Grands Dossiers (309)

Le Japon est présent dans le secteur de l’hydraulique rurale depuis les premières années des indépendances du Sénégal. Il a construit des centaines de forages dans des villages. Aujourd’hui, le pays du « Soleil levant » a maintenu le volume de ses investissements pour ce secteur si vital pour plusieurs raisons.

Le Japon n’est pas seulement présent dans l’hydraulique urbaine. Il a construit plusieurs forages dans des contrées du Sénégal. Des centaines de villages ont étanché leur soif grâce à la coopération japonaise. Le 7 mai dernier, ce pays a réaffirmé sa volonté d’aider d’autres Sénégalais des profondeurs à avoir accès à ce liquide précieux. Cette volonté s’est traduite par la signature d’un accord de don estimé à 3,900 milliards de FCfa entre le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Bâ, et l’ambassadeur du Japon à Dakar, Takashi Kitahara. Cette enveloppe est réservée à la mise en œuvre du Projet d’approvisionnement en eau potable et d’amélioration des conditions d’hygiène en milieu rural.

Lors de cette cérémonie, le représentant-résident de l’Agence japonaise de coopération internationale au Sénégal, Ryuichi Kato, a énuméré la liste des ouvrages à construire et des équipements à acquérir. Il s’agit de forages, l’installation d’équipements, la construction de cabines, des réservoirs d’eau, des réseaux de distribution, des édicules publics et l’aménagement de dispositifs de lave-mains dans les régions de Tambacounda, de Matam et de Kédougou. Au total, 34 villages seront impactés pour une population estimée à 28 900 personnes. Parmi les autres programmes soutenus par le Japon, il y a le Projet eau potable pour tous et appui aux activités communautaires (Peptac), avec des objectifs de mise en service de 109 systèmes d’alimentation en eau potable en milieu rural. La présence du Japon dans ce secteur est ancienne. Déjà, en 1979, il a mis une enveloppe de 71 milliards de FCfa sous forme de subventions. Ces ressources ont permis la mise en œuvre de plus de 13 projets de construction de 120 forages couplés aux châteaux d’eau, l’acquisition d’équipements, la mise en place de deux subdivisions de maintenance (Sm) et deux brigades de puits et forages (Bpf). De même, dans le cadre du Programme d’urgence pour l’approvisionnement en eau afin de faire face aux changements climatiques, une enveloppe de 5 milliards de FCfa a été dégagée, pour la période 2008-2010, dans le but de servir à la réhabilitation des forages ruraux motorisés et l’achat d’équipements d’exhaure et de pièces pour les camions et les pick-up, de pompes, de kits d’outillage. En somme, l’apport du japon a été précieux dans l’amélioration des indicateurs à travers le Programme d’eau potable et d’assainissement du millénaire (Pepam).

I. SANE

Formation des formateurs, appui au Centre de formation professionnelle (Cfpt), définition des filières de formation, etc. La coopération sénégalo-nipponne dans le domaine de la formation technique et professionnelle repose en grande partie sur ces principaux axes.

Le Centre de formation professionnelle et technique (Cfpt), à lui seul, symbolise la place de la formation professionnelle et technique dans la coopération bilatérale entre le Sénégal et le Japon. Par le nom générique qui lui est collé et connu - Centre Sénégal-Japon - il est à la pointe de la formation des ressources humaines dans le secteur très primordial de la formation professionnelle et technique. Un secteur auquel l’Etat, à travers l’Axe 2 du Plan Sénégal émergent (Pse), veut donner une nouvelle orientation.

L’Etat, depuis quelques années, s’est doté d’une nouvelle loi d’orientation concernant la formation professionnelle collée à l’apprentissage. A côté de la loi d’orientation, un organe a été mis en place pour mettre en œuvre cette vision. C’est la Commission nationale de concertation sur la formation professionnelle qui regroupe l’Etat, les entreprises et les partenaires sociaux. Il y a aussi la mise en place de dispositifs de financement comme le Fonds de financement de la formation professionnelle et technique qui, entre autres missions, est chargé de mobiliser les ressources nécessaires au financement de la formation professionnelle et technique et de financer les actions de formation initiale ainsi que les actions de formation continue des personnels d’entreprise, des demandeurs d’emploi et des porteurs de projet d’insertion.

Formation des formateurs
Si, aujourd’hui, l’Etat recommence à donner de la valeur à la formation professionnelle, le Japon, lui, a toujours compris l’importance de ce sous-secteur dans la formation des cadres intermédiaires qui peuvent servir dans l’industrie. En plus d’être un des fleurons de la formation professionnelle et technique au Sénégal, le Cfpt est aussi un pont entre le Sénégal et le Japon dans leur coopération. Un pont sous lequel beaucoup d’eau a coulé et qui a aussi permis à plusieurs générations de traverser le lien reliant l’école à l’entreprise. Le Centre de formation professionnelle et technique Sénégal-Japon fait partie des structures de formation avec un fort taux d’insertion de ses diplômés. L’insertion professionnelle, après la formation, est, aujourd’hui, un axe sur lequel repose la nouvelle orientation du secteur de la formation professionnelle et technique. L’expérience du Cfpt dans ce sens pourrait servir d’exemple.

Au-delà de la vingtaine de milliards de FCfa investis par le Japon au Cfpt, dans le cadre du fonctionnement et de l’équipement, le pays du « Soleil levant » appuie aussi le Sénégal dans la formation des formateurs. Une coopération technique qui englobe par la même occasion l’amélioration des contenus de la formation technique et professionnelle, les nouveaux programmes de coopération publique-privée, etc. Le Japon qui se fonde sur sa propre expérience estime que l’éducation et le développement des ressources humaines sont essentiels pour le développement d'un pays.

Oumar NDIAYE

A côté du Cices, les imposants bâtiments du Centre de formation professionnelle et technique (Cfpt) Sénégal-Japon sont visibles pour marquer la coopération entre les deux pays. Créé en 1984, ce centre traverse les années tout en gardant ses édifices et sa renommée. Une réputation bâtie sur la solidité des relations entre les deux pays et la qualité de la formation qui y est dispensée. Un des premiers établissements de formation spécialisés dans la maintenance industrielle, son action entre dans la politique gouvernementale de développement du secteur industriel qui accorde une grande importance à la formation professionnelle.

La principale vocation du Cfpt est la formation de techniciens intermédiaires d’exécution qui viennent rétablir l’équilibre au niveau de la main d’œuvre industrielle en servant de courroie de transmission entre les cadres et les ouvriers. Dans le cadre de l’offre d’éducation et de formation tout au long de la vie, la formation continue des professionnels est mise également en œuvre depuis 1989 sous forme de modules de perfectionnement. Plus de 2000 participants ont ainsi bénéficié de plus de 200 séminaires de formation à l’échelle nationale et internationale.

Les pensionnaires du Cfpt sortent avec un Diplôme de technicien supérieur et technicien de l’industrie. Les domaines de formation varient, pour le Diplôme de technicien supérieur, entre l’Informatique industrielle et Réseaux, l’Automatique, l’Electromécanique, la Maintenance des installations du bâtiment et la Maintenance des engins lourds. S’agissant du Diplôme de technicien de l’industrie, les filières de formation sont l’Electrotechnique, la Mécanique auto et l’Electromécanique.

O. NDIAYE

S’il y a un secteur qui a le plus bénéficié de la coopération entre le Sénégal et le Japon, c’est bien celui de l’éducation. Dans le domaine de l’accès, l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica) a construit 4122 salles de classe et 1011 écoles pour un montant de plus de 30 milliards de FCfa. A cela s’ajoutent des projets phares de formation qui ont contribué à améliorer la qualité des enseignements/apprentissages et des ressources humaines.

Le Japon fait partie des pays-partenaires potentiels du Sénégal dans le domaine de l’éducation. De l’avis de la directrice de l’Enseignement élémentaire, le Sénégal et le Japon entretiennent une coopération « multiforme ». Selon Khady Diop Mbodj, la coopération intervient dans l’éducation à un niveau stratégique et touche les domaines clés du secteur. C’est ainsi que, depuis 1991, l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica) intervient dans la construction d’infrastructures scolaires « à travers l’aide financière non remboursable ». Ce qui a permis la construction et l’équipement de 4122 salles de classe et 1011 écoles dans l’élémentaire et dans l’enseignement moyen.

A partir de 2011/2012, le gouvernement du Sénégal a entamé une politique d’extension et de densification de sa carte scolaire jusqu’au collège. Ainsi, en partenariat avec la Jica, l’Etat a mis en œuvre un projet de construction d’ouvrages scolaires dans les régions de Dakar et Thiès. Il s’agit de 285 salles de classe, 186 box d’hygiène et 21 blocs administratifs. Le même projet a été étendu aux régions de Kaolack et Louga pour un coût global de 11 milliards FCfa. De 2013 à 2015, un projet similaire est déroulé dans la banlieue de Dakar. Sa réalisation a permis d’augmenter les capacités d’accueil des Collèges d’enseignement moyen (Cem). Au total, ce sont 189 salles de classe, 166 blocs d’hygiène et 20 blocs administratifs qui sont construits pour un financement d’environ 6,4 milliards de FCfa.

Toujours dans le souci d’améliorer l’accès et le maintien des enfants dans les structures éducatives du moyen, les Inspections de l’éducation et de la formation (Ief) de Kaolack, Nioro, Fatick, Mbour2 et Dioffior ont été renforcées en infrastructures scolaires. vCes circonscriptions se sont partagé 176 salles de classe, 45 blocs d’hygiène et 16 blocs administratifs. Plus de 3,8 milliards de FCfa ont été investis pour la réalisation de ces ouvrages. A ces réalisations s’ajoute la construction et l’équipement du Centre régional de formation des personnels de l’éducation et de la (Crfpe) de Fatick pour un montant de 1,2 milliard de FCfa. En clair, les interventions du Japon, à travers la Jica, en termes de réalisations d’infrastructures scolaires ont beaucoup contribué à l’amélioration des capacités d’accueil. Elles ont également grandement participé à la résorption des abris provisoires, un des casse-tête des autorités éducatives du Sénégal.

Pape Coly NGOME

En réalité, la Jica n’intervient pas que dans les constructions et les équipements scolaires. L’amélioration de la qualité des enseignements/apprentissages fait aussi partie de son champ d’intervention. C’est pourquoi plusieurs projets-programmes relatifs à la formation des ressources humaines sont initiés. C’est le cas du Projet de renforcement de l’enseignement des mathématiques, des sciences et de la technologie (Premst). Il est d’abord expérimenté dans les régions de Louga, Thiès et Fatick de 2007 à 2010 pour un montant de 605,8 millions de FCfa.

L’objectif visé est d’améliorer la qualité des enseignements/ apprentissages en mathématiques, sciences et technologie. Dans sa phase 1, le projet a pu former 13 500 enseignants et 1 700 directeurs, avec un taux de participation de 77,9%. Ces résultats encourageants ont permis son extension aux autres régions, pour la période 2011-2015, pour un financement de 964,4 millions de FCfa, dont 767,5 millions de FCfa de la contrepartie sénégalaise. Durant cette deuxième phase, 54 800 enseignants, 5300 directeurs et 1800 représentants de cellules ont été formés. Toutes les sessions de formation ont eu lieu à distance, puis en regroupement par zone, et sont assurées par les membres de l’équipe technique nationale et ceux de l’équipe technique régionale ou encore l’équipe technique locale. A en croire le comité de pilotage dont la coordination est assurée par la Direction de l’enseignement élémentaire, le Premst a participé avec succès au renforcement des capacités pédagogiques des enseignants de l’élémentaire à travers la formation continue avec l’approche « Etude de leçon ».

P. C. NGOME

Toujours soucieux du développement de l’enseignement des mathématiques, le ministère de l’Education nationale et la Jica ont lancé un troisième programme dénommé Projet d’amélioration des apprentissages en mathématiques à l’élémentaire (Paame). Il est financé à hauteur de 3,42 milliards de FCfa, dont 1,66 milliard de FCfa de la contrepartie sénégalaise. Il est mis en œuvre depuis 2015 et va jusqu’en août 2019. Le projet vise 20 écoles situées dans les deux zones pilotes, à savoir les académies de Kaolack et Kaffrine. Il s’agit, dans ce projet, de mettre en œuvre les pratiques qui contribuent à améliorer les apprentissages des élèves en mathématiques. Une activité qui sera étroitement liée au renforcement des capacités pédagogiques des enseignants en mathématiques et à la capacitation des comités de gestion de l’école pour permettre la pérennité des activités.

L’inspecteur Aliou Badara Diop, coordonnateur du projet, précise que les produits du Paame peuvent aussi servir d’intrants dans la mise en œuvre des Contrats d’amélioration de la qualité (Caq) des écoles mais aussi des Plans d’amélioration de la qualité (Paq) des Ief en aidant la mobilisation de toutes les parties prenantes autour du Comité de gestion de l’école (Cge). Selon l’inspecteur Diop, les premiers résultats obtenus sur le terrain par le Paame sont « satisfaisants ». Pour lui, des progrès sont notés aussi bien dans le fonctionnement des cellules d’animation pédagogique que dans celui des Cge et Ucge. Toutefois, il reconnaît que des efforts restent à faire dans la mobilisation des communautés et des collectivités locales pour atteindre les objectifs.

P. C. NGOME

En 2015, le ministère de l’Education nationale, avec l’appui de la coopération japonaise, a mis en place un autre programme dénommé Projet d’amélioration de l’environnement scolaire (Paes). Ce dernier a contribué à l’amélioration de l’environnement scolaire et à la qualité de l’éducation à travers l’implication des communautés et des collectivités locales dans la gestion des écoles et l’élaboration de matériels didactiques supplémentaires. A travers ce nouveau projet, la coopération japonaise a fourni une assistance technique remarquable dans la mise en place et le fonctionnement des Comités de gestion des écoles (Cge) et des Unions de comité de gestion des écoles (Ucge). Deux organes à travers lesquels les politiques d’autonomisation des écoles élémentaires vont se développer. Selon l’inspecteur Ibrahima Bâ, coordonnateur du Paes, il s’est agi d’impliquer la communauté et les collectivités locales dans la gestion de l’école. En plus de l’amélioration de la qualité des enseignements/apprentissages via les sessions de formation des enseignants dans les disciplines scientifiques, les capacités des apprenants sont également renforcées. Ainsi, les élèves des écoles des zones d’intervention ont pu bénéficier de cours de soutien et de livrets d’exercices.

Le Paes a d’abord été expérimenté dans les régions de Fatick, Louga et Kaffrine. Et, dans le cadre du Programme d’amélioration de la qualité et de l’équité dans l’école de base (Paqeeb), il a été étendu aux autres régions.

P. C. NGOME

La coopération sénégalo-japonaise est aussi visible dans le domaine des échanges d’expériences pédagogiques. Depuis plusieurs décennies, les volontaires japonais interviennent dans le secteur de l’éducation au Sénégal. Bon nombre d’entre eux sont soit dans le cycle préscolaire soit dans l’élémentaire. Ils y développent de nouvelles méthodes de gestion et de pratiques de classe et confectionnent aussi des outils pédagogiques et d’apprentissage.

Un ensemble d’instruments qui participent à améliorer la qualité des enseignements/apprentissages. La directrice de l’Enseignement élémentaire affirme que la collaboration entre les volontaires japonais et les enseignants sénégalais a donné lieu à la mise au point d’outils pédagogiques importants. La plupart de ces volontaires s’activent dans la promotion de l’éducation musicale, des travaux manuels, de l’éducation physique et sportive et de l’enseignement des sciences et des mathématiques, fait remarquer Mme Mbodj.

A l’en croire, la Jica est conforme aux principes de Paris et a donné beaucoup de satisfactions. Elle a également permis de transformer positivement le système éducatif.

P. C. NGOME

L’amélioration de la qualité des soins et le renforcement de l’accès aux services sont au centre des interventions du gouvernement japonais dans le domaine de la santé au Sénégal. Le pays du « Soleil levant » œuvre ainsi pour que le Sénégal ait des ressources humaines, des infrastructures et des équipements aux normes. Aussi, le Japon qui fait du couple mère-enfant l’une de ses priorités veut promouvoir une bonne politique de référence-contre référence. L’objectif étant de renforcer la capacité du Sénégal en tant que Centre d’excellence pour les pays de l’Afrique de l’Ouest francophone.

La coopération sanitaire entre le Sénégal et le Japon est multiforme. Elle se matérialise en termes de construction et d’équipement de structures sanitaires, de renforcement des capacités des prestataires à travers des sessions de formation, d’allocation de ressources pour appuyer certains programmes visant directement les populations, etc. Parmi ces derniers, il y a la Couverture maladie universelle (Cmu), une initiative du président Macky Sall, lancée, en 2013, pour faciliter aux populations l’accès à des soins de santé de qualité. C’est justement pour appuyer le Sénégal dans la réduction des inégalités sociales, afin que les 80 % de la population qui n’ont pas d’assurance maladie puissent aussi accéder aux soins sans grandes difficultés, que le Japon a octroyé à notre pays, en 2016, en marge de la 6ème Ticad (Addis-Abeba, Nairobi, 27-28 août 2016), 41 milliards de FCfa. « Nous avons beaucoup de défis à relever pour réussir la Cmu. C’est pourquoi nous avons tendu la main aux partenaires. Le Japon a accepté de nous aider pour 2016-2017 avec la somme de 41 milliards de FCfa. Cet appui nous permettra de régler les questions d’inaccessibilité géographique et financière aux structures sanitaires », s’était réjouie le Pr Awa Marie Coll Seck, à l’époque ministre de la Santé et de l’Action sociale.

Soucieux de faciliter aux populations sénégalaises l’accès aux soins surtout les couches vulnérables, le Japon va aussi doter le Sénégal d’un Centre d’application pour la santé de la mère et de l’enfant. Le protocole d’accord de financement non remboursable dudit centre qui sera implanté à l’Ecole nationale de développement sanitaire et social (Endss) a été paraphé en 2014. Le coût de réalisation de cette infrastructure visant également à renforcer la formation des prestataires, en l’occurrence les sages-femmes et les infirmiers, est estimé à 3,52 milliards de FCfa. Une préoccupation d’autant plus légitime que le Sénégal fait face à une mortalité maternelle (392 décès pour 100.000 naissances vivantes, Eds 2015) et infantile (39 pour 1000, Eds 2015) encore élevée. Cela, malgré les nombreuses initiatives déroulées pour limiter les décès des femmes et des enfants.

C’est d’ailleurs dans la croisade contre les décès maternels et infantiles au Sénégal que s’inscrit le Projet de renforcement de soins de santé maternelle et néonatale (Pressmn). Déroulé par le ministère de la Santé et de l’Action sociale, ce programme est également soutenu par la coopération japonaise. Il vise à promouvoir l’accouchement humanisé ; ce dernier étant « un ensemble de conditions qui permettent à la femme d’être à l’aise et de vivre l’accouchement comme un évènement heureux. L’accouchement à style libre fait partie intégrante de l’accouchement humanisé », souligne-t-on, précisant que « l’objectif est d’assurer le bien-être de toute parturiente et de tout nouveau-né afin de répondre aux normes et protocoles de santé de la reproduction au Sénégal ». L’accouchement à style libre permet aux femmes d’adopter la position de leurs choix : debout, assis, accroupi ou couché.

Après une première phase concluante (2009-2011) dans les régions de Tambacounda et Kédougou, la deuxième phase, lancée en 2014, s’est déroulée dans la région de Dakar, précisément au Centre de santé Gaspard Kamara (district sanitaire centre). Et l’objectif ultime est de passer à l’échelle ce modèle de soins de santé maternelle et néonatale, en rendant ces derniers plus humanisés, conformément aux bonnes pratiques recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (Oms). Et, aujourd’hui, nombreuses sont les structures sanitaires du Sénégal qui souhaitent être dotées des équipements nécessaires à la mise en place de l’accouchement humanisé. Ce, pour une meilleure prise en charge du couple mère-enfant.

Maïmouna GUEYE

Le pays du « Soleil levant » participe à l’élargissement de la carte sanitaire du Sénégal. C’est ainsi que de nombreuses structures de santé ont été construites et/ou équipées pour davantage faciliter aux populations l’accès aux soins.

La construction et l’équipement de structures sanitaires occupent une place de choix dans les interventions du Japon au Sénégal. En attestent les réalisations effectuées dans les régions de Tambacounda et Kédougou, précisément au niveau des centres de santé de Makacolibantang, Dianké Makha et Saraya. Des zones caractérisées par leur éloignement (plus de 700 km de Dakar) et leur enclavement et bénéficiaires du Projet d’aménagement des infrastructures sanitaires signé en 2009. Ce dernier vise à relever le plateau technique et le niveau de développement social de ces régions périphériques (Est du pays) encore fortement touchées par la pauvreté et où l’accès aux soins de santé est encore très faible.

Le Centre régional de formation de Tambacounda, qui a été réhabilité dans le cadre de ce projet financé à hauteur d’environ 8,3 milliards de FCfa, fait aussi partie des bénéficiaires du Projet d’aménagement des infrastructures sanitaires dans les régions de Kédougou et Tambacounda. C’est en avril 2014, lors du Conseil des ministres délocalisé dans la région de Kédougou, qu’a été inauguré le Centre de santé de Saraya en présence du chef de l’Etat, Macky Sall, et de l’ambassadeur du Japon au Sénégal, Takashi Kitahara.

A l’occasion, M. Kitahara avait avancé que la construction et l’équipement de ces infrastructures traduisent la politique de santé du Japon axée sur la santé de la mère et de l’enfant. C’est aussi « la concrétisation de la volonté exprimée par le Premier ministre du Japon, Son Excellence Monsieur Shinzo Abe, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, en 2013, de bâtir « une société où les femmes brillent », avait-il indiqué. A sa suite, le président de la République, Macky Sall, avait réaffirmé la volonté du gouvernement du Sénégal de fournir les efforts nécessaires pour que les populations de ces régions qui ont difficilement accès aux structures de santé soient correctement prises en charge. Il avait aussi exhorté, tout comme M. Kitahara, les personnels de santé, la commune et les populations bénéficiaires à veiller au bon usage et à l’entretien efficace de ces centres.

La réhabilitation de la maternité de l’hôpital Principal de Dakar (Pavillon Saint-Louis), inaugurée en 2013, la réalisation des infrastructures et l’équipement du Projet d’aménagement du service radiographie du Centre de santé Popenguine, avec un financement du Japon d’un montant d’environ 49 millions de FCfa (74,599 euros), entrent aussi, parmi tant d’autres, dans le cadre du programme d’appui du pays ami au Sénégal dans le domaine de la santé. Tout comme les équipements d’une valeur de 46 millions de FCfa offerts par le Japon, en 2013, au Service chirurgie pédiatrique de l’hôpital d’enfants Albert Royer.

M. GUEYE

L’hôpital de campagne de niveau 2, offert par le Japon à l’armée sénégalaise, au mois de juillet 2017, entre dans le soutien à la mise en place d’infrastructures sanitaires de qualité.

Cet outil de soins mobile, d’un coût de 655 957 000 de FCfa, est composé de « 30 lits avec des modules de chirurgie, d’anesthésie-réanimation, de radiologie, de chirurgie dentaire et deux ambulances médicalisées ». Augustin Tine, ministre des Forces armées, qui a reçu cet hôpital de campagne des mains de l’ambassadeur du Japon au Sénégal, Shigeru Omori, avait souligné que cette infrastructure devra permettre au Service de santé des armées de « mieux faire face au plus près à toutes les situations d’afflux massif de blessés ».

Surtout, avait-il rappelé, dans le contexte actuel « marqué par l’accroissement et la diversification des menaces de toutes sortes, avec comme corollaire l’augmentation de la demande d’offre de soins médico-chirurgicaux à travers le pays et dans la sous-région ». Outre cet aspect, l’ambassadeur du Japon s’était réjoui du fait que cet hôpital de campagne va « améliorer la qualité des soins des populations n’ayant pas accès aux structures sanitaires ».

M. GUEYE

L’agriculture et le développement rural sont parmi les secteurs privilégiés par la coopération japonaise au Sénégal, eu égard aux objectifs de Stratégie de lutte contre la pauvreté et aux politiques d'autosuffisance alimentaire que l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica) a toujours accompagnés.

Cette volonté politique de promouvoir le développement de l'agriculture au Sénégal s'est confirmée davantage avec le lancement de l'initiative Card (Coalition pour le Développement du Riz en Afrique) lors de la Ticad IV (Conférence Internationale de Tokyo pour le Développement de l'Afrique en mai 2008) dont l'objectif principal est de doubler la production du riz en Afrique dans les 10 années à venir, à travers une meilleure coordination des investissements et de l'assistance technique dans ce secteur. Dans le passé déjà, le Japon a financé sous forme de subvention non remboursable plusieurs projets dans le cadre de l'augmentation et l'intensification de la production agricole.

La coopération sénégalo-nipponne est très dynamique et cible des axes prioritaires. C’est ainsi qu’un certain nombre de programmes et projets agricoles ont été mis en avant par la coopération japonaise pour améliorer le secteur agricole. Bras armée et outil de cette coopération l’Agence japonaise de la coopération internationale (Jica), explique que le Programme d’amélioration de l’économie rurale (Paer) met essentiellement l’accent sur l’appui aux filières agricoles et productives qui représentent la première source de revenus des ménages. Mis en place pour « booster l'économie rurale », le Paer poursuit l’objectif de « promouvoir/les chaînes de valeurs agricoles à travers diverses composantes telles que l'amélioration de la productivité et de la qualité des produits, l’amélioration des circuits de distribution, l’optimisation de la gestion des exploitations agricoles, etc. »

Le Programme est, rappelle la Jica, mis en œuvre conformément aux orientations stratégiques contenues dans le Plan Sénégal émergent (horizon 2035). Il veut aussi répondre aux priorités contenues dans le Programme d'accélération de la cadence de l'agriculture sénégalaise (Pracas) ainsi qu’à la Stratégie nationale de sécurité alimentaire et de résilience, déclinée dans un Programme quinquennal d’appui à la sécurité alimentaire et à la résilience (Pnasar 2018-2022). Un autre projet agricole non moins important est le Projet d’amélioration de la productivité du riz dans les aménagements hydro-agricoles de la Vallée du fleuve Sénégal (Papriz 2). Il s’inscrit dans la poursuite des acquis du Papriz 1 que la Jica avait mis en place cet appui dans le cadre de la coopération technique afin de booster la production et la productivité du riz dans l’aménagement hydroagricole de la vallée du fleuve Sénégal. L’amélioration de la productivité et de la rentabilité de la riziculture dans la vallée était l’objectif général du Papriz 1 lancé en 2010 pour une période de 4 ans.

Des experts mis à disposition
L’appui japonais à l’agriculture a compris également l’envoi d’experts en qualité du riz et en emballage. L’expert riz a appuyé pour la « planification, le suivi et l’évaluation du programme de promotion de riz local » tandis que l’expert en emballage aura mis à profit son séjour de trois mois pour imprégner les organisations de producteurs, les distributeurs et les commerçants sur l’amélioration de l’emballage du riz local, le label, l’étiquetage, etc.

Le Projet de renforcement des capacités des petits producteurs horticoles (Shep) est mis en œuvre dans le but « d’augmenter les revenus des petits producteurs horticulteurs par la mise en pratique d’une approche nouvelle orientée vers le marché ». La formulation d’une approche d’agriculture orientée vers le marché adaptée au contexte de la zone des Niayes ; le renforcement des capacités des ressources humaines impliques dans la vulgarisation de l’agriculture orientée vers le marché tout comme une pratique, par les producteurs des zones cibles, d’activités de production et de commercialisation basées sur l’approche d’une agriculture orientée vers le marché sont des résultats fortement attendus. Le projet Shep est mis en œuvre avec la collaboration de l’Association des Unions maraichères des Niayes (Aumn) pour une durée de 5 ans (2017-2022), et en partenariat avec la Direction de l’horticulture et l’Ancar.

Un autre et non moins important projet de renforcement est le Projet de renforcement des capacités en matière de gouvernance de la sécurité alimentaire et de la résilience. Mis en œuvre avec le Secrétariat exécutif du conseil national de sécurité alimentaire du Sénégal (Secnsa), il a pour but de « renforcer la sécurité alimentaire et la résilience à travers, notamment l’amélioration des mécanismes de coordination et de suivi évaluation ». Ce projet est mis en œuvre pour une durée pour une durée de 4 ans entre 2017 et 2022.

La Jica veut ainsi travailler à « stimuler le développement global de l'économie rurale et la résilience contre le risque du changement climatique par le développement communautaire basé sur l’entretien de la durabilité des bases de production, l'augmentation des revenus des ruraux, la diversification des sources de revenus, la création d'activités économiques et la maîtrise de la dégradation de l'environnement ».

Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Au Sénégal, le Japon a toujours apporté un important appui au développement des infrastructures. En effet, le Japon veut faire de ces infrastructures un levier du développement. D’autres projets ont été mis en œuvre pour contribuer à la croissance économique durable du Sénégal et à plus grande échelle pour l’intégration régionale de l’Afrique de l’Ouest.

Dans son Plan d’actions pour les cinq prochaines années, initié lors de la 4ème Conférence Internationale de Tokyo pour le Développement de l’Afrique (Ticad IV), le Gouvernement du Japon a placé les Infrastructures de transport régionales, y compris les ports, dans les hautes priorités. En plus, dans une dynamique de soutien au Nouveau partenariat économique pour le développement de l’Afrique (Nepad), le Japon s’est engagé à contribuer à la réduction de la pauvreté par le biais de la croissance économique en apportant une aide prioritaire au développement des infrastructures qui contribue au renforcement de l’intégration économique africaine. C’est ainsi que les interventions du Japon dans ce secteur sont déclinées à travers la réalisation du corridor Bamako-Dakar par le sud qui intègre le Programme d’actions communautaires des infrastructures et transport routiers (Pacitr) de l’Union économique et monétaire de l’Ouest-africain (Uemoa). « Ce corridor d’intérêt communautaire, est un des axes majeurs nécessaires à la préservation et à l’amélioration des échanges terrestres entre les populations frontalières. Ce qui fait que l’impact socio-économique de cette liaison routière profite aux deux Etats (Mali et Sénégal), mais aussi aux pays voisins, à travers le désenclavement des zones desservies, l’accroissement de la mobilité et la liaison avec les voisins mais surtout le développement des activités agricoles et de commerce dans la région », lit-on dans une note de la Jica.

Le Programme de d’aménagement routier et de facilitation du transport sur le corridor Bamako-Dakar par le sud porte également une empreinte japonaise. Le Japon est intervenu en co-financement sous forme de prêt concessionnel dans ce programme avec la Banque africaine de développement (Bad) et la Banque ouest-africaine de développement (Boad) sur les tronçons routiers entre Kédougou et Falémé (réhabilitation du tronçon Kédougou-Saraya (61 Km), construction du tronçon Kharakhéné-Falémé (21,3 Km). Le programme a pour objectif de contribuer au renforcement de l’intégration économique et de la coopération sous-régionale, et au désenclavement des pays.

Le programme comprend des travaux routiers (en béton bitumineux 05 cm) et d’aménagement d’infrastructures socio-économiques (cases de santé, forages, pistes, rurales…) pour répondre à des besoins immédiats des populations riveraines, ainsi que des mesures de facilitation du transport et du transit sur le corridor. Ce programme est en conformité avec les objectifs du Nepad dont il fait partie du plan d’actions à court terme. Il avait démarré, du côté sénégalais, en 2008.

Autres domaines d’intervention
Dans le domaine de l’information et des technologies, la coopération japonaise a construit la Nouvelle Maison de la Rts en 1987, fourni des programmes de TV à la Rts en 1989, tout en renforçant des capacités télévisuelles de cette même Rts en 2005. La coopération japonaise a aussi une étude sur le système de gestion de l’information sur les infrastructures socio-économique de la zone urbaine de Dakar en 2000. Ou encore la mise en place d’un système de gestion de l’information sur les infrastructures socio-économiques de la zone de Dakar en 2002 et l’affectation, pour une durée de deux ans, d’un expert japonais.

La construction de l’Usine de dessalement de l’eau de mer des Mamelles est l’un des projets-phares de la coopération japonaise tant par son financement que par ses objectifs. D’un montant de 145,615 milliards de FCfa, ce projet veut combler la forte demande en eau qui va avec la croissance démographique étant entendu que l’approvisionnement actuel ne peut satisfaire la demande quotidienne maximale.

La Jica a signé un accord de prêt avec le gouvernement de la République du Sénégal pour le projet de dessalement de l'eau de mer des Mamelles. Ce projet prévoit, selon la Jica, la construction d'une nouvelle usine de dessalement d’eau de mer, la première en son genre au Sénégal (capacité de production : 50,000 m3/ jour), à Dakar, la capitale, ainsi que l'amélioration du réseau de canalisations urbaines.

La réhabilitation du Môle 3 du Port de Dakar construit en 1939 devrait faire du bien à l’infrastructure qui prend en charge les « 15 millions de tonnes annuelles de marchandises pour le Sénégal, mais aussi les marchandises destinées au Mali ». D’un montant de 21 milliards de FCfa, la réhabilitation a été conclue par un don qui don qui permettra « un chargement et un déchargement des marchandises plus sûr, plus efficace et plus hygiénique ».

L’approvisionnement en eau potable et l’amélioration des conditions d’hygiène dans les zones rurales (Japon 14) est un autre pilier du développement infrastructurel. D’un montant de 4,18 milliards, Japon 14 est un « projet de construction d’ouvrages hydrauliques et d’assainissement dans les régions de Tambacounda (3 sites), Matam (1 site) et Kédougou (1 site) en 2017. Ce projet a permis à 34 villages et à une population d’environ 28.900 personnes vivant dans les sites ciblés, de bénéficier des installations réalisées », selon la Jica.

I. Khaliloullah NDIAYE

L’ambassadeur du Japon au Sénégal, Son Excellence Shigeru Omori, s’est prononcé sur la coopération entre les deux parties à la veille de la visite du chef de l’Etat sénégalais dans son pays. Une coopération qu’il trouve déjà « très dynamique » et qui devrait être renforcée au terme de cette visite. Il revient en chiffres et en détails sur d’importants aspects de cette coopération dans l’entretien qu’il nous a accordé.

Excellence, nous sommes à la veille d’une visite du président de la République du Sénégal, Macky Sall, au Japon. Pouvez-vous revenir sur l’importance de cette visite dans les relations entre les deux pays ?
Son Excellence Monsieur le président Macky Sall a déjà effectué une première visite au Japon, en 2013, pour participer à la 5ème Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad V). La visite de cette année est encore plus importante, puisqu’elle est la première visite bilatérale du président au Japon et devra marquer sa participation au Forum sur la Couverture sanitaire universelle (Csu). La visite bilatérale du chef de l’Etat est le témoignage de la plus haute distinction dans le protocole diplomatique. Le Japon souhaite renforcer ses relations bilatérales, qui sont déjà excellentes, avec le Sénégal. Le président Macky Sall et le Premier ministre du Japon, M. Shinzo Abe, auront un entretien. Le Premier ministre offrira également un dîner en l’honneur de son hôte.

La coopération entre les deux pays est diversifiée. Pensez-vous que cette visite puisse la booster davantage ?
Nous sommes persuadés que cette visite renforcera davantage cette coopération qui est non seulement variée, mais très dynamique. Nous sommes présents dans divers domaines, en parfaite réponse aux attentes des autorités sénégalaises. Des infrastructures à la santé, en passant par l’éducation et le renforcement des capacités des ressources humaines, nous poursuivons effectivement une bonne coopération avec le Sénégal.

Pourriez-vous être plus explicite sur cette coopération ?
Pour citer quelques projets de coopération japonaise au Sénégal, nous pouvons noter le Projet de réhabilitation du Môle 3 du port de Dakar d’un montant de 3 milliards 971 millions de yen, soit environ 19 milliards 855 millions de FCfa, le Projet de dessalement de l’eau de mer aux Mamelles d’un montant de 27 milliards 463 millions de yen, soit environ 137 milliards 315 millions de FCfa. En plus, le Japon fournit diverses aides dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche, de la santé, du développement urbain et sanitaire... Dans le volet de la coopération technique, le Japon envoie des experts et conseillers de divers secteurs pour accompagner les efforts du Sénégal dans la réalisation de sa politique de développement. Certains sont déjà sur place et nous prévoyons l’arrivée d’autres dans les années à venir.

Notre pays accueille également des stagiaires et des fonctionnaires sénégalais dans le cadre des programmes de formation. Nous avons aussi un programme spécifique appelé « Initiative Abe - African business education » - dans le cadre duquel le Japon reçoit des jeunes africains pour des études de 2 ans en vue d’obtenir un Master’s degree et d’effectuer un stage dans des entreprises japonaises. Nous voulons bien que cette visite booste davantage la coopération entre nos deux pays qui est déjà très dynamique.

Il faut aussi rappeler que la coopération japonaise en faveur de l’Afrique se base sur deux principes fondamentaux que sont l’appropriation par les pays africains de leur développement (Ownership) et le partenariat du Japon pour accompagner leurs efforts dans ce sens (Partnership). Ce partenariat se traduit par des réponses aux demandes faites par chaque pays africain dans des dossiers de requête spécifiques aux besoins de chacun.

Ces deux éléments de base ont dégagé des résultats des différentes éditions de la Ticad, dans le cadre de laquelle le développement des pays africains repose sur trois piliers : la promotion de la transformation économique structurelle par la diversification économique et l’industrialisation, notamment par la création d’infrastructures de qualité et le développement des ressources humaines ; la promotion de systèmes de santé résilients pour la qualité de vie par le renforcement des systèmes de santé, en réponse aux crises de santé publique, et plus spécialement l’adhésion à la Couverture sanitaire universelle (Csu) ; et la promotion de la stabilité sociale pour une prospérité partagée, notamment par la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent.

Que faites-vous spécifiquement dans le cadre de la transformation économique qui est une de vos priorités ?
Dans ce cadre, le Japon apporte une contribution importante pour le développement du Sénégal et a décidé d’envoyer au Sénégal, au mois de janvier 2018, une forte délégation composée de nombreux hauts responsables de diverses entreprises japonaises pour tenir une conférence sur les infrastructures de qualité. Le Japon possède une très grande expertise dans ce secteur. Expertise fondée sur notre expérience grâce à un environnement sous forme d’archipels connaissant beaucoup de désastres naturels. Ce qui nous a menés à développer nos infrastructures résilientes.

La santé sera au centre des questions à aborder lors de la visite du président sénégalais avec l’initiative qu’est la Couverture sanitaire universelle (Csu). Quel est le modèle japonais dans ce domaine ?
Nous essayons, effectivement, de faire la promotion de systèmes de santé résilients pour la qualité de vie par le renforcement des systèmes de santé, en réponse aux crises de santé publique, et plus spécialement l’adhésion à la Couverture sanitaire universelle (Csu). Dans l’exécution de ce pilier au Sénégal, le Japon aide le gouvernement à réaliser la Csu par le biais d’un prêt d’un montant de 8 milliards 440 millions de yen, soit environ 42 milliards 200 millions de FCfa. Le but de ce prêt est d’aider les autorités sénégalaises à réaliser la Csu dans leur pays. Pour la réussite de la Csu au Sénégal, le Japon envoie aussi des experts et des équipements médicaux nécessaires. Le Sénégal figure parmi les pays modèles pour promouvoir la Csu.

Nous développons aussi d’autres axes dans la coopération sanitaire. Et pour citer quelques réalisations japonaises dans le domaine de la santé, nous pouvons rappeler le Projet de renforcement des soins de santé maternelle et néonatale (Pressmn), qui vise à former des infirmiers et sages-femmes pour permettre l’accouchement humanisé, ou encore le Projet d’appui au renforcement du système de santé (Parss) visant à améliorer l’efficacité de l’administration médicale. Une autre réalisation est le projet de lutte contre le virus Ebola à travers la fourniture d’équipements nécessaires comme des lits, des produits antiseptiques au Centre de santé désigné pour le traitement de la maladie, à savoir le Centre hospitalier de Fann. Le Japon a également fourni des équipements destinés à renforcer la surveillance.

Le Forum sur la Couverture sanitaire universelle, auquel prendra part le président sénégalais, est co-organisé par le gouvernement du Japon, l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica), la Banque mondiale, l’Organisation mondiale de la santé (Oms), l’Unicef, et l’Uhc 2030. Le but est de passer en revue les résultats de la Csu au niveau national, régional et mondial, et d’échanger des expériences et leçons concernant le progrès de la Csu dans chaque pays.

La présence japonaise au Forum de Dakar sur la paix et la sécurité se fait remarquer. Qu’est-ce qui l’explique ?
Le Japon participe au Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité de l’Afrique par un concours financier mais aussi par une présence de responsables. Le Japon apporte, et cela depuis la première édition, une contribution financière régulière au Forum. Pour la récente et 4ème édition de ladite rencontre, le Japon a financé à hauteur de 100 millions de yen, soit environ 500 millions de FCfa, la plus grande contribution, et dépêché un ministre délégué du ministère des Affaires étrangères. Donc, malgré la distance géographique, le Japon s’engage pour la paix et la sécurité de l’Afrique.

Propos recueillis par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Depuis bientôt 40 ans, le Japon entretient avec le Sénégal l’une des relations de coopération les plus dynamiques en Afrique touchant presque tous les segments du développement. L’empire nippon part du constat que le Sénégal demeure confronté à de multiples problèmes liés à un déséquilibre et surtout à une insuffisance d’investissements de base entre le milieu rural et urbain, en plus d’une croissance démographique galopante non maitrisée. Une situation que le Sénégal partage avec plusieurs pays africains et qui fait que, dans beaucoup de domaines de coopération, il  constitue un  pays pilote pour le Japon.

Pour accélérer une croissance saine de l’économie, gage de stabilité et de sauvegarde de la démocratie, le Japon a axé sa politique de coopération  sur les Objectifs du millénaire pour le développement (Omd) et le Plan Sénégal émergent (Pse) dans sa stratégie décennale 2014-2023. Le Pse a défini trois axes majeurs que sont : la Transformation structurelle de l’économie et croissance, le Capital humain, protection sociale et développement durable, et la Gouvernance, institutions, paix et sécurité.

Pour atteindre ses objectifs, le Japon a privilégié une approche à la base en faisant du corps des volontaires de la Jica le  bras armé de cette coopération. Constituée d’une centaine de jeunes japonais formés dans les principales langues du pays et éparpillés dans toutes les régions, pour une durée de deux ans, la Jica encadre les populations sous la supervision d’une vingtaine d’experts japonais. Elle exécute, sur le terrain, un programme établi en collaboration avec les différents ministères dans des secteurs clés comme la pêche, l’agriculture, l’éducation ou la  santé.

Le plus important secteur d’intervention du Japon reste, sans doute, l’éducation, considérée comme le fondement de tout développement, notamment par une maitrise de la lecture, de l’écriture et du calcul, la construction d’infrastructures scolaires et la fourniture de matériel didactique. Dans ce sillage, il accompagne aussi le gouvernement dans l’étude des mathématiques pour combler les insuffisances des apprenants dans ce domaine.  Des experts japonais mettent à disposition leur expérience et ont été envoyés dans les zones rurales pour former les formateurs.

L’ÉDUCATION, UNE PRIORITÉ
Le Japon entend renforcer aussi son appui à la formation professionnelle par le biais du Centre de formation professionnelle et technique Sénégal-Japon (Cfpt) et plusieurs jeunes sénégalais ont été envoyés dans ce pays pour des formations de courte durée en informatique. En ce qui concerne la formation de longue durée, il y a « l’initiative Abe » pour les Masters, d’une durée de 2 à 3 ans, pour apprendre le business avec l’option de faire un stage de quelques mois dans des sociétés privées japonaises pour des étudiants sénégalais.

La coopération touche aussi la question des genres par le biais d’un programme  pour les femmes axé sur l'amélioration de la santé maternelle, l'autonomisation de la femme dans son milieu d’origine et la promotion de la femme active dans la culture du riz. Dans le domaine de la riziculture, le Japon contribue à la recherche de l’autosuffisance en riz du Sénégal pour l’horizon 2017 à travers la Coalition pour le développement de la riziculture en Afrique (Card) et la nouvelle Alliance du G8.

Le Japon poursuit la mise en place des infrastructures de base dans les zones urbaines afin d’améliorer la qualité du cadre de vie, dégradée à cause de la migration massive des populations des zones rurales vers les villes et aggravée par les catastrophes causées par les inondations.

Dans ce cadre, il a beaucoup appuyé le projet d’usine de dessalement de l’eau de mer pour la sécurisation de l’approvisionnement de Dakar en eau, soutenu la Couverture maladie universelle (Cmu) en mettant à la disposition du Sénégal des experts japonais dans le domaine de la santé en collaboration avec le ministère de la Santé.

APPROFONDISSEMENT DE LA DÉMOCRATIE
Sur le plan politique, Tokyo et Dakar ont des visions communes sur l’approfondissement de la démocratie, de la paix et de la sécurité compte tenu de la poussée du terrorisme et des mouvements de radicalisation de ces dernières années et  contribue largement au Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité depuis sa première édition.

Sur le plan culturel, le concours de Haïku, initié par l’ambassade du japon, est largement connu avec plus d’une trentaine d’éditions depuis sa création pour susciter la curiosité intellectuelle des Sénégalais sur la culture japonaise et développer leur réflexe poétique.

Les différentes interventions du Japon sont planifiées, en collaboration avec l’ambassade, en fonction des priorités des partenaires sectoriels du gouvernement. Chaque année, une grande conférence est organisée avec les ministères concernés pour évaluer les programmes déjà soutenus et identifier les nouveaux objectifs sur lesquels travailler.

Alassane DIAWARA

SECURISATION DE L’APPROVISIONNEMENT DE DAKAR EN EAU : L’USINE DE DESSALEMENT, UN AUTRE SYMBOLE DE LA RELATION ENTRE LES DEUX PAYS
Desalement Eau JaponLe Japon apporte une contribution à la couverture des besoins en eau de Dakar. Il finance, à travers l’Agence de coopération japonaise (Jica), l’usine de dessalement d’eau de mer pour un coût de 135 milliards de FCfa.

L’usine de dessalement d’eau de mer figure parmi les projets de sécurisation des besoins en eau de Dakar et des centres urbains de Thiès, Mbour et la Petite côte. Cet ouvrage hydraulique est financé par l’Agence de coopération japonaise (Jica) pour un coût global de 135 milliards de FCfa. L’importance de l’ouvrage et des investissements ont motivé la visite du président de la Jica, Shinichi Kitaoka, au Sénégal. Il avait fait un tour aux Mamelles et apprécié l’emplacement de l’ouvrage qui vient consolider les relations exemplaires qu’entretiennent les deux pays. « C’est un projet merveilleux qui s’inscrit en droite ligne de la qualité des relations entre les deux nations. D’autant plus que, pour nous, le Sénégal est un pays clé en Afrique », avait souligné M. Kitaoka.

Plusieurs autres étapes ont marqué le processus. A titre d’exemple, la signature de l’accord pour le financement de l’usine entre le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Bâ, et l’ambassadeur du Japon au Sénégal, Takashi Kitahara.

Les enjeux stratégiques
L’usine de dessalement est inscrite sur le registre des ouvrages de sécurisation. Sa contribution à l’effort de la satisfaction de la demande sera de 50 000 m3/j et extensible à 100 000 m3/j. Cet apport additionnel met en relief toute la pertinence d’explorer cette source qui est à proximité de Dakar. Car si rien n’est fait, le déficit atteindrait 202 017 m3/j en 2025 et 390 888 m3/j en 2035. « Nous mettons en œuvre un plan stratégique cohérent qui devrait nous permettre non seulement de sécuriser l’alimentation de Dakar en eau mais aussi de conforter cette sécurisation à travers la diversification des sources. C’est ce qui explique l’ambition du gouvernement de construire une nouvelle usine, voire la première usine de dessalement d’eau de mer en Afrique de l’Ouest », a fait remarquer le directeur général de la Sones, Charles Fall.

L’usine revêt des enjeux stratégiques. Les principales sources d’approvisionnement en eau de la capitale sont à plus de 250 km. La panne de l’usine de Keur Momar Sarr, en septembre 2013, avait plongé Dakar dans une longue pénurie d’eau. « Il nous fallait alors trouver une source alternative. De ce fait, nous devons regarder le dessalement sous l’angle d’une réserve stratégique. C’est comme si nous avions un réservoir de 50 000 m3. En plus de cela, si nous réduisons les pertes d’eau, les économies pourront tourner aux environs d’une capacité de production équivalente à celle de l’usine de Ngnith qui est de l’ordre de 40 000 à 42 000 m3/j », avait expliqué Charles Fall. Poursuivant, il avait informé : « Cette production, cumulée aux économies d’eau d’un volume de 50 000 m3, équivaudrait à une usine d’une capacité qui oscille entre 90 000 et 100 000 m3/j ».

La réalisation de ce projet placera le Sénégal parmi les premiers pays de l’Afrique de l’Ouest qui mobilise l’eau de mer pour la consommation humaine. Mais, c’est la nouvelle tendance dans le monde. Et les pays africains, avec le croît démographique le plus important à travers le monde ainsi que les multiples usages de cette ressource, n’avaient pas d’autres options que d’emprunter la voie de la diversification de leurs sources d’alimentation. « Le dessalement, nous pouvons dire que c’est une première en Afrique de l’Ouest francophone. C’est historique pour le Sénégal. Il fallait oser, aller vers le dessalement. Et l’Etat a porté le projet ! Oui, d’aucuns soutiennent que le dessalement est coûteux. En vérité, il faudra considérer cette technologie sous un angle beaucoup plus global. Nous ne pouvons pas la résumer en termes de coût. Nous avons opté pour un système d’approvisionnement mix : le transfert d’eau sur 250 kilomètres et le dessalement d’eau de mer. Certains pays ne font que du transfert et d’autres ne font que du dessalement », avait affirmé le directeur de la Sones dans un entretien accordé au « Soleil ».

Idrissa SANE

HYDRAULIQUE RURALE : LA CONSOLIDATION DU PRÉCIEUX APPORT AU PROFIT DES SÉNÉGALAIS DES PROFONDEURS
Le Japon est présent dans le secteur de l’hydraulique rurale depuis les premières années des indépendances du Sénégal. Il a construit des centaines de forages dans des villages. Aujourd’hui, le pays du « Soleil levant » a maintenu le volume de ses investissements pour ce secteur si vital pour plusieurs raisons.

Le Japon n’est pas seulement présent dans l’hydraulique urbaine. Il a construit plusieurs forages dans des contrées du Sénégal. Des centaines de villages ont étanché leur soif grâce à la coopération japonaise. Le 7 mai dernier, ce pays a réaffirmé sa volonté d’aider d’autres Sénégalais des profondeurs à avoir accès à ce liquide précieux. Cette volonté s’est traduite par la signature d’un accord de don estimé à 3,900 milliards de FCfa entre le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Bâ, et l’ambassadeur du Japon à Dakar, Takashi Kitahara. Cette enveloppe est réservée à la mise en œuvre du Projet d’approvisionnement en eau potable et d’amélioration des conditions d’hygiène en milieu rural.

Lors de cette cérémonie, le représentant-résident de l’Agence japonaise de coopération internationale au Sénégal, Ryuichi Kato, a énuméré la liste des ouvrages à construire et des équipements à acquérir. Il s’agit de forages, l’installation d’équipements, la construction de cabines, des réservoirs d’eau, des réseaux de distribution, des édicules publics et l’aménagement de dispositifs de lave-mains dans les régions de Tambacounda, de Matam et de Kédougou. Au total, 34 villages seront impactés pour une population estimée à 28 900 personnes. Parmi les autres programmes soutenus par le Japon, il y a le Projet eau potable pour tous et appui aux activités communautaires (Peptac), avec des objectifs de mise en service de 109 systèmes d’alimentation en eau potable en milieu rural. La présence du Japon dans ce secteur est ancienne. Déjà, en 1979, il a mis une enveloppe de 71 milliards de FCfa sous forme de subventions. Ces ressources ont permis la mise en œuvre de plus de 13 projets de construction de 120 forages couplés aux châteaux d’eau, l’acquisition d’équipements, la mise en place de deux subdivisions de maintenance (Sm) et deux brigades de puits et forages (Bpf). De même, dans le cadre du Programme d’urgence pour l’approvisionnement en eau afin de faire face aux changements climatiques, une enveloppe de 5 milliards de FCfa a été dégagée, pour la période 2008-2010, dans le but de servir à la réhabilitation des forages ruraux motorisés et l’achat d’équipements d’exhaure et de pièces pour les camions et les pick-up, de pompes, de kits d’outillage. En somme, l’apport du japon a été précieux dans l’amélioration des indicateurs à travers le Programme d’eau potable et d’assainissement du millénaire (Pepam).

I. SANE

FORMATION DES FORMATEURS, APPUI AU CFPT... : LES AXES D’UN PARTENARIAT FÉCOND DANS LA FORMATION PROFESSIONNELLE ET TECHNIQUE
Cfpt 2Formation des formateurs, appui au Centre de formation professionnelle (Cfpt), définition des filières de formation, etc. La coopération sénégalo-nipponne dans le domaine de la formation technique et professionnelle repose en grande partie sur ces principaux axes.

Le Centre de formation professionnelle et technique (Cfpt), à lui seul, symbolise la place de la formation professionnelle et technique dans la coopération bilatérale entre le Sénégal et le Japon.

Par le nom générique qui lui est collé et connu - Centre Sénégal-Japon - il est à la pointe de la formation des ressources humaines dans le secteur très primordial de la formation professionnelle et technique. Un secteur auquel l’Etat, à travers l’Axe 2 du Plan Sénégal émergent (Pse), veut donner une nouvelle orientation.

L’Etat, depuis quelques années, s’est doté d’une nouvelle loi d’orientation concernant la formation professionnelle collée à l’apprentissage. A côté de la loi d’orientation, un organe a été mis en place pour mettre en œuvre cette vision. C’est la Commission nationale de concertation sur la formation professionnelle qui regroupe l’Etat, les entreprises et les partenaires sociaux. Il y a aussi la mise en place de dispositifs de financement comme le Fonds de financement de la formation professionnelle et technique qui, entre autres missions, est chargé de mobiliser les ressources nécessaires au financement de la formation professionnelle et technique et de financer les actions de formation initiale ainsi que les actions de formation continue des personnels d’entreprise, des demandeurs d’emploi et des porteurs de projet d’insertion.

Formation des formateurs
Si, aujourd’hui, l’Etat recommence à donner de la valeur à la formation professionnelle, le Japon, lui, a toujours compris l’importance de ce sous-secteur dans la formation des cadres intermédiaires qui peuvent servir dans l’industrie. En plus d’être un des fleurons de la formation professionnelle et technique au Sénégal, le Cfpt est aussi un pont entre le Sénégal et le Japon dans leur coopération. Un pont sous lequel beaucoup d’eau a coulé et qui a aussi permis à plusieurs générations de traverser le lien reliant l’école à l’entreprise. Le Centre de formation professionnelle et technique Sénégal-Japon fait partie des structures de formation avec un fort taux d’insertion de ses diplômés. L’insertion professionnelle, après la formation, est, aujourd’hui, un axe sur lequel repose la nouvelle orientation du secteur de la formation professionnelle et technique. L’expérience du Cfpt dans ce sens pourrait servir d’exemple.

Au-delà de la vingtaine de milliards de FCfa investis par le Japon au Cfpt, dans le cadre du fonctionnement et de l’équipement, le pays du « Soleil levant » appuie aussi le Sénégal dans la formation des formateurs. Une coopération technique qui englobe par la même occasion l’amélioration des contenus de la formation technique et professionnelle, les nouveaux programmes de coopération publique-privée, etc. Le Japon qui se fonde sur sa propre expérience estime que l’éducation et le développement des ressources humaines sont essentiels pour le développement d'un pays.

Oumar NDIAYE

CENTRE DE FORMATION PROFESSIONNELLE ET TECHNIQUE : LE FLEURON DE LA COOPÉRATION BILATÉRALE SÉNÉGALO-NIPPONNE
Cfpt 1A côté du Cices, les imposants bâtiments du Centre de formation professionnelle et technique (Cfpt) Sénégal-Japon sont visibles pour marquer la coopération entre les deux pays. Créé en 1984, ce centre traverse les années tout en gardant ses édifices et sa renommée. Une réputation bâtie sur la solidité des relations entre les deux pays et la qualité de la formation qui y est dispensée.

Un des premiers établissements de formation spécialisés dans la maintenance industrielle, son action entre dans la politique gouvernementale de développement du secteur industriel qui accorde une grande importance à la formation professionnelle.

La principale vocation du Cfpt est la formation de techniciens intermédiaires d’exécution qui viennent rétablir l’équilibre au niveau de la main d’œuvre industrielle en servant de courroie de transmission entre les cadres et les ouvriers. Dans le cadre de l’offre d’éducation et de formation tout au long de la vie, la formation continue des professionnels est mise également en œuvre depuis 1989 sous forme de modules de perfectionnement. Plus de 2000 participants ont ainsi bénéficié de plus de 200 séminaires de formation à l’échelle nationale et internationale.

Les pensionnaires du Cfpt sortent avec un Diplôme de technicien supérieur et technicien de l’industrie. Les domaines de formation varient, pour le Diplôme de technicien supérieur, entre l’Informatique industrielle et Réseaux, l’Automatique, l’Electromécanique, la Maintenance des installations du bâtiment et la Maintenance des engins lourds. S’agissant du Diplôme de technicien de l’industrie, les filières de formation sont l’Electrotechnique, la Mécanique auto et l’Electromécanique.

O. NDIAYE

RENFORCEMENT DE LA CARTE SCOLAIRE, QUALITE DES ENSEIGNEMENTS/APPRENTISSAGES… : L’ÉDUCATION, UN SECTEUR PRIORITAIRE
S’il y a un secteur qui a le plus bénéficié de la coopération entre le Sénégal et le Japon, c’est bien celui de l’éducation. Dans le domaine de l’accès, l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica) a construit 4122 salles de classe et 1011 écoles pour un montant de plus de 30 milliards de FCfa. A cela s’ajoutent des projets phares de formation qui ont contribué à améliorer la qualité des enseignements/apprentissages et des ressources humaines.

Le Japon fait partie des pays-partenaires potentiels du Sénégal dans le domaine de l’éducation. De l’avis de la directrice de l’Enseignement élémentaire, le Sénégal et le Japon entretiennent une coopération « multiforme ». Selon Khady Diop Mbodj, la coopération intervient dans l’éducation à un niveau stratégique et touche les domaines clés du secteur. C’est ainsi que, depuis 1991, l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica) intervient dans la construction d’infrastructures scolaires « à travers l’aide financière non remboursable ». Ce qui a permis la construction et l’équipement de 4122 salles de classe et 1011 écoles dans l’élémentaire et dans l’enseignement moyen.

A partir de 2011/2012, le gouvernement du Sénégal a entamé une politique d’extension et de densification de sa carte scolaire jusqu’au collège. Ainsi, en partenariat avec la Jica, l’Etat a mis en œuvre un projet de construction d’ouvrages scolaires dans les régions de Dakar et Thiès. Il s’agit de 285 salles de classe, 186 box d’hygiène et 21 blocs administratifs. Le même projet a été étendu aux régions de Kaolack et Louga pour un coût global de 11 milliards FCfa. De 2013 à 2015, un projet similaire est déroulé dans la banlieue de Dakar. Sa réalisation a permis d’augmenter les capacités d’accueil des Collèges d’enseignement moyen (Cem). Au total, ce sont 189 salles de classe, 166 blocs d’hygiène et 20 blocs administratifs qui sont construits pour un financement d’environ 6,4 milliards de FCfa.

Toujours dans le souci d’améliorer l’accès et le maintien des enfants dans les structures éducatives du moyen, les Inspections de l’éducation et de la formation (Ief) de Kaolack, Nioro, Fatick, Mbour2 et Dioffior ont été renforcées en infrastructures scolaires. vCes circonscriptions se sont partagé 176 salles de classe, 45 blocs d’hygiène et 16 blocs administratifs. Plus de 3,8 milliards de FCfa ont été investis pour la réalisation de ces ouvrages. A ces réalisations s’ajoute la construction et l’équipement du Centre régional de formation des personnels de l’éducation et de la (Crfpe) de Fatick pour un montant de 1,2 milliard de FCfa. En clair, les interventions du Japon, à travers la Jica, en termes de réalisations d’infrastructures scolaires ont beaucoup contribué à l’amélioration des capacités d’accueil. Elles ont également grandement participé à la résorption des abris provisoires, un des casse-tête des autorités éducatives du Sénégal.

Pape Coly NGOME

AMÉLIORATION DE LA QUALITÉ DES ENSEIGNEMENTS/APPRENTISSAGES
Classe 2 JaponEn réalité, la Jica n’intervient pas que dans les constructions et les équipements scolaires. L’amélioration de la qualité des enseignements/apprentissages fait aussi partie de son champ d’intervention. C’est pourquoi plusieurs projets-programmes relatifs à la formation des ressources humaines sont initiés. C’est le cas du Projet de renforcement de l’enseignement des mathématiques, des sciences et de la technologie (Premst). Il est d’abord expérimenté dans les régions de Louga, Thiès et Fatick de 2007 à 2010 pour un montant de 605,8 millions de FCfa.

L’objectif visé est d’améliorer la qualité des enseignements/ apprentissages en mathématiques, sciences et technologie. Dans sa phase 1, le projet a pu former 13 500 enseignants et 1 700 directeurs, avec un taux de participation de 77,9 %. Ces résultats encourageants ont permis son extension aux autres régions, pour la période 2011-2015, pour un financement de 964,4 millions de FCfa, dont 767,5 millions de FCfa de la contrepartie sénégalaise. Durant cette deuxième phase, 54 800 enseignants, 5300 directeurs et 1800 représentants de cellules ont été formés. Toutes les sessions de formation ont eu lieu à distance, puis en regroupement par zone, et sont assurées par les membres de l’équipe technique nationale et ceux de l’équipe technique régionale ou encore l’équipe technique locale. A en croire le comité de pilotage dont la coordination est assurée par la Direction de l’enseignement élémentaire, le Premst a participé avec succès au renforcement des capacités pédagogiques des enseignants de l’élémentaire à travers la formation continue avec l’approche « Etude de leçon ».

P. C. NGOME

RENFORCEMENT DES DISCIPLINES FONDAMENTALES
Toujours soucieux du développement de l’enseignement des mathématiques, le ministère de l’Education nationale et la Jica ont lancé un troisième programme dénommé Projet d’amélioration des apprentissages en mathématiques à l’élémentaire (Paame). Il est financé à hauteur de 3,42 milliards de FCfa, dont 1,66 milliard de FCfa de la contrepartie sénégalaise. Il est mis en œuvre depuis 2015 et va jusqu’en août 2019. Le projet vise 20 écoles situées dans les deux zones pilotes, à savoir les académies de Kaolack et Kaffrine. Il s’agit, dans ce projet, de mettre en œuvre les pratiques qui contribuent à améliorer les apprentissages des élèves en mathématiques. Une activité qui sera étroitement liée au renforcement des capacités pédagogiques des enseignants en mathématiques et à la capacitation des comités de gestion de l’école pour permettre la pérennité des activités.

L’inspecteur Aliou Badara Diop, coordonnateur du projet, précise que les produits du Paame peuvent aussi servir d’intrants dans la mise en œuvre des Contrats d’amélioration de la qualité (Caq) des écoles mais aussi des Plans d’amélioration de la qualité (Paq) des Ief en aidant la mobilisation de toutes les parties prenantes autour du Comité de gestion de l’école (Cge). Selon l’inspecteur Diop, les premiers résultats obtenus sur le terrain par le Paame sont « satisfaisants ». Pour lui, des progrès sont notés aussi bien dans le fonctionnement des cellules d’animation pédagogique que dans celui des Cge et Ucge. Toutefois, il reconnaît que des efforts restent à faire dans la mobilisation des communautés et des collectivités locales pour atteindre les objectifs.

P. C. NGOME

GESTION ET GOUVERNANCE DU SYSTÈME
Classe 1 JaponEn 2015, le ministère de l’Education nationale, avec l’appui de la coopération japonaise, a mis en place un autre programme dénommé Projet d’amélioration de l’environnement scolaire (Paes). Ce dernier a contribué à l’amélioration de l’environnement scolaire et à la qualité de l’éducation à travers l’implication des communautés et des collectivités locales dans la gestion des écoles et l’élaboration de matériels didactiques supplémentaires. A travers ce nouveau projet, la coopération japonaise a fourni une assistance technique remarquable dans la mise en place et le fonctionnement des Comités de gestion des écoles (Cge) et des Unions de comité de gestion des écoles (Ucge). Deux organes à travers lesquels les politiques d’autonomisation des écoles élémentaires vont se développer. Selon l’inspecteur Ibrahima Bâ, coordonnateur du Paes, il s’est agi d’impliquer la communauté et les collectivités locales dans la gestion de l’école. En plus de l’amélioration de la qualité des enseignements/apprentissages via les sessions de formation des enseignants dans les disciplines scientifiques, les capacités des apprenants sont également renforcées. Ainsi, les élèves des écoles des zones d’intervention ont pu bénéficier de cours de soutien et de livrets d’exercices.

Le Paes a d’abord été expérimenté dans les régions de Fatick, Louga et Kaffrine. Et, dans le cadre du Programme d’amélioration de la qualité et de l’équité dans l’école de base (Paqeeb), il a été étendu aux autres régions.

P. C. NGOME

L’EXPERTISE JAPONAISE POUR UNE MUTUALISATION D’EXPÉRIENCES
La coopération sénégalo-japonaise est aussi visible dans le domaine des échanges d’expériences pédagogiques. Depuis plusieurs décennies, les volontaires japonais interviennent dans le secteur de l’éducation au Sénégal. Bon nombre d’entre eux sont soit dans le cycle préscolaire soit dans l’élémentaire. Ils y développent de nouvelles méthodes de gestion et de pratiques de classe et confectionnent aussi des outils pédagogiques et d’apprentissage. Un ensemble d’instruments qui participent à améliorer la qualité des enseignements/apprentissages. La directrice de l’Enseignement élémentaire affirme que la collaboration entre les volontaires japonais et les enseignants sénégalais a donné lieu à la mise au point d’outils pédagogiques importants. La plupart de ces volontaires s’activent dans la promotion de l’éducation musicale, des travaux manuels, de l’éducation physique et sportive et de l’enseignement des sciences et des mathématiques, fait remarquer Mme Mbodj. A l’en croire, la Jica est conforme aux principes de Paris et a donné beaucoup de satisfactions. Elle a également permis de transformer positivement le système éducatif.

P. C. NGOME

COOPERATION SANITAIRE : LE COUPLE MÈRE-ENFANT AU CŒUR DE LA POLITIQUE DE SANTÉ DU JAPON AU SÉNÉGAL
Sante 2 JaponL’amélioration de la qualité des soins et le renforcement de l’accès aux services sont au centre des interventions du gouvernement japonais dans le domaine de la santé au Sénégal. Le pays du « Soleil levant » œuvre ainsi pour que le Sénégal ait des ressources humaines, des infrastructures et des équipements aux normes. Aussi, le Japon qui fait du couple mère-enfant l’une de ses priorités veut promouvoir une bonne politique de référence-contre référence. L’objectif étant de renforcer la capacité du Sénégal en tant que Centre d’excellence pour les pays de l’Afrique de l’Ouest francophone.

La coopération sanitaire entre le Sénégal et le Japon est multiforme. Elle se matérialise en termes de construction et d’équipement de structures sanitaires, de renforcement des capacités des prestataires à travers des sessions de formation, d’allocation de ressources pour appuyer certains programmes visant directement les populations, etc. Parmi ces derniers, il y a la Couverture maladie universelle (Cmu), une initiative du président Macky Sall, lancée, en 2013, pour faciliter aux populations l’accès à des soins de santé de qualité. C’est justement pour appuyer le Sénégal dans la réduction des inégalités sociales, afin que les 80 % de la population qui n’ont pas d’assurance maladie puissent aussi accéder aux soins sans grandes difficultés, que le Japon a octroyé à notre pays, en 2016, en marge de la 6ème Ticad (Addis-Abeba, Nairobi, 27-28 août 2016), 41 milliards de FCfa. « Nous avons beaucoup de défis à relever pour réussir la Cmu. C’est pourquoi nous avons tendu la main aux partenaires. Le Japon a accepté de nous aider pour 2016-2017 avec la somme de 41 milliards de FCfa. Cet appui nous permettra de régler les questions d’inaccessibilité géographique et financière aux structures sanitaires », s’était réjouie le Pr Awa Marie Coll Seck, à l’époque ministre de la Santé et de l’Action sociale.

Soucieux de faciliter aux populations sénégalaises l’accès aux soins surtout les couches vulnérables, le Japon va aussi doter le Sénégal d’un Centre d’application pour la santé de la mère et de l’enfant. Le protocole d’accord de financement non remboursable dudit centre qui sera implanté à l’Ecole nationale de développement sanitaire et social (Endss) a été paraphé en 2014. Le coût de réalisation de cette infrastructure visant également à renforcer la formation des prestataires, en l’occurrence les sages-femmes et les infirmiers, est estimé à 3,52 milliards de FCfa. Une préoccupation d’autant plus légitime que le Sénégal fait face à une mortalité maternelle (392 décès pour 100.000 naissances vivantes, Eds 2015) et infantile (39 pour 1000, Eds 2015) encore élevée. Cela, malgré les nombreuses initiatives déroulées pour limiter les décès des femmes et des enfants.

C’est d’ailleurs dans la croisade contre les décès maternels et infantiles au Sénégal que s’inscrit le Projet de renforcement de soins de santé maternelle et néonatale (Pressmn). Déroulé par le ministère de la Santé et de l’Action sociale, ce programme est également soutenu par la coopération japonaise. Il vise à promouvoir l’accouchement humanisé ; ce dernier étant « un ensemble de conditions qui permettent à la femme d’être à l’aise et de vivre l’accouchement comme un évènement heureux. L’accouchement à style libre fait partie intégrante de l’accouchement humanisé », souligne-t-on, précisant que « l’objectif est d’assurer le bien-être de toute parturiente et de tout nouveau-né afin de répondre aux normes et protocoles de santé de la reproduction au Sénégal ». L’accouchement à style libre permet aux femmes d’adopter la position de leurs choix : debout, assis, accroupi ou couché.

Après une première phase concluante (2009-2011) dans les régions de Tambacounda et Kédougou, la deuxième phase, lancée en 2014, s’est déroulée dans la région de Dakar, précisément au Centre de santé Gaspard Kamara (district sanitaire centre). Et l’objectif ultime est de passer à l’échelle ce modèle de soins de santé maternelle et néonatale, en rendant ces derniers plus humanisés, conformément aux bonnes pratiques recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (Oms). Et, aujourd’hui, nombreuses sont les structures sanitaires du Sénégal qui souhaitent être dotées des équipements nécessaires à la mise en place de l’accouchement humanisé. Ce, pour une meilleure prise en charge du couple mère-enfant.

Maïmouna GUEYE

ACCES AUX SOINS : L’EMPIRE DU « SOLEIL LEVANT » MOBILISÉ DANS LA CONSTRUCTION ET L’ÉQUIPEMENT DE STRUCTURES SANITAIRES
Sante 1 JaponLe pays du « Soleil levant » participe à l’élargissement de la carte sanitaire du Sénégal. C’est ainsi que de nombreuses structures de santé ont été construites et/ou équipées pour davantage faciliter aux populations l’accès aux soins.

La construction et l’équipement de structures sanitaires occupent une place de choix dans les interventions du Japon au Sénégal. En attestent les réalisations effectuées dans les régions de Tambacounda et Kédougou, précisément au niveau des centres de santé de Makacolibantang, Dianké Makha et Saraya. Des zones caractérisées par leur éloignement (plus de 700 km de Dakar) et leur enclavement et bénéficiaires du Projet d’aménagement des infrastructures sanitaires signé en 2009. Ce dernier vise à relever le plateau technique et le niveau de développement social de ces régions périphériques (Est du pays) encore fortement touchées par la pauvreté et où l’accès aux soins de santé est encore très faible.

Le Centre régional de formation de Tambacounda, qui a été réhabilité dans le cadre de ce projet financé à hauteur d’environ 8,3 milliards de FCfa, fait aussi partie des bénéficiaires du Projet d’aménagement des infrastructures sanitaires dans les régions de Kédougou et Tambacounda. C’est en avril 2014, lors du Conseil des ministres délocalisé dans la région de Kédougou, qu’a été inauguré le Centre de santé de Saraya en présence du chef de l’Etat, Macky Sall, et de l’ambassadeur du Japon au Sénégal, Takashi Kitahara.


A l’occasion, M. Kitahara avait avancé que la construction et l’équipement de ces infrastructures traduisent la politique de santé du Japon axée sur la santé de la mère et de l’enfant. C’est aussi « la concrétisation de la volonté exprimée par le Premier ministre du Japon, Son Excellence Monsieur Shinzo Abe, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, en 2013, de bâtir « une société où les femmes brillent », avait-il indiqué. A sa suite, le président de la République, Macky Sall, avait réaffirmé la volonté du gouvernement du Sénégal de fournir les efforts nécessaires pour que les populations de ces régions qui ont difficilement accès aux structures de santé soient correctement prises en charge. Il avait aussi exhorté, tout comme M. Kitahara, les personnels de santé, la commune et les populations bénéficiaires à veiller au bon usage et à l’entretien efficace de ces centres.

La réhabilitation de la maternité de l’hôpital Principal de Dakar (Pavillon Saint-Louis), inaugurée en 2013, la réalisation des infrastructures et l’équipement du Projet d’aménagement du service radiographie du Centre de santé Popenguine, avec un financement du Japon d’un montant d’environ 49 millions de FCfa (74,599 euros), entrent aussi, parmi tant d’autres, dans le cadre du programme d’appui du pays ami au Sénégal dans le domaine de la santé. Tout comme les équipements d’une valeur de 46 millions de FCfa offerts par le Japon, en 2013, au Service chirurgie pédiatrique de l’hôpital d’enfants Albert Royer.

M. GUEYE


UNE UNITÉ DE SOINS MOBILE AUX FORCES ARMÉES SÉNÉGALAISES
L’hôpital de campagne de niveau 2, offert par le Japon à l’armée sénégalaise, au mois de juillet 2017, entre dans le soutien à la mise en place d’infrastructures sanitaires de qualité.

Cet outil de soins mobile, d’un coût de 655 957 000 de FCfa, est composé de « 30 lits avec des modules de chirurgie, d’anesthésie-réanimation, de radiologie, de chirurgie dentaire et deux ambulances médicalisées ». Augustin Tine, ministre des Forces armées, qui a reçu cet hôpital de campagne des mains de l’ambassadeur du Japon au Sénégal, Shigeru Omori, avait souligné que cette infrastructure devra permettre au Service de santé des armées de « mieux faire face au plus près à toutes les situations d’afflux massif de blessés ».

Surtout, avait-il rappelé, dans le contexte actuel « marqué par l’accroissement et la diversification des menaces de toutes sortes, avec comme corollaire l’augmentation de la demande d’offre de soins médico-chirurgicaux à travers le pays et dans la sous-région ». Outre cet aspect, l’ambassadeur du Japon s’était réjoui du fait que cet hôpital de campagne va « améliorer la qualité des soins des populations n’ayant pas accès aux structures sanitaires ».

M. GUEYE

COOPERATION AGRICOLE : LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ ET CIBLER L’AUTOSUFFISANCE ALIMENTAIRE
Agriculture JaponL’agriculture et le développement rural sont parmi les secteurs privilégiés par la coopération japonaise au Sénégal, eu égard aux objectifs de Stratégie de lutte contre la pauvreté et aux politiques d'autosuffisance alimentaire que l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica) a toujours accompagnés.

Cette volonté politique de promouvoir le développement de l'agriculture au Sénégal s'est confirmée davantage avec le lancement de l'initiative Card (Coalition pour le Développement du Riz en Afrique) lors de la Ticad IV (Conférence Internationale de Tokyo pour le Développement de l'Afrique en mai 2008) dont l'objectif principal est de doubler la production du riz en Afrique dans les 10 années à venir, à travers une meilleure coordination des investissements et de l'assistance technique dans ce secteur. Dans le passé déjà, le Japon a financé sous forme de subvention non remboursable plusieurs projets dans le cadre de l'augmentation et l'intensification de la production agricole.

La coopération sénégalo-nipponne est très dynamique et cible des axes prioritaires. C’est ainsi qu’un certain nombre de programmes et projets agricoles ont été mis en avant par la coopération japonaise pour améliorer le secteur agricole. Bras armée et outil de cette coopération l’Agence japonaise de la coopération internationale (Jica), explique que le Programme d’amélioration de l’économie rurale (Paer) met essentiellement l’accent sur l’appui aux filières agricoles et productives qui représentent la première source de revenus des ménages. Mis en place pour « booster l'économie rurale », le Paer poursuit l’objectif de « promouvoir/les chaînes de valeurs agricoles à travers diverses composantes telles que l'amélioration de la productivité et de la qualité des produits, l’amélioration des circuits de distribution, l’optimisation de la gestion des exploitations agricoles, etc. »

Le Programme est, rappelle la Jica, mis en œuvre conformément aux orientations stratégiques contenues dans le Plan Sénégal émergent (horizon 2035). Il veut aussi répondre aux priorités contenues dans le Programme d'accélération de la cadence de l'agriculture sénégalaise (Pracas) ainsi qu’à la Stratégie nationale de sécurité alimentaire et de résilience, déclinée dans un Programme quinquennal d’appui à la sécurité alimentaire et à la résilience (Pnasar 2018-2022). Un autre projet agricole non moins important est le Projet d’amélioration de la productivité du riz dans les aménagements hydro-agricoles de la Vallée du fleuve Sénégal (Papriz 2). Il s’inscrit dans la poursuite des acquis du Papriz 1 que la Jica avait mis en place cet appui dans le cadre de la coopération technique afin de booster la production et la productivité du riz dans l’aménagement hydroagricole de la vallée du fleuve Sénégal. L’amélioration de la productivité et de la rentabilité de la riziculture dans la vallée était l’objectif général du Papriz 1 lancé en 2010 pour une période de 4 ans.

Des experts mis à disposition
L’appui japonais à l’agriculture a compris également l’envoi d’experts en qualité du riz et en emballage. L’expert riz a appuyé pour la « planification, le suivi et l’évaluation du programme de promotion de riz local » tandis que l’expert en emballage aura mis à profit son séjour de trois mois pour imprégner les organisations de producteurs, les distributeurs et les commerçants sur l’amélioration de l’emballage du riz local, le label, l’étiquetage, etc.

Le Projet de renforcement des capacités des petits producteurs horticoles (Shep) est mis en œuvre dans le but « d’augmenter les revenus des petits producteurs horticulteurs par la mise en pratique d’une approche nouvelle orientée vers le marché ». La formulation d’une approche d’agriculture orientée vers le marché adaptée au contexte de la zone des Niayes ; le renforcement des capacités des ressources humaines impliques dans la vulgarisation de l’agriculture orientée vers le marché tout comme une pratique, par les producteurs des zones cibles, d’activités de production et de commercialisation basées sur l’approche d’une agriculture orientée vers le marché sont des résultats fortement attendus. Le projet Shep est mis en œuvre avec la collaboration de l’Association des Unions maraichères des Niayes (Aumn) pour une durée de 5 ans (2017-2022), et en partenariat avec la Direction de l’horticulture et l’Ancar.

Un autre et non moins important projet de renforcement est le Projet de renforcement des capacités en matière de gouvernance de la sécurité alimentaire et de la résilience. Mis en œuvre avec le Secrétariat exécutif du conseil national de sécurité alimentaire du Sénégal (Secnsa), il a pour but de « renforcer la sécurité alimentaire et la résilience à travers, notamment l’amélioration des mécanismes de coordination et de suivi évaluation ». Ce projet est mis en œuvre pour une durée pour une durée de 4 ans entre 2017 et 2022.

La Jica veut ainsi travailler à « stimuler le développement global de l'économie rurale et la résilience contre le risque du changement climatique par le développement communautaire basé sur l’entretien de la durabilité des bases de production, l'augmentation des revenus des ruraux, la diversification des sources de revenus, la création d'activités économiques et la maîtrise de la dégradation de l'environnement ».

Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

BOOSTER LE DÉVELOPPEMENT PAR LES INFRASTRUCTURES
Route JaponAu Sénégal, le Japon a toujours apporté un important appui au développement des infrastructures. En effet, le Japon veut faire de ces infrastructures un levier du développement. D’autres projets ont été mis en œuvre pour contribuer à la croissance économique durable du Sénégal et à plus grande échelle pour l’intégration régionale de l’Afrique de l’Ouest.

Dans son Plan d’actions pour les cinq prochaines années, initié lors de la 4ème Conférence Internationale de Tokyo pour le Développement de l’Afrique (Ticad IV), le Gouvernement du Japon a placé les Infrastructures de transport régionales, y compris les ports, dans les hautes priorités. En plus, dans une dynamique de soutien au Nouveau partenariat économique pour le développement de l’Afrique (Nepad), le Japon s’est engagé à contribuer à la réduction de la pauvreté par le biais de la croissance économique en apportant une aide prioritaire au développement des infrastructures qui contribue au renforcement de l’intégration économique africaine. C’est ainsi que les interventions du Japon dans ce secteur sont déclinées à travers la réalisation du corridor Bamako-Dakar par le sud qui intègre le Programme d’actions communautaires des infrastructures et transport routiers (Pacitr) de l’Union économique et monétaire de l’Ouest-africain (Uemoa). « Ce corridor d’intérêt communautaire, est un des axes majeurs nécessaires à la préservation et à l’amélioration des échanges terrestres entre les populations frontalières. Ce qui fait que l’impact socio-économique de cette liaison routière profite aux deux Etats (Mali et Sénégal), mais aussi aux pays voisins, à travers le désenclavement des zones desservies, l’accroissement de la mobilité et la liaison avec les voisins mais surtout le développement des activités agricoles et de commerce dans la région », lit-on dans une note de la Jica.

Le Programme de d’aménagement routier et de facilitation du transport sur le corridor Bamako-Dakar par le sud porte également une empreinte japonaise. Le Japon est intervenu en co-financement sous forme de prêt concessionnel dans ce programme avec la Banque africaine de développement (Bad) et la Banque ouest-africaine de développement (Boad) sur les tronçons routiers entre Kédougou et Falémé (réhabilitation du tronçon Kédougou-Saraya (61 Km), construction du tronçon Kharakhéné-Falémé (21,3 Km). Le programme a pour objectif de contribuer au renforcement de l’intégration économique et de la coopération sous-régionale, et au désenclavement des pays.

Le programme comprend des travaux routiers (en béton bitumineux 05 cm) et d’aménagement d’infrastructures socio-économiques (cases de santé, forages, pistes, rurales…) pour répondre à des besoins immédiats des populations riveraines, ainsi que des mesures de facilitation du transport et du transit sur le corridor. Ce programme est en conformité avec les objectifs du Nepad dont il fait partie du plan d’actions à court terme. Il avait démarré, du côté sénégalais, en 2008.

Autres domaines d’intervention
Dans le domaine de l’information et des technologies, la coopération japonaise a construit la Nouvelle Maison de la Rts en 1987, fourni des programmes de TV à la Rts en 1989, tout en renforçant des capacités télévisuelles de cette même Rts en 2005. La coopération japonaise a aussi une étude sur le système de gestion de l’information sur les infrastructures socio-économique de la zone urbaine de Dakar en 2000. Ou encore la mise en place d’un système de gestion de l’information sur les infrastructures socio-économiques de la zone de Dakar en 2002 et l’affectation, pour une durée de deux ans, d’un expert japonais.

La construction de l’Usine de dessalement de l’eau de mer des Mamelles est l’un des projets-phares de la coopération japonaise tant par son financement que par ses objectifs. D’un montant de 145,615 milliards de FCfa, ce projet veut combler la forte demande en eau qui va avec la croissance démographique étant entendu que l’approvisionnement actuel ne peut satisfaire la demande quotidienne maximale.

La Jica a signé un accord de prêt avec le gouvernement de la République du Sénégal pour le projet de dessalement de l'eau de mer des Mamelles. Ce projet prévoit, selon la Jica, la construction d'une nouvelle usine de dessalement d’eau de mer, la première en son genre au Sénégal (capacité de production : 50,000 m3/ jour), à Dakar, la capitale, ainsi que l'amélioration du réseau de canalisations urbaines.

La réhabilitation du Môle 3 du Port de Dakar construit en 1939 devrait faire du bien à l’infrastructure qui prend en charge les « 15 millions de tonnes annuelles de marchandises pour le Sénégal, mais aussi les marchandises destinées au Mali ». D’un montant de 21 milliards de FCfa, la réhabilitation a été conclue par un don qui don qui permettra « un chargement et un déchargement des marchandises plus sûr, plus efficace et plus hygiénique ».

L’approvisionnement en eau potable et l’amélioration des conditions d’hygiène dans les zones rurales (Japon 14) est un autre pilier du développement infrastructurel. D’un montant de 4,18 milliards, Japon 14 est un « projet de construction d’ouvrages hydrauliques et d’assainissement dans les régions de Tambacounda (3 sites), Matam (1 site) et Kédougou (1 site) en 2017. Ce projet a permis à 34 villages et à une population d’environ 28.900 personnes vivant dans les sites ciblés, de bénéficier des installations réalisées », selon la Jica.

I. Khaliloullah NDIAYE

SHIGERU OMORI, AMBASSADEUR DU JAPON AU SENEGAL : « LA VISITE DU PRÉSIDENT MACKY SALL RENFORCERA NOTRE COOPÉRATION DÉJÀ DYNAMIQUE »
Shigeru Omori JaponL’ambassadeur du Japon au Sénégal, Son Excellence Shigeru Omori, s’est prononcé sur la coopération entre les deux parties à la veille de la visite du chef de l’Etat sénégalais dans son pays. Une coopération qu’il trouve déjà « très dynamique » et qui devrait être renforcée au terme de cette visite. Il revient en chiffres et en détails sur d’importants aspects de cette coopération dans l’entretien qu’il nous a accordé.

Excellence, nous sommes à la veille d’une visite du président de la République du Sénégal, Macky Sall, au Japon. Pouvez-vous revenir sur l’importance de cette visite dans les relations entre les deux pays ?
Son Excellence Monsieur le président Macky Sall a déjà effectué une première visite au Japon, en 2013, pour participer à la 5ème Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad V). La visite de cette année est encore plus importante, puisqu’elle est la première visite bilatérale du président au Japon et devra marquer sa participation au Forum sur la Couverture sanitaire universelle (Csu). La visite bilatérale du chef de l’Etat est le témoignage de la plus haute distinction dans le protocole diplomatique. Le Japon souhaite renforcer ses relations bilatérales, qui sont déjà excellentes, avec le Sénégal. Le président Macky Sall et le Premier ministre du Japon, M. Shinzo Abe, auront un entretien. Le Premier ministre offrira également un dîner en l’honneur de son hôte.

La coopération entre les deux pays est diversifiée. Pensez-vous que cette visite puisse la booster davantage ?
Nous sommes persuadés que cette visite renforcera davantage cette coopération qui est non seulement variée, mais très dynamique. Nous sommes présents dans divers domaines, en parfaite réponse aux attentes des autorités sénégalaises. Des infrastructures à la santé, en passant par l’éducation et le renforcement des capacités des ressources humaines, nous poursuivons effectivement une bonne coopération avec le Sénégal.

Pourriez-vous être plus explicite sur cette coopération ?
Pour citer quelques projets de coopération japonaise au Sénégal, nous pouvons noter le Projet de réhabilitation du Môle 3 du port de Dakar d’un montant de 3 milliards 971 millions de yen, soit environ 19 milliards 855 millions de FCfa, le Projet de dessalement de l’eau de mer aux Mamelles d’un montant de 27 milliards 463 millions de yen, soit environ 137 milliards 315 millions de FCfa. En plus, le Japon fournit diverses aides dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche, de la santé, du développement urbain et sanitaire... Dans le volet de la coopération technique, le Japon envoie des experts et conseillers de divers secteurs pour accompagner les efforts du Sénégal dans la réalisation de sa politique de développement. Certains sont déjà sur place et nous prévoyons l’arrivée d’autres dans les années à venir.

Notre pays accueille également des stagiaires et des fonctionnaires sénégalais dans le cadre des programmes de formation. Nous avons aussi un programme spécifique appelé « Initiative Abe - African business education » - dans le cadre duquel le Japon reçoit des jeunes africains pour des études de 2 ans en vue d’obtenir un Master’s degree et d’effectuer un stage dans des entreprises japonaises. Nous voulons bien que cette visite booste davantage la coopération entre nos deux pays qui est déjà très dynamique.

Il faut aussi rappeler que la coopération japonaise en faveur de l’Afrique se base sur deux principes fondamentaux que sont l’appropriation par les pays africains de leur développement (Ownership) et le partenariat du Japon pour accompagner leurs efforts dans ce sens (Partnership). Ce partenariat se traduit par des réponses aux demandes faites par chaque pays africain dans des dossiers de requête spécifiques aux besoins de chacun.

Ces deux éléments de base ont dégagé des résultats des différentes éditions de la Ticad, dans le cadre de laquelle le développement des pays africains repose sur trois piliers : la promotion de la transformation économique structurelle par la diversification économique et l’industrialisation, notamment par la création d’infrastructures de qualité et le développement des ressources humaines ; la promotion de systèmes de santé résilients pour la qualité de vie par le renforcement des systèmes de santé, en réponse aux crises de santé publique, et plus spécialement l’adhésion à la Couverture sanitaire universelle (Csu) ; et la promotion de la stabilité sociale pour une prospérité partagée, notamment par la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent.

Que faites-vous spécifiquement dans le cadre de la transformation économique qui est une de vos priorités ?
Dans ce cadre, le Japon apporte une contribution importante pour le développement du Sénégal et a décidé d’envoyer au Sénégal, au mois de janvier 2018, une forte délégation composée de nombreux hauts responsables de diverses entreprises japonaises pour tenir une conférence sur les infrastructures de qualité. Le Japon possède une très grande expertise dans ce secteur.

Expertise fondée sur notre expérience grâce à un environnement sous forme d’archipels connaissant beaucoup de désastres naturels. Ce qui nous a menés à développer nos infrastructures résilientes.

La santé sera au centre des questions à aborder lors de la visite du président sénégalais avec l’initiative qu’est la Couverture sanitaire universelle (Csu). Quel est le modèle japonais dans ce domaine ?
Nous essayons, effectivement, de faire la promotion de systèmes de santé résilients pour la qualité de vie par le renforcement des systèmes de santé, en réponse aux crises de santé publique, et plus spécialement l’adhésion à la Couverture sanitaire universelle (Csu). Dans l’exécution de ce pilier au Sénégal, le Japon aide le gouvernement à réaliser la Csu par le biais d’un prêt d’un montant de 8 milliards 440 millions de yen, soit environ 42 milliards 200 millions de FCfa. Le but de ce prêt est d’aider les autorités sénégalaises à réaliser la Csu dans leur pays. Pour la réussite de la Csu au Sénégal, le Japon envoie aussi des experts et des équipements médicaux nécessaires. Le Sénégal figure parmi les pays modèles pour promouvoir la Csu.

Nous développons aussi d’autres axes dans la coopération sanitaire. Et pour citer quelques réalisations japonaises dans le domaine de la santé, nous pouvons rappeler le Projet de renforcement des soins de santé maternelle et néonatale (Pressmn), qui vise à former des infirmiers et sages-femmes pour permettre l’accouchement humanisé, ou encore le Projet d’appui au renforcement du système de santé (Parss) visant à améliorer l’efficacité de l’administration médicale. Une autre réalisation est le projet de lutte contre le virus Ebola à travers la fourniture d’équipements nécessaires comme des lits, des produits antiseptiques au Centre de santé désigné pour le traitement de la maladie, à savoir le Centre hospitalier de Fann. Le Japon a également fourni des équipements destinés à renforcer la surveillance.

Le Forum sur la Couverture sanitaire universelle, auquel prendra part le président sénégalais, est co-organisé par le gouvernement du Japon, l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica), la Banque mondiale, l’Organisation mondiale de la santé (Oms), l’Unicef, et l’Uhc 2030. Le but est de passer en revue les résultats de la Csu au niveau national, régional et mondial, et d’échanger des expériences et leçons concernant le progrès de la Csu dans chaque pays.

La présence japonaise au Forum de Dakar sur la paix et la sécurité se fait remarquer. Qu’est-ce qui l’explique ?
Le Japon participe au Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité de l’Afrique par un concours financier mais aussi par une présence de responsables. Le Japon apporte, et cela depuis la première édition, une contribution financière régulière au Forum. Pour la récente et 4ème édition de ladite rencontre, le Japon a financé à hauteur de 100 millions de yen, soit environ 500 millions de FCfa, la plus grande contribution, et dépêché un ministre délégué du ministère des Affaires étrangères. Donc, malgré la distance géographique, le Japon s’engage pour la paix et la sécurité de l’Afrique.

Propos recueillis par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

Avec cette infrastructure de dernière génération, conçue suivant les normes les plus stricts en matière d’aéroport, le Sénégal, à travers sa capitale, Dakar, porte océane que lui confère sa position géographique privilégiée, réaffirme sa volonté d’être un hub aéroportuaire sous-régional.

Certainement, c’est avec beaucoup de fierté que le président Macky Sall fera l’inauguration, ce jour, de l’Aibd, infrastructure aéroportuaire qui occupe une place importante dans sa vision de faire de Diamniadio et de ses environs un espace de production et de services qui, à terme, devrait peut-être concurrencer la capitale.

Projet enlisé depuis des années, du fait d’un montage qui n’était pas des meilleurs, il a su, avec son gouvernement, trouver les ressources et la formule intelligente pour concrétiser, avec des partenaires de qualité, l’érection de l’Aéroport International de Diass. L’Etat évoluant dans la continuité, l’ingénieur bâtisseur pose ainsi les jalons d’une ville future alliant modernisme et fonctionnalité.

En 2014 déjà, était inauguré le Centre de conférence Abdou Diouf pendant les Assises internationales de la Francophonie que Dakar avait abritées. Dans la foulée, d’autres projets ont été lancés comme le domaine industriel porté par l’Aprosi, l’hôtel cinq étoiles de Diamniadio sur le site du Centre de conférence, le Train express régional (Ter) qui va desservir l’Aibd, le complexe sportif, le Centre international d’exposition, la cité ministérielle, la Zone économique spéciale, etc. Tous ces projets en phase de réalisation avancée et dont l’inauguration de certains est prévue en 2018, s’inscrivent dans le Plan Sénégal émergent (Pse).

Ils ont été conçus dans un haut esprit cohérent, ayant tous des liaisons dynamiques, pour des impacts croisés et avec comme finalité, la pose des bases d’une ville disposant d’infrastructures de développement et de systèmes d’échanges économiques, culturels, sociaux, etc. Bâtir une ville nouvelle n’est, en effet, pas aisée. Toute erreur dans la conception se paie. Mais, dans sa création, la plateforme de Diamniadio, avec l’Aéroport International de Diass à quelques encablures et tous les projets connexes, relève d’une vision pragmatique. C’est dans cet esprit que le Premier ministre a procédé, la semaine dernière, à la pose de la première pierre du futur port minéralier de Bargny, une vieille ville historique, non loin de Diamniadio.

Dans quelques décennies, quand la ville aura grandi, disposant de toutes ses infrastructures et offrant pour ses futurs habitants un cadre de vie meilleur que celui de Dakar, la capitale, l’on mesurera mieux la générosité de la vision du président de la République. A l’image d’Abuja, qui est, aujourd’hui, la ville phare du Nigéria, Diamniadio et Diass s’imposeront, dans le temps, comme villes modernes, bien conçues et ouvertes sur le monde.

Héritée du colon, Dakar, ville centenaire, ne peut plus s’étendre du fait d’une position géographique privilégiée, une belle presqu’île. La conception et la construction d’une ville nouvelle étaient donc devenues un impératif que le président Macky Sall a bien intégré dans sa vision en tenant compte de plusieurs contraintes spatiales, techniques, financières et sociales. Le pragmatisme de l’ingénieur qu’il est a eu pour socle la forte volonté politique qui l’anime.

S’il est avéré que construire une ville nouvelle n’est point un exercice aisé au regard de toutes les contraintes à lever, les dividendes de ces options politiques sont immenses. Déjà, sur le plan de l’aménagement urbain, Diamniadio a son schéma directeur. Celui de Diass suivra incessamment puisqu’il s’agit de préserver les réserves foncières pour éviter les tares de la spéculation foncière dont Dakar a été victime. Il est évident qu’une conurbation est en gestation entre Diamniadio, Diass, Sindia et Mbour.

Mais, aujourd’hui que le Sénégal dispose de grands chantiers urbains, dont celui de Diamniadio qui a déjà démarré et celui du Lac Rose qui est autre projet du président de la République, il est à regretter la disparition de l’Ecole d’architecture et d’urbanisme, établissement public d’enseignement, que le Sénégal avait en partage avec d’autres pays amis et qui a eu à former plusieurs générations de talentueux architectes et urbanistes. Notre pays a besoin de former ses futurs architectes et urbanistes qui seront impliqués dans la conception de nouvelles villes où les questions de mobilité seront, en amont, pris en charges. Cela, pour faire l’économie de dépenses faramineuses dans la résolution des problèmes que pose l’épineuse question de la mobilité urbaine.

C’est d’ailleurs le lieu de faire le plaidoyer pour une nouvelle école publique d’architecture et d’urbanisme que l’Etat devrait prendre en charge afin de former cette élite de concepteurs et bâtisseurs dont notre pays a si grandement besoin. Avec la découverte du pétrole et du gaz, l’élan de construction nationale ira crescendo et les besoins et enjeux urbanistiques et architecturaux se poseront encore avec plus d’acuité. L’Aéroport International Blaise Diagne est né d’une anticipation, une école publique d’architecture et d’urbanisme doit aussi l’être pour gérer un futur immédiat.

 

L’exploitation de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) a été confiée à la société privée Limak-Aibd-Summa, en acronyme LAS. Dirigée par Xavier Marie, elle va avoir la charge de bien faire tourner le nouvel aéroport.

L’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) est sous concession privée. La gestion est confiée à la société Limak-Aibd-Summa (LAS). Celle-ci aura pour mission « d’exploiter l’aéroport, c’est-à-dire de la faire tourner au quotidien, d’assurer une bonne qualité de service, en toute sécurité et sûreté à l’ensemble des passagers et des acteurs du transport aérien mais aussi de rentabiliser en mettant des commerces qui pourront satisfaire tous les gens qui passent par l’aéroport », détaille son directeur général Xavier Marie.

En homme d’expérience pour avoir passé de nombreuses années dans le milieu aéroportuaire, M. Marie voit en l’Aibd « un outil remarquable qui sera une véritable porte d’entrée très qualitative pour le Sénégal et qui offrira aux gens qui viendront la première image d’un pays dynamique et qui est tourné vers l’avenir ». Il est d’avis que le nouvel aéroport a de quoi accueillir trois millions de passagers. Un flux qu’il pourra porter rapidement à cinq millions de passagers après quelques aménagements. L’ambition étant de développer le trafic aérien en plaçant Dakar en position de plaque tournante en Afrique de l’ouest.

Pour faire de Dakar un hub et rendre l’Aibd rentable, Xavier Marie a déjà beaucoup d’idées en tête. L’une de ses stratégies, c’est de développer d’abord le trafic des compagnies aériennes. « Nous allons travailler en partenariat et en total osmose avec Air Sénégal qui sera notre point d’appui pour développer le hub et je me réjouis de la commande qui vient d’être faite de deux nouveaux aéronefs, en se basant sur la compagnie nationale et les compagnies qui desservent aujourd’hui l’aéroport, nous pourrons atteindre nos ambitions », pense-t-il.

Elhadji Ibrahima THIAM

La pose de la première pierre a eu lieu en 2007, mais c’est en 2008 que les travaux de l’Aibd ont réellement démarré.

2000 : Lancement du projet de l’Aéroport International Blaise Diagne pour matérialiser une vision politique de l’Etat du Sénégal de mettre en œuvre de grands projets pour doter le pays d’infrastructures modernes de transport.

2001 : Démarrage des études de faisabilité technique, économique, financière et juridique sous l’égide de l’APIX (Agence pour la Promotion des Investissements au Sénégal (Présidence de la République). Il est nécessaire de préciser que le projet de construction de l’Aéroport International Blaise Diagne était piloté par l’APIX avant la mise en place de la société de projet AIBD. SA.

2001 : Validation du choix de Diass pour accueillir l’Aéroport International Blaise Diagne, à l’occasion d’un Conseil présidentiel. Il est pertinent de rappeler que Diass a été choisi parmi une dizaine de sites dans un périmètre de 60 kilomètres autour de Dakar qui ont été identifiés, évalués et comparés par des experts de l’ASECNA.

2005 : Mise en place par décret 2005-138 du 28 février 2005 de la RDIA – Redevance de Développement des Infrastructures Aéroportuaires. Il s’agit d’une taxe prélevée sur le billet de chaque passager au départ de tout aéroport et aérodrome du Sénégal.

2006 : La Société Projet AIBD SA est créée. Elle est chargée d’assurer le Financement, la Construction, l’Exploitation et le Développement du nouvel aéroport. C’est un projet lié à l’Etat du Sénégal par une convention mettant en coopération des partenaires de classe mondiale.

2007 : C’est l’année où les travaux ont été lancés. En effet, la pose de la première pierre de l’Aéroport International Blaise DIAGNE a eu lieu le 4 Avril de cette année sous la présidence effective de l’ancien chef de l’Etat Me Abdoulaye Wade, en présence du Guide libyen, feu Mouammar Kadhafi et de plusieurs personnalités sénégalaises et africaines.

2011 : Signature de la convention de financement long terme à l’occasion d’une cérémonie présidée par le Premier ministre. Il s’agit d’un tournant dans l’évolution du projet, car il a permis de poursuivre la construction de l’AIBD dans de meilleures conditions financières.

2012 : Atterrissage de l’avion présidentiel à l’Aéroport International Blaise Diagne.

Juin 2013 : Rencontres Techniques de Tunis pour finaliser les négociations avec les prêteurs et Saudi Bin Laden Group et permettre le redémarrage du projet.

14 Octobre 2013 : Début du processus de déplacement des personnes affectées par le projet (Pap). Les premières familles décident volontairement de rejoindre le site de recasement construit par l’Etat du Sénégal pour les reloger dans des conditions décentes. L’opération de déménagement a été conduite avec succès par le Groupe Opérationnel de Thiès (Got) et la Direction Environnementale et Sociale d’AIBD.SA. Pendant longtemps, les Pap ont refusé de quitter leur village qui se trouve dans l’emprise du nouvel aéroport. Le mot d’ordre a été d’accompagner les habitants du village au site de recasement.

12 Mars 2014 : Déplacement du village de Mbadatte. Le village de Mbadatte se trouvait au cœur de l’aéroport, non loin du pavillon présidentiel et sa présence a pendant longtemps gêné l’évolution des travaux sur cette partie du chantier. Plusieurs séries de négociations ont eu lieu pour les amener à faire un déplacement volontaire. Mais les autorités de l’AIBD se sont toujours heurtées à leur refus de quitter les lieux. Finalement, le gouverneur de la région de Thiès a pris les choses en main en organisant un déplacement encadré par les forces de sécurité. L’opération s’est déroulée dans le calme, sans heurts ni violence.

Décembre 2014 : Un taux d’avancement record. Au mois de décembre 2014, le taux d’avancement des travaux de construction de l’Aéroport International Blaise Diagne était de 80 %. Le progrès enregistré au cours de cette année était de plus de 26 %. Il s’agit de la meilleure amélioration annuelle depuis le lancement des travaux en fin 2007.

8 mai 2015 : Signature d’un protocole avec les PAP. Ce protocole signé entre l’AIBD et le Collectif pour la Défense des Intérêts des villages de la commune de Keur Mousseu a été obtenu grâce à l’implication décisive de la Commission de l’urbanisme, de l’habitat et de l’équipement de l’Assemblée Nationale et du Forum Civil. Après deux jours d’intenses négociations présidées par le Gouverneur de la région de Thiès, M. Amadou Sy, les deux parties sont parvenues à un accord. Il prévoit la revalorisation des impenses agricoles, la mise à disposition des terres de cultures pour permettre aux Populations Affectées par le Projet (PAP) de poursuivre leurs activités agricoles et la libération immédiate des emprises dont l’occupation par les villageois gêne considérablement l’évolution des travaux. Pendant plus de dix ans, il était presque impossible de réunir le collectif et les responsables de l’AIBD autour d’une même table.

23 Juillet 2015 : Lettre de mise en demeure envoyée à SBG. Au mois de juillet 2015, le Sénégal envoie une lettre de mise en demeure à Saudi Bin Ladin Group (SBG) pour exiger la signature du cinquième avenant et un engagement ferme sur une date de fin des travaux. Faute de quoi, le Sénégal était prêt à engager une procédure de résiliation du contrat. Réagissant à cette mise en demeure, SBG adresse une lettre aux autorités sénégalaises au mois de novembre 2015 pour annoncer qu’elle accepte de signer le cinquième avenant dans les conditions exprimées par la partie sénégalaise. Rappelons que la société saoudienne avait toujours conditionné la signature de l’avenant 5 au règlement d’une réclamation de 63 milliards de francs CFA.

21 Août 2015 : FRAPORT renonce à l’exploitation commerciale de l’AIBD. La société allemande a été sélectionnée en 2006 pour assurer l’exploitation commerciale de l’Aibd. Après la décision de l’Etat du Sénégal de procéder à la réduction de 50 % sur les redevances passager et sûreté, elle envoie une lettre pour demander une résiliation à l’amiable de la Convention de 2006, avec un remboursement des frais engagés jusqu’à date.

30 Novembre 2015 : L’AIBD honoré du trophée international du leadership en image et qualité de l’année. Le trophée a été remis au Directeur Général de l’Aéroport International Blaise Diagne à l’occasion d’une grande cérémonie, en présence de l’Ambassadeur du Sénégal à Madrid, son excellence M. Abdou Salam Diallo. Plusieurs hautes personnalités du monde des affaires en provenance d’Europe et d’Afrique ont honoré cet évènement de leur présence. Le Trophée Global Trade leaders récompense la qualité du travail et le leadership.

12 Décembre 2015 : SBG désigne SUMMA comme le sous-traitant général et unique entrepreneur de SBG pour le Projet. Sur la base d’un contrat de sous-traitance générale, le Consortium SUMMA-LIMAK va finaliser les travaux de construction de l’Aéroport International Blaise Diagne. Le groupement turc a été désigné par Saudi Bin Ladin Group qui a démarré le projet en 2007. Cette décision a été prise d’un commun accord pour éviter une résiliation du contrat avec SBG qui pouvait donner lieu à beaucoup d’incertitudes sur l’avenir du projet.

Ndiassé Ka, député-maire de Kayar
« Pour nous qui habitons Kayar qui est une zone de pêche, ce nouvel aéroport est une grande opportunité et une nécessité. Nous avions beaucoup de difficultés pour convoyer certains produits halieutiques à l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar. Si, aujourd’hui, nous avons aéroport non loin, avec une aérogare fret de 50.000 tonnes par an, nous ne pouvons que nous en féliciter. Cela va nous faciliter le transport, la conservation et l’exportation des produits halieutiques. Tout cela peut avoir des retombées économiques substantielles pour les mareyeurs ».
 
Daouda Tine, maire de Touba Toul
« L’Aéroport est une véritable beauté architecturale. Economiquement, c’est un acquis de taille qui va certainement contribuer au développement de la région de Thiès. Un aéroport d’une telle capacité dans une région autre que la capitale, c’est à saluer. Les collectivités locales de la zone nourrissent beaucoup d’espoirs et attendent les retombées économiques de cette infrastructure. On espère qu’il va participer résorber le gap du chômage des jeunes ».
 
Talla Diagne, maire de Thiénaba
« Après avoir visité cet aéroport, on a un sentiment de fierté. Avec une telle infrastructure, on n’a rien à envier aux pays européens. Personne n’aurait cru qu’on pouvait avoir un aéroport de cette dimension. Cela va participer sans doute au développement de notre pays. Il faut féliciter les autorités de ce pays qui ont eu cette idée et qui se sont battues pour qu’elle voie le jour. Il y aura forcément des retombées économiques pour le pays mais surtout pour les collectivités locales de la région de Thiès. Ainsi, c’est la réforme de l’Acte 3 de la décentralisation qui va se renforcer davantage ».
 
Moustapha Sarr, maire de Pout
« C’est un aéroport de dernière génération qui répond aux défis actuels. Tous les Sénégalais doivent en être fiers. Mais en tant que maire d’une commune située à proximité de l’aéroport, j’ai peur de ne pas voir les retombées économiques impacter ma commune. Pour le moment, rien ne nous a été dit dans ce sens. J’interpelle les autorités pour qu’elles fassent tout pour que les communes qui environnent l’aéroport sentent les retombées économiques ».
 
Serigne Fallou Fall, maire de Ndieyène Sarakh
« L’Aibd est un aéroport de son temps. C’est une fierté pour tous les Sénégalais. Sur le plan économique, notamment dans le domaine du tourisme, cela va beaucoup rapporter au Sénégal. Vu son emplacement, beaucoup de Sénégalais de l’intérieur auront moins de trajet à faire pour voyager. Incidemment, cela va désengorger un peu Dakar. Il va aussi booster l’emploi, le transport, le commerce et d’autres activités qui vont se développer autour de la plateforme. En un mot, c’est un outil de développement ».
 
Mamadou Thiaw, maire de Tassette, secrétaire exécutif du Pndl
« Cet aéroport est une révolution. Et c’est une fierté notamment pour les habitants du département de Thiès. Cette infrastructure montre que le Sénégal a franchi une nouvelle étape dans son processus d’émergence. Il me rappelle celui de Dubaï. J’ai beaucoup voyagé à travers le monde et ai vu beaucoup d’aéroports, mais on n’a rien à envier aux autres. Avec cet aéroport, beaucoup d’emplois vont se créer et c’est les communes environnantes qui vont d’abord en bénéficier, ce qui est très important. Ensuite, avec le centre aéroportuaire, on pourra faire revenir nos compatriotes qui travaillent dans d’autres aéroports du monde. Ils vont ainsi participer à la formation des jeunes ».
 
Momar Ciss, maire Keur Moussa
« Avant même son ouverture, l’aéroport a commencé à apporter des changements. La preuve, on a reçu tous les maires du département de Thiès pour une visite commune pour mesurer l’ampleur de cette infrastructure. On est fondé à croire que là où se trouve un aéroport, les conditions de vie des populations locales vont changer en s’améliorant. Il y aura des emplois et sur le plan de Responsabilité sociale des entreprises (Rse) nous attendons beaucoup de choses de cet aéroport. Il y a un paquet d’espérances et d’attentes qu’il va nous apporter ».

L’Association des Femmes de l’Aéroport international Blaise Diagne (Afa) a organisé, dimanche 26 novembre 2017, une randonnée pédestre sur la route principale de la plateforme aéroportuaire. Une manière pour ces femmes de sensibiliser les différentes cibles sur les enjeux liés à cette nouvelle infrastructure.

Pour les préparatifs de l’ouverture du nouvel aéroport, l’Association des femmes de l’Aéroport international Blaise Diagne (Afa) n’a pas été en reste. Elle a tenu à jouer sa partition à travers une randonnée pédestre organisée le dimanche 26 novembre. Une façon pour ces femmes de « sensibiliser les différentes cibles sur les enjeux liés à l’ouverture de cette infrastructure », a souligné la présidente de l’Afa Ndèye Sanou Faye Seck. Comme pour symboliser le transfert des activités aéroportuaires de l’Aéroport Léopold Sédar Senghor à l’Aéroport International Blaise Diagne, les randonneurs ont commencé la procession devant l’ancien aéroport avant d’être convoyés, par bus, à Diass où la marche s’est poursuivie jusque devant le terminal passagers du nouvel aéroport. Une très forte mobilisation a été notée. Tous les acteurs de la plateforme aéroportuaire ainsi que des clubs de randonnée pédestre de Dakar étaient de la partie. On a noté aussi la participation de beaucoup de jeunes. A la tête du peloton, il y avait le ministre des Transports aériens et du développement des infrastructures aéroportuaires. Tout ce beau monde a pu, après des kilomètres de marche, admirer le joyau qu’est l’Aibd.

Marraine de la manifestation, Maïmouna Ndoye Seck a salué l’engagement des femmes de l’Aibd qui ont accompagné les autorités tout le long du trajet qui a mené de l’Aéroport Léopold Sédar Senghor à l’Aibd. « C’est dire que les femmes viennent de procéder au transfert des activités et je suis confiante puis qu’à chaque fois que les femmes sont à la pointe du combat, nous avons gagné la bataille.

A partir d’aujourd’hui, nous pouvons affirmer que nous avons gagné la bataille du transfert », a déclaré le ministre. Se considérant comme membre à part entière de l’Afa, le ministre a estimé que cette randonnée pédestre était un défi et les femmes l’ont relevé avec brio. « Si le président de la République a fait confiance aux femmes de façon générale en leur confiant des départements ministériels de très haut niveau, en mettant pour la première fois une femme à la tête du ministère des Transports aériens, je pense que c’est par reconnaissance et nous sommes tous là pour lui dire merci », a-t-elle ajouté avec, à ses côtés, l’autre marraine de cette manifestation, Mme Tamaro Seydi.

L’Afa, par la voix de sa présidente, s’est félicitée d’avoir réussi à mobiliser, rassembler toute la plateforme aéroportuaire autour de l’événement crucial qu’est l’ouverture de l’Aibd. Ndèye Sanou Faye Seck n’a pas manqué de rendre un vibrant hommage au ministre des Transports aériens et du développement des infrastructures aéroportuaires dont le courage, la détermination et l’engagement constituent une source d’inspiration pour toutes les femmes, selon elle.

Elle n’a pas oublié le Directeur général de l’Aibd, Abdoulaye Mbodji ainsi que son adjoint Elhadji Ibrahima Mané qui, dès le premier jour, ont cru en elles. « Vous n’avez cessé de nous conseiller, de nous guider et de nous orienter vers le chemin de l’excellence », a-t-elle déclaré.

Elhadji Ibrahima THIAM

Pour assurer un transport régulier et soutenable pour les populations vers l’Aibd, l’entreprise de transport public, Dakar Dem Dikk a mis en place un système de navette et de bus réguliers avec une palette large qui partent de Dakar, de Thiès et de Mbour.

L’Aéroport international Blaise Diagne est niché à 45 km de Dakar dans une zone qui n’est pas bien desservie par les transports en commun. Dès lors, son accessibilité a soulevé beaucoup de questions. Le Conseil interministériel sur l’ouverture du nouvel aéroport tenu en fin octobre avait permis d’examiner et d’entériner la proposition faite par l’entreprise de transport public Dakar Dem Dikk à savoir la mise en place d’un système de navette et de bus réguliers avec une palette large qui partent de Dakar, de Thiès et de Mbour.

Ainsi, grâce à son expérience et la confiance placée en elle par les autorités, Dakar Dem Dikk va pouvoir assurer un transport ponctuel, sécurisé, confortable et soutenable pour les populations. L’assurance est donnée par son Directeur général, Moussa Diop. « A partir du 7 décembre, Dakar Dem Dikk est prête à relever le défi du transport sécurisé, confortable et ponctuel de tous les usagers de l’aéroport aussi bien ceux qui prennent l’avion que ceux qui travaillent sur la plateforme », a-t-il notamment dit.

Comment cela va-t-il se traduire sur le terrain ? Ces navettes sont organisées de deux manières. D’un côté il y a les navettes avec des lignes classiques et d’un autre des navettes express. Les navettes classiques comptent cinq lignes qui partent de Yoff, du Palais de justice, de Thiaroye, des Parcelles Assainies et de Liberté 5. Leurs fourchettes de prix oscillent entre 500 et 1.000 FCfa maximum. Chaque ligne comptera huit bus, ce qui fait un total de 40 bus. Toutes ces lignes vont converger avec en tête de pont l’Aibd. Ce sont des navettes omnibus classiques. Quant aux navettes directes, on en compte deux types : les bus climatisés pour un tarif de 6.000 FCfa. Dakar Dem Dikk en a mobilisés 15. Et les bus non climatisés de 35 places assises, au nombre de 25, pour un tarif de 3.000 Fcfa. Ces bus partiront d’un seul terminus, Hlm grand Yoff en face du stade Léopold Sédar Senghor, et ne s’arrêteront qu’à l’Aibd. Tous les bus, navettes classiques comme navettes express circuleront 24/24 et partiront toutes les trente minutes même s’ils ne sont pas pleins. Les régions sont aussi concernées par ces navettes. Et pour le démarrage, c’est Thiès et Mbour qui ont été choisis pour bénéficier du même système. « Cela permettra à ceux qui viennent des autres régions de ne pas venir jusqu’à Dakar pour prendre les navettes pour l’aéroport. Ils pourront descendre à Thiès ou à Mbour pour prendre les navettes qui les conduiront au nouvel aéroport », fait savoir Moussa Diop. Les prix des billets paraissent à première vue exorbitants, mais c’est à relativiser si on tient compte des trois postes de péages que les bus devront traverser.

« Tous ces bus prennent l’autoroute et devront payer trois fois le péage, donc c’est des prix accessibles. Nous avons tenu compte des réalités sénégalaises car nous avons une mission de service public. Mais nous pensons que c’est un juste prix sachant que ceux qui travaillent sur plateforme, peuvent garer leur véhicule ici, emprunter les bus, et revenir chercher leur véhicule à la descente », explique le Directeur.

Elhadji Ibrahima THIAM

Depuis son arrivée à sa tête il y a bientôt trois, Me Moussa Diop, grâce à un esprit managérial fondé sur le dialogue et la concertation, a suinsuffler une nouvelle dynamique à Dakar Dem Dikk qui végétait dans des difficultés financières et une tension sociale permanente. Résultats : l’entreprise de transport public a gagné en stabilité et en performances.

M. Le Directeur, quand vous arriviez à la tête de Dakar Dem Dikk il y a presque trois ans, vous avez trouvé une entreprise exsangue, empêtrée dans des difficultés financières et en proie à une tension sociale permanente. Aujourd’hui, on note une certaine embellie. Comment vous vous y êtes pris pour redresser le volant, pour utiliser le langage automobile ?
C’est vrai, nous avons trouvé beaucoup de problèmes à notre arrivée. Pour rappel, Dakar Dem Dikk est née des cendres de la Sotrac. J’ai trouvé une équipe sur place que j’ai conservée. Nous avons échangé, mutualisé et il en est ressorti des idées que nous mettons aujourd’hui en œuvre tous ensemble. C’est vrai que je suis moins dirigeant qu’arbitre. Et ce que j’ai vu dans les autres pays en bien, c’est normal qu’on les applique ici. C’est pourquoi nous avons tenté de moderniser l’entreprise et d’expliquer aux Sénégalais l’importance de Dakar Dem Dikk. A ce propos, vous m’avez beaucoup entendu parler de l’augmentation des tarifs par exemple. Je le dis parce que la ponctualité ou la régularité a un coût. Les Sénégalais veulent un bus toutes les vingt minutes, mais cela a un coût. Dans d’autres pays, l’augmentation des tarifs est pratiquement systématique et basée sur l’indice du coût de la consommation. Il y a aussi beaucoup de comportements qu’il fallait éradiquer comme la casse des bus lors de certaines manifestations. Tous ces comportements doivent pousser les gens à considérerleprojet Dakar Dem Dikk, Sénégal Dem Dikk et aujourd’hui Aibd Dem Dikk, comme un patrimoine national. Cela va aussi beaucoup mieux sur le plan de la gestion. On ne dira pas qu’on ne fera pas du social, mais on fera du social mais essentiellementaussi de la gestion parce que la gestion est une histoire de tête mais le social c’est une question de cœur. En alliant les deux, il faudra impérativement faire un équilibre. C’est pourquoi nous allons beaucoup mieux. Mais les problèmes ne sont pas encore terminés, il faut le dire.

La question de la dette que vous doit l’Etat revenait souvent sur la table. Où en êtes-vous avec ce dossier ?
Un effort titanesque a été fait par l’Etat du Sénégal à travers le Ministère des Finances. A mon arrivée, j’ai trouvé une dette colossale. C’était des compensations accumulées depuis 2006. Dakar Dem Dikk ne roule pas avec des tarifs normaux, elle roule en demi-tarif sur demande de l’Etat qui a voulu ainsi aider les populations. L’Etat nous oblige à vendre le ticket à moitié prix, et à la fin de l’année, il nous compense ce gap. C’est ce gap qui est resté des années sans être payé. L’Etat devait à Dakar Dem Dikk une enveloppe de 25 milliards de Fcfa. Aujourd’hui, le gouvernement actuel a considéré qu’il fallait mettre fin à cela et permettre à l’entreprise, comme l’ont été la Senelec ou Cosama, d’être payée pour qu’on puisse être toujours là au service des Sénégalais. C’est pourquoi, une convention de dettes croisées est prévue car si on ne nous paie pas nos compensions, nous ne pourrons pas en retour payer nos dettes de presque de 19 milliards. Mais aujourd’hui, le Ministère de l’Economie, des Finances et du Plan est dans les dispositions, avant même la fin de l’année 2017, à signer cette convention de dettes croisées avec Dakar Dem Dikk. Pour la première fois dans l’histoire de Dakar Dem Dikk, le Ministère est disposé à payer cette dette.

A un certain moment, il y avait beaucoup de tensions dans l’entreprise. Aujourd’hui, une certaine accalmie est notée. Comment vous avez fait pour apaiser la situation ?
Quand je suis arrivé, certains se sont demandé ce que faisait un avocat dans le secteur des transports. Il y en a même qui pronostiquaient mon échec. Mais je suis quelqu’un qui sait négocier, qui sait reculer quand il le faut mais aussi quelqu’un qui sait prendre ses responsabilités quand il le faut. En alliant ces trois éléments, on peut manager n’importe quelle société. Il faut être affable et écouter les gens. C’est ce que j’ai fait. C’est vrai, avant mon arrivée à la tête de l’entreprise, c’était le tumulte. C’était des grèves à tout bout de champs car il y avait des difficultés financières, certains droits des salariés n’étaient pas respectés, les indemnisations n’étaient pas réglées. A mon arrivée, j’ai fait en sorte que tous ces droits soient payés aux travailleurs.

L’une des bonnes trouvailles de Dakar Dem Dikk c’est sans doute le lancement de Sénégal Dem Dikk qui assure le transport dans les régions. Ceux qui empruntent ces bus se félicitent souvent de la bonne qualité de service. Est-ce que vous comptez renforcer ces lignes pour un meilleur maillage du territoire national ?
Avec le feedback que nous avons de nos clients, c’est réellement un sentiment de satisfaction qui m’anime surtout avec les nombreux encouragements que nous recevons. Je ne parle pas encore de félicitations parce que nous ne sommes qu’à mi-chemin. Mais il faut souligner que Sénégal Dem Dikk est une vision du chef de l’Etat et nous n’avons fait que la matérialiser. Nous sommes des ambassadeurs de sa vision, des délégataires. Il a été le seul, en 2012, parmi ceux qui postulaient à la magistrature suprême, à considérer que le Sénégal ne se limitait pas uniquement et exclusivement à Dakar. Il fallait aussi y associer les populations des régions pour des questions d’équité, de justice et d’égalité de traitement. C’est pourquoi, dès que nous avons reçu les 475 bus en 2016, nous avons jugé nécessaire de décentraliser, de démocratiser le transport pour tous les Sénégalais. Avec notre expérience, notre professionnalisme, cela permet de réduire les accidents sur nos routes. L’Etat a donc décidé de faire intervenir des bus pour assurer la navette à l’intérieur du pays. C’est pourquoi, le 1er février 2017, a été lancé le projet Sénégal Dem Dikk. Nous avons ouvert des lignes pour Saint-Louis, Podor, Matam, Touba, Kaolack, Ziguinchor, Tivaoune, Podor, Dagana. Bientôt, nous allons ouvrir les lignes pour Kolda et Tambacounda ce mois de décembre. Depuis le lancement du projet, tout se passe bien. Mais cela c’est fait dans la difficulté parce que les privés n’en voulaient pas. Mais aujourd’hui personne ne le regrette au regard des remontées d’informations que nous avons. Cela nous donne encore plus de courage à faire mieux. D’ici, deux à trois mois, nous allons renforcer le parc de Sénégal Dem Dikk.

Est-ce que faire mieux, c’est dépasser les frontières du Sénégal en assurant le transport entre le Sénégal et le Mali par exemple ?
Les autorités veulent qu’on se lance aussi dans le projet Afrique Dem Dikk qui va permettre aux Sénégalais de voyager plus facilement dans la sous-région dans des conditions de sécurité et de confort maximales. Nous sommes en train d’étudier la faisabilité du projet.

Tout va mieux pour Dakar Dem Dikk, mais ses bus sont encore victimes, parfois, d’actes de sabotage. Le dernier cas en date, c’est le bus brûlé devant le stade Léopold Sédar Senghor. Vous aviez menacé de porter-plainte. Où en êtes-vous avec cette procédure ?
Je tiens à rappeler que la situation n’est pas catastrophique. Ces actes de sabotages ont tendance à baisser. Ces souvent des actes isolés et pour des raisons politiques. La première fois, c’était devant le campus de l’Ucad. Les auteurs ont été identifiés, appréhendés et condamnés. Pour le dernier cas auquel vous faites allusion,l’enquête suit son cours. Toujours est-il que ces actes de sabotage sont regrettables. Mais heureusement que c’est des cas isolés. Tout le monde les a condamnés et j’apprécie la réaction des Sénégalais, ils savent que Dakar Dem Dikk c’est leur patrimoine et qu’on doit le sauvegarder. Tout Sénégalais qui se trouve en face d’une telle situation doit intervenir pour empêcher cela. Et je salue les gens qui sont intervenus quelques jours après pour s’opposer à la casse d’un bus dans la même zone. C’est un acte de civisme qu’il faut relever et magnifier.

Le Sénégal veut s’appuyer sur l’aéroport international Blaise Diagne pour fouetter le secteur touristique. Dans cet entretien le ministre en charge de ce département Mame Mbaye Niang indique que l’une des stratégies, c’est de faire du temps de correspondance une opportunité pour transformer les voyageurs de passage en touristes. « A l’image des grands aéroports asiatiques et du Moyen Orient qui cherchent à rendre l’expérience de transit ludique voire mémorable, nous chercherons à faire en sorte que cet aéroport ne soit pas seulement un impressionnant lieu de passage mais qu’il incite ceux qui s’y rendent, quelle que soit la motivation de leur déplacement, à vouloir visiter le pays », déclare-t-il. Le ministre qui insiste sur l’hébergement, révèle que 280 milliards de FCFA, c’est-à-dire 25 % de l’investissement privé du Plan Sénégal Emergent (PSE) sont déjà bouclés dans le tourisme et cela augure de belles perspectives.

M. le Ministre, l’Aéroport international Blaise Diagne ouvre ses portes. De manière générale, que pensez-vous de cette plateforme aéroportuaire ?
L’Aéroport international Blaise Diagne est un joyau qui répond aux standards internationaux et permet de désengorger la ville de Dakar. L’infrastructure participe au renforcement de l’attractivité de notre pays par sa contribution à en faire une plaque tournante et un point préférentiel d’escale technique en Afrique pour les trafics aériens d’Afrique, d’Europe et des Amériques.
 
Qu’est-ce que cette infrastructure pourrait apporter de plus au secteur du tourisme ?
L’ouverture de cet aéroport est une avancée dans la réalisation de notre ambition consistant à faire de Dakar un hub régional voire continental au même titre que les plus grandes capitales africaines. L’infrastructure favorise un meilleur aménagement du territoire et, par la même occasion, de nouveaux aménagements touristiques. L’AIBD est d’un apport réel pour le secteur du tourisme par la qualité de ses installations car il faut savoir qu’un aéroport constitue le premier contact avec un pays pour l’essentiel des touristes. Des études ont montré que ces derniers se forgent une image de ce pays dès les premières interactions et sensations à l’aéroport. Cela fait de cette infrastructure un facteur d’attractivité et une vitrine pour notre pays.

Comment comptez-vous mettre en contribution cet aéroport pour booster le secteur du Tourisme ?
Une telle plaque tournante est forcément un hub qui verra des passagers aériens y transiter en très grand nombre. L’idée est de faire de ce temps de correspondance une opportunité pour transformer les voyageurs de passage en touristes. A l’image des grands aéroports asiatiques et du Moyen Orient qui cherchent à rendre l’expérience de transit ludique voire mémorable, nous chercherons à faire en sorte que cet aéroport ne soit pas seulement un impressionnant lieu de passage mais qu’il incite ceux qui s’y rendent, quelles que soient la motivation de leur déplacement, à vouloir visiter le pays. Il s’agit d’abord d’attirer le plus grand flux de passagers internationaux vers notre aéroport et ensuite de déployer des stratégies pour inciter ceux qui n’avaient pas à priori l’intention de visiter le pays, à le faire.

Un aéroport est un outil essentiel pour le développement du Tourisme, mais il ne suffit pas. Quelle politique touristique envisagez-vous de mettre en place pour développer le secteur ?
Le nouvel aéroport est un atout supplémentaire. Il fait partie des leviers que nous activons pour rendre la destination Sénégal plus compétitive. Dans cette stratégie globale, la nouvelle infrastructure aéroportuaire rejoint, par exemple, la suppression du visa payant depuis mai 2015, la baisse effective des redevances aéroportuaires qui a entraîné une baisse de 50 euros soit 32.500 FCFA sur le coût de la destination. 

Au regard de la dépense moyenne par touriste estimée à 350 000 FCFA par séjour, le gain en compétitivité/prix pourrait expliquer la reprise des flux de passagers notée à l’aéroport Léopold Sédar Senghor et au Cap Skirring. En effet, ces deux aéroports ont enregistré des taux de croissance des flux d’entrées, de 4,2 % entre 2014 et 2015 et 10,6 % entre 2015 et 2016. Avec l’AIBD, ces avancées devraient se poursuivre.

On note un frémissement dans le secteur du tourisme. A quoi attribuez-vous cette embellie ?
Il y a tous les éléments de la stratégie globale que je viens de citer. On peut y ajouter le crédit hôtelier et touristique mis en place avec la signature des premières conventions pour un montant global d’un milliard trois cent millions de FCFA ; ce fonds, doté d’une mise initiale de sept milliards cinq cent millions de FCFA, est un mécanisme de financement dédié au soutien des entreprises touristiques. On peut aussi citer la déclassification de la Casamance comme zone à risque par la France en octobre 2016. Le potentiel touristique de cette région n’est plus à démontrer. Un potentiel qui sera encore mieux exploité avec l’effectivité de la loi 2015-13 du 03 juillet 2015 portant statut fiscal spécial des entreprises touristiques installées dans le pôle de la Casamance et qui permet aux entreprises touristiques établies dans la zone de bénéficier d’exonérations fiscales et douanières. D’autre part, nous avons pu surmonter les effets négatifs de l’épidémie de la maladie à virus Ébola et nous prémunir de la crise sécuritaire dans la sous-région ouest-africaine, d’où la reprise observée.
 
Pensez-vous que l’objectif de 3 millions de touristes est réalisable ? Si oui comment comptez-vous y parvenir ?
Oui cet objectif est réalisable. Nous comptons y parvenir par la mise sur pied d’un cadre réglementaire, une loi d’orientation, un code du tourisme, des procédures de classification qui vont nous permettre de remettre à niveau nos réceptifs et de reprofiler notre offre. Aussi, il nous faut des investissements.

Comme je le disais récemment dans un journal, il ne sert à rien de faire la promotion de la destination Sénégal, si nous ne sommes pas capables d’héberger les touristes. Il y a des réceptifs qui sont en train d’être construits. Il y a 280 milliards, c’est-à-dire 25 % de l’investissement privé du Plan Sénégal Emergent (PSE) qui sont déjà bouclés dans le tourisme. Il y a le projet de dédoublement de Cap Skirring, la construction de l’hôtel Club Med à Saraba, l’extension de Decameron, le développement du tourisme à Dakar. Nous avons de belles perspectives.
 
On parle beaucoup du tourisme international, mais peu du tourisme local. Avez-vous pensé à des stratégies pour amener les Sénégalais à mieux découvrir leur pays ?
Il y a effectivement une stratégie pour amener les Sénégalais à mieux connaitre et visiter leur pays. L’Agence Sénégalaise pour la Promotion Touristique (ASPT) déroule une stratégie dans ce sens. Nous travaillons avec les acteurs afin d’avoir des offres pour une cible locale. Pour chaque région du pays, nous travaillons à mettre en avant des atouts pouvant attirer les Sénégalais. Ces atouts vont des lieux historiques aux cités religieuses en passant par le patrimoine culturel, l’écotourisme etc.

Le Tourisme étant un secteur transversal, nous sommes en train d’œuvrer avec les ministères de la Culture, de l’Environnement et de l’Intérieur afin que toutes les préoccupations liées à cet objectif soient prises en compte. 

Depuis des années, on parle de police touristique. Où est-ce que vous en êtes avec ce projet ?
La police touristique existe déjà depuis 13 ans. C’est le commissariat spécial du Tourisme dirigé par le Commissaire Faye qui joue ce rôle. Depuis mon arrivée à la tête de ce département ministériel, des procédures ont été entreprises pour mettre les agents dans les meilleures conditions de travail. Nous nous appuyons sur eux pour avancer dans la règlementation des établissements d’hébergement touristique auxquels j’ai demandé de se mettre en règle, grâce à des procédures simplifiées par nos services, au plus tard le 31 décembre 2017. A défaut, la règlementation leur sera appliquée dans toute sa rigueur.

L’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) a coûté la bagatelle de 423,950 milliards de FCfa. Il a été financé grâce à des emprunts et à la Redevance de Développement des Infrastructures Aéroportuaires (Rdia) mise en place par décret 2005-138 du 28 février 2005. Il s’agit d’une taxe prélevée sur le billet de chaque passager au départ de tout aéroport et aérodrome du Sénégal. Les travaux clé-en-main (Epc) qui ont d’abord été confiés à Saudi Bin Laden Group puis au groupement Summa Limak, l’assistance technique et le budget d’Aibd Sa ont englouti 377,5 milliards de FCfa. Pour le stockage de carburant (Smcady) réalisé sur le modèle du partenariat public privé, il a fallu mobiliser 11,5 milliards de FCfa. L’unité de restauration à bord (Dakar catering) a nécessité un financement de 3,950 milliards de FCfa selon toujours le modèle du Ppp. Quant aux travaux additionnels (hors scope) réalisés par des entreprises sénégalaises, leur montant est de 31 milliards de FCfa financés grâce au Budget consolidé d’investissement (Bci).

Elh. I. THIAM

L’argent collecté sur la Redevance de développement des infrastructures aéroportuaires (Rdia) prélevée sur les passagers au départ et à l’arrivée des aéroports sénégalais a permis de commencer la construction de l’aéroport international Blaise Diagne même si par la suite, le gouvernent a eu recours à d’autres sources de financement.

Tous ceux qui se rendent sur le site de l’aéroport international Blaise Diagne trouvent que Me Abdoulaye Wade était bien inspiré. Ils qualifient l’infrastructure de « bijou ». Il était également bien inspiré en ce qui concerne le financement de l’infrastructure. « Un mode de financement inédit », selon Imam Mbaye Niang, un ancien de l'Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna) aujourd’hui à la retraite. A l’origine, l’aéroport international devait être financé grâce à l’argent collecté sur la Redevance de Développement des Infrastructures aéroportuaires prélevée sur les passagers au départ et à l’arrivée des aéroports sénégalais.

Le 28 février 2005, Me Wade avait pris un décret portant création de ladite taxe. L’article 7 dudit décret dispose que : « La Redevances d’infrastructures aéroportuaires (Rdia) est collectée pour une période courant du 1er avril 2005 jusqu’au complet remboursement (…) de l’ensemble de la dette financière contractée dans le cadre du financement de la construction et du développement du nouvel aéroport international de Ndiass ».

Cette taxe devait donc être collectée jusqu’au remboursement total du coût de l’infrastructure. La décision n’avait pas manqué de courroucer certains avec des sorties au vitriol dans la presse. Ceux qui dénonçaient cette taxe estimaient qu’elle renchérissait le prix des billets d’avion et impactait négativement sur la destination Sénégal. Pourtant le Sénégal avait pris cette décision en accord avec l’Association internationale du transport aérien (Iata). « Cette taxe a permis au début de rassembler une importante somme d’argent pour commencer la construction de l’aéroport. C’est un financement public issu de l’augmentation des redevances d’infrastructures aéroportuaires (Rdia) », indique Imam Mbaye Niang, ancien député. Il souligne que d’autres pays ont essayé d’imiter le Sénégal sans succès. « L'Organisation de l'aviation civile internationale (Oaci) ne permet pas l’utilisation de ces redevances en dehors des activités aéronautiques. Après le Sénégal d’autre pays ont essayé mais cela n’a pas marché. Les compagnies aériennes n’ont pas accepté et ensuite il y a eu des problèmes », confie Imam Mbaye Niang.

En avril 2007, cette taxe a été augmentée ; le gouvernement d’alors avait expliqué en ces termes : « d’autres facteurs sont entrés en cours notamment le redimensionnement du projet et les délais raccourcis ont entraîné une augmentation des dépenses initialement arrêtées. Ainsi, après une concertation avec l’ensemble des acteurs du secteur aéronautique particulièrement les compagnies aériennes, les autorités publiques et leurs partenaires ont décidé d’augmenter le taux des tarifs initialement prévus pour permettre de respecter leurs engagements vis-à-vis des institutions internationales financières dans les délais fixés pour les travaux ». Malgré cette augmentation, l’entreprise saoudienne du Btp BinLaden Group chargée de la construction de l’aéroport demandait que l’enveloppe soit revue à la hausse. Plusieurs avenants ont été signés dans ce sens. Les travaux tirant en longueur, les autorités sénégalaises ont eu recours à d’autres sources de financement. Ainsi, en décembre 2010, la Banque africaine de développement octroyait au Sénégal un crédit de 70 millions d’euros, soit 46 milliards de FCfa. Après le changement de régime intervenu en mars 2012 et la signature d’autres avenants, BinLaden Group n’a pu achever les travaux dont le terme était initialement prévu en 2010. Le gouvernement sénégalais avait même refusé de payer les 65 milliards de FCfa qu’elle réclamait pour finir les travaux. Le 27 avril 2016, le ministre des Transports aériens, Maïmouna Ndoye Seck annonçait qu’un consortium turc s'engageait à finir « les 15% des travaux restants » dans un délai de huit mois, soit en décembre 2016. « La société Saudi BinLaden Group qui était chargée de la construction de l'aéroport a négocié un contrat avec le groupement Summa-Limak qui devra finaliser la construction de l'aéroport sous sa responsabilité », avait expliqué le ministre. A l’époque la mise en service de l'aéroport était prévue en avril 2017.

Un autre accord attribuait au groupement turc une concession de 25 ans pour l'exploitation du nouvel aéroport, après le retrait de la société allemande Fraport, qui gère l'aéroport de Francfort.

Mamadou Guèye


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