Grands Dossiers (309)

Le directeur général de l’aéroport international qui reconnaît que les travaux ont duré retient la qualité et la beauté de l’infrastructure. Sans fard, il évoque dans cet entretien, entre autres la gestion de l’aéroport, le déplacement des populations affectées par le projet, le transfert des activités de l’aéroport international Léopold Sédar Senghor et la question de l’emploi des jeunes des localités environnantes.

Le 7 décembre 2017, l’aéroport international Blaise Diagne sera inauguré par le chef de l’Etat. Quel est le sentiment qui vous anime ?
C’est un sentiment de satisfaction et de fierté. Un moment donné, beaucoup de gens pensaient que cet aéroport n’ouvrirait jamais. Mais grâce à la perspicacité des experts sénégalais impliqués, des autorités politiques, nous y sommes arrivés et de fort belle manière. Nous avons, aujourd’hui, un ouvrage de haute facture. Cela été confirmé par l’ensemble des experts qui ont visité l’aéroport. Certes, nous avons perdu beaucoup de temps, nous avons dû faire des erreurs mais cela a été une bonne expérience.

Quels sont les enseignements à tirer ?
Quand on démarre un projet d’une telle envergure, il est important de bien le préparer. Il est également important d’avoir des négociateurs de haute facture pour avoir des contrats transparents, clairs qui permettent d’éviter les problèmes. Il faut également penser à la mise en œuvre qui est d’une complexité telle qu’il est important d’être bien accompagné par les bureaux d’études spécialisés. L’Etat de son côté doit être vigilant pour qu’à chaque étape du processus qu’on puisse faire le point de vue de la qualité, des finances et des délais. Il est important de développer l’approche projet à tous les niveaux.

La gestion a été confiée à une société turque. Quelle est la nature du partenariat ?
L’actuel gouvernement a trouvé le schéma en place. Depuis 2006, la gestion a été confiée à la société Daport qui est une succursale d’Afriport et l’Etat du Sénégal n’avait aucune action dans le capital. Heureusement à l’avènement du nouveau gouvernement, il a fallu revoir les termes contractuels. Au cours des discussions, nous avons convenu, d’un commun accord, de rompre le contrat. Mais il se trouve que l’ensemble des conditions des contrats signés avec les bailleurs demandaient à ce qu’il y ait un sous-traitant de niveau international capable de gérer un aéroport. Il a fallu donc trouver quelqu’un d’autre. Lorsque les travaux se sont enlisés, nous avons trouvé cette solution de sous-traitance totale. La société Saud Binladen group a sous-traité la totalité des travaux restants qui était de 15 % environ au groupement Summa-Limak. Dans les discussions, il a été retenu de combiner la finalisation des travaux et la gestion de l’aéroport. Cela signifie que tout manquement sera supporté par Summa-Limak qui a terminé les travaux et qui gère.

Quelle est la part de Aibd dans le nouvel accord ?
Dans le nouveau contrat, l’Etat a négocié pour avoir au moins la minorité de blocage, c’est-à-dire 34 %. Ce qui n’était pas le cas avec la société Daport. l’Etat avait zéro pour cent. Il s’y ajoute qu’avec Daport, l’entretien lourd devait être effectué par l’Etat du Sénégal qui a fait tout l’investissement. Dans le nouveau contrat, il appartient à LAS d’acheter les équipements. Il en est de même de l’extension de l’aéroport. Si demain, on dépasse les trois millions de passagers, LAS fera les investissements nécessaires. Elle a même commencé en réalisant des équipements solaires pour la production d’électricité.

Quelle est la durée de la concession ?
L’Etat a signé pour 25 ans mais nous avons une clause qui prévoit une possibilité de revoir le contrat tous les ans. Dans le nouveau schéma, Summa-Limak gère l’aéroport et Aibd qui est une société de patrimoine contrôle la gestion selon un cahier des charges normé avec de nombreux points de contrôle. Par exemple, si des manquements sont notés de manière répétitive, nous pouvons à la prochaine revue, mettre un terme au contrat après négociation.

La rupture du contrat avec Daport a-t-elle entrainé des compensations financières ?
Non. Mais Fraport qui avait accompagné le projet depuis la signature du contrat en 2006 a voulu être dédommagée tout au moins pour sa participation. Le montant a été évalué à environ 3 milliards de FCfa. Daport s’est retirée à la suite de la décision du chef de l’Etat de diminuer la redevance passager de 16.000 FCfa à 8. 000 et la redevance sûreté de 4.000 FCfa à 2.000 FCfa arguant que son modèle financier n’est plus rentable. A partir de ce moment, l’Etat a estimé qu’elle a rompu unilatéralement le contrat parce qu’il était convenu qu’en cas de survenance de problème, les deux parties devaient en discuter. Donc, l’Etat du Sénégal n’a rien payé.

L’Aibd n’a qu’une seule piste contrairement à Lss pourquoi vous avez retenu cette option ?
Plusieurs experts ont proposé le schéma d’une seule piste de 3,5 kilomètres large de 75 mètres. A côté, nous avons un taxiway parallèle pratiquement d’égale longueur mais de 45 mètres de large avec huit sorties dont deux sorties rapides de la piste principale. Cela signifie que dès qu’un avion atterrit selon son envergure, il peut quitter la piste en empruntant le taxiway pour se positionner dans sa place dédiée. Ce système permet de libérer rapidement la piste. Avec cette seule piste, nous partons de 3 millions de passagers jusqu’à 10 millions en attendant que la nécessité d’une autre piste se fasse sentir. Actuellement, nous n’utilisons que la moitié des 4.500 hectares de l’Aibd avec sa piste, son aérogare modulable, sa tour de contrôle qui est au milieu.

Il y a des habitants du village de Khathialite qui n’ont pas encore quitté. Qu’est-ce que vous prévoyez pour les faire quitter ?
Ces habitants ne sont pas dans l’enceinte de l’aéroport. Il y a deux clôtures aéroportuaires : la clôture aéroportuaire qui est règlementée selon les normes de l’Oaci et qui protège l’aéroport avec tous les mouvements. Nous avons un autre mur réalisé par nous-mêmes qui protège les 4.500 hectares. De l’autre côté de l’autoroute, le mur n’est pas encore construit parce que les impenses ne sont pas payées. Au-delà du mur, il est prévu un périmètre de sécurité de 350 mètres. C’est vous dire que nous avons toutes les dispositions sécuritaires idoines.

Quelles sont les dispositions prises pour la sécurisation de l’espace aéroportuaire et des emprises ?
Nous avons signé un contrat avec la Descos pour une surveillance hebdomadaire de toute la zone. Personne ne va plus toucher à ces terres. Nous avons retenu la leçon de Léopold Sédar Senghor le gouvernement l’a compris.

Dans la construction de l’Aibd, comment vous avez géré l’aspect humain ?
C’est la partie la plus douloureuse. Imaginer que des individus qui habitent dans cette zone depuis des siècles, un beau jour on leur dit qu’ils doivent quitter. C’est dur et les gens ne peuvent pas comprendre qu’on a beau habiter dans une belle maison, on préfère sa maison de naissance car c’est l’endroit que l’on connait ; c’est là où on a grandi et vécu de belles choses. Vu sous cet angle, ces lopins de terre, ces cases sont irremplaçables. Mais quand il s’agit de l’intérêt général, de l’Etat, tout citoyen devrait apporter sa contribution. C’est ce qui s’est passé en fin de compte avec ces populations. Au début, certains n’avaient pas compris et grâce l’intervention des autorités administratives notamment les gouverneurs, des organisations de la société civile, des députés ; même Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine a fait le déplacement pour parler avec ces populations. Il leur a expliqué que l’infrastructure est d’un intérêt général et que demain leurs enfants en bénéficieront. Après toutes ces interventions et par la grâce de Dieu, tout est rentré dans l’ordre. Ce sont ces populations qui défendent maintenant cet outil. Les revendications sont normales ; elles sont passées à la réclamation d’emplois. La problématique du déplacement a été maintenant oubliée. J’en profite pour leur demander encore pardon parce que nous avons même déplacé des sépultures.

Vous l’avez souligné, il y a la question de l’emploi surtout des jeunes. Sur cette question qu’est-ce que vous avez prévu ?
L’emploi des jeunes est une question difficile au plan national et international. On me critique mais les populations ont droit à un langage de vérité. La vérité, ce n’est pas un aéroport nouveau qu’on est en train de construire mais on est en train de déplacer un aéroport. C’est toute la différence. Si Lss devait rester, les possibilités d’emplois seraient énormes et on donnerait la priorité aux jeunes des localités de Keur Moussa et de Diass. Malheureusement, on doit fermer l’aéroport Lss et ouvrir Aibd. C’est pourquoi, la priorité a été donnée aux agents avec qui des contrats ont été déjà passés et c’est la loi. On ne peut pas piétiner les textes. Avec les autres, c’est un engagement moral. Il s’y ajoute que c’est un secteur fortement normé qui demande une certaine expertise. De ce point de vue, on ne peut pas se lever du jour au lendemain pour être pilote ou un mécanicien d’avion. Toutefois, il y a d’autres métiers qui ne demandent pas une qualification particulière. En ce qui concerne ces métiers, nous l’avons dit et répété des emplois peuvent être trouvés parce que toutes sociétés doivent se déplacer vers Diass et il y a un ensemble de métiers qui vont être transférés à l’Aibd. Les localités environnantes seront prioritaires pour ces emplois. J’ai mis en contact les maires de Dias, de Keur Moussa avec le nouveau gestionnaire qui est un Français.

Est-ce que toutes les sociétés installées sur la plateforme aéroportuaire de l’aéroport Lss auront leur place à l’Aibd et est-ce que le transfert est déjà fait ?
Malheureusement non. Toutes les sociétés ne pourront pas être à Aibd. Elles sont deux ou trois. La gestion de l’aéroport est confiée à LAS qui est une société souveraine dans le choix de ses sous-traitants.

Pour en revenir aux populations relogées à Soun, il y a des difficultés d’accès au site. Est-ce que vous avez prévu d’aménager des pistes d’accès ?
Je vais m’en référer à Alioune Tine qui a été le premier à visiter le site. Son premier constat a été qu’on a beaucoup fait pour les populations. Il a salué les logements construits pour les populations. Nous avons amené toutes les commodités dans les logements. Tout le monde l’a constaté. Pour la route, elle est de la compétence de l’Ageroute. Cela est valable même pour l’Aibd. Je suis d’accord qu’il faut améliorer l’état de la piste mais nous allons continuer la sensibilisation avec l’Ageroute.

Quel est le premier avion qui va fouler le tarmac du nouvel aéroport ?
Ce sera l’avion présidentiel suivi des deux ATR de Air Sénégal SA. Puis il y aura le show des avions de l’armée de l’air.

Mamadou Guèye et Elhadji Ibrahima THIAM

Malgré la sensibilité et la complexité de la question, l’aspect humain du relogement des villages affectés par l’aéroport a été géré avec une pédagogie saluée de tous.

Le premier contact a été difficile. La délégation conduite par le gouverneur de la région de Thiès a été accueillie sur le site de l’aéroport international Blaise Diagne construit sur l’emplacement de trois villages par une population hostile. Armés de bâtons, des machettes, les habitants des villages de Mbadate, Kessoukhat et Kathialit attendaient de pied ferme l’autorité administrative qui a fait preuve de diplomatie. Celle-ci qui dispose du monopole de la violence légale a géré ce dossier complexe, sensible avec tact. « Les populations des trois villages affectées par le projet de construction de l’aéroport international Blaise Diagne ont copieusement hué la délégation et nous menaçaient avec des gourdins », rappelle le gouverneur de Thiès, Amadou Sy. Malgré cet accueil hostile, il a usé du cousinage à plaisanterie pour détendre l’ambiance. « Le toucouleur que je suis leur a fait comprendre qu’il a sa disposition la réserve de GMI, la gendarmerie et l’armée et que ce n’est pas quelques personnes armées de bâtons qui peuvent nous apeurer et que ce n’était pas la meilleure solution », souligne le gouverneur de Thiès qui salue le travail de son collègue, l’actuel gouverneur de Dakar, Mouhammed Fall et tous les services techniques concernés. Un moment, la tension était vive, elle était même à son paroxysme avec le délogement forcé des habitants du village de Mbadate en mars 2013 vers le site de recasement. Cette situation avait installé la psychose au sein des populations des deux autres villages que sont Kessoukhat et Kathialit. Elles s’attendaient à être déplacées manu militari à tout moment. Les travaux à effectuer dans cette partie du site notamment le giratoire de Kessoukhat et le mur de clôture étaient bloqués parce que les ouvriers n’osaient pas s’aventurer dans les villages impactés. Donc, les risques de confrontation étaient réels.

Malgré ce climat hostile, l’administration et les autorités de l’aéroport international Blaise Diagne ont toujours privilégié la concertation. Elles n’ont jamais fermé la porte des négociations même quand les populations ont rompu le dialogue. Elles ont été même compréhensives. « On peut bien comprendre la réaction des habitants de ces villages. Ils ont habité dans cet espace pendant des siècles. Leurs ancêtres y sont enterrés et ils ont tissé des liens particuliers avec cet environnement. Leur demander de tout quitter, on peut comprendre les difficultés, leurs réticences, voire leur refus. A plusieurs reprises, mon prédécesseur le gouverneur actuel de Dakar, Mouhammed Fall et les commissions se sont heurtés aux populations. Mais ils ont tenu bon et ont continué avec le préfet Baldé le processus même si les choses n’avaient pas beaucoup bougé », déclare M. Sy. Cette posture vaut à l’administration des félicitations et a permis de renouer le dialogue qui a abouti à la signature d’un protocole d’accord autour de 18 points. « Le gouverneur, le préfet ont joué un important rôle. Ils n’ont pas usé de la force étatique et ont plutôt mis en avant le dialogue, la concertation et l’ouverture. Cet état d’esprit a toujours prévalu et a fait beaucoup progresser les négociations. Leurs efforts et les nôtres ont abouti à ce résultat », salue Imam Mbaye Niang, un des médiateurs dans cette affaire.

Fibre patriotique
Parfois, l’autorité administrative a chatouillé la fibre patriotique des réfractaires pour les convaincre de rejoindre le site de relogement. « J’ai dit aux populations que je comprends leur situation parce que je suis né dans un village où mon père est enterré et ma maman qui vit à côté attend d’y être enterrée et qu’un beau jour si on se levait pour me demander de tout quitter ; personnellement j’allais avoir la même réaction qu’eux. Mais je leur ai fait comprendre que si elles ne sont pas capables de donner leurs terres pour le développement du Sénégal, je suis en droit de douter qu’elles puissent donner leurs fils pour défendre ce pays alors qu’il y a des Sénégalais qui donnent leurs fils pour la défense de ce pays », rappelle Amadou Sy. « A mon humble avis, cet argument a été décisif parce qu’on leur demandait non pas de donner leurs terres mais de s’associer dans le projet de l’aéroport dans lequel les avantages vous profiteront », ajoute-t-il.

L’ouverture d’esprit de l’administration dans la gestion de ce dossier est saluée. Hélène Tine souligne que l’autorité administrative a accepté que d’autres personnes interviennent pour trouver un compromis dynamique alors d’habitude, elle est jalouse de ses prérogatives. « Je remercie les autorités administratives (le gouverneur et le préfet de Thiès, le sous-préfet de Pout et tous les services techniques) et celles de l’Aibd pour leur ouverture d’esprit. J’ai eu beaucoup d’écoute de leur part. Cette posture a permis de trouver des solutions aux problèmes », témoigne le député Hélène Tine qui était chargée au nom de l’Assemblée nationale de faire le suivi de l’accord.

Le 8 mai 2015, l’Aibd et le Collectif pour la défense des intérêts des villages de la commune de Keur Mousseu ont signé un protocole d’accord obtenu grâce à l’implication décisive de la Commission de l’urbanisme, de l’habitat et de l’équipement de l’Assemblée Nationale et du Forum Civil, après deux jours d’intenses négociations présidées par le gouverneur de la région de Thiès, Amadou Sy. L’accord prévoit la revalorisation des impenses agricoles, la mise à disposition des terres de cultures pour permettre aux Populations affectées par le projet (PAP) de poursuivre leurs activités agricoles, la libération immédiate des emprises dont l’occupation par les villageois gêne considérablement l’évolution des travaux. Pendant plus de dix ans, il était presque impossible de réunir le collectif et les responsables de l’AIBD autour d’une même table. Sur les questions qui restent en suspens comme l’emploi des jeunes, le gouverneur de Thiès rassure. Il rappelle que tous les textes du Sénégal prévoient qu’à diplôme égal, les enfants du terroir sont prioritaires et pour les autres emplois qui ne nécessitent pas une qualification professionnelle particulière, ils ne seront pas laissée en rade.

Mamadou GUEYE

Thierno Ciss, étudiant à l’université virtuelle du Sénégal à l’antenne de Thiès, évoque sa nouvelle vie avec une joie non feinte. « Il n’y a photo », confie-t-il. Une joie compréhensible si l’on sait que les jeunes sont moins attachés à leur terroir que leurs parents. Il voit même dans le choix du site de leur village par ses aïeux comme un coup de pouce de leur part. « Nos arrières grands-parents ne pouvaient pas choisir meilleur site pour y habiter. Ils avaient conscience qu’un jour ce choix nous rendrait un grand service. C’est le cas aujourd’hui puisque nos conditions de vie ont radicalement changé », philosophe le jeune homme, ravi de cet échange. Lui qui s’apprêtait à aller à l’entraînement s’est prêté à nos questions. Il souligne que les femmes ne sont plus confrontées à la corvée de l’eau. De plus, le site de relogement n’est pas enclavé même s’il souhaite que la piste soit goudronnée.

Tombé sous le charme des prouesses techniques et du génie footballistique de Zinédine Zidiane, actuel entraîneur de l’équipe du Réal Madrid qui son idole, le jeune homme ne voit que des avantages dans sa nouvelle vie. Il entrevoit l’avenir avec optimisme. « L’aéroport a suscité des vocations auprès des jeunes. Avant le projet, il y avait peu de bacheliers dans les trois villages à cause des conditions d’études difficiles. La tendance est en train de s’inverser. Aujourd’hui, on en compte plus d’un vingtaine », indique Thierno Ciss. Une révolution, selon le jeune homme qui explique cela par un meilleur environnement. « Auparavant, on utilisait les lampes tempêtes pour apprendre nos leçons. Et une fois qu’on avait l’entrée en sixième, on nous amenait à Pout. Aujourd’hui, on peut aller au collège et revenir. Le village est desservi par des motos et des taxis clandos », affirme Thierno Ciss. L’étudiant se voit déjà agent de l’aéroport international Blaise Diagne en qualité d’informaticien. Pour optimiser ses changer d’intégrer cette structure, il suit parallèlement à ses études en administration et économique à l’UVS, une formation en informatique dans un institut à Thiès. Il estime que ses ancêtres ne pouvaient pas lui rendre meilleur service en choisissant d’implanter leur village sur le site de ce qui est devenu l’aéroport international Blaise Diagne.

M. GUEYE

De sa nouvelle vie au village, le vieux Ousmane Ciss n’en retient que du positif. Il l’évoque toujours avec un large sourire et bénit la vision du président Abdoulaye Wade de construire un nouvel aéroport.

Chaque jour Ousmane Ciss se rend au domicile de son frère aîné. Un rituel pour lui et les deux hommes discutent de tout et de rien. A notre arrivée, vers 17 heures 30 minutes, il s’apprêtait à partir. Ousmane Ciss est pressé de parler de sa nouvelle vie. « Magnifique. C’est comme quelqu’un qui vivait dans une caverne que l’on ramène à la civilisation », répond-il. C’est parti. Le vieux se lâche. Autrefois, c’était dur de rallier son village. Il fallait prendre une moto ou une charrette avec des risques de chute à tout moment à cause du relief accidenté. « Quand, on a parlé du projet et de relogement, j’ai tout de suite dit oui», fait-il remarquer. « Je savais que le projet ne pouvait être que bénéfique pour les populations des villages affectés », ajoute-t-il. Toutefois, Ousmane Ciss reconnaît aux autres le droit de s’opposer à tout déplacement. « Vous savez, quand on grandit quelque part, on y a ses attaches, on s’identifie à cet environnement », dit-il. Malgré son adhésion, dès le début, au projet, il avoue avoir un pincement de cœur. « Mes ancêtres y sont enterrés, mes racines y sont », confesse le vieux Ciss. C’est pourquoi, il soutient que l’amélioration de ses conditions de vie avec une belle villa ne compense pas ce manque et toute la symbolique qui s’attache à son terroir. Mais en quittant son hameau, il déclare que « c’est une manière à lui de s’associer » au projet de l’aéroport international Blaise Diagne et de contribuer au développement du Sénégal. «L’histoire retiendra que nous avons donné nos terres pour la construction de l’aéroport. Ne serait-ce que cet aspect des choses vaut notre renoncement », insiste-t-il.

Il ne regrette pas son choix. Mieux, il souligne que les autorités ont fait des efforts pour les mettre dans des conditions acceptables. « Il y a de l’eau, de l’électricité alors qu’auparavant nous vivions dans des villages enclavés, dépourvus presque de toute infrastructure sociale de base », avance Ousmane Ciss. Et quand Abdoulaye Diouf souligne que l’Etat n’a pas encore respecté tous ses engagements, il s’empresse d’observer que le monde ne s’est pas fait en un jour et que si les parties continuent les négociations, les points en suspens trouveront des réponses satisfaisantes.

Dans le village de Soun, choisi pour reloger les habitants des trois villages affectés par l’aéroport, Ousmane Ciss est connu pour être un fervent défenseur du projet. On l’a même baptisé Ousmane AIBD ; un surnom qu’il revendique avec fierté. Il salue même la vision qui a abouti à sa réalisation. A ceux qui refusent encore de quitter, il ne désespère pas de les voir rejoindre le site de relogement. « Il faut faire preuve de patience et de pédagogie en privilégiant le dialogue », conseille-t-il. Ousmane Ciss souligne qu’il continue le plaidoyer pour convaincre la poignée de personnes qui refusent encore de faire comme lui et tant d’autres.

M. GUEYE

Aujourd’hui, les populations ont quitté leur terroir et l’aéroport international Blaise Diagne est sorti de terre. Astou Diouf demande que les emplois pouvant être occupés par leurs enfants leur soient prioritairement dévolus. Une manière de garder le cordon ombilical avec leur terroir.

« C’est un projet d’intérêt national». Cette phrase résume l’état d’esprit qui anime Astou Diouf, une des femmes leaders des populations affectées par le projet de construction de l’aéroport international Blaise Diagne. Un état d’esprit doublé d’un réalisme. Elle sait qu’on ne peut pas s’opposer à l’Etat ; celui-ci a le monopole de la contrainte légale. « Quand on veut mener un combat, il ne faut pas le faire dans le domaine où on n’est pas le plus fort », estime Astou Diouf. Elle fait partie des premiers habitants qui ont adhéré à l’idée de rejoindre le site de relogement

Malgré son statut de femme leader -elle est conseillère municipale à la commune de Keur Moussa-, Astou Diouf ne s’est pas impliquée au début du processus. Elle s’est mise en retrait du débat, écoutant les arguments de chaque camp. Les partisans du relogement et ceux qui refusent de quitter avec des positions tranchées. C’est l’impasse. Elle entre alors en scène pour convaincre ceux qui refusent de quitter. Mais devant leur refus catégorique, elle souffle aux députés, au groupe opérationnel de Thiès dirigé par le gouverneur et aux responsables de l’aéroport d’organiser un forum.

« Ce forum a libéré la parole et on s’est rendu compte que ceux qui étaient pour le relogement étaient plus nombreux », souligne-t-elle. Une proposition appuyée par les médiateurs qu’étaient les députés et le représentant du Forum civil à Thiès. En sus du forum, elle suggère également à l’autorité administrative d’organiser une visite sur le site du relogement. Une prise de position qui lui vaut des inimitiés même de la part de ses propres frères.

Sa posture et son implication, elle les inscrit dans une démarche citoyenne même si elle dit comprendre la position des autres qui sont pour le projet mais refusent de rejoindre le site de relogement. « Je comprends leur position parce qu’ils sont nés dans ce village où ils ont des attaches. Donc, si un beau jour, on leur demande de quitter, c’est normal que certains aient cette réaction. C’est un choc psychologique », dit-elle. Elle reconnaît que le site de recasement est plus beau que leur village d’origine avec de belles villas. Mais cela ne compense pas tout. « Nous avons perdu des choses qu’on ne peut pas dédommager. En milieu rural, la famille est plurielle avec un patriarche avec toute la symbolique qui l’accompagne », confie-t-elle. C’est pourquoi, elle dit comprendre ceux qui ne lui pardonnent pas sa posture. Certains de ses parents très remontés contre elle, ne lui adressent plus la parole. Malgré tout, elle ne désespère pas et pense que tout finira par rentrer dans l’ordre. « Nous allons nous réconcilier parce que nous sommes des parents et dans une famille, les problèmes, les malentendus, les divergences ne peuvent pas manquer surtout quand il s’agit d’une question aussi complexe. Mais Il faut savoir gérer ces contradictions et les dépasser. En tout cas, c’est le message que nous tenons. Nous avons même demandé à ceux qui ont rejoint de ne jamais faire une remarque rappelant la posture des uns et des autres », dit-elle. Pour favoriser cette réconciliation, elle demande au groupe opérationnel de Thiès et aux autorités de l’aéroport international Blaise Diagne de poursuivre le dialogue. « Si les discussions se poursuivent, les deux parties finiront par s’entendre. Certains campent sur leur position par orgueil. Le sérère est fier et cet aspect ne doit pas être négligé », affirme-t-elle. Militante de la première heure du déplacement, elle demande, toutefois que les réclamations en instance soient traitées ainsi que toutes les autres questions en suspens.

Mais son plus grand vœu est que leurs enfants ne soient pas oubliés dans le recrutement du personnel de l’aéroport international Blaise Diagne. « Ce sera la meilleure manière pour nous de garder le lien avec notre terroir et aux autorités de nous montrer qu’elles ne nous ont pas oubliés », affirme-t-elle.

Mamadou GUEYE

Le déplacement-réinstallation des villages situés dans l’emprise de l’Aibd n’a pas été de tout repos. Devant les nombreuses réticences, il a fallu beaucoup de discussions avec les populations concernées. Dans ces négociations, le sociologue Kaly Niang a joué un rôle clé. Il nous explique le processus qui a permis de décanter la situation.

Docteur, pour les besoins de la construction de l’aéroport Blaise Diagne, l’Etat a dû exproprier certains villageois. Mais cela ne s’est pas fait sans réticences. En quoi a consisté votre rôle dans ce projet ?
La construction de l’Aéroport international Blaise Diagne répond à un souci des autorités politiques du Sénégal de disposer d’un aéroport répondant aux normes et standards internationaux. L’alignement de cette infrastructure aux normes aéroportuaires internationales a nécessité un déplacement, pour cause d’utilité publique, de populations. Le site d’implantation de l’Aibd a impacté le village de Khessoukhate et deux hameaux Mbadatte et Kathialik et environ 2.500 personnes constituant 320 ménages. Et comme vous le savez, un déplacement de populations n’est jamais facile. Il est parfois assimilé à une perte de repères et d’identité culturelle, ce qui explique souvent les réticences et autres conflits entre populations autochtones et allochtones. En ma qualité de sociologue, j’ai travaillé en parfaite intelligence avec la directrice environnementale et sociale du projet et avec l’équipe chargée de la libération des emprises, de 2013 à nos jours. Nous avons beaucoup fait dans la médiation sociale. Quand je venais au projet en septembre 2013, j’ai trouvé une situation de quasi blocage entre Aibd et une bonne frange de la population des trois villages. Le contexte était tellement difficile qu’il était presque impossible d’organiser des rencontres avec ces populations « réfractaires » au projet qui, non seulement n’avaient pas accepté le recensement en vue du déplacement, mais avaient fait le serment de ne jamais rejoindre le site de réinstallation. Face à cette difficulté, nous avons appliqué les matériaux et rudiments de la sociologie du conflit et du changement social dans la perspective fonctionnaliste de Georg Simmel et de Dahrendorf pour créer et réparer le lien social indispensable pour un dialogue et une recherche de compromis dynamiques. Aujourd’hui, cette situation de tension permanente est derrière nous, car nous parlons avec ces populations déplacées, le même langage et faisons en sorte que l’aéroport devienne une opportunité réelle.

Comment vous vous y êtes pris pour convaincre les populations des villages concernés à rejoindre le site de recasement ?
La médiation sociale n’a pas été facile, car les tensions et incompréhensions avec les populations avaient atteint des proportions inquiétantes. Il a fallu un changement d’approche et de paradigme pour avoir l’acceptabilité sociale. Dès lors, il fallait trouver de nouvelles figures et de nouveaux symboles à même de rassurer les populations. C’est dans ce cadre que la société civile et des parlementaires ont été associés à la recherche de solutions. Cette trouvaille a été bénéfique, parce qu’ayant abouti à la signature d’un protocole d’accord avec les personnes affectées par le projet et au rétablissement des liens avec les populations. Il y a également l’implication des religieux comme le marabout Al Amine, par exemple, qui s’est investi dans la recherche de solutions.

Quels sont les écueils auxquels vous avez fait face ?
Parmi les difficultés, il faut noter la division au sein des populations, entre favorables et « réfractaires » et les clivages dans les familles. Par exemple, une partie de la famille peut être d’accord avec le déplacement et l’autre foncièrement contre. Ce qui occasionne une dislocation de la cellule sociale de base et exacerbe les conflits au sein du groupe.

Toutefois, tout le monde n’est pas parti, certains villageois notamment de Kathialik, sont encore sur place. Tandis que d’autres ont préféré aller créer un autre village vers Toglou. Qu’est-ce qui explique, selon vous, leur décision ?
Il est vrai qu’il reste encore dans l’emprise (périmètre de sécurité) 34 familles du village de Kathialik qui ne souhaitent pas rejoindre le site de recasement. Cet état de fait est dû à la forte réticence notée au départ dans les communautés, par rapport au projet. De mon point de vue, c’est juste un sursaut d’orgueil doublé d’une volonté d’exister face à un « envahisseur ». C’est pour cette raison que ces populations ont préféré ne pas rejoindre le site et se recroqueviller sur leur terroir, dans des conditions difficiles. Les Sérères Palor sont très fiers et craintifs. Ils n’aiment pas être assujettis à une autorité extérieure. En principe, ils appartiennent au type social dit irénique, qui se caractérise par une structure sociale non antagonique, dotée d’une conscience collective forte et intégrée, donc plus tolérante. Mais, derrière cette tolérance se cache une fausse vanité et un esprit rebelle à toute forme de dirigisme. D’où la nécessité de comprendre leur structure sociale, leurs comportements et attitudes avant de pénétrer leur milieu. Je rappelle que ces communautés sont présentes depuis le XVIème siècle et ont pu résister à toute forme d’aliénation et de modernisation. Au plan anthropologique, c’est un bon sujet à explorer.

Allez-vous poursuivre les discussions avec eux pour les convaincre de quitter ?
Absolument. Les discussions continuerons jusqu’à l’obtention d’un consensus fort et durable. Il n’est pas de notre intérêt d’user de la force publique pour convaincre, mais bien au contraire, nous allons poursuivre la médiation sociale sans faiblesse coupable ni cruauté inutile. Après tout, ce sont des Sénégalais à part entière qui y vivent et nous devons prendre en charge leurs préoccupations pour que l’aéroport devienne une véritable opportunité de développement pour ces communautés.

En partant, ces populations laissent derrière elles tout un patrimoine matériel et immatériel auquel elles étaient très attachées. Sur le plan sociologique quels peuvent en être les effets induits ?
Votre question est pertinente. Et comme vous le savez, «  partir, c’est mourir un peu ». Pour vous dire simplement que les déplacements de populations sont difficiles et complexes. Au-delà de la perte d’identité ou du patrimoine matériel comme immatériel, les populations déplacées perdent leurs repères historiques et leurs cadres de socialisation. Au plan psychologique d’abord, en l’absence de prise en charge ou de cadre de concertation, elles pourraient vivent un sentiment de laisser pour compte qui trace le sillon du communautarisme grégaire. C’est pour cette raison que l’Aibd a initié des cadres de concertation et de conciliation avec des rencontres périodiques avec les populations pour la prise en charge des questions existentielles. Au plan sociologique, les effets de la perte de patrimoine sont consubstantiels aux pertes d’identité sociale de l’individu, qui se caractérise par l’ensemble de ses affiliations qui ne sont pas seulement familiales, mais aussi sociales. On peut la trouver également dans les relations familiales ou dans les groupes sociaux où la notion d’appartenance se révèle selon le genre, l’âge, l’appartenance religieuse etc. La complexité de l’identité se situe dans le fait que ce sentiment permet à l’individu social de se connaître lui-même dans le groupe social auquel il appartient et permet à son groupe de le reconnaître. Avec l’affaissement des repères, il peut y avoir problème. En quelque sorte, on peut dire que le patrimoine sauvegarde la mémoire des hommes et de la société. Ainsi, les composantes du patrimoine sont d’un côté le matériel: illustré par ce que les prédécesseurs de matériel ont laissé comme bâtiments, outils etc.; de l’autre, le patrimoine immatériel : les croyances, les traditions, les langues, les coutumes, rites etc. Ces deux facteurs constituent le fondement de la civilisation. En les préservant, cela signifie la préservation de ce qu’a produit l’être humain dans telle ou telle culture.

Les villages hôtes de Lène, Touly et Landou devaient accepter les nouveaux venus. Est-ce que cela été facile de les convaincre d’accueillir sur leurs terres agricoles leurs voisins de Khessoukhate ?
Les villages hôtes partagent le même référentiel ethnique et culturel avec ceux déplacés. En acceptant sans difficultés majeures de céder leurs terres de culture (150 hectares) à leurs parents déplacés, ils ont voulu manifester une solidarité mécanique ou solidarité par ressemblance. Dans ce type de lien, les individus sont liés par des liens de similitude, ils ont les mêmes croyances, les mêmes valeurs, les mêmes modes de pensée et de comportements. En outre, ces villages ont compris l’importance du nouvel aéroport et les principes de l’expropriation pour cause d’utilité publique. Des dédommagements ont été effectués (paiement des impenses et des pertes de récoltes), et 304 hectares de forêt déclassés en guise de compensation de perte foncière. Ce déclassement est au profit des villages hôtes mais principalement des déplacés de Khessoukhate, Kathialik et Mbadatte.

Entretien réalisé par
Elhadji Ibrahima THIAM

Le budget global de réalisation du Plan révisé de réinstallation s’élève à 9,2 milliards de FCfa. Ce montant inclut les compensations collectives et privées qui totalisent 7,2 milliards de FCfa et les coûts associés aux mesures de développement et autres dépenses qui s’élèvent à 460 millions de FCfa. Le choix du site de l’aéroport s’est basé sur une analyse multicritères de 10 sites potentiels, tenant compte des considérations opérationnelles, techniques, environnementales, sociales et économiques. Des aspects urbains et sociaux ont été définis puis appréciés pour trois sites sélectionnés. Le site aéroportuaire, retenu comme le site où le déplacement de populations est minimisé, présentait la plus faible densité de population et requerrait un minimum de terres à exproprier totalement ou partiellement. Le site présentait de multiples avantages en raison de la très bonne qualité du sol du point de vue géotechnique, de la bonne qualité des infrastructures et réseaux existants et de la bonne desserte aéronautique.

Elh. I. THIAM

Pour les besoins de la construction l’Aibd, les populations des villages de Khessoukhate, de Mbadatte et de Kathialik qui se trouvaient dans l’emprise de la plateforme aéroportuaire ont été déplacées et réinstallées sur un site situé à 4 kilomètres suivant les normes de la Banque Mondiale et de la Banque africaine de développement (Bad). Malgré les réticences manifestées au début du processus de déguerpissement, ces populations se sont adaptées à leur nouvelle cité baptisée « Madina Salam » dotée de toutes les commodités,

Confortablement assis sur un fauteuil douillet de son salon cossu, Alioune Ciss a le regard fixé sur les images renvoyées par son téléviseur écran plat. Une certaine sérénité se lit sur le visage de ce sexagénaire. Dehors, quelques éclats de voix. Ils proviennent de la grande cour de la maison où deux filles, au pied du robinet, s’affairent aux tâches ménagères non loin de la cuisine. Il y a encore quatre ans, Alioune Ciss et sa famille vivaient dans le village de Khessoukhate distant de quatre kilomètres, dans une masure qui menaçait de s’écrouler à chaque saison des pluies. Un bled où il n’y avait ni électricité, ni eau de robinet. Mais depuis que cette famille a rejoint, en septembre 2013, cette maison de 400 m2 dotée de toutes les commodités mise à sa disposition par Aibd Sa, la vie de ses membres a changé. Ils ont gagné en confort. Comme les Ciss, plus de 340 autres familles des villages de Khessoukhate, de Mbadatte et de Kathialik qui étaient dans l’emprise de l’Aibd, vivent désormais dans ce site de recasement sans aucune contrepartie financière.

Le site de recasement s’étend sur 150 hectares dont 75 aménagés. Le reste est réservé aux générations futures. On y compte, au total, 342 maisons composées d’un bâtiment principal avec trois chambres, un salon et une terrasse et des bâtiments extérieurs pour les toilettes, la douche et la cuisine. Les équipements collectifs comprenant une case de santé, une école primaire, deux salles coraniques, un terrain multifonctionnel, deux terrains de jeu, une grande mosquée, cinq petites mosquées (diakkas), trois cimetières clôturés, un marché, un enclos pour le bétail s’étalent sur l’équivalent de 28 parcelles. La citée est traversée par un réseau de voierie et dispose d’un système de drainage des eaux pluviales, de 14 bornes fontaines de quatre robinets chacune et de l’éclairage public. Elle est organisée en trois quartiers : Khessoukhate, Mbadatte et Kathialik, des noms des trois villages déplacés. Mais les lieux sont rebaptisés « Madina Salam », un nom donné par le défunt khalife général des Tidianes, Abdoul Aziz Sy Al Amine lors de la pose de la première pierre de la grande mosquée.

Des négociations de longue haleine
« Madina Salam » est situé à quatre kilomètres du nouvel aéroport à mi-chemin de Pout. Pour s’y rendre, il faut, après le poste de péage de Toglou, et la bretelle qui mène au nouvel aéroport, s’engager sur un chemin escarpé en faufilant à travers les hautes herbes brûlées par le soleil. Au bout de quelques minutes, les maisons à l’architecture identique apparaissent au milieu desquelles se dresse le minaret d’une mosquée. Comme la couleur de la terre sur laquelle ils sont construits, les bâtiments sont d’un rouge qui tire sur le marron. Une unité de couleur qui n’est pas sans rappeler la ville marocaine de Marrakech. Les voieries bien tracées sont bordées de poteaux électriques. En cet après-midi de mi-novembre, un calme relatif règne sur les lieux. Dans un coin de ce qui semble être une place publique, des garnements tapent sur un ballon. Juste à côté, un groupe de femmes est agglutiné autour de la borne-fontaine alors qu’à l’angle de la maison-témoin du site, trois conducteurs de moto « Jakarta » sont à l’affût d’un client. A quelques jets de pierre de la grande mosquée, une école de douze classes est mitoyenne à un centre socio-culturel.

Si les populations de Khessoukhate, de Mbadatte et de Kathialik se sont adaptées à leur nouvelle vie, il faut dire que leur déplacement n’a pas été un long fleuve tranquille, se rappelle Alioune Ciss, le chef de village. Il y a eu en effet beaucoup de réticences. « On a eu beaucoup de discussions, de réunions, de sensibilisation. Car ce n’était pas évident pour nous d’abandonner la terre de nos ancêtres, témoin de toute une culture, de coutumes, de rites. Même si nous avons aujourd’hui toutes les commodités, ce patrimoine immatériel est irremplaçable. Mais nous l’avons accepté parce que c’est l’intérêt de tout un pays qui était en jeu », confie-t-il. Mais avec le recul, il est loin de nourrir des regrets. Il tire même fierté d’avoir accepté de céder ses terres pour une cause nationale. « Quand on voit ce que cette zone est devenue avec cet aéroport, on ne peut qu’être fier. La tristesse de quitter nos terres d’origine cède la place à une certaine fierté d’avoir été un acteur majeur de ce projet. C’est parce que nous avons accepté de quitter que ce projet a vu le jour. Donc, nous en sommes partie intégrante. Et je sais que quand il sera fonctionnel, nous en tirerons d’autres bénéfices ». Après des années d’âpres négociations, il a été le premier à rejoindre le site de recasement en septembre 2013.

Fin de corvée pour les femmes
Il a été suivi par d’autres chefs de famille comme son grand frère Issa Ciss. Ce dernier est loin de regretter d’avoir quitté son village de Khessoukhate. Si des biens collectifs (case de santé, cimetières, écoles, mosquées, latrines, puits, sites sacrés) existaient dans ce village, aucune des concessions n’était connectée à l’électricité par le réseau public. Similairement, l’approvisionnement en eau des concessions se faisait uniquement par des puits extérieurs. Il n’y existait aucun système d’assainissement. Les eaux usées et les déchets domestiques étaient jetés dans la nature. L’infrastructure routière est principalement composée de chemins ruraux et de pistes rurales peu praticables. La plupart des maisons étaient constituaient de case ou de bâtiments sommaires. « Quand il pleuvait, ça suintait de partout. Comparées aux maisons que nous avons aujourd’hui, c’est comme le jour et la nuit. Nous sommes heureux d’habiter dans des maisons dignes de ce nom et en même temps nous sommes fiers d’avoir permis au Sénégal d’avoir un aéroport de cette envergure », souligne le vieux Issa Ciss.

Se tenant debout devant un atelier de couture où trône trois machines à coudre électrique, Aminata Ciss et Rokhaya âgées d’une vingtaine d’années, ont désormais le temps de se consacrer à leur activité de couturière. Les corvées d’eau, la recherche du bois mort et autres travaux domestiques pénibles sont derrière elles. « Nous allions chercher de l’eau dans des puits de 90 mètres de profondeur. Nous le faisions plusieurs fois dans la journée. Aujourd’hui, avec le robinet et l’électricité, la vie est bien meilleure qu’avant », disent-elles en chœur.

Selon le recensement mené par Aibd Sa, 46 % des personnes affectées par le projet de l’aéroport sont de Khessoukhate (1150), 18 % sont de Mbadatte (339) et 36 % de Kathialik (410), soit une population totale de 2661 personnes. Les ménages affectés sont au nombre de 343 organisés en 25 concessions et habitant dans 464 bâtiments. En plus d’avoir bénéficié d’une cité avec toutes les commodités, beaucoup d’habitants des trois villages déplacés ont été recrutés pour travailler dans le chantier de l’aéroport. Ainsi, selon Alioune Ciss qui lui-même y a travaillé de 2008 à 2017, plus de 25 % des travailleurs dans le chantier étaient issus de la zone. Avec l’ouverture prochaine de l’aéroport, il plaide pour que cette expérience soit reconduite.

En venant s’installer à quatre kilomètres de leurs terres d’origines, les populations de Khessoukhate, de Mbadatte et de Kathialik ont été loin d’être dépaysées. En effet, elles ont comme voisins immédiats, des villages comme Lène, Landou et Touly avec qui elles entretiennent des liens sociaux séculaires. Elles parlent la même langue, sont de la même ethnie (Sérère Palor), partagent les mêmes coutumes et mènent des activités économiques similaires. Les activités de sensibilisation entreprises par la Direction générale d’Aibd Sa ont favorisé l’implantation du site d’accueil à proximité des villages hôtes dont les populations ont également bénéficié des nouvelles infrastructures sociales de base du site de recasement. Pour leur permettre de reprendre leurs activités agricoles, le président de la République Macky Sall a pris un décret pour déclasser 304 hectares de la forêt classée de Diass. Chaque quartier a son lot et une partie est réservée pour la création d’une ferme agricole avec le soutien de l’Anida. Le périmètre a été défriché et est prêt à être exploité. Les déplacés de l’Aibd ont tout pour redémarrer une nouvelle.

Un déplacement dans le respect strict des droits humains
Les procédures de réinstallation des populations ont débuté en 2002 avec l’évaluation des pertes de la zone d’emprise. Par la suite, un plan de réinstallation répondant aux normes nationale en matière de réinstallation a été préparé en 2005. Cependant, ce plan n’était pas totalement conforme aux normes internationales. Pour y remédier, Aibd Sa a mandaté un nouveau Plan de réinstallation révisée (Prr). Ce nouveau plan a pris en compte les impacts sur le milieu humain notamment la perte des ressources naturelles dans les emprises de l’aéroport et du site d’accueil, la perte de ressources agricoles localisées dans les emprises de l’aéroport et du site d’accueil, des risques de conflits sur l’usage des terres entre les populations réinstallées et les populations hôtes, les risques de frustration des populations environnantes ne bénéficiant pas des mesures du Ppr…

A cause des réticences d’une frange de la population notamment à Kathialik et à Mbadatte, le recensement a été interrompu plusieurs fois. En effet, dès le début, certains villageois de Kathialik et, dans une moindre mesure de Mbadatte, se sont opposés à tout dialogue. Face à cette situation, Aibd Sa, en collaboration avec les autorités administratives locales et la collectivité locale a initié beaucoup d’actions entre avril et septembre 2010 visant à permettre la poursuite des enquêtes. Des chefs religieux comme Abdoul Aziz Sy Al Amine, des parlementaires, des organisations de la société civiles ont été également mis en contribution. Toutes ces actions combinées ont permis au recensement de redémarrer. Au contraire de ceux de Khessoukhate et de Mbadatte, une partie des populations de Kathialik n’ont pas encore rejoint leurs domiciles sur le site de recasement. Certains sont restés dans leur village d’origine à la limite du périmètre de sécurité de 350 mètres du nouvel aéroport alors que d’autres ont préféré, pour des considérations sociologiques, aller créer un nouveau village non loin de Toglou.« Il n’y a que 31 familles de Kathialik qui ont accepté volontairement de s’installer sur le nouveau site », précise le chef de village Alioune Ciss.

Elhadji Ibrahima THIAM

En migrant de l’Aéroport international Léopold Sédar Senghor (Ailss) à l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd), le Sénégal a opéré à un changement d’échelle qui renseigne sur l’ambition de ses autorités de faire de Dakar une plaque tournante et un point préférentiel d’escale technique en Afrique, pour les trafics aériens, d’Europe et des Amériques.

Entre le nouvel aéroport international Blaise Diagne (Aibd) et l’ancien aéroport Léopold Sédar Senghor (Ailss), la différence n’est pas que de nom et de lieu d’implantation, elle est surtout dans les mensurations. Superficies, pistes, parking-avions, aérogare, capacité…En tout, l’Aibd est à des années lumières de l’Ailss. Tout est plus grand. Ce qui traduit, au passage, la volonté des autorités de faire changer de dimension le Sénégal dans le domaine aéroportuaire.

D’abord, en termes de superficie, Aibd fait cinq fois qu’Aills. Le nouvel aéroport s’étale sur 4.500 hectares (2.500 hectares pour l’instant dans sa première phase) contre 800 hectares pour l’ancien aéroport. La piste principale fait 3,5 kilomètres de long pour 75 mètres de large à l’Aibd contre 3,4 km de long pour 60 mètres de large à l’Ailss. Pour les taxiways, ils font 12,5 km de linéaire à l’Aibd pour 7 sorties contre seulement 3 km de linéaire à Ailss pour une seule sortie. Les parkings avions sont au nombre de 79 au nouvel aéroport contre 35 à l’ancien aéroport.

Le changement d’échelle est encore plus frappant si on compare les deux aérogares. Celle de l’Aibd s’étale sur 42.000 m2 avec deux niveaux en plus d’une mezzanine et six passerelles télescopiques, alors que celle de l’Ailss ne mesure que 21.000 m2 et n’a qu’un seul niveau et aucune passerelle télescopique. En termes de capacité, l’Aibd est conçu pour accueillir 3 millions de passagers par an, 50.000 tonnes de fret par an, pour enregistrer 80.000 mouvements d’aéronefs par an et dispose d’un parking auto de 700 places, plus 60 bus et 60 taxis. Tandis que l’Ailss n’a une capacité que de 1,5 million de passagers par an, une zone fret de 25.000 tonnes par an pour 40.000 mouvements d’aéronefs par an et un parking auto de 300 places.

Elhadji Ibrahima THIAM

La construction de l’Aibd traduit une vision plus large et ambitieuse de l’Etat du Sénégal de faire du Sénégal une plaque tournante et un point préférentiel d’escale technique en Afrique, pour les trafics aériens, d’Europe et des Amériques. En effet, le Sénégal bénéficie d’une position géographique privilégiée qui le place à équidistance de l’Amérique du nord, de l’Amérique du sud, de l’Europe et de toute l’Afrique australe. Ce qui constitue un avantage considérable dans les échanges internationaux. La position géographique est certes très importante, mais elle ne suffit pas à elle seule pour faire de l’Aibd le principal hub de la sous-région de l’Afrique de l’ouest. Une réalité bien perçue par les autorités sénégalaises qui, dans la conception du projet de construction du nouvel aéroport, ont pris les bonnes mesures pour lui donner toutes les capacités qui en feront une plateforme compétitive.

L’une des mesures phares consiste à mettre en place un centre d’entretien et de maintenance d’aéronef. Cet outil permettra à l’Aibd de se positionner comme une plateforme technique préférentielle et incontournable pour toute l’Afrique de l’ouest et d’atteindre son objectif de devenir un hub sous-régional. Un concept modulaire est retenu et les activités du centre pourront être implémentées de manière graduelle à savoir la maintenance de type A et B jusqu’à l’entretien lourd vérification C et D, voire la peinture d’aéronef. Dans la même veine, il est prévu la mise sur pied d’un Institut de formation aux métiers aéroportuaires.

Elhadji I. THIAM

Aibd est de type modulaire, c’est-à-dire qu’il y a une possibilité d’extension de la plateforme. Il a une capacité de 3 millions de passagers avec possibilité de faire une extension jusqu’à 10 millions passagers. Le nouvel aéroport aura également un niveau de qualité de service B, conformément aux critères de l’Association internationale du transport aérien (Iata) et répond aux standards de modernité et de sûreté les plus récents pour répondre aux attentes des compagnies aériennes, des grands groupes de fret et des passagers. Il est réalisé sur une superficie de 2.500 ha mais le périmètre réservé à la zone aéroportuaire s’étire sur 4.500 ha en perspective de l’extension de l’aéroport. En comparaison, l’aéroport Léopold Sédar Senghor ne fait que 8 ha. L’emprise de la phase 1, de 2.500 ha, est divisée en trois zones : la zone de la commune de Diass dépendant du département de Mbour (965 ha) ; la zone de la commune de Keur Moussa relevant du département de Thiès (545 ha) ; la zone de la forêt classée de Diass (1090 ha). 

Au total, 43 % du site est situé dans la zone de la forêt classée de Diass. Le projet a nécessité le déclassement d’une partie de cette forêt sur une superficie de 907,35 ha. Les deux portions restantes de la forêt classée ont une superficie de 952,64 ha.

Le choix du site de l’aéroport s’est basé sur une analyse multicritères de 10 sites potentiels, tenant compte des considérations opérationnelles, techniques, environnementales, sociales et économiques. Des aspects urbains et sociaux ont été définis puis appréciés pour trois sites sélectionnés. Le site aéroportuaire, retenu comme le site où le déplacement de populations est minimisé, présentait la plus faible densité de population et requerrait un minimum de terres à exproprier totalement ou partiellement.

Le site présentait de multiples avantages en raison de la très bonne qualité du sol du point de vue géotechnique, de la bonne qualité des infrastructures et réseaux existants et de la bonne desserte aéronautique.

Elhadji I. THIAM

Situé à 45 kilomètres au Sud-est de Dakar dans la région administrative de Thiès, à mi-chemin entre Diamniadio et Mbour, l’Aéroport international Blaise Diagne, au-delà d’être un bijou architectural, répond à l’ambition des autorités sénégalaises de désengorger la ville de Dakar et de favoriser ainsi un meilleur aménagement du territoire.

Il a fallu 10 ans. Dix longues années pour que l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) émerge enfin des entrailles des massifs de Diass. Comme tout enfantement, la naissance de ce projet fut difficile car la gestation a buté sur maintes péripéties. Mais quand vient enfin l’heure de la délivrance et qu’on tient le bébé tant attendu dans ses bras, la douleur de l’accouchement et les inquiétudes cèdent la place à un ineffable sentiment de joie, mais surtout de fierté.

Ce beau bébé du Sénégal qu’est l’Aibd, chaque Sénégalais doit en être fier. C’est une infrastructure structurante qui renforcera le Sénégal dans sa place de hub aérien en Afrique de l’ouest, permettra de désengorger Dakar et créera ainsi un nouveau pôle économique au cœur du triangle Dakar-Thiès-Mbour.

Véritable bijou architectural, l’Aibd est situé à 45 km de Dakar. En dehors de la route nationale, l’autoroute à péage y mène tout droit. Il suffit, quelques centaines de mètres après le poste de péage de Toglou, de sortir par la bretelle n°13. Le premier rond-point dépassé, l’infrastructure impose, au loin, dans un décor de plaines arbustives et de palmiers, toute sa masse. Plus on s’en approche, plus la plateforme aéroportuaire étale ses charmes. Le pavillon présidentiel, l’aérogare des pèlerins, les bâtiments administratifs, le panorama défile avant que l’aérogare passagers ne se dévoile. La Tour de contrôle la toise du haut de ses 50 mètres.

Aérogare passagers de 42.000 m2
L’Aérogare est construite sur deux niveaux. La forme ondulée des toits où pendent les panneaux signalétiques en ajoute à la splendeur des lieux. Le Terminal de départ s’étend sur 21.000 m2 et occupe le niveau supérieur. On y accède par une rampe. Au rez-de-chaussée, se trouve le Terminal d’arrivée de même taille. Entre les deux, on a une mezzanine permettant la séparation

complète des flux arrivée, départ et transit. A cela s’ajoute une innovation majeure à savoir les six passerelles télescopiques qui permettent un accès direct aux avions. Pour dire qu’avec ce nouvel aéroport, on n’aura pas besoin de convoyer les passagers par bus à la coupée de l’avion pour l’embarquement.

Au départ comme à l’arrivée, les passagers devront passer par l’une des quarante postes de police des frontières, sans compter les postes de contrôle des douanes. Quarante-quatre banques d’enregistrement des bagages sont mises à leur disposition. Quatre tapis-bagages permettent de diminuer le temps d’attente des passagers. Afin de rendre agréable le temps d’attente des passagers avant l’embarquement, un espace commercial de 5.000 m2 (duty free, boutiques, restaurants) est aménagé suivant les dernières tendances de raffinement et de modernité. L’aérogare passagers dispose également de trois salons Vip et des services multimédia modernes. Dans la conception de l’Aibd, il est mis en place un circuit Pmr (Personne à mobilité réduite). Il s’agit des personnes âgées et des personnes qui souffrent d’un handicap.

Aérogare pèlerins
Construite sur une superficie de 2.270 m2, elle est totalement autonome et propose aux pèlerins un traitement spécial. En effet, la conception de l’aérogare pèlerins lui donne la capacité de traiter deux vols simultanément. Elle est dotée d’un tapis bagages et de deux positions parking pour le stationnement des avions. Prévue aussi bien pour le pèlerinage musulman que le pèlerinage chrétien, il peut servir à d’autres activités.

Pavillon présidentiel indépendant
A l’autre bout, se trouve le pavillon présidentiel. Réalisé suivant les critères de raffinement les plus récents, ce bâtiment dispose de deux postes pour le stationnement des avions. Il est totalement indépendant et son emplacement lui évite de gêner les activités de l’aviation générale. Il occupe une superficie de 1.360 m2 et comporte un salon et un appartement présidentiels, un salon ministériel et un salon dédié aux entretiens en tête-à-tête. Le pavillon présidentiel compte également une salle équipée réservée à la presse.

Aérogare fret de 50.000 tonnes par an
Implanté dans une zone où la pêche et la culture maraîchère sont très développées, l’Aibd met à la disposition des acteurs de ces deux secteurs clés de l’économie, un outil à forte valeur ajoutée pour l’exportation de leurs produits. Construite sur une superficie de 5.600 m2, l’aérogare fret a une capacité de 50.000 tonnes par an, soit 130 tonnes par jour. Elle possède tous les équipements indispensables à une prise en charge optimale du fret, comme les détecteurs à rayon X, les chambres froides, les bascules de pesage et les étagères à stockage vertical. A côté, le cargo-village est en construction et permettra de stocker des marchandises notamment les produits périssables.

Une piste capable d’accueillir des avions de type A380
La piste de l’Aibd est une première dans l’espace Asecna. Avec 3.500 mètres de long sur 75 mètres de large, elle peut accueillir tous les types d’avions notamment le A380 (Avion Airbus). Les sept voies de circulation (taxiways) font un total de 14 km. Elles permettent d’optimiser l’utilisation de la piste et lui donnent la possibilité d’enregistrer 80.000 mouvements d’avions par an, correspondant à neuf mouvements par heure. Les parkings avions qui complètent le dispositif permettent d’accueillir simultanément jusqu’à 79 avions dont 22 gros porteurs. Le parking du pavillon présidentiel, le parking de l’aérogare fret et le parking de l’aérogare pèlerin disposent, chacun, deux postes-avions. Ce qui fait un total de 85 postes-avions.

Parking voitures de 700 places
Pour le stationnement des véhicules, un parking permettant d’accueillir en même temps 700 véhicules particuliers, 60 bus et 60 taxis a été aménagé. On accède aux différents bâtiments de la plateforme aéroportuaire par un réseau routier dense car, outre les bretelles, l’Aibd est desservi par deux routes de services qui rejoignent, au nord, l’autoroute à péage et, au sud, la Route national 1.

Elhadji Ibrahima THIAM

Cahier Aibd

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La pratique contraceptive est un autre problème dans le département de Bambey où est enregistré un taux de prévalence de 9 %. En attestent les témoignages d’Amy Diouf (35 ans), Aby Sow (33 ans) et Maguette Ngom (20 ans). Ces grandes multipares, rencontrées au poste de santé de Léona Sud de Bambey, n’ont songé à la contraception que tardivement.

Malgré les gris-gris sur lesquels elle avait jeté son dévolu pour espacer la naissance de ses enfants, Amy Diouf (35 ans) n’a pas pu éviter les grossesses rapprochées. « J’ai 9 enfants, et c’est seulement depuis 2 ans que j’ai commencé à faire la contraception », raconte cette dame rencontrée au poste de santé de Léona Sud (un quartier de la commune de Bambey). Selon elle, son premier mari, décédé, n’a jamais voulu de l’espacement des naissances. « Je me suis remariée et j’ai opté pour une ligature des trompes, car je ne souhaite plus avoir d’enfants, parce que je veux que toute ma progéniture porte le même de nom de famille », explique-t-elle.

De 2 ans la cadette d’Amy Diouf, Aby Sow, 33 ans, a 5 bouts de bois de Dieu. Mariée à l’âge de 12 ans, elle n’a commencé à recourir à la planification familiale que depuis 4 mois. « Je me suis mariée très jeune, maintenant je veux me reposer, surtout que mes dernières grossesses étaient très difficiles. C’est pourquoi quand une de mes amies m’a informée de l’offre de services de planification familiale au niveau du poste de santé, je n’ai pas hésité à venir », confie Aby dont la belle-mère, qui était foncièrement contre le planning, est revenue, aujourd’hui, à de meilleurs sentiments. Il en est de même pour son mari qui lui a manifesté son adhésion pour espacer la naissance de leurs enfants.

Pour l’heure, elle confie qu’elle compte veiller sur sa fille aînée qui poursuit ses études à Thiès, afin qu’elle ne subisse pas le même sort qu’elle, à savoir un mariage et des grossesses précoces et rapprochées. « Je lui conseille toujours de poursuivre ses études et de ne pas se marier tôt », insiste Aby Sow.

Maguette Ngom, malgré son jeune âge (20 ans), avec déjà 5 enfants, est dans le lot des grandes multipares. « Confrontée à des grossesses très rapprochées, je suis venue dans ce poste de santé pour qu’on m’offre des produits contraceptifs. D’autant que je rencontre d’énormes difficultés pendant la grossesse. C’est pourquoi mon mari et ma belle-mère estiment, aujourd’hui, que je dois me reposer avant d’avoir d’autres enfants », explique Maguette qui était très réticente à l’idée d’adopter une méthode contraceptive. Cela, eu égard aux rumeurs. « J’avais peur des effets secondaires dont font part certaines femmes. C’est pourquoi, même si on me parle depuis longtemps de la planification familiale, j’ai toujours refusé. Mais maintenant, je suis consciente des difficultés que je rencontre et qui me poussent à vouloir espacer mes grossesses », avance-t-elle.

Combattre les rumeurs
A juste titre, Sassi Diop Diouf, point focal (Pf) du district sanitaire de Bambey, estime que les rumeurs font partie des obstacles majeurs à la pratique contraceptive dans le département de Bambey. « Si on rencontre d’énormes difficultés par rapport à la planification familiale, c’est notamment à cause des rumeurs », croit-elle. Elle appelle ainsi à mieux prendre en charge la gestion des rumeurs sur la pratique contraceptive. Dans ce cadre, Sassi invite les « Badianou Gokh » (marraines de quartier) à s’impliquer davantage dans la sensibilisation en les aidant à mieux communiquer avec les populations.

Dans le même sillage, souligne Salimata Cissé, directrice marketing de Marie Stopes international (Msi), parmi les défis à relever pour améliorer la qualité de l’offre figurent le manque d’informations et les fausses rumeurs. D’où l’intérêt, selon elle, de « recycler les « Badianou Gokh » et les pairs éducateurs ». Aussi plaide-t-elle pour que les données soient collectées de façon régulière et qu’il y ait une meilleure planification et supervision des activités au niveau du district sanitaire de Bambey que Msi appuie, avec son équipe mobile, afin de permettre aux femmes un meilleur accès aux services de planification familiale. Cela, en proposant toute la gamme des produits contraceptifs, même au niveau communautaire.

Par Maïmouna GUEYE

Pour améliorer la qualité de l’offre de services en planification familiale, Msi déroule un programme de franchise sociale au niveau du district sanitaire de Diourbel. La franchise sociale comprend la formation des prestataires et des relais communautaires et la mise aux normes du matériel de stérilisation. Cette stratégie est déroulée, dans sa première phase, dans 5 postes de santé dudit district, dont Mame Cheikh Anta de Diourbel. « Elle doit permettre aux prestataires et relais d’offrir des services de qualité », fait savoir Maïmouna Diouf Bèye, coordonnatrice Sr du district sanitaire de Diourbel. Selon elle, au niveau des postes de santé franchisés, le matériel répond aux normes. Elle cite l’autoclave, un matériel de stérilisation, non disponible dans tous les postes de santé, mais nécessairement présent dans tous ceux franchisés.

Sur la formation, Mme Bèye renseigne qu’elle a lieu tous les 4 ans au niveau des postes de santé non franchisés, mais elle est continue dans ceux appliquant la franchise sociale. Ainsi, du fait de la qualité qui prévaut dans ces structures de santé, ces dernières sont très convoitées par les femmes, surtout celles instruites, apprend la coordinatrice Sr du district sanitaire de Diourbel. « La qualité de l’offre joue beaucoup, surtout que le coût n’est pas important », explique Maïmouna Diouf Bèye, soulignant que la notion de gratuité incite aussi les femmes qui n’ont pas beaucoup de moyens à venir.

Parmi les femmes instruites sollicitant les postes de santé franchisés, Mme Bèye cite les enseignantes, les agents des banques, bref, des femmes qui, du fait de leurs occupations, n’ont pas le temps de faire la queue pour accéder aux services. « Elles peuvent se rendre dans ces structures sanitaires, même à la sortie de leur lieu de travail », soutient-elle.

M. GUEYE

Même si les produits contraceptifs sont disponibles, les femmes du département de Bambey se font encore désirer au niveau des services de planification familiale. Il est alors préconisé d’impliquer, dans les stratégies de sensibilisation, les maris et les belles-mères identifiés comme étant les principaux obstacles à la pratique contraceptive.

Les témoignages d’Amy Diouf (35 ans), Aby Sow (33 ans) et Maguette Ngom (20 ans) font dire à Awa Fall Camara, la coordinatrice Sr du district sanitaire, que « les progrès en planification familiale sont lents » dans le département de Bambey. Pour améliorer la situation, elle invite à surtout sensibiliser les maris et belles-mères, les principaux obstacles à la contraception. Car, de l’avis de Ndèye Laba Ngom, « Badianou Gokh » au quartier Léona de Bambey, « ce sont les hommes qui refusent souvent. Certains sont même catégoriques à l’idée de discuter de la contraception, alors que leurs épouses sont fatiguées par les grossesses rapprochées ». Pour faire face à cette contrainte, elle déclare qu’elle a besoin d’une sage-femme pour qu’elle participe aux séances de sensibilisation afin de mieux expliciter aux hommes les bienfaits de la planification familiale pour la famille.

Pour la « Badianou Gokh » Maïmouna Diallo, il est important, dans les causeries, de mettre l’accent sur le bien-être de la famille. « Quand on met souvent l’accent sur la santé, l’éducation, l’alimentation, les gens comprennent et adhèrent à la planification familiale », soutient-elle, soulignant que les populations « commencent à changer d’attitudes » par rapport à la conception assimilant la contraception à la limitation des naissances. En effet, les gens ont toujours cru que la planification familiale, c’est la limitation des naissances, commente la « Badianou Gokh » Yaye Diaw Diop Cissé. Mais, « nous sommes en train de sensibiliser pour que les communautés, notamment les maris et les belles-mères, comprennent qu’il est bien question d’espacer les naissances. Malgré les réticences, on arrive à convaincre certains », se réjouit Mme Cissé qui est d’avis qu’il est aussi important de mettre l’accent sur la contraception après avortement. « Il faut que la femme ayant subi un avortement soit bien suivie avant une autre grossesse, sans quoi elle peut récidiver », argumente Yaye Diaw Diop Cissé, insistant sur le recyclage des « Badianou Gokh » et la formation des relais communautaires, pour une meilleure appropriation des messages de sensibilisation.

D’autant plus que, révèle la coordonnatrice Sr du district sanitaire de Bambey, « les produits de la planification familiale sont disponibles grâce au « push model » (visant à rapprocher les produits des bénéficiaires) ». Et ils le sont beaucoup plus avec « la stratégie « Yeksi na » (je suis arrivé) de la Pharmacie nationale d’approvisionnement (Pna) pour que tous les produits soient disponibles jusqu’aux cases de santé », ajoute Mme Camara pour qui les femmes n’ont plus besoin de prendre des charrettes pour demander des produits contraceptifs.

Toutefois, « face au refus catégorique de leurs époux, certaines femmes font simplement la planification familiale en cachette », informe Amy Faye, « Badianou Gokh » à Ngoye. Ce que confirme Fatou Diouf, une autre marraine de quartier en milieu rural. « C’est quand leurs maris constatent que leurs épouses et leurs enfants sont en bonne santé qu’ils commencent à soupçonner la pratique contraceptive ». Dans ce cas, ils ne disent rien, car n’étant plus confrontés à l’achat de médicaments aussi bien pour leurs épouses que pour leurs enfants.

Maïmouna GUEYE

Les prestataires ont une part de responsabilité dans l’adhésion ou non des femmes à la planification familiale. Selon Mme Camara, « un counselling mal fait peut pousser une femme à choisir une méthode non appropriée ». De ce fait, s’il y a des effets secondaires, les femmes peuvent tout simplement abandonner. C’est pourquoi elle invite ses collègues à consacrer le temps nécessaire à l’explication des différentes méthodes contraceptives, se focalisant sur les avantages et effets secondaires, afin que les femmes puissent faire leur choix librement sur la base des informations claires fournies par les prestataires.

Mieux, la coordinatrice Sr du district sanitaire de Bambey soutient que l’accueil est leur « cheval de bataille ». Et elle se base sur le droit du client qui veut que tout patient soit bien accueilli et bien pris en charge dans les structures sanitaires. « Il faut que les prestataires soient en bons termes avec les clients », lance Mme Camara qui plaide pour que les structures sanitaires ne soient pas uniquement perçues comme des espaces de soins, « mais comme des lieux de rencontres, d’échanges et d’informations ». Dans ce cadre, elle informe qu’au niveau du centre de santé de Bambey, il est envisagé la mise en place d’une « classe des mères ». Un espace où les femmes doivent se retrouver pour être bien informées sur leur santé en général, même si elles ne sont pas malades.

M. GUEYE

C’est souvent à terme que les femmes de la commune de Ngoye se présentent au poste de santé. Ne voulant pas que la communauté soit au courant de leur nouvel état, elles font tout pour cacher leur grossesse, même au personnel de santé.

La commune de Ngoye regroupe 54 villages, mais ne dispose que de 2 postes de santé et d’une seule sage-femme pour 11.559 Femmes en âge de reproduction (Far). Elle se singularise également par un recours tardif des femmes aux Consultations prénatales. En atteste le constat fait par Françoise Awa Guèye Kama, l’actuelle maitresse sage-femme du centre de santé de Bambey, qui a officié de 2010 à juin 2017 au poste de santé de Ngoye. « Lors du premier contact, toutes les femmes venues en Cpn étaient à 9 mois de grossesse », confie-t-elle. Cette situation est notamment liée aux tabous, estime la sage-femme Astou Coundoul, précisant que « les femmes de ces localités ne veulent pas qu’on sache tôt qu’elles sont enceintes ».


Pour Mbaye Dieng, l’Infirmier chef de poste (Icp), le fait que cette structure sanitaire soit enclavée rend aussi difficile l’accès. Selon lui, il est nécessaire d’en avoir d’autres pour permettre aux populations d’accéder plus facilement aux soins. Ce faisant, Awa Fall Camara, la coordonnatrice de la Santé de la reproduction (Sr) du district sanitaire de Bambey, n’hésite pas à déclarer : « Le problème du département de Bambey, c’est Ngoye ». Aminata Sy Ndiaye Cissé, du Réseau Siggil Jiggèn, ajoute : « Le plus grand mal de la commune de Ngoye, c’est le recours tardif aux Consultations prénatales (Cpn) ». Les accouchements assistés ne sont alors que de 31 %. Les 69 % restants ont donné naissance à domicile avec l’aide d’accoucheuses traditionnelles. D’où la nécessité de mieux informer les populations sur les dangers à donner naissance sans l’assistance d’un personnel qualifié.

Dans les stratégies de sensibilisation, les « Badianou Gokh » (marraines de quartier) jouent un rôle crucial, selon Astou Coundoul, la sage-femme du poste de santé de Ngoye. « Nous faisons des causeries pour expliquer aux femmes l’intérêt des Cpn et les dangers à accoucher à domicile », explique-t-elle, précisant que les femmes qui viennent en consultation n’achètent pratiquement que le ticket. « Les moustiquaires et carnets de santé sont cédés gratuitement », informe-t-elle. Seulement, estime la « Badianou Gokh » Amy Faye, même si dans les séances de sensibilisation elles utilisent des images pour convaincre, « les femmes demeurent têtues ». Malgré tout, elle soutient que « des changements commencent à être notés dans la commune de Ngoye ».

Dans le cadre du programme Neema (Bien-être) de l’Usaid, réunissant un consortium de 7 Ong, Aminata Sy Ndiaye Cissé du Réseau Siggil Jiggèn soutient qu’un plaidoyer est en train d’être fait auprès des élus locaux pour des actions de prévention et de promotion de la santé maternelle, néonatale et infantile. C’est ainsi que « sur un objectif d’un million de FCfa, nous avons reçu du maire de la commune de Ngoye 3 millions de FCfa », rappelle-t-elle, insistant sur l’émotion de ce dernier quand on lui a expliqué la situation des femmes dans cette commune. Ely Fall, maire de la commune de Ngoye, précise : « Nous sommes en milieu rural avec énormément de facteurs bloquants. Mais, on est en train de parler aux hommes pour qu’ils libèrent les femmes, afin que ces derrières arrêtent les accouchements à domicile ».

M. GUEYE

NGOYE RÉCLAME UN CENTRE DE SANTÉ
Pour le maire de la commune de Ngoye, leur combat est qu’on érige leur poste de santé en centre de santé. « Nous sommes en négociation avec des partenaires décidés à nous appuyer », informe Ely Fall qui fait savoir que la commune de Ngoye est dotée de 2 lycées, 26 écoles élémentaires et des établissements franco-arabes.

Le même argumentaire est défendu par Awa Fall Camara, la coordonnatrice Sr du district sanitaire de Bambey, qui lance un appel solennel pour l’érection d’un centre de santé à Ngoye.

Un plaidoyer est également fait pour que d’autres sages-femmes soient affectées dans cette vaste commune. « Durant les stratégies avancées pour lesquelles on se déplaçait jusque dans les villages les plus reculés, on recevait beaucoup de femmes, de sorte que même quand on rentrait le soir, on laissait beaucoup de femmes qui ne pouvaient pas accéder aux services offerts », affirme la sage-femme Françoise Awa Guèye. Selon elle, la commune de Ngoye a besoin d’au minimum 4 à 5 sages-femmes supplémentaires pour prendre en charge les préoccupations des Femmes en âge de procréation.

M. GUEYE

« Faisons la politique de nos moyens », conseille Babacar Sy Mbodj, 2ème adjoint au maire de la commune de Bambey. Ce faisant, il appelle à changer d’approche dans les stratégies de sensibilisation. Il faut, propose-t-il, « des messages allant dans le sens de la meilleure gestion de la famille par rapport aux moyens dont on dispose »

« Qui ne maitrise pas la population ne peut pas aller au développement », déclare Babacar Sy Mbodj, 2ème adjoint au maire de Bambey. Toutefois, il avoue, en tant qu’élu local, qu’il leur est difficile d’aborder la planification familiale, même si cette dernière vise le bien-être de la famille. « Il est difficile de demander aux populations d’espacer les naissances », lâche M. Mbodj. Et pour cause, argumente-t-il, « la religion et les tabous ».

Invitant à « changer d’approche », il estime que cette question doit être posée autrement, à savoir : Comment faire en sorte que les ressources dont nous disposons puissent suffire à la famille ? Alors, il penche plutôt pour « des messages allant dans le sens de la meilleure gestion de la famille par rapport aux moyens dont on dispose ». La planification familiale doit être abordée, selon lui, sous l’angle « recettes/dépenses », « du développement », bref, de « l’amélioration des conditions de vie des populations ». « Faisons la politique de nos moyens », conseille-t-il, appelant aussi à aborder la contraception « sous l’angle du dividende démographique ». « Cela peut être bénéfique », croit M. Mbodj.

Le 2ème adjoint au maire de Bambey estime que même si les gens savent généralement de quoi on parle, ils hésitent encore à pratiquer, faisant semblant de n’avoir pas compris. Il lie cette situation au fait que les mots renvoyant à la contraception sont « chargés ».

S’agissant de l’appui des collectivités locales aux programmes de planification familiale, Babacar Sy Mbodj indique : « Si le district sanitaire ne met pas dans ses priorités la planification familiale, on ne peut pas appuyer ».

Toutefois, Awa Fall Camara, coordinatrice Sr du district sanitaire de Bambey, admet que les comités de santé et les collectivités locales les aident beaucoup dans leur travail. Surtout dans la formation continue pour le personnel communautaire. « Nous avons des maires très impliqués », renseigne-t-elle.

M. GUEYE

Chef de village et députée, la présidente du Groupement des femmes de Ndangalma a plusieurs cordes à son arc. Estimant que la femme est l’épine dorsale de la famille, elle s’est toujours battue pour valoriser son statut et œuvrer pour son développement.

« La planification familiale a toujours existé », défend Bousso Ngom Sène, députée nouvellement élue à l’Assemblée nationale. Et cette native de la commune Ndangalma fait allusion au fait que, par le passé, les femmes quittaient le domicile conjugal après l’accouchement pour allaiter leurs enfants auprès des siens. Aussi Mme Sène évoque-t-elle les gris-gris que mettaient certaines femmes pour éviter de tomber enceintes. « C’était une sorte de planification familiale, mais maintenant, c’est le nom qui pose problème », argumente la parlementaire qui exerce le métier de matrone depuis 35 ans.

Noirceur d’ébène, tout de blanc vêtue, cette socialiste convaincue, en session au niveau de l’hémicycle, profite d’une pause pour nous parler de la situation sanitaire dans sa localité : Ndangalma, une commune du département de Bambey. Avec seulement 3 postes de santé fonctionnels, la présidente de la Fédération des groupements féminins de Ndangalma pense qu’on est bien loin des normes en matière d’infrastructures sanitaires dans cette commune polarisant 33 villages.

Se rappelant les visites prénatales pas du tout à la mode, des vaccinateurs qu’on chassait pour éviter qu’ils n’administrent aucune dose de vaccin aux enfants, elle pense que des progrès importants ont été faits dans le domaine de la santé grâce à la sensibilisation. « Les comportements ont beaucoup changé », constate Mme Sène qui considère que « la santé est prioritaire ».

Chef de village depuis 2013, Bousso Ngom Sène a dû faire face à la concurrence des hommes pour accéder à ce poste de responsabilité. « Ils visaient ce poste », confie-t-elle, fière de s’être imposée. Ayant toujours œuvré pour l’amélioration de la santé des femmes et des enfants dans sa localité, elle estime que des efforts sont également notés dans l’adhésion des communautés à la planification familiale. « Les gens pensaient que c’était interdit. Mais maintenant, ils considèrent de plus en plus suicidaire de ne pas espacer les naissances », explique-t-elle.

Aussi se félicite-t-elle que les hommes s’impliquent davantage. Une situation qu’elle lie à leur prise de conscience des risques encourus par les femmes confrontées aux grossesses rapprochées. Mais surtout à la situation économique des ménages souvent dépourvus de moyens, affirme la parlementaire favorable à la promotion de l’espacement des naissances pour le bien-être général de la famille. « Il faut qu’on parle de la santé de la reproduction. D’ailleurs, je n’ai aucun problème à évoquer la planification familiale », soutient Bousso Ngom Sène qui souhaite, en tant que députée, que sa voix porte au-delà de sa communauté.

M. GUEYE

Caractérisé par une insuffisance des infrastructures et d’un personnel qualifié, le district sanitaire de Bambey est loin des normes édictées en la matière. Ainsi, les Consultations prénatales tardives, les accouchements à domicile et les avortements spontanés sont monnaie courante. Compte tenu de ces différentes considérations, un plaidoyer est engagé pour qu’un hôpital soit érigé dans ce département.


Persistance des accouchements à domicile, recours tardif aux Consultations prénatales (Cpn), fréquence des avortements spontanés, faible couverture en cases de santé... Ainsi se présente la situation de la santé maternelle dans le département de Bambey. Lequel est situé entre ceux de Thiès à l’Ouest, Tivaouane au Nord, Fatick au Sud et Diourbel à l’Est. De ce fait, le district sanitaire qui y est implanté est très enclavé. Seuls le centre de santé de Bambey, les postes de santé de Ndangalma et de Ngoye sont accessibles par une route goudronnée. Les autres structures sanitaires sont reliées par des pistes.

« Les gens viennent à charrette. Seuls Ndangalma, Bambey et Ngoye sont sur la route », informe Awa Fall Camara, la coordinatrice de la Santé de la reproduction (Sr) du district sanitaire de Bambey qui ne dispose que d’un unique centre de santé sans bloc opératoire. Alors que ce département, non encore doté d’un Etablissement public de santé (Eps), draine une population de 338.576 habitants. Aussi, il n’a-t-il ni pédiatre ni de gynécologue. Au total, 33 sages-femmes officient dans ce district qui polarise 26 postes de santé. Celles recrutées par l’Etat sont au nombre de 13, tandis que les 18 sont des contractuelles. « C’est seulement au mois de juin 2017 que nous avons eu 18 sages-femmes supplémentaires. Désormais sur les 26 postes de santé, les 25 ont chacun une sage-femme », se félicite Mme Camara.

Cependant, elle fait remarquer que dans le district sanitaire de Bambey, l’on est loin de la norme de l’Oms fixée à une sage-femme pour 1.500 Femmes en âge de reproduction (Far). « A ce niveau, nous avons un gap de 241 sages-femmes », déplore la coordonnatrice Sr, soulignant que si l’on se réfère au Plan national de développement sanitaire du Sénégal (Pnds), l’écart à combler est de 22 sages-femmes. Heureusement que le personnel communautaire joue un rôle crucial dans la prise en charge de la santé des populations, révèle Mme Camara.
L’insuffisance des infrastructures et du personnel explique en partie l’importance des accouchements à domicile. Rien que ceux enregistrés dans les structures de santé sont passés de 12% à 14 % entre 2016 et 2017. Mais, renseigne Awa Fall Camara, la référence est assurée dans ce contexte où les routes font défaut, les infrastructures rares, le personnel qualifié insuffisant. « Les femmes sont prises en charge, car il y a des ambulances aussi bien au niveau des postes de santé qu’à celui du centre de santé », relève-t-elle tout en mettant l’accent sur le fait qu’ils n’attendent pas d’avoir une urgence pour référer. « Nous essayons de détecter les risques très tôt. Nous apprenons ainsi aux sages-femmes à reconnaitre tôt les signes qui doivent alerter et inciter à agir tôt », explique la coordonnatrice Sr du district sanitaire de Bambey. Elle souligne que le personnel communautaire est aussi formé dans le sens de pouvoir identifier à temps les signes de danger pouvant alerter.

Sassi Diop Diouf, point focal Planification familiale (Pf) dudit district, ajoute : « Souvent les sages-femmes affectées dans les postes de santé appellent pour décrire le cas. Si ce dernier est compliqué, nous leur demandons de référer au centre de santé. Au cas où nous ne pouvons pas assurer la prise en charge, nous évacuons sur Diourbel », à 25 kilomètres de Bambey.

Pour mettre fin à ces évacuations sanitaires pouvant parfois prendre beaucoup de temps, le district sanitaire de Bambey plaide pour la construction, au niveau du centre de santé, d’un bloc destiné aux Soins obstétricaux et néonataux d’urgence (Sou), pour une meilleure prise en charge du couple mère-enfant. La transformation du centre de santé en hôpital est également souhaitée.

Dossier réalisé par Maïmouna GUEYE

LES NOMBREUX CAS D’AVORTEMENT SPONTANÉS INQUIÈTENT
Les avortements spontanés préoccupent aussi dans le département de Bambey. Quarante-six ont été dénombrés en septembre 2017 et environ 50 au mois d’octobre de la même année, renseigne-t-on. « Nous recevons beaucoup de cas d’avortement, surtout pendant l’hivernage (juin-septembre : Ndlr), parce que les femmes travaillent beaucoup dans les champs », affirme Mme Camara pour qui la femme en état de grossesse ne doit pas faire des travaux pénibles. « Mais, nous sommes en train de sensibiliser pour diminuer ces travaux pendant la grossesse », précise-t-elle, faisant aussi remarquer que « les avortements peuvent aussi être dus au fait que les femmes ont tendance à cacher leur grossesse durant les premiers mois ». Donc, c’est souvent tard qu’elles se rendent dans les structures sanitaires.

Sur l’étendue du département de Bambey, la commune de Ngoye est la plus touchée par les cas d’avortements spontanés. Cependant, Ely Fall, maire de ladite localité, invite à relativiser leur ampleur. Simplement parce que « Ngoye est la commune la plus peuplée du département de Bambey ». Il estime que les Cpn tardives ou inexistantes sont autant responsables dans l’incidence des avortements spontanés que les travaux pénibles.

Maïmouna GUEYE

CONTRACEPTION : LA RÉVOLTE DES GRANDES MULTIPARES
La pratique contraceptive est un autre problème dans le département de Bambey où est enregistré un taux de prévalence de 9 %. En attestent les témoignages d’Amy Diouf (35 ans), Aby Sow (33 ans) et Maguette Ngom (20 ans). Ces grandes multipares, rencontrées au poste de santé de Léona Sud de Bambey, n’ont songé à la contraception que tardivement.

Malgré les gris-gris sur lesquels elle avait jeté son dévolu pour espacer la naissance de ses enfants, Amy Diouf (35 ans) n’a pas pu éviter les grossesses rapprochées. « J’ai 9 enfants, et c’est seulement depuis 2 ans que j’ai commencé à faire la contraception », raconte cette dame rencontrée au poste de santé de Léona Sud (un quartier de la commune de Bambey). Selon elle, son premier mari, décédé, n’a jamais voulu de l’espacement des naissances. « Je me suis remariée et j’ai opté pour une ligature des trompes, car je ne souhaite plus avoir d’enfants, parce que je veux que toute ma progéniture porte le même de nom de famille », explique-t-elle.

De 2 ans la cadette d’Amy Diouf, Aby Sow, 33 ans, a 5 bouts de bois de Dieu. Mariée à l’âge de 12 ans, elle n’a commencé à recourir à la planification familiale que depuis 4 mois. « Je me suis mariée très jeune, maintenant je veux me reposer, surtout que mes dernières grossesses étaient très difficiles. C’est pourquoi quand une de mes amies m’a informée de l’offre de services de planification familiale au niveau du poste de santé, je n’ai pas hésité à venir », confie Aby dont la belle-mère, qui était foncièrement contre le planning, est revenue, aujourd’hui, à de meilleurs sentiments. Il en est de même pour son mari qui lui a manifesté son adhésion pour espacer la naissance de leurs enfants.

Pour l’heure, elle confie qu’elle compte veiller sur sa fille aînée qui poursuit ses études à Thiès, afin qu’elle ne subisse pas le même sort qu’elle, à savoir un mariage et des grossesses précoces et rapprochées. « Je lui conseille toujours de poursuivre ses études et de ne pas se marier tôt », insiste Aby Sow.

Maguette Ngom, malgré son jeune âge (20 ans), avec déjà 5 enfants, est dans le lot des grandes multipares. « Confrontée à des grossesses très rapprochées, je suis venue dans ce poste de santé pour qu’on m’offre des produits contraceptifs. D’autant que je rencontre d’énormes difficultés pendant la grossesse. C’est pourquoi mon mari et ma belle-mère estiment, aujourd’hui, que je dois me reposer avant d’avoir d’autres enfants », explique Maguette qui était très réticente à l’idée d’adopter une méthode contraceptive. Cela, eu égard aux rumeurs. « J’avais peur des effets secondaires dont font part certaines femmes. C’est pourquoi, même si on me parle depuis longtemps de la planification familiale, j’ai toujours refusé. Mais maintenant, je suis consciente des difficultés que je rencontre et qui me poussent à vouloir espacer mes grossesses », avance-t-elle.

Combattre les rumeurs
Sante Bambey 3A juste titre, Sassi Diop Diouf, point focal (Pf) du district sanitaire de Bambey, estime que les rumeurs font partie des obstacles majeurs à la pratique contraceptive dans le département de Bambey. « Si on rencontre d’énormes difficultés par rapport à la planification familiale, c’est notamment à cause des rumeurs », croit-elle. Elle appelle ainsi à mieux prendre en charge la gestion des rumeurs sur la pratique contraceptive. Dans ce cadre, Sassi invite les « Badianou Gokh » (marraines de quartier) à s’impliquer davantage dans la sensibilisation en les aidant à mieux communiquer avec les populations.

Dans le même sillage, souligne Salimata Cissé, directrice marketing de Marie Stopes international (Msi), parmi les défis à relever pour améliorer la qualité de l’offre figurent le manque d’informations et les fausses rumeurs. D’où l’intérêt, selon elle, de « recycler les « Badianou Gokh » et les pairs éducateurs ». Aussi plaide-t-elle pour que les données soient collectées de façon régulière et qu’il y ait une meilleure planification et supervision des activités au niveau du district sanitaire de Bambey que Msi appuie, avec son équipe mobile, afin de permettre aux femmes un meilleur accès aux services de planification familiale. Cela, en proposant toute la gamme des produits contraceptifs, même au niveau communautaire.

Par Maïmouna GUEYE

OFFRE DE SERVICES : LA FRANCHISE SOCIALE POUR RÉPONDRE AUX NORMES DE QUALITÉ EXIGÉES
Pour améliorer la qualité de l’offre de services en planification familiale, Msi déroule un programme de franchise sociale au niveau du district sanitaire de Diourbel. La franchise sociale comprend la formation des prestataires et des relais communautaires et la mise aux normes du matériel de stérilisation. Cette stratégie est déroulée, dans sa première phase, dans 5 postes de santé dudit district, dont Mame Cheikh Anta de Diourbel. « Elle doit permettre aux prestataires et relais d’offrir des services de qualité », fait savoir Maïmouna Diouf Bèye, coordonnatrice Sr du district sanitaire de Diourbel. Selon elle, au niveau des postes de santé franchisés, le matériel répond aux normes. Elle cite l’autoclave, un matériel de stérilisation, non disponible dans tous les postes de santé, mais nécessairement présent dans tous ceux franchisés.

Sur la formation, Mme Bèye renseigne qu’elle a lieu tous les 4 ans au niveau des postes de santé non franchisés, mais elle est continue dans ceux appliquant la franchise sociale. Ainsi, du fait de la qualité qui prévaut dans ces structures de santé, ces dernières sont très convoitées par les femmes, surtout celles instruites, apprend la coordinatrice Sr du district sanitaire de Diourbel. « La qualité de l’offre joue beaucoup, surtout que le coût n’est pas important », explique Maïmouna Diouf Bèye, soulignant que la notion de gratuité incite aussi les femmes qui n’ont pas beaucoup de moyens à venir.

Parmi les femmes instruites sollicitant les postes de santé franchisés, Mme Bèye cite les enseignantes, les agents des banques, bref, des femmes qui, du fait de leurs occupations, n’ont pas le temps de faire la queue pour accéder aux services. « Elles peuvent se rendre dans ces structures sanitaires, même à la sortie de leur lieu de travail », soutient-elle.

M. GUEYE

SENSIBILISATION : L’IMPLICATION DES MARIS ET DES BELLES-MÈRES PRÉCONISÉE
Sante Bambey 2Même si les produits contraceptifs sont disponibles, les femmes du département de Bambey se font encore désirer au niveau des services de planification familiale. Il est alors préconisé d’impliquer, dans les stratégies de sensibilisation, les maris et les belles-mères identifiés comme étant les principaux obstacles à la pratique contraceptive.

Les témoignages d’Amy Diouf (35 ans), Aby Sow (33 ans) et Maguette Ngom (20 ans) font dire à Awa Fall Camara, la coordinatrice Sr du district sanitaire, que « les progrès en planification familiale sont lents » dans le département de Bambey. Pour améliorer la situation, elle invite à surtout sensibiliser les maris et belles-mères, les principaux obstacles à la contraception. Car, de l’avis de Ndèye Laba Ngom, « Badianou Gokh » au quartier Léona de Bambey, « ce sont les hommes qui refusent souvent. Certains sont même catégoriques à l’idée de discuter de la contraception, alors que leurs épouses sont fatiguées par les grossesses rapprochées ». Pour faire face à cette contrainte, elle déclare qu’elle a besoin d’une sage-femme pour qu’elle participe aux séances de sensibilisation afin de mieux expliciter aux hommes les bienfaits de la planification familiale pour la famille.

Pour la « Badianou Gokh » Maïmouna Diallo, il est important, dans les causeries, de mettre l’accent sur le bien-être de la famille. « Quand on met souvent l’accent sur la santé, l’éducation, l’alimentation, les gens comprennent et adhèrent à la planification familiale », soutient-elle, soulignant que les populations « commencent à changer d’attitudes » par rapport à la conception assimilant la contraception à la limitation des naissances. En effet, les gens ont toujours cru que la planification familiale, c’est la limitation des naissances, commente la « Badianou Gokh » Yaye Diaw Diop Cissé. Mais, « nous sommes en train de sensibiliser pour que les communautés, notamment les maris et les belles-mères, comprennent qu’il est bien question d’espacer les naissances. Malgré les réticences, on arrive à convaincre certains », se réjouit Mme Cissé qui est d’avis qu’il est aussi important de mettre l’accent sur la contraception après avortement. « Il faut que la femme ayant subi un avortement soit bien suivie avant une autre grossesse, sans quoi elle peut récidiver », argumente Yaye Diaw Diop Cissé, insistant sur le recyclage des « Badianou Gokh » et la formation des relais communautaires, pour une meilleure appropriation des messages de sensibilisation.

D’autant plus que, révèle la coordonnatrice Sr du district sanitaire de Bambey, « les produits de la planification familiale sont disponibles grâce au « push model » (visant à rapprocher les produits des bénéficiaires) ». Et ils le sont beaucoup plus avec « la stratégie « Yeksi na » (je suis arrivé) de la Pharmacie nationale d’approvisionnement (Pna) pour que tous les produits soient disponibles jusqu’aux cases de santé », ajoute Mme Camara pour qui les femmes n’ont plus besoin de prendre des charrettes pour demander des produits contraceptifs.

Toutefois, « face au refus catégorique de leurs époux, certaines femmes font simplement la planification familiale en cachette », informe Amy Faye, « Badianou Gokh » à Ngoye. Ce que confirme Fatou Diouf, une autre marraine de quartier en milieu rural. « C’est quand leurs maris constatent que leurs épouses et leurs enfants sont en bonne santé qu’ils commencent à soupçonner la pratique contraceptive ». Dans ce cas, ils ne disent rien, car n’étant plus confrontés à l’achat de médicaments aussi bien pour leurs épouses que pour leurs enfants.

Maïmouna GUEYE

COUNSELLING : LES PRESTATAIRES INVITÉES À JOUER LEUR PARTITION
Les prestataires ont une part de responsabilité dans l’adhésion ou non des femmes à la planification familiale. Selon Mme Camara, « un counselling mal fait peut pousser une femme à choisir une méthode non appropriée ». De ce fait, s’il y a des effets secondaires, les femmes peuvent tout simplement abandonner. C’est pourquoi elle invite ses collègues à consacrer le temps nécessaire à l’explication des différentes méthodes contraceptives, se focalisant sur les avantages et effets secondaires, afin que les femmes puissent faire leur choix librement sur la base des informations claires fournies par les prestataires.

Mieux, la coordinatrice Sr du district sanitaire de Bambey soutient que l’accueil est leur « cheval de bataille ». Et elle se base sur le droit du client qui veut que tout patient soit bien accueilli et bien pris en charge dans les structures sanitaires. « Il faut que les prestataires soient en bons termes avec les clients », lance Mme Camara qui plaide pour que les structures sanitaires ne soient pas uniquement perçues comme des espaces de soins, « mais comme des lieux de rencontres, d’échanges et d’informations ». Dans ce cadre, elle informe qu’au niveau du centre de santé de Bambey, il est envisagé la mise en place d’une « classe des mères ». Un espace où les femmes doivent se retrouver pour être bien informées sur leur santé en général, même si elles ne sont pas malades.

M. GUEYE

CPN TARDIVES, FORTE DEMOGRAPHIE, ENCLAVEMENT… : L’ÉQUATION DE LA COMMUNE DE NGOYE
C’est souvent à terme que les femmes de la commune de Ngoye se présentent au poste de santé. Ne voulant pas que la communauté soit au courant de leur nouvel état, elles font tout pour cacher leur grossesse, même au personnel de santé.

La commune de Ngoye regroupe 54 villages, mais ne dispose que de 2 postes de santé et d’une seule sage-femme pour 11.559 Femmes en âge de reproduction (Far). Elle se singularise également par un recours tardif des femmes aux Consultations prénatales. En atteste le constat fait par Françoise Awa Guèye Kama, l’actuelle maitresse sage-femme du centre de santé de Bambey, qui a officié de 2010 à juin 2017 au poste de santé de Ngoye. « Lors du premier contact, toutes les femmes venues en Cpn étaient à 9 mois de grossesse », confie-t-elle. Cette situation est notamment liée aux tabous, estime la sage-femme Astou Coundoul, précisant que « les femmes de ces localités ne veulent pas qu’on sache tôt qu’elles sont enceintes ».

Pour Mbaye Dieng, l’Infirmier chef de poste (Icp), le fait que cette structure sanitaire soit enclavée rend aussi difficile l’accès. Selon lui, il est nécessaire d’en avoir d’autres pour permettre aux populations d’accéder plus facilement aux soins. Ce faisant, Awa Fall Camara, la coordonnatrice de la Santé de la reproduction (Sr) du district sanitaire de Bambey, n’hésite pas à déclarer : « Le problème du département de Bambey, c’est Ngoye ». Aminata Sy Ndiaye Cissé, du Réseau Siggil Jiggèn, ajoute : « Le plus grand mal de la commune de Ngoye, c’est le recours tardif aux Consultations prénatales (Cpn) ». Les accouchements assistés ne sont alors que de 31 %. Les 69 % restants ont donné naissance à domicile avec l’aide d’accoucheuses traditionnelles. D’où la nécessité de mieux informer les populations sur les dangers à donner naissance sans l’assistance d’un personnel qualifié.

Dans les stratégies de sensibilisation, les « Badianou Gokh » (marraines de quartier) jouent un rôle crucial, selon Astou Coundoul, la sage-femme du poste de santé de Ngoye. « Nous faisons des causeries pour expliquer aux femmes l’intérêt des Cpn et les dangers à accoucher à domicile », explique-t-elle, précisant que les femmes qui viennent en consultation n’achètent pratiquement que le ticket. « Les moustiquaires et carnets de santé sont cédés gratuitement », informe-t-elle. Seulement, estime la « Badianou Gokh » Amy Faye, même si dans les séances de sensibilisation elles utilisent des images pour convaincre, « les femmes demeurent têtues ». Malgré tout, elle soutient que « des changements commencent à être notés dans la commune de Ngoye ».

Dans le cadre du programme Neema (Bien-être) de l’Usaid, réunissant un consortium de 7 Ong, Aminata Sy Ndiaye Cissé du Réseau Siggil Jiggèn soutient qu’un plaidoyer est en train d’être fait auprès des élus locaux pour des actions de prévention et de promotion de la santé maternelle, néonatale et infantile. C’est ainsi que « sur un objectif d’un million de FCfa, nous avons reçu du maire de la commune de Ngoye 3 millions de FCfa », rappelle-t-elle, insistant sur l’émotion de ce dernier quand on lui a expliqué la situation des femmes dans cette commune. Ely Fall, maire de la commune de Ngoye, précise : « Nous sommes en milieu rural avec énormément de facteurs bloquants. Mais, on est en train de parler aux hommes pour qu’ils libèrent les femmes, afin que ces derrières arrêtent les accouchements à domicile ».

M. GUEYE

NGOYE RÉCLAME UN CENTRE DE SANTÉ
Pour le maire de la commune de Ngoye, leur combat est qu’on érige leur poste de santé en centre de santé. « Nous sommes en négociation avec des partenaires décidés à nous appuyer », informe Ely Fall qui fait savoir que la commune de Ngoye est dotée de 2 lycées, 26 écoles élémentaires et des établissements franco-arabes.

Le même argumentaire est défendu par Awa Fall Camara, la coordonnatrice Sr du district sanitaire de Bambey, qui lance un appel solennel pour l’érection d’un centre de santé à Ngoye.

Un plaidoyer est également fait pour que d’autres sages-femmes soient affectées dans cette vaste commune. « Durant les stratégies avancées pour lesquelles on se déplaçait jusque dans les villages les plus reculés, on recevait beaucoup de femmes, de sorte que même quand on rentrait le soir, on laissait beaucoup de femmes qui ne pouvaient pas accéder aux services offerts », affirme la sage-femme Françoise Awa Guèye. Selon elle, la commune de Ngoye a besoin d’au minimum 4 à 5 sages-femmes supplémentaires pour prendre en charge les préoccupations des Femmes en âge de procréation.

M. GUEYE

BABACAR SY MBODJ, 2EME ADJOINT AU MAIRE DE BAMBEY : « LA PLANIFICATION FAMILIALE DOIT ÊTRE ABORDÉE SOUS L’ANGLE RECETTES/DÉPENSES »
Babacar S Mbodj Bambey« Faisons la politique de nos moyens », conseille Babacar Sy Mbodj, 2ème adjoint au maire de la commune de Bambey. Ce faisant, il appelle à changer d’approche dans les stratégies de sensibilisation. Il faut, propose-t-il, « des messages allant dans le sens de la meilleure gestion de la famille par rapport aux moyens dont on dispose »

« Qui ne maitrise pas la population ne peut pas aller au développement », déclare Babacar Sy Mbodj, 2ème adjoint au maire de Bambey. Toutefois, il avoue, en tant qu’élu local, qu’il leur est difficile d’aborder la planification familiale, même si cette dernière vise le bien-être de la famille. « Il est difficile de demander aux populations d’espacer les naissances », lâche M. Mbodj. Et pour cause, argumente-t-il, « la religion et les tabous ».

Invitant à « changer d’approche », il estime que cette question doit être posée autrement, à savoir : Comment faire en sorte que les ressources dont nous disposons puissent suffire à la famille ? Alors, il penche plutôt pour « des messages allant dans le sens de la meilleure gestion de la famille par rapport aux moyens dont on dispose ». La planification familiale doit être abordée, selon lui, sous l’angle « recettes/dépenses », « du développement », bref, de « l’amélioration des conditions de vie des populations ». « Faisons la politique de nos moyens », conseille-t-il, appelant aussi à aborder la contraception « sous l’angle du dividende démographique ». « Cela peut être bénéfique », croit M. Mbodj.

Le 2ème adjoint au maire de Bambey estime que même si les gens savent généralement de quoi on parle, ils hésitent encore à pratiquer, faisant semblant de n’avoir pas compris. Il lie cette situation au fait que les mots renvoyant à la contraception sont « chargés ».

S’agissant de l’appui des collectivités locales aux programmes de planification familiale, Babacar Sy Mbodj indique : « Si le district sanitaire ne met pas dans ses priorités la planification familiale, on ne peut pas appuyer ».

Toutefois, Awa Fall Camara, coordinatrice Sr du district sanitaire de Bambey, admet que les comités de santé et les collectivités locales les aident beaucoup dans leur travail. Surtout dans la formation continue pour le personnel communautaire. « Nous avons des maires très impliqués », renseigne-t-elle.

M. GUEYE

BOUSSO NGOM SENE, DEPUTEE : UNE PASSIONNÉE DE LA PROMOTION DU BIEN-ÊTRE DE LA FAMILLE
Chef de village et députée, la présidente du Groupement des femmes de Ndangalma a plusieurs cordes à son arc. Estimant que la femme est l’épine dorsale de la famille, elle s’est toujours battue pour valoriser son statut et œuvrer pour son développement.

« La planification familiale a toujours existé », défend Bousso Ngom Sène, députée nouvellement élue à l’Assemblée nationale. Et cette native de la commune Ndangalma fait allusion au fait que, par le passé, les femmes quittaient le domicile conjugal après l’accouchement pour allaiter leurs enfants auprès des siens. Aussi Mme Sène évoque-t-elle les gris-gris que mettaient certaines femmes pour éviter de tomber enceintes. « C’était une sorte de planification familiale, mais maintenant, c’est le nom qui pose problème », argumente la parlementaire qui exerce le métier de matrone depuis 35 ans.

Bousso N Sene DeputeeNoirceur d’ébène, tout de blanc vêtue, cette socialiste convaincue, en session au niveau de l’hémicycle, profite d’une pause pour nous parler de la situation sanitaire dans sa localité : Ndangalma, une commune du département de Bambey. Avec seulement 3 postes de santé fonctionnels, la présidente de la Fédération des groupements féminins de Ndangalma pense qu’on est bien loin des normes en matière d’infrastructures sanitaires dans cette commune polarisant 33 villages.

Se rappelant les visites prénatales pas du tout à la mode, des vaccinateurs qu’on chassait pour éviter qu’ils n’administrent aucune dose de vaccin aux enfants, elle pense que des progrès importants ont été faits dans le domaine de la santé grâce à la sensibilisation. « Les comportements ont beaucoup changé », constate Mme Sène qui considère que « la santé est prioritaire ».
Chef de village depuis 2013, Bousso Ngom Sène a dû faire face à la concurrence des hommes pour accéder à ce poste de responsabilité. « Ils visaient ce poste », confie-t-elle, fière de s’être imposée. Ayant toujours œuvré pour l’amélioration de la santé des femmes et des enfants dans sa localité, elle estime que des efforts sont également notés dans l’adhésion des communautés à la planification familiale. « Les gens pensaient que c’était interdit. Mais maintenant, ils considèrent de plus en plus suicidaire de ne pas espacer les naissances », explique-t-elle.

Aussi se félicite-t-elle que les hommes s’impliquent davantage. Une situation qu’elle lie à leur prise de conscience des risques encourus par les femmes confrontées aux grossesses rapprochées.

Mais surtout à la situation économique des ménages souvent dépourvus de moyens, affirme la parlementaire favorable à la promotion de l’espacement des naissances pour le bien-être général de la famille. « Il faut qu’on parle de la santé de la reproduction. D’ailleurs, je n’ai aucun problème à évoquer la planification familiale », soutient Bousso Ngom Sène qui souhaite, en tant que députée, que sa voix porte au-delà de sa communauté.

M. GUEYE

Après avoir eu le vent en poupe en 2007, Rewmi fait face à une chute vertigineuse de son électorat mais aussi un départ massif de ses cadres. Cette situation est-elle synonyme de décadence de la formation politique dirigée par l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck ? D’aucuns répondent par l’affirmative sans la moindre hésitation. Mais les lieutenants ainsi que les souteneurs du président du Conseil départemental de Thiès croient toujours en la bonne l’étoile de leur parti.

En mars 2013, alors que le nouveau régime sorti victorieux de la présidentielle de 2012 fêtait le premier anniversaire de son accession au pouvoir, l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck, choisit de mettre les pieds dans le plat. A la surprise générale, le leader de Rewmi, contredit le président nouvellement élu qui soutenait que le régime sortant a laissé des caisses vides. « Wade a laissé au moins 400 milliards dans les caisses », avait rétorqué le maire de Thiès d’alors. Il entonnait le péan de la rupture en laissant entendre que « Rewmi doxoul » (le pays ne marche pas, en langue wolof). Le leader de Rewmi paie-t-il les conséquences de cette sortie fracassante ?

Ses alliés de l’Apr, pris au dépourvu, avaient usé d’armes de destruction massive pour canarder les positions de l’ancien Premier ministre. Pris sous le feu nourri du parti présidentiel, Rewmi, le parti d’Idrissa Seck, a fortement vacillé, perdant, au passage, « ses » ministres au gouvernement et ses principaux responsables. Oumar Guèye, Pape Diouf, Me Nafissatou Diop (celle que l’ancien maire de Thiès appelait « Nafissa », la précieuse en arabe), Youssou Diagne et beaucoup d’élus locaux ont rejoint le parti au pouvoir.

Le 25 mars 2013, Idrissa Seck a parlé. Trop vite. Révélant, au passage, ses intentions. « Qui parle se révèle » dit l’adage. Dans le camp du pouvoir, on a compris que le président du Conseil départemental de Thiès a commencé à débroussailler le chemin qui mène à la présidentielle de 2019 et l’on a mis en œuvre un plan pour affaiblir Rewmi et contenir les ambitions d’Idrissa Seck.

Les coups sont rudes. Au-delà du débauchage des militants et responsables rewmistes, les arguments développés par le parti au pouvoir visent à décrédibiliser le patron du parti orange en le faisant passer comme un « aigri », un « homme traumatisé » par la victoire du président Macky Sall, un politique dont le rêve de devenir le quatrième président de la République du Sénégal a été contredit par les électeurs et par le président Sall.

D’autres farouches défenseurs du maire de Thiès semblent avoir choisi de s’éloigner de la vie du parti ou de mettre en veilleuse leur carrière politique. Parmi eux, Abdourahmane Diouf, le très brillant porte-parole de Rewmi, Léna Sène et d’autres responsables. La saignée, depuis 2014, ne cesse de faire tomber des pans entiers du parti d’Idrissa Seck. Les dernières défections en date sont celles de Thierno Bocoum et de Samba Thioub.

Même s’il reconnait ces départs, Yankhoba Diatara, un des plus fidèles lieutenants du maire de Thiès, semble minimiser leur impact. « Nous avons toujours eu cette capacité de résilience qui nous permet de continuer à nous massifier encore davantage. Rewmi s'est toujours remis de ces mouvements. Cela démontre la solidité de notre parti et ne fera que nous renforcer», souligne-t-il. Oumar Sarr qui a contesté le leadership d’Idrissa Seck, entre 2014 et 2015, fustige une « mauvaise gestion du parti. « Le parti a un problème de gestion insoluble liée au caractère de ceux qui l’administrent », a-t-il indiqué.

Portant un regard critique sur les crises dans les partis politiques, notamment celle qui secoue la formation dirigée par l’ancien Premier ministre, le Pr Moussa Diaw, indexe une « gestion unilatérale ». « Cette gestion unilatérale est de nature à irriter quelques militants qui nourrissent des ambitions et ne sont pas prêts à éternellement rester derrière un seul homme. Ils se disent souvent disposer de background et de bagage intellectuel, pour aller sinon aussi loin que leur leader du moins plus loin que lui. Ces ambitions poussent certains à sortir pour aller voir ailleurs dès que l’occasion se présente à eux », analyse-t-il.

Même si Yankhoba Diatara et Oumar Sarr ne sont pas sur la même longueur d’onde sur l’impact des remous que Rewmi a connus, force est de constater que le parti dirigé par Idrissa Seck a connu un recul, si l’on se base sur les résultats qu’il a engrangés de 2007 à 2017. En conflit avec le président d’alors, Abdoulaye Wade, le maire de Thiès a déclaré, en avril 2006, sa candidature à l'élection présidentielle de 2007. Il avait appelé à la création d'une large coalition pour mettre fin au régime Wade et appliquer un plan de redressement national.

Cet appel survient après sept mois de détention de M. Seck qui a été emprisonné dans le dossier des chantiers de Thiès. Le 31 juillet 2005, l’Assemblée nationale avait voté sa mise en accusation devant la Haute cour de justice pour « détournement de fonds, atteinte à la défense nationale et à la sûreté de l'État etc. ». Bénéficiant d’une large sympathie de la part des Sénégalais au lendemain de sa libération, il est sorti deuxième derrière le candidat Abdoulaye Wade avec 510 922 voix (14,92%). Il devança, de loin, les ténors de l’opposition d’alors, Ousmane Tanor Dieng qui a eu 464 287 voix (13,56), Moustapha Niasse qui a engrangé 203 129 voix (5,93%). Beaucoup d’observateurs lui prédisaient un avenir radieux. Selon eux, il a été handicapé par les audiences qu’il a eues avec le président Wade à la veille de la présidentielle. En 2009, il gagne brillamment les élections locales dans son fief à Thiès en dépit des nombreux moyens déployés par ses adversaires.

Cependant, le maire de Thiès n’a pas pu conserver ces acquis. A la présidentielle de 2012, il chute. Et se retrouve avec 212 853 voix (7,86%). Il est loin derrière son successeur à la Primature, Macky Sall qui a réussi à se qualifier au second tour contre le candidat Abdoulaye Wade avec 26,58% (719 367). Les lieutenants du maire de Thiès expliquent cette défaite par la tension politique que le Sénégal a connue en 2012. « Est-ce que vous avez entendu ou vu une seule fois, lors de la présidentielle de 2012, le président Idrissa Seck faire un meeting ou un rassemblement pour demander le vote des sénégalais? En 2012, Idrissa Seck a été l'un des rares leaders politiques à avoir fait une candidature de combat uniquement contre un troisième mandat de Me Abdoulaye Wade », a expliqué Yankhoba Diatara.

La stratégie invoquée par M. Diatara en 2012 était-elle la bonne ? En tout cas, les élections qui ont suivi la présidentielle de 2012 n’ont pas changé la donne pour le parti Rewmi. Le leader Idrissa Seck cherche visiblement la formule magique pour redonner à Rewmi son lustre d’antan. Après avoir opté pour les attaques et les déclarations fracassantes contre le régime, Idrissa Seck semble maintenant miser sur le silence. Ce sont ses lieutenants qui vont au front. Cette mission a été assurée par Déthié Fall, le président du Parti et Thierno Bocoum, chargé de la communication. Aura-t-elle les résultats escomptés ? Thierno Bocoum a préféré désarmer alors que le parti est sorti des élections législatives avec une défaite dans le département de Thiès.

Mais aussi un nombre faible de députés. Le président du conseil départemental prépare-t-il une autre formule magique pour se repositionner sur le terrain ? Réponse avant la présidentielle de 2019.

Babacar DIONE

On ne peut pas dire, en ce moment, qu’il fait beau vivre à Rewmi, le parti d’Idrissa Seck. La dernière démission de Thierno Bocoum, le responsable le plus visible de cette formation politique est une nouvelle poussée d’air chaude qui risque de provoquer un très grand feu de forêt. Gare aux récoltes ! Le peuple de Rewmi, soumis à des vents contraires depuis que son leader a décidé de brusquer le rythme des saisons le 25 mars 2013 sur les ondes de la Rfm, ne sait plus à quel Idrissa se fier. Celui qui se promettait d’accéder à la station présidentielle à 52 ans ou celui qui a décrété, le jeudi 28 juin 2012 (l’année de ses 52 ans), « l’an zéro » de sa carrière politique ? L’homme politique à la ligne claire qui promet une opposition homérique au président Macky Sall ou le chef de parti au trait obscur qui griffonne des sentences illisibles dans son propre parti ? L’an zéro qui, dans la dialectique seckienne, a effacé la prophétie d’une accession au pouvoir en… 2012, apparaît de plus en plus comme un camouflet aux certitudes du président du Conseil départemental de Thiès. L’armée sur laquelle il comptait pour terrasser les forces ennemies ne paie pas de mine. Elle a perdu des divisions entières et autant de généraux décidés à renforcer le camp d’en face. Pape Diouf, Oumar Guèye, Youssou Diagne, Cheikh Tidiane Diouf, Nafissatou Diop Cissé, Waly Fall, Ousmane Thiongane et tous les autres qui sont partis, obligent le chef à être le pompier d’un incendie qu’il a, lui-même, allumé. Comment terrasser les dogmes, briser les idoles et casser les tabous si l’on ne veut pas, soi-même, souffrir du désir de dominer sa vie ? C’est-à-dire renoncer à une partie de soi au profit des compagnons qui ont épousé sa cause.

En politique, le style, la personnalité et la compétence ne suffisent toujours pas. La pratique a montré, à suffisance, que les équilibres, le partage des responsabilités et la capitalisation des expériences sont aussi des ingrédients de la réussite d’un parti politique. Le parti Rewmi qui s’est difficilement remis du traumatisme de mars 2012, n’a pas les forces nécessaires pour supporter la thérapie de choc prônée par son leader. La microchirurgie, l’ostéopathie ou la médecine douce eussent mieux valu. Pour ne l’avoir pas compris, Idrissa Seck fait face, aujourd’hui, à un affaissement, par pans entiers, de la structure politique qu’il espérait chevaucher pour entrer au Palais de la République. Il est loin le temps où les partis politiques se pliaient aux désidérata de leur leader. Gérer un parti, comme Me Wade l’a fait avec le Pds, est aujourd’hui une vue de l’esprit. De nos jours, les partis des tout puissants pères fondateurs sont passés de mode. Ces outils de conquête du pouvoir sont des agrégateurs de compétences, de profils complémentaires. L’aura d’une seule personne, son charisme et son génie ne suffisent pas pour escalader l’Everest. Voilà pourquoi, il faut privilégier la concertation, la négociation et la persuasion dans le management des formations politiques où il y a autant de destinées singulières que de militants. La phraséologie des « Rewmistes » aura beau qualifier les dissidents de traitres ou de renégats, mais l’absence de concertation dans le parti orange restera toujours un frein à l’épanouissement de ses responsables. Après avoir offert la mairie de Thiès à Talla Sylla, redistribué les rôles au sein de Rewmi pour consacrer Déthié Fall vice-président et la tentative de constitution, lors de la dernière législature, d’un groupe parlementaire dont les leviers essentiels étaient promis à des alliés, il est à se demander à quelle hauteur d’estime Idrissa Seck tient-il ses compagnons historiques.

S’il y a un enseignement à tirer de ces soubresauts dans Rewmi, c’est que contrairement à ce qu’il a cru, loin d’être le « sauveur », seul capable de battre le président Macky Sall en 2019, qu’un peuple unanime accueillerait avec dévotion, l’ancien Premier ministre se rend compte qu’il devra affronter une très rude opposition. Il a commis l’erreur d’afficher trop vite ses intentions en claironnant, le 25 mars 2013, que « Rewmi doxoul » (Le pays est à l’arrêt). Or, qui parle se découvre. Depuis, le camp du pouvoir s’emploie, avec une grande force de persuasion, à « retourner » les spadassins de celui qui passe désormais pour un adversaire résolu. Un président de la République, cela se sème au bon moment. Ni trop tôt, ni trop tard.

Par Sidy DIOP

Yankhoba Diatara, l’un des plus fidèles lieutenants d’Idrissa Seck, estime que les remous que connaissent le Rewmi ne feront que renforcer le parti.

Monsieur le président, Thierno Bocoum vient d’annoncer son départ du parti Rewmi. Quel commentaire en faites-vous?
C'est un départ qui nous a surpris et qui nous fait très mal. Inutile de vous dire que nous le regrettons profondément. Parce qu'avant et après tout, Thierno Bocoum est un jeune frère. Nous avons cheminé ensemble pendant longtemps. Un compagnonnage qui a développé de l'estime réciproque. Nous apprécions ses qualités humaines et intellectuelles. C'est un jeune frère, un homme pour qui nous avons une grande affection fraternelle. C'est pourquoi je vous dis d'emblée que je travaille à le faire revenir sur sa décision. Nous pensons que ce que nous avons bâti depuis plus d'une dizaine d'années sous l'ombre du président Idrissa Seck, malgré la violence des attaques physiques, morales, politiques et familiales et des brimades de toutes sortes, rien ne peut nous y faire revenir. Non, je ne pense pas qu'on puisse oublier tout ça, quelle que soit l’excuse brandie. Je peux comprendre sa déception à la suite des investitures lors des dernières législatives mais ce n'est pas, pour autant, une raison d'essayer de casser la maison du père. Et je ne pense même pas que cela soit la raison du départ de Thierno Bocoum. Alors, je reste convaincu que sa place est dans le Rewmi aux côtés du président Idrissa Seck, qui est un grand frère et un père pour nous. Nous n'avons pas le droit de l'abandonner au moment où beaucoup de Sénégalais pensent qu’il constitue l'alternative la plus crédible au régime de Macky Sall. Il faisait partie des principaux défenseurs du parti et de son leader.

Quel impact ce départ aura-t-il sur la vie de votre parti ?
Il faisait partie du dispositif mis en place par le président Idrissa Seck pour représenter le parti à l'Assemblée nationale et auprès des médias en tant que responsable de la communication.

Comme il le dit lui-même dans sa lettre, il a beaucoup bénéficié de l'appui, du soutien et de l'encadrement du président Idrissa Seck. Nous prenons acte de son départ et nous espérons qu'il va reconsidérer sa position. Il est, cependant, important de reconnaître que le parti regorge de compétences pouvant continuer ce travail avec brio. Nous avons connu d'autres départs qui sont très regrettables, mais qui n'ont pas empêché le parti de continuer à se massifier. Le Rewmi a une capacité de résilience extraordinaire et cela est lié au fait qu’il est devenu un patrimoine national. Ce sont les populations sénégalaises aussi bien d'ici que de la diaspora qui ont épousé le Rewmi et notre leader Idrissa Seck.

Avant Thierno Bocoum, d’autres ténors ont quitté Rewmi. D’aucuns parlent de décadence pour votre parti… Qu’en pensez-vous ?
Est-ce qu'il ne faut pas reformuler la question autrement, en parlant plutôt de la décadence de ceux qui sont partis... (Rires) Regardez-vous mêmes ? Bref, j'ai envie de dire simplement que le parti Rewmi a connu des crises beaucoup plus importantes et nous sommes toujours debout, malgré tout. Il s'est toujours remis de ces mouvements. Cela montre aussi la solidité de notre parti. Cela ne fera que nous renforcer. Rappelez-vous la trajectoire politique du Parti démocratique Sénégalais (Pds) de Me Wade avant 2000. A la veille de l'élection présidentielle de 2000, il n’y avait que le président Idrissa Seck qui, avec quelques cadres, a mené Me Wade à la victoire au moment où certaines personnes n'y croyaient plus. C'est pour vous dire que ces départs ne feront que renforcer le parti et la détermination des responsables et militants de Rewmi que nous sommes. Maintenant, il est clair que nous ne souhaitons et ne voulons aucun départ.

Certains ont déploré le mode de management de votre leader. Partagez-vous cela ?
Non, notre parti est très bien structuré et le président Idrissa Seck a mis en place une équipe dirigeante chargée de manager le parti. Il est l'un des rares leaders politiques, voire le seul, à avoir fait le pari de responsabiliser la jeunesse. Nous avons la direction politique la plus jeune sur l'échiquier politique sénégalaise. Maintenant, la perfection n'étant pas humaine, nous sommes toujours dans une dynamique de correction de certains dysfonctionnements qui ne peuvent pas manquer dans une organisation, fut-elle politique. Nous visons tous les jours la performance dans la gestion de notre parti.

Il est reproché à votre leader d’être trop distant de ses militants et des citoyens sénégalais. Peut-on conquérir un pouvoir dans ses conditions ?
Le président Idrissa Seck n'est pas distant des Sénégalais. Il est proche des gens. Seulement, Idrissa Seck n'a pas besoin de faire du bruit autour de ses déplacements. Il est en contact permanent avec ses militants et responsables. Il rend visite et reçoit beaucoup. Je ne comprends pas pourquoi vous parlez de distance. En tout cas, il a effectué plusieurs tournées à l'intérieur du pays et dans la diaspora. Maintenant, tous les moyens sont bons pour faire du dénigrement ou de la propagande pour tenter de ternir l'image de notre leader Idrissa Seck. C'est le camp adverse qui colporte ces idées, mais qu'il n'oublie pas, comme le disent nos cousins ivoiriens que : ‘’c'est Dieu qui est au volant’’.

Pensez-vous que le parti peut rebondir ?
Rebondir ? Il faut être à terre pour rebondir. Le parti est plus que jamais debout, toujours attractif et poursuit son expansion sans tambour ni trompette. Maintenant, dites-moi un seul parti qui ne traverse pas de crise ou qui ne connait pas de querelles ? Même le parti au pouvoir est miné par des querelles. En tout cas, en ce qui nous concerne, nous enregistrons chaque jour des adhésions à toutes les couches de la population. Nous avons un leader charismatique et compétent, qui a une vision claire de ce qu'il veut faire du Sénégal. Aujourd'hui, l'essentiel des Sénégalais lui reconnaissent ces qualités et la seule chose qu'ils souhaitent, c'est qu'il vienne à leur rencontre afin qu'ils partagent, avec lui, leurs préoccupations. Il a commencé à le faire et poursuivra sur cette lancée.

Propos recueillis par Serigne Mansour Sy CISSE

Omar Sarr se considère comme un rewmiste « défavorable au leadership d’Idrissa Seck » et qui veut une refondation du parti. Militant depuis 2015 dans la mouvance présidentielle, Oumar Sarr est d’avis que le parti a un problème de gestion insoluble. Il reste convaincu, par ailleurs, qu’Idrissa Seck ne sera certainement plus candidat à la présidentielle.

Malgré les remous au sein du Rewmi qui continue de connaître des départs de certaines de ses grosses pointures, Oumar Sarr lui reste catégorique. «Je n’ai jamais quitté le Rewmi. Souvent, quand je parle de refonder le Rewmi, les gens pensent que c’est une autre entité. Non. Je suis avec les militants de Rewmi et nous avons contesté le leadership d’Idrissa Seck entre 2014 et 2015. Pendant cette période, il était difficile de comprendre ce que je laissais entrevoir mais aujourd’hui, l’actualité me donne raison. Je pense que le parti a un problème de gestion insoluble liée au caractère de ceux qui l’administrent», a-t-il insisté. Il a confié que tous ceux qui ne sont pas d’accord et qui pensaient qu’il avait raison sont aujourd’hui dans ce qu’il appelle, la refondation de Rewmi. «Et nous avons fait un maillage de l’étendue du territoire, ça c’est une première chose. La deuxième chose est que quand nous avions fait cela, nous sommes restés dans la mouvance présidentielle. C’est une orientation qui a été prise depuis 2015. Vous vous rappelez que j’ai été élu sur la liste de Bennoo Bokk Yaakaar et mes frères et sœurs qui sont avec moi m’avaient demandé de rester dans la mouvance présidentielle. C’est ce que nous allons poursuivre», a aussi fait comprendre Oumar Sarr.

Pour lui, aujourd’hui, il y a eu un élargissement des rewmistes. «Nous nous réunissons à notre siège. Il y a eu beaucoup de démissions avant et après nous. Ils ont demandé qu’on cherche une entité qui est beaucoup plus large. C’est ce que nous étudions». Sur ce, «allons-nous vers un parti politique ou forcerons-nous les instances du parti à tenir un congrès pour chercher une autre direction? Le débat certainement se tiendra à l’interne d’ici à la fin du mois d’octobre-novembre », a-t-il averti. Oumar Sarr informe : «ceux qui avaient quitté bien avant nous, c’est-à-dire ceux qui avaient contesté le leadership d’Idrissa Seck, la plupart d’entre eux discutent avec nous pour nous regrouper. C’est vrai qu’il y a eu des départs récents. Je n’ai pas encore parlé avec ceux auxquels vous faites allusion, mais je pense qu’on va se parler puisqu’on se connait très bien et l’on s’apprécie mutuellement». Il n’empêche, «le seul problème, c’est que nous, nous ne négocierons pas notre ancrage dans la mouvance présidentielle. Alors si j’entends d’autres avoir d’autres discours, je pense que c’est un discours certainement pour se laver à grande eau mais nous nous sommes ouverts à la discussion. Il n’y a pas de raison qu’on quitte la mouvance présidentielle. Nous nous entendons avec son leader le président Macky Sall et nous entendons travailler pour sa réélection en 2019», a-t-il ajouté.

Refonder le Rewmi
«Nous avons décidé de ne pas quitter le parti Rewmi, nous avons créé un courant qu’on appelle groupe pour la refondation de Rewmi. L’objectif est d’amener tout le monde dans cette refondation pour jeter de nouvelles bases pour un parti nouveau, conquérant, démocratique où les gens se respectent, respectent les militants du sommet jusqu’à la base. Avec la patience que nous avons, nous n’avons aucun doute que nous y arriverons », a espéré Oumar Sarr. Au sujet de leur ancrage idéologique, « il reste le même. Nous sommes des libéraux et le président Macky Sall est un libéral comme nous. Aucune difficulté sur le plan idéologique. Même les gens du Pds qui ont l’intention de venir dans notre refondation pour créer une entité plus large, plus représentative, plus implantée, ne posent pas de problème d’idéologie. Il n’y a pas de doute là-dessus», a-t-il assuré. A coup sûr, «on est bien dans cette dynamique. Ceux qui viennent de me donner raison prouvent que nous sommes dans le droit chemin mais notre porte n’est pas fermée, nous sommes ouverts au dialogue», a-t-il partagé.

Au sujet des perspectives avec Idrssa Seck, leader du Rewmi, il a affirmé qu’il est un libéral pur et dur. «Maintenant, il ne se pose plus un problème d’idéologie dans ce sens. Quand on a pratiqué quelqu’un pendant plus d’une décennie, on peut prévoir, deviner ce qu’il a l’intention de faire et ce qu’il n’a pas l’intention de faire. En tout cas, si je devais faire un pari, je dirais que M. Seck certainement ne sera plus candidat à la présidentielle au Sénégal», a-t-il prédit. Les raisons ? «Parce que connaissant suffisamment Idrissa, je ne pense pas qu’il mette de l’énergie, des moyens financiers, matériels dans une entreprise qui est déjà vouée à l’échec. Il n’ira pas vers l’échec. Nous nous allons choisir notre candidat et ce sera Macky Sall. Moi je serai très content qu’il revienne aux sentiments de 2012 quand il a décidé de le soutenir au second tour, ce serait formidable», a-t-il expliqué. Et pour le tout, «après 2024, on verra. Celui qui veut se présenter le fera connaître. Mais je pense que pour 2019, il n’y a pas d’hésitation, c’est déjà callé, nous avons décidé de poursuivre le chemin avec le président actuel », a complété Oumar Sarr.

Amadou DIOP

Le départ du responsable nationale des jeunes du parti Rewmi, l’ex-député Thierno Bocoum, suivi de Samba Thioub, secrétaire permanent national, entre autres, est en train d’alimenter les conversations dans tout le pays et évidemment à Thiès, le sujet est tout aussi prisé.

Selon Ibrahima Bocoum, responsable à Rewmi dans la capitale du rail et par ailleurs premier adjoint au maire de Thiès-Ouest, commune du président leur parti Idrissa Seck, il est évident que leur formation politique traverse une passe difficile mais pas insurmontable. Car « le départ de Thierno Bocoum a surpris les citoyens sénégalais mais pas les responsables de Rewmi qui avaient tous constaté que Thierno Bocoum a très mal pris sa non-reconduction sur la listes des députés aux dernières législatives », a-t-il indiqué.

Or, d’après Ibrahima Bocoum, le Rewmi était parti en coalition avec d’autres formations politiques où il a fallu que chacun fasse des concessions pour que la liste des députés puisse être confectionnée sans y laisser beaucoup de plumes. « En décidant donc de quitter le parti après avoir certes fait du bon travail parlementaire qui lui a valu d’être découvert pas les sénégalais, il a pêché par jeunesse, car, au moment où il a été choisi par le parti et mis à une position qui lui a permis d’être élu, Thierno Bocoum sait qu’il n’était pas le plus légitime mais pour l’intérêt du parti, nous avions accepté », a soutenu Ibrahima Bocoum.

Convaincu que le Rewmi regorge d’autres talents à même de représenter le parti dans toutes les instances de décisions ou de représentations, il affirme que cette page sera tournée au plus vite dans les jours à venir. Car, Ibrahima Bocoum note que les responsabilités et autres avantages ne sont pas liés à la vie de l’individu puisqu’il y a un moment où tout s’arrête ou tout prend fin. « Ça, Thierno Bocoum ne peut pas l’ignorer. Il a eu un mandat et que c’est dans l’ordre normal des choses qu’il puisse être remplacé par un autre frère ou une autre sœur du parti », a-t-il ajouté. Pour lui, nul n’ignore que Idrissa Seck demeure un rempart solide dans la défense des libertés individuelles, des couches défavorisées par un système injuste et surtout, il reste une alternative crédible au futur poste de président de la République. « Cela reste l’objectif pour 2019 et rien ni personne ne peut nous dévier de cette trajectoire », a-t-il a martelé.

Interrogé sur la question des départs de Rewmi et du recul de son score aux élections de 2007 à 2017, Pape Moussé Diop, un responsable du parti démocratique sénégalais a déclaré : « cette nouvelle forme de transhumance constatée au sein des jeunes élites des partis de l’opposition en accointance avec le pouvoir ne peut pas affecter un parti comme Rewmi car, la base affective est là debout parce qu’incontrôlable. Et comme disait Idrissa Seck, jusqu’à l’extinction du soleil, ces inconditionnels seront fidèles », a-t-il lancé. Il a rappelé que de 1977 à 2000, du député Mafall Fall en passant par Serigne Diop, Fara Ndiaye, Ousmane Ngom, le Parti démocratique sénégalais a perdu de grandes personnalités politiques du fait du pouvoir socialiste. « Mais, le socle ou l’ancrage social est resté confiant aux côtés de Me Wade. C’est cela le militantisme et on le retrouve encore à Thiès », a-t-il noté.

Adja Fall, une habitante de Thiès a affirmé : « Je ne sais pas ailleurs au Sénégal mais ici à Thiès ce que Macky Sall n’a pas réussi en 6 ans, ce n’est pas en 12 mois qu’il pourra le faire. Nous lui donnons rendez-vous aux présidentielles de février 2019 et il verra si Idrissa Seck recule à Thiès ou pas », a-t-elle confié.

Quant à Saliou Sarr, ces départs du Rewmi peuvent être perçus comme de la déception au sortir des législatives où leur leader Idrissa Seck est allé faire la promotion d’un des derniers venus sur l’échiquier politique en terme de leadership national, Khalifa Sall. « Ceci, après avoir manqué la réunification des forces libérales dans l’opposition et au sein de Manko Taxawu Sénégal », a-t-il indiqué.

Mbaye BA


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