Grands Dossiers (309)

Le Sénégal et la Turquie partagent une forte entente qu’ils magnifient mutuellement. Les relations bilatérales entre nos deux Etats se manifestent par des partenariats dynamiques qui ne finissent pas de s’élargir, notamment dans l’économie, la politique, la sécurité, la culture ainsi que l’éducation. Le Sénégal est d’ailleurs le premier pays à abriter une représentation diplomatique turque en Afrique de l’ouest, en 1964.

Au-delà de l’établissement d’une relation de consultation mutuelle en termes de relations bilatérales, la Turquie et le Sénégal partagent une coopération excellente.

« C’est, aujourd’hui, une amitié qui s’est solidifiée ainsi qu’une coopération qui s’est diversifiée depuis l’établissement de nos relations diplomatiques, déjà vieilles d’un demi-siècle et toujours aussi prometteuses», confiait  le ministre de l'Intégration africaine, du Nepad et de la Francophonie, Mbagnick Ndiaye. Mieux, à son arrivée à la tête du pays, le président de la République, Macky Sall, a entrepris un flux d’échanges très visible entre nos deux pays. Et l’on a, en mémoire, les visites des Premiers ministres du Sénégal et de la Turquie, entre fin 2012 et début 2013 qui ont permis à près de 300 firmes turques et sénégalaises qui évoluent dans les secteurs des Btp, de l’énergie, du fer et de l’acier, de l’agro-alimentaire de se rencontrer afin de renforcer les relations commerciales et celles d’investissement. Par ailleurs, au-delà des grands projets d’investissement déjà opérés dans notre pays ou en voie, les relations entre la Turquie et le Sénégal se sont renforcées davantage au fil des ans. Elles se poursuivent encore. Et l’ancien ambassadeur de la République de Turquie au Sénégal, Mme  Nilgun Erdem Ari, avait eu raison de le rappeler à l’occasion de la cérémonie de commémoration du 94ème anniversaire de la proclamation de la République de Turquie en saluant la «forte entente au plus haut niveau» entre nos deux pays. Sous cet angle, le Sénégal et la Turquie ont  développé leurs relations sur les plans économique, politique, sécuritaire et culturelle. A coup sûr, les excellentes relations de nos deux Etats sur le plan politique, la forte entente et les liens étroits qu’entretiennent nos deux présidents se prolongent aisément chez les deux peuples considérés, aujourd’hui, comme des peuples frères.  Avec l’avènement du Plan Sénégal émergent (Pse) qui offre un cadre beaucoup plus propice aux décideurs en termes d’investissement, les hommes d’affaires turques nourrissent, de nos jours, de grands projets d’investissement au Sénégal. Ainsi, «dans un avenir très proche, vous entendrez certainement parler de grandes cérémonies d’inauguration d’infrastructures réalisées par ces hommes d’affaires. La Turquie continuera à investir au Sénégal, pays que nous considérons comme une puissance croissante en Afrique de l’ouest. La Turquie et le Sénégal partagent des valeurs culturelles similaires. Ces valeurs unissent les deux peuples», avait aussi témoigné Mme Nilgun Erdem Ari. Et notre pays a su relever un certain nombre de défis et répondre à l’appel de son pays frère, notamment, sur le plan de la sécurité. Pour rappel, le gouvernement du Sénégal s’était engagé à arrêter les activités des organismes qu’Ankara considère comme organisation terroriste (affaire école Yahuz Salim). Sans oublier la signature récente, par le biais du ministre des Affaires étrangères et des Sénagalis de l’extérieur, d’un accord de siège avec la fondation Maarif de Turquie. Un accord qui ajoute ainsi un maillon  très important qu’est celui de l’éducation à la coopération entre nos deux pays. Cet accord permettra certainement une autre meilleure prise en charge de la formation des générations futures.

Amadou DIOP

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Un certain nombre de projets parmi les plus importants du Pôle urbain de Diamniadio portent la signature de la Turquie et d’entreprises turques : Cicad, Hôtel 5 étoiles, Stade omnisports, Gare des gros porteurs, Marché d’intérêt national, Parc d’exposition. Ce qui illustre le dynamisme de l’axe Dakar-Ankara.

Diamniadio, par un temps frisquet d’un jour de samedi, en contrebas de l’autoroute à péage, en face du Parc industriel et ses édifices aux baies vitrées d’un jaune scintillant, un bâtiment imposant aux courbes rondes a fini de se dessiner. Malgré ses hauts murs, on peut apercevoir, par un interstice, des rangées de tribunes qui ceinturent l’enceinte. Le fourmillement sur le chantier donne une idée sur le rythme de travail qu’impriment les ouvriers à «Dakar Arena». Lancés en 2016, les travaux de ce stade omnisports aux formes ovoïdes rappelant quelque peu l’architecture du célèbre Colisée de Rome, avancent à grand pas.

Quelques centaines de mètres plus loin, sur le même alignement, l’hôtel 5 étoiles Radisson se dresse, flambant neuf. Inauguré à la veille de l’ouverture et de la mise en service de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd), ce réceptif hôtelier de luxe dispose de 152 chambres. En plus des prestations qu’il propose, il va, sans nul doute, contribuer à la valorisation du Centre international de conférence, Abdou Diouf (Cicad), qu’il jouxte. Cette dernière infrastructure est la toute première à avoir été concrétisée à Diamniadio. C’était en 2014, pour les besoins du 15ème Sommet de la Francophonie dont elle a accueilli la cérémonie officielle et les travaux des chefs d’Etat et de gouvernement. A ce titre, le Cicad peut être considéré comme le germe de ville, la clé de voûte de Diamniadio, car c’est à partir de ce bâtiment que tous les autres ont été pensées, conçues et structurées. Entre le «Dakar Arena» et l’Hôtel Radisson, le site du futur Parc d’exposition don les travaux n’ont pas encore pris leur vitesse de croisière. Même constat aux chantiers contigus du Marché d’intérêt national et de la Gare des gros porteurs niché à quelques 300 mètres de la bretelle qui relie l’autoroute à péage à la route Nationale 1, derrière le Parc industriel. Une charpente métallique domine les lieux où s’affairent quelques ouvriers.

Depuis le lancement du Pôle urbain en mai 2014, Diamniadio ne cesse de se transformer. Ici, tout est chantier. Le quotidien est rythmé par le ballet incessant des camions et le bruit assourdissant des engins mécaniques. Petit à petit, les éléments qui devront en faire une ville mixte qui réponde aux exigences d’une cité moderne regroupant des quartiers administratifs, des zones d’habitations mixtes, des zones industrielles, des universités et centres de recherche, une Cité du Savoir, des espaces d’affaires et des infrastructures sportives, sont en train de se mettre en place.

Qu’ont donc en commun le Centre international de conférences Abdou Diouf (Cicad), l’Hôtel Radisson, le Parc d’exposition, le Stade omnisports, la Gare des gros porteurs et le Marché d’intérêt national? Leur dénominateur commun, c’est qu’ils sont réalisés par des entreprises, investisseurs et développeurs turcs en partenariat avec des entreprises locales.

Plus grand marché couvert de la sous-région
Marche InteretLe marché d’intérêt national, en forme de U, sera le plus grand marché couvert d’Afrique de l’ouest. S’étendant sur une superficie de 24 ha, il est conçu pour être un véritable marché de gros à l’image de Rungis en France et de Bursa en Turquie avec des équipements commerciaux ultramodernes. Outre toutes les commodités d’un marché moderne, il abritera 137 magasins de 75 à 150 m2 avec des chambres froides intégrées pour le stockage des produits agricoles, une chambre froide commune de 750 m2, de grands halls réservés aux produits de cueillette, 1.000 m2 de boutiques extérieures...Quant à la gare de gros porteurs, elle sera édifiée sur une superficie de 9 ha. Elle comprendra une grande aire de stationnement pour 187 camions gros porteurs et autres véhicules avec une possibilité d’extension ; de grands hangars, des magasins de stockage et chambre froide pour le stockage des produits secs ou frais, des bâtiments techniques et administratifs, une station de maintenance. Le coût de ces deux projets réalisés par l’entreprise turc Dm Holding, est estimé à 110 millions de dollars. L’évolution des travaux de ces deux projets est suivie de très près, selon Gallo Bâ, Directeur général de la Société de gestion des infrastructures publiques des Pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose (Sogip). «Les charpentes métalliques qui vont constituer le marché ont été déjà commandées et les travaux vont s’accélérer», a-t-il assuré.En ce concerne le complexe sportif «Dakar Arena», le niveau d’exécution des travaux est estimé à 66 %. La réception et l’inauguration sont prévues courant mois de juillet, d’après le Dg de la Sogip. «Ce complexe sportif multifonctionnel de 15.000 places est, à l’image de Bercy à Paris, destiné à accueillir tous les spectacles sportifs : basket, handball, tennis, volley, boxe sans compter les concerts qui pourraient y être organisés», a expliqué Gallo Bâ dont la structure est le maître-d’ouvrage de tous ces projets. Le Parc d’exposition appelé «Dakar expos center» ne sera pas une réplique du Cices. Il abritera, sur une superficie de 20.000 m2, des manifestations culturelles et commerciales de dimension internationale et offrira une meilleure gamme de choix aux acteurs culturels et économiques.

Partenariat gagnant-gagnant
La première pierre étant déjà posée depuis 2016 par le président Macky Sall, les travaux vont s’accélérer et se terminer d’ici à la fin de l’année, selon le Dg de la Sogip.

A côté de ces projets déjà concrétisés ou en voie d’être concrétisés, il y a ceux qui n’ont pas encore démarré. Parmi ceux-ci, on peut citer la fabrique industrielle de mobiliers modernes et la tour D-Tower de 35 étages que le holding turc Dm compte réaliser dans la même zone. Cette usine qui va nécessiter un investissement de 35 milliards de FCfa devrait générer, aussi bien dans la phase d’exécution que dans la phase d’exploitation, plus de 1.000 emplois, avait fait savoir Ismaila Dogan, Pdg de Dm Holding, lors du lancement de la seconde génération de projets à Diamniadio en 2016. Actuellement, près de 500 Sénégalais travaillent dans ces différents chantiers sans compter les entreprises locales de sous-traitance, certains bureaux de contrôle sénégalais et les cabinets d’architecture. «Pour dire que l’expertise sénégalaise est également mise à contribution dans ces chantiers. C’est un partenariat gagnant-gagnant. Nous espérons créer des emplois permanents dans l’exploitation de ces infrastructures», a expliqué le Dg de la Sogip dont la mission est de concevoir des projets d’intérêts publics, de les réaliser, de chercher les financements et de veiller à leur rentabilité financière.

Elhadji Ibrahima THIAM (textes) et Pape SEYDI (Photos)

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Si l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) a pu enfin être achevé et mis en service, c’est, en grande partie, grâce à la Turquie à travers deux sociétés : Summa et Limak.

Début février 2016. Le chantier de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) est à l’arrêt depuis quelques mois du fait de divergences d’ordre financier entre l’Etat du Sénégal et le constructeur Saudi Bin Laden Group. Après plusieurs avenants signés depuis 2007 avec le groupe saoudien, les autorités sénégalaises refusent, cette fois-ci, de payer les 65 milliards de FCfa que réclame celui-ci pour finir les travaux dont le niveau d’exécution a atteint 85 %. On se dirige tout droit vers un énième report de la date de livraison du nouvel aéroport initialement prévue en 2010. Un nuage d’inquiétudes commence à s’amonceler sur le ciel de Diass.

Alors que tout semblait s’enliser, une visite de quelques heures, plus précisément une escale technique, le 5 février 2016, va tout chambouler : celle du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Reçu par son homologue sénégalais Macky Sall au salon d’honneur de l’Aéroport Léopold Sédar Senghor, les deux chefs d’Etat s’entretiennent sur le partenariat bilatéral entre les deux pays puis annoncent une série d’accords de coopération parmi lesquels l’achèvement, par un consortium turc, des 15 % des travaux restants de l’Aibd. Deux mois plus tard, le ministre en charge des Transports aériens, Maïmouna Ndoye Seck et les Directeurs généraux de Summa et de Limak signent lesdits accords. Avec le premier accord, le consortium s’engage à finir les travaux dans les huit mois qui suivent, c’est-à-dire en décembre 2016. Finalement, l’aéroport sera livré et inauguré un an plus tard. Quant au deuxième accord, il attribue au groupement turc une concession de 25 ans pour l'exploitation du nouvel aéroport, après le retrait de la société allemande Fraport, qui gère l'aéroport de Francfort, selon les mêmes sources. La société de gestion qui a été créée à cet effet s’appelle Limak-Aibd-Summa (Las). Cette convention de concession garantit 34 % du capital de la société à l’Etat du Sénégal. Voilà donc comment une situation qui semblait désespérée s’est finalement décantée grâce au dynamisme de l’axe Dakar-Ankara.

Elh. I. THIAM

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La polyclinique de l’Ucad a vite changé de nom. Elle est devenue, à moins d’un an, l’Institut de prévoyance médico-social. Son plateau technique relevé et son offre diversifiée, ses médecins et ses professeurs de renom ont contribué à baisser les références du personnel enseignant, administratif et technique vers d’autres structures hospitalières. L’institut reçoit beaucoup de patients des quartiers environnants qui ne travaillent pas à l’Université de Dakar.

Derrière la Librairie Clairafrique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et face aux locaux du Brgm, un bâtiment d’un niveau peint en jaune change le paysage arbustif du coin. La devanture offre une forme ovale. Ce samedi 24 février 2018, au hall, au rez-de-chaussée, il n’y avait pas de client sur les bancs. Ici, d’habitude, les patients tuent le temps en regardant cet écran plat accroché au mur.

Pourtant, le lieu n’est pas désert. Quelques minutes après notre arrivée, une adolescente, accompagnée par sa mère, se pointe. Une dame prend ses filiations. Puis elle se dirige vers une salle où elle a été consultée. Un homme vêtu d’un boubou bleu ciel arrive avec sa fillette. «J’aimerais faire consulter ma fille», s’adresse-t-il à la dame. «Le pédiatre sera là le jeudi», répond la dame. L’homme a pris rendez-vous pour le jeudi. La Polyclinique de l’Ucad, construite et équipée par la coopération turque, comme inscrit sur la plaque, à l’entrée, pèse de plus en plus dans la prise en charge sanitaire des enseignants et du personnel administratif et technique de l’Ucad.

C’est certainement pour cela qu’elle a vite changé d’appellation. « L’Institut de prévoyance médico-social de l’Ucad, ex-polyclinique, a démarré ses activités au mois de mai 2017. Il doit prendre en charge le personnel enseignant et administratif de l’Ucad. Nous recevons aussi des personnes qui ne travaillent pas à l’université. Nous avons eu environ 4.000 consultations depuis le démarrage de nos activités», confie la responsable administrative et financière, Fama Dièye. L’aile droite du rez-de-chaussée abrite le laboratoire, les services de l’imagerie médicale.

Un plateau technique digne d’une structure hospitalière
La coopération turque n’a pas lésiné sur les moyens pour construire un plateau technique digne d’une structure hospitalière. Ces équipements et des professeurs de renom qui officient placent l’Institut sur la carte sanitaire du Sénégal. «Nous faisons l’essentiel des analyses médicales. Notre laboratoire fonctionne à plein temps. Nous collaborons avec des structures françaises», dit Fama Dièye.

Les couloirs éclairés sont une galerie d’art pour les patients ou les visiteurs. Des plateaux et des fresques rompent avec la monotonie décorative des hôpitaux du Sénégal. Les tableaux vantent les particularités des mégalithes de l’espace sénégambien. Cette décoration fait écho aux équipements et à la diversité des prestations auxquels les Sénégalais peuvent bénéficier dans cet institut. «Nous avons un plateau technique relevé. C’est ici que je suis parvenu à faire certains actes médicaux que je n’avais pas pu réaliser dans des hôpitaux», compare Dr Cheikh Tidiane Tall, un spécialiste de la médecine interne. Ici, l’éventail des prestations couvre la cardiologie, la pédiatrie, la rhumatologie, l’Orl, la gynécologie, les maladies métaboliques, les consultations prénatales et postnatales…Depuis le mois de mai dernier, deux bébés garçons ont vu le jour dans la maternité de l’Institut. La diversification de l’offre de services est dans l’agenda. «Nous commençons à être à l’étroit. Nous allons vers l’introduction des consultations en endoscopie digestive et en neurologie… C’est pour cela que nous souhaitons, dans le cadre de la venue du président de la Turquie, que la Coopération turque nous aide à construire d’autres bâtiments de ce type», a formulé Fama Dièye. A l’Ucad, l’Institut dirigé par le Pr Abdoul Kane et qui a comme chef de service de la Médecine du Travail, le Pr Mor Ndiaye, a fait baisser la facture médicale de l’Ucad qui dépensait beaucoup pour les imputations budgétaires. C’est donc à juste raison que le recteur a inscrit le renforcement du plateau technique en bonne place dans sa programmation budgétaire.

Idrissa SANE

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La construction de la Clinique «Nurlu Goz» par les investisseurs turcs est une marque de confiance au Sénégal. La clinique dotée d’équipements de dernière génération a amélioré la prise en charge des personnes atteintes de maladies oculaires.

Sur la Vdn, du côté opposé au cimetière Saint-Lazard de Béthanie, un bâtiment peint en ocre porte une inscription blanche sous fond bleu «Nurlu Goz clinique d’Ophtalmologie». On peut se demander pourquoi les opérateurs privés ont choisi d’investir dans la prise en charge des maladies oculaires au Sénégal qui compte des ophtalmologues de renommée internationale. La réponse peut être le partage d’expériences. En effet, dans cette clinique, les praticiens sont à la page de la révolution des techniques de prise en charge de la chirurgie de la cataracte sans suture alors que pour la myopie hypermétropie, l’astigmatisme, la presbytie, le strabisme, l’oculoplastie, les praticiens font recours à d’autres technologies de dernière génération.

La structure sanitaire offre des prestations en utilisant l’angiographie à la fluorescéine, la tomographie par cohérence optique et le laser pour plusieurs actes médicaux oculaires. La clinique inaugurée par l’ancienne Premier ministre du Sénégal d’alors, Aminata Touré, et dotée d’un plateau technique moderne, a une capacité d’opérations chirurgicales de 25 personnes par jour. «Cette clinique sera un centre de référence de santé dans le domaine de l’ophtalmologie en Afrique de l’ouest. Le dispositif technique en place permet de diagnostiquer et de traiter les maladies ophtalmologiques les plus complexes. Ce qui évitera aux Sénégalais d’aller à l’extérieur pour se faire soigner des yeux. C’est notre contribution au développement du Sénégal mais aussi à la bonne coopération entre nos deux pays», avait avancé le médecin-chef de la clinique, Erçan Urlu, lors de l’inauguration, en présence de l’ancien ambassadeur de la Turquie au Sénégal, Zeynab Sybel Algan. Pour sa part, l’ancienne Première ministre du Sénégal avait relevé la contribution de la clinique dans l’amélioration de l’offre de soins au profit des Dakarois et des populations de Grand-Yoff. Avec tous les services très pointus qui seront offerts ici, disait-elle, je pense que c’est un grand acquis pour la commune de Grand-Yoff et les quartiers des alentours.

I. SANE

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Le dynamisme des échanges économiques peut être apprécié comme un signe de l’excellence des relations entre le Sénégal et la Turquie. En quelques années, le volume des échanges ont monté en flèche même si la balance se penche largement en faveur de la Turquie.

IMPORTATIONS
De 2012 à 2017, la Turquie est passée de 9e au 7e rang des pays fournisseurs du Sénégal. Les importations du Sénégal en provenance de la Turquie ont considérablement progressé en cinq ans passant de 74 milliards de FCfa en 2012 à 125 milliards de FCfa en 2017. Une tendance haussière qu’El hadj Omar Senghor, chef du Bureau des échanges extérieurs de la Division des statistiques conjoncturelles de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), explique par la présence d’entreprises turques dans des secteurs stratégiques comme les Bâtiments et travaux publics, l’industrie agroalimentaire, etc. « En 2017, la hausse des importations de 66% par rapport à 2016 est liée certainement au fait qu’une entreprise turque a terminé les travaux de l’Aéroport international Blaise Diagne. Et on peut penser légitiment que certains matériaux de constructions ont été importés de la Turquie ; ce qui explique le rebond des importations vers la Turquie», souligne M. Senghor. Les principaux produits que le Sénégal importe de la Turquie sont les métaux communs, notamment les matériaux de construction en fer, les machines et appareils, les matières plastiques artificiels, les pierres céramiques et verres, les automobiles et cars, etc. Dans le détail, les métaux communs sont passés de 15 milliards de FCfa en 2012 à 30 milliards de FCfa en 2017. Les importations des matières plastiques sont passées sur la même période de 3 milliards à 10 milliards de FCfa, soit plus que le triple. Une hausse dans le même ordre de grandeur est notée pour les importations des machines et appareils. Elles sont passées de 6 milliards de FCfa à 17 milliards de FCfa.

EXPORTATIONS
Les exportations sénégalaises vers la Turquie ont connu durant ces dernières années une tendance haussière, avec toutefois, un repli en 2017. Durant cette année, les exportations ont atteint un peu moins d’un milliard de FCfa alors qu’elles se chiffraient en 2016 à 2,6 milliards de FCfa. Une baisse liée à celle des exportations de poissons frais de mer qui est le premier poste d’exportation vers la Turquie. Le Sénégal exporte vers la Turquie principalement des produits halieutiques, notamment les poissons frais de mer, les minerais tels que le zircon et le titane, les animaux vivants, etc.

BALANCE COMMERCIALE
La balance commerciale se penche largement en faveur de la Turquie. En quelques années, le Sénégal est devenu une destination privilégiée pour les investisseurs et hommes d’affaires turcs. Ils sont présents dans des secteurs tels que les bâtiments et travaux publics avec les chantiers d’envergure exécutés au Pôle urbain de Diamniadio, l’agroalimentaire, l’agriculture, l’automobile, le textile, etc. Et ces échanges commerciaux sont facilités, entre autres, par la compagnie aérienne Turkish Airlines qui assure des vols directs entre Dakar et Istanbul. Le dynamisme de la coopération économique témoigne de l’excellence des relations diplomatiques entre les deux pays. Des relations qui se sont renforcées avec l’arrivée de Macky Sall à la magistrature suprême. Le président Turque a foulé le sol sénégalais deux fois et le Président Sall s’est rendu en Turquie au moins une fois.

Mamadou GUEYE

UN GROS POTENTIEL D’ÉCHANGES
Pr ErdogandLe président turc, Recep Tayyip Erdogan, sera accueilli, aujourd’hui, dans la soirée, par son homologue sénégalais, Macky Sall, pour une visite officielle de trois jours. Ce sera la deuxième fois qu’il foule le sol sénégalais, après un premier passage dans notre pays en tant que Premier ministre en janvier 2013. C’est dire donc que la Turquie mise beaucoup sur notre pays qu’elle veut faire la tête de pont de la pénétration dans la sous-région, avec l’installation d’une antenne de coopération, en 2007, à Dakar, pour attirer les investisseurs turcs au Sénégal. Beaucoup de nos compatriotes se souviennent de la Turquie comme le pays qui avait mis fin à notre aventure à la Coupe du monde 2002. Mais aujourd’hui, c’est sur un autre terrain, celui politique et économique que nos deux pays veulent faire équipe ensemble dans un partenariat gagnant-gagnant.

Ainsi, l’excellence des relations entre Dakar et Ankara a permis à notre pays de se doter de belles infrastructures de dernière génération pour reprendre l’expression en vogue. La finition de l’aéroport Blaise Diagne, la construction du Centre de conférences Abdou Diouf de Diamniadio (financé à hauteur de 87,914 milliards de Fcfa par la Turquie) et les deux bijoux en phase d’être terminés que sont l’Arena et le marché d’intérêt national de Diamniadio, parmi les projets phares du Pse, sont quelques-uns des fruits de cette coopération. Les entreprises turques de Btp font, aujourd’hui, du Sénégal, une de leur destination préférée en Afrique de l’Ouest, grâce à l’important programme d’infrastructures développé par le gouvernement.

Et le pays d’Atatürk, avec son tissu industriel très développé, présente, pour les hommes d’affaires sénégalais, des avantages comparatifs non négligeables, notamment du point de vue rapport qualité/prix. Le marché sénégalais foisonne de produits turcs (textile, agroalimentaire, machines…) et des magasins sont ouverts à Dakar par les Turcs. Toutefois, le Sénégal traine un lourd déficit commercial dans ses relations avec la Turquie (cf article Mamadou Guèye) : 125 milliards de Fcfa d’importations en 2017 contre 1 milliard de Fcfa d’exportations. Un gros potentiel existe donc dans les échanges entre les deux pays et nos hommes d’affaires doivent saisir toutes les opportunités pour réduire ce déséquilibre. Lors de la réunion de la 4e session de la grande commission mixte Sénégal/Turquie le 6 septembre 2017 à Dakar, un membre du gouvernement turc avait déclaré « On espère bientôt arriver à 200 millions de dollars. Nous pourrons y arriver si nous continuons nos échanges de manière équilibrée et arrivons à fournir davantage d’efforts «. L’objectif étant d’arriver à un milliard de dollars d’ici à 2020. Dans des niches comme l’horticulture, les produits halieutiques, l’artisanat et l’arachide entres autres, le Sénégal peut élargir ses parts de marché en Turquie.

Depuis que la Turquie a ouvert son ambassade à Dakar en 1963, les relations entre les deux pays musulmans n’avaient pas pris un grand essor. Mais les valeurs communes partagées, l’appartenance à des organisations comme l’Oci ont servi de socle à une coopération qui est allée en se renforçant. La création d’un fonds d’investissements sénégalo-turc de 700 millions de Fcfa s’inscrit dans ce cadre. Le groupe scolaire Yavuz Selim implanté à Dakar en 1997 a forgé la réputation de l’enseignement turc au Sénégal et renforcé le brassage entre Turcs et Sénégalais. Cet établissement est, aujourd’hui, fermé, mais récemment, en octobre 2017, 1444 Sénégalais ont été régularisés par le président Erdogan en Turquie. La visite de ce dernier à Dakar ouvrira un nouveau chapitre dans les relations entre les deux pays.

Par Ibrahima MBODJ

SÉNÉGAL-TURQUIE : UNE COOPÉRATION BILATÉRALE DYNAMIQUE
Le Sénégal et la Turquie partagent une forte entente qu’ils magnifient mutuellement. Les relations bilatérales entre nos deux Etats se manifestent par des partenariats dynamiques qui ne finissent pas de s’élargir, notamment dans l’économie, la politique, la sécurité, la culture ainsi que l’éducation. Le Sénégal est d’ailleurs le premier pays à abriter une représentation diplomatique turque en Afrique de l’ouest, en 1964.

Au-delà de l’établissement d’une relation de consultation mutuelle en termes de relations bilatérales, la Turquie et le Sénégal partagent une coopération excellente.

« C’est, aujourd’hui, une amitié qui s’est solidifiée ainsi qu’une coopération qui s’est diversifiée depuis l’établissement de nos relations diplomatiques, déjà vieilles d’un demi-siècle et toujours aussi prometteuses», confiait  le ministre de l'Intégration africaine, du Nepad et de la Francophonie, Mbagnick Ndiaye. Mieux, à son arrivée à la tête du pays, le président de la République, Macky Sall, a entrepris un flux d’échanges très visible entre nos deux pays. Et l’on a, en mémoire, les visites des Premiers ministres du Sénégal et de la Turquie, entre fin 2012 et début 2013 qui ont permis à près de 300 firmes turques et sénégalaises qui évoluent dans les secteurs des Btp, de l’énergie, du fer et de l’acier, de l’agro-alimentaire de se rencontrer afin de renforcer les relations commerciales et celles d’investissement. Par ailleurs, au-delà des grands projets d’investissement déjà opérés dans notre pays ou en voie, les relations entre la Turquie et le Sénégal se sont renforcées davantage au fil des ans. Elles se poursuivent encore. Et l’ancien ambassadeur de la République de Turquie au Sénégal, Mme  Nilgun Erdem Ari, avait eu raison de le rappeler à l’occasion de la cérémonie de commémoration du 94ème anniversaire de la proclamation de la République de Turquie en saluant la «forte entente au plus haut niveau» entre nos deux pays. Sous cet angle, le Sénégal et la Turquie ont  développé leurs relations sur les plans économique, politique, sécuritaire et culturelle. A coup sûr, les excellentes relations de nos deux Etats sur le plan politique, la forte entente et les liens étroits qu’entretiennent nos deux présidents se prolongent aisément chez les deux peuples considérés, aujourd’hui, comme des peuples frères.  Avec l’avènement du Plan Sénégal émergent (Pse) qui offre un cadre beaucoup plus propice aux décideurs en termes d’investissement, les hommes d’affaires turques nourrissent, de nos jours, de grands projets d’investissement au Sénégal. Ainsi, «dans un avenir très proche, vous entendrez certainement parler de grandes cérémonies d’inauguration d’infrastructures réalisées par ces hommes d’affaires. La Turquie continuera à investir au Sénégal, pays que nous considérons comme une puissance croissante en Afrique de l’ouest. La Turquie et le Sénégal partagent des valeurs culturelles similaires. Ces valeurs unissent les deux peuples», avait aussi témoigné Mme Nilgun Erdem Ari. Et notre pays a su relever un certain nombre de défis et répondre à l’appel de son pays frère, notamment, sur le plan de la sécurité. Pour rappel, le gouvernement du Sénégal s’était engagé à arrêter les activités des organismes qu’Ankara considère comme organisation terroriste (affaire école Yahuz Salim). Sans oublier la signature récente, par le biais du ministre des Affaires étrangères et des Sénagalis de l’extérieur, d’un accord de siège avec la fondation Maarif de Turquie. Un accord qui ajoute ainsi un maillon  très important qu’est celui de l’éducation à la coopération entre nos deux pays. Cet accord permettra certainement une autre meilleure prise en charge de la formation des générations futures.

Amadou DIOP

CICAD, HÔTEL, STADE OMNISPORTS, GARE DES GROS PORTEURS... : L’EMPREINTE TURQUE À DIAMNIADIO
Arene DiamniadioUn certain nombre de projets parmi les plus importants du Pôle urbain de Diamniadio portent la signature de la Turquie et d’entreprises turques : Cicad, Hôtel 5 étoiles, Stade omnisports, Gare des gros porteurs, Marché d’intérêt national, Parc d’exposition. Ce qui illustre le dynamisme de l’axe Dakar-Ankara.

Diamniadio, par un temps frisquet d’un jour de samedi, en contrebas de l’autoroute à péage, en face du Parc industriel et ses édifices aux baies vitrées d’un jaune scintillant, un bâtiment imposant aux courbes rondes a fini de se dessiner. Malgré ses hauts murs, on peut apercevoir, par un interstice, des rangées de tribunes qui ceinturent l’enceinte. Le fourmillement sur le chantier donne une idée sur le rythme de travail qu’impriment les ouvriers à «Dakar Arena». Lancés en 2016, les travaux de ce stade omnisports aux formes ovoïdes rappelant quelque peu l’architecture du célèbre Colisée de Rome, avancent à grand pas.

Quelques centaines de mètres plus loin, sur le même alignement, l’hôtel 5 étoiles Radisson se dresse, flambant neuf. Inauguré à la veille de l’ouverture et de la mise en service de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd), ce réceptif hôtelier de luxe dispose de 152 chambres. En plus des prestations qu’il propose, il va, sans nul doute, contribuer à la valorisation du Centre international de conférence, Abdou Diouf (Cicad), qu’il jouxte. Cette dernière infrastructure est la toute première à avoir été concrétisée à Diamniadio. C’était en 2014, pour les besoins du 15ème Sommet de la Francophonie dont elle a accueilli la cérémonie officielle et les travaux des chefs d’Etat et de gouvernement. A ce titre, le Cicad peut être considéré comme le germe de ville, la clé de voûte de Diamniadio, car c’est à partir de ce bâtiment que tous les autres ont été pensées, conçues et structurées. Entre le «Dakar Arena» et l’Hôtel Radisson, le site du futur Parc d’exposition don les travaux n’ont pas encore pris leur vitesse de croisière. Même constat aux chantiers contigus du Marché d’intérêt national et de la Gare des gros porteurs niché à quelques 300 mètres de la bretelle qui relie l’autoroute à péage à la route Nationale 1, derrière le Parc industriel. Une charpente métallique domine les lieux où s’affairent quelques ouvriers.

Depuis le lancement du Pôle urbain en mai 2014, Diamniadio ne cesse de se transformer. Ici, tout est chantier. Le quotidien est rythmé par le ballet incessant des camions et le bruit assourdissant des engins mécaniques. Petit à petit, les éléments qui devront en faire une ville mixte qui réponde aux exigences d’une cité moderne regroupant des quartiers administratifs, des zones d’habitations mixtes, des zones industrielles, des universités et centres de recherche, une Cité du Savoir, des espaces d’affaires et des infrastructures sportives, sont en train de se mettre en place.


Qu’ont donc en commun le Centre international de conférences Abdou Diouf (Cicad), l’Hôtel Radisson, le Parc d’exposition, le Stade omnisports, la Gare des gros porteurs et le Marché d’intérêt national? Leur dénominateur commun, c’est qu’ils sont réalisés par des entreprises, investisseurs et développeurs turcs en partenariat avec des entreprises locales.

Plus grand marché couvert de la sous-région
Marche InteretLe marché d’intérêt national, en forme de U, sera le plus grand marché couvert d’Afrique de l’ouest. S’étendant sur une superficie de 24 ha, il est conçu pour être un véritable marché de gros à l’image de Rungis en France et de Bursa en Turquie avec des équipements commerciaux ultramodernes. Outre toutes les commodités d’un marché moderne, il abritera 137 magasins de 75 à 150 m2 avec des chambres froides intégrées pour le stockage des produits agricoles, une chambre froide commune de 750 m2, de grands halls réservés aux produits de cueillette, 1.000 m2 de boutiques extérieures...Quant à la gare de gros porteurs, elle sera édifiée sur une superficie de 9 ha. Elle comprendra une grande aire de stationnement pour 187 camions gros porteurs et autres véhicules avec une possibilité d’extension ; de grands hangars, des magasins de stockage et chambre froide pour le stockage des produits secs ou frais, des bâtiments techniques et administratifs, une station de maintenance. Le coût de ces deux projets réalisés par l’entreprise turc Dm Holding, est estimé à 110 millions de dollars. L’évolution des travaux de ces deux projets est suivie de très près, selon Gallo Bâ, Directeur général de la Société de gestion des infrastructures publiques des Pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose (Sogip).

«Les charpentes métalliques qui vont constituer le marché ont été déjà commandées et les travaux vont s’accélérer», a-t-il assuré.En ce concerne le complexe sportif «Dakar Arena», le niveau d’exécution des travaux est estimé à 66 %. La réception et l’inauguration sont prévues courant mois de juillet, d’après le Dg de la Sogip. «Ce complexe sportif multifonctionnel de 15.000 places est, à l’image de Bercy à Paris, destiné à accueillir tous les spectacles sportifs : basket, handball, tennis, volley, boxe sans compter les concerts qui pourraient y être organisés», a expliqué Gallo Bâ dont la structure est le maître-d’ouvrage de tous ces projets. Le Parc d’exposition appelé «Dakar expos center» ne sera pas une réplique du Cices. Il abritera, sur une superficie de 20.000 m2, des manifestations culturelles et commerciales de dimension internationale et offrira une meilleure gamme de choix aux acteurs culturels et économiques.

Partenariat gagnant-gagnant
La première pierre étant déjà posée depuis 2016 par le président Macky Sall, les travaux vont s’accélérer et se terminer d’ici à la fin de l’année, selon le Dg de la Sogip.

A côté de ces projets déjà concrétisés ou en voie d’être concrétisés, il y a ceux qui n’ont pas encore démarré. Parmi ceux-ci, on peut citer la fabrique industrielle de mobiliers modernes et la tour D-Tower de 35 étages que le holding turc Dm compte réaliser dans la même zone. Cette usine qui va nécessiter un investissement de 35 milliards de FCfa devrait générer, aussi bien dans la phase d’exécution que dans la phase d’exploitation, plus de 1.000 emplois, avait fait savoir Ismaila Dogan, Pdg de Dm Holding, lors du lancement de la seconde génération de projets à Diamniadio en 2016. Actuellement, près de 500 Sénégalais travaillent dans ces différents chantiers sans compter les entreprises locales de sous-traitance, certains bureaux de contrôle sénégalais et les cabinets d’architecture. «Pour dire que l’expertise sénégalaise est également mise à contribution dans ces chantiers. C’est un partenariat gagnant-gagnant. Nous espérons créer des emplois permanents dans l’exploitation de ces infrastructures», a expliqué le Dg de la Sogip dont la mission est de concevoir des projets d’intérêts publics, de les réaliser, de chercher les financements et de veiller à leur rentabilité financière.

Elhadji Ibrahima THIAM (textes) et Pape SEYDI (Photos)

AEROPORT INTERNATIONAL BLAISE DIAGNE : LA VISITE ÉCLAIR DE ERDOGAN A CHANGÉ LE COURS DE L’HISTOIRE
Tour AibdSi l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) a pu enfin être achevé et mis en service, c’est, en grande partie, grâce à la Turquie à travers deux sociétés : Summa et Limak.

Début février 2016. Le chantier de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) est à l’arrêt depuis quelques mois du fait de divergences d’ordre financier entre l’Etat du Sénégal et le constructeur Saudi Bin Laden Group. Après plusieurs avenants signés depuis 2007 avec le groupe saoudien, les autorités sénégalaises refusent, cette fois-ci, de payer les 65 milliards de FCfa que réclame celui-ci pour finir les travaux dont le niveau d’exécution a atteint 85 %. On se dirige tout droit vers un énième report de la date de livraison du nouvel aéroport initialement prévue en 2010. Un nuage d’inquiétudes commence à s’amonceler sur le ciel de Diass.

Alors que tout semblait s’enliser, une visite de quelques heures, plus précisément une escale technique, le 5 février 2016, va tout chambouler : celle du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Reçu par son homologue sénégalais Macky Sall au salon d’honneur de l’Aéroport Léopold Sédar Senghor, les deux chefs d’Etat s’entretiennent sur le partenariat bilatéral entre les deux pays puis annoncent une série d’accords de coopération parmi lesquels l’achèvement, par un consortium turc, des 15 % des travaux restants de l’Aibd. Deux mois plus tard, le ministre en charge des Transports aériens, Maïmouna Ndoye Seck et les Directeurs généraux de Summa et de Limak signent lesdits accords. Avec le premier accord, le consortium s’engage à finir les travaux dans les huit mois qui suivent, c’est-à-dire en décembre 2016. Finalement, l’aéroport sera livré et inauguré un an plus tard. Quant au deuxième accord, il attribue au groupement turc une concession de 25 ans pour l'exploitation du nouvel aéroport, après le retrait de la société allemande Fraport, qui gère l'aéroport de Francfort, selon les mêmes sources. La société de gestion qui a été créée à cet effet s’appelle Limak-Aibd-Summa (Las). Cette convention de concession garantit 34 % du capital de la société à l’Etat du Sénégal. Voilà donc comment une situation qui semblait désespérée s’est finalement décantée grâce au dynamisme de l’axe Dakar-Ankara.

Elh. I. THIAM

INSTITUT DE PREVOYANCE MEDICO-SOCIAL DE L’UCAD : UN JOYAU DE LA COOPÉRATION TURQUE
Clinique turqueLa polyclinique de l’Ucad a vite changé de nom. Elle est devenue, à moins d’un an, l’Institut de prévoyance médico-social. Son plateau technique relevé et son offre diversifiée, ses médecins et ses professeurs de renom ont contribué à baisser les références du personnel enseignant, administratif et technique vers d’autres structures hospitalières. L’institut reçoit beaucoup de patients des quartiers environnants qui ne travaillent pas à l’Université de Dakar.

Derrière la Librairie Clairafrique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et face aux locaux du Brgm, un bâtiment d’un niveau peint en jaune change le paysage arbustif du coin. La devanture offre une forme ovale. Ce samedi 24 février 2018, au hall, au rez-de-chaussée, il n’y avait pas de client sur les bancs. Ici, d’habitude, les patients tuent le temps en regardant cet écran plat accroché au mur.

Pourtant, le lieu n’est pas désert. Quelques minutes après notre arrivée, une adolescente, accompagnée par sa mère, se pointe. Une dame prend ses filiations. Puis elle se dirige vers une salle où elle a été consultée. Un homme vêtu d’un boubou bleu ciel arrive avec sa fillette. «J’aimerais faire consulter ma fille», s’adresse-t-il à la dame. «Le pédiatre sera là le jeudi», répond la dame. L’homme a pris rendez-vous pour le jeudi. La Polyclinique de l’Ucad, construite et équipée par la coopération turque, comme inscrit sur la plaque, à l’entrée, pèse de plus en plus dans la prise en charge sanitaire des enseignants et du personnel administratif et technique de l’Ucad.

C’est certainement pour cela qu’elle a vite changé d’appellation. « L’Institut de prévoyance médico-social de l’Ucad, ex-polyclinique, a démarré ses activités au mois de mai 2017. Il doit prendre en charge le personnel enseignant et administratif de l’Ucad. Nous recevons aussi des personnes qui ne travaillent pas à l’université. Nous avons eu environ 4.000 consultations depuis le démarrage de nos activités», confie la responsable administrative et financière, Fama Dièye. L’aile droite du rez-de-chaussée abrite le laboratoire, les services de l’imagerie médicale.

Un plateau technique digne d’une structure hospitalière
La coopération turque n’a pas lésiné sur les moyens pour construire un plateau technique digne d’une structure hospitalière. Ces équipements et des professeurs de renom qui officient placent l’Institut sur la carte sanitaire du Sénégal. «Nous faisons l’essentiel des analyses médicales. Notre laboratoire fonctionne à plein temps.

Nous collaborons avec des structures françaises», dit Fama Dièye.

Les couloirs éclairés sont une galerie d’art pour les patients ou les visiteurs. Des plateaux et des fresques rompent avec la monotonie décorative des hôpitaux du Sénégal. Les tableaux vantent les particularités des mégalithes de l’espace sénégambien. Cette décoration fait écho aux équipements et à la diversité des prestations auxquels les Sénégalais peuvent bénéficier dans cet institut. «Nous avons un plateau technique relevé. C’est ici que je suis parvenu à faire certains actes médicaux que je n’avais pas pu réaliser dans des hôpitaux», compare Dr Cheikh Tidiane Tall, un spécialiste de la médecine interne. Ici, l’éventail des prestations couvre la cardiologie, la pédiatrie, la rhumatologie, l’Orl, la gynécologie, les maladies métaboliques, les consultations prénatales et postnatales…Depuis le mois de mai dernier, deux bébés garçons ont vu le jour dans la maternité de l’Institut. La diversification de l’offre de services est dans l’agenda. «Nous commençons à être à l’étroit. Nous allons vers l’introduction des consultations en endoscopie digestive et en neurologie… C’est pour cela que nous souhaitons, dans le cadre de la venue du président de la Turquie, que la Coopération turque nous aide à construire d’autres bâtiments de ce type», a formulé Fama Dièye. A l’Ucad, l’Institut dirigé par le Pr Abdoul Kane et qui a comme chef de service de la Médecine du Travail, le Pr Mor Ndiaye, a fait baisser la facture médicale de l’Ucad qui dépensait beaucoup pour les imputations budgétaires. C’est donc à juste raison que le recteur a inscrit le renforcement du plateau technique en bonne place dans sa programmation budgétaire.

Idrissa SANE

CLINIQUE « NURLU GOZ » : UN AUTRE SYMBOLE DE LA CONFIANCE DES INVESTISSEURS TURCS AU SÉNÉGAL
Nurlu GozLa construction de la Clinique «Nurlu Goz» par les investisseurs turcs est une marque de confiance au Sénégal. La clinique dotée d’équipements de dernière génération a amélioré la prise en charge des personnes atteintes de maladies oculaires.

Sur la Vdn, du côté opposé au cimetière Saint-Lazard de Béthanie, un bâtiment peint en ocre porte une inscription blanche sous fond bleu «Nurlu Goz clinique d’Ophtalmologie». On peut se demander pourquoi les opérateurs privés ont choisi d’investir dans la prise en charge des maladies oculaires au Sénégal qui compte des ophtalmologues de renommée internationale. La réponse peut être le partage d’expériences. En effet, dans cette clinique, les praticiens sont à la page de la révolution des techniques de prise en charge de la chirurgie de la cataracte sans suture alors que pour la myopie hypermétropie, l’astigmatisme, la presbytie, le strabisme, l’oculoplastie, les praticiens font recours à d’autres technologies de dernière génération.

La structure sanitaire offre des prestations en utilisant l’angiographie à la fluorescéine, la tomographie par cohérence optique et le laser pour plusieurs actes médicaux oculaires. La clinique inaugurée par l’ancienne Premier ministre du Sénégal d’alors, Aminata Touré, et dotée d’un plateau technique moderne, a une capacité d’opérations chirurgicales de 25 personnes par jour. «Cette clinique sera un centre de référence de santé dans le domaine de l’ophtalmologie en Afrique de l’ouest. Le dispositif technique en place permet de diagnostiquer et de traiter les maladies ophtalmologiques les plus complexes. Ce qui évitera aux Sénégalais d’aller à l’extérieur pour se faire soigner des yeux. C’est notre contribution au développement du Sénégal mais aussi à la bonne coopération entre nos deux pays», avait avancé le médecin-chef de la clinique, Erçan Urlu, lors de l’inauguration, en présence de l’ancien ambassadeur de la Turquie au Sénégal, Zeynab Sybel Algan. Pour sa part, l’ancienne Première ministre du Sénégal avait relevé la contribution de la clinique dans l’amélioration de l’offre de soins au profit des Dakarois et des populations de Grand-Yoff. Avec tous les services très pointus qui seront offerts ici, disait-elle, je pense que c’est un grand acquis pour la commune de Grand-Yoff et les quartiers des alentours.

I. SANE

Nous, [Africains], devons changer notre mentalité de dépendance ; cette mentalité de ce que peut faire la France pour nous». La saillie du Président ghanéen Nana Akufo-Addo, servie en guise de mot de bienvenue au Président français Emmanuel Macron, en visite dans son pays, en novembre dernier, doit interpeller chaque Africain.

En effet, cette conviction « ghanéenne » est également «sénégalaise». C’est une version non romancée du fameux discours du personnage de « Guelewar » dans le film éponyme de Ousmane Sembène. Dans les rapports Sénégal-France, il est bien trop souvent question de savoir ce que cette dernière apporte au pays de la « Téranga ».

Pourtant, l’apport du Sénégal est immense. De 1639, lors de l’installation de représentants du Roi Louis XIV dans la région du fleuve, à la fondation, 20 ans plus tard, d’un fortin dénommé Saint-Louis, en l’honneur d’un de leurs souverains du Moyen-âge, à la visite officielle d’Emmanuel Macron, le Sénégal a été d’un apport sans limite dans le rayonnement mondial de la France.

Dans une liste non exhaustive, on peut citer Jean-Baptiste Belley, esclave originaire de Gorée, qui a activement participé à la Révolution française et contribué à la première abolition de l’esclavage en 1794 ; les Tirailleurs dit «Sénégalais» créés en 1857 ; Blaise Diagne, le premier noir député à l’Assemblée française ; Son fils, Raoul Diagne, premier Noir à porter le maillot de l’équipe nationale de football de France en 1931, et tous les autres sportifs originaires du pays de la «Téranga» ; les nombreux travailleurs sur plusieurs générations qui continuent de participer à la construction de la France ; les jeunes de l’écosystème numérique. Et bien d’autres… Le rappeler n’est pas une revendication vaine ou mal placée.

Mais, les relations internationales sous la coupole de la mondialisation sont aussi complexes qu’un jeu de miroir avec des reflets trompeurs. De cette complexité et des «oublis historiques», il est nécessaire d’apporter de la clarté, de l’audace, comme le faisait Cheikh Anta Diop.

Sa pensée sur le rejet des prismes anthropologiques émanant des préjugés occidentaux, nourris pendant des siècles, est indéniablement un pas vers l’émancipation à tous les secteurs et donc, un début de l’émergence. Mot désormais fétiche au Sénégal. La France est un interlocuteur important, mais elle n’est désormais plus le seul.

Se construire sous la coupe d’un Pygmalion pour mieux prendre ses distances et sa destinée est un processus qui va certainement parler à Emmanuel Macron. De secrétaire général adjoint au cabinet du Président de la République française, en passant par le poste de ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, il lui aura fallu être En Marche pour accéder à la Présidence de la République.

Par Moussa DIOP

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Il est le plus jeune président de l’histoire politique française et celui qui a su se frayer un chemin sur le clivage traditionnel Gauche-Droite. L’actuel président de la République française, Emmanuel Macron, qui a réussi un parcours atypique, est le symbole du renouveau français.

Le 7 mai 2017, les Français choisissent démocratiquement Emmanuel Macron comme le 8ème président de la Vème République française, aux dépens de Marine Le Pen. En jetant son dévolu sur ce jeune président, 39 ans à son élection, inconnu du grand public quelques années auparavant, la France crée un évènement planétaire. Ex-ministre de François Hollande sous le gouvernement du Premier ministre Manuel Valls, Emmanuel Macron a su émerger en créant sa voix « En Marche ! », un mouvement politique qui se distingue des clivages Gauche et Droite et dont l’ambition était d’offrir une « nouvelle offre politique » aux Français.

Banquier d’affaires
Le lancement de son mouvement le 6 avril 2016, alors qu’il était encore le ministre de l’Economie du gouvernement socialiste, crée un malaise. Certains socialistes lui en voudront toujours en le traitant de « fou heureux » et même de « traître ». Mais Macron avait une idée claire de ce qu’il voulait faire ou devenir, c’est-à-dire le successeur même de son patron François Hollande. Avec détermination et bravoure, il parvient à faire de son rêve une réalité.

Certes, Emmanuel Macron est sorti des grandes écoles (Ena, Sciences Pô) comme la plupart des hommes politiques français, mais rien ne le prédestinait à la fonction présidentielle. Il débute sa carrière professionnelle dans l’administration publique française comme inspecteur des finances, avant de rejoindre la banque Rothschild comme banquier d’affaires, où il est rapidement promu associé-gérant. Dans le privé, il gagne bien sa vie et se fait une santé financière, mais Macron va réintégrer la fonction publique en 2012. Avec sa nomination comme secrétaire général adjoint de l’Elysée, Marcon gagne du galon.

« Macron, c’est moi »
A l’Elysée, Emmanuel Macron n’est pas un simple conseiller, mais il fait plutôt partie des hommes de confiance de François Hollande. Les deux hommes se connaissent depuis 2008 par l’entremise de Jacques Attali. François Hollande a toujours eu une relation particulière avec celui que l’on a présenté comme son « héritier ». « Emmanuel Macron, c’est moi », confie un jour l’ancien président français. Deux années suffisent à son mentor pour lui confier le ministère de l’Economie du gouvernement. Il remplace à ce poste un certain Arnauld Montebourg. A Bercy, il donnera son nom au projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques.

Brillant parcours
Ce fils de médecins et polyglotte fait l’objet de nombreuses attentions en France et en Europe ; ce qui lui a permis de développer très vite son image et de s’imposer parmi les hommes qui comptent dans le gouvernement socialiste.

L’actuel président français a eu un brillant parcours scolaire et académique. Né en 1977 à Amiens, il étudie chez les Jésuites et remporte le Concours général de français à 16 ans. Il apprend aussi le piano au Conservatoire de musique d’Amiens. Après avoir échoué au concours de Normale sup, Macron obtient une maîtrise puis un DEA de philosophie à l’université de Nanterre (banlieue parisienne). En 1999, il devient l’assistant de Paul Ricœur et participe à la rédaction de l’un de ses derniers ouvrages. Il est aussi diplômé de Sciences Po et de l'Ena (promotion Léopold Sédar Senghor).

Avec le changement générationnel en politique dont il en est le symbole, Emmanuel Macron incarne le renouveau français dans un sens plus général. Ce qui est une sorte de révolution après le quinquennat de François Hollande marqué par son impopularité. Macron inaugure une « nouvelle page » avec le souhait que les Français retrouvent la confiance. Le président français porte l’espoir de beaucoup de Français.

Maguette NDONG

L’histoire prend souvent des airs de répétition. Treize ans après la première visite présidentielle au Sénégal de Jacques Chirac, Emmanuel Macron va marcher sur les traces de l’un de ses prédécesseurs en étant l’hôte du pays de la « Téranga ». Ce sont des similitudes qui permettent de mieux comprendre le contexte actuel et en saisir les enjeux au cœur des rapports entre le Sénégal et la France.

A un jour près, Jacques Chirac (du 2 au 4 février) et Emmanuel Macron (du 1er au 3 février) auraient choisi les mêmes dates, à 13 ans près, pour leur première visite en tant que Président français au Sénégal. Au-delà de l’anecdote, l’analogie entre les deux visites ne se limite pas seulement aux dates. Le contexte des deux visites renvoie à un bégaiement de l’histoire. En 2005, Chirac mettait pied en terre sénégalaise avec une appréhension réelle née de ressentiments sénégalais à la suite de l’absence de plus hautes autorités françaises aux obsèques, le 29 décembre 2001, de Léopold Sédar Senghor.

Une absence ressentie au Sénégal comme un manque de considération au premier Président du Sénégal, ancien ministre français, prisonnier de guerre pour la cause de la France, membre de l’Académie française et l’un des pères fondateurs de la Francophonie. La visite de Macron intervient dans un contexte moins tendu, mais les aspérités laissées par le scandaleux discours de Dakar de Nicolas Sarkozy ne sont pas complètement effacés des têtes sénégalaises et africaines. En effet, comme Nicolas Sarkozy, en pleine dérive « civilisationnelle » sous la plume mal éclairée de Henri Guaino, Macron va axer sa prise de parole sur l’éducation avec les conseils de son Conseil présidentiel pour l’Afrique (Cpa).

C’est également une visite qui intervient après « l’oubli de Dakar » intervenu à la suite de la première tournée africaine de Macron en novembre 2017. La visite de Chirac de 2005 intervenait, elle, à la suite de son déplacement officielle au Mali, en octobre 2003, au cours duquel l’ancien maire de Paris aurait « snobé le Sénégal ».

En 2005, le Président sénégalais d’alors, Abdoulaye Wade, avait fait savoir qu'il n'attendait pas de cette visite une « assistance matérielle et financière » supplémentaire, mais plutôt la « réaffirmation d'une marque d'intérêt, de considération et d'amitié entre deux peuples qui ont construit leur histoire ensemble ». C’est une réflexion que ne renierait pas Macky Sall dans sa vision des rapports avec la France. En octobre 2015, il déclarait être dans un rapport « gagnant-gagnant » avec la France.

« La seule relation linguistique ne suffit pas pour donner un espoir à la jeunesse en particulier. Il faut la présence d’une relation économique au sein de l’espace francophone. Parler de la Francophonie économique, c’est également parler de la mobilité. On ne peut pas développer une communauté dans laquelle les acteurs ne peuvent pas circuler ».

Moussa DIOP

« La France n’a plus de politique africaine », déclarait Macron à Ouagadougou. Cela sous-tendrait-il que les émissaires, les intermédiaires et les officines ne seront plus les bienvenues dans les institutions françaises qui sont en contact avec leurs homologues africains ? Il a, en tous cas, mis en place le Conseil présidentiel pour l’Afrique (Cpa).

Pour Emmanuel Macron, il y a une politique que la France peut conduire. Il y a « des amis, il y a des gens avec qui (elle) est d’accord, d’autres non ». Parmi ses amis, il y a le Conseil présidentiel pour l’Afrique (Cpa). Cet organe doit permettre à Macron de « regarder en face » l’Afrique et le Sénégal. Créé en août 2017, le Conseil présidentiel pour l’Afrique (Cpa) est le nouveau bras armé de la France « macronienne » dans le continent. Composé de 10 personnes (cinq femmes et autant d’hommes), le Cpa réclame d’être en marge de l’Elysée.

Elle est présentée comme « une structure indépendante qui ne figure pas dans l’organigramme de l’Elysée » et dont les membres « ne sont pas rémunérés au titre de leur fonction ». Avec ces deux caractéristiques, le Cpa résume sa vision des rapports avec l’Afrique.

En lieu et place des intérêts et d’un bureau secret à l’Elysée, le jeune président français entend trancher avec un « passé ordurier » dans les relations franco-africaines marquées par la Françafrique, les barbouzes et les cellules secrètes.

Ces derniers conversaient directement avec des dirigeants pas toujours soucieux du développement de leur pays.

Ce sas historique n’a pas toujours été d’un réel intérêt pour l’Afrique. Avec le Cpa, Macron aura des propositions concrètes après audition d’experts, de citoyens engagés et des membres des diasporas africaines. C’est une nouvelle vision qui s’articule autour de la société civile dont son récent déplacement au Burkina Faso et au Ghana a pu le montrer. « Construire un avenir en commun » y sonne comme un leitmotiv.

A travers des débats avec des étudiants d’universités africaines, des professionnels des différents secteurs d’activités et des clusters dans les villes africaines, les membres du Cpa seront les éclaireurs de l’aide publique au développement, l’éducation, la santé, le changement climatique et ville durable, la jeunesse, l’innovation et entrepreneuriat, la mode d’intervention des entreprises françaises en Afrique, la culture, le sport et la Francophonie. « Apporter un éclairage au Président de la République sur les enjeux de la relation entre la France et l'Afrique lui permettant de nourrir ses orientations politiques mais aussi développer un lien permanent avec la société civile africaine afin de davantage prendre en compte ses préoccupations ».

Ce sont les buts que le Cpa s’est assigné afin de permettre au Président Macron d’être constamment en alerte sur les problématiques clés.

Moussa DIOP

Karim Sy DossierMEMBRE DU CPA : KARIM SY, LE SÉNÉGALAIS QUI MURMURE À L’OREILLE DU PRÉSIDENT MACRON
Adepte du concept d’Eurafrique de Léopold Sédar Senghor, Karim Sy est, à lui seul, un trait d’union culturel. Franco-libano-malien d’origine sénégalaise, c’est ainsi qu’il est connu en France. Il fait partie du CPA qui conseil Macron.

Quand on demande à Karim Sy comment il s’est retrouvé au Conseil présidentiel pour l’Afrique (Cpa), le Sénégalais aux origines multiples préfère manier la litote en répondant : « Tout ce que je sais, c’est que sont au Cpa ceux qui n’ont pas demandé à y être ».

Fier de sa formule, il sourit. Pourtant son histoire avec le Cpa avait des allures de gags au départ. Plusieurs fois contacté, l’été 2017, par l’équipe de Macron, Karim Sy avoue avoir d’abord pensé à une blague. Après insistance de son interlocuteur, il croit, par la suite, que « c’est lié à Jokkolabs », un « écosystème de l'innovation ouverte pour une prospérité partagée actif sur douze pays, dont la France ». Finalement, Karim Sy, après avoir été édifié sur la démarche, accepte de faire partie des dix membres du Cpa qu’il refuse catégoriquement d’assimiler à une cellule Afrique de l’Elysée qui ne porterait pas son nom. « C’est un conseil mis en place par le Président Macron et directement rattaché à lui sans filtre », développe-t-il. Il apporte au Président de la République un éclairage particulier sur les enjeux de la France avec les pays africains. Ainsi, il n’a pas vocation à se substituer aux structures en place et n’est pas une diplomatie parallèle, ni économique, ni politique ». Le quadra sénégalais aux multiples expériences professionnelles, dont la coordination de l’audit du fichier électoral sénégalais en 2000, 2001 et 2007, se félicite que le Cpa soit un lien avec la société civile et la jeunesse africaine qui compose plus de « 60 % de la population » du continent. « C’est la première fois qu’un Président de la République française engage une relation directe avec la jeunesse africaine dont le discours de Ouagadougou a été un moment clé avec des engagements clairs », explique Karim Sy. Le Cpa a vocation à faire remonter sans filtre « ce qui se dit, ce qui se ressent, ce qui se veut, ce qui est attendu, ce qui est nécessaire » et faire, en conséquence, des propositions au Président pour que la relation avec la France soit vertueuse et créatrice d’opportunités partagées.

Un dispositif simplifié
Après le Burkina Faso et le Ghana, Karim Sy fait partie de la délégation officielle du séjour sénégalais du Président Macron. Il atteste de la fin de la Françafrique qu’il compare à « un fantasme, même si des relents affairistes s’activent à maintenir leurs intérêts ou acquis ». Avec cette conviction, Karim Sy met le cap sur le défi d’un « respect mutuel » et de « la création d’opportunités partagées ». Pour cela, il revient sur le travail du Cpa et les annonces de Macron à Ouagadougou qui n’ont pas fait la une des journaux : « La France ne soutiendra que les entreprises qui s’engagent sur des offres de long terme, qui seront exemplaires, notamment pour la création d’emplois au niveau local ». Ainsi, le Cpa se retrouve au cœur du « dispositif macronien » pour l’Afrique. Avec la disparition de sous-secrétariat d’Etat chargé de la coopération ou de l’Afrique dans les gouvernements des prédécesseurs de Macron, c’est devenu plus simple.

Désormais, il y a « un ministère de l’Europe et des Affaires étrangères avec une politique étrangère de la France qui intègre les questions de développement, de diplomatie culturelle, d’aide au développement avec nombre d’organisations qui sont très actives sur le terrain, au quotidien, auprès des populations.

Les conseillers Afrique veillent à ce que la vision du Président et ses engagements se réalisent ». Dans ce nouvel organigramme, la voix du Cpa a un écho plus fort. De quoi ravir celui qui fait du trait d’union sa culture, son identité, mais aussi un mode de vie.

M. DIOP

Adepte du concept d’Eurafrique de Léopold Sédar Senghor, Karim Sy est, à lui seul, un trait d’union culturel. Franco-libano-malien d’origine sénégalaise, c’est ainsi qu’il est connu en France. Il fait partie du CPA qui conseil Macron.

Quand on demande à Karim Sy comment il s’est retrouvé au Conseil présidentiel pour l’Afrique (Cpa), le Sénégalais aux origines multiples préfère manier la litote en répondant : « Tout ce que je sais, c’est que sont au Cpa ceux qui n’ont pas demandé à y être ».

Fier de sa formule, il sourit. Pourtant son histoire avec le Cpa avait des allures de gags au départ. Plusieurs fois contacté, l’été 2017, par l’équipe de Macron, Karim Sy avoue avoir d’abord pensé à une blague. Après insistance de son interlocuteur, il croit, par la suite, que « c’est lié à Jokkolabs », un « écosystème de l'innovation ouverte pour une prospérité partagée actif sur douze pays, dont la France ». Finalement, Karim Sy, après avoir été édifié sur la démarche, accepte de faire partie des dix membres du Cpa qu’il refuse catégoriquement d’assimiler à une cellule Afrique de l’Elysée qui ne porterait pas son nom. « C’est un conseil mis en place par le Président Macron et directement rattaché à lui sans filtre », développe-t-il. Il apporte au Président de la République un éclairage particulier sur les enjeux de la France avec les pays africains. Ainsi, il n’a pas vocation à se substituer aux structures en place et n’est pas une diplomatie parallèle, ni économique, ni politique ». Le quadra sénégalais aux multiples expériences professionnelles, dont la coordination de l’audit du fichier électoral sénégalais en 2000, 2001 et 2007, se félicite que le Cpa soit un lien avec la société civile et la jeunesse africaine qui compose plus de « 60 % de la population » du continent. « C’est la première fois qu’un Président de la République française engage une relation directe avec la jeunesse africaine dont le discours de Ouagadougou a été un moment clé avec des engagements clairs », explique Karim Sy. Le Cpa a vocation à faire remonter sans filtre « ce qui se dit, ce qui se ressent, ce qui se veut, ce qui est attendu, ce qui est nécessaire » et faire, en conséquence, des propositions au Président pour que la relation avec la France soit vertueuse et créatrice d’opportunités partagées.

Un dispositif simplifié
Après le Burkina Faso et le Ghana, Karim Sy fait partie de la délégation officielle du séjour sénégalais du Président Macron. Il atteste de la fin de la Françafrique qu’il compare à « un fantasme, même si des relents affairistes s’activent à maintenir leurs intérêts ou acquis ». Avec cette conviction, Karim Sy met le cap sur le défi d’un « respect mutuel » et de « la création d’opportunités partagées ». Pour cela, il revient sur le travail du Cpa et les annonces de Macron à Ouagadougou qui n’ont pas fait la une des journaux : « La France ne soutiendra que les entreprises qui s’engagent sur des offres de long terme, qui seront exemplaires, notamment pour la création d’emplois au niveau local ». Ainsi, le Cpa se retrouve au cœur du « dispositif macronien » pour l’Afrique. Avec la disparition de sous-secrétariat d’Etat chargé de la coopération ou de l’Afrique dans les gouvernements des prédécesseurs de Macron, c’est devenu plus simple.

Désormais, il y a « un ministère de l’Europe et des Affaires étrangères avec une politique étrangère de la France qui intègre les questions de développement, de diplomatie culturelle, d’aide au développement avec nombre d’organisations qui sont très actives sur le terrain, au quotidien, auprès des populations.

Les conseillers Afrique veillent à ce que la vision du Président et ses engagements se réalisent ». Dans ce nouvel organigramme, la voix du Cpa a un écho plus fort. De quoi ravir celui qui fait du trait d’union sa culture, son identité, mais aussi un mode de vie.

M. DIOP

L'éducation constitue l’un des domaines de coopération les plus dynamiques entre le Sénégal et la France. En plus d'être la première destination des étudiants sénégalais à l'étranger, la France appuie fortement le Sénégal dans la construction et l'équipement des salles de classe.

Ambiance de cocktail à la résidence de l’ambassade de France, un jeudi de novembre 2016. Le ministère français des Affaires étrangères et du Développement international lançait ainsi la plateforme « France Alumni Sénégal ». Initiative numérique multilingue, « France Alumni Sénégal » se voulait comme but de fédérer, d’informer et aiguiller les étudiants internationaux passés par l’enseignement supérieur français. Parmi les invités ce soir-là, quelques membres du gouvernement du Sénégal, des chefs d’entreprise, de haut-fonctionnaires, des médecins, artistes, enseignants-chercheurs avec une particularité. Ils sont tous passés par le système d’enseignement universitaire français.

Première destination des étudiants sénégalais
C’est connu, la France est la première destination des étudiants sénégalais à l’étranger. Aujourd’hui, malgré la concurrence d’autres destinations dans le domaine des études supérieures comme les pays d’Amérique du Nord ou encore ceux asiatiques, la France consolide sa place prépondérante de pays leader dans l’accueil des étudiants sénégalais. D’abord, pour les liens historiques, culturels et linguistiques entre les deux pays. Déjà en 2016, ils étaient plus de 10 000 étudiants sénégalais en France enregistrés par les services de Campus France. Les échanges universitaires sont ainsi l’un des domaines les plus dynamiques de la coopération sénégalo-française. Ce chiffre de 10 000 étudiants sénégalais en France devrait être même doublé dans les années à venir selon les prévisions des autorités de Campus France, qui gère les procédures de mobilité des étudiants étrangers en France. Ainsi, à côté des bourses d’excellence, entre autres, accordées par l’Etat du Sénégal aux élèves et étudiants méritants, d'autres sont partis en France par le biais de divers programmes de bourses. En 2017, les services de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France à Dakar ont accordé une centaine de bourses pour des études et recherches post-doctorales à des doctorants, fonctionnaires, artistes et nouveaux bacheliers. Des bourses issues des programmes comme celui dit « Excellence Eiffel ». Un programme de bourses lancé en 1999 par le ministère européen des Affaires étrangères. D’autres élèves sont partis en France en 2017 dans le cadre du programme de bourses « Excellence-Major » qui sont attribuées sur des critères d’excellence à des bacheliers étrangers issus du réseau des lycées français du monde, afin qu’ils viennent poursuivre des études de haut niveau en France.  

Construction de collèges et lycées
Ce n’est pas seulement dans le domaine universitaire que la coopération entre le Sénégal et la France est dynamique. Au niveau des autres sous-secteurs de l’éducation aussi, la France intervient grandement. Surtout dans la construction de salles de classe. Ainsi, de 2000 à 2015, l’Agence française de développement (Afd), bras technique de la coopération française, a engagé au Sénégal environ 77 millions d’euros, soit un peu plus de 50 milliards de FCfa pour l’éducation et la formation professionnelle. Parmi les réalisations, figurent, entre autres,  plus de 700 salles de classe construites, une centaine réhabilitée, le tout permettant d’accueillir plus de 40 000 élèves, plus de 500 projets d’écoles et d’établissements mis en œuvre. Deux nouveaux projets vont aboutir à la construction de 550 nouvelles salles de classe dans les collèges des banlieues de Dakar et en Casamance (Ziguinchor et Sédhiou) pour recevoir 27 000 élèves environ. La construction de salles de classe, de lycées et collèges s’est faite aussi dans le cadre du Programme d’appui aux initiatives de solidarité pour le développement (Paisd), piloté au niveau de la Direction de la coopération technique à la Présidence de la République.

Plusieurs écoles, lycées et centres de formation professionnelle, surtout dans la région du fleuve, ont pu voir le jour grâce au Paisd. Dans le sous-secteur de la formation professionnelle et de l’enseignement technique, la France vient aussi en appui au Sénégal. Sur demande des fédérations professionnelles sénégalaises, en partenariat avec des fédérations professionnelles françaises, des centres de formation professionnelle ont été construits et équipés. D’autres conventions de financement pour soutenir la formation professionnelle mais aussi l’enseignement supérieur professionnel (mise en place des Instituts supérieurs d’enseignement professionnel de Richard-Toll et de Bignona) sont en attente de signature ou en préparation pour un montant total de 32 millions d’euros (soit 20,8 milliards de FCfa).

Oumar NDIAYE 


Au niveau de la recherche aussi, c’est le même dynamisme qui est affiché dans la coopération entre le Sénégal et la France. En plus de la présence de l’Institut de recherche pour le développement (Ird) au Sénégal, la France est un grand partenaire du Sénégal dans ce domaine.

En atteste la cérémonie de lancement de l’installation du Supercalculateur acquis par le Sénégal grâce au financement de la Banque populaire d’investissement de la France, qui est programmée lors de la visite du président français Emmanuel Macron au Centre de mutualisation et de partage, sis à la Cité du Savoir de Diamniadio, le 2 février prochain.

O. NDIAYE

Responsable du Service de Gestion des Etudiants sénégalais à l’Etranger (SGEE) basé à Paris, Moise Sarr place le choix de la bonne formation des étudiants sénégalais en France au cœur de ses activités avec la sensible question du retour au Sénégal après les études.

Comment appréciez-vous votre relation et celle de votre structure avec les services français dans la gestion de vos étudiants ?
Nous avons noté avec satisfaction les améliorations, innovations (dématérialisation de la procédure) et facilitations des services français compétents, notamment Campus France, (à qui nous décernons une mention spéciale) au Sénégal, dans le traitement et la délivrance des visas au bénéfice des étudiants sénégalais.

A ce titre, rien que pour l’année académique 2017-2018, l’Ambassade de France au Sénégal a délivré 3.500 visas aux étudiants sénégalais, soit une augmentation de 1000 visas par rapport à l’année 2016. En outre et dans le même registre nous saluons la mise en place d’un visa de circulation favorisant la mobilité des alumnis. De même, les efforts soutenus de l’OFII (Office français de l’Immigration et de l’intégration) dans l’accompagnement au retour des diplômés à travers des dispositifs appropriés méritent d’être soulignés et encouragés.

Par ailleurs, la question du logement est au cœur de nos préoccupations. Certes des améliorations ont été notées à travers la signature de conventions entre le SGEE et les bailleurs sociaux publics ou privés, mais des problèmes de logement subsistent encore.

Dès lors, nous demandons aux autorités françaises compétentes de soutenir les initiatives du SGEE pour la signature prochaine d’une convention de mise à disposition de logements étudiants avec Campus France et au-delà avec le CNOUS.

L’autre question est celle des stages : Malgré l’entrée en vigueur de notre bourse de mobilité, nous avons noté ces dernières années une augmentation exponentielle du nombre d’étudiants en Master 2 qui, faute d’avoir obtenu un stage, sont obligés de repasser l’année universitaire.

Que fait le Sénégal pour récupérer ses enfants formés en France et limiter la fuite des cerveaux ?
Avec la nouvelle politique nationale des bourses initiée par SEM le Président de la République Macky SALL et adoptée par le décret n°2014 – 963 du 12 aout 2014, le gouvernement a mis en place des dispositifs incitatifs au retour de nos diplômés de l’Etranger. La bourse de mobilité permet par exemple à nos étudiants en master 2 ou en doctorat inscrits dans une école ou université étrangère de faire une mobilité entrante au Sénégal à travers un stage de 4 mois, 6 mois ou 10 mois. L’autre dispositif est la bourse doctorale de troisième cycle en alternance qui oblige désormais nos doctorants à avoir une cotutelle c’est-à-dire une inscription dans une école doctorale à l’Etranger et une autre dans une école doctorale sénégalaise. Cette bourse d’un montant de 600.000 F CFA/mois permet aux bénéficiaires de faire 6 mois à l’Etranger et 6 mois au Sénégal pendant 3 ans au moins et 4 ans au plus.

Par ailleurs, un autre dispositif incitatif – et un peu coercitif – est relatif à l’« ENGAGEMENT A SERVIR LE SENEGAL » obligatoire que doivent signer les boursiers d’excellence. Précisément, nos bacheliers ayant la mention Très bien, Bien ou une distinction au concours général et bénéficiant à ce titre une allocation de 430.000 Fcfa par mois s’engagent officiellement à servir le Sénégal à l’issue de leur formation. TOUT cela est mis en place pour que notre cher pays puisse profiter pleinement de la mobilité de nos étudiants et jeunes diplômés. Le PSE de SEM le Président de la République doit être porté par des ressources humaines sénégalaises de qualité et c’est à cela que nous nous travaillons et dès maintenant. Par ailleurs, le Service de Gestion des étudiants (SGEE), en partenariat avec les associations estudiantines sénégalais en France, le Réseau Back to Galsen et International Staffing Company (ISC) organisent un événement exceptionnel qui se tiendra le 7 avril 2018 à Paris autour du thème de : Premier emploi : Destination Sénégal. Il s’agit de réfléchir sur les opportunités d’emplois au Sénégal pour mieux accompagner et galvaniser les candidats au retour.

Moussa DIOP

Malgré la politique de « sénégalisation » initiée par Senghor dans les années 70, le Sénégal, avec la persistance de la guerre froide et le sous-développement du pays aidant, ne dispose pas encore de suffisamment de force et de ressources pour se passer sérieusement d’un partenaire si longtemps installé. Raison pour laquelle la patrie des droits de l’homme occupe encore, à travers ses entreprises, ses banques ou encore ses coopérants, une place de choix au pays de la Téranga.

Mais ce cadre va être bousculé à la faveur de trois facteurs essentiels. C’est la fin de la guerre froide, l’essor de la mondialisation et l’avènement de l’alternance à la tête de l’État sénégalais. Le premier mit fin au « mandat » que les États-Unis, tête de pont du bloc occidental, avaient quelque peu confié à la France en terre africaine. Le deuxième qui, à bien des égards, découle du précédent ouvrit le marché sénégalais à des nations qui s’y étaient jusqu’alors fort peu aventurées.

Et enfin le dernier point à savoir le changement de majorité, en consacrant la victoire de l’opposant historique, est évidemment de nature à questionner la place de « l’éternel protecteur ». Ces trois points réunis expliquent-ils la décision d’Abdoulaye Wade en 2003 d’expulser les ressortissants français irréguliers au Sénégal. Pour spectaculaire qu’elle soit, cette décision n’en avait pas moins une portée symbolique.

Mais celle prise en 2007, qui attribua la gestion du port de Dakar à Dubaï au détriment du groupe Bolloré constitue pour le coup une vraie rupture au vu de l’importance historique de cette entreprise en Afrique francophone.

D’ailleurs, ce souci du pouvoir sénégalais de s’ouvrir à de nouveaux partenaires illustre également la volonté du pays d’embrasser, au même titre que d’autres, le vent de la mondialisation.

L’arrivée massive des Chinois, des Turcs, des Indiens, des Américains sans oublier les Marocains oblige donc Paris à s’activer pour ne pas perdre davantage de terrain en terre africaine en général et au pays de la Téranga en particulier.

La visite du chef de l’État français en terre sénégalaise a également pour entre autres objets de retrouver le lustre d’antan ou au moins de disposer d’une influence majeure. Car même si avec le président Macky Sall, des signes positifs sont entrevus à l’égard de Paris, il n’a pas retiré la gestion totale du port de Dakar à l’entreprise moyen-orientale en dépit des tentatives de Vincent Bolloré de retrouver son privilège perdu.

Entre la France et certaines de ses anciennes colonies, la symphonie est soit inachevée, soit sonne un peu faux. L’économie qui associe des faits d’ordre quantitatif à des éléments qualitatifs peut être un juste révélateur de ce qui peut être assimilé à un beau fixe relationnel entre les deux pays.

La France est, en effet, le premier investisseur au Sénégal avec plus de 78% du stock d’Ide (1639 milliards de FCfa en 2015). Cela est le fruit des perspectives d’investissement très satisfaisantes pour les entreprises françaises au Sénégal qui se distinguent par leur diversité d’action, leur dynamisme et leur poids. Elles participent à la vitalité économique du pays (10% des postes de l’emploi privé, soit 15.000 emplois), assurent une part importante du Pib et des recettes fiscales (pour un quart) et contribuent à la vigueur des liens commerciaux entre les deux pays (la France est le 1er client européen du Sénégal, son 4e mondial et son premier fournisseur).

Sur le plan de la coopération bilatérale, l’aide française au développement a concerné, depuis 2000, un montant d’environ 1000 milliards de FCfa. Pilotée par l’Afd, elle a notamment pour ambition d’appuyer des projets structurants à haute valeur ajoutée économique (projet Ter de Dakar pour un montant de 65,5 milliards de FCfa) ou sociale (projet Kms3 pour un montant de 61 milliards de FCfa). D’un point de vue multilatéral, la France travaille en coordination avec les bailleurs internationaux (notamment européens) aux actions du 11ème Fonds européen de développement (Fed) pour une valeur globale de 227,6 milliards de FCfa. Si cette forte présence économique française au Sénégal traduit, pour d’aucuns, la solidité des rapports entre les deux, pour d’autres, elle est le reflet d’une forme de « cannibalisation » de l’économie sénégalaise. Selon les partisans de cette seconde vision, une double conséquence étant une forte dépendance de l’économie sénégalaise vis-à-vis d’intérêts étrangers et une faiblesse du capitalisme privé sénégalais. L’existence et la persistance de distorsions d’ordre économique dans les échanges entre les deux pays et l’absence de volonté politique à les corriger fournissent, il est vrai, aux défenseurs de cette seconde vision des arguments valables étayant leurs propos. Ces distorsions portent d’abord sur la nature même des relations commerciales entre les deux pays qui sont fortement en défaveur du Sénégal. Le pays de la « Téranga » est, en effet, le premier excédent commercial de la France en Afrique de l’Ouest et le 2ème en Afrique subsaharienne (après l’Afrique du Sud). Les tendances observées sur la décennie indiquent une aggravation de ce déficit commercial avec des exportations sénégalaises vers la France relativement stables et des importations en hausse. Une conséquence étant que le marché sénégalais est inondé de produits manufacturés « made in France », inhibant toute initiative d’éclosion d’une production locale forte.

Ces distorsions portent ensuite sur la prééminence française dans les filières de production les plus rentables au Sénégal. Les avantages liés à la « tutelle française » sur la monnaie sénégalaise, les mécanismes de coopération et d’appuis politiques de l’Etat français, les soutiens de la Compagnie française d’assurance du commerce extérieur (Coface) garantissent, en réalité, aux entreprises françaises une main mise sur des niches de rentabilité au détriment de l’expertise locale ou non-européenne. Enfin, les distorsions subsistent dans la nature même et la destination de l’aide publique au développement. En la matière, il est nécessaire de faire une différence entre l’énoncé politique et la pratique économique. Si dans l’absolu cette aide augmente, elle comporte néanmoins des biais d’utilisation qui en font une illusion d’optique. Elle comporte des subtilités, telles que les dépenses liées à l’accueil des étudiants sénégalais en France ou des déductions d’impôts faites sur les envois d’argent des travailleurs sénégalais établis en France.

Elle présente également la contrainte d’être souvent liée à l’ouverture de contrats à des firmes françaises (Hugon, 2007). Tout se passe, dans ce dernier cas, comme si l’aide au développement servait de levier de croissance aux entreprises françaises résidentes. A la lumière de tous ces éléments, il est vrai que considérer les rapports économiques entre les deux pays comme n’étant pas mutuellement bénéfiques peut sembler légitime. Situation qui, il faut le reconnaître, n’est pas conforme aux exigences qui sous-tendent les rapports entre des pays «amis», sans problème(s) entre eux.

Tout indique, en réalité, que c’est dans la vision même des termes de l’échange que le cadre conceptuel est différent.

Si au pays de Senghor les intérêts des amis français sont saufs, au pays du Général de Gaulle, on n’oublie pas que « les Etats n’ont pas d’amis, mais que des intérêts ».

Par Papa Abdoulaye DIOP
Docteur en Economie, Enseignant / Chercheur, Université du Havre (France)

MACRON FAVORABLE À SON CHANGEMENT : QUAND LE FRANC CFA ÉTAIT UNE MONNAIE AFRICAINE
Franc Cfa Xof« Africaniser » le franc Cfa, Emmanuel Macron n’est pas contre, même s’il vante sa stabilité actuelle avec l’arrimage à l’euro. Des esquisses dans ce sens sont dans l’air du temps. Ce qui serait un retour, à bien des égards, à la situation des années 1970 jusqu’à la dévaluation de 1994.
On reproche au franc Cfa d’être une monnaie néocoloniale. « Très clairement, Oui ». Il n’y a pas d’ambigüité pour Olivier Feiertag, professeur d’Histoire économique à l’Université de Rouen (France). « Il y a un droit de regard sur le commerce extérieur de chaque Etat africain de la zone franc. Si on veut éviter que ces Etats échappent à l’orbite de la France, c’est facile de leur couper les vivres. Jusqu’à la décolonisation, ce système sert de moyen à garantir l’exclusif colonial. En 1950, lorsque la zone Franc est légalement formalisée avec la loi du 26 décembre 1945, 80 % du commerce de l’Afrique va vers la France. Il y a un lien entre cette exclusivité et le franc Cfa. Cela continue après l’indépendance, dans les années 1960 ».Cependant, le franc Cfa a une histoire. Il n’a pas toujours été cet outil de domination coloniale. « Il y a eu des moments, comme les années 1970, de décolonisation monétaire », assure M. Feiertag. Le franc Cfa est partiellement « africanisé » avec le transfert des sièges des banques centrales (Paris à Dakar pour la Bceao et à Yaoundé pour la Beac) ; les gouverneurs sont Africains alors qu’ils étaient Français. C’est ainsi que Abdoulaye Fadiga prend la tête de la Bceao ou encore Casimir Oyé Mba celle de la Beac. Cette nouvelle tendance contribue à définir une autre politique monétaire. « Les banques d’émission ont désormais comme objectif le financement du développement, rappelle le Pr Feiertag. Elles vont concrétiser cela avec la création de banques de développement avec des crédits plus faciles pour le moyen et le long termes. Mais aussi avec des participations dans des entreprises publiques comme Air Afrique. A ce moment, le franc Cfa devient largement une affaire africaine. Jacques Foccart, contre toute attente, se montre d’ailleurs favorable à cette évolution, comme le révèle les notes qu’il rédige alors pour le Président Pompidou ». Les cas du Sénégal et de son économie pendant cette période constituent un repère intéressant. Avec des faiblesses macro-économiques, absence de pétrole, par exemple, l’économie sénégalaise joue un rôle important dans la sous-région à travers une bonne stratégie géopolitique. C’est à la lumière de cette histoire qu’il faudrait éviter les erreurs du passé dans l’ambition de refaire du franc Cfa une monnaie « africaine ». Car si le franc Cfa était devenu un enjeu interafricain, il y a eu, paradoxalement, une grande disparité et parfois des situations ubuesques entre les zones monétaires.
 
Olivier Feiertag explique les micmacs qui conduisent à des tensions dans chaque zone et même parfois entre les deux zones. « Si vous voulez acheter des produits ivoiriens quand vous êtes au Congo Brazzaville, il faut d’abord changer les francs Cfa (Beac) en francs français et acheter des francs CFA en Afrique de l’Ouest pour ensuite acheter les produits. C’est incroyable.
 
C’est un frein à la dynamique économique en Afrique. Il y aura pourtant un moment où la banque centrale devient un élément de développement ». Mais, le moment historique de la décolonisation monétaire est de courte durée. Avec la crise de la dette des années 1980, la situation aboutit à une recolonisation par le Fmi.
 
MOUSSA DIOP

« Africaniser » le franc Cfa, Emmanuel Macron n’est pas contre, même s’il vante sa stabilité actuelle avec l’arrimage à l’euro. Des esquisses dans ce sens sont dans l’air du temps. Ce qui serait un retour, à bien des égards, à la situation des années 1970 jusqu’à la dévaluation de 1994.

On reproche au franc Cfa d’être une monnaie néocoloniale. « Très clairement, Oui ». Il n’y a pas d’ambigüité pour Olivier Feiertag, professeur d’Histoire économique à l’Université de Rouen (France). « Il y a un droit de regard sur le commerce extérieur de chaque Etat africain de la zone franc. Si on veut éviter que ces Etats échappent à l’orbite de la France, c’est facile de leur couper les vivres. Jusqu’à la décolonisation, ce système sert de moyen à garantir l’exclusif colonial. En 1950, lorsque la zone Franc est légalement formalisée avec la loi du 26 décembre 1945, 80% du commerce de l’Afrique va vers la France. Il y a un lien entre cette exclusivité et le franc Cfa. Cela continue après l’indépendance, dans les années 1960 ».Cependant, le franc Cfa a une histoire. Il n’a pas toujours été cet outil de domination coloniale. « Il y a eu des moments, comme les années 1970, de décolonisation monétaire », assure M. Feiertag. Le franc Cfa est partiellement « africanisé » avec le transfert des sièges des banques centrales (Paris à Dakar pour la Bceao et à Yaoundé pour la Beac) ; les gouverneurs sont Africains alors qu’ils étaient Français. C’est ainsi que Abdoulaye Fadiga prend la tête de la Bceao ou encore Casimir Oyé Mba celle de la Beac. Cette nouvelle tendance contribue à définir une autre politique monétaire. « Les banques d’émission ont désormais comme objectif le financement du développement, rappelle le Pr Feiertag. Elles vont concrétiser cela avec la création de banques de développement avec des crédits plus faciles pour le moyen et le long termes. Mais aussi avec des participations dans des entreprises publiques comme Air Afrique. A ce moment, le franc Cfa devient largement une affaire africaine. Jacques Foccart, contre toute attente, se montre d’ailleurs favorable à cette évolution, comme le révèle les notes qu’il rédige alors pour le Président Pompidou ». Les cas du Sénégal et de son économie pendant cette période constituent un repère intéressant. Avec des faiblesses macro-économiques, absence de pétrole, par exemple, l’économie sénégalaise joue un rôle important dans la sous-région à travers une bonne stratégie géopolitique. C’est à la lumière de cette histoire qu’il faudrait éviter les erreurs du passé dans l’ambition de refaire du franc Cfa une monnaie « africaine ». Car si le franc Cfa était devenu un enjeu interafricain, il y a eu, paradoxalement, une grande disparité et parfois des situations ubuesques entre les zones monétaires. Olivier Feiertag explique les micmacs qui conduisent à des tensions dans chaque zone et même parfois entre les deux zones. « Si vous voulez acheter des produits ivoiriens quand vous êtes au Congo Brazzaville, il faut d’abord changer les francs Cfa (Beac) en francs français et acheter des francs CFA en Afrique de l’Ouest pour ensuite acheter les produits. C’est incroyable.

C’est un frein à la dynamique économique en Afrique. Il y aura pourtant un moment où la banque centrale devient un élément de développement ». Mais, le moment historique de la décolonisation monétaire est de courte durée. Avec la crise de la dette des années 1980, la situation aboutit à une recolonisation par le Fmi.

MOUSSA DIOP

Le Sénégal et la France sont liés par l’histoire, mais aussi par le sport. Depuis plusieurs décennies, le pays de Marianne est devenu une destination privilégiée pour les sportifs sénégalais (footballeurs, basketteurs, athlètes, etc.). Le sport constitue un facteur de développement et participe à l’objectif de l’État du Sénégal de diversifier son économie.

Depuis des années, la France est la destination préférée des sportifs africains. Dans le domaine du football, le Sénégal a écrit de belles pages dans cette discipline reine en France. Pendant longtemps, notre pays a été le plus grand exportateur de joueurs pour la Ligue 1 et la Ligue 2 française ou encore les divisions inférieures. Les centres de formation, fruit d’un partenariat fécond entre acteurs sénégalais et français, ont grandement contribué, surtout ces dernières années, à amplifier ce phénomène. L’académie Génération Foot de Dakar, devenue la pépinière lorraine en Afrique du FC Metz, en est un exemple patent. L’intérêt accordé par l’État du Sénégal à ce partenariat entre le FC Metz et l’académie sénégalaise Génération Foot est apparent lors de l’inauguration des installations sportives et socio-éducatives du centre en novembre 2013, avec la présence d’Aminata Touré‚ alors Premier ministre du Sénégal et de Mbagnick Ndiaye, ministre des Sports à l’époque. L’institut Diambars, fondé en 2004 par l’ancien capitaine de l’équipe de France, Patrick Vieira, l’ancien gardien international Bernard Lama, et l’ex-joueur de Lens, Jimmy Adjovi, a été la première expérience dans ce genre de partenariat avec certes des différences dans l’approche. Après Metz qui s’est bien installé au Sénégal, ce fut au tour de l’Olympique de Marseille de miser sur notre pays pour avoir sa pépinière de joueurs. Ce qui justifie d’ailleurs la visite au Sénégal, en juin dernier, du président phocéen Jacques-Henri Eyraud. Ce dernier, reçu par le Président Macky Sall, n’a pas caché l’intérêt manifeste de l’Olympique de Marseille pour l’Afrique, notamment pour le Sénégal qui, par le passé, a fourni de grands joueurs au club. Il ne faut pas s’étonner donc de voir dans les prochaines décennies des footballeurs sénégalais rejoindre l’Olympique de Marseille. Dans des disciplines comme le basket, il est à préciser que beaucoup de Sénégalais évoluent en France, en plus du cas des nombreux de binationaux. C’est en ce sens même que la fédération française de basket et celle du Sénégal ont signé un partenariat pour développer ce sport par la formation d’éducateurs, l’organisation d’événements et la fourniture de matériel, tout en évitant le pillage des talents dont les pays d’Afrique sont victimes. Le handball n’est pas en reste. Ces dernières années, la sélection nationale féminine du Sénégal a peaufiné en France sa préparation pour les Coupes d’Afrique des nations (CAN) 2014 et 2016 disputées respectivement en Algérie et en Angola.

Il s’y ajoute que la fédération avait même confié les rênes de l’équipe au Français Frédéric Bougeant. Au-delà des athlètes qui ont opté pour la nationalité française (Mamadou Kassé Hann, Ibrahima Wade, Cheikh Touré), le Sénégal est devenu un terreau pour l’athlétisme français. Après le marathon « Foulée de l’Europe » organisé par la Fédération sénégalaise d’Athlétisme (Fsa) en partenariat avec plusieurs structures dont le Service de Coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France, Eiffage a, à son tour, initié en février 2016 le premier marathon international de l’Autoroute de Dakar. Sans compter que la France a, par le passé, appuyé le Centre international d’athlétisme de Dakar (Ciad) dans la formation des athlètes. La dynamique sportive entre les pays est donc très ancienne pour ne pas dire historique. Le Sénégal a toujours été un pays de sport par excellence, mais la performance sportive de haut niveau demande des moyens conséquents et une politique audacieuse. Les autorités sénégalaises l’ont bien compris et veulent faire du sport un facteur de croissance économique compétitif. Pour relever le défi, l’État mise sur nouvelle politique sportive dont les axes majeurs tournent autour des ressources humaines, de la modernisation de la bonne gouvernance, d’un programme de diversification et du renforcement des infrastructures. Mais en plus des moyens dégagés par l’Etat pour la matérialisation de cette ambition et l’atteinte des objectifs, la coopération pourrait jouer un rôle non négligeable.

Il ne fait point de doute que la modernisation et la création de grands équipements sportifs permettront de favoriser le développement du sport de haut niveau. Dans ce domaine, le Sénégal fait de gros efforts, mais pourrait bien s’appuyer sur l’expertise de la France qui a été l’hôte de plusieurs grandes compétitions internationales (Jeux olympiques, Championnats d’Europe des nations, Coupe du monde de football), sans compter que Paris a été désigné le 13 septembre dernier par le Comité international olympique (Cio) comme ville hôte des Jeux olympiques et paralympiques de 2024. Il serait donc très bénéfique pour le Sénégal de partager cette expertise dans l’organisation de grandes manifestations sportives.

Une coopération sportive dans un sens plus large pourrait permettre aux sportifs sénégalais de bénéficier de bourses, de formations dans tous les domaines, des appuis en termes de préparation.

De cette coopération, la France pourrait appuyer le Sénégal en finançant la construction d’équipements sportifs, la réhabilitation des structures existantes. C’est une politique qui permettra d’ouvrir de nouveaux horizons et de renforcer les liens sportifs entre les deux pays afin de continuer d’écrire ensemble l’histoire de leur sport respectif.

Par Samba Oumar FALL

C’est le nombre d’étudiants sénégalais dans les universités, instituts et grandes écoles en France. Après une période de baisse liée aux effets néfastes de la circulaire Guéant de 2011 qui restreignait drastiquement les possibilités d’embauche pour les étudiants étrangers en France à la fin de leurs études, ce chiffre de 10 000 est une constante durant tout le mandat de François Hollande qui l’avait finalement enlevé à son arrivée à l’Elysée.

Les nombreux diplômés sénégalais en France participent grandement à une économique dont la puissance est désormais basée sur les notions de savoir et de connaissance, d’expertise scientifique, d’innovations technologiques et du numérique.

Préoccupation principale du Président Macky Sall, la diplomatie économique sénégalaise en France est très active. L’ambassadeur Bassirou Sène en fait le point central de son action. Dans cet entretien, il revient également sur les spécificités des relations franco-sénégalaises ainsi que les pas à franchir sur les accords bilatéraux.

Comment décrirez-vous la politique africaine, et donc sénégalaise de la France depuis que Macron est Président ?
Je dois préciser que le concept de politique africaine ne correspond plus exactement à l’esprit des relations entre la France et les pays africains. Dans son discours au Burkina Faso, le 26 novembre 2017, le Président de la République française, Son Excellence Monsieur Emmanuel Macron, avait déclaré qu’il n’y a plus de politique africaine de la France. Il rejoignait ainsi le Président Macky Sall qui a toujours réfuté la notion de Françafrique et qui s’est s’inscrit, depuis son élection, en 2012, dans une relation certes privilégiée et spéciale, mais basée sur la souveraineté et l’égalité. L’Afrique, vous le savez sans doute, est un continent pluriel avec des cultures différentes, des réalités économiques diverses et des systèmes politiques distincts. Il est donc difficile d’avoir une même politique pour tout cet ensemble, même s’il est vrai qu’il existe une Afrique francophone assumant un leadership avéré au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif).

Ces précisions faites, il est possible d’identifier les axes qui, selon le Président Macron, dans son document de politique étrangère repris à Ouagadougou, vont gouverner ses relations avec les pays africains auxquels il a proposé un grand partenariat à travers la coopération linguistique, la diplomatie numérique, l’accroissement de l’aide publique au développement, l’augmentation des fonds gérés par l’Agence française de développement (Afd). Il y ajoute la stabilisation de la Libye et le financement de projets de développement local dans les régions d’émigration pour réduire les flux migratoires vers l’Europe.

En ce qui concerne le Sénégal, notre histoire avec la France, nos intérêts communs, nos visions partagées et le dynamisme de nos rapports bilatéraux sont le ciment de nos relations. C’est pourquoi le séminaire intergouvernemental franco-sénégalais, présidé par les Premiers ministres Edouard Philippe et Mahammed Boun Abdallah Dionne, le 19 octobre 2017, à Paris, a été le prétexte de redire les orientations stratégiques qui vont gouverner cette belle relation et de définir sous quelle forme ces propositions vont être déclinées en actions concrètes.

A l’issue de cette rencontre qui a réuni plus de dix ministres de chaque côté, quatre thèmes principaux ont été retenus. Il s’agit de la mobilité ; l’accélération de l’émergence du Sénégal ; la mise en place de nouvelles initiatives en matière de santé, d’éducation et d’enseignement supérieur et, enfin, le traitement en commun des questions régionales de sécurité. Chaque thème a fait l’objet d’une feuille de route qui a listé les objectifs à atteindre et les moyens d’y parvenir.

Et les autres axes de la coopération...
Sans être exhaustif, le renforcement de la mobilité estudiantine et le soutien accru aux initiatives de la diaspora ; la promotion de l’accès à l’éducation et aux soins de santé ; l’accompagnement de l’émergence du Sénégal sur les thématiques de l’appui à l’innovation et aux startups ; le développement urbain intégré ; le développement de filières agroalimentaires structurées et de la grande distribution ; l’industrie touristique et le tourisme durable ainsi que l’énergie ; la coopération face au terrorisme et aux défis sécuritaires, en général, constitueront l’épine dorsale de cette belle entente.

A ces quatre thèmes, il convient d’ajouter la lutte contre le réchauffement climatique et la mise en œuvre de l’Accord de Paris signé à l’occasion de la Cop 21 que soutient fortement le Président Macky Sall. Cette convergence de vues sur une menace insidieuse à la stabilité de la planète, avide d’un développement durable et préservée pour les générations futures, est, sans doute, a la base de la décision du Président Macron d’aller à Saint-Louis pour constater les effets dévastateurs de l’érosion côtière, les dégâts sur la brèche et la Langue de Barbarie et la désolation des communautés affectées. Je reste convaincu que ce déplacement utile et pertinent permettra d’évaluer l’ampleur du phénomène et d’apprécier l’urgence d’appliquer les mesures convenues à la Cop 21 en matière d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.

Auparavant, cette même convergence de vues était nette et lisible, le 12 juin 2017, à l’Élysée, lors de la première rencontre officielle entre les Présidents Macky Sall et Emmanuel Macron. Portés par une estime réciproque, puisée dans une vision commune de la marche du monde, et de destins presque identiques, les deux Chefs d’Etat avaient magnifié l’excellence des relations amicales et fraternelles existant si harmonieusement entre les deux pays et pris l’engagement résolu d’œuvrer inlassablement à leur renforcement.

Depuis cette rencontre, toutes les occasions ont permis de confirmer cette proximité et cette volonté commune d’insuffler un dynamisme nouveau à la Coopération franco-sénégalaise. Le séminaire intergouvernemental ci-dessus évoqué, dont le Sénégal est le seul bénéficiaire en Afrique subsaharienne, la quatrième édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique et les multiples rencontres interministérielles sont l’empreinte de cette relation exceptionnelle. Je suis persuadé que la visite officielle du Président Macron au Sénégal permettra d’aller plus en profondeur sur les moyens d’une émergence durable du Sénégal dans un partenariat gagnant-gagnant avec la France.

Le Sénégal et la France sont liés par de nombreux accords bilatéraux. Quels en sont les plus importants et pourquoi ?
Tous les accords sont importants et déblaient tous des pans importants de notre coopération exemplaire. Le cadre juridique entre le Sénégal et la France comprend près de 70 accords dans des domaines aussi variés que la formation professionnelle, la promotion et la protection des investissements, la marine, l’enseignement supérieur, l’échange de jeunes professionnels, le co-développement culturel et cinématographique, la protection de la nature et de l’environnement, la gestion concertée des flux migratoires et la facilitation en matière de télécommunications.

Pour donner suite à votre question et en tenant compte de l’actualité de notre partenariat, j’invoquerai quelques accords parmi les plus récents, notamment ceux signés lors de la visite d’Etat du Président Macky Sall en décembre 2016. Il s’agit de protocoles ou conventions pour le financement, la réalisation, l’exploitation et la maintenance du Train express régional ; la protection du littoral et l’efficacité énergétique ; l’acquisition et l’installation d’un supercalculateur ; les hydrocarbures avec Total pour l’offshore profond et l’Institut national du pétrole et des énergies nouvelles pour la formation. La culture n’est pas en reste avec l’acte signé entre le Musée Quai Branly Jacques Chirac et le Musée des civilisations noires du Sénégal, ainsi qu’entre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du Sénégal et le Conservatoire national des arts et métiers de Paris.

J’ajoute la convention de financement entre l’Agence française de développement (Afd) et la République du Sénégal concernant le Projet d’appui aux initiatives de développement local, économique et social et d’accompagnement des investissements productifs au Sénégal de la diaspora qui permet d’assister cette frange de la population à l’extérieur dans la réalisation de projets modernes épousant les technologies durables de dernière génération.

La seule limite à cette embellie est la négociation laborieuse en cours sur les prestations familiales, les branches vieillesse et maladie, la question de l’unité du foyer fiscal et la carte résident pour retraité. Nous pensons qu’avant la fin de l’année en cours, l’accord qui avance bien sera signé.

La diplomatie économique est au cœur des préoccupations du Président Sall. Quel bilan détaillé des activités des différents bureaux économiques dans les quatre grandes représentations nationales sénégalaises en France ?
Votre question est très pertinente et correspond parfaitement à la vision que le Président Macky Sall a voulu imprimer à notre diplomatie économique qui doit être cohérente, en mouvement et impliquer tous les acteurs. En effet, même s’il n’y a qu’un bureau économique qui est logée au sein de l’ambassade du Sénégal à Paris, la promotion économique du Sénégal est en position centrale dans le mandat et les attributions des différents consulats généraux à Paris, Marseille, Bordeaux et Lyon.

Il est constant que la France est le premier investisseur au Sénégal et notre premier partenaire commercial. C’est également dans la capitale française que s’est tenue, en février 2014, la réunion du Groupe consultatif qui avait permis de mobiliser 3729 milliards de FCfa pour un objectif initial de 1853 milliards de FCfa. C’est donc naturellement que la diplomatie économique sénégalaise y occupe une part prépondérante allant de l’accompagnement d’entreprises françaises à s’installer au Sénégal, à la participation active à des salons, fora, foires et conférences, en passant par des visites d’entreprises ou l’organisation de Journées du Sénégal dans toute la juridiction avec le soutien et l’implication de la diaspora.

A titre d’exemple, l’ambassade a co-organisé la première édition de la journée du Port autonome de Dakar et la Journée du Sénégal consacrée à la promotion des investissements touristiques et aériens. De tels évènements ont été également organisés à Marseille et Lyon. Au total, plus de 20 rencontres économiques ont été tenues et ont entrainé une dizaine de projets réalisés.

Par ailleurs, l’ambassade apporte son assistance aux hommes d’affaires sénégalais souhaitant nouer des partenariats en France ainsi que les collectivités locales dans la coopération décentralisée et les membres du Gouvernement régulièrement invités en réunion.

Ainsi, le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan a été l’invité d’honneur des « Rencontres Africa 2016 », le ministre chargé du Pse est régulièrement invité à l’Ocde et, récemment, le ministre de l’Agriculture a été l’hôte de marque de l’Académie de l’agriculture de Paris. Le séjour de ces hautes personnalités est une excellente occasion de montrer les performances réalisées par notre pays et la pertinence du Plan Sénégal émergent (Pse) si cher au Chef de l’État.

Nous sommes actuellement heureux de constater que les organisateurs des grandes rencontres économiques à Paris s’échinent pour obtenir une participation des autorités sénégalaises ; ce qui fait notre fierté. Car au-delà des qualités intellectuelles de nos leaders, la situation économique du pays est caractérisée par une embellie incontestable qu’il est aisé de promouvoir.

Je voudrais terminer en souhaitant plein succès au Sommet pour la reconstitution des fonds du Partenariat mondial pour l’éducation que Dakar abrite le 02 février 2018 et qui, certainement, permettra d’apprécier les immenses efforts consentis par le Chef de l’État pour la création d’universités, de lycées et collèges, pour éradiquer les abris provisoires, dans un élan de moderniser les établissements avec l’Internet, le haut débit et le wifi, jusque dans les coins les plus reculés du Sénégal.

Je prie ardemment et forme le vœu que la visite officielle du Président Macron au Sénégal soit marquée du sceau de la « Téranga » sénégalaise, de l’amour et du respect réciproque que se vouent les peuples sénégalais et français.

Propos recueillis par Moussa DIOP

La communauté française, toutes origines, racines et parcours confondus, est bien intégrée dans le tissu sénégalais.

25 000. C’est le nombre de Français établis au Sénégal. 20 000 sont exactement inscrits aux registres consulaires. Ce chiffre, en augmentation constante, ne prend pas compte les nombreux Français de passage au Sénégal comme les hommes d’affaires et les touristes. « Il s’agit véritablement de la première communauté française de l’Afrique sub-saharienne », précise le consul général de France à Dakar. Olivier Serot Almeras fait remarquer par ailleurs que « 50 % des Français inscrits au Consulat de France » sont des binationaux. C’est un chiffre qui entre dans un contexte bien particulier. En effet, la communauté française, toutes origines, racines et parcours confondus, est « remarquablement bien intégrée » dans le tissu sénégalais. Deux facteurs, selon Olivier Serot Almeras, expliquent ce solide ancrage au Sénégal. D’abord, dit-il, il y a trois siècles d’une histoire commune avec ses évolutions, ses rebonds et ses cercles concentriques. Ensuite, l’amour qu’ont les Français de la terre du Sénégal. « Un Français qui arrive ne s’installe pas par hasard au Sénégal. Il y vient pour nourrir un projet et développer un lien », poursuit le consul général de France à Dakar. Aujourd’hui, rappelle-t-il, il y a toute une génération de Français ou de Franco-Sénégalais élevés en France, éduqués en France et qui rentrent au Sénégal afin de participer au développement et à la croissance de leur pays d’origine. Ces Français qu’Olivier Serot Almeras qualifie de « courageux, volontaires et passionnés ». La très grande majorité de ces Français vit dans la région de Dakar. On les retrouve aussi le long du littoral, à Saint-Louis, à Podor à Kédougou et à Mbour. Plus précisément à Saly, zone balnéaire, qui se positionne pour être le premier abri des Français au Sénégal. On y a recensé près de 2.000 Français. Un nombre qui ne cesse de croître. « Notre communauté établie à Saly croît de façon significative, pour avoisiner les 2.000 personnes, dont bon nombre de retraités, qui ont fait le choix de la douceur de la Teranga », confie le diplomate Almeras. Saly bénéficie ainsi de l’appel d’air opéré par l’ouverture de l’Aéroport international Balaise Diagne (Aibd) et du prolongement de l’autoroute.

« Le maillage de la communauté française sur le territoire sénégalais s’explique assez facilement par la diversité des secteurs professionnels dans lesquels elle opère, de l’industrie aux services - je pense ici au tourisme, très en pointe, avec son volet écologique et durable - en passant par l’agronomie et l’éducation », détaille le consul Olivier Serot Almeras qui salue « le courage, le volontarisme et la passion » de ces Français. Tous, dit-il, participent à cette grande dynamique de mobilité croisée entre nos deux pays, « que nos autorités appellent de leurs vœux ».

Abdoulaye DIALLO

Aïda est Sénégalaise alors que Marc est Français. Ils sont ensemble depuis 7 ans, après une rencontre dans un restaurant des Almadies. Leur histoire est loin d’être un conte de fées, mais ce couple mixte atypique avance la tête haute non sans fierté.

« Ça dégouline d’amour, c’est beau », mais cette fois-ci, c’est supportable. Ce n’est certainement pas que pour le plaisir de danser à contretemps des refrains répétitifs de la chanteuse Anaïs.

L’histoire d’amour du couple mixte entre Aïda Diouf Liance, Sénégalaise, et Marc Liance, Français, a quelque chose de saisissant. « Des défauts ? Mais ma femme n’en a pas. Elle est parfaite », sourit Marc. Quand Aïda en trouve un à peine pour son homme : « Marc est un très grand râleur. Il rabâche sur l’insalubrité de Dakar, le manque de civisme des gens dans la rue, les embouteillages de Dakar ». Pourtant, ce chef d’entreprise est installé au Sénégal depuis fin 2004. « La situation chaotique de la Côte d’Ivoire où j’étais installé depuis 1999 ne me permettait plus d’y rester, renseigne-t-il. Cela ne fait pas plaisir quand on est recherché par des personnes armées de coupe-coupe ».

Ne pas s’habituer aux embouteillages dakarois n’est pas symbolique du caractère de Marc Liance. L’homme de 58 ans, qui ne fait pas son âge « grâce à la pratique du tennis », n’est pas du genre compliqué. « Il ne fait pas le difficile en nourriture, par exemple. Il mange tous les plats sénégalais et son fromage qui pue », plaisante Aïda. Leur union est « plus forte que les différences culturelles » entre le Titi parisien et la dakaroise pure souche, fille adoptive de Charles Antoine Ndiaye, musicien de l’Orchestra Baobab, le second époux de sa mère. A 35 ans, Aïda garde en elle le caractère touchant des gens timides mais qu’il ne faut pas trop embêter, alors que Marc a l’exubérance, l’empathie et le sens de l’écoute qu’on retrouve parfois dans une brasserie de la Place de Clichy à la sortie des bureaux. Mais l’enfermer dans un certain parisianisme ne serait pas juste. « Même si je viens de Paris, ma mère est métisse martiniquaise, j’ai beaucoup voyagé. Mon père travaillait dans les chemins de fer », rappelle Marc pour mieux s’inscrire dans l’ouverture à l’autre.

Transcender les différences
Si le couple reconnaît volontiers des aspects similaires dans leurs deux cultures, Marc admet l’existence de problèmes : « Les couples mixtes sont souvent confrontés au racisme. A la longue, cela ne nous atteint plus trop. Heureusement qu’il y a des gens qui nous aiment », se console le Français dans un sourire.

Mais il leur a fallu du temps pour conquérir les cœurs. « Il y a des gens qui ne conçoivent pas bien notre couple, assure Aïda. Quand je disais « bonjour », à notre arrivée au quartier Hann Marinas, ça pouvait mal se passer. Mais maintenant, on y est bien intégré avec de bons rapport avec le voisinage ». Aïda et Marc ont opté de vivre à Dakar qui est « ouvert sur le monde », « stable », avec « des infrastructures de bonne qualité notamment au niveau d’Internet et des communications téléphoniques », énumère Marc qui est également consultant ferroviaire dont certains clients sont établis à l’étranger. « On préfère également le Sénégal pour la qualité de vie. Il y a une notion de services. Par exemple, au supermarché, on est aidé pour faire les courses. Alors qu’en Europe, il y a une solitude absolue sur tout ».

En matière de religion, Aïda est musulmane, Marc « croit en Dieu » mais le couple préconise la tolérance religieuse des deux côtés. « J’espère que le rôle des Mourides, des Tidianes et de l’Eglise va continuer au Sénégal.

Ce sont des garants de la tolérance religieuse sénégalaise ». Les couples mixtes ne sont pas un îlot dans le grand océan de nos sociétés où le taux de divorce augmente. « Dans notre entourage, il y a d’autres couples mixtes, précise Aïda. Cela se passe bien dans l’ensemble mais les problèmes font partie de la vie.

Ma sœur ainée est mariée à un Français. Ce n’était pas du tout mon rêve de jeune fille ». C’était avant de rencontrer Marc qui voit en la visite de Macron une bonne chose car « il doit y avoir des accords de coopération entre le Sénégal et la France dans le domaine ferroviaire et la sécurité ». Ce qui laisse Aïda sans réaction. « Je ne m’intéresse que très peu à la politique », murmure-t-elle en baissant le regard.

M. DIOP

« Le  seul problème entre  le  Sénégal et la  France, c’est qu’il n’y a pas de problème », a déclaré le Président Sall. L’année de son élection a, en effet, marqué le début d’une période de plus grande sérénité dans les relations franco-sénégalaises et a renforcé la coopération entre les deux pays. Par cette boutade, le Président sénégalais résumait la longue histoire des liens économiques, politiques, culturels et militaires entre la France et le Sénégal, la tradition établie d’élections compétitives et de démocratie participative et le développement d’une véritable culture politique nationale qui fondent la nature distincte de ce qui est appelé « l’exception sénégalaise ».

Cette exception sénégalaise est définie par la place particulière occupée par le Sénégal dans les relations franco-africaines au sens large et, plus particulièrement, par la représentation du Sénégal comme modèle de démocratie et de stabilité en France comme au Sénégal. L’arrivée des premiers Français au Sénégal est datée en 1364 et le Palais Bourbon avait compté en son sein les députés sénégalais Blaise Diagne, Galandou Diouf, Lamine Guèye et Léopold Sédar Senghor. Le Sénégal est un pays modèle en Afrique de l’Ouest et sur le continent, un Etat démocratique, stable, sûr, en pointe sur la scène diplomatique internationale. Le pays répond toujours présent  et se montre un partenaire déterminant pour promouvoir les valeurs de paix, de justice universelle et de stabilité, garantir la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale, prôner le règlement pacifique des différends ainsi que la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats. Il est aussi salué comme acteur influent au sein de la Cedeao et de l’Ua, comme contributeur mondial de troupes de l’ONU, comme brillant président du Conseil de sécurité en novembre 2016 lors d’un troisième mandat, comme représentant du Nepad au G7 et au G20, entre autres. Le Sénégal est également présent sur le front de la COP 21 et 22 pour réfléchir sur l’économie ouverte ou pour défendre le patrimoine culturel menacé à la conférence d’Abou Dhabi.

Les relations entre la France et le Sénégal transcendent les personnes qui incarnent la tête des deux pays. Après plus de trois siècles de relations ininterrompues, la France et le Sénégal n’ont pas cessé d’entretenir des rapports très étroits après l’indépendance. Les deux pays ont une tradition de coopération multiforme dans les deux sens, et les courants d’échanges humains et matériels sont constants. Des liens postcoloniaux très forts entretenus par le Président Léopold Sédar Senghor et renforcés par ses successeurs Diouf, Wade et Macky Sall. Mieux, les Sénégalais revendiquent cette proximité et ces relations d’amitié exceptionnelles. Au plan politique, les responsables, y compris à un haut niveau, se rencontrent de manière fréquente et régulière. A cet effet, le Sénégal est le seul pays en Afrique subsaharienne avec lequel la France tient, chaque année, alternativement à Dakar et à Paris, un séminaire intergouvernemental.

Un pays attractif
Alors oui, il est normal que la France reste le donateur bilatéral majeur et le plus important investisseur étranger au Sénégal même si, depuis quelques années, on observe un net recul de la France au Sénégal au profit de pays émergents comme la Chine ou la Turquie. Désormais, le temps est révolu où les entreprises et les dirigeants français, occupés à l’Europe et l’Asie, minimisaient le potentiel de l’Afrique, qui était en réalité devenu un continent d’avenir où la croissance ne cesse de monter et où beaucoup de besoins, notamment technologiques, restent à combler.

Le potentiel du Sénégal, un pays sûr, stable, démocratique, doté d’importantes ressources humaines, bien formés, rayonnant sur la région et le continent exerce une véritable attraction. Le marché sénégalais est attractif et concurrentiel. Une attractivité très vite comprise et intégrée par des pays émergents comme la Chine ou la Turquie, qui se sont davantage investies en Afrique et au Sénégal. Aujourd’hui, la concurrence est naturellement forte, une aubaine pour le Sénégal, pour l’emploi et pour la croissance, pour l’économie sénégalaise. Il est légitime et souhaitable que d’autres pays que la France s’intéressent au marché sénégalais et investissent au Sénégal.

« Politique du couloir »
L’Afrique et le Sénégal ont besoin de tous les investisseurs, qu’ils viennent de la Chine, de la Turquie, du Maroc, de l’Arabie Saoudite ou encore de l’Inde, mais aussi de la France, de l’Union européenne, des Etats-Unis. Oui, les entreprises françaises continuent à jouer un rôle important, même dans un paysage économique diversifié avec de nouveaux pays, notamment l’Inde, la Chine, les pays du Proche-Orient et les Etats-Unis. Le Sénégal peut se féliciter d’attirer les investisseurs et les investissements étrangers au Sénégal. Cela signifie que ces pays ont confiance dans la stabilité, la démocratie et l’avenir du Sénégal.

Cependant, dans cette économie globalisée, les entreprises françaises gardent un avantage : elles sont là dans la durée, connaissent le Sénégal depuis fort longtemps, sont compétentes et fiables, contribuent à 25% de la fiscalité sénégalaise et emploient presque que des Sénégalais. L’Afd par exemple est présente dès 1942 et ses engagements envers le Sénégal s’élèvent à 5% de son Pib. Mais le marché sénégalais est ouvert et n’est pas l’exclusivité de la France. C’est le cas du port de Dakar resté sous le contrôle de Dubai Port Authority. L’essentiel pour le Sénégal est de s’assurer que toutes les entreprises, françaises y compris, respectent les règles sociales, environnementales et fiscales. Il existe un réel avantage à ce que la France et le Sénégal travaillent ensemble lorsque leurs idées convergent. C’est le cas notamment à l’Onu, lorsqu’il s’agit de soutenir des résolutions ou des décisions qui sont dans l’intérêt des deux pays. Même s’il n’existe pas de coopération systématique entre la France et le Sénégal dans les discussions multilatérales, il est habituel pour le Sénégal de s’aligner sur la position des pays occidentaux. Mais soyons clairs : cette convergence diplomatique résulte davantage de la « diplomatie de couloir » que d’instructions de leur gouvernement depuis Dakar et Paris. C’est également le cas lorsque, dans une organisation multilatérale comme la Cedeao dans laquelle la France, sans en être membre, défend un intérêt. La France y pratique alors une « politique du couloir » auprès des Etats membres francophones pour obtenir leur appui sur des questions précises.

Et surtout, il est important, dans un contexte de menaces asymétriques et de terrorisme djihadiste à notre porte, que notre pays soit le premier bénéficiaire de la coopération structurelle de défense et de sécurité. Les éléments français au Sénégal (Efs) constituent, à Dakar, un « Pôle opérationnel de coopération » (Poc) à vocation régionale. Trois cent cinquante (350) soldats français forment chaque années 3.000 soldats sénégalais, ainsi que des soldats d’autres pays africains de la région. Il est particulièrement important que le Sénégal et la France travaillent ensemble pour aider le Mali à mettre en œuvre l’accord de paix. Depuis 2012, le Sénégal et la France agissent ensemble au Mali où les deux pays avaient répondu, sans délai, à l’appel de Dioncounda Traoré, président intérimaire de l’époque, pour bloquer l’avancée des terroristes vers le Sud du pays puis prendre l’ascendant sur eux. De cette présence, le Sénégal est tombé d’accord avec la France sur un renforcement, dès le premier trimestre de 2017, de sa contribution en hommes à la Minusma. Les « Jambars » sénégalais sont déployés en force de réaction dans le centre du Mali. Tout comme il est important, pour le bon voisinage du Sénégal, que la France se soit engagée à assister la Gambie à se stabiliser et à engager de véritables réformes, dont celle du secteur de la défense. A cette occasion, la convergence de vues exprimée d’une même voix par le Sénégal et la France au Conseil de sécurité de l’Onu et à la Cedeao a été décisive sur le règlement rapide de la crise qui menaçait aux frontières du Sénégal, compte tenu du contexte de la rébellion séparatiste alliée au dictateur de Banjul.

Tout comme il est dans l’intérêt du Sénégal et des autres pays limitrophes du Mali de coopérer avec la France dans le cadre de la bannière de l’Onu sur les questions de sécurité, de lutter ensemble contre le terrorisme et les terroristes en vue de stabiliser le pays frère du Mali englué dans une crise politique et militaire sans fin. Les deux pays ont également coopéré en Guinée-Bissau en raison d’intérêts partagés.

Chacun des deux pays continue de former une part importante des relations extérieures de l’autre, avec des visites ministérielles régulières dans l’un et l’autre des pays. La plus grande ambassade de France en Afrique subsaharienne est à Dakar et, traditionnellement, le Sénégal envoie un de ses plus hauts diplomates à Paris.

Dié Maty FALL

L’exploitation du zircon n’a pas encore démarré dans les sables mouvants de Niafrang puisque les populations s’y opposent et manifestent de plus en plus pour des études sérieuses sur son impact sur l’écosystème. Selon elles, cette activité présente des risques de disparition de la mangrove, des produits halieutiques, et constitue une menace pour leur existence. D’où leur incompréhension dans une zone pourtant classée « Aire marine protégée ». A les en croire, la dune à exploiter protège les rizières et les habitations et sert également de digue naturelle contre l’avancement de la mer et l’érosion côtière.

Niafrang est situé entre Diouloulou et Kafountine, en retrait un peu de la route nationale qui les relie. Une fois arrivé au village de Bandjikaky, on emprunte une bifurcation, lieu choisi par les conducteurs de moto « Jakarta » pour y installer leur gare routière. Et comme les véhicules ne prennent pas cette direction, les voyageurs ralliant ce bled sont obligés de descendre pour ensuite monter à bord de ces engins à deux roues. Et avant d’y parvenir, une vraie odyssée commence à travers une route rouge ocre, poussiéreuse, faite en latérite et minée par de nombreux dos-d’âne à chaque deux cents mètres presque et souvent dangereux. Au cours du voyage, nous traversons le village de Kabadio, celui-là réputé célèbre pour le repos des victimes du bateau le « Joola ». Ce cimetière situé à la sortie des habitations, dans une zone pleine d’arbres ombrageux qui décorent la végétation forestière. Le reste du parcours pour regagner notre destination doit se faire sur un sentier pas encore inscrit dans l’agenda du Programme d’urgence et développement communautaire (Pudc), domaine de prédilection des charrettes et autres transports ruraux. Après quelques minutes d’arrêt d’observation et de recueillement pour les victimes ci-gît, l’aventure se poursuit sous un air doux découlant du vent de la mer.

Situé dans la commune rurale de Kafountine, au Nord du département de Bignona, ce beau village ressemble à une presqu’île. Il est juché au bord de la mer à l’Ouest, limité au Nord la Gambie, au Sud par Abéné et à l’Est par Kabadio. Si proche, si loin, Niafrang qui demeure enclavé et repoussé aux confins d’un océan qui l’empêche de s’étendre, se pointe à l’horizon. Les pilons et autres bruits des habitants résonnent à peine. Nous sortons des sentiers battus de la forêt de Kabadio et apercevons une rizière reliée par un petit pont et les premières maisons. Et sur l’entrée principale, se trouve une église, au milieu d’une place publique avec des arbres à palabres. Celle-là dont la cloche a servi d’alerter les populations lorsqu’il s’est agi de les mobiliser pour arrêter le début d’exécution des travaux d’exploitation du zircon.

A Niafrang, la plupart de la population provient des îles Karones en Casamance qui, à force d’exode rurale en quête de nourriture, ont fini par s’installer il y a presque près d’un siècle. C’est un petit village où vivent cinquante âmes dans une harmonie parfaite. Il y a les familles Coly, Diabang, Sadio, Diassy, Mané, etc. Les populations vivent d’agriculture, de pêche et de cueillette. Le chef de village, Amaye Sadio, alerté par notre visite, nous accueille dans une ambiance conviviale malgré son âge et son état de santé qui n’est pas des meilleurs. C’est son petit frère Frédéric Momo Sadio qui reprenait ses paroles. « Nous vivons dans la paix et la concorde dans ce village. Tous les sujets qui surviennent sont soumis à discutions au sein de la population », dit-il.

Un reportage de Cheikh Malick COLY

SAUVEGARDE DE L’ÉCOSYSTÈME
Niafrang NonUne visite guidée par le président du Comité de lutte contre l’exploitation du zircon et le président de la jeunesse de Niafrang a permis de voir le périmètre qui est la cause du litige entre les populations et la société exploitante. Ousmane Sané, président du Comité de lutte contre l’exploitation du zircon et Michel Coly, président de la jeunesse, nous conduisent afin de constater sur le terrain les effets que pourrait induire l’exploitation du zircon. Ces deux responsables gardent espoir que leur combat pour un développement harmonieux de la zone sera bien soutenu par les pouvoirs publics et les personnes de bonne volonté qui participent aux initiatives de la sauvegarde de l’écosystème. « Cette partie-là en hauteur est censée arrêter l’avancée de la mer contre le village qui est dans le bas-fond », explique le jeune exploitant d’un campement touristique sur les abords.

Quand on quitte le village pour la mer, et avant de voir l’océan, s’érige une montagne, c’est cette bande dunaire ciblée pour être affaissée. On monte et on descend. « Voyez les rizières, quand tu viens, tu montes et puis tu descends; donc jusqu’à Diouloulou, c’est un bas-fond », explique M. Sané, selon qui « la mer avance, zircon ou pas, l’eau progresse vers les habitations ». Ainsi à l’en croire, il faut penser à mettre des digues pour éviter d’autres catastrophes. La plage perd de plus en plus sa surface, engloutie par les eaux qui gagnent du terrain. « Si on rase cette partie à la recherche de zircon, on fait un boulevard ouvert à l’eau qui va remonter facilement pour gagner le village », raconte-t-il.

Entre cette dune et le village, se trouvent des rizières qui permettent une activité agricole comme unique survie de ces populations. Et comme en Basse Casamance, la culture du riz est le moteur de la vie des populations. Ces dernières n’entendent pas compromettre ces vastes surfaces rizicoles qui les stabilisent dans leur fief rural face à une émigration de plus en plus pressante chez les jeunes. Et, selon nos sources sur place, c’est même toute la partie ouest, du Nord au Sud de la Casamance, où l’on retrouve la présence du zircon.

Conscientes de la menace sur les changements climatiques, les populations demeurent sur le qui-vive et entreprennent des actions pour faire face à l’avancée des eaux de l'océan. Ousmane Sané soutient ne pas être un scientifique ni un géologue, mais sa présence depuis les années 90 permet de percevoir les effets néfastes qu’un tel projet entraîne. « Il y avait un pont dans les années 90 qui permettait de traverser pour aller de l’autre côté, mais vous avez vu, il s’était affaissé car l’eau a tout pris, il a été submergé », affirme-t-il. Aujourd’hui, ce pont qui permettait aux populations de se rendre dans les bolongs pour cueillir les huitres et autres produits de pêche artisanale a disparu. On y voit que les mouvements des vagues très fortes de l’océan. Le risque est grandissime et personne ne peut s’aventurer. Car en marée haute ou basse, on ne peut traverser pour se retrouver de l’autre côté. Autre beau rêve de développement des populations, c’est l’essor du tourisme sur la zone côtière. Quelque cinq campements ruraux fonctionnent sur place. Ce qui permet à quelques jeunes du village de trouver une activité lucrative évitant le syndrome de l’exode rural ou l’émigration vers d’autres eldorados. Les petits hôtels, les rangées de filaos qui existaient ne sont plus qu’un mauvais souvenir pour les populations qui continuent de subir les affres de l’avancée de la mer.

Une végétation de mangroves alignée sur une bande ne constitue que le seul rempart de protection pour tout ce qui reste de la terre avant les dunes à polémique. « Nous pensons que les pouvoirs publics pourraient aider à un développement endogène de ces zones riches en matières premières pour aider les jeunes à rester sur place et non abandonner leur localité d’origine pour aller souffrir ailleurs », s’émeut-il. Seulement, s’interroge-t-il, ces zones ne contiennent que de zircon qui serait exploité pour une durée de cinq ans et puis c’est fini ? Il ne reste qu’un bolong qui jouxte les dunes à zircon.

Cheikh Malick COLY

UN VILLAGE NICHÉ DANS LES BAS-FONDS
La zone d’exploitation est une dune qui fait face à la mer comme un oiseau dans le ciel surplombant l’océan. Si l’on se met sur le site, on aperçoit à perte de vue la surface plane des eaux et les mouvements ondulatoires sans cesse des vagues. Pour le petit frère du chef du village, le sujet sur l’exploitation du zircon est un problème qui dérange tout le monde.

Frédéric Momo Sadio admet que les populations souffrent même d’une peur énorme comme au temps des moments durs de la rébellion dans cette partie de la Casamance. « On ne veut même plus parler de zircon et on compte sur la raison d’exploitabilité d’un tel projet avec des personnes qui prennent en compte l’intérêt des populations », déclare le frère cadet du chef de village.
Si l’on en croit les populations trouvées sur place, le village de Niafrang niché dans les bas-fonds n’a que ça comme protection contre la menace de la mer qui ronge peu à peu le continent.

Cette zone longue de 6 km et large de 150 à 200 m par endroit va de Katong en Gambie à Abéné au Sénégal, en passant justement par Niafrang. Elle concerne les communes de Kafountine, de Diouloulou et de Kafountine qui restent unies pour défendre leur écosystème. Notre visite des lieux sur place nous permet de découvrir effectivement que la menace de l’érosion côtière est bel et bien réelle. « Nous aimerions que des experts de l’Etat viennent ici, en même temps que les fils de la Casamance pour s’enquérir de la situation, car il y a trop de bruit, alors que nous voulons préserver notre vie » a-t-il encore soutenu. Si l’on en croit Momo Sadio, ancien ouvrier à Dakar, avant de revenir au bercail, le débat reste très pollué et dégradé sur l’exploitation ou non du zircon.

« Voilà encore qu’on nous instaure un débat politique avec des intérêts cachés derrière, alors qu’on n’est pas en mesure de bâtir des maisons solides, ni assurer notre survie », s’exclame-t-il.

Cheikh Malick COLY

PROMOTION DE L’AUTO-DÉVELOPPEMENT
Mais, pour le moment, c’est une zone qui connaît une activité économique avec des partenaires extérieurs. « Tout ce que nous avons ici, c’est avec nos partenaires français, hollandais, norvégiens, qui nous ont apporté quelque chose », renseigne M. Sané.

A part ça, le président du Comité de lutte salue l’effort des populations à faire de l’auto-développement la clé de voute de leurs actions. « Il n’y a rien qui nous a été servi, même l’école du village, c’est nous qui l’avons construite et équipée en matériel, avec une salle informatique, grâce à l’appui de nos partenaires. Nos enfants ont leur ordinateur, pas un franc de l’Etat, à part les deux enseignants qu’il nous a envoyés. Nous achetons même la craie pour l’école, les livres, les tables-bancs, avec deux classes, nous sommes parvenus à en faire l’une des plus belles écoles du Sénégal », révèle-t-il. Selon le président de ce Comité de lutte, les habitants vont tout perdre avec l’exploitation de cette mine. « Ce ne sont pas les infrastructures touristiques qui vont en pâtir, car elles seront indemnisées et délocalisées ailleurs. Mais le gros souci, ce sont les habitants qui vivront le calvaire, si ce n’est la disparition des villages », clame M. Sané. Il estime qu’il y a lieu de regarder les rizières, les plantations et les populations elles-mêmes dont les maisons seront submergées ou inondées par les eaux de mer. « Les exploitants de campement sont les victimes directes, mais les victimes indirectes qui sont les populations vont ressentir les conséquences des années plus tard, que vont-elles devenir ? », se demande ce responsable.

Les villageois de Niafrang demandent qu’une commission d’études indépendante sur l’impact environnemental soit mise sur pied pour étudier les risques que l’exploitation du zircon induirait sur le village et sur la zone. « Exploiter le zircon et, après cinq années, on nous met dans des problèmes; on ne veut pas de cette situation », fustige-t-il. Dans la perspective de la constitution de ladite commission, le président du Comité de lutte rassure déjà que leur partie a fini de préparer les personnes ressources devant les représenter. « Il y a des professeurs spécialistes, des scientifiques qui ont leurs compétences et leurs connaissances pouvant faciliter leur intégration », s’est-il confié. A en croire les populations, l’Etat a les moyens de mener une étude sérieuse sur l’exploitation du zircon dans cette zone. Elles entendent accepter si les résultats s’avèrent concluants sans conséquence aucune sur leur vie. « Si, après cette étude, on ne trouve pas de conséquences ni de risques, nous l’acceptons, c’est bien là notre dernière position », a déclaré notre guide des lieux Ousmane Sané, président du Comité de lutte du zircon à Niafrang. Les membres du comité avaient d’ailleurs organisé des marches de protestation le 10 septembre à Ziguinchor, Dakar, Paris, Barcelone, Madrid, Canada, avec à la clé un mémorandum envoyé au président Macky Sall pour une autre étude environnementale indépendante. Il faut noter que le forum sur l’exploitation du zircon prévu dans la zone n’a pu finalement se tenir du fait de la tension qui couvait au sein des populations de la zone. Et, selon Ousmane Sané, il n’y a jamais de problème de communication comme certains ont pu le faire croire. Seulement il insiste sur la rétention d’informations par des gens, surtout hommes politiques qui font croire au chef de l’Etat qu’il y avait une mésentente. « Il y a eu deux audiences publiques qui ont été organisées à Kabadio en 2011 et 2015. Parce qu’un tel projet nécessite la connaissance des positions des populations. Si elles veulent et pourquoi elles ne veulent pas », confie le président du Comité de lutte.

Pour cela, le président du Comité de lutte à Niafrang crie ainsi à la corruption orchestrée et l’achat de conscience par de soi-disant enquêteurs pour obtenir ce qu’ils voulaient sans que la majorité des populations ne sache réellement les tenants et les aboutissants du projet. « Ce projet n’a jamais été validé par la municipalité, quand nous rencontrions le gouverneur pour parler de ces informations. L’enquête n’a pas été entérinée par le Conseil municipal de Kafountine, ni par le Crd du Conseil municipal, tout est loin de la vérité et c’était facile de vérifier toutes ces allégations », soutient fermement M. Sané. Et selon notre interlocuteur, le président Sall a demandé à son ministre des Mines de « résilier le contrat dans la même semaine entre Astron et le gouvernement ».

Cheikh Malick COLY

« NOUS AVONS ENTREPRIS UNE ACTION EN JUSTICE CONTRE L’ETAT »
«Nous avons entrepris une action en justice contre l’Etat, parce que sur le plan administratif, ici la zone est une aire marine protégée. Et comment un arrêté ne peut aller à l’encontre d’un décret qui érige la zone en aire marine protégée et c’est un arrêté qui a donné autorisation d’exploitation et autorisation d’exploration, il y a là vice de forme. Du coup, l’enquête publique ne peut valider un projet au-delà de ça », précise-t-il. Ousmane Sané se dit serein tout en soulignant que les populations se sont mobilisées au plan juridique. Ce n’est pas un refus de développement, comprenons bien », assure-t-il.

Même s’il ajoute ne pas savoir dans quel état cette société va laisser l’écosystème. «Il va tout déboiser pour une durée de 3 à 5 ans et le zircon n’est pas pour nous, mais pour l’extérieur.

Qu’est-ce que nous avons à y gagner ? », se demande le représentant des populations. M. Sané dit avoir une expérience sur l’exploitation du zircon en Gambie. Selon lui, cette activité ne crée pas d’emplois. « On y a été voir, il n’y a que deux emplois. Un gardien le jour et un gardien la nuit, le reste est constitué d’ingénieurs qui s’activent. Si on n’est pas ingénieur, on ne fait pas partie des exploitants », relève-t-il, soulignant que tout est informatisé pour ne pas concerner les populations. « Autrement dit, il faut décaver avec un tracteur, alors qu’on n’a pas de conducteur chez nos populations, après tout ce qui se passe dans une drague, une machine… Ce n’est pas du tout facile et elle ne crée pas d’emplois », informe-t-il. A l’en croire, les populations locales n’ont rien à y gagner. Même s’il doit y avoir de l’argent, c’est la commune de Kafountine qui en bénéficiera pour plus d’une vingtaine de villages.

La Basse Casamance doit sa popularité grâce à son environnement propice à un développement tous azimuts. Les experts évoquent une zone fertile à de multiples activités qui stabilisent et même attirent les populations. Ainsi le président de la jeunesse de Niafrang pense à l’avenir des enfants du village qu’il est censé représenter. Selon Michel Coly, le langage est le même, sans exclure une partie qui défie leur combat. « Cette activité ne résout pas le problème majeur des jeunes qui est le chômage, et qui ne pensent qu’à émigrer pour aller chercher des conditions de vie meilleures », dit-il. Selon lui, déjà ils ont pris le chemin de l’exode par manque d’initiatives de développement dans la zone, alors que leur rêve consiste à s’investir avec des projets durables.

I Diaw Ingenieur

Le représentant de la jeunesse souhaite l’abandon du projet et suggère la mise sur pied d'activités de développement durable. « Imaginez-vous, les jeunes signent des contrats à l’ouverture de la saison touristique avec les campements ici présents et ils sont contents. Cela leur permet de rester sur place puisqu’ils gagnent leur vie avec cette activité. Voilà le type de travail qui ne demande pas de gros investissements que nous demandons à l’Etat et aux partenaires », affirme-t-il. Michel Coly évoque un projet dont les conséquences seront désastreuses. Lui qui fut réfugié en Gambie lors des moments douloureux dit profiter de l’accalmie pour signer son retour dans son village natal. « Je préfère rester réfugié en Gambie que de revenir ici pour vivre un autre calvaire dans mon village avec de tels projets», se désole-t-il.

C. M. COLY

« C’EST JUSTE DE L’INTOXICATION », SELON L’INGÉNIEUR IBRAHIMA DIAW
Le site du zircon de Niafrang se situe sur un espace dunaire de six kilomètres englobant une superficie de 180 hectares. Une capacité totale de 4,5 millions de tonnes a été prospectée.

L’exploitation de ce minerai a été confiée par l’Etat à la compagnie australienne Astron.

Si l’on en croit directeur de Harmony Group, chargé de la mise en œuvre de l’étude d’impact environnemental dudit projet, « il s’agit d’une intoxication sur le projet d’exploitation du zircon ».

Selon Ibrahima Diaw, le risque zéro n’existe pas dans toutes initiatives, mais il faudrait s’assurer que des études ont été faites et des mesures de protections ont été identifiées sur le site. « La compagnie devra contribuer aux activités de préservation de l’aire marine protégée avec la population. Elle a prévu la restitution de la mangrove par le respect d’une zone tampon constituée par la moitié occidentale de la dune et autre mesure de protection des rizières », a fait savoir l’ingénieur spécialiste des mines. Pour tout cela, il indique que « tous ces gens qui parlent ne maîtrisent pas tous les contours du projet ». L’ingénieur chargé de l’étude d’impact environnemental explique que « ces parcelles cibles d’exploitation sont délimitées par des murets. Il y a une seule famille qui vit sur la dune qui vit sur cette dune et va être délocalisée et indemnisée et, au bout de trois ans, après l’exploitation, elle va revenir pour reprendre ses activités de maraîchage », concède-t-il. Ibrahima Diaw soutient qu’il y a eu un Conseil régional et puis un Conseil communal qui se sont réunis pour donner leur consentement en vue de l’exploitation du projet. Aussi, un mémorandum d’entente a été validé par les villages concernés.

C. M. COLY

Le Japon apporte une contribution à la couverture des besoins en eau de Dakar. Il finance, à travers l’Agence de coopération japonaise (Jica), l’usine de dessalement d’eau de mer pour un coût de 135 milliards de FCfa.

L’usine de dessalement d’eau de mer figure parmi les projets de sécurisation des besoins en eau de Dakar et des centres urbains de Thiès, Mbour et la Petite côte. Cet ouvrage hydraulique est financé par l’Agence de coopération japonaise (Jica) pour un coût global de 135 milliards de FCfa. L’importance de l’ouvrage et des investissements ont motivé la visite du président de la Jica, Shinichi Kitaoka, au Sénégal. Il avait fait un tour aux Mamelles et apprécié l’emplacement de l’ouvrage qui vient consolider les relations exemplaires qu’entretiennent les deux pays. « C’est un projet merveilleux qui s’inscrit en droite ligne de la qualité des relations entre les deux nations. D’autant plus que, pour nous, le Sénégal est un pays clé en Afrique », avait souligné M. Kitaoka.

Plusieurs autres étapes ont marqué le processus. A titre d’exemple, la signature de l’accord pour le financement de l’usine entre le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Bâ, et l’ambassadeur du Japon au Sénégal, Takashi Kitahara.

Les enjeux stratégiques
L’usine de dessalement est inscrite sur le registre des ouvrages de sécurisation. Sa contribution à l’effort de la satisfaction de la demande sera de 50 000 m3/j et extensible à 100 000 m3/j. Cet apport additionnel met en relief toute la pertinence d’explorer cette source qui est à proximité de Dakar. Car si rien n’est fait, le déficit atteindrait 202 017 m3/j en 2025 et 390 888 m3/j en 2035. « Nous mettons en œuvre un plan stratégique cohérent qui devrait nous permettre non seulement de sécuriser l’alimentation de Dakar en eau mais aussi de conforter cette sécurisation à travers la diversification des sources. C’est ce qui explique l’ambition du gouvernement de construire une nouvelle usine, voire la première usine de dessalement d’eau de mer en Afrique de l’Ouest », a fait remarquer le directeur général de la Sones, Charles Fall.

L’usine revêt des enjeux stratégiques. Les principales sources d’approvisionnement en eau de la capitale sont à plus de 250 km. La panne de l’usine de Keur Momar Sarr, en septembre 2013, avait plongé Dakar dans une longue pénurie d’eau. « Il nous fallait alors trouver une source alternative. De ce fait, nous devons regarder le dessalement sous l’angle d’une réserve stratégique. C’est comme si nous avions un réservoir de 50 000 m3. En plus de cela, si nous réduisons les pertes d’eau, les économies pourront tourner aux environs d’une capacité de production équivalente à celle de l’usine de Ngnith qui est de l’ordre de 40 000 à 42 000 m3/j », avait expliqué Charles Fall. Poursuivant, il avait informé : « Cette production, cumulée aux économies d’eau d’un volume de 50 000 m3, équivaudrait à une usine d’une capacité qui oscille entre 90 000 et 100 000 m3/j ».

La réalisation de ce projet placera le Sénégal parmi les premiers pays de l’Afrique de l’Ouest qui mobilise l’eau de mer pour la consommation humaine. Mais, c’est la nouvelle tendance dans le monde. Et les pays africains, avec le croît démographique le plus important à travers le monde ainsi que les multiples usages de cette ressource, n’avaient pas d’autres options que d’emprunter la voie de la diversification de leurs sources d’alimentation. « Le dessalement, nous pouvons dire que c’est une première en Afrique de l’Ouest francophone. C’est historique pour le Sénégal. Il fallait oser, aller vers le dessalement. Et l’Etat a porté le projet ! Oui, d’aucuns soutiennent que le dessalement est coûteux. En vérité, il faudra considérer cette technologie sous un angle beaucoup plus global. Nous ne pouvons pas la résumer en termes de coût. Nous avons opté pour un système d’approvisionnement mix : le transfert d’eau sur 250 kilomètres et le dessalement d’eau de mer.

Certains pays ne font que du transfert et d’autres ne font que du dessalement », avait affirmé le directeur de la Sones dans un entretien accordé au « Soleil ».

Idrissa SANE


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