Idées et Réflexions (1022)

Le 24 décembre dernier, l’histoire a bégayé en Guinée équatoriale. Par la faute d’une horde de mercenaires sortis du néant, ce pays tranquille de moins de 2 millions d’habitants, qui amorce, de façon décisive, son virage historique vers l’émergence et l’émancipation, a failli basculer dans le chaos. Une situation improbable, voire ubuesque, qu’il est loin de mériter quand on sait d’où vient cette partie insulaire de l’Afrique centrale qui, lorsqu’il tombait entre les mains du président Théodoro Obiang Nguéma, en 1979, ne comptait pas un kilomètre de route goudronné. Alors, pays fantôme par excellence, la Guinée équatoriale comptait pour quantité négligeable sur l’échiquier africain et international.
Peu de temps après ce changement de régime, une politique nationaliste, fondée sur une exploitation et une valorisation des ressources en tous genres dont regorgeait la Guinée équatoriale, a permis au pays, qui a conquis sa respectabilité et pris son élan, d’accueillir sur son sol les plus grandes rencontres diplomatiques : des sommets de dimension internationale ainsi que des événements sportifs largement courus, tels que la Coupe d’Afrique de football, entre autres. Ce grand bon économique et cette conquête d’une notoriété internationale reconnus par tous, la Guinée équatoriale les doit à des changements de fond en comble des fondamentaux d’une gouvernance patriotique et d’une forte implication des élites et du peuple qui ont permis de sortir de terre des joyaux infrastructurels, des fleurons hôteliers et des aménagements touristiques qui n’ont rien à envier aux plus grandes réalisations du monde moderne et dont les citoyens ont profité à plus d’un titre.

Complots et intrigues
Dès lors, rien d’étonnant que d’échéances électorales en échéances électorales, le peuple de Guinée renouvelle au grand bâtisseur qu’est le président Nguéma et à son gouvernement une confiance et une fidélité qui n’ont jamais souffert de la moindre ride. Une complicité qui s’est confirmée, en avril dernier, lors de la présidentielle de 2017 et, en novembre de la même année, lors des législatives et sénatoriales dans un pays pratiquant le multipartisme depuis 1991, quand il a été assez mûr pour une telle mutation.

Mais, le patriotisme économique et le panafricanisme du président Nguéma font naturellement le malheur des prédateurs des économies et des ressources africaines. Ceux-ci sont habitués, ailleurs, à faire et à défaire les hommes et les institutions pour mieux s’accaparer des richesses. Dès lors, il n’est pas étonnant que, de façon sporadique, voire constante, les démons de la conspiration, de l’intrigue et du complot soient toujours à l’affut pour entraver tout effort et toute tentative d’engager l’Afrique dans la voie de son émancipation et de son développement réels.

Rien d’autre n’explique cet acharnement sur le président Nguéma et sur sa famille, mais aussi sur une Guinée équatoriale dont on veut éviter qu’elle donne le bon exemple aux autres pays d’Afrique. L’histoire se répétant, d’autres dirigeants et élites africaines ont fait les frais de telles turpitudes.

Dans ce Nguéma-bashing féroce et persistant, tout y passe : mensonges, calomnies quotidiennes par la presse occidentale, une avalanche d’accusations ponctuée par une instrumentalisation de la justice occidentale et la mise en scelle  des «Ong» largement armées et financées par les budgets publics pour  dénigrer les pays insoumis. Des régimes et dirigeants rebelles que l’Occident ne traite de «dictatures» que lorsqu’ils refusent de se faire dicter la conduite à tenir, notamment dans la gestion de leurs ressources minières.

Quand on sait que la stratégie du «diviser pour mieux régner» fait partie de l’arsenal de guerre des ennemis de l’Afrique, on observe une légitime circonspection sur les tenants et aboutissants de cette tentative du 24 décembre 2018 contre le président Nguéma, en particulier sur les accusations qu’on serait tenté de brandir contre le Tchad et les autorités de ce pays.

Certes, la tentative de complot est indéniable puisque la preuve a été fournie par l’arrestation et les aveux de ses auteurs ou de certains d’entre eux encore connus. De même, la nationalité autant que les pays de préparation et de transit des assaillants pourraient être prouvés ainsi que les mobiles funestes de cette malveillante tentative qui, comme toujours, aurait bénéficié de financement d’un pays européens et probablement de la France, ainsi que l’a dénoncé le président Nguéma lui-même, et il sait de quoi il parle.
Quant aux commanditaires, la question  pourrait demeurer longtemps sans réponse quand on sait les modes opératoires de ces intrigants qui utilisent toujours des hommes de paille et des zélotes pour les basses œuvres du genre.

Nguéma et Deby, même combat
A ce propos, le Tchad et le président Deby ont, pensons-nous, d’autres chats à fouetter et des défis sécuritaires autrement plus sérieux dans la région sahélo-saharienne pour se préoccuper du renversement d’un régime avec lequel ils n’ont jamais eu maille à partir. Jamais aucun conflit ou hostilité connu n’a opposé les deux pays. Du reste, sur beaucoup de sujets concernant l’Afrique, les deux hommes (Déby et Nguéma) partagent les mêmes positions assez courageuses et fermes, toutes axées sur une conquête d’autonomie, de liberté et de dignité pour l’Afrique. La controverse sur la monnaie Cfa en est un exemple patent. Il s’y ajoute que tous les deux font face aux mêmes défis et aux mêmes difficultés économiques liés  aux variations et tendances baissières des cours du pétrole qui constituait, jusqu’ici, leurs principales sources de recettes budgétaires respectives.

Qui plus est, le Tchad et la Guinée sont la cible des mêmes détracteurs qui les indexent sur la question des soi-disant droits de l’Homme (version occidentale), sur des libertés démocratiques et de bonne gouvernance. Une foultitude d’accusations qui, selon ces paternalistes censeurs, justifieraient le phénomène migratoire et les trafics en tous genres dont pâtit tout le continent noir et dont le Tchad vient de faire les frais de la part du gouvernement américain qui l’intègre dans «son axe du mal».

Dans la même logique de mépris à l’égard de l’Afrique, la condamnation, le 27 octobre dernier, par les tribunaux français, du vice-président de Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguéma Mangue, a été le point d’orgue d’une cabale inique visant à mettre à mal le peuple équato-guinéen et ses dirigeants ; l’objectif étant de créer des tensions et une crise internes favorables à l’installation de fantoches à la tête du pays pour pomper ensuite les ressources de la Guinée à leur profit exclusif.

La piste occidentale
Ce plan ayant échoué, il ne restait plus qu’un coup de force que l’on a tenté de faire exécuter par des mercenaires entrainés, appuyés, soutenus loin du pays et guidés par des apatrides et marionnettes locaux.
Que ces insurgés aient été entraînés dans des pays africains quelconques ou aient traversé tel ou tel autre frontière ne saurait signifier que les autorités de ceux-ci aient été forcément au courant de telles manœuvres et d’un tel projet. Cette réalité semble suffisante pour disculper le président Idriss Deby Itno du Tchad qui est pacifiste jusqu’au bout des ongles.
Quant au président Archange F. Tuedera de la Centrafrique, il devrait avoir assez à faire avec ses propres milices rivales (Séléka et Anti-balaca) qui se crêpent le chignon depuis des années et qui mettent le pays sens dessus dessous au point de nécessiter la présence, jusqu’à ce jour, des forces onusiennes.

De même, le président Béchir du Soudan dont la Cour pénale internationale (Cpi) est encore aux trousses ne saurait, en toute logique, s’autoriser une bévue putschiste qui ne lui procure aucune valeur ajoutée diplomatique et qui n’a aucune chance de réussir dans une Guinée équatoriale bien tenue en main par un chef adulé par tout un peuple. Aucun de ces pays n’est en désamour avec la Guinée équatoriale au point de s’engager dans une telle aventure belliqueuse forcément vouée à l’échec.
Dès lors, la seule piste crédible est celle outre-atlantique. La preuve : les Occidentaux n’ont jamais caché leur animosité à l’égard du régime du président Teodoro Nguéma et, pour des raisons manifestement impérialistes, l’ont toujours eu dans leur viseur.

Autant de raisons de s’étonner du silence et de l’apparente indifférence des organisations panafricaines et sous-régionales, telles que la Cemac et l’Union africaine qui, en pareilles circonstances, rivalisaient de zèle dans des condamnations et manifestations de sympathie à l’endroit de leur membre en butte à de telles difficultés. On aimerait bien croire que la nationalité tchadienne du président de la Commission de l’Ua, Moussa Faky, n’explique pas une telle attitude d’autant que son pays a déjà fait un convaincant démenti quant aux soupçons d’implication à cette tentative.
Il ne reste qu’à compter sur la maturité et le sang-froid de ce sage d’Afrique qu’est le président Nguéma pour déjouer les pièges tendus par ses pourfendeurs qui, dans ce coup avorté, cherchent aussi son isolement diplomatique dans le voisinage immédiat.

Toute cette horde de mafiosi s’échine à ternir la belle image d’icône panafricaniste que le président équato-guinéen a chèrement acquise et qui lui vaut autant l’admiration et la sympathie des peuples partout en Afrique que le respect  de ses pairs sur la scène diplomatique africaine et mondiale, mais également, hélas, la jalousie des forces occultes qui s’emploient à toujours tirer le continent vers le bas.

Par
Moustapha DIEYE

Ancien ambassadeur
Editeur du magazine
panafricain
«Afrique Démocratie»
Email :
Dieyemoustapha2000@
yahoo.fr

Les dernières sorties de certains opposants sénégalais méritent une petite piqûre de rappel chiffrée qui aiderait sûrement les uns et les autres à « redescendre sur terre ».

Dans le brouhaha de la recherche de buzz, certains opposants y vont avec une bonne dose de surenchère comme pour essayer vainement de conjurer le sort des chiffres qu’ils savent largement défavorables pour eux. En vérité, dans la stratégie d’attaque tous azimuts, certains, comme pour oublier leurs poids respectifs, veulent simplement s’arroger dans le subconscient collectif une position de leadership dans l’opposition.
Que pèse l’opposition sénégalaise à un an de la présidentielle de février 2019 ? Que pèsent « les oppositions ? » devrions-nous dire.
Le meilleur baromètre actuel pour mesurer le poids des uns et des autres semble être la dernière élection législative du 30 juillet 2017 qui a permis, au moins, de tirer quatre leçons majeures en rapport avec les poids électoraux réels des opposants irréductibles et frontaux.

1- Coalition gagnante
« Wattu Sénégal »
Lors des dernières élections législatives de juillet 2017, la coalition gagnante « Wattu Sénégal », conduite par le Président Abdoulaye Wade, avait eu 16,67 % des voix. À un an de la présidentielle de 2019, que pèsera ce conglomérat hétéroclite sans l’effet Wade ? Le Pds et ses alliés savent que sans Wade (qui n’a plus la possibilité de se présenter à une élection présidentielle au Sénégal, parce que frappé par la limite d’âge), ils ne pèseront pas la moitié des 16,67 % obtenus en juillet 2017. Toute autre candidature, issue des rangs du Pds, ne pourra sans doute pas faire plus que le score des dernières législatives. Ce, sans compter les scissions énormes en cours du fait de la guerre de positionnement interne au Sopi.
 
2- Coalition « Manko
Taxawu Sénégal »
La Coalition « Manko Taxawu Sénégal », dirigée par Khalifa Ababacar Sall lors des dernières législatives, récoltait 11,72 % avec pas moins de cinq leaders « unis ? »  dont Idy, Gackou, Mansour Sy Djamil, Bamba Dièye. C’est un secret de polichinelle que de dire qu’ils ont tous (dans la perspective de 2019) des ambitions nationales avérées. Quel est le poids des uns et des autres dans le partage des 11,72 % ?
Dans ce bloc hétérogène, certains sont déjà en campagne pour grignoter une part du maigre potentiel et essayer de forcer le destin. C’est le cas d’Idrissa Seck parti en campagne avant la course et qui ne mesure pas assez sa chute libre tendancielle irréversible. Idy oublie qu’en cinq ans (2007-2012), son score avait été divisé par deux avec, lors de la présidentielle de 2007, les 510 922 voix, soit 14,92 %, et les 212 853 voix qu’il avait à la présidentielle de 2012, soit 7,86 %. Quand on perd près de 300 000 voix en cinq ans, on doit faire une introspection. En 2016, avec tout le camp du « non » réuni, il avait largement perdu le département de Thiès. En 2017, « Benno » l’avait encore battu dans le même département de Thiès. Le problème de ce candidat à l’envergure départemental refoulée est qu’il est en rupture de confiance avec le subconscient sénégalais et semble être le seul à l’ignorer.

3- Récap sur de principaux
opposants frontaux

Pour récapituler avec ces deux coalitions d’opposants frontaux au régime en place, nous pouvons dire que 16,67 % plus 11,72 % égale 28,39 %. C’est le poids global cumulé des candidats potentiels de « l’opposition médiatique », effet Wade inclus. Dans le bloc à 28,39 %, il y a (avec l’effet Wade) quasiment tous les opposants frontaux classiques qui rêvent debout d’un destin présidentiel. Qui sont-ils ?
•    Le premier groupe est constitué de Pape Diop, Mamadou Lamine Diallo, Mamadou Diop Decroix et un éventuel candidat Pds pour la Coalition gagnante « Wattu Sénégal ». Il va sans dire que la candidature au Pds créera au moins deux nouveaux camps dans ce parti sans compter ce que la mouvance présidentielle récupèrera de facto.  
•    Dans le deuxième groupe, il y a Khalifa Babacar Sall, Malick Gakou, Idrissa Seck, Serigne Mansour Sy Djamil et Cheikh Mamadou Abiboulaye Dièye pour « Manko Taxawu Sénégal ».

Quel est le poids de ces opposants frontaux sans Wade ? Une analyse objective démontrerait que tous désunis ou unis feront très largement moins que leur plafond total cumulé à 28,39 %.
Les amnésiques semblent oublier que, lors des législatives de 2017, « Benno », sans avoir le Président Macky comme candidat, a devancé la liste de Wade de plus d’un million de voix et les deux principales listes cumulées de l’opposition de près de 700 000 voix. Voir ci-dessous les écarts.

4- Nouveaux opposants
frontaux
À côté de ces opposants radicaux classiques, il y a les petits radicaux qui font beaucoup de bruit. Nous pouvons en noter deux qui, apparemment, n’ont pas compris la leçon des législatives du 30 juillet 2017. Il s’agit d’Ousmane Sonko et Abdoul Mbaye.

•    L’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye dont le parti Act était en alliance avec quatre autres formations n’a même pas été repêché comme député lors de ces élections du 30 juillet 2017. Il s’est retrouvé avec 0,43 % des votants, soit exactement 14 231 voix. Quand un ancien Premier ministre obtient ce score minable dans une élection à laquelle ont participé 3 337 494 votants, il devrait, au nom de la dignité, raser les murs. Après ce score lamentable, le maintien d’Abdoul Mbaye dans une course présidentielle pourrait relever de l’obsession.

•    Ousmane Sonko, en dépit de son bouillonnement médiatique outrancier, oublie qu’avec une coalition composée de plusieurs partis, dont Pastef, Rnd, Ppas, Mrds, il n’a pu récolter que 1,13 % des votants avec exactement 37 535 voix sur 3 337 494 suffrages exprimés lors des élections législatives du 30 juillet 2017. Ce score qui a permis de repêcher au plus fort reste le député Ousmane Sonko ne rime pas avec la frénésie débordante du concerné. Il fait plus de bruit que son poids réel. Pour faire une analyse objective du score de 37 535 voix de sa coalition, il faut juste se souvenir qu’un de ses alliés de 2017, en l’occurrence le Mrds, avait eu, cinq ans plus tôt, en 2012, un score de 70 655 voix, représentant, à l’époque, 3,60 % des suffrages. En clair, l’alliance avec Sonko a fait que le Mrds a vu que ses voix ont été divisées par deux en valeur absolue et par trois en valeur relative en termes de pourcentage par rapport aux suffrages. En vérité, Sonko a tiré le Mrds largement vers le bas, poussant l’imam Mbaye Niang, troisième sur sa liste, à perdre son poste à l’Assemblée nationale. Il n’est pas interdit, en démocratie, de rester dans le virtuel avec un discours populiste sans prise sur un peuple intelligent. Dur sera le réveil pour ce candidat Facebook.
 
Au total, l’opposition, adepte du buzz médiatique à outrance, sait pertinemment que la présidentielle de 2019 est perdue d’avance pour elle parce que le Président Macky Sall est sur le chantier énorme de l’émergence du Sénégal avec un taux de croissance 2017 projeté à 7,1 % après deux années successives à plus de 6 % (ce que nous n’avons jamais eu). Il sera difficile pour l’opposition de nier la réalité économique et sociale d’un Sénégal en émergence en pleine transformation structurelle et prenant en compte une dimension sociale sans commune mesure.

Lors des dernières élections législatives de 2017, le score de Bby, frôlant les 50 % (49,47 % exactement), ne doit pas donner un faux espoir de deuxième tour à une opposition amnésique. Comme en atteste le dernier sondage d’une chancellerie occidentale avec 69 % de satisfaction, le candidat Macky Sall dépasse largement le score des législatives de Bby pour quatre raisons simples.
1. Le Président Macky Sall n’était pas candidat lors des législatives de 2017.
2. Toutes les 47 listes des législatives n’étaient pas antagoniques à « Benno ».  
3. Le Président Macky sera, s’il plait à Dieu, sur la piste en 2019 avec un bilan visible et palpable et des perspectives claires que la majorité des Sénégalais voient et apprécient.
4. Nous avons un peuple intelligent qui sait reconnaître les efforts énormes de ce vaste Sénégal en chantier.

Pour « Benno », il s’agira, d’ici à 2019, de faire bloc pour mieux faire comprendre le bilan et les perspectives : deux choses qu’une opposition largement minoritaire essaiera de saper par des opérations sporadiques de communication agressive et décalée dans le vide. Chaque jour, les opposants rivaliseront dans le buzz et le vide. Chaque jour, le Président Macky sera dans l’action, les réalisations et les perspectives vers l’émergence.
En démocratie, on compte les voix même si chacun peut élever trop la voix. L’opposition continuera à élever la voix au-delà de son poids réel. C’est son rôle. La mission de « Benno » est de porter le débat concret sur les réalisations palpables et les perspectives clairement en vue. Quelle que soit la frénésie des opposants chercheurs de buzz, « Benno » doit imprimer la marque et rester sur le fil conducteur du débat concret, cet axe qui désarçonne les opposants frontaux.

Par
Mamadou NDIONE

Économiste, écrivain,
logisticien
conseiller départemental
à Mbour,
responsable Apr Diass

L’année 1998 voit la mise en œuvre de la réforme hospitalière, laquelle avait comme but l’amélioration de la performance des hôpitaux sur le plan de la gestion et de la qualité des soins et de conférer à ces structures de santé une grande autonomie. Vu sous une perspective « usagers », la réforme hospitalière a secrété l’exclusion. Sous une perspective « justice sociale », elle a éloigné les indigents de l’hôpital public, et sous une perspective simplement « citoyenne », elle a dénudé l’hôpital public de sa mission et de sa finalité, à savoir matérialiser un droit humain fondamental de tout citoyen, droit consacré par notre Constitution et nos engagements internationaux : celui de se soigner quand on tombe malade.

Cette exclusion se matérialise sous diverses formes : l’exclusion totale qui est une conséquence de la faible capacité économique des citoyens. Elle touche des catégories de la population qui n’ont pas la capacité de payer les soins quand elles sont malades. Elles ne vont pas se soigner à l’hôpital ou utilisent d’autres moyens. Il s’agit d’individus qui, quel que soit le niveau des frais, n’ont pas accès aux soins et services de santé. Cette catégorie d’exclusion est assimilée à l’indigence et constitue une caractéristique très importante des économies des pays africains où les revenus des ménages sont irréguliers ou faibles.

L’exclusion saisonnière frappe principalement les populations agricoles et rurales comme les paysans dont le cycle de revenu est calé sur les périodes de récoltes. L’exclusion temporaire est liée au retard d’aller voir un médecin. C’est le cas d’un salarié qui tombe malade à partir du 15 du mois et se retrouve dans l’obligation d’attendre son prochain salaire pour se faire consulter. Quant à l’exclusion partielle, c’est le fait de ne pas savoir de quelle maladie on souffre en quittant l’hôpital, car des prescriptions d’analyses sont à faire et nécessitent souvent de l’argent.

Ces diverses formes d’exclusion sont la conséquence de la simultanéité de la maladie et du paiement.

A ces formes s’ajoutent : 

- l’inaccessibilité géographique due à l’éloignement des structures de santé,

- le manque de plateau technique et de personnel 

- le manque de médicaments.

Le combat de Cicodev Afrique cherche à traduire la vision principale en matière de santé d’un Sénégal où tous les individus, tous les ménages et toutes les collectivités bénéficient d’un accès universel à des services de santé promotionnels, préventifs et curatifs de qualité, sans aucune forme d’exclusion. Notre engagement est de rendre à l’hôpital ses capacités à remplir sa mission fondamentale : celle de mettre en œuvre une politique de santé articulée autour de l’accès aux soins de santé de qualité garanti à toute la population quel que soit le statut socio-économique, l’approfondissement de la décentralisation et de la gouvernance sanitaire locale, ainsi que la promotion de la couverture de l’assurance du risque maladie.

Notre option stratégique est d’identifier les barrières quant à l’accès des pauvres aux services de santé, les documenter et les porter à la connaissance des décideurs pour les lever. Voilà le sens de notre engagement pour le contrôle citoyen et le suivi des politiques publiques pour leur pérennisation en respectant certaines valeurs qui nous tiennent à cœur : l’équité, l’égalité des citoyens devant le service public, la qualité du service public, l’équilibre des forces entre l’usager et le prestataire dans la fourniture des services.

C’est pourquoi nous nous sommes engagés pour la pérennisation de la Couverture maladie universelle : la Cmu cherche à protéger les citoyens contre les différents risques d’exclusion expliqués plus haut. Notre conviction est que c’est une bonne politique publique qui, par définition, cherche à prendre en charge l’intérêt général. Ici, il s’agit de faciliter l’accès aux soins de santé à 80% de la population qui en sont exclus. Aujourd’hui, notre stratégie pour rendre effectif l’universalité de l’accès aux soins est de documenter et de porter le plaidoyer sur un mode de financement pérenne de la santé et rendre à l’hôpital sa capacité à répondre à nos attentes. Nous portons donc le plaidoyer :

- auprès de l’État et des collectivités pour une traduction, dans leurs budgets, de la centralité de la santé dans les politiques de développement économique et social ;

- auprès des Ptf pour un alignement sur les orientations librement déterminées par les autorités publiques et les citoyens du pays ;

- auprès des populations pour identifier ensemble les mécanismes locaux et endogènes pour élargir la base de leur adhésion aux mutuelles de santé.

Un des axes prioritaires de notre action porte, aujourd’hui, sur le renforcement de la mutualité.

Et nos messages sont simples. Nous disons :
- il faut miser sur le modèle de l’assurance maladie communautaire à grande échelle pour jouer sur l’échelle et la loi des nombres ;  
- il nous faut aller résolument vers la professionnalisation des mutuelles avec le recrutement d’un personnel professionnel permanent, bras technique du Conseil d’administration de la mutuelle, chargé de mettre en œuvre les orientations politiques et stratégiques ;  

- les mutuelles doivent procéder au recrutement de collecteurs qui feront office d’agents commerciaux ;

- il s’agit de promouvoir la tarification forfaitaire avec un package ticket, médicaments, diagnostic…

- Ceci induira la prévisibilité des dépenses pour le patient qui sait combien coûte chaque acte médical en se rendant à la structure de santé. Il maîtrisera ainsi ses dépenses de santé et aura moins peur d’aller à l’hôpital ;

- la politique sanitaire doit investir pour une proximité de l’offre de soins de qualité : cela permettra aux mutuelles la contractualisation avec des districts sanitaires suivant une tarification forfaitaire tout inclus (ticket, médicaments, actes d’aide au diagnostic) ;

- un ciblage plus efficace doit se faire plutôt au niveau communautaire, l’échelon le plus pertinent pour identifier qui est pauvre et qui ne l’est pas ;

- l’échelon d’adhésion doit être approprié : la base d’adhésion est familiale avec un plancher du nombre de personnes par famille et une cotisation individuelle ;

- les mutuelles devront mettre en place un barème de cotisation incitatif avec une fixation de la cotisation en fonction de la taille de la famille et de la périodicité de paiement ;

- il s’agit de renforcer le secret médical ou de la confidentialité avec la mise en place des cartes individuelles au lieu du livret familial ; 

- il s’agit de faciliter la portabilité de l’assurance maladie offrant la possibilité à l’adhérent de bénéficier de soins de santé dans toutes les communes du même département et, à terme, partout dans le pays ;

- identifier, créer et promouvoir des mécanismes endogènes adaptés et appropriés aux besoins et capacités des membres de la communauté pour financer leurs adhésions et cotisations aux mutuelles de santé ;

- à côté des mutuelles et des populations, identifier et impliquer, dans ces mécanismes endogènes de financement, tous les acteurs et institutions, notamment les collectivités (commune et conseil départemental), les communautés, les diverses formes de regroupement socio-professionnel, villageois, confrérique.

Ces formes d’appui à l’organisation sociale des populations rurales et du secteur informel pour leur implication dans les mutuelles de santé permettront d’augmenter les taux de couverture et de recouvrement des mutuelles ; réduiront le poids des politiques de gratuité qui pèsent sur les budgets publics ; créeront moins de biais et plus d’équité dans la fourniture et l’exécution des politiques de protection sociale et favoriseront l’appropriation des politiques publiques par des indigents qui ont des capacités productives de contribuer à leurs dépenses de santé. Notre vision est celle d’un hôpital public où le citoyen n’a plus peur d’aller. Il nous faut remettre l’hôpital public en l’endroit.

Par Amadou C. KANOUTÉ
Directeur exécutif
Cicodev Afrique (Institut panafricain
pour la citoyenneté, les consommateurs
et le développement)

En 1977-78, nous étions un groupe de jeunes étudiants du département d’Anglais de l’Ucad envoyés dans divers lycées et collèges (upper schools, grammar schools, etc.) aux quatre coins de la Grande-Bretagne pour y servir comme french assistants (assistants de français). Je garde toujours, dans ce cadre, un souvenir vivace de mon séjour à Derby et surtout des journaux que je lisais et qui, régulièrement, pour illustrer l’air du temps et s’apitoyer sur ou se moquer du sort peu enviable des immigrants asiatiques, montraient des caricatures d’Indo-Pakistanais faméliques assis en tailleur (ou en Bouddha) sur un bout de carton avec comme légende «I am a Paki» ou «I am a fakir». Bref, l’image de l’Indien ou du Pakistanais obligé de mendier au bord de la rue et sous le froid et la brume britanniques pour assurer sa survie.

Aujourd’hui, les Indiens semblent prendre leur revanche sur l’histoire et déclarent haut et fort - non pas au futur, mais bien au présent de l’indicatif : «We are first in computer technology, in textile», etc. En d’autres termes, ces Hindus, adeptes des baignades dans le fleuve Gange pour laver leurs péchés éventuels, en synergie avec leurs compatriotes musulmans et d’autres confessions religieuses, sont en train de changer la donne et d’assigner un autre propriétaire à l’expression ou au slogan «We are first in...» En effet, nous étions habitués, en visitant les Etats-Unis, à entendre nos chers amis américains affirmer leur suprématie absolue dans tous les domaines face aux autres pays de la planète : de la conquête de l’espace à l’athlétisme, en passant par les merveilles technologiques de la Silicon Valley sans oublier Hollywood et encore moins Cnn, ou Cbs, ou Harvard, West Point et Yale, ce sont les Etats-Unis qui, jusque-là, pouvaient dire, avec l’assurance que donne la légitimité, «We are the first» («nous sommes les premiers»).

Or, ne voilà-t-il pas qu’en 2018 les économistes prédisent qu’en matière de Pib, l’Inde va passer devant l’ancienne puissance coloniale, à savoir la Grande-Bretagne, et sa voisine, la France, et qu’il y a juste moins d’une semaine, à Delhi, et dans le cadre d’une grande conférence internationale, un chevalier d’industrie d’envergure nationale et internationale a déclaré devant toute l’assistance, urbi et orbi, qu’en matière d’informatique et de toutes ses applications possibles, l’Inde dame désormais le pion à tous les pays du monde entier y compris à la superpuissance de la Silicon Valley, c’est-à-dire les Etats-Unis d’Amérique ! Assis à la même table lors de ce panel, un autre industriel indien nous fait savoir que son véritable ennemi et adversaire n’est rien d’autre que le billet de banque, comprenez par là qu’avec les applications déjà mises au point, les transactions monétaires ne devraient plus se faire sur la base d’échange de billets de banque ou d’utilisation de cartes de crédit, mais juste avec un téléphone portable.

Déjà le prix d’un smartphone y est particulièrement bas pour être à la portée des moins nantis. Du moins pour certaines marques.

Grâce à cette même technologie informatique adaptée à la sociologie du pays (analphabétisme, pauvreté), le milliard et plus d’Indiens ont pu être recensés et bénéficier d’une carte d’identité biométrique en l’espace de deux ans. Nous parlons d’une population d’un milliard trois cent cinquante trois millions neuf cent soixante quatorze mille âmes ! Les Indiens ne sont certainement pas d’avis que les familles nombreuses freinent le développement, pour faire un clin d’œil ironique à cet homme d’état européen se désolant de l’impossible développement de l’Afrique du fait des taux de naissances élevés sur ce continent.

L’Inde est aussi très active sur d’autres priorités de développement et de durabilité, car comme l’a si bien dit le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, en ouvrant cette conférence internationale annuelle dénommée Raisina Dialogue et qui a regroupé, pour la troisième fois cette année, des sommités mondiales dans tous les secteurs, la survie et la viabilité d’un pays repose sur un triptyque : puissance militaire, puissance économique et influence politique (vous remarquerez que le Pm israélien met la puissance militaire avant celle économique alors que l’économique devrait être le facteur susceptible de garantir une suprématie militaire encore que la Corée du Nord connait la famine tout en défiant les Etats-Unis sur le plan militaire). En effet, depuis jeudi 18 janvier 2018, l’Inde a lancé, avec succès, son missile balistique intercontinental Agni-V (Icbm) avec une portée de plus de 5.000 kilomètres, donc capable de toucher le territoire chinois par exemple.

Au-delà de l’atout que semble être sa population nombreuse pour favoriser son développement rapide et son surclassement des grandes puissances classiques, l’Inde a aussi pu compter sur au moins trois autres facteurs.

D’abord, la plupart des observateurs reconnaissent qu’en l’espace de trois ans le premier Narendra Modi a mis en œuvre des réformes fiscales hardies et mené une lutte sans répit contre la corruption, ouvrant ainsi son pays à des investissements étrangers massifs.

Ensuite, la bosse informatique a toujours caractérisé l’Inde avec des milliers d’ingénieurs indiens travaillant dans les grandes corporations spécialistes de ce secteur aux Etats-Unis, en Allemagne, en Grande-Bretagne, etc.Cette Diaspora a, dans beaucoup de cas, fait preuve de patriotisme en quittant des niches comme la Silicon Valley pour venir mettre leur savoir-faire à la disposition de leur pays. Ne l’oublions pas, le patriotisme fait partie des conditions premières qui ont favorisé l’émergence des Brics (Inde, Afrique du Sud, Chine, Brésil).

Ces transformations et transitions en cours ou à venir à l’échelle du globe ont été bien cernées dans le cadre de cette conférence Raisina Dialogue qui s’est déroulée, à Delhi, du 16 au 18 janvier, sur ce thème bien révélateur : « Managing Disruptive Transitions : Ideas, Institutions and Idioms ».

L’Inde et l’Asie prennent donc les devants, car l’heure de ce continent semble bien avoir sonné : le Japon avait bien pris son élan dès le lendemain de la Deuxième guerre mondiale. La Chine, depuis quelques années, confirme la prédiction d’Alain Peyrefitte dans son ouvrage « Quand la Chine se réveillera, le monde tremblera » (Editions Fayard, 1973). Les deux Corées (la très riche au Sud et la super-armée au Nord) semblent prendre langue à en juger par leur volonté de défiler aux prochains Jeux Olympiques sous une bannière commune. La réunion des deux pays ne semble pas impossible et la nouvelle entité serait une superpuissance économico-militaire de taille. Pendant ce temps, l’Inde continue de tisser son textile… mais aussi sa toile sur l’échiquier technologique, économique, politique et militaire mondial.

Pour autant, bien du chemin reste à parcourir, parce que les signes de la pauvreté restent toujours visibles à Delhi et dans d’autres agglomérations. Même aux abords de la très chic Diplomatic Enclave de la capitale, on peut voir des gens se soulager en pleine rue au vu et au su de tout le monde. Mais, il semble que ce chemin sera rapidement couvert puisque le discours de nos amis indiens, lors de cette conférence Raisina Dialogue, était vigoureux et plein de conviction et de détermination. En avant donc le pays de Mahatma Gandhi et que l’Afrique vous accompagne ou suive de très près vos pas. Il suffit, pour cela, que les Africains fassent d’abord jouer une condition de l’émergence que nous pouvons tous et toutes nous offrir sans bourse délier : la fibre patriotique et la fierté conséquente de hisser son pays au rang de primus inter pares (au premier rang).

Par Ousmane SENE  
Directeur West african research center (Warc)
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Le moment le plus difficile, c’est quand tout est fini, qu’il faut repartir, quitter le cimetière, suivre la foule, et te laisser seul, couché, solitaire et la nuit qui va tomber dans un lieu où personne ne souhaite rester. En te laissant là, je me suis souvenu des vers du poète Federico Garcia Lorca : Mais voici qu’il dort sans fin / Voici que la mousse et l’herbe/ Avec des doigts infaillibles/ Ouvrent la fleur de son crâne.
Un bel et superbe esprit a été contraint au sommeil. Hamidou, comme tu étais brillant, comme tu étais généreux et conciliant ! Le Président de la République, dans son hommage devant ta dépouille silencieuse mais bruissante, dans cette cour venteuse de l’hôpital Principal, en ce dimanche 4 février de cette année 2018 qui commence et qui nous fait pleurer déjà, a dit quelque chose qu’il aurait pu ne pas dire de cette manière, mais il l’a dit et bien dit, et c’est important : que tu étais un homme qui ne connaissait pas ce qu’était la méchanceté. Qu’un homme d’État choisisse ce mot « méchanceté » dont il témoigne qu’il t’était inconnu, ne doit pas être pris pour la simple parure d’un discours funèbre. Oui, notre pays a besoin d’extraire ce mot de son cœur pour construire, apaiser et croire au destin de chacun.

Combien de fois tu es allé au combat au cabinet présidentiel pour t’enquérir d’un dossier qui tardait à ressortir ? Tu suivais avec beaucoup de générosité les requêtes difficiles que tu arrivais toujours à introduire, après t’être bien informé pour mieux leur trouver une issue heureuse. Tu donnais aux courriers adressés au Président de la République toute l’attention requise, même si un Président ne pouvait pas donner suite à tout et que tout ne devait pas non plus lui être soumis. Tu savais aussi couvrir ton Président quand tu jugeais irrecevable une requête, sans que celui qui en attendait une réponse ne soit ni déçu ni frustré, quand on connaît l’orgueil et le jugement hâtif de nos compatriotes. Tu étais un fin diplomate, un homme qui recherchait toujours la mesure et le bien dans le respect de l’autre. Notre espace culturel, littéraire et artistique, tu le savais, était fragile, susceptible, démuni, intolérant et prompt à la sentence, chacun ne servant souvent que ses intérêts. Tu savais tout contenir, tout réguler, installer l’espoir et insuffler l’excellence. Tu manqueras beaucoup au Président Sall qui t’aimait et appréciait ton esprit serein, pétillant, engagé, convaincant, apaisant. Tu donnais du relief à son cabinet culturel par ton nom, ton parcours, la solidité de ta formation, ta vaste culture, ton humanisme si doux. Oui, le Président a raison de dire que tu ne connaissais pas la méchanceté. Ceux qui savent ne peuvent pas être méchants !

Pourquoi Saldé n’a pas bercé ton repos, Saldé-mayo Tébégout, que tu aimais tant et dont tu parlais tant, et qui comme tu l’a écrit : « ne cesse de m’habiter sans désemparer » ? Je ne sais. J’ai lu que tu avais écrit ceci : « La mort est le souvenir poussiéreux de la vie ». Et si la vie était plutôt la défaite même de la mort, quand on laisse derrière soi des œuvres et des actes d’une invincible matérialité ? Tu as dit et écrit aussi que « le cœur des vivants est le plus sûr tombeau des morts ». Mais les vivants finissent toujours par mourir ! Mais aussi, sans savoir comment elle fait, la vie reprend toujours le dessus sur la mort. Là est la mansuétude du Divin !

Pourquoi les audiences fatales et le livre de la mort n’ont jamais de fin et laissent sans cesse des chaises vides et des pages blanches numérotées, mais qui se remplissent toujours ? Je suis rentré à la maison la tête basse, les pieds lourds, bien triste et bien seul ce dimanche 4 février, quand après t’avoir confié à Dieu et prié Mohamed de dîner avec toi pour ta première nuit dans l’au-delà et dans l’au-dessous. Toute la nuit, pour revisiter tes écrits, ta pensée, je me suis réfugié dans ton livre : Écriture et liberté/ Entretiens et Fragments littéraires, préfacé par ton oncle, le tranquille et reposant Cheikh Hamidou Kane. Je l’ai beaucoup regardé alors que tu étais couché devant nous, enveloppé dans un beau pagne ensoleillé. Son visage et son cœur ne faisaient qu’un. Sa peine était sans nom. En préfaçant ton livre ici cité, en parlant de ton talent immense, il a écrit que « ce sortilège est l’œuvre d’un magicien sans pareil, mon neveu Hamidou Dia ». Quelle fierté, quelle tendresse du noble Diallobé quand il nous dit encore : « Qui peut se vanter d’avoir mieux que moi ? »

Hamidou, il n’est pas possible de clore ce bref hommage d’un poète qui, depuis le Canada-Québec, au temps où tu y rayonnais et que je t’y retrouvais, puis Paris à Présence Africaine, enfin Dakar beaucoup plu tard, de ne pas offrir ici, au monde, des trésors sortis de ta plume, pour magnifier devant ton peuple, devant l’Afrique, la puissance de ta pensée, de ton engagement. Tu dois être lu. C’est ma prière dans un temps du monde où les poètes, les écrivains, ne sont plus lus. Tu réponds à tellement de questions de notre temps et du temps de notre peuple, que ces quelques extraits de toi doivent être connus et médités. On parlait de toi comme d’un « intellectuel dérangeant ». Tu as affirmé que « l’universitaire n’est pas forcément un intellectuel ». Quelle humilité, quel courage !

Le grand poète et écrivain haïtien René Depestre voyait en ta génération « des sherpas qui nous guident sur les pentes himalayennes de la vie mondiale actuelle ». Mais, dit-il, il y a « l’incomplétude de la condition humaine et les hommes d’espoir gardent un sens tragique de la vie ». Ma nuit du dimanche 4 février a été en ta compagnie, en compagnie de tes écrits et mes pensées ne quittaient pas ta tombe fraîche en bordure de l’allée.

Voici mis en relief, pour toujours te garder en mémoire, tes engagements, tes doutes, tes inquiétudes, tes certitudes, tes choix, tes espérances, bref, ton génie : la poésie française est dans un état de délabrement et d’essoufflement. Aujourd’hui, les grands noms de la poésie africaine sont infiniment plus significatifs que les poètes français dont on ne peut pas citer un qui soit connu de nos jours. / Dans la poésie, on ne peut pas tricher. Le roman permet de tricher. / Mettre sa gloire littéraire, sa santé, sa liberté, pour défendre une cause. C’est cela l’acte fondateur de ce que l’on appelle intellectuel. Il est plus commode d’être dans la posture de l’opinion que dans celle de la pensée. / L’intellectuel n’est pas celui qui est instruit et est à distinguer de l’universitaire. D’ailleurs, souvent les universitaires ne sont pas de bons intellectuels même s’ils en ont produit d’excellents. / L’intellectuel a une fonction critique (il arrive qu’il se trompe). La condition pour l’être, c’est d’être libre dans sa pensée, dans son écriture, mais également dans son comportement. / La civilisation occidentale est aujourd’hui saturée et n’est pas porteuse d’alternative crédible. / Une civilisation de l’universel repose sur les apports de chacun. Nous, Africains, avons quelque chose à apporter à la civilisation de l’universel. / L’Europe avait le choix entre Descartes et Pascal. Elle a choisi Descartes dans une logique de maîtrise de la nature qui a conduit à un formidable développement technique. Ce choix cartésien a conduit à une perte de spiritualité. Si l’Europe avait choisi Pascal, elle serait dans une autre direction. / Une civilisation commence à mourir quand l’homme ne peut plus rencontrer l’homme. / Si nous voulons faire de l’Afrique une nouvelle Europe, alors, comme le dit Fanon, il vaut mieux confier nos destinées aux Européens. /

Dans un échange avec Babacar Touré, tu écris ,le 13 octobre 2004 : Nous sommes en passe de devenir la 1ère puissance mondiale de la parole. Nous avons érigé, puisque c’est toujours la faute à l’autre, l’irresponsabilité, le renoncement intellectuel et l’affaissement éthiques en vertus. / Les Sénégalais constituent le principal problème du Sénégal… puisqu’il est difficile de demander à l’excellence de se manifester quand sa voix est noyée dans la clameur ; quand elle est tenue en laisse par une médiocrité gluante, reptilienne, prédatrice, lépreuse, intellectuellement trépanée, bruyante, hautaine, dangereusement habile « à habiller son inaptitude radicale d’aphorismes falsifiés et frelatés ». Pourtant, il y a des hommes et des femmes de valeur et de vertu dans ce pays : j’en connais qui sont de purs joyaux et dont j’espère qua la voix croîtra quand la clameur décroîtra. Les Sénégalais sont joueurs, toujours en représentation : « ils jouent à » être patriotes, pieux, honnêtes, penseurs, politiques, travailleurs, intelligents, etc., en florentins impénitents. Ils sont plus attentifs à leurs petits calculs, leurs vastes haines, leurs grandes jalousies, leurs petites mesquineries, leurs grandes manœuvres, leurs petites combines.

Tu poursuis: Personne n’est dupe, mais tout le monde fait semblant. L’important, et nous y sommes passés maîtres, est de contrôler notre image publique, spécialistes que nous sommes du grand écart, au risque de la déchirure musculaire, entre le propos public mensonger et les maladroites vérités de la rue. Ce jeu spéculaire gangrène le pays pis que la pire des plaies d’Égypte.

Non, nous ne sommes pas si beaux que ça, si solidaires que ça, si travailleurs que ça, si fraternels que ça, si patriotes que ça; mêmes les libres-penseurs ont de singuliers oublis. Il y a, par exemple, beaucoup de prieurs dans notre pays : il y en a combien d’authentiquement pieux ? / Notre société est une société violente, d’une violence sourde, diffuse et fielleusement intolérante.

Fourbe et dissimulatrice. Il s’agit de faire volte-face ; de nous faire face. Sans fioriture, ni manœuvre dilatoire. De nous dire la vérité. Cela nous grandirait, cela aurait de l’allure. Nous avons besoin de nous arc-bouter sur des valeurs revisitées, ancrées dans notre histoire. Nous avons besoin de fraternelles utopies et de grands métarécits : nous ne pouvons pas entrer dans la postmodernité en faisant l’économie de la modernité. Notre peuple est un peuple dramatique, au sens hugolien du terme. Son élite est à son image. Entre forclusion, sécularité et extraversion.

Pour sauver le Sénégal, faut-il en venir à privatiser l’État, extrader l’élite et abolir le peuple ? Il faut, ici, être clair : je n’en veux pas à ce peuple mien. Je suis seulement atterré par son refus -dans lequel les responsabilités de l’élite sont grandes- de se faire peuple en intégrant une citoyenneté active et responsable dont l’alternance avait semblé donner quelques lueurs. Ces élites -dont il faut assurément instruire sans complaisance le procès- sont-elles à notre image ou sommes-nous à leur image ? Du haut jusqu’au bas de l’échelle sociale, tout le monde clignote à droite et tourne à gauche, comme nos chauffeurs de taxi et nos cars rapides sans marche arrière ! La société sénégalaise est malade de ne plus savoir d’où elle vient ni où elle va.

A Babacar Touré tu dis : Tu me demandes de te dire ce qui frappe à la porte des générations après nous. Qu’est-ce qui va leur échoir ? Qu’est-ce que nous leur transmettrons ? Je pressens que ces générations courent de graves dangers s’il n’est pas mis fin à cette sulfureuse engeance, si nous ne nous empressons pas « de mettre nos âmes en lieu sûr ».

Dors Hamidou, dors en douceur. De ton héritage nous ferons des graines pour les générations futures. Puissent ton épouse, tes enfants avoir la force de vivre ton absence. Mission ici accomplie si cher ami, si cher frère.

Par Amadou Lamine SALL
Poète
Lauréat des Grands prix de l’Académie française

Le Sénégal est l’un des rares pays africains, aidé de ses partenaires et des parents d’élèves, à prendre en charge à lui tout seul l’essentiel des dépenses en investissement et au fonctionnement du système éducatif. Ses intentions pour l’avènement de l’école de la réussite se mesurent à travers l’augmentation sans cesse croissante et constante des budgets pour l’élargissement de l’accès et le développement de la qualité, les tentatives plusieurs fois répétées d’apaisement de l’espace scolaire marquées par le dialogue et la satisfaction des revendications des syndicats. Il y a lieu de lui reconnaître cette volonté malgré son indulgence dans le suivi/évaluation des actions. Entre temps, le système s’est alourdi. Le croît démographique et les besoins nouveaux expliquent-ils seuls la stagnation de l’école ? Qu’en est-il réellement des difficultés à obtenir l’excellence ?  

La population scolaire a décuplé et a engendré beaucoup de problèmes. Toutes les composantes du système débordent et anéantissent les efforts de l’Etat. Les grèves des syndicats ne facilitent pas non plus la tâche. Le système est surchargé. La situation exige des investissements colossaux et des réponses négociées : la réhabilitation et la création d’infrastructures nouvelles, le renouvellement et l’augmentation d’équipements nouveaux, des ressources additionnelles, le recrutement suffisant de personnels et la satisfaction des revendications.  Toutes ces exigences, l’Etat les endosse, mais éprouve beaucoup de peine à les satisfaire. Les principales réponses se traduisent par des promesses difficilement honorées. Il s’agit de reculer les échéances. Faut-il indexer l’insuffisance des moyens ? Néanmoins, il faut manœuvrer pour réguler et tempérer les ardeurs ou esquisser des réponses. Sa volonté d’affronter les difficultés n’a jamais fléchi, même si le chantier semble inépuisable et se trouve en perpétuel recommencement. Sa conviction demeure inébranlable et se lit à travers les 33% ou 25% du budget national consacrés à l’éducation. L’Etat ne cesse aussi de déployer un plaidoyer auprès des partenaires financiers, pays amis et Ong, lesquels appuient qui en infrastructures, qui dans les évaluations, qui dans les projets, qui dans la confection de manuels, etc. Le Partenariat mondial pour l’éducation (Pme) a financé à hauteur  de 77 milliards l’éducation au Sénégal depuis 2007 (le quotidien «Le Soleil» du lundi 29/01/2018). Ces preuves attestent de la présence massive de l’argent dans l’éducation. Malgré tout, les efforts tardent à être récompensés. La satisfaction des besoins semble un défi impossible. Pourquoi ?

Depuis le début de l’indépendance, les autorités politiques n’ont jamais cessé de démontrer la preuve de leur souci pour l’éducation à travers les différents gouvernements jusqu’à nos jours. Elles ont toujours œuvré à obtenir des consensus sur les grandes questions qui touchent l’école : le perfectionnement du système éducatif et l’enrôlement de tous les fils du pays dans les écoles. Cette volonté se confirme aujourd’hui avec la tenue, à Dakar, le 02 février 2018, d’une grande conférence du Pme coprésidée par les présidents sénégalais et français, Macky Sall et Emmanuel Macron. Il s’agissait de recueillir des fonds à hauteur de 1500 milliards de FCfa, destinés au financement de l’éducation dans les pays en développement.

Le premier président de la République, un homme de culture, a consacré beaucoup d’efforts à la cause. Il s’est évertué à poser les jalons de l’implantation d’une école nationale ouverte aux valeurs de la Nation par l’adoption, déjà en 1961, de la première réforme du système éducatif. Il a très tôt compris que l’école est la voie obligée pour donner le savoir, le savoir-faire et le savoir-être, nécessaires aux ressources humaines pour porter la croissance, créer la richesse et les conditions du développement économique et social. Aujourd’hui, l’accroissement du taux de scolarisation est une réalité palpable soutenue par le peuple et inscrite dans ses habitudes.

Souscription volontaire et populaire
Cette souscription volontaire et populaire à  l’idée de l’école va contribuer à l’énormité de la charge, car la croissance rapide de l’école est devenue incontrôlable. Or, la volonté et l’insuffisance des réponses apportées ne suffisent plus pour gagner le combat de la qualité. L’école est devenue vorace. Elle exige désormais non seulement plus de ressources mais surtout de la persuasion pour gérer la situation nouvelle tout en souhaitant un accompagnement sincère de tous les acteurs.

L’Etat n’a pas fait preuve de témérité dans le contrôle des actions et de ceux chargés d’exécuter ses volontés. Les investissements en faveur de l’éducation auraient eu certainement un impact réel sur le développement de l’école, s’il avait été vigilant. Il ne l’a pas fait et ne le fait pas encore. Les problèmes ne sont jamais bien cernés et les réponses sont toujours précaires. Mises à part les réalisations portées directement par lui, je sous-entends les salaires et l’allocation de crédits pour l’école, tout le reste est problème. Tous les responsables, du sommet à la base, ne jouent pas véritablement franc jeu. A l’heure des comptes, tout semble bloqué. Le système marque le pas, il est éprouvé par les grèves perlées, les mauvais résultats scolaires, les effectifs pléthoriques, les abris provisoires insalubres, les infrastructures dégradées, le mobilier vétuste, le matériel didactique obsolète, l’encadrement défectueux du corps de contrôle, l’insuffisance du personnel, le niveau de qualification faible des maîtres, l’absentéisme et les fêtes nombreuses, etc.

Matérialisation tatillonne
Les Concertations sur les assises nationales de l’éducation et de la formation avaient produit 45 mesures, un conseil des ministres avait choisi 11 décisions à mettre en chantier. A y voir de près, ces décisions ne sont, pour l’essentiel, que du réchauffé. C’est la fameuse répétition des versions. Il suffit de lire entre les lignes les volontés  du Paquet/Ef pour s’en rendre compte. Elles se contiennent dans l’amélioration de la qualité des enseignements-apprentissages : l’élimination des abris provisoires d’ici à 2017, l’articulation de l’enseignement arabo-islamique au système éducatif, la généralisation de la prise en charge de la petite enfance, la formation des enseignants, l’amélioration de la gouvernance. Nous constatons que toutes ces décisions existent et se retrouvent dans les applications du Paquet initié en 2013. Les rares décisions pertinentes et même révolutionnaires, telles que la participation de la communauté à la gestion des écoles, l’implication de l’Islam et l’accès des enfants au préscolaire, trouvent toujours des difficultés à être opérationnalisées. Par conséquent, le problème est dans la matérialisation tatillonne des stratégies d’exécution souvent bâclées, jamais rectifiées, ni évaluées. Mais, au-delà des blocages, de l’inefficacité des solutions et de l’insuffisance des moyens, c’est surtout l’absence de sanctions devant la dilapidation des maigres ressources, les détournements, le manque de coordination et de suivi/évaluation des actions qui plombent le système. 

La réaction en faveur des correctifs nécessaires est toujours retardée à cause des agissements sournois à tous les niveaux de ceux chargés de matérialiser les nobles intentions. Ils manœuvrent pour sauvegarder leurs intérêts au détriment de l’école. Or, la riposte ferme face au gâchis semble ne jamais se produire. Au lieu de cela, l’Etat joue à reculer les échéances en désespoir de cause dû à ses difficultés à situer la responsabilité des échecs et pour éviter de prendre des sanctions. Il faut tenir le langage de la fermeté et avouer la vérité sur l’ampleur de la tâche que notre pays peine à supporter à côté des nombreux défis à relever par un Etat sous-développé et agir en conséquence à la hauteur de la responsabilité.

Mais, les autorités restent évasives sur la rigueur nécessaire au management du secteur. Il n’y a aucun contrôle. Pourtant, entre les solutions préconisées et leur application bâclée, la réalité évidente des échecs est très visible et il n’y a personne pour alerter sur les imperfections. Chaque fois, il faut arriver aux blocages, soit par des grèves contraignantes ou par un constat unanime de la profondeur du mal, le dépit pour réagir souvent dans la précipitation. La conséquence est que les remèdes appliqués ne sont pas ceux qu’il faut pour soigner le mal. On procède par des colmatages pour calmer la tempête avant la prochaine bourrasque. Les autorités étatiques ne s’indignent pas, ni n’interrogent  sur le désastre comme le triste sort réservé au Paqeeb qui n’a eu ni un début et qui certainement n’aura pas une fin. Les projets naissent et disparaissent sans suite.

Imaginer le manque de réaction pour exiger des comptes dans le suivi/évaluation d’engagements non réalisés tout en étant persuadé que les fonds alloués aux collectivités locales pour le compte des écoles ne sont pas reversés, continuer de proclamer la gratuité, préférant le dénuement qu’au rappel à l’ordre de ceux en faute, ce sont là les preuves de la légèreté du contrôle qui entrainent la dégradation des résultats aux examens comme la catastrophe historique d’échec des élèves en 2015 où beaucoup d’écoles dans la seule région de Kaffrine n’ont pas obtenu d’admis au Cfee.

Pourtant, la foi de l’Etat en la mission reste constante et son discours conciliant prouve beaucoup sa peine devant les crises insolubles de l’école. Par obligation morale, il va à des négociations difficiles pour trouver des règlements durables. Cependant, il peine à assumer dignement l’impossibilité de répondre favorablement à toutes les sollicitations. Souvent, il consent dans la douleur certaines doléances. C’est le relèvement tout récent, le 24/01/2018, de l’indemnité de logement des enseignants à hauteur de 12 milliards, alors qu’il avait presque juré de ne pas toucher au régime général des indemnités toutes confondues avant de procéder à des équilibrages pour lever les discriminations. Malheureusement, du bord des syndicats, la ténacité est sans limite et la renonciation à certaines revendications, malgré leur véracité, pour aboutir à des accords dynamiques dans l’intérêt de tous n’est pas à l’ordre du jour. Mais, il le faut, par pitié aux parents qui investissent sur leurs enfants, par respect au droit de ces derniers à l’éducation et par devoir de compréhension d’un Etat confronté à des défis.

Adresser une demande au maire
Pourquoi, avec tant de volonté affichée par les autorités politiques, l’école n’arrive-t-elle pas à sortir de l’ornière malgré les investissements en croissance régulière ?  Une chose reste vraie, l’argent ne va pas au bon endroit, les réformes et les projets mal conçus ne sont jamais évalués correctement. Ce sont des constructions de classes incontrôlées : 5 classes à la place de 7 souvent mal bâties à cause des ententes et de la sous-traitance. Nous savons aussi que beaucoup d’Iden ne reversaient pas entièrement les crédits reçus au profit des écoles comme c’est le cas présentement avec certaines municipalités, de même que plusieurs Ape. Une bonne part des budgets est réservée aux rencontres  des acteurs techniques et financiers souvent en réunions, en séminaires ou au renouvellement de leurs désidératas sans aucune incidence sur la réalité. Il faut se réunir en catimini, se caresser dans le sens des volontés mutuelles, plutôt que d’avouer les carences. A la fin, les conclusions sont rangées dans les tiroirs, loin des décideurs politiques bernés par les beaux discours trompeurs et à l’insu des enseignants ignorés. C’est le lieu de s’interroger sur le rôle des représentants des partenaires financiers qui descendent sur le terrain auprès des exécutants (pendant la revue du Pedef) pour vérifier ou pour évaluer l’impact des activités. Ils renouvèlent les financements alors que les résultats demeurent mitigés. Pourquoi alors les financements continuent-ils de plus belle et les évaluateurs nationaux des projets, complices aussi, ne déplorent rien ?

Pourquoi, pendant les revues des projets déroulés dans les écoles, l’avis des directeurs n’est pas recueilli ou publié ? On a toujours avoué que le système repose sur leurs frêles épaules. Ils sont laissés en rade. Les autorités politiques ne peuvent pas mesurer la portée de leur contribution, alors que leurs supérieurs hiérarchiques dévaluent leurs compétences. De tous ceux qu’on désigne par le terme de directeur, il n’y a que celui qui dirige une école qui ne dispose pas d’un minimum pour faire fonctionner son administration. Pour obtenir une barre de craie, un stylo, un registre ou du papier, le directeur d’école doit auparavant adresser une demande au maire, à l’Ief ou aux parents d’élèves que rien ne contraint à accéder à sa demande, alors que le besoin presse. Il n’y a rien dans les écoles. C’est dans cette ambiance de dénuement absolu que les directeurs dirigent les écoles tout en étant chargés de produire des résultats. Cette exclusion participe à obstruer la vérité.

Ces pratiques posent le problème de l’inefficacité du pilotage du système par les principaux responsables dont les agissements coupables ne permettent pas d’alerter sur les défaillances devenues flagrantes et nombreuses. L’impression est que les têtes pensantes refusent de pointer le doigt sur les racines du mal pour aider l’Etat à s’ajuster. Une situation due certainement aux imperfections d’une administration qui se cherche, qui semble achever la perfection de son système et qui ne s’offre pas des perspectives de renouveau.

Tout compte fait, le mal est évident, mais l’Etat a le devoir de continuer à dialoguer, à proposer des voies de sortie de crise et à trouver les stratégies justes, cohérentes et concrètes de leur réalisation. Beaucoup d’argent sera certes dépensé. Cependant, il devra se débarrasser de cet aveuglement inconcevable qui semble l’habiter. Il ne sent jamais les échecs venir, malgré l’importance des ressources financières avérées et humaines supposées qui l’entourent et qui animent le secteur. Voilà pourquoi les attentes ne sont jamais satisfaites...

Les syndicalistes doivent prendre en compte ce paramètre, faire preuve de compréhension, d’autant que, malgré le non-respect des engagements, le souci pour régler les problèmes est réel et se mesure aux gros efforts budgétaires en croissance soutenue.

* Les intertitres sont de la rédaction

Par Amadou Sy
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L’opposition a encore sacrifié à la basse coutume qui consiste à s’agiter furieusement à l’approche de chaque échéance électorale. La marche tenue durant la fin de semaine pour prétendre défendre la démocratie relève de cette démarche.

En effet, après une longue léthargie, notre opposition a multiplié ses sorties sans incident sur le cours de l’histoire politique du pays.

En ce qui a trait à la manifestation, on a entendu les ténors de l’opposition épiloguer sur le processus électoral et la rétention des cartes d’électeur, entre autres. Ils ont ainsi alimenté cet interminable procès d’intention fait au Président Macky Sall, « soupçonné » de vouloir faire un « hold up électoral ». Ils nous entraînent, pour cela, dans la distraction qui consiste à ériger en priorités des banalités tout en mettant sous le boisseau les vraies priorités du moment.

Aussi faut-il rappeler que, suite à la débâcle aux législatives de 2017, les responsables de l’opposition avaient crié sur tous les toits du monde en demandant l’audit du fichier électoral.

C’est pourquoi le Président de la République, conscient que la démocratie est une construction dynamique, a accédé à la demande de l’opposition, mettant ainsi sur pied le Cadre de concertations sur le processus électoral dirigé par une personnalité neutre.

Refuser, aujourd’hui, la main tendue du Président de la République, c’est se mettre en posture de refus de l’audit du fichier afin d’instrumentaliser la question à des fins électoralistes à défaut d’un programme politique clair.

En vérité, cette revendication relève plus de la psychanalyse que de la politique puisque tous les points de revendication exposés par l’opposition sont pris en charge par le Cadre de concertations sur le processus électoral.

Certes, la démocratie suppose l’existence d’une opposition qui doit non pas détruire pour détruire mais contribuer au renforcement de la démocratie et apporter également sa pierre pour la construction de l’édifice Sénégal.

En revanche, les Sénégalais qui ont investi le Président Macky Sall de la plus haute charge ne sont pas prêts d’accepter que la minorité politique leur impose un agenda politique dont le soubassement est purement électoraliste.

En dépit de cette agitation portée à bout de bras par des gens nostalgiques, ayant à gérer douteusement les biens publics, le Président Macky Sall s’est résolument inscrit dans le temps de l’action. Et rien ni personne ne le détournera de ses objectifs.

Vous et moi savons pourtant que les vraies priorités se rapportent essentiellement à l’émergence « pour un Sénégal de tous, un Sénégal pour tous ».

Les grands travaux de modernisation des infrastructures, l’accès à une éducation de qualité pour nos enfants, la disponibilité des soins de qualité, l’amélioration de la qualité de vie, la lutte contre la pauvreté et la promotion de la bonne gouvernance sont autant de chantiers qui sont érigés en priorité par Monsieur le Président de la République et exécutés en main de maître par son Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne.

En définitive, le Président de la République ne souhaiterait pas voir son élan freiné par des spéculations puériles dont la seule vocation est de confiner notre pays dans une campagne électorale avant l’heure.

Le moment venu, les Sénégalais arbitreront entre ceux qui ne donnent de la voix que pendant la période électorale et ceux qui sont abonnés à l’action.

De toute manière, les résultats obtenus dans le cadre du Plan Sénégal émergent sont très probants et prouvent à suffisance que le Président Macky Sall s’est hissé à la hauteur de l’exigence des Sénégalais qui avaient exprimé, à travers leur vote, leur soif de lutter contre la précarité et contre la vie chère, de réduire les inégalités sociales et le chômage, etc.

Par Hady TRAORE
Coordonnateur fédéral
de la Dse Apr Canada
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C’est avec une grande tristesse que j’ai appris, ce 4 février 2018, le décès du Professeur Hamidou Dia, conseiller spécial du Président de la République du Sénégal pour la culture et l'intégration.

Notre dernière rencontre remonte au 21décembre 2017, à Keur Birago, lors de l’enregistrement de l’émission « Champion » consacrée au président Alioune Badara Bèye. Je me rappelle bien, j’étais assise à la gauche du colonel Moumar Guèye et lui, à sa droite.

Auparavant, le 13 novembre 2017, il m’avait remis le « Prix Cheikh Anta Diop de l’Essai » au nom de l’Association des écrivains du Sénégal (Aes), pour mon ouvrage intitulé « Diagnostic de l’économie sénégalaise 2000/2005 ».

En réalité, nous nous sommes connus en 2008, à la Présidence de la République du Sénégal, lorsqu’il était conseiller en charge de la culture du Président Wade et moi, conseiller en charge de l’économie et des finances. Nous entretenions des relations empreintes d’affection et de cordialité. Son humilité et son intelligence m’ont toujours frappées.

Nous voici, aujourd’hui, orphelins puisque nous cherchons partout son visage candide que nous avons perdu. Il était des nôtres et nous avons perdu cette part de nous même. Le froid et le silence règnent en maître à Keur Birago.

Il restera de lui ce qu’il a donné et semé. Il fut poète, écrivain, brillant philosophe, chroniqueur, critique littéraire, enseignant en France, au Canada et au Sénégal. Sans compter ses nombreuses distinctions honorifiques. Assurément, le Sénégal a perdu un de ses plus brillants intellectuels qui a servi son pays avec abnégation, rigueur et dignité.

Nous pleurons de l’avoir perdu, mais nous ne regrettons pas de l’avoir connu.

Mes condoléances les plus sincères vont à sa famille, à l’Aes et au Président de la République du Sénégal.

Que la terre de Yoff lui soit légère et qu’Allah, dans sa miséricorde infinie, lui réserve une place de choix dans son Paradis « Firdaws ».

Par Marie Bâ AIDARA
Economiste/Ecrivain
Vice-président de l’Association
des écrivains du Sénégal chargée
des relations avec les organismes financiers
Ancien ministre
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En hommage :
-A l’Amitié franco-sénégalaise et ses deux peuples de baobabs,

-Au président ingénieur-bâtisseur, Macky Sall, Baobab de l’émergence,

Le long des flancs caillouteux ou s’échine la fourmi légionnaire,

Sous les dards de ce soleil d’airain plombant les dos calcinés,

Sur ce piédestal ou trônent les bustes de l’éternité,

Ce miroir porte l’ombre des aspirations d’un peuple fort ;

La pierre à l’édifice, l’arbre à la vie, l’œuvre à la postérité !

Reflets de vision: La chaleur d’une glace dégage l’avenir radieux ;

Miroir de splendeur qui mire le dit et le non-dit,

Sacré miroir biface qui révèle présent et futur!

Pureté troublante de ce moi miré d’un cristal qui m’enflamme ;

Demain, déjà demain s’y reflète la rosée de vérité :

Baobabs de tous pays pointez à l’abreuvoir de l’universel ;

Tôt, ce peuple s’est miré dans l’océan du palpable ;

Cap donc vers les cimes sucrées de l’émergence !

Le Cap est vraiment vert de bonne espérance !

Adansonia Digitata de Bombacaceae ! Baobab impénétrable !

Loge sacrée des visionnaires,

Leurs Dieux meurent ; le baobab, mémoire demeure ;

La vérité est œuvre du temps qui coule et s’écoule,

Au-delà des glaces- porte l’audace ;

Phare éclairant, vigie tranquille de la bruyante canopée,

Scrute l’horizon et escalade l’échelle des valeurs !

Dans cet océan de verdure, contemple ton âme ;

Par-dessus l’animal, le minéral et le végétal, appose ton empreinte immuable.

A travers ton feuillage, laisse bruire Eole et ses affidés ;

Dans et sous ton ombre, ni repos ni répit !

Seule la jouissance est au bout de l’effort.

Debout et marche ! L’espoir renait avec force et vigueur

Paix à cœur et à bras ouverts, racines agrippées au ciel, domine serein ;

Et offre-leur à étreindre l’épaisseur de ta circonférence ;

Dans le prisme fidèle, cristallise déjà le visage rayonnant de l’Afrique de demain.

Par Yoro BA
Ecrivain- poête
Ingénieur Chimiste

Le train express régional (Ter) reliant Dakar, Rufisque, Diamniadio, l’aéroport international Blaise Diagne et, dans un proche avenir, Mbour et Thiès, répond assurément à la modernisation des transports ferroviaires et participe, de façon notable, au développement humain durable du Sénégal. Avec un investissement de plus de 600 milliards de FCfa, grâce au concours de partenaires du Sénégal (Bid, Bad, Afd, gouvernement du Sénégal, gouvernement de la France), l’effectivité d’un transport ferroviaire rapide vient à point nommé dans le processus actuel de développement intégré et harmonieux du Sénégal.

En effet, la mobilité, dans les agglomérations des régions de Dakar et Thiès, polarisant pratiquement 40% de la population sur moins de 4% du territoire national, est, à la fois, une demande sociale urgente et une question économique essentielle, au vu des nombreux embouteillages qui font perdre plus de 150 milliards de FCfa par an à l’économie nationale, en plus des effets de nuisance sur la santé publique des populations, sur l’environnement, de risques plus importants d’accidents de circulation et de nombreux autres goulots d’étranglement.

La région de Dakar étant une presqu’île inextensible au point que l’espace pour de nouvelles infrastructures routières devienne nul. Seule la voie ferroviaire s’offre comme alternative crédible et présente un avantage comparatif et compétitif pour relever les défis actuels que pose la mobilité urbaine et interurbaine dans la zone. Nous nous souvenons qu’à son temps, le président Wade avait imaginé la desserte par voie maritime de localités par des bateaux taxis, notamment entre Dakar, Rufisque et Mbour pour résoudre la question de la mobilité. Toutefois, le projet de bateaux taxis reste non viable sur de courtes distances dans une presqu’île, si ce n’est pour la satisfaction de la demande marginale de transport maritime de plaisance sur l’axe.

Avant les années 2000, les moyens de transport dans les pays comme les nôtres étaient moins nombreux et plus collectifs qu’ils ne le sont aujourd’hui avec la surproduction de voitures dans le marché mondial résultant de l’arrivée de nouveaux constructeurs de véhicules comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud. Aujourd’hui, il y a une popularisation de la voiture à la portée du Sénégalais moyen au point que l’immobilisme caractérise quotidiennement le décor de la circulation routière urbaine et interurbaine dans nos grandes agglomérations, réduisant considérablement le temps de travail de la population active.

Si bien que la promotion, la rationalisation et la modernisation des transports ferroviaires dans notre pays permettra, de façon efficace et efficiente, le transport optimal de personnes et des biens, au moins sur l’axe Dakar-Mbour-Thiès où sont concentrés quasiment 80% des structures institutionnelles, industrielles, halieutiques ou touristiques, de service ou de commerce.

La grande innovation consiste de faire rentrer le Sénégal, pour la première fois en Afrique de l’Ouest, dans la civilisation du train rapide à traction électrique avec deux voies à écartement standard pouvant être utilisées en même temps par des trains à traction thermique sur un parcours entre Dakar-Aibd via Rufisque, Diamniadio, extensible à moyen terme jusqu’à Mbour et Thiès, à l’image de l’autoroute à péage. La garantie de temps de parcours et le niveau de confort et de sécurité, répond à la variation sensible à la hausse de la demande de transport et, au report modal dans nos agglomérations engluées dans des externalités négatives liées au transport routier actuel.

La réalisation du Ter permettra aussi la réhabilitation de riches patrimoines historiques de plus d’une dizaine de gares, mais aussi, la restructuration et l’intégration des collectivités locales traversées dans le tissu urbain moderne par de grands travaux d’assainissement avec soixante sept ouvrages d’art et plus de trente passerelles pour la mobilité des populations. Actuellement, les travaux d’érection d’un grand canal longeant la voie ferrée pour assurer la connexion avec les canaux transversaux ceinturant la ville de Rufisque, contribuera assez sérieusement à régler l’épineux problème de l’assainissement dans cette vieille ville et à l’accompagnement du développement de l’occupation foncière et des zones économiques.

Il s’y ajoute la création d’un centre de maintenance et d’une école de formation technologique aux métiers modernes du chemin de fer, participant ainsi à la valorisation du capital humain pour de nombreux emplois induits. Nous assistons, avec la réalisation de ce projet innovant et structurant à une rénovation véritable vers la modernité des chemins de fer du Sénégal dont l’histoire glorieuse aura chevillé la vie économique, sociale, politique et syndicale de notre pays et du Mali, depuis le siècle dernier.

La réhabilitation des chemins de fer du Sénégal est assurément une ouvre colossale révolutionnaire au vu du lien ombilical et du rôle que ce mode de transport peut tisser entre les villes du Sénégal pour consolider l’intégration économique nationale et sous-régionale, notre seule voie de sortie.

Les détracteurs du projet posent souvent des questions d’opportunité résultant de la confusion entre les problématiques urgentes relevant du court terme et dont les solutions sont urgentes et celles relevant du long terme, à l’image de la réhabilitation du Dakar-Bamako qui demande des volumes de financement dix fois plus importants, si on voudrait intégrer l’innovation technologique dans le transport ferroviaire pour être compétitif. Ce sont là de fausses analogies, comme celles qui évoquent la question de l’endettement. Car, s’endetter pour investir dans des projets porteurs, c’est s’enrichir et se développer. Nous saluons la pleine implication de la France dans la réalisation du projet et de son importance marquée par la visite du président Macron de la maison du Ter pour un co-développement véritable entre nos deux pays, unis par l’histoire et la culture.

Par Kadialy Gassama
Economiste
Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque

Il est parti comme il a vécu, c'est-à-dire sans les bruissements et les brillances de ces intellectuels égocentriques qui aiment les flonflons exhibitionnistes et les immodesties vaniteuses.

Hamidou Dia était terriblement humble pour un intellectuel fondamental de sa dimension.

Je me délectais goulûment de son exquis commerce intellectuel alors qu'il me promenait dans les méandres éclairés des pensées de Hegel, de Platon et autres Descartes, me guidait à travers les abysses dégagés de Senghor et de Césaire ou quand il m'indiquait les obscurités lumineuses des grandes figures africaines de résistance coloniale pour qui il avait une fascination presqu'obsessionnelle.

A chacune de mes publications, j'attendais et c'était avec une certitude convenue la réaction de cet ainé fécond en idées, généreux en partage intellectuel mais sans concession ni complicité devant la moindre faute ou altération à l'exigence professionnelle.

Hamidou est parti en nous laissant ce que la vanité existentielle, celle du corps, ce dangereux poids qui rive l'homme aux plaisirs fugaces de la vie, ne peut jamais effacer: l'éternelle splendeur de la richesse de l'esprit et des inestimables nourritures que cet esprit peut receler.

De Hamidou Dia intellectuel pluriel, on pourra dire du bien, de tout le bien. De biens et de tous les biens qui n'ont rien de matériel et de matérialiste mais il en restera toujours quelque part l'indicible comme "la nuque est un mystère pour l'œil " pour dévaliser Paul Valéry.

Adieu Grand Hamidou, l'intellectuel total! Que Dieu valide tes prières en t'accueillant dans Son paradis !

Par Soro Diop
Conseiller Communication
Ministère des Affaires étrangères
et des Sénégalais de l’extérieur

Si l’on suit le débat politique dans notre pays, il est frappant de constater que, sur bien des questions, l’opposition fait preuve d’une grave légèreté dans l’analyse. Il en est ainsi au sujet de la croissance. De prime abord, il convient de noter que la plupart des détracteurs du Chef de l’État reconnaissent le taux de croissance officiel, à savoir 6,7 %. À vrai dire, ils n’ont pas d’autres choix, car il serait absurde de contester un chiffre maintes fois confirmé par des institutions extérieures à l’État. C’est donc sur d’autres points que les divagations des contempteurs du régime sont perceptibles.

Le premier, c’est lorsque ces derniers attribuent la croissance aux effets de la politique wadienne et à la chute du prix du baril de pétrole. Il est vrai que ces deux facteurs ont eu des conséquences positives sur l’économie du pays. Toutefois, l’honnêteté intellectuelle aurait dû conduire ces politiciens en perte de vitesse à mentionner le principe de la continuité de l’État et surtout le fait que l’actuel Président ait été l’un des principaux artisans de la réalisation des infrastructures sous Wade. Quoi qu’il en soit, si Wade a légué des éléments d’actif au pouvoir en place, il lui a aussi indiscutablement transmis un passif très lourd. Au résultat, l’opposition doit admettre que la croissance actuelle découle essentiellement des efforts de redressement du pays consentis par Monsieur le Président de la République, Macky Sall. Depuis 2012, tous les facteurs et secteurs déterminants de la croissance ont été réformés, renforcés ou maitrisés. Tel est le cas du foncier, de l’impôt, de la dette publique, de l’agriculture, de l’énergie, des infrastructures, etc. C’est la conjugaison de tous ces éléments qui a facilité l’instauration d’un climat économique propice ayant permis d’atteindre un tel niveau de croissance et de le maintenir sur une pente ascendante.

Le second point sur lequel l’opposition s’enfonce dans le délire concerne les effets de la croissance. Il est, en effet, fréquent d’entendre que la croissance ne profite pas à notre pays dans la mesure où elle demeure portée principalement par le secteur tertiaire qui, pour l’essentiel, reste dominé par des entreprises étrangères. Cette affirmation est une sorte de médication qui cache mal un manque d’imagination. En conséquence, elle doit être repoussée. Auparavant, il y a lieu de souligner qu’aucun opposant ne conteste la nécessité d’attirer les investisseurs étrangers. Et c’est à juste titre, car il est évident que notre croissance ne saurait s’obtenir par la relance de la consommation. Pour une raison simple, de nombreux produits que nous consommons au Sénégal ne sont pas fabriqués dans notre pays. L’on pense, par exemple, à l’électroménager, l’automobile, les machines, etc. Dans ce contexte, vouloir financer l’économie par la consommation, reviendrait à enrichir des pays étrangers. Ainsi, la seule option qui reste demeure l’investissement. À ce titre, l’État consent, depuis six ans, d’importants efforts en investissant, chaque année, plus du tiers de son budget. Mais, chacun sait que cela ne suffit pas pour couvrir les besoins de financement de notre croissance. Dès lors, l’investissement privé apparaît comme une option à considérer sérieusement. De ce point de vue, on notera que le privé national joue déjà un rôle de premier plan. Cependant, ses moyens restent limités ; d’où la nécessité de recourir aux investisseurs étrangers. On remarquera d’ailleurs que les États se lancent, aujourd’hui, dans une compétition effrénée pour capter ces investissements étrangers. Certains allant même jusqu’à se transformer en de véritables paradis fiscaux. Au final, il s’avère que notre pays a bien besoin des investisseurs étrangers. Heureusement, les adversaires du Chef de l’État ont eu la sagesse de le comprendre et de l’admettre.

En revanche, ce qui est inquiétant, c’est comment des hommes politiques qui aspirent à diriger ce pays peuvent-ils, comme des naïfs heureux, soutenir que les fruits de la croissance sont transportés dans les pays d’origine des investisseurs étrangers et que notre économie n’y gagne rien. Il n’est pas nécessaire d’être un expert en droit des sociétés ou de l’investissement pour savoir que cette déclaration demeure insensée.

D’abord, avant de renvoyer quoi que ce soit, les entreprises paient divers impôts sur leurs bénéfices. C’est seulement après cette opération que les dividendes pourront être versés aux actionnaires qui pourront certes les ramener chez eux mais aussi les réinvestir dans notre pays. Le même raisonnement pourrait s’appliquer aux entreprises nationales puisque rien ne garantit que les dividendes versés aux associés seront réinjectés dans notre économie. Ils peuvent bel et bien être investis ailleurs ou simplement épargnés. Tout compte fait, il est impossible d’affirmer, de façon péremptoire, que les retombées de la croissance sont envoyées à l’étranger. Au-delà de ces observations, dire que la croissance n’est pas bénéfique aux populations, c’est méconnaitre les milliers d’emplois créés depuis 2012 et surtout les nombreuses mesures sociales financées justement avec les gains procurés par cette croissance. On peut citer la bonification sur les pensions de retraite, la mise en place et le renforcement des Bourses de sécurité familiale, la Carte d’égalité des chances, la Cmu, la baisse des impôts, l’homologation des prix des denrées de première nécessité, la baisse du prix de l’électricité, etc.

Dans l’ensemble, on s’aperçoit que les critiques sur la croissance formulées par l’opposition, et parfois partagées par certains observateurs, manquent de sérieux et demeurent mal fondées !

Par Dr Momath Ndiaye
Enseignant-chercheur en droit
Coordonnateur de la section APR d’Aix-en-Provence (France)
Membre de la cellule de communication de la DSE-France
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Dans la houle de nos trente ans, les interrogations philosophiques retrouvaient leur consistance dans nos coins de détente parfois interdits aux enfants de chœur.

Rien ne pouvait perturber le flux de nos palabres tant leur écho s’accommodait du vacarme. Mais aussi des odeurs, des humeurs et des couleurs.

Après Latif Coulibaly et Souleymane Jules Diop, à la suite de mon ami Elhaj Kassé, avec le talent en moins, je confirme que Hamidou Dia était évidemment un humaniste accompli. Sa vaste culture l’a ainsi transformé, à son insu, heureusement !
C’est parce que nous avons affaire à un monde des vivants, comme le disait la Grande Royale, que Hamidou et moi abordions les mythes eschatologiques avec beaucoup de passion. Nous partions du Royaume d’enfance de Senghor. Ne plus se rappeler quand c’était. Confondre l’enfance et l’Eden comme si un pont de douceur les reliait.

De nos contorsions intellectuelles sortaient des analogies entre la morphologie du conte et la dialectique ternaire comme grille de lecture des idéologies et des religions.

L’âge d’or ou le paradis perdu à retrouver après les épreuves. De la même manière que la société communiste ne serait que la reconquête du communisme primitif après les épreuves de la lutte des classes qui traverse l’esclavagisme, l’aristocratie, le capitalisme et même le socialisme.

Toujours avec Hamidou, nos vaines tentatives de traduction de textes chantés par Baba Maal comme Macina Toro ou alors « Hey ma jahowo». Oui, philosopher, c’est apprendre à mourir. Le témoignage de ton ami de marabout fut éloquent lors de la cérémonie de levée du corps.

Ah oui, tu as osé lui demander comment mourir en paix alors que lui-même est parmi les vivants. Tu as paradoxalement assimilé la recette. Adieu !

Par Racine TALLA
Journaliste

Hamidou Dia aimait répéter que la mort est le souvenir poussiéreux de la vie. Je répliquais sans cesse que notre vocation est plutôt de méditer sur la vie pour un jour gagner les cimes de l’Immortalité.

Il s’est éteint hier matin, notre frère et ami, Hamidou Dia, et, en ce moment, il gravit les cimes de l’Immortalité. Par son œuvre multiple et riche de mots justes, de jets de lumière et d’éclats de diamant en l’honneur d’un monde de paix et de joie qu’il cherchait tant.

C’est que Hamidou Dia était d’une culture immense, peu commune. Il faut réécouter l’une de ses dernières interventions publiques sur Jérusalem, ville-confluence.

Il connaissait, jusqu’à l’anecdotique, Senghor, Césaire, Damas et tous ceux qui ont porté haut le cri nègre. Il avait une connaissance passionnée de David Diop à la « poésie incandescente » ainsi que tous les poètes du monde noir sur les œuvres desquels il a produit une belle anthologie.

Il était une sorte de dictionnaire de la culture sénégalaise. Féru des traditions artistiques et culturelles haal pulaar, il avait plutôt soutenu un brillant mémoire de maîtrise sur Ndiaga Mbaye qui fut son ami jusqu’à ce que la mort les sépare.

Homme de lettres, Hamidou Dia était aussi familier de la littérature française à travers son histoire. Il était philosophe et avait de la philosophie à travers ses âges une parfaite maîtrise.

Il était poète et romancier et je peux citer Les Sanglots de l’espoir, Les remparts de la mémoire, livres essentiels où le concept, de nature austère, est toujours chargé de subjectivité.

Il était ouvert à tous les souffles avec une capacité inouïe d’être, dans la pensée et l’action, le siège d’une synthèse joyeusement assumée.

Sa vie durant, il a été militant, depuis les années 70, lorsque, très jeune, il rencontre, par le biais de la culture et de l’art, le mouvement maoïste.

Si, avec toutes ces facettes, il n’est pas humaniste, mais alors qui est humaniste?

Voilà pourquoi nous étions là, hier, pour l’accompagner et, « pour l’ultime fois », lui dire, en sa présence silencieuse, toute notre amitié et notre affection.

Je vois ses amis et camarades.

J’aperçois Ousmane William Mbaye, le cinéaste utile.

J’entends son frère Mamadou Dia, la gorge enrouée, submergée de douleur, dire des mots justes, sur le frère disparu.

J’aperçois Thierno Kane, Mallé Kassé, Amadou Kane, Bachir Diop, ses compagnons des années de braise, rêve d’un soir de paix et de bonheur pour notre peuple.

Je vois, charrié d’émotion, mais lucide et concentré, son oncle Cheikh Hamidou Kane, l’immense écrivain.

Je vois ses neveux, Abdoulaye Sow et les autres, ses frères et sœurs, éplorés mais dignes.

J’entends Amadou Tidiane Wone étreint par la douleur dire généreusement sur Hamidou des propos élogieux que je confirme.

Je vois ses collègues de la présidence, ses frères et amis, unis par la souffrance de raccompagner un homme chaleureux et bon. Je vois Baba Maal, le regard perdu dans le flot du temps, pensant sans aucun doute à leur passé commun à Saint Louis et leur séjour en Europe.

Je vois Alioune Badara Beye, président de l’Association des écrivains du Sénégal, très présent pour l’ami et au nom de tous les écrivains du Sénégal.

J’entends la voix étonnée de notre maître, Mamoussé Diagne habité par le doute, parce que, comme toujours, on ne s’y attend jamais. La mort surprend sans cesse.

Je vois sa veuve, inconsolable, parce que Hamidou fut pour elle un père, un ami, un compagnon.

Et je pense à Maimouna et à ses filles qu’il aimait tant, éprouvées mais fortes.

Enfin, j’entends le président Macky Sall rendre hommage à son conseiller qui a renforcé en lui l’amour des arts et des lettres, son frère et ami, écrivain talentueux, intellectuel fécond et, dit-il, « incapable de méchanceté ».

Toi, grand frère et ami, qui m’a tant donné, y compris et surtout la passion de l’écriture, je te dis simplement: Sois en paix dans les instants de l’éternité. Enfin...

Par El hadji Hamidou KASSE

Beaucoup d’acteurs culturels ont toujours considéré qu’en ma qualité d’officier paramilitaire, j’étais plutôt un intrus dans le domaine de la Culture et de la Littérature sénégalaise d’expression française. Le Pr. Hamidou Dia qui vient de tourner le dos à cette vie éphémère, était mieux placé que tout le monde pour démentir ce préjugé sans fondement. En effet, j’ai connu ce jeune élève dans les années 60. Il faisait partie des dirigeants du Foyer Artistique Culturel et Littéraire du Fleuve. Cette association réunissait un grand nombre d’élèves des lycées et collèges de Saint-Louis, la vieille ville française.

J’avais vite fait de remarquer ce jeune homme petit de taille, avec une grosse tête, mais une tête bien pleine, doublée d’une très forte personnalité.

Mon rôle principal dans ce Club culturel consistait à participer à la production d’une émission hebdomadaire de la chaine 3 de Radio Sénégal et qui était dénommée : « Jeunesse et Culture ».

Nous accomplissions cette mission en compagnie du Pr. Babacar Fall « Baker » et Ahmed Yoro Ndiaye le vétérinaire à la belle plume, auteur de la merveilleuse nouvelle : « Diabonkessar le Roi du Blouf ». Le Foyer artistique culturel et littéraire du Fleuve avait désigné Hamidou Dia, Tayfour Diop, devenu magistrat et Madièyna Ndiaye, le généreux détecteur de talents littéraires, pour superviser l’émission à laquelle Hamidou Dia participait parfois à travers ses poèmes de haute facture qu’il lisait de sa voix juvénile.

Après ces années de jeunesse pleines de rêves dans les rues, les lycées, les collèges et maisons des jeunes de Saint-Louis, j’ai perdu de vue l’élève Hamidou Dia. Toutefois, je n’ai jamais perdu l’espoir de le revoir un jour dans les « rendez-vous du donner et du recevoir » que Léopold Sédar Senghor nous a légués.

En effet, trois décennies plus tard, j’ai retrouvé mon petit bonhomme à « Kër Biraago gu bees », siège de l’Association des écrivains du Sénégal. Hamidou était avec Alioune Badara Bèye, Mbaye Gana Kébé, Mamadou Traoré Diop, Seyba L. Traoré, Sada Weindé Ndiaye, Elie Charles Moreau et Amadou Lamine Sall. Entre temps, Hamidou avait obtenu un doctorat à l’Université Laval du Québec. Il était devenu un remarquable chroniqueur, un redoutable critique littéraire, titulaire d’un Ph.D en littérature française et un DEA en Sociologie.

Il avait profondément étudié Senghor et contribué à une meilleure compréhension de son œuvre et de ses messages à travers le Monde. C’est donc avec juste raison que le Pr. Hamidou Dia a été élevé au rang de Citoyen d’honneur de Joal, la ville natale de Léopold Sédar Senghor.

Le palmarès littéraire du Pr. Hamidou Dia est d’une richesse impressionnante : On y trouve des œuvres de haute facture : Les Sanglots de l’espoir ; le Serment ; Kumbi Saleh ou les pâturages du ciel ; les remparts de la mémoire ; Poètes d’Afrique et des Antilles ; Poésie africaine et engagement et j’en passe.

Nul ne saurait oublier les admirables documentaires consacrés à de grandes figures des arts et de la culture de notre pays, tels que : Ndiaga Mbaye, le maître de la parole ; Kalidou Kassé, le tisserand de la toile ; Aminata Sow Fall, la gardienne du temple ; De Karim à Batouala… Je ne voudrais pas m’arrêter sans rappeler que le Pr. Hamidou Dia a reçu le prestigieux Prix du Jasmin d’Argent de la poésie francophone. Il était également Chevalier de l’Ordre national du Lion et Prix d’excellence de la meilleure thèse de l’Université Laval.

A l’occasion de son oraison funèbre, le président Macky Sall a véritablement raison de nous rappeler que le Pr. Hamidou Dia était « un homme dépourvu de méchanceté ». Le Ministre Abdou Latif Coulibaly a également vu juste en qualifiant Hamidou Dia d’écrivain « fécond, talentueux, rigoureux et productif ».

Le Président Alioune Badara Bèye a bien raison d’affirmer que notre confrère Hamidou était « le relais infatigable entre la communauté des écrivains et le Président de la République ».

Hamidou a rejoint le royaume des morts ! La République lui a rendu un hommage mérité. Le Fouta, par la voix pleine d’émotion du ministre Amadou Tidiane Wone, lui adressé ses éloges et le Sénégal l’a gratifié de ses plus ferventes prières.

Pr. Hamidou Dia, la mort a emporté ton corps frêle et fragile, mais cette mort n’effacera jamais ton œuvre immortelle !

Hamidou cher frère ! Qu’Allah (SWT) Soit Satisfait de toi et te reçoive dans les jardins fleuris de Jannatul Firdawsi !

Par Moumar GUEYE
Ecrivain
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Si l’on regarde du côté de l’histoire, l’invention de la radio est une œuvre collective majeure du 19è siècle, qui part de la découverte des ondes électromagnétiques, de l’invention du télégraphe, et aboutit au premier matériel utilisable pour communiquer sans fil. Le physicien italien, Guglielmo Marconi, est considéré comme le père des transmissions par radio ou par télégraphe sans fil bien qu’il se soit inspiré des découvertes de ses nombreux prédécesseurs, tels que Hertz, Popov, Branly et Lodge.

Ces découvertes successives ont permis un nouveau mode de communication qui est toujours d’actualité aujourd’hui. A cette époque, il s’agissait de considérer qu’en s’appuyant sur les ondes magnétiques et la diffusion de ces ondes, les hommes pouvaient communiquer entre eux, malgré les fuseaux horaires et les espaces géographiques.

Ce nouveau mode de transmission et de communication a d’abord servi à l’armée pour les stratégies de guerre avant d’atteindre les foyers pour recevoir les actualités ou encore écouter de la musique. Puis la TSF (Télégraphie sans fil) a permis à chacun de recevoir des informations à la maison puis de transporter ces discours au moyen d’un transistor, petit, léger et portable, l’ancêtre des nouvelles technologies que nous connaissons aujourd’hui. Mais, au-delà des aspects techniques et de la science, il est intéressant d’observer que la radio est un moyen extraordinaire de l’expression et de l’échange. Car l’expression orale, la parole, le discours sont au cœur de la vie des apprentissages premiers et des relations humaines et sociales.

Aujourd’hui, au 21ème siècle, tout le monde a accès à la radio, à la condition d’avoir une connexion Internet. On peut écouter la radio diffusée par les médias journalistiques classiques mais également le web radio, que l’on pourrait comparer au système des radios libres nées dans les années 1980 en France notamment. Cela a permis, par exemple, de diffuser des programmes radio dans des zones qui n’étaient auparavant couvertes par des ondes magnétiques ou hertziennes. On sait également qu’avec le développement des nouvelles technologies, tout internaute, donc tout citoyen un peu expérimenté des outils numériques, peut créer une radio de diffusion.

Cette nouvelle émergence technologique permet une autre manière d’appréhender la communication. C’est une ouverture plus démocratique à la prise de parole, à l’opinion, à la réflexion, au débat, et de fait à une forme de citoyenneté participative à la fois individuelle et collective. Chacun, s’il en a envie, a le moyen de s’exprimer dans un domaine qui l’intéresse et qu’il a envie de transmettre.

Le podcasting, par exemple, est le moyen d’écouter, en toute autonomie, un programme que l’on a choisi et qui renforce de manière symbolique ce sentiment de liberté de l’écoute radiophonique. C’est pourquoi, je pense qu’il est nécessaire de saisir cette incroyable révolution pour conduire une citoyenneté renouvelée au sein de nos espaces. Les moyens de communication et les technologies nouvelles sont au cœur du 21ème siècle, mais ces intelligences virtuelles ne sont que des outils. C’est la philosophie humaine qui doit faire en sorte de donner du sens de produire, des fonctions pédagogiques à travers un mode communicationnel qui dit, qui explique, qui informe, qui dénonce parfois et qui renforce les liens humains. La radio numérique, et par delà la prouesse technologique, est l’un de ces outils qui enrichi les savoirs, la démocratie et la citoyenneté.

C’est pourquoi, je suis de ceux qui pensent que l’expression radiophonique est un moyen formidable de diffuser nos connaissances, notre pensée, notre histoire, notre articulation sociale dans le langage qui est le nôtre, pour conduire non seulement la renaissance culturelle mais également pour faire naître une nouvelle citoyenneté africaine.

Par Dr Yacine DIAGNE KANE
Enseignante/ chercheur
Chef du département radio au CESTI / UCAD

Monsieur le président Macron, n'écoutez pas le président Wade à propos de Saint-Louis : ses tâtonnements dévastateurs et empiriques sont la source de tous nos maux.

Notre belle et pluri-centenaire ville de Saint-Louis, centre de l'élégance et du bon goût, ancienne capitale de l'Afrique occidentale, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, se meurt, menacée qu'elle est aujourd'hui du fait certes du changement climatique et de la montée des eaux y relative, mais aussi par les tâtonnements dévastateurs et empiriques d'un homme : le président Abdoulaye Wade.

Monsieur le président Macron, vous avez été sensible au plaidoyer du maire et du peuple de Saint-Louis, porté par la voix du président Macky Sall, ici et ailleurs, et avec lui, vous avez tenu à inscrire dans l'agenda de votre visite officielle au Sénégal, en ce début du mois de février 2018, un déplacement sur les lieux pour voir, apprécier, évaluer et compléter par un soutien financier substantiel de la France, l'effort continu du Chef de l'Etat du Sénégal engagé dans l'urgence depuis 2016.

Saint-Louis, dans sa diversité, vous a accueilli triomphalement et vous exprime, à vous et au Président Macky Sall, toute sa reconnaissance.

Si j'ai tenu à vous alerter face à cette générosité intellectuelle soudaine de notre ancien président-consultant vis à vis de Saint-Louis, c'est que son action sur ce point précis de la lutte contre l'érosion côtière qui installe notre ville dans un processus irréversible de destruction, a été davantage le "problème" que la "solution".

Faudrait-il rappeler que la vieille ville coloniale, comme vous avez pu vous en rendre compte de visu, a été bâtie sur une île de l’estuaire du fleuve, protégée naturellement contre l'assaut des vagues de l'Atlantique par une très étroite bande de sable dite la Langue de Barbarie.

Par son étendue sur une trentaine de kilomètres vers le sud de la ville, la Langue de Barbarie présente le désavantage d'empêcher une évacuation rapide des eaux du fleuve lors des grandes crues conséquentes aux saisons des pluies fortement excédentaires. Ceci s'est encore vérifié lors des inondations fluviales qu'a connues Saint-Louis en 2003. Le président Wade assurait en ce temps-là la magistrature suprême de notre pays.

En 2003, dans un grand affolement, survolant la ville, Wade n'a pas trouvé mieux qu'à faire réaliser artificiellement une ouverture par le biais d’un canal de 4 m. La conséquence fut désastreuse, cette brèche de 4 m en 2003 s'est élargie de manière spectaculaire pour atteindre présentement une largeur de 7 km et devenant, dès lors, une nouvelle embouchure.

En fait, les différentes « embouchures » (phénomènes de barre) qui se formaient, au gré des forces énergétiques, d’un côté et de l’autre de la Langue de Barbarie, de l’océan et ses vagues et houles, du fleuve et ses courants et crues, se faisaient de manière naturelle et silencieuse.

"La ville est désormais en tête d’estuaire : le marnage a fortement augmenté et les niveaux d’eau du Sénégal sont de plus en plus calqués sur le rythme des marées. Or, la cité émerge à peine au-dessus du niveau des plus hautes mers actuelles. Elle devient donc plus vulnérable à une augmentation, même modérée, du niveau moyen de la mer", comme le décrit si bien cette étude scientifique des professeurs Paul Durand, Brice Anselme et Yves-François Thomas, menée en relation avec leurs collègues Alioune Kane et Bachir Diouf, de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Je voudrais donc vous demander solennellement de ne point donner suite aux propos fantaisistes de cet ancien président, consultant international en tout, qui fait un commentaire sans aucun argumentaire technique et fait une comparaison entre la Commune de Saint-Louis qui est sur la Grande côte et celle de Popenguine, située sur la Petite côte.

Excellence, nous, populations de Saint-Louis, vous remercions de votre déplacement pour venir constater de vous-même les conséquences de l'érosion côtière et attendions avec impatience la mise en œuvre diligente des engagements de Saint-Louis qui viendront renforcer le budget de quatre (4) milliards de FCfa engagé par le Président Macky Sall comme mesure d'urgence depuis déjà deux ans.

Très haute considération.

Par Honorable Députée Aminata Guèye
Présidente de la Commission de la Santé,
de la Population, des Affaires sociales et
de la Solidarité Nationale
Assemblée nationale du Sénégal

INTRODUCTION
Le système éducatif africain fait, aujourd’hui, face à des exigences, à des défis et à des potentialités immenses. Les marchés de l’emploi évoluent rapidement et le chômage des jeunes, des adultes et le désengagement social font partie des préoccupations pressantes auxquelles sont confrontés presque tous les pays africains. Dans presque tous nos pays, les Etats et les différents acteurs attendent du système éducatif qu’il réponde aux multiples priorités du développement social et économique, qu’il s’agisse de l’insertion professionnelle ou de la réduction de la pauvreté, de la sécurité alimentaire ou de la cohésion sociale, de la croissance économique ou de la compétitivité.

Dans des contextes de chômage et de sous-emploi chroniques, les jeunes, eux-mêmes, exigent davantage de possibilités d’éducation et de formation qualifiante et une plus grande pertinence de l’enseignement et de la formation face au monde du travail. Les employeurs demandent une gamme et un niveau croissants de qualifications et de compétences combinant des compétences techniques et interpersonnelles.

Malgré les efforts réalisés, depuis plusieurs décennies, au sein du système éducatif, trop peu de jeunes et d’adultes sont, aujourd’hui, en mesure d’acquérir les compétences, les savoirs et les attitudes dont ils ont besoin face aux transformations actuelles du monde du travail. En outre, une grande part du système éducatif actuel s’articule mal avec les exigences du marché du travail et le système éducatif ne contribue pas autant qu’on pourrait l’attendre aux besoins du développement socioéconomique. Bien que conçus pour soutenir la mobilité sociale, certaines politiques, certains systèmes de management et certains programmes du système éducatif limitent les perspectives des apprenants et renforcent les inégalités sociales.

Evidemment, le niveau d’éducation, de formation et de qualification de la population active conditionne le potentiel de croissance et de développement d’un pays. Cette affirmation, qui ne fait l’objet d’aucune remise en cause, confère au financement du système éducatif une forte légitimité.

Cet aspect du système éducatif est actuellement d’autant plus crucial que les mutations du marché du travail, dans un contexte d’évolution rapide des techniques de production, de management, des technologies de l’information et de la communication et de renouvellement démographique, lancent un défi majeur au système éducatif, appelé à fournir, à court et moyen termes, à l’économie les compétences nécessaires au dynamisme de la croissance et de l’emploi. Le défi n’est pas nécessairement relevé à l’heure actuelle au niveau de notre continent et dans de nombreux pays en développement.

L’Afrique est donc en plein questionnement sur l’intégration optimale de son système éducatif dans une économie concurrentielle, en recherche d’efficacité, de modernité et de mise à niveau, et qui souhaite apporter des réponses durables aux crises actuelles.

Le système éducatif et l’employabilité, le financement de l’appareil éducatif ainsi que la gouvernance sont les trois principaux défis persistants de notre système global éducatif par rapport à la problématique de l’insertion professionnelle et de la citoyenneté.

Notre système éducatif apparaît encore insuffisamment attentif aux besoins des entreprises. Et même si les mentalités évoluent, le monde éducatif et le monde professionnel se présentent bien souvent comme deux univers séparés.

En effet, le système éducatif africain ne parvient pas à conduire tous les jeunes qui lui sont confiés à l’acquisition des compétences de base indispensables pour évoluer et se former tout au long de la vie et un diplôme ou une qualification leur assurant une transition aisée vers l’emploi.
Les approches visant à renforcer un financement pérenne, efficace et efficient sont notamment les suivantes :
• D’abord, procéder à un ciblage stratégique des publics apprenants, car les ressources financières sont structurellement limitées ;
• Ensuite, trouver des moyens permettant de mobiliser les meilleures ressources financières possibles pour le système éducatif, y compris les contributions des donateurs internationaux et des bénéficiaires de l’éducation ;
• Enfin, optimiser, dans des contextes particuliers, le pilotage et la capacité à rendre compte des mécanismes de financement du système éducatif.

La question fondamentale de la gouvernance du système éducatif mérite d’être posée.
Les États, les collectivités locales, les établissements publics, les centres d’enseignement public et privé, les associations, les organisations professionnelles, syndicales et familiales ainsi que les entreprises concourent à l’assurer. En effet, le système éducatif est régi par une pluralité d’acteurs sans réelle hiérarchisation de leurs responsabilités respectives. Le problème majeur reste désormais celui de la bonne articulation entre les différents acteurs. Et cette conjonction doit, d’une part, corriger le manque de lisibilité, car de nombreux sujets sont partagés entre plusieurs intervenants, et, d’autre part, les disparités dans la prise en charge.

Aussi, les régions sont confrontées à la logique des statuts et des financements et, d’une manière générale, au manque de porosité du système.
Pour faciliter l’insertion professionnelle, la conceptualisation du système éducatif pourrait y inclure : l’« apprendre à être », l’« apprendre à vivre ensemble » ainsi que, plus traditionnellement, l’« apprendre à connaître » et l’« apprendre à faire ».

Les objectifs suivants doivent être poursuivis pour promouvoir :
• L’accroissement du taux de qualification professionnelle au sein de la population ;
• La mise sur le marché du travail de ressources humaines qualifiées correspondant aux besoins du secteur productif et de service ;
• Le savoir-agir, l’employabilité, l’adaptabilité et la créativité chez les jeunes.

Sur ce, nous faisons les huit propositions ci-après :
Proposition 1 : Passer d’une orientation subie à une orientation choisie, condition d’un parcours réussi en généralisant la découverte des métiers au collège et même au primaire, en « professionnalisant » les acteurs de l’orientation en vue de renforcer leur ouverture sur le monde professionnel ; en informant sur les débouchés : un devoir de transparence et de vérité (vers quel secteur il vaut mieux que les apprenants se dirigent pour être le plus en adéquation avec les demandes du marché du travail ?)
Proposition 2 : Réduire le nombre de jeunes sortants sans « bagage » de formation initiale : un « enjeu d’intérêt universel » :
Un impératif préalable : garantir la maîtrise des savoirs de base

La problématique de l’illettrisme : proposer des actions adéquates à large assise
Prévenir les « sorties précoces » : diversifier les parcours de réussite
La nécessité de proposer des parcours plus diversifiés aux élèves qui ne sont pas à l’aise au sein d’un système éducatif qui privilégie l’abstraction à une approche plus concrète des savoirs.
Une meilleure valorisation, dans les cursus scolaires, des activités valorisant le « geste », notamment les activités manuelles, sportives ou artistiques.
Renforcer les moyens de suivi à la sortie du système éducatif : repérer et accompagner.
Proposition 3 : Offrir une « deuxième chance » d’accès à la qualification : ouvrir les frontières de la formation initiale vers la mise en place d’une « formation qualifiante différée ».
Proposition 4 : Renforcer l’attractivité des filières professionnelles
Nous devons, enfin, comprendre que l’alternance est la « forme naturelle » de la formation professionnelle initiale. Reconnaître les vertus de l’entreprise « formatrice », l’intérêt de l’insertion par l’entreprise. Réconcilier « apprendre » et « travailler ».
Instituer un « statut du lycéen professionnel»
Construire des parcours plus souples et itératifs
Proposition 5 : « Imbriquer » le système éducatif- volet enseignement général- et le monde de la formation professionnelle
Les établissements scolaires et universitaires : un potentiel à valoriser pour initier, réformer ou développer, selon le cas, l’apprentissage.
Professionnaliser les études universitaires
Articuler l’offre de certification aux besoins de l’économie : clarifier et évaluer
Proposition 6 : Centrer plus efficacement l’Etat sur la mission d’assurer, sur l’ensemble du territoire, l’équité du système éducatif.
Proposition 7 : Au niveau de la région ou du département, selon le cas, mettre en cohérence avec la politique de décentralisation.
La région ou le département pourrait être le chef de file de l’ensemble des acteurs de la formation.
Définir des orientations claires, précises et cohérentes
La mise en œuvre dans un espace pertinent, par exemple le bassin d’emploi
Proposition 8 : Lever les freins matériels à l’accès à l’éducation en dynamisant l’appareil de formation initiale et continue des services public et privé en diffusant les bonnes pratiques et les expérimentations réussies.

CONCLUSION :
La question de la gouvernance et du pilotage doit être au centre de nos politiques éducatives. Il est également nécessaire de mobiliser la communauté éducative (familles, élèves, enseignants, personnels administratifs), afin de mieux informer les élèves et les familles sur les métiers qui recrutent et les différentes filières de formation. A ce titre, la généralisation de « l’orientation concertée », réunissant l’ensemble des acteurs précités, permettra de choisir en connaissance de cause. La structuration et la mise en réseau des services d’orientation doivent être entreprises. Au-delà de la professionnalisation des acteurs de l’orientation, il est indispensable qu’une coordination existe entre les différentes structures, pour une meilleure information conseil aux personnes.

La décentralisation vers les régions de l’ensemble des services d’orientation devra être entreprise afin d’assurer un service global d’orientation décentralisé. Des réformes doivent être entreprises pour rationaliser et optimiser les financements de l’éducation et de la formation. Il faut poursuivre le paritarisme, le dialogue social et la négociation.

Enfin, le rôle des États doit être centré plus efficacement sur leur mission d’assurer, sur l’ensemble de leur territoire, l’équité du système éducatif. Ils doivent assurer l’équité sur les principaux axes de réforme de la politique éducative et de formation, à savoir le lien avec l’emploi et la formation, l’accès à l’éducation et à la formation, l’efficacité de l’appareil éducatif et de formation et la rationalisation des circuits financiers.

Un État doit être garant de l’équité sur le plan national en lançant et en animant les débats concernant les objectifs de la politique éducative, en mobilisant les instruments normatifs et de contrôle qu’il possède, en contractualisant des objectifs et des moyens avec les régions.
L’évaluation annuelle des politiques éducatives doit être une nécessité.

Enfin, bien que les perspectives liées à l’économie et à l’équité soient toujours valides, une perspective liée aux transformations semble, aujourd’hui, indispensable pour que l’éducation et la formation ne privilégient plus les besoins à court terme de certains groupes, mais répondent désormais aux besoins de compétences à long terme de tous les jeunes et de tous les adultes, ainsi qu’à ceux des générations suivantes.

La perspective liée aux transformations peut aider à concevoir des mesures politiques adaptées au contexte. Les individus des sociétés et des économies d’aujourd’hui et de demain ont le droit d’être préparés au changement, de bénéficier équitablement de l’apprentissage relevant de l’éducation et de la formation et de voir cet apprentissage reconnu par les autres. La conceptualisation du système éducatif doit, par conséquent, évoluer. L’« apprendre à être » et l’« apprendre à vivre ensemble », de même que l’« apprendre à connaître » et l’« apprendre à faire » doivent constituer le nouveau socle de tout système éducatif, pour que tous les jeunes puissent bénéficier, aujourd’hui et demain, de compétences pour leur travail et pour leur vie.

Par El Hadji Ibrahima MBOW
Membre du Cese
Professeur des Grandes Ecoles
Chercheur à la Faculté des Sciences économiques et de gestion
Laboratoire Focs Faseg Ucad
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En adoptant la stratégie « Sénégal numérique 2025 », notre pays fait un pas vers la prise en charge politique de l’opportunité d’accélération du développement et d’intégration mondiale qu’offrent les technologies de l’information et de la communication (Tic) dans un monde de l’information et de l’économie de la connaissance. Le Plan Sénégal émergent (Pse) et sa mise en œuvre créent un environnement et un cadre indispensables au développement du numérique.

Pour atteindre ses différents objectifs, le Pse devra toutefois tirer profit des atouts du Sénégal dans le domaine du numérique en favorisant l’éclosion massive de services qui en découlent : instruments de production de valeurs ajoutées, outils de création et de production massive d’innovations, supports de création d’entreprises ou de modernisation de celles-ci. En effet, une bonne maîtrise du numérique, sous tous ses aspects, participe à asseoir notre sécurité nationale et notre souveraineté. Le choix du numérique est à relier avec le développement de l’énergie solaire et des énergies renouvelables, de manière générale, et sa disponibilité partout sur le territoire national. En définitive, le numérique est une opportunité à faible coût et à courte durée d’incubation pour construire une économie basée sur la maîtrise des compétences, le développement et l’utilisation de connaissances de pointe. Cette économie moderne s’appuie nécessairement sur une jeunesse compétente, dynamique et créative qu’il faut accompagner. C’est une économie à fort potentiel d’utilisation massive de main-d’œuvre qualifiée. L’éducation, la formation professionnelle et technique, l’enseignement supérieur, la recherche, la science, la technologie et l’innovation constituent la base incontournable de la création massive de ce capital humain de type nouveau. L’éducation et la formation sont d’ailleurs transformées par le numérique qui permet de renforcer la qualité, d’élargir et de démocratiser l’accès, de parfaire l’équité, de réduire les inégalités et surtout de lever les contraintes d’éloignement des grands centres urbains ou d’isolement d’un pays, permettant ainsi d’asseoir l’équité territoriale. Le piège le plus dramatique pour un pays en développement est de penser construire une économie basée sur le numérique par l’importation d’applications, de savoir-faire, d’expertises ou d’équipements entièrement conditionnés, sautant ainsi l’étape essentielle de la conception-apprentissage-application-production-consommation sans laquelle peu d’expertise nationale se construit et aucune économie nationale ne serait durable. Les pays africains tombent souvent dans le piège des offres, avec facilité de payement, provenant de pays souhaitant aider leurs entreprises expérimentées à écouler leurs produits.

Dans ce monde où la science et la technologie sont particulièrement au cœur des processus, des équipements et infrastructures, des innovations, des services et des relations entre les Gouvernements et les peuples, il est certes difficile d’être indépendant en tout.

Cependant, il est tout à fait possible de choisir les partenariats en rapport avec les priorités de notre économie, les besoins de notre société et les potentialités de notre culture. Quelques domaines à fort impact économique, social et culturel dans lesquels le pays décide d’exceller et ainsi d’être, à l’horizon d’une génération, dans le top ten mondial. Ce choix a un impact sur tous les secteurs de la vie nationale. Il faut très rapidement réaliser et dépasser la question de la dématérialisation qui devrait être un espace privilégié d’application du concept conception-apprentissage-application-production-consommation pour aller résolument vers la création de startup, de Pme et de Pmi dont les produits sont le fruit d’innovations scientifiques et techniques. Ce défi est largement à la portée du Sénégal.

Au moment où la voiture autonome, la voiture robot, la voiture « intelligente » ou tout simplement la voiture sans chauffeur arrive sur les marchés des pays développés, que sont testés des robots pouvant remplacer le personnel d’accueil ou imiter les personnes de compagnie, l’Afrique ne peut plus se permettre de laisser ses femmes passer l’essentiel de leur temps journalier à s’éreinter dans des travaux pénibles dont la finalité se résume à manger, laver le linge, boire de l’eau potable, labourer le champs, s’éclairer, se soigner, traire les vaches, garder le troupeau, etc.

Le pilotage automatisé d’une exploitation agricole, le rétablissement de l’autonomie des personnes souffrant d’un handicap, la surveillance des troupeaux, l’automatisation du ramassage et du traitement des ordures, l’automatisation de la cueillette des fruits, la téléconsultation et la télé-intervention, le contrôle et la surveillance routière et des frontières, la promotion du tourisme, l’administration de médicaments, etc., sont autant de services et d’activités qu’il est possible d’assurer avec de meilleurs rendements et efficacité par des robots. L’imagination des jeunes va au-delà de ces exemples très simples. Soutenus et surtout formés, ils sont en mesure d’intégrer le Sénégal dans le club des pays numériques. Le numérique n’est pas une discipline solitaire, encore moins un ensemble de disciplines scientifiques classiques comme l’informatique, les télécommunications, les mathématiques, l’automatique. En fait, la force du numérique est l’interaction qu’il favorise avec d’autres disciplines pour résoudre certains problèmes, diagnostiquer, produire des applications, des objets avec une certaine autonomie et des robots capables, dans certains cas, de dépasser les performances de l’être humain. Le monde s’est engagé inexorablement dans cette voie. L’Afrique sera-t-elle encore le continent absent et qui constatera son lâchage du peloton des continents et pays émergents ? Ce qui se trame dans les laboratoires et dans les ateliers des institutions d’enseignement supérieur et de recherche et dans les entreprises, ce qui est en train d’être conçu par des startup, des Pme et des Pmi, ce que les armées, en toute discrétion, créent sous la couverture du code « classifié », est mille fois plus puissant, plus dangereux et surtout plus décisif. L’Afrique doit se donner les moyens d’avoir le choix : faire ou ne pas faire. Le continent n’aura véritablement le choix que s’il détient les compétences, l’expertise et l’environnement infrastructurel lui permettant d’entreprendre, en toute autonomie, des projets numériques d’envergure mondiale au service des Africains. Certaines questions comme le clonage ne relèvent plus de films ou de romans de science-fiction. Entre éthique et curiosité malsaine, le pas est vite franchi d’agir sur les bactéries, les virus, les cellules, les êtres vivants tels les plantes, les animaux et …l’être humain ! Les plus faibles, les plus démunis en seront alors les victimes désignées. Sommes-nous sûrs de la nature, de la qualité et de l’innocuité des produits alimentaires que nous importons et consommons quotidiennement en tout insouciance ? Plus la génétique moléculaire progressera, plus il nous faudra combiner des moyens biologiques et numériques puissants et sophistiqués pour apporter des réponses irréfutables à ces risques vitaux.

Le choix du Président de la République, Son Excellence Monsieur Macky Sall, de créer la Cité du Savoir dans la nouvelle ville de Diamniadio est une réponse sénégalaise à cette lancinante question qui interpelle toute l’Afrique : prendre le départ pendant qu’il est encore temps ! La Cité du Savoir est un espace de concentration des meilleurs cerveaux sénégalais et africains avec leurs partenaires pour construire les connaissances et créer les innovations dont le Plan Sénégal émergent a besoin. Elle est bâtie sur une superficie de quatorze hectares réparties en cinq pôles : gouvernance, recherche-innovation-transfert de technologie-incubation, apprentissage et formation, promotion de la culture scientifique et services. Elle recevra des équipements scientifiques et techniques lourds pour permettre à nos chercheurs et nos enseignants-chercheurs de ne plus avoir besoin d’aller dans des laboratoires étrangers pour faire leurs travaux avec comme conséquence le renforcement, par leurs publications, du classement de ces universités étrangères au détriment des nôtres. Le déplacement à l’étranger de nos chercheurs et enseignants-chercheurs présente d’importants risques quant à la protection et au bénéfice de la propriété intellectuelle des résultats de leurs recherches.

Plusieurs plateformes mutualisées regroupant des équipements lourds sont en cours d’études et certains de ces équipements sont déjà acquis. Les équipements du Centre de microscopie électronique sont acquis, de même que ceux du Centre de biotechnologie végétale. La plateforme de génétique moléculaire est en cours de dimensionnement avec nos partenaires de l’Université d’Evry. Elle comprendra une partie service et une autre recherche. Le Sénégal a acquis le supercalculateur d’une puissance de calcul de 537,60 Tflops crête, le plus puissant d’Afrique après celui de l’Afrique du Sud, grâce à un financement de la Banque publique d’investissement (Bpi) de France. Il sera livré par l’entreprise Atos, courant 2018, et installé à la Cité du Savoir, précisément au Centre de mutualisation et de partage (Cmp), le cœur du système d’information du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Un centre de fabrication de microsatellites sera aussi installé à la Cité du Savoir dans le cadre d’un partenariat avec ArianeGroup. La combinaison de la plateforme de génétique moléculaire et le supercalculateur permettra, par exemple, de pouvoir très rapidement déterminer, sur place, si une farine de blé importée est issue de plantes génétiquement modifiées ou pas, d’établir des liens de paternité, d’identifier un individu présent dans un endroit donné, de diagnostiquer certaines maladies, etc. D’autres plateformes de recherche sont en cours de discussion avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea).

L’acquisition du supercalculateur permettra également au Sénégal de construire une masse critique de Licences, de Masters et de Doctorats dans les domaines de pointe de l’économie du savoir du vingt-et-unième siècle. Le modèle sera le Master interuniversitaire sur les énergies renouvelables qui est un Master commun entre les Universités de Thiès, Gaston Berger de Saint-Louis, Alioune Diop de Bambey et Assane Seck de Ziguinchor et l’Ecole polytechnique de Thiès. Les filières choisies sont : l’intelligence artificielle, le Big Data, la cybersécurité, la robotique, la génétique moléculaire, le calcul scientifique, la modélisation et la simulation numérique. D’autres filières sont en cours d’étude comme, par exemple, les nanotechnologies et les données satellitaires. Un centre d’excellence en simulation numérique est également prévu. Durant leur formation, les étudiants bénéficieront de stages en France. Le supercalculateur constituera un cadre de partenariat entre les institutions sénégalaises de formation, de recherche, les entreprises sénégalaises, certaines administrations et les chercheurs, les enseignants étrangers venus travailler avec leurs collègues sénégalais dans ce projet de formation, de recherche et de service. Les diplômés seront formés à l’entreprenariat et certains d’entre eux pourront lancer leur startup dans l’incubateur de la Cité du Savoir. La réception du Centre de mutualisation et de partage est prévue au mois de mars 2018.

La Cité du Savoir va aussi accueillir, sur un espace de deux hectares, un démembrement du Campus universitaire franco-sénégalais.

En plus du Cmp, plusieurs infrastructures sont en construction, à savoir l’Institut supérieur d’enseignement professionnel (Isep) de Diamniadio qui sera spécialisé dans les métiers de l’automobile et les métiers des Tic. Idem pour le siège de l’Université virtuelle du Sénégal et celui de l’Autorité nationale d’assurance qualité (Anaq-Sup).

Une innovation particulièrement importante est la création, au sein de la Cité du Savoir, d’un espace de promotion de la culture scientifique avec deux infrastructures en cours de construction : la Médiathèque et la Maison de la science.

Les travaux de la Médiathèque touchent à leur fin. Elle accueillera des tout-petits jusqu’aux adultes dans des espaces dédiés. La Maison de la science comprend un aquarium géant, plusieurs plateformes de démonstration (mathématiques, physique, chimie, biologie, robotique, etc.), un espace astronomie, un observatoire d’astronomie et un planétarium. Sa construction est très avancée.

La Cité du Savoir est unique dans sa conception. Lieu privilégié de formation, de recherche, d’innovation, d’incubateur de startup, elle sera aussi un espace de promotion de la culture scientifique attirant les enfants, les jeunes et les adultes dans un environnement vert et aquatique propice à la réflexion, à l’apprentissage, au partage et à la sérénité. Espace piétonnier, donc sans voiture, la Cité du Savoir rapprochera le Sénégal avec l’étranger à travers le partage de la connaissance, la recherche, l’innovation et la construction de vocations précoces pour la science et la technologie.

Le Président Macky Sall, en créant la Cité du Savoir, fait le pari de la science et de la technologie dans la contribution du Sénégal au rendez-vous du donner et du recevoir au banquet de l’universel, si cher au Président Léopold Sédar Senghor.

Par Professeur Mary Teuw Niane

Dans son discours du 28 novembre 2017 à l’Université Kizerbo de Ouagadougou, le Président français Emmanuel Macron a fait une déclaration qui rompt d’avec les positions bien connues de la France pour tout ce qui touche à la restitution des biens culturels. Faisant allusion aux traumatismes qui ont accompagné le fait colonial, qu’il a déjà qualifié de crime contre l’humanité, il s’attaque à un autre tabou de la République : l’inaliénabilité du patrimoine en exil considéré comme composante à part entière du patrimoine français. Sur ce, il a déclaré : « Je ne peux pas accepter qu’une large part du patrimoine culturel de plusieurs pays africains soit en France. Il y a des explications historiques à cela, mais il n’y a pas de justification valable, durable et inconditionnelle. Le patrimoine africain ne peut pas être uniquement dans des collections privées et des musées européens. Le patrimoine africain doit être mis en valeur à Paris mais aussi à Dakar, à Lagos, à Cotonou. Ce sera une de mes priorités. Je veux que, d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ».

Si cette déclaration a été accueillie sur le continent avec soulagement, c’est un tollé de récriminations qui lui fit échos en France. Les galeristes pincent les dents et les juristes montent au créneau avec une étonnante violence verbale inhabituelle du reste. « On ne peut pas accepter qu’un Président, en raison de ses affinités, de ses goûts, voire dégoûts, ou de ses intérêts, puisse porter atteinte au patrimoine de la Nation française », s’est offusqué Yves-Bernard Debbie, avocat spécialisé en Droit du commerce de l’art.

Il en a rajouté en raillant surtout « l’intenable promesse d’Emmanuel Macron » (1) qui veut s’attaquer à un principe établi depuis 1556 par « l’édit de Moulin »
(1) http://www.lefigaro.fr définissant le domaine royal devenu domaine public.

On le voit bien, la question divise. Même si des voix autorisées, comme celle de Stephan Martin, président du Musée du Quai Branly, sans porter de jugement, admet que la situation actuelle « n’a pas vocation à durer », un constat s’impose sur cette question majeure : les lignes, jusqu’ici solidement fixes, commencent à bouger. Le moment est alors venu de revisiter le contexte qui est un point de passage obligé pour donner sens, légitimité et crédibilité à la restitution.

Au juste, c’est quoi une restitution ? D’après le Larousse, c’est « rendre quelque chose à son propriétaire légitime » ; ce qui revient à dire que le détenteur du bien le possède indûment. Sous cette acception juridique et même morale, on admet, sans difficulté, que la plupart des biens culturels conservés dans les institutions européennes peuvent être concernés pour la bonne raison qu’ils ont été illégitimement acquis par la force ou dans des relations de subordination.

La recherche du trophée de guerre est propre à toutes les sociétés. Ils peuvent être plus ou moins sanglants ou symboliques, voire les deux à la fois. En Europe, la capture du drapeau était un accomplissement. Ailleurs, c’est la danse autour du scalp. En Afrique, on a opté pour les symboles. En vérité, c’est du pareil au même. Et cela pouvait aller du trône à la tête du supplicié. Le Musée des invalides, le Musée de l’Homme, le Quai Branly-Jacques Chirac et, dans une moindre mesure, le Museum d’Histoire naturelle du Havre détiennent d’importantes collections acquises par ce procédé. Il y a aussi, et elles sont nombreuses, des collections acquises dans la fourberie ; le mot n’est pas exagéré. Fourberie qui était le fait de personnes dont les apports à la connaissance des sociétés africaines sont pourtant établis et reconnus. Dans l’Afrique fantôme, ouvrage paru en 1934, Michel Leiris (2) rend compte, avec un réalisme saisissant, des stratagèmes mis au point par Griaule pour spolier littéralement les populations. Le scientifique explique et cite plusieurs cas ou le rapport de subordination est ainsi compris : « Le chef de village est écrasé ». Avec une remarquable lucidité, il dit encore ceci : « On pille les Nègres, sous prétexte d’apprendre aux gens à les connaître et les aimer, c’est-à-dire, en fin de compte, à former d’autres ethnographes qui iront, eux aussi, les « aimer » et les piller ».
(2) L’Afrique fantôme – Gallimard 1934

Ce rapport à l’autre, cette altérité qui a profondément marqué les rapports de l’Occident avec les peuples soumis, a trouvé sa sublimation dans les expositions coloniales et autres formes d’exhibitions d’êtres humains, véritables zoos humains. L’Exposition coloniale internationale de 1931, à Paris, fut certainement l’une des plus achevée avec la participation de presque toutes les puissances coloniales. Le « Musée des Arts Africains et Océaniens », né de ses cendres, alimentera, après sa fermeture, une partie des collections du Quai Branly-Jacques Chirac.

Sans entrer dans les détails de ce processus multiséculaire d’invention du sauvage (3), il est évident que les acquisitions les plus massives, les plus violentes et les plus répréhensibles sont à mettre au compte des institutions publiques ; même si cela n’absout pas tous ceux qui ont participé à toute la chaîne. Au final, pour la période concernée, laquelle couvre toute la période de contact, des explorateurs aux expéditions de conquête et toute la période coloniale, il ne fait pas de doute que l’essentiel des biens culturels est en Europe et que l’on peut les considérer, à juste titre, comme des « biens mal acquis ». D’où la pertinence et la justesse associées à la notion de restitution au sens étymologique. Dans la bonne acception latine, « restituere » signifie « remettre à sa place, replacer » (4). Et c’est bien de cela qu’il s’agit.
(3) « L’invention du sauvage » : thème de l’exposition présentée par le Musée du Quai-Branly, en 2011, avec comme Commissaire Monsieur Lilian Thuram qui a pu traiter, avec bonheur, d’une question sensible et complexe.

Ce qu’on remarque dans l’histoire qui se déroule sous nos yeux, c’est que,comme un accomplissement, la déclaration du Président français fait littéralement basculer une situation indécise depuis bientôt un siècle. Il ne faut pas, en effet, s’y tromper. Pour tous les mouvements panafricanistes, de la « Violation d’un pays » à celui plus récent de la négritude, des musiques urbaines aux productions plastiques contemporaines, la notion de restitution au sens de revendication est omniprésente, mais dans une acception dont on a malheureusement tardé à décrypter le sens.

Les biens dont l’Afrique a besoin pour se réapproprier son histoire vont très certainement, d’une manière ou d’une autre, revenir au bercail.

Le cas du Bénin est particulièrement instructif sur cette question. Il y a quelques mois seulement, l’ancien ministre français des Affaires étrangères servait au pays demandeur cette réponse d’une épaisseur nanométrique : « Les biens que vous évoquez ont été intégrés de longue date au domaine public mobilier de l’État français. Conformément à la législation en vigueur, ils sont soumis au principe d’inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité. En conséquence de quoi, leur restitution n’est pas possible ».

N’avait-on pas coutume de dire « qu’impossible n’est pas français ? » Le Président Macron, lui, n’a pas oublié cette belle devise. Espérons qu’à rebours de l’histoire le « Fait du Prince » finira certainement par s’imposer et suivant des modalités que les professionnels aideront à baliser. Depuis que nous avons eu la chance de vivre la défaite historique de l’Apartheid, en 1994, nous croyons qu’une légalité enfonçant ses racines dans les profondeurs d’un crime et dans une perpétuelle négation de l’autre ne saurait à jamais résister aux assauts répétés de la légitimité et de la justice tout court. Dire cela n’épuise pas, loin s’en faut, tout le débat, au contraire. Plutôt que de s’enfermer dans la nostalgie d’un temps à jamais révolu, nous devons être inventifs pour explorer des dynamiques nouvelles. Nous savons tous que le musée ethnographique n’a jamais prospéré en Afrique, et pour cause, le reflet qu’il renvoie est celui du subalterne et de l’objet exotique. Et puis, on a trop abusivement réduit l’Art africain aux collectes opérées pendant la période coloniale ; ce qui donne la fâcheuse impression qu’il ne reste plus rien en Afrique et que tout est parti. Ce miroir aux alouettes doit lui aussi être revisité. C’est ce que nous tenterons de faire avec la construction et la mise en place d’un Musée des Civilisations Noires à Dakar. Nous partons ainsi, et à juste titre, de l’idée que l’Art africain est plus que ce que nous en avons entendu et ce qu’on nous en a souvent dit.

Pour sûr, depuis que « l’Homo Sapiens transcende de sa liberté toutes les contingences de son milieu », pour reprendre cette belle formule de Léopold Sédar Senghor, il produit. Aussi, des collections archéologiques rendent compte de l’apport de cette ingénieuse Afrique qui a apporté des contributions remarquables au patrimoine culturel et scientifique de l’humanité.

On ne refondera pas la muséologie africaine sans initier nos populations, la jeunesse en particulier, à ce legs dont elles doivent être fières pour rêver d’un futur qui n’est pas subordination. C’est d’ailleurs à ce prix que l’émergence à laquelle nous aspirons tous trouvera un ancrage puissant dans une Afrique réconciliée avec Elle et rêve d’Afrique, et non plus d’aventures mortifères.

Monsieur Stéphan Martin, Président du Quai Branly, avec lequel le Musée des Civilisations Noires a signé une convention, a fait une déclaration qui mérite réflexion, même si son adhésion aux positions du Président Macron ne souffre d’aucune ambiguïté. «Pensez au Musée des Civilisations africaines de Dakar, construit par les Chinois et vide depuis trois ans. Pourquoi ne pas envisager de travailler sur un partenariat là-bas ? Ce ne sera peut-être pas facile, mais ça vaudrait la peine d’essayer. « En vérité, le Musée des Civilisations Noires n’est pas vide. C’est un musée qui se veut évolutif et qui se fera dans le mouvement.

En conséquence, nul besoin de cloner le Louvre Abu Dhabi dont nous n’aurons jamais les moyens, mais de créer un musée du XXIe siècle totalement libéré de la vision réductrice de l’Art africain confiné à la période subalterne. Cette production est certes une partie de notre histoire, mais elle n’est pas toute notre histoire. Les collections existantes au Sénégal et le dynamisme des partenariats, notamment avec l’Unesco, nous permettront certainement de compter des histoires qui concilieront, enfin, les publics africains avec les institutions muséales.

L’Art africain, c’est aussi une production contemporaine puissante, variée et totalement débridée. Elle est résolument dans le temps du monde et ne souffre d’aucun complexe. Sur ce point aussi, Emmanuel Macron a vu juste, et osons gager que l’histoire ne se reproduira pas.

Par Abdou Latif COULIBALY
Ministre de la Culture

Relancer une langue revient souvent à réconcilier un peuple avec sa tradition par les chants, la danse, le folklore.

Au Daghestan (au nord de la Russie), où l’on parle surtout l’awar, une petite population a voulu confirmer son indépendance en donnant renaissance à sa langue, l’andien.

En l’absence d’un alphabet propre, l’andien n’est pas encore enseigné à l’école, mais possède déjà une littérature orale. Au moment où bon nombre de langues disparaissent, comme le kerek qui n’est parlé que par 3-4 personnes dans cette région, l’andien est une langue en voie de recréation qu’il faut absolument soutenir conformément aux principes de l’Unesco, selon Svetlana Khachatourova.

Il arrive qu’une langue ne présente plus d’intérêt pour les jeunes parce qu’elle ne leur donne accès à aucune carrière ni travail, et ne leur permet pas de se projeter dans le futur. Ils se tournent alors vers la langue généralement employée par une majorité, même si ce n’est pas la leur.

Du coup, certaines langues ne sont parlées que par des anciens. Comme en Côte d’Ivoire où, dans les zones de forêt dense, à l’est du pays, plusieurs langues n’atteignaient même pas une centaine de locuteurs il y a une trentaine d’années.

Transmises oralement, elles ont disparu avec les anciens, sans laisser de trace dans l’histoire.

En Europe, le francique pourrait suivre le même destin dans les pays autres que le Luxembourg où il est langue officielle. « En Lorraine, on l’utilise de moins en moins, pour ne pas paraître vieux jeu, raconte Joseph Poth, originaire de cette région. Une langue est réellement en danger de mort lorsque ceux qui la parlent ont honte de la parler en public ».

De la même manière, la jeunesse dans certains pays d’Afrique se détourne de sa langue maternelle parce que toutes les matières sont enseignées en français ou en anglais et que les langues nationales ne sont plus au programme ni sanctionnées par un diplôme.

Les enfants finissent par considérer la langue de leurs parents comme faisant partie du passé. Ils la méprisent, car elle n’est pas «capable d’être concurrentielle avec les langues importées - et l’associent à de la «sous-culture». Plus grave encore, ils rejettent ceux qui la parlent, à savoir leurs parents, le village, leur culture d’origine, et terminent acculturés.

Ils n’enseigneront d’ailleurs pas leur langue d’origine aux enfants puisqu’elle ne permet pas, selon eux, « de s’intégrer dans la modernité.

En résumé, l’école, si elle ne valorise pas les langues traditionnelles, peut devenir un véritable facteur de déculturation.

Fort heureusement, elle peut aussi, et c’est l’idée du projet Linguapax, apporter des réponses concrètes à cette situation alarmante. En facilitant l’accès à l’apprentissage des langues, elle peut devenir le pilier des cultures et prévenir, voire éviter, de futurs conflits.

Par Mamadou Amadou Tamimou WANE
Expert en Communication
Pca de la Sspp « Le Soleil »

Dans son livre « Pétrole et gaz au Sénégal : chronique d’une spoliation », l’honorable député Ousmane Sonko semble bâtir sa ligne d’attaque sur le fait que, selon lui, le Président Macky Sall ne devait pas signer les décrets d’approbation des contrats de Petro-Tim limited paraphés par Karim Meïssa Wade et l’ancien Dg de Petrosen pour le compte du Sénégal. En clair, pour Sonko, les contrats signés par l’ancien régime n’engagent pas le Sénégal. En vérité, le titre de son livre aurait pu être « Chronique d’une insinuation », tellement il est dans la manipulation ! Jugez-en vous-même.

1- Sur le contrat avec Petro-Tim
Ousmane Sonko semble être l’avocat de Tullow oil qui s’est estimé lésé par l’ancien régime. À la page 90 de son livre, il écrit : « Tullow Sénégal Limited, par lettre en date du 2 mai 2012, avait protesté contre l’attribution des blocs à Petro-Tim. Dans cette correspondance (…) Tullow Sénégal Ltd (…) marquait son étonnement et sa surprise d’apprendre qu’une compagnie coréenne dénommée Petro-Tim Ltd aurait signé avec M. Karim Wade et M. Mbodj (Dg de Petrosen d’alors) depuis le 7 janvier 2012, alors que depuis trois ans, qui s’étalent avant et après cette date, ces mêmes autorités avaient continué de négocier avec elle. Il s’agit d’un manque d’élégance total, car un État non fiable se discrédite aux yeux de ses partenaires. Laissé à lui-même et livré à ses propres incohérences, il risquerait de ne plus forcer le respect sur la scène internationale. En effet, en droit international, il est fortement établi que, dès lors qu’un État accepte d’entamer des négociations, ses interlocuteurs sont considérés, de fait, comme ses partenaires ».

Relisez bien la dernière phrase de Sonko. À la lecture de cette phrase de la page 90, Ousmane Sonko donne de la valeur à une simple « acceptation d’entamer des négociations » qui, à son avis, pourrait s’interpréter en partenariat (avec Tullow Oil) au moment où des contrats signés (avec Petro-Tim) devraient pouvoir être déchirés sans coup férir et ni préjudice.

Il ne sait sans doute pas qu’une non-approbation des contrats signés ouvrirait une phase contentieuse pouvant atterrir conformément à l’article 32.1 du Contrat au Centre international de règlement de différends relatifs aux investissements (Cirdi) et que l’arbitrage aurait lieu à Paris (article 32.2 du même contrat). Il ne sait sans doute pas aussi qu’une telle posture serait un mauvais signal envoyé aux investisseurs qui s’interrogeraient légitimement sur la valeur de la signature sénégalaise.

Ousmane Sonko a la position facile du commentateur naïf qui semble ignorer que le gaz de Saint-Louis Offshore est à cheval entre deux Etats. Une procédure contentieuse au Sénégal ne pousserait pas notre voisin du Nord à geler l’exploitation du même gaz. Je ne crois pas qu’il soit patriotiquement intelligent d’aller en contentieux sur un gaz transfrontalier au moment où le pays limitrophe exploite.

Autre façon de faire de Sonko, l’usage du conditionnel pour flouer ses lecteurs. À la page 91 de son livre, il utilise le conditionnel à propos de l’Ige, autre base de ses insinuations, en ces termes : « Celle-ci (l’Ige) diligenta une enquête prompte dont le rapport aurait recommandé au Président Macky Sall de ne pas approuver le contrat du 17 janvier 2012 ». Où est la preuve par l’honorable Sonko avec ce « aurait recommandé ? » A la page 25 du même livre, citant le Président Wade, Sonko écrit toujours au conditionnel : « Aliou Sall détiendrait injustement 30% des parts dans les blocs de Saint-Louis offshore et Cayar offshore ». Il oublie de préciser que cette affirmation de Wade (abandonnée depuis par l’ancien Président) était sans fondement. A la page 128, l’honorable Sonko de conjuguer encore le conditionnel : « Le dossier fiscal de Petro-Tim aurait été transféré illico presto du Centre des services fiscaux de Ngor-Almadies, où il était domicilié jusqu’alors, vers le très stratégique Centre des grandes entreprises. Là, il aurait mystérieusement disparu des tablettes de la gestion courante ». Encore le conditionnel pour bâtir la suspicion ! A la page 91, si l’adepte du conditionnel a écrit que l’Ige « aurait recommandé au Président Macky Sall de ne pas approuver le contrat du 17 janvier 2012 », c’est pour rester dans l’insinuation puisqu’il sait que même si recommandation il y aurait, les critères d’appréciation d’un Chef d’Etat prennent en compte aussi le risque juridique de tout acte, sans compter des critères liés à la raison d’État avec toutes leurs complexités géostratégiques dépassant une lecture primitive.

Insinuation quand tu nous tiens ! Et dire que l’argumentaire principal du livre de Ousmane Sonko repose sur cette utilisation du conditionnel et de l’idée selon laquelle la compagnie Tullow Oil serait lésée par les Wade d’abord au profit de Petro-Tim.

Pourquoi, sur la base d’arguments du groupe britannique Tullow Oil et d’un supposé rapport d’Ige, l’opposition sénégalaise tire avec autant de maladresses sur le pétrole ? C’est à se demander pour qui roule cette opposition. Cette question non anodine est focale dans le combat des nouveaux «populistes». Le simple fait de reconnaitre, pour Tullow, la « validité » de « négociations » qu’aurait entamé le régime sous Wade tout en refusant la « validité » des « contrats signés » par le même régime de Wade est le sommet de l’incohérence d’un Sonko que ne disculperait l’inexpérience !

J’aurai pu m’arrêter à cette première analyse du livre de l’honorable Sonko pour légitimement douter de sa bonne foi. Mais, il y a plus incohérent encore !

2- Sur le cas Alioune Guèye ou la grande reculade
Dans son livre à charge, il a fait plusieurs citations in extenso. Ces citations pourraient représenter au moins 1/10ème du livre. Il n’a cependant pas repris le long texte ci-dessous que son « ami » Alioune Guèye, Expert-comptable à Columbus, Ohio, avait envoyé à Xalimasn.com le 06 octobre 2016. Alioune Guèye y écrivait : « Suite à mon article intitulé « L’analyse financière des états financiers de Kosmos Energy confirme un paiement à Timis » et publié sur xalimasn.com le 23 septembre 2016, Kosmos Energy, par le biais de son avocat basé à Dallas, Texas, m’a contacté pour m’informer que sur les $88 millions d’augmentation d’actifs de Kosmos Energy dans le troisième trimestre de 2014, seuls $700,000 concernent le Sénégal. Et cette somme concerne seulement les frais de dossiers et de diligences liés à cette transaction. Sur la base de ces nouvelles informations, je retire mon article du 23 septembre 2016 mentionné ci-dessus.

Spécifiquement, à la demande de Kosmos Energy, je déclare ce qui suit : Kosmos Energy n’a pas payé de cash ou échangé quelque autre forme de liquidités, directement ou indirectement, avec M. Frank Timis, Timis Corporation ou toute autre personne en connexion avec l’acquisition des 60 % d’intérêts participatifs relatifs aux blocs Cayar offshore profond et Saint-Louis offshore profond au Sénégal. Mes conclusions dans l’article publié le 23 septembre 2016 sur xalimasn.com sont incorrectes. Je n’ai aucune preuve pour supporter les conclusions contenues dans l’article cité. Aussi, en accord avec les demandes de Kosmos Energy, je demande au site xalimasn.com et à tout autre site de bien vouloir retirer l’article du 23 septembre 2016 de leur site. Signé Alioune Guèye, Cpa Expert-comptable Columbus, Ohio ».

Ce même Alioune Guèye serait parait-il l’initiateur de la campagne de levée de fonds aux Usa en faveur de l’inspecteur des Impôts Ousmane Sonko ! No comment.

Sans citer Alioune Guèye, l’honorable Sonko a allègrement repris, à la page 26 de son livre, les informations fallacieuses de Baba Aïdara sur les 200 milliards de FCfa de supposé transaction de Timis Corporation à Kosmos. Depuis lors, Baba n’en parle plus. Dire que c’est sur la base de cette fausse information que tout serait parti.

En vérité, rien que la reculade d’Alioune Guèye aurait pu suffire en discrédit de la montagne de Sonko accouchant d’une souris !

Il y a aussi, dans le livre, d’autres souris de mauvaise foi avec la fausse piste (abandonnée ?) sur la fiscalisation « tout de suite » d’un pétrole et d’un gaz dont les premières gouttes ne sortiront qu’en 2021 !

3- Sur la fiscalité inventée !
Dans son réquisitoire sur l’imposition des entreprises durant les phases de recherche et d’exploration, Ousmane Sonko reconnait quand même en filigrane, aux pages 102/103, que « ces phases peuvent bénéficier d’un régime de faveur pouvant aller jusqu’à la défiscalisation ».

Cependant, pour entretenir le flou artistique, il fait un glissement sur la fiscalisation du capital afin de brouiller les pistes. Le même Sonko cite à volonté l’article 14-3 de l’Accord d’association conclu entre Petrosen et Petro-Tim en omettant de dire que l’article 23 de la même convention dit ceci : « Le contractant ainsi que les entreprises qui leur sont associées…bénéficient des avantages fiscaux prévus aux articles 48 et 49) ».

En vérité, le débat sur l’opportunité ou non de l’imposition durant la recherche et le développement trouve sa réponse dans les toutes premières phrases du Code pétrolier de 1998 dans lequel on lit ceci : « Durant ces dix dernières années, l’environnement pétrolier international a été caractérisé par une réduction importante des budgets d’exploration des compagnies pétrolières. Une telle situation a réduit la compétitivité d’un pays comme le nôtre pour les investissements de recherche pétrolière au profit de pays disposant d’un potentiel pétrolier confirmé. Pour être compétitif, le Sénégal doit non seulement tenir compte de l’évolution des données énergétiques mondiales mais aussi offrir aux acteurs potentiels de l’industrie pétrolière des conditions attrayantes et susceptibles de favoriser le développement des investissements pétroliers d’exploration ou de production sur le territoire national ».

En clair, la non-imposition avant exploitation est une démarche marketing payante qui nous a donné déjà, en 2017, une bonne douzaine de contrats de recherche et de partage de production depuis l’adoption de cette loi.

Tout au long du livre, l’inspecteur des Impôts omet (sciemment ?) de citer l’article 722 du Code général des Impôts que je vous reproduis ci-dessous pour attester de sa foi partiale et sélective : « Les personnes admises, soit au bénéfice du Code des investissements, soit au bénéfice des lois relatives aux entreprises franches d’exportation ou aux entreprises agréées à la zone franche industrielle de Dakar ou des lois portant Codes minier et pétrolier, restent soumises, pour la durée et la validité de leur agrément, au régime fiscal qui leur a été consenti selon les textes en vigueur, à la date dudit agrément ».

Autre mauvaise foi, la non transcription, dans le livre, de l’intégralité de l’article 56 du Code pétrolier sur les cessions et qui dit : « Les titres miniers d’hydrocarbures, les conventions ou les contrats de services sont cessibles et transmissibles, sous réserve d’autorisation préalable, à des personnes possédant les capacités techniques et financières pour mener à bien les opérations pétrolières ».

L’éléphant blanc d’Ousmane Sonko sur la « fiscalisation avant production » équivaut à vouloir demander au poussin de pondre ! Le spécialiste des questions fiscales nommé Sonko, en persistant dans l’erreur, montrerait une facette terrible d’une forme d’obsession nihiliste.

4- Conclusion
Je retiens aussi dans son livre la ligne de défense maladroite en faveur de son ami Abdoul Mbaye, ancien Premier ministre, qui est à la fois signataire, hier, et dénonciateur, aujourd’hui, des deux décrets de Petro-Tim. Après une gymnastique intellectuelle désastreuse sur la notion de « contreseing », l’honorable Sonko, sans gêne, nous sort sa « sentence » à la page 116 : « Le Premier ministre a un pouvoir résiduaire de signature ou de contreseing ». Et parlant de l’actuel Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne, L’honorable Sonko de dégainer à la page 118 : « Il s’est distingué dans ce dossier par un zèle excessif ». L’honorable Sonko n’est pas dans la sincérité pour avoir disculpé Abdoul Mbaye, signataire en 2012, tout en attaquant Mahammed Boun Abdallah Dionne qui n’est venu qu’en 2014.

Ousmane Sonko est dans le scepticisme affectif, lui qui, parlant du Président Macky Sall, dit à la page 108 : « Je suis de ceux qui n’ont jamais cru ni en l’homme encore moins à ses promesses. ». Ce défenseur de Tahibou Ndiaye nommé Ousmane Sonko est-il prêt à nous dire pour qui il avait voté à la présidentielle de 2012 ? Certainement pas pour le candidat Macky Sall.

Dans ce livre rempli de citations, Ousmane Sonko y prend cependant la précaution d’utiliser le conditionnel et l’interrogatif pour ne pas tomber dans l’accusation gratuite. Ce style est comme pour rester dans l’insinuation populiste (ou commanditée ?).

Entretemps, la caravane continue avec les importantes mesures prises par le Président Macky Sall qui a déjà fini de garantir au moins 80 % des revenus de la phase d’exploitation au bénéfice du Sénégal.

L’honorable Sonko sait et ne dit pas que le Sénégal aura à terme 80 % des revenus de son pétrole et son gaz après recouvrement des investissements. Cela, si on se base sur :

- les 10 à 20% de Petrosen ;

- les parts du Sénégal comprises entre 35 et 58 % dans une fourchette comprise entre zéro à 120 000 baril/jour conformément aux contrats signés ;

- les 25% d’impôts sur les sociétés quand l’exploitation va commencer ;

- les impôts sur les salaires et autres.

Le Président Macky a déjà pris les garanties d’un pétrole et d’un gaz au bénéfice du Sénégal avec la mise en place de l’initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie) qui garantit la publication des montants versées par les industries extractives, la mise en place du Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (Cos Petrogaz), la mise en place prochaine de l’Institut national du pétrole et du gaz ainsi que la proposition d’une loi d’orientation sur la clé de répartition des revenus pétroliers entre les budgets d’investissement et de fonctionnement, d’une part, et, d’autre part, les générations futures à travers le Fonds souverain d’investissements stratégiques (Fonsis).

Les insinuations d’un document de 253 pages, avec juste une vingtaine de pages de propositions livresques génériques tirées du lexique pétrolier international, ne déstabiliseront pas le Sénégal en marche vers l’émergence et le développement. Si c’était cela l’effet recherché, la peine est perdue comme en atteste le score de 37 535 voix sur 3 310 453 suffrages exprimés, soit 1,13% obtenus péniblement lors des élections législatives de juillet 2017. Ce score qui a permis de repêcher Ousmane Sonko en coalition, entre autres, avec le Mrds (qui seul avait eu 70 655 voix en 2012), le Rnd, Yoonu Askan Wi, dénote de la faible prise du discours sur un peuple intelligent qui sait comprendre les non-dits des « insinuateurs ».

Pour finir, les Sénégalais doivent savoir que derrière le soi-disant « patriotisme » de cette opposition peut se cacher quelque chose de plus grave dans le contexte mondial actuel marqué par des guerres larvées entre certains grands groupes et aussi au nom d’idéaux, souvent socle d’intolérance. Le peuple sénégalais doit rester vigilant face au discours populiste des « insinuateurs ».

Nous pouvons sereinement parler du pétrole et du gaz dans le respect, sans verser dans un populisme irresponsable et porteur des germes d’un incivisme destructeur. Le défi intelligent est dans le débat responsable et sans haine sur l’utilisation des opportunités de cette manne, pour l’essentielle sous-marine, tombée du ciel. Nous pouvons en parler sans haine et sans nihilisme. Le Président Macky Sall a anticipé sur beaucoup de questions, dans l’intérêt des générations actuelle et future. Mieux, il entend associer tous les segments sociaux à cette réflexion transversale. Au moment où les prévisions les plus optimistes parlent de début d’exploitation en 2021, ceux qui dépensent leur énergie dans la désinformation donnent l’impression de « demander aux poussins de pondre ». Ils doivent savoir que le Sénégal est assez robuste pour résister à la déstabilisation insidieuse parce que nous avons un peuple certes exigeant, mais très intelligent pour ne pas être manipulé par un discours simpliste et irresponsable.

Franchement, n’en déplaise à ceux que la photo du Chef de l’Etat irrite, le fait d’avoir à la tête du pays un de nos meilleurs spécialistes nationaux des questions pétrolières et gazières, et simplement minières, n’est pas un handicap. Bien au contraire, c’est un atout d’avoir un Chef d’Etat nommé Macky Sall au moment où le Sénégal entame son décollage pétrolier. Le Président est en train d’aider à la mise en place d’instruments de sécurisation de cette ressource additionnelle qui, accordons-nous là-dessus, ne résoudra pas tous nos problèmes. Il s’agira, en plus du pétrole et du gaz, de travailler dur pour nous-mêmes et les générations futures.

Chaque citoyen est libre de donner son avis sur cette question sensible. Cependant, nul n’a le droit, sur la base de frustrations personnelles, de semer les graines d’une désinformation aux conséquences désastreuses pour l’intérêt national au moment où notre pays sera inéluctablement sous l’œil d’intérêts de tout bord.

Sur la base du potentiel actuel découvert, l’option du Président Macky Sall est déjà d’aller vers un nouveau Code pétrolier et dans le sens de l’élargissement des partenaires nationaux et étrangers sans aucune discrimination.

N’en déplaise aux nihilistes, le Sénégal pétrolier, à l’instar du Pse, se fera avec joie et ne sera pas déstabilisé par les discours de feu et de pailles. Feu de pailles qui laissera intact le Sénégal !

Par Mamadou NDIONE
Économiste, Écrivain, Logisticien
Conseiller Départemental à Mbour
Responsable politique Apr Diass

L’obligation d’éclairer la lanterne des Sénégalais nous pousse à nous prononcer en tant que environnementaliste et à la fois habitant d’une région où le « ditax » est l’un des fruitiers sauvages les plus nombreux.

Le « ditax », scientifiquement Detarium senegalense, est présent au Sénégal sous deux « variétés » dont l’une est comestible et l’autre malheureusement toxique (que nous désignons ici sous le nom de « ditax » amer). A ces deux variétés s’ajoute une autre espèce avec laquelle les trois forment le genre Detarium : le « dank » en wolof ou Detarium microcarpum de son nom scientifique. Cette dernière espèce (« dank ») est aussi comestible et se vend dans les marchés à fruits à l’état sec.

Le « ditax » est généralement présent en peuplements le long des cours d’eau. On le retrouve plus dans les régions relativement bien arrosées du Sénégal : du Sud de la région de Fatick jusqu’en Casamance (mais il peut exister en faibles peuplements dans d’autres régions, notamment dans les dépressions). Les peuplements les plus denses de l’espèce se retrouvent dans les îles (îles du Saloum) et en Casamance où les deux types de variétés ( « ditax »comestible et « ditax » amer) se côtoient étroitement. Et pourtant, malgré cette cohabitation, il arrive rarement qu’on enregistre, dans ces localités, des cas d’intoxication, car la population locale sait séparer le bon grain ( « ditax » comestible) de l’ivraie ( « ditax » amer). Les fruits du « ditax » amer ne sont destinés ni à la consommation ni à la commercialisation dans notre pays. Donc, ils ne sont pas censés se retrouver dans le marché encore moins dans nos verres de jus.

Est-il possible de reconnaitre le « ditax » comestible du « ditax » amer ?
Il n’existe pas encore de caractéristiques scientifiquement validées permettant de visu de distinguer un arbre qui produit du bon « ditax » de celui qui produit un « ditax » amer, ni leurs fruits respectifs. Les botanistes utilisent certains principes de bon sens pour identifier les individus des deux variétés : le sens de l’observation. Exemple : en brousse, quand on est sous un arbre de « ditax », il faut observer l’environnement immédiat. Si vous trouvez plusieurs fruits de « ditax » tombés par terre et restés intacts, c’est-à-dire ne présentant pas de signes de consommation par les animaux, il y a de fortes chances que ce pied produise du « ditax » amer, donc toxique. N’en consommez pas alors. Sous un arbre de « ditax » comestible, vous trouvez souvent peu de fruits, car étant ramassés par les hommes et les animaux ; au cas où vous trouvez des fruits, ces derniers sont souvent totalement ou partiellement consommés par les oiseaux et certains mammifères et invertébrés qui y laissent des marques. C’est le signe que c’est le bon « ditax ». Dans les zones de prélèvement également, les populations ont des indicateurs pour distinguer les bons fruits des mauvais. En plus de l’emplacement de l’arbre et du nombre de fruits non consommés sous son houppier, certains acteurs utilisent des critères, tels que la couleur, la taille des feuilles et des fruits ainsi que la saveur de ces derniers.

Un article paru dans un organe de presse en ligne parle d’une différenciation selon la couleur du fruit : le « ditax » comestible serait de couleur grisâtre et le « ditax » amère de couleur verte. Non, les deux fruits sont verts quand ils sont immatures et ont une coloration grisâtre à marron lorsqu’ils sont mûrs. La plupart des commerçantes qui ont soutenu cette théorie à la radio n’ont eu toujours à affaire qu’au « ditax » comestible et n’ont pas d’idées précises sur les fruits de l’autre variété, car ceux-ci ne sortent pas des forêts. Etant à la fin de la chaine de commercialisation, elles n’ont pas forcément toute l’information en ce qui concerne la comestibilité ou non des fruits qu’elles vendent. Les dames qui allaient souvent chercher ces fruits auprès des populations locales testaient, en goutant les fruits, les échantillons avant d’acheter en gros. Etant averties de l’existence du « ditax » toxique, elles vérifiaient le caractère amer pour ne pas tomber dans les pièges d’un vendeur malhonnête. Vous constatez alors que les conditions sont presque toutes réunies à la base pour que les fruits dits toxiques ne soient pas consommés et qu’ils ne se retrouvent pas dans les marchés.

Intoxication suite à la consommation de la variété de « ditax » amer
Les populations locales ne s’intoxiquent pas au « ditax », sauf quelques cas accidentels chez les enfants ou les étrangers. Pourquoi ? Parce qu’elles n’utilisent que les fruits des arbres du « ditax » comestible connus de tous avec certitude. Les fruits du « ditax » consommé et commercialisé sont généralement cueillis d’arbres exploités depuis plusieurs générations humaines. Ces arbres de « ditax » sont connus de tous et cartographiés dans les mémoires. Les populations savent où trouver les « ditax » comestibles et même sous quel pied aller chercher les fruits les plus savoureux. Elles ne s’aventurent pas à consommer les fruits du « ditax » toxique, encore moins les vendre à quelqu’un ou sur le marché. Encore faut-il noter qu’au moment de la cueillette, au moment où les récolteurs prennent des pauses pour reprendre du souffle ou sur le chemin du retour de la brousse, les récolteurs locaux en consomment souvent. C’est un comportement tout à fait habituel chez les personnes qui vont chercher des fruits sauvages en brousse. Si les fruits étaient toxiques, ces derniers seraient les premiers à être victimes de l’intoxication et les fruits seraient alors vite écartés avant d’atteindre les marchés intérieurs. Ce sont seulement les fruits du « ditax » comestible qui sont censés se retrouver dans les différents marchés du pays, car étant les seuls faisant l’objet de commerce.

D’où vient le « ditax » vendu à Dakar et dans les grandes villes régionales ?
L’arbre du « ditax » n’est pas assez représentatif de la végétation actuelle de Dakar et des régions de la partie nord du Sénégal. Les fruits vendus dans les marchés intérieurs proviennent principalement des îles du Saloum, de la Gambie, de la Casamance et, dans une certaine mesure, de la Guinée-Bissau.

Intoxication mortelle au « ditax » amer : Le jus, premier facteur de risque
Dieu fait bien les choses. Le fruit du « ditax » toxique est, semble-t-il, si amère qu’on n’a presque pas le courage d’en consommer deux à trois unités. La consommation d’un seul fruit engendrerait un malaise qui passerait normalement après quelques heures : ne l’essayez jamais chez vous ou en brousse. Ce sont des cas connus lors des séjours de certains citadins en campagne qui, à la vue des fruits, pensent avoir affaire au « ditax » comestible et s’efforce à le consommer.

Les cas d’intoxication sévère peuvent arriver quand plusieurs fruits du « ditax » amer sont mélangés et transformés en jus ou lorsque le jus est fait d’un mélange de « ditax » comestible et « ditax » amer. Dans ces cas, le sucre peut bien cacher le caractère amer du « ditax » toxique et permettre au consommateur d’en prendre des quantités importantes et causer une intoxication aiguë qui peut facilement virer au drame. Conseil : dès que vous ou un de vos proches se plaint de douleur à la suite de la consommation d’un jus de « ditax », signalez-vous immédiatement à la structure de santé la plus proche.

Qui peut être responsable d’une intoxication au « ditax » ?
Cette tâche est réservée aux services dédiés : police... Il faut vérifier d’abord si l’intoxication est bien liée au « ditax », car l’ajout de certains produits chimiques (exhausteurs de goût, colorants, etc.) peut en être la cause (l’autopsie pourrait peut-être le préciser). Le sabotage du jus aussi n’est pas une cause à écarter de prime abord. S’il s’avère que c’est le fruit du « ditax » qui est à l’origine de l’intoxication, donc le « ditax » amer, le coupable peut se situer à différents niveaux. Le récolteur du fruit : généralement se sont les populations locales qui récoltent les fruits et les vendent aux « bana banas » (intermédiaires) qui les acheminent vers les grands marchés (marchés « Sandica » et autres). Une personne mal intentionnée ou un néophyte en la matière peut cueillir du « ditax » amer, le mélanger au bon et le vendre à un « bana bana » qui le revend ensuite (1). Le « bana bana » : parfois ce sont même les « bana banas » qui se rendent dans certaines forêts pour cueillir les fruits et les vendre après (plus de bénéfices certainement, mais risque de confondre le bon et le mauvais « ditax » et intoxiquer des gens). Cela peut se faire sciemment ou inconsciemment (2).

Derniers cas d’intoxication connus : Plusieurs questionnements scientifiques
Tout compte fait, la variété du « ditax » amer n’est pas censée être consommée encore moins se retrouver dans le marché. Cela est bien connu des populations locales et certainement des « bana banas » qui vont les chercher en milieu rural soit auprès des populations, soit directement en brousse ou en forêt. Si le cas d’intoxication est bien dû à un fruit de « ditax » amer, la logique scientifique serait que toutes les personnes ayant consommé des fruits appartenant à ce stock de « ditax » (de ce camion ou ce panier) provenant, disent-ils de la Casamance, tombent tous malades. Pourquoi d’autres cas d’intoxication n’ont pas été signalés en dehors de ceux des enfants ? Pourquoi celui ou celle qui a produit ce jus, et qui l’aurait sûrement goutté pour tester le sucre, n’a pas manifesté une intoxication aussi minime soit-elle ? Des saisies ont-elles été faites sur le jus restant pour les analyser et isoler les substances responsables du drame ?

Tant que ces questions restent sans réponses, il sera difficile de bâtir une opinion objective sur la question afin d’éclairer le public et éviter que celui-ci se fasse une idée négative de ce fruit.

Le « ditax », un trésor inconnu !
Il faut aussi noter que le « ditax » est l’un des produits forestiers non ligneux (Pfnl) qui contribuent le plus aux moyens de subsistance des populations rurales et de certaines femmes regroupées en groupements d’intérêts économiques (Gie) qui s’activent dans la transformation de produits locaux : faites un tour à la Fidak ou à la Fiara, et vous verrez une diversité de produits locaux proposés par ces braves dames sous l’appui de l’Etat ou d’autres partenaires. Ce fruit fait également partie de ceux dont la commercialisation est la plus rentable dans les marchés « Sandica ». Sa commercialisation profite aussi bien aux populations locales qu’aux commerçants, notamment les détaillants qui l’apprécient beaucoup. De ce fait, on peut dire que ce fruit génère des revenus importants qui participent à la lutte contre la pauvreté en milieu rural et en milieu urbain : permet de payer de la nourriture, la scolarité des enfants, les habillements, les soins médicaux et de faire face à d’autres besoins. C’est donc toute une économie qui tourne autour du « ditax » ; une économie qui va au-delà même du milieu rural, si l’on considère toute la chaine de valeur du fruit. L’économie du « ditax » nourrit la famille du récolteur du fruit, généralement basé en milieu rural. Elle nourrit aussi celle du « bana bana » (commerçant intermédiaire) qui va acheter le « ditax » récolté dans les villages et les acheminer en quantité vers les marchés pour les vendre à des détaillants. Ces détaillants et leurs familles tirent aussi bénéfice de la vente du « ditax », de même que les restaurateurs, les hôteliers et les personnes s’activant dans la transformation du « ditax ». En plus de cet aspect économique, le « ditax » regorge de vertus nutritives et fait partie des fruits de cueillette les plus riches en vitamine C.

L’information : Une énergie qui peut éclairer ou détruire une économie
Lorsqu’une information n’est pas traitée avec toute la rigueur scientifique nécessaire, on peut, à tort ou à raison, créer une psychose dans l’opinion publique et faire fondre toute une économie qui nourrit divers acteurs à différentes échelles de la sphère économique du pays. Le jus du « ditax » comestible, préparé dans les conditions d’hygiène, sans ajout d’additifs alimentaires pour rehausser sa couleur ou son goût, n’est pas nuisible, quel que soit sa provenance. La toxicité du « ditax » amère n’est pas, non plus, liée à l’origine du fruit. Les deux types de « ditax » existent aussi bien en Casamance que dans le Saloum (région de Fatick surtout). Et cela fait plusieurs décennies que le « ditax » comestible est consommé et vendu au Sénégal et il en sera encore ainsi dans le futur. Son commerce était encore plus lucratif et plus rayonnant en ce beau temps où le bateau « Le Joola », tristement célèbre, faisait encore l’acheminement des fruits des régions Sud vers Dakar. A Dakar, le « ditax » de la Casamance abondait au marché du port ; et pourtant qui parlait de cas d’intoxication, au point de renier ce fruit apprécié de tous ? Oui, aujourd’hui, les technologies de l’information et de la communication (Tic) sont tellement au point et accessibles, si bien qu’une information générée à la seconde est ventilée via divers canaux : parfait non ? Mais, à peine partagée, l’information s’associe à divers commentaires qui échappent souvent au contrôle de l’auteur initial. Le « ditax » en est victime aujourd’hui et son économie risque aussi d’en pâtir le temps que les populations se débarrassent de cette psychose circonstancielle liée à ces cas d’intoxication dont l’origine reste encore inconnue avec certitude. En attendant, des investigations poussées devraient permettre de situer les responsabilités afin d’éviter qu’un drame pareil ne se reproduise.

En somme, retenez que le bon « ditax » ne tue pas, il nourrit, il soigne et il génère des revenus.

Par Lamine DIATTA
Biologiste environnementaliste
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Des langues meurent - une par mois dans le monde - d’autres s’imposent, danger : réduire la diversité linguistique et le pluralisme culturel et donc affaiblir les possibilités de dialogue et de compréhension des autres

Les langues naissent et meurent comme tout organisme vivant. Elles se développent ou s’affaiblissent. Elles ont leurs périodes d’expansion ou de décadence. Elles dominent ou sont dominées. On dit même qu’elles ont des rapports de cannibalisme, une langue forte «mange» une langue faible.

C’est sans doute ce qui explique que sur les quelques 6 000 langues qui sont aujourd’hui parlées dans le monde, une dizaine au moins disparaît tous les ans. Par manque de locuteur, à cause d’une guerre, parce qu’une région se dépeuple, qu’une autre langue s’impose. Les raisons ne manquent guère. Mais les conséquences sont dramatiques chaque fois qu’une langue s’évanouit sans laisser de traces, c’est Lille partie des richesses linguistiques et donc du patrimoine culturel mondial- qui s’efface. Car une langue c’est avant tout le support d’une culture. «Des cultures muettes, il en existe rarement, commente Joseph Poth, directeur de la division des langues au secteur de l’éducation à l’Unesco. Sans langue pour la soutenir et la développer, une culture ne progresse plus, elle recule. De la même manière qu’un muscle qui n’est pas utilisé finit par dépérir.

Pour qu’une langue soit forte, capable d’exprimer toutes les expériences humaines, il faut l’utiliser et la solliciter dans tous les registres. Les frontières linguistiques sont d’ailleurs plus importantes que les frontières historiques dans l’esprit des gens : le peuple Saami préserve son identité culturelle et linguistique malgré le fait qu’il soit dispersé entre la Norvège, la Suède et la Finlande. C’est la langue qui crée le lien. La culture et la langue qui forment donc un couple indissociable. Tant qu’une culture est solide, la langue se maintient. Lorsqu’une langue est en danger, la culture l’est aussi. Le danger vient de partout. Une langue parlée par une minorité finit par être écartée des circuits officiels de communication. Elle risque de mourir si ceux qui la maîtrisent encore ne l’utilisent plus. C’est ce qui arrive lorsqu’une nation forte du point de vue économique, politique et militaire impose sa langue comme moyen général de communication. Ce type de langues « hégémoniques » a souvent existé dans l’histoire: dans l’Antiquité, l’arrivée du Latin a fait disparaître le Gaulois. Au Moyen-Age, le francien (Langue de l’Ile-de-France), parlé par la royauté, s’étendit en même temps que son pouvoir et finit par prendre le pas sur l’occitan, le francique et l’alémanique, alors qu’il était initialement moins parlé que ces langues régionales. Le français s’est souvent imposé aux populations colonisées. De nos jours, l’anglo-américain est devenu la langue dominante des échanges internationaux, notamment dans le domaine scientifique. Privilégier ainsi l’utilisation d’une langue dominante revient à réduire notre système de pensée et de vision du monde, affirme Joseph Poth. Car, même si les non anglophones d’origine parlent bien l’anglais, ils ne le maîtriseront jamais comme celui qui en a assimilé les structures pro-fondes dès son plus jeune âge. De ce fait, ils se placeront toujours en intellectuels de seconde zone par rapport aux locuteurs anglais originels. D’où le danger d’une langue hégémonique: les locuteurs ont l’impression de ne pas avoir besoin d’apprendre une langue autre que la leur, puisque celle-ci suffit à tout …

LA PAIX PAR LES LANGUES
L’apprentissage des langues devient d’autant plus important. Il ouvre l’esprit sur de nouvelles manières de considérer les choses, ce qui fit dire à Napoléon que «celui qui parle deux langues vaut deux hommes». En parlant la langue de l’autre, on prend conscience des valeurs universelles, communes à toute l’humanité. C’est cela la paix par l’enseignement des langues et le rapprochement des cultures, que prône le programme Linguapax de l’Unesco.

Il s’agit, insiste Joseph Poth, d’apporter une réponse linguistique spécifique au problème posé par la violence. «Le dialogue existe tant que l’on parle». La rupture, la violence n’entrent en jeu que lorsqu’on ne peut plus discuter. Défendre la diversité des langues, promouvoir celles des communautés minoritaires, revient donc à donner à la paix une nouvelle chance. «On ne peut pas être en paix avec soi ni avec les autres s’il est interdit de s’exprimer selon sa culture propre». Et un conflit linguistique peut dégénérer en conflit culturel, voire en conflit armé. La question est d’actualité : en pays berbère, où la culture et la langue sont très fortes, la décision des autorités algériennes que l’arabe littéral serait la seule langue officielle a provoqué de sérieux remous.

Alors ? Comment freiner la disparition d’un patrimoine immatériel qui a survécu durant tant d’années et de siècles ? Fort heureusement, la mort d’une langue n’est pas toujours irréversible.

Ainsi, le komi, parlé dans l’Oural, a réussi à renaître depuis quelques années. De la télévision aux journaux, en passant par les bibliothèques, le cinéma, la littérature et l’école: tout le monde s’est mis au komi. Mais cela n’a pas été facile: «Les gens pensaient que pour avoir une perspective dans la vie, entrer à l’université, avoir du travail, il fallait forcément parler russe», explique Svetlana Khachtourova, directrice d’un centre linguistique de Moscou, qui s’est occupée de ce problème sur le plan linguistique. Vidée instaurée par Lénine était que l’unification des Républiques soviétiques devait se baser sur la russification. La « grande langue russe » a, de ce fait, été enseignée obligatoirement dans toutes les Républiques. A Komi, les familles s’étaient éloignées de leur langue, d’autant qu’un grand nombre de Russes étaient venus s’installer dans la région en raison des gisements de pétrole. Peu à peu le komi s’était « russifié » et aurait sans doute disparu si le Parlement n’avait pas adopté une loi favorisant le développement des langues (il en existe 150 différentes en Russie), donnant ainsi aux différents peuples l’opportunité de retrouver leur indépendance culturelle. Cela prouve que les Etats peuvent, selon Joseph Poth «légiférer en matière de politiques linguistiques et maintenir certaines langues dans le système éducatif, dam l’audiovisuel et la vie publique» de manière à leur fournir les moyens de se développer. Si on ne légifère pas, «c’est la loi de la jungle qui profite toujours au plus fort.

Par Mamadou Amadou Tamimou WANE
Expert en communication
PCA de la SSPP « Le Soleil »

Le village de Nguidjilone a été fondé vers 1780 à la suite de l’avènement des Almamys en 1776 dans le Fouta.

Nguidjilone qui est maintenant érigé en commune, est situé en bordure de la rive gauche du fleuve Sénégal et se trouve à 35 km de Matam et à 17 km de Bokidiawé adossé à la route nationale II reliant Saint-Louis à Ourossogui.

La ziarra annuelle de Nguidjilone, prévue les 10, 11 et 12 février 2017, m’offre une agréable occasion de parler d’un homme multidimensionnel qui a passé toute sa vie au service de l’Islam : il s’agit de Thierno Aliou Thierno Yero Baal Hane.

Fils du vénéré Thierno Ahmadou Moctar Hane (Rta) plus connu sous le nom de Thierno Yéro Bal Hane, il est né dans les années 1901 à Nguidjilone au Fouta Toro. Formé à l’école de son célèbre ascendant, Thierno Yéro Bal Hane, Thierno Aliou était doté du savoir pur dans plusieurs domaines.

Après le décès de son père, il partit à Thilogne, l’une des cités du savoir et de la connaissance les plus grandes du Fouta Toro auprès de Thierno Hammet Baba Talla. Ce dernier fut l’un des brillants élèves de son père. Il fut initié à la Tidianiya par Thierno Hammet Baba qui l’éleva au rang de Muqaddam.

Après ses études coraniques à Thilogne, Thierno Aliou s’installa à Nguidjilone pour servir Allah. Grand érudit, il était un homme de paix qui a consacré toute sa vie à l’Islam. En effet, il a très tôt compris que la solidarité occupe une place importante dans l’Islam. De ce fait, il entretenait des relations avec toutes les couches sociales. Guide accompli, il était respecté par ses contemporains.

Thierno Aliou a fait la rencontre avec de grands hommes de Dieu tels que Thierno Seydou Nourou Tall, Thierno El Hadji Mohamadou Saïdou Bâ de Médina Gounass, Thierno Ahmadou Barro de Mbour, Chérif Daïbou du Maroc, Thierno Amadou Moctar de Séguéla, entre autres. Avec Thierno El Hadji Mohamadou Saïdou Bâ, une relation quasi fusionnelle s’est établie. Ce dernier devint son maître. Ses deux familles sont devenues une et indivisible. Thierno El Hadji Mohamadou Saïdou Bâ a fait son passage à Nguidjilone auprès de Thierno Yéro Baal Hane. Thierno Aliou se replie régulièrement au « Daakka » de Médina Gounass, pour faire ses méditations.

Fervent Muqaddam, il a donné à la Tidianiya ses lettres de noblesses. L’homme de Dieu a effectué de nombreux voyages à l’intérieur du pays comme à l’extérieur rien que pour le compte de l’Islam et de la Tidjaniya. Il a une grande communauté dans la région de Casamance. Incontestablement, il est l’un des hommes de Dieu qui ont appliqué l’Islam à la lettre. Il fait partie des serviteurs du prophète Mohamadou (Psl) et des expansionnistes de la Tidianiya.

Thierno Aliou Thierno Yéro Baal Hane (Rta) quitta ce monde le 09 février 1995, correspondant au 9ème jour du mois de Ramadan. C’est à Nguidjilone qu’il a été inhumé, précisément dans la grande mosquée.
Thierno Aliou Thierno Yero Baal Hane avait poursuivi l’œuvre de son père Thierno Yero Baal Hane qui avait fait de Ngudjilone une véritable Université islamique.

A la levée du corps de Thierno Aliou Thierno Yero Baal à la mosquée de Bopp, Thierno Mountaga Tall, en s’adressant aux fidèles, avait dit en pulaar : « Ko Tuufeere mawnde lislam heli do » (C’est une grosse brique de l’Islam qui vient de se casser).

Comme les années précédentes, cette présente ziarra sera présidée par Thierno Amadou Tidiane Bâ le Khalife général de Médina Gounass.

L’actuel khalife Thierno Elhadj Aliou Hanne est en train de perpétuer l’œuvre de son père, et pour piloter cette importante activité de la Oumah islamique, il sera assisté de ses frères et de toute la population de Nguidjilone en général.

Par Siléye Gorbal Sy
Expert en Education et Développement Local
Président Coalition Nationale EPT
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