Idées et Réflexions (1022)

Il est de plus en plus fréquent de constater des manquements graves à l'obligation de réserve, portant ainsi un rude coup à nos valeurs cardinales auxquelles sont associées les règles d'éthique et de déontologie. L’obligation de réserve est une restriction de la liberté d’expression qui s’applique aux agents du service public, en particulier les hauts fonctionnaires. Que l'on soit en position de retraite, de détachement ou même en activité sur le champ politique, la référence à ces valeurs et le respect de ces règles d'éthique et de déontologie s’imposent à tous ceux qui détiennent ou ont détenu une parcelle de pouvoir ou d'autorité dans la gestion des affaires publiques.

Ce phénomène n'est certes pas nouveau. Il a toujours existé, mais certainement pas dans des proportions aussi importantes qu’on le constate de nos jours. S’il est vrai que les exigences en matière de bonne gouvernance, de transparence et de reddition de comptes contraignent l'administration, dans un cadre formalisé, à communiquer pour une bonne information des citoyens, pour autant, il ne saurait être permis, voire même toléré, de livrer des informations d'une certaine sensibilité ou d'exprimer ouvertement des positions sur des faits, événements ou décisions auxquels on a participé. Cela est d'autant plus répréhensible que ces informations sont obtenues, en général, grâce à la fonction actuelle ou antérieure que la République a permis à leurs auteurs d'occuper. C'est dire tout le sens du rappel des notions d’éthique et de déontologie républicaines qui s'appuient sur un corpus de valeurs, de règles et de principes qui doivent guider, à tout moment et en tout lieu, l'action de l’agent public, et en particulier du haut fonctionnaire. Ce corpus est invariable à travers les qualités qu’il incarne, à savoir la loyauté, l'honnêteté, la discrétion, l'obligation de réserve, la neutralité, la probité et l'équité. C'est cet ensemble de qualités qui devrait astreindre à la retenue tout agent de l'Etat face à la très forte tentation d'utiliser les informations dont il dispose comme une « arme non conventionnelle » ou simplement comme un moyen de satisfaction d’un besoin d’estime de soi et de considération. En effet, l’information que détient l'agent public, du fait de sa position institutionnelle, lui confère incontestablement un certain pouvoir. Mais, ce pouvoir est un bien immatériel, une propriété exclusive de l'Etat, en vertu du principe de la neutralité, de l'impartialité et du caractère impersonnel de celui-ci. Les ressources appartiennent à l’Etat et non à l’individu. Dès lors, ce dernier ne peut nullement en disposer à sa guise, quel que soit le niveau de conflit qui existerait entre son désir de poursuivre ses objectifs personnels et les exigences de la déontologie.

Deux causes pourraient, entre autres, expliquer ce phénomène de dérive. D’abord, l'arrivée massive dans l'administration publique, notamment au niveau de la haute hiérarchie, de cadres dont le parcours professionnel n'a pas permis de maîtriser les règles les plus élémentaires qui gouvernent le fonctionnement d'une administration publique, même si, pour certains, le profil académique les prédisposait à occuper des postes de responsabilité. A cela s'ajoute le fait que certains agents et cadres de l'administration sont venus directement du secteur privé, sans pour autant être accompagnés par une formation permanente qui leur aurait permis de s'imprégner de la culture de l'administration publique. Dans la pratique, la déontologie est inculquée à l'agent du service public dès sa formation initiale. C'est à ce niveau qu'il apprend qu'il s'est choisi un destin qui est d’être au service de l'Etat et, par ricochet, des citoyens. En d’autres termes, on n'est pas agent de l'Etat par défaut, du moins on ne devrait pas l'être. Mais, à côté de ces catégories d’agents, figurent des cadres, hautement formés dans les grandes écoles de Management public, mais dont la violation des règles déontologiques relève manifestement d'une volonté d’en tirer des dividendes qui peuvent être soit politiques, soit dans le dessein de discréditer des institutions ou des personnes qui les incarnent. Naturellement, ce qu'ils perdent en termes de crédibilité personnelle et d’affaissement de leur propre statut sur le plan moral ne s’aurait être compensé par le « bénéfice » que leur procure une violation délibérée des règles déontologiques auxquelles ils sont soumis. Conscients des menaces que représentent, entre autres, de telles dérives, les pays africains avaient lancé un projet de Charte africaine de la déontologie harmonisée, sous l’égide de l’Union africaine, afin que, dans chaque pays, les fonctionnaires puissent s’en inspirer pour mieux se conformer à leurs obligations vis-à-vis de l'Etat et des citoyens.

Ailleurs, comme dans certains pays européens, tout un arsenal juridique a été mis en place dans le but de sécuriser les informations sensibles détenues par des fonctionnaires pour que, durant leur mission de service public et après, ils soient tenus par l'obligation de réserve, à défaut d’encourir des sanctions pénales. Aux États-Unis, une loi fédérale avait été votée, en 1939, à l'initiative du sénateur Hatch du nouveau Mexique qui interdisait à tout haut fonctionnaire de se livrer à des activités politiques pouvant l'entraîner à divulguer des informations sensibles. Il est bien vrai que c'était là un cas extrême qui visait notamment à lutter contre le communisme considéré comme une menace à la sécurité de leur nation. L’obligation de réserve est donc une des principales exigences qui s'impose à l’agent public et, au-delà, à tous ceux qui aspirent à des fonctions de responsabilité. En effet, quel que soit le secteur d’activités dans lequel il évolue, le professionnalisme de l'individu sera toujours indissociable de son comportement éthique. Du respect des valeurs cardinales d’éthique et de déontologie dépend la crédibilité de notre République, de nos institutions, de notre démocratie, voire même de la sécurité de notre nation. Un grand sage de chez nous ne disait-il pas, à propos de ceux qui livrent en public les secrets dont ils sont dépositaires, « qu’ils sont comparables à un homme qui se rendrait au plein cœur d’un marché pour annoncer publiquement avoir connu une période de menstrues » ? Est-il encore possible d’inverser cette fâcheuse tendance à fragiliser notre administration, voire notre sécurité intérieure, par la diffusion ou la menace de diffusion publique d’informations notoirement sensibles ? Comment contenir cette frénétique propension à sortir de l’obligation de réserve au nom de l’intérêt personnel des uns et de l’agenda particulier des autres ? Tout le monde doit prendre conscience que de tels écarts peuvent, à la longue, affaiblir notre précieuse administration et dévaloriser l’image du haut fonctionnaire et du grand commis que bien des figures emblématiques de notre Etat ont portée jusqu’au terme de leur carrière.

Quelques pistes de réflexion pourraient constituer une ébauche de solution durable pour éviter la poursuite de cette spirale de la dérive des révélations motivée souvent par des desseins inavoués. Elles porteraient sur : la relance de la Charte africaine sur les valeurs et les principes du service public et de l’administration dans l’Union africaine (le Sénégal pourrait jouer un rôle important dans cette opération pour avoir déjà en gestation un projet dans ce sens) ; la mise en place ou le renforcement de mesures dissuasives de nature à éliminer toute velléité de diffuser des informations sensibles ; le renforcement des politiques de formation permanente des agents de l’Etat, en particulier les hauts fonctionnaires, en matière de bonne gouvernance. Cependant, aucune de ces mesures fonctionnelles et opérationnelles ne saurait se substituer à l’engagement personnel de chaque fonctionnaire à être le propre gendarme de sa conscience. Cette quête constante de l’abnégation est certainement le meilleur garde-fou contre ces écarts de comportements aux conséquences incalculables.

Par Abdoul Aziz TALL
Conseiller en Management, ancien ministre,
président du Groupe d’études et de recherches stratégiques (Geres)

Au fur et à mesure que l’on s’approche des présidentielles de février 2019, toutes les attentions sont braquées sur un seul homme : un président sortant qui veut rempiler face à tous ses adversaires.

Macky Sall, non content d’être sorti major de la promotion de l’école Wade, est un génie politique. Le pape du Sopi ou plus exactement Me Wade a vu plus fort que lui en la personne de l’élève Macky Sall. L’homme a très tôt pu déceler, contrairement à Diouf, quand et comment il fallait parler ou ignorer Wade. Qui aurait pu penser que Macky Sall parviendrait à déboulonner Wade à la présidentielle de 2012, trois ans seulement après avoir créé son mouvement, l’Apr ?

Une fois élu à la tête du pays, le président Macky Sall a, par finesse politique et à plusieurs fois, étouffé, voire déjoué, toutes les tentatives de Wade tendant à déstabiliser son régime.

Conscient que son parti, l’Apr, ne peut pas diriger le pays à lui tout seul, le président Macky Sall n’y est pas allé par quatre chemins en privant certains membres de sa formation politique de postes stratégiques dans les institutions comme l’Assemblée nationale et le Haut Conseil des collectivités territoriales.

Ces deux institutions seront confiées respectivement à Moustapha Niasse et à Ousmane Tanor Dieng. Qui aurait pu penser, un jour, que ces deux ténors socialistes se jetteraient des fleurs sur le perron du Palais présidentiel ou encore voir ces deux ennemis politiques depuis longtemps s’asseoir ensemble autour d’une table pour contribuer à maintenir, voire renforcer, la cohésion da la majorité présidentielle ? Seul Macky Sall pouvait réussir un tel fait avec brio. Il faut préciser que même Diouf n’a pas réussi à concilier les deux hommes. Qu’est-ce que Macky Sall a de plus que Wade, si l’on sait que ce dernier est pourtant décrit comme l’homme le plus généreux de tous ceux qui ont eu l’insigne honneur de diriger le Sénégal ? La réponse semble être la sincérité dans sa promesse de gagner ensemble et gouverner ensemble.

Jamais, dans l’histoire politique du Sénégal, une coalition aussi forte que Bby n’a pu tenir pendant aussi longtemps. Macky Sall, en homme de parole fédérateur mais aussi en fin politique, a su surmonter les humeurs des uns et des autres pour mettre à profit la survie de la dite coalition pour l’intérêt et la stabilité du pays. Car malgré les soubresauts politiques, il ne fait aucun doute que la coalition Bby prouve, aujourd’hui, qu’elle est une addition de volontés sincèrement orientées vers un compagnonnage durable pour l’émergence du pays.

Le génie politique de Macky Sall ayant compris la vulnérabilité de la presse, la précarité des journalistes, son accaparement par des hommes d’affaires qui ne sont mus que par les intérêts de leurs propres business, réussit, à nouveau, à se passer de la méthode Wade pour la museler. Pas besoin pour Macky Sall de distribuer des mallettes d’argent ou de créer des groupes de presse estampillés proches du Palais ou de la Primature. Il phagocyte certains d’entre eux par une méthode douce, en les ignorant royalement. Il ne restait plus à certains que de se rabattre sur des livres ou posts à travers les réseaux sociaux. Et là aussi, il faut reconnaitre que les marrons beiges ou plus exactement les Mackystes ont rendu quasi inexistant les opposants et les activistes sur la toile.

Le président Macky Sall, en bon ancien trotskyste et bon élève de Wade, est loin d’être « un lion qui dort » en termes de stratégies politiques, malgré ses discours taquins, voire sympathiques, qui peuvent le faire paraitre comme une personne qui n’a pas l’initiative politique.

C’est plutôt un lion vigilant, offensif qui ne laisse presque rien passer.

Force est de reconnaitre que, politiquement parlant, Macky Sall dépasse Wade et Diouf pour avoir su maintenir intact la grande coalition Bby tout en conciliant les principaux ténors de la majorité présidentielle, mais aussi en déjouant, à temps, tous les plans orchestrés par une certaine opposition visant à déstabiliser son régime.

Par Mame Ousmane DIOP
Responsable Apr
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Ce chapitre est extrait de son ouvrage titré « La Toison d’or de la liberté. En quête de la démocratie en terres d’Afrique et d’ailleurs : récits, paroles et journal de route »
Préface de Souleymane Bachir Diagne, Columbia university, Présence Africaine Editions 25 bis, rue des Écoles, 75005 Paris, ©Présence Africaine Editions, 2018 Isbn 978-2-7087-0918-8.

Chapitre 3 - Sur la route avec Senghor et Dia : portraits d’hommes dans la traversée d’un siècle d’orages1

À la croisée des chemins : Senghor, de la magie d’une rencontre à la quête du sens
Nos chemins se sont croisés une première fois en 1948 : j’avais vingt ans et je venais d’entrer à l’école nationale de la France d’Outre-mer où Senghor enseignait les Langues et Civilisations de l’Afrique. D’entrée de jeu, la fascination joua à plein. Cet homme de stature modeste, au langage retenu dans les échanges ordinaires, laissait paraître, lorsque le propos touchait les œuvres vives de la pensée et du langage, un rayonnement illuminant le masque du visage qui nous captivait, nous, ses jeunes auditeurs. À n’en pas douter, là se manifestait particulièrement le génie poétique du personnage qui l’emportait alors sur toute autre manifestation de sa présence. J’apprendrais plus tard, cependant, qu’un autre registre de pensée et d’action pouvait se poser en contraste de sa vertu créative première, lorsque s’imposait à lui la froide contrainte de décisions politiques où dominait la position d’acteur responsable qu’il se donnait, primant ou réprimant les élans d’une sensibilité affective enracinée profond. Cette étrange et puissante séduction, qui n’allait pas sans ménager d’improbables surprises, joua à plein sur ses proches, au nombre desquels figurait en bon rang Mamadou Dia, compagnon de dix-sept ans de luttes communes.

Senghor fut, pour moi, un premier « Maître d’initiation », inappréciable, aux données profondes de la Culture africaine ; ce qui gagea une fidélité au long cours dans la traversée d’un siècle d’orages, mais n’exclut jamais lucidité et liberté de dialogue lors de moments cruciaux d’affrontement. Après le temps d’une scolarité studieuse et passionnée, et à l’issue de mon séjour initial au Soudan, nous nous sommes retrouvés, dès le début de l’année 1955, au Sénégal, renouant avec de belles connivences intellectuelles et amicales, dans un contexte de mutation politique majeure. Chef du parti qui emporta la forte majorité des suffrages lors des élections marquant l’accès à l’autonomie interne, Senghor me demanda, en juin 1957, d’entrer dans l’équipe des conseillers du gouvernement entamant la marche vers la liberté, aux côtés de Mamadou Dia qui prenait la tête de l’exécutif nouvellement formé. Ce dernier, dès le premier abord, me fascina et m’inspira respect, confiance : ainsi naquit une amitié profonde au long cours. Le contraste entre Senghor et Dia ne manquait pas de laisser paraître une complémentarité d’exception, en mesure de peser sur le destin de l’Afrique en quête de liberté. L’engagement auprès de Dia se révéla une aventure passionnante, se teintant de tragique lorsque les deux hommes se séparèrent. Pour en saisir les tenants et aboutissants, il est nécessaire de les replacer dans leur histoire propre, à travers les blessures de la sujétion coloniale et l’exaltation des luttes pour y mettre fin.

Des hommes dans leur histoire et dans l’histoire
Léopold-Sédar Senghor est né en 1906 à Joal, petite escale historique des navigateurs, en pays sérer, encore imprégnée de créolité portugaise. Il entamait ainsi sa traversée du siècle, d’un XXe siècle qui fut un temps de mutations majeures. Il n’est pas possible de saisir le sens du destin d’un tel homme sans situer son parcours à travers ces mutations, influencé par elles et leur imprimant sa marque. Pour l’Afrique, pour les relations franco-africaines, ce siècle a été, d’une certaine façon, le siècle de Senghor. Certes, pas seulement cela : d’autres personnages de premier plan y ont laissé leurs traces, mais celles de Senghor sont particulièrement signifiantes pour éclairer l’héritage encore vivant de ces années de braise dans le siècle où nous sommes.

Avant d’analyser les étapes d’un chemin aussi marquant, je voudrais, non pas de façon abstraite et distanciée, mais à partir d’une relation humaine et intellectuelle vécue en dialogue avec lui, mettre l’accent sur la position singulière qui fut la sienne. Léopold-Sédar Senghor a vécu au cœur même de ce mouvement de l’histoire, le portant dans son intelligence, son intime sensibilité, de façon que je qualifierai de charnelle, affrontant d’immenses contradictions, de douloureux et dramatiques déchirements, acteur et témoin d’improbables éclosions de forces nouvelles.

Il en a été imprégné au plus profond de lui-même, loin d’être le personnage irénique et impassible dont les hagiographes impénitents tentent de perpétuer l’image. C’est à travers ce vécu, souvent cahoteux, non exempt de tâtonnements, d’erreurs, de blessures, que s’est formée la conscience d’un destin individuel hors pair assumant l’aventure collective. C’est par là-même qu’il acquiert toute sa crédibilité, sa force, sa portée. C’est de cette manière qu’il faut comprendre la proclamation de la Négritude et ce qui s’ensuivit. Je m’attacherai à tracer ce parcours, où le rejoindra Mamadou Dia, à travers sept étapes distinctives.

1. Le royaume d’enfance
Le jeune Léopold, né donc à Joal d’un père catholique et polygame – situation fréquente et faisant à l’époque l’objet d’une certaine tolérance –, commerçant aisé établi en ce lieu, suit sa mère à Djilor, au cœur du pays sérer du Sine. Selon la coutume matrilinéaire qui y prévaut, le personnage dominant masculin qui régente son éducation est son oncle maternel, qu’il nomme Toko Waly.

Ce dernier est un homme de tradition et, dans ce cadre, son jeune pupille et neveu se laisse pénétrer de tous les effluves du terroir et d’une culture paysanne préservant son cachet de profonde authenticité. Il désignera ce temps de bonheur élémentaire comme son « royaume d’enfance » qui le marquera à jamais.

2. Le premier exil et la fascination du choc de la culture dominatrice
À l’âge de sept ans, avant même d’avoir suivi les épreuves d’initiation traditionnelle, son père décide de le reprendre à Joal et de le confier à l’école des missionnaires. Il subit alors l’épreuve déchirante d’une séparation brutale d’avec le monde maternel et la frustration d’une éducation des racines inaccomplie, source d’une définitive nostalgie.

Par contre, l’école et le catéchisme de la mission catholique, où il apprend le wolof et le français, sont, pour lui, une source ambivalente de fascination. Il refuse de renier son « être culturel » premier, tout en assimilant avec passion les langages et les valeurs de l’Occident, expérience d’une conscience fondatrice de la condition de colonisé. Son intelligence s’y épanouit, malgré les contradictions, à travers de belles performances scolaires qui le conduisent au petit séminaire de Ngazobil, lui ouvrant ainsi le chemin de la prêtrise.

3. La résistance et la conquête des armes du dominant
Le jeune Senghor est pénétré de sa vocation sacerdotale, mais sans se déprendre de la fidélité à son être des racines. Tout en affirmant cette vocation avec force, il s’accommode mal du moule assimilationniste, négateur de son âme sérer considérée comme barbare par ses supérieurs. Jugé rebelle par ces derniers, on lui ferme la porte du grand séminaire. Il traverse alors cette épreuve avec douleur et déception, et me la racontera avec émotion dans une interview autobiographique qu’il m’accordera un demi-siècle plus tard. Hors enregistrement, il me dit : « Si j’avais poursuivi dans cette voie, j’aurais probablement été évêque, puis archevêque et cardinal ». Il s’arrête un instant, comme sous l’emprise d’un rêve familier, alors qu’un frémissement indéchiffrable module son regard... Il ajoute, dans un souffle : « Et peut-être même plus ». Il esquisse un sourire et la conversation amicale reprend son cours. Le jeune homme terminera son cycle secondaire, de façon brillante, dans le premier établissement de ce niveau à Dakar qui deviendra par la suite le lycée Van Vollenhoven.

À travers ces épreuves, ses acquis intellectuels sont remarquables et préservent en lui une attirance profonde pour la langue et la culture françaises, assorties de grec et de latin. Il s’approprie, de la sorte, les armes culturelles du colonisateur, dans un chemin qui demeure marqué de solitude. Seule Hélène, sa belle-sœur et confidente, épouse de son frère aîné René, et dotée elle aussi d’une belle intelligence, est de plain-pied avec lui dans ce parcours hors norme et le soutient depuis l’aube de l’adolescence sans la moindre faille. Notons que son histoire éducative s’est tenue à l’écart du monde saint-louisien qui avait formé jusque-là et continuera de former au premier rang les nouvelles élites sénégalaises. Cette position d’exception, paradoxalement, servira son influence sur la classe politique et sociale du pays : il y apportera, de ce fait, sa singularité, sa différence sans perdre sa proximité. Une situation fertile pour développer le message du métissage des cultures, comme dépassement du fait colonial.

4. Le retour aux sources et l’irrésistible surgissement de l’affirmation identitaire : la Négritude comme reconquête de soi
Les études secondaires menées à bien le conduisent au grand large. Le jeune étudiant, avec le soutien de la famille, s’embarque pour la France engrisaillée de l’automne 1928. Le député Blaise Diagne est son correspondant et l’aide, après un essai décevant en Sorbonne, à s’inscrire en hypokhâgne, au lycée Louis-le-Grand. Nouveau paradoxe : c’est à partir de là qu’il affirmera, à travers la rencontre d’Aimé Césaire, puis de Léon-Gontran Damas, la Négritude partagée, alors que sa passion pour la littérature et la langue française est avivée par le dialogue avec son condisciple Georges Pompidou.

Mais la Négritude ainsi comprise et proclamée n’est pas un eldorado : c’est une terre de conquête, appelant à une reconstruction de soi, mettant en évidence les blessures, les amputations d’une prime jeunesse sous contrôle colonial. L’agrégation de grammaire couronne l’appropriation de la part française de sa quête culturelle, au cœur d’un exil qui semble bien long. En 1937, un bref retour à Dakar, à l’initiative du Gouverneur général de Coppet, au temps du Front populaire, lui permet, dans une conférence retentissante à la Chambre de commerce, devant un parterre couru par les Blancs de la ville quelque peu stupéfiés, d’affirmer l’impératif d’une reconnaissance majeure des langues et des valeurs africaines. L’éducation perçue de la sorte est, à ses yeux, la clé de l’avenir.

Le retour en Europe le voit exercer ses fonctions de jeune professeur, où se révèle un indéniable talent pédagogique. Il demeure profondément impliqué dans le groupe des intellectuels noirs, avec tout particulièrement Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Birago Diop ; mais le voici plongeant bientôt dans la « drôle de guerre » où il est fait prisonnier. Les « tirailleurs sénégalais », ses compagnons de captivité, paysans devenus guerriers par force et dont il se fait l’éducateur, le mettent en prise avec un engagement au service de son peuple. Il y retrouve le point de départ de sa vocation de poète à travers le recueil Hosties noires qui le révèle en possession du point focal de son être : lieu de rencontre et de fusion de toutes ses pulsions créatives. Une fois libéré pour raison de santé, en 1943, il reprend sa place dans le « groupe de la Négritude », devenu chantier d’affirmation et de lutte, aux côtés de ses partenaires d’aventure. Présence Africaine et Alioune Diop prolongeront le mouvement, de façon décisive, peu après le retour de la paix.

Au plus profond de l’horrible drame planétaire que fut le grand conflit mondial, germent les fleurs de la liberté. Pour les peuples coloniaux, dans le sillage de l’Inde libérée en 1947, ce sera le temps de l’inéluctable émancipation. Le chemin menant de la Négritude à la pleine maîtrise de soi est ouvert sans retour.

5. L’engagement en politique et le défi du pouvoir : conquérir pour agir en quête du métissage
Voici désormais Léopold-Sédar Senghor au pied du mur. Le choc cosmique de la guerre a ébranlé les fondements de l’ordre colonial. L’Assemblée constituante de 1945 a la charge de créer les institutions de la nouvelle République. Les députés des territoires d’Outre-mer y ont leur part. Le doyen sénégalais Lamine Guèye appelle Senghor, le jeune et brillant intellectuel, issu du monde « indigène » et non, comme lui, de l’élite des « quatre communes »2, à le rejoindre sur sa liste électorale adoubée par le parti socialiste Sfio. Il est élu. C’est le retour triomphal d’un enfant du pays vivant l’exil depuis presque deux décennies, dans le cadre d’une alliance politique marquée du sceau de la contradiction. Lamine Guèye incarne, en effet, un courant certes émancipateur mais inscrit dans des positions assimilationnistes : il s’agit de se fondre dans la République en revendiquant l’égalité et l’identité de toutes ses composantes, blanches ou noires. Senghor, très vite, élève la voix : « Nous voulons assimiler, mais non point être assimilés, c’est-à-dire préserver notre identité ». C’est la vision d’un métissage identitaire dépassant, prolongeant, accomplissant l’affirmation de soi dans l’ouverture et la réciprocité. Lamine freine des quatre fers. Senghor sort du cadre contraint, démissionne de la Sfio et fonde, en 1949, son propre mouvement politique, le Bloc Démocratique Sénégalais, bénéficiant d’une adhésion enthousiaste jusqu’aux tréfonds du monde rural.

À ses côtés, le jeune Mamadou Dia, de cinq ans son cadet, fils du peuple, éduqué, immergé dans le peuple, instituteur rural, depuis longtemps engagé dans l’affirmation identitaire d’une Négritude vécue, assumée, combattante, au sein d’un groupe d’enseignants protestataires se dénommant, à Saint-Louis, le « Cercle de l’authenticité », avec notamment son collègue Abdoulaye Sadji. L’alliance entre Senghor et Dia est, au départ, miraculeuse, et la division du travail s’opère naturellement entre le fils du Fleuve musulman et le Sérer catholique. Senghor a ouvert la lutte en Europe ; au Sénégal, Dia en sera le vecteur dans le pays profond. Ils unissent leurs efforts dans les positions parlementaires conquises.

Léopold-Sédar Senghor entra, en 1955, dans le gouvernement d’Edgar Faure. Il s’établit entre les deux hommes un pacte d’intelligence. Edgar Faure, bien plus tard, le recevra à l’Académie française. Le chef de l’exécutif qu’il fut avait parfaitement compris le sens des options identitaires commandant l’enracinement dans une terre nourricière, vécu par lui-même, de façon exemplaire, dans son fief franc-comtois. Mais les fluctuations capricieuses de la vie parlementaire française laissaient peu de champ à cet attelage séduisant. La majorité des élus à l’Assemblée finit par rechigner devant une « Union française » porteuse, à leurs yeux, d’un excès d’égalitarisme gageant à terme la domination démographique des peuples d’Outre-mer. On en vint alors à octroyer l’autonomie territoriale à chacune des ex-colonies, comme une protection différencialiste préservant la prééminence de la métropole, tout en leur refusant le droit d’établir entre elles un lien fédéral qui aurait pesé trop lourd au regard du pouvoir central. Telle fut l’économie de la Loi-cadre du 23 juin 1956, que Senghor et Dia, forts de leurs convictions fédéralistes, refusèrent de voter. Dia, pour sa part, d’abord élu au Sénat, avait ensuite rejoint Senghor à l’Assemblée nationale. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, ils devront cependant appliquer les dispositions de la loi génératrice d’une autonomie limitée, dans un grand espace balkanisé. Mamadou Dia se voit alors confier la mission de mettre sur pied l’État sénégalais semi-autonome et d’en diriger le gouvernement, tandis que Senghor mène le jeu auprès des pouvoirs centraux de la République. Nous sentions bien, à travers ces incomplétudes, ces contradictions et ces porte-à-faux, qu’il ne s’agissait que d’une étape de transition. L’effondrement de la quatrième République et l’accession du général de Gaulle à la Présidence allaient changer la donne. La décolonisation revenait en force à l’ordre du jour.

6. L’épreuve de la liberté : comment et jusqu’où abattre la muraille des contradictions
Le nouveau pouvoir accepte, d’entrée de jeu, d’élargir l’autonomie, mais dans le cadre d’une « Communauté française » où les pouvoirs régaliens seront gérés en commun tout en préservant la prééminence française. Dans le rite de passage, à travers le référendum constitutionnel de septembre 1958, les Territoires doivent choisir entre l’indépendance immédiate, assortie de rupture avec la France, et le statut d’États membres de la Communauté. La pierre d’achoppement, c’est la position au regard de l’indépendance. La question divise la classe politique, y compris à l’intérieur du Sénégal. Senghor est profondément déchiré. La majorité du parti penche pour l’indépendance immédiate, alors que son leader craint cette cassure frontale. Il s’ensuit une période de flottement. Mamadou Dia, sensible aux arguments des indépendantistes, mais fidèle à son ami, sauve la mise en soutenant un compromis historique que Senghor finit par accepter : le Sénégal dira « oui » à la Communauté, mais en préparant à court terme une indépendance négociée. Je vis ces événements avec intensité, dans mes fonctions de Directeur de Cabinet du Chef du gouvernement. Le « oui » l’emporte et ouvre la voie à une stratégie intensive de développement fondée sur le démantèlement de l’économie de traite, condition de la libération effective, et sur la création de coopératives de développement autogérées appuyées par l’éducation et l’animation rurales, conditions de la démocratie. Mamadou Dia en est le maître d’ouvrage et Senghor le soutient. Cependant, la nouvelle politique met en question de puissants intérêts économiques et politiques et la position sociale de féodalités religieuses conservatrices.

Entre-temps, le Sénégal et le Soudan avaient tenté de créer entre eux un lien fédéral, en 1959, malgré les vents contraires. La Fédération du Mali explosa en août 1960 et le Sénégal indépendant, après les négociations émancipatrices avec la France, reprit sa ligne de développement, Senghor présidant la nouvelle République. Dans ce nouveau cadre, les divergences, non exemptes de malentendus, s’accumulèrent entre Dia et lui, reflétant les contradictions internes du parti au pouvoir. Alors que l’on en était au dernier acte de l’abolition de l’économie de traite, la rupture s’opéra en décembre 1962 dans des conditions tragiques. Le jeu institutionnel avait mis à mal un dialogue essentiel entre les compagnons. Au plus fort de la tourmente, Senghor lâcha Dia qui subit un sort cruel. Cependant, sur les valeurs fondatrices, les deux hommes étaient loin d’être en désaccord. Le jeu politique et politicien ne permit pas que l’alliance entre eux, sur ces fondamentaux, garde sa force première, au grand dam d’une entreprise exemplaire reposant sur leur complicité hors du commun.

Le climat général de crise qui succéda à l’euphorie quelque peu factice des « trente glorieuses » ne permit pas véritablement d’avancées décisives au regard du développement. Senghor eut l’habileté politique, seul aux commandes, d’éviter les explosions majeures.

7. Fin de règne pour Senghor : un legs politique et, plus encore, une œuvre poétique hors du temps. Pour Dia : des messages d’avenir
À la fin de l’année 1980, après vingt ans d’exercice du pouvoir à la tête de l’État et de son mouvement politique, à l’âge de 74 ans, alors qu’aucune contrainte ne s’imposait à lui hors de son devoir de conscience, Senghor décidait de quitter ses fonctions, avec le désir d’assurer la continuité de l’œuvre qui avait été la sienne, un processus alors sans précédent dans l’univers des chefs d’État africains. Il n’est pas aisé d’établir un bilan équitable de ce grand parcours d’histoire. Il s’agit certainement d’une trajectoire d’exception. Quelques points marquants peuvent être mis en évidence.

Sa vocation initiale, affirmée et assumée, était de contribuer à l’illustration d’une créativité africaine se dégageant de la longue et lourde oppression coloniale. Il avait, dans le peloton de tête, compris l’importance majeure de la Culture pour « faire humanité ». Il avait saisi la nécessité de libérer cette créativité culturelle à partir des chemins historiques propres aux différents peuples, tout autant qu’à travers leurs rencontres et leurs confluences, se faisant l’apôtre du métissage. Pour toutes ces raisons, il voulait, au départ, préserver personnellement, comme richesse suprême, sa créativité poétique, affranchie des lourdes contingences de l’engagement politique, et son œuvre littéraire fondamentale en fait foi. Il ne put cependant se dérober à l’appel des responsabilités à l’heure des mutations majeures et contraint, dès lors, de naviguer dans la mer des contradictions, il s’est attaché à sauvegarder, en particulier dans son travail d’écriture, l’essentiel de son message dont la portée reste grande aujourd’hui, reprenant l’induction fulgurante de Teilhard de Chardin qui l’influença : « La Terre pour devenir adulte a besoin de tout son sang ». Si Senghor n’avait pas tenté la conquête, la reconquête de sa Négritude à travers les épreuves non dénuées d’ambiguïté de l’engagement dans un chemin d’ombre et de lumière, où les ombres sont autant signifiantes que les lumières, alors son apport n’aurait pas le même prix pour ceux qui cheminent à sa suite.

Autant Senghor s’était appliqué à garder en toutes circonstances le contrôle de ses humeurs, assorti d’une discipline physique assidue, autant Dia manifestait son énergie vitale par une impulsivité réagissant bien souvent avec force, voire avec violence, aux situations qui l’interpellaient. Chez lui, la colère signifiait ordinairement l’explosion de l’indignation qui flambait face à l’injustice, à l’irresponsabilité, à la trahison. Pour autant, la profondeur intime des sentiments ne manquait pas de révéler d’infinies délicatesses, particulièrement précieuses en amitié, mais exigeantes en qualité et en fidélité. Ses convictions spirituelles, liées à une sincère dévotion à l’islam soufi, ne manquaient pas, à l’occasion, de tempérer la fulgurance de ses emportements. Dia était un excellent orateur qui puisait dans son caractère la coloration d’une éloquence reconnue et appréciée. Il arrivait cependant que la vertu de la colère, en certaines circonstances essentielles pour mener de bons combats, se heurte à des obstacles, des chausse-trapes difficiles à déjouer. Ce fut le cas au plus vif de la crise de 1962 marquant sa rupture avec Senghor, où il ne suffisait pas d’avoir raison pour l’emporter. La profondeur de ses sentiments, soutenue par sa hauteur de vue spirituelle, le conduisit, malgré la dureté des épreuves endurées, à préserver un attachement personnel incoercible à son compagnon des époques pionnières. Le message et l’héritage de Dia, qui rejoignait Senghor pleinement dans son attachement à la Négritude, vertu d’authenticité, c’est précisément la rigueur de la foi dans les options fondamentales : pour lui, essentiellement, le combat pour la libération du peuple, au prix des plus durs des sacrifices.

Senghor quitta ce monde, entouré d’honneurs et de distinctions, en 2001, à l’âge de 95 ans. Obsédé, de façon récurrente, tout au long de sa vie d’homme, par le sentiment du devoir d’être ce qu’il n’était pas, sans abolir pour autant son être premier, il finit par y parvenir, le métissage demeurant à ses yeux comme la terre promise. Dia, pour sa part, s’en alla en 2009, à 98 ans, s’attachant jusqu’au bout à demeurer dans l’arène, sans être entendu unanimement à hauteur de ses espérances, mais porté par le souci que les générations à venir comprendraient les enjeux fondateurs des temps historiques de l’indépendance et en tireraient les enseignements pour les horizons nouveaux. Je reste à l’écoute des leçons de vie qu’ils nous donnent l’un et l’autre.

L’émission « La marche du monde » de Valérie Nivelon, le dimanche 3 juin 2018, consacrée à Roland Colin et à ce livre, peut être écoutée et téléchargée à partir du lien suivant :
http://rfi-la-marche-du-monde.lepodcast.fr/roland-colin-libre-passeur-africain

[1] Ce texte développe la teneur d’une conférence que j’ai donnée à Besançon, le 28 janvier 2012, dans le cadre des Journées d’hommage à L.-S. Senghor, organisées par l’Association Terres et Peuples d’Afrique. 

[2] L’avènement de la Troisième République ouvrit, pour les originaires des quatre com-munes sénégalaises (Saint-Louis, Dakar, Rufisque et Gorée), l’accession à des droits civiques d’exception, incluant une représentation au Parlement. Lamine Guèye en était, à la différence de Senghor né dans le statut de l’indigénat qui ne fut aboli qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Cette mesure élargissait avec parcimonie la représentation des Territoires coloniaux dans les Assemblées de la République.

Par Mamadou LY
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Le constat est fait que les Sénégalais sont friands de ce qu’on appelle « palabre » au pays des Baoulés et autres Bétés. Il s’agit de débats où s’entrechoquent commentaires d’experts, propagandes politiques et discussions ‘’ de borne fontaine’’ ou ‘’wax sa xalaat’’. Avec son lot de dérives verbales et d’invectives, aucune alerte ou mise en garde de bonnes volontés ou de personnalités religieuses, ne semble freiner, encore moins inverser la tendance. Le Cheikh et célèbre conférencier Moustapha Sylla du village de Taïba, commune de Marsassoum, dans le département de Sédhiou, s’est indigné de constater que c’est seulement quand une personnalité publique (politique, religieuse ou financière) est mise en cause par la justice qu’on entend des clameurs, comme si elle n’a jamais fonctionné avant.

La décision de la Cour de justice de la CEDEAO dans l’affaire Khalifa Sall et consorts c/ L’Etat du Sénégal, occupe les devants de l’actualité comme si c’était une première que le Sénégal comme la quasi-totalité des pays membres de cette communauté, est trainé devant cette juridiction et même condamné. Malgré l’abondance de la jurisprudence des juridictions communautaires en Afrique, en Europe et partout dans le monde, ladite décision fait l’objet d’une extraordinaire médiatisation et d’une déraisonnable exagération de sa portée réelle. Ceci est dû à une méprise sur l’étendue des compétences de la Cour qu’il est utile de lever, avant de passer en revue les points objets de mon ‘’ avis dissident’’, pour utiliser un vocable utilisé à la Cour Internationale de Justice (CIJ) de la Haye.

LA COMPETENCE CONTENTIEUSE DE LA COUR
Dans sa décision sur l’affaire Khalifa Sall et consorts, la Cour a souligné avec force référence aux textes communautaires et à sa jurisprudence constante, son incompétence à réviser les décisions des juridictions nationales, se disant ni une Cour d’appel ni une Cour de cassation des juridictions nationales. Toutefois, et cela mérite d’être salué, la Cour a rejeté l’argument de l’Etat du Sénégal tendant à écarter sa compétence au motif que la chambre d’accusation a jugé réguliers les PV d’audition des officiers de police judiciaire élaborés sans la présence des conseils des mis en cause dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar. La Cour a fort justement souligné qu’elle ne juge pas la décision de la chambre d’accusation validant lesdits PV, mais qu’elle statue sur les droits de l’homme, et dans cette affaire, sur le droit à l’assistance d’un conseil dès la première interpellation et tout le long de la procédure, ce qui est conforme à son statut.

LES POINTS QUI POSENT PROBLEME DANS L’ARRET
- Le caractère arbitraire de la détention de Mr. Khalifa Sall dans la période comprise entre la proclamation par le Conseil Constitutionnel des résultats des élections législatives et la levée de son immunité parlementaire. La lecture des motivations de la Cour a renforcé ma conviction d’une appréciation erronée des droits attachés à cette immunité. En effet, la Cour a fait référence à l’article 51 de la loi organique portant règlement intérieur de l’Assemblée nationale du Sénégal en se limitant à sa deuxième phrase aux termes duquel « Le député est couvert par l’immunité parlementaire à compter du début de son mandat qui prend effet dès la proclamation des résultats de l’élection législative par le Conseil Constitutionnel. » et oubliant totalement la suite qui est relative au cas de délit ou de crime qui concerne justement Mr Khalifa Sall. La Cour a confondu deux situations : celle du député dans l’exercice de ses fonctions et celle du député ayant commis un crime ou un délit. Les questions simples que la Cour devrait se poser sont : en quoi le député est immunisé ? Dans quelles situations et contre quelles mesures (coercitives) le député est exempté ?

Les réponses sont bien dans cet article 51 qui reprend textuellement l’article 61 de la Constitution que la Cour de la CEDEAO mentionne d’ailleurs entre parenthèses : son alinéa 2 dispose en effet,« Aucun membre du parlement ne peut, pendant la durée des sessions, être arrêté ou poursuivi en matière criminelle ou délictuelle, qu’avec l’autorisation de l’Assemblée nationale ». Je l’ai expliqué ailleurs, les actes d’arrestation et de poursuite sont les deux seuls (pas la détention) qui sont inapplicables au député en cas de crime ou délit sauf levée de son immunité. Cette omission (grave) fausse forcément son jugement.

- Sur le droit à l’assistance d’un avocat : la chambre d’accusation a jugé les PV valides parce que l’article 55 nouveau du Code de procédure pénale (CPP) du Sénégal ne rend la présence obligatoire de l’avocat qu’en cas de prolongation de la garde à vue. Khalifa Sall n’a jamais été dans cette situation. La Cour de la CEDEAO s’est dite incompétente pour apprécier l’arrêt de la chambre d’accusation, et considère que l’audition par la police de Khalifa faite sans la présence d’un avocat constitue une violation de ce droit et au-delà, à un procès équitable. Etrangement la Cour cite cet article 55 nouveau du CPP en ses dispositions sur cette présence de l’avocat et la mention obligatoire dans le PV sous peine de sa nullité tout en taisant celles relatives au stade de l’enquête où cette présence est impérative.

- Sur la présomption d’innocence : la Cour fonde la violation de ce droit sur les déclarations du Procureur de la République lors d’un point de presse, en retenant que « les propos du Procureur de la République tendent simplement à faire croire à l’opinion publique qu’il y a eu soustraction de fonds publics à l’aide de faux document alors qu’aucune décision de justice ne l’atteste encore ». Ce raisonnement me semble erroné pour les raisons suivantes :

o la présomption d’innocence consiste à ne pas imputer (déclarer auteur) un fait délictuel à quelqu’un tant qu’une décision judiciaire devenue définitive ne l’atteste. Or, le Procureur n’a fait que relater les faits (je souligne) de la cause que la Cour rapporte bien « …il y a soustraction de fonds publics à l’aide de faux documents..», et que « l’affaire de la caisse d’avance n’est rien d’autre ( pas de fondement politique) que la justification d’un‘’ montant d’un milliard huit cents millions qu’on a pris des caisses de la mairie de Dakar sur la base de faux documents » (IV-30).

o la Cour, à défaut de rapporter les mots accusant explicitement (je souligne) Khalifa Sall et consorts, s’est visiblement contentée de remplacer le « on » du procureur par le nom de Khalifa Sall en soutenant que « le Procureur de la République a implicitement laissé entendre aux yeux du public, que Mr Khalifa Sall était coupable ». En procédant ainsi, la Cour a opéré une démonstration (de la compréhension du public) purement subjective, un procès d’intention au Procureur alors que cette volonté a été explicitement déclinée pendant la conférence de presse comme étant une démonstration que les faits de la cause des poursuites n’avaient aucun caractère politique.

o C’est bien au Procureur d’établir les faits de la cause (les fausses factures et leur usage pour se faire remettre des fonds publics) et de prouver à l’audience. La décision de justice est dans l’imputabilité de ces faits au mis en cause. Il faut reconnaitre ici que le moyen de défense sur ce point, posé par les avocats de l’Etat du Sénégal (droit à l’information des citoyens) est véritablement léger.

- Sur le droit à un procès équitable: la Cour a conclu à sa violation sur la base des constats suivants : la violation du droit à l’assistance d’un conseil, celle de la présomption d’innocence et le non-respect par le juge d’instruction du délai d’appel contre ses ordonnances portant l’une, sur le rejet de l’offre de caution de Khalifa Sall et l’autre, sur le refus de la demande d’audition de témoins et le recours à un expert. Ce qui semble étrange ici, c’est que la Cour considère que « les agissements du juge d’instruction constituent une atteinte grave aux droits de la défense et au droit à un procès équitable » en revenant sur son rejet des deux demandes des requérants, alors qu’elle a déjà jugé qu’il « ne constitue pas, en soi, une violation de leurs droits en la matière » (IV-40). Dans tous les cas, ces violations sont « rattrapables » à l’occasion du procès en appel qui est une reprise du procès que toutes les parties ont considérée comme insatisfaisant.

Ceci nous amène à examiner la mise en œuvre par l’Etat du Sénégal, de cette décision qui s’impose à lui.

L’EXECUTION DE LA DECISION DE LA COUR
La Cour de justice de la CEDEAO juge en premier et dernier ressort, les cas de violation des droits de l’homme qui lui sont soumis par les Etats et les citoyens des pays membres de l’organisation sous régionale. Sa jurisprudence confirme une conformité au principe de subsidiarité que partagent toutes les juridictions communautaires, notamment la Cour Européenne des droits de l’Homme (CEDH) de Strasbourg à laquelle elle fait souvent référence. Chacune réaffirme régulièrement son attachement à ce principe selon lequel elle « ne saurait se substituer aux autorités nationales compétentes » (CEDH-Arrêt Austin), qu’elle ne constitue ni une Cour d’Appel, ni une Cour de Cassation pour les juridictions nationales. Ceci pour dire que leurs décisions ne s’imposent nullement aux juridictions nationales. La Cour de Cassation française avait précisé « qu’un arrêt de condamnation de la Cour européenne s’il permet à celui qui s’en prévaut de demander réparation, est sans incidence sur la validité des procédures relevant du droit interne » 5 Crim.3 février 1993, Kemmache).

C’est dans le même sens que semble s’inscrire la Cour de la CEDEAO lorsqu’elle « estime que le montant de trente-cinq millions (35.000.000) de francs CFA serait une juste réparation des préjudices subis ; » La doctrine va dans le même sens en considérant que les décisions de ces juridictions revêtent seulement un caractère déclaratoire qui laisse aux Etat la liberté de leur exécution. Trois modalités sont notées dans la pratique des Etats membres :

- Adapter leur législation à la nouvelle lecture faite par la Cour communautaire dans une décision en application des textes communautaires et des autres instruments internationaux des droits de l’homme. C’est le premier rôle de ces juridictions qui est d’ouvrir la voie du progrès aux textes et pratiques communautaires dans la protection des droits de l’homme, car, il est reconnu que le juge va plus vite que le législateur dans ce domaine. A ce sujet, l’article 55 nouveau du CPP sénégalais qui a introduit le droit à l’assistance d’un avocat mais au stade de la prolongation de la garde peut amener le législateur à le modifier pour faire comme en France, avec la loi du 14 avril 2011 qui prescrit la présence de l’avocat au début de la garde à vue.

- Réparer le préjudice subi par le requérant. L’Etat du Sénégal doit payer la somme allouée aux requérants en compensation de tous les préjudices nés de la violation des droits retenus.

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les propos du Procureur Général Lansana Diaby quand il dit que l’Etat du Sénégal ne peut ignorer les décisions de la Cour. Le juge d’appel, contrairement à beaucoup de commentaires, n’est pas lié par cette décision. Toutefois, il peut :

- tenir compte de certains aspects de la décision notamment assurer aux requérants un procès équitable cette fois-ci.

- statuer sur certaines irrégularités constatées à savoir la validité des PV de police et le rejet de la demande d’audition de témoin et à une expertise. Mon avis exprimé plus haut va dans le sens de la validité des PV. Si celui de la Cour d’appel a un autre avis, les PV peuvent être annulés mais étant donné qu’ils n’ont qu’une valeur de renseignement à l’audience, leur annulation n’aura aucun impact sur la conduite du procès. Quant au rejet des demandes d’audition et d’expertise, la Cour constatera certainement que la Cour de la CEDEAO a déjà considéré que ce rejet n’était pas « déraisonnable ».

La justice de notre pays est loin d’être la pire du continent. Nos magistrats ont, dès notre accession à l’indépendance, prouvé leur expertise et leur probité sur le plan international. Je termine en paraphrasant le Juge Téliko, président de l’UMS, connu par son engagement dans le renforcement de l’indépendance de la justice, citant Balzac, a mis en garde les citoyens contre la défiance en la justice de la République, unique garante de nos libertés à tous. Elle a besoin de sérénité pour dire le droit. Les conférences de presse intempestives sur les affaires pendantes devant la justice sont malvenues car n’aboutissant qu’à troubler l’esprit du citoyen lambda.

Par Sankoun FATY
Officier de Gendarmerie à la retraite
Juriste-Consultant-Société civile de Sédhiou

- Réalité de l’agrégation
Au Sénégal, il existe un véritable mythe de l’agrégation. L’agrégé est perçu comme une sommité scientifique. Il a atteint le sommet du savoir dans sa discipline.

Cette impression remonte au temps des affrontements électoraux des années 1950 entre le Bds de Senghor et la Sfio de Lamine Guèye. Les partisans de Senghor se glorifiaient avec ce propos :

Senghor est agrégé ; il est plus instruit que Lamine Guèye (moko dax jang).

Il est temps que le grand public soit éclairé à propos de l’agrégation sur au moins trois points :

1- L’agrégation est une spécificité française : elle n’existe que dans le système français. Personne n’a jamais entendu parler d’agrégé américain, anglais, russe chinois…

2- L’agrégation n’est pas un diplôme : c’est un titre institué en France, au 19ème siècle, pour le recrutement des professeurs. L’université ne délivre que trois diplômes : le Baccalauréat, la Licence (maintenant appelée Maîtrise) et le Doctorat d’Etat qui est le diplôme universitaire le plus élevé.

3- Il existe deux types, deux niveaux d’agrégation établis en France par le Conseil national des universités (Cnu) :

- l’agrégation de l’enseignement supérieur pour les Facultés de Droit et Sciences économiques (Droit public, Science politique, Droit privé, Histoire du Droit, Economie, Gestion) et pour les Facultés de Médecine et Pharmacie.

- l’agrégation de l’enseignement secondaire pour les Facultés des Lettres (Lettres modernes et classiques, Histoire, Géographie, Grammaire, Philosophie, Langues vivantes) et pour les Facultés de Sciences (Mathématiques, Physique et Chimie, Sciences naturelles).

Les agrégés de l’enseignement secondaire peuvent être assistants à l’université, mais ne deviennent professeurs qu’après avoir soutenu leur thèse de Doctorat d’Etat. Contrairement à ce que pensaient les partisans de Senghor, celui-ci ne pouvait pas être supérieur à Lamine Guèye par les diplômes. Senghor, avec son agrégation de Grammaire, ne pouvait enseigner que dans le secondaire (ce qu’il a fait en France), alors que Lamine Guèye, Docteur d’Etat en Droit, pouvait enseigner à l’université (ce qu’il a fait aux Antilles).

Voici ce qu’en disait Cheikh Anta Diop :
Un agrégé de Lettres est un professeur de lycée qui doit travailler encore une dizaine d’années pour devenir docteur d’État afin de posséder ainsi le grade le plus élevé que l’université délivre dans sa branche. Senghor traîne le complexe de la thèse de docteur d’État, cette peau d’âne qu’il n’a jamais pue posséder (journal « Taxaw », n° 7, janvier 1978).

Mais, le mythe de l’agrégation est resté tenace. On peut voir un professeur d’université, docteur d’Etat, ne mettre en avant dans sa présentation que son titre d’agrégé (de l’enseignement secondaire) : c’est cela qui impressionne les foules !

Crédibilité de l’agrégation
La crédibilité scientifique de l’agrégation dans le domaine des sciences sociales est altérée par au moins quatre éléments : l’idéologie, les considérations personnelles affectives, les interférences politiques et la valeur scientifique des/ou de certains membres du jury.

Dans les sciences sociales, « l’impartiale sérénité du savant » n’existe pas. A la différence des sciences physiques, l’individu est partie intégrante de l’élément de la société qu’il étudie ; il ne peut pas s’en distancier.

Raymond Aron, dans ses « Mémoires » (1983, p.37), raconte qu’il réussit classé premier à l’agrégation de Philosophie en 1928, alors que son brillant condisciple Jean-Paul Sartre est recalé, pour ne réussir que l’année suivante à la première place. Aron en donne cette explication :

En 1928, Sartre n’avait pas joué le jeu ; il avait exposé sa philosophie du moment. Il se laissa convaincre l’année suivante qu’il fallait d’abord donner à l’examinateur ce que celui-ci attendait. Ensuite, chacun pouvait gambader.

Cela mis à part, les considérations personnelles affectives sont moins présentes au niveau de l’agrégation des Facultés des Lettres et des Facultés de Sciences, compte tenu de la présence d’épreuves écrites ; ce qui permet de préserver partiellement l’anonymat des candidats.

Il en va autrement pour l’agrégation des Facultés de Droit et d’Economie. Les considérations affectives personnelles et idéologiques interviennent pour beaucoup dans le concours. Le président du jury, nommé par le gouvernement, choisit les autres membres parmi ses collègues qui proviennent de différentes universités. Chacun des membres du jury, au nombre de cinq ou sept, a parmi les candidats ses poulains qui viennent de son université. Ce qui fait place à la cooptation facilitée par le fait que les épreuves ne sont pas anonymes ; elles se tiennent toutes en une sorte de grand oral, le candidat faisant face au jury. Les membres du jury et les candidats se connaissent comme dans un village. Un membre du jury qui a parmi les candidats quelqu’un qui a été son assistant, dont il a été le directeur de thèse, se montrera-t-il indifférent à son égard ?

Seul l’anonymat des épreuves écrites aurait permet d’éviter, ne serait-ce qu’en partie, une telle proximité entre candidats et membres du jury. Lorsqu’un jour je raconte à Mamoussé Diagne la façon dont se déroule l’agrégation de Droit et d’Economie, lui qui a passé et réussi l’agrégation de Philosophie, n’en revient pas. A cela s’ajoutent les considérations idéologiques : une seule école de pensée doit prévaloir.

La palme du pittoresque revient à l’agrégation de Droit telle que pratiquée à une certaine époque à Paris. Après admissibilité sur travaux, le candidat doit tenir deux leçons devant le jury. Il tire un sujet et dispose de 24 h pour le préparer. Auparavant, il a formé, avec des collègues amis, une équipe qui se met alors à pied d’œuvre pour faire des recherches et même rédiger le texte de la leçon. Il arrive que le candidat aille dormir chez lui ou à l’hôtel et venir le lendemain présenter devant le jury le texte qui lui a été préparé. Et il est agrégé ou recalé.

Il convient de souligner aussi que le concours français d’agrégation en Droit et Economie était partie intégrante de la politique culturelle de la France en Afrique. C’est ainsi que les candidats camerounais dans ces deux disciplines étaient automatiquement reçus. La configuration de la population du Cameroun en francophones et anglophones se retrouve à l’Université de Yaoundé. Les enseignants anglophones, formés, eux, en Angleterre ou aux Etats-Unis, des pays où n’existe pas l’agrégation, sont titularisés professeurs dès l’obtention du PhD (Doctorat d’Etat), risquant ainsi de dominer l’Université au détriment de leurs collègues francophones. Ce que la France tenait à éviter.

Ici, le président Senghor ne manquait pas d’intervenir auprès des autorités françaises dans le concours d’agrégation de Droit ou d’Economie en soutien de candidat sénégalais de son obédience.

C’est que, depuis les évènements de Mai 68, il avait tenu à faire de l’université sa chasse gardée.

Parmi les agrégés de Droit et d’Economie, on trouve, bien sûr, des éléments très brillants qui sont même de loin supérieurs à certains membres de leur jury sans épaisseur avérée. Mais, on y trouve aussi de fieffés nullards parachutés, comme ont pu le constater les étudiants de la Faculté de Droit et d’Economie de Dakar des années 1960 et 1970, avec certains coopérants de l’Assistance technique.

CRITIQUES AUTOUR DU CONCOURS D’AGRÉGATION
Raymond Aron fait la critique de l’agrégation, des décennies après, dans ses « Mémoires » :

Je n’étais pas désigné, en apparence tout au moins, pour prendre la défense de la vieille Sorbonne et des mandarins. J’avais toujours, dans les journaux et dans les revues, critiqué l’organisation française de l’enseignement supérieur ; critiqué le baccalauréat, trop difficile en tant qu’examen de fin d’études secondaires, sélection insuffisante pour l’entrée à l’Université ; critiqué l’agrégation qui ne garantit pas la qualité de l’enseignement et qui ne forme pas à la recherche (Mémoires, 1983, p.471).

Sur le plan officiel, dans le cadre des Assises de l'enseignement supérieur, en préalable à la future Réforme des universités, le Rapport Vincent Berger (président de l’Université Paris V-Descartes), remis au président de la République, le 17 décembre 2012, propose officiellement de supprimer l'agrégation du Supérieur, mode de promotion inadapté, pénalisant, pittoresque et archaïque.

Une pétition contre l’agrégation, lancée en février 2012 et soutenue par les syndicats majoritaires de l’enseignement supérieur, recueille plus de 600 signatures d'enseignants chercheurs. L’Association française d'économie politique (Afep) qualifie ce type d'agrégation de « simulacre de concours » dans son rapport annuel de 2010, et en dénonce le « copinage ». L’Afep précise que ce « type de recrutement n'existe qu'en France, à l'exclusion de tout autre pays dans le monde » et estime que « cette agrégation ne valorise pas la recherche. Une fois agrégé, on avance à l’ancienneté sans faire de la recherche ».

Il n’existe pas d’agrégé en Sociologie, ni d’agrégé en Démographie, parce que ces deux disciplines, pourtant importantes des Sciences sociales, n’ont pas été décrétées à agrégation par le Cnu.

Il existe, en France, une Association des sociologues enseignants du supérieur. Un de ses membres, Michel Lallemand, est l’auteur d’un article intitulé « La sociologie n’a pas besoin de l’agrégation » et dans lequel on peut lire :

Je ne pense pas que la Sociologie ait à gagner en adoptant une formule de recrutement de type agrégation du Supérieur.

Je n’ai parlé, ici, que du concours d’agrégation de Droit et d’Economie pratiqué en France. Le concours d’agrégation du Cames en est un copier-coller. A ses débuts, le jury n’était composé que de professeurs français, les uns venant de France, les autres venant d’universités africaines francophones. C’est avec stupéfaction que j’ai appris une fois qu’un collègue coopérant du Département d’Economie, que je n’aurai pas la cruauté de nommer, avait été coopté membre d’un jury d’agrégation du Cames. Les jurys sont maintenant largement ou totalement africanisés.

Je n’ai rien dit de l’agrégation de Médecine dont je n’ai pas connaissance. J’ai seulement appris sa suppression en France, en 2017, à la suite de celle d’Economie en 2015. Dans le contexte actuel de mondialisation, les autorités universitaires françaises ont pris conscience que la concurrence en leur défaveur avec les universités étrangères ne cadre plus avec le maintien du système d’agrégation, une vieillerie du 19ème siècle. Aucun des économistes français connus à l’étranger n’est agrégé. Seule l’agrégation des disciplines juridiques continue à faire de la résistance dans l’enseignement supérieur, mais le mouvement de « dés-agrégation » est lancé en France. Le Cames suivra-t-il ?

Il est opportun de souligner, ici, que le plus brillant d’entre nous tous, le pluridisciplinaire géant du savoir, Cheikh Anta Diop, ne s’est jamais intéressé à l’agrégation.

Par Makhtar DIOUF
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Dans son arrêt numéro ECW/CCJ/JUD/17/18 du 29 juin 2018, la Cour de justice de la Cedeao devait statuer sur plusieurs « prétentions » des avocats de Mme Fatou Traoré ainsi que des sieurs Khalifa Ababcar Sall, Mbaye Touré, Ibrahima Yatma Diao, Amadou Moctar Diop et Yaya Bodian.

À la page 53 de sa décision, la Cour écrit qu’elle « condamne le défendeur à payer aux requérants la somme de trente-cinq millions de FCfa (35.000.000) à titre de réparation, déboute les requérants du surplus de la prétention et met les dépens à la charge de l’Etat ».

En clair, la seule condamnation du défendeur concerne les 35.000.000 et les dépens comme repris à la page 53 de la décision. Le fait que la Cour y ajoute l’expression « déboute les requérants du surplus de la prétention » devrait clore le débat sur les conséquences de cet arrêt communautaire sur l’autorité de la chose jugée et actuellement en procédure d’appel au Sénégal. Quid des prétentions ayant été rejetées ?

Il est important de noter que la Cour de la Cedeao n’a pas accédé à la requête clairement formulée demandant la « libération immédiate » des inculpés. Les avocats des requérants savent bel et bien que sur les 53 pages de l’arrêt, ils n’ont pas eu gain de cause sur ce point. Dès lors, pourquoi demander une libération alors que sur plusieurs autres points, la même Cour a débouté les requérants ?

Sur la prétention de violation supposée du droit à faire appel à des témoins, la Cour, au point VI-41, dit qu’ « elle ne saurait alors accueillir les prétentions des requérants sur ce chef de demande ». Sur la prétention de violation de l'égalité des citoyens devant la loi et la justice, la Cour déboute les requérants en ces termes au point IV-46 : « A la lumière de ces constats, il n’est pas établi la preuve d’une atteinte au droit à l’égalité des citoyens devant la loi et la justice ». Sur la prétention de violation des droits politiques, la Cour écrit, dans l’arrêt au point IV-64, qu’elle « ne peut accéder à la demande du requérant tendant à déclarer que ses droits politiques ont été violés ». Sur la procédure de levée de l’immunité parlementaire, la Cour statue au point IV-74 en ces termes : « La Cour juge qu’il n’y a pas eu de violation de la procédure de levée de l’immunité parlementaire ». Sur la prétention de détention arbitraire, la Cour estime, au point IV-84, que cela n’a eu lieu qu’entre "la date de l’élection du député et celle de la levée de son immunité parlementaire". La levée de l’immunité parlementaire ayant été faite en toute légalité.

En définitive, il ne faut pas faire dire à la Cour de justice de la Cedeao ce qu’elle n’a pas dit. Au-delà du brouhaha, une lecture complète et lucide des 53 pages de l’arrêt de la Cedeao montre bel et bien que la Cour n’a nullement demandé une libération, question à laquelle seule la justice sénégalaise est souverainement en mesure de répondre sur la base d’un dossier judiciaire complet entre les mains de nos juges. La Cour d’appel est en train de traiter le dossier en appel sur la base d’une demande des avocats des requérants. Vouloir faire l’amalgame avec une décision communautaire, en essayant de lui faire dire ce qu’elle n’a pas dit, semble être juste une vaine tentative de brouiller les cartes.

Cette affaire qui a fait l’objet d’un premier jugement est en train d’être traitée par la justice sénégalaise qui doit épuiser tout le processus en toute sérénité.

La Cour de justice de la Cedeao n’est pas une juridiction d’appel ou de cassation des décisions issues des juridictions nationales. D’ailleurs, dans le même arrêt, au point IV-4, elle rappelle qu’elle n’est « pas compétente à connaitre de recours contre les décisions des juridictions nationales ». C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle s’est limitée à réparer le préjudice lié à la violation du droit à l’assistance d’un avocat et celui de la présomption d’innocence en allouant collectivement 35.000.000 de FCfa aux six inculpés, précisant à la page 53, pour que nul n’en ignore, qu’elle « déboute les requérants du surplus de leurs prétentions ». Dans ce surplus de prétentions, il y avait bel et bien une « demande de libération immédiate » que la Cour a déboutée.

Par Mamadou NDIONE
Économiste, écrivain,
responsable politique Apr Diass

La Coupe du monde de football en Russie, a pris fin de manière prématurée pour l’équipe nationale de football au détour d’une défaite fatidique contre son homologue de la Colombie (0-1).

Contrairement en Asmara en 1968 où la bande à Matar Niang a été éliminée par les subtilités de l’algèbre (Alou dixit) cette fois la règle impromptue du fair-play combinée au recours au VAR contesté a mis fin aux ambitions des poulains du coach Alioune Cissé.

C’est un retour douloureux au bercail pour les joueurs, l’encadrement technique, la délégation fédérale et les supporters. De toute évidence, un bilan de la participation des Lions à ce rendez-vous du football planétaire est à faire pour en tirer les enseignements utiles à la préparation des prochaines échéances.

En attendant, l’heure est pour le Président Macky Sall et son gouvernement de faire face aux dures réalités de la gestion du quotidien des populations. Entre les difficultés de l’approvisionnement en eau de la capitale Dakar et le retour au calme dans les universités, une bonne nouvelle pointe sur le front de l’économie.

La 6ème revue de l’instrument d’appui aux politiques économiques (ISPE) pour le Sénégal a confirmé une croissance de 7, 2 % en 2017. Cette certification de la Banque Mondiale est assortie de commentaires éloquents du directeur par intérim Mishuhiro Furusawa « Les efforts de réforme du Sénégal, tels qu’ils sont présentés dans le PSE et aidés par l’Instrument d’appui à la politique économique (ISPE) ont contribué à augmenter la croissance, tout en maintenant la stabilité économique, la croissance a atteint 7,2% en 2017 alors que l’inflation restait faible et le déficit budgétaire limité à 3% du Pib ».

Cette remarquable performance de l’économie place notre pays parmi les trois champions en Afrique avec le Rwanda et la Cote d’ivoire .Qui plus est pour un pays non producteur de pétrole ou de gaz et ne disposant pas de ressources naturelles. Donc, en la matière, toute chose étant égale par ailleurs, il est indéniable que le Sénégal serait qualifié à la finale du Championnat d’Afrique des Nations (CAN) d’économie.

L’économie sénégalaise a ainsi enregistré un rythme de croissance soutenu favorisé selon le directeur par intérim du FMI par « l’augmentation des recettes grâce à l’amélioration de l’efficacité des investissements publics et la réforme des prix de l’énergie créerait un espace pour financer durablement les besoins de développement » a poursuivi Mr Furusawa. 2.

A ce propos, force est de reconnaitre, pour s’en réjouir, la prouesse réussie par le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Ba et ses collaborateurs qui depuis leur avènement à la tête de ce département stratégique ont su incarner cette dynamique de croissance exceptionnelle de notre économie. Loin d’être un lot de consolation ces bonnes performances sur le terrain de l’économie et les finances participent d’un culte du travail et de l’abnégation qui dans le domaine sportif ou ailleurs constituent le vivier des champions

Comme quoi, un lion peut en cacher un autre sur la scène continentale ou mondiale. « Alors Sénégal ca Kanam » !

Par Ahmed Youssouph BENGELLOUNE
Président Kaolack Nouvelle Vision (KNV)

Mathématicien de formation, Alpha Touré qui vient de nous quitter analysait le football comme une équation qu’il résolvait avec la finesse et la simplicité qui le caractérisaient. Orfèvre du dribble déroutant et efficace, Alpha était un avant-centre de rupture et d’anticipation, alliant vision de jeu et efficacité dans la surface de vérité comme nul autre pareil.

Le samedi 7 juillet 2018, ce jour assassin, signait le sommeil éternel d’un des plus talentueux footballeurs que le Sénégal ait jamais connus. Il s’agit d’Alpha Touré, brillant avant-centre de la Jeanne d’Arc des années 60 -70 et de l’équipe nationale.

Au sortir des rangs de l’Asfa, en 1969, où je côtoyais de fantastiques joueurs, tels que feu Mamadou Samassa, feu Al Demba Ndiaye, feu Gorgui Diarra, feu Daubry et Ibrahima Coulibaly, le plus grand buteur de tous les temps du championnat sénégalais, je rejoignis l’équipe de la Jeanne d’Arc en 1969.

Ce qui m’amène à parler de celui qui vient de nous quitter, à savoir feu Alpha Touré, c’est que certains supporters de la Ja voyaient entre nous une concurrence naturelle. C’est là où je découvris les qualités humaines du footballeur en dehors de ses qualités sportives.

Il m’accueillit les bras ouverts avec les conseils du grand El Hadji Malick Sy Souris et du merveilleux entraineur Lamine Ndiaye. Notre premier match contre le Foyer de Casamance, à Ziguinchor, s’est soldé par un match nul (1-1), but d’Alpha Touré sur service d’Aly Bèye comme il m’appelait amicalement.

A l’occasion de ce match, non seulement Alpha me félicita de l’intégration réussie, mais il me tint un discours que je n’oublierai jamais.

« Aly, n’accepte jamais qu’on nous mette en mal. Tu as tes qualités et j’ai les miennes. Nous sommes faits pour nous entendre, car il faut toujours être au service de la Jeanne d’Arc ».

Le second match, qui a eu lieu à Saint-Louis contre le Guété football club de feu Collo Diakhaté, fut une rencontre capitale émaillé d’incidents.

L’attaque de la Ja était composée de Fara Gomis, Mamadou Diop, Alpha Touré et moi-même. Ousmane Faye et Moussa Niang étaient les hommes du milieu.

L’équipe était complète avec feu Moustapha Dieng, feu Amady Thiam « Thiapé »…C’est l’incomparable Golbert Diagne qui fit le reportage de ce match avec l’éloquence et le professionnalisme qui le caractérisent.

Ce match, entrecoupé de graves incidents, provoqua ma blessure avec une rupture des ligaments externes et internes.

Deux jours après, je fus interné à l’hôpital Principal de Dakar. La première visite était celle d’Alpha Touré accompagné de Moustapha Dieng. Je ne peux compter le nombre de visites d’Alpha Touré en 3 mois d’hospitalisation. Je découvris, en ces moments de découragement et de déception, les qualités exceptionnelles d’Alpha qui, en dehors des terrains, était aussi un grand monsieur, un gentleman dans la vie de tous les jours.

L’élégance d’Alpha Touré se manifestait à tous les instants, sur un terrain de football comme dans la vie.

Je ne peux oublier l’attention particulière d’Alioune Ndiaye « cheval fou », Boy Dakar et plus tard, celle de Thio-thio et Nguiro. Alpha était bien un buteur inné dans les surfaces de réparation pour ne pas dire de vérité.

En lui rendant hommage à l’occasion de son décès, le maitre Abdoulaye Diaw, micro d’or de notre football, a comparé Alpha à l’international français Mbappé. Il a tellement vu juste.

J’ajouterai simplement que feu Alpha était plus complet, plus efficace, plus direct et surtout, il était dépouillé de déchets et de clichés qui gangrènent notre football.

Alpha était un avant-centre total, doté d’une vitesse de balle au pied incomparable et d’un sens du but exceptionnel. Je le comparerai volontairement à Tostão, la bombe brésilienne de Cruzeros de Belo Horizonte. Le seul regret, c’est de ne pas avoir joué longtemps avec lui. Cela nous aurait permis de partager le doublé de 1969.

Il était souvent à l’Association des écrivains du Sénégal, toujours en compagnie de Boy Dakar, Chitta, Cheval fou, Thio-thio, Cheikh Thioune, Demba Thioye, etc., en guise de reconnaissance et de loyauté et surtout d’amitié.

Voilà ce qu’Alpha Touré écrivait dans l’ouvrage qui m’était consacré et titré « Sur les traces de Alioune Badara BEYE » :

« Toutes les qualités d’un footballeur hors pair étaient réunies chez le président des écrivains du Sénégal, Alioune Badara Bèye, mais Dieu en a décidé autrement.

Alioune Badara Bèye est de notre génération, celle d’Alpha Touré, ancien capitaine de la Jeanne d’Arc de Dakar et de l’équipe nationale du Sénégal, meilleur buteur du Cap-Vert en 1968, de Fara Gomis, un ailier aux qualités techniques inégalables, de Mamadou Diop, Alioune Ndiaye, Kotti Koné dit « Camou », Moustapha Dieng, Amady Thiam, tous les internationaux de la grande époque où la Jeanne d’Arc était la plus prestigieuse équipe du Sénégal : championne du Cap-Vert en 1968, championne du Sénégal en 1969 et détentrice de la Coupe du Sénégal à la même année, demi-finaliste de la Coupe d’Afrique des clubs champions. Alioune était dans cet effectif et cela suffit pour deviner les qualités de ce grand monsieur qui aurait pu inscrire son nom dans les annales du football sénégalais.

Toutes les qualités d’un footballeur de notre temps étaient réunies chez Alioune Badara Bèye, l’intelligence de jeu et le fair-play.

Alioune maniait le ballon comme il le fait avec sa plume dans ses écrits. C’était un poète du ballon rond.

Hélas, c’est lors d’un match de championnat du Sénégal à Saint-Louis, entre la Jeanne d’Arc et Gaieté club de la même ville, qu’Alioune quitta les terrains à la suite d’une blessure au genou qui a écourté sa carrière de footballeur.

Homme généreux, très serviable et d’une grande humilité, Alioune Badara Bèye ne regrette cependant rien, car Dieu l’a fait homme d’une très grande notoriété.

Alioune, toute notre amitié vous accompagne ». Cela suffit amplement pour témoigner l’estime et l’admiration qu’Alpha me portait.

Alpha Touré était un ouragan qui déversait ses cuvettes de tirs, de dribbles et de feintes dans toutes les surfaces de vérité. Il était aussi un éducateur hors pair ; ce qui facilitait surtout son statut de leader.

En guise d’amitié, il fit de moi le parrain de deux éditions de son école de football : « Domingo Mendy ». Ces trophées qu’il m’a offerts à ces occasions garniront pour toujours ma bibliothèque.

Je me devais de faire ce témoignage à l’endroit d’un co-équipier et d’un ami qui a su tisser, à travers les âges, les qualités qui caractérisent le sportif et qui font de lui un être spécial.

Adieu Alpha Touré

Adieu l’ouragan bleu qui a signé sur tous les terrains du Sénégal et de l’Afrique les belles victoires de la Ja et de l’équipe nationale qui garderont, dans les limbes de l’histoire, les prouesses inoubliables d’un avant-centre hors du commun dont le souvenir impérissable marquera les générations présentes et à venir.

Que la terre de Yoff lui réserve le paradis le plus illuminé dans les jardins sur pilotis des existences sans souffle.

Amen.

Par Alioune Badara BEYE
Ancien footballeur de la Ja et de l’Asfa

Le métier d’enseigner est celui qui rend tous les autres métiers possibles.

Aussi, notre parti, Sud (Sénégalais unis pour le développement), avec son mot d’ordre (Sénégal en tête : Set) proposera à nos compatriotes, lors de l’élection présidentielle de février 2019, un projet de transformation sociopolitique et économique endogène reposant d’abord sur un new deal éducatif.

Ce new deal consiste à doter tous les enfants du Sénégal de la formation adéquate et suffisante, tant en langues nationales qu’en français et en arabe le cas échéant, ainsi que des compétences qui leur permettront d’exceller dans la nouvelle économie.

Nouvelle économie qui est et sera celle des savoirs, des industries créatives et des sociétés de transformation locale des produits agricoles et des matières premières.

La fameuse comparaison que l’on fait entre la Corée du Sud et le Sénégal, qui en étaient au même niveau de développement en 1960, doit faire constater une chose. D’abord, c’est grâce au savoir et à la capitalisation de connaissances qui lui permettent de concevoir, de fabriquer et de commercialiser le téléphone Samsung, marque la plus vendue au monde, la marque automobile Hyundai et autres bateaux, que la Corée du Sud est devenue l’un des dragons asiatiques les plus développés aujourd’hui, avec Singapour, Hong-Kong et Taïwan, et aux côtés des tigres asiatiques dont font partie la Malaisie et l’Indonésie.

L’économie d’aujourd’hui et celle de demain sera donc avant tout celle du savoir et du knowledge-management. Le véritable pétrole du Sénégal, c’est la matière grise et le savoir inculqué à notre jeunesse.

Aujourd’hui, c’est déjà demain. « Allons donc jusqu’en Chine pour chercher le savoir ! »

Ce new deal éducatif que notre parti vous propose d’ores et déjà, chers compatriotes, passera par une redéfinition et une revalorisation de la fonction enseignante. Les enseignants représentent l’essentiel des effectifs de la Fonction publique et de ses salaires. Nous ne pouvons pas continuer à faire collectivement l’autruche ! Il faut que les enseignants soient restaurés et sanctuarisés dans la dignité sociale et le bien-être économique auxquels ils ont droit. Sinon, nous aurons toujours droit aux grèves cycliques et mouvements d’humeur perlés qui nous empêchent d’atteindre les quanta horaires nécessaires à une bonne formation de nos chères petites têtes crépues.

Perturbations qui ont impacté tous les régimes politiques que le Sénégal a connus depuis notre indépendance en 1960. Si l’on continue ainsi, nos enfants et nos jeunes se présenteront toujours avec des handicaps avérés à ces examens qui sont des armes de destruction massive de chaque génération de jeunes de 12 ans ou de 18 ans : le Cfee et le baccalauréat. Examens-couperets qui laissent sur le carreau des dizaines de milliers de jeunes à chaque génération, au CM2 ou en classe de Terminale, et qu’il nous faut absolument réformer, en y introduisant une bonne dose de prise en compte des contrôles continus.

Comment parvenir à cet objectif de fast track de la fonction enseignante ? Une fois aux responsabilités de l’Etat et avec votre confiance, sous l’impulsion du président Moustapha Guirassy, le parti Sud souhaite évaluer très précisément le montant annuel consacré par l’Etat sénégalais à l’éducation (qui se monte à des centaines de milliards), dégager le pourcentage total de ce montant en une fois sur une année-référence et le loger dans un fonds spécial géré par la future Fondation pour l’éducation et la revalorisation de la fonction enseignante (Ferefe), qui sera créée.

Cette fondation d’utilité publique utilisera les intérêts générés par ces centaines de milliards pour avoir une marge de manœuvre lui permettant de négocier, au nom des enseignants et aux meilleures conditions tarifaires, les prestations identifiées comme étant les besoins prioritaires des enseignants :

- Accès à l’habitat social et à la propriété immobilière pour leur famille ;

- Couverture maladie universelle pour tous les enseignants et les membres de leur famille nucléaire ;

- Titres de transport en commun intra et inter-régions à tarifs réduits ;

- Camps de vacances pour les enseignants et les enfants d’enseignants ;

- Pèlerinage aux lieux saints (Mecque /Vatican) ;

- Accès à la formation continue et professionnelle ;

- Bourses d’excellence pour les études supérieures accordées aux enfants d’enseignants.

La Ferefe négociera avec les prestataires les plus professionnels, pour l’ensemble de ces prestations.

Par ailleurs, au même titre qu’il aide déjà les écoles privées confessionnelles catholiques et protestantes, l’Etat, si la confiance populaire est démocratiquement placée en notre président Moustapha Guirassy, mettra au même pied et accordera la même dignité aux écoles dites coraniques.

Comment ? En accompagnant financièrement les « daaras » et en complétant leurs curricula au-delà de la mémorisation du livre saint, tout en supervisant les enseignants de ces écoles coraniques afin d’y permettre un cursus qui mènera à l’équivalent du Bfem et du baccalauréat.

Il y aura ainsi une extension de la subvention de l'Etat aux « daaras » avec prise en charge de l'internat. Par ailleurs, pour tous les types d’écoles, nous procéderons à l’introduction de stages obligatoires en entreprise (Pme, Tpe, Gie) à partir de la classe de seconde.

Oui, chers compatriotes, il nous faut résoudre définitivement les questions du statut social de l'enseignant (hébergement, transport, études de leurs enfants, développement professionnel et développement personnel, santé, assurance, etc.) : des modèles performants existent ailleurs, non pas en Occident, mais en Afrique même. Les syndicats doivent aussi accepter que l’on travaille ensemble à une meilleure représentativité de leurs organisations : l’Etat du Sénégal ne peut pas continuer à dialoguer avec 50 syndicats d’enseignants.

L’économie des savoirs et du know-how dont nous voulons favoriser et accompagner l’émergence endogène passera aussi par la généralisation de l’utilisation des logiciels libres. Aussi, la ligne budgétaire de 600 millions de FCfa affectée, chaque année, au paiement de Microsoft dans le budget de l’Etat du Sénégal sera supprimée et réorientée vers la fondation mise en place. L’Etat et ses démembrements utiliseront donc les logiciels libres et open source ; ce qui permettra aussi de favoriser l’amélioration de ces logiciels par notre jeunesse qui pourra les coder librement (Linux, Firefox, Open Office, etc.).

Enfin, le parti Sud s’attaquera aux puissants lobbies, soutenus par l’étranger, de l’édition de livres scolaires imprimés. Nous allons, en collaboration avec les enseignants, développer des curricula propres au Sénégal, ainsi que les ressources éducatives afférentes et mettre cet enseignement en valeur à travers l’intégration des nouvelles technologies dans l’éducation. Nos ouvrages scolaires pourront être digitalisés et rendus disponibles sur plusieurs supports. Nous introduirons l’apprentissage du codage et du raisonnement critique et mathématique dès le bas âge, pour développer le potentiel de nos enfants.

Ces propositions du président de Sud, Moustapha Guirassy, ne surprendront personne. C’est un pionnier de l’ingénierie pédagogique avec l’Institut africain de management de Dakar (Iam), créé en 1996, et qui a essaimé à Ouagadougou, à Tambacounda et à Bamako.

Les deux auteurs de ces lignes qui mettent en forme cette volonté politique forte du parti Sud et de son président sont : pour l’un, un ancien jeune enseignant des collèges dans les années 90 et ancien fonctionnaire de l’Education nationale dont il a démissionné après quatre ans d’exercice pour raisons de désabusement, du fait des revendications corporatistes intempestives de ce corps qui lui sont apparues bien loin de son idéal de jeunesse. Il est également le neveu utérin d’un ancien directeur de l’Ecole sénégalaise de Banjul à la retraite, mais resté actif dans le Sudes (Syndicat unique des enseignants du Sénégal), seule organisation syndicale du Sénégal présent de l’élémentaire au supérieur.

Pour ce qui est de l’autre auteure de ces lignes, elle est la représentante, pour l’Afrique francophone, d’une importante multinationale dans la technologie, qui s’active en Afrique, dans le cadre de sa Responsabilité sociale d’entreprise (Rse), pour le développement des économies numériques en Afrique.

Ces propositions, chers compatriotes sénégalaises et sénégalais, ne sortent donc pas de notre fertile imagination : elles proviennent d’un benchmarking méthodique des meilleures pratiques dans des pays africains qui ont, aujourd’hui, résolu à la fois la question éducative et la question enseignante : Maurice, le Maroc, le Rwanda, le Kenya et l’Ethiopie.
Chers Sénégalais, nous demandons votre confiance et nous solliciterons vos suffrages pour la mettre en œuvre.

Avec un seul mot d’ordre : « Sénégal en tête ! » Moustapha Mamba Guirassy, président de « Sénégalais unis pour le développement » (Sud), vous propose la voie de la confiance.

Confiance retrouvée en l’Etat, en nous et en les autres.

Par Aïssatou Sow LEYE
secrétaire nationale en charge de l’économie numérique
et de la transformation digitale, parti Sud

Ousseynou Nar GUEYE
secrétaire national en charge de la communication,
des questions éducatives et de la coopération africaine, parti Sud
www.s-u-d.com

Tous les Sénégalais, comme beaucoup de spécialistes du football à travers le monde, ont contesté l’annulation, par l’assistance vidéo (Var en anglais), du pénalty accordé préalablement par l’arbitre aux Lions de la Téranga, lors du match décisif contre la Colombie, suite à une charge contre Sadio Mané, dans la surface de réparation, au moment où il se présentait, seul, devant le gardien de but adverse. Notre propos, ici, ne portera pas sur le « sport-roi » de ces temps-ci, mais sur la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cjcc), siégeant à Abuja (Nigéria), à travers sa décision rendue sur requête des mis en cause dans l’affaire dite de « la caisse d’avance de la mairie de Dakar ».

La Cjcc est née de la volonté des chefs d’Etat de la Cedeao d’instituer, à l’instar de toute organisation interétatique, notamment à caractère économique, une juridiction pour connaitre et trancher les différends pouvant survenir dans l’application des textes fondamentaux de la communauté. A l’origine, avec le traité de 1975, elle était dite « Tribunal » avec des compétences limitées à l’interprétation des textes communautaires et à la résolution des différends dans les relations économiques des Etats parties qui, exclusivement, avaient un accès direct à sa juridiction. Le changement qualitatif et décisif est intervenu suite à la déclaration des chefs d’Etat, en 1991, se disant « déterminés à conjuguer leurs efforts en vue de promouvoir la démocratie dans la sous-région, sous la base du pluralisme politique et du respect des droits fondamentaux en matière de droits de l’Homme universellement reconnus…»

Cela a abouti à des révisions, depuis cette année, transformant « le Tribunal » en Cour et plus tard, le 19 janvier 2005, à l’adoption du Protocole additionnel A/SP.1/01/05 qui élargit les compétences de la Cour à connaitre les cas de violation de droits de l’Homme dont seraient victimes les citoyens de la communauté qui, désormais, pourront la saisir directement. C’est sur cette base qu’elle l’a été par les avocats des personnes mises en cause dans « l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar » et qu’elle a statué et rendu un arrêt en date du 29 juin 2018.

La décision de la Cjcc du 29 juin 2018

Sous réserve du dispositif des motivations, la Cour a, d’une part, suivi les requérants en confirmant les violations de droits attachés à la conduite des poursuites à leur encontre et condamné l’Etat du Sénégal à réparer les torts subis et, d’autre part, elle les a déboutés dans les demandes relatives à l’arrêt des poursuites en cours et à leur libération immédiate. En effet, la Cour de la Cedeao a dit que :

• « le droit à l’assistance d’un conseil, le droit à la présomption d’innocence et le droit à un procès équitable ont été violés ». En d’autres termes, selon la Cour, Khalifa Sall et ses codétenus n’ont pas bénéficié de l’assistance d’avocats (sans plus de précisions), qu’ils ont été traités en coupables et qu’ils ont été désavantagés dans la conduite de leur défense par les juges du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar au profit du parquet et des parties civiles.

• « la détention de Monsieur Khalifa Sall, entre la date de la proclamation des résultats des élections législatives par le Conseil constitutionnel, c’est-à-dire le 14 aout 2017, et celle de la levée de son immunité parlementaire, à savoir le 25 novembre 2017, est arbitraire ». La Cour a estimé que, de la mise sous mandat de dépôt de Khalifa Sall jusqu’au jour de la décision de la Cour communautaire, il y a eu une période de détention arbitraire d’environ 104 jours. Le reste du temps, c’est-à-dire de la mise sous mandat de dépôt de Khalifa Sall à la proclamation des résultats des élections législatives par le Conseil constitutionnel, d’une part, et, d’autre part, de la levée de son immunité parlementaire à la date de la décision de la Cjcc, sa détention est considérée par la Cour comme non arbitraire. Ici, il ne s’agit que de la seule personne de Khalifa Sall ; à aucun moment, la Cour n’a considéré ses codétenus dans une situation de détention arbitraire.

• l’Etat du Sénégal est responsable de ces manquements et le condamne « à payer aux requérants la somme de trente-cinq millions de FCfa, à titre de réparation ». Il s’agit de compenser pécuniairement les torts causés aux requérants pour les préjudices nés de l’ignorance de leurs droits indiqués.
• il y a lieu de rejeter les autres demandes des requérants que sont : l’annulation de toutes les poursuites contre eux et leur libération immédiate. Il est donc insoutenable de continuer à les réclamer.

Conformément à son statut, les décisions de la Cjcc s’imposent aux Etats membres et ne peuvent être remises en cause, sauf dans les cas exceptionnels de demande de révision ou d’objection de la part des tiers. L’Etat du Sénégal est donc tenu de payer pour effacer ce qui, à des moments, a eu à entacher la marche de la procédure de poursuite.
Définitive et sans appel, la décision de la Cour de la Cedeao l’est sans doute. Toutefois, elle « pose problème », comme l’a dit un homme politique. Mais, pour le juriste, le problème ne se situe pas au même niveau.

Portée de la décision de la Cour
J’ai souvent décrié les prises de position de personnes considérées comme des leaders d’opinion qui amusent et abusent le peuple et sont plutôt attachés à leur prestige médiatique. Le leader d’opinion se dit, en langage marketing, d’une personne ayant « un statut, une expertise ou une audience qui permet d’influencer un public plus ou moins étendu ». Ce statut social est d’une redoutable responsabilité qui doit être assumée à sa juste mesure en ayant pour crédo les principes d’éthique puisés dans nos traditions et notre foi. Ici, je pense plus particulièrement  aux personnes se réclamant de la société civile, aux journalistes, aux experts « politologues »… Vous avez noté que les hommes politiques ne figurent pas sur ma liste. C’est parce qu’ils ne sont généralement pas dans l’information ou la formation du citoyen, mais dans ce qu’on appelle pudiquement « la communication politique » qui n’est rien d’autre que de la propagande. Une technique bien connue des stratèges militaires consistant à faire croire à l’ennemi (ici, les citoyens) ce qu’on veut qu’il croit afin de l’amener à une attitude favorable à l’atteinte des objectifs savamment calculés.

Cela dit, l’analyse (juridique) de la décision du juge communautaire nous amène à nous interroger sur la pertinence de ces points essentiels :
• le caractère arbitraire de la détention de Khalifa Sall pendant une période que la Cour a clairement fixée dans le temps : il importe de rappeler que le statut de la Cjcc et les textes de la Cedeao sont des traités (ou accords) internationaux qui, selon la Constitution du Sénégal, ont « une autorité supérieure à celle des lois…», donc inférieure à la Constitution. Dès lors, le juge communautaire ne peut se fonder que sur les dispositions de la Constitution du Sénégal relatives à l’immunité parlementaire des députés pour apprécier le caractère arbitraire ou pas du maintien en détention de Khalifa Sall. Cela, d’autant plus que l’Etat du Sénégal est responsable selon la Cour. Sinon, elle se donnerait le pouvoir de contredire notre Constitution. Si, dans sa jurisprudence, on retrouve des cas de contradiction des décisions de hautes juridictions des Etat membres (Arrêt du 7 octobre 2011, Isabelle Manavi Ameganvi et autres contre Etat du Togo), ils ne portent que sur l’appréciation de faits.

Jamais, il n’est arrivé que la Cour de la Cedeao contredise une haute juridiction nationale sur des éléments de droit interne et encore moins une disposition de la Constitution d’un Etat. En conséquence, la lecture du deuxième alinéa de l’article 61 de la Constitution du Sénégal, comparativement à la situation du député décrite dans le premier alinéa, indique clairement que Khalifa Sall, devenu député en détention, n’est exonéré que des actes de poursuite, sauf levée de son immunité parlementaire. Le second acte contraignant inapplicable à lui, c’est-à-dire l’arrestation, était intervenu avant qu’il ne soit député et sa situation de détenu n’est pas dans le listing de cet alinéa portant sur les crimes et délits commis par un député. Et ce, contrairement au premier alinéa.

• la violation de la présomption d’innocence : il faut se demander si Khalifa Sall n’en avait pas bénéficié, comment sa candidature aurait pu être acceptée et son élection validée par le Conseil constitutionnel ?
• le procès inéquitable : celui déroulé devant les juges du Tgi hors classe de Dakar a été public et plus d’une trentaine d’avocats ont défendu l’ensemble des parties au procès, et aucune objection portant sur « l’égalité des armes » entre plaideurs n’a été soulevée à notre connaissance. La lecture des motivations de la Cour de la Cedeao nous édifiera certainement sur la base de sa décision sur ce point et les autres, bien évidemment. Avant tout, c’est le procès de première instance qui a été jugé inéquitable. Dès lors, le président de la Cour d’appel devra « rectifier le tir », pour que le nouveau procès ne le soit pas. C’est ce qu’on doit attendre de cette juridiction et non pas autre chose, comme le soutient le président du « Forum des justiciables » quand il affirme que « la Cour d’appel est dans l’obligation d’infirmer » le jugement de première instance. Le procès en appel est certes un « rejugement » pendant lequel les parties débattront librement de tous les éléments du dossier, mais la Cour demeurera liée par les décisions définitives de la Cour de cassation, notamment sur les questions de nullité de la procédure  relatives aux violations alléguées des droits des prévenus, d’autant  que la Cour de la Cedeao a rejeté les demandes allant dans ce sens.

En conclusion, je souligne que cette réflexion est une contribution à ce que je considère comme étant le vrai débat : celui que les intellectuels, pas forcément juristes, doivent poser dans le but de dégager les véritables idées porteuses de progrès et de développement dans tous les secteurs où figurent en bonne place l’information et la formation citoyenne de nos populations. Il est incompréhensible que la condamnation de l’Etat du Sénégal pour violation de droits de citoyens soit présentée comme extraordinaire, si on connaît l’abondance de la jurisprudence administrative de notre pays.

Depuis notre indépendance et sous tous les régimes, l’Etat du Sénégal a été condamné, des centaines de fois, pour les mêmes manquements. La Cour de cassation a annulé autant de procédures pour diverses violations de la loi et des droits des justiciables sans qu’il y ait « tambours ni trompettes ». Rien, à mon avis, ne justifie toutes les agitations  autour de ce qui est presque banale en Afrique même (cas précité au Togo).  Donc, il faut savoir raison garder.

Par
Sankoun FATY

Colonel de gendarmerie
à la retraite
Juriste – consultant -
société civile de Sédhiou
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