains tombent sous le charme de l’expertise, la modestie des professeurs et la conscience humanitaire qui leur sont inculquées durant leur formation. Il y a aussi la philosophie de Cuba de prévenir les maladies, d’apporter une couverture médicale afin de donner une meilleure qualité de vie aux personnes et une longévité à la population. 30.000 professionnels de la médecine prêtent bénévolement leur concours dans plus de 60 pays pauvres, dont ceux d’Afrique touchés récemment par l’épidémie d’Ebola.

A Cuba, les formations aux professions dans les sciences médicales sont un choix d’études des jeunes étrangers, à partir des premier et troisième cycles. Assurés par un réseau de treize universités sur le territoire national, les étudiants qui les fréquentent viennent du monde entier, notamment d’Afrique. Charmés par la grande renommée de la médecine cubaine, les jeunes étudiants africains mais aussi des médecins praticiens ont fait de la grande île leur destination préférée pour se performer. Deux principales universités sont le réceptacle des Africains : celle de La Havane et celle de l’Ecole latino-américaine de médecine (Elam) inaugurée par le leader de la Révolution, Fidel Castro, en 1988, où plus de 24.000 professionnels de la santé de 84 pays ont été diplômés. Rien que l’Université de La Havane et ses 12 facultés préparent plus de 2.500 étudiants provenant d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen orient, inscrits grâce au financement de leurs gouvernements respectifs ou d’études financées par leurs familles. Ainsi, à titre illustratif, l’Elam a à son actif 720 étudiant congolais et quelque 700 autres médecins étrangers suivant des cours de spécialisation dans les 43 branches proposées par le ministère de la Santé publique (Minsap). La formation est répartie entre stages pratiques et masters, doctorats en sciences de la santé, éducation médicale et stomatologie. La volonté d’étudier dans ces structures, exprimée par les bénéficiaires, renseignent sur la bonne réputation d’excellence en matière de sciences médicales de Cuba. Conformément à l’objectif assigné aux universités de « former un bon professionnel, mais aussi un professionnel sensible à l’aspect humain et social de la médecine, avec un engagement plus important envers son environnement ».

Des offres de formations médicales diversifiées
En arrivant, les étudiants africains sont d’abord soumis à un contrôle des connaissances et à une remise à niveau avant de pouvoir entrer à l’université. Durant tout leur séjour estudiantin, il leur est enseigné à approfondir l’examen clinique comme méthode exploratoire pour arriver à un diagnostic. L’enseignement de la médecine à Cuba est basé sur le lien entre la théorie et la pratique, et les étudiants sont en contact direct avec la société cubaine dans la prise en charge des patients. A côté d’un corps professoral rigoureux qui exige des étudiants ni plus ni moins qu’une connaissance solide en matière bibliographique et de longues heures pour comprendre correctement les termes scientifiques, des activités récréatives et autres galas culturels (festivals et concerts) sont organisés par les étudiants qui proviennent de pays divers. Ce qui favorise un véritable brassage et constitue un enrichissement mutuel. Jusqu’en 2015, 20.000 médecins du tiers-monde ont terminé leurs études dans les écoles de médecine cubaines.

Accéder aux soins et vaincre les maladies en Afrique
L'envoi d'une aide médicale massive est une spécialité cubaine depuis 1963, théorisée sous le nom de "l'internationalisme médical". Selon les statistiques disponibles, « 50.000 professionnels de la médecine cubaine prêtent bénévolement leur concours dans plus de 60 pays pauvres ». Et le programme international de santé mis au point par Cuba à grande échelle favorise des millions de personnes nécessiteuses pour lesquelles la prévention, une petite intervention chirurgicale ou un vaccin peut signifier la vie ou la mort. Dans ce cadre, l’assistance médico-sanitaire cubaine à l’égard de l’Afrique n’a jamais fait défaut. Les médecins de l’Ile ont toujours répondu présent pour voler au secours des millions de personnes qui n’ont même pas accès aux soins de santé primaires.

Du fait de la détérioration voire de l’inexistence de systèmes de santé adéquats et fonctionnels selon les normes de l’Oms, le manque ou l’indisponibilité de personnels qualifiés pour dispenser des soins primaires de santé dans nombre de cas (Sida, Ebola, Dingue, Chicungunia…). L’irruption de Cuba sur la scène internationale dans le domaine de la médecine avec un travail herculéen abattu dans la discrétion donne à réfléchir sur cette île isolée par un embargo économico-financier plus que cinquantenaire. Cette percée face aux occidentaux, détenteurs de la science et des firmes pharmaceutiques pour se faire un nom sur la santé mondiale, considérée toujours comme une chasse gardée, est la résultante d’une vision éclairée d’un leader charismatique et respecté par un peuple à l’esprit inventif et courageux. Cuba est l’un des rares pays au monde où la santé et l’éducation sont gratuites.

Cuba, Ebola et l’Afrique
Le 19 décembre 2014, le député Europe Ecologie Les Verts (Eelv), François-Michel Lambert, affirmait sur les ondes de radio France qu’ « il y a plus de médecins cubains en Afrique de l’ouest pour combattre Ebola que la somme de tous les médecins occidentaux ». A sa suite, Margaret Chan, la directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé confirmait ces propos de M. Lambert estimant que « les Cubains représentent effectivement le plus important contingent de santé mobilisé par un Etat depuis le début de l'épidémie qui touche l'Afrique de l'Ouest ».

En effet, durant cette pandémie, Cuba a envoyé 165 médecins et infirmiers en Sierra Leone pour lutter contre le virus. En outre, 283 professionnels de santé cubains sont également arrivés au Libéria et en Guinée. Au total, le pays a donc mobilisé plus de 400 experts médicaux pour voler au secours de pays africains durement éprouvé par Ebola. Aussi, à titre de comparaison, la Chine a annoncé l'envoi de 170 professionnels de santé tandis que les Etats-Unis ont envoyé 65 et la France une vingtaine. Cette promptitude et cet engagement bénévole de Cuba entrent en droite ligne avec la politique d’aide humanitaire à destination des pays en développement.

Mamadou Lamine DIEYE

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Fidel Castro : Le guerillero qui n’est pas mort au front

« Il n’y a de richesse que d’homme ». Cette assertion, l’île de Cuba en a fait sienne. Comme le Japon, la Corée du Sud, le pays de Fidel Castro a beaucoup investi dans ce domaine afin de disposer de ressources humaines de qualité et faire face aux défis du développement, d’autant plus que le pays vivait sous embargo imposé par les Usa.

Depuis sa nationalisation à la suite de la révolution cubaine de 1959, l’éducation a toujours constitué un axe essentiel du projet de développement et un moyen d’atteindre l’objectif d’égalité, avec en toile de fond, la remise en cause de la division capitaliste du travail et la division sociale qui en découle. Les principes fondamentaux de la politique éducative sont l’universalisme, la gratuité et le caractère public de l’éducation. Ce qui a permis d’édifier l’un des meilleurs systèmes éducatifs au monde, en termes d’accès comme de qualité. En effet, plusieurs évaluations (Pnud : 2000, Investigación sobre desarrollo humano y equidad en Cuba 1999, Caguayo, La Havane ; Unesco : 1998, Primer estudio internacional comparativo en la educación básica, Santiago du Chili) ont montré que les résultats obtenus par le système éducatif cubain le placent largement en tête des pays d’Amérique latine. Dans certains domaines, l’école cubaine dépasse celle des pays développés. Cuba a toujours su préserver les piliers de son système éducatif.

Selon Philippe Bayart (Bayart P. (2008) : « Éducation et valorisation à Cuba », Thèse, Université de Paris 1), en 2004, le pays comptait plus de 700.000 diplômés de l’université, parmi lesquels près de 80.000 dans des disciplines scientifiques ou technologiques (dont 7.000 docteurs ès sciences), et 300.000 professeurs de haut niveau, au nombre desquels 69.000 enseignent la médecine. En 2005, la part de la dépense intérieure d’éducation/Pib, était de 10,10 % contre 6,9 % pour la France. Dans la période 2009-2013, cette part a atteint presque les « 13 % du budget national », selon la Banque mondiale. « Avec près de 13% (12,8%) du Pib investi dans ce secteur, aucun autre pays au monde, y compris les plus développés, n’égale l’île de la Caraïbe. Le Timor oriental et le Danemark complètent le podium mondial, avec respectivement 11,3% et 8,7% du Pib dédiés à l’éducation. En guise de comparaison, les Etats-Unis investissent à peine 5,4%, soit deux fois moins que Cuba, et le Canada 5,5%. En Europe, la France consacre 5,9% de son budget national à l’éducation, l’Allemagne - 5,1%, le Royaume-Uni- 6,2%, l’Italie - 4,5% et l’Espagne - 5%. Pour ce qui est du continent latino-américain, la Bolivie occupe le second rang derrière Cuba avec 7,6%. Le Brésil attribue 5,8% de son Pib à ce secteur alors que le Mexique et l’Argentine lui destinent respectivement 5,2% et 5,8% », fait remarquer la Banque mondiale dans son rapport 2014.

D’importantes innovations
Tous ces résultats sont le fruit d’importantes innovations intervenues dans les années 1990, : augmentation du nombre d’heures consacrées à l’apprentissage des matières fondamentales (Espagnol, Histoire, Mathématiques) ; promotion des formations culturelles et artistiques ; promotion des nouvelles technologies (presque toutes les classes, du préscolaire au secondaire, disposent d’ordinateurs et d’équipement audiovisuel) ; une chaîne de télévision est consacrée à l’enseignement (Canal Educativo) en plus de la télévision nationale qui diffuse des programmes « Universidad para Todos » sous forme de « salles de classe ».

La qualité du système éducatif cubain a été soulignée, en 2014, par la Banque mondiale dans un rapport sur l’état des lieux de l’éducation en Amérique latine et dans la Caraïbe, Cuba est retenu comme le pays de cette sous-région ayant le meilleur système éducatif. Il se hisse en tête du classement pour la qualité de formation des enseignants, les méthodes d’enseignement. « Cuba est internationalement reconnue pour ses succès dans le domaine de l’éducation et de la santé, avec un service social qui dépasse celui de la plupart des pays en voie de développement et dans certains secteurs, il est comparable à celui des pays développés. Depuis la Révolution cubaine en 1959, et l’établissement d’un gouvernement communiste à parti unique, le pays a créé un système de services sociaux qui garantit l’accès universel à l’éducation et à la santé. Ce modèle a permis à Cuba d’atteindre un alphabétisme universel, d’éradiquer certaines maladies, de fournir un accès général à l’eau potable et à une salubrité publique de base, de disposer de l’un des taux de mortalité infantile les plus bas de la région et de l’une des plus longues espérances de vie ».

Au même moment, la Banque mondiale relève la faible qualité des enseignants en Amérique latine et de la Caraïbe souvent pas assez ou mal formés et consacrent à peine 65 % du temps de classe à l’instruction, les contenus académiques inadaptés et les pratiques inefficaces. Autant dire qu’il suffit d’une volonté politique et d’une vision pour surmonter maints obstacles. Cuba l’a démontré.

Daouda MANE

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Fidel Castro : Le guerillero qui n’est pas mort au front

Le « Lider maximo » Fidel Castro est mort laissant non tranché le cruel débat sémantique sur l’asphyxie économique de Cuba qualifiée d’ « embargo » par les Etats-Unis et de « blocus », selon Cuba. Quelque soit l’issue de cette querelle, la réalité est que l’ile subit un boycott économique, financier et commercial depuis 1962 suite à une nationalisation des compagnies américaines par le gouvernement révolutionnaire qui a chassé du pouvoir le dictateur Fulgence Batsista soutenu et aidé sans conditions par Washington.

Colonie espagnole pendant près de quatre siècles, l’île avait été rétrocédé aux Etats-Unis après une défaite militaire espagnole. Quelques années plus tard, les Etats-Unis leur octroient leur indépendance, prenant toutefois soin de garder des relations économiques privilégiées avec les milieux économiques notamment dans le domaine de la production de sucre, de tabac et du tourisme.

Après la révolution castriste ayant entrainé la chute de Batista, les Etats-Unis reconnaissent et soutiennent le nouveau gouvernement, le temps que le nouvel homme fort de la Havane annonce la couleur en réclamant des banques américaines des fonds évalués à plus de 500 millions de dollars qui auraient été détournés par de hauts dignitaires du gouvernement Batista qui se sont réfugiés aux Etats-Unis. Face au refus de restituer les sommes, le gouvernement cubain nationalise les sociétés américaines et procède à des réformes agraires qui exproprient plusieurs sociétés et citoyens américains qui tenaient l’économie et profitaient largement de la main d’œuvre bon marché. Les Etats-Unis ne tardent pas à exercer des représailles et usent de pressions pour que l’Organisation des Etats américains en fasse autant. Après plusieurs autres tentatives de déstabilisation, des mercenaires payés et armés par les patrons américains dont les biens ont été nationalisés, échouent en 1962 à débarquer sur la Baie de Cochons pour renverser le nouveau gouvernement.

A partir de cet échec cuisant, les américains rompent toutes les relations commerciales, diplomatiques et aériennes entre l'île et les autres pays du continent et poussent les alliés occidentaux à participer au boycott. Presque totalement isolé, Cuba s’approche davantage de l'Union soviétique qui augmente alors son aide financière à un allié stratégique aux portes des Etats-Unis. Le conflit bascule dans la tension Est-Ouest, et les Etats-Unis prennent très au sérieux la situation à Cuba à 150 kilomètres de leur territoire surtout après la crise des missiles soviétiques installées sur l’ile et pointées vers l’Amérique. Même s’ils ont pris l’engagement de ne pas envahir l’ile, les américains, pour des questions de sécurité intérieure, mettront en branle toutes leurs forces et intelligence pour précipiter la chute du régime révolutionnaire cubain.

Ils étendent les sanctions en élargissant le champ des restrictions commerciales et le département du Trésor interdit l’entrée sur le territoire américain de tout produit élaboré, totalement ou partiellement, avec des produits d’origine cubaine, même dans un pays tiers. Un contrôle des actifs cubains est mis en place interdisant toutes transactions avec Cuba et ordonnant le gel de ses avoirs aux Etats-Unis, de même que l’interdiction totale de transport d’aliments à destination de Cuba. Des restrictions aux voyages vers l'île ont été imposées aux citoyens américains.

Toutes ses sanctions se sont avérées inefficaces et ont plutôt poussé Fidel Castro à se rapprocher davantage des pays de l’Est et de bénéficier de leur soutien.
Par ailleurs, le blocus a été du pain béni pour lui car lui ayant permis de mieux renforcer son pouvoir en focalisant l’attention de tous les cubains sur cette volonté extérieur de détruire le pays pour réveiller leur fibre patriotique. Le renforcement des sanctions en 1992 puis en 1996 n’y fit rien et contribue même à renforcer sa main mise sur le pays en lui permettant de mettre toute opposition sur le compte des contre révolutionnaires apatrides soutenus par les Etats-Unis.

Malgré l’important lobbying des Cubains exilés aux États-Unis pour un maintien et une extension des sanctions en vue de faire tomber le régime, les gouvernements américains surtout démocrates, ont fini par faire preuve de réalisme et assouplirent progressivement les sanctions sous l’influence des groupes économiques.

Le président américain Bill Clinton déclara le premier en 1998 que Cuba n’était plus une menace pour les États-Unis et assouplit l’embargo. D’assouplissement en assouplissement, les Etats-Unis finissent par devenir les premiers fournisseurs de produits alimentaires à Cuba. L'embargo a été une nouvelle fois assoupli sous la présidence de Barack Obama avec la fin des restrictions sur les voyages et les transferts d'argent des Américano-cubains.

Le fait que l’embargo ne peut être annulé que par le Congrès contrôlé par les républicains qui manifestent encore une forte opposition au processus de normalisation est un écueil à franchir, mais l’essentiel a été fait par l’Administration Obama qui a réussi le 20 juillet 2015 à faire franchir aux relations une étape cruciale avec les bâtiments qui abritaient jusqu'à présent les sections d’intérêts dans chaque capitale qui ont retrouvé automatiquement leur statut d’ambassade.

Alassane DIAWARA

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Fidel Castro : Le guerillero qui n’est pas mort au front

Les dirigeants de la gauche latino-américaine ont uni leurs voix mardi soir pour appeler à perpétuer le legs de Fidel Castro, devant de centaines de milliers de Cubains mobilisés lors d'une grande cérémonie posthume en l'honneur du "Comandante" à La Havane.

Face au mémorial du héros de l'indépendance, José Marti, situé à la place de la Révolution, la foule a fait ses adieux au "Comandante" avant que ses cendres quittent la capitale pour traverser l'île jusqu'à Santiago de Cuba (est).

"Où est Fidel? Où est Fidel?", s'est exclamé à la tribune le président nicaraguayen Daniel Ortega. "Ici!", a répondu la foule d'une seule voix, résumant la tonalité de la soirée, vouée à souligner que la mort du "Comandante" n'est qu'une "mort physique", comme l'ont beaucoup répété les médias d'Etat cubains ces derniers jours. "Il ne part pas, il reste là, invaincu parmi nous, absous, totalement absous par l'histoire", s'est exclamé le président vénézuélien Nicolas Maduro, proche allié de Cuba, en référence au fameux "L'histoire m'absoudra" lancé par Fidel Castro à son procès après l'assaut en 1953 de la caserne de la Moncada, qui forgea le début de sa légende. "Aujourd'hui plus unis que jamais, peuple de l'Amérique latine (...) Nous continuerons à lutter pour ces idées, nous en faisons le serment!", s'est engagé de son côté le président équatorien Rafael Correa. "Ils ont tenté de le tuer de 1.000 manières, mais plus de 10 présidents américains n'y sont pas parvenus (...) Fidel et Cuba ont changé le monde" au XXe siècle, a ensuite relevé un autre inconditionnel, le Bolivien Evo Morales.

Après quatre heures de longs discours emprunts de ferveur socialiste, le président Raul Castro, qui a succédé à son frère Fidel en 2006, a énuméré les discours les plus marquants de son aîné prononcés sur cette emblématique esplanade. Puis de conclure: "Cher Fidel (...) ici, où nous commémorons nos victoires, nous te disons, aux côtés de notre peuple dévoué, combatif et héroïque: Jusqu'à la victoire, toujours!" ("Hasta la victoria, siempre!"), reprenant l'antienne bien connue des révolutionnaires cubains.

Un symbole
"Fidel est parvenu à sortir Cuba de la dictature pour la transformer en symbole international de résistance", a déclaré de son côté le Premier ministre grec Alexis Tsipras, seul dirigeant européen à avoir fait le voyage.

"Vive la Révolution!", "Fidel, Fidel!", scandaient entre les discours des milliers de Cubains de tous âges. Lycéens, fonctionnaires, policiers et militaires en uniforme ont été mobilisés pour l'occasion, remplissant les 72.000 m2 de la place mais aussi les avenues alentour, noires de monde.

Dans la journée, des dizaines de milliers de Cubains, souvent en pleurs, avaient défilé face aux portraits de Fidel, exposés sur cette même place depuis lundi. Partout sur l'île, ils ont aussi encore été très nombreux à signer des registres pour "jurer" de poursuivre l'héritage socialiste de celui qui a façonné pendant un demi-siècle le destin du pays - beaucoup ont confié avoir été vivement incités à ne pas manquer à l'appel.

AFP

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Fidel Castro : Le guerillero qui n’est pas mort au front

Spécialiste de Cuba par « attachement et conviction », le Pr d’espagnol à l’Ucad, Ndeye Anna Gaye, estime que Fidel Castro est resté attaché à ses idéaux jusqu’au bout ; malgré les nombreuses agressions venant de l’intérieur comme de l’extérieur. Elle pense que le peuple cubain, conscient de son histoire et de sa culture, est suffisamment armé pour continuer à défendre sa souveraineté nationale et ses intérêts.

Pr vous êtes spécialiste de Cuba. Son ancien dirigeant Fidel Castro est décédé, la semaine dernière, que peut-on retenir de la personnalité du lider maximo ?
La personnalité de Fidel Castro est une personnalité que l’on trouve complexe mais qui, pour moi, ne l’est pas. Castro est quelqu’un qui a eu une vision toujours très claire du futur de son pays. Il a lutté pour enlever une dictature qui sévissait dans son pays sous Batista. Il a lutté pour la souveraineté de son pays en tenant tête aux États-Unis. C’était un choix qu’il a assumé jusqu’au bout. Et je pense que c’est un mérite parce que c’est un homme qui est resté debout jusqu’à sa mort !

Vu de l’Afrique, qui était Fidel Castro ?
Fidel Castro a surtout été, au moment des indépendances, un exemple pour les progressistes d’Afrique qui voyaient en la révolution cubaine de 1959, le reflet de ce que l’Afrique devait être à l’aube des indépendances. Fidel Castro a représenté, pour la jeunesse progressiste, l’espoir d’une possibilité de gouvernement qui mettrait la liberté au service des peuples.

On connait le rôle que Cuba a joué dans la guerre froide. Fidel Castro a également servi de tête de pont à l’Urss dans certains pays en Afrique. Pouvez-vous revenir sur les actions de son régime dans le continent ?
Fidel Castro a beaucoup aidé les mouvements de libération notamment en Angola et dans une moindre mesure en Mozambique, en mettant à leur disposition des armes et des cadres militaires pour la libération de leurs peuples. Il a également soutenu les gouvernements considérés à l’époque comme progressistes notamment le Mali, la Guinée. Il faut dire que les liens entre Cuba et l’Afrique étaient forts parce que Cuba représentait quelque chose pour les Africains. Comme je l’ai dit, il représentait la possibilité de la souveraineté nationale. Naturellement, ces actions de soutien de Fidel Castro ont contribué à consolider les relations entre son pays et notre continent. Dans les relations avec l’Afrique, il y a aussi un aspect très important à ne pas perdre de vue : c’est la musique cubaine qui a traversé les frontières de l’Ile cubaine pour arriver dans le continent.

Avec la mort du "lider maximo", comment entrevoyez-vous l’avenir de Cuba sur la scène internationale ?
De mon point de vue, l’avenir de Cuba n’est pas si incertain qu’il puisse paraître ; parce que le peuple cubain a, sous Castro, eu le temps d’acquérir beaucoup de connaissances. C’est un peuple cultivé sur le plan politique, culturel. C’est donc un peuple armé contre des idéologies qui pourraient mettre à mal leur économie, leur culture, leur souveraineté nationale. De ce point de vue, l’éducation a joué et continue de jouer un rôle très important à Cuba et a permis au peuple cubain d’avoir pris conscience de sa valeur et d’assumer la direction qu’il a choisie.

Comment un petit pays comme Cuba a-t-il pu autant influer, à l’époque, sur la géopolitique mondiale ?
Cette situation est, sans doute, liée à la fois à la personnalité de Fidel Castro et à l’histoire même de Cuba. L’histoire de Cuba a été une histoire de lutte et de combat qui a commencé dès la guerre des 10 ans et la guerre d’indépendance au 19ème siècle. Il y a des personnalités très fortes qui ont lutté contre la souveraineté de l’Espagne à Cuba. Au finish, les gens se sont rendu compte que ce petit pays était capable de beaucoup de choses et cela donnait de l’espoir à beaucoup de pays qui étaient en lutte contre le colonialisme et certaines idéologies qui allaient à l’encontre des intérêts des peuples concernés.

Depuis quelques temps, il y a une normalisation des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis. La mort de Fidel Castro accéléra-t-elle ce processus ?
La donne politique aux États-Unis a changé. Le président Barack Obama qui a entamé cette ouverture vers Cuba pour essayer de faire sauter le verrou de l’embargo économique qui étouffe Cuba depuis plusieurs années a terminé son magistère. Et l’on ne sait pas encore ce que sera la posture du nouveau président Donald Trump envers ce pays. On ne sait pas si ce processus de normalisation va continuer ou s’il va y mettre un frein et essayer d’étouffer véritablement l’Ile cubaine. Il faut dire que pendant longtemps, Cuba a été considéré par les États-Unis comme une offense à sa puissance. Barack Obama a senti qu’il ne s’agissait pas d’une offense parce qu’un peuple avait le droit de choisir son mode de fonctionnement et le gouvernement qu’il voulait avoir.

Obama a eu une vision large et prospective en se disant que ce n’est pas en créant un goulot d’étranglement contre Cuba qu’on va améliorer les choses. Laissons aux Cubains le choix de décider eux-mêmes de la voie qu’ils veulent suivre, du gouvernement qu’ils veulent avoir et des orientations qu’ils veulent prendre. D’ailleurs, le deuil de Fidel Castro, tel qu’il a été vécu, ce silence de plomb, cette absence de manifestations dans les rues, montrent que quand même Fidel Castro représentait quelque chose. Même des tracteurs sur place ont senti que c’était un homme d’histoire qui était en train de passer. Et je crois que ce respect donné à Castro est absolument légitime.

Le magistère de Castro a aussi été marqué par d’intenses échanges entre Cuba et ses voisins de l’Amérique latine…
Tout à fait ! Dans la vision de Fidel Castro, Cuba étant une Ile, ne devait absolument pas être isolé du continent américain, quels que soient par ailleurs les régimes politiques en vigueur. Il fallait absolument construire, avec les peuples, un fédéralisme du continent américain. Telle était sa vision et dans l’action pratique, Cuba a toujours été solidaire de certains pays de l’Amérique latine. L’exemple le plus frappant est celui du Venezuela où chaque année, des légions de médecins sont envoyées pour administrer des soins gratuits aux populations vénézuéliennes dans les villes et dans les campagnes. Cela est un acte de solidarité qui ne peut exister que dans un pays qui a une idée révolutionnaire des rapports entre pays. Maintenant, tout dépend de la volonté des gouvernements de réaliser ce fédéralisme dont l’amorce a porté la signature de Fidel Castro. Le gouvernement de Colombie a-t-il la même vision que celui du Venezuela, ou du Pérou ou de Bolivie ? Je crois que c’est le même problème qui se pose en Afrique. S’il n’y a pas eu une volonté des gouvernements poussés par les peuples qui expriment leur liberté de choix, les fédéralismes ne pourront pas exister.

Fidel était également un chef rebelle avant son accession au pouvoir à la faveur d’un coup d’État. Parlez-nous un peu de cette casquette de chef de guerre qui semble être éclipsée par le dirigeant politique ?
Cette casquette renvoie au rôle qu’il a joué dans le coup d’État contre Batista en 1959. Il était venu du Mexique combattre, à travers la lutte armée, un système dictatorial. A partir de la Sierra Maestra, il est descendu à la Havane en traversant les villages, les campagnes et à chaque fois, les gens s’enrôlaient spontanément dans ses troupes. Et c’est ainsi qu’il est arrivé, le 8 janvier à la Havane. Il n’y a presque pas eu de résistance ; puisque que tout le travail était effectué en amont et Batista s’est enfui.

Il a combattu un régime dictatorial mais a fini lui-même par se muer en dictateur. N’est-ce pas un paradoxe ?
Fidel Castro aurait changé sa casquette de rebelle contre celle de dictateur ! Je pense que Fidel s’est radicalisé au fil du temps. Et s’il s’est radicalisé, c’est parce qu’il a subi de nombreuses agressions venant du même pays, les États-Unis. Il a échappé à pas moins de 600 attentats fomentés de l’extérieur avec des ennemis à l’intérieur. Il y a eu la baie des cochons, l’invasion de Cuba par des mercenaires Cubains et certains Américains en vue de renverser Fidel Castro. Sur le plan économique, les États-Unis ont fait la guerre à Cuba en baissant, de manière arbitraire, le cours du sucre, or, c’était une économie essentiellement centrée sur le sucre. Assailli de toutes parts, il lui a fallu chercher des alliés. Il a été ainsi poussé à se rallier à l’Urss ; étant donné qu’il y avait deux blocs. C’est un changement qui a été provoqué de l’extérieur. La dictature, parlons-en, la liberté parlons-en, tout dépend du point de vue où l’on se trouve. Tout est très relatif.

A l’annonce de la mort de Castro, des Cubains basés à Miami ont jubilé dans les rues. Qu’est-ce qui pourrait justifier une telle haine ?
Ce sont deux systèmes qui s’affrontent, deux systèmes complètement différents. Et ces Cubains qui sont aux États-Unis ont fait leur choix, ils ont préféré le système capitaliste, ce sont peut-être des nostalgiques de Batista. C’est leur choix. Ces gens qui sont d’extrême droite, ont une revanche à prendre contre le système cubain.
Fidel Castro a réellement créé une sorte de révolution dans son pays. A Cuba, il y avait essentiellement la religion catholique qui venait d’Espagne et les religions d’origine africaine avec l’esclavage. Or, sous Batista, ces religions et les dictatures étaient combattues et considérées comme de la sorcellerie. Sous Fidel Castro, ces religions ont acquis droit de cité et sont devenues exactement comme la religion catholique. Et cela a été un fait marquant du temps de Fidel Castro.

Propos recueillis Diégane SARR

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Fidel Castro : Le guerillero qui n’est pas mort au front

Le président de la République a effectué une tournée économique à vocation agricole de 3 jours dans le centre du pays, précisément dans les régions de Kaffrine et de Kaolack. Une démarche plébiscitée par les acteurs économiques de la zone qui y voient une motivation supplémentaire pour atteindre les objectifs d’autosuffisance alimentaire et de développement économique et social des zones rurales.

La vision du président de la République réitérée lors de sa dernière tournée économique à vocation agricole au centre du pays, d’une gestion concertée du secteur de l’agriculture, a trouvé un écho favorable chez les principaux acteurs économiques de Kaolack. Deux jours après son départ, l’empreinte laissée par la démarche présidentielle suscite des commentaires élogieux. Le Directeur régional du développement rural (Drdr) est le premier à annoncer la couleur. « Nous sommes très satisfait. Quand on fait un travail, on voudrait que nos supérieurs viennent voir sur le terrain ce que nous faisons. Et quand il s’agit du président de la République, cela va au-delà du supérieur car il s’agit de l’autorité qui a instruit cette politique d’appui aux producteurs sur les semences, les engrais et le matériel agricole. Si elle (l’autorité) vient voir l’exécution, cela nous encourage. C’est une visite pour encourager ceux qui appliquent cette politique agricole en vue du développement agricole de notre pays», a déclaré Pierre Diouf, le directeur du développement rural de la région de Kaolack. Une appréciation qu’il partage avec son homologue de la région de Kaffrine. « C’est un encouragement aux producteurs pour booster la production dans les différents programmes déroulés dans la région de Kaffrine avec le Pracas et la culture pluviale du riz », a renchéri Omar Mbengue.

Les producteurs expriment, eux aussi, leur satisfaction. La visite de différents périmètres agricoles dans les régions de Kaffrine et de Kaolack, par le chef de l’Etat, semble les enchanter. Présidente de la puissante Fédération des producteurs de maïs du Saloum, Nimna NDIAYE a eu l’honneur d’accueillir le président Macky Sall dans les champs de son organisation à Taïba Niassène. « C’est une première qui nous réjouit parce que le président de la République s’est déplacé, en personne, pour voir, sur le terrain, ce que nous sommes en train de faire. Cela nous procure une grande fierté dans la mesure où c’est une forme de reconnaissance du travail que nous sommes en train de faire depuis plus d’une décennie dans la filière maïs», a-t-elle déclaré, émue au lendemain du passage de la délégation présidentielle sur les périmètres de la Fédération des producteurs de Maïs du Saloum (Fepromas) au premier jour de sa tournée économique à vocation agricole dans les régions centre. Chez les producteurs arachidiers, l’accroissement des surfaces emblavées traduit un attrait confirmé de cette culture de rente dans le bassin arachidier. «Il y a un changement de stratégie du gouvernement en termes d’appui direct à la production à travers l’accès à des semences certifiées et aux intrants ; des aides qui bénéficient directement aux producteurs non aux intermédiaires commerciaux avec des subventions sur le prix d’achat comme dans un passé récent. On ne peut que se féliciter de ce changement dont la mise en œuvre, ces deux dernières années, explique, en partie, les records de productions de la filière», indique Saliou Ndiaye, le président de l’Union nationale des producteurs semenciers du Sénégal (Unpss), lors de l’étape de Nawel, dans le département de Birkilane. Dans cette partie de la région de Kaffrine, les efforts du gouvernement sont matérialisés par le renouvellement du matériel agricole. «Nous avons reçu du matériel agricole motorisé dont 30 tracteurs. C’est un acquis important de la politique de modernisation du matériel agricole du gouvernement», a affirmé le directeur du développement rural de Kaffrine.

Le volet post-récolte, acté à travers la cérémonie de distribution du matériel d’allégement des travaux pour les femmes et la transformation des produits locaux présidée par le président de la République le mercredi 19 octobre 2016, à Kaolack, n’est pas en reste. De nouvelles perspectives pour l’émergence d’unités industrielles en milieu rural qui n’ont pas échappées aux acteurs locaux. «Aujourd’hui, pour ne prendre que l’arachide, la fane est devenue plus attractive que la graine elle-même. Permettre donc aux producteurs de donner une valeur ajoutée à leur récolte à travers des décortiqueuses ou des presse-à-huile est très intéressante sans compter qu’en allégeant la charge de travail, ce matériel permet, avec le gain de temps, d’augmenter substantiellement la productivité », a indiqué Pierre Faye, le Drdr de Kaolack.

La présidente de la Fepromas estime que cette dotation de matériels pour l’allégement des travaux des femmes et la transformation des produits locaux participe, à la valorisation du maïs. «En dépit de la croissance de la production, notre maïs avait du mal à trouver preneur sur le marché national. Les industriels de l’aviculture préférant importer le produit d’Argentine ou du Brésil. Ce matériel nous permettra une transformation sur place et une meilleure valorisation post-production », a assuré Nimna Diayté. De nouvelles opportunités sont soulignées par les élus locaux, enthousiastes de l’idée du développement de petites unités industrielles dans les campagnes. «Il y a une certaine cohérence dans l’approche du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) avec des pistes rurales pour désenclaver les communes, l’accès à l’électricité et enfin du matériel de transformation pour donner une plus value aux produits locaux. Cela va donner un contenu pratique à l’émergence économique prônée par le président Macky Sall  », a affirmé Jean Marie Marone, maire de la commune de Mbadakhoune, dans le département de Guinguinéo. La mise en place de quelque 1500 machines offertes aux Groupements de promotion féminine (Gpf) dans les régions administratives de Kaolack et Kaffrine du volet 3 du Pudc va créer une dynamique de transformation des produits agricoles, sans précédent au Sénégal. Cela fait dire au maire de Guinté Kaye, Momath Ndao, que ce programme a été taillé sur mesure pour accompagner la communalisation universelle, un des axes de l’acte 3 de la décentralisation au Sénégal.

Elimane FALL

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Tournée économique du chef de l’Etat : Satisfecit des acteurs économiques

Premiers hôtes du président de la République lors de sa tournée économique au centre et à l’est du pays, les membres de la Fédération des producteurs de maïs du Saloum (Fepromas) ont été en pleine lumière. A l’image de leur présidente Nimna Diayté qui a multiplié les interventions dans les plateaux de télévision et sur les ondes des radios. Une semaine après avoir été sur les feux de l’actualité, la native de Boubou Dème, dans l’arrondissement de Paos-Koto, revient sur cet accueil du président Macky Sall dans les périmètres agricoles de son organisation.

Le président de la République vous a fait l’honneur de visiter vos périmètres agricoles dans la commune de Taïba Niasssène. Comment avez-vous vécu ce moment ?
On était très contente parce qu’auparavant, on travaillait dans l’ombre, en fournissant beaucoup d’efforts sans avoir le sentiment d’avoir une certaine reconnaissance en retour. Avoir donc l’honneur et le privilège  d’accueillir le président de la République, c’est une grande fierté mais aussi un énorme défi pour notre organisation. Désormais, on ne sera plus regardé comme avant. Il y a une forme de reconnaissance de nos efforts par la plus haute autorité du pays. Cela nous place dans une posture de structure de référence au sein des organisations de producteurs. C’est une visite qui va nous conforter dans nos convictions que nous sommes sur la bonne voie dans notre combat de produire du maïs en qualité et en quantité et de trouver des débouchés à notre production. Il est évident qu’il y aura un avant et un après la visite du chef de l’Etat pour la Fepromas.

Quel impact aura cette visite du président de la République sur les activités de votre organisation ?
C’est sûr que cela aura un impact positif. Le président de la République est attaché à l’agriculture et quand il voit qu’une organisation s’est engagée à appliquer la politique qu’il a définie, il fera tout pour l’accompagner. C’est notre conviction. D’autant que des organisations comme la nôtre servent de support à la mise en œuvre des politiques gouvernementales. Nous sommes des partenaires stratégiques des pouvoirs publics. Au-delà des producteurs de maïs, ce sont tous les acteurs du secteur qui vont tirer profit de cette visite présidentielle. C’est toute l’agriculture régionale qui sera tirée vers l’avant après ce passage du chef de l’Etat dans les différents sites de la région de Kaolack.

Avez-vous exprimé vos préoccupations au président Macky Sall ?
Evidemment. On lui a dit que la culture du maïs avait certaines exigences en termes de semences certifiées et d’intrants de qualité sans oublier le matériel agricole comme les tracteurs et les semoirs. Le volet post-récolte n’est pas à négliger avec les égreneuses et les décortiqueuses. Avec les perspectives de bonnes récoltes, nous avons besoin davantage d’entrepôts pour stocker la production. S’agissant de la transformation, les besoins ne manquent pas avec les difficultés que nous rencontrons pour écouler la production. La transformation constitue une réelle alternative pour donner une valeur ajoutée à nos produits. Heureusement, pour ce dernier aspect, les responsables du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) avaient anticipé sur cette demande avec la distribution de matériels d’allégement des travaux des femmes et de transformation des produits locaux.

On sait que la filière maïs rencontre des difficultés pour l’écoulement sur le marché national. Quelle stratégie comptez-vous mettre en œuvre pour lever cette contrainte ?
La contractualisation est très importante. Si nous parvenons à convaincre les industriels de l’aviculture à faire jouer la préférence nationale, ce sera un pas de franchi. Il y a une question de patriotisme économique à faire prévaloir. Il ne suffit pas de se réfugier derrière le fait que le maïs argentin est moins cher, en occultant que derrière chaque producteur, ce sont des dizaines de personnes qui vivent de cette culture. Nous avons été reçus par le directeur du commerce pour trouver une solution pour préserver les intérêts de tous les producteurs de maïs du Sénégal.

Propos recueillis par Elimane FALL

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Tournée économique du chef de l’Etat : Satisfecit des acteurs économiques

Les félicitations du chef de l’Etat vont droit au cœur au représentant-résident du Programme des Nations unies pour le développement au Sénégal, agence d’exécution du programme d’urgence de développement communautaire. Dans cet entretien, Fatou Bintou Djibo explique le succès du Pudc, le partenariat avec le gouvernement du Sénégal.

En tant qu’agence d’exécution du Pudc, qu’est-ce que cela vous fait d’être félicitée par le chef de l’Etat pour la célérité et la qualité du travail ?
Les félicitations du président de la République nous donnent plus d’énergie pour continuer la tâche. Nous sommes ravis par ces mots d’encouragement et cela ne fait que booster le moral de l’équipe.

Qu’est-ce qui fait le succès du Pudc ?
Le succès du Pudc est lié à plusieurs facteurs. D’abord, il y a la planification. Une bonne planification permet d’organiser l’action à mener. Ensuite, il y a les procédures. Le Pnud travaille avec un certain nombre de procédures qui permettent de faire le travail en peu de temps avec la qualité nécessaire.

Sur le terrain, tout le monde peut voir la qualité des ouvrages. Sur ce point, le Pnud a un avantage comparatif pour faire ce travail avec des procédures rapides. Un autre élément de réussite, c’est le travail d’équipe. Le Pudc a bénéficié du travail d’équipe des techniciens du gouvernement, du Pudc et du Pnud. Ce travail d’équipe a donné des résultats satisfaisants. Ces trois éléments combinés ne pouvaient faire que la réussite du programme.

Comment s’est faite la coordination ?
J’ai supervisé personnellement ce programme, dès le premier jour, c’est-à-dire de la formulation jusqu’à la mise en œuvre. C’est un programme important, un programme présidentiel. C’est pourquoi, je l’ai suivi et m’assurer que le travail est bien fait. Nous avons eu des coordinations à plusieurs niveaux. A mon niveau, avec les équipes du Pnud et au niveau du gouvernement avec des groupes thématiques pilotés par les ministères techniques, la complémentarité a renforcé notre efficacité. Cette manière de travailler a beaucoup facilité la tâche et nous a permis d’atteindre ces résultats.

Quel est votre sentiment personnel en voyant la joie des populations ?
C’est cette joie qui nous anime. Notre engagement s’explique par cette volonté d’aider les populations à avoir de meilleures conditions de vie et de continuer à avoir de l’espoir en l’avenir. C’est tout cela le sens de notre action en tant que programme des Nations Unies pour le développement. Quand on enregistre ces résultats, on ne peut qu’être satisfait.

Comment se porte le partenariat entre le système des nations unies et le gouvernement du Sénégal ?
C’est un excellent partenariat. Aujourd’hui, le système des nations unies et le gouvernement sénégalais entretiennent de très bonnes relations. Nous sommes satisfaits de l’appui du gouvernement et du partenariat technique. Nous allons bénéficier, du gouvernement, d’un site à Diamniadio où tout le système des Nations Unies sera logé. Je remercie le gouvernement sénégalais d’avoir pris cette décision. Cela permet de regrouper tout le système à Diamniadio. Cela démontre l’excellent partenariat avec le gouvernement et la population sénégalaise. Nous sommes plusieurs agences du système des Nations unies au Sénégal, chacune spécialisée dans un domaine et essayant d’apporter son soutien aux populations.

Propos recueillis par Mamadou GUEYE

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Tournée économique du chef de l’Etat : Satisfecit des acteurs économiques

Dans le cadre du volet 3 du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc), onze moulins à mil ont été octroyés aux femmes de la commune de Keur Baka dans la région de Kaolack. Du matériel destiné à l’allégement des travaux ménagers réparti entre 11 villages sur les 28 sélectionnés dans le programme précité.

Les femmes de 11 villages de la commune de Keur Baka, une localité située à une vingtaine de kilomètres de Kaolack affichent le sourire. Elles disposent, depuis le mercredi 9 novembre 2016, de onze moulins à mil pour alléger les travaux ménagers. Des équipements offerts par le Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC). La cérémonie de réception et de distribution de ces équipements a eu pour cadre l’hôtel communautaire.

Le maire s’est réjoui de l’arrivée de ce matériel dans sa circonscription. «Ces moulins constituent un soulagement pour les femmes dans l’exécution de certaines tâches ménagères », s’est félicité Mamadou Bâ par ailleurs conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de santé. Selon lui, la réception de ce premier lot d’équipements sera suivie d’autres. «L’année prochaine, dix huit autres moulins à mil seront réceptionnés pour compléter la liste des 18 villages restants», a annoncé l’édile. Vingt neuf villages sur la soixantaine que compte la commune ont été sélectionnés par le Programme d’urgence de développement communautaire(PUDC) pour bénéficier des équipements post-récoltes. «C’est le Pudc qui a mis à notre disposition les moulins et la liste des villages retenus dans la commune », a précisé le maire de Keur Baka, pour écarter tout parti pris de sa part dans le choix des localités bénéficiaires. Ces équipements remis aux chefs de village et aux responsables des comités de gestion seront dans un premier temps logés dans des abris construits à cet effet, en attendant la formation par le Pudc des conducteurs de ces machines qui vont alléger le travail des femmes bénéficiaires confrontées au quotidien aux dures tâches domestiques. Le 19 octobre 2016, le chef de l’Etat avait procédé, à Kaolack, en marge de sa tournée économique à vocation agricole au centre et à l’est du pays à la réception de près de 2000 équipements destinés à l’allégement des travaux ménagers et à la transformation des produits locaux. La commune de Keur Baka, dans le département de Kaolack, qui est constituée de 60 villages pour près de 25 000 habitants, a bénéficié de 11 moulins à mil offerts par le Pudc.
ELIMANE FALL


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Le volet électrification rurale du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) a été lancé, le 19 octobre 2016, à Dialacoro. Dans la première phase, 406 villages seront électrifiés.

Situé dans la commune de Malème Niani, à 5 Km de Tambacounda, le Programme d’urgence de développement communautaire vient de réaliser le raccordement électrique du village de Dialacoro au réseau moyenne tension de la Senelec. Le président Macky Sall, en tournée économique à vocation agricole dans la région, avait allumé la première lampe. Ce village distant de 100 mètres du réseau de la Senelec ne disposait pas courant électrique. Avec ce raccordement, plus de 1.500 habitants peuvent désormais accéder au courant. Le lancement officiel du volet électrification rurale du Programme d’urgence de développement communautaire permettra de raccorder 37 villages dans la région de Tambacounda au réseau de moyenne tension. Il est aussi retenu d’électrifier 57 villages par l’installation de mini-centrales hybrides de 15,30 et 50 KV. Au total, dans la région de Tambacounda, 94 villages seront électrifiés et 3 villages multi-forages seront alimentés par le courant électrique sur un linéaire de 188 kilomètres. Au moins 6.110 abonnés pourront être raccordés au réseau en plus des établissements scolaires et autres infrastructures publiques. Le Programme d’urgence de développement communautaire prévoit, dans sa première phase, 406 villages sur un linéaire de 2 400 km de réseau moyenne tension, 1 400 km de basse tension à installer, 142 centrales solaires photovoltaïques à construire, 251 kits solaires individuels et 57 lampadaires solaires à installer et 28.000 installations intérieures à effectuer. 24.900 poteaux métalliques sont déjà produits. Les contrats pour le contrôle et la certification des travaux de construction de réseaux (moyenne et basse tension) sont signés et en cours d’exécution.

Macky Sall tresse des lauriers au Pudc
Macky Sall ne tarit pas d’éloges sur le Programme d’urgence de développement communautaire. « Le pays n’a jamais travaillé au rythme du Pudc y compris mes précédents gouvernements parce que nous venons de trouver une formule qui nous permet d’accélérer la cadence », a déclaré le chef de l’Etat, lors de l’inauguration du forage de Saré Bamol. A Kaolack, le président Sall a remercié le Pnud, agence chargé de l’exécution de ce programme. « Je voudrais, ici, à Kaolack, remercier le Programme des Nations unis pour le développement (Pnud) qui nous a accompagné dans la mise en œuvre alors que nous étions à la phase de conception. S’il y avait une distinction à accorder en matière de gestion de projet, de bonne exécution, de bonnes pratiques et d’excellent projet, on l’aurait sans conteste décernée au Pudc, qui est un modèle de ce que nous devons faire sur l’ensemble des activités de l’Etat », a déclaré le président Sall. Il a indiqué que le succès enregistré avec le Pudc s’explique par l’expertise du Pnud. Plus d’un an après son lancement officiel par le chef de l’Etat, à Diamniadio, le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) imprime sa marque dans le monde rural grâce à la réalisation de forages, de pistes de production ou à la distribution à un rythme soutenu de matériel post production.

Dans le domaine de l’hydraulique rurale, 68 châteaux d’eau ont été construits, 89 sont en chantier ; 157 forages sont réalisés et 81 sont en cours ; 49 systèmes d’alimentation en eau dont 17 systèmes en Alimentation Eau Multi-Villages et 32 marteaux fond trou équipés au solaire mis en service dans les régions de Matam, Louga, Kaffrine, Kaolack, Tambacounda et Kédougou ; 182 abreuvoirs réalisés sur un total de 346 ; 1.033 bornes fontaines construites sur un total de 1.744. Le succès de ce programme s’explique par le fait que ses responsables sont « intransigeants » sur les délais. En effet, à chaque entreprise attributaire de marché, un délai de réalisation a été fixé et un suivi régulier est assuré pour prévenir ou circonscrire d'éventuels problèmes, au regard du caractère urgent du programme. Le nombre d'abreuvoirs réalisés par système est fonction de l'estimation du cheptel. Le volet hydraulique du Pudc couvre 10 régions du Sénégal et il a été demandé aux entreprises de démarrer les travaux dans les zones difficiles d'accès en hivernage même si les responsables de ce volet ont veillé à une répartition assez homogène des systèmes à travers les régions couvertes.

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Tournée économique du chef de l’Etat : Satisfecit des acteurs économiques

Pour venir en aide aux producteurs de banane, le président Macky Sall a décidé de mettre à leur disposition 1,5 milliard de FCfa dès la prochaine campagne. « Une aubaine que nous tenons à saluer à sa juste valeur », a déclaré Mamadou Omar Sall. Il estime que ce concours financier permettra aux producteurs d’améliorer la production et de moderniser les infrastructures afin d’atteindre l’objectif de 50 000 tonnes de banane à produire par an d’ici 2018 et combler le gap de 20 000 tonnes. « En plus de l’amélioration de la qualité de notre banane, il s’agira de mettre aussi l’accent sur les infrastructures », a déclaré M. Sall. Il s’est réjoui que l’Etat mette en œuvre une série de mesures pour accompagner la filière banane au Sénégal.

Plaidoyer pour un système d’irrigation plus performant
« C’est une joie immense car, depuis les indépendances, on n’a pas reçu un président de la République dans les plantations de banane pour voir ce que font les producteurs », a déclaré Mohamed Mangane, le responsable du projet Soleil international d’Ajaaf. Il estime que le geste du président de la République confirme l’engagement de l’Etat à faire de l’agriculture, notamment le sous-secteur de l’horticulture, le moteur du développement et de l’émergence au Sénégal.
 
M. Mangane a profité de l’occasion pour évoquer le problème de la gestion de l’eau dans les plantations et la modernisation des systèmes d’irrigation. « Cela permettra de rendre plus fonctionnelles les parcelles de production », a-t-il soutenu.
 
Le foncier : source de conflit
La problématique de l’accès à la terre reste aussi une des contraintes de la filière banane. Issa Mbengue, le président de l’Association des producteurs de la vallée de la Gambie, pense que le foncier est très souvent source de conflit dans les zones de production. C’est le cas dans le Gouloumbou et dans le Wassadou où depuis bientôt cinq ans, l’accès à la terre oppose les populations autochtones et certains producteurs de banane. Des dossiers ont atterri au tribunal suite à des altercations entre producteurs et propriétaires terriens. « Nous demandons aux autorités qu’elles règlent définitivement ce conflit qui n’a que trop duré et qui a fini d’hypothéquer tous nos espoirs », a déclaré Issa Mbengue. Il estime qu’il est temps que l’Etat règle le problème de la terre dans le Wassadou.
 
La banane bio : une niche à explorer
Selon les producteurs, la banane biologique fait partie des produits horticoles sur lesquels le Sénégal peut compter pour combler le déficit de production noté dans la filière et atteindre l’autosuffisance. Véritable niche aux côtés de la banane organique, elle génère par an des centaines de millions au profit des producteurs de Tambacounda. La banane biologique introduite au Sénégal depuis une dizaine d’années est en train de révolutionner la filière dans les plantations. « Nous faisons aujourd’hui environ 150 hectares de banane bio dans notre association », confie Michael Diédhiou de l’Association des producteurs de la vallée du fleuve Gambie (Aprovag), lors de la visite du ministre de l’agriculture et de l’Equipement rural, Papa Abdoulaye Seck, à Tambacounda. Il était en suivi de campagne agricole.
 
La culture de la banane bio est devenue une réalité dans les plantations de la région de Tambacounda. « Notre association a accès son développement sur la banane biologique car il a un potentiel énorme et offre des revenus substantiels aux producteurs », a soutenu Issa Mbengue. Il estime que l’Etat doit miser davantage sur les subventions allouées à la filière banane en termes de fourniture d’engrais biologiques et d’intrants pour améliorer la qualité de la banane sénégalaise. « L’Aprovag a trois stations de conditionnement mais cela ne suffit pas », a-t-il indiqué. Ces producteurs estiment que la banane biologique doit être une option pour doper les exportations horticoles sénégalaises et contribuer à satisfaire les besoins du marché local. En dépit des efforts de production, le Sénégal continue d’importer par an environ 17 000 tonnes de bananes.

Par Pape Demba Sidibé et S.P.SADIO


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Le défi de l’Ofor aujourd’hui, c’est de servir de l’eau de qualité tout en la rapprochant des populations rurales. Selon son directeur Lansana Gagny Sakho, sur un horizon d’un an, le Sénégal n’aura plus besoin de construire d’infrastructures hydrauliques. Le focus doit plutôt être mis sur la qualité et l’amélioration de l’accès. Il a annoncé d’importants programmes qui vont alléger les souffrances du monde rural.

Parlez-nous des programmes que vous déroulez dans les régions de Kaolack, Fatick, Kaffrine et Tambacounda ?
Dans l’ancienne région du Sine-Saloum, le chlore, le fluor et le sel posent des problèmes de qualité de l’eau. Le 1e juillet 2015, lors du Conseil des ministres, son Excellence le Président Macky Sall nous avait instruit de prendre toutes les dispositions pour que ce problème soit réglé dans les plus brefs délais. Nous sommes en train d’y travailler. C’est pourquoi d’ailleurs, dans le processus de mise en délégation de l’eau dans l’ensemble de la région du Sine Saloum, la priorité pour le délégataire va être de s’atteler à relever des défis précités. L’autre chose important dans les régions de Kaolack et Kaffrine c’est que dans le cadre d’un programme de 50 milliards de Fcfa, financé par Eximbank China exécuté par une entreprise chinoise, plus d’une vingtaine de forages vont être construits. Cela permettrait de régler définitivement le problème d’accès à l’eau potable dans la zone sans compter les forages du Programme d’Urgence de Développement Communautaire (PUDC). Je pense que sur un horizon d’une année, nous n’aurons plus un problème d’accès à l’eau potable dans l’ancienne région du Sine Saloum. C’est la même chose pour la région de Tambacounda où des efforts importants sont faits par le gouvernement du Sénégal à travers le PEPAM-UE, financé par l’Union Européenne, le PUDC mais aussi le PUDC/I2AE qui est une initiative pour améliorer l’accès à l’eau potable. Si tous ces programmes sont exécutés, nous n’aurons plus un problème d’accès à l’eau dans ces régions.

Maintenant de défi de l’OFOR, c’est d’arriver à régler le problème de l’eau productive. Si nous voulons fixer les populations et créer des activités génératrices de revenus. Des investissements très importants ont été faits dans ces zones. Il faut passer à une seconde phase qui consiste à régler définitivement ce problème de l’eau productive. Nous sommes en train d’y travailler. Mais pour le réussir, il faut aussi trouver une solution à la problématique du prix pour avoir une agriculture et un élevage compétitifs.

Pour la zone spécifique de Tambacounda qui est caractérisée par la rareté de l’eau, l’option prise par le ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement, c’est d’aller dans une logique de transfert qui permet à des villages qui n’ont jamais eu l’eau depuis les indépendances de l’avoir. C’est le cas du village d’Aïnou Mady qui est une cité religieuse. C’est un financement de 3 milliards de Fcfa de la Banque Mondiale qui a permis de trouver une solution pour ces populations. Ce qui a été fait ces deux dernières années dans cette région du Sénégal oriental mais aussi dans les régions de Fatick, Kaolack, Kaffrine, est une première au Sénégal. Nous n’avons plus le défi de construction d’ouvrages hydrauliques parce que d’ici à un an, ce problème sera réglé. Il restera à relever le défi de l’exploitation. Nous avons anticipé et continuons de le faire à travers des délégations de service public que nous allons continuer de mettre en place.

Récemment vous avez mobilisé des fonds aux Etats-Unis, est ce qu’une marque de confiance par rapport au travail que vous êtes en train de faire avec le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement ?
Je pense que c’est une marque de confiance pour le ministère de l’Hydraulique. L’OFOR assure la maitrise d’ouvrage délégué. Ce financement est très important. Il permet de régler définitivement les problèmes d’eau dans les Iles de la Casamance y compris Kabrousse et Cap-Skiring où les populations ont un gros problème d’accès à l’eau. C’est vraiment une avancée significative. Ce financement de la BADEA vient en complément d’un financement qui a été fait dans les Iles du Sine-Saloum où il y a un énorme problème d’accès à l’eau potable. Ce problème sera réglé sur un horizon de 12 mois. La démarche est assez globale. Même dans la logique de modernisation des cités religieuses, il y a un programme très important qui consiste à installer une unité de potabilisation à Médina Gounass. C’est une vieille doléance qui a été satisfaite cette année. Les études vont commencer cette semaine. Cette unité permettra de traiter de l’eau prise depuis le fleuve Gambie pour la rendre potable afin de satisfaire les populations. Cela correspond à la vision du Ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement d’aller dans une logique de transfert. C’est ce qui permet de régler sur le moyen et le long terme, les problèmes d’accès à l’eau.

Il y a aussi un programme de 250 forages que vous aviez annoncé. Où en êtes-vous ?
C’est un projet très important. Nous allons faire 251 forages sur 20 mois. Ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire du Sénégal. Les contrats vont être signés bientôt et les travaux vont démarrés. Cela devrait en principe commencer le 1e décembre 2016, il y a des réglages que nous sommes en train de faire. C’est un programme d’une envergure que le Sénégal n’a jamais connu. Il traduit le souci du Président de la République de régler les fondamentaux dans le monde rural.

Le besoin primaire des gens c’est d’avoir de l’eau et de l’électricité. Le Président de la République a très bien compris cela. Je pense qu’après ce programme il y aura plus besoin de faire un autre forage au Sénégal. Il faut travailler dans l’exploitation, la qualité, et surtout l’amélioration de l’accès. Selon notre vision, l’accès à l’eau n’a d’autre signification qu’un foyer, un point d’eau potable.

Est-ce qu’aujourd’hui le monde rural a compris l’importance de la délégation du service public de l’eau?
Il y a toujours des doutes chez les populations. Les gens font toujours le parallèle secteur privé-augmentation de prix. Mais ce qu’il faut comprendre c’est que ces délégations de service public de l’eau sont bien encadrées. Le prix n’est pas fixé par le délégataire, mais par l’Etat du Sénégal. La preuve dans la première délégation que nous avons mise en place, nous avons baissé le prix de l’eau. L’autre chose important, c’est la qualité. Nous sommes aujourd’hui dans les Objectifs de Développement Durable(ODD) qui ne souffrent d’aucun doute en termes d’indicateur. L’objectif 6 est très précis sur la qualité de l’eau. Il faut que l’eau soit potable, l’exploitation se fasse dans des normes de sécurité et d’hygiène. Mais il faut aussi que le point de vente soit proche des populations. La personne ne doit pas faire 30mn aller-retour pour trouver de l’eau. Nous sommes donc obligés d’aller vers des délégations de service public. Elles ne sont pas au service de l’Etat, mais au service des populations du monde rural. On ne doit plus laisser les gens prendre de l’eau dont on n’est pas sûr de la potabilité. La délégation de service public va nous régler toutes ces choses. Encore une fois, délégation de service ne signifie pas augmentation de prix.

Est-ce qu’avec tous ces ouvrages que vous avez annoncés, on peut espérer s’approcher du Taux universel de couverture dans le monde rural?
Ce qui est certain, c’est que nous n’allons plus besoin de construire d’ouvrages hydrauliques. Nous devons plutôt travailler dans l’optimisation des outils de production. Mais avoir un point d’eau dans chaque foyer, si c’est ça la couverture universelle, ça va demander beaucoup plus de temps. Par contre, ce dont on est sûr c’est qu’on ne donnera plus aux gens de l’eau qui ne soit pas potable.

Est-ce qu’il y a un programme spécifique pour les foyers religieux ?
Oui dans le cadre de la modernisation des villes religieuses, son Excellence le Président Macky a instruit le Ministère de l’Hydraulique de de l’Assainissement d’accompagner le processus. C’est pourquoi à Médina Gounass, nous avons ce programme important. Nous allons passer après Ndiassane. Nous sommes en ce moment en train de travailler à Taïba Niassène. Mais il faut aussi se dire les choses.

Quels sont vos axes prioritaires au delà des programmes que vous déroulez ?
Nous en avons trois : la qualité, la qualité et la proximité du point d’eau avec les populations. Dans le monde rural, il est courant de voir des femmes faire 10 km par jour pour aller chercher de l’eau en compagnie des enfants. Ces images doivent disparaitre de l’environnement hydraulique du Sénégal pour permettre à ces dernières de faire des activités génératrices de revenus et aux enfants d’aller à l’école. Vous ne voyez presque plus de bornes fontaines à Dakar. Il faut qu’on arrive à cette situation dans le monde rural. A chaque fois que je vois une borne fontaine où une femme qui a son seau sur la tête pour aller chercher de l’eau, je me dis que nous n’avons pas encore atteint notre objectif stratégique.

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Tournée économique du chef de l’Etat : Satisfecit des acteurs économiques

Cette année, la mécanisation a sauvé la région de Tambacounda. Du retard accusé dans le démarrage des pluies, se sont ajouté des pauses pluviométriques qui ont imposé des temps courts pour l’emblavement. Les semis sont allés jusqu’à la deuxième décade du mois d’août. La réussite de cette campagne est due à la mécanisation. En sept jours, du 21 au 27 juillet, d’importantes surfaces ont été emblavées. La région de Tambacounda a obtenu 17 tracteurs sur un quota de 30, en plus des engins de la Sodefitex et de la Saed. 13 sont en place. En plus de 4600 unités mises en place par l’Etat, les projets et programmes. La distribution a obéi à un équilibre entre producteurs agrobusiness et les différentes zones. L’accent est mis sur l’entretien car tous les conducteurs sont formés en entretien et réparation. C’est le cas aussi du technicien de la Sodefitex qui s’est rendu au Brésil et qui peut être sollicité comme les techniciens de l’Agripro, le concessionnaire dont la garantie court deux ans.

Barro Watt, le président régional des riziculteurs a reçu deux tracteurs pour les producteurs de la vallée de Gouloumbo. Une dotation destinées à accompagner le Pogramme d’accélération de l’agriculture pour l’atteinte de l’autosuffisance en riz. Depuis que les partenaires taiwanais ont quitté cette zone, les productions ont chuté car l’essentiel du travail se faisait à la force des bras. Après chaque pluie, c’est la course contre la montre. Le travail effectué en 10 jours par les producteurs, est réalisé en une journée par les tracteurs. Cette année 480 hectares de riz sont emblavés. Le tracteur a permis, souligne Barro Watt, aux producteurs de doubler voire multiplier par quatre les superficies emblavées. Il a été acquis grâce au programme de la petite irrigation locale (Papil) et l’autre qui vient de boucler sa première campagne a été subventionné par l’Etat. Avant leur mise en service, les conducteurs ont subi une formation portant sur la conduite et l’entretien. Les engins sont sous garantie pendant deux ans. En cas de panne, le concessionnaire peut-être sollicité, souligne le président régional des riziculteurs après avoir informé le Directeur régional du développement rural.

Samba Ndao Tall, le directeur régional du développement rural dit constater une nette amélioration dans le travail grâce à la mécanisation dans la région. « L’année passée, nous avons travaillé avec un tracteur mis en place par le Papil. Cette année, l’Etat a mis en place un lot de 17 dont 12 ont été livrés aux bénéficiaires du programme maïs et 4 sont passés par la Sodefitex à travers leur offre de services », indique M. Tall. Ces tracteurs ont changé le visage de la campagne agricole. En plus de ces tracteurs, la région a bénéficié de 4600 unités mises en place ces deux dernières années par les projets et programmes de l’Etat. Il s’agit de petits matériels attelés distribués par le ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural. Des équipements d’une grande utilité dans le déroulement de la campagne agricole de cette année.

Contrat de performance
« Cette année, nous avons traversé un hivernage difficile. Au début, on a accusé deux semaines de retard. Ceux qui ont profité des premiers semis, du 24 juin, ne sont pas nombreux. Ensuite, il y a eu un deuxième départ pour le 21 juillet, la limite de la période propice pour les semis. Entre le 24 juin et le 21 juillet, il y a eu des pluies faibles mais nécessaires pour entretenir les premiers semis. La deuxième vague est arrivée tardivement le 21 juillet. Après quelques jours de pluie, il y a eu encore une pause. Les agriculteurs n’avaient que sept jours pour faire le deuxième semis. Fort heureusement, les tracteurs sont entrés dans la danse. Cette capacité de mécanisation a permis d’emblaver rapidement des surfaces qui ont dépassé les emblavures de l’année dernière, notamment pour le maïs, le riz et le sésame », explique Samba Ndao Tall, le directeur régional du développement rural. « Si la région de Tambacounda n’avait pas acquis cet important lot de tracteurs, cela allait être une campagne agricole catastrophique », a ajouté M. Tall. Grâce à la mécanisation, beaucoup de producteurs qui entretenaient des champs de 2 hectares, ont pu emblaver de vastes champs de 20 à 40 hectares. « La demande a été forte et même des engagements n’ont pas pu être honorés car les tracteurs qui étaient disséminés dans la région ne pouvaient répondre aux nombreuses sollicitations. Aujourd’hui, ceux qui disposent d’un tracteur, ont vu l’intérêt de formuler une demande pour en avoir d’autres », indique Samba Ndao Tall, le directeur régional du développement rural. Ce qui est impossible, selon M. Tall, expliquant que dans la politique de distribution de ces engins, l’Etat tient compte de l’équité dans la répartition.

Tous les bénéficiaires des tracteurs ont signé un contrat de performance qu’ils sont tenus de respecter. Cet encadrement les empêche de faire ce qu’ils veulent. Pour l’entretien, les bénéficiaires des tracteurs ont suivi une formation en conduite et entretien des tracteurs. « Lors de la formation, précise M.Tall, on a insisté sur la nécessité d’un bon entretien. Les engins doivent avoir une durée de vie normale. Ceux qui ont la charge de ces tracteurs sont conscients de cet état de fait car ils ont été bien sensibilisés ».

En plus de la formation, la sensibilisation continue sur le terrain. Ces engins subventionnés par l’Etat sont rétrocédés à 12 millions de FCfa. Certains ont contracté des prêts pour acheter ces tracteurs. La société qui est chargée de la mise en place de ces tracteurs sous garantie pendant deux ans, la société Agripro, fournira aussi les pièces de rechange. « Chaque fois qu’une difficulté est signalée, le problème sera vite réglé. A la Sodefitex, il y a un technicien qui a séjourné au Brésil où ces engins sont fabriqués. Il s’est spécialisé en entretien et en réparation. Au besoin, il peut être sollicité pour les engins distribués dans les autres région », indique Samba Ndao Tall.

Pape Demba SIDIBE

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Tournée économique du chef de l’Etat : Satisfecit des acteurs économiques

La commune de Nguinté Kaye, dans le département de Nioro, a réceptionné, ce weekend, 10 moulins à mil offerts par le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc). 10 villages seront électrifiés et des pistes rurales seront réalisées dans la zone.

Les populations de la commune de Nguinté Kaye, dans le département de Nioro, et leurs élus, doivent une fière chandelle au Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc). Cette initiative gouvernementale a permis à la circonscription de se doter d’un lot d’équipements pour l’allégement des travaux des femmes. Une cérémonie de réception de 10 moulins à mil s’est déroulée, vendredi dernier, à l’hôtel communautaire sous la présidence du maire Momath Ndaw. «Nous avons obtenu, du Pudc, dans son volet consacré à l’allégement des travaux ménagers, 10 moulins à mil pour les femmes de la commune. Nous avons réuni les chefs de villages concernés et les membres des comités de gestion ainsi que les groupements de femmes pour réceptionner le matériel et procéder à sa répartition, en attendant les lots complémentaires pour les localités restantes», a indiqué l’édile de la collectivité territoriale en marge de la cérémonie. Une occasion pour le premier magistrat de Nguinté Kaye de décliner les nombreuses réalisations à l’actif de ce programme dans sa circonscription. « Le Pudc a réalisé l’électrification de 10 villages dans la commune, 2 forages et va construire la piste rurale Ndoffane-Nguinté Kaye en plus du matériel alloué aux Groupements de promotion féminine. Nous pouvons considérer que ce projet du gouvernement du Sénégal est du pain béni », s’est réjoui Momath Ndaw. La cérémonie de réception et de distribution de ces équipements a coïncidé avec la fin de la formation technique en fabrication de savons et d’eau de javel des femmes de la commune, en partenariat avec la Chambre de commerce d’industrie et d’agriculture de Kaolack (Cciak). Une coopération qui a permis de renforcer 75 femmes en entreprenariat. La commune de Nguinté Kaye, située dans le département de Nioro, est constituée de 39 villages pour 23500 habitants. Elle est dirigée, depuis juillet 2014, par Momath Ndaw, un haut cadre du ministère de l’Economie, des Finances et du Plan, par ailleurs responsable local de l’Alliance pour la République (Apr), le parti au pouvoir.

Elimane FALL

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Tournée économique du chef de l’Etat : Satisfecit des acteurs économiques

 

Le président de la République a effectué une tournée économique à vocation agricole de 3 jours dans le centre du pays, précisément dans les régions de Kaffrine et de Kaolack. Une démarche plébiscitée par les acteurs économiques de la zone qui y voient une motivation supplémentaire pour atteindre les objectifs d’autosuffisance alimentaire et de développement économique et social des zones rurales.

La vision du président de la République réitérée lors de sa dernière tournée économique à vocation agricole au centre du pays, d’une gestion concertée du secteur de l’agriculture, a trouvé un écho favorable chez les principaux acteurs économiques de Kaolack. Deux jours après son départ, l’empreinte laissée par la démarche présidentielle suscite des commentaires élogieux. Le Directeur régional du développement rural (Drdr) est le premier à annoncer la couleur. « Nous sommes très satisfait. Quand on fait un travail, on voudrait que nos supérieurs viennent voir sur le terrain ce que nous faisons. Et quand il s’agit du président de la République, cela va au-delà du supérieur car il s’agit de l’autorité qui a instruit cette politique d’appui aux producteurs sur les semences, les engrais et le matériel agricole. Si elle (l’autorité) vient voir l’exécution, cela nous encourage. C’est une visite pour encourager ceux qui appliquent cette politique agricole en vue du développement agricole de notre pays», a déclaré Pierre Diouf, le directeur du développement rural de la région de Kaolack. Une appréciation qu’il partage avec son homologue de la région de Kaffrine. « C’est un encouragement aux producteurs pour booster la production dans les différents programmes déroulés dans la région de Kaffrine avec le Pracas et la culture pluviale du riz », a renchéri Omar Mbengue.

Les producteurs expriment, eux aussi, leur satisfaction. La visite de différents périmètres agricoles dans les régions de Kaffrine et de Kaolack, par le chef de l’Etat, semble les enchanter. Présidente de la puissante Fédération des producteurs de maïs du Saloum, Nimna NDIAYE a eu l’honneur d’accueillir le président Macky Sall dans les champs de son organisation à Taïba Niassène. « C’est une première qui nous réjouit parce que le président de la République s’est déplacé, en personne, pour voir, sur le terrain, ce que nous sommes en train de faire. Cela nous procure une grande fierté dans la mesure où c’est une forme de reconnaissance du travail que nous sommes en train de faire depuis plus d’une décennie dans la filière maïs», a-t-elle déclaré, émue au lendemain du passage de la délégation présidentielle sur les périmètres de la Fédération des producteurs de Maïs du Saloum (Fepromas) au premier jour de sa tournée économique à vocation agricole dans les régions centre. Chez les producteurs arachidiers, l’accroissement des surfaces emblavées traduit un attrait confirmé de cette culture de rente dans le bassin arachidier. «Il y a un changement de stratégie du gouvernement en termes d’appui direct à la production à travers l’accès à des semences certifiées et aux intrants ; des aides qui bénéficient directement aux producteurs non aux intermédiaires commerciaux avec des subventions sur le prix d’achat comme dans un passé récent. On ne peut que se féliciter de ce changement dont la mise en œuvre, ces deux dernières années, explique, en partie, les records de productions de la filière», indique Saliou Ndiaye, le président de l’Union nationale des producteurs semenciers du Sénégal (Unpss), lors de l’étape de Nawel, dans le département de Birkilane. Dans cette partie de la région de Kaffrine, les efforts du gouvernement sont matérialisés par le renouvellement du matériel agricole. «Nous avons reçu du matériel agricole motorisé dont 30 tracteurs. C’est un acquis important de la politique de modernisation du matériel agricole du gouvernement», a affirmé le directeur du développement rural de Kaffrine.

Le volet post-récolte, acté à travers la cérémonie de distribution du matériel d’allégement des travaux pour les femmes et la transformation des produits locaux présidée par le président de la République le mercredi 19 octobre 2016, à Kaolack, n’est pas en reste. De nouvelles perspectives pour l’émergence d’unités industrielles en milieu rural qui n’ont pas échappées aux acteurs locaux. «Aujourd’hui, pour ne prendre que l’arachide, la fane est devenue plus attractive que la graine elle-même. Permettre donc aux producteurs de donner une valeur ajoutée à leur récolte à travers des décortiqueuses ou des presse-à-huile est très intéressante sans compter qu’en allégeant la charge de travail, ce matériel permet, avec le gain de temps, d’augmenter substantiellement la productivité », a indiqué Pierre Faye, le Drdr de Kaolack.

La présidente de la Fepromas estime que cette dotation de matériels pour l’allégement des travaux des femmes et la transformation des produits locaux participe, à la valorisation du maïs. «En dépit de la croissance de la production, notre maïs avait du mal à trouver preneur sur le marché national. Les industriels de l’aviculture préférant importer le produit d’Argentine ou du Brésil. Ce matériel nous permettra une transformation sur place et une meilleure valorisation post-production », a assuré Nimna Diayté. De nouvelles opportunités sont soulignées par les élus locaux, enthousiastes de l’idée du développement de petites unités industrielles dans les campagnes. «Il y a une certaine cohérence dans l’approche du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) avec des pistes rurales pour désenclaver les communes, l’accès à l’électricité et enfin du matériel de transformation pour donner une plus value aux produits locaux. Cela va donner un contenu pratique à l’émergence économique prônée par le président Macky Sall  », a affirmé Jean Marie Marone, maire de la commune de Mbadakhoune, dans le département de Guinguinéo. La mise en place de quelque 1500 machines offertes aux Groupements de promotion féminine (Gpf) dans les régions administratives de Kaolack et Kaffrine du volet 3 du Pudc va créer une dynamique de transformation des produits agricoles, sans précédent au Sénégal. Cela fait dire au maire de Guinté Kaye, Momath Ndao, que ce programme a été taillé sur mesure pour accompagner la communalisation universelle, un des axes de l’acte 3 de la décentralisation au Sénégal.

Elimane FALL

NIMNA DIAYTE, PRESIDENTE DE LA FEPROMAS : « C’est une grande fierté d’accueillir le président Macky Sall »

Nimna NdiayePremiers hôtes du président de la République lors de sa tournée économique au centre et à l’est du pays, les membres de la Fédération des producteurs de maïs du Saloum (Fepromas) ont été en pleine lumière. A l’image de leur présidente Nimna Diayté qui a multiplié les interventions dans les plateaux de télévision et sur les ondes des radios. Une semaine après avoir été sur les feux de l’actualité, la native de Boubou Dème, dans l’arrondissement de Paos-Koto, revient sur cet accueil du président Macky Sall dans les périmètres agricoles de son organisation.

Le président de la République vous a fait l’honneur de visiter vos périmètres agricoles dans la commune de Taïba Niasssène. Comment avez-vous vécu ce moment ?
On était très contente parce qu’auparavant, on travaillait dans l’ombre, en fournissant beaucoup d’efforts sans avoir le sentiment d’avoir une certaine reconnaissance en retour. Avoir donc l’honneur et le privilège  d’accueillir le président de la République, c’est une grande fierté mais aussi un énorme défi pour notre organisation. Désormais, on ne sera plus regardé comme avant. Il y a une forme de reconnaissance de nos efforts par la plus haute autorité du pays. Cela nous place dans une posture de structure de référence au sein des organisations de producteurs. C’est une visite qui va nous conforter dans nos convictions que nous sommes sur la bonne voie dans notre combat de produire du maïs en qualité et en quantité et de trouver des débouchés à notre production. Il est évident qu’il y aura un avant et un après la visite du chef de l’Etat pour la Fepromas.

Quel impact aura cette visite du président de la République sur les activités de votre organisation ?
C’est sûr que cela aura un impact positif. Le président de la République est attaché à l’agriculture et quand il voit qu’une organisation s’est engagée à appliquer la politique qu’il a définie, il fera tout pour l’accompagner. C’est notre conviction. D’autant que des organisations comme la nôtre servent de support à la mise en œuvre des politiques gouvernementales. Nous sommes des partenaires stratégiques des pouvoirs publics. Au-delà des producteurs de maïs, ce sont tous les acteurs du secteur qui vont tirer profit de cette visite présidentielle. C’est toute l’agriculture régionale qui sera tirée vers l’avant après ce passage du chef de l’Etat dans les différents sites de la région de Kaolack.

Avez-vous exprimé vos préoccupations au président Macky Sall ?
Evidemment. On lui a dit que la culture du maïs avait certaines exigences en termes de semences certifiées et d’intrants de qualité sans oublier le matériel agricole comme les tracteurs et les semoirs. Le volet post-récolte n’est pas à négliger avec les égreneuses et les décortiqueuses. Avec les perspectives de bonnes récoltes, nous avons besoin davantage d’entrepôts pour stocker la production. S’agissant de la transformation, les besoins ne manquent pas avec les difficultés que nous rencontrons pour écouler la production. La transformation constitue une réelle alternative pour donner une valeur ajoutée à nos produits. Heureusement, pour ce dernier aspect, les responsables du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) avaient anticipé sur cette demande avec la distribution de matériels d’allégement des travaux des femmes et de transformation des produits locaux.

On sait que la filière maïs rencontre des difficultés pour l’écoulement sur le marché national. Quelle stratégie comptez-vous mettre en œuvre pour lever cette contrainte ?
La contractualisation est très importante. Si nous parvenons à convaincre les industriels de l’aviculture à faire jouer la préférence nationale, ce sera un pas de franchi. Il y a une question de patriotisme économique à faire prévaloir. Il ne suffit pas de se réfugier derrière le fait que le maïs argentin est moins cher, en occultant que derrière chaque producteur, ce sont des dizaines de personnes qui vivent de cette culture. Nous avons été reçus par le directeur du commerce pour trouver une solution pour préserver les intérêts de tous les producteurs de maïs du Sénégal.

Propos recueillis par Elimane FALL

FATOU BINTOU DJIBO, REPRESENTANT RESIDENT DU PNUD : « Le succès du Pudc est lié à plusieurs facteurs »

Fatou Bintou Djibo PnudLes félicitations du chef de l’Etat vont droit au cœur au représentant-résident du Programme des Nations unies pour le développement au Sénégal, agence d’exécution du programme d’urgence de développement communautaire. Dans cet entretien, Fatou Bintou Djibo explique le succès du Pudc, le partenariat avec le gouvernement du Sénégal.

En tant qu’agence d’exécution du Pudc, qu’est-ce que cela vous fait d’être félicitée par le chef de l’Etat pour la célérité et la qualité du travail ?
Les félicitations du président de la République nous donnent plus d’énergie pour continuer la tâche. Nous sommes ravis par ces mots d’encouragement et cela ne fait que booster le moral de l’équipe.

Qu’est-ce qui fait le succès du Pudc ?
Le succès du Pudc est lié à plusieurs facteurs. D’abord, il y a la planification. Une bonne planification permet d’organiser l’action à mener. Ensuite, il y a les procédures. Le Pnud travaille avec un certain nombre de procédures qui permettent de faire le travail en peu de temps avec la qualité nécessaire.

Sur le terrain, tout le monde peut voir la qualité des ouvrages. Sur ce point, le Pnud a un avantage comparatif pour faire ce travail avec des procédures rapides. Un autre élément de réussite, c’est le travail d’équipe. Le Pudc a bénéficié du travail d’équipe des techniciens du gouvernement, du Pudc et du Pnud. Ce travail d’équipe a donné des résultats satisfaisants. Ces trois éléments combinés ne pouvaient faire que la réussite du programme.

Comment s’est faite la coordination ?
J’ai supervisé personnellement ce programme, dès le premier jour, c’est-à-dire de la formulation jusqu’à la mise en œuvre. C’est un programme important, un programme présidentiel. C’est pourquoi, je l’ai suivi et m’assurer que le travail est bien fait. Nous avons eu des coordinations à plusieurs niveaux. A mon niveau, avec les équipes du Pnud et au niveau du gouvernement avec des groupes thématiques pilotés par les ministères techniques, la complémentarité a renforcé notre efficacité. Cette manière de travailler a beaucoup facilité la tâche et nous a permis d’atteindre ces résultats.

Quel est votre sentiment personnel en voyant la joie des populations ?
C’est cette joie qui nous anime. Notre engagement s’explique par cette volonté d’aider les populations à avoir de meilleures conditions de vie et de continuer à avoir de l’espoir en l’avenir. C’est tout cela le sens de notre action en tant que programme des Nations Unies pour le développement. Quand on enregistre ces résultats, on ne peut qu’être satisfait.

Comment se porte le partenariat entre le système des nations unies et le gouvernement du Sénégal ?
C’est un excellent partenariat. Aujourd’hui, le système des nations unies et le gouvernement sénégalais entretiennent de très bonnes relations. Nous sommes satisfaits de l’appui du gouvernement et du partenariat technique. Nous allons bénéficier, du gouvernement, d’un site à Diamniadio où tout le système des Nations Unies sera logé. Je remercie le gouvernement sénégalais d’avoir pris cette décision. Cela permet de regrouper tout le système à Diamniadio. Cela démontre l’excellent partenariat avec le gouvernement et la population sénégalaise. Nous sommes plusieurs agences du système des Nations unies au Sénégal, chacune spécialisée dans un domaine et essayant d’apporter son soutien aux populations.

Propos recueillis par Mamadou GUEYE

PUDC : 11 MOULINS À MIL OFFERTS AUX FEMMES DE KEUR BAKA...

Moulins PudcDans le cadre du volet 3 du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc), onze moulins à mil ont été octroyés aux femmes de la commune de Keur Baka dans la région de Kaolack. Du matériel destiné à l’allégement des travaux ménagers réparti entre 11 villages sur les 28 sélectionnés dans le programme précité.

Les femmes de 11 villages de la commune de Keur Baka, une localité située à une vingtaine de kilomètres de Kaolack affichent le sourire. Elles disposent, depuis le mercredi 9 novembre 2016, de onze moulins à mil pour alléger les travaux ménagers. Des équipements offerts par le Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC). La cérémonie de réception et de distribution de ces équipements a eu pour cadre l’hôtel communautaire.

Le maire s’est réjoui de l’arrivée de ce matériel dans sa circonscription. «Ces moulins constituent un soulagement pour les femmes dans l’exécution de certaines tâches ménagères », s’est félicité Mamadou Bâ par ailleurs conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de santé. Selon lui, la réception de ce premier lot d’équipements sera suivie d’autres. «L’année prochaine, dix huit autres moulins à mil seront réceptionnés pour compléter la liste des 18 villages restants», a annoncé l’édile. Vingt neuf villages sur la soixantaine que compte la commune ont été sélectionnés par le Programme d’urgence de développement communautaire(PUDC) pour bénéficier des équipements post-récoltes. «C’est le Pudc qui a mis à notre disposition les moulins et la liste des villages retenus dans la commune », a précisé le maire de Keur Baka, pour écarter tout parti pris de sa part dans le choix des localités bénéficiaires. Ces équipements remis aux chefs de village et aux responsables des comités de gestion seront dans un premier temps logés dans des abris construits à cet effet, en attendant la formation par le Pudc des conducteurs de ces machines qui vont alléger le travail des femmes bénéficiaires confrontées au quotidien aux dures tâches domestiques. Le 19 octobre 2016, le chef de l’Etat avait procédé, à Kaolack, en marge de sa tournée économique à vocation agricole au centre et à l’est du pays à la réception de près de 2000 équipements destinés à l’allégement des travaux ménagers et à la transformation des produits locaux. La commune de Keur Baka, dans le département de Kaolack, qui est constituée de 60 villages pour près de 25 000 habitants, a bénéficié de 11 moulins à mil offerts par le Pudc.

Elimane FALL

...406 villages à électrifier dans la 1ère phase

Visite village PudcLe volet électrification rurale du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) a été lancé, le 19 octobre 2016, à Dialacoro. Dans la première phase, 406 villages seront électrifiés.

Situé dans la commune de Malème Niani, à 5 Km de Tambacounda, le Programme d’urgence de développement communautaire vient de réaliser le raccordement électrique du village de Dialacoro au réseau moyenne tension de la Senelec. Le président Macky Sall, en tournée économique à vocation agricole dans la région, avait allumé la première lampe. Ce village distant de 100 mètres du réseau de la Senelec ne disposait pas courant électrique. Avec ce raccordement, plus de 1.500 habitants peuvent désormais accéder au courant. Le lancement officiel du volet électrification rurale du Programme d’urgence de développement communautaire permettra de raccorder 37 villages dans la région de Tambacounda au réseau de moyenne tension. Il est aussi retenu d’électrifier 57 villages par l’installation de mini-centrales hybrides de 15,30 et 50 KV. Au total, dans la région de Tambacounda, 94 villages seront électrifiés et 3 villages multi-forages seront alimentés par le courant électrique sur un linéaire de 188 kilomètres. Au moins 6.110 abonnés pourront être raccordés au réseau en plus des établissements scolaires et autres infrastructures publiques. Le Programme d’urgence de développement communautaire prévoit, dans sa première phase, 406 villages sur un linéaire de 2 400 km de réseau moyenne tension, 1 400 km de basse tension à installer, 142 centrales solaires photovoltaïques à construire, 251 kits solaires individuels et 57 lampadaires solaires à installer et 28.000 installations intérieures à effectuer. 24.900 poteaux métalliques sont déjà produits. Les contrats pour le contrôle et la certification des travaux de construction de réseaux (moyenne et basse tension) sont signés et en cours d’exécution.

MACKY SALL TRESSE DES LAURIERS AU PUDC

Macky Sall ne tarit pas d’éloges sur le Programme d’urgence de développement communautaire. « Le pays n’a jamais travaillé au rythme du Pudc y compris mes précédents gouvernements parce que nous venons de trouver une formule qui nous permet d’accélérer la cadence », a déclaré le chef de l’Etat, lors de l’inauguration du forage de Saré Bamol. A Kaolack, le président Sall a remercié le Pnud, agence chargé de l’exécution de ce programme. « Je voudrais, ici, à Kaolack, remercier le Programme des Nations unis pour le développement (Pnud) qui nous a accompagné dans la mise en œuvre alors que nous étions à la phase de conception. S’il y avait une distinction à accorder en matière de gestion de projet, de bonne exécution, de bonnes pratiques et d’excellent projet, on l’aurait sans conteste décernée au Pudc, qui est un modèle de ce que nous devons faire sur l’ensemble des activités de l’Etat », a déclaré le président Sall. Il a indiqué que le succès enregistré avec le Pudc s’explique par l’expertise du Pnud. Plus d’un an après son lancement officiel par le chef de l’Etat, à Diamniadio, le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) imprime sa marque dans le monde rural grâce à la réalisation de forages, de pistes de production ou à la distribution à un rythme soutenu de matériel post production.

Dans le domaine de l’hydraulique rurale, 68 châteaux d’eau ont été construits, 89 sont en chantier ; 157 forages sont réalisés et 81 sont en cours ; 49 systèmes d’alimentation en eau dont 17 systèmes en Alimentation Eau Multi-Villages et 32 marteaux fond trou équipés au solaire mis en service dans les régions de Matam, Louga, Kaffrine, Kaolack, Tambacounda et Kédougou ; 182 abreuvoirs réalisés sur un total de 346 ; 1.033 bornes fontaines construites sur un total de 1.744. Le succès de ce programme s’explique par le fait que ses responsables sont « intransigeants » sur les délais. En effet, à chaque entreprise attributaire de marché, un délai de réalisation a été fixé et un suivi régulier est assuré pour prévenir ou circonscrire d'éventuels problèmes, au regard du caractère urgent du programme. Le nombre d'abreuvoirs réalisés par système est fonction de l'estimation du cheptel. Le volet hydraulique du Pudc couvre 10 régions du Sénégal et il a été demandé aux entreprises de démarrer les travaux dans les zones difficiles d'accès en hivernage même si les responsables de ce volet ont veillé à une répartition assez homogène des systèmes à travers les régions couvertes.

BANANE : CES GOULOTS QUI ÉTRANGLENT LA FILIÈRE

Filière Banane PudcMalgré son potentiel, la filière banane au Sénégal est confrontée à d’énormes difficultés. On peut citer, entre autres, les inondations, les pertes post-récoltes et le déficit de production. Pour inverser cette tendance, des acteurs tirent la sonnette d’alarme et comptent profiter des fonds annoncés par le chef de l’Etat pour mieux positionner la banane sénégalaise sur le marché.

La récente visite que le président Macky Sall a effectuée dans les périmètres bananiers de la région de Tambacounda a été une occasion pour les acteurs de passer au crible les difficultés qui gangrènent cette filière au Sénégal. Avec une production de 24 750 tonnes par an, Mamadou Omar Sall du Collectif régional des producteurs de bananes de Tambacounda (Corprobat) estime que le développement de la filière banane au Sénégal doit passer par une maîtrise de certains facteurs tels que la gestion de l’eau et la modernisation des plantations dans les zones de production. Profitant de la visite du chef de l’Etat dans les plantations de banane, M. Sall a réitéré l’engagement des acteurs à œuvrer pour atteindre l’autosuffisance dans la filière d’ici à 2018. Il a toutefois déploré la récurrence des inondations dans les plantations de la région de Tambacounda, le déficit de matériel de conditionnement et de transport ainsi que la sempiternelle équation du transport. « Notre organisation, la Corprobat, est en train de travailler pour aider l’Etat à résoudre les problèmes qui bloquent l’envol de la banane sénégalaise », a déclaré Mamadou Omar Sall. Il rappelle que le Collectif régional des producteurs de banane de Tambacounda est une organisation faîtière qui a été mise en place depuis 2003 suite aux inondations qui avait endommagé plus de la moitié des plantations de banane à Tambacounda. A l’époque, les producteurs de banane s’étaient regroupés au sein du Collectif des sinistrés des producteurs de la vallée du fleuve Gambie (Cosprovag).

Une filière qui mérite attention
S’il y a une filière qui mérite plus d’attention de la part des autorités, c’est bien celle de la banane. Le potentiel est énorme malgré de réelles contraintes. Pourtant, les acteurs ambitionnent de doubler sa production en quatre ans. En effet, avec plus de 25% de la production annuelle de bananes qui pourrit sur les sites d’exploitation, le manque à gagner est énorme. Mais cet aspect n’est qu’une partie des nombreuses difficultés que traverse la filière au Sénégal. Selon le directeur national de l’Horticulture, le Dr Macoumba Diouf, la production annuelle de 30 000 tonnes qui représente 6,5 milliards de FCfa versés à près de 9000 producteurs cache ces manquements. Macoumba Diouf estime que même si le Sénégal produit près de 30 000 tonnes par an, le potentiel est loin d’être exploité. «Le conditionnement et la logistique constituent l’un des plus gros obstacles auxquels est confrontée la filière banane. Il faut des conteneurs appropriés pour acheminer le produit dans les marchés. Ce qui n’est pas le cas actuellement. En effet, les camions qui assurent le transport de ce produit n’assurent pas une bonne conservation. Conséquences, les pertes sont énormes et les producteurs sont obligés de répercuter les pertes sur les coûts », selon Macoumba Diouf.

A côté de la logistique, la banane fait face à une autre difficulté, celle liée à l’accès à l’eau. En effet, si l’on en croit Valentin Mbengue, président de l’Union des acteurs de la filière banane au Sénégal, la culture de la banane nécessite beaucoup d’eau. «Le système d’irrigation que nous avons ne permet pas une fourniture correcte. C’est pourquoi nous sommes obligés de faire recours à des systèmes rudimentaires et difficiles. Si aujourd’hui le Sénégal veut entrer en compétition avec la Côte d’Ivoire dans la production de banane, il lui faudra relever ce défi. La logistique est indispensable. Dès qu’on coupe la banane, elle a besoin d’être bien conservée, alors que tous ces outils font défaut », a-t-il déploré.

Macky agrobusinessLes vitro plants comme alternative
Outre la problématique des infrastructures de conditionnement et de stockage, la vétusté du matériel végétal reste une des difficultés qui entravent le développement de la filière banane au Sénégal. En effet, comme le soutiennent les techniciens de l’horticulture, le renouvellement du matériel végétal est devenu une surpriorité. Pour y parvenir, la direction de l’Horticulture a annoncé, dans le cadre du Programme national de développement de la filière banane, un projet important de renouvellement des plantations dans les zones de production. Environ 35% des superficies sont visés. Il s’agit, comme l’a souligné le directeur de l’Horticulture, le Dr Macoumba Diouf, d’introduire près d’un million de vitro plants dans les plantations du Sénégal. « L’adoption de nouvelles technologies est devenue une nécessité », selon le Dr Diouf. Il insiste sur l’engagement de la direction de l’Horticulture.

Une facture à l’importation de plus en plus salée
Cette dernière compte jouer sa partition dans l’accompagnement et le plaidoyer dans la mobilisation des ressources financières afin de promouvoir davantage la banane dans la production horticole du Sénégal et de contribuer à l’amélioration du label sénégalais sur le marché international. Le directeur de l’Horticulture est convaincu que le Sénégal dispose d’atouts importants pour doubler sa production de banane et améliorer la qualité de celle-ci telle que déclinée par la vision des autorités étatiques. Si la balance commerciale du Sénégal est toujours déficitaire, elle le doit en grande partie à l’importation de certains produits, notamment la banane. En 2013, selon les chiffres du ministère du Commerce, les importations ont été estimées à 17 066 tonnes pour environ 4 320 500 000 FCfa. La Côte d’Ivoire est le principal fournisseur du Sénégal. Une tendance à inverser, selon les acteurs de la filière. « Et pour rendre le Sénégal plus compétitif, il va falloir aussi relever le défi de la quantité, en augmentant la production qu’on fera des économies d’échelle avec une répercussion sur les prix », a estimé Moukhtar Lakh, secrétaire général du ministère du Commerce. «Il nous faut à tout prix doper cette filière ; ce qui contribuera inéluctablement à équilibrer notre balance commerciale », avait déclaré le Secrétaire général du ministère de l’Agriculture, Dogo Seck, au lancement du Programme national de développement de la banane sénégalaise.

1,5 milliard de FCfa pour combler un gap de 20 000 tonnes
Pour venir en aide aux producteurs de banane, le président Macky Sall a décidé de mettre à leur disposition 1,5 milliard de FCfa dès la prochaine campagne. « Une aubaine que nous tenons à saluer à sa juste valeur », a déclaré Mamadou Omar Sall. Il estime que ce concours financier permettra aux producteurs d’améliorer la production et de moderniser les infrastructures afin d’atteindre l’objectif de 50 000 tonnes de banane à produire par an d’ici 2018 et combler le gap de 20 000 tonnes. « En plus de l’amélioration de la qualité de notre banane, il s’agira de mettre aussi l’accent sur les infrastructures », a déclaré M. Sall. Il s’est réjoui que l’Etat mette en œuvre une série de mesures pour accompagner la filière banane au Sénégal.
 
Plaidoyer pour un système d’irrigation plus performant
« C’est une joie immense car, depuis les indépendances, on n’a pas reçu un président de la République dans les plantations de banane pour voir ce que font les producteurs », a déclaré Mohamed Mangane, le responsable du projet Soleil international d’Ajaaf. Il estime que le geste du président de la République confirme l’engagement de l’Etat à faire de l’agriculture, notamment le sous-secteur de l’horticulture, le moteur du développement et de l’émergence au Sénégal.
 
M. Mangane a profité de l’occasion pour évoquer le problème de la gestion de l’eau dans les plantations et la modernisation des systèmes d’irrigation. « Cela permettra de rendre plus fonctionnelles les parcelles de production », a-t-il soutenu.
 
Le foncier : source de conflit
La problématique de l’accès à la terre reste aussi une des contraintes de la filière banane. Issa Mbengue, le président de l’Association des producteurs de la vallée de la Gambie, pense que le foncier est très souvent source de conflit dans les zones de production. C’est le cas dans le Gouloumbou et dans le Wassadou où depuis bientôt cinq ans, l’accès à la terre oppose les populations autochtones et certains producteurs de banane. Des dossiers ont atterri au tribunal suite à des altercations entre producteurs et propriétaires terriens. « Nous demandons aux autorités qu’elles règlent définitivement ce conflit qui n’a que trop duré et qui a fini d’hypothéquer tous nos espoirs », a déclaré Issa Mbengue. Il estime qu’il est temps que l’Etat règle le problème de la terre dans le Wassadou.
 
La banane bio : une niche à explorer
Selon les producteurs, la banane biologique fait partie des produits horticoles sur lesquels le Sénégal peut compter pour combler le déficit de production noté dans la filière et atteindre l’autosuffisance. Véritable niche aux côtés de la banane organique, elle génère par an des centaines de millions au profit des producteurs de Tambacounda. La banane biologique introduite au Sénégal depuis une dizaine d’années est en train de révolutionner la filière dans les plantations. « Nous faisons aujourd’hui environ 150 hectares de banane bio dans notre association », confie Michael Diédhiou de l’Association des producteurs de la vallée du fleuve Gambie (Aprovag), lors de la visite du ministre de l’agriculture et de l’Equipement rural, Papa Abdoulaye Seck, à Tambacounda. Il était en suivi de campagne agricole.
 
La culture de la banane bio est devenue une réalité dans les plantations de la région de Tambacounda. « Notre association a accès son développement sur la banane biologique car il a un potentiel énorme et offre des revenus substantiels aux producteurs », a soutenu Issa Mbengue. Il estime que l’Etat doit miser davantage sur les subventions allouées à la filière banane en termes de fourniture d’engrais biologiques et d’intrants pour améliorer la qualité de la banane sénégalaise. « L’Aprovag a trois stations de conditionnement mais cela ne suffit pas », a-t-il indiqué. Ces producteurs estiment que la banane biologique doit être une option pour doper les exportations horticoles sénégalaises et contribuer à satisfaire les besoins du marché local. En dépit des efforts de production, le Sénégal continue d’importer par an environ 17 000 tonnes de bananes.

Par Pape Demba Sidibé et S.P.SADIO

LANSANA GAGNY SAKHO, DIRECTEUR GENERAL DE L’OFOR : « L’eau de qualité est de plus en plus accessible aux populations du monde rural »

Lansana Gagny Sakho OforLe défi de l’Ofor aujourd’hui, c’est de servir de l’eau de qualité tout en la rapprochant des populations rurales. Selon son directeur Lansana Gagny Sakho, sur un horizon d’un an, le Sénégal n’aura plus besoin de construire d’infrastructures hydrauliques. Le focus doit plutôt être mis sur la qualité et l’amélioration de l’accès. Il a annoncé d’importants programmes qui vont alléger les souffrances du monde rural.

Parlez-nous des programmes que vous déroulez dans les régions de Kaolack, Fatick, Kaffrine et Tambacounda ?
Dans l’ancienne région du Sine-Saloum, le chlore, le fluor et le sel posent des problèmes de qualité de l’eau. Le 1e juillet 2015, lors du Conseil des ministres, son Excellence le Président Macky Sall nous avait instruit de prendre toutes les dispositions pour que ce problème soit réglé dans les plus brefs délais. Nous sommes en train d’y travailler. C’est pourquoi d’ailleurs, dans le processus de mise en délégation de l’eau dans l’ensemble de la région du Sine Saloum, la priorité pour le délégataire va être de s’atteler à relever des défis précités. L’autre chose important dans les régions de Kaolack et Kaffrine c’est que dans le cadre d’un programme de 50 milliards de Fcfa, financé par Eximbank China exécuté par une entreprise chinoise, plus d’une vingtaine de forages vont être construits. Cela permettrait de régler définitivement le problème d’accès à l’eau potable dans la zone sans compter les forages du Programme d’Urgence de Développement Communautaire (PUDC). Je pense que sur un horizon d’une année, nous n’aurons plus un problème d’accès à l’eau potable dans l’ancienne région du Sine Saloum. C’est la même chose pour la région de Tambacounda où des efforts importants sont faits par le gouvernement du Sénégal à travers le PEPAM-UE, financé par l’Union Européenne, le PUDC mais aussi le PUDC/I2AE qui est une initiative pour améliorer l’accès à l’eau potable. Si tous ces programmes sont exécutés, nous n’aurons plus un problème d’accès à l’eau dans ces régions.

Maintenant de défi de l’OFOR, c’est d’arriver à régler le problème de l’eau productive. Si nous voulons fixer les populations et créer des activités génératrices de revenus. Des investissements très importants ont été faits dans ces zones. Il faut passer à une seconde phase qui consiste à régler définitivement ce problème de l’eau productive. Nous sommes en train d’y travailler. Mais pour le réussir, il faut aussi trouver une solution à la problématique du prix pour avoir une agriculture et un élevage compétitifs.

Pour la zone spécifique de Tambacounda qui est caractérisée par la rareté de l’eau, l’option prise par le ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement, c’est d’aller dans une logique de transfert qui permet à des villages qui n’ont jamais eu l’eau depuis les indépendances de l’avoir. C’est le cas du village d’Aïnou Mady qui est une cité religieuse. C’est un financement de 3 milliards de Fcfa de la Banque Mondiale qui a permis de trouver une solution pour ces populations. Ce qui a été fait ces deux dernières années dans cette région du Sénégal oriental mais aussi dans les régions de Fatick, Kaolack, Kaffrine, est une première au Sénégal. Nous n’avons plus le défi de construction d’ouvrages hydrauliques parce que d’ici à un an, ce problème sera réglé. Il restera à relever le défi de l’exploitation. Nous avons anticipé et continuons de le faire à travers des délégations de service public que nous allons continuer de mettre en place.

Récemment vous avez mobilisé des fonds aux Etats-Unis, est ce qu’une marque de confiance par rapport au travail que vous êtes en train de faire avec le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement ?
Je pense que c’est une marque de confiance pour le ministère de l’Hydraulique. L’OFOR assure la maitrise d’ouvrage délégué. Ce financement est très important. Il permet de régler définitivement les problèmes d’eau dans les Iles de la Casamance y compris Kabrousse et Cap-Skiring où les populations ont un gros problème d’accès à l’eau. C’est vraiment une avancée significative. Ce financement de la BADEA vient en complément d’un financement qui a été fait dans les Iles du Sine-Saloum où il y a un énorme problème d’accès à l’eau potable. Ce problème sera réglé sur un horizon de 12 mois. La démarche est assez globale. Même dans la logique de modernisation des cités religieuses, il y a un programme très important qui consiste à installer une unité de potabilisation à Médina Gounass. C’est une vieille doléance qui a été satisfaite cette année. Les études vont commencer cette semaine. Cette unité permettra de traiter de l’eau prise depuis le fleuve Gambie pour la rendre potable afin de satisfaire les populations. Cela correspond à la vision du Ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement d’aller dans une logique de transfert. C’est ce qui permet de régler sur le moyen et le long terme, les problèmes d’accès à l’eau.

Il y a aussi un programme de 250 forages que vous aviez annoncé. Où en êtes-vous ?
C’est un projet très important. Nous allons faire 251 forages sur 20 mois. Ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire du Sénégal. Les contrats vont être signés bientôt et les travaux vont démarrés. Cela devrait en principe commencer le 1e décembre 2016, il y a des réglages que nous sommes en train de faire. C’est un programme d’une envergure que le Sénégal n’a jamais connu. Il traduit le souci du Président de la République de régler les fondamentaux dans le monde rural.

Le besoin primaire des gens c’est d’avoir de l’eau et de l’électricité. Le Président de la République a très bien compris cela. Je pense qu’après ce programme il y aura plus besoin de faire un autre forage au Sénégal. Il faut travailler dans l’exploitation, la qualité, et surtout l’amélioration de l’accès. Selon notre vision, l’accès à l’eau n’a d’autre signification qu’un foyer, un point d’eau potable.

Est-ce qu’aujourd’hui le monde rural a compris l’importance de la délégation du service public de l’eau?
Il y a toujours des doutes chez les populations. Les gens font toujours le parallèle secteur privé-augmentation de prix. Mais ce qu’il faut comprendre c’est que ces délégations de service public de l’eau sont bien encadrées. Le prix n’est pas fixé par le délégataire, mais par l’Etat du Sénégal. La preuve dans la première délégation que nous avons mise en place, nous avons baissé le prix de l’eau. L’autre chose important, c’est la qualité. Nous sommes aujourd’hui dans les Objectifs de Développement Durable(ODD) qui ne souffrent d’aucun doute en termes d’indicateur. L’objectif 6 est très précis sur la qualité de l’eau. Il faut que l’eau soit potable, l’exploitation se fasse dans des normes de sécurité et d’hygiène. Mais il faut aussi que le point de vente soit proche des populations. La personne ne doit pas faire 30mn aller-retour pour trouver de l’eau. Nous sommes donc obligés d’aller vers des délégations de service public. Elles ne sont pas au service de l’Etat, mais au service des populations du monde rural. On ne doit plus laisser les gens prendre de l’eau dont on n’est pas sûr de la potabilité. La délégation de service public va nous régler toutes ces choses. Encore une fois, délégation de service ne signifie pas augmentation de prix.

Est-ce qu’avec tous ces ouvrages que vous avez annoncés, on peut espérer s’approcher du Taux universel de couverture dans le monde rural?
Ce qui est certain, c’est que nous n’allons plus besoin de construire d’ouvrages hydrauliques. Nous devons plutôt travailler dans l’optimisation des outils de production. Mais avoir un point d’eau dans chaque foyer, si c’est ça la couverture universelle, ça va demander beaucoup plus de temps. Par contre, ce dont on est sûr c’est qu’on ne donnera plus aux gens de l’eau qui ne soit pas potable.

Est-ce qu’il y a un programme spécifique pour les foyers religieux ?
Oui dans le cadre de la modernisation des villes religieuses, son Excellence le Président Macky a instruit le Ministère de l’Hydraulique de de l’Assainissement d’accompagner le processus. C’est pourquoi à Médina Gounass, nous avons ce programme important. Nous allons passer après Ndiassane. Nous sommes en ce moment en train de travailler à Taïba Niassène. Mais il faut aussi se dire les choses.

Quels sont vos axes prioritaires au delà des programmes que vous déroulez ?
Nous en avons trois : la qualité, la qualité et la proximité du point d’eau avec les populations. Dans le monde rural, il est courant de voir des femmes faire 10 km par jour pour aller chercher de l’eau en compagnie des enfants. Ces images doivent disparaitre de l’environnement hydraulique du Sénégal pour permettre à ces dernières de faire des activités génératrices de revenus et aux enfants d’aller à l’école. Vous ne voyez presque plus de bornes fontaines à Dakar. Il faut qu’on arrive à cette situation dans le monde rural. A chaque fois que je vois une borne fontaine où une femme qui a son seau sur la tête pour aller chercher de l’eau, je me dis que nous n’avons pas encore atteint notre objectif stratégique.

MECANISATION DE L’AGRICULTURE A TAMBACOUNDA : 17 tracteurs octroyés aux producteurs

Tracteurs PudcCette année, la mécanisation a sauvé la région de Tambacounda. Du retard accusé dans le démarrage des pluies, se sont ajouté des pauses pluviométriques qui ont imposé des temps courts pour l’emblavement. Les semis sont allés jusqu’à la deuxième décade du mois d’août. La réussite de cette campagne est due à la mécanisation. En sept jours, du 21 au 27 juillet, d’importantes surfaces ont été emblavées. La région de Tambacounda a obtenu 17 tracteurs sur un quota de 30, en plus des engins de la Sodefitex et de la Saed. 13 sont en place. En plus de 4600 unités mises en place par l’Etat, les projets et programmes. La distribution a obéi à un équilibre entre producteurs agrobusiness et les différentes zones. L’accent est mis sur l’entretien car tous les conducteurs sont formés en entretien et réparation. C’est le cas aussi du technicien de la Sodefitex qui s’est rendu au Brésil et qui peut être sollicité comme les techniciens de l’Agripro, le concessionnaire dont la garantie court deux ans.

Barro Watt, le président régional des riziculteurs a reçu deux tracteurs pour les producteurs de la vallée de Gouloumbo. Une dotation destinées à accompagner le Pogramme d’accélération de l’agriculture pour l’atteinte de l’autosuffisance en riz. Depuis que les partenaires taiwanais ont quitté cette zone, les productions ont chuté car l’essentiel du travail se faisait à la force des bras. Après chaque pluie, c’est la course contre la montre. Le travail effectué en 10 jours par les producteurs, est réalisé en une journée par les tracteurs. Cette année 480 hectares de riz sont emblavés. Le tracteur a permis, souligne Barro Watt, aux producteurs de doubler voire multiplier par quatre les superficies emblavées. Il a été acquis grâce au programme de la petite irrigation locale (Papil) et l’autre qui vient de boucler sa première campagne a été subventionné par l’Etat. Avant leur mise en service, les conducteurs ont subi une formation portant sur la conduite et l’entretien. Les engins sont sous garantie pendant deux ans. En cas de panne, le concessionnaire peut-être sollicité, souligne le président régional des riziculteurs après avoir informé le Directeur régional du développement rural.

Samba Ndao Tall, le directeur régional du développement rural dit constater une nette amélioration dans le travail grâce à la mécanisation dans la région. « L’année passée, nous avons travaillé avec un tracteur mis en place par le Papil. Cette année, l’Etat a mis en place un lot de 17 dont 12 ont été livrés aux bénéficiaires du programme maïs et 4 sont passés par la Sodefitex à travers leur offre de services », indique M. Tall. Ces tracteurs ont changé le visage de la campagne agricole. En plus de ces tracteurs, la région a bénéficié de 4600 unités mises en place ces deux dernières années par les projets et programmes de l’Etat. Il s’agit de petits matériels attelés distribués par le ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural. Des équipements d’une grande utilité dans le déroulement de la campagne agricole de cette année.

Contrat de performance
« Cette année, nous avons traversé un hivernage difficile. Au début, on a accusé deux semaines de retard. Ceux qui ont profité des premiers semis, du 24 juin, ne sont pas nombreux. Ensuite, il y a eu un deuxième départ pour le 21 juillet, la limite de la période propice pour les semis. Entre le 24 juin et le 21 juillet, il y a eu des pluies faibles mais nécessaires pour entretenir les premiers semis. La deuxième vague est arrivée tardivement le 21 juillet. Après quelques jours de pluie, il y a eu encore une pause. Les agriculteurs n’avaient que sept jours pour faire le deuxième semis. Fort heureusement, les tracteurs sont entrés dans la danse. Cette capacité de mécanisation a permis d’emblaver rapidement des surfaces qui ont dépassé les emblavures de l’année dernière, notamment pour le maïs, le riz et le sésame », explique Samba Ndao Tall, le directeur régional du développement rural. « Si la région de Tambacounda n’avait pas acquis cet important lot de tracteurs, cela allait être une campagne agricole catastrophique », a ajouté M. Tall. Grâce à la mécanisation, beaucoup de producteurs qui entretenaient des champs de 2 hectares, ont pu emblaver de vastes champs de 20 à 40 hectares. « La demande a été forte et même des engagements n’ont pas pu être honorés car les tracteurs qui étaient disséminés dans la région ne pouvaient répondre aux nombreuses sollicitations. Aujourd’hui, ceux qui disposent d’un tracteur, ont vu l’intérêt de formuler une demande pour en avoir d’autres », indique Samba Ndao Tall, le directeur régional du développement rural. Ce qui est impossible, selon M. Tall, expliquant que dans la politique de distribution de ces engins, l’Etat tient compte de l’équité dans la répartition.

Tous les bénéficiaires des tracteurs ont signé un contrat de performance qu’ils sont tenus de respecter. Cet encadrement les empêche de faire ce qu’ils veulent. Pour l’entretien, les bénéficiaires des tracteurs ont suivi une formation en conduite et entretien des tracteurs. « Lors de la formation, précise M.Tall, on a insisté sur la nécessité d’un bon entretien. Les engins doivent avoir une durée de vie normale. Ceux qui ont la charge de ces tracteurs sont conscients de cet état de fait car ils ont été bien sensibilisés ».

En plus de la formation, la sensibilisation continue sur le terrain. Ces engins subventionnés par l’Etat sont rétrocédés à 12 millions de FCfa. Certains ont contracté des prêts pour acheter ces tracteurs. La société qui est chargée de la mise en place de ces tracteurs sous garantie pendant deux ans, la société Agripro, fournira aussi les pièces de rechange. « Chaque fois qu’une difficulté est signalée, le problème sera vite réglé. A la Sodefitex, il y a un technicien qui a séjourné au Brésil où ces engins sont fabriqués. Il s’est spécialisé en entretien et en réparation. Au besoin, il peut être sollicité pour les engins distribués dans les autres région », indique Samba Ndao Tall.

Pape Demba SIDIBE

PUDC : LA COMMUNE DE NGUINTÉ KAYE RÉCEPTIONNE 10 MOULINS À MIL

Nguinté moulins PudcLa commune de Nguinté Kaye, dans le département de Nioro, a réceptionné, ce weekend, 10 moulins à mil offerts par le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc). 10 villages seront électrifiés et des pistes rurales seront réalisées dans la zone.

Les populations de la commune de Nguinté Kaye, dans le département de Nioro, et leurs élus, doivent une fière chandelle au Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc). Cette initiative gouvernementale a permis à la circonscription de se doter d’un lot d’équipements pour l’allégement des travaux des femmes. Une cérémonie de réception de 10 moulins à mil s’est déroulée, vendredi dernier, à l’hôtel communautaire sous la présidence du maire Momath Ndaw. «Nous avons obtenu, du Pudc, dans son volet consacré à l’allégement des travaux ménagers, 10 moulins à mil pour les femmes de la commune. Nous avons réuni les chefs de villages concernés et les membres des comités de gestion ainsi que les groupements de femmes pour réceptionner le matériel et procéder à sa répartition, en attendant les lots complémentaires pour les localités restantes», a indiqué l’édile de la collectivité territoriale en marge de la cérémonie. Une occasion pour le premier magistrat de Nguinté Kaye de décliner les nombreuses réalisations à l’actif de ce programme dans sa circonscription. « Le Pudc a réalisé l’électrification de 10 villages dans la commune, 2 forages et va construire la piste rurale Ndoffane-Nguinté Kaye en plus du matériel alloué aux Groupements de promotion féminine. Nous pouvons considérer que ce projet du gouvernement du Sénégal est du pain béni », s’est réjoui Momath Ndaw. La cérémonie de réception et de distribution de ces équipements a coïncidé avec la fin de la formation technique en fabrication de savons et d’eau de javel des femmes de la commune, en partenariat avec la Chambre de commerce d’industrie et d’agriculture de Kaolack (Cciak). Une coopération qui a permis de renforcer 75 femmes en entreprenariat. La commune de Nguinté Kaye, située dans le département de Nioro, est constituée de 39 villages pour 23500 habitants. Elle est dirigée, depuis juillet 2014, par Momath Ndaw, un haut cadre du ministère de l’Economie, des Finances et du Plan, par ailleurs responsable local de l’Alliance pour la République (Apr), le parti au pouvoir.

Elimane FALL

 

Même si l’école publique est gratuite, il est demandé aux élèves et aux parents de débourser de l’argent pour les frais d’inscription. Cette somme sert souvent à assurer les dépenses de fonctionnement des établissements scolaires.

Parent d’élève à l’école primaire de Hann-Yarakh, Pape Alioune Diallo a reçu tout juste après la rentrée une fiche détaillée des dépenses pour l’année scolaire. La fiche dont nous avons eu copie explique la participation des parents pour le fonctionnement de l’école. On y trouve des dépenses liées à l’entretien des toilettes, la réparation des tables-bancs, l’entretien de la plomberie, de l’électricité, entre autres. Des charges supportées par le Comité de gestion (Cg) de l’école qui a décidé ainsi de faire participer les parents d’élèves à raison de 5.000 FCfa pour les élèves du Cours d’initiation (Ci) et du Cours moyen 2ème année (Cm2) et 3.500 FCfa par les élèves des autres classes. « Il y a beaucoup de dépenses pour ces deux classes », justifie Mamadou Diop, président du Comité de gestion de l’école primaire El hadji Mamadou Mbathie de Hann-Yarakh.

Ces cotisations ou frais d’inscription, « même s’ils sont justifiés », selon Pape Alioune Diallo, passent un peu mal pour lui. « Je viens d’acheter difficilement les fournitures de mes élèves, confie-t-il. Si on y ajoute encore des frais, cela va devenir difficile pour certains parents ».

Théoriquement, les inscriptions à l’école au Sénégal sont gratuites, surtout au niveau de l’élémentaire, comme le dit la Directrice de l’enseignement élémentaire au ministère de l’Education nationale, Khady Diop Mbodj. « Il y a bel et bien une gratuité des frais d’inscription qui ne doivent pas constituer un obstacle pour la venue des élèves à l’école. Au primaire, on ne demande rien à l’élève », déclare-t-elle.

Alors, sur quoi repose les frais demandés au parent Pape Alioune Diallo ? « Ce sont des frais demandés aux parents par les écoles », répondent les personnes concernées (directeur d’école, président de Comité de gestion et président de l’Association des parents d’élèves). « Avant le début de chaque année scolaire, un projet de budget est confectionné par le Cg pour assurer le fonctionnement de l’école. Vu que le budget alloué par l’Etat tarde souvent à venir et est même insuffisant, de même que la subvention attendue de la mairie, nous sommes obligés de retourner vers les parents pour combler l’argent nécessaire au fonctionnement de l’école », précise le directeur de l’école primaire El hadji Mamadou Mbathie de Hann-Yarakh.

Mais attention, ces frais demandés ne doivent pas constituer un obstacle pour la venue des élèves à l’école, admet la Directrice de l’enseignement élémentaire. Très conscient que l’argent demandé va revenir aux élèves et au fonctionnement de l’école, le parent Pape Alioune Diallo se dit disposer à cotiser quand la situation va le permettre.

Reportage de Oumar NDIAYE

COLLÈGES ET LYCÉES : LES FRAIS D’INSCRIPTION FIXÉS PAR DÉCRET
Ecole cour 2Au niveau du moyen secondaire, la situation est tout autre. Les frais d’inscription sont obligatoires pour la venue de l’élève à l’établissement, car fixés par un décret présidentiel. « Les frais d’inscription sont fixés par un décret à hauteur de 10.000 FCfa au maximum par élève. Le décret dit bien que ces frais d’inscription doivent couvrir l’achat d’uniformes et de blouses », informe la proviseure du lycée d’application Seydou Nourou Tall, Madeleine Annie Coly.

Mais aujourd’hui, cette somme ne peut pas couvrir l’achat de l’uniforme et de la blouse « qui est de bonne qualité et avec une doublure », selon ses mots. C’est ainsi que ce lycée, de commun accord avec l’Association des parents d’élèves (Ape), a trouvé une solution en déléguant l’achat de blouses et d’uniformes aux parents. Ce qui n’a pas été si facile, comme elle le révèle. « En voyant la qualité des uniformes et blouses avec la doublure, souligne la proviseure Madeleine Annie Coly, le bureau de l’Ape s’est dit que 10.000 FCfa seulement ne suffisaient pas. Les parents ont ainsi décidé de prendre les choses en main. A l’époque, cela avait créé une polémique avec les parents ». Alors, avec l’achat des uniformes et blouses dorénavant géré par les parents, où va l’argent collecté au titre des frais d’inscription ? « A la gestion de l’école », rétorque-t-elle. « Aujourd’hui, la gestion est séparée. Les frais d’inscription sont engrangés par l’intendant de l’école pour l’administration, et l’achat d’uniformes est géré directement par le bureau de l’Ape. Il y a des lignes fixes pour l’argent généré par les frais d’inscription avec ce qui va à l’Inspection médicale des écoles (Ime) qui gère la santé des élèves de la région, les activités sportives financées à hauteur de 100 et 200 FCfa par élève. Les autres frais entrent dans la gestion de l’école ».

Pour plus de traçabilité des fonds et une bonne reddition des comptes, l’argent est géré par un Conseil de gestion (Cg) du lycée comprenant la proviseure, le censeur, des représentants des parents ainsi que ceux des autres acteurs de l’établissement (corps professoral, surveillants et élèves).

Au lycée d’application Seydou Nourou Tall, avec la lourdeur des charges de réhabilitation-rénovation, ainsi que les travaux de plomberie, électricité et autres, les frais d’inscription à eux seuls ne suffissent pas. En plus, il y a la diminution progressive du budget alloué par l’Etat aux établissements scolaires. Pour faire face, la proviseure essaie d’explorer d’autres sources de financement. Peut-être une solution de rechange ou de plus…

ECOLE EL HADJI MAMADOU MBATHIE DE HANN-YARAKH : LES PARENTES D’ÉLÈVES SENSIBILISÉS SUR LES COTISATIONS
Ecole Doudou MbathieA l’école primaire El hadji Mamadou Mbathie de Hann-Yarakh, l’argent généré par les frais d’inscription sert à faire des achats et à assurer la réhabilitation et la rénovation avant la rentrée et même durant l’année scolaire. Argent qui n’est pas souvent suffisant pour couvrir toutes les dépenses. Mamadou Diop, président du Comité de gestion de cette école primaire, n’a récolté que 410.000 FCfa l’année scolaire passée au titre des frais d’inscription ou cotisations. « L’école compte 800 élèves, ajoute-t-il. Imaginez si chaque élève cotisait, nous aurions assez d’argent pour couvrir toutes les dépenses. Mais nous n’avons eu que 410.000 FCfa. Même pas les cotisations de 50% des élèves ! » Ainsi, avec l’Association des parents d’élèves qui est membre du Cg, Mamadou Diop continue la sensibilisation pour avoir le maximum d’élèves qui cotisent.

CONSEIL ET COMITE DE GESTION DES ECOLES : LA COMMUNAUTÉ ÉDUCATIVE IMPLIQUÉE DANS LA SCOLARITÉ DES ÉLÈVES
Mis en place par décret présidentiel 2002-652 du 2 juillet 2002, les Conseils et Comité de gestion, comme leurs noms l’indiquent, sont les nouveaux organes qui gèrent les écoles. Au vu de leur composition, l’Etat a voulu associer tous les acteurs de la communauté éducative pour une gestion participative et inclusive. « Le développement du secteur de l’éducation repose sur une planification de type décentralisé. Celle-ci passe par la conception, la réalisation et l’évaluation de plans régionaux, départementaux et locaux de développement de l’éducation, ainsi que de projets d’école et d’établissement, dans le cadre d’un partenariat regroupant les collectivités locales, les autorités administratives et scolaires déconcentrées, les partenaires au développement et la société civile. Dans le passé, du fait de l’absence d’un cadre institutionnel de pilotage, les initiatives éparses prises çà et là pour la mise en œuvre des politiques d’éducation et de formation ont toujours souffert de certaines lacunes. La multiplicité des centres de décision, en particulier, sans véritable coordination, avait entraîné un manque de cohérence », lit-on dans le rapport de présentation du décret.

Ainsi, des Conseils et des Comités de gestion ont été mis en place sur le plan national, régional, départemental, et communal dans les écoles pour épouser les contours de la décentralisation et de la déconcentration. Au niveau des collèges et lycées, ce sont les Conseils de gestion, et dans les écoles primaires, les Comités de gestion. « Le Comité de gestion (Cg) comprend un délégué de quartier (dans les communes) ou un chef de village, un représentant du conseil municipal ou rural, le responsable de l’établissement considéré (l’école, du centre d’alphabétisation ou de développement de la Petite enfance), le personnel enseignant ou l’équipe des facilitateurs, le personnel de service, les représentants des élèves ou des bénéficiaires, deux représentants de l’Ape, un représentant de chaque Association sportive et culturelle (Asc) du quartier ou village, un représentant de chaque Groupement de promotion féminine (Gpf) du quartier ou village, un représentant de chaque association de développement du village ou du quartier. Le Cg peut s’adjoindre, en qualité d’observateur, toute compétence utile à l’exécution de ses missions », détaille le décret. Ces Comités et Conseils ont des bureaux exécutifs qui en sont les organes de décision et de gestion.

KHADY DIOP MBODJ, DIRECTRICE DE L’ENSEIGNEMENT ELEMENTAIRE : « LES FRAIS D’INSCRIPTION ÉMANENT DE LA COMMUNAUTÉ QUI S’ORGANISE POUR APPUYER L’ÉCOLE »
Khady Diop Mbodj EduDirectrice de l’enseignement élémentaire au ministère de l’Education nationale, Khady Diop Mbodj soutient que l’argent demandé souvent par les établissements scolaires émane de la communauté qui s’organise pour leur venir en appui et ne constitue nullement un obstacle pour la venue des élèves à l’école.

On parle de gratuité des frais d’inscription, surtout dans l’élémentaire, alors que dans les écoles, il est demandé aux parents de l’argent. Qu’est-ce qui justifie cela ?
Il y a bel et bien une gratuité des frais d’inscription qui ne doivent pas constituer un obstacle pour la venue des élèves à l’école. Au primaire, on ne demande rien à l’élève. Maintenant, il peut arriver que l’Association des parents d’élèves qui est privée se retrouve et, face à des besoins de l’école, initie des cotisations. Cela se passe en interne, entre adultes, membres de l’association, voulant contribuer. C’est différent de l’accès des élèves à l’école. Ils y accèdent gratuitement. Si leurs parents n’ont pas honoré leurs engagements par rapport à cette association, cela n’empêche pas aux élèves d’entrer et de suivre les cours. Pour dire qu’à l’école primaire, les inscriptions sont gratuites, elles sont seulement pédagogiques. Le reste appartient aux parents qui se sont regroupés autour d’une association privée pour chercher des moyens pour l’école de leurs enfants. Comme ce ne sont pas des inscriptions qui émanent du ministère de l’Education, c’est en fonction des besoins que les comités de gestion déterminent les montants pour les cotisations. Là, le ministère n’a rien à y voir. C’est la communauté qui s’organise autour de son école pour pouvoir l’appuyer.

Est-ce qu’au niveau du ministère de l’Education nationale vous avez un regard sur ces frais d’inscription collectés ?
Cela relève de la déconcentration et de la décentralisation. L’Association des parents d’élèves est une structure privée qui s’organise avec un trésorier, un comptable matières, même si on demande aux directeurs d’école d’avoir un regard sur ces montants qui sont engrangés par l’Ape. Le directeur de l’école aussi veille sur l’utilisation des fonds. Il ne saurait être question de laisser des parents venir prendre l’argent au niveau de l’école et ne pas le réinvestir dans l’école. C’est là où interviennent vraiment le contrôle et l’encadrement du directeur d’école.

Est-ce que vous savez où va cet argent et quels sont les investissements qui sont faits ?
Pour les investissements, fruit de cet argent, c’est souvent en début d’année ou en fin d’année que les parents se retrouvent pour identifier les besoins. Cela peut être des investissements liés à la rénovation et à la réhabilitation de l’école, à la construction même des classes, des toilettes, à l’adduction d’eau, l’électricité. Tout dépend des besoins au niveau de l’école qui sont divers et variés. C’est pourquoi ce sont les parents qui s’organisent au cas où ils constatent ces manquements et peuvent y faire quelque chose. Ils s’organisent et cotisent pour parer à cela. L’Ape est différente du Comité de gestion. Dans chaque école, il y a un Comité de gestion où l’Ape est représentée. C’est cet organe de la communauté qui gère l’établissement. Dans ce Comité de gestion, le président et le trésorier sont membres de la communauté, et c’est le directeur de l’école qui en assure le secrétariat permanant. Pour dire que chaque école du Sénégal dispose d’un compte bancaire contrôlé par la communauté. L’Ape cherche souvent des fonds et les met à la disposition du Comité de gestion pour lui permettre de jouer son rôle.

L’ÉCOLE POUR TOUS ET PAR TOUS
Ecole couleursL’accès pour tous non compte tenu des origines sociales. Une marque déposée de l’école publique qui garantit ainsi l’équité et la justice à tous les enfants de la République. Ce principe a conduit à une gratuité des frais d’inscription à tous les échelons de l’éducation ou bien à des sommes dérisoires fixées : de 10.000 FCfa au niveau moyen-secondaire à 5000 FCfa à l’université jusqu’à une période récente.

Aujourd’hui, face à la lourdeur, à l’ampleur des charges de fonctionnement des écoles et à la faiblesse des moyens mis à leur disposition, ce verrou de la gratuité ne doit pas certes sauter, mais un peu dévissé pour laisser souffler l’Etat, bailleur principal de l’école. Ce qui permettra de diversifier les sources de financement de l’école. Dans la structure de financement de l’école, l’Etat occupe la première et prépondérante place. S’en suivent les collectivités locales, Partenaires techniques et financiers, entres autres, avant la contribution des ménages. Une part certes modique des ménages pour l’école publique, mais symbolique et qui doit être systématisée pour une implication et appropriation de l’école par les parents.

Si l’école publique, dans ses fondements, est pour tous, son financement doit se faire par tous : Etat, collectivités locales, Partenaires techniques et financiers et surtout par les parents, premiers bénéficiaires de cette école de la République.

Avec la nouvelle réorientation de l’école qui se veut celle de la « communauté », l’implication de tous les acteurs est nécessaire pour accroitre les financements et les consolider. Les fonds générés, surtout par les parents, doivent être gérés de manière concertée et transparente, avec une reddition des comptes et imputabilité permanente. Ce qui occasionnera une adhésion et compréhension des parents cotisants.

L’autre défi de l’école est aussi de chercher d’autres sources de financement nécessaires pour son bon fonctionnement. Plusieurs pistes ont été énoncées par les spécialistes qui permettront à l’école d’être sur la bonne route. L’approche Responsabilité sociétale des entreprises et philanthropique sont préconisées, permettant ainsi à l’Etat de souffler et de se concentrer sur les dépenses d’investissement nécessaires à l’élargissement de la carte scolaire.

La contribution des anciens des écoles demeure aussi une piste de solution. Combien sommes-nous à devoir à l’école publique notre réussite et position sociale ? Nous sommes donc redevables et avons une dette envers cette institution qu’est l’école publique. La meilleure manière de s’en acquitter, c’est de retourner l’ascenseur à cette école qui a été un escalier de la réussite pour nous…

Par Oumar NDIAYE

Le colloque international sur le cinquantenaire du 1er Festival mondial des arts nègres a pris fin hier. Les organisateurs et participants ont affiché leur satisfaction et souligné la nécessité de créer un cadre de dialogue pour revitaliser les héritages culturels.

L’intensité des échanges et la fécondité des réflexions ont fait dire au professeur Saliou Mbaye, président du Comité scientifique, qu’il y a la main de Dieu dans la réussite de cette manifestation qui a réuni une pléthore de personnalités d’Afrique et du monde.

Les enjeux de ce colloque étaient, selon le professeur Jean René Bourrel, chargé de prononcer le mot de remerciement des invités, d’ouvrir l’héritage culturel et spirituel du président-poète Léopold Sédar Senghor qui œuvrait pour la reconnaissance et la revitalisation des cultures africaines. Il a témoigné, au nom de toutes les personnes conviées à ce rendez-vous de commémoration et de réflexion, sa gratitude à l’endroit des organisateurs du colloque et s’est félicité de l’intérêt que lui a accordé le président de la République du Sénégal, Macky Sall.

Le président de la section sénégalaise de la Communauté africaine de culture, Alpha Amadou Sy, en fait un couronnement grâce « aux membres du comité dont l’abnégation et le sens de l’engagement n’ont jamais été pris à défaut ». Il poursuit, pour s’en réjouir davantage : « Les conclusions et recommandations qui ont résulté de nos travaux confirment, si besoin en était, la légitimité de cette commémoration du cinquantenaire du 1er Festival mondial des arts nègres ». C’est, pour lui, un devoir de mémoire dont ils ne pouvaient se dispenser. Il est essentiel de donner à la culture la place qui doit être la sienne dans une société aspirant au développement, à l’équilibre, car « elle ne saurait être confinée au prisme réducteur de composante des industries créatives », indique M. Sy non sans se féliciter de la fécondité des échanges. Les recommandations formulées à l’issue des assises en témoignent largement. Il en ressort la nécessité de créer un cadre d’échanges réguliers sur les questions fondamentales qui se posent en Afrique et dans le monde. La multitude d’intervenants, particulièrement généreux, montre à suffisance que ce n’est point une utopie.

C’est pourquoi l’économiste et enseignant à l’Université Gaston Berger, Felwine Sarr, estime que ce colloque est une réussite en ceci qu’il est arrivé à articuler plusieurs générations, des témoins et des universitaires ayant travaillé sur la question.

Dans sa communication qui a porté sur « L’impact de la négritude sur l’évolution du monde, sur l’Afrique et les humains », le Professeur Bouba Diop a tenté d’expliquer le cheminement concurrentiel ou complémentaire du festival des arts nègres de 1966 et de 2010 en rapport avec le festival panafricain d’Alger de 2009.

« Le tiraillement entre les nègres et les Africains est une longue histoire. La réflexion sur l’origine des mots est donc une quête inachevée. Cependant, les tenants de ce courant de pensée ont dégagé des pistes qu’il faut élargir pour réconcilier les deux mots, notamment nègre et africain tout en restant solidaire avec le reste de l’humanité », illustre-t-il. Une réconciliation qui, selon lui, permettra de retracer la trajectoire historique des peuples africains.

Dans une évocation historique, l’universitaire rappelle : « Le mot nègre renvoyait à l’eau. Quand les étrangers sont venus, il y a eu un quiproquo. Pour désigner les gens qui habitaient autour du fleuve, ils ont utilisé le mot « Négrités ». Une appellation qui, de fil en aiguille, a donné Nègre utilisé par la suite comme terme péjoratif. Des incompréhensions qui résultent de l’aventure avec l’extérieur. « En effet, certains se sont considérés tout simplement comme des Africains et d’autres comme des nègres », a déploré B. Diop.

Il est convaincu que « l’aventure de la négritude a été bien pour la revendication et l’affirmation de notre origine nègre, mais il ne faut pas se laisser piéger et rester dans cette perception de l’autre ». D’ailleurs, à cette négritude, il préfère son « humanitude » d’un être qui est sur terre afin de vivre en harmonie avec les autres pour un monde solidaire, à son africanité. Des affirmations d’identités fortes tout en reconnaissant les identités multiples », laisse-t-il entendre. Ce concept n’est pas une essence mais plutôt un accident. Donc, il ne faut pas y rester au risque qu’il devienne une identité meurtrière.

Par ailleurs, l’enseignant-chercheur a soutenu que les premières manifestations de l’art, donc de l’être humain dans sa diversité, c’est en Afrique qu’elles se sont exprimées. Avec comme illustrations quelques représentations des premières manifestions de l’élevage dans le monde, de la ville d’Axoum, Ethiopie ancienne, d’une carte du monde au sixième siècle fait par un Africain. Ceci pour montrer que l’Afrique a été toujours présente dans l’histoire du monde et continue de l’être bien en des positions moins intéressantes.

La revitalisation de la culture, la préservation de l’héritage et l’approfondissement du dialogue dans le monde noir passent par une pluralité d’initiatives. Ainsi, les participants ont formulé plusieurs recommandations lors de la clôture du colloque international. Ils engagent les artistes, femmes et hommes de culture à s’évertuer de leur maximum pour trouver des plages de convergence tout en maintenant leurs convictions politiques et idéologiques. Il a également été souligné la nécessité de faire l’état des lieux des infrastructures culturelles des pays et de maintenir l’idée du Festival en étudiant sous quelle modalité la décliner et en fonction des mutations profondes qui affectent le monde.

Ces sommités du monde intellectuel et de la culture ont mis en évidence l’importance de la culture dont il faut faire le quatrième pilier du développement, en tant que catalyseur et vecteur essentiel pour l’avènement d’un monde apaisé. Il est tout aussi essentiel de mettre en place dans les différents pays des structures dédiées à la commémoration des grands événements et à l’organisation des hommages à rendre aux artistes et hommes de culture méritants. Inciter le secteur privé à soutenir de manière conséquente les initiatives et activités allant dans le sens de ce colloque ou qui s’y inscrit peut y contribuer. Pour cela, les participants jugent opportun de créer une synergie à l’échelle du continent pour des échanges réguliers sur les questions fondamentales qui se posent en Afrique et dans le monde.

Par ailleurs, les participants invitent le chef de l’Etat à restituer le Musée dynamique et le Centre d’Etudes des civilisations au ministère de la Culture et à rouvrir le Commissariat aux expositions d’art à l’étranger. Ils ont également remercié le président de la République, Macky Sall, de « son soutien sans faille et de sa présence remarquable à l’ouverture des travaux ».
En outre, ils ont manifesté leur reconnaissance à l’égard du ministre de la Culture et de la Communication de « ses encouragements constants », de l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Sénégal, Walter Carrington, du Ballet national « La linguère » du Théâtre national Daniel Sorano pour avoir gratifié le public d’un « spectacle mémorable rassurant de l’effectivité de la relève artistique ».

Le premier Festival mondial des arts nègres de 1966 a été non seulement un grand moment de ferveur populaire mais aussi un événement qui offrait une tribune à l’ensemble des expressions artistiques. L’évènement a été le point de départ d’un bouillonnement des expressions artistiques ainsi qu’une plus grande libération du secteur culturel.

Organisé dans le sillage du Congrès des écrivains et des artistes noirs de Paris et de Rome, le premier Festival mondial des arts nègres de 1966 était un événement unique presque à tout point de vue. Si cette manifestation dédiée à la culture et la civilisation noire marque le début d’une sorte de renaissance artistique, elle aura, par la suite, un grand impact sur les expressions culturelles. L’évènement va marquer le « renouveau du développement culturel au Sénégal et en Afrique ». La voie d’une histoire des Arts africains a été bel et bien, comme l’a rappelé Pr Catherine Coquery-Vidrowitch, ouverte par le 1erFestival mondial des arts nègres. Mieux, la découverte de l’art africain a enrichi l’imaginaire et le vocabulaire des artistes modernes occidentaux. Pour Alioune Badiane, Inspecteur de l’éducation artistique, ancien Directeur des Arts au ministère de la Culture du Sénégal, modérateur du panel, « L’impact du 1er Festival sur les expressions culturelles », le premier Festivala impulsé des actions de promotion, de sauvegarde, de créations, contenues dans les politiques culturelles qui ont été démarré juste après les indépendances dans certains pays africains. Au Sénégal, explique-t-il, dès la fin de la manifestation, il a été créé le ministère en charge de la Culture. Un ministère qui, depuis 1966, n’a jamais quitté le gouvernement. Toutefois, avance M. Badiane, au-delà du caractère institutionnel, il y a eu, dans les communautés artistiques, un bouillonnement des expressions artistiques. Le Festival a permis de multiplier ces expressions. Mais cet impact est aussi ressenti au-delà du Sénégal et de l’Afrique. Ailleurs, aux Etats-Unis, soutient Pr Maguèye Kassé de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, l’événement de 1966 inspire aussi le Jazz. Ainsi, « au-delà des performances musicales qui comprenaient les concerts de Duke Ellington et Marion Williams, la musique afro-américaine a été aussi l’objet d’un colloque qui a précédé le festival en avril 1966 sous le patronage de l’Unesco et de la Société africaine de culture », souligne Pr. Céleste Day Moore du collège Hamilton de New York.

Libéralisation du secteur
Le Festival de 1966 a posé également un jalon important dans la libération des expressions artistiques. Il y a eu, par la suite, de moins en moins de barrière et de carcan. « Le talent s’était libéré de tout ce qui constituait des entraves avant le Festival. Au Sénégal, les artistes restaient dans la mouvance enracinement et ouverture telle que pensée par le président Senghor», note Alioune Badiane. La musique connait également une nouvelle dynamique. Ce développement et « cette marche est forcée, selon Pr Ibrahima Wane de l’Ucad, par le voisinage de la Guinée où la musique est au sommet de sa gloire. Le président Léopold Sédar Senghor va mettre en place un fonds dédié aux acteurs culturels. « Le Festival qui fait du Sénégal la plus grande scène du monde sera ainsi un déclic aussi bien pour les créateurs que pour les décideurs du pays d’accueil. Il sécrète des expériences qui inspirent amplement la politique culturelle nationale, d’une part, et la démarche artistique des figures de proue de la musique sénégalaise, d’autre part », relève-t-il.

Dans le monde des arts plastiques, l’exposition de la peinture de Pablo Picasso pendant le festival va susciter une émulation chez les artistes sénégalais. Pour ces derniers, soutient Hélène Ivanoff de l’Université Goethe, Francfort, la réception de Picasso était importante pour l’école de Dakar avec les Ibou Diouf, Amadou Ba, Amadou Seck, Papa Ibra Tall, Modou Niang, Bocar Pathé Diongue.

Historien, enseignant à l’Université de Columbia, aux Etats-Unis, Mamadou Diouf est l’un des participants de marque au colloque international commémorant le cinquantenaire du premier Festival Mondial des Arts en 1966. Pour ce  spécialiste de l'Empire colonial français, le premier Festival a permis de changer complétement le regard ethnographique que les Occidentaux portaient sur les arts et la culture africaine.

Quel sens donnez-vous à la commémoration de ce cinquantenaire du premier Festival Mondial des Arts Nègres de 1966 ?
La commémoration de ce cinquantenaire permet de revenir dans un environnement très différent et sur une intervention qui a été d’une très grande importance  juste dans la première décennie de l’indépendance, c’est-à-dire sur Senghor et les intellectuels qui avaient été parties prenantes de l’entreprise de Présence Africaine suite à la seconde guerre mondiale. Ce qui les intéressait, c’était de rouvrir le débat sur les arts africains dans le contexte de l’indépendance. C’est un moment particulier où les Africains essayaient de mieux inscrire leur présence dans le monde et de mieux démontrer leur contribution à la condition humaine et en particulier leurs interventions dans le domaine de la culture et des arts. Parce que le domaine de la culture et des arts définissait la civilisation. Aujourd’hui, revenir à ces discussions, c’est recentrer, dans un moment de globalisation, cette même entreprise de la contribution de l’Afrique à la condition humaine. Toutefois, ce n’est plus une contribution qui se définit en termes de distinction, mais de composition. Les cultures d’aujourd’hui sont des cultures de transaction, des cultures qui sont le produit de mixage. Et c’est ce mixage qui, aujourd’hui, nous interpelle. Cette interpellation nous ramène au Festival qui devient le point de départ d’une nouvelle conversation sur les arts et la culture africaine.

Le Festival Mondial des Arts Nègres a été un véritable succès pour avoir réussi à mobiliser tout l’intelligentsia africain et de la diaspora. Aujourd’hui, est-ce que ce grand banquet a permis de changer le regard des Occidentaux sur la culture noire ?
Ce Festival a permis d’aboutir à deux choses. Il a, d’abord, permis de changer complétement le regard ethnographique qu’on portait sur les arts et la culture africaine. Les Européens parlaient d’art africain. C’est eux qui ont commencé a aimé, dans l’Entre-deux-guerres, les arts africains. Cette période est appelée la « négrophilie ». C’est toute l’intervention de Picasso qui s’appuie sur les arts africains pour révolutionner le modernisme européen. Donc, le Festival a porté un regard africain à la place de celui des Occidentaux. La deuxième chose que le premier Fesman a fait, c’est d’essayer de contribuer à une intervention africaine, c’est-à-dire à parler d’une unité de l’Afrique qui révèle dans les arts et la culture. Et cette unité devait porter l’unité politique. A l’intervention historique de Cheikh Anta Diop, qui s’appuie sur l’Egypte, les partisans de la Négritude n’opposent pas mais additionnent un regard artistique et culturel. Mais ce projet a échoué parce que l’Afrique s’est émiettée en plus d’une cinquantaine d’Etats. Lesquels Etats ont construit une philosophie esthétique qui est une philosophie proprement nationale. Maintenant, la question, c’est de savoir, en retournant au passé, à l’histoire, si on est capable de repenser et de reproposer une vision à la fois unitaire et plurielle ; que les arts africains doivent toujours être au pluriel ; qu’il n’y a pas un art africain mais des arts africains même si on peut dire que la grammaire et la syntaxe de ces arts sont une syntaxe africaine. C’est ce qui fait leur convergence mais aussi leur dissymétrie. Donc, aujourd’hui, on en est plus à affirmer et exhiber quelque chose, mais à repenser et à refaçonner quelque chose pour un projet plus large.

Durant cette commémoration, il a beaucoup été question de poursuivre la symphonie de 1966…
On ne peut pas poursuivre une symphonie. Il y a des continuités et des discontinuités. L’un des problèmes, c’est qu’on continue à répéter. Je pense que faire une conférence de ce type, ce n’est pas répéter et reprendre ce que les gens ont fait. Ce n’est pas possible. Il faut les comprendre et les dépasser. C’est dans le dépassement que le projet vit. Tel l’organisme parce qu’il s’adapte. Un colloque de ce type doit être de révision, de transformation et de changement. L’archéologie du premier Fesman doit produire une vision, une projection dans l’avenir. C’est le futur qui doit commander aujourd’hui cette entreprise. Et penser le futur, c’est penser contradictoirement. Si je dois penser comme Senghor ou Cheikh Anta, je peux arrêter de penser. Mais si je dois penser contre eux, j’enrichi leurs pensées.

Cette rencontre de ce jour est un couronnement. Neuf mois durant, les membres du comité dont l’abnégation et le sens de l’engagement n’ont jamais été pris à défaut se sont évertués à créer les conditions de prise de parole des chercheurs, artistes et hommes de culture pour soumettre ce banquet de 1966 sous le regard oblique du soupçon. Les conclusions et recommandations qui ont résulté de nos travaux confirment, si besoin en était, la légitimité de cette commémoration du cinquantenaire du 1er Festival Mondial des Arts Nègres.
Il n’est pas peu de dire que nous nous sommes acquittés de notre devoir de mémoire en évitant ces goulots d’étranglement de la pensée créatrice que sont la fixation et le passéisme.
Au terme de nos assises, il est loisible de retenir deux facteurs qui ont concouru à assurer à nos échanges une remarquable fécondité. Il s’agit, d’abord, de cette posture intellectuelle majoritairement adoptée et qui est demeurée gouvernée par le souci de ne jamais faire de la passion le cerveau de la critique, pour reprendre une célèbre formulation marxienne. Il s’y ajoute que nous avons tous compris que le recours à la mémoire, dans la mesure où elle n’a de sens qu’en nous autorisant à avoir une prise sur notre actualité, alimente cette autre conviction, que je crois pouvoir partager avec vous : la culture pas plus qu’elle n’a perdu sa place privilégiée avec les indépendances politiques, elle ne saurait, non plus, être confinée au prisme réducteur de composante des industries créatives.

La culture, lieu de sédimentation de valeurs d’universalité
Croyez-nous, ex-honorables invités, nous ne versons guère dans une quelconque hypostase de l’invariant culturel qui serait le corollaire de la sous-estimation de la féroce logique marchande qui régit notre planète. Nous pensons « simplement » que la culture, en dépit de ses accents par trop conservateurs et de son contenu relatif, n’en constitue pas moins le lieu de sédimentation de valeurs d’universalité. Au nombre de celles-ci, l’éthique et les normes altruistes, densément informées au sens aristotélicien du terme, par le sens des limites. Alors, si le défi majeur de l’heure est de préserver le maximum d’êtres humains contre les affres de l’appétit et de la logique de la jouissance, le recours à cet invariant culturel reste assurément un impératif catégorique. Aussi est-il question d’apprendre ou de réapprendre, selon les mots de Kant, à « penser l’unification du bien-être avec la vertu dans le commerce avec autrui ».
Certes, cette approche a sa dose d’utopie, mais sa positivité réside dans les efforts à consentir partout, et de tout temps, afin de rendre le monde plus juste et plus fraternel. Cette utopie, qui a sans doute l’âge de l’humanité et qui a inspiré nos intrépides devanciers, organisateurs et animateurs talentueux du 1er Festival Mondial des Arts, n’est pas devenue anachronique. Au contraire, elle s’impose avec d’autant plus d’acuité qu’il nous revient de tirer toutes les conséquences qui s’inscrivent dans cette rassurante et terrible certitude de Cheikh Hamidou Kane : « Nous sommes à la fin des destinées singulières ! »

Et je suis persuadé que c’est parce que nous sommes, pour l’essentiel, en accord sur cet impératif, que vous avez consenti autant de sacrifice, afin que nos travaux soient couronnés de succès. C’est pourquoi, malgré l’esprit subversif qui anime « naturellement » les intellectuels et hommes de culture que vous êtes, notre commerce s’est effectué certes dans la rigueur, mais aussi dans un climat d’un enfant.

Au nom de la section sénégalaise de la Communauté Africaine de Culture (Cacsen), je vous en remercie infiniment.
A toutes et à tous, je souhaite bon retour, avec le vœu de pouvoir nous rencontrer plus régulièrement en nous donnant rendez- vous dans les quatre coins du monde.

Felwine Sarr, économiste « Ce colloque nous projette dans une dynamique »

« Ce colloque est une réussite dans la mesure où les organisateurs ont réussi à articuler plusieurs générations, des témoins et des universitaires qui ont travaillé sur la question. Dans l’intitulé du thème, « Festival mondial des arts nègres : mémoire et actualité », il y a cette projection vers l’avenir qui fait que l’interrogation reste ouverte. Tant que ça nous projette dans une dynamique, c’est une réussite. Le Festival mondial des arts nègres s’est tenu dans un contexte de désir, d’émancipation du continent africain et d’affirmation de son génie culturel et civilisationnel. Ce qui est important aujourd’hui, c’est de voir ce qu’il en reste et ce qu’on peut faire de ce discours qui a été projeté sur le monde, de ce discours des Arts, des Lettres. Plus que la nostalgie et le passé, c’est de voir s’il y a des invariants. Est-ce que les questions sont les mêmes ? A-t-on besoin encore, aujourd’hui, d’affirmer notre présence au monde sous le mode culturel ? Et si nous devons le faire, quelle forme cela doit prendre. Comment on se projette dans l’avenir à partir d’un héritage et de plusieurs histoires ».

Saliou Mbaye, président du comité scientifique : « Le colloque a été un moment de réflexion profonde »
« Je suis satisfait de nos rencontres. Les gens ont montré de l’enthousiasme et de la détermination. Il y a la main de Dieu dans cet événement. Leur touchante adhésion a permis la réussite de cette manifestation. Le colloque a été un moment de réflexion profonde malgré nos appréhensions légitimes. Les conditions sont aujourd’hui réunies pour engager des chantiers, pour nourrir de grandes ambitions pour nos pays, le monde noir, l’humanité. Nous sommes assurés des bonnes dispositions du président de la République du Sénégal, Macky Sall, à nous accompagner. Sa présence et son intérêt pour cette manifestation constituent un signal fort. La présence des moines de Keur Moussa est aussi une belle image qui montre, une fois de plus, que le Sénégal est un pays de dialogue ».

Abderahmane Ngaïde, historien : « Passer de la commémoration à la valorisation des événements »
« On doit dépasser le domaine de la commémoration et aller vers la valorisation des événements pour ne pas rester dans une forme de réécriture de l’histoire. La jeunesse du 21ème siècle a besoin d’un discours constitutif et non celui-là re-constitutif qui ne nous avance en rien du tout. On peut répéter mais de manière intelligible en y introduisant quelque chose de nouveau pour permettre aux jeunes de comprendre qu’ils ont hérité quelque chose.
Le colloque et les activités similaires doivent être mieux vulgarisés. Il est aussi important de réfléchir sur les lieux qui abritent ces manifestations. Il faut qu’ils soient accessibles aux jeunes auxquels on parle aussi. C’est de cette façon qu’ils porteront le projet.
Senghor n’a pas été bien compris. L’homme politique a masqué l’homme intellectuel et le prospectiviste. Car dans tout ce qu’il a écrit, il y a une dimension de prospective extrêmement importante qu’on doit aujourd’hui capter et valoriser davantage. Malheureusement, nous avons un problème de transmission. Il y a une rupture générationnelle qu’il faut rétablir par la générosité et éliminer cette tendance élitiste permanente. L’élite doit être plus ouverte pour qu’on puisse mettre en place une solidarité plus désincarnée ».

Younousse Seye, artiste plasticienne : « J’ai eu l’honneur d’accueillir  Haïlé Sélassié I??, empereur d’Ethiopie »
«La célébration du cinquantenaire du premier Festival mondial des arts nègres me replonge dans un nuage de souvenirs  de 50 ans. Je pense que c’est l’occasion pour chacun de revenir en arrière pour voir ce qui a été fait, de voir l’évolution dans le domaine économique, social et culturel. Le président Senghor, qui a organisé cette grande manifestation, était lui-même un grand homme  de dialogue, de foi, de loi et de droit. Ce qui m’a le plus marqué dans ce premier Fesman, c’était l’honneur qui m’était offert d’accueillir l’empereur d’Ethiopie, Haïlé Sélassié I??. Il Faut poursuivre le dynamisme de Senghor et ceci équivaut à revenir en arrière pour jauger le présent ».

 

Dans le cadre des communications du colloque international du cinquantenaire du premier Festival mondial des arts nègres, l’expert de la Francophonie, Jean René Bourrel, a passé au peigne fin la participation remarquable du ministre de la Culture française d’alors André Malraux. Pourtant le discours historique de celui que Senghor considérait comme « qui celui a compris le mieux compris l’art nègre parmi les européenne» va nourrir des controverses.

Avril 1966. Le Sénégal a l’honneur, à travers le Festival mondial des arts nègres, sous l’impulsion du président Senghor, de regrouper en pleine guerre froide toute la crème de l’intelligentsia du monde noire. La manifestation organisée par l’Etat sénégalais et la Société africaine de culture nourrit un élan populaire considérable. Défilés, expositions, spectacles de rue, conférences… rythment le quotidien des habitants de la capitale sénégalaise. Partout l’engouement est perceptible. Mais l’un des événements phares du premier Fesman est la participation du ministre français de la Culture de l’époque, en l’occurrence l’éminent écrivain André Malraux. Ce dernier est invité par le président Senghor à ouvrir cette grande fête de la culture faisant en même temps « les Etats généraux de la culture Négritude ». Pour l’expert de la Francophonie, Jean René Bourrel, l’ami personnel de longue date du «poète-président » sénégalais jouit d’un prestige qui légitime qu’il soit invité d’honneur du Festival. Anticolonialiste, André Malraux, explique-t-il, était considéré par Senghor comme « celui qui a le mieux compris nègre parmi les Européens ». Voilà tout l’intérêt qui se cachait derrière cette invitation d’honneur. D’après Jean Bourrel, qui a animé une communication sur le thème « Malraux, « hôte de passage » du Sénégal lors du premier Festival mondial des arts nègres », l’événement donnait au ministre de la Culture française l’opportunité d’une redécouverte et d’une célébration des arts nègres. « La visite privée du Musée dynamique, le 30 mars au matin, est en effet pour lui une véritable « illumination » (…) Le discours d’ouverture du colloque inaugural qu’il prononce l’après-midi du même jour consacre ensuite l’entrée définitive de l’art négro-africain dans le « Musée imaginaire » du patrimoine artistique mondial et, dans le même temps, la Négritude senghorienne elle-même », laisse-t-il entendre. Malraux effectuera ensuite des visites et inaugurations officielles dont deux donneront l’occasion d’une véritable découverte. Il s’agit, souligne l’expert, de la rencontre avec les jeunes plasticiens sénégalais et celle de la peinture haïtienne. L’autre découverte fabuleuse de l’écrivain français durant son séjour au Sénégal a été sa visite à la « reine Sebeth » en Casamance.

Malraux ou la légitimation de la Négritude
Mais la reconnaissance d’André Malraux de la Négritude de Senghor ne suffisait pas au bonheur de ce dernier ou bien même ce bonheur n’était que de courte durée. D’après Jean René Bourrel, cette reconnaissance par l’un des plus prestigieux représentants de la culture l’ancienne métropole prête à controverse. « Cette consécration se révèle ambiguë. Contre toute attente, elle fragile les prises de position politiques et morales de Senghor. Celui-ci a en effet donné l’impression d’avoir sollicité de Malraux la légitimation de la Négritude – de sa Négritude –, laquelle apparaîtra désormais pour de nombreux intellectuels comme une sorte de maladie infantile de l’Afrique postcoloniale », avance-t-il.

La dynamique de controverse et d’opposition va ainsi rythmer la suite du Festival. Quelques jours après le discours de Malraux, Aimé Césaire va monter au créneau pour fustiger l’idée de l’intellectuel français. Selon M. Bourrel, le discours prononcé par Césaire se présente comme une réponse à celui-ci. Le poète Martiniquais refusait de «s’enfermer dans une réflexion sur « l’esprit de forme » qui aurait à jamais disparu en Afrique interpelle les hommes politique africains qui viennent d’accéder aux postes de responsabilité nationales ».

L’autre intervenant du colloque international, Dr Jean Pierre Bat des Archives nationales de la France, a axé sa réflexion sur le « Dialogue entre la Négritude et la Francophonie ». Il a s’est proposé d’interroger la place du Festival mondial des arts nègres de 1966 à la croisée entre l’héritage culturel de la Négritude de Senghor, Damas et Césaire, dans l’entre-deux-guerres et la constitution de la Francophonie au lendemain des indépendances. A ses yeux, le Fesman de 1966 constitue un moment clé de la structuration d’une identité francophone authentiquement africaine. « A l’heure où le collège de France élit à la chaire de la création artistique l’écrivain Alain Mabanckou, la commémoration du Cinquantenaire du Festival mondial des arts nègres rappelle la place qu’occupent l’héritage diplomatique et culturel de la Négritude et du Sénégal dans la construction du champ francophone », indique-t-il.

Par Ibrahima BA, Alassane Aliou MBAYE (textes)
et Assane SOW (photos)

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Il n’a pu faire le déplacement pour prononcer la leçon inaugurale du colloque international commémorant le cinquantenaire du premier Festival mondial des arts de 1966. Mais l’écrivain Nigérian de rang planétaire Wolé Soyinka a marqué la cérémonie d’ouverture par la portée historique de son message en anglais lu par le Professeur Ousmane Sène, directeur du Centre de recherche ouest africain (Warc). Pour l’un des figures majeures ayant pris part à ce banquet des civilisations et de la culture noire, l’année 1966 était l’année de l’inauguration des rituels de renouveau et de célébration, un legs éternel. A ses yeux, cette manifestation était un phare « d’œcuménisme culturel » qui définit un peuple doté d’une confiance existentielle, et qui a ouvert ses portes à une pluralité de croyances auxquelles se rattachent des atours culturels, des précipités et des lumières. « Au milieu des calamités sociales et politiques conjuguées à l’assaut de notre continent depuis la promesse des indépendances, nous gardons le souvenir d’une explosion créatrice de fierté raciale, la rencontre des cœurs et des esprits longtemps dispersés dans un ambiance festive et accommodante », a-t-il noté.

Pour l’écrivain, ce cinquantenaire commémore un noble héritage qui mérite d’être sans cesse évoqué pour confondre les sceptiques, pour éradiquer le culte de la morbidité qui rejettent les Muses protéennes de la race noire et sa « spiritualité œcuménique ».

Dans son message, le premier auteur noir lauréat du prix Nobel de littérature a indiqué que l’esprit de renouveau du Festival de 1966 a inspiré l’art de la célébration, en faisant une partie intégrante de l’existence profane. Bref, d’une joie manifeste de créativité. « Nous avons accueilli chaleureusement les descendants des victimes des violentes dispersions qui ont durée des siècles. Nous avons exhumé et rétabli les valeurs rejetées, négligées et vilipendées de nos sociétés brisées. Nous avons participé à cette communion qui consistait à récupérer les voix embrumées de ce que continent des mains de ceux qui s’étaient appropriés les droits des indigènes, gardiens légitimes de leur héritage», a-t-il rappelé dans ce message.

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