Grands Dossiers (309)

L’idée du Musée des civilisations noires, aujourd’hui en voie de concrétisation, devait à l’origine, souligne Pr Hamady Bocoum de l’Ifan, se poser comme une continuation du premier Festival mondial des arts nègres de 1966. Il s’agissait, au départ, d’un outil d’enracinement et d’ouverture qui devait regrouper tout ce que le monde noir a rassemblé comme éléments de civilisation, de culture et d’identité. C’était aussi une façon de reconstituer les différentes séquences de l’histoire des noires et de montrer leur contribution au patrimoine de l’universel. Pour M. Bocoum,  le Musée des civilisations noires est avant tout l’expression d’un besoin propre au contexte historique précis. Ce faisant, poursuit-il, son origine s’ancre dans les racines idéologiques de la Négritude face à une dévalorisation des héritages, historiques, technologiques et culturels des civilisations noires. « A l’époque, devant les constructions théoriques qui définissaient des catégories raciales bientôt obsolètes, les stratégies communes transcontinentales prenaient forme à l’intérieur des grandes rencontres panafricaines parmi lesquelles la Conférence panafricaine de Londres (23-25 juillet 1900), le Congrès panafricain de Manchester (15-21 octobre 1945) et la Conférence d’Accra (15-22 avril 1958) », souligne-t-il. Pour l’historien, « il a été conçu dans l’esprit de défense, d’illustration et de compréhension du sens des valeurs de civilisation du monde noir et pour appliquer concrètement l’option de l’option fondamentale prise par le Sénégal de ne pas considérer le « développement » comme la recherche exclusive de l’accroissement du revenu per capita ». A l’en croire, cette vision holistique du développement explique, pour beaucoup, les précautions prises par les autorités pour donner au projet une solide base, méthodologie, conceptuelle et organique. Toutefois, regrette-t-il, ce projet tel que conçu à l’origine ne va pas survivre aux politiques d’ajustement des années 1980. « La reprise du projet au début des années 2000, dans un contexte où l’afro-pessimisme est en recul, marque la volonté du Sénégal d’inscrire le Musée des civilisations noires au cœur de sa politique culturelle », soutient le directeur du Musée. Même si l’idée de départ a changé, ce musée devra répondre aux risques de lessivage de « nos » civilisations et à la perte d’identité.

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Colloque international : Le banquet des expressions artistiques célébré

Membre du comité scientifique de la commémoration du premier Festival mondial des arts nègres, Ousmane Sow Huchard, connu également sous le nom de Soleya Mama, jouit d’une légitimité à la fois scientifique et artistique pour parler de ce rendez-vous. Dans cet entretien, il partage ses souvenirs, mesure la portée du colloque et l’apport du festival de 1966 dans divers domaines.

Quels sont les souvenirs les plus fidèles qui reviennent à votre mémoire quand on parle du 1er Festival mondial des arts nègres?
Les souvenirs se bousculent tellement, le Festival adonné à voir une panoplie d’expressions culturelles. Mais, la grande exposition qui a eu lieu au musée dynamique m’a particulièrement marqué. Le musée du Caire avait exceptionnellement prêté des objets. Des tireurs d’élite passaient la nuit dans la grande salle pour surveiller les œuvres parce qu’il a fallu une pression personnelle du président Senghor pour qu’elles soient mises à la disposition du Sénégal. Il est très rare que ces œuvres quittent le musée du Caire.
Sur un autre registre, l’implication d’une figure importante de l’événement, peu mise en lumière, le révérend père Englebert Mveng du Cameroun, m’avait procuré de la joie. C’est lui qui nous a appris à déchiffrer la profondeur de l’art nègre. Il en est l’un des plus grands connaisseurs, très proche de Senghor. Il fait partie des sommités du Festival.

Le festival avait-il suscité l’engouement des populations ou avait-il seulement été la chose d’une certaine élite ?
Le festival occupait profondément les Sénégalais. C’était la première grande manifestation après l’indépendance. Senghor avait pris le temps de sensibiliser la population. En 1966, le président Léopold Sédar Senghor a pris une mesure exceptionnelle. On a donné à chaque fonctionnaire sénégalais trois mois de salaire d’avance pour participer au festival dans un contexte de construction des économies. Cette somme était à rembourse en 12 mois ; ceci pour vous dire à quel point le président tenait à la participation des populations, à ce que les cadres moyens s’approprient cette grande fête.

Quel est l’apport de ce festival dans la construction des idéologies et des infrastructures ?
Le festival a fixé le problème des arts, de la culture de manière générale comme fondement du développement. C’est depuis ce temps-là que le fait de dire que « la culture est au début et à la fin du développement » n’est plus perçu comme une faribole. Tout est parti de là. Le président Senghor avait réussi, au lendemain de l’indépendance - parce que sur le continent, on ne parlait que de riz, de développement agricole-, à intégrer la culture dans le débat. Les premières esquisses de plan du musée dynamique ont été réalisées en 1962 alors que dans aucun pays du continent on ne parlait de culture. Le poète-président voulait convaincre la communauté internationale que le Sénégal était résolument décidé à faire de la culture le principal levier de son développement. La création d’infrastructures culturelles comme le musée dynamique, le Théâtre national Daniel Sorano, la création des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs de Thiès sont autant d’actions qui sont en cohérence avec cette ambition alors proclamée.

La présence du président Macky Sall à l’ouverture de ce colloque et son appui pour l’organisation augurent- ils, au-delà des diverses actions entreprises, des lendemains moins embrumés pour la culture ?
Au début, malgré les signaux, nous n’étions pas particulièrement optimistes. Mais, quand il nous a reçus, nous avons été soulagés. Il a pris conscience que c’est un héritage qui mérite d’être fructifié. Beaucoup de gens ont passé leur temps, particulièrement depuis que le président Wade a raté son festival, à émettre des idées fausses sur cette manifestation culturelle. Que le quatrième président du Sénégal accepte de porter cette idée à nouveau, de le dire et de prendre la liberté de déclamer un poème dans un discours officiel est un acte fort. Nous voyons en lui un véritable partenaire. Il peut porter ce combat avec nous. L’émergence va aussi avec la reprise de la culture. Ne pas prendre en compte la culture dans les programmes, c’est faire fausse route.

Quelle est la portée de ce colloque ?
C’est presque un colloque de souvenirs, de rappels. Il permet aux témoins et intellectuels de faire quelques clarifications nécessaires. Revenir sur certains temps forts et dégager de nouveaux chemins pour les intellectuels. Il y a trop peu de colloques, de conférences sur la culture. Rien que pour cela, c’est une bonne chose. Il faudra ensuite reparler des institutions culturelles, de leur fonction. Si le festival a gardé toute cette fraîcheur dans la mémoire des gens, c’est parce que le musée dynamique, le Théâtre national… et quelques figures nous le rappellent. Le colloque nous aide à consigner des vécus, à partager des connaissances…

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Colloque international : Le banquet des expressions artistiques célébré 

Les organisateurs du colloque international peuvent tirer fierté d’avoir participé à la reconstruction des archives sur le Festival mondial des arts nègres de 1966. Les deux films soviétique et américain réalisés à cet effet ont été mis à la disposition du Sénégal grâce à la détermination et à la bienveillance respectivement de Bouna Sémou Ndiaye et de l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Sénégal.

Le corps est un espace d’expression où se déploie une esthétique et s’élaborent des idées pour se défaire de la banalité du mouvement. La danse, sous les cieux « noirs », est un langage des âmes des peuples qui se retrouvent après des aventures périlleuses. Ici aussi, le chant est mystique. Il redonne de la joie à ceux qui n’en espéraient plus et crée le dialogue entre des humanités qui ont encore le sens de la cadence ; celle-là universelle indifférente au temps, à l’espace et à la couleur pour commander les passions. L’universel ici ne tait pas les identités, il les révèle.

Le film soviétique sur le premier Festival mondial des arts nègres montre toute cette splendeur divine après que des intellectuels se sont échinés à le dire et à le défendre de manière acharnée mais quelquefois hermétique. La mise à disposition de cette production a été possible grâce à la « bataille solitaire » de Bouna Sémou Ndiaye, pour ainsi reprendre le président de la section sénégalaise de la Communauté africaine de culture ». Après 18 mois de combat empreint de patriotisme, il est parvenu à « arracher » le support dans lequel était consigné un pan de mémoire. Le peuple noir est en fête, en communion avec lui-même. Le « blanc » ne le regarde pas avec condescendance et impassibilité. Il se joint à la fête pour chanter une ode à la vie. On joue à la régate le jour. Joséphine Baker berce les âmes le soir. Le film met en lumière la rencontre de cultures fraternelles.

Rythmes d’Afrique
Le film documentaire de l’Africain-Américain, William Greaves, sur le Festival mondial des arts nègres de 1966 offre à voir une autre démarche mettant toutefois en évidence les mêmes « curiosités ». Il est, selon le professeur David Murphy (University of Stirling, Ecosse), « la représentation la plus connue de cet événement célèbre mais toujours mal connu ». Il souligne que le festival a attiré plusieurs documentalistes venus d’horizons très divers. Il a dénombré quatre productions : « Rythmes d’Afrique » tourné par une équipe soviétique, « Il Festival di Dakar », pour la télévision italienne, « Rythmes et images : impressions du premier festival mondial des Arts nègres », tourné par des réalisateurs roumains pour l’Unesco et « Le Sénégal au festival mondial des arts nègres », réalisé par Paulin Soumanou Vieyra, pour les Actualités sénégalaises. Chacune de ces productions « met en scène le festival ». Celle-là américaine, sortie en 1968, a été financée par le département d’Etat des Etats Unis. « On ne parle pas de la traite négrière dans le film. Et le spectacle sur l’Ile de Gorée n’y figure pas. On voit le spectacle féerique dans les autres films du Festival. Celui de William Greaves, lui, est centré sur la délégation afro-américaine », ajoute-t-il non sans établir une comparaison avec le film soviétique qui, à l’image de celui-là italien, montre la couleur de la vie à Dakar avec beaucoup de scènes de la rue. On y retrouve un échantillon beaucoup plus large de performances, toute la variété du monde qui s’y est réunie.

Le film de Greaves intervient dans un contexte de guerre froide. Il était important de promouvoir les intérêts américains. Cette production est montrée dans beaucoup de pays africains pour persuader les nations nouvellement indépendantes de l’Afrique que les Etats-Unis ont conjuré les démons du racisme. Mais, indique-t-on, le film est aussi un pied de nez à cette représentation lissée des Etats-Unis. La commande était pour un court métrage. Greaves s’empare du projet et produit un long-métrage dont le but, expliquera-t-il à posteriori, était de « faire enfin un film qui exprime une perspective noire sur la réalité ». Greaves, pionnier du cinéma afro-américain, a produit, au cours de sa longue carrière, plus de deux cents films documentaires.

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Colloque international : Le banquet des expressions artistiques célébré 

Qu’il me soit permis de m’adresser d’abord à vous chers amis et collègues. Depuis, en effet, le mois de mai où nous avons posté l’appel à communication pour le colloque qui nous occupe en ce moment, il ne s’est passé un seul jour sans que nous ayons échangé des mails, souvent à une cadence soutenue, à telle enseigne que par la magie de l’internet, chacun d’entre nous était déjà familier à l’autre en attendant impatiemment de mettre un visage sur le nom du ou de la correspondante. C’est désormais chose faite. Nous nous sommes, en effet, serrés la main. Nous nous sommes même embrassés comme de vieux amis. Je souhaite que l’hospitalité ou Téranga qui est la vertu première du Sénégal soit si douce, que vous vous sentiez chez vous et que vous ayez envie de revenir. Soyez assurés qu’en toutes circonstances, vous êtes toujours, les bienvenus.

Mesdames, Messieurs,
En 1966, un mot, comme par magie, faisait son irruption dans le lexique sénégalais et s’y installait durablement. Lancé à partir des ondes de Radio –Sénégal, par un homme exceptionnel, le Poète-Président, Léopold Sédar Senghor, il eut l’heur de plaire, se propagea partout, envahit le cœur du peuple sénégalais et rythma la vie quotidienne. Il fut aisément adopté. Ainsi, il y eut des robes et des chemises « Festival », des coiffures « Festival », des chansons et des danses »Festival ». Le Cercle de la Jeunesse de Louga, troupe théâtrale talentueuse, chanta même les »festivaliers ». Tout ceci fut merveilleux et se déroula dans une adhésion populaire que notre pays n’a jamais retrouvée depuis lors. Le 1er Festival Mondial des Arts Nègres organisé à Dakar en avril 1966 avec la participation active des « Pères » de la Négritude et de Alioune Diop fut un événement unique par sa dimension et son éclat. Il a durablement marqué l’imaginaire collectif. S’il a eu le succès que l’on sait, c’est parce que, le Président Senghor, homme d’organisation et de méthode a su s’entourer d’hommes illustres formés à son image que j’appelle les « Sénégalais » du Festival, ceux-là mêmes qui étaient sur le terrain et ont eu à porter sur leurs épaules la lourde organisation de cette manifestation. Il s’agit de grands commis de l’Etat comme, entre autres, le Président Abdou Diouf, Souleymane Sidibé et Seydina Oumar Sy. Du côté des peintres, il faut citer ceux qui vont animer l’Ecole de Dakar, à savoir Iba Ndiaye, Papa Ibra Tall et notre ami et frère Ibou Diouf à qui nous souhaitons longue et heureuse vie. Il y eut également des hommes et des femmes du spectacle : Douta Seck, Maurice Sonar et Line Senghor et autres. Tous ces hommes et femmes qui ont porté le fardeau du Festival méritent qu’on leur consacre un devoir de mémoire et que leurs noms soient à jamais reconnus et respectés.

C’est pour rappeler Le Festival et non pour le rééditer (car qui peut faire une réédition du 1er Festival Mondial des Arts Nègres ?) que la Cacsen a décidé de commémorer le cinquantenaire de cet événement qui fut un lieu privilégié d’expression de la culture noire, voire universelle.

Dirigée avec brio et engagement par notre jeune et dynamique collègue Alpha Amadou SY, la Cacsen regroupe des intellectuels qui ont eu à cœur de commémorer l’événement. Fort heureusement, des sponsors privés et publics sont venus à notre rencontre. Mais, c’est incontestablement, le président Macky Sall, véritable almoravide du savoir, qui a pris sur lui de mettre à notre disposition toutes les ressources matérielles et financières qu’exige l’organisation d’une telle manifestation pour en faire un succès garanti. Nous sommes reconnaissants à son endroit.

Mesdames, Messieurs, Il vous souvient certainement que le 1er Festival a été l’occasion de grandes réalisations architecturales et monumentales qui ont avantageusement modifié le visage de la capitale. Nous aurions souhaité que la Commémoration laissât une marque indélébile dans la marche de notre pays. Notre collègue et ami Bouna Sémou Ndiaye a eu, en effet, la ténacité de négocier et d’obtenir une copie du film soviétique sur le 1er Festival. L’Ambassadeur Walter Carrington que je salue avec respect et déférence nous apporte le film américain de William Greaves sur le même sujet. Il s’y ajoute qu’il n’y a guère longtemps, le président Macky Sall a reçu du président François Hollande une copie des archives françaises relatives à Thiaroye 1944. Il nous faut continuer sur ce chemin en mettant en chantier ce que j’appelle « La Grande collecte » du patrimoine sénégalais conservé à l’étranger. Il s’agira de repérer, collecter, traiter pour les rendre accessibles sur le sol sénégalais l’ensemble des sources de l’histoire de notre pays conservées à l’étranger donnant ainsi un matériau neuf aux historiens chargés de l’écriture de « l’Histoire Générale du Sénégal » que coordonne, avec constance et engagement, notre ami le Professeur Iba Der Thiam.

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Colloque international : Le banquet des expressions artistiques célébré 

Elh. Ibrahima Ndao, ancien directeur de la Senelec « La richesse de notre culture a été mise en lumière »

« J’avais 18 ans à l’époque. J’ai eu la chance de participer à un certain nombre de spectacles. Je me rappelle qu’au lycée, on faisait circuler des fiches de renseignement pour nous informer des thèmes qui seront abordés, les tarifs…. J’ai eu la chance de visiter toutes les expositions au musée dynamique et au musée Théodore Monod. J’ai particulièrement admiré le spectacle son et lumière de Gorée qui retrace l’histoire des peuples noirs, la rencontre avec les Européens… C’est une fresque qui retraçait toute une histoire qui mériterait d’être revisitée par les arts de la scène. Dans les quartiers de Dakar, à partir de 16 heures, étaient organisés des spectacles en plein air pour que le peuple s’approprie le festival. On sentait l’effervescence. Le peuple découvrait la richesse de sa culture en même temps qu’il participait à la fête. La richesse de la civilisation noire a été mise en lumière. Il y a eu un engouement populaire surtout chez les jeunes. La présence de l’Afrique noire et de l’Afrique du nord était remarquable. On a vu des troupes de danse de diverses origines qui traduisaient toute une diversité ».

Pr. Aloyse-raymond Ndiaye « Le Festival a été important pour la valorisation et l’illustration de la culture africaine »
« Ce festival a été très important pour la valorisation et l’illustration de la culture africaine. C’était l’objectif premier. Les gouvernements qui se sont succédé ont eu cette démarche de valorisation peut-être pas avec les mêmes convictions parce qu’entre temps les choses ont changé. Il faut tenir compte de l’évolution de l’environnement politique et économique. C’était à la suite de la lutte pour l’indépendance. Une fois indépendant, la manière dont on conduit les affaires a changé. Ce qui est important, c’est de considérer la culture comme essentiel au développement ».

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Colloque international : Le banquet des expressions artistiques célébré 

Le président de la République, Macky Sall, a présidé, hier, la cérémonie d’ouverture du colloque international commémorant le premier Festival mondial des arts nègres de 1966. La célébration de cet événement phare de l’histoire du Sénégal porte sur le thème : « Mémoire et actualité (1966)-2016) ». Dans la continuité de l’histoire, le chef de l’Etat a promis de poursuivre la symphonie de 1966.

De l’émotion, il y en a eu hier au salon vert du King Fahd Palace. La belle voix d’Ablaye Ndiaye Thiossane, star incontournable de la musique sénégalaise des années 1950 et 1960, a fait revivre les images du premier Festival mondial des arts nègres. La bonne intonation du comédien Serigne Ndiaye Gonzales, autre icône de cette période, imitant le poète Léopold Sédar Senghor, n’a pas laissé indifférent le président de la République, qui a procédé au lancement officiel du colloque international commémorant le cinquantenaire du premier Festival mondial des arts nègres de 1966. Macky Sall a salué la participation remarquable des icônes du premier Festival parmi lesquels figurent, entre autres, Serigne Ndiaye Gonzales, Younousse Sèye, Ablaye Ndiaye Thiossane, Ibou Diouf. Pour rendre un hommage mérité à ces grands artistes qui ont honoré la nation sénégalaise et participé au succès de cet événement dédié aux arts nègres, il a indiqué qu’il va leur décerner très prochainement des décorations de l’Ordre national du lion. Il s’agit, pour le Premier protecteur des arts, de célébrer l’œuvre, le talent ainsi que leur contribution dans la culture de « notre » pays. Par la même occasion, le président Sall s’est félicité de l’initiative du maire de Thiès, Talla Sylla, d’honorer l’éminent chanteur Ablaye Ndiaye Thiossane à travers le « Prix Ablaye Ndiaye des arts de la cité du rail ».
Le Festival de 1966 a été une occasion pour le Sénégal de se doter des infrastructures de grande envergure. C’est le cas, a rappelé le chef de l’Etat, du Musée dynamique construit à Soumbédioune. Dans un contexte géopolitique mouvementé, réunir des figures emblématiques « était une véritable gageure », selon Macky Sall.

La culture pour construire un monde apaisé
Cela, a-t-il poursuivi, parce qu’il s’agissait, selon Senghor, « non seulement d’aider à la défense et l’illustration de l’art nègre, mais aussi à la construction de la civilisation de l’universel ». « La densité de cette séquence historique de notre nation vaut bien une commémoration. C’est ce qui vaut ma présence parmi vous à l’initiative de la Communauté africaine de culture – section Sénégal que je félicite », a-t-il déclaré. A l’en croire, il s’agira pour lui d’assurer cette continuité de l’histoire en poursuivant la symphonie de 1966. « Par vos différentes activités, vous continuez à faire vivre l’esprit qui a animé les géants de l’affirmation de l’identité culturelle nègre dans la symbiose de l’universalité qu’était Aimé Césaire, Léon Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor, Alioune Diop, André Malraux », a déclaré le président de la République.
Toutefois, pour Macky Sall, la culture est un moyen d’éloigner des ténèbres pour un monde apaisé. C’est dans ce sens que les acteurs culturels doivent jouer leur rôle. « Vos voix doivent continuer à s’élever au-dessus de la mêlée. Vos plumes et vos pinceaux doivent baliser les chemins du futur, car, comme le disait le président-poète, vous êtes chercheurs, professeurs, artistes et écrivains, des vrais humanistes des temps contemporains », a-t-il dit.

Continuer la lutte que menaient les pionniers
Réaffirmant sa disponibilité à la section sénégalaise de la Communauté africaine de culture (Cascan), le président de la République a insisté sur la nécessité d’inscrire dans la durée les échanges ainsi que les stratégies de revitalisation de nos valeurs culturelles et notre civilisation. « Je le dis avec force et conviction, en ayant la claire conscience que les fléaux contre lesquels se battaient les pionniers sont encore tenaces. Notre monde peine encore à se débarrasser des masses hideuses de préjugés que nous avons. Le négationnisme de l’esclavage et de la colonisation, le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’extrémisme violent hantent encore notre quotidien », a-t-il déclaré. D’après le président Sall, des êtres humains sont ciblés, rejetés et violentés du seul fait de la couleur de leur peau, de leur croyance ou de leur appartenance sociale. « Les travailleurs migrants sont discriminés et exclus de politiques publiques alors même qu’ils contribuent, à la sueur de leur front, à la prospérité de leur pays d’accueil », a-t-il ajouté. Selon lui, c’est contre ces préjugés que se sont dressés les initiateurs du mouvement de la Négritude et du premier Festival mondial des arts nègres. « Dans un monde d’injustice et d’inégalité, notre combat n’est pas encore achevé », a averti le chef de l’Etat.

Hommage au président Léopold Sédar Senghor
Le chef de l’Etat a profité du lancement de ce colloque pour rendre hommage au président Léopold Sédar Senghor dont « l’esprit immortel » a plané, hier, sur la rencontre. « Léopold Sédar Senghor avait fait œuvre de pionnier en convoquant, à Dakar, en 1966, le premier Festival mondial des arts nègres. Fidèle à son aspiration aux dialogues des cultures et des civilisations qui préfigurent la civilisation de l’universel, il avait fait de l’événement un rendez-vous du donner et du recevoir », a-t-il expliqué. Pour Macky Sall, Senghor était lui-même un esprit revendicatif. A l’âge de 13 ans, alors qu’il se destinait à la prêtrise, il sera exclu de ce séminaire plus tard pour indiscipline parce qu’ayant protesté contre le racisme d’un frère supérieur. « Il faut aussi reconnaître à Senghor son combat contre le colonialisme par le soutien actif qu’il apportait au mouvement de libération nationale, à l’Anc, l’Olp… », a-t-il souligné.

Par Ibrahima BA, Alassane Aliou MBAYE (textes)
et Assane SOW (photos)

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Colloque international : Le banquet des expressions artistiques célébré 

L’hôtel King Fahd Palace a abrité, hier, la cérémonie d’ouverture du colloque international sur le cinquantenaire du 1er Festival mondial des arts nègres (Fesman) prévu les 8, 9 et 10 novembre 2016 à Dakar. Cet événement, présidé par le chef de l’Etat, Macky Sall, est une initiative d’intellectuels regroupés au sein de la section sénégalaise de la communauté africaine de culture (Cacsen). Le thème de ce colloque, « 1er Festival mondial des arts nègres : mémoire et actualité (1966-2016) », témoigne de la portée de cette fête qui a célébré l’homme et délivré un message universel.

« En 1966, un mot, comme par magie, faisait son irruption dans le lexique sénégalais et s’y installait durablement. Lancé à partir des ondes de Radio-Sénégal, par un homme exceptionnel, le poète-président Léopold Sédar Senghor, il eut l’heur de plaire, se propagea partout, envahit le cœur du peuple sénégalais et en rythma la vie quotidienne. Il fut aisément adopté. Ainsi, il y eut des robes et des chemises « festival », des coiffures « festival », des chansons et des danses « festival ». Tout ceci fut merveilleux et se déroula dans une adhésion populaire que notre pays n’a jamais retrouvée depuis lors ». Cette envolée du professeur Saliou Mbaye, président du Comité scientifique de ce colloque, inspirée par l’ivresse populaire d’un autre temps, traduit la dimension culturelle du premier Festival mondial des arts nègres de 1966. Au-delà de ce voyage dans l’univers du génie créateur du monde noir que ce festival a donné à voir, il a été une mise à l’épreuve des capacités de mobilisation active de ces peuples accablés de préjugés, des pères de la négritude, de leur idéologie et de ceux-là qui s’en enivraient.

C’est justement « pour rappeler le festival et non le rééditer que la Cacsen a décidé de commémorer le cinquantenaire de cet événement qui fut un lieu privilégié d’expression de la culture noire, voire universelle », souligne Saliou Mbaye, non sans rappeler la participation décisive des « Père » de la négritude et d’Alioune Diop. Cet événement unique par « sa dimension et son éclat » ayant marqué l’imaginaire collectif a eu cet écho mondial, selon lui, grâce à la personnalité de Senghor, « homme d’organisation et de méthode » qui s’est entouré d’illustres figures engagées pour la réussite de cet heureux rendez-vous : Iba Ndiaye, Papa Ibra Tall, Ibou Diouf, Souleymane Sidibé, Seydina Oumar Sy…méritent le respect de la Nation qu’ils ont servie avec détermination.

L’œuvre est immense. Elle est accomplie par un pays qui venait d’accéder à la souveraineté internationale. Il a été le réceptacle des diverses cultures et expressions artistiques célébrant la fécondité de l’imagination d’un monde dont l’humanité a été pendant longtemps remise en doute. C’est d’autant plus méritoire que « c’était quelque part, en 1966, sur un bout de terre, perdu quelque part, au bord de cet immense trait d’union qu’est l’océan atlantique. Un petit, un très petit pays, tant par rapport à sa superficie, à sa démographie qu’à son poids économique. Ce pays, le Sénégal, pour ne point le nommer, allait réussir la prouesse d’organiser, dans les règles de l’art, un banquet », s’est enthousiasmé Alpha Amadou Sy, président de la Cacsen à l’ouverture du colloque international. Et il ajoute, pour s’en réjouir davantage : « ce festival a été d’une épaisseur culturelle et d’une originalité telles que le professeur Hamady Bocoum a pu dire qu’en tant que couronnement de toute une dynamique historique, sa réédition est quasi impossible ».

Célébration de l’homme
Le contexte de l’époque confère à cette grande fête une importance capitale qui va au-delà de ce besoin d’affirmation d’une identité. Elle intervient dans un contexte de « stabilité précaire » de la planète, pour ainsi reprendre Alpha Amadou Sy. L’une des questions qu’elle s’employait à résoudre était d’une portée universelle : par quel vecteur bâtir l’unité d’intellectuels et d’hommes de culture d’horizons différents pour créer les conditions optimales de l’émancipation politique des peuples sous domination ? Car poser le problème de cette entité revient à s’interroger sur l’avenir d’une humanité fiévreuse qui a besoin d’une unité d’actions dans sa quête d’harmonie. Le Festival de 1966 s’adressait à l’homme, dans sa faculté de regarder l’autre comme semblable, avec un cheminement différent et des expressions qui ne se confinent point dans une standardisation inhibitrice.

C’est pourquoi, 50 ans après, la section sénégalaise de la Communauté africaine de culture a pensé que ce serait un « délit de mémoire que de passer sous silence cet événement majeur qui a tant contribué à donner à notre pays une image des plus flatteuses ». Le festival a posé des questions qui transcendent son époque d’où la pertinence d’interroger la mémoire et de mesurer son influence sur le présent. Ne parle-t-on pas ici de « mémoire et actualité » ?

Les organisateurs mettent en lumière les acquis…
organisateur colloqueDans son discours de bienvenue, le président de la section sénégalaise de la Communauté africaine de culture, Alpha Amadou Sy, est revenu sur certains acquis engrangés grâce à la commémoration de la cinquantenaire du 1er Festival mondial des arts nègres.

En dépit de la modicité des ressources financières et matérielles, les organisateurs se sont employés à faire de cette célébration un moyen d’enclencher des actions significatives. Le Sénégalais, Bouna Sémou Ndiaye, est parvenu à mettre à la disposition de la Cacsen une copie du film soviétique sur le Festival de 1966. Il restitue ainsi « un pan de notre mémoire après avoir mené une bataille solitaire », a loué Alpha Amadou Sy.

Le film américain sur le festival de William Greaves a également été mis à la disposition des organisateurs grâce à la bienveillance de l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Sénégal, Walter Carrington, qui a tenu, « malgré le poids de l’âge et le contexte électoral de son pays, à parcourir des milliers de kilomètres pour témoigner et partager avec les nouvelles générations son vécu ». Un documentaire ayant trait au Festival et basé sur des témoignages a également été produit grâce au concours de la bibliothèque centrale de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis.

Cela pose, selon le professeur Saliou Mbaye, président du comité scientifique, la question des archives ou de ce qu’il appelle la « Grande collecte » du patrimoine sénégalais conservé à l’étranger. « Il s’agira de collecter et de traiter, pour les rendre accessibles, sur le sol sénégalais, l’ensemble des sources de l’histoire de notre pays conservées à l’étranger pour ainsi donner un matériau neuf aux historiens ». La réception d’une copie des archives françaises relatives à Thiaroye 1944 par les autorités sénégalaises augure, dans ce sens, des lendemains moins embrumés. Une des grandes prouesses des organisateurs a certainement été de faire revivre, dans les mémoires collectives, de grandes figures qui ont contribué à la réussite du Festival de 1966. La célébration en décembre prochain du cinquantenaire des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs de Thiès, un des produits-emblèmes du Festival, participe, à en croire le président Sy, au renforcement de cet esprit qui relève du devoir de mémoire.

…Et se félicitent de l’apport décisif du chef de l’Etat
« Au moment de poser le dernier maillon de cette chaîne de manifestations commémoratives, l’une des plus grandes satisfactions de la Cacsen aura été la forte attention dont nous avons été l’objet de la part du président de la République. Vous avez bien voulu prendre en charge, au nom de la République et en votre qualité de protecteur des arts, toute la dernière partie du budget de notre manifestation », ainsi s’est exprimé Alpha Amadou Sy. Le président Sall a, en outre, accordé une audience ouverte à tous les membres du comité d’organisation et a accédé à la demande de la Cacsen de manifester la reconnaissance de la République à l’égard des figures marquantes du 1er Festival mondial des arts nègres comme Alioune Diop qui était le président du Comité national sénégalais et les artistes Ibou Diouf, Khady Diouf, Ablaye Ndiaye Thiossane, Younousse Sèye, Serigne Ndiaye Gonzalès.

Conférence inaugurale du Pr. Abdoulaye Elimane Kane : La culture, 4e pilier du développement durable
Abdoulaye Elimane KaneCette célébration du cinquantenaire du 1er festival mondial des Arts nègres constitue un bel exemple d’accomplissement d’un devoir de reconnaissance à l’endroit des grandes figures qui l’ont conçu, préparé et réalisé. Je veux nommer Alioune Diop , Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor, André Malraux ainsi que des institutions comme l’ Unesco sans l’abnégation , la persévérance et la participation desquels ce moment historique eut probablement manqué au besoin de sens que l’ Afrique et ses diasporas construisent patiemment pour leur émancipation et leur devenir.

Le concept de développement durable est le paradigme auquel l’on se réfère depuis le Sommet de la Terre tenu à Rio de Janeiro en 1992. Le Rapport Brundtland, tiré des recommandations de ce sommet, et intitulé « Notre avenir à tous donne une idée assez claire des enjeux » : l ’on ne peut plus envisager l’organisation de nos sociétés d’aujourd’hui sans y inclure la pensée du futur.

Cela signifie aussi que le sort de l’humanité, dans son unité et sa diversité, dépend de son aptitude à prendre ses responsabilités sur toutes les questions qui engagent sa survie comme espèce.

Cette dimension prospective est assortie d’une architecture des domaines devant porter le développement durable, très exactement trois piliers que sont l’économique, l’inclusion sociale et l’équilibre environnemental.
Par ailleurs, le document recommande explicitement de considérer cette architectonique comme nouveau paradigme à utiliser dans les stratégies locales, nationales et mondiales du développement.

Appropriation en assumant l’héritage
Tous les observateurs compétents s’accordent à reconnaître qu’il s’agit là d’ une avancée considérable, d’ une vision à long terme, d’ une conception du «  bien commun » à l’échelle de la Terre , dictée par la persistance et l’aggravation des « anormalités » que sont, entre autres, la détérioration des écosystèmes , les inégalités , le non –développement de beaucoup de pays du monde dans le même temps où l’humanité se targue d’être émancipée grâce aux pouvoirs de la raison , de la science et des techniques.
Reste alors la question du contenu et de la signification de la notion de durabilité.

N’oublions pas qu’un paradigme n’est qu’une matrice disciplinaire au tour d’une hypothèse majeure en vue d’expliquer des « « énigmes » et de résoudre des difficultés.
Si les anomalies et les difficultés persistent il faut en chercher les causes et éventuellement des hypothèses alternatives.

Différentes conceptions de la durabilité sont entrées en compétition dans de nombreuses études d’universitaires , d’économistes et de politologues , conceptions dont la plus tenace issue du rapport Brundtland est celle qui fait de l’instrument techno-économique et donc de la croissance économique l’aiguillon principal de cette dynamique.
D’autres conceptions, sans ignorer le rôle et la place éminente des instruments économiques et techniques, mettent à dessein l’accent sur les valeurs qui fondent l’humanité et dont les instruments cités ne devraient être que les moyens de les cultiver et de les perpétuer. 

C’est à la bonne compréhension des notions de durabilité, cohérence et de gouvernance que l’on doit la conception et l’élaboration d’une position majeure revendiquant la place de la culture comme quatrième pilier du développement durable.

Cette position consiste à exhorter les Etats, les gouvernements, les collectivités territoriales, les instances internationales mais également les chercheurs, intellectuels, hommes et femmes de culture, artistes et créateurs à travailler à la construction d’un paradigme prenant en compte le postulat suivant : aucun développement ne peut être durable sans la culture.
En vérité, si l’on interroge l’histoire, la question relative à la place de la culture, à sa prise en compte dans l’élaboration des politiques de développement n’est pas une problématique nouvelle. Du coup, son ancienneté semble révélatrice de la persistance de modèles qui ne parviennent pas à bout des « anomalies ». La question est donc de savoir en quels termes nouveaux, et , par rapport à quels défis du passé et d’ aujourd’hui, cette problématique est appréhendée.

L’on ne dira jamais assez ce que nous devons au rôle éminent des grandes figures d’Afrique et de ses diasporas, écrivains, artistes, cinéastes, pionniers dans l’édition et l’entreprenariat culturel qui ont, de longue date, tiré sur la sonnette d’alarme. En cette matière, il est également juste de rendre à Sédar ce qui est à Sédar. Toute l’œuvre de poète, de théoricien et d’homme politique de Léopold Sédar Senghor porte la marque de ce combat.

Lors de la célébration du centenaire de sa naissance dans le monde entier, le terme dont la récurrence a le plus marqué les hommages est celui de visionnaire en reconnaissance du caractère précoce et tenace de ses thèses sur la Civilisation de l’Universel et sur la diversité culturelle qui en est la condition sine qua non.
Et l’on se souvient que, pour marquer les esprits, Senghor a majoré le pôle culturel au point d’en paraître pécher par essentialisme et culturalisme. Le mouvement de la Négritude a partagé l’espace de ce discours avec d’autres mouvements et personnalités d’obédiences diverses, parfois opposées idéologiquement, mais qui ont tous placé la culture au cœur de leur combat pour la libération et l’émancipation des peuples d ‘ Afrique et de la diaspora.

Et c’est le lieu de rappeler sur cette question quelle place exceptionnelle ont tenu, lors de ce 1er festival mondial des arts nègres de Dakar deux événements destinés à porter le principal message à la postérité de ceux qui étaient venus communier. Je veux parler de l’Exposition intitulée ‘’Tendances et ruptures’’ dans l’art africain. Et je fais allusion au colloque consacré à la : «  Fonction et( à la ) signification de l’art négro- africain dans la vie du peuple et pour le peuple ».

L’on aura remarqué dans ces intitulés que si dans le premier on retrouve les idées de continuité et de changement, le second est un appel à une réelle appropriation de la culture par les différents acteurs qui en partagent les conditions de créativité, de diffusion et de partage, notamment les peuples africains.
Appropriation en assumant l’héritage par la préservation du patrimoine matériel et immatériel. Et Appropriation en assimilant les nouvelles opportunités du présent et en sachant épouser le mouvement qui induit le changement et l’ouverture.

Cette notion d’appropriation entendue au double sens indiqué, me semble aussi être au cœur de la position qui travaille à l’érection de la culture au rang de quatrième pilier du développement durable.
J’en fais le fil conducteur de cette contribution.
Depuis ce moment historique de 1966, beaucoup de bonnes initiatives ont été prises dans les pays africains au cours des années qui ont suivi leur accession à l’indépendance, et parmi les toutes premières, l’élaboration d’un cadre institutionnel, législatif et réglementaire nécessaire à la promotion de la culture.
J’ai eu la curiosité de vérifier et le plaisir de constater combien la culture a été prise en compte dans les préambules et les articles spécifiques des traités, conventions et accords de L’Oua, de L’Union africaine, de la Cedeao, de L’Uemoa. Qu’il en est de même dans l’accord qui lie les Etats du groupe Afrique / Caraïbes / Pacifique, partenaires de l’Union européenne, ainsi que nous en avons eu la confirmation en 1 998, en allant présenter au comité des ambassadeurs de ce Groupe la maquette du Projet du Mémorial de Gorée dont le concours architectural venait de s’achever. Ces diplomates recevaient pour la première fois un ministre de la culture et un projet culturel.

La culture, outil de réappropriation de la mémoire peuples
FesmanTous ces textes fondateurs proclament la nécessité de promouvoir la culture, d’en faire un outil de réappropriation de la mémoire des peuples d’Afrique et d’affirmation des identités africaines, considérant cette promotion comme condition indispensable du développement.
Reste à savoir ce que, dans la pratique, sont devenues ces importantes résolutions et, par ailleurs, quel sort a été réservé aux recommandations du 1er Festival mondial des Arts nègres, celles des éditions suivantes de Lagos et d’Alger, en termes de politiques culturelles, d’initiatives des hommes et femmes de cultures pour la promotion des arts et de la culture et plus précisément l’inclusion de la culture dans les stratégies de développement durable.

Les réponses à ces questions sont certainement très variées d’un pays à l’autre, d’une période de l’histoire récente du continent à une autre.
L’on saluera cependant la créativité des sociétés africaines qui, pour leur survie face à toutes sortes d’adversités et pour construire leurs propres raisons de vivre, n’ont cessé d’imaginer, d’entreprendre, d’élaborer et d’entretenir des cultures locales, régionales et transfrontalières, faisant vivre l’artisanat et différents métiers de la culture portant la marque de leur identité.
De même il convient de se féliciter des initiatives hardies qui ont conduit à ces grands rendez- vous culturels du Continent dont les effets structurants devront être mesurés et interprétés, mais dont personne ne doute de la valeur et de l’intérêt, à la fois pour l’unité africaine et pour inscrire la culture parmi les facteurs significatifs d’un développement authentique.
En constituent d’emblématiques preuves la Biennale de l’Art africain contemporain (Dak ‘Art), le Masa d’Abidjan, le Fespaco, les Journées cinématographiques de Carthage qui fêtent, elles aussi, leur cinquantenaire ainsi que bien d’autres rencontres périodiques abritées par des capitales africaines pour la musique, la danse, le théâtre le cinéma, la littérature, la mode.
Il y a aussi les infrastructures culturelles dont certaines sont de grande renommée.

Rappelons celles de la première génération, contemporaines du 1er Festival comme par exemple les Manufactures d’Arts décoratifs de Thiès et le Musée dynamique. Et signalons parmi les derniers nés des fleurons de cette catégorie, le magnifique Musée des Civilisations noires dont des voix plus autorisées parleront au cours de ce colloque.
Il ne fait donc pas de doute qu’en dépit de contextes difficiles, et de la marche quelque peu chaotique de l’Afrique vers son unité et son émancipation, il y a eu beaucoup de réalisations. Mais il y a eu aussi et il y a encore beaucoup d’obstacles. Et ces obstacles ne sont pas seulement dus à des problèmes techniques quand bien même il importe de les avoir à l’esprit.

La culture a été parfois utilisée par des idéologies obscurantistes
Pour l’histoire et pour notre gouverne personnelle, rappelons qu’en Afrique, comme ailleurs, la culture a été parfois utilisée par des idéologies obscurantistes, des démagogues, des dictateurs, parfois par les élites elles-mêmes comme alibi pour assouvir leur soif de pouvoir ou, dans l’exercice de celui-ci pour étouffer les libertés, restreindre le champ de la démocratie. Ce rappel est nécessaire pour éviter de se donner de l’Afrique une vision idyllique qui n’a rien à voir avec les réalités du passé et du présent.

D’autres difficultés, plus idéologiques que psychologiques, sont liées aux résistances portées par une vieille et tenace perception des différentes valeurs constitutives de la civilisation, perception sans doute liée au modèle occidental issu de la révolution industrielle du XIXe siècle.

Les arguments articulés par les tenants d’un plaidoyer en faveur de l’inclusion de la culture comme 4e pilier du développement durable tentent d’en rendre compte et d’esquisser des solutions. Nombre d’entre eux considèrent qu’en dépit de ses avancées notables, le paradigme dessiné par le rapport Brundtland, risque de laisser des « énigmes » non résolues, et imputent ce fait à l’insuffisance d’une prise en compte de la vraie place de la culture.

Pour un changement décisif du regard porté sur la culture, des institutions internationales dont la vocation est de susciter , d’identifier et de promouvoir les bonnes pratiques en matière de stratégies incluant la culture, multiplient les occasions d’appeler à l’esprit de responsabilité et d’engagement pour changer l’ordre des choses : l’Unesco, L’Agence internationale de la Francophonie, la Fédération internationale des Conseils nationaux et des Agences pour les arts et la culture ( Ifacca) , l’Agenda 21 de la commission culture des Cités et gouvernements locaux (Cglu ), l’ Agenda 2030 adopté par l’ Onu , figurent parmi les plus résolues d’entre elles.

Nous savons aussi combien les universitaires et chercheurs en sciences sociales et humaines, les hommes de terrain qui tirent leurs idées de leur vécu et de missions diverses en Afrique et dans le monde ont fait de cette question l’objet central de leurs travaux.

À ce propos, l’ouvrage de John Hawkes, « Le 4e pilier de la durabilité : le rôle essentiel de la culture dans la planification politique » (2001), a constitué un tournant important et une contribution majeure à l’analyse des défis de notre époque liée à la place de la culture.

Sa critique du paradigme techno économiste tire ses enseignements d’une activité permanente de recherche portant sur l’action culturelle locale.
Il en infère les principales observations suivantes :

Il est nécessaire et possible de transformer la base d’élaboration des politiques publiques pour y faire figurer la culture à la place qui doit être la sienne.
Il faut situer la culture au même niveau que les trois autres piliers. C’est à travers la créativité des acteurs culturels, notamment au sein des communautés que l’on vérifie concrètement la réalité de la culture comme dimension du développement durable.

D’où la nécessité de faire agir parallèlement aux piliers économique, social et environnemental, le pilier culturel qui ne se réduit pas à ces derniers.
D’une manière générale, ceux qui revendiquent pour la culture la place stratégique qui lui revient fondent leur analyse et leurs conclusions sur la nature des systèmes complexes.
La probabilité d’atteindre l’objectif global d’un système ne peut être garantie en misant sur l’excellence d’un seul des piliers (fut-il l’économie par exemple). En effet, si un autre élément est dégradé, qu’il s’agisse du social, de l’environnemental ou du culturel – ce qui, souvent est le cas pour ce dernier - l’ensemble dysfonctionnera nécessairement.

* Les intertitres sont de la rédaction

(A suivre)

Célébration du cinquantenaire du 1er festival mondial des arts nègres : Macky Sall promet de poursuivre la symphonie de 1966
Macky SallLe président de la République, Macky Sall, a présidé, hier, la cérémonie d’ouverture du colloque international commémorant le premier Festival mondial des arts nègres de 1966. La célébration de cet événement phare de l’histoire du Sénégal porte sur le thème : « Mémoire et actualité (1966)-2016) ». Dans la continuité de l’histoire, le chef de l’Etat a promis de poursuivre la symphonie de 1966.

De l’émotion, il y en a eu hier au salon vert du King Fahd Palace. La belle voix d’Ablaye Ndiaye Thiossane, star incontournable de la musique sénégalaise des années 1950 et 1960, a fait revivre les images du premier Festival mondial des arts nègres. La bonne intonation du comédien Serigne Ndiaye Gonzales, autre icône de cette période, imitant le poète Léopold Sédar Senghor, n’a pas laissé indifférent le président de la République, qui a procédé au lancement officiel du colloque international commémorant le cinquantenaire du premier Festival mondial des arts nègres de 1966. Macky Sall a salué la participation remarquable des icônes du premier Festival parmi lesquels figurent, entre autres, Serigne Ndiaye Gonzales, Younousse Sèye, Ablaye Ndiaye Thiossane, Ibou Diouf. Pour rendre un hommage mérité à ces grands artistes qui ont honoré la nation sénégalaise et participé au succès de cet événement dédié aux arts nègres, il a indiqué qu’il va leur décerner très prochainement des décorations de l’Ordre national du lion. Il s’agit, pour le Premier protecteur des arts, de célébrer l’œuvre, le talent ainsi que leur contribution dans la culture de « notre » pays. Par la même occasion, le président Sall s’est félicité de l’initiative du maire de Thiès, Talla Sylla, d’honorer l’éminent chanteur Ablaye Ndiaye Thiossane à travers le « Prix Ablaye Ndiaye des arts de la cité du rail ».

Le Festival de 1966 a été une occasion pour le Sénégal de se doter des infrastructures de grande envergure. C’est le cas, a rappelé le chef de l’Etat, du Musée dynamique construit à Soumbédioune. Dans un contexte géopolitique mouvementé, réunir des figures emblématiques « était une véritable gageure », selon Macky Sall.

La culture pour construire un monde apaisé
Cela, a-t-il poursuivi, parce qu’il s’agissait, selon Senghor, « non seulement d’aider à la défense et l’illustration de l’art nègre, mais aussi à la construction de la civilisation de l’universel ». « La densité de cette séquence historique de notre nation vaut bien une commémoration. C’est ce qui vaut ma présence parmi vous à l’initiative de la Communauté africaine de culture – section Sénégal que je félicite », a-t-il déclaré. A l’en croire, il s’agira pour lui d’assurer cette continuité de l’histoire en poursuivant la symphonie de 1966. « Par vos différentes activités, vous continuez à faire vivre l’esprit qui a animé les géants de l’affirmation de l’identité culturelle nègre dans la symbiose de l’universalité qu’était Aimé Césaire, Léon Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor, Alioune Diop, André Malraux », a déclaré le président de la République.

Toutefois, pour Macky Sall, la culture est un moyen d’éloigner des ténèbres pour un monde apaisé. C’est dans ce sens que les acteurs culturels doivent jouer leur rôle. « Vos voix doivent continuer à s’élever au-dessus de la mêlée. Vos plumes et vos pinceaux doivent baliser les chemins du futur, car, comme le disait le président-poète, vous êtes chercheurs, professeurs, artistes et écrivains, des vrais humanistes des temps contemporains », a-t-il dit.

Continuer la lutte que menaient les pionniers
Festival negreRéaffirmant sa disponibilité à la section sénégalaise de la Communauté africaine de culture (Cascan), le président de la République a insisté sur la nécessité d’inscrire dans la durée les échanges ainsi que les stratégies de revitalisation de nos valeurs culturelles et notre civilisation. « Je le dis avec force et conviction, en ayant la claire conscience que les fléaux contre lesquels se battaient les pionniers sont encore tenaces. Notre monde peine encore à se débarrasser des masses hideuses de préjugés que nous avons. Le négationnisme de l’esclavage et de la colonisation, le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’extrémisme violent hantent encore notre quotidien », a-t-il déclaré. D’après le président Sall, des êtres humains sont ciblés, rejetés et violentés du seul fait de la couleur de leur peau, de leur croyance ou de leur appartenance sociale. « Les travailleurs migrants sont discriminés et exclus de politiques publiques alors même qu’ils contribuent, à la sueur de leur front, à la prospérité de leur pays d’accueil », a-t-il ajouté. Selon lui, c’est contre ces préjugés que se sont dressés les initiateurs du mouvement de la Négritude et du premier Festival mondial des arts nègres. « Dans un monde d’injustice et d’inégalité, notre combat n’est pas encore achevé », a averti le chef de l’Etat.

Hommage au président Léopold Sédar Senghor
Le chef de l’Etat a profité du lancement de ce colloque pour rendre hommage au président Léopold Sédar Senghor dont « l’esprit immortel » a plané, hier, sur la rencontre. « Léopold Sédar Senghor avait fait œuvre de pionnier en convoquant, à Dakar, en 1966, le premier Festival mondial des arts nègres. Fidèle à son aspiration aux dialogues des cultures et des civilisations qui préfigurent la civilisation de l’universel, il avait fait de l’événement un rendez-vous du donner et du recevoir », a-t-il expliqué. Pour Macky Sall, Senghor était lui-même un esprit revendicatif. A l’âge de 13 ans, alors qu’il se destinait à la prêtrise, il sera exclu de ce séminaire plus tard pour indiscipline parce qu’ayant protesté contre le racisme d’un frère supérieur. « Il faut aussi reconnaître à Senghor son combat contre le colonialisme par le soutien actif qu’il apportait au mouvement de libération nationale, à l’Anc, l’Olp… », a-t-il souligné.

Réactions...

Pr Iba Der Thiam, historien : « L’initiative mérite d’être saluée et encouragée »
Pr Iba Der Thiam« L’initiative qui nous réunit mérite d’être saluée et encouragée, car la route est longue et la bataille sera dure. Le combat que Senghor et la Société africaine de culture avaient engagé en 1966 reste plus que jamais d’actualité, car les défis auxquels le Monde noir, la civilisation et la culture noire sont confrontés ont atteint, avec le temps, une dimension et une complexité renforcées. Depuis 1966, la colonisation, l’Apartheid, la néo-colonisation, l’échange inégal, l’exclusion de l’Afrique des centres névralgiques de la gouvernance mondiale, ont fait de l’unité des peuples noirs et de l’actualité de leur combat pour la justice, la dignité et l’égalité, un devoir sacré, bien que l’Oua ait vu le jour. Un devoir sacré que nous aurions tort de postposer par peur d’être accusés de victimisation. Le 50e anniversaire du 1er Festival mondial des arts nègres se tient dans un moment où le Sénégal vient de porter sur les fonts baptismaux le Musée des civilisations noires, dont le directeur général et le comité scientifique ont été officiellement désignés et installés. Il s’agit là, d’un événement d’une haute portée scientifique, puisqu’il traduit en actes concrets, un projet qui a été formulé pour la première fois, en 1924, par Lamine Senghor…»
 
Marlene Millon-Desvignes, artiste martiniquaise : « Une manière d’honorer les figures d’une autre époque »
« Je suis venue pour le cinquantenaire. En 2009, j’ai voulu venir à Dakar juste parce qu’on m’avait parlé du Festival mondial des arts nègres. Ma déception à l’époque a été que cet événement soit finalement reporté. Je me suis promis de revenir dans la capitale sénégalaise en espérant pouvoir assister à un Fesman un jour. Cette commémoration du cinquantenaire du premier Festival des arts nègres est pour moi comme un comblement. C’est très important. C’est un retour aux sources et une manière d’honorer les figures d’une autre époque. La culture, c’est la vie. En Martinique, le Fesman n’est pas si connu que cela. Les artistes martiniquais avec qui j’ai échangé n’en savent pas grand-chose. C’est pourquoi je salue cette initiative importante car mettant en lumière la culture et les valeurs du monde noir. Celui-ci a beaucoup de choses à montrer. Mon récent séjour en Casamance me réconforte dans cette conviction. Il y a une nécessité de réappropriation de certaines pratiques ».
 
Ablaye Ndiaye Thiossane, artiste : « Je suis fier d’être reconnu pour une œuvre 50 ans après »
Abdoulaye« Je brillais davantage dans la peinture et dans l’art dramatique que dans la musique. Quand on a commencé à parler du Festival mondial des arts nègres dès 1964, j’ai formé un orchestre à l’Ecole nationale des arts que j’ai appelé « Thiossane club » qui explorait la musique traditionnelle. En 1965, la mairie de Dakar m’a sollicité pour jouer ma partition dans le Fesman. Pour être en cohérence avec l’indépendance à laquelle nous venions d’accéder six ans auparavant, j’ai composé une chanson, « Taal len lamp yi », évoquant la lumière que laissait entrevoir notre autonomie après la colonisation. Nous avons assuré l’animation à Dakar et dans certaines localités. Je suis fier d’être reconnu par les autorités de mon pays et par le peuple sénégalais (il est prévu d’organiser le Prix Ablaye Ndiaye Thiossane des arts de la cité du Rail en plus de la décoration qui lui sera remise par le président de la République) ».

Ibou Diouf, auteur du tableau primé au 1er Fesman : « C’est une bonne chose de reprendre les choses en main »
« C’est un grand plaisir de participer à cette commémoration cinquante ans après le premier Festival mondial des arts nègres. Nous remercions Dieu de nous avoir laissé encore en vie parce que beaucoup d’artistes ayant pris part à ce festival ne sont plus de ce monde. C’est l’occasion de se féliciter du fait que des intellectuels sénégalais essaient de reprendre les choses en main pour créer une mémoire. Je pense qu’il faut essayer de développer la pensée de Senghor et de ses anciens amis. Depuis 1966, il y a eu des évolutions sur le plan culturel. Senghor, en son temps, avait presque tout balisé. Après le Festival, il y a eu des expositions internationales dans les meilleurs musées du monde. »

Walter Carrington, ancien ambassadeur des USA au Sénégal : « Les groupes de danse de l’époque m’avaient impressionné »
« Je suis très heureux d’être de nouveau au Sénégal. Cette conférence est très importante pour la mémoire du premier Festival mondial des arts nègres. Au moment du Fesman de 1966, j’étais à Dakar comme volontaire américain du Corps de la Paix au Sénégal. Je me rappelle de la grande délégation des Etats-Unis lors du Festival. Les groupes de danse de l’époque m’avaient très impressionné. Ce fut une très riche expérience. Je suis venu au Sénégal pour la première fois en 1952. C’est le premier pays africain que j’ai visité. »

Ibrahima NdaoElh. Ibrahima Ndao, ancien directeur de la Senelec « La richesse de notre culture a été mise en lumière »
« J’avais 18 ans à l’époque. J’ai eu la chance de participer à un certain nombre de spectacles. Je me rappelle qu’au lycée, on faisait circuler des fiches de renseignement pour nous informer des thèmes qui seront abordés, les tarifs…. J’ai eu la chance de visiter toutes les expositions au musée dynamique et au musée Théodore Monod. J’ai particulièrement admiré le spectacle son et lumière de Gorée qui retrace l’histoire des peuples noirs, la rencontre avec les Européens… C’est une fresque qui retraçait toute une histoire qui mériterait d’être revisitée par les arts de la scène. Dans les quartiers de Dakar, à partir de 16 heures, étaient organisés des spectacles en plein air pour que le peuple s’approprie le festival. On sentait l’effervescence. Le peuple découvrait la richesse de sa culture en même temps qu’il participait à la fête. La richesse de la civilisation noire a été mise en lumière. Il y a eu un engouement populaire surtout chez les jeunes. La présence de l’Afrique noire et de l’Afrique du nord était remarquable. On a vu des troupes de danse de diverses origines qui traduisaient toute une diversité ».

Aloyse NdiayePr. Aloyse-raymond Ndiaye « Le Festival a été important pour la valorisation et l’illustration de la culture africaine »
« Ce festival a été très important pour la valorisation et l’illustration de la culture africaine. C’était l’objectif premier. Les gouvernements qui se sont succédé ont eu cette démarche de valorisation peut-être pas avec les mêmes convictions parce qu’entre temps les choses ont changé. Il faut tenir compte de l’évolution de l’environnement politique et économique. C’était à la suite de la lutte pour l’indépendance. Une fois indépendant, la manière dont on conduit les affaires a changé. Ce qui est important, c’est de considérer la culture comme essentiel au développement ».

DISCOURS D’OUVERTURE DU PRÉSIDENT DU COMITÉ SCIENTIFIQUE, PROFESSEUR SALIOU MBAYE

Qu’il me soit permis de m’adresser d’abord à vous chers amis et collègues. Depuis, en effet, le mois de mai où nous avons posté l’appel à communication pour le colloque qui nous occupe en ce moment, il ne s’est passé un seul jour sans que nous ayons échangé des mails, souvent à une cadence soutenue, à telle enseigne que par la magie de l’internet, chacun d’entre nous était déjà familier à l’autre en attendant impatiemment de mettre un visage sur le nom du ou de la correspondante. C’est désormais chose faite. Nous nous sommes, en effet, serrés la main. Nous nous sommes même embrassés comme de vieux amis. Je souhaite que l’hospitalité ou Téranga qui est la vertu première du Sénégal soit si douce, que vous vous sentiez chez vous et que vous ayez envie de revenir. Soyez assurés qu’en toutes circonstances, vous êtes toujours, les bienvenus.

Pr Saliou MbayeMesdames, Messieurs,

En 1966, un mot, comme par magie, faisait son irruption dans le lexique sénégalais et s’y installait durablement. Lancé à partir des ondes de Radio –Sénégal, par un homme exceptionnel, le Poète-Président, Léopold Sédar Senghor, il eut l’heur de plaire, se propagea partout, envahit le cœur du peuple sénégalais et rythma la vie quotidienne. Il fut aisément adopté. Ainsi, il y eut des robes et des chemises « Festival », des coiffures « Festival », des chansons et des danses »Festival ». Le Cercle de la Jeunesse de Louga, troupe théâtrale talentueuse, chanta même les »festivaliers ». Tout ceci fut merveilleux et se déroula dans une adhésion populaire que notre pays n’a jamais retrouvée depuis lors. Le 1er Festival Mondial des Arts Nègres organisé à Dakar en avril 1966 avec la participation active des « Pères » de la Négritude et de Alioune Diop fut un événement unique par sa dimension et son éclat. Il a durablement marqué l’imaginaire collectif. S’il a eu le succès que l’on sait, c’est parce que, le Président Senghor, homme d’organisation et de méthode a su s’entourer d’hommes illustres formés à son image que j’appelle les « Sénégalais » du Festival, ceux-là mêmes qui étaient sur le terrain et ont eu à porter sur leurs épaules la lourde organisation de cette manifestation. Il s’agit de grands commis de l’Etat comme, entre autres, le Président Abdou Diouf, Souleymane Sidibé et Seydina Oumar Sy. Du côté des peintres, il faut citer ceux qui vont animer l’Ecole de Dakar, à savoir Iba Ndiaye, Papa Ibra Tall et notre ami et frère Ibou Diouf à qui nous souhaitons longue et heureuse vie. Il y eut également des hommes et des femmes du spectacle : Douta Seck, Maurice Sonar et Line Senghor et autres. Tous ces hommes et femmes qui ont porté le fardeau du Festival méritent qu’on leur consacre un devoir de mémoire et que leurs noms soient à jamais reconnus et respectés.

C’est pour rappeler Le Festival et non pour le rééditer (car qui peut faire une réédition du 1er Festival Mondial des Arts Nègres ?) que la Cacsen a décidé de commémorer le cinquantenaire de cet événement qui fut un lieu privilégié d’expression de la culture noire, voire universelle.

Dirigée avec brio et engagement par notre jeune et dynamique collègue Alpha Amadou SY, la Cacsen regroupe des intellectuels qui ont eu à cœur de commémorer l’événement. Fort heureusement, des sponsors privés et publics sont venus à notre rencontre. Mais, c’est incontestablement, le président Macky Sall, véritable almoravide du savoir, qui a pris sur lui de mettre à notre disposition toutes les ressources matérielles et financières qu’exige l’organisation d’une telle manifestation pour en faire un succès garanti. Nous sommes reconnaissants à son endroit.

Mesdames, Messieurs, Il vous souvient certainement que le 1er Festival a été l’occasion de grandes réalisations architecturales et monumentales qui ont avantageusement modifié le visage de la capitale. Nous aurions souhaité que la Commémoration laissât une marque indélébile dans la marche de notre pays. Notre collègue et ami Bouna Sémou Ndiaye a eu, en effet, la ténacité de négocier et d’obtenir une copie du film soviétique sur le 1er Festival. L’Ambassadeur Walter Carrington que je salue avec respect et déférence nous apporte le film américain de William Greaves sur le même sujet. Il s’y ajoute qu’il n’y a guère longtemps, le président Macky Sall a reçu du président François Hollande une copie des archives françaises relatives à Thiaroye 1944. Il nous faut continuer sur ce chemin en mettant en chantier ce que j’appelle « La Grande collecte » du patrimoine sénégalais conservé à l’étranger. Il s’agira de repérer, collecter, traiter pour les rendre accessibles sur le sol sénégalais l’ensemble des sources de l’histoire de notre pays conservées à l’étranger donnant ainsi un matériau neuf aux historiens chargés de l’écriture de « l’Histoire Générale du Sénégal » que coordonne, avec constance et engagement, notre ami le Professeur Iba Der Thiam.

RETOMBEES DU CINQUANTENAIRE : DEUX FILMS REGAGNENT LE « PAYS NATAL »

Pays natal FesmanLes organisateurs du colloque international peuvent tirer fierté d’avoir participé à la reconstruction des archives sur le Festival mondial des arts nègres de 1966. Les deux films soviétique et américain réalisés à cet effet ont été mis à la disposition du Sénégal grâce à la détermination et à la bienveillance respectivement de Bouna Sémou Ndiaye et de l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Sénégal.

Le corps est un espace d’expression où se déploie une esthétique et s’élaborent des idées pour se défaire de la banalité du mouvement. La danse, sous les cieux « noirs », est un langage des âmes des peuples qui se retrouvent après des aventures périlleuses. Ici aussi, le chant est mystique. Il redonne de la joie à ceux qui n’en espéraient plus et crée le dialogue entre des humanités qui ont encore le sens de la cadence ; celle-là universelle indifférente au temps, à l’espace et à la couleur pour commander les passions. L’universel ici ne tait pas les identités, il les révèle.

Le film soviétique sur le premier Festival mondial des arts nègres montre toute cette splendeur divine après que des intellectuels se sont échinés à le dire et à le défendre de manière acharnée mais quelquefois hermétique. La mise à disposition de cette production a été possible grâce à la « bataille solitaire » de Bouna Sémou Ndiaye, pour ainsi reprendre le président de la section sénégalaise de la Communauté africaine de culture ». Après 18 mois de combat empreint de patriotisme, il est parvenu à « arracher » le support dans lequel était consigné un pan de mémoire. Le peuple noir est en fête, en communion avec lui-même. Le « blanc » ne le regarde pas avec condescendance et impassibilité. Il se joint à la fête pour chanter une ode à la vie. On joue à la régate le jour. Joséphine Baker berce les âmes le soir. Le film met en lumière la rencontre de cultures fraternelles.

Rythmes d’Afrique
Le film documentaire de l’Africain-Américain, William Greaves, sur le Festival mondial des arts nègres de 1966 offre à voir une autre démarche mettant toutefois en évidence les mêmes « curiosités ». Il est, selon le professeur David Murphy (University of Stirling, Ecosse), « la représentation la plus connue de cet événement célèbre mais toujours mal connu ». Il souligne que le festival a attiré plusieurs documentalistes venus d’horizons très divers. Il a dénombré quatre productions : « Rythmes d’Afrique » tourné par une équipe soviétique, « Il Festival di Dakar », pour la télévision italienne, « Rythmes et images : impressions du premier festival mondial des Arts nègres », tourné par des réalisateurs roumains pour l’Unesco et « Le Sénégal au festival mondial des arts nègres », réalisé par Paulin Soumanou Vieyra, pour les Actualités sénégalaises. Chacune de ces productions « met en scène le festival ». Celle-là américaine, sortie en 1968, a été financée par le département d’Etat des Etats Unis. « On ne parle pas de la traite négrière dans le film. Et le spectacle sur l’Ile de Gorée n’y figure pas. On voit le spectacle féerique dans les autres films du Festival. Celui de William Greaves, lui, est centré sur la délégation afro-américaine », ajoute-t-il non sans établir une comparaison avec le film soviétique qui, à l’image de celui-là italien, montre la couleur de la vie à Dakar avec beaucoup de scènes de la rue. On y retrouve un échantillon beaucoup plus large de performances, toute la variété du monde qui s’y est réunie.

Le film de Greaves intervient dans un contexte de guerre froide. Il était important de promouvoir les intérêts américains. Cette production est montrée dans beaucoup de pays africains pour persuader les nations nouvellement indépendantes de l’Afrique que les Etats-Unis ont conjuré les démons du racisme. Mais, indique-t-on, le film est aussi un pied de nez à cette représentation lissée des Etats-Unis. La commande était pour un court métrage. Greaves s’empare du projet et produit un long-métrage dont le but, expliquera-t-il à posteriori, était de « faire enfin un film qui exprime une perspective noire sur la réalité ». Greaves, pionnier du cinéma afro-américain, a produit, au cours de sa longue carrière, plus de deux cents films documentaires.

OUSMANE SOW HUCHARD, MEMBRE DU COMITE SCIENTIFIQUE « Le festival a gardé toute sa fraîcheur dans la mémoire collective »

Ousmane Sow HuchardMembre du comité scientifique de la commémoration du premier Festival mondial des arts nègres, Ousmane Sow Huchard, connu également sous le nom de Soleya Mama, jouit d’une légitimité à la fois scientifique et artistique pour parler de ce rendez-vous. Dans cet entretien, il partage ses souvenirs, mesure la portée du colloque et l’apport du festival de 1966 dans divers domaines.

Quels sont les souvenirs les plus fidèles qui reviennent à votre mémoire quand on parle du 1er Festival mondial des arts nègres?
Les souvenirs se bousculent tellement, le Festival adonné à voir une panoplie d’expressions culturelles. Mais, la grande exposition qui a eu lieu au musée dynamique m’a particulièrement marqué. Le musée du Caire avait exceptionnellement prêté des objets. Des tireurs d’élite passaient la nuit dans la grande salle pour surveiller les œuvres parce qu’il a fallu une pression personnelle du président Senghor pour qu’elles soient mises à la disposition du Sénégal. Il est très rare que ces œuvres quittent le musée du Caire.
Sur un autre registre, l’implication d’une figure importante de l’événement, peu mise en lumière, le révérend père Englebert Mveng du Cameroun, m’avait procuré de la joie. C’est lui qui nous a appris à déchiffrer la profondeur de l’art nègre. Il en est l’un des plus grands connaisseurs, très proche de Senghor. Il fait partie des sommités du Festival.

Le festival avait-il suscité l’engouement des populations ou avait-il seulement été la chose d’une certaine élite ?
Le festival occupait profondément les Sénégalais. C’était la première grande manifestation après l’indépendance. Senghor avait pris le temps de sensibiliser la population. En 1966, le président Léopold Sédar Senghor a pris une mesure exceptionnelle. On a donné à chaque fonctionnaire sénégalais trois mois de salaire d’avance pour participer au festival dans un contexte de construction des économies. Cette somme était à rembourse en 12 mois ; ceci pour vous dire à quel point le président tenait à la participation des populations, à ce que les cadres moyens s’approprient cette grande fête.

Quel est l’apport de ce festival dans la construction des idéologies et des infrastructures ?
Le festival a fixé le problème des arts, de la culture de manière générale comme fondement du développement. C’est depuis ce temps-là que le fait de dire que « la culture est au début et à la fin du développement » n’est plus perçu comme une faribole. Tout est parti de là. Le président Senghor avait réussi, au lendemain de l’indépendance - parce que sur le continent, on ne parlait que de riz, de développement agricole-, à intégrer la culture dans le débat. Les premières esquisses de plan du musée dynamique ont été réalisées en 1962 alors que dans aucun pays du continent on ne parlait de culture. Le poète-président voulait convaincre la communauté internationale que le Sénégal était résolument décidé à faire de la culture le principal levier de son développement. La création d’infrastructures culturelles comme le musée dynamique, le Théâtre national Daniel Sorano, la création des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs de Thiès sont autant d’actions qui sont en cohérence avec cette ambition alors proclamée.

La présence du président Macky Sall à l’ouverture de ce colloque et son appui pour l’organisation augurent- ils, au-delà des diverses actions entreprises, des lendemains moins embrumés pour la culture ?
Au début, malgré les signaux, nous n’étions pas particulièrement optimistes. Mais, quand il nous a reçus, nous avons été soulagés. Il a pris conscience que c’est un héritage qui mérite d’être fructifié. Beaucoup de gens ont passé leur temps, particulièrement depuis que le président Wade a raté son festival, à émettre des idées fausses sur cette manifestation culturelle. Que le quatrième président du Sénégal accepte de porter cette idée à nouveau, de le dire et de prendre la liberté de déclamer un poème dans un discours officiel est un acte fort. Nous voyons en lui un véritable partenaire. Il peut porter ce combat avec nous. L’émergence va aussi avec la reprise de la culture. Ne pas prendre en compte la culture dans les programmes, c’est faire fausse route.

Quelle est la portée de ce colloque ?
C’est presque un colloque de souvenirs, de rappels. Il permet aux témoins et intellectuels de faire quelques clarifications nécessaires. Revenir sur certains temps forts et dégager de nouveaux chemins pour les intellectuels. Il y a trop peu de colloques, de conférences sur la culture. Rien que pour cela, c’est une bonne chose. Il faudra ensuite reparler des institutions culturelles, de leur fonction. Si le festival a gardé toute cette fraîcheur dans la mémoire des gens, c’est parce que le musée dynamique, le Théâtre national… et quelques figures nous le rappellent. Le colloque nous aide à consigner des vécus, à partager des connaissances…

MUSEE DES CIVILISATIONS NOIRES : Un prolongement du Festival de 1966

L’idée du Musée des civilisations noires, aujourd’hui en voie de concrétisation, devait à l’origine, souligne Pr Hamady Bocoum de l’Ifan, se poser comme une continuation du premier Festival mondial des arts nègres de 1966. Il s’agissait, au départ, d’un outil d’enracinement et d’ouverture qui devait regrouper tout ce que le monde noir a rassemblé comme éléments de civilisation, de culture et d’identité. C’était aussi une façon de reconstituer les différentes séquences de l’histoire des noires et de montrer leur contribution au patrimoine de l’universel. Pour M. Bocoum,  le Musée des civilisations noires est avant tout l’expression d’un besoin propre au contexte historique précis. Ce faisant, poursuit-il, son origine s’ancre dans les racines idéologiques de la Négritude face à une dévalorisation des héritages, historiques, technologiques et culturels des civilisations noires. « A l’époque, devant les constructions théoriques qui définissaient des catégories raciales bientôt obsolètes, les stratégies communes transcontinentales prenaient forme à l’intérieur des grandes rencontres panafricaines parmi lesquelles la Conférence panafricaine de Londres (23-25 juillet 1900), le Congrès panafricain de Manchester (15-21 octobre 1945) et la Conférence d’Accra (15-22 avril 1958) », souligne-t-il.

Pour l’historien, « il a été conçu dans l’esprit de défense, d’illustration et de compréhension du sens des valeurs de civilisation du monde noir et pour appliquer concrètement l’option de l’option fondamentale prise par le Sénégal de ne pas considérer le « développement » comme la recherche exclusive de l’accroissement du revenu per capita ». A l’en croire, cette vision holistique du développement explique, pour beaucoup, les précautions prises par les autorités pour donner au projet une solide base, méthodologie, conceptuelle et organique. Toutefois, regrette-t-il, ce projet tel que conçu à l’origine ne va pas survivre aux politiques d’ajustement des années 1980. « La reprise du projet au début des années 2000, dans un contexte où l’afro-pessimisme est en recul, marque la volonté du Sénégal d’inscrire le Musée des civilisations noires au cœur de sa politique culturelle », soutient le directeur du Musée. Même si l’idée de départ a changé, ce musée devra répondre aux risques de lessivage de « nos » civilisations et à la perte d’identité.

WOLE SOYINKA, ECRIVAIN NIGERIAN « Nous gardons le souvenir d’une explosion créatrice de fierté raciale »
Wole SoyinkaIl n’a pu faire le déplacement pour prononcer la leçon inaugurale du colloque international commémorant le cinquantenaire du premier Festival mondial des arts de 1966. Mais l’écrivain Nigérian de rang planétaire Wolé Soyinka a marqué la cérémonie d’ouverture par la portée historique de son message en anglais lu par le Professeur Ousmane Sène, directeur du Centre de recherche ouest africain (Warc). Pour l’un des figures majeures ayant pris part à ce banquet des civilisations et de la culture noire, l’année 1966 était l’année de l’inauguration des rituels de renouveau et de célébration, un legs éternel. A ses yeux, cette manifestation était un phare « d’œcuménisme culturel » qui définit un peuple doté d’une confiance existentielle, et qui a ouvert ses portes à une pluralité de croyances auxquelles se rattachent des atours culturels, des précipités et des lumières. « Au milieu des calamités sociales et politiques conjuguées à l’assaut de notre continent depuis la promesse des indépendances, nous gardons le souvenir d’une explosion créatrice de fierté raciale, la rencontre des cœurs et des esprits longtemps dispersés dans un ambiance festive et accommodante », a-t-il noté.

Pour l’écrivain, ce cinquantenaire commémore un noble héritage qui mérite d’être sans cesse évoqué pour confondre les sceptiques, pour éradiquer le culte de la morbidité qui rejettent les Muses protéennes de la race noire et sa « spiritualité œcuménique ».
Dans son message, le premier auteur noir lauréat du prix Nobel de littérature a indiqué que l’esprit de renouveau du Festival de 1966 a inspiré l’art de la célébration, en faisant une partie intégrante de l’existence profane. Bref, d’une joie manifeste de créativité. « Nous avons accueilli chaleureusement les descendants des victimes des violentes dispersions qui ont durée des siècles. Nous avons exhumé et rétabli les valeurs rejetées, négligées et vilipendées de nos sociétés brisées. Nous avons participé à cette communion qui consistait à récupérer les voix embrumées de ce que continent des mains de ceux qui s’étaient appropriés les droits des indigènes, gardiens légitimes de leur héritage», a-t-il rappelé dans ce message.

ARCHEOLOGIE DU FESTIVAL DE 1966 : Jean René Bourrel décrypte la participation d’André Malraux
Archéologie Festival Dans le cadre des communications du colloque international du cinquantenaire du premier Festival mondial des arts nègres, l’expert de la Francophonie, Jean René Bourrel, a passé au peigne fin la participation remarquable du ministre de la Culture française d’alors André Malraux. Pourtant le discours historique de celui que Senghor considérait comme « qui celui a compris le mieux compris l’art nègre parmi les européenne» va nourrir des controverses.

Avril 1966. Le Sénégal a l’honneur, à travers le Festival mondial des arts nègres, sous l’impulsion du président Senghor, de regrouper en pleine guerre froide toute la crème de l’intelligentsia du monde noire. La manifestation organisée par l’Etat sénégalais et la Société africaine de culture nourrit un élan populaire considérable. Défilés, expositions, spectacles de rue, conférences… rythment le quotidien des habitants de la capitale sénégalaise. Partout l’engouement est perceptible. Mais l’un des événements phares du premier Fesman est la participation du ministre français de la Culture de l’époque, en l’occurrence l’éminent écrivain André Malraux. Ce dernier est invité par le président Senghor à ouvrir cette grande fête de la culture faisant en même temps « les Etats généraux de la culture Négritude ». Pour l’expert de la Francophonie, Jean René Bourrel, l’ami personnel de longue date du «poète-président » sénégalais jouit d’un prestige qui légitime qu’il soit invité d’honneur du Festival. Anticolonialiste, André Malraux, explique-t-il, était considéré par Senghor comme « celui qui a le mieux compris nègre parmi les Européens ». Voilà tout l’intérêt qui se cachait derrière cette invitation d’honneur. D’après Jean Bourrel, qui a animé une communication sur le thème « Malraux, « hôte de passage » du Sénégal lors du premier Festival mondial des arts nègres », l’événement donnait au ministre de la Culture française l’opportunité d’une redécouverte et d’une célébration des arts nègres. « La visite privée du Musée dynamique, le 30 mars au matin, est en effet pour lui une véritable « illumination » (…) Le discours d’ouverture du colloque inaugural qu’il prononce l’après-midi du même jour consacre ensuite l’entrée définitive de l’art négro-africain dans le « Musée imaginaire » du patrimoine artistique mondial et, dans le même temps, la Négritude senghorienne elle-même », laisse-t-il entendre. Malraux effectuera ensuite des visites et inaugurations officielles dont deux donneront l’occasion d’une véritable découverte. Il s’agit, souligne l’expert, de la rencontre avec les jeunes plasticiens sénégalais et celle de la peinture haïtienne. L’autre découverte fabuleuse de l’écrivain français durant son séjour au Sénégal a été sa visite à la « reine Sebeth » en Casamance.

Malraux ou la légitimation de la Négritude
Mais la reconnaissance d’André Malraux de la Négritude de Senghor ne suffisait pas au bonheur de ce dernier ou bien même ce bonheur n’était que de courte durée. D’après Jean René Bourrel, cette reconnaissance par l’un des plus prestigieux représentants de la culture l’ancienne métropole prête à controverse. « Cette consécration se révèle ambiguë. Contre toute attente, elle fragile les prises de position politiques et morales de Senghor. Celui-ci a en effet donné l’impression d’avoir sollicité de Malraux la légitimation de la Négritude – de sa Négritude –, laquelle apparaîtra désormais pour de nombreux intellectuels comme une sorte de maladie infantile de l’Afrique postcoloniale », avance-t-il.

La dynamique de controverse et d’opposition va ainsi rythmer la suite du Festival. Quelques jours après le discours de Malraux, Aimé Césaire va monter au créneau pour fustiger l’idée de l’intellectuel français. Selon M. Bourrel, le discours prononcé par Césaire se présente comme une réponse à celui-ci. Le poète Martiniquais refusait de «s’enfermer dans une réflexion sur « l’esprit de forme » qui aurait à jamais disparu en Afrique interpelle les hommes politique africains qui viennent d’accéder aux postes de responsabilité nationales ».

L’autre intervenant du colloque international, Dr Jean Pierre Bat des Archives nationales de la France, a axé sa réflexion sur le « Dialogue entre la Négritude et la Francophonie ». Il a s’est proposé d’interroger la place du Festival mondial des arts nègres de 1966 à la croisée entre l’héritage culturel de la Négritude de Senghor, Damas et Césaire, dans l’entre-deux-guerres et la constitution de la Francophonie au lendemain des indépendances. A ses yeux, le Fesman de 1966 constitue un moment clé de la structuration d’une identité francophone authentiquement africaine. « A l’heure où le collège de France élit à la chaire de la création artistique l’écrivain Alain Mabanckou, la commémoration du Cinquantenaire du Festival mondial des arts nègres rappelle la place qu’occupent l’héritage diplomatique et culturel de la Négritude et du Sénégal dans la construction du champ francophone », indique-t-il.

REACTIONS

FELWINE SARR, ECONOMISTE « Ce colloque nous projette dans une dynamique »
Sarr« Ce colloque est une réussite dans la mesure où les organisateurs ont réussi à articuler plusieurs générations, des témoins et des universitaires qui ont travaillé sur la question. Dans l’intitulé du thème, « Festival mondial des arts nègres : mémoire et actualité », il y a cette projection vers l’avenir qui fait que l’interrogation reste ouverte. Tant que ça nous projette dans une dynamique, c’est une réussite. Le Festival mondial des arts nègres s’est tenu dans un contexte de désir, d’émancipation du continent africain et d’affirmation de son génie culturel et civilisationnel. Ce qui est important aujourd’hui, c’est de voir ce qu’il en reste et ce qu’on peut faire de ce discours qui a été projeté sur le monde, de ce discours des Arts, des Lettres. Plus que la nostalgie et le passé, c’est de voir s’il y a des invariants. Est-ce que les questions sont les mêmes ? A-t-on besoin encore, aujourd’hui, d’affirmer notre présence au monde sous le mode culturel ? Et si nous devons le faire, quelle forme cela doit prendre. Comment on se projette dans l’avenir à partir d’un héritage et de plusieurs histoires ».

SALIOU MBAYE, PRESIDENT DU COMITE SCIENTIFIQUE « Le colloque a été un moment de réflexion profonde »
« Je suis satisfait de nos rencontres. Les gens ont montré de l’enthousiasme et de la détermination. Il y a la main de Dieu dans cet événement. Leur touchante adhésion a permis la réussite de cette manifestation. Le colloque a été un moment de réflexion profonde malgré nos appréhensions légitimes. Les conditions sont aujourd’hui réunies pour engager des chantiers, pour nourrir de grandes ambitions pour nos pays, le monde noir, l’humanité. Nous sommes assurés des bonnes dispositions du président de la République du Sénégal, Macky Sall, à nous accompagner. Sa présence et son intérêt pour cette manifestation constituent un signal fort. La présence des moines de Keur Moussa est aussi une belle image qui montre, une fois de plus, que le Sénégal est un pays de dialogue ».

ABDERAHMANE NGAÏDE, HISTORIEN « Passer de la commémoration à la valorisation des événements »
« On doit dépasser le domaine de la commémoration et aller vers la valorisation des événements pour ne pas rester dans une forme de réécriture de l’histoire. La jeunesse du 21ème siècle a besoin d’un discours constitutif et non celui-là re-constitutif qui ne nous avance en rien du tout. On peut répéter mais de manière intelligible en y introduisant quelque chose de nouveau pour permettre aux jeunes de comprendre qu’ils ont hérité quelque chose.
Le colloque et les activités similaires doivent être mieux vulgarisés. Il est aussi important de réfléchir sur les lieux qui abritent ces manifestations. Il faut qu’ils soient accessibles aux jeunes auxquels on parle aussi. C’est de cette façon qu’ils porteront le projet.
Senghor n’a pas été bien compris. L’homme politique a masqué l’homme intellectuel et le prospectiviste. Car dans tout ce qu’il a écrit, il y a une dimension de prospective extrêmement importante qu’on doit aujourd’hui capter et valoriser davantage. Malheureusement, nous avons un problème de transmission. Il y a une rupture générationnelle qu’il faut rétablir par la générosité et éliminer cette tendance élitiste permanente. L’élite doit être plus ouverte pour qu’on puisse mettre en place une solidarité plus désincarnée ».

YounoussYOUNOUSSE SEYE, ARTISTE PLASTICIENNE « J’ai eu l’honneur d’accueillir  Haïlé Sélassié I??, empereur d’Ethiopie »
«La célébration du cinquantenaire du premier Festival mondial des arts nègres me replonge dans un nuage de souvenirs  de 50 ans. Je pense que c’est l’occasion pour chacun de revenir en arrière pour voir ce qui a été fait, de voir l’évolution dans le domaine économique, social et culturel. Le président Senghor, qui a organisé cette grande manifestation, était lui-même un grand homme  de dialogue, de foi, de loi et de droit. Ce qui m’a le plus marqué dans ce premier Fesman, c’était l’honneur qui m’était offert d’accueillir l’empereur d’Ethiopie, Haïlé Sélassié I??. Il Faut poursuivre le dynamisme de Senghor et ceci équivaut à revenir en arrière pour jauger le présent ».

ALLOCUTION D’ALPHA AMADOU SY, PRESIDENT DE LA CACSEN, A LA CLOTURE DU COLLOQUE
« Nous nous sommes acquittés de notre devoir de mémoire »

Cette rencontre de ce jour est un couronnement. Neuf mois durant, les membres du comité dont l’abnégation et le sens de l’engagement n’ont jamais été pris à défaut se sont évertués à créer les conditions de prise de parole des chercheurs, artistes et hommes de culture pour soumettre ce banquet de 1966 sous le regard oblique du soupçon. Les conclusions et recommandations qui ont résulté de nos travaux confirment, si besoin en était, la légitimité de cette commémoration du cinquantenaire du 1er Festival Mondial des Arts Nègres.
Il n’est pas peu de dire que nous nous sommes acquittés de notre devoir de mémoire en évitant ces goulots d’étranglement de la pensée créatrice que sont la fixation et le passéisme.
Au terme de nos assises, il est loisible de retenir deux facteurs qui ont concouru à assurer à nos échanges une remarquable fécondité. Il s’agit, d’abord, de cette posture intellectuelle majoritairement adoptée et qui est demeurée gouvernée par le souci de ne jamais faire de la passion le cerveau de la critique, pour reprendre une célèbre formulation marxienne. Il s’y ajoute que nous avons tous compris que le recours à la mémoire, dans la mesure où elle n’a de sens qu’en nous autorisant à avoir une prise sur notre actualité, alimente cette autre conviction, que je crois pouvoir partager avec vous : la culture pas plus qu’elle n’a perdu sa place privilégiée avec les indépendances politiques, elle ne saurait, non plus, être confinée au prisme réducteur de composante des industries créatives.

Alpha Amadou SyLa culture, lieu de sédimentation de valeurs d’universalité
Croyez-nous, ex-honorables invités, nous ne versons guère dans une quelconque hypostase de l’invariant culturel qui serait le corollaire de la sous-estimation de la féroce logique marchande qui régit notre planète. Nous pensons « simplement » que la culture, en dépit de ses accents par trop conservateurs et de son contenu relatif, n’en constitue pas moins le lieu de sédimentation de valeurs d’universalité. Au nombre de celles-ci, l’éthique et les normes altruistes, densément informées au sens aristotélicien du terme, par le sens des limites. Alors, si le défi majeur de l’heure est de préserver le maximum d’êtres humains contre les affres de l’appétit et de la logique de la jouissance, le recours à cet invariant culturel reste assurément un impératif catégorique. Aussi est-il question d’apprendre ou de réapprendre, selon les mots de Kant, à « penser l’unification du bien-être avec la vertu dans le commerce avec autrui ».
Certes, cette approche a sa dose d’utopie, mais sa positivité réside dans les efforts à consentir partout, et de tout temps, afin de rendre le monde plus juste et plus fraternel. Cette utopie, qui a sans doute l’âge de l’humanité et qui a inspiré nos intrépides devanciers, organisateurs et animateurs talentueux du 1er Festival Mondial des Arts, n’est pas devenue anachronique. Au contraire, elle s’impose avec d’autant plus d’acuité qu’il nous revient de tirer toutes les conséquences qui s’inscrivent dans cette rassurante et terrible certitude de Cheikh Hamidou Kane : « Nous sommes à la fin des destinées singulières ! »

Et je suis persuadé que c’est parce que nous sommes, pour l’essentiel, en accord sur cet impératif, que vous avez consenti autant de sacrifice, afin que nos travaux soient couronnés de succès. C’est pourquoi, malgré l’esprit subversif qui anime « naturellement » les intellectuels et hommes de culture que vous êtes, notre commerce s’est effectué certes dans la rigueur, mais aussi dans un climat d’un enfant.

Au nom de la section sénégalaise de la Communauté Africaine de Culture (Cacsen), je vous en remercie infiniment.

A toutes et à tous, je souhaite bon retour, avec le vœu de pouvoir nous rencontrer plus régulièrement en nous donnant rendez- vous dans les quatre coins du monde.

MAMADOU DIOUF, HISTORIEN, ENSEIGNANT A L’UNIVERSITE DE COLUMBIA
« Repenser et reproposer une vision à la fois unitaire et plurielle »

Mamadou DioufHistorien, enseignant à l’Université de Columbia, aux Etats-Unis, Mamadou Diouf est l’un des participants de marque au colloque international commémorant le cinquantenaire du premier Festival Mondial des Arts en 1966. Pour ce  spécialiste de l'Empire colonial français, le premier Festival a permis de changer complétement le regard ethnographique que les Occidentaux portaient sur les arts et la culture africaine. 

Quel sens donnez-vous à la commémoration de ce cinquantenaire du premier Festival Mondial des Arts Nègres de 1966 ?
La commémoration de ce cinquantenaire permet de revenir dans un environnement très différent et sur une intervention qui a été d’une très grande importance  juste dans la première décennie de l’indépendance, c’est-à-dire sur Senghor et les intellectuels qui avaient été parties prenantes de l’entreprise de Présence Africaine suite à la seconde guerre mondiale. Ce qui les intéressait, c’était de rouvrir le débat sur les arts africains dans le contexte de l’indépendance. C’est un moment particulier où les Africains essayaient de mieux inscrire leur présence dans le monde et de mieux démontrer leur contribution à la condition humaine et en particulier leurs interventions dans le domaine de la culture et des arts. Parce que le domaine de la culture et des arts définissait la civilisation. Aujourd’hui, revenir à ces discussions, c’est recentrer, dans un moment de globalisation, cette même entreprise de la contribution de l’Afrique à la condition humaine. Toutefois, ce n’est plus une contribution qui se définit en termes de distinction, mais de composition. Les cultures d’aujourd’hui sont des cultures de transaction, des cultures qui sont le produit de mixage. Et c’est ce mixage qui, aujourd’hui, nous interpelle. Cette interpellation nous ramène au Festival qui devient le point de départ d’une nouvelle conversation sur les arts et la culture africaine.

Le Festival Mondial des Arts Nègres a été un véritable succès pour avoir réussi à mobiliser tout l’intelligentsia africain et de la diaspora. Aujourd’hui, est-ce que ce grand banquet a permis de changer le regard des Occidentaux sur la culture noire ?
Ce Festival a permis d’aboutir à deux choses. Il a, d’abord, permis de changer complétement le regard ethnographique qu’on portait sur les arts et la culture africaine. Les Européens parlaient d’art africain. C’est eux qui ont commencé a aimé, dans l’Entre-deux-guerres, les arts africains. Cette période est appelée la « négrophilie ». C’est toute l’intervention de Picasso qui s’appuie sur les arts africains pour révolutionner le modernisme européen. Donc, le Festival a porté un regard africain à la place de celui des Occidentaux. La deuxième chose que le premier Fesman a fait, c’est d’essayer de contribuer à une intervention africaine, c’est-à-dire à parler d’une unité de l’Afrique qui révèle dans les arts et la culture. Et cette unité devait porter l’unité politique. A l’intervention historique de Cheikh Anta Diop, qui s’appuie sur l’Egypte, les partisans de la Négritude n’opposent pas mais additionnent un regard artistique et culturel. Mais ce projet a échoué parce que l’Afrique s’est émiettée en plus d’une cinquantaine d’Etats. Lesquels Etats ont construit une philosophie esthétique qui est une philosophie proprement nationale. Maintenant, la question, c’est de savoir, en retournant au passé, à l’histoire, si on est capable de repenser et de reproposer une vision à la fois unitaire et plurielle ; que les arts africains doivent toujours être au pluriel ; qu’il n’y a pas un art africain mais des arts africains même si on peut dire que la grammaire et la syntaxe de ces arts sont une syntaxe africaine. C’est ce qui fait leur convergence mais aussi leur dissymétrie. Donc, aujourd’hui, on en est plus à affirmer et exhiber quelque chose, mais à repenser et à refaçonner quelque chose pour un projet plus large.

Durant cette commémoration, il a beaucoup été question de poursuivre la symphonie de 1966…
On ne peut pas poursuivre une symphonie. Il y a des continuités et des discontinuités. L’un des problèmes, c’est qu’on continue à répéter. Je pense que faire une conférence de ce type, ce n’est pas répéter et reprendre ce que les gens ont fait. Ce n’est pas possible. Il faut les comprendre et les dépasser. C’est dans le dépassement que le projet vit. Tel l’organisme parce qu’il s’adapte. Un colloque de ce type doit être de révision, de transformation et de changement. L’archéologie du premier Fesman doit produire une vision, une projection dans l’avenir. C’est le futur qui doit commander aujourd’hui cette entreprise. Et penser le futur, c’est penser contradictoirement. Si je dois penser comme Senghor ou Cheikh Anta, je peux arrêter de penser. Mais si je dois penser contre eux, j’enrichi leurs pensées.

 

Par Ibrahima BA, Alassane Aliou MBAYE (textes)
et Assane SOW (photos)

Pr Iba Der Thiam, historien : « L’initiative mérite d’être saluée et encouragée »
« L’initiative qui nous réunit mérite d’être saluée et encouragée, car la route est longue et la bataille sera dure. Le combat que Senghor et la Société africaine de culture avaient engagé en 1966 reste plus que jamais d’actualité, car les défis auxquels le Monde noir, la civilisation et la culture noire sont confrontés ont atteint, avec le temps, une dimension et une complexité renforcées. Depuis 1966, la colonisation, l’Apartheid, la néo-colonisation, l’échange inégal, l’exclusion de l’Afrique des centres névralgiques de la gouvernance mondiale, ont fait de l’unité des peuples noirs et de l’actualité de leur combat pour la justice, la dignité et l’égalité, un devoir sacré, bien que l’Oua ait vu le jour. Un devoir sacré que nous aurions tort de postposer par peur d’être accusés de victimisation. Le 50e anniversaire du 1er Festival mondial des arts nègres se tient dans un moment où le Sénégal vient de porter sur les fonts baptismaux le Musée des civilisations noires, dont le directeur général et le comité scientifique ont été officiellement désignés et installés. Il s’agit là, d’un événement d’une haute portée scientifique, puisqu’il traduit en actes concrets, un projet qui a été formulé pour la première fois, en 1924, par Lamine Senghor…»

Marlene Millon-Desvignes, artiste martiniquaise : « Une manière d’honorer les figures d’une autre époque »
« Je suis venue pour le cinquantenaire. En 2009, j’ai voulu venir à Dakar juste parce qu’on m’avait parlé du Festival mondial des arts nègres. Ma déception à l’époque a été que cet événement soit finalement reporté. Je me suis promis de revenir dans la capitale sénégalaise en espérant pouvoir assister à un Fesman un jour. Cette commémoration du cinquantenaire du premier Festival des arts nègres est pour moi comme un comblement. C’est très important. C’est un retour aux sources et une manière d’honorer les figures d’une autre époque. La culture, c’est la vie. En Martinique, le Fesman n’est pas si connu que cela. Les artistes martiniquais avec qui j’ai échangé n’en savent pas grand-chose. C’est pourquoi je salue cette initiative importante car mettant en lumière la culture et les valeurs du monde noir. Celui-ci a beaucoup de choses à montrer. Mon récent séjour en Casamance me réconforte dans cette conviction. Il y a une nécessité de réappropriation de certaines pratiques ».

Ablaye Ndiaye Thiossane, artiste : « Je suis fier d’être reconnu pour une œuvre 50 ans après »
« Je brillais davantage dans la peinture et dans l’art dramatique que dans la musique. Quand on a commencé à parler du Festival mondial des arts nègres dès 1964, j’ai formé un orchestre à l’Ecole nationale des arts que j’ai appelé « Thiossane club » qui explorait la musique traditionnelle. En 1965, la mairie de Dakar m’a sollicité pour jouer ma partition dans le Fesman. Pour être en cohérence avec l’indépendance à laquelle nous venions d’accéder six ans auparavant, j’ai composé une chanson, « Taal len lamp yi », évoquant la lumière que laissait entrevoir notre autonomie après la colonisation. Nous avons assuré l’animation à Dakar et dans certaines localités. Je suis fier d’être reconnu par les autorités de mon pays et par le peuple sénégalais (il est prévu d’organiser le Prix Ablaye Ndiaye Thiossane des arts de la cité du Rail en plus de la décoration qui lui sera remise par le président de la République) ».

Ibou Diouf, auteur du tableau primé au 1er Fesman : « C’est une bonne chose de reprendre les choses en main »
« C’est un grand plaisir de participer à cette commémoration cinquante ans après le premier Festival mondial des arts nègres. Nous remercions Dieu de nous avoir laissé encore en vie parce que beaucoup d’artistes ayant pris part à ce festival ne sont plus de ce monde. C’est l’occasion de se féliciter du fait que des intellectuels sénégalais essaient de reprendre les choses en main pour créer une mémoire. Je pense qu’il faut essayer de développer la pensée de Senghor et de ses anciens amis. Depuis 1966, il y a eu des évolutions sur le plan culturel. Senghor, en son temps, avait presque tout balisé. Après le Festival, il y a eu des expositions internationales dans les meilleurs musées du monde. »

Walter Carrington, ancien ambassadeur des USA aux Sénégal « Les groupes de danse de l’époque m’avaient impressionné »
« Je suis très heureux d’être de nouveau au Sénégal. Cette conférence est très importante pour la mémoire du premier Festival mondial des arts nègres. Au moment du Fesman de 1966, j’étais à Dakar comme volontaire américain du Corps de la Paix au Sénégal. Je me rappelle de la grande délégation des Etats-Unis lors du Festival. Les groupes de danse de l’époque m’avaient très impressionné. Ce fut une très riche expérience. Je suis venu au Sénégal pour la première fois en 1952. C’est le premier pays africain que j’ai visité. »

Ibrahima BA, Alassane Aliou MBAYE (textes)
et Assane SOW (photos)

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Colloque international : Le banquet des expressions artistiques célébré

Cette célébration du cinquantenaire du 1er festival mondial des Arts nègres constitue un bel exemple d’accomplissement d’un devoir de reconnaissance à l’endroit des grandes figures qui l’ont conçu, préparé et réalisé. Je veux nommer Alioune Diop , Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor, André Malraux ainsi que des institutions comme l’ Unesco sans l’abnégation , la persévérance et la participation desquels ce moment historique eut probablement manqué au besoin de sens que l’ Afrique et ses diasporas construisent patiemment pour leur émancipation et leur devenir.

Le concept de développement durable est le paradigme auquel l’on se réfère depuis le Sommet de la Terre tenu à Rio de Janeiro en 1992. Le Rapport Brundtland, tiré des recommandations de ce sommet, et intitulé « Notre avenir à tous donne une idée assez claire des enjeux » : l ’on ne peut plus envisager l’organisation de nos sociétés d’aujourd’hui sans y inclure la pensée du futur.

Cela signifie aussi que le sort de l’humanité, dans son unité et sa diversité, dépend de son aptitude à prendre ses responsabilités sur toutes les questions qui engagent sa survie comme espèce.

Cette dimension prospective est assortie d’une architecture des domaines devant porter le développement durable, très exactement trois piliers que sont l’économique, l’inclusion sociale et l’équilibre environnemental.
Par ailleurs, le document recommande explicitement de considérer cette architectonique comme nouveau paradigme à utiliser dans les stratégies locales, nationales et mondiales du développement.

Appropriation en assumant l’héritage
Tous les observateurs compétents s’accordent à reconnaître qu’il s’agit là d’ une avancée considérable, d’ une vision à long terme, d’ une conception du «  bien commun » à l’échelle de la Terre , dictée par la persistance et l’aggravation des « anormalités » que sont, entre autres, la détérioration des écosystèmes , les inégalités , le non –développement de beaucoup de pays du monde dans le même temps où l’humanité se targue d’être émancipée grâce aux pouvoirs de la raison , de la science et des techniques.

Reste alors la question du contenu et de la signification de la notion de durabilité.
N’oublions pas qu’un paradigme n’est qu’une matrice disciplinaire au tour d’une hypothèse majeure en vue d’expliquer des « « énigmes » et de résoudre des difficultés.
Si les anomalies et les difficultés persistent il faut en chercher les causes et éventuellement des hypothèses alternatives.

Différentes conceptions de la durabilité sont entrées en compétition dans de nombreuses études d’universitaires , d’économistes et de politologues , conceptions dont la plus tenace issue du rapport Brundtland est celle qui fait de l’instrument techno-économique et donc de la croissance économique l’aiguillon principal de cette dynamique.
D’autres conceptions, sans ignorer le rôle et la place éminente des instruments économiques et techniques, mettent à dessein l’accent sur les valeurs qui fondent l’humanité et dont les instruments cités ne devraient être que les moyens de les cultiver et de les perpétuer.
C’est à la bonne compréhension des notions de durabilité, cohérence et de gouvernance que l’on doit la conception et l’élaboration d’une position majeure revendiquant la place de la culture comme quatrième pilier du développement durable.

Cette position consiste à exhorter les Etats, les gouvernements, les collectivités territoriales, les instances internationales mais également les chercheurs, intellectuels, hommes et femmes de culture, artistes et créateurs à travailler à la construction d’un paradigme prenant en compte le postulat suivant : aucun développement ne peut être durable sans la culture.
En vérité, si l’on interroge l’histoire, la question relative à la place de la culture, à sa prise en compte dans l’élaboration des politiques de développement n’est pas une problématique nouvelle. Du coup, son ancienneté semble révélatrice de la persistance de modèles qui ne parviennent pas à bout des « anomalies ». La question est donc de savoir en quels termes nouveaux, et , par rapport à quels défis du passé et d’ aujourd’hui, cette problématique est appréhendée.

L’on ne dira jamais assez ce que nous devons au rôle éminent des grandes figures d’Afrique et de ses diasporas, écrivains, artistes, cinéastes, pionniers dans l’édition et l’entreprenariat culturel qui ont, de longue date, tiré sur la sonnette d’alarme. En cette matière, il est également juste de rendre à Sédar ce qui est à Sédar. Toute l’œuvre de poète, de théoricien et d’homme politique de Léopold Sédar Senghor porte la marque de ce combat.

Lors de la célébration du centenaire de sa naissance dans le monde entier, le terme dont la récurrence a le plus marqué les hommages est celui de visionnaire en reconnaissance du caractère précoce et tenace de ses thèses sur la Civilisation de l’Universel et sur la diversité culturelle qui en est la condition sine qua non.

Et l’on se souvient que, pour marquer les esprits, Senghor a majoré le pôle culturel au point d’en paraître pécher par essentialisme et culturalisme. Le mouvement de la Négritude a partagé l’espace de ce discours avec d’autres mouvements et personnalités d’obédiences diverses, parfois opposées idéologiquement, mais qui ont tous placé la culture au cœur de leur combat pour la libération et l’émancipation des peuples d ‘ Afrique et de la diaspora.

Et c’est le lieu de rappeler sur cette question quelle place exceptionnelle ont tenu, lors de ce 1er festival mondial des arts nègres de Dakar deux événements destinés à porter le principal message à la postérité de ceux qui étaient venus communier. Je veux parler de l’Exposition intitulée ‘’Tendances et ruptures’’ dans l’art africain. Et je fais allusion au colloque consacré à la : «  Fonction et( à la ) signification de l’art négro- africain dans la vie du peuple et pour le peuple ».

L’on aura remarqué dans ces intitulés que si dans le premier on retrouve les idées de continuité et de changement, le second est un appel à une réelle appropriation de la culture par les différents acteurs qui en partagent les conditions de créativité, de diffusion et de partage, notamment les peuples africains.

Appropriation en assumant l’héritage par la préservation du patrimoine matériel et immatériel. Et Appropriation en assimilant les nouvelles opportunités du présent et en sachant épouser le mouvement qui induit le changement et l’ouverture.

Cette notion d’appropriation entendue au double sens indiqué, me semble aussi être au cœur de la position qui travaille à l’érection de la culture au rang de quatrième pilier du développement durable.

J’en fais le fil conducteur de cette contribution.
Depuis ce moment historique de 1966, beaucoup de bonnes initiatives ont été prises dans les pays africains au cours des années qui ont suivi leur accession à l’indépendance, et parmi les toutes premières, l’élaboration d’un cadre institutionnel, législatif et réglementaire nécessaire à la promotion de la culture.
J’ai eu la curiosité de vérifier et le plaisir de constater combien la culture a été prise en compte dans les préambules et les articles spécifiques des traités, conventions et accords de L’Oua, de L’Union africaine, de la Cedeao, de L’Uemoa. Qu’il en est de même dans l’accord qui lie les Etats du groupe Afrique / Caraïbes / Pacifique, partenaires de l’Union européenne, ainsi que nous en avons eu la confirmation en 1 998, en allant présenter au comité des ambassadeurs de ce Groupe la maquette du Projet du Mémorial de Gorée dont le concours architectural venait de s’achever. Ces diplomates recevaient pour la première fois un ministre de la culture et un projet culturel.

La culture, outil de réappropriation de la mémoire peuples
Tous ces textes fondateurs proclament la nécessité de promouvoir la culture, d’en faire un outil de réappropriation de la mémoire des peuples d’Afrique et d’affirmation des identités africaines, considérant cette promotion comme condition indispensable du développement.

Reste à savoir ce que, dans la pratique, sont devenues ces importantes résolutions et, par ailleurs, quel sort a été réservé aux recommandations du 1er Festival mondial des Arts nègres, celles des éditions suivantes de Lagos et d’Alger, en termes de politiques culturelles, d’initiatives des hommes et femmes de cultures pour la promotion des arts et de la culture et plus précisément l’inclusion de la culture dans les stratégies de développement durable.

Les réponses à ces questions sont certainement très variées d’un pays à l’autre, d’une période de l’histoire récente du continent à une autre.

L’on saluera cependant la créativité des sociétés africaines qui, pour leur survie face à toutes sortes d’adversités et pour construire leurs propres raisons de vivre, n’ont cessé d’imaginer, d’entreprendre, d’élaborer et d’entretenir des cultures locales, régionales et transfrontalières, faisant vivre l’artisanat et différents métiers de la culture portant la marque de leur identité.
De même il convient de se féliciter des initiatives hardies qui ont conduit à ces grands rendez- vous culturels du Continent dont les effets structurants devront être mesurés et interprétés, mais dont personne ne doute de la valeur et de l’intérêt, à la fois pour l’unité africaine et pour inscrire la culture parmi les facteurs significatifs d’un développement authentique.

En constituent d’emblématiques preuves la Biennale de l’Art africain contemporain (Dak ‘Art), le Masa d’Abidjan, le Fespaco, les Journées cinématographiques de Carthage qui fêtent, elles aussi, leur cinquantenaire ainsi que bien d’autres rencontres périodiques abritées par des capitales africaines pour la musique, la danse, le théâtre le cinéma, la littérature, la mode.
Il y a aussi les infrastructures culturelles dont certaines sont de grande renommée.

Rappelons celles de la première génération, contemporaines du 1er Festival comme par exemple les Manufactures d’Arts décoratifs de Thiès et le Musée dynamique. Et signalons parmi les derniers nés des fleurons de cette catégorie, le magnifique Musée des Civilisations noires dont des voix plus autorisées parleront au cours de ce colloque.
Il ne fait donc pas de doute qu’en dépit de contextes difficiles, et de la marche quelque peu chaotique de l’Afrique vers son unité et son émancipation, il y a eu beaucoup de réalisations. Mais il y a eu aussi et il y a encore beaucoup d’obstacles. Et ces obstacles ne sont pas seulement dus à des problèmes techniques quand bien même il importe de les avoir à l’esprit.

La culture a été parfois utilisée par des idéologies obscurantistes
Pour l’histoire et pour notre gouverne personnelle, rappelons qu’en Afrique, comme ailleurs, la culture a été parfois utilisée par des idéologies obscurantistes, des démagogues, des dictateurs, parfois par les élites elles-mêmes comme alibi pour assouvir leur soif de pouvoir ou, dans l’exercice de celui-ci pour étouffer les libertés, restreindre le champ de la démocratie. Ce rappel est nécessaire pour éviter de se donner de l’Afrique une vision idyllique qui n’a rien à voir avec les réalités du passé et du présent.

D’autres difficultés, plus idéologiques que psychologiques, sont liées aux résistances portées par une vieille et tenace perception des différentes valeurs constitutives de la civilisation, perception sans doute liée au modèle occidental issu de la révolution industrielle du XIXe siècle.

Les arguments articulés par les tenants d’un plaidoyer en faveur de l’inclusion de la culture comme 4e pilier du développement durable tentent d’en rendre compte et d’esquisser des solutions. Nombre d’entre eux considèrent qu’en dépit de ses avancées notables, le paradigme dessiné par le rapport Brundtland, risque de laisser des « énigmes » non résolues, et imputent ce fait à l’insuffisance d’une prise en compte de la vraie place de la culture.

Pour un changement décisif du regard porté sur la culture, des institutions internationales dont la vocation est de susciter , d’identifier et de promouvoir les bonnes pratiques en matière de stratégies incluant la culture, multiplient les occasions d’appeler à l’esprit de responsabilité et d’engagement pour changer l’ordre des choses : l’Unesco, L’Agence internationale de la Francophonie, la Fédération internationale des Conseils nationaux et des Agences pour les arts et la culture ( Ifacca) , l’Agenda 21 de la commission culture des Cités et gouvernements locaux (Cglu ), l’ Agenda 2030 adopté par l’ Onu , figurent parmi les plus résolues d’entre elles.

Nous savons aussi combien les universitaires et chercheurs en sciences sociales et humaines, les hommes de terrain qui tirent leurs idées de leur vécu et de missions diverses en Afrique et dans le monde ont fait de cette question l’objet central de leurs travaux.

À ce propos, l’ouvrage de John Hawkes, « Le 4e pilier de la durabilité : le rôle essentiel de la culture dans la planification politique » (2001), a constitué un tournant important et une contribution majeure à l’analyse des défis de notre époque liée à la place de la culture.

Sa critique du paradigme techno économiste tire ses enseignements d’une activité permanente de recherche portant sur l’action culturelle locale.
Il en infère les principales observations suivantes :
Il est nécessaire et possible de transformer la base d’élaboration des politiques publiques pour y faire figurer la culture à la place qui doit être la sienne.
Il faut situer la culture au même niveau que les trois autres piliers. C’est à travers la créativité des acteurs culturels, notamment au sein des communautés que l’on vérifie concrètement la réalité de la culture comme dimension du développement durable.

D’où la nécessité de faire agir parallèlement aux piliers économique, social et environnemental, le pilier culturel qui ne se réduit pas à ces derniers.
D’une manière générale, ceux qui revendiquent pour la culture la place stratégique qui lui revient fondent leur analyse et leurs conclusions sur la nature des systèmes complexes.
La probabilité d’atteindre l’objectif global d’un système ne peut être garantie en misant sur l’excellence d’un seul des piliers (fut-il l’économie par exemple). En effet, si un autre élément est dégradé, qu’il s’agisse du social, de l’environnemental ou du culturel – ce qui, souvent est le cas pour ce dernier - l’ensemble dysfonctionnera nécessairement.

Le développement durable doit, de ce point de vue, être conçu non comme un modèle mais comme un ensemble de principes fixant des objectifs à atteindre. La notion d’appropriation retrouve ici toute sa pertinence : pour atteindre les objectifs qu’elles se sont fixés, les sociétés africaines doivent se poser la question fondamentale que voici : qui sommes-nous et que voulons-nous devenir ?

Dès lors, il devient aisé de comprendre pourquoi, au principe de la création de l’Université Senghor d’Alexandrie, figure le postulat suivant : pour définir le type de développement approprié il faut prendre en compte l’esprit de la diversité culturelle.
C’est, en application de ce principe qu’au Sommet de Johannesburg sur l’aide au développement, en 2002, l’Unesco a insisté sur la nécessité de tenir compte des spécificités culturelles des pays concernés.

La création du réseau des Cités et gouvernements locaux unis (Cglu ) fort de quelques 8OO membres dans le monde , dont quelques pays africains, repose sur les mêmes principes et se fixe comme objectif et comme programme d’action :
- Se constituer vigie soucieuse de la place de la culture pour les générations futures ;
- S’appuyer sur la Déclaration universelle et sur la Convention de l’Unesco relatives à la diversité culturelle ;
- Faire de nos territoires les témoins de nos identités et les sources premières de nos potentialités économiques, véritables bases du développement durable ;
- Faire progresser l’idée que les gouvernances locales, nationales et internationales doivent certes créer des sociétés prospères, mais l’objectif dominant doit être la réalisation de sociétés tolérantes, créatives et soucieuses du bien commun.

Un exemple pour illustrer cet argumentaire : L’Unesco a décidé récemment de classer la gastronomie française « patrimoine de l’humanité ».
Pour certains, l’institution multilatérale a honoré les recettes de la cuisine française. Pour d’autres, c ‘est davantage le rituel français du repas convivial qui a été remarqué et célébré, manière d’encourager toutes les cultures dans leur diversité à préserver l’habitude de repas en groupe, entre citoyens sur les espaces publics.
L’on notera, s’agissant de promotion des liens entre culture et développement durable, l’existence d’une base de données, qualifiés de « bonnes pratiques », fruit d’une dizaine d’années d’observations et d’expériences, dans près de 70 pays dans le monde dont des pays africains. L’étendre à un nombre encore plus grand de pays est une tâche à laquelle tous les acteurs concernés par la question, gouvernements, décideurs publics et privés, créateurs et entrepreneurs culturels doivent pouvoir s’atteler.

La culture ne peut être réduite à un rôle d’appendice
Actualité oblige, nous sommes au Sénégal : puissent le PSE et le Haut Conseil des Collectivités locales qui vient d’être installé contribuer à élargir le champ des bonnes pratiques en faisant de la culture un vrai facteur de changement gage de développement durable.

Je voudrais consacrer le dernier volet de cette présentation à la revue rapide de quelques questions- clés récurrentes ou résiduelles relatives au statut de la culture et qu’on rencontre dans la littérature des Etats, institutions internationales, agences, Cités et gouvernements locaux, chercheurs, praticiens de l’art et de la culture.
La première de ces questions – clé concerne les obstacles persistants qui entravent la compréhension du concept de culture et par voie de conséquence la nécessité de faire de celle-ci le 4e pilier du développement durable.

En énumérer quelques-uns peut donner une idée des tâches à accomplir.
Convaincre les sceptiques et quelques doctrinaires que la culture ne peut être réduite à un rôle d’appendice des autres piliers ou d’ombre portée de l’économique.
Qu’elle est plus que cela.

Que dans le développement durable, le culturel est lui-même condition de satisfaction des besoins fondamentaux ?
Que ce qu’il y a à gagner peut s’exprimer autrement qu’en termes d’argent.
Qu’il faut se soucier des valeurs qui sont les raisons de vivre individuelle et collective de la société.
Si l’on porte à présent le regard sur le statut des artistes et créateurs culturels, le déficit d’estime de soi dû à leur image dans la société à l’exception des stars de la culture , l’absence d’égalité dans l’octroi des financements, le caractère classique ou innovant de celui-ci, leurs besoins de formation et d’accès à des savoirs et des savoir - faire comme complément à leurs talents : nombre d’études révèlent des disparités qui sont autant d’ obstacles à leur autonomie et à leur liberté de créer et de participer au changement.
Sur cette question, une prise de conscience nouvelle à laquelle les créateurs eux-mêmes ont travaillé permet d’espérer une amélioration de la situation car sans créateurs libres et autonomes il ne peut y avoir de civilisation digne de ce nom.

De quels leviers dispose-t-on pour changer les choses ?
Une part importante du changement vient déjà - et viendra de plus en plus - de l’émergence d’un véritable leadership culturel.
Celui-ci n’est pas à proprement parler un pouvoir et se définit plutôt comme exercice de responsabilité et aptitude à mettre ensemble des compétences pour atteindre des objectifs précis : ici faire de la culture un moyen de produire des changements en vue du vivre-ensemble et du bien commun.
Il semble qu’en dépit de ses énormes potentialités, le monde accuse un déficit considérable de leaders culturels, aussi bien dans les pays africains que dans les pays dits développés, à cause de nombreuses forces d’inertie.

Comment faire pour qu’il y en ait davantage et qu’on atteigne une masse critique susceptible d’entraîner une sorte de point de non-retour ? Voilà la grande équation.
Les gouvernements, les créateurs, les professionnels de la culture, la société civile, les villes et conseils locaux sont capables de faire montre d’un tel leadership.
Ils peuvent y faire progresser cette grande cause dans le respect de leurs spécificités et en faisant l’effort de persévérer dans la volonté de construire un type de développement respectueux de la présence et de la place de tous les piliers voués à le sustenter.

Le leadership s’apprécie notamment comme aptitude à consentir librement aux actes suivants : réduire à son strict minimum la gestion bureaucratique ; privilégier la délégation de pouvoir et l’autonomisation des acteurs sans renoncer au droit et au devoir de contrôle.

Un signe encourageant ayant valeur de geste pédagogique, nous vient du rôle des leaders émergents que sont les réseaux culturels.
Ces réseaux soutiennent les porteurs de projets culturels, aident les différents acteurs à développer de nouvelles visions, contribuent à l’information des décideurs et, du fait de leur expertise, arrivent parfois à faire admettre de nouvelles questions à l’ordre du jour des grandes orientations politiques.

L’autre grande tendance de l’actualité et qui confirme l’importance de la notion d’appropriation concerne les nouvelles opportunités. L’outil informatique notamment permet aux créateurs de mettre en ligne leurs travaux et de les partager avec des cercles de plus en plus larges de praticiens et d’amis de la culture. L’art est mis en ligne pour rassembler les hommes.
Au Sénégal, à Dakar en particulier, des expériences pilotes travaillent à montrer comment on peut tirer le meilleur parti de l’ère numérique. On relève l’existence d’un nombre non négligeable d’institutions privées s’occupant de production, de formation et de diffusion des arts numériques mais essentiellement motivées par la création et la préservation du lien social.
La Biennale de l’art africain contemporain a déjà intégré à son programme et organisé un « forum des arts numérique ».

La Ville de Dakar, elle-même admise en 2014 par l’Unesco au réseau des Villes créatives dans la section ‘’Arts numériques », a noué un partenariat avec les institutions citées plus haut avec un programme portant le label « Connecter des mondes divers » et compte poursuivre celui qui le lie à la Biennale de Dakar.
Il s’agit à côté des actions menées par l’Etat , de participer à la réduction de la fracture numérique et surtout de faire de la promotion des arts numériques un vecteur dynamique d’accès à l’éducation, à la formation à la citoyenneté et à la construction du lien social.

Aussi faut-il se féliciter de ce que, consciente des enjeux, l’Assemblée générale des Nations-Unies ait adopté en septembre 2015, l’Agenda 2030 pour le développement durable en y faisant explicitement référence à la place et au rôle de la culture pour que le développement durable ait un sens et soit possible. L’Onu appuie cette résolution sur 17 objectifs universels dont un grand nombre confirment le rôle de la culture pour changer l’ordre des choses, transformer le monde.

Respect des droits culturels
Permettez –moi, d’indiquer avant de conclure, une dernière tendance, une exigence sans l’observation de laquelle il ne peut y avoir intégration et donc développement durable : les droits culturels.

Ceux-ci font partie intégrante des Droits de l’Homme. Les politiques publiques, nationales, locales et internationales doivent reconnaître, respecter et faire respecter le droit des citoyens, des personnes déplacées, des minorités, des personnes et des groupes handicapés à déterminer librement leur identité, à développer et exercer leurs capacités de création et leurs expressions culturelles.

La déclaration de Fribourg sur les Droits culturels indique notamment que les municipalités doivent concevoir et organiser les services culturels de base comme droit minimum pour tous. Il faut se féliciter de ce que partout la prise de conscience de ces questions s’aiguise grâce à la multiplication des tribunes qui en font l’objet de débats et de résolutions.
Je reviens à mon fil directeur et c’est pour conclure : l’appropriation au double sens de réappropriation de l’héritage et d’assimilation des opportunités de notre époque est l’interprétation que j’ai essayé de faire du thème de notre colloque : Mémoire et Actualité.

Héritiers de l’évènement historique de 1966 et concernés par les implications diverses du concept de développement durable, nous sommes à la croisée des chemins : relever les défis ou faire courir à l’humanité le risque de voir se perpétuer les anomalies et , plus grave, mettre en danger sa survie.

La Position qui appelle à l’institution de la culture comme 4e pilier du développement durable ne doit être perçue ni comme adversité à l‘égard des trois autres piliers – ce qui serait irréaliste et insensé – ni volonté de réintroduire par la bande le tout-culturel qui ne saurait non plus être la panacée.
En revanche, admettre que la culture façonne nos identités - des identités ouvertes et presque toujours hybrides - qu’elle influe sur notre perception du monde et ses objets, qu’elle compte dans notre manière de créer des valeurs et de fabriquer du réel, c’est aussi accepter qu’elle constitue à la fois un catalyseur et un vecteur essentiels pour l’avènement d’un monde plus équilibré, gage de la durabilité du développement.

Abdoulaye Elimane Kane,
Professeur de philosophie
à la retraite, ancien ministre

* Les intertitres sont de la rédaction

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Colloque international : Le banquet des expressions artistiques célébré

Barack Obama avait fait de la fermeture du centre de détention de Guantanamo, ouvert par George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, une de ses promesses de campagne en 2009. Alors qu’il s’apprête à quitter la Maison Blanche, le président américain n’y est pas parvenu.

Le 8 novembre prochain, les Américains choisiront un nouveau président. Il ne restera alors à Barack Obama que deux mois, en janvier 2017, pour passer le témoin à son successeur qui sera soit la démocrate et ancienne secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, soit le républicain et sulfureux homme d’affaires, Donald Trump. Pour Barack Obama, c’est l’heure du bilan. Durant les huit ans qu’il aura passé à la tête de la première puissance économique et militaire mondiale, Obama, de l’avis de certains analystes politiques, peut se prévaloir d’un bon bilan.

A l’international, il peut se targuer d’avoir été celui qui a mis hors d’état de nuire Oussama Ben Laden en 2011 ou encore celui qui a retiré les dernières troupes américaines d’Irak la même année. Le réchauffement des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba porte également l’empreinte du premier président américain noir.

Seul ombre à ce bilan globalement positif, la non fermeture du centre de détention de Guantanamo. En effet, Barack Obama avait fait la promesse, dès le début de son mandat, en 2009, de fermer ce site cubain ouvert par Georges W. Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. N’ayant pas pu tenir cette promesse lors de son premier mandat, Obama l’avait réitérée après sa réélection en 2012. En vain.

Aujourd’hui, il semble clair que la fermeture de Guantanamo ne se fera plus sous l’administration Obama. Il voulait, avec la fermeture du centre, « refermer un chapitre de l’histoire des Etats-Unis ». Finalement, c’est le chapitre de sa vie en tant que président qu’il fermera sans y arriver.

Moins qu’un manque de volonté, le président américain a fait face à l’opposition farouche du Congrès à majorité républicaine. Face à cette situation, il a dû revoir sa stratégie. Celle-ci a consisté à transférer certains prisonniers dans d’autres pays. C’est dans ce cadre que le Sénégal accueille et héberge deux anciens détenus de Guantanamo d’origine libyenne. Le 15 août dernier, le Pentagone a annoncé avoir transféré quinze détenus aux Emirats arabes unis. A ce jour, seuls 61 détenus restent toujours enfermés sur le site cubain.

Selon les chiffres publiés par le New York Times, sur ces 61 prisonniers, 20 sont immédiatement libérables, dont 29 en attente d’un pays d’accueil. Dix autres ont été ou seront jugés devant les commissions militaires, notamment cinq hommes accusés d’avoir organisé les attentats du World trade center. Les 31 restants entrent dans la catégorie des « détenus illimités », considérés comme trop dangereux pour être libérés. Ces derniers, selon le journal New Yorkais, ne peuvent être jugés, car leurs aveux obtenus par la torture ne sont pas recevables devant un tribunal.

Lors de l’investiture de Barack Obama, en 2009, on comptait 242 détenus à Guantanamo. Il en a libéré 181. Alors que sous l’administration Bush, 532 prisonniers avaient été libérés de Guantanamo, la plupart par larges groupes vers l’Afghanistan et l’Arabie saoudite.

Elhadji Ibrahima THIAM

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Le 20 juillet 2015, Washington et La Havane rétablissaient des relations diplomatiques directes après plus de 54 ans de rupture unilatérale, avec l’ouverture d’ambassades dans les deux pays. Dès lors, le mandat de puissance protectrice de la Suisse pour les Etats-Unis à Cuba prenait fin. Pendant cette période de « froid » entre les deux pays, la Suisse, à la demande des Américains, représentait les intérêts diplomatiques des Etats-Unis à Cuba et a souvent joué le rôle de médiateur.

Au plus fort de la guerre froide, les Etats-Unis avaient, en effet, rompu avec Cuba après la révolution communiste castriste. Le 2 janvier 1959, à Cuba, quelques heures après la fuite à l’étranger du général Batista, soutenu par les Etats-Unis, qui tenait l’île depuis le milieu des années 1930, les troupes castristes, emmenées par Ernesto Che Guevara et Camilo Cienfuegos, entrent dans La Havane. La crise avait atteint son paroxysme en octobre 1962 lorsque l’Union soviétique (Urss) a voulu déployer des missiles nucléaires dans la Baie des Cochons, à portée de la Floride.

 Mais, en 1977, les deux Etats établissaient des sections de défense des intérêts rattachés aux ambassades de Suisse où des diplomates américains pouvaient travailler à La Havane et leurs collègues cubains à Washington. Dès lors, le mandat suisse a été principalement formel. D’ailleurs, Berne n’a joué aucun rôle majeur dans le rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba. En coulisses, ce sont le Canada et le Vatican qui ont œuvré très discrètement ce spectaculaire rapprochement que le président Obama avait annoncé en décembre 2014, à la surprise générale.

 A l’époque, le diplomate américain chargé du poste d’ambassadeur n’avait pas encore été choisi, une telle nomination étant une affaire délicate aux Etats-Unis. Un chargé d’affaires avait assuré la gestion du poste dans un premier temps.  Puis, le mardi 11 octobre 2016, Barack Obama a annoncé la nomination de Jeffrey De Laurentis comme ambassadeur à Cuba, une initiative hautement symbolique à quelques mois de son départ, mais qui devrait se heurter à l'obstacle du Sénat, contrôlé par les républicains. A ce jour, le Sénat fait blocage.
Toute désignation présidentielle d'un ambassadeur doit être, en effet, confirmée par le Sénat. Or plusieurs élus républicains sont opposés à la main tendue au régime communiste. Marco Rubio, sénateur de Floride et ancien candidat aux primaires républicaines, estime qu’ "un ambassadeur américain n'aura aucune influence sur le gouvernement cubain, qui est un régime fermé et dictatorial". M. Rubio, lui-même d’origine cubaine, juge que cette nomination ne doit pas être confirmée tant que le régime Castro ne fera pas des « progrès réels et irréversibles en termes de droits de l’Homme et de liberté politique pour le peuple cubain ».

Le 1er juillet 2015, le président Obama faisait part de sa décision de renouer le dialogue avec La Havane, mettant fin à « une politique hostile d’un autre temps ».  Depuis le triomphe de la Révolution, en 1959, jusqu’au dénouement annoncé en décembre 2014, Washington a utilisé tous les moyens pour renverser le gouvernement cubain : sanctions économiques toujours en vigueur, invasion militaire, menace de guerre nucléaire, terrorisme, financement de l’opposition interne et guerre politique, diplomatique et médiatique contre Cuba. Cependant, un allègement facilitant les exportations et les voyages d'affaires est intervenu depuis janvier 2016. Ainsi, le Trésor américain a autorisé la chaîne hôtelière Starwood à ouvrir deux hôtels à La Havane, une première depuis la révolution castriste.

« Une politique hostile d’un autre temps »
Les négociations entre les deux pays ont duré près de six mois, depuis l’annonce historique du 17 décembre 2014 de l’ouverture d’un processus de négociation entre Raúl Castro et Barack Obama. Alors que la Maison Blanche souhaitait rétablir les relations diplomatiques avant le Sommet des Amériques, au Panama, en avril 2015, le gouvernement cubain avait opposé une fin de non-recevoir exigeant, au préalable, la réalisation de certaines conditionnalités.

Tout d’abord, retirer Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme dans laquelle elle avait été incluse en 1982 par le gouvernement de Ronald Reagan. Depuis cette date, le département d’Etat considère Cuba comme un soutien du terrorisme international. Pourtant, l’île a été la première victime du terrorisme orchestré par la Cia de 1959 à 1997, avec un bilan humain de 3.478 morts et 2.099 personnes mutilées. Cette stigmatisation, rejetée par la communauté internationale, constituait un obstacle majeur à la normalisation des relations bilatérales. Nelson Mandela, lui aussi, avait été inclus dans ladite liste jusqu’en…2008. Le 29 mai 2015, en annonçant le retrait de Cuba de cette liste, le président Obama ouvrait ainsi la voie au rétablissement des ambassades.

 Ensuite, l’autre condition posée par La Havane concernait le comportement des diplomates étasuniens. En effet, l’un des piliers de la politique étrangère des Etats-Unis vis-à-vis de Cuba a été de soutenir matériellement et financièrement l’opposition cubaine à l’intérieur de l’île, en violation flagrante de la législation cubaine et de la légalité internationale.  Pourtant, la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961, en son article 41, stipule que tout diplomate étranger a « le devoir de respecter les lois et règlements de l’État accréditaire » et « également le devoir de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de cet État ». Faisant amende honorable, Washington a reconnu soutenir la dissidence cubaine, maillon essentiel de sa stratégie de déstabilisation, et La Havane a, semble-t-il, obtenu des garanties en ce sens.

 Enfin, Cuba exigeait que sa représentation diplomatique à Washington ait accès aux services bancaires indispensables à son fonctionnement. En raison des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis, ces services avaient été interrompus pendant plusieurs mois, jusqu’à leur rétablissement en mai 2015.  

La lucidité et le sens du réalisme politique du président Obama lui ont fait reconnaitre l’échec total de la politique étrangère étasunienne vis-à-vis de Cuba. L’hostilité à l’égard de Cuba, le blocus économique, commercial et financier, a autant isolé les Etats-Unis de ses voisins que Cuba. En mettant un terme définitif aux fantômes du passé, Barack Obama a surtout admis sa capacité à changer de voie lorsque « quelque chose ne fonctionne pas ». Un sens de l’opportunisme plus facile à mettre en œuvre à l’étranger que de réussir à changer la donne at home sur la question raciale américaine, le contrôle des armes, la fermeture de Guantanamo ou la politique africaine.

 Car aux Etats-Unis, aussi bien l’opinion publique que les secteurs politiques et financiers ont accueilli positivement cette ouverture vers Cuba. Hillary Clinton, candidate démocrate à la présidence de novembre 2016, a salué la décision de Barack Obama. De son côté, le lobby économique américain en faveur de la levée des sanctions Engage Cuba a applaudi. En effet, selon un sondage réalisé en juillet 2015, par le Chicago council on global affairs, 67 % des citoyens étasuniens y sont favorables. Tom Udall, sénateur démocrate de l’Etat du Nouveau Mexique, a admis qu’il était désormais temps de procéder à « l’abrogation de lois désuètes qui empêchent l’expansion du commerce et réduisent la capacité des Américains à voyager librement » à Cuba.
 
« Un signal d’espoir »
La communauté internationale a salué l’adoption d’une politique constructive à l’égard de Cuba, après plus d’un demi-siècle d’hostilité.

Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, s’est félicité du rétablissement des liens diplomatiques. L’Amérique latine, unanimement opposée à l’embargo contre Cuba, s’est également réjouie d’une telle décision.

L’Union européenne a, pour sa part, salué « un signal d’espoir » et demandé la fin des sanctions économiques, se faisant l’écho de l’appel de Barack Obama au Congrès des Etats-Unis. En effet, le président des Etats-Unis s’est directement adressé aux élus de la nation en demandant au Congrès de prendre les mesures nécessaires pour lever l’embargo qui empêchent les Américains de voyager à Cuba ou d’y réaliser des affaires. Pour Barack Obama, qui quittera la Maison Blanche dans quelques semaines, l'objectif est clair : rendre irréversible le dégel avec La Havane, quel que soit sont le nom de son successeur en 2017, démocrate ou républicain. Lui-même a participé au dégel en visitant Cuba en mars dernier, un moment historique bien médiatisé avec force images du yankee style.

Derrière les poignées de mains chaleureuses et les sourires de façade, le processus de normalisation entre les Etats-Unis d’Amérique et la République de Cuba sera long et sinueux, et de nombreuses questions restent en suspens. Il ne pourra pas y avoir de relations normales entre Cuba et les Etats-Unis tant que le blocus économique, commercial et financier, qui pénalise Cuba et le peuple cubain depuis 1962, sera en vigueur.

Selon le président Raul Castro, cet embargo est le principal obstacle au développement économique de Cuba, en plus d’enfreindre le droit international. Il demande évidemment le retour à Cuba du territoire occupé par la base navale de Guantanamo et sa célèbre prison pour terroristes, l’arrêt des transmissions radiales et télévisées vers Cuba, l’élimination des programmes de subversion et de déstabilisation internes, et une compensation au peuple cubain pour les dommages humains et économiques provoqués par les Etats-Unis […] En somme, La Havane demande à Washington de respecter son indépendance et sa souveraineté, ainsi que son droit inaliénable comme tout Etat de choisir son système politique, économique, social et culturel.

Si le Congrès américain désapprouve le rapprochement entre les deux pays et s’oppose à la levée de l’embargo, bloquant ainsi les retrouvailles américano-cubaines, Obama dispose cependant de toutes les prérogatives présidentielles nécessaires pour montrer, par des actes forts, sa volonté de pacifier les relations avec Cuba.

Sa décision de rétablir les liens, avec l’ouverture d’ambassades à Washington et La Havane, constitue une avancée positive dans le processus de normalisation des relations avec Cuba.

Ainsi, la Maison Blanche pourrait parfaitement élargir le nombre de catégories des citoyens étasuniens autorisés à se rendre à Cuba, légaliser le commerce bilatéral entre les entreprises des deux pays, permettre à Cuba d’acquérir sur le marché international des produits contenant plus de 10 % de composants étasuniens, autoriser l’importation de produits fabriqués dans le monde à partir de matières premières cubaines, consentir à la vente à crédit de produits non alimentaires à Cuba, et accepter que l’île de la Caraïbe utilise le dollar dans ses transactions commerciales et financières avec le reste du monde.

Aucune autorisation du Congrès n’est nécessaire pour cela.

D. M. F.

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Le 8 novembre, les Américains seront aux urnes pour élire le 45e président des Etats-Unis devant succéder au président Barack Obama. La démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump se tiennent au coude à coude, et l’issue du vote reste incertain jusqu’à la dernière minute.

Tour d'horizon pour dresser un bilan sommaire des années Obama, premier président issu de la minorité noire, et analyser les enjeux du vote de la semaine prochaine, ainsi que les chances de l’une et de l’autre.

L'élection américaine, mode d'emploi
Usa voteL'élection présidentielle américaine tombe cette année le 8 novembre. Elle a toujours lieu le mardi suivant le premier lundi de novembre, obligation inscrite dans une loi de 1845.

Le mode de scrutin
Suffrage universel indirect à un tour, dans les 50 Etats et le District de Columbia (la ville de Washington, qui ne fait partie d'aucun Etat).
Les électeurs votent pour les candidats à la présidence et à la vice-présidence. Dans chaque Etat, en fonction des résultats du vote, les candidats engrangent de grands électeurs.

Les grands électeurs
Ils sont, au total, 538 et leur nombre varie selon les Etats, en fonction de leur population. Chaque Etat a autant de grands électeurs que d'élus à la Chambre des représentants (nombre qui dépend de leur population) et au Sénat (deux, nombre fixe dans tous les Etats).
La Californie en a, par exemple, 55, le Texas 38, l'Etat de New York 29, la Floride 29, et à l'autre bout, le Vermont, l'Alaska, le Wyoming et le Delaware n'en ont que 3.
Ces grands électeurs, qui composent le collège électoral, éliront ensuite officiellement, le 19 décembre, le président et le vice-président, une formalité.

Que faut-il pour gagner ?
Un candidat doit obtenir la majorité absolue des 538 grands électeurs, soit 270. Dans tous les Etats sauf deux, le candidat qui remporte la majorité des voix rafle tous les grands électeurs de l'Etat. Dans le Nebraska et le Maine, ces grands électeurs sont attribués à la proportionnelle.

Les Etats-clés
Certains Etats sont historiquement démocrates, d'autres résolument républicains. Vu le mode de scrutin, les candidats se concentrent donc sur une douzaine d'Etats qui peuvent basculer d'un côté ou de l'autre, et avoir un impact sur le résultat de l'élection. Les plus importants sont ceux qui ont le plus de grands électeurs, comme la Floride (29), la Pennsylvanie (20) ou l'Ohio (18).

Selon les élections, ces "swing states" peuvent changer.

AFP

Clinton contre Trump : L’apparatchik contre le populiste
Clinton et TrumpHillary Clinton, pur produit du système politique américain, ancienne première dame, sénatrice et secrétaire d'Etat, contre Donald Trump, l’antisystème et self made man en quête de reconnaissance. L’Amérique retient son souffle et mijote son choix.

C’est une élection des plus indécises. Alors que l’on croyait que le sort en était jeté en faveur de Hilary Clinton, créditée d’une avance confortable dans les sondages, la réouverture de l’enquête sur les mails de l’ancienne first lady par le Fbi a jeté du sable sur la machine électorale des démocrates. L’écart se réduit comme peau de chagrin et une victoire de Trump ne semble plus être une lubie républicaine. La courbe s’inverse en faveur de Trump au moment où 10 % des électeurs américains font leur choix dans le cadre du vote anticipé. Alors que la campagne de Clinton patauge, les ralliements se multiplient dans le camp d’en face. Le speaker (président) républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a laissé entendre qu’il a voté pour le candidat de son parti en dépit des relations difficiles avec lui. Cible d’une partie de l’entourage de Trump qui le juge trop modéré, M. Ryan n’a pas fait campagne aux côtés du candidat républicain lorsque ce dernier s’est rendu dans son Etat du Wisconsin.

Irrévérencieux
Il y a six mois pourtant, nombre d’experts prédisaient la mort politique de Donald Trump. Maintenant, ils se demandent qui pourra arrêter le candidat républicain et comment. Irrévérencieux jusqu’au bout des chaussures, adepte des envolées populistes, Trump ne s’imagine pas un autre avenir que de celui d’occuper la maison blanche. L'homme d'affaires de 69 ans a grandi dans le Queens, à New York. Il a commencé sa carrière grâce à l'entreprise de son père, Frederick Trump, qui avait fait fortune dans l'immobilier et dans la gestion d'appartements locatifs dans certains quartiers de New York. Le jeune Donald Trump investit lui aussi dans l'immobilier et multiplie les projets. Il suffit de penser à la fameuse Trump Tower de New York ou encore à ses casinos à Atlantic City et à Las Vegas, ou encore, plus près de nous, à ses tours à appartements à Toronto et Vancouver. Partout où il passe, il met son nom sur chacun des immeubles.

Donald Trump, c'est aussi un producteur et animateur de télévision.Le milliardaire à la chevelure blonde a été la vedette de l'émission de téléréalité The Apprentice de 2004 à 2015. Il pouvait engranger jusqu'à 15 millions de dollars pour certains épisodes. Il a aussi été derrière l'organisation de Miss Univers.

Selon le magazine Forbes, sa fortune est estimée à 4 milliards de dollars américains. Il a dévoilé ses revenus pour l'année 2014 : il aurait amassé 362 millions de dollars provenant de 168 sources différentes. Le candidat, qui a annoncé, en juin 2015, qu'il se lançait dans la course à l'investiture républicaine, veut bâtir un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique pour freiner l'immigration illégale. Le milliardaire se présente aussi comme le sauveur des valeurs américaines. « On s'attaque à la foi chrétienne, on s'attaque aux armes à feu, on s'attaque à tout ce en quoi nous croyons », disait-il en janvier.

Les attaques personnelles envers ses adversaires sont légion et semblent être sa marque de commerce. Beaucoup se souviennent qu'il a retweeté le commentaire misogyne d'un de ses partisans à l'endroit de la candidate démocrate Hillary Clinton en 2015 : « Comment peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ? » Sa popularité est largement due à la partition du candidat antisystème qu’il a su jouer avec talent : le candidat du peuple contre le champion de l’establishment. Beaucoup d'Américains n'en peuvent plus de la paralysie au Congrès. Ils se disent prêts à élire Trump.

Le problème avec Trump, c’est qu’on ne sait pas jusqu’où pourrait aller son impulsivité. Tony Schwartz, sa plume cachée, qui a écrit Trump, the Art of the Deal, mi-hagiographie, mi-manuel de motivation pour devenir Donald Trump, n’a pas gardé un bon souvenir de ses années de collaboration avec le milliardaire. « J’ai mis du rouge à lèvres sur un cochon », explique-t-il dans le New Yorker. Pour dire qu’il « regrette profondément ». Et qu’il a de plus en plus peur. Car tous les tares et traits de caractère qu’il avait perçus à l’époque (le mensonge systématique, l’absence d’empathie, le narcissisme extrême, une coupure totale avec la réalité) se sont dangereusement exacerbés depuis.

A ceux qui pensent que le Trump de la campagne, insultant, abrasif, moqueur, incohérent parfois, sera différent du Trump qui entrerait à la Maison Blanche, l’ex-journaliste répond : « Il n’y a pas un Trump privé et un Trump public. Tout ce qu’il veut, c’est de la reconnaissance extérieure, toujours plus ».

Femme de décision
Du côté des démocrates, c’est Hillary Clinton qui a été officiellement désignée par son camp dans la course à la présidentielle américaine, lors de la convention démocrate à Philadelphie le 28 juillet. L'ancienne première dame, sénatrice et secrétaire d'Etat deviendrait ainsi la première femme à diriger les Etats-Unis si elle parvient à remporter l'élection présidentielle américaine du 8 novembre 2016. Elle cultive son image de femme de décision, compétente et responsable, bref, tout l'opposé de son challenger. Mais elle montre aussi ses propres limites qui ont pour noms : la pensée dominante des cercles élitistes américains, le culte de la présidence toute-puissante.

Le grand danger de la présidence de Hillary Clinton serait de vivre, sur le plan international, ce que nous vivons déjà : la candidate démocrate a une fâcheuse tendance à suivre le mainstream (courant dominant). On ne peut pas oublier qu'elle fut contre le « surge », l'envoi de renforts massifs en Irak, à partir de 2007, à un moment où tout Washington en avait plus qu'assez de voir l'Amérique s'y embourber ; qu'elle épousa sans nuances l'intervention en Libye, en 2011; qu'elle incarna le « reset », la relance des relations avec la Russie, allant jusqu'à reprocher à Mitt Romney de vouloir provoquer un conflit avec les Russes, tout cela avant de se raviser, de se déchaîner contre Poutine et d'en faire aujourd'hui l'ennemi juré des Etats-Unis.

Par Sidy DIOP

Un scrutin aussi indécis que palpitant
Usa maison blancheLa présidentielle américaine du 8 novembre s’annonce comme l’une des plus indécises de l’histoire du pays de l’Oncle Sam. Le profil et la personnalité des deux candidats étant eux-mêmes des facteurs inédits. Hillary Clinton comme Donald Trump traînent des casseroles.

Hillary Clinton ? Donald Trump ? Bien malin qui pourra deviner le prochain locataire de la Maison Blanche. Même si les sondages donnent une certaine avance à l’ancienne Première dame et qu’à l’étranger l’opinion pense que sa victoire est déjà actée face au tonitruant milliardaire, rien n’est moins sûr. Dans l’opinion américaine et selon de nombreux observateurs de la politique américaine, une victoire de l’ancienne secrétaire d’Etat est loin d’être acquise. Donc, un triomphe de Trump est dans l’ordre du possible. Kamissa Camara, responsable principale du programme Afrique de l’Ouest et centrale de la Fondation nationale pour la démocratie et supporter de Hillary, résume bien la situation en ces termes : « Il y a six mois, si on m’avait posé la question à savoir si Donald Trump pouvait gagner les élections, j’aurais dit non sans aucune hésitation. Aujourd’hui, je suis plus nuancée. La victoire d’Hillary Clinton n’est pas gagnée d’avance. On a trop sous-estimé Trump. Aujourd’hui, tout est possible ».

L’issue de cette élection est d’autant plus indécise que les libertariens et les verts, les deux autres partis en lice mais dont on ne parle pas assez, montent en flèche dans les sondages.

« Plus on approche de la présidentielle, plus l’issue en devient opaque. Les libertariens et les verts peuvent faire basculer les élections dans l’un ou l’autre sens. Il y a un temps, Hillary était très loin dans les sondages devant Trump, mais l’écart est en train de se réduire », souligne Akram Elias, président-directeur général de Capital communication group et spécialiste du fédéralisme américain. Il invite à se méfier des sondages, car beaucoup de sondés ne veulent pas se prononcer ouvertement en faveur de Trump dans les enquêtes, par peur d’être taxés de racistes alors qu’ils partagent les mêmes idées que lui. « Donc, c’est un gros point d’interrogation », poursuit l’analyste.

Deux candidats au profil atypique
Quant à Eric Freedman, Pr de Journalisme à Michigan State university, il rappelle les précédents des élections de 1992 et de 2000 lors desquelles le vote en faveur des verts a participé à la défaite de George Bush père face à Bill Clinton et à celle d’Al Gore face à George Bush Junior. « La même situation pourrait se reproduire, mais en faveur de Hillary Clinton. Beaucoup de républicains détestent Trump, car ils estiment que c’est un opportuniste qui s’est emparé des idéaux de ce parti pour arriver à ses fins. Mais puisqu’ils ne voudront pas voter ni pour lui ni pour Hillary, ils vont donner leurs voix soit aux libertariens soit aux verts », estime-t-il. Les républicains ont dû s’accommoder du tonitruant homme d’affaires. C’est le système des primaires qui est ainsi fait, même quand on n’est pas du parti, on peut se porter candidat au nom du parti et gagner l’investiture, explique Freedman. Pour avoir couvert de nombreuses élections, le journaliste juge celle de cette année « particulièrement passionnante ». En ce sens que, pour la première fois, elle mettra aux prises deux candidats au profil atypique.

« Jusqu’à Obama, tous les présidents étaient des hommes blancs et, pour la première fois de l’histoire, l’un des deux partis majeurs a investi une femme », dit-il. Des profils inédits avec des personnages qui posent problème, parce que trainant beaucoup de casseroles, indique Akram Elias. « Le vrai débat concerne le personnage des deux candidats. Certains ne veulent pas d’Hillary, car sa victoire signifierait un retour de son mari, Bill, au pouvoir. Dans l’autre camp, Trump n’inspire pas confiance. Le gouvernement, ce n’est pas une société privée, alors les gens se demandent s’il faut prendre le risque de voter pour un milliardaire qui n’a aucune expérience ; Il y a beaucoup d’inconnus finalement », ajoute-t-il. Malgré les casseroles qu’elle traîne (financement de la Fondation Clinton, enquête sur les mails non protégés, soucis de santé etc.,), Hillary Clinton a toutes les chances de gagner face à Trump, assure David Rufin. Selon cet écrivain, rédacteur en chef et analyste politique, Donald Trump, par sa personnalité, n’a aucune carrure d’un chef d’Etat.

Etre femme, un atout pour Hillary
En plus, il indique que le Parti républicain est pris en otage par quelques éléments de l’extrême-droite membre du T-Party et des évangélistes. « Ils développent une nouvelle idéologie basée sur l’idée que le gouvernement central n’est pas en mesure d’apporter des solutions aux problèmes des Etats-Unis, car étant lui-même le problème. C’est des gens qui siègent au Congrès tout en étant contre l’establishment et Washington », explique M. Ruffin. Même si la complexité des primaires a permis à Trump de gagner l’investiture, il n’en demeure pas moins que cela consacre l’échec du Parti républicain, analyse-t-il. La crise que traverse ce parti lui rappelle celle qui avait causé l’effondrement de son ancêtre, le Whig. « En 1850, le Whig s’est disloqué. Le Parti républicain actuel, né de ses cendres, épouse la même trajectoire. Il devient de plus en plus le parti des Blancs. Les minorités ne se retrouvent pas du tout dans les valeurs qu’on y développe. Donc, le Parti républicain est appelé à se réinventer », pense-t-il.

Le fait que Hillary Clinton soit femme est un atout non négligeable, selon Eric Freedman. Car, ajoute-t-il, dans d’autres grandes démocraties, il a été démontré qu’une femme peut conduire les affaires de l’Etat. « Nous avons eu les exemples de Margareth Thatcher en Grande-Bretagne, de Merkel en Allemagne et tant d’autres exemples », note-t-il. Et puis, fait remarquer Akram Elias, une forte tendance est en train de se dégager aux Etats-Unis qui laissent entrevoir une possible victoire de Hillary Clinton. « Aujourd’hui, 48 % des entreprises qui créent 87 % des nouveaux emplois aux Etats-Unis sont dirigées par des femmes. La victoire de Hillary peut s’inscrire dans cette mouvance. Elle peut profiter de cette vague. Du point de vue sociologique, c’est possible », explique-t-il.

Alors Hillary ou Trump ? En tout cas, plus de 24 millions d’électeurs américains, soit un peu plus de 10% du corps électoral, ont déjà exercé leur droit de vote grâce au principe du vote par anticipation. Pour le reste, il faudra attendre dans la nuit du 8 novembre pour connaître le nom du futur locataire de la Maison Blanche.

Elhadji Ibrahima THIAM

Timothée Donangmaye, Chef du département Afrique francophone de Voice of America : « On assiste à un choc sans précédent dans la course à la Maison Blanche »
Timothee Donangmaye VOAChef du département Afrique francophone de Voice of America (Voa), Timothée Donangmaye, établi au siège de la chaîne à Washington, est un observateur averti de la vie politique américaine. Dans cet entretien, il se prononce sur les enjeux de la présidentielle de ce mardi 8 novembre.

On est à la veille de la présidentielle américaine qui mettra aux prises Hillary Clinton et Donald Trump. Quels sont les enjeux de ces élections ?
C’est une élection historique, les deux principaux candidats tentant de réaliser un tour de force sans précédent. La démocrate Hillary Clinton, première femme à être investie candidate par l’un des partis majeurs, veut devenir la première présidente des Etats-Unis. L’homme d’affaires Donald Trump est un novice en politique, qui veut s’imposer dans cette course à la Maison Blanche malgré les réticences de l’establishment. Alors que Mme Clinton bénéficie du soutien du président Obama et jouerait, en cas d’élection, un rôle-clé dans la préservation de l’héritage du premier président noir des Etats-Unis, M. Trump se donne pour mission de démanteler tout ce que le président Obama aura mis en place, de la réforme de l’assurance-santé aux mesures en faveur des sans-papier. Le choc sans précédent dans la course à la Maison Blanche aura des répercussions sur les autres élections prévues, notamment au Congrès et dans les assemblées des Etats.

On note un certain clivage de la classe politique américaine. Est-ce que cela peut avoir des conséquences sur le choix du prochain président ?
Le clivage au sein de la classe politique est quelque chose de normal. Les élections sont, avant tout, un choc de projets de société. Le clivage aura donc un impact sur le choix du prochain président américain, mais il est difficile de dire d’avance quel va être cet impact, car il y a beaucoup de facteurs en jeu dans cette présidentielle historique.

Aujourd'hui, les sondages donnent Hillary vainqueur, mais est-ce que Trump peut créer la surprise ?
Certes, Mme Clinton vient en tête dans les sondages, mais rien n’est acquis. On n’est jamais à l’abri d’une surprise dans les élections américaines. Malgré sa bonne position dans les sondages, Mme Clinton doit se défendre des accusations de mauvaise foi en relation avec l’utilisation d’un serveur privé pour ses emails au département d’Etat, et de conflit d’intérêts dans ses rapports avec les donateurs de la Fondation Clinton. En somme, rien n’est gagné d’avance pour l’ancienne secrétaire d’Etat malgré sa bonne position dans les sondages.

Qu'est-ce qu'une victoire de Donald Trump pourrait changer dans les relations entre les Etats-Unis et le reste du monde, notamment l'Afrique ?
Difficile à dire pour le moment. Mais Donald Trump a dit que sa priorité, c’est d’abord les Etats-Unis ; ce qui pourrait mener à une réorientation de la diplomatie américaine en cas de victoire de Trump. Le candidat républicain a, par exemple, fait savoir qu’il est disposé à travailler avec la Russie pour éliminer le groupe Etat islamique et résoudre la crise syrienne.

Aujourd'hui, il semble que ce sont les personnages de Hillary et de Trump qui posent problème au niveau de l'opinion américaine. Est-ce à dire que le prochain président sera un président par défaut ?
Le prochain président des Etats-Unis sera président comme ses prédécesseurs dans la mesure où le scrutin se déroule conformément à la loi. Certains Américains peuvent ne pas aimer tel ou tel président, mais tous sont fiers de leurs institutions. Et tout président doit travailler avec le Congrès pour pouvoir mettre en œuvre son programme. C’est un élément qui rassure les Américains.

Les libertariens et les verts gagnent de plus en plus de points dans les sondages. En quoi cette nouvelle donne peut-elle peser sur les résultats de la présidentielle ?
En principe, cette présidentielle 2016 est l’occasion rêvée pour les verts et les libertariens parce que les deux principaux candidats suscitent des sentiments négatifs chez un grand nombre d’Américains. Pourtant, le candidat libertarien, Gary Johnson, recueille, pour l’heure, 10 % d’intentions de vote, et Jill Stein, la candidate des verts, bien moins.

Quel bilan tirez-vous de la présidence d'Obama ?
En devenant le premier président noir des Etats-Unis, Barack Obama a projeté une nouvelle image du Noir dans le monde. Ici, aux Etats-Unis, il a essayé, autant que possible, de relancer le débat sur les relations raciales. Son initiative phare, la réforme de l’assurance-santé, a permis à des millions d’Américains d’avoir une couverture médicale. Cette initiative est, aujourd’hui, critiquée par les républicains, qui disent que les coûts excèdent les prévisions.

El. I. THIAM

Une économie au mieux
Wall streetAu moment de l’élection de Barack Obama, en 2008, les Etats-Unis étaient au bord du gouffre ! Les Américains étaient au comble du désespoir à cause de la crise des subprimes, le renchérissement du prix du pétrole, l’impasse des guerres en Irak et en Afghanistan avec son coût exorbitant. L’opinion a encore en mémoire les images des millions de travailleurs ayant perdu leur emploi, jetés hors de leurs maisons en une journée et squattent les rues sans aucune perspective.

Certains historiens américains n’avaient pas manqué de souligner que la présidence de George W. Bush a été la pire de l'histoire des Etats-Unis avec 71% d’Américains qui ont désapprouvé sa conduite des affaires, faisant de lui "le président le plus impopulaire de l'histoire moderne" des Etats-Unis. Et d’ajouter que ni Richard Nixon ni Harry Truman, pourtant très impopulaires, n'avaient franchi le seuil de 70% de mécontents. Ils ont précisé qu’il fallait sans doute remonter en 1923, à Warren G. Harding, un président alcoolique, joueur de poker et corrompu, pour trouver un mandat aussi catastrophique.

Pour en rajouter une couche biblique, des pasteurs évangélistes avaient estimé que c’est l’Apocalypse et que l’Amérique avait atteint le fond du gouffre pour s’être écarté des textes religieux, faisant prévaloir le pouvoir de l’argent, ayant favoriser la corruption et laisser se développer la débauche. Les Etats-Unis, avaient-ils conclu, n’avaient aucune chance de se relever moins de revenir aux enseignements de Dieu.

Un pessimisme noir à la hauteur de l’immense espoir qu’a suscité l’élection d’un président issu de la minorité noire et surtout d’origine modeste et pressé de prouver qu’il est à la hauteur des espoirs placés en lui. Preuve de l’énorme espoir qu’il réconciliera l’Amérique avec elle-même et le reste du monde, le Prix Nobel lui a été décerné par les responsables suédois gestionnaires des affaires de Alfred Nobel.

A la fin des deux mandats de Barack Obama, l’Amérique est au mieux pour dire le moins.

Selon les observateurs économiques, les Etats-Unis ont été, sous sa présidence, le pays développé qui crée le plus d’emplois par an devant le Japon, la Chine, l’Inde, l’Allemagne, la France et l’Angleterre.

Lors d’un discours sur un bilan de sa politique, il a souligné, sur le plan économique, la mise en place d’un plan de relance de 787 milliards de dollars en 2009 qui a contribué à faire baisser le taux de chômage de 11% en 2011 à 5% en 2015, ou la création de l’Obamacare en 2010, réforme sociale emblématique instaurant une « assurance santé universelle » qui a généré 6 millions de nouveaux inscrits.

Néanmoins, Obama laisse à son successeur d’importants défis parmi lesquels les inégalités croissantes, la pauvreté, le contrôle des armes à feu, l’immigration et les réfugiés, ainsi que l’intervention en Syrie. Des préoccupations qui ont été des enjeux de campagne pour Donald Trump et Hillary Clinton.

Alassane DIAWARA

Contrôle des armes : Le principal échec du président Obama
Usa armesAprès les nombreuses tueries dont sont victimes des populations innocentes, le président Barack Obama, après sa réélection, a décidé de s’attaquer, encore une fois, à un des éléments constitutifs de la démocratie américaine : le port d’armes ou Gun control. Mais c’était sans compter avec le dynamisme de grand lobby de la National rifle association (Nra) qui compte 4 millions de membres.

Le Gun control est consacré par la Constitution américaine. En effet, le 2è amendement de la Constitution de 1776 garantit à tout citoyen américain le droit de porter des armes. Aussi, lutter contre un tel droit devient une gageure dans un pays où le respect de la Constitution est sacré. Le président Barack Obama s’en est rendu compte. En 8 ans de magistère, il n’a pu secouer le baobab. Et pourtant, il a tout tenté pour avoir une législation plus sévère sur le port d’armes à feu qui, selon les statistiques, tuent 32.000 personnes par an dans son pays. Les exemples ne manquent pas. On a encore à l’esprit la tuerie dans l'école primaire Sandy Hook, à Newtown, dans le Connecticut, en décembre 2012.

A l’université, au cinéma (Aurora en 2012 au Colorado) comme dans d’autres espaces publics, on tue d’innocents habitants. Les auteurs sont souvent des enfants. A chaque fois, l’émotion ne dure que le temps d’une fleur. Le débat est vite conclu qu’il est posé.

Non seulement la population adhère peu à la volonté du premier chef d’Etat noir du pays, mais aussi et surtout les politiques, notamment les républicains, à travers la Chambre des représentants qu’ils contrôlent, étaient hostiles à la mesure. Pire, même le Sénat, pourtant aux mains des démocrates, sous la pression de la toute-puissante Nra, n’a pas suivi son leader.

En avril 2013, il a rejeté de 60 voix les mesures voulues par l'administration Obama. Le président se trouvait ainsi seul dans un combat perdu d’avance. Ses appels, après chaque massacre, sont restés lettre morte au cours de ses deux mandats. Il a beau appeler à un examen de conscience, rien n’a bougé, plus de la majorité de la population trouvant le port d’arme normal, car consacré par la Constitution. Comme le prouve une étude du Pew research center, menée en 2014, 55 % des Américains estimaient qu’il vaut mieux protéger les droits actuels des citoyens, plutôt que de modifier la législation.

Finalement, le président Barack Obama avoua son échec, sans doute le plus cuisant de son magistère. Un regret pour un chef d’Etat qui a tant réussi dans plusieurs domaines, notamment à éliminer Ben Laden, l’homme le plus haï de son pays.

Daouda MANE

Tensions raciales toujours vives
Usa tensionsA l’arrivée du président Barack Obama à la Maison Blanche, en janvier 2009, premier Afro-Américain à ce poste, un grand espoir s’était saisie de tous ceux qui, aux Etats-Unis ou ailleurs, croyaient à une pacification des relations interraciales dans ce pays. L’Amérique allait devenir une société post-raciale. On se souvient des larmes du pasteur Jesse Jackson lors de la prestation de serment d’Obama, se remémorant, sans doute, le rêve exprimé par Martin Luther King et qui était en train de se réaliser. L’Amérique, où les Noirs ont subi tant de souffrances (esclavage, ségrégation raciale, meurtres) infligées par les Blancs, venait d’élire un président noir.

Huit ans plus tard, Obama a bouclé son second et dernier mandat, mais il lègue à son successeur un pays où les tensions raciales sont toujours vives. Avec la crise économique qui a frappé les Etats-Unis en 2008, beaucoup de Blancs qui se sont appauvris ont mal digéré cette situation et sont devenus plus intolérants à l’égard des Noirs et des Hispaniques pourtant globalement plus pauvres encore. Et le fait d’avoir un président noir n’a fait qu’ajouter à leur mécontentement. Dans un pays où la détention d’une arme est un droit constitutionnel, les difficultés existentielles mènent parfois à des fusillades. La coexistence de mouvements suprémacistes blancs et de groupes extrémistes noirs constituant un autre catalyseur de la violence raciale.

Selon une étude parue aux Etats-Unis, le nombre d’antennes locales du Ku Klux Klan est passé de 72 en 2014 à 190 en 2015, tandis que les groupes séparatistes noirs ont progressé de 113 à 180 dans la même période.

Dans une université américaine, des étudiants blancs racistes ont dispersé des boules de coton dans une résidence d’étudiants noirs pour les voir les ramasser et leur rappeler ainsi leur passé d’esclaves.

En juin 2015, à Charleston, un jeune blanc de 21 ans a ouvert le feu dans une église, tuant 9 paroissiens noirs. Ce qui provoqua une grande émotion populaire.

Mais, ce sont surtout les meurtres répétés commis par la police sur les Noirs qui sont au cœur des tensions raciales. Des marches et d’autres manifestations sont régulièrement organisées par la communauté noire pour dénoncer les violences policières. En août 2014, à Fergusson (Missouri), Michael Brown, un jeune noir, a été abattu par la police. S’ensuivent plusieurs jours d’émeutes dans la ville. Une enquête fédérale va blâmer la police de Fergusson pour racisme, brutalités gratuites et harcèlement contre les Noirs. La série noire-sans mauvais jeu de mot aucun- va continuer à travers les Etats-Unis : Bâton Rouge, Houston, Charlotte, Los Angeles, dans le Minnesota… des Noirs sont tués par la police avec à la clé des manifestations plus ou moins violentes.

Au cours de cette année, 700 personnes, majoritairement noires, ont été tuées par la police aux Etats-Unis.

En juillet dernier, lors d’un rassemblement à Dallas, en hommage à deux Noirs tués par la police, cinq membres des forces de l’ordre ont été abattus par un sniper.

Le président Obama a tenté de jouer à plusieurs reprises les pompiers en appelant à la tolérance, à un climat de confiance entre la police et la communauté noire et à un contrôle sur les armes. Mais, en tant que Noir lui-même et ne voulant pas apparaître comme prenant partie pour sa communauté, son exercice d’équilibrisme n’a pas plu à beaucoup d’Afro-Américains qui lui reprochent sa tiédeur.

En 2013, le mouvement Black lives matter (les vies noires comptent) va être lancé pour dénoncer le racisme et les violences de la police contre les Noirs. Il investit la rue à chaque « bavure » meurtrière des policiers.

Aujourd’hui, les Etats-Unis en sont là, un pays où Noirs et Blancs habitent, mais en s’ignorant pratiquement. Malgré la loi de 1964 sur les droits civiques qui a aboli la ségrégation raciale et les pratiques discriminatoires, les Noirs continuent de subir des injustices dans un pays se proclamant champion de la démocratie et des droits de l’Homme. Le lourd passé entre Blancs et Noirs n’est toujours pas soldé.

Par Ibrahima MBODJ

Obama et l’Afrique : Rêve brisé
Obama goree« Il ne faut point considérer Barack Obama comme le philanthrope qui fera le développement de l’Afrique ». Au lendemain de l’élection, en 2008, du 44ème président des Etats-Unis, ce propos du directeur du Centre de recherche ouest-africain (Warc en anglais), Ousmane Sène, avait suscité l’étonnement de beaucoup de gens du continent africain qui croyaient qu’avec le nouveau locataire de la Maison Blanche, dont le père est Kenyan, l’Amérique allait enfin s’intéresser à l’Afrique… via le pouvoir d’achat de ses millions de pauvres.

Maintenant qu’il s’apprête, après deux mandats présidentiels, à passer la main, ils ne sont plus à leurs illusions qui les voyaient capter une manne financière généreusement envoyée de l’autre côté de l’Atlantique par le président américain en souvenir des pauvres « parents » africains. Sur des bases affectives et d’attentes de charité, les Africains, sans apporter grand-chose au premier président noir des Usa pendant ses campagnes électorales, l’ont toujours « soutenu » et, sans avoir voix au chapitre américain, ont porté leur « choix » sur lui parce qu’il est le fils d’un fils du continent et va donc les sortir de la misère et de la mauvaise gouvernance. Quel rêve !

Ceux-là n’avaient pas compris, contrairement au spécialiste de la civilisation américaine et grand observateur de la vie politique du pays de l’Oncle Sam cité plus haut, que Barack Obama est un Américain, élu par les Américains pour veiller scrupuleusement sur les intérêts des Etats-Unis. En effet, ce produit du capitalisme pur et dur ne pouvait pas être cette âme charitable qui allait utiliser le profit des Américains pour sécher les larmes des Africains. Et même s’il le voulait, il n’aurait pas la latitude, malgré son immense pouvoir, de le faire, car il serait contraint, par d’autres pouvoirs et lobbies tout aussi puissants, à s’arrêter.

A l’image de ses 43 prédécesseurs, Barack Obama a seulement défendu, comme le fera forcément le 45ème président à venir, le seul intérêt américain : « american interest ». Tout ce que le 44ème locataire de la Maison Blanche a eu à faire dans l’intérêt des Africains l’a aussi été pour les Usa : exploitation des hydrocarbures, quête de parts de marché africain plus importantes pour contrer l’avancée des Chinois, lutte contre le terrorisme anti-Occident, fléau dont l’Afrique, du fait de la pauvreté, pourrait en être le ventre mou. Le système politique américain est conçu pour que le grand pays de l’Oncle Sam continue de diriger le monde.

Barak Obama appartient à ce système politique-là qui favorise l’émergence d’hommes et de femmes compétents, dotés d’un fort leadership, capables de faire rêver leurs compatriotes et engagés dans la réalisation d’une communauté nationale toujours plus puissante tout en étant les gardiens vigilants des intérêts de leur pays. Pour se faire une place ici, Barack Obama a fait montre de charisme, de détermination et de talent. C’est cela le « way of life » (chemin de la vie) des Américains que les Africains devraient s’approprier en mettant fin aux guerres fratricides, à la haine de l’autre et aux frontières artificielles. S’affranchir de ces tares, c’est créer, avec des institutions fortes et non avec des hommes forts, un espace de démocratie réelle pour marcher vers la constitution d’un gouvernement continental et réaliser les Etats-Unis d’Afrique ! Le président américain, Barack Obama, qui n’est point ce philanthrope devant faire le développement de l’Afrique, l’a rappelé dans un important discours prononcé en 2009 devant le Parlement ghanéen.

Cheikh Aliou AMATH

Obama et le Proche-Orient : Une rupture lourde de conséquences
Obama et Roi SalmaneL’élection du président Barack Obama a été une rupture : d’abord parce qu’il est Noir, ensuite Kenyan d’origine n’ayant pas le même vécu que les Noirs américains et, enfin, parce qu’il est d’origine musulmane dans un contexte de profonde crise entre les Etats-Unis et le monde arabo musulman.

Son accession à la Maison Blanche a été d’une transparence qui lui offre toute la légitimité éthique et morale nécessaires pour recoller les morceaux de la désastreuse politique extérieure américaine au Moyen-Orient depuis de longues années, notamment sous George Bush. Les responsables du Prix Nobel ne s’y sont pas trompés, lui attribuant la récompense sans doute pour l’encourager à œuvrer pour un monde plus apaisé.

Le 4 juin 2009, une année à peine après son élection, il s’attaquait au dossier noir de la politique extérieure américaine que constitue son appui inconditionnel à Israël dans son conflit avec le monde arabe et la violence meurtrière qu’elle engendre.

Il a choisi le Caire, carrefour du monde arabo musulman, et son Université, temple du savoir, pour prononcer son fameux discours programme pour le Proche-Orient : sa volonté de mettre en place une politique de rupture totale avec le passé en soulignant qu'il était venu "chercher" un "nouveau départ entre les musulmans et les Etats-Unis", estimant que le "cycle de la méfiance et de la discorde devait s'achever". Il a surtout évoqué la pomme de discorde entre Américains et Arabes en appelant Israël à cesser sa politique de colonisation des Territoires palestiniens et répété son engagement en faveur d'un Etat palestinien.

Cette nouvelle approche de la diplomatie américaine entrait dans une politique extérieure plus globale où les Etats-Unis cherchaient à se départir de cette image de gendarme du monde, particulièrement au Proche-Orient. Le président Obama, dans cet objectif, a cherché à impliquer les autres nations dans la solution des problèmes. Solutions qui passent par la lutte pour la défense de l’ordre international libéral contre la terreur djihadiste et la promotion d’un ensemble de droits universellement admis. La liberté d’expression et d’association, la liberté de religion, l’égalité des hommes et des femmes dans le cadre de l’État de droit et le droit de choisir librement ses propres dirigeants. Dans cette nouvelle approche de politique extérieure, les Etats-Unis ont joué un rôle de second plan dans la chute du régime Kadhafi, en octobre 2011, et ont partagé la tâche avec d’autres pays occidentaux en Syrie et en Irak.


Le président Obama, durant ses deux mandats, a consacré beaucoup de son de temps et de son influence politique pour obtenir un accord sur le nucléaire avec l'Iran, avec le secret espoir que la levée des sanctions aura en échange l’arrêt de leur programme nucléaire et conduira l'Iran à devenir moins belliqueux et plus coopératif dans le règlement des conflits au Proche-Orient. Ce désir de jouer l’équilibre entre l'Arabie saoudite et l'Iran, rivaux pour dire le moins depuis la nuit des temps, a débouché sur une détérioration des relations américaines avec le premier cité, habitué à un rôle hégémonique dans la région et fort de l’appui inconditionnel et régulier de l’administration américaine, quel que soit le régime, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

Selon plusieurs observateurs, au vu du développement de la situation, le Proche-Orient a encore besoin d’un gendarme, le temps que la région se stabilise davantage ; le pétrole lui donnant encore un rôle majeur dans la stabilisation de l’ordre économique mondial. Ils considèrent que plus l'influence de l'Amérique recule dans la région, plus l'Arabie saoudite et l'Iran deviennent agressifs pour le contrôle de la région. Ils rappellent que l'Iran demeure le principal soutien tant du président syrien, Bachar el-Assad, que du gouvernement chiite de Bagdad, donc reste un des principaux acteurs de la tragédie humanitaire dans la zone.

Le refus d’Obama d’intervenir en Syrie en 2013, malgré le franchissement de la « ligne rouge » que constituait l’utilisation d’armes chimiques contre la population par Bachar el-Assad, aurait, selon ces spécialistes du Proche-Orient, contribué à faciliter l’annexion de la Crimée par Vladimir Poutine de même que la guerre en Ukraine.

Alassane Diawara

Election présidentielle américaine - La Havane et Washington : Le rétablissement historique
Obama et CastroLe 20 juillet 2015, Washington et La Havane rétablissaient des relations diplomatiques directes après plus de 54 ans de rupture unilatérale, avec l’ouverture d’ambassades dans les deux pays. Dès lors, le mandat de puissance protectrice de la Suisse pour les Etats-Unis à Cuba prenait fin. Pendant cette période de « froid » entre les deux pays, la Suisse, à la demande des Américains, représentait les intérêts diplomatiques des Etats-Unis à Cuba et a souvent joué le rôle de médiateur.

Au plus fort de la guerre froide, les Etats-Unis avaient, en effet, rompu avec Cuba après la révolution communiste castriste. Le 2 janvier 1959, à Cuba, quelques heures après la fuite à l’étranger du général Batista, soutenu par les Etats-Unis, qui tenait l’île depuis le milieu des années 1930, les troupes castristes, emmenées par Ernesto Che Guevara et Camilo Cienfuegos, entrent dans La Havane. La crise avait atteint son paroxysme en octobre 1962 lorsque l’Union soviétique (Urss) a voulu déployer des missiles nucléaires dans la Baie des Cochons, à portée de la Floride.

 Mais, en 1977, les deux Etats établissaient des sections de défense des intérêts rattachés aux ambassades de Suisse où des diplomates américains pouvaient travailler à La Havane et leurs collègues cubains à Washington. Dès lors, le mandat suisse a été principalement formel. D’ailleurs, Berne n’a joué aucun rôle majeur dans le rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba. En coulisses, ce sont le Canada et le Vatican qui ont œuvré très discrètement ce spectaculaire rapprochement que le président Obama avait annoncé en décembre 2014, à la surprise générale.

 A l’époque, le diplomate américain chargé du poste d’ambassadeur n’avait pas encore été choisi, une telle nomination étant une affaire délicate aux Etats-Unis. Un chargé d’affaires avait assuré la gestion du poste dans un premier temps.  Puis, le mardi 11 octobre 2016, Barack Obama a annoncé la nomination de Jeffrey De Laurentis comme ambassadeur à Cuba, une initiative hautement symbolique à quelques mois de son départ, mais qui devrait se heurter à l'obstacle du Sénat, contrôlé par les républicains. A ce jour, le Sénat fait blocage.

Toute désignation présidentielle d'un ambassadeur doit être, en effet, confirmée par le Sénat. Or plusieurs élus républicains sont opposés à la main tendue au régime communiste. Marco Rubio, sénateur de Floride et ancien candidat aux primaires républicaines, estime qu’ "un ambassadeur américain n'aura aucune influence sur le gouvernement cubain, qui est un régime fermé et dictatorial". M. Rubio, lui-même d’origine cubaine, juge que cette nomination ne doit pas être confirmée tant que le régime Castro ne fera pas des « progrès réels et irréversibles en termes de droits de l’Homme et de liberté politique pour le peuple cubain ».

Le 1er juillet 2015, le président Obama faisait part de sa décision de renouer le dialogue avec La Havane, mettant fin à « une politique hostile d’un autre temps ».  Depuis le triomphe de la Révolution, en 1959, jusqu’au dénouement annoncé en décembre 2014, Washington a utilisé tous les moyens pour renverser le gouvernement cubain : sanctions économiques toujours en vigueur, invasion militaire, menace de guerre nucléaire, terrorisme, financement de l’opposition interne et guerre politique, diplomatique et médiatique contre Cuba. Cependant, un allègement facilitant les exportations et les voyages d'affaires est intervenu depuis janvier 2016. Ainsi, le Trésor américain a autorisé la chaîne hôtelière Starwood à ouvrir deux hôtels à La Havane, une première depuis la révolution castriste.

« Une politique hostile d’un autre temps »
Les négociations entre les deux pays ont duré près de six mois, depuis l’annonce historique du 17 décembre 2014 de l’ouverture d’un processus de négociation entre Raúl Castro et Barack Obama. Alors que la Maison Blanche souhaitait rétablir les relations diplomatiques avant le Sommet des Amériques, au Panama, en avril 2015, le gouvernement cubain avait opposé une fin de non-recevoir exigeant, au préalable, la réalisation de certaines conditionnalités.

Tout d’abord, retirer Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme dans laquelle elle avait été incluse en 1982 par le gouvernement de Ronald Reagan. Depuis cette date, le département d’Etat considère Cuba comme un soutien du terrorisme international. Pourtant, l’île a été la première victime du terrorisme orchestré par la Cia de 1959 à 1997, avec un bilan humain de 3.478 morts et 2.099 personnes mutilées. Cette stigmatisation, rejetée par la communauté internationale, constituait un obstacle majeur à la normalisation des relations bilatérales. Nelson Mandela, lui aussi, avait été inclus dans ladite liste jusqu’en…2008. Le 29 mai 2015, en annonçant le retrait de Cuba de cette liste, le président Obama ouvrait ainsi la voie au rétablissement des ambassades.

 Ensuite, l’autre condition posée par La Havane concernait le comportement des diplomates étasuniens. En effet, l’un des piliers de la politique étrangère des Etats-Unis vis-à-vis de Cuba a été de soutenir matériellement et financièrement l’opposition cubaine à l’intérieur de l’île, en violation flagrante de la législation cubaine et de la légalité internationale.  Pourtant, la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961, en son article 41, stipule que tout diplomate étranger a « le devoir de respecter les lois et règlements de l’État accréditaire » et « également le devoir de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de cet État ». Faisant amende honorable, Washington a reconnu soutenir la dissidence cubaine, maillon essentiel de sa stratégie de déstabilisation, et La Havane a, semble-t-il, obtenu des garanties en ce sens.

 Enfin, Cuba exigeait que sa représentation diplomatique à Washington ait accès aux services bancaires indispensables à son fonctionnement. En raison des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis, ces services avaient été interrompus pendant plusieurs mois, jusqu’à leur rétablissement en mai 2015.  

La lucidité et le sens du réalisme politique du président Obama lui ont fait reconnaitre l’échec total de la politique étrangère étasunienne vis-à-vis de Cuba. L’hostilité à l’égard de Cuba, le blocus économique, commercial et financier, a autant isolé les Etats-Unis de ses voisins que Cuba. En mettant un terme définitif aux fantômes du passé, Barack Obama a surtout admis sa capacité à changer de voie lorsque « quelque chose ne fonctionne pas ». Un sens de l’opportunisme plus facile à mettre en œuvre à l’étranger que de réussir à changer la donne at home sur la question raciale américaine, le contrôle des armes, la fermeture de Guantanamo ou la politique africaine.

 Car aux Etats-Unis, aussi bien l’opinion publique que les secteurs politiques et financiers ont accueilli positivement cette ouverture vers Cuba. Hillary Clinton, candidate démocrate à la présidence de novembre 2016, a salué la décision de Barack Obama. De son côté, le lobby économique américain en faveur de la levée des sanctions Engage Cuba a applaudi. En effet, selon un sondage réalisé en juillet 2015, par le Chicago council on global affairs, 67 % des citoyens étasuniens y sont favorables. Tom Udall, sénateur démocrate de l’Etat du Nouveau Mexique, a admis qu’il était désormais temps de procéder à « l’abrogation de lois désuètes qui empêchent l’expansion du commerce et réduisent la capacité des Américains à voyager librement » à Cuba.
 
« Un signal d’espoir »
La communauté internationale a salué l’adoption d’une politique constructive à l’égard de Cuba, après plus d’un demi-siècle d’hostilité.

Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, s’est félicité du rétablissement des liens diplomatiques. L’Amérique latine, unanimement opposée à l’embargo contre Cuba, s’est également réjouie d’une telle décision.

L’Union européenne a, pour sa part, salué « un signal d’espoir » et demandé la fin des sanctions économiques, se faisant l’écho de l’appel de Barack Obama au Congrès des Etats-Unis. En effet, le président des Etats-Unis s’est directement adressé aux élus de la nation en demandant au Congrès de prendre les mesures nécessaires pour lever l’embargo qui empêchent les Américains de voyager à Cuba ou d’y réaliser des affaires. Pour Barack Obama, qui quittera la Maison Blanche dans quelques semaines, l'objectif est clair : rendre irréversible le dégel avec La Havane, quel que soit sont le nom de son successeur en 2017, démocrate ou républicain. Lui-même a participé au dégel en visitant Cuba en mars dernier, un moment historique bien médiatisé avec force images du yankee style.

Derrière les poignées de mains chaleureuses et les sourires de façade, le processus de normalisation entre les Etats-Unis d’Amérique et la République de Cuba sera long et sinueux, et de nombreuses questions restent en suspens. Il ne pourra pas y avoir de relations normales entre Cuba et les Etats-Unis tant que le blocus économique, commercial et financier, qui pénalise Cuba et le peuple cubain depuis 1962, sera en vigueur.

Selon le président Raul Castro, cet embargo est le principal obstacle au développement économique de Cuba, en plus d’enfreindre le droit international. Il demande évidemment le retour à Cuba du territoire occupé par la base navale de Guantanamo et sa célèbre prison pour terroristes, l’arrêt des transmissions radiales et télévisées vers Cuba, l’élimination des programmes de subversion et de déstabilisation internes, et une compensation au peuple cubain pour les dommages humains et économiques provoqués par les Etats-Unis […] En somme, La Havane demande à Washington de respecter son indépendance et sa souveraineté, ainsi que son droit inaliénable comme tout Etat de choisir son système politique, économique, social et culturel.

Si le Congrès américain désapprouve le rapprochement entre les deux pays et s’oppose à la levée de l’embargo, bloquant ainsi les retrouvailles américano-cubaines, Obama dispose cependant de toutes les prérogatives présidentielles nécessaires pour montrer, par des actes forts, sa volonté de pacifier les relations avec Cuba.

Sa décision de rétablir les liens, avec l’ouverture d’ambassades à Washington et La Havane, constitue une avancée positive dans le processus de normalisation des relations avec Cuba.

Ainsi, la Maison Blanche pourrait parfaitement élargir le nombre de catégories des citoyens étasuniens autorisés à se rendre à Cuba, légaliser le commerce bilatéral entre les entreprises des deux pays, permettre à Cuba d’acquérir sur le marché international des produits contenant plus de 10 % de composants étasuniens, autoriser l’importation de produits fabriqués dans le monde à partir de matières premières cubaines, consentir à la vente à crédit de produits non alimentaires à Cuba, et accepter que l’île de la Caraïbe utilise le dollar dans ses transactions commerciales et financières avec le reste du monde.

Aucune autorisation du Congrès n’est nécessaire pour cela.

D. M. F.

Election présidentielle américaine - Fermeture de Guantanamo : L’ombre du bilan d’Obama
GuantanamoBarack Obama avait fait de la fermeture du centre de détention de Guantanamo, ouvert par George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, une de ses promesses de campagne en 2009. Alors qu’il s’apprête à quitter la Maison Blanche, le président américain n’y est pas parvenu.

Le 8 novembre prochain, les Américains choisiront un nouveau président. Il ne restera alors à Barack Obama que deux mois, en janvier 2017, pour passer le témoin à son successeur qui sera soit la démocrate et ancienne secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, soit le républicain et sulfureux homme d’affaires, Donald Trump. Pour Barack Obama, c’est l’heure du bilan. Durant les huit ans qu’il aura passé à la tête de la première puissance économique et militaire mondiale, Obama, de l’avis de certains analystes politiques, peut se prévaloir d’un bon bilan.

A l’international, il peut se targuer d’avoir été celui qui a mis hors d’état de nuire Oussama Ben Laden en 2011 ou encore celui qui a retiré les dernières troupes américaines d’Irak la même année. Le réchauffement des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba porte également l’empreinte du premier président américain noir.

Seul ombre à ce bilan globalement positif, la non fermeture du centre de détention de Guantanamo. En effet, Barack Obama avait fait la promesse, dès le début de son mandat, en 2009, de fermer ce site cubain ouvert par Georges W. Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. N’ayant pas pu tenir cette promesse lors de son premier mandat, Obama l’avait réitérée après sa réélection en 2012. En vain.

Aujourd’hui, il semble clair que la fermeture de Guantanamo ne se fera plus sous l’administration Obama. Il voulait, avec la fermeture du centre, « refermer un chapitre de l’histoire des Etats-Unis ». Finalement, c’est le chapitre de sa vie en tant que président qu’il fermera sans y arriver.

Moins qu’un manque de volonté, le président américain a fait face à l’opposition farouche du Congrès à majorité républicaine. Face à cette situation, il a dû revoir sa stratégie. Celle-ci a consisté à transférer certains prisonniers dans d’autres pays. C’est dans ce cadre que le Sénégal accueille et héberge deux anciens détenus de Guantanamo d’origine libyenne. Le 15 août dernier, le Pentagone a annoncé avoir transféré quinze détenus aux Emirats arabes unis. A ce jour, seuls 61 détenus restent toujours enfermés sur le site cubain.

Selon les chiffres publiés par le New York Times, sur ces 61 prisonniers, 20 sont immédiatement libérables, dont 29 en attente d’un pays d’accueil. Dix autres ont été ou seront jugés devant les commissions militaires, notamment cinq hommes accusés d’avoir organisé les attentats du World trade center. Les 31 restants entrent dans la catégorie des « détenus illimités », considérés comme trop dangereux pour être libérés. Ces derniers, selon le journal New Yorkais, ne peuvent être jugés, car leurs aveux obtenus par la torture ne sont pas recevables devant un tribunal.

Lors de l’investiture de Barack Obama, en 2009, on comptait 242 détenus à Guantanamo. Il en a libéré 181. Alors que sous l’administration Bush, 532 prisonniers avaient été libérés de Guantanamo, la plupart par larges groupes vers l’Afghanistan et l’Arabie saoudite.

Elhadji Ibrahima THIAM

L’élection du président Barack Obama a été une rupture : d’abord parce qu’il est Noir, ensuite Kenyan d’origine n’ayant pas le même vécu que les Noirs américains et, enfin, parce qu’il est d’origine musulmane dans un contexte de profonde crise entre les Etats-Unis et le monde arabo musulman.

Son accession à la Maison Blanche a été d’une transparence qui lui offre toute la légitimité éthique et morale nécessaires pour recoller les morceaux de la désastreuse politique extérieure américaine au Moyen-Orient depuis de longues années, notamment sous George Bush. Les responsables du Prix Nobel ne s’y sont pas trompés, lui attribuant la récompense sans doute pour l’encourager à œuvrer pour un monde plus apaisé.

Le 4 juin 2009, une année à peine après son élection, il s’attaquait au dossier noir de la politique extérieure américaine que constitue son appui inconditionnel à Israël dans son conflit avec le monde arabe et la violence meurtrière qu’elle engendre.

Il a choisi le Caire, carrefour du monde arabo musulman, et son Université, temple du savoir, pour prononcer son fameux discours programme pour le Proche-Orient : sa volonté de mettre en place une politique de rupture totale avec le passé en soulignant qu'il était venu "chercher" un "nouveau départ entre les musulmans et les Etats-Unis", estimant que le "cycle de la méfiance et de la discorde devait s'achever". Il a surtout évoqué la pomme de discorde entre Américains et Arabes en appelant Israël à cesser sa politique de colonisation des Territoires palestiniens et répété son engagement en faveur d'un Etat palestinien.

Cette nouvelle approche de la diplomatie américaine entrait dans une politique extérieure plus globale où les Etats-Unis cherchaient à se départir de cette image de gendarme du monde, particulièrement au Proche-Orient. Le président Obama, dans cet objectif, a cherché à impliquer les autres nations dans la solution des problèmes. Solutions qui passent par la lutte pour la défense de l’ordre international libéral contre la terreur djihadiste et la promotion d’un ensemble de droits universellement admis. La liberté d’expression et d’association, la liberté de religion, l’égalité des hommes et des femmes dans le cadre de l’État de droit et le droit de choisir librement ses propres dirigeants. Dans cette nouvelle approche de politique extérieure, les Etats-Unis ont joué un rôle de second plan dans la chute du régime Kadhafi, en octobre 2011, et ont partagé la tâche avec d’autres pays occidentaux en Syrie et en Irak.


Le président Obama, durant ses deux mandats, a consacré beaucoup de son de temps et de son influence politique pour obtenir un accord sur le nucléaire avec l'Iran, avec le secret espoir que la levée des sanctions aura en échange l’arrêt de leur programme nucléaire et conduira l'Iran à devenir moins belliqueux et plus coopératif dans le règlement des conflits au Proche-Orient. Ce désir de jouer l’équilibre entre l'Arabie saoudite et l'Iran, rivaux pour dire le moins depuis la nuit des temps, a débouché sur une détérioration des relations américaines avec le premier cité, habitué à un rôle hégémonique dans la région et fort de l’appui inconditionnel et régulier de l’administration américaine, quel que soit le régime, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

Selon plusieurs observateurs, au vu du développement de la situation, le Proche-Orient a encore besoin d’un gendarme, le temps que la région se stabilise davantage ; le pétrole lui donnant encore un rôle majeur dans la stabilisation de l’ordre économique mondial. Ils considèrent que plus l'influence de l'Amérique recule dans la région, plus l'Arabie saoudite et l'Iran deviennent agressifs pour le contrôle de la région. Ils rappellent que l'Iran demeure le principal soutien tant du président syrien, Bachar el-Assad, que du gouvernement chiite de Bagdad, donc reste un des principaux acteurs de la tragédie humanitaire dans la zone.

Le refus d’Obama d’intervenir en Syrie en 2013, malgré le franchissement de la « ligne rouge » que constituait l’utilisation d’armes chimiques contre la population par Bachar el-Assad, aurait, selon ces spécialistes du Proche-Orient, contribué à faciliter l’annexion de la Crimée par Vladimir Poutine de même que la guerre en Ukraine.

Alassane Diawara

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« Il ne faut point considérer Barack Obama comme le philanthrope qui fera le développement de l’Afrique ». Au lendemain de l’élection, en 2008, du 44ème président des Etats-Unis, ce propos du directeur du Centre de recherche ouest-africain (Warc en anglais), Ousmane Sène, avait suscité l’étonnement de beaucoup de gens du continent africain qui croyaient qu’avec le nouveau locataire de la Maison Blanche, dont le père est Kenyan, l’Amérique allait enfin s’intéresser à l’Afrique… via le pouvoir d’achat de ses millions de pauvres.

Maintenant qu’il s’apprête, après deux mandats présidentiels, à passer la main, ils ne sont plus à leurs illusions qui les voyaient capter une manne financière généreusement envoyée de l’autre côté de l’Atlantique par le président américain en souvenir des pauvres « parents » africains. Sur des bases affectives et d’attentes de charité, les Africains, sans apporter grand-chose au premier président noir des Usa pendant ses campagnes électorales, l’ont toujours « soutenu » et, sans avoir voix au chapitre américain, ont porté leur « choix » sur lui parce qu’il est le fils d’un fils du continent et va donc les sortir de la misère et de la mauvaise gouvernance. Quel rêve !

Ceux-là n’avaient pas compris, contrairement au spécialiste de la civilisation américaine et grand observateur de la vie politique du pays de l’Oncle Sam cité plus haut, que Barack Obama est un Américain, élu par les Américains pour veiller scrupuleusement sur les intérêts des Etats-Unis. En effet, ce produit du capitalisme pur et dur ne pouvait pas être cette âme charitable qui allait utiliser le profit des Américains pour sécher les larmes des Africains. Et même s’il le voulait, il n’aurait pas la latitude, malgré son immense pouvoir, de le faire, car il serait contraint, par d’autres pouvoirs et lobbies tout aussi puissants, à s’arrêter.

A l’image de ses 43 prédécesseurs, Barack Obama a seulement défendu, comme le fera forcément le 45ème président à venir, le seul intérêt américain : « american interest ». Tout ce que le 44ème locataire de la Maison Blanche a eu à faire dans l’intérêt des Africains l’a aussi été pour les Usa : exploitation des hydrocarbures, quête de parts de marché africain plus importantes pour contrer l’avancée des Chinois, lutte contre le terrorisme anti-Occident, fléau dont l’Afrique, du fait de la pauvreté, pourrait en être le ventre mou. Le système politique américain est conçu pour que le grand pays de l’Oncle Sam continue de diriger le monde.

Barak Obama appartient à ce système politique-là qui favorise l’émergence d’hommes et de femmes compétents, dotés d’un fort leadership, capables de faire rêver leurs compatriotes et engagés dans la réalisation d’une communauté nationale toujours plus puissante tout en étant les gardiens vigilants des intérêts de leur pays. Pour se faire une place ici, Barack Obama a fait montre de charisme, de détermination et de talent. C’est cela le « way of life » (chemin de la vie) des Américains que les Africains devraient s’approprier en mettant fin aux guerres fratricides, à la haine de l’autre et aux frontières artificielles. S’affranchir de ces tares, c’est créer, avec des institutions fortes et non avec des hommes forts, un espace de démocratie réelle pour marcher vers la constitution d’un gouvernement continental et réaliser les Etats-Unis d’Afrique ! Le président américain, Barack Obama, qui n’est point ce philanthrope devant faire le développement de l’Afrique, l’a rappelé dans un important discours prononcé en 2009 devant le Parlement ghanéen.

Cheikh Aliou AMATH

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Après les nombreuses tueries dont sont victimes des populations innocentes, le président Barack Obama, après sa réélection, a décidé de s’attaquer, encore une fois, à un des éléments constitutifs de la démocratie américaine : le port d’armes ou Gun control. Mais c’était sans compter avec le dynamisme de grand lobby de la National rifle association (Nra) qui compte 4 millions de membres.

Le Gun control est consacré par la Constitution américaine. En effet, le 2è amendement de la Constitution de 1776 garantit à tout citoyen américain le droit de porter des armes. Aussi, lutter contre un tel droit devient une gageure dans un pays où le respect de la Constitution est sacré. Le président Barack Obama s’en est rendu compte. En 8 ans de magistère, il n’a pu secouer le baobab. Et pourtant, il a tout tenté pour avoir une législation plus sévère sur le port d’armes à feu qui, selon les statistiques, tuent 32.000 personnes par an dans son pays. Les exemples ne manquent pas. On a encore à l’esprit la tuerie dans l'école primaire Sandy Hook, à Newtown, dans le Connecticut, en décembre 2012.

A l’université, au cinéma (Aurora en 2012 au Colorado) comme dans d’autres espaces publics, on tue d’innocents habitants. Les auteurs sont souvent des enfants. A chaque fois, l’émotion ne dure que le temps d’une fleur. Le débat est vite conclu qu’il est posé.

Non seulement la population adhère peu à la volonté du premier chef d’Etat noir du pays, mais aussi et surtout les politiques, notamment les républicains, à travers la Chambre des représentants qu’ils contrôlent, étaient hostiles à la mesure. Pire, même le Sénat, pourtant aux mains des démocrates, sous la pression de la toute-puissante Nra, n’a pas suivi son leader.

En avril 2013, il a rejeté de 60 voix les mesures voulues par l'administration Obama. Le président se trouvait ainsi seul dans un combat perdu d’avance. Ses appels, après chaque massacre, sont restés lettre morte au cours de ses deux mandats. Il a beau appeler à un examen de conscience, rien n’a bougé, plus de la majorité de la population trouvant le port d’arme normal, car consacré par la Constitution. Comme le prouve une étude du Pew research center, menée en 2014, 55 % des Américains estimaient qu’il vaut mieux protéger les droits actuels des citoyens, plutôt que de modifier la législation.

Finalement, le président Barack Obama avoua son échec, sans doute le plus cuisant de son magistère. Un regret pour un chef d’Etat qui a tant réussi dans plusieurs domaines, notamment à éliminer Ben Laden, l’homme le plus haï de son pays.

Daouda MANE

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Au moment de l’élection de Barack Obama, en 2008, les Etats-Unis étaient au bord du gouffre ! Les Américains étaient au comble du désespoir à cause de la crise des subprimes, le renchérissement du prix du pétrole, l’impasse des guerres en Irak et en Afghanistan avec son coût exorbitant. L’opinion a encore en mémoire les images des millions de travailleurs ayant perdu leur emploi, jetés hors de leurs maisons en une journée et squattent les rues sans aucune perspective.

Certains historiens américains n’avaient pas manqué de souligner que la présidence de George W. Bush a été la pire de l'histoire des Etats-Unis avec 71% d’Américains qui ont désapprouvé sa conduite des affaires, faisant de lui "le président le plus impopulaire de l'histoire moderne" des Etats-Unis. Et d’ajouter que ni Richard Nixon ni Harry Truman, pourtant très impopulaires, n'avaient franchi le seuil de 70% de mécontents. Ils ont précisé qu’il fallait sans doute remonter en 1923, à Warren G. Harding, un président alcoolique, joueur de poker et corrompu, pour trouver un mandat aussi catastrophique.

Pour en rajouter une couche biblique, des pasteurs évangélistes avaient estimé que c’est l’Apocalypse et que l’Amérique avait atteint le fond du gouffre pour s’être écarté des textes religieux, faisant prévaloir le pouvoir de l’argent, ayant favoriser la corruption et laisser se développer la débauche. Les Etats-Unis, avaient-ils conclu, n’avaient aucune chance de se relever moins de revenir aux enseignements de Dieu.

Un pessimisme noir à la hauteur de l’immense espoir qu’a suscité l’élection d’un président issu de la minorité noire et surtout d’origine modeste et pressé de prouver qu’il est à la hauteur des espoirs placés en lui. Preuve de l’énorme espoir qu’il réconciliera l’Amérique avec elle-même et le reste du monde, le Prix Nobel lui a été décerné par les responsables suédois gestionnaires des affaires de Alfred Nobel.

A la fin des deux mandats de Barack Obama, l’Amérique est au mieux pour dire le moins.

Selon les observateurs économiques, les Etats-Unis ont été, sous sa présidence, le pays développé qui crée le plus d’emplois par an devant le Japon, la Chine, l’Inde, l’Allemagne, la France et l’Angleterre.

Lors d’un discours sur un bilan de sa politique, il a souligné, sur le plan économique, la mise en place d’un plan de relance de 787 milliards de dollars en 2009 qui a contribué à faire baisser le taux de chômage de 11% en 2011 à 5% en 2015, ou la création de l’Obamacare en 2010, réforme sociale emblématique instaurant une « assurance santé universelle » qui a généré 6 millions de nouveaux inscrits.

Néanmoins, Obama laisse à son successeur d’importants défis parmi lesquels les inégalités croissantes, la pauvreté, le contrôle des armes à feu, l’immigration et les réfugiés, ainsi que l’intervention en Syrie. Des préoccupations qui ont été des enjeux de campagne pour Donald Trump et Hillary Clinton.

Alassane DIAWARA

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Chef du département Afrique francophone de Voice of America (Voa), Timothée Donangmaye, établi au siège de la chaîne à Washington, est un observateur averti de la vie politique américaine. Dans cet entretien, il se prononce sur les enjeux de la présidentielle de ce mardi 8 novembre.

On est à la veille de la présidentielle américaine qui mettra aux prises Hillary Clinton et Donald Trump. Quels sont les enjeux de ces élections ?
C’est une élection historique, les deux principaux candidats tentant de réaliser un tour de force sans précédent. La démocrate Hillary Clinton, première femme à être investie candidate par l’un des partis majeurs, veut devenir la première présidente des Etats-Unis. L’homme d’affaires Donald Trump est un novice en politique, qui veut s’imposer dans cette course à la Maison Blanche malgré les réticences de l’establishment. Alors que Mme Clinton bénéficie du soutien du président Obama et jouerait, en cas d’élection, un rôle-clé dans la préservation de l’héritage du premier président noir des Etats-Unis, M. Trump se donne pour mission de démanteler tout ce que le président Obama aura mis en place, de la réforme de l’assurance-santé aux mesures en faveur des sans-papier. Le choc sans précédent dans la course à la Maison Blanche aura des répercussions sur les autres élections prévues, notamment au Congrès et dans les assemblées des Etats.

On note un certain clivage de la classe politique américaine. Est-ce que cela peut avoir des conséquences sur le choix du prochain président ?
Le clivage au sein de la classe politique est quelque chose de normal. Les élections sont, avant tout, un choc de projets de société. Le clivage aura donc un impact sur le choix du prochain président américain, mais il est difficile de dire d’avance quel va être cet impact, car il y a beaucoup de facteurs en jeu dans cette présidentielle historique.

Aujourd'hui, les sondages donnent Hillary vainqueur, mais est-ce que Trump peut créer la surprise ?
Certes, Mme Clinton vient en tête dans les sondages, mais rien n’est acquis. On n’est jamais à l’abri d’une surprise dans les élections américaines. Malgré sa bonne position dans les sondages, Mme Clinton doit se défendre des accusations de mauvaise foi en relation avec l’utilisation d’un serveur privé pour ses emails au département d’Etat, et de conflit d’intérêts dans ses rapports avec les donateurs de la Fondation Clinton. En somme, rien n’est gagné d’avance pour l’ancienne secrétaire d’Etat malgré sa bonne position dans les sondages.

Qu'est-ce qu'une victoire de Donald Trump pourrait changer dans les relations entre les Etats-Unis et le reste du monde, notamment l'Afrique ?
Difficile à dire pour le moment. Mais Donald Trump a dit que sa priorité, c’est d’abord les Etats-Unis ; ce qui pourrait mener à une réorientation de la diplomatie américaine en cas de victoire de Trump. Le candidat républicain a, par exemple, fait savoir qu’il est disposé à travailler avec la Russie pour éliminer le groupe Etat islamique et résoudre la crise syrienne.

Aujourd'hui, il semble que ce sont les personnages de Hillary et de Trump qui posent problème au niveau de l'opinion américaine. Est-ce à dire que le prochain président sera un président par défaut ?
Le prochain président des Etats-Unis sera président comme ses prédécesseurs dans la mesure où le scrutin se déroule conformément à la loi. Certains Américains peuvent ne pas aimer tel ou tel président, mais tous sont fiers de leurs institutions. Et tout président doit travailler avec le Congrès pour pouvoir mettre en œuvre son programme. C’est un élément qui rassure les Américains.

Les libertariens et les verts gagnent de plus en plus de points dans les sondages. En quoi cette nouvelle donne peut-elle peser sur les résultats de la présidentielle ?
En principe, cette présidentielle 2016 est l’occasion rêvée pour les verts et les libertariens parce que les deux principaux candidats suscitent des sentiments négatifs chez un grand nombre d’Américains. Pourtant, le candidat libertarien, Gary Johnson, recueille, pour l’heure, 10 % d’intentions de vote, et Jill Stein, la candidate des verts, bien moins.

Quel bilan tirez-vous de la présidence d'Obama ?
En devenant le premier président noir des Etats-Unis, Barack Obama a projeté une nouvelle image du Noir dans le monde. Ici, aux Etats-Unis, il a essayé, autant que possible, de relancer le débat sur les relations raciales. Son initiative phare, la réforme de l’assurance-santé, a permis à des millions d’Américains d’avoir une couverture médicale. Cette initiative est, aujourd’hui, critiquée par les républicains, qui disent que les coûts excèdent les prévisions.

El. I. THIAM

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A l’arrivée du président Barack Obama à la Maison Blanche, en janvier 2009, premier Afro-Américain à ce poste, un grand espoir s’était saisie de tous ceux qui, aux Etats-Unis ou ailleurs, croyaient à une pacification des relations interraciales dans ce pays. L’Amérique allait devenir une société post-raciale. On se souvient des larmes du pasteur Jesse Jackson lors de la prestation de serment d’Obama, se remémorant, sans doute, le rêve exprimé par Martin Luther King et qui était en train de se réaliser. L’Amérique, où les Noirs ont subi tant de souffrances (esclavage, ségrégation raciale, meurtres) infligées par les Blancs, venait d’élire un président noir.

Huit ans plus tard, Obama a bouclé son second et dernier mandat, mais il lègue à son successeur un pays où les tensions raciales sont toujours vives. Avec la crise économique qui a frappé les Etats-Unis en 2008, beaucoup de Blancs qui se sont appauvris ont mal digéré cette situation et sont devenus plus intolérants à l’égard des Noirs et des Hispaniques pourtant globalement plus pauvres encore. Et le fait d’avoir un président noir n’a fait qu’ajouter à leur mécontentement. Dans un pays où la détention d’une arme est un droit constitutionnel, les difficultés existentielles mènent parfois à des fusillades. La coexistence de mouvements suprémacistes blancs et de groupes extrémistes noirs constituant un autre catalyseur de la violence raciale.

Selon une étude parue aux Etats-Unis, le nombre d’antennes locales du Ku Klux Klan est passé de 72 en 2014 à 190 en 2015, tandis que les groupes séparatistes noirs ont progressé de 113 à 180 dans la même période.

Dans une université américaine, des étudiants blancs racistes ont dispersé des boules de coton dans une résidence d’étudiants noirs pour les voir les ramasser et leur rappeler ainsi leur passé d’esclaves.

En juin 2015, à Charleston, un jeune blanc de 21 ans a ouvert le feu dans une église, tuant 9 paroissiens noirs. Ce qui provoqua une grande émotion populaire.

Mais, ce sont surtout les meurtres répétés commis par la police sur les Noirs qui sont au cœur des tensions raciales. Des marches et d’autres manifestations sont régulièrement organisées par la communauté noire pour dénoncer les violences policières. En août 2014, à Fergusson (Missouri), Michael Brown, un jeune noir, a été abattu par la police. S’ensuivent plusieurs jours d’émeutes dans la ville. Une enquête fédérale va blâmer la police de Fergusson pour racisme, brutalités gratuites et harcèlement contre les Noirs. La série noire-sans mauvais jeu de mot aucun- va continuer à travers les Etats-Unis : Bâton Rouge, Houston, Charlotte, Los Angeles, dans le Minnesota… des Noirs sont tués par la police avec à la clé des manifestations plus ou moins violentes.

Au cours de cette année, 700 personnes, majoritairement noires, ont été tuées par la police aux Etats-Unis.

En juillet dernier, lors d’un rassemblement à Dallas, en hommage à deux Noirs tués par la police, cinq membres des forces de l’ordre ont été abattus par un sniper.

Le président Obama a tenté de jouer à plusieurs reprises les pompiers en appelant à la tolérance, à un climat de confiance entre la police et la communauté noire et à un contrôle sur les armes. Mais, en tant que Noir lui-même et ne voulant pas apparaître comme prenant partie pour sa communauté, son exercice d’équilibrisme n’a pas plu à beaucoup d’Afro-Américains qui lui reprochent sa tiédeur.

En 2013, le mouvement Black lives matter (les vies noires comptent) va être lancé pour dénoncer le racisme et les violences de la police contre les Noirs. Il investit la rue à chaque « bavure » meurtrière des policiers.

Aujourd’hui, les Etats-Unis en sont là, un pays où Noirs et Blancs habitent, mais en s’ignorant pratiquement. Malgré la loi de 1964 sur les droits civiques qui a aboli la ségrégation raciale et les pratiques discriminatoires, les Noirs continuent de subir des injustices dans un pays se proclamant champion de la démocratie et des droits de l’Homme. Le lourd passé entre Blancs et Noirs n’est toujours pas soldé.

Par Ibrahima MBODJ

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La présidentielle américaine du 8 novembre s’annonce comme l’une des plus indécises de l’histoire du pays de l’Oncle Sam. Le profil et la personnalité des deux candidats étant eux-mêmes des facteurs inédits. Hillary Clinton comme Donald Trump traînent des casseroles.

Hillary Clinton ? Donald Trump ? Bien malin qui pourra deviner le prochain locataire de la Maison Blanche. Même si les sondages donnent une certaine avance à l’ancienne Première dame et qu’à l’étranger l’opinion pense que sa victoire est déjà actée face au tonitruant milliardaire, rien n’est moins sûr. Dans l’opinion américaine et selon de nombreux observateurs de la politique américaine, une victoire de l’ancienne secrétaire d’Etat est loin d’être acquise. Donc, un triomphe de Trump est dans l’ordre du possible. Kamissa Camara, responsable principale du programme Afrique de l’Ouest et centrale de la Fondation nationale pour la démocratie et supporter de Hillary, résume bien la situation en ces termes : « Il y a six mois, si on m’avait posé la question à savoir si Donald Trump pouvait gagner les élections, j’aurais dit non sans aucune hésitation. Aujourd’hui, je suis plus nuancée. La victoire d’Hillary Clinton n’est pas gagnée d’avance. On a trop sous-estimé Trump. Aujourd’hui, tout est possible ».

L’issue de cette élection est d’autant plus indécise que les libertariens et les verts, les deux autres partis en lice mais dont on ne parle pas assez, montent en flèche dans les sondages.

« Plus on approche de la présidentielle, plus l’issue en devient opaque. Les libertariens et les verts peuvent faire basculer les élections dans l’un ou l’autre sens. Il y a un temps, Hillary était très loin dans les sondages devant Trump, mais l’écart est en train de se réduire », souligne Akram Elias, président-directeur général de Capital communication group et spécialiste du fédéralisme américain. Il invite à se méfier des sondages, car beaucoup de sondés ne veulent pas se prononcer ouvertement en faveur de Trump dans les enquêtes, par peur d’être taxés de racistes alors qu’ils partagent les mêmes idées que lui. « Donc, c’est un gros point d’interrogation », poursuit l’analyste.

Deux candidats au profil atypique
Quant à Eric Freedman, Pr de Journalisme à Michigan State university, il rappelle les précédents des élections de 1992 et de 2000 lors desquelles le vote en faveur des verts a participé à la défaite de George Bush père face à Bill Clinton et à celle d’Al Gore face à George Bush Junior. « La même situation pourrait se reproduire, mais en faveur de Hillary Clinton. Beaucoup de républicains détestent Trump, car ils estiment que c’est un opportuniste qui s’est emparé des idéaux de ce parti pour arriver à ses fins. Mais puisqu’ils ne voudront pas voter ni pour lui ni pour Hillary, ils vont donner leurs voix soit aux libertariens soit aux verts », estime-t-il. Les républicains ont dû s’accommoder du tonitruant homme d’affaires. C’est le système des primaires qui est ainsi fait, même quand on n’est pas du parti, on peut se porter candidat au nom du parti et gagner l’investiture, explique Freedman. Pour avoir couvert de nombreuses élections, le journaliste juge celle de cette année « particulièrement passionnante ». En ce sens que, pour la première fois, elle mettra aux prises deux candidats au profil atypique.

« Jusqu’à Obama, tous les présidents étaient des hommes blancs et, pour la première fois de l’histoire, l’un des deux partis majeurs a investi une femme », dit-il. Des profils inédits avec des personnages qui posent problème, parce que trainant beaucoup de casseroles, indique Akram Elias. « Le vrai débat concerne le personnage des deux candidats. Certains ne veulent pas d’Hillary, car sa victoire signifierait un retour de son mari, Bill, au pouvoir. Dans l’autre camp, Trump n’inspire pas confiance. Le gouvernement, ce n’est pas une société privée, alors les gens se demandent s’il faut prendre le risque de voter pour un milliardaire qui n’a aucune expérience ; Il y a beaucoup d’inconnus finalement », ajoute-t-il. Malgré les casseroles qu’elle traîne (financement de la Fondation Clinton, enquête sur les mails non protégés, soucis de santé etc.,), Hillary Clinton a toutes les chances de gagner face à Trump, assure David Rufin. Selon cet écrivain, rédacteur en chef et analyste politique, Donald Trump, par sa personnalité, n’a aucune carrure d’un chef d’Etat.

Etre femme, un atout pour Hillary
En plus, il indique que le Parti républicain est pris en otage par quelques éléments de l’extrême-droite membre du T-Party et des évangélistes. « Ils développent une nouvelle idéologie basée sur l’idée que le gouvernement central n’est pas en mesure d’apporter des solutions aux problèmes des Etats-Unis, car étant lui-même le problème. C’est des gens qui siègent au Congrès tout en étant contre l’establishment et Washington », explique M. Ruffin. Même si la complexité des primaires a permis à Trump de gagner l’investiture, il n’en demeure pas moins que cela consacre l’échec du Parti républicain, analyse-t-il. La crise que traverse ce parti lui rappelle celle qui avait causé l’effondrement de son ancêtre, le Whig. « En 1850, le Whig s’est disloqué. Le Parti républicain actuel, né de ses cendres, épouse la même trajectoire. Il devient de plus en plus le parti des Blancs. Les minorités ne se retrouvent pas du tout dans les valeurs qu’on y développe. Donc, le Parti républicain est appelé à se réinventer », pense-t-il.

Le fait que Hillary Clinton soit femme est un atout non négligeable, selon Eric Freedman. Car, ajoute-t-il, dans d’autres grandes démocraties, il a été démontré qu’une femme peut conduire les affaires de l’Etat. « Nous avons eu les exemples de Margareth Thatcher en Grande-Bretagne, de Merkel en Allemagne et tant d’autres exemples », note-t-il. Et puis, fait remarquer Akram Elias, une forte tendance est en train de se dégager aux Etats-Unis qui laissent entrevoir une possible victoire de Hillary Clinton. « Aujourd’hui, 48 % des entreprises qui créent 87 % des nouveaux emplois aux Etats-Unis sont dirigées par des femmes. La victoire de Hillary peut s’inscrire dans cette mouvance. Elle peut profiter de cette vague. Du point de vue sociologique, c’est possible », explique-t-il.

Alors Hillary ou Trump ? En tout cas, plus de 24 millions d’électeurs américains, soit un peu plus de 10% du corps électoral, ont déjà exercé leur droit de vote grâce au principe du vote par anticipation. Pour le reste, il faudra attendre dans la nuit du 8 novembre pour connaître le nom du futur locataire de la Maison Blanche.

Elhadji Ibrahima THIAM

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L'élection présidentielle américaine tombe cette année le 8 novembre. Elle a toujours lieu le mardi suivant le premier lundi de novembre, obligation inscrite dans une loi de 1845.

Le mode de scrutin
Suffrage universel indirect à un tour, dans les 50 Etats et le District de Columbia (la ville de Washington, qui ne fait partie d'aucun Etat).
Les électeurs votent pour les candidats à la présidence et à la vice-présidence. Dans chaque Etat, en fonction des résultats du vote, les candidats engrangent de grands électeurs.

Les grands électeurs
Ils sont, au total, 538 et leur nombre varie selon les Etats, en fonction de leur population. Chaque Etat a autant de grands électeurs que d'élus à la Chambre des représentants (nombre qui dépend de leur population) et au Sénat (deux, nombre fixe dans tous les Etats).
La Californie en a, par exemple, 55, le Texas 38, l'Etat de New York 29, la Floride 29, et à l'autre bout, le Vermont, l'Alaska, le Wyoming et le Delaware n'en ont que 3.
Ces grands électeurs, qui composent le collège électoral, éliront ensuite officiellement, le 19 décembre, le président et le vice-président, une formalité.

Que faut-il pour gagner ?
Un candidat doit obtenir la majorité absolue des 538 grands électeurs, soit 270. Dans tous les Etats sauf deux, le candidat qui remporte la majorité des voix rafle tous les grands électeurs de l'Etat. Dans le Nebraska et le Maine, ces grands électeurs sont attribués à la proportionnelle.

Les Etats-clés
Certains Etats sont historiquement démocrates, d'autres résolument républicains. Vu le mode de scrutin, les candidats se concentrent donc sur une douzaine d'Etats qui peuvent basculer d'un côté ou de l'autre, et avoir un impact sur le résultat de l'élection. Les plus importants sont ceux qui ont le plus de grands électeurs, comme la Floride (29), la Pennsylvanie (20) ou l'Ohio (18).

Selon les élections, ces "swing states" peuvent changer.

AFP

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Hillary Clinton, pur produit du système politique américain, ancienne première dame, sénatrice et secrétaire d'Etat, contre Donald Trump, l’antisystème et self made man en quête de reconnaissance. L’Amérique retient son souffle et mijote son choix.

C’est une élection des plus indécises. Alors que l’on croyait que le sort en était jeté en faveur de Hilary Clinton, créditée d’une avance confortable dans les sondages, la réouverture de l’enquête sur les mails de l’ancienne first lady par le Fbi a jeté du sable sur la machine électorale des démocrates. L’écart se réduit comme peau de chagrin et une victoire de Trump ne semble plus être une lubie républicaine. La courbe s’inverse en faveur de Trump au moment où 10 % des électeurs américains font leur choix dans le cadre du vote anticipé. Alors que la campagne de Clinton patauge, les ralliements se multiplient dans le camp d’en face. Le speaker (président) républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a laissé entendre qu’il a voté pour le candidat de son parti en dépit des relations difficiles avec lui. Cible d’une partie de l’entourage de Trump qui le juge trop modéré, M. Ryan n’a pas fait campagne aux côtés du candidat républicain lorsque ce dernier s’est rendu dans son Etat du Wisconsin.

Irrévérencieux
Il y a six mois pourtant, nombre d’experts prédisaient la mort politique de Donald Trump. Maintenant, ils se demandent qui pourra arrêter le candidat républicain et comment. Irrévérencieux jusqu’au bout des chaussures, adepte des envolées populistes, Trump ne s’imagine pas un autre avenir que de celui d’occuper la maison blanche. L'homme d'affaires de 69 ans a grandi dans le Queens, à New York. Il a commencé sa carrière grâce à l'entreprise de son père, Frederick Trump, qui avait fait fortune dans l'immobilier et dans la gestion d'appartements locatifs dans certains quartiers de New York. Le jeune Donald Trump investit lui aussi dans l'immobilier et multiplie les projets. Il suffit de penser à la fameuse Trump Tower de New York ou encore à ses casinos à Atlantic City et à Las Vegas, ou encore, plus près de nous, à ses tours à appartements à Toronto et Vancouver. Partout où il passe, il met son nom sur chacun des immeubles.

Donald Trump, c'est aussi un producteur et animateur de télévision.Le milliardaire à la chevelure blonde a été la vedette de l'émission de téléréalité The Apprentice de 2004 à 2015. Il pouvait engranger jusqu'à 15 millions de dollars pour certains épisodes. Il a aussi été derrière l'organisation de Miss Univers.

Selon le magazine Forbes, sa fortune est estimée à 4 milliards de dollars américains. Il a dévoilé ses revenus pour l'année 2014 : il aurait amassé 362 millions de dollars provenant de 168 sources différentes. Le candidat, qui a annoncé, en juin 2015, qu'il se lançait dans la course à l'investiture républicaine, veut bâtir un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique pour freiner l'immigration illégale. Le milliardaire se présente aussi comme le sauveur des valeurs américaines. « On s'attaque à la foi chrétienne, on s'attaque aux armes à feu, on s'attaque à tout ce en quoi nous croyons », disait-il en janvier.

Les attaques personnelles envers ses adversaires sont légion et semblent être sa marque de commerce. Beaucoup se souviennent qu'il a retweeté le commentaire misogyne d'un de ses partisans à l'endroit de la candidate démocrate Hillary Clinton en 2015 : « Comment peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ? » Sa popularité est largement due à la partition du candidat antisystème qu’il a su jouer avec talent : le candidat du peuple contre le champion de l’establishment. Beaucoup d'Américains n'en peuvent plus de la paralysie au Congrès. Ils se disent prêts à élire Trump.

Le problème avec Trump, c’est qu’on ne sait pas jusqu’où pourrait aller son impulsivité. Tony Schwartz, sa plume cachée, qui a écrit Trump, the Art of the Deal, mi-hagiographie, mi-manuel de motivation pour devenir Donald Trump, n’a pas gardé un bon souvenir de ses années de collaboration avec le milliardaire. « J’ai mis du rouge à lèvres sur un cochon », explique-t-il dans le New Yorker. Pour dire qu’il « regrette profondément ». Et qu’il a de plus en plus peur. Car tous les tares et traits de caractère qu’il avait perçus à l’époque (le mensonge systématique, l’absence d’empathie, le narcissisme extrême, une coupure totale avec la réalité) se sont dangereusement exacerbés depuis.

A ceux qui pensent que le Trump de la campagne, insultant, abrasif, moqueur, incohérent parfois, sera différent du Trump qui entrerait à la Maison Blanche, l’ex-journaliste répond : « Il n’y a pas un Trump privé et un Trump public. Tout ce qu’il veut, c’est de la reconnaissance extérieure, toujours plus ».

Femme de décision
Du côté des démocrates, c’est Hillary Clinton qui a été officiellement désignée par son camp dans la course à la présidentielle américaine, lors de la convention démocrate à Philadelphie le 28 juillet. L'ancienne première dame, sénatrice et secrétaire d'Etat deviendrait ainsi la première femme à diriger les Etats-Unis si elle parvient à remporter l'élection présidentielle américaine du 8 novembre 2016. Elle cultive son image de femme de décision, compétente et responsable, bref, tout l'opposé de son challenger. Mais elle montre aussi ses propres limites qui ont pour noms : la pensée dominante des cercles élitistes américains, le culte de la présidence toute-puissante.

Le grand danger de la présidence de Hillary Clinton serait de vivre, sur le plan international, ce que nous vivons déjà : la candidate démocrate a une fâcheuse tendance à suivre le mainstream (courant dominant). On ne peut pas oublier qu'elle fut contre le « surge », l'envoi de renforts massifs en Irak, à partir de 2007, à un moment où tout Washington en avait plus qu'assez de voir l'Amérique s'y embourber ; qu'elle épousa sans nuances l'intervention en Libye, en 2011; qu'elle incarna le « reset », la relance des relations avec la Russie, allant jusqu'à reprocher à Mitt Romney de vouloir provoquer un conflit avec les Russes, tout cela avant de se raviser, de se déchaîner contre Poutine et d'en faire aujourd'hui l'ennemi juré des Etats-Unis.

Par Sidy DIOP

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Le Pdesoc a organisé, du 03 au 08 septembre 2016, une visite de certaines de ses réalisations dans les Régions de Kolda, Kédougou et Tambacounda, à laquelle ont participé l’Administration territoriale, la Direction de l’Elevage, la Direction de l’Investissement (Di), la Direction de la Coopération économique et financière (Dcef), la Direction de l’Hydraulique, le Service régional des marchés publics de Tambacounda, les Services régionaux et départementaux de l’élevage, les Divisions régionales de l’hydraulique et de l’urbanisme, les Organisations professionnelles de l’élevage.

Le Pdesoc a redoré le blason du secteur de l’élevage dans les régions de Kolda, Tambacounda et Kédougou. En six ans, 35 postes vétérinaires ont été construits ou réhabilités dans les zones d’intervention du projet. Ces équipements de haute portée ont redonné espoir aux acteurs de l’élevage de ces régions frontalières. À Salémata, le Chef du Service Départemental de l’Elevage logeait dans une case qu’il avait louée à 10.000 F CFA et qui lui servait de bureau et de logement pendant des années. Alors qu’à Kédougou, le chef du service départemental de l’élevage a quitté ses bureaux et son logement de service qui étaient dans un état piteux. Affecté à Kédougou, sa région natale, depuis 2001, Kaly Boubane était obligé d’occuper le bâtiment de deux pièces du Centre apicole.

35 postes vétérinaires construits ou réhabilités
D’autres agents techniques de l’élevage affectés dans d’autres localités situées dans ces régions frontalières vivaient le même clavaire. Ils ne disposaient ni de logement encore moins de bureaux. À cela, s’ajoutent les difficultés liées à leurs déplacements.

La liste des contraintes est loin d’être exhaustive. Ce diagnostic sombre avait un impact réel sur le développement de l’élevage dans ces régions frontalières. Cette situation relève maintenant du passé dans les localités où intervenait le Projet de Développement de l’Elevage au Sénégal Oriental et en Haute Casamance (Pdesoc). Pour pallier ces manquements et redonner au secteur de l’élevage son lustre, le Projet y a réalisé des infrastructures structurantes, en construisant ou en réhabilitant des postes vétérinaires. Pour les constructions neuves, il s’agit d’un bâtiment de cinq pièces plus une cuisine et des toilettes qui sert de bureau et de logement aux agents techniques de l’élevage. Au total, 35 postes vétérinaires ont été construits ou réhabilités dans ces trois régions. Les localités bénéficiaires sont Vélingara, Médina Yoro Foula, Médina Gounass, Linkéring, Sinthiang Koundara, Kounkané, Mampatim, Dioulacolon, Salikégné, Ndorna, Pata, Fafacourou, Coumbacara, (Kolda), Salémata, Dakatéli, Dar Salam, Bandafassi, Fongolimbi, Khosanto, Médina Sirimana, et Saraya (Kédougou), Kidira, Boynghèle Bamba, Goudiry, Kothiary, Bala, Diawara, Kéniaba, Sadatou, Malème Niani, Kahène, Bamba Thialène, Missirahet Payar (Tambacounda).

Le Chef du Service Départemental de l’Elevage de Kédougou, Kaly Boubane magnifie l’avènement de ces infrastructures qui, dit-il, redonnent un nouveau souffle au secteur de l’élevage et fouettent l’énergie des agents. Le Gouverneur de la Région de Kolda, Ousmane Kane souligne que l’élevage a été depuis longtemps le parent pauvre de l’agriculture. «Ces réalisations vont changer la donne », a-t-il déclaré. Le Gouverneur de Kolda assure qu’une deuxième phase du projet permettra à d’autres zones du pays de bénéficier des infrastructures de cette dimension. Dr Mouhamadou Moustapha Sarr, Chef du Service Régional de l’Elevage de Kolda, met l’accent sur la pérennisation qui passe, selon lui, par une bonne gestion des ouvrages. Le Gouverneur de la Région de Kédougou, William Manel salue les réalisations du Pdesoc. « Elles sont importantes pour les régions frontalières qui souffrent d’un manque criard d’infrastructures. Tout ce que l’État peut faire dans le sens du renforcement des infrastructures est la bienvenue. Ces réalisations donnent l’assurance et l’espoir aux populations qui vont sentir davantage leur appartenance au pays », affirme-t-il.

« L’élevage, un projet de développement »
M. Manel invite les responsables des projets à communiquer davantage sur leurs réalisations pour que les populations sachent ce qui est fait et leur portée économique et sociale. « Nous travaillons tous les jours à diversifier les programmes de développement de la région », ajoute le Gouverneur de Kédougou, insistant sur le fait que ces infrastructures vont redonner un nouveau souffle à l’élevage dans la Région de Kédougou. Mamadou Niang de la Direction de l’Élevage voit plus grand. Il estime que l’élevage doit être considéré non pas comme un moyen de survie mais comme « un système, un projet de développement ». Il ajoute que l’élevage ne se limite pas seulement à la santé animale, il touche aussi aux équipements, aux infrastructures, à la culture fourragère, etc.

Outre ces postes vétérinaires, le Pdesoc a également construit 25parcs de vaccination, dix aires d’abattage, trois maisons des éleveurs (Mde), magasins d’aliments de bétail et a offert 24 motofaucheuses aux éleveurs producteurs.

Par Mamadou GUEYE et Souleymane Diam SY

Transformation laitière : Quatre centres de collecte à Diaobé, Kidira, Goudiry et Koumpentoum
Les éleveurs-producteurs de Diaobé, de Kidira, de Goudiry et de Koumpentoum ont été soulagés par le Pdesoc. Ces localités ont bénéficié de centre de collecte de lait.

Des éleveurs-producteurs de Diaobé, de Kidira, de Goudiry et de Koumpentoum ont longtemps rêvé disposer de centres de collecte de lait équipés (laiteries). Un rêve devenu réalité grâce au Projet de développement de l’élevage au Sénégal oriental et en haute Casamance (Pdesoc) qui a construit dans ces localités des centres de collecte de lait équipés. À Diaobé, la délégation du Pdesoc a visité l’unité de transformation laitière. Plus de 90 % du matériel a été déjà réceptionnés. Le Directeur du Pdesoc, Dr Alioune Touré assure que le reste sera incessamment complété. Le Président de la Maison des éleveurs de l’arrondissement de Saré Koly Salé, El Hadji Ibrahima Tobo Baldé, cache mal sa joie. « Plus de 15 ans que les éleveurs attendaient l’installation d’un centre de collecte de lait car ils rencontraient beaucoup de difficultés pour écouler leurs productions. Avec l’avènement de cette laiterie, ils pourront vendre toutes leurs productions », affirme-t-il, tout sourire. Cette infrastructure constitue, selon lui, une « aubaine » pour les éleveurs qui versaient par terre leur production invendue. Il a remercié le bienfaiteur c’est-à-dire le Gouvernement à travers le Pdesoc pour ce geste d’une haute portée économique et sociale. Issaga Mballo, Président de la Maison des éleveurs de Kolda se félicite de ces « importantes réalisations » dans les domaines de la santé animale, de l’amélioration génétique, de la production laitière, de l’hydraulique pastorale, entre autres, qui contribueront, souligne-t-il, « à améliorer le vécu des éleveurs-producteurs ».

À Koumpentoum, malgré l’heure tardive, les femmes, membres du Directoire régional des femmes en élevage (Dirfel), section Tambacounda, ont attendu la délégation du Pdesoc conduite par l’adjointe au Gouverneur de Tambacounda, chargée de développement, Awa Ndiaye Diop. Elle venait de boucler un long périple qui l’a conduite au centre du pays notamment à Payar, à Touba Khitmatoulaye et à Darou Minam où le projet a réalisé des infrastructures structurantes. La Présidente de Dirfel de Koumpentoum, Aby Guiro, a soutenu que le centre de collecte de lait, construit dans leur localité par le Pdesoc, sera d’un apport capital dans l’amélioration des conditions de vie des éleveurs-productrices. Elle a plaidé pour que leur unité de transformation laitière soit dotée d’un véhicule frigorifique pour la collecte de lait dans la zone de même que le prolongement du projet pour permettre aux femmes de consolider leur travail.

Diéyel Sow, Responsable de l’Union nationale des éleveurs du Sénégal (Unoes), section Tambacounda ajoute que ces différentes réalisations au profit du secteur de l’élevage vont sensiblement contribuer à améliorer les conditions d’existence des femmes productrices de la région. Les éleveurs-productrices ont été invitées à constituer un comité de gestion pour une meilleure exploitation et une rentabilité de l’infrastructure.

Contrôle du flux : Le Pdesoc réalise six marchés de bétail
Goudiry, Manda Douanes, Payar, Bondji, Saré Moussa, Sinthiou Malème sont les six communes où le Projet de développement de l’élevage au Sénégal oriental et en haute Casamance (Pdesoc) a réalisé des marchés à bétail. Même si au début, une réticence était notée chez certains éleveurs, tous fréquentent aujourd’hui ces endroits pour mieux contrôler le mouvement du bétail.

Rallier Payar, à partir de Koumpentoum, relève d’un parcours du combattant. Sur une distance d’une soixantaine de kilomètres, il faut au moins une heure de trajet pour arriver à destination. La seule piste latéritique qui relie Payar à Koumpentoum est jonchée de nids de poule, envahie par des flaques d’eau. Les radiers submersibles sont remplis d’eau. Les rares gros porteurs qui fréquentent la zone n’empruntent cette voie pour éviter de s’embourber. Malgré la distance et l’état cahoteux de la route, le Pdesoc n’a pas hésité à choisir des localités à l’accès difficile pour réaliser des infrastructures de grande envergure. Il s’agit notamment du marché à bétail, du magasin, du poste vétérinaire, du château d’eau, des abreuvoirs, des borne-fontaines et du parc de vaccination de Payar. Le jeudi 8 septembre, jour du marché hebdomadaire de cette localité, a été choisi par le Pdesoc pour visiter ces différentes réalisations. Ces ouvrages sont, selon l’agent technique de l’élevage de Payar, Labouda Seck, fonctionnels depuis plus d’un an.

Le marché à bétail est composé d’un bâtiment abritant les bureaux du vétérinaire et du responsable du foirail, des abreuvoirs, d’un grand hangar et des toilettes. On retrouve la même architecture à Goudiry, Manda Douanes, Saré Moussa dans la commune de Saré Bidji (Kolda), Sinthiou Malème et à Bondji où le Pdesoc a réalisé des marchés à bétail. Partout où la délégation du Pdesoc est passée, un accueil chaleureux lui a été réservé. Les édiles de ces villes bénéficiaires ont salué ces unités pastorales qui sont, à leurs yeux, d’une importance capitale pour le développement de l’élevage, même si, par endroit, les quais d’embarquement ont été mal implantés et mal dimensionnés. Selon le Président de la maison des éleveurs de Kolda, Issaga Mballo, les marchés à bétail permettront de mieux contrôler le flux du bétail durant les marchés hebdomadaires car tout acquéreur est obligé de chercher un laisser-passer pour convoyer ses bêtes.

À Sinthiou Malème, beaucoup d’éleveurs avaient refusé d’aller officier dans le marché à bétail après sa mise en service, selon le maire Mamadou Saliou Bâ, ancien Président du Conseil régional de Tambacounda. Aujourd’hui, éleveurs, acheteurs et rabatteurs ont pris conscience de l’intérêt de ces ouvrages et fréquentent ce marché. Alors qu’à Goudiry, le Maire Thiédel Diallo souligne que les réalisations du Pdesoc notamment les marchés à bétail correspondent aux aspirations de développement de l’élevage. « Il est difficile de parler d’émergence sans l’élevage. Le Département de Goudiry est bien servi par le Pdesoc », se réjouit Thiédel Diallo. « Il ne reste que la consolidation de ces acquis », s’empresse-t-il d’ajouter. Le Président de la maison des éleveurs de Goudiry « Gallé Aynabé », Djiby Nimba Bâ a invité les éleveurs à mieux s’organiser pour relever le défi de la gestion. L’adjointe au Gouverneur de Tambacounda chargée du développement, Awa Ndiaye Diop a exhorté les acteurs et bénéficiaires à préserver les infrastructures mises à leur disposition.

Gestion des marchés à bétail : Problème dans le reversement des taxes
Même si la concession a été bien faite entre le Ministère de l’Elevage et des Productions animales et les communes bénéficiaires, force est de constater que la gestion des marchés à bétail laisse à désirer.

Le Ministre de l’Élevage et des Productions animales, Aminata Mbengue Ndiaye a signé des conventions rétrocédant la gestion des marchés à bétail aux six collectivités locales où ces infrastructures sont réalisées. À elles de passer des sous-contrats avec les comités de gestion des foirails. Sur le terrain, ces comités de gestion sont chargés de la collecte des taxes et leur reversement aux municipalités. Mais, la réalité est tout autre. La collecte des taxes municipales et le reversement ne se déroulent pas comme souhaité. Trois communes bénéficiaires sont confrontées à ces problèmes. Il s’agit de Sinthiou Malème, de Manda Douanes et de Payar. À Sinthiou Malème, il y a un « flou total » dans la collecte des taxes. Alors que, chaque samedi, jour du marché hebdomadaire, le marché à bétail accueille plus de 2.000 ovins, précise le Président de la maison des éleveurs Dady Sow. Pourtant, le Maire Mamadou Saliou Bâ soutient avoir mis en place une commission chargée de la collecte des taxes.

Malheureusement, cette commission n’a rien versé à la mairie depuis son installation. « Elle n’a jamais versé des taxes provenant de ce daaral (marché à bétail) », affirme-t-il, devant l’Adjointe au Gouverneur de Tambacounda chargée du développement et sa délégation. Des acteurs du marché s’entraccusent. Certains soutiennent que des éleveurs et des revendeurs refusent de payer la taxe municipale. D’autres avancent des pratiques malsaines dans la gestion de ces recettes. C’est presque le même scénario à Manda Douanes. Ici, les clés de répartition des recettes générées par le marché à bétail sont mal définies. La municipalité et le comité de gestion du foirail collectent chacun, de son côté, les recettes. Interpellé sur la gestion des recettes, le Président du foirail, Kéto Bâ, n’a pas fourni des réponses convaincantes à la délégation du Pdesoc.

Face à ce quiproquo dans la gestion des foirails, l’Adjointe au Gouverneur chargée du développement de Tambacounda, Awa Ndiaye Diop, invite les acteurs à se retrouver autour d’une table pour échanger sur la question. « Sans ces taxes, on ne pourra pas assurer l’entretien de ces infrastructures », assure-t-elle. Avant d’ajouter : « nous ne pouvons pas comprendre que des éleveurs, rabatteurs, etc. occupent le marché à bétail et refusent de s’acquitter de la taxe municipale qui est d’ailleurs une obligation ». Le Dr Paly Cissé, vétérinaire du Pdesoc est formel : les termes de la concession entre la tutelle et les municipalités sont clairs. Il revient, explique-t-il, aux collectivités locales de signer des conventions avec des comités de gestion. En réalité, souligne le Gouverneur de la Région de Kolda, les taxes sont collectées mais non reversées. Pour Ousmane Kane, les concessions passées avec les collectivités locales n’ont pas toujours donné de bons résultats. « Il faut, suggère-t-il, changer de paradigme en tentant l’expérience avec les Maisons des éleveurs. » « Le pari, à l’issue de ces projets, reste le suivi et l’entretien des ouvrages pour leur pérennisation », indique le Gouverneur Ousmane Kane. Dr Mouhamadou Moustapha Sarr, Chef de service régional de l’Elevage de Kolda, pense que tous les acteurs doivent trouver leur compte dans la gestion de ces ouvrages destinés au développement du secteur. Pour ce faire, affirme-t-il, tous doivent s’impliquer dans la gestion. À ce niveau, l’Adjointe au Gouverneur de Tambacounda chargée du développement, Awa Ndiaye Diop, estime qu’il y a un véritable travail de communication et de renforcement des capacités des acteurs à mener.

Appui à la production et aux organisations d’agro-pasteurs  : D’importants moyens financiers et matériels mis à la disposition des éleveurs-producteurs
À côté de la construction de trois maisons des éleveurs, de dix aires d’abattage et de 25 parcs de vaccination, le Pdesoc a gratuitement mis à la disposition des éleveurs 1.200 tonnes d’aliments de bétail, 200 tonnes de graines de coton et 8.000 pierres à lécher. L’objectif, selon le Directeur du Pdesoc, Dr Alioune Touré, c’est de contribuer au renforcement de la sécurité alimentaire du bétail. Le Dr Paly Cissé a indiqué que la vente de ces aliments par les éleveurs à des prix subventionnés a permis de constituer des fonds locaux gérés par les éleveurs pour le renouvellement des stocks. « Près de 100 millions de francs CFA sont dans les comptes des comités de gestion d’aliment », révèle-t-il. À cela s’ajoutent 24 motofaucheuses équipées de râteaux faneurs mises à la disposition des agropasteurs.

Pour l’amélioration génétique, le Pdesoc a offert aux éleveurs 12 taureaux Guzérat importés du Brésil, 30 béliers Ladoum, 44 béliers Toulabir et 30 boucs Guera, 1.650 coqs raceurs pour un montant de 74.770.000 de francs CFA. Trente (30) techniciens du public et du privé ont été formés en insémination artificielle bovine et équipés de 30 trousses. Deux centres secondaires d’amélioration génétique (Csag) ont été mis en place à Tambacounda et Kolda pour un montant de 74.216.877 de francs CFA pour assurer, en continu des inséminations artificielles. Pour améliorer les conditions d’alimentation du bétail, le Pdesoc a fait emblaver par les agropasteurs, de 2001 à 2014, 465 hectares de niébé fourrager pour une production de 4, 7 tonnes de semences et 40 tonnes de fourrage.

Concernant la protection zoo sanitaire, 5.481.240 doses de vaccins ont été données en appui aux services vétérinaires des trois régions, de même que 969 vaccinatrices et vaccinateurs villageois de volailles formés, 120 auxiliaires d’élevage recyclés. Pour le système de pérennisation, des stocks de vaccins ont été mis en place avec plus de 10 millions de francs CFA de recettes gérées par les éleveurs. À côté de ces actions, le Pdesoc a construit trois maisons des éleveurs à Tambacounda, à Kolda et à Kédougou de même que le siège du projet à Tambacounda.

Forages, mini-forages et puits pastoraux : Le Pdesoc étanche la soif de milliers d’habitants de Tambacounda, Kédougou et Kolda
L’eau est source de vie. Fort de ce constat, le Pdesoc a ciblé des localités situées dans des zones excentrées pour réaliser des forages, des mini-forages et des puits pastoraux. La recherche de l’eau qui était jadis une corvée pour les populations de ces zones est, aujourd’hui, un vieux souvenir.

La Médina Touat, village situé à 15 km de de la cité religieuse de Médina Gounass (Kolda), les populations, composées en majorité d’éleveurs, courent après un forage depuis plus d’un demi-siècle. Depuis sa création, il y a 60 ans, Médina Touat s’approvisionne de l’eau du puits. Le Pdesoc vient de satisfaire une vieille doléance des populations de ce village en réalisant un château d’eau de 100 m3 et de 15 m de hauteur. Avec un débit de 30 m3/heure, l’ouvrage hydraulique peut alimenter d’autres villages ceinturant Médina Touat. Ce dimanche 4 septembre 2016, coïncidant avec l’arrivée de la délégation du Pdesoc, les notables du village se sont donné rendez-vous au forage, construit à la sortie de la localité sur la route de Médina Gounass.

bdoulaye Bâ, représentant du chef du village, l’air jovial, souligne que l’infrastructure hydraulique constitue une aubaine pour les populations et le bétail. « Notre village, précise-t-il, dispose plus de 5.400 bovins. Le Pdesoc vient ainsi d’étancher notre soif ». Au-delà du bétail, le village revit grâce à cet ouvrage. « Les populations pourront également s’adonner au maraîchage », dit-il. Pour Mamadou Ciradji Ba, notable du village, c’est une vieille doléance des habitants de Médina Touat et environs qui vient d’être satisfaite par le Pdesoc.

Le Président de la Maison des éleveurs de Kolda, Issaga Mballo, s’est félicité de l’avènement de cet ouvrage hydraulique qui contribuera à l’amélioration des conditions d’existence des éleveurs. L’Imam du village, Mamadou Aly Niang, s’est inscrit dans le même sillage. Pour lui, ce forage est d’une importance capitale. « C’est un ouvrage pour nous et pour les générations futures. Nous ne pouvons que rendre hommage au bienfaiteur pour ce geste salutaire », insiste l’Imam. Il a plaidé pour l’augmentation des abreuvoirs autour du forage et des bornes fontaines. À ce sujet, Dr Touré, Directeur du Pdesoc, soutient que d’autres projets importants de l’État à l’image du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc), le PEPAM ou des ONG pourraient assurer la relève pour exécuter les travaux complémentaires notamment étendre le réseau d’adduction d’eau.

7 nouveaux forages réalisés
Le Pdesoc a été mis en place par le Gouvernement du Sénégal avec l’appui de la Banque islamique de développement (Bid) et de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea) pour un montant global de 9, 176 milliards de francs CFA. Le Pdesoc qui comprend plusieurs volets est intervenu dans les dix départements des régions de Tambacounda, Kédougou et Kolda pour une population bénéficiaire estimée à 409.449 agropasteurs. En six ans, le projet a sensiblement contribué à réduire les difficultés des agropasteurs et à améliorer leur sécurité alimentaire.

Le Pdesoc a réalisé sept nouveaux forages équipés avec des adductions d’eau dont quatre dans la région de Tambacounda (Allégué, Toubéré Diaobé, Koumaré et Touba Khitmatoulaye) et trois à Kolda (Médina Touat, Piaye Bouré et Médina Gounass 1). Neuf anciens forages ont été réhabilités avec château d’eau, abreuvoirs et bornes fontaines dont quatre dans la région de Kolda (Saré Colé Salé, Saré Yoroyèle, Saré Mary et Saré Bidji), quatre dans la région de Tambacounda (Payar, Gallé, Darou Manna, Sinthiou Demba Dème) et un dans la région de Kédougou (Bandafassi). S’y ajoutent 17 mini-forages équipés de pompe manuelle ainsi que 13 puits pastoraux à grand diamètre. Tous sont fonctionnels, excepté le forage neuf de Médina Touat. Dr Touré, Directeur du Pdesoc, assure qu’après l’hivernage, il sera procédé à la mise en service de l’ouvrage avec la Division régionale de l’hydraulique rurale de Kolda qui vient de former le conducteur du forage. De l’avis de Moustapha Thiam, Chef de Division régionale de l’hydraulique de Kolda, ces ouvrages ont fortement contribué à améliorer le taux d’accès à l’eau potable dans la région de Kolda qui a le taux d’accès le plus faible du pays. Toutes ces réalisations seront reversées dans le patrimoine de l’hydraulique.

Finance islamique : 775 millions FCfa dégagés pour financer des microprojets
La ligne de crédit islamique est une des composantes du Pdesoc, financée par la Banque Islamique de Développement (BID) pour environ 775 millions de francs CFA, avec un fonds de garantie de 50 millions du Gouvernement sénégalais. Au 31 mars 2015, date de clôture du financement de la Bid et de transfert du suivi au Fonds d’appui à la stabulation (Fonstab), la ligne de crédit a permis de financer plusieurs micro-projets dans les trois régions de Kolda, Tambacounda et Kédougou, pour un montant total de 336. 045.980 francs CFA. Kolda a reçu 115.587.523 francs CFA pour un taux de remboursement de 90 %, alors que Tambacounda a encaissé 117.344.700 de francs CFA avec un taux de remboursement de 94 %. Sur 77. 113. 757 de francs CFA, Kédougou a eu un taux de remboursement de 74 %. Selon le Directeur du Pdesoc, ces financements ont permis aux agropasteurs de développer des activités économiques et d’améliorer leurs revenus.

Les activités vont se poursuivre sur une période de dix ans avec la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas) qui a été appuyée par le Pdesoc en ressources humaines (3 agents chargés de clientèle en finance islamique) et en moyens logistiques (3 véhicules neufs tout terrain double cabine, matériel informatique et mobilier de bureau, etc.)

Dix ans après la panne de leur ancien forage : L’eau coule à nouveau à flot à Bandafassi
Les femmes de la commune de Bandafassi ont retrouvé le sourire. Depuis que leur ancien forage est tombé en panne en 2006, elles étaient obligées à retourner aux pompes manuelles. Leur calvaire est terminé avec la construction d’un château d’eau et la mise en place d’un réseau d’adduction d’eau par le Projet de développement de l’élevage au Sénégal oriental et en haute Casamance (Pdesoc).

À Bandafassi, situé à 15 km de Kédougou sur la route de Salémata, cela fait 10 ans que l’ancien forage est tombé en panne. Les populations étaient obligées de se rabattre sur les pompes manuelles de la commune qui tombaient souvent en panne. Elles ont retrouvé le sourire grâce au Pdesoc qui a réhabilité le par la construction d’un château de 100 m3 sur 15 m, des abreuvoirs, des borne-fontaines et des prises d’eau pour charettes.Les femmes de la commune éprouvaient d’énormes difficultés à se procurer de l’eau potable. Ce lundi 5 septembre 2016, elles ont toutes convergé vers le forage. Leurs visages rayonnants renseignent sur leur sentiment de soulagement. Leur forage vient d’être mis en service par le Directeur du Pdesoc, en attendant l’arrivée très prochaine des plus hautes autorités pour son inauguration. Elles ont vécu le calvaire avec la panne de leur ancien forage.

« Nous étions fatiguées à cause de la recherche de l’eau. Car l’eau est source de vie », soutient Oumou Diallo, au nom des vaillantes dames de la commune. Elle n’a pas manqué de rendre hommage au Pdesoc, leur bienfaiteur. Outre le forage d’un débit de 100 m3, quatre bornes fontaines ont été installées dans la commune dont une au lycée et une autre au quartier Bedik, situé à près d’un kilomètre du centre-ville.

Le Maire de la Commune de Bandafassi, Mamadou Yéro Ba parle d’un « ouf de soulagement ». « Les populations éprouvaient des difficultés pour s’approvisionner en eau », insiste-t-il. Avec la mise en service de leur nouveau forage, il a pris l’engagement de mettre sur pied un comité de gestion de l’ouvrage. Le Chef de village Moussa Diallo a magnifié ce geste de l’État à travers le Pdesoc. Pour l’Adjoint au Sous-préfet de Bandafassi, Daouda Sène, les populations ont vécu l’enfer à cause du manque d’eau. « Quand un partenaire vient pour réparer et réhabiliter le forage, nous ne pouvons que le remercier au nom du Chef de l’État », déclare-t-il.

Un puits pastoral pour les populations de Hamdalaye Ndiapaldé
Dans la concession des Diallo à Hamdalaye Ndiapaldé (Tambacounda), les femmes ne pouvaient pas imaginer que le Pdesoc allait mettre en service ce mardi 6 septembre 2016 leur puits pastoral. Ce jour, comme d’habitude, elles se sont rendues tôt le matin au puits villageois, situé à un kilomètre de leur concession pour se procurer le liquide précieux. Au retour, elles ont trouvé que le Pdesoc a déjà mis en service leur puits pastoral. Leur joie était immense et se lisait sur leurs visages. Elles viennent d’être soulagées d’une corvée quotidienne. Elles cachaient mal leur sentiment de satisfaction et n’hésitaient pas à manifester quelques signes en guise de remerciements à l’endroit de leur bienfaiteur, le Pdesoc. Un don du ciel attendu depuis longtemps par les 3.000 âmes du village. Fodé Diallo, habitant de la localité soutient que les populations composées en majorité d’éleveurs, étaient très fatiguées à cause de la recherche de l’eau. Aujourd’hui, c’est un mauvais souvenir. Avec ce puits, ils peuvent rester sur place en toute saison d’autant que le tapis herbacé de la région résiste durant des mois sans se détériorer. Ce puits fait partie d’un lot de 13 puits réalisés par le projet dans les Régions de Tambacounda et de Kolda.

Réhabilitation du bassin de rétention : Les bénéficiaires invités à prendre soin de l’ouvrage
L’élevage a de beaux jours dans la Commune de Gabou (Département de Bakel). Le Pdesoc vient de réhabiliter le bassin de rétention de la commune d’une profondeur de 2,5 m. Depuis 1969, la mare était devenue inutilisable. Un geste hautement salué par les bénéficiaires.

Soucieux des conditions d’existence des éleveurs du Département de Bakel et particulièrement en saison sèche, le Pdesoc a réalisé un bassin multi usage à l’entrée de la commune de Gabou, située à une trentaine de kilomètres sur la route de Kidira-Bakel. L’Adjointe au Gouverneur chargée du développement de la région de Tambacounda, Awa Ndiaye Diop, le directeur du Pdesoc, Dr Alioune Touré et leur délégation ont fait le déplacement pour constater les réalisations. Les populations de Gabou et environs sont sorties massivement pour manifester leur satisfaction à l’endroit de l’État du Sénégal à travers le Pdesoc.

Ce projet a réhabilité le bassin de 2,5 m de profondeur. Le Maire de Gabou, Bocar Hamady Sy, un gendarme à la retraite, a indiqué que le bassin de rétention ne fonctionnait plus depuis 1969, faute de maintenance et d’entretien. « Les populations attendaient sa réfection », affirme-t-il. Pour lui, on ne peut pas parler de développement sans l’élevage et l’agriculture qui sont des moteurs de la croissance économique. M. Sy souligne que cet ouvrage hydraulique contribuera à alléger le travail des éleveurs et à développer l’élevage dans la zone. « Avec ce bassin de rétention, l’élevage, l’agriculture et même l’horticulture notamment le maraîchage, dit-il, ont de beaux jours devant eux dans la zone et particulièrement à Gabou. » Il a remercié les responsables du Pdesoc et a insisté sur l’importance des ouvrages dans le département de Bakel où ce projet a fait beaucoup de réalisations structurantes.

L’Inspecteur départemental de l’Élevage de Bakel, Mame Birame Bodian a rappelé que la baignade et le linge sont interdits dans cette mare pour ne pas altérer la qualité de l’eau. Au cours de la visite, un groupe de femmes était de l’autre côté du bassin et lavait leurs vaisselles. Au même moment, les troupeaux étaient déjà sur place et s’abreuvaient. Selon l’Adjointe au Gouverneur de Tambacounda chargée du développement, Awa Ndiaye Diop, le Maire peut prendre un Arrêté pour interdire la baignade, tout en invitant les bénéficiaires à prendre soin de l’ouvrage. Outre ce bassin de rétention, le Pdesoc a réalisé notamment dans le département de Bakel, un magasin d’aliments de bétail dans la commune de Gabou, un marché à bétail à Bondji, un poste vétérinaire à Diawara, trois aires d’abattage à Diawara, Kidira et Bakel, une mini-laiterie à Kidira, quatre parcs à vaccination à Garage Diamwéli, Marsa, Ouro Thierno et Yérimalé Deux taureaux Guzerat, deux motofaucheuses et de l’aliment bétail ont été mis à la disposition des éleveurs à Diawara et Gabou.

Ibrahima Ba, pôle régional des marchés publics de Tamba (dcmp) : « Toutes les autorités contractantes doivent suivre les pas du Pdesoc »
« Nous sommes satisfaits des réalisations du Pdesoc qui sont nombreuses et de qualité. Nous n’avons jamais vu une autorité contractante qui a osé réunir l’administration en l’occurrence les Gouverneurs, les ministères concernés et les partenaires pour visiter des réalisations. Nous apprécions cette belle initiative. Nous invitons toutes les autorités contractantes à suivre les pas du Pdesoc ».

Mamadou Niang, direction de l’élevage : « D’autres projets qui vont consolider les acquis du Pdesoc »
« Il y avait des difficultés dans le démarrage du projet. Mais pour toutes les composantes, le projet a fait des pas importants. Tout n’est pas parfait. Il y aura d’autres projets qui vont consolider les acquis. Le projet a fait un travail qu’il faudra consolider dans le cadre d’une nouvelle phase ou d’une prise en charge par d’autres programmes. Au Ministère de l’Élevage, nous sommes en train de voir s’il n’y a pas une deuxième phase, une continuité dans la prise en charge des activités du Pdesoc. Un autre projet prendra en charge un certain nombre d’initiatives. Ces infrastructures communautaires auront un impact positif pour le secteur de l’Élevage. Au-delà du pastoralisme, les forages réalisés vont améliorer le vécu quotidien des populations. »

Awa Ndiaye Diop, adjointe au gouverneur de Tamba chargée de développement : « Il reste maintenant la capitalisation et la pérennisation des réalisations »
« Le projet avait une composante microfinance et appui aux organisations d’agropasteurs et l’appui aux services déconcentrés de l’Élevage. Nous avons touché du doigt ces réalisations. Je suis satisfaite de ce que j’ai vu sur le terrain en termes de réalisations de forages, de mini-laiteries, de marché à bétail, de bassins de rétention, etc. Nous avons noté la satisfaction des populations. Elles étaient très émues. Tout ce qui reste c’est la capitalisation et la pérennisation. À ce niveau, nous avons noté l’engagement des Maires. Je salue le courage du Directeur du Pdesoc qui est allé dans des zones excentrées pour y faire des réalisations au grand bénéfice des populations locales ».

Alioune Touré, Phd, directeur du Pdesoc : « Le bilan est largement positif »
Après six années de mises en œuvre, le Projet de développement de l’Élevage au Sénégal oriental et en haute Casamance (Pdesoc) a pris fin en septembre 2016. Le Directeur, Alioune Touré tire un bilan satisfaisant des activités exécutées par le projet. 

Le Pdesoc prend fin. Quel bilan pouvez-vous en tirer ?
Le bilan est largement positif. Nous sommes satisfaits des réalisations. Au début du projet, nous nous sommes fixés quatre objectifs. Le premier, c’est à la fin que l’autorité qui nous a fait confiance soit satisfaite. Le deuxième, c’est que les bénéficiaires le soient également ainsi que les bailleurs de fonds et nous-mêmes. Cela s’est passé ainsi. Nous rendons grâce à Dieu qui nous a permis d’avoir ces résultats et cela malgré les contraintes. Du début à la fin, le travail n’a pas été facile notamment dans l’exécution de toutes les composantes. Qu’il s’agisse de l’hydraulique, de la construction des bâtiments administratifs (postes vétérinaires, magasins d’aliments de bétails, maisons des éleveurs, etc.), tout s’est bien passé.

Quel est l’impact de ces réalisations sur le vécu des populations ?
Les zones dans lesquels nous avons implanté les forages l’attendaient depuis longtemps. Les populations s’approvisionnaient à partir de l’eau des puits. Dans certains villages, des femmes faisaient de fausses couches à cause des difficultés liées à la recherche de l’eau. Avec ces ouvrages hydrauliques, outre la disponibilité de l’eau potable, elles peuvent maintenant s’adonner au maraîchage, à l’embouche bovine, à la création de bergeries, etc. Notre pays vise l’autosuffisance en moutons et pour cela, il faudra avoir des bergeries. Et sans eau, on ne peut pas les développer. Les postes vétérinaires, les véhicules et le matériel mis à la disposition des agents techniques de l’élevage leur permettront de s’acquitter convenablement du travail attendu d’eux.

S’agissant des magasins d’aliments de bétail, le projet a donné les premières dotations. Les dix magasins ont reçu une dotation d’une valeur de 100 millions de francs CFA. Ces subventions, à côté de celles mises en place dans le cadre de l’Opération Sauvegarde du Bétail, leur permettront à long terme d’être autonomes.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous étiez confrontés ?
Il s’agit principalement de la distance entre les zones d’intervention parce que le Projet couvrait trois régions (Tamba, Kolda et Kédougou) éloignées les unes des autres. L’étendue géographique de nos zones d’intervention était une véritable contrainte. L’autre difficulté était liée au montage du projet car il a été financé par deux bailleurs (BID et BADEA) qui n’avaient pas les mêmes procédures de décaissement. Dans l’exécution, nous étions aussi confrontés à des retards des entreprises contractantes. Bon nombre d’entre elles ont accusé un retard dans l’exécution des travaux. Et cela a joué à notre défaveur.

Les populations ont exprimé leur souhait de voir le Pdesoc consolidé à travers une seconde phase. Quelles sont les perspectives ?
L’autorité a pensé à la pérennisation et à la consolidation du projet. Madame le Ministre de l’Élevage et des productions animales est en train de voir comment prolonger les activités du Pdesoc en vue de les consolider. L’objectif, c’est de pérenniser les acquis. Il faudrait consolider les infrastructures, quelle que soit la formule retenue pour permettre aux agropasteurs d’en tirer le maximum de profit. L’autorité y a bien réfléchi et les activités vont se poursuivre certainement.

La gestion des ouvrages constitue un défi. Quel message lancez-vous aux bénéficiaires ?
Ce sont des investissements importants que le Gouvernement a mis à la disposition des populations. À elles maintenant de bien les gérer. Les autorités administratives, notamment les Gouverneurs ont appelé les bénéficiaires à une bonne gestion.

Votre dernier mot
Je voudrais remercier très sincèrement Madame le Ministre de l’Elevage et des Productions Animales qui m’a fait confiance et m’a soutenu tout au long de l’exécution du projet. Je remercie aussi, au nom de Madame le Ministre, la BID et la BADEA, pour leur soutien financier et technique, les Autorités administratives (Gouverneurs, Préfets, Sous-Préfets), les différents ministères impliqués et les Services régionaux (Eaux et Forêts, Hydraulique, Urbanisme) et l’ensemble des populations des Régions de Tambacounda, Kolda et Kédougou.

Par Mamadou GUEYE et Souleymane Diam SY

Les éleveurs-producteurs de Diaobé, de Kidira, de Goudiry et de Koumpentoum ont été soulagés par le Pdesoc. Ces localités ont bénéficié de centre de collecte de lait.

Des éleveurs-producteurs de Diaobé, de Kidira, de Goudiry et de Koumpentoum ont longtemps rêvé disposer de centres de collecte de lait équipés (laiteries). Un rêve devenu réalité grâce au Projet de développement de l’élevage au Sénégal oriental et en haute Casamance (Pdesoc) qui a construit dans ces localités des centres de collecte de lait équipés. À Diaobé, la délégation du Pdesoc a visité l’unité de transformation laitière. Plus de 90 % du matériel a été déjà réceptionnés. Le Directeur du Pdesoc, Dr Alioune Touré assure que le reste sera incessamment complété. Le Président de la Maison des éleveurs de l’arrondissement de Saré Koly Salé, El Hadji Ibrahima Tobo Baldé, cache mal sa joie. « Plus de 15 ans que les éleveurs attendaient l’installation d’un centre de collecte de lait car ils rencontraient beaucoup de difficultés pour écouler leurs productions. Avec l’avènement de cette laiterie, ils pourront vendre toutes leurs productions », affirme-t-il, tout sourire. Cette infrastructure constitue, selon lui, une « aubaine » pour les éleveurs qui versaient par terre leur production invendue. Il a remercié le bienfaiteur c’est-à-dire le Gouvernement à travers le Pdesoc pour ce geste d’une haute portée économique et sociale. Issaga Mballo, Président de la Maison des éleveurs de Kolda se félicite de ces « importantes réalisations » dans les domaines de la santé animale, de l’amélioration génétique, de la production laitière, de l’hydraulique pastorale, entre autres, qui contribueront, souligne-t-il, « à améliorer le vécu des éleveurs-producteurs ».

À Koumpentoum, malgré l’heure tardive, les femmes, membres du Directoire régional des femmes en élevage (Dirfel), section Tambacounda, ont attendu la délégation du Pdesoc conduite par l’adjointe au Gouverneur de Tambacounda, chargée de développement, Awa Ndiaye Diop. Elle venait de boucler un long périple qui l’a conduite au centre du pays notamment à Payar, à Touba Khitmatoulaye et à Darou Minam où le projet a réalisé des infrastructures structurantes. La Présidente de Dirfel de Koumpentoum, Aby Guiro, a soutenu que le centre de collecte de lait, construit dans leur localité par le Pdesoc, sera d’un apport capital dans l’amélioration des conditions de vie des éleveurs-productrices. Elle a plaidé pour que leur unité de transformation laitière soit dotée d’un véhicule frigorifique pour la collecte de lait dans la zone de même que le prolongement du projet pour permettre aux femmes de consolider leur travail.

Diéyel Sow, Responsable de l’Union nationale des éleveurs du Sénégal (Unoes), section Tambacounda ajoute que ces différentes réalisations au profit du secteur de l’élevage vont sensiblement contribuer à améliorer les conditions d’existence des femmes productrices de la région. Les éleveurs-productrices ont été invitées à constituer un comité de gestion pour une meilleure exploitation et une rentabilité de l’infrastructure.

Par Mamadou GUEYE et Souleymane Diam SY

Goudiry, Manda Douanes, Payar, Bondji, Saré Moussa, Sinthiou Malème sont les six communes où le Projet de développement de l’élevage au Sénégal oriental et en haute Casamance (Pdesoc) a réalisé des marchés à bétail. Même si au début, une réticence était notée chez certains éleveurs, tous fréquentent aujourd’hui ces endroits pour mieux contrôler le mouvement du bétail.

Rallier Payar, à partir de Koumpentoum, relève d’un parcours du combattant. Sur une distance d’une soixantaine de kilomètres, il faut au moins une heure de trajet pour arriver à destination. La seule piste latéritique qui relie Payar à Koumpentoum est jonchée de nids de poule, envahie par des flaques d’eau. Les radiers submersibles sont remplis d’eau. Les rares gros porteurs qui fréquentent la zone n’empruntent cette voie pour éviter de s’embourber. Malgré la distance et l’état cahoteux de la route, le Pdesoc n’a pas hésité à choisir des localités à l’accès difficile pour réaliser des infrastructures de grande envergure. Il s’agit notamment du marché à bétail, du magasin, du poste vétérinaire, du château d’eau, des abreuvoirs, des borne-fontaines et du parc de vaccination de Payar. Le jeudi 8 septembre, jour du marché hebdomadaire de cette localité, a été choisi par le Pdesoc pour visiter ces différentes réalisations. Ces ouvrages sont, selon l’agent technique de l’élevage de Payar, Labouda Seck, fonctionnels depuis plus d’un an.

Le marché à bétail est composé d’un bâtiment abritant les bureaux du vétérinaire et du responsable du foirail, des abreuvoirs, d’un grand hangar et des toilettes. On retrouve la même architecture à Goudiry, Manda Douanes, Saré Moussa dans la commune de Saré Bidji (Kolda), Sinthiou Malème et à Bondji où le Pdesoc a réalisé des marchés à bétail. Partout où la délégation du Pdesoc est passée, un accueil chaleureux lui a été réservé. Les édiles de ces villes bénéficiaires ont salué ces unités pastorales qui sont, à leurs yeux, d’une importance capitale pour le développement de l’élevage, même si, par endroit, les quais d’embarquement ont été mal implantés et mal dimensionnés. Selon le Président de la maison des éleveurs de Kolda, Issaga Mballo, les marchés à bétail permettront de mieux contrôler le flux du bétail durant les marchés hebdomadaires car tout acquéreur est obligé de chercher un laisser-passer pour convoyer ses bêtes.

À Sinthiou Malème, beaucoup d’éleveurs avaient refusé d’aller officier dans le marché à bétail après sa mise en service, selon le maire Mamadou Saliou Bâ, ancien Président du Conseil régional de Tambacounda. Aujourd’hui, éleveurs, acheteurs et rabatteurs ont pris conscience de l’intérêt de ces ouvrages et fréquentent ce marché. Alors qu’à Goudiry, le Maire Thiédel Diallo souligne que les réalisations du Pdesoc notamment les marchés à bétail correspondent aux aspirations de développement de l’élevage.

« Il est difficile de parler d’émergence sans l’élevage. Le Département de Goudiry est bien servi par le Pdesoc », se réjouit Thiédel Diallo. « Il ne reste que la consolidation de ces acquis », s’empresse-t-il d’ajouter. Le Président de la maison des éleveurs de Goudiry « Gallé Aynabé », Djiby Nimba Bâ a invité les éleveurs à mieux s’organiser pour relever le défi de la gestion. L’adjointe au Gouverneur de Tambacounda chargée du développement, Awa Ndiaye Diop a exhorté les acteurs et bénéficiaires à préserver les infrastructures mises à leur disposition.

Par Mamadou GUEYE et Souleymane Diam SY

Même si la concession a été bien faite entre le Ministère de l’Elevage et des Productions animales et les communes bénéficiaires, force est de constater que la gestion des marchés à bétail laisse à désirer.

Le Ministre de l’Élevage et des Productions animales, Aminata Mbengue Ndiaye a signé des conventions rétrocédant la gestion des marchés à bétail aux six collectivités locales où ces infrastructures sont réalisées. À elles de passer des sous-contrats avec les comités de gestion des foirails. Sur le terrain, ces comités de gestion sont chargés de la collecte des taxes et leur reversement aux municipalités. Mais, la réalité est tout autre. La collecte des taxes municipales et le reversement ne se déroulent pas comme souhaité. Trois communes bénéficiaires sont confrontées à ces problèmes. Il s’agit de Sinthiou Malème, de Manda Douanes et de Payar. À Sinthiou Malème, il y a un « flou total » dans la collecte des taxes. Alors que, chaque samedi, jour du marché hebdomadaire, le marché à bétail accueille plus de 2.000 ovins, précise le Président de la maison des éleveurs Dady Sow. Pourtant, le Maire Mamadou Saliou Bâ soutient avoir mis en place une commission chargée de la collecte des taxes.

Malheureusement, cette commission n’a rien versé à la mairie depuis son installation. « Elle n’a jamais versé des taxes provenant de ce daaral (marché à bétail) », affirme-t-il, devant l’Adjointe au Gouverneur de Tambacounda chargée du développement et sa délégation. Des acteurs du marché s’entraccusent. Certains soutiennent que des éleveurs et des revendeurs refusent de payer la taxe municipale. D’autres avancent des pratiques malsaines dans la gestion de ces recettes.

’est presque le même scénario à Manda Douanes. Ici, les clés de répartition des recettes générées par le marché à bétail sont mal définies. La municipalité et le comité de gestion du foirail collectent chacun, de son côté, les recettes. Interpellé sur la gestion des recettes, le Président du foirail, Kéto Bâ, n’a pas fourni des réponses convaincantes à la délégation du Pdesoc.

Face à ce quiproquo dans la gestion des foirails, l’Adjointe au Gouverneur chargée du développement de Tambacounda, Awa Ndiaye Diop, invite les acteurs à se retrouver autour d’une table pour échanger sur la question. « Sans ces taxes, on ne pourra pas assurer l’entretien de ces infrastructures », assure-t-elle. Avant d’ajouter : « nous ne pouvons pas comprendre que des éleveurs, rabatteurs, etc. occupent le marché à bétail et refusent de s’acquitter de la taxe municipale qui est d’ailleurs une obligation ». Le Dr Paly Cissé, vétérinaire du Pdesoc est formel : les termes de la concession entre la tutelle et les municipalités sont clairs. Il revient, explique-t-il, aux collectivités locales de signer des conventions avec des comités de gestion. En réalité, souligne le Gouverneur de la Région de Kolda, les taxes sont collectées mais non reversées. Pour Ousmane Kane, les concessions passées avec les collectivités locales n’ont pas toujours donné de bons résultats. « Il faut, suggère-t-il, changer de paradigme en tentant l’expérience avec les Maisons des éleveurs. » « Le pari, à l’issue de ces projets, reste le suivi et l’entretien des ouvrages pour leur pérennisation », indique le Gouverneur Ousmane Kane. Dr Mouhamadou Moustapha Sarr, Chef de service régional de l’Elevage de Kolda, pense que tous les acteurs doivent trouver leur compte dans la gestion de ces ouvrages destinés au développement du secteur. Pour ce faire, affirme-t-il, tous doivent s’impliquer dans la gestion. À ce niveau, l’Adjointe au Gouverneur de Tambacounda chargée du développement, Awa Ndiaye Diop, estime qu’il y a un véritable travail de communication et de renforcement des capacités des acteurs à mener.

Par Mamadou GUEYE et Souleymane Diam SY


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