Idées et Réflexions (1022)

Le 05 décembre 2017, le Premier ministre avait décliné lors de la Déclaration de politique générale la vision du chef de l’Etat Macky Sall «Un Sénégal de Tous, Un Sénégal pour Tous». Au départ, modeste profession de foi, doctrine, puis ambitieux programme «YonnouYokouté», il  avait valu à son concepteur, l’ancien opposant d’alors, de parcourir le pays à plusieurs reprises par monts et vaux, ne laissant aucun coin du Sénégal, des villes, des profondeurs pour bien voir et vivre les réalités.

Ainsi, Monsieur le Premier ministre, avait bien démontré, malgré les vociférations, les cris d’orfraie de certains, vite noyés par les ovations qu’avec l’Acte III de la décentralisation et le Plan Sénégal émergent pour l’horizon 2035, le Sénégal, en l’espace de cinq ans seulement, présente aujourd’hui un visage plus rayonnant.

En fait, ces programmes, plans, projets, politiques publiques qu’ils appellent «YonnouYokouté», Acte III de la décentralisation, Plan Sénégal émergent, Pracas, Pudc, Promovilles, ne sont en réalité que l’expression claire, nette, concise,  de vertus, de valeurs fortement encrées jusque dans les tréfonds de Monsieur le Président de la République. Elles ne parsèment plus de nos jours hélas, force est de le constater, les sentiers politiques, pavés de malhonnêteté intellectuelle, pour ne pas dire de malhonnêteté tout court, de mensonges, de diffamations. Devant Dieu et les hommes, on peut bien soutenir à juste raison que le président Macky est un homme bien.

On ne saurait nier la générosité de cœur, mais surtout d’esprit de Monsieur le Président. Car il est toujours enclin à prendre de la hauteur, au dépassement, au pardon aux remarques déplacées, propos jugés discourtois, excessifs mêmes, dirigés à l’endroit sa personne. À travers cette humilité, il incarne le leadership de l’éternel serviteur de son peuple. L’espace, le temps, le jour comme la nuit n’ont guère pris sur sa détermination à mener le Sénégal en marche et en avant à l’émergence. D’où cette lancinante question qui agite plus d’un. Où est-ce que le président tire toutes ses forces pour concevoir et matérialiser ses grands chantiers consolidants ?

La première réponse qui ne souffrirait sans doute d’aucun démenti, est qu’il a un avantage, un don de Dieu. Il se trouve que le président a, à ses côtés, une dame, symbole achevé de la femme, épouse et mère à la fois, amie, compagne. Pour magnifier ces femmes, compagnes de  grands hommes, depuis la nuit des temps, pieuses, pleines de valeurs et de vertus, l’on dit souvent : «  Derrière chaque grand homme, il y a une grande dame ». Nous voudrions, avec modestie et sans prétention aucune, partager une autre formulation : « A côté, à la droite de chaque grand homme, il y a une  grande dame ». Il s’y ajoute que le président est aussi un humaniste. Mais l’Humanisme, c’est quoi même ? On pourrait sans hésiter répondre que l’Humanisme, c’est être un vrai Sénégalais dans les valeurs, par sa générosité, son sens de l’hospitalité (la Téranga), de la solidarité, l’amour de son prochain, sa tolérance. Comme disait un grand philosophe grec, Protagoras, cinq siècles avant Jésus Christ, « l’Humanisme est la mesure de toute chose. »

L’Humanisme est une philosophie qui place l’Homme et les valeurs qu’il incarne au-dessus de toutes les autres valeurs.
Un Sénégal de Tous, pour Tous ? Le président Macky Sall avait bien raison d’orienter notre choix, à travers la personne du maire de Latmingué, Docteur Macoumba Diouf, sur Thicatt Diery, à plus de 200 km de Dakar, pour abriter la première session de l’Ecole du parti de l’Apr, en prélude de l’année académique 2018, avec comme thème : «Un Sénégal de Tous, Un Sénégal pour Tous : vision et réalisation». Nous pouvons porter témoignage que l’homme a toujours, depuis fort longtemps, fait siens cette profession de foi, ce crédo, ce rêve qui sont en train de se transformer en une heureuse réalité, au grand bonheur des Sénégalais, grâce à son opiniâtreté, son courage, son abnégation, et surtout son patriotisme.

Dans l’élaboration de nos contributions à sa respectueuse personne, ses réalisations dédiées, nous n’avons aucun mérite. Car ce sont ses actions qui ont toujours inspiré votre serviteur dans la conceptualisation de son libéralisme social dont l’essence est l’humanisme même à travers notre concept des 3 H : humanisme républicain, humanisme économique, humanisme politique.

Humanisme républicain du président Macky Sall
Grâce à une politique de Bonne gouvernance, sobre et vertueuse, le président, sitôt élu, a fait adopter des lois sur la baisse des loyers, des impôts sur les salaires des fonctionnaires et employés du privé. Il a octroyé des bourses sociales, accordé la nationalité sénégalaise au conjoint étranger de la femme sénégalaise, un fonds d’appui à la presse, mis en place la Couverture maladie universelle, construit des centres de santé, des hôpitaux dotés d’équipements modernes, rénové des mosquées et des églises, construit des résidences et des centres de conférence dans tous les foyers religieux du Sénégal sans discrimination aucune, procédé à la multiplication d’écoles, de lycées, d’universités, de commissariats de police, brigades, recruté des diplômés arabisants, des maîtres coraniques, accordé des salaires aux chefs de quartier, de village, relevé les pensions des retraite des civils, pour la première fois des retraités, invalides, blessés, mutilés, la ration quotidienne des détenus, mis un dispositif de prévention et de lutte contre l’érosion côtière, la déforestation, la criminalité, etc.

Humanisme économique du président Macky Sall
Le président a bien mis à la disposition des populations des villes, surtout celles du Sénégal des profondeurs, (le monde rural), longtemps délaissées, pour mieux améliorer leurs conditions de vie, des moyens en matériel, à travers le Pracas, le Pudc, Puma, Promovilles, la mise en valeur de grandes surfaces de terres, octroyé des engrais, des semences, construit des pistes pour évacuer les productions agricoles, suspendu la taxe à l’exportation sur l’arachide (40 FCfa pour l’arachide décortiqué et 15 FCfa pour l’arachide en coque), octroyé des gilets de pêche et  des moteurs pour pirogues à coût de milliards, étendu le réseau routier, électrique, l’énergie solaire, éolienne.

Le président a aussi assuré la sécurisation du milieu des affaires, construit partout des Dac, accordé des financements aux jeunes, aux femmes, aux opérateurs économiques, aux immigrés pour la création d’entreprises qui vont assurer plus de 500.000 revenus réguliers globaux ou périodiques ( le terme est plus approprié) qui incluent à la fois des salaires, des rentes, la relance, l’accompagnement des entreprises en difficultés, la reprises de sociétés comme la Sonacos, créé, poursuivi, finalisé des infrastructures de dernière génération, comme l’aéroport Aibd.

L’Humanisme politique du président Macky Sall
Monsieur le Président avait, depuis la création de notre parti, inscrit dans ses chartes fondamentales, les statuts,  son option de gestion inclusive du pouvoir. La coalition «Benno Bokk Yaakaar» « Gagner ensemble et Gouverner ensemble » en constitue une illustration parfaite. C’est le lieu de saluer encore ses fidèles alliés, les présidents Niasse, Tanor, les autres leaders, les responsables, militants et sympathisants du président. Car le chef de l’Etat œuvre de manière inlassable pour le dialogue, facteur de paix et de cohésion sociale.

Quoi d’autre ? Il est vrai, tout n’est pas parfait au Sénégal, comme ailleurs. Des choses restent encore à faire. « La perfection n’existe que chez les Peuples de Dieu et d’Esclaves », disait un penseur. Nous Sénégalais, ne sommes ni des Dieux ni des Esclaves.

Chers compatriotes, malgré les contingences, les divergences, l’adversité politique, il ne fait aucun doute qu’en chacun d’entre nous, sommeille légèrement la fibre  nationale. Elle se réveille au moindre appel du devoir, de la patrie, de l’intérêt général. Le Sénégal est un, indivisible.

Et comme disait un grand homme politique (Maurice Barrès, La terre et les morts), la conscience nationale n’est que « la symbiose entre la terre où nous sommes nés et le culte des morts dont nous sommes « les prolongements. » Le Sénégal de Tous, le Sénégal pour Tous se fera, bien entendu par nous Tous.

Maître Djibril WAR
Directeur de l’Ecole du Parti de l’APR
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« Concluant le débat général, le président de la République a pris la décision de suspendre la taxe à l’exportation sur l’arachide pour une meilleure pénétration des marchés cibles. » Cette mesure prise lors du Conseil des ministres du 20 décembre 2017 est une illustration éclatante de la volonté du chef de l’Etat de coller et de promouvoir les couches vulnérables. La décision est un acte de haute portée sociale. Elle libère, en effet, les producteurs des contraintes qui les enferment dans un archaïsme complètement dépassé. Avoir des tonnes d’arachides entre les mains, trouver le moyen de les écouler à l’extérieur et en être privé par des dispositions obsolètes, il n’y avait rien de plus bridant par le paysan. Macky Sall l’a compris. Comme du reste il a toujours compris que le pays souffrait d’un énorme déficit d’égalité. Le bien-être et les avantages sociaux aux villes, la poussière des pistes et la corvée de l’eau aux campagnes ! Cette réalité a garroté pendant des années l’envol du Sénégal de l’intérieur. Macky Sall en a pris conscience. Et c’est ce qui fait de cette mesure une sorte de délivrance pour le monde rural. En vérité, le chef de l’Etat veut marquer par là que l’initiative n’est pas l’exclusivité des villes. Bien au contraire ! Il est possible de faire éclore l’entreprenariat à l’intérieur du pays en créant les conditions de richesse des acteurs. La décision de suspendre la taxe à l’exportation sur l’arachide supprime un handicap aux méfaits incalculables. Mis avant tout, c’est une injustice de moins. Il s’agit ni plus ni moins de l’option résolument prise par Macky Sall de réduire les inégalités injustifiées entre les villes et les campagnes. Cette vision politique a commencé par se concrétiser à travers les bourses familiales. Aujourd’hui, le bénéficiaire palpe, à l’instar du fonctionnaire, l’argent liquide et frais, sans avoir à se plier au parcours du combat des papiers administratifs. Du serment de Taïba Ndiaye à aujourd’hui, nombre de ménages jouissent directement du bonheur d’être de la grande misère. Celle qui vous pousse dans la rue, à tendre la main où à jeter sa progéniture dans l’indigne mendicité. Après les bourses familiales, le Pudc.

« Le Pudc répond, (…) à mon souci permanent d’un développement inclusif et solidaire, pour plus d’équité et de justice sociale, suivant l’esprit et la lettre du Plan Sénégal émergent, qui doit se traduire par une meilleure territorialisation des politiques publiques pour stimuler le potentiel de toutes nos localités », avait lancé Macky Sall.

Et il avait ajouté avoir constaté « des disparités persistantes, liées à l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux services sociaux de base et à l’enclavement ». En vérité, plusieurs localités souffrent de l’incapacité à exploiter tout leur potentiel dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche, des mines, de l’artisanat et du tourisme. Une situation largement imputable à l’enclavement et à la rupture des circuits du commerce et de l’investissement, faute d’infrastructures adéquates. A cela s’ajoutent les conditions de travail des femmes qui restent encore pénibles en milieu rural. « C’est tout cela qu’il nous faut corriger, en redressant les inégalités, les disparités et les injustices », avait indiqué Macky Sall. Aujourd’hui, le Pudc est en train d’offrir une belle image à nos localités de l’intérieur. La dernière-née des initiatives destinées à briser les écarts entre villes et campagnes est le Puma. Créé par décret par le président de la République, le Programme d’urgence de modernisation des axes et territoires frontaliers (Puma) a décliné sa feuille de route le vendredi 18 août au cours d’une rencontre avec la presse. Au total, pas moins de 14.900 infrastructures de tout genre pour un budget total de 600 milliards FCfa sortiront de terre dans les zones ciblées d’ici à l’horizon 2025.

Jamais politique n’avait été aussi hardie en faveur de l’équité. Surtout quand on y ajoute la Couverture maladie universelle (Cmu). Cette plateforme de haute portée sociale donne la possibilité aux personnes les plus démunies d’accéder à une couverture du risque maladie. Cette initiative permet, en effet, aux personnes ayant souvent de faibles revenus (monde rural et secteur informel), d’être affiliées à un régime d’assurance maladie et de bénéficier des mêmes soins que les personnes affiliées aux autres régimes de sécurité sociale que sont les imputations budgétaires et les Instituts de prévoyance maladie (Ipm).

Moustapha DJITTE
Responsable APR, Ngaye

Il y a bientôt un mois, le Sénégal s’est doté officiellement d’un des aéroports les plus modernes d’Afrique ! Son inauguration par le président Macky Sall, le 7 décembre dernier, marquée par des festivités à hauteur de l’évènement, n’a pas fait que des heureux au Sénégal. Au contraire, il a visiblement mis à nu et au grand jour tout ce que le Sénégal comporte comme envieux, mesquins, indisciplines et méchancetées tapis dans l’ombre aux aguets des réalisations du président Macky Sall, pour tenter de les transformer en échecs. C’est le comble des combles ! D’ailleurs, sur les ondes d’une radio de la place, le directeur général du consortium Limak-Aibd-Summa, Monsieur Xavier Marie, avait exprimé tristement son étonnement suite à « l’énergie déployée par certains Sénégalais prompts à « montrer ce qui ne marche pas » plutôt que d’exprimer le fait que le Sénégal dispose aujourd’hui d’un outil exceptionnel pour son transport aérien.

Ce bijou qui est en parfaite adéquation avec les exigences du monde moderne est non seulement le symbole « d’un Sénégal qui prend son envol », mais il incarne parfaitement le principe de la continuité de l’Etat.

D’ailleurs, dans son discours inaugural, Macky Sall, en bon républicain, n’a pas manqué de le rappeler en rendant hommage à ces trois prédécesseurs au Palais de l’avenue Roume qui ont aussi participé à la réalisation de cet édifice. « Chacun d’eux a apporté sa pierre à la construction de l’œuvre nationale. Notre génération doit se sentir fière et humble de contribuer à l’édification de ce patrimoine commun qui est aussi un legs pour les générations futures », avait-t-il lancé dans son discours.

Mais rendons à César ce qui appartient à César. Le Président Sall, par sa vision et son sens du pragmatisme marqué qui met en avant une gestion saine des affaires publiques, n’a pas fait que couper le ruban, il a fait bien plus que ça ! En effet, il a su sortir le projet Aibd du guêpier dans lequel il était embourbé en osant faire table rase des contrats et des mécanismes tortueux de son financement initial. Combien de fois l’Etat du Sénégal a été pris pour une « vache laitière » par le biais des avenants astronomiques ? Rappelons que ce subterfuge avait réussi a doublé le prix initial de construction qui passe de 230 milliards de FCfa, à 500 milliards de FCfa alors que l’aéroport n’était pas encore sorti de terre.

Si cet aéroport a vu le jour le 07 décembre dernier, c’est donc grâce à la fermeté de la diplomatie sénégalaise déployée par Macky Sall qui a très tôt compris que « La diplomatie ne se fait pas sur la place publique.

Au-delà de l’inauguration symbolique, cet aéroport porte « la vision de Sénégal émergent ». Il est au cœur et dans l’optique d’un cap fixé à l’horizon 2035.

C’est vous dire que nous avons besoin « d’infrastructures de qualité, de cette envergure, pour une connectivité nationale et internationale, pour la création d’emplois et d’activités génératrices de revenus contribuant à la transformation structurelle de notre économie nationale ».

Dans cette perspective, on peut dire et sans risque de se tromper que le président Macky Sall est résolument dans « le temps de l’action » et « dans un monde globalisé, le progrès des nations dépend de leurs capacités à relever le défi de la compétitivité, de la précision et de la vitesse ». C’est ce qui justifie grandement la mise en branle d’autres projets majeurs comme le Ter, Ila Touba, l’autoroute Aibd-Thiès et Aibd-Mbour. Sans compter les deux nouveaux ports qui seront construits non loin de là, à savoir le port multifonctionnel de Ndayane avec Dubaï Port World et le port minéralier de Bargny avec Sénégal minéral port dont les travaux ont été lancés le 27 novembre dernier par le Premier ministre.

En tous les cas, au rythme où vont les choses, les « oiseaux de mauvais augures vont maigrir et les aigris vont mourir » car des inaugurations, il y en aura encore et encore pour « un Sénégal de tous et pour tous » !

Touradou SOW
Président MADP
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« Poursuite non naturelle et un jugement précipité ». Par ces propos, vous dénoncez la procédure judiciaire dirigée contre votre pair, le député et maire de la ville de Dakar, Monsieur Khalifa Sall, placé en détention provisoire et aujourd’hui en jugement. Ils vous ont valu, à juste raison, des réprobations et de vives critiques de la part de nombreuses personnes, hommes politiques, simples citoyens touchés dans leur honneur. Leur indignation est d’autant plus grande que vous projetez même de porter sur les fonts baptismaux, comble de provocation, un observatoire international des « Maires en danger». Madame, la République du Sénégal est libre, laïque et souveraine.

Elle garantit l’égalité de tous devant la loi. Elle proscrit toute discrimination fondée sur la  naissance, la race, le sexe, la religion, la fonction, le rang. Elle est profondément attachée au respect scrupuleux du principe de la Séparation des Pouvoirs et de l’Indépendance des juges. Nous ne vous ferons l’offense de préjuger et de  déduire à partir de vos malheureuses déclarations que ces principes invoqués ci-dessus, élevés au rang de règles de lois constitutionnelles, proclamées depuis des siècles par bon nombre de nations, ne seraient en fait, selon vous, que des chimères au Sénégal. De là alors à transformer par vous-même cet adage bien de chez vous : « Vérité en deçà des Pyrénées, Mensonge au-delà » en « Justice en Métropole, Non droit sous les Tropiques  », il n’y a qu’un petit pas que nous nous garderons bien de vous faire franchir.

Car, somme toute, madame, à votre corps défendant, nous retenons à votre actif, outre votre parcours, les combats que vous avez toujours menés au nom de causes nobles parce qu’humanitaires. Le dernier en date est la prise en charge quotidienne par votre mairie de 1600 migrants toutes nationalités confondues, sans abri, logés dans des hôtels et des gymnases, votre proposition de loi en leur faveur, à la grande consternation de bon nombre de vos administrés. Ces actions louables, fort appréciées, ne sauraient pour autant vous dédouaner de vos propos gravement excessifs pour jeter le mépris sur nos respectables institutions, en l’occurrence le pouvoir judiciaire.

La solidarité à l’endroit de l’édile de Dakar, connu jusqu’ici, chez bon nombre de citoyens pour sa courtoisie, sa piété, son honnêteté ne saurait en aucune manière justifier une telle attitude de votre part. Nous prions pour que le tribunal, après un juste et équitable procès prononce sa  relaxe s’il est convaincu de son innocence, pour qu’il puisse retourner au près des siens.

L’immixtion d’une personne étrangère dans les affaires intérieures de notre pays, de surcroît dans une affaire judiciaire, quelque scandaleuse qu’elle pût paraître, ne devrait normalement pas nous surprendre, encore moins nous émouvoir. La raison est que des compatriotes, hommes femmes politiques, membres de groupes se réclamant de la société civile, si enclins pourtant à revendiquer avec force leur patriotisme et leur nationalisme nous ont habitués à leur pratique coutumière. Ces derniers n’ont de cesse de jeter en pâture nos institutions, l’indépendance de notre justice, la dignité, de nos valeureux juges à l’opinion, aux représentations et organisations diplomatiques et même à l’étranger. En  dressant ce sévère et outrageant réquisitoire à l’endroit de notre respectable justice qui, selon vous, agirait sur commande du pouvoir exécutif, vous jetez injustement l’opprobre sur les juges sénégalais aussi compétents, intègres que leurs collègues de France et d’ailleurs.

Nos institutions sont bien attachées aux fondements de notre État, résolument déterminé au nom de la Gouvernance vertueuse, à se conformer aux exigences d’un État de Droit, qui combat l’impunité sous toutes ses formes et garantit à chaque citoyen ses droits et ses libertés. Nous n’osons croire que vous voudrez, sous le feu de la passion dévorante et aliénante de la passion faire fi de ces règles universelles dont notre justice a toujours fait siennes. On peut bien vous concéder le droit de porter assistance à un ami, en lui adjoignant pour sa défense, un avocat en la personne de votre adjoint à la mairie. Il est vrai, la mission sacerdotale de l’avocat ne devrait pas connaître les limites frontalières. Nous pouvons aussi bien vous rassurer que ceux commis sur place par le  député-maire de Dakar, n’ont rien à envier qui que ce soit dans la maîtrise du droit, dans l’éloquence et la pratique des règles de procédures.

En France, l’interpellation de personnalités politiques, anciens présidents, premiers ministres, ministres, députés, maires, élus est devenue un fait banal. Nous ne voudrions préjuger sur l’innocence ou la culpabilité du maire de Dakar. Mais il semble que la pomme de discorde, en dehors de considérations purement politico-politiciennes, partisanes, en l’espèce, est surtout orientée vers le statut de l’édile de Dakar, devenu député après sa détention et l’inviolabilité de son immunité attachée à ses nouvelles fonctions. Est-il besoin alors d’interpeller l’histoire pour vous rappeler aujourd’hui un événement lointain communément appelé : « le Piège de l’Observatoire » ? Ce fait, qui avait en son temps défrayé la chronique, était relatif à la mise en cause d’un grand homme politique, sénateur, Monsieur François Mitterrand. Dans une affaire qualifiée d’outrage à magistrats, suite à un supposé attentat commis sur sa personne, mais qui serait, semble-t-il, avoir été orchestré de toutes pièces par la prétendue victime elle-même. Le procureur général saisi, avait, après enquête, demandé au vu des faits au Sénat la levée de l’immunité parlementaire du ci-nommé.

« Nous devons tout faire pour que notre collègue mis en cause parvienne à faire admettre son innocence devant ses juges. Encore faut-il qu’il ait l’occasion de s’expliquer devant eux. Car, il n’est pas de notre rôle, nous parlementaires de juger l’affaire au fond. La levée de l’immunité parlementaire n’est pas un jugement, mais juste un renvoi à la procédure judiciaire ». À la suite de cet exposé du rapporteur de la Commission, la levée de l’immunité parlementaire, après vote fut adoptée par la majorité, avec les voix de ses collègues de même Parti, socialiste, et les communistes tous de l’opposition. C’était-il y a 58 ans, plus exactement le 18 novembre1959.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de l’immunité des députés et des ministres. La levée de l’immunité des parlementaires et des ministres en France, comme ce fut le cas récemment des députés du Front national est devenue aujourd’hui banale en France. Le dernier cas, celui d’un ancien Garde des sceaux, et d’un député de la majorité pour répondre de faits de violation de secret professionnel, pour un cas de fraude fiscale supposée commise par ce dernier le confirme bien. Aujourd’hui, dans votre pays, le débat politique d’actualité est plus orienté sur l’utilité de l’immunité parlementaire. On parle même de sa suppression ainsi que celle de la Haute Cour de Justice.

Le projet de loi rétablissant la confiance dans l’action publique, plus communément appelé Loi de moralisation de la vie publique qui va même constituer l’un des premiers textes symboles de ce nouveau quinquennat en France emporte-t-il votre adhésion ?  

Que direz-vous de ce député français confortant l’action de l’association Anticor, et pour qui, « l’immunité parlementaire ne sert à rien, à part entretenir ce petit soupçon perpétuel visant la classe politique » ? Madame le Maire, nous ne saurions terminer sans nous inviter tous à toujours méditer cette prescription d’un grand penseur et humaniste bien de chez vous, Rabelais: « Fais ce que tu voudras, parce que gens libres, bien nés, instruits, conversant toujours en compagnies honnêtes, ayant par nature un esprit aiguillon, parce que  retirés du vice, le quel on nomme honneur ».

Par Maître Djibril War
Député membre du groupe
parlementaire de la majorité «Benno Bokk Yaakar»
Directeur de l’École du Parti de l’Alliance pour la République APR
wardjibril@yahoo. Fr

Les Belles Lettres, créées en 1919 par l’association Guillaume Budé, sont une maison d’édition extrêmement prestigieuse dont la vocation originelle fut et reste la publication et la diffusion des auteurs de l’Antiquité gréco-romaine, même si son spectre s’est quelque peu élargi. On compte, parmi ses plus illustres collections, celles dénommées « Collection des universités de France » et « Études anciennes », cette dernière comportant une série grecque et une série latine. C’est dans la collection « Études anciennes, série grecque », sous le numéro 155, que Mme Mame Sow Diouf, professeur émérite de Lettres classiques, vient de publier un remarquable ouvrage intitulé Le médecin hippocratique. Aux sources de la médecine moderne (Paris : Les Belles Lettres, 2017, 196 p.), avec une préface de Jacques Jouhanna qui est le maître des études hippocratiques en France. L’ouvrage de Mame Sow Diouf, écrit dans le meilleur style, avec l’élégance et la clarté d’une helléniste chevronnée, se distribue en trois parties bien proportionnées.

La première partie étudie le milieu social et professionnel dans lequel évolue le médecin hippocratique. C’est d’abord un tableau d’ensemble qui nous en est dressé. C’est le médecin, qui « est au sommet de la hiérarchie au sein de la famille médicale ou du centre médical » (Sow Diouf, 2017, p. 21), et les pédotribes « amenés à toucher à la médecine » par certains biais (luxation, fracture, massage, etc.), qui sont présentés avec leurs fonctions et rôles bien définis. Ensuite sont passés en revue les divers professionnels intervenant aux côtés du médecin : les aides, préposés aux tâches d’infirmiers, les fils du maître et ses disciples et, enfin, une sorte de « sage-femme » ou de « femme-médecin » dont rien ne permet, comme le montre Mame Sow Diouf, de limiter les compétences au seul domaine gynécologique.

Une fois le milieu social et médical bien campé, l’enseignement et l’exercice de la médecine sont décrits et analysés soigneusement. Mame Sow Diouf montre que si, en maints lieux des traités hippocratiques, on voit des médecins qui semblent plutôt spécialisés (traumatologie, gynécologie ou ophtalmologie), en fait l’anthropologie hippocratique « de la globalité de l’individu constitue un obstacle à la spécialisation du médecin » (p. 39). C’est pourquoi le médecin hippocratique est un omnipraticien dont je crois pouvoir dire qu’il subsiste dans la figure contemporaine de l’interniste ou spécialiste de médecine interne. Aussi bien son activité thérapeutique touche-t-elle à tous les domaines, de la pharmaceutique à la médecine de guerre, en passant par le régime, la chirurgie, etc.

En bonne méthode, après avoir étudié le milieu social et professionnel, Mame Sow Diouf (2017, p. 57-106) se concentre, dans la deuxième partie, sur les règles scientifiques de l’art. La Collection hippocratique, c’est d’abord la dénonciation de l’ignorance non pas seulement celle du vulgaire, mais celle du pseudo-savant à la fois « crédule » et « superstitieux » (Chapitre premier). Très rigoureusement, le chapitre II étudie « la critique des explications superstitieuses des maladies ». C’est ainsi que le traité intitulé Maladie sacrée s’efforce de démonter la superstition populaire qui rattache l’épilepsie à une forme de malédiction divine. Mame Sow Diouf cerne les niveaux de l’argumentation élenctique du traité : arguments généraux, arguments d’ordre médical, étiologie naturelle, etc. Cette approche est aussi illustrée dans le traité Airs, eaux, lieux.

En prenant le soin de distinguer les différences des approches argumentatives d’un traité à l’autre, Mame Sow Diouf montre clairement que les divers traités convergent vers la réfutation des explications faisant intervenir les devins et la divination. Ainsi est préparé le chapitre 3 intitulé « L’art, le hasard et la cause », très bref mais fondamental en ce qu’il établit l’importance du progrès de l’étiologie naturelle, c’est-à-dire rationnelle, amoindrissant de plus en plus le rôle du hasard au profit de l’art. Certains traités cependant, par exemple Affections ou Maladies I, gardent un certain rôle au hasard.

Il paraît alors tout à fait logique que, pour clore la deuxième partie, Mame Sow Diouf examine « la critique de la connaissance dans la Collection hippocratique ». « Les Hippocratiques, écrit-elle, ont eu conscience qu’il fallait un fondement sûr de la connaissance de l’état du corps malade et de la cause de la maladie, et ils se sont posé la question suivante : pour que cette connaissance soit sûre, condition d’une thérapie réussie, quelle est la meilleure voie ? » (op. cit., p. 97). Très tôt, les médecins hippocratiques, malgré certaines différences, s’accordent sur la méthode d’observation (Ancienne médecine), mais il existe un courant qui privilégie une dimension philosophique (Régime). Dans tous les cas, l’idéal scientifique reste indétachable d’un idéal éthique des médecins, lequel fait précisément l’objet de la troisième et dernière partie.

La troisième partie, « L’éthique hippocratique », s’ouvre sur ce qu’on appelle traditionnel-lement un « argument », d’une concision et d’une clarté exemplaires, que je ne peux pas ne pas citer expressis verbis : « Dans la Collection, l’éthique, c’est-à-dire la réflexion sur la morale, est aussi importante que les lois intellectuelles établies par les médecins hippocratiques, ou celles matérielles. C’est même plus à l’éthique qu’aux lois intellectuelles et matérielles que la médecine hippocratique doit son importance dans l’histoire de la médecine » (Sow Diouf, 2017, p. 109).

L’éthique hippocratique repose sur le fondement de toute véritable médecine, « le devoir de protéger la vie », titre du chapitre premier, d’où résultent deux règles cardinales : « l’interdiction d’interrompre la vie » et l’obligation de soigner tout malade, même présumé incurable. Certes, la fine praticienne des traités qu’est la savante Mame Sow Diouf relève une interdiction de soigner dans Maladies II, 2, c. 48, et une autre dans Maladies des femmes I, deux traités cnidiens, mais elle note bien qu’elles sont tout à fait exceptionnelles. Ces « deux passages… contiennent des traces de remaniement » (Sow Diouf, 2017, p. 115). Elle analyse très bien certains passages des traités Art, Fractures et Serment, qui semblent marquer un certain infléchissement qui est moins doctrinal que pratique. La deuxième règle, peut-être sous réserve de Régime III, 68-69, est l’observation de l’impartialité dans le traitement des malades. Le commentaire magistral de ces passages montre qu’il n’y a pas lieu d’y voir une dérogation au principe d’impartialité.

En ce qui concerne l’attitude du médecin hippocratique face à l’ennemi de guerre, Mame Sow Diouf, servie par une immense connaissance de l’histoire et de la culture grecques, montre que celui-ci est guidé par-dessus tout par le philhellénisme d’Hippocrate, idéal du kalokagatos contemporain. Les chapitres IV et V étudient avec finesse l’attitude du médecin hippocratique devant l’argent et la théâtralité jusques et y compris dans les manifestations proprement rhétoriques de celle-ci.

Enfin, le chapitre VI, qui termine la troisième partie, étudie la sagesse pratique des médecins hippocratiques, celle qui les guide dans leur pratique professionnelle quotidienne. Elle constitue une sorte de « parénétique » d’observance quotidienne tournant autour de la discrétion, la justice, l’humilité et l’honnêteté, la conscience professionnelle et la bienséance.

Cet ouvrage, d’une érudition impeccable, est très utile, bien sûr, pour les historiens de la médecine, pour les praticiens de la médecine, qu’ils évoluent ou non en milieu hospitalier, ainsi que pour les étudiants en médecine, mais aussi pour tous ceux qui s’intéressent à ce noble métier enté sur l’humanisme radical. Les hommes de lettres, les philosophes, les historiens et bien d’autres spécialistes des sciences humaines issus de tous pays, en Europe, en Asie, en Amérique et en Afrique, y trouveront certainement de quoi nourrir leurs réflexions et leurs travaux.

Mame Sow Diouf ne traite aucune question à la légère. Elle procède avec méthode et rigueur. Elle considère toutes les sources, examine chacune d’elles soigneusement et avec objectivité, fait le point de la question, discute précisément les diverses positions et, enfin, définit sa propre approche dans le respect des règles fondamentales de la pensée scientifique. Il n’y a aucun parti pris dans ce travail. C’est l’œuvre d’une grande savante, ayant une culture classique parfaite et toujours soucieuse d’exactitude. Son livre, qui est un événement, marquera durablement les études hippocratiques en France. Enfin, écrit dans une langue belle, claire et vivante, il peut - et devrait - être lu par tous.

Djibril SAMB
Médaille d’Argent de l’Académie française / Prix Noma

Le 17 décembre 1962, soudain, se déclenchèrent les douloureux évènements qui ont abouti à la rupture brutale entre Léopold Sédar Senghor, président de la République et Mamadou Dia, président du Conseil. Le premier, en l’occurrence Senghor, accusa le second de coup d’Etat et fait voter par des députés acquis à sa cause, une motion de censure qui destitua Mamadou Dia. Ainsi, est parti le feuilleton d’un long procès politico-judiciaire qui secoua profondément, et cela jusqu’à nos jours encore, la trajectoire de la jeune République du Sénégal indépendant.

Pourtant, Senghor et Dia formaient un duo complémentaire, voire un tandem sur qui pouvait compter le Sénégal indépendant pour relever les défis de développement et de prospérité économique et sociale. Ils étaient liés par une solide et vieille amitié de 17 ans qui date du retour de Léopold Sédar Senghor au pays natal. Mais hélas, les démons de la division sont passés par là. Mamadou Dia et Senghor se séparent brusquement et brutalement au sommet de leur amitié et de l’Etat en train de se construire.

Sans adopter une démarche historique consistant à relater les faits tels qu’ils se sont passés, notre souci est plutôt de revenir objectivement sur les causes profondes qui ont abouti à cette crise majeure qui a opposé deux figures historiques incontournables de notre pays : Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia. Il importe aussi pour nous d’en étudier l’impact, voire les séquelles sur la trajectoire historique du Sénégal.

En réalité, le régime parlementaire mis en place à la suite de l’Indépendance constitue un bicéphalisme qui accordait plus de pouvoir au président du Conseil, en l’occurrence Mamadou Dia, qu’au président de la République, Léopold Sédar Senghor. Du moins, ce régime mettait plus en orbite Mamadou Dia sur la scène nationale et internationale que Senghor qui pourtant jouissait, en tant que poète et un des chantres du mouvement de la Négritude, d’une aura internationale indiscutable. Mais, c’est cela aussi la spécificité du régime parlementaire où le Premier ministre est plus en vue que le président de la République.

Le rapprochement de Mamadou Dia au Bloc soviétique est, en outre, l’une des causes profondes qui expliquent davantage la crise de 1962. En homme libre et entreprenant, investi du pouvoir de déterminer la politique de la Nation, Mamadou Dia effectua un voyage dans les pays de l’Est pour nouer un partenariat et une coopération entre son pays et l’Urss. Ce choix de se tourner vers l’Est pour la recherche de partenaires économiques n’a pas rassuré la Métropole, c’est-à-dire la France qui voulait continuer à avoir une mainmise sur l’économie sénégalaise. Le choix du Maodo était un choix de modèle économique et de développement audacieux qui dérangeait la France à une époque où les pays francophones d’Afrique venaient d’accéder à l’Indépendance au début des années soixante. Il s’avère alors qu’éliminer Mamadou Dia était la meilleure voie pour qu’une telle démarche ne prospère pas et n’ait pas des échos favorables dans les autres pays francophones d’Afrique.

On ne peut pas parler aussi de la crise de 1962 sans mettre en relief le rôle qu’a joué la classe maraboutique. La vision de Mamadou Dia, pour ne pas dire sa politique économique et sociale, dérangeait profondément la classe maraboutique. Ces marabouts n’avaient pas encore tout le pouvoir qu’ils ont aujourd’hui sur les populations et tout l’égard dont ils bénéficient de nos jours de la part de l’Etat (cf. « La République couchée » d’Ousseynou Kane, ancien chef du département de philosophie de l’Ucad de Dakar). Le modèle de production agricole que prônait Dia tendait à libérer l’économie sénégalaise de la Métropole, mais aussi, les masses paysannes d’une quelconque dépendance, fusse-t-elle celle des marabouts. Au plan économique, la coalition de l’élite politico-religieuse a contribué à asseoir l’économie du pays sur une seule culture de rente : l’arachide. Un choix scellé par l’opposition radicale des marabouts aux programmes de réforme du secteur agricole du premier président du Conseil du Sénégal.

L’attitude des marabouts n’était basée que sur le mercantilisme. Ils avaient une mainmise totale sur la culture de l’arachide qui constituait leur principale source de revenus et celle du pays. Mais la culture de l’arachide a la caractéristique de transformer les terres arables en terres arides. Mamadou Dia n’était pas aussi le genre d’homme d’Etat à s’agenouiller devant un marabout. D’ailleurs, il avait une certaine compréhension de l’Islam qui ne faisait pas de la religion musulmane « l’opium du peuple ». Il prônait un Islam libérateur des masses populaires. C’est ce qui explique qu’un « Léopold » ait pu bénéficier du soutien des marabouts au détriment d’un « Mamadou » lorsque les hostilités se déclenchèrent le 17 décembre 1962.

Pour certains acteurs et témoins de cette crise, les sérieuses divergences au sein de l’Ups, le Parti de Senghor et de Dia expliquent, en partie, l’avènement et la tournure de la crise du 17 décembre 1962. C’est du moins la position ferme que défendait le défunt président Mbaye Jacques Diop qui à l’époque, était l’un des jeunes du Parti. Seulement, il importe de préciser que ce dernier mettait plus l’accent sur les divergences politiques que sur les choix économiques de Mamadou Dia. Il n’est pas d’ailleurs le seul. L’écrivain Cheikh Hamidou Kane, acteur et témoin oculaire des évènements, est revenu sur ces divergences en mettant en exergue la dimension économique du conflit. Dans une interview qu’il a accordée récemment au journal « Enquête » du 5 octobre 2016, il revenait en ces termes sur les causes qui ont abouti à l’arrestation et à la condamnation du président du Conseil : « …La détérioration de leurs relations a été causée par les rivalités des différents dirigeants du parti au pouvoir, l’Ups. Mamadou Dia, pendant les quatre années où il a été président du Conseil, dans la mesure où il mettait en œuvre sa politique économique très rigoureuse, a suscité le mécontentement des commerciaux, des traitants, y compris des hommes politiques qui étaient ses rivaux dans le parti. D’ailleurs, ce sont eux qui ont monté Senghor contre lui. Senghor, après avoir été son soutien pendant longtemps, au dernier moment effrayé qu’il était peut-être, s’est laissé convaincre que Mamadou Dia voulait faire un coup d’Etat… ».

Ce qu’il importe de rappeler, c’est que Mamadou Dia admirait Senghor et cela même au-delà des évènements de 1962 et malgré son incarcération à Kédougou durant 12 ans. Il avait une confiance totale en lui malgré tout ce qui se chuchotait sur ses oreilles à propos de ce que Senghor et ses partisans préparaient contre lui. Il ne faut pas oublier que Mamadou Dia a reçu les échos de la cabale qui se montait contre lui depuis longtemps, mais n’a jamais accordé du crédit à ce qui se disait entre Senghor et lui-même. En réalité, il avait fait preuve d’une naïveté dont seuls les vrais amis peuvent faire montre vis-à-vis de leur compagnon et avait fini par tomber dans le piège tendu par Senghor.

Dia étant convaincu fortement que le parti avait priorité sur les institutions, avait décidé d’user de la force publique pour empêcher la réunion des députés à l’Assemblée nationale, tant que le parti ne l’autorisait pas. Cela a été l’erreur de Mamadou Dia si l’on en croit Cheikh Hamidou Kane. Mais à vrai dire, Mamadou Dia n’a jamais eu l’idée de faire un coup d’Etat contre Senghor parce qu’il avait, en tant que président du Conseil, tout le pouvoir avec lui. Le 17 décembre 1992, soit 30 ans après les événements, le Général Jean Alfred Diallo, nommé Chef d’État-major par Senghor au moment des événements en remplacement du général Amadou Fall et homme clé de ces événements, déclara : « Mamadou Dia n’a jamais fait un coup d’Etat contre Senghor […] l’histoire du coup d’Etat, c’est de la pure fabulation ».

Il faut seulement signaler le fait que la crise de 1962 a non seulement brisé l’élan de notre jeune Nation, mais aussi la carrière politique de Mamadou Dia et de ses partisans. Elle avait aussi, pendant longtemps, divisé le pays en deux (les Diaistes d’un côté et les partisans de Senghor de l’autre) et handicapé la bonne marche de la Nation sénégalaise naissante. Depuis, Mamadou Dia a été victime d’un ostracisme vis-à-vis de sa personne et de son œuvre. Aujourd’hui, aucun édifice public ne porte son nom, ni une avenue ni une école ou une université, encore moins un aéroport. Son action à la tête du Sénégal est occultée et cela à dessein.

Certains historiens peu inspirés et mal intentionnés sont allés jusqu’à le considérer même comme un homme de « second couteau » dans l’histoire politique du Sénégal. Quelle aberration ! Mamadou Dia est presque méconnu de la jeune génération. Il en est de même pour son compatriote Cheikh Anta Diop qui, tout de même, dérangeait aussi le natif de Joal, le poète-président. C’est cela la vérité. Il importe aujourd’hui de rectifier cette négligence historique et rendre à Dia ce qui appartient à Dia. Il faut réhabiliter la mémoire et l’œuvre de Mamadou Dia « pour que lui soit enfin pleinement reconnue sa place de combattant pour la Liberté des peuples à l’heure de la décolonisation, artisan inlassable du développement à partir des communautés de base » d’après ces mots touchants de Roland Colin dans la dédicace de son livre Sénégal notre pirogue, Au soleil de la liberté, Journal de bord 1955-1980, Préface d’Elikia M’Bokolo, 2007, Paris, Présence Africaine, 408 pages. C’est une exigence historique dans un pays en crise de civisme, de citoyenneté et de patriotisme. L’éminent professeur Djibril Samb considère que la Nation n’a pas de père. Par contre, l’Etat du Sénégal en a un et c’est Mamadou Dia, ce « baobab habité par un peuple d’oiseaux », selon l’historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo.

Ce qu’il importe ici de retenir pour conclure, c’est que le Sénégal traine jusqu’à nos jours les séquelles de la crise de 1962, qui en réalité n’a été qu’un choc autour du choix de modèle économique de développement. La rigueur et l’austérité de la politique économique du natif de Khombole, dans la région de Thiès, aurait permis au Sénégal de dépasser de loin le niveau de développement où il se trouve aujourd’hui. Les Sénégalais auraient eu un autre type de rapport avec le pouvoir qui ne consisterait pas seulement à s’en servir. La France n’aurait pas eu tout le contrôle qu’elle a aujourd’hui sur l’économie et la vie politique de notre pays.

Il va sans dire que ni Senghor et ses partisans ni Mamadou Dia et les siens ne sont sortis vainqueurs de ce conflit au sommet de l’Etat du Sénégal nouvellement indépendant. Tout de même, il y a un grand perdant dans cette crise qui fut la première plaie de l’histoire politique du Sénégal indépendant. A ce propos, Babacar Diop, enseignant au département de philosophie de l’Ucad de Dakar, écrivait dans son livre Le feu sacré de la liberté : Mon combat pour la jeunesse africaine, préface du professeur Djibril Samb, L’Harmattan, Paris, 2010, 252 pages : « S’il y a un véritable perdant dans les évènements de décembre 1962, ce n’est ni Mamadou Dia ni ses codétenus de la prison de Kédougou, c’est le peuple sénégalais dans son ensemble. Nous traînons jusqu’à présent la douloureuse et brutale rupture entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia. Les deux formaient une équipe qui inspirait la confiance et l’espoir à toute l’Afrique. S’ils avaient réussi à conserver l’unité et la cohésion, comme Pélopidas et Epaminondas, un couple politique de la Grèce antique uni et inspiré par une authentique vertu, le Sénégal ne serait pas, à coup sûr, ce qu’il est devenu aujourd’hui ». Aujourd’hui, nous devons tirer les leçons d’une telle crise pour épargner notre pays de conflits politico-judiciaires qui ne feront que l’enfoncer davantage, au moment où on aspire à l’émergence. Ce qu’Abdoulaye Wade n’avait pas pu éviter durant son règne bien que l’on soit, depuis la constitution de 1963, dans un régime présidentiel. Il est entré soudainement en conflit avec Idrissa Seck, son Premier ministre d’alors et plus tard avec son autre Premier ministre, Macky Sall. Le président Macky Sall à son tour, n’est pas totalement à l’abri d’un tel duel au sommet de l’Etat. Les cas Abdoul Mbaye et Aminata Touré sont passés par là. Et s’il ne fait pas preuve d’une grande lucidité et d’un grand courage, les partisans des forces obscures le mettraient tôt ou tard en mal avec ses plus proches collaborateurs, histoire de préserver leurs propres intérêts comme les partisans de Senghor avaient fait pour occasionner la crise de 1962 au Sénégal.

• Le titre est de la Rédaction

Par Ngor DIENG
Psychologue conseiller
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Le 17 décembre 1962, soudain, se déclenchèrent les douloureux évènements qui ont abouti à la rupture brutale entre Léopold Sédar Senghor, président de la République et Mamadou Dia, président du Conseil. Le premier, en l’occurrence Senghor, accusa le second de coup d’Etat et fait voter par des députés acquis à sa cause, une motion de censure qui destitua Mamadou Dia. Ainsi, est parti le feuilleton d’un long procès politico-judiciaire qui secoua profondément, et cela jusqu’à nos jours encore, la trajectoire de la jeune République du Sénégal indépendant.
Pourtant, Senghor et Dia formaient un duo complémentaire, voire un tandem sur qui pouvait compter le Sénégal indépendant pour relever les défis de développement et de prospérité économique et sociale. Ils étaient liés par une solide et vieille amitié de 17 ans qui date du retour de Léopold Sédar Senghor au pays natal. Mais hélas, les démons de la division sont passés par là. Mamadou Dia et Senghor se séparent brusquement et brutalement au sommet de leur amitié et de l’Etat en train de se construire.

Sans adopter une démarche historique consistant à relater les faits tels qu’ils se sont passés, notre souci est plutôt de revenir objectivement sur les causes profondes qui ont abouti à cette crise majeure qui a opposé deux figures historiques incontournables de notre pays : Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia. Il importe aussi pour nous d’en étudier l’impact, voire les séquelles sur la trajectoire historique du Sénégal.
En réalité, le régime parlementaire mis en place à la suite de l’Indépendance constitue un bicéphalisme qui accordait plus de pouvoir au président du Conseil, en l’occurrence Mamadou Dia, qu’au président de la République, Léopold Sédar Senghor. Du moins, ce régime mettait plus en orbite Mamadou Dia sur la scène nationale et internationale que Senghor qui pourtant jouissait, en tant que poète et un des chantres du mouvement de la Négritude, d’une aura internationale indiscutable. Mais, c’est cela aussi la spécificité du régime parlementaire où le Premier ministre est plus en vue que le président de la République.

Le rapprochement de Mamadou Dia au Bloc soviétique est, en outre, l’une des causes profondes qui expliquent davantage la crise de 1962. En homme libre et entreprenant, investi du pouvoir de déterminer la politique de la Nation, Mamadou Dia effectua un voyage dans les pays de l’Est pour nouer un partenariat et une coopération entre son pays et l’Urss. Ce choix de se tourner vers l’Est pour la recherche de partenaires économiques n’a pas rassuré la Métropole, c’est-à-dire la France qui voulait continuer à avoir une mainmise sur l’économie sénégalaise. Le choix du Maodo était un choix de modèle économique et de développement audacieux qui dérangeait la France à une époque où les pays francophones d’Afrique venaient d’accéder à l’Indépendance au début des années soixante. Il s’avère alors qu’éliminer Mamadou Dia était la meilleure voie pour qu’une telle démarche ne prospère pas et n’ait pas des échos favorables dans les autres pays francophones d’Afrique.

On ne peut pas parler aussi de la crise de 1962 sans mettre en relief le rôle qu’a joué la classe maraboutique. La vision de Mamadou Dia, pour ne pas dire sa politique économique et sociale, dérangeait profondément la classe maraboutique. Ces marabouts n’avaient pas encore tout le pouvoir qu’ils ont aujourd’hui sur les populations et tout l’égard dont ils bénéficient de nos jours de la part de l’Etat (cf. « La République couchée » d’Ousseynou Kane, ancien chef du département de philosophie de l’Ucad de Dakar). Le modèle de production agricole que prônait Dia tendait à libérer l’économie sénégalaise de la Métropole, mais aussi, les masses paysannes d’une quelconque dépendance, fusse-t-elle celle des marabouts. Au plan économique, la coalition de l’élite politico-religieuse a contribué à asseoir l’économie du pays sur une seule culture de rente : l’arachide. Un choix scellé par l’opposition radicale des marabouts aux programmes de réforme du secteur agricole du premier président du Conseil du Sénégal.

L’attitude des marabouts n’était basée que sur le mercantilisme. Ils avaient une mainmise totale sur la culture de l’arachide qui constituait leur principale source de revenus et celle du pays. Mais la culture de l’arachide a la caractéristique de transformer les terres arables en terres arides. Mamadou Dia n’était pas aussi le genre d’homme d’Etat à s’agenouiller devant un marabout. D’ailleurs, il avait une certaine compréhension de l’Islam qui ne faisait pas de la religion musulmane « l’opium du peuple ». Il prônait un Islam libérateur des masses populaires. C’est ce qui explique qu’un « Léopold » ait pu bénéficier du soutien des marabouts au détriment d’un « Mamadou » lorsque les hostilités se déclenchèrent le 17 décembre 1962.

Pour certains acteurs et témoins de cette crise, les sérieuses divergences au sein de l’Ups, le Parti de Senghor et de Dia expliquent, en partie, l’avènement et la tournure de la crise du 17 décembre 1962. C’est du moins la position ferme que défendait le défunt président Mbaye Jacques Diop qui à l’époque, était l’un des jeunes du Parti. Seulement, il importe de préciser que ce dernier mettait plus l’accent sur les divergences politiques que sur les choix économiques de Mamadou Dia. Il n’est pas d’ailleurs le seul. L’écrivain Cheikh Hamidou Kane, acteur et témoin oculaire des évènements, est revenu sur ces divergences en mettant en exergue la dimension économique du conflit. Dans une interview qu’il a accordée récemment au journal « Enquête » du 5 octobre 2016, il revenait en ces termes sur les causes qui ont abouti à l’arrestation et à la condamnation du président du Conseil : « …La détérioration de leurs relations a été causée par les rivalités des différents dirigeants du parti au pouvoir, l’Ups. Mamadou Dia, pendant les quatre années où il a été président du Conseil, dans la mesure où il mettait en œuvre sa politique économique très rigoureuse, a suscité le mécontentement des commerciaux, des traitants, y compris des hommes politiques qui étaient ses rivaux dans le parti. D’ailleurs, ce sont eux qui ont monté Senghor contre lui. Senghor, après avoir été son soutien pendant longtemps, au dernier moment effrayé qu’il était peut-être, s’est laissé convaincre que Mamadou Dia voulait faire un coup d’Etat… ».

Ce qu’il importe de rappeler, c’est que Mamadou Dia admirait Senghor et cela même au-delà des évènements de 1962 et malgré son incarcération à Kédougou durant 12 ans. Il avait une confiance totale en lui malgré tout ce qui se chuchotait sur ses oreilles à propos de ce que Senghor et ses partisans préparaient contre lui. Il ne faut pas oublier que Mamadou Dia a reçu les échos de la cabale qui se montait contre lui depuis longtemps, mais n’a jamais accordé du crédit à ce qui se disait entre Senghor et lui-même. En réalité, il avait fait preuve d’une naïveté dont seuls les vrais amis peuvent faire montre vis-à-vis de leur compagnon et avait fini par tomber dans le piège tendu par Senghor.
Dia étant convaincu fortement que le parti avait priorité sur les institutions, avait décidé d’user de la force publique pour empêcher la réunion des députés à l’Assemblée nationale, tant que le parti ne l’autorisait pas. Cela a été l’erreur de Mamadou Dia si l’on en croit Cheikh Hamidou Kane. Mais à vrai dire, Mamadou Dia n’a jamais eu l’idée de faire un coup d’Etat contre Senghor parce qu’il avait, en tant que président du Conseil, tout le pouvoir avec lui. Le 17 décembre 1992, soit 30 ans après les événements, le Général Jean Alfred Diallo, nommé Chef d’État-major par Senghor au moment des événements en remplacement du général Amadou Fall et homme clé de ces événements, déclara : « Mamadou Dia n’a jamais fait un coup d’Etat contre Senghor […] l’histoire du coup d’Etat, c’est de la pure fabulation ».
Il faut seulement signaler le fait que la crise de 1962 a non seulement brisé l’élan de notre jeune Nation, mais aussi la carrière politique de Mamadou Dia et de ses partisans. Elle avait aussi, pendant longtemps, divisé le pays en deux (les Diaistes d’un côté et les partisans de Senghor de l’autre) et handicapé la bonne marche de la Nation sénégalaise naissante. Depuis, Mamadou Dia a été victime d’un ostracisme vis-à-vis de sa personne et de son œuvre. Aujourd’hui, aucun édifice public ne porte son nom, ni une avenue ni une école ou une université, encore moins un aéroport. Son action à la tête du Sénégal est occultée et cela à dessein.

Certains historiens peu inspirés et mal intentionnés sont allés jusqu’à le considérer même comme un homme de « second couteau » dans l’histoire politique du Sénégal. Quelle aberration ! Mamadou Dia est presque méconnu de la jeune génération. Il en est de même pour son compatriote Cheikh Anta Diop qui, tout de même, dérangeait aussi le natif de Joal, le poète-président. C’est cela la vérité. Il importe aujourd’hui de rectifier cette négligence historique et rendre à Dia ce qui appartient à Dia. Il faut réhabiliter la mémoire et l’œuvre de Mamadou Dia « pour que lui soit enfin pleinement reconnue sa place de combattant pour la Liberté des peuples à l’heure de la décolonisation, artisan inlassable du développement à partir des communautés de base » d’après ces mots touchants de Roland Colin dans la dédicace de son livre Sénégal notre pirogue, Au soleil de la liberté, Journal de bord 1955-1980, Préface d’Elikia M’Bokolo, 2007, Paris, Présence Africaine, 408 pages. C’est une exigence historique dans un pays en crise de civisme, de citoyenneté et de patriotisme. L’éminent professeur Djibril Samb considère que la Nation n’a pas de père. Par contre, l’Etat du Sénégal en a un et c’est Mamadou Dia, ce « baobab habité par un peuple d’oiseaux », selon l’historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo.

Ce qu’il importe ici de retenir pour conclure, c’est que le Sénégal traine jusqu’à nos jours les séquelles de la crise de 1962, qui en réalité n’a été qu’un choc autour du choix de modèle économique de développement. La rigueur et l’austérité de la politique économique du natif de Khombole, dans la région de Thiès, aurait permis au Sénégal de dépasser de loin le niveau de développement où il se trouve aujourd’hui. Les Sénégalais auraient eu un autre type de rapport avec le pouvoir qui ne consisterait pas seulement à s’en servir. La France n’aurait pas eu tout le contrôle qu’elle a aujourd’hui sur l’économie et la vie politique de notre pays.

Il va sans dire que ni Senghor et ses partisans ni Mamadou Dia et les siens ne sont sortis vainqueurs de ce conflit au sommet de l’Etat du Sénégal nouvellement indépendant. Tout de  même, il y a un grand perdant dans cette crise qui fut la première plaie de l’histoire politique du Sénégal indépendant. A ce propos, Babacar Diop, enseignant au département de philosophie de l’Ucad de Dakar, écrivait dans son livre Le feu sacré de la liberté : Mon combat pour la jeunesse africaine, préface du professeur Djibril Samb, L’Harmattan, Paris, 2010, 252 pages : « S’il y a un véritable perdant dans les évènements de décembre 1962, ce n’est ni Mamadou Dia ni ses codétenus de la prison de Kédougou, c’est le peuple sénégalais dans son ensemble. Nous traînons jusqu’à présent la douloureuse et brutale rupture entre Léopold Sédar Senghor et  Mamadou Dia. Les deux formaient une équipe qui inspirait la confiance et l’espoir à toute l’Afrique. S’ils avaient réussi à conserver l’unité et la cohésion, comme Pélopidas et Epaminondas, un couple politique de la Grèce antique uni et inspiré par une authentique vertu, le Sénégal ne serait pas, à coup sûr, ce qu’il est devenu aujourd’hui ».  Aujourd’hui, nous devons tirer les leçons d’une telle crise pour épargner notre pays de conflits politico-judiciaires qui ne feront que l’enfoncer davantage, au moment où on aspire à l’émergence. Ce qu’Abdoulaye Wade n’avait pas pu éviter durant son règne bien que l’on soit, depuis la constitution de 1963, dans un régime présidentiel. Il est entré soudainement en conflit avec Idrissa Seck, son Premier ministre d’alors et plus tard avec son autre Premier ministre, Macky Sall. Le président Macky Sall à son tour, n’est pas totalement à l’abri d’un tel duel au sommet de l’Etat. Les cas Abdoul Mbaye et Aminata Touré sont passés par là. Et s’il ne fait pas preuve d’une grande lucidité et d’un grand courage, les partisans des forces obscures le mettraient tôt ou tard en mal avec ses plus proches collaborateurs, histoire de préserver leurs propres intérêts comme les partisans de Senghor avaient fait pour occasionner la crise de 1962 au Sénégal.

Le titre est de la Rédaction

Par  Ngor DIENG

Psychologue conseiller
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ALLAHOU AKBAR

Introduction
Un islam sillonné de vous
Chaque jour, aux yeux de l’Occident, l’islam semble disparaître un peu plus derrière l’islamisme. Le mot de charî’a, qui en réalité s’applique à un corps de doctrine, bien moins uniforme qu’on ne le croit, compte tenu de la diversité des écoles, souples ou rigoriste, et même de la pluralité des options à l’intérieur de chacune d’elles, à un système juridique que moins clos qu’on ne le dit, puisqu’il s’en faut que tout problème y reçoive une solution, n’en semble pas moins devenu dans l’esprit de la plupart des Occidentaux synonyme d’ordre social archaïque et barbare : celui dans lequel la femme est une créature inférieure et asservie, l’adultère est lapidée, le concupiscent a l’œil crevé, le voleur est amputé d’une main ; tout fidèle est transformé, par l’obligation du djihâd, en un terroriste en puissance, etc. il n’y a plus personne aujourd’hui chez nous pour ignorer le mot fatwâ, mais la plupart ne savent pas qu’il s’applique à une consultation délivrée par un jurisconsulte sur les questions de droit les plus variées, et sont persuadés qu’il signifie simplement : condamnation à mort.

A l’ancien antagonisme avec le monde communiste, dans lequel on ne voit plus rétrospectivement qu’un frère un peu dénaturé, se serait substitué pour l’Ouest, en cette fin de du second millénaire, un défi ô combien plus radical, celui de l’intégrisme (qu’on associe principalement à l’islam, en admettant que par contamination les autres religions en donnent également des signes), qui vomit nos valeurs mais ne crache pas sur nos techniques les plus sophistiquées, de la télématique au nucléaire. En somme, sous l’impact de faits bien réels émanant d’Etats et de groupes musulmans qui s’identifient à leur foi et prétendent l’incarner tout entière (qui en font en tout cas un outil des plus efficaces), prévaut actuellement chez nous une image de l’islam plus simpliste, plus caricaturale qu’en aucune autre a-t-elle tenu d’une religion concurrente qu’elle discours le plus négatif à l’égard d’une religion concurrente qu’elle redoutait et combattait, mais la « langue de bois » alla de pair, dès le Moyen Age, avec cette « fascination de l’islam » dont a parlé Maxime Rodinson, qui parvient toujours à passer au travers de la diatribe de rigueur. Il n’est pas jusqu’aux phases de conflit ouvert comme les croisades ou, plus près de nous, les conquêtes coloniales qui n’aient fourni des occasions de contacts, d’investigations et de découverte de l’autre, de ses croyances et rites, de ses institutions et de ses mœurs, de ses sciences et de ses techniques – aussi biaisées sans doute que ces perceptions n’aient pas manqué d’être. Pour ne pas parler de l’inépuisable littérature du « voyage en Orient » des XVIe – XIXe siècles, diverse, contrastée, aux niveaux de lecture et aux intentions multiple, mais qui en fait finalement les notions trop simplistes. Aujourd’hui, on a parfois l’impression que tout s’est volatilisé de cet ancien acquis sur l’islam et sur les musulmans. C’est au simplisme qu’on aspire désormais : chacun y va de son jugement catégorique et refuse d’en entendre plus.

En dénonçant l’état d’esprit qui progresse ainsi, je ne prétends pas détenir la réponse à des questions que tous n’expriment pas à haute voix mais que beaucoup ont en tête, en toute bonne foi : l’islam serait-il par essence une religion de violence et d’oppression (ce qu’on expliquerait par exemple par les conditions historiques de sa naissance et de sa première expansion) ? Est-il compatible avec la démocratie et le respect des droits de l’homme et, singulièrement, de ceux de la femme ? Avec la liberté de pensée ? Avec le progrès ? Ces questions sont trop complexes et trop graves pour que je prétende apporter séance tenante la solution définitive. D’autre s’y sont attelés avec le sérieux nécessaire.

Quelques rappels ne sont jamais superflus : il y a eu de longue date un courant dans l’islam pour considérer que le combat contre soi-même, le « djihâd du cœur », était le « grand djihâd », par opposition à la lutte armée, qui n’est que le « petit djihâd ». Par ailleurs, l’idée que toute conquête musulmane s’accompagne immanquablement d’une entreprise de conversion forcée des populations reste largement répandue dans le public. Elle méconnaît pourtant le principe de la dhimma, le « pacte » par lequel le souverain musulman assure sa protection à ses sujets non musulmans, adeptes des religions du « Livre » (la Bible), soit les chrétiens et les juifs, et leur reconnaît, non sans doute l’égalité avec les « vrais croyants », mais du moins le droit de pratiquer leur religion. C’est ce principe qui explique, par exemple, que les juifs expulsés d’Espagne et du Portugal à la fin de XVe siècle aient trouvé refuge en terre d’islam (au Maghreb et dans l’Empire ottoman). Il fut respecté non par la totalité mais par la majorité des régimes musulmans de l’histoire. Seuls y ont manqué les plus puritains d’hier et les plus nationalistes d’aujourd’hui. Main mon propos n’est pas ici de ma demander s’il peut y avoir un islam « modéré » à côté de l’islam « intégriste », s’il existe plusieurs « islams politiques », mais de rappeler que, de toute façon, l’islam ne se réduit pas à un système et une idéologie politiques : il fut de tout temps et il reste une religion, une forme de relation entre l’homme et la puissance divine, une des grandes religions de l’humanité, et la deuxième en France.

Attirer l’attention de lecteurs non musulmans sur les aspects proprement religieux de l’islam, c’est d’abord évoquer les images d’un album paré de pittoresque et bien sûr d’exotisme : on y voit des mosquées (superbes et fastueuses à Istanbul, au Caire ou à Fès, mais il en est de plus banales et même de tout à fait modestes), un minaret en haut duquel monte le muezzin pour appeler les croyants à la prière (quand ces appels n’étaient pas encore enregistrés, l’usage préconisait le recours à des muezzins aveugles, incapable de plonger des regards indiscrets dans les cours intérieures) ; à la fontaine, le fidèle procède à de minutieuses ablutions, puis le voici tour à tour debout, incliné, prosterné, la face contre son tapis : c’est la prière qu’il accomplit cinq fois par jour dans la direction de La Mecque ; ici des gamins déguisés reçoivent des friandises et des cadeaux, applaudissent les jongleurs et les montreurs de marionnettes, oubliant la lame affûtée du circonciseur ; mais le ramadan arrive (dans la canicule ou dans le froid, selon les années, puisque c’est un mois lunaire) et, durant tout ce mois, les longues journées privées de nourriture, de boisson et même de tabac alterneront avec la détente des nuits animées jusqu’à l’apparition de la lune de chawwal et aux festivités de la fin de jeûne ; encore deux mois et l’on entrera dans le mois de dhû’l-hidja : du 7 au 13 ; les pèlerins arrivés à La Mecque de tous les coins du monde musulman —— le train et l’avion se substituant aujourd’hui aux immenses caravanes d’antan ——-, satisfaisant à une obligation qui s’impose à tout croyant qui en a les moyens, au moins une fois dans sa vie, accompliront les rites du pèlerinage, le hadj, entourant d’une marée humaine le cube noir de la Ka’ba, la « maison de Dieu »

A travers ces images et quelques autres, qui figurent également dans l’album, se profile un Dieu lointain ——- « Dieu se passe des mondes », énonce le Coran (3 : 97) ——, se dessine une religion imposante, certes, et même grandiose, mais qui peut laisser une impression de formalisme et de froideur. Comment en irait-il autrement d’un culte dont les « cadres » (les termes de prêtres et de clergé seraient évidement inadéquats) sont des « oulémas », c’est-à-dire des savants, rompus aux débats scolastiques du droit et de la théologie ?

Il n’y aurait rien à ajouter, en effet, si derrière la façade officielle, n’avait fructifié, presque depuis les origines, un « autre islam », établissant d’autres relations entre l’homme et le divin, plus concrète et affectives, un islam moins apparent, toujours enveloppé d’un certain mystère. Un mot le résume : soufisme ; il est synonyme de recherche personnelle de perfectionnement intérieur et de renoncement, d’amour de Dieu, de mysticisme.

La dimension mystique illustré par le soufisme fait partie intégrante de l’islam et trouve ses fondements dans le Coran et l’exemple du Prophète. En même temps, l’attrait du soufisme déborde l’islam dans le mesure où il participe d’une quête universelle du divin, présente dans toutes les religions, et plus largement dans toutes les métaphysiques, avec des formes parfois très proches, qu’elles aient effectivement des sources communes (philosophiques ou proprement religieuse) ou qu’il faille invoquer plutôt des constantes de l’homme, inscrites dans sa nature et sa condition existentielle. Si la charî’a ne concerne que les musulmans, il y a dans le soufisme des enseignements valables pour tous les hommes, qu’ils adhèrent à une religion, quelle qu’elle soit, ou non, intérieur ou leur fassent sauter le pas de la conversion.

Mais en même temps que nous intégrons tout naturellement le soufisme à la mystique universelle, nous avons tendance à projeter sur lui une certaine conception de l’expérience mystique : individuelle et élitiste. Nous nous représentons toujours plus ou moins le mystique comme un « saint du désert », que ce désert soit réel ou figuré ; il se tient face à Dieu, dont il se rapproche en s’anéantissant (pensons à ces corps de saints pantelants et consumés de la peinture baroque). Tels ont pu être en effet les premiers individus qui se vêtaient par ascétisme d’une simple robe de laine (sûf, d’où leur viendra l’appellation de sûfi) et s’efforçaient d’atteindre, au-delà d’une application littérale de la Loi transmise par le Prophète, une expérience directe de Dieu. Mais c’est par un phénomène de « socialisation » et même de « massification », sans équivalent dans la chrétienté, que se caractérisa peu à peu la mystique musulmane. Or ce n’est certainement pas sous cet angle que nous sommes le plus habitués à envisager l’islam et les musulmans.

Les soufis se sont d’abord rassemblés dans des sortes de couvents auxquels divers noms furent données selon les lieux et les circonstances (ribât, khânqâh, zâwiya, dergâh), mais ces premiers « compagnonnages » ne faisaient que regrouper des individualités, des « frère » unis dans une même aspiration. Pour que s’amorce la socialisation à laquelle j’ai fait allusion, il fallut d’abord qu’au duo entre l’homme et Dieu se substituât un trio : le maître, le disciple et Dieu, le premier étant le guide indispensable au second pour parvenir à Dieu. Ensuite, des circonstances historiques précises ont amené les multiples disciples d’un maître donné à faire corps derrière lui, à se replier sur cette allégeance, et déclencher ainsi un processus qui aboutira à la constitution d’ « ordres » ou de « confréries » mystiques. Les bouleversements politiques affectant le monde musulman à partir du XIe siècle (le Ve siècle de l’Hégire) ont joué ce rôle de catalyseur : les régimes chiites disparaissent en Iran et au Proche-Orient, puis, avec la conquête mongole, c’est une domination païenne, du moins au départ, qui s’abat sur la plus grande partie de l’ancien monde musulman. L’islam (l’islam chiite ou l’islam en général) chassé du pouvoir que, dès l’origine, il avait vocation d’occuper, reflue au cœur des masses populaires où il revêt ces formes nouvelles.

Des premier ordres apparaissent alors qui garderont l’appellation de « khirqa primitives » (la khirqa étant le vêtement de piété remis symboliquement par le maître à son disciple). Ils tirent leurs noms du maître en mystique dont chacune se réclame : la Qâdiriyya de ‘Abd al-Qâdir al-Djîlânî (m. 1166) ; la Rifâ’iyya d’Ahmad ibn al-Rifâî (m.1182) ; la Madyaniyya d’Abû Madyan (m. 1197), appelée ensuite Châdhiliyya en mémoire de son « second fondateur », Abû I-Hasan al-Châdhilî (m. 1258) ; la Kubrawiyya de Nadjm al-Dîn Tchichtî (m. 1221) ; la Tchich-tiyya implantée en Inde par Mu’în ad-Dîn Tchichtî (m. 1236).

Par Mamadou Amadou Tamimou WANE
Expert en communication
Pca de la SSPP « Le Soleil »

Boubacar Ly, Professeur Emérite des Universités vient de publier un livre qui arrive à son heure. « La morale de l’honneur dans les sociétés Wolof et Hal Pulaar traditionnelles, une approche des valeurs et de la personnalité culturelle sénégalaises ». Ce travail est l’aboutissement de la réflexion d’un de nos premiers sociologues africains. Il faut avouer que notre génération avait suivi, avec encouragement et enthousiasme, les premiers pas de notre compatriote dans une discipline qui venait à peine de naître, en zone française tout au moins. Chez les Anglo-saxons, c’était quelque peu différent.

A l’époque, le choix du sujet de thèse n’était ni anodin, ni indifférent. Toute démarche devait entrer dans le cadre de la lutte pour rétablir l’Afrique dans sa dignité. Ne fallait-il pas rectifier, corriger les erreurs, ou le parti pris, les dénigrements à l’égard des colonisés, du nègre en général ? Aussi, à l’annonce du travail universitaire de notre ami, nous nous sommes dit, voilà une contribution qui mérite d’être soutenue. Aussi bien à l’époque que bien après, presque rien n’a échappé à notre curiosité, de Cheikh Anta Diop à Yaya Wane, en passant par Assane Sylla, Pathé Diagne, Saliou Kandji, Abdoulaye Bara Diop et autres.

Nous avons tous souhaité la publication des travaux de Boubacar Ly. En lisant ces deux tomes, on se surprend à penser. Quelle perte immense si le résultat de tant d’efforts continuait à dormir dans les tiroirs ! Je ne puis m’empêcher de penser à notre ami commun, Amady Ali Dieng. Il a consacré sa vie à la diffusion du savoir et il a toujours poussé les intellectuels à écrire et surtout à publier. Nous parlions souvent de toutes les contributions que le sous-développement et le manque de soutien empêchaient de paraître en librairie. Un tel ouvrage qui éclaire les relations entre les différentes couches de nos populations plairait bien à Amady Ali Dieng. Lui qui n’avait pour tribu que l’humanité dans ses diverses composantes et manifestations, sous tous les climats.

Pour en revenir à ces deux sociètés Wolof et Hal Pulaar face à leur conception de l’honneur et à leur comportement devant les défis de l’existence, c’est une bonne idée de les étudier ensemble. Comme si par prémonition Boubacar Ly, qui lui est un produit des deux cultures, voulait montrer déjà qu’il n’y avait aucune ligne de démarcation possible entre ces deux entités. C’est d’autant plus intéressant qu’il ne fait que confirmer ce que Cheikh Anta Diop avait affirmé dans ses travaux concernant même des aires géographiques très éloignées les unes des autres en Afrique. Le Pr Boubacar Ly souligne que même des faits culturels que l’on croyait spécifiques aux peuples des savanes se rencontrent en forêt tropicale et en Afrique Australe.

Pour ce qui est de notre région, on pourrait constater que les peuples administrés par l’ancien Ghana ou le Mali d’alors relèvent des mêmes bases culturelles. Il suffit de penser au mythe du python du fleuve exigeant le sacrifice de la jeune fille vierge, la témérité du chevalier s’engageant à la libérer pour mériter sa main. La tradition orale par la transmission d’énigmes, de contes, proverbes, devinettes et sentences se retrouve dans toutes les langues sans aucun changement.

La littérature d’expression française est venue souligner davantage cette similitude. Quand Fily Dabo Sissokho nous parle des Bambaras de Ségou, lorsque Amadou Hampathé Bâ nous renseigne sur les Peuls du Macina ou les Bozos, c’est comme si nous entendions les récits sur les Wolofs face à l’honneur, les Kâ et Sow du Djolof, et les Subabbé du fleuve Sénégal.

En ne négligeant pas l’apport de la littérature écrite en français de la première génération d’auteurs africains, le sociologue a pu souligner que leurs œuvres restent une véritable émanation de leurs sociétés. Ils étaient bien ancrés dans les valeurs du terroir. Birago Diop, Abdoulaye Sadji, Ousmane Socé Diop, Cheikh Hamidou Kane, Seydou Badian, Léopold S. Senghor appartiennent à une génération qui n’a rien ignoré des délices de l’Occident, tout en gardant le goût du tamarin dans la bouche.

Par delà les deux composantes étudiées, le sociologue s’intéresse au comportement d’individus obligés de vivre ensemble, partageant la même cour en tant que locataires dans la grande ville. Alors, il se rend compte que nos valeurs héritées de nos Ancêtres peuvent s’effriter face au modernisme mais elles refusent de céder.

Il en est ainsi de cette coutume venue des villages et qui consiste à s’inviter mutuellement à partager le repas. L’héritage culturel étant commun, pareille harmonie n’est possible que grâce au « Kölléré ». Mot que le français rendrait difficilement. Plus qu’une gratitude, une reconnaissance réciproque, il se fonde sur le respect et l’estime. Les relations sont établies pour toujours. Chrétiens, Musulmans, originaires d’autres coins d’Afrique, aussi bien des Iles du Cap-Vert que de Lomé ou Grand-Bassam, le seul cordon reste cette notion de « Kölléré » enracinée dans chaque cœur.

Les jeunes gagneraient à lire l’œuvre du Pr Boubacar Ly. Ils en tireraient la leçon essentielle reçue des Ancêtres et toujours utile. Ils nous ont dit : « Nit nit ay garabam » (« l’Homme est le remède de l’Homme) et non « Wolof Wolof ay garabam ». Ils posent le doigt sur la racine commune de tous les enfants d’Adam.

*Le titre est de la Rédactiont

Par Cheikh Aliou NDAO; écrivain

Le trafic mondial dans le cloud devrait atteindre 8,6 zettaoctets d’ici 2019. Bien que le cloud soit présent en Afrique, il accuse un retard par rapport aux pays développés. Cependant, selon de récents rapports, l’Afrique et le Moyen-Orient devraient, dans les années à venir, enregistrer la plus forte croissance en matière de services du cloud. En effet, l’infrastructure du cloud computing de la région devrait se développer à un taux de 42% par an, dépassant largement la moyenne mondiale de 33%. Ce développement sera dans une large mesure encouragé par la révolution mobile sur le continent.

Le cloud computing offre aux organisations une occasion unique d’améliorer leurs opérations, quel que soit leur secteur. Comptant parmi les principaux moteurs de la transformation numérique, il bouscule le modèle traditionnel des technologies de l’information et réduit considérablement les délais de commercialisation ainsi que l’infrastructure et les coûts opérationnels requis pour les nouvelles innovations.

Encourager l’adoption du cloud contre vents et marées
La question est la suivante : comment faire en sorte que l’Afrique adopte la technologie du cloud à grande échelle, dans un contexte où le manque d’accès à Internet, les problèmes d’alimentation électrique, les menaces pour la sécurité et même l’analphabétisme perpétuent le retard accusé dans l’adoption des technologies de l’information ?

Au cours des quatre dernières années, Microsoft – par l’intermédiaire de son initiative 4Afrika – s’est employé à développer un accès à Internet à un prix abordable, des compétences et des innovations en Afrique de l’Ouest dans le but d’augmenter la capacité d’utilisation de la technologie du cloud et d’accélérer la transformation numérique. Nous pensons que la transformation numérique ne peut être efficace et utile que lorsqu’il existe une connectivité du dernier kilomètre, les compétences et la confiance nécessaires pour exploiter la technologie, et des solutions pertinentes à l’échelle locale.

Connecter les citoyens pour encourager la transformationb numérique
Il existe en Afrique de l’Ouest un grand nombre d’organisations qui utilisent des moyens innovants de connecter les communautés rurales et mal desservies à Internet à un prix abordable. En 2016 et 2017, Microsoft a investi dans trois d’entre elles, à savoir Ekovolt au Nigeria, VisionNet et WrightGrid en République démocratique du Congo (Rdc). VisionNet utilise le Wifi géré dans le cloud pour offrir un accès à Internet à faible coût aux étudiants universitaires ruraux, par l’intermédiaire de Pocket Cyber Cafés. De la même manière, WrightGrid fournit une connectivité à travers des postes de recharge de téléphone et d’accès internet sans fil fonctionnant à l’énergie solaire qu’elle conçoit, fabrique et installe dans les espaces publiques. Dans un pays de 79 millions d’habitants où seuls trois millions de personnes ont accès à Internet, où le revenu moyen est de 394 $ par an, et où l’alimentation électrique demeure problématique, ces deux entreprises apportent une valeur significative. Avec le soutien de Microsoft, VisionNet espère fournir 24 heures d’accès internet illimité à des taux inférieurs à ceux pratiqués sur le marché. Ekovolt a, quant à elle, créé une offre combinée de connectivité et de technologie. Elle associe ses services Volt Internet avec des solutions du cloud pour proposer des offres groupées d’accès à Internet et de solutions d’entreprise personnalisées aux petites et moyennes entreprises – des solutions que l’on ne trouve habituellement que dans les grandes sociétés. Au Ghana, Microsoft et Spectra Wireless ont lancé le premier projet d’espace blanc de télévision commerciale en Afrique. Grâce à ce projet, les étudiants de l’Université de Koforidua peuvent accéder à des offres de données à partir de seulement deux cedis ghanéens par jour. Avant ce projet, seuls 9,48 % des étudiants utilisaient quotidiennement un ordinateur à l’école pour le traitement de texte, 4,74% pour l’analyse de données, 3,45% pour l’écriture de codes et 25% pour l’Internet. Plus de 6.000 étudiants sont désormais connectés à des services et à du matériel abordables dans le cadre d’un plan de financement à taux zéro.

Ces étudiants peuvent non seulement accéder à une abondance de nouvelles connaissances, mais les compétences qu’ils acquièrent en utilisant ces outils auront aussi, à terme, une incidence sur la capacité d’action du Ghana en tant que pays numériquement transformé.

Secteurs visés par la transformation numérique
Une fois connectés et dotés des compétences nécessaires, les Africains peuvent utiliser la technologie pour opérer la transformation numérique dans les secteurs tels que les soins de santé, l’énergie, l’éducation et l’agriculture. En RDC, le secteur minier du pays est le fer de lance des efforts en faveur de la transformation numérique.

De nombreuses entreprises au Ghana utilisent une sorte de service cloud ; les banques, notamment, utilisent le cloud privé. Dans le Rapport mondial 2015 sur les technologies de l’information publié par le Forum économique mondial, le Ghana a été classé 101e sur 143 pays à travers le monde en termes d’usages des Tic au profit des secteurs économique et social.

Le Nigeria pourrait potentiellement économiser près de 5,6 milliards de dollars par an s’il opérait la transformation numériquement et intégrait le système d’information et de communication de son secteur public. Le cloud computing pourrait aussi générer environ 1 milliard de dollars au cours des 10 prochaines années.

En partant de ce constat, le ministère fédéral de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement (Miti) s’est récemment rallié au programme Open4Business de l’initiative 4Afrika en vue de transformer la prestation de ses services à la communauté des investisseurs. En mettant à profit la technologie du cloud, le Miti permet aux investisseurs d’accéder plus facilement aux renseignements qui les intéressent, réduit les délais et les coûts qu’ils consacrent à la constitution et au maintien de leurs entreprises, et communique de manière proactive les possibilités d’investissement. Ce faisant, il créé un environnement plus propice à l’investissement, améliore la facilité de faire des affaires au Nigeria et accélère la création d’emplois.

Transformer le secteur des Pme
Le cloud computing a le potentiel de révolutionner le secteur des Pme en permettant aux entrepreneurs de moderniser leurs entreprises, d’enrichir leurs offres et d’atteindre de nouveaux clients. Selon le rapport Foresight Africa 2017, l’adoption des technologies est le principal moteur de croissance des Pme sur le continent africain. Les Pme qui adoptent la technologie numérique se développent deux fois plus vite que celles qui s’en passent.

D’après le rapport de recherche publié par Idg Connect, le Nigeria, avec l’Afrique du Sud, possède le taux d’adoption du cloud le plus élevé en Afrique. Par ailleurs, Microsoft a également remarqué que le Nigeria possède le taux d’absorption de ses produits du cloud le plus élevé sur le continent, et que cette absorption est en hausse dans le secteur des Pme. C’est pour cette raison que certains de nos cadres l’ont surnommé la « capitale du cloud ». Pour donner les mêmes moyens à un plus grand nombre de Pme, nous nous sommes récemment associés à la Fondation Tony Elumelu (Tef) au Nigeria pour mettre à disposition de plus de 3.000 entrepreneurs du Programme d’entreprenariat Tef des outils, des ressources, des formations et des mentorats axés sur les technologies.

Au Ghana, nous avons récemment apporté notre concours à la startup locale Swiftly spécialisée dans le « e-shipping » par l’entremise du programme Interns4Afrika. Douze stagiaires ont eu la possibilité de participer à des recherches de marché, à des activités de génération de prospects, de marketing en ligne, de programmation, de planification d’évènements et de service à la clientèle. Un programme tel que celui-ci profite non seulement à la startup qui a accès à de jeunes et nouveaux talents, mais procure aussi aux jeunes diplômés l’expérience professionnelle et les outils dont ils ont besoin pour apporter leur contribution à une économie numériquement transformée.

Vers un avenir numériquement transformé
La transition vers le cloud ne va pas se faire en un jour. Elle demande une vision et des efforts délibérés de la part des entreprises. Pour mener à bien cette initiative, nous devons adopter cette technologie pour opérer la transformation numérique, et continuer ainsi à innover et à être pertinents.

L’adoption du cloud révolutionnera la manière dont les entreprises ouest-africaines, et notamment les Pme, fonctionnent. Alors que le pouvoir du cloud computing continue à s’affirmer en Afrique, l’initiative 4Afrika reste déterminée à accélérer l’adoption du cloud et la transformation numérique sur le continent grâce à un accès accru à la technologie et à la transmission des compétences nécessaires, en vue d’améliorer le développement socio-économique.

Par Yacine BARO
Directrice générale Afrique de l’Ouest
et centrale de Microsoft

Le dialogue politique est une nécessité dans une démocratie. C’est l’occasion pour tous les acteurs politiques de débattre d’idées nouvelles avec partage d’arguments, de visions et d’expériences dans le but de consolider les acquis démocratiques en général et de valider de manière consensuelle les instruments du processus électoral. Par principe et par respect pour nos populations, tous les acteurs politiques doivent accepter de se mettre autour d’une table avec humilité, générosité et responsabilité et prendre le peuple sénégalais si averti à témoin. La compétition politique Ô combien salutaire et nécessaire pour conquérir le pouvoir ou le maintenir ne doit pas nous faire oublier que nous devons toujours agir pour servir le Sénégal. Adversité oui mais dans le dialogue et les idées. C’est cela l’essentiel ! Ci-dessous nos propositions concernant le processus électoral.

1- Concernant le processus d’enrôlement des électeurs et les dispositifs de production et de distribution des cartes produites, nous proposons de faire évoluer les procédés techniques pour arriver à enrôler, contrôler, valider et remettre la carte produite le même jour au citoyen demandeur, comme cela se passe actuellement au Burkina Faso. Cette évolution présente de multiples avantages : le premier avantage est un stock égal à zéro de cartes produites car le citoyen retire immédiatement sa carte, deuxième avantage, il n’y aura plus d’erreurs d’adressage des cartes produites, troisième avantage, il n’y aura plus de logistiques et de coûts additionnels liés au stockage et à la distribution et de plus les erreurs sur les éléments informatifs sexe, photo, nom, etc., pourront être réduites et quatrième avantage de taille, les citoyens ne feront plus des allers et retours incessants dans les services administratifs encombrés et débordés avec les problèmes récurrents et classiques de mauvais accueil dans nos administrations que nous subissons tous.

2- Union citoyenne « Bunt Bi » propose le Bulletin Unique car la pléthore de bulletins de vote constitue un gâchis énorme sur le plan financier et est nuisible durablement à l’environnement.

Avec le bulletin de vote unique, il n’y aura plus de bulletins manquants dans un lieu de vote et de coûteux transport d’urgence de bulletins omis dans certains centres de vote. De plus la sensibilisation et les tests d’apprentissage qui seront nécessaires au préalable pour se familiariser au vote avec un bulletin unique sont de loin moins coûteux que l’impression de plusieurs centaines de millions de bulletins de vote et de spécimens qui ne sont jamais livrés dans les délais utiles au vu de ce qui s’est passé aux dernières élections en ce qui nous concerne. De plus, les entreprises d’imprimeries ou leurs intermédiaires commerciaux ne sauraient être tentées de soutenir des listes ou des candidats en contrepartie de l’obtention de marchés éventuels relatifs à la production volumineuse de bulletins de vote et autres spécimens, marchés qui se comptent en milliards de FCfa globalement.

3- Concernant les pièces administratives demandées aux candidats, nous proposons la suppression du casier judiciaire et de l’extrait d’état civil excepté pour les candidats à l’élection présidentielle. En effet, ces documents sont conçus et produits par l’administration en toute autonomie. Par conséquent, il ne sert à rien de contraindre nos compatriotes déjà épuisés par le quotidien de tracasseries administratives et d’erreurs sur les documents administratifs de toutes sortes. Ces pièces pourraient être produites après l’élection, avant l’installation des élus si besoin. Nous y gagnons en simplification administrative, désencombrements des services, confort au quotidien et naturellement moins d’embouteillages sur les routes et rues, de plus ceux qui habitent dans des villages loin des centres administratifs feraient des économies utiles. Nous devons moderniser notre Etat et notre administration pour faciliter le quotidien des citoyens avec efficacité, équité, célérité et transparence

4- Union citoyenne « Bunt bi » propose également la prise en charge et le suivi des nombreuses recommandations pertinentes de la Commission électorale nationale autonome (Cena) concernant le processus électoral.

5- De plus, la Commission électorale nationale autonome a atteint un stade de maturité et par conséquent doit être évaluée rigoureusement par le cadre de concertation sur le processus électoral en vue d’opérer les réformes nécessaires comme ce fut le cas avec le défunt Observatoire national des élections (Onel). Le Statut, les prérogatives et les moyens de la Cena doivent évoluer.

Par El Hadji Ibrahima MBOW
Président de l’Union Citoyenne «Bunt Bi»
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Le Sénégal, à l’instar des pays africains durant « les soleils des indépendances », avait vécu le régime du « parti-état ». C’était sous le « père de la nation », Léopold Sédar Senghor, qui se décidera, en 1974, à autoriser quatre courants politiques représentant toutes les obédiences : le marxisme-léninisme incarné par le Parti africain pour l’indépendance (Pai), le libéralisme prôné par le Parti démocratique sénégalais (Pds) de Me Abdoulaye Wade, le courant conservateur incarné par le Mouvement républicain sénégalais (Mrs) et le Parti socialiste (Ps) au pouvoir.

Ainsi, le Parlement sénégalais avait pu s’enrichir de la présence de 17 libéraux. Le président Diouf, qui succéda à Senghor en 1981 grâce à l’article 35, qui fera polémique, instituera le « multipartisme illimité ». Depuis, le Sénégal compte plus de 200 partis politiques. Ce qui suscite un débat. Ces formations politiques parviendront à s’accorder sur un code électoral « consensuel », qui a permis la première alternance politique en 2000. Abdou Diouf entrera dans l’Histoire à l’issue du scrutin du 19 mars de cette année-là, en appelant son vainqueur, par voie médiatique, pour le féliciter. Ce qu’a renouvelé son vainqueur Me Abdoulaye Wade, quand il a été battu démocratiquement le 25 mars 2012 par Macky Sall, qui fut son poulain. Un autre acquis de taille de la démocratie sénégalaise. Ce qui vaut, encore, à ce pays d’être vanté et donné comme modèle aux autres pays africains. Le Sénégal peut également s’enorgueillir d’avoir des libertés d’expression et même de marche garanties par la Constitution, qui est la loi fondamentale ; ceci, depuis un peu plus d’une décennie. La démocratie sénégalaise tient également sa vigueur de l’indépendance et du foisonnement des médias privés. Leur collusion avec les intérêts du pouvoir font de moins en moins l’objet d’arrestation de journalistes. Mieux, l’heure est à la réflexion sur l’application du Code de la presse.

Le Sénégal, un modèle de stabilité géopolitique en Afrique
La description de la géopolitique interne du Sénégal appelle à souligner sa stabilité attestée par la capacité du pays à surmonter des crises politiques pour accoucher d’alternances politiques pacifiques. On se souvient que le 23 mars 2011, le président Wade avait renoncé à faire voter, par « ses » députés, le projet par lequel il voulait instituer une « vice-présidence ». C’était suite aux manifestations contre « la dévolution monarchique du pouvoir ».

Un pays politiquement stable
N’ayant jamais connu de coup d’Etat, le Sénégal demeure l’un des pays les plus stables du continent africain. Depuis 1960, le modèle sénégalais de stabilité et de démocratie est souvent cité en exemple ; même si Amnesty International a dénoncé quelques arrestations et emprisonnements politiques jugés arbitraires, comme celui de l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck en 2005, du fils de l’ancien président du Sénégal, Karim Wade en 2014, et du maire de Dakar, Khalifa Sall dont son procès est prévu le 14 décembre prochain, etc. En 1960, année de l’accession du pays à la souveraineté internationale, le Sénégal opte pour un modèle politique assez proche du modèle français antérieur à 1958, avec des pouvoirs très importants donnés au président du Conseil et un rôle limité au président de la République. Cette répartition des pouvoirs va être au cœur d’une grave crise politique : l’arrestation et l’emprisonnement, en 1962, de feu Mamadou Dia, président du Conseil, et d’autres personnalités comme Waldiodio Ndiaye, ministre de l’Intérieur. Ils étaient accusés de tentative de coup d’Etat.

Un Etat de droit ouvert à tous les investisseurs
Démocratie, multipartisme, solidité des institutions, reconnaissance des droits politiques et sociaux, liberté d’expression : le Sénégal est un modèle en Afrique. La stabilité du Sénégal est citée en exemple dans le monde entier. Le Sénégal se distingue par son leadership dans la prise de grandes décisions en faveur de l’Afrique.

Une hospitalité légendaire
Véritable carrefour de l’Afrique de l’Ouest, le Sénégal est un pays aux influences multiples conciliant modernité et respect des traditions. Dakar, capitale moderne et dynamique, témoigne de cette ouverture sur le monde. Le Sénégal est un lieu d’échanges où tout investisseur, sans distinction d’origine, est libre de s’installer et de développer ses projets dans les meilleures conditions. Le Sénégal offre des facilités pour les formalités de séjour aussi bien pour les touristes que pour les investisseurs étrangers.

Les confréries, « des régulateurs sociaux et politiques » ?
Les confréries musulmanes du pays apparaissent comme des « régulateurs sociaux » mais aussi politiques. Leur rôle dans la géopolitique interne du pays s’est accru depuis l’indépendance. Leurs dignitaires, très écoutés par leurs disciples, interviennent souvent dans le champ politique ; soit pour apaiser les tensions entre les hommes politiques, soit pour donner un mot d’ordre en faveur d’un homme politique ou pour régler une situation critique. Du président Senghor au président Wade, en passant par le président Diouf, les chefs d’Etat sénégalais ont tous joué la carte des confréries pour mieux asseoir leur légitimité ou pour bénéficier de leur soutien. L’actuel président, Macky Sall, ne s’écarte pas de cette voie. Les confréries entretiennent et confortent des relations spécifiques avec l’Etat. « L’attachement des populations à leurs marabouts qui détiennent un pouvoir de décision fort sur leurs fidèles, a favorisé cette situation. L’État sénégalais s’est consolidé en les utilisant pour renforcer sa légitimité et, en retour, il leur octroie des avantages ».

La stabilité politique du Sénégal, une garantie fondamentale par les investisseurs
Aux investisseurs qui veulent venir au Sénégal, le chef de l’Etat Sénégal leur ouvre les portes du pays. Le Sénégal est connu pour sa « Téranga ». Un mot wolof qui signifie le sens de l’hospitalité et qui traduit une vieille ouverture au monde. « Le Sénégal a une coexistence pacifique dans le respect de nos diversités culturelles et religieuses », a soutenu l’actuel président Macky Sall. Au-delà de cette hospitalité légendaire, le Sénégal est l’un des pays les plus stables d’Afrique : « Le Sénégal est une stabilité politique, héritée d’un long acquis démocratique apaisé avec la sécurité juridique dans les relations d’affaires », a rappelé M. Sall. Pour lui, c’est ce qui justifie la bonne place de l’économie sénégalaise.

Par Mapote GAYE
Journaliste-Formateur en Communication/Marketing et Management dans des Instituts de Dakar

La récente inauguration de l’Aibd a donné lieu à des commentaires stériles, oiseux sur la paternité de l’ouvrage. Or, il me semble que nous serions mieux inspirés, si nous consacrions ce temps à explorer les opportunités protéiformes qu’offre ce joyau, véritable relais de croissance, pour notre économie en émergence. Et pourtant, armé de la foi du bâtisseur et de l’autorité du chef de la Nation, le président Macky Sall a tranché le débat, en le rendant superfétatoire et contre-productif. Il a, dans un remarquable élan de sincérité, l’humilité et la lucidité qui font la marque des grands hommes, reconnu à son prédécesseur le mérite du penseur et de l’initiateur. Il en est assurément l’un des constructeurs. Cependant, par la volonté divine, c’est lui, le président Macky Sall qui en a parachevé la réalisation, en lui restituant, en prime, la complétude de ses fonctions aéronautiques, économiques, sociales, touristiques et commerciales.

Après plusieurs années d’atermoiements et d’avenants onéreux et insensés, le président Macky Sall a métamorphosé le projet initial de son prédécesseur, en le hissant au rang des meilleurs standards de la navigation aérienne, intégrée dans un faisceau de réseaux routiers, ferroviaires, d’activités créatrices de mobilité et de valeurs ajoutées socioéconomiques. Il ne s’agit ici, ni plus, ni moins que de la continuité de l’Etat, une véritable chaîne de valeurs dont le maillon essentiel reflète, à bien des égards, la fonction finale d’une approche intégrative. Il faut bien pourtant l’avouer, l’antériorité perd son sens, sans un prolongement futuriste. Que doit-on comprendre alors dans le concept de continuité de l’Etat ?

Le concept repose essentiellement sur un régime juridique articulé autour de trois principes fondamentaux que sont : la continuité du service public, la mutabilité et l’égalité des citoyens devant le service public. Ce dernier étant conçu comme une activité d’intérêt général, pris en charge par une personne publique ou par une personne privée sous le contrôle de l’Etat. Au demeurant, il est possible de segmenter le service public en quatre catégories au moins :

- Le service public d’ordre et de régulation d’où l’on peut distinguer tout ce qui est relatif à la sécurité, l’armée, la police, la gendarmerie, la justice, etc.

- Le service public à vocation d’assurer la protection sociale des citoyennes et citoyens. C’est dire donc qu’il s’agit en l’occurrence, des activités liées notamment à la santé des populations et à leur bien-être social, etc.

- Le service public à vocation éducative et culturelle ;

- Le service public à vocation économique qui regroupe les régies financières comme le trésor, la douane, les impôts, les services des ministères du commerce, de l’industrie, des transports terrestres et aériens, des infrastructures, des mines, entres autres.

La liste est loin d’être exhaustive.

Une des principales caractéristiques du service public est qu’il ne doit connaître aucune interruption, quelles que soient par ailleurs les modifications qui interviennent dans sa gouvernance ou de possibles changements institutionnels de diverses natures. C’est donc là un principe universel valable dans toutes les nations organisées.

C’est fort de l’ensemble de ces principes universels que le président Macky Sall a, au lendemain de son accession à la magistrature suprême, fondé son action sur tout ce qui s’attache au fonctionnement de la République, y compris tout naturellement les projets entamés par son prédécesseur. Au surplus, l’observation des processus de transition démocratique a permis de constater deux types de comportement récurrent dans la succession au niveau des Etats de la part des présidents nouvellement élus. Il est, en effet, aisé de constater qu’en pareille occurrence, beaucoup d’entre eux font totalement table rase d’une partie de leur héritage pour des raisons idéologiques, ou simplement dans la volonté de gommer dans la conscience des citoyens les actions de leur prédécesseur. Cette attitude est souvent l’expression, entre autres, d’un ego surdimensionné et renseigne, de ce point de vue, sur le style de leadership du nouveau venu. On se souvient qu’après l’alternance en 2000, le projet des vallées fossiles qui avait pourtant démarré avec des résultats prometteurs avait été brutalement interrompu pour être remplacé par un autre projet, celui des bassins de rétention qui n’a, tout le moins, pas connu les effets escomptés. Pourtant, des ressources importantes, tant sur le plan humain, matériel que financier y avaient été engagées.

En revanche, d’autres parmi les nouveaux chefs d’Etat, sans doute plus réalistes, prennent le parti de poursuivre les actions entamées par leur prédécesseur avec une réelle volonté de les parachever dans l’intérêt exclusif des bénéficiaires du service public.

C’est naturellement cette option que le président Macky Sall a choisi de faire prévaloir, se gardant ainsi de tout esprit de rancune, de revanche, d’orgueil mal placé et de règlement de comptes avec son prédécesseur. Les intérêts du pays étant, pour lui, au-dessus de toute autre considération subjective.

C’est dans la même logique donc que l’Aibd s’est retrouvé dans son héritage. Il l’a alors inséré dans le Pse, en bonne place au niveau du projet phare « Hub aérien et logistique ». Mais la complexité et le caractère inextricable voire nébuleux de ce projet initial tant dans les conditions de sa négociation que dans le suivi de son exécution, au moment où il en a hérité, étaient tels qu’il lui a fallu une forte dose d’audace, voire de témérité, pour s’engager à le finaliser. Toute autre option serait assimilée à un abandon et donnerait naissance à un nouvel éléphant blanc, comme le prédisaient du reste les adversaires politiques d’alors. N’eût été son implication personnelle et sa détermination, je dirais même sa tenace opiniâtreté, l’Aibd aurait pu être, aujourd’hui encore, un ouvrage inachevé, refuge de malfrats et à la merci des animaux en divagation. Il aura fallu beaucoup de réflexions, de missions à l’étranger, de négociations et de renégociations avec plusieurs constructeurs et acteurs impliqués, de conflits fonciers, de menaces de procès, d’arrêts des travaux récurrents, avant d’en arriver à ce résultat qui nous donne des raisons d’entrevoir l’avenir de notre pays avec beaucoup plus d’optimisme.

Laisser le projet à l’état d’abandon tel qu’il l’avait trouvé en arrivant au pouvoir aurait pu lui servir aisément de levier de campagne politique contre son prédécesseur, mais il a plutôt choisi, après avoir passé des moments critiques avec ce projet, de faire preuve d’élégance républicaine en n’évoquant nulle part les obstacles qu’il a franchis préalablement avant d’arriver au parachèvement de ce joyau. Par pudeur et par politesse, le président de la République a simplement évoqué les « rectifications » qui ont été apportées au projet initial.

Alors, de grâce, arrêtons ces querelles byzantines et tirons ensemble le meilleur parti de ce maillage économique et social, fruit d’une vision résolument orientée vers l’inclusion économique et sociale patiemment, obstinément et savamment bâtie par Macky Sall et déclinée avec brio par le Premier ministre dans sa récente Déclaration de politique générale. Nous devons à la vérité de reconnaître que c’est la première fois depuis l’indépendance de notre pays, qu’un chef d’Etat dote le Sénégal d’un programme de développement, d’équité et de justice sociale aussi structurant, ambitieux et cohérent à travers le Plan Sénégal émergent, dans lequel s’incrustent les mamelles sociales que sont le Pudc, le Puma, la Cmu, les Bourses de sécurité familiale. Le cap de l’émergence est pris, car 2018 sera non seulement l’année de lancements de nouveaux projets, mais aussi d’inaugurations d’autres projets d’envergure initiés et exclusivement réalisés dans le cadre du Pse. En bon capitaine de vaisseau, le président Macky Sall nous conduit assurément et sereinement vers la cour des nations émergentes. Hugo avait bien raison d’affirmer que « Les grands hommes font leur propre piédestal, l’avenir se charge de la statue ».

Par Abdou Aziz TALL
Conseiller en Management

Le président Macky Sall a inauguré, le jeudi 7 décembre 2017, un des plus fascinants joyaux infrastructurels que le Sénégal n’a jamais bâti : l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd). Rien n’a pu empêcher cette date et l’homme de figurer dans les annales de notre histoire, de rester sur les langues de la postérité et de s’inscrire dans la mémoire collective. Cela, les clarinettes et les trompettes râpées sur toutes les aspérités des envies et des jalousies, les chansons crépusculaires de débats puérils et stériles sur la paternité de l’ouvrage de Diass et les vaines tentatives de parasitages politico-médiatiques n’y ont rien pu. Le présent et l’histoire de cette majestueuse œuvre comptent beaucoup plus dans ce cas et en la matière. Ce bijou aéroportuaire porte et portera la marque indélébile du président Macky Sall. Il vient s’ajouter à d’autres ouvrages réalisés et qui participent à construire l’émergence du Sénégal.

D’autres en chantier et en perspective porteront la splendeur des ambitions du Plan Sénégal émergent (Pse), marque déposée d’un jeune président qui a choisi de mettre le Sénégal sur la piste de la modernité. Sans paroles inflammatoires et ni exhibitions nombrilistes mais par un silencieux pragmatisme, le propre de l’abeille et tout le contraire de la cigale.

Le faux débat que l’on a cherché à instaurer et à entretenir sur la paternité de l’Aéroport international Blaise Diagne fait partie du job à plein temps d’opposants qui perdent leur temps à s’opposer à tout et donc sur rien, à exhumer et exhiber des indignations comme seule plateforme alternative face à la lumière crue des faits. A moins d’être de mauvaise foi, de voir le soleil qui brille et de dire qu’il s’agit de l’astre de la nuit, il faut admettre que le président Macky Sall a mis le garrot à une hémorragie financière de son prédécesseur, aux milliards sous forme d’avenants répétitifs qui coulaient déjà sous les balustrades de l’aéroport de Diass. Il a mis de l’ordre dans ce désordre organisé pour, méthodiquement, achever un ouvrage qui doit faire, aujourd’hui, la fierté de tous les Sénégalais.

Si nos mémoires restent fidèles au passé, si elles ne sont point en proie à l’amnésie, le premier ouvrage que le président Wade avait inauguré après avoir accédé au pouvoir fut la Piscine Olympique. Celle-là était alors complètement achevée. De surcroît, elle portait l’empreinte du maire de Dakar, à l’époque Mamadou Diop en a étranglé de rage d’ailleurs. Même pas celle de son prédécesseur Abdou Diouf par parallélisme… des fonctions.

Qui plus, si on reste dans une histoire récente, de l’aveu même de Me Wade, le président Diouf lui avait laissé un Etat financièrement liquide vite secoué par des querelles de partage du butin entre « grands bandits » pour dévaliser une métaphore de triste mémoire de Monsieur Idrissa Seck à l’époque. Puis Mamadou Loum, dernier Premier ministre du président Diouf, avait produit un ouvrage-bilan aux chiffres jamais contestés pour attester des « fruits mûrs » hérités du régime socialiste après avoir fait serrer la ceinture aux Sénégalais du fait de plans d’ajustement et de réajustement structurels dictés par le Fmi.

Tout le contraire du président Macky Sall à qui Me Wade a légué un lourd passif financier au point que les fonctionnaires étaient menacés d’une diète salariale dans « trois mois ». L’auteur de cette fulgurante menace savait bien dans quel état de décrépitude financière son régime, vieux seulement de 12 ans, avait laissé le pays. Le régime du président Wade, en plus d’avoir trouvé des caisses pleines, des projets et programmes déjà ficelés et financés, avait bénéficié d’un effacement de dettes.

Donc, le débat sur la paternité de réalisations dans une démocratie qui subit des alternances, et qui, à certains endroits, doit s’inscrire dans la continuation d’ouvrages laissés en chantier, c’est de la gnognotte comme alibi politique. On a même essayé de l’entretenir autour d’une information manipulée selon laquelle Wade a décliné l’offre que lui aurait faite le président Macky Sall de donner son nom à l’aéroport Blaise Diagne. Il a refusé, du moins dit-il, ce qui ne lui a point été accordé officiellement !

Tout de même, on ne peut dénier à l’ancien président Wade l’audace de l’imagination et de la conception de projets parfois pharaoniques. Tout comme il faut lui reconnaître la témérité de les réaliser par des orgies financières scandaleuses dont le monument de la Renaissance demeure un cas emblématique.

Le propre d’une démocratie est d’instituer et instaurer des lignes de concurrence, pourvu seulement que celles-ci soient le lieu de confrontations d’idées et non une fusion et une infusion d’ambitions purement individuelles et de duels d’egos. Sous ce rapport, l’opposition se trompe d’époque, car il y a longtemps qu’elle s’est abîmée dans un jeu d’intrigues et de dupes repérables déjà dans les dernières élections législatives et qui, sans nul doute, montreront davantage leur béance, d’ici à la présidentielle de 2019.

Les querelles de bornage et de bornes fontaines pointent déjà à l’horizon avec un calendrier électoral de l’opposition sur lequel se dessinent des lignes de fractures qui naîtront de plans de carrières politiques multiples, contradictoires et donc forcément conflictuels.

CE QUE LE PEUPLE ENTEND ET ATTEND

Le président Macky Sall et ses alliés qui auront résisté à toutes les prédictions d’éclatements, de divorce, aux souhaits de voir leur « gouverner ensemble » promis à l’ensevelissement par des météorologues des tempêtes ont, en réalité, en face d’eux une opposition qui se shoote aux tibias dans une mêlée désagrégée.

Le peuple sénégalais, lui, n’entend et n’attend rien des caquètements d’accusations sans preuves palpables - une gymnastique devenue lassante -, des embrouillaminis d’enflures politico - médiatiques et les entrechats bruyants sur fond de pulsions égotiques d’opposants perdus par leurs propres acharnements puérils. Voilà qu’ils s’abîment dans une volonté de parasitages des réalisations indiscutables du président Macky Sall et dont l’inauguration de l’Aibd, aujourd’hui, fait partie de la marque de fabrique.

Au fond, le peuple entend et attend un autre : le président Macky Sall qui, sans bruit, sans fulgurances ostentatoires et arrogantes que l’on a connues et vécues auparavant, est en train de changer structurellement le visage du Sénégal. On peut tout lui reprocher, tout l’accuser, sauf d’une carence d’ambitions pour extraire le Sénégal des profondeurs, notamment le monde rural jusque-là oublié, de l’abîme de la pauvreté et des politiques d’exclusions sociales. Là où d’autres se sont glorifiés d’avoir fabriqué une poignée de milliardaires, lui s’emploie à une plus juste politique d’inclusion sociale matérialisée, entre autres, par les formidables performances des programmes tels le Pudc, Promovilles et Puma.

Les Bourses de sécurité familiale ont fait leur preuve avec 2,3 millions de personnes bénéficiaires. Pendant cinq ans, aucune denrée de première nécessité n’a connu une augmentation dans ce pays. Les écrans des pompes dans les stations n’ont plus subi les récurrentes et vertigineuses hausses de prix qui furent les casse-tête des chauffeurs et autres conducteurs. Les coupures d’électricité faisaient des Sénégalais des insomniaques au point de susciter des émeutes d’une population outrée jusqu’à l’écœurement. Elles sont en passe de devenir aujourd’hui un vieux souvenir par une politique de mix énergétique qui donne d’incontestables résultats. Tout le monde a goûté au « bougna » d’une baisse des factures d’électricité. Et on en oublie !

Que dire des promesses des fleurs ! La prochaine mise en rail du Train express régional (Ter), la réalisation de l’autoroute «Ila Touba», les performances inédites obtenues dans le secteur agricole qui s’arrache de la tyrannie des saisons de pluie erratiques, le secteur touristique qui retrouve petit à petit sa place essentielle dans une croissance économique durable. Pour le reste, les petits bonheurs d’ordre économique, scolaire, universitaire, dans les secteurs du pétrole et du gaz, de l’hydraulique et des emplois des jeunes ont été annoncés avec une certitude pointue par le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne. Autant de perspectives qui donneront encore et encore des urticaires à certains opposants qui refusent de se réveiller.

Par Soro DIOP
Journaliste

Né à Bababé le 5 décembre 1951, Abdarahmane N’diaye s’est brutalement éteint le 1er décembre 2017 à 4 h 25 mn dans son domicile à Creil (Oise) dans les Hauts-de-France et à 4 jours de sa date anniversaire.

Mauritano-sénégalais, de formation scientifique, Abdarahmane N’diaye atterrit à Toulouse en 1976 pour poursuivre ses études supérieures. Avec un art consommé de la détermination et de l’humilité, le fils de Hamat Samba N’diaye et de Peinda Hamat N’diaye s’était employé à exercer de petits boulots tout en poursuivant ses études supérieures. Ce qui l’a conduit à travailler dans le bâtiment, manipulant au risque de sa santé des matériaux amiantés.

Comme si l’initiation attendue passe par les parcours souvent rectilignes inscrits dans les destins croisés de plusieurs étudiants d’origine africaine.
Les récentes analyses épidémiologiques ont fait apparaître quelques traces dans son organisme sans en altérer les organes respiratoires.

I – Un enseignant talentueux et visionnaire
Avec une ténacité inébranlable, il poursuit ses études jusqu’à l’obtention de son Doctorat en physique et enseigne à La Providence, un groupe scolaire fondé par la congrégation des Jésuites situé au 146, boulevard de Saint-Quentin à Amiens. Parmi ses collégiens en 5ème, le célèbre Emmanuel Macron né le 21 décembre 1977 à Amiens.
 
Enseignant averti, connu pour sa rigueur et son objectivité scientifiques ainsi que sa souplesse et sa lucidité d’esprit, Abdarahmane N’diaye met une appréciation pour chaque enseigné ; Emmanuel Macron s’en sort avec la mention Très-Bien et décrochera plus tard son Baccalauréat « Série S » avec la même mention au Lycée Henri IV à Paris dans le 5ème arrondissement. Après de brillantes études et carrières, le jeune Emmanuel Macron devient le 14 mai 2017, en France, le 8ème président de la Vème République.
Visionnaire et talentueux professeur de physique-chimie, Abdarahmane N’diaye avait le flair et ne s’était pas trompé.

Quelques années plus-tard, il demande et obtient sa mutation professionnelle au lycée Pierre et Marie Curie où il enseigne jusqu’au 30 novembre 2017 à quelques encablures de son domicile pour être au plus près de sa famille.

La présence d’Abdarahmane N’diaye est faite de respect, de douceur, de retenue et d’écoute. Mauritano-sénégalais attaché aux valeurs peules et à sa francité transmises, Abdarahmane était préoccupé par l’injustice sociale notamment celle subie par les Noirs en Mauritanie, son pays natal.

II – Un citoyen du monde attaché au respect et à la dignité des êtres humains
Les événements en Mauritanie, en 1989, l’ont convaincu que le retour définitif dans son pays devenait quasi impossible.
C’est dans des circonstances presque similaires que la vente des Noirs aux enchères en Lybie achève sa conviction sur l’ampleur et l’insoutenable inhumanité de telles pratiques dans des pays arabo-berbères musulmans où les préjugés sont à l’origine de la marchandisation de ses semblables par des coreligionnaires. Face à un monde révulsé, le déni paradoxal d’un diplomate libyen à Dakar cherchant à se convaincre lui-même du contraire crevait les yeux de tous. Scène, somme toute surréaliste !

L’hostilité envers le peuple noir ne s’est jamais démentie en Orient esclavagiste qui entretient et perpétue des stéréotypes dont l’objectif est d’humilier les êtres noirs. Voilà des conduites et comportements qui questionnent toute l’idéologie rétrograde des Haalpulaar embrigadés dans un mimétisme qui obstrue leur lucidité d’esprit. Pendant 17 siècles, des arabo-berbères musulmans ont vendu des Noirs dont la marchandisation sous des formes variées et les mauvais traitements se poursuivent encore en Mauritanie, en Arabie, en Lybie, dans les pays du Golfe, au Liban et même dans le Maghreb.

Ne pas établir un lien entre de telles pratiques en Lybie et celles infligées en sourdine aux Mathioubé (descendants d’esclaves, de captifs de guerre ou d’hommes libres arbitrairement séquestrés par le plus fort comme ce qui se passe en Lybie) au Fouta-Toro sonne comme une dissonance cognitive pour ceux qui s’indignent de l’extérieur et se voilent de l’intérieur. Il est temps que des Torobé, qui affirment leur parenté avec le prophète Mahomet qu’aucune généalogie n’a pu établir, déconstruisent leurs discours, conduites et comportements pour se décoloniser les esprits et accepter enfin ce qu’ils sont c’est-à-dire comme les autres Noirs et malheureusement potentiellement commercialisables en Lybie.

La vente des Noirs aux enchères en Lybie doit rappeler que tout Noir quel qu’il soit est potentiellement commercialisable en Orient. Quiconque connaît les rapports sociaux dans le rétrograde Fouta-Toro où la question des inégalités est devenue une omerta, n’est pas surpris par la vente des Noirs esclavagisés en Lybie. Des observateurs avertis y décèleront l’impertinence et l’ironie supplémentaire du Haalpulaar indigné feignant de découvrir et exprimant une fausse empathie.

On en est à se demander d’où l’inconscience haalpulaar prend sa source car le commerce des Noirs en Lybie humilie l’Afrique et ridiculise davantage le Fouta-Toro discriminant. Ce ne sont là que quelques avanies d’un modèle social haalpulaar devenu insupportable et dont certains membres, dans une fausse dissidence, monnaient leur dignité notamment en Mauritanie pour des postes de responsabilité purement politiques au prix de fermer leurs yeux sur l’asservissement de leurs sœurs et frères de sang.

Oui, noble d’esprit, de conduite et de comportement, Abdarahmane N’diaye n’était pas un porte-drapeau mais un protecteur des exclus et ceux qui sont mis à la marge par des arabo-berbères mauritaniens. C’est dans sa discrétion légendaire, qu’il a soutenu moralement, matériellement et financièrement des réfugiés mauritaniens. Abdoul Wahab Sow a été enchaîné à Inal à 350 km au Nord de Nouadibou avec des codétenus dont certains ont succombé sous ses yeux et laissés en état de décomposition. Il en a dressé quelques récits de vie de réfugiés dont certains ont perdu leurs proches et n’ont plus accès aux ressources foncières héritées des ascendants depuis plusieurs générations et qu’ils mettaient en valeur avec leurs faibles moyens.

L’association Lao a perdu un de ses membres et enfant prodige de Bababé dont les liens de parenté se prolongent dans le versant sénégalais à Ndioudé Diabi et à Mboumba (quartier Thiambé).
Le président d’honneur de l’association Solidarité et Développement de Mboumba (Sodem), Birane Abdoul Wane, et Aboubacry Dème, président en exercice de cette même association, se sont rendus au domicile du défunt accompagnés du chargé de la communication et du secrétaire général pour présenter les condoléances à la famille au nom des ressortissants de la commune de Mboumba en France.

Dans le même élan de solidarité et de recueillement, les proches du défunt venus d’Ile-de-France (région parisienne), d’Ille-et-Vilaine (région Bretagne), d’Allemagne ainsi que 20 professeurs du lycée Pierre et Marie Curie ont été unanimes pour rendre un vibrant hommage à un homme d’une grandeur d’esprit et d’une humilité exemplaires laissant derrière lui une épouse accueillante, humainement accessible et toujours présente pour leurs 5 enfants jeunes majeurs et mineurs, en âge de scolarité entre l’université et l’élémentaire. Pour paraphraser Eglal Errera, prions que la vie des enfants d’Abdarahmane N’diaye et d’Adama Gaye tienne les promesses d’une enfance heureuse qu’ils ont connue. Père protecteur, époux fidèle et aimant, voisin paisible et serviable, collègue attachant et bienveillant, tu resteras à jamais dans les cœurs et les esprits de tous ceux qui t’ont connu et côtoyé.

C’est donc le cœur peiné et les yeux embués que nous présentons nos sincères condoléances à toute la famille éplorée sans oublier Demba N’diaye avec qui le défunt avait lié une amitié indéfectible. La dépouille sera acheminée à Bababé par Oumar N’diaye, jeune majeur et fils du défunt, Abdoulaye Diaw, cousin germain du défunt, Adama Soumaré, neveu du défunt et Demba N’diaye qui s’envoleront pour Nouckchott ce jeudi 7 décembre 2017.

Prions que l’ancien professeur du lycée Pierre et Marie Curie à Creil repose en paix au Paradis.

Ibra Ciré NDIAYE *
* Docteur en Droit
Anthropologue du droit
Université Paris 1
Panthéon-Sorbonne
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« J’interpelle le ministre de l’Enseignement supérieur sur une réflexion nationale pour une réforme du baccalauréat, voire sa suppression »

Je plaide pour une réforme du baccalauréat, voire sa suppression, car il ne mesure pas, de manière efficiente, la performance des jeunes de notre système éducatif. A la place du baccalauréat, je préconise la mise en place d’un contrôle continu sur trois ans. Et ce, depuis la seconde. Il faut également une suppression des séries, lesquelles cloisonnent le savoir et conduisent à une spécialisation trop précoce des adolescents. Nous avons parfois la frilosité d’initier des réformes ou nous attendons que les autres le fassent pour nous y mettre à notre tour. A cet égard, la France envisage la suppression des trois filières actuelles : littéraire (L), économique et sociale (Es) et scientifique (S), et la réforme du baccalauréat doit y être effective en 2021.

Le diplôme du baccalauréat est un gaspillage de notre dividende démographique et un malthusianisme des jeunes compétences, organisé par les États sur la base d’un héritage colonial, peut-être parce que les États africains francophones n’ont jamais eu le courage et ne se donnent pas les moyens d’accompagner une génération dans sa totalité pour l’accès aux études supérieures et pour la formation à l’acquisition de compétences précises leur permettant d’embrasser la carrière de leur choix.

Le baccalauréat est un «diplôme de destruction massive de notre jeunesse» : ne pas avoir le baccalauréat est dévalorisant socialement, dans le regard des parents, des employeurs potentiels et de soi-même, alors que cela ne rend absolument pas compte du potentiel, de la personnalité et des compétences du jeune concerné. Ils sont légion les jeunes qui sont mis au ban de la société, tout simplement parce qu’ils n’ont pas obtenu le Bac. Avec le baccalauréat, ce diplôme-couperet, on condamne précocement à la voie de garage des centaines de milliers de jeunes. Le système éducatif ne doit pas être un centre de tri, mais une modalité républicaine de mise en œuvre de l’équité sociale. Il ne s’agit pas de donner la même chose à tous les élèves, mais à chacun selon ses carences à combler. L’échec n’est pas une fatalité et un pays en développement ne peut pas se permettre le luxe d’éliminer aussi vite de l’accès au circuit productif les jeunes qui sont son présent et son avenir. Beaucoup de pays développés n’ont pas ce système de diplôme pour accéder aux études supérieures et n’en ont pas moins d’excellents systèmes universitaires. Le système de contrôle continu, que nous préconisons, permettra d’évaluer sur une longue période (trois ans) la constance, la progression dans les compétences, la consolidation des connaissances, etc.

Cette (r)évolution ne sera pas facile : une informatisation du système scolaire dans son ensemble, la double correction et une anonymisation des copies des évaluations seront certainement à envisager. Enfin, la forte promotion des Stem (Science, Technologie, Engineering, Mathématiques) ne milite pas en faveur de la suppression progressive des séries, système de séries que je trouve inadapté dans un monde où les connaissances sont de moins en moins cloisonnées. L’objectif de former des têtes bien faites, et non des têtes bien pleines, doit nous enjoindre à revenir aux humanités avec un alliage harmonieux des sciences exactes, des sciences sociales et des matières littéraires.

Enfin, pour toutes ces raisons, l’ancrage des classes de seconde, première et terminale ne doit pas être au niveau du ministère de l’Éducation, mais bien au niveau du Ministère de l’enseignement supérieur. Comme c’est déjà le cas au Burkina Faso. Cela, pour lui donner la possibilité de réformer et d’innover à ce niveau qui est critique dans notre système scolaire.

Monsieur le ministre, vous avez réussi d’indéniables réalisations dans votre secteur depuis plusieurs années. Toutefois, pour aller plus loin, il faut absolument que les données d’entrée dans le système de l’enseignement supérieur soient revues, pour permettre d’aboutir à ces citoyens engagés, éclairés et compétents dont nous rêvons tous.

Par Moustapha Mamba GUIRASSY
Député, ancien ministre
Président directeur général Iam

Ma chère Awa,

J’ai d’abord le plaisir de te transmettre les salutations affectueuses de Adam et Eve. Eve t’exprime toute sa fierté pour ta prise de position pertinente et responsable.

Adam, lui, est là, assis, rêveur et triste. Il se dit affligé par l’usage qui a été fait de l’héritage qu’il a laissé. Il se demande de qui descendent-ils ces gens qui réduisent leurs frères à l’esclavage.

Je te remercie pour ta lettre. Mais, sache, Awa, que de là où je me trouve, je vois tout ce qui se passe chez vous. Et si ça peut te consoler, sache que toutes les composantes de l’univers partagent ton indignation et n’attendent que l’ordre du Seigneur pour sévir contre ces esclavagistes.

Toutes les forces de la nature, tant qu’elles sont, que ce soit les océans, la terre, les volcans, le feu, le vent, sont tellement déçues par les humains, qu’elles ne cessent de demander à Dieu de les laisser mettre fin à ce cirque. Lui, dans son omniscience, leur dit : « Attendez, je sais ce que vous ne savez pas ». Mais, il n’empêche que, de temps en temps, qu’un élément excédé réagit spontanément et cause quelques dégâts, quelque part sur la terre, avant de demander pardon à Dieu pour son indiscipline. Si encore les humains y voyaient des avertissements, hélas !

Tu me demandes ce que j’aurais fait si j’avais été là. En guise de réponse, je te rappelle ce hadith du messager universel : « Passe toi de qui tu veux, tu seras son égal, reçois de qui tu veux, tu seras son esclave, donne à qui tu veux, tu seras son prince ». Tu vois où je veux en venir ?Face à cette résurgence de pratiques racistes dont vous êtes victimes, ne vous en prenez à personne.

Ne vous plaignez pas, mais réagissez et agissez. Les Arabes, du Sud du Sahara aux confins de la Péninsule arabique, vous les connaissez. Ils lisent le Coran, mais n’en retiennent que ce qui les arrange. Ils ont la conviction viscérale que Dieu a créé les Noirs pour eux, pour les servir. Une conviction qui plonge ses racines dans l’ignorance et l’incrédulité. Quant aux Occidentaux, après s’être vidés de toute spiritualité, après s’être laissés aveugler par la fulgurance des progrès scientifiques et technologiques, ils sont devenus, pour la plupart, des machines à gagner de l’argent et à se distraire, esclaves qu’ils sont de leurs passions et de leurs plaisirs malsains. Un de leurs philosophes, Henri Bergson, ne disait-il pas, au début du 20e siècle, qu’il leur faut désormais un supplément d’âme ?

Tu parles de vos chefs de village. Tu oublies que chaque village, comme dit l’adage, n’a que le chef qu’il mérite. Vos chefs de village, avec cette démocratie aveugle, dans ce monde devenu un village planétaire dans le mauvais sens, que peuvent-ils faire dans un contexte ou chacun fait ce qu’il veut, dit ce qu’il veut et aspire à mener une vie de prince dans la facilité. Certains de vos chefs de village se démènent comme de beaux diables, mais le meilleur d’entre eux reste celui qui ne détourne pas les deniers publics pour se payer une retraite dorée quelque part dans le monde.

Ma fille, le problème est en vous, la solution aussi est en vous.

Regarde votre magnifique Soleil. Regarde vos fleuves et vos rivières. Et vos plaines et vallées. Considère vos beaux hivernages, vos pâturages et vos terres à perte de vue encore inexploitées.

Pourquoi vos jeunes ne se ceignent-ils pas et ne saignent-ils pas pour mettre toutes ces potentialités en valeur au lieu d’aller mourir sur les rives endeuillées de la méditerranée ? Pourquoi aller ailleurs. Votre faiblesse serait-elle un manque de fierté et d’endurance, le goût de la facilité. En tout cas, vos ancêtres ne vous ont pas légué ces défauts. Je crois que vous êtes plutôt victime de votre ignorance.

Car si vous saviez, vous ne seriez partis ailleurs que pour une seule raison valable : la recherche du savoir. Le Prophète universel n’a-t-il pas dit d’aller chercher le savoir jusqu’en Chine ? Mais, une fois le savoir acquis, revenez chez vous, en faire profiter vos villages et vos frères. Je vous adjure donc de rester chez vous, riches de vos valeurs d’ouverture et d’hospitalité. Accueillez tous ceux des autres peuples qui veulent venir à vous. Appropriez-vous du savoir, de la science et de la technologie d’où qu’ils viennent, avec toujours en bandoulière votre foi en Dieu, cette foi qui est l’arme du croyant. Je vous demande de garder confiance en l’avenir. Mariez vos filles et vos garçons. Je dis bien mariez vos filles à vos garçons, n’ayez pas peur de vous multiplier, que vos enfants remplissent la terre pendant que certains continents se vident, leurs habitants ne voulant plus faire d’enfants. Vous serez appelés un jour à aller renforcer ces peuples et à occuper le vide qui va s’y créer. Alors comme un « rire de Saxophone », retentiront les vers de Senghor quand il écrit dans Ethiopiques : « New York, je dis New York, laisse affluer le sang noir dans ton sang – qu’il dérouille tes articulations d’acier, comme une huile de vie ». Alors, l’avenir du monde sera en train de se jouer en Afrique, comme l’a prédit récemment le président français M. Macron. Alors, Awa, en ce moment, je redescendrai pour le plaisir de revoir ton beau sourire. D’ici là, laisse-moi dormir encore un peu, de mon « grand sommeil nègre ». Décidément Senghor est toujours là.

KOUNTA KINTE

Par Maïmouna DIOP

Au Sénégal, on a souvent tendance à stigmatiser nos héros, plutôt que de les célébrer. Des citoyens exemplaires qui ont contribué à polir l’image du pays reçoivent rarement des satisfecit. Et quoique leurs œuvres participent à redorer l’image de notre nation, ils récoltent rarement les honneurs et subissent souvent un lynchage surtout quand leurs noms, malheureusement, sont mêlés à des faits divers.

Personnellement, j’ai été sidéré, choqué et déçu, parcourant la presse en ligne, de voir des internautes jeter en pâture l’héroïne de la musique sénégalaise, l’ambassadrice de la femme sénégalaise, entreprenante et battante, l’icône de l’émancipation et la protectrice attitrée des enfants et des femmes.

La seule femme disque d’or sénégalais et de platine, deux fois lauréate des Kora awards, nous a plus habitués à des prouesses internationales et exploits professionnels qu’à des pratiques répréhensibles.

Consciente de son statut et tenant à son image et à sa crédibilité comme à la prunelle de ses yeux, la diva s’est forgée une réputation irréprochable qui eut le don de charmer les grands de ce monde. Comme en témoigne ses excellentes relations avec des décideurs politiques au plus haut niveau et d’horizons divers ainsi que d’éminents membres du corps diplomatique qui apprécient à leur juste valeur son vécu et sa trajectoire.

Partie de rien, la fille de feu Laye Bamba a acquis ses lettres de noblesse dans la rigueur et le polissage du profil de sa carrière. Si elle étonne au pays pour son dynamisme et le professionnalisme arrimés à sa touche authentique de Gawlo, à l’international, son talent cache mal le fort caractère et la mission qu’elle s’est faite d’être une référence et un modèle, un symbole de la femme africaine émergente, un leader tout court.

Ambassadrice de bonne volonté de plusieurs organismes internationaux, notamment des Nations unies, la marraine de l’association « Lumière pour l’enfance Coumba Gawlo » n’a pas été ciblée rien que pour sa noirceur d’ébène ou sa voix captivante. C’est au sortir de castings éprouvants, d’enquêtes de moralité poussées, d’entretiens et confrontations outillés qu’elle s’est hissée dans le cercle des grandes dames du continent. Et ce, sans jamais baisser la face.

Si elle trône fièrement au buffet des Premières dames d’Afrique, Coumba Gawlo le doit à son cursus sans faute, sa forte ambition pour son pays et pour l’Afrique, l’exemple qu’elle constitue dans le combat contre la fatalité et les préjugés qui ont toujours constitué des freins pour l’émergence du leadership féminin.

La première sénégalaise artiste patronne de presse ne dort pas pour autant sur ses lauriers. Avec de fortes ambitions et une morale à toutes épreuves, la promotrice de Fem Fm continue d’étonner, même quand durant les épreuves, digne et fière, elle éprouve sa foi et garde le cap vers son destin.

L’étoile de la diva ne pâlira point. Elle demeure reine chez elle et ailleurs !

Par Mame Malick SENE
Analyste, spécialisé en droit social
Yoff Tonghor/Dakar

Pendant que l’actualité sonne le rassemblement et une communion euro-africaine aux « Côtes éburnéennes », nous pensons à deux figures, témoins pour la jeunesse africaine de ce siècle si sensible à la question des droits humains et du citoyen, droits de la femme, droits de l’enfant. Il s’agit de Jean Alioune Diop de « Présence Africaine » et de Joseph Kizerbo, ce grand historien de l’Unesco, tous deux amis de Bernanos, Jean-Paul Sartre et François Mauriac. L’un est un Sénégalais du Fouta et l’autre un Sénégalo-Burkinabé ! L’un est « estampillé » à l’Université de « Bambey » qui porte son nom et l’autre à l’Université de Ouagadougou qui porte son nom. Les grands cadres intellectuels et citoyens de ces pays et universités nous diront pourquoi ils sont inscrits aux « frontons » de nos espaces du savoir. Les ayant connus et approchés en tant qu’Africains en marche et en dialogue avec l’Europe, plus spécialement avec la France, nous saisissons l’occasion pour rappeler qu’ils ont été la « grande et belle humilité », humilité qui les caractérisent : servir et non se servir. Ils ont été des étendards de la jeunesse africaine ! Leurs écrits, éditions, bibliothèques et bibliographies chantent leur « magister » tant intellectuel que spirituel. Pour les jeunes d’aujourd’hui de l’Afrique, de la France et de l’Europe, voire même du monde, ils ont été maîtres et disciples. Que ces jeunes décryptent leurs « dires » et belles paroles comme :

1- « On ne développe pas, il se développe lui-même ! »
2- « Qui veut être le premier se comporte en serviteur et dernier ! »
3- « Un torrent d’eau dans la brousse » : Alioune Diop.

Par Théodore NDIAYE
Président d’Honneur « Présence Chrétienne »

« Vers une société durable et résiliente pour tous », tel est le thème choisi, cette année, par les Nations unies pour célébrer la Journée internationale des personnes handicapées. Cette journée, pour rappel, est célébrée le 03 décembre de chaque année, et ce, depuis 1992. Elle vise à promouvoir les droits et le bien-être des personnes handicapées dans toutes les sphères de la société et du développement et à accroitre la sensibilisation à leur situation particulièrement dans les aspects de la vie économique, sociale, politique et culturelle. Une telle journée qui mérite une attention particulière commande de pointer le curseur sur les grandes réalisations faites en matière de leur prise en charge et d’interpeller encore les différents segments de notre société sur leurs difficultés.

Par définition, le handicap désigne la limitation des possibilités d’interaction d’un individu avec son environnement, causée par une déficience qui provoque une incapacité, permanente ou non, et qui mène à des difficultés morales, intellectuelles, sociales et physiques.

Au Sénégal, la loi d’orientation sociale n°2010-15 du 6 juillet 2010, relative à la promotion et à la protection des droits des personnes handicapées, va dans le même sens et retient comme définition toutes les personnes qui présentent des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensibles durables dont l’interaction avec diverses barrières peut porter atteinte à leur pleine et effective participation à la société sur la base de l’égalité.

Cette couche vulnérable représente 5,9 % de la population de notre pays d’après les résultats du recensement général de 2014. C’est pourquoi l’Etat du Sénégal s’est, sans doute, dotée d’une volonté marquante pour appuyer les personnes handicapées. Le thème national, qui porte sur « L’évaluation des politiques publiques relatives au domaine du handicap : éléments et perspectives », permettra surement de faire un point.

Du côté des réalisations, l’adoption de la loi d’orientation sociale susmentionnée a permis la mise en place, dans les quarante cinq départements du pays, d’organes de gestion du handicap et accéléré la production de la Carte d’égalité des chances qui permet aux personnes handicapées de bénéficier de droits et avantages divers. Cette carte, que le chef de l’Etat a lancée lui-même en 2015, se matérialise de plus en plus grâce à la Direction générale de l’Action sociale par la production et la distribution de 35 921 cartes, l’enrôlement de 25 927 personnes handicapées dans le Programme national de Bourse de sécurité familiale et l’inscription de 17 192 bénéficiaires dans les mutuelles de santé.

Par ailleurs, on pourrait égrener, sur ce chapitre, les réalisations du Programme national de réadaptation à base communautaire qui, dans ses différents volets de formation professionnelle, financement de projet individuel, compte à son actif le financement de plus 1200 projets de 2012 à 2016 sur fonds propres de l’Etat. Les subventions aux organisations de personnes handicapées, l’appui en matériels techniques et orthopédiques et l’appui médical sont également constants dans la prise en charge. Prise en charge prise aussi à bras-le-corps par certaines collectivités locales qui en ont fait un sacerdoce. Il convient de citer le travail colossal que font les organisations des personnes handicapées dans le soutien de leurs membres par des renforcements de capacités, des appuis divers mais aussi de nombreuses organisations non gouvernementales. Côté insertion, il faut saluer les programmes comme le projet « Emphase » exécuté dans la région de Dakar, le recrutement de jeunes handicapés à Dakar Dem Dikk ou dans d’autres sociétés.

Ces différents succès ne doivent pas cacher certaines difficultés. La limite des financements et la faiblesse des partenaires dans le domaine du handicap freinent la satisfaction de nombreuses demandes de réalisation de projets des personnes handicapées. En outre, la prise en charge de l’appareillage de certaines catégories comme les sourds ou les albinos reste encore mesurée.
Quant aux organes de prise en charge du handicap, les Commissions d’éducation spéciale n’ont pas encore produit les fleurs escomptées.

Aujourd’hui encore, elles sont nombreuses les personnes handicapées qui continuent d’être victimes de stigmatisation ou qui continuent de mendier dans nos villes à cause des affres de la pauvreté.

La faiblesse du budget du sous-secteur de l’Action sociale et la dynamique organisationnelle des organisations des personnes handicapées ne sont pas pour régler tous les goulots d’étranglement. Sans compter les besoins de plus en plus croissants dans les domaines de la formation professionnelle, d’inclusion scolaire et d’insertion et réinsertion.

En tout cas, l’espoir est plus que permis pour plusieurs raisons : l’engagement sans faille des travailleurs sociaux, le nouveau souffle qui s’injecte dans plusieurs associations de personnes handicapées à travers le pays, la nomination de personnes handicapées à des postes (Présidence, Conseil économique, social et environnemental, Haut conseil des collectivités territoriales, Assemblée nationale, ministères, pour ne citer que ceux-là) .Cet espoir, le nouveau ministre de la Santé et de l’Action sociale l’a entretenu lors d’une réunion spéciale sur l’Action sociale, tenue le 30 Octobre dernier, en souhaitant soutenir le sous-secteur de l’Action sociale.

Enfin, last but not the least, l’espoir sera fondé sur l’année 2018, une année sociale. Cette dernière offrira certainement plus d’opportunités et de moyens à tous les acteurs pour doper la prise en charge des personnes handicapées dans tous les domaines vecteurs d’une autonomisation tous azimuts qui constitue le maitre mot de l’Action sociale.

Par Abdoulaye Mamadou MBOW
Conseiller en Travail
social/Dakar

Il est de ces hommes dont la vie et l’œuvre résisteront à l’usure du temps et seront gravées à jamais dans la mémoire collective.
Le soleil ne se couchera jamais sur une réussite longitudinale d’une vie exceptionnellement glorieuse à tout point de vue.

Témoigner sur le khalife Serigne Abdou Aziz Sy s’impose à nous de fait et de droit sur un triptyque : Tarikha Cheikh, Tivaouane et générosité.
Tarikha Cheilkh : il en a porté la voix pendant 60 ans. Il en a incarné les principes de base dans la pratique Soufi de tous ses actes posés au quotidien.
Tivaouane : Il a voué à la ville un amour difficilement égalable. Il nous rappelait que dans une ville qu’on aime, il y a toujours quelqu’un qu’on aime.

Générosité : généreux en ses avoirs et en son savoir a été le fondement de son exemplarité. Il a adoré la tolérance plus que tout autre privilège. Il a combattu tous les replis de l’obscurantisme.
Serigne Abdou Aziz Sy Al Ibn, que la Nation sénégalaise a fini par appeler Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine, est un de ces hommes exceptionnels qui méritent de figurer au Panthéon de l’histoire de la Nation sénégalaise et de la Ummah islamique continentale et internationale.

Je ne suis pas qualifié pour juger le guide religieux, respecté de tous qu’il est, mais mon statut de fils et de talibé m’autorise à apprécier les enseignements du père qu’il restera toujours pour moi, l’empreinte du protecteur et guide qui manquera désormais aux populations et à l’Etat sénégalais et, enfin, la marque du gestionnaire désigné de toute la famille de Seydi El Hadji Malick Sy (Rta) et de la confrérie Tidjanya.

Etre utile est l’essence et la clé de lecture de la vie et de toute l’œuvre de Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine (Rta)
- Utile à sa famille et à celle de Seydi El Hadji Malick Sy : très tôt responsabilisé par son père, Seydi Aboubacar Sy (Rta), il a su assumer les misions d’un père attentif, généreux, courageux, responsable, rassembleur malgré ses lourdes charges et la grande taille de cette famille qui comprend outre les filles, les garçons, les nièces et neveux de ses frères et sœurs, mais également les filles, garçons, nièces et neveux des compagnons qui ont contribué au rayonnement de Tivaouane.

- Utile à son pays et à sa Nation,Tivaouane est demeuré un centre d’influences incontournable dans la gestion des affaires publiques. Conseiller avisé grâce à une longue pratique des hommes d’Etat, depuis la colonisation, soutenue par une intelligence fine et un bon sens «cayorien», il est resté le défenseur intrépide et infatigable des populations.

Médiateur social très écouté, représentant désigné par les grandes familles religieuses sénégalaises, il est resté accessible à tous, sans discrimination, et résonne encore à mes oreilles son cri du cœur qui renseigne- s’il le faut encore- sur son sens profond de l’humain : «Je refuse que ma maison soit éclairée par un groupe électrogène lors des délestages pendant que les populations sont dans l’obscurité».

- Utile à la Tidjanya et à la Ummah islamique, Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine nous a donné, toute sa vie durant, des leçons de vie : descendant légitime de Seydi El Hadj Malick Sy, il a servi fidèlement, loyalement et humblement tous les khalifes généraux des Tidjanes. Erudit en Islam, d’une piété exemplaire, Al Amine, par son dernier acte, a signé les belles pages de l’histoire de la confrérie Tidjanya qu’il a écrites pendant quatre vingt dix ans. Homme de parole, il n’a pas longtemps survécu à cet autre Grand homme, Cheikh Ahmed Tidjane Sy Al Makhtoum qui a toujours été son mentor.

- Nous souffrons du vide laissé par la disparition de cet Homme. Nous sommes tous, musulmans et talibés, dépositaires de son legs que nous nous devons de perpétuer, de sécuriser. C’est seulement là le refuge de l’atténuation de cette souffrance.

- Que Dieu le Tout Puissant l’accueille dans Ses Grâces et nous donne la force de toujours prier pour Al Amine.

Par El Hadj Malick DIOP

Les dirigeants arabes « sunnites » du Moyen-Orient et, singulièrement, ceux des pétromonarchies du Golfe, l’Arabie Saoudite en tête, sont à cran, de même que nos barbus locaux. Et pour cause ! Les derniers développements encourageants du « dossier nucléaire iranien » et la réintégration prochaine de l’Iran dans le jeu mondial font souffler sur la région un vent de peur, de panique, en dépit des gesticulations trompeuses de Donald Trump, parrain et protecteur du royaume saoudien, et de ses affidés. Quel qu’en soit l’aboutissement, le dialogue engagé entre le groupe des cinq + un (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne) et la République islamique n’a rien de rassurant. Ils savent, ces Arabes « orthodoxes », que ce qu’il se passe à leur porte les concernent directement, mais ils y assistent en spectateurs et n’ont pas leur mot à dire. Du coup, les rancœurs, les sentiments sous-jacents et les opinions indicibles se font jour. Et comme des fauves, on se lâche en Syrie, en Irack, au Yémen, non pour combattre Daech, Al-Qaïda et autres groupes terroristes qui transfigurent la sublime image de l’Islam et menacent la paix mondiale, mais pour freiner l’expansion des « hérétiques » chiites qui, bave à la bouche, « insultent les compagnons du Prophète, jettent l’opprobre sur ses épouses et doutent de l’intégralité du Coran ». Même le Qatar doit être puni pour sa proximité avec l’Iran.

On le sait maintenant ! La fameuse « bombe » nucléaire potentielle n’est pas la seule source d’angoisse existentielle pour les voisins arabes de la République islamique. Il en est une autre, plus redoutée et plus redoutable : le voile et le silence qui se lèvent enfin sur des faits historiques postérieurs à la disparition du Prophète et qui ont fini par être estampillés sous le sceau de la sacralité. En effet, il existe, dans les sociétés, des préjugés et des mythes que les individus se refusent à décoder, de peur de se révéler à eux-mêmes les ruses et les fondements des rôles sociaux parfois fétichisés. Le refus d’ouvrir la boîte de Pandore que constitue la succession du Prophète, d’ailleurs interprétée par les sunnites comme « une action divine », ressemble à peu de chose près à cela. Comme les acteurs originels de cet évènement, leurs successeurs n’ont cesse de déployer des trésors d’imagination pour conserver intact le mystère, parce qu’il flatte l’égo des premiers et permet aux seconds de disposer d’un « modèle politico-religieux » à donner en référence.

Pourtant, une analyse minutieuse de ces faits et de ce modèle est nécessaire si l’on veut comprendre le sens et la portée des bouleversements dans la Ummah islamique et ailleurs.
Il est vrai que, sous l’effet des mouvements actuels, pour le compte de l’Islam et, en tout cas, en son nom, la religion musulmane est devenue le sujet favori des préoccupations et des discussions politiques en Occident, voire accessoirement intellectuelles, surtout depuis l’onde de choc du 11 septembre 2001 dernier avec les attentats de New York. Dans les pays musulmans, l’Islam est utilisé en tant que moyen d’action. On le brandit comme arme et slogan, on sacrifie même la vie pour la cause de l’Islam. Par contre, on est frappé dans la terre islamique de la pauvreté des essais qui ont été entrepris pour définir correctement cet Islam qu’on ne cesse de revendiquer. Au contraire, on a même tendance à dire que les religieux et autres islamologues qui, actuellement, se sont mis dans la position de pouvoir parler au nom de l’Islam et des musulmans à la fois, recourent à tous les moyens échappatoires pour éviter de donner une définition précise de l’Islam, telle qu’ils l’entendent eux-mêmes. Généralement, soit ils se réfugient derrière des termes vagues comme que l’Islam est pour l’égalité, pour la justice, pour la promotion et le bonheur de l’homme, soit ils s’abritent sous les caractères « absolu » et « éternel » de l’Islam, sans pour autant les définir.

En réalité, l’Islam tout court ne veut pas dire grand-chose. Certes, comme tout le monde le sait, il y a un livre (le Coran), un Messager (Mohammad ‘‘PSL’’) et une histoire longue de 14 siècles. Mais, ce qui donne corps et âme à tous ces éléments, c’est précisément la façon de les explorer, de les interpréter et de les mettre en pratique. Et cela dépend avant tout du mode de comprendre. Or ce mode de comprendre, c’est évident, est conditionné par le mode d’être de celui qui comprend ; réciproquement, tout le comportement intérieur du croyant dérive de son mode de comprendre. Ainsi, Ali et Mo’awiya, tous deux compagnons, étaient en plus – nous dit-on –secrétaires du Prophète. Par cette qualité exceptionnelle, ils devaient rédiger à chaud les versets coraniques qui venaient d’être révélés au Prophète. Cependant, l’histoire concrète nous apprend qu’ils ont suivi, dans la réalité, deux trajectoires totalement contradictoires pour en venir finalement à la force armée afin de régler leurs différends. Les premières guerres civiles meurtrières entre les musulmans datent de ce conflit. A la guerre de Siffin, en 657, qui fut en quelque sorte le sommet du conflit Ali-Mo’awiya, les deux parties justifiaient, chacune, leur attitude en s’appuyant sur le Coran et la Sunna du Prophète. Ce conflit n’est qu’un exemple. Il y a eu, dans l’histoire musulmane, des multitudes d’autres conflits du même type. L’assassinat du 3è calife Ousmane, suite à une révolte contre sa gestion clanique et laxiste du pouvoir selon certains, en est également une illustration. Sans oublier que, sur le plan doctrinal, de nombreuses écoles de différentes sectes ont vu le jour durant l’histoire de l’Islam et se sont opposées continuellement. Ce fait, en soi, n’est-il pas une autre démonstration de cette évidence naturelle qu’en matière de l’interprétation et de la perception du fait coranique, l’unité et l’unanimité faisaient grand défaut aux musulmans. Et cela, qu’on le veuille ou non, dès la fondation de la Ummah par Mohammad (PSL). Le désaccord absolu des musulmans sénégalais, pourtant majoritairement malikites, mais éclatés dans les différentes confréries tidiane, mouride, khadre et autres ibadou, sur un sujet apparemment simple qu’est le croissant lunaire n’est qu’une conséquence de cette division originelle. On voit donc bien que parler de l’Islam dans l’absolu et de façon abstraite ne mène à rien.

D’ailleurs, sans entrer dans les détails, nous tenons à préciser que l’historiographie musulmane a généralement tendance à nous présenter la société médinoise comme la plus parfaite, la plus juste et la plus originale que l’humanité n’ait jamais connue. Depuis, cette communauté de Médine est devenue dans la légende et dans l’imaginaire des musulmans comme le paradis terrestre et la cité idéale. Cette même historiographie qui, au demeurant, est souvent muette sur ce qu’il se passait en profondeur de cette communauté médinoise, pourtant minuscule et primitive, fait sporadiquement état des rivalités, des conflits de personnes et de tribus, des contestations, des tumultes, des non-obéissances, etc.

Les rivalités entre les Mouhadjirounes, les Emigrés qui sont partis de la Mecque pour soutenir la cause de Mohammad (PSL), et les Ansars, c’est-à-dire les partisans médinois qui ont aidé le Prophète à s’installer à Médine, est un fait indéniable. D’autre part, dans la Ummah médinoise, les Munâfikûns ou hypocrites représentaient un groupe de musulmans qui, tout en acceptant les fondements de la nouvelle religion, contestaient souvent les options politiques et sociale de Mohammad (PSL). Accusés par celui-ci d’être des diviseurs, les hypocrites sont qualifiés par le Coran et dans la Sunnah comme pires que les infidèles ; je dis infidèles et non Juifs ou Chrétiens qui comme les Musulmans sont caractérisés par l’expression coranique « Ahl Kitab ».

Ces faits, rapportés par les historiographes musulmans et reproduits partiellement dans le Coran (1), montrent à quel point la cité idéale, apparemment sans problèmes, contenait pourtant en son sein des germes vivaces de conflits et de contestations.

On sait, du reste, que du vivant même de Mohammad (PSL) et surtout pendant les dernières phases de sa maladie fatale, son autorité s’était – à en croire les historiographes musulmans - à tel point affaiblie qu’elle dépassait à peine le seuil de sa demeure. A titre d’exemple, on peut citer l’expédition de Tabuk en 631, an 9 de l’hégire, qui fut une occasion de constater la défection des musulmans devant la volonté de leur chef. Le Prophète « se heurta à beaucoup d’hésitations ou d’indifférence ; rares furent ceux qui acceptaient de s’engager dans cette nouvelle épreuve et nombreux ceux qui donnaient pour raison de leur refus l’approche de la moisson ou les rigueurs de la saison ». (2) L’affaire de l’armée d’Osama fut un autre épisode au cours duquel un nombre considérable de compagnons, parmi lesquels se trouvaient notamment Abou Bakr (1er calife), Omar (2è calife) et Djarrah (futur gouverneur de Syrie), refusèrent d’y participer (3).

Ces sources vives de tensions accumulées, qui ne peuvent plus être occultées ou contestées par quelque intrépidité malveillante, vont immédiatement exploser après le décès du Prophète. Ainsi, un auteur aussi hostile au chiisme que Mâamar Metmati s’est surpris d’avouer, la mort dans l’âme, que « de nombreux historiens rapportent certains récits qui n’ont à priori pas de raison d’être contestés, de par leur appartenance ou leur provenance. Selon ces récits, on aurait fait chercher Ali qui n’avait pas encore fait acte d’allégeance à Abou Bakr, comme l’avaient fait la plupart des musulmans. En conséquence, la demeure de Fatima et d’Ali fut assiégée sur ordre d’Abu Bakr influencé par Omar. L’ordre était ainsi conçu : il faut qu’Ali fasse acte d’allégeance de force ou de gré. Omar, fils de Khattab, qui dirigeait l’expédition, vient frapper à la porte en vociférant : ‘‘Sortez…sortez ou je mets le feu à la maison’’- ‘‘Ô fils de Khattab, l’apostropha Fatima, sur le seuil de la maison, es-tu venu mettre le feu à la maison ?’’ – ‘‘Oui’’, répondit-il, tenant une mèche prête à cet effet…. » (4).

Il nous révèle également comment Abou Bakr a exproprié Fatima du domaine de Fadak que lui avait pourtant donné le Prophète, avant de lui refuser sa part d’héritage sur les biens laissés par son père, Mohammed (PSL) sur le fondement d’un hadith, en violation flagrante du Coran et du bon sens. Selon Abou Bakr, le Prophète aurait dit : « Nous, le groupe des prophètes, n’héritons pas ni ne laissons d’héritage ; ce que nous laissons est pour l’aumône » (5). Dommage que le Prophète n’eut pas d’enfant avec notre mère, la mère des croyants, Aïcha, pour pouvoir vérifier la validité de ce hadith. Dans tous les cas, conformément à la volonté de Fatima, qui ne lui adressera plus la parole le restant de sa vie, Abou Bakr fut interdit d’assister aux funérailles de la fille du Prophète, contrairement à ce que tente de suggérer ce narrateur de la 2STV, incapable du moindre souci d’objectivité. Souci d’objectivité qui doit désormais (le temps des omeyyades est révolu !) amener nos lettrés et nos narrateurs à révéler aux musulmans sénégalais que la mère des croyants, Aïcha, fille d’Abu Bakr, lèvera, en collusion avec certains compagnons, une armée pour combattre Ali après son investiture comme calife lors de la bataille du chameau. Bref, face à tant d’évidence, Mâamar Metmati laissera échapper : « Emouvante fut la vie de Fatima après la disparition de son père. Dieu merci, elle ne vécut pas assez longtemps pour ne pas avoir à assister à l’assassinat de son mari, Ali, à celui de son fils, Hassan, et au génocide de sa famille dans le désert de Kerbala, notamment avec la décapitation et la mutilation du corps de Hussein » (6). Les descendants de Mohammad (PSL) sont suppliciés pour leur hérésie, le jour de la « Tamkharite », par les descendants « sunnites et bénis » d’Abu Saufyan qui régneront un siècle durant sur le monde islamique avec les falsifications des textes authentiques et l’invention de nouveaux textes au service de la manipulation et du conditionnement de quatre générations de musulmans.

Et même si, à l’extrême, on épouse la thèse sunnite qui croit que l’ordre de la succession avait été défini d’avance par le Prophète, dans ce cas, Abou Bakr qui avait posé sa candidature à la succession n’aurait certainement pas proposé à ses adversaires – à titre de concession – l’éventualité d’un dualisme politique (7).

Nous pensons donc que Mohammad Arkoun a raison lorsqu’il écrit : « Selon la tradition, les premiers califes ont été élus par les compagnons du Prophète. Mais, il est très difficile de savoir historiquement comment les choses se sont passées ». Il ajoute qu’« il faudrait étudier les mécanismes d’attribution du pouvoir dans la société arabe du 7è siècle en tenant compte des solidarités tribales. Celles-ci ont joué assurément un grand rôle dans l’exercice et la transmission du pouvoir. Le Prophète lui-même appartenait à un clan, celui des Banû Hâchim, l’un des clans rivaux de l’importante tribu des Quoraïch. Et sa prédication suscita l’opposition du clan adverse, celui des Banû Sufyân, qui exerçait alors le pouvoir à la Mecque. Quand se posa plus tard le problème de la succession, les deux clans étaient toujours là, prêts à s’affronter ». Et Arkoun conclut ainsi : « Toute l’histoire ultérieure porte la trace de cette rivalité originelle jusqu’à l’opposition actuelle entre les chiites et les sunnites » (8). En d’autres termes, la littérature orthodoxe nous donne une image idéale des califes, mais elle ne fournit aucune compréhension socio-historique des évènements de peur de se ruiner. Car, en vérité, ceux qui se sont arrogé le titre flatteur de sunnites ou d’orthodoxes ont adopté une méthode de lecture du Coran appropriée à l’élaboration d’une théorie du fait accompli : il faut obéir au calife en place en légitimant son pouvoir d’après des textes explicites et le comportement des compagnons.

Autrement dit, il suffit de veiller au respect des commandements et des défenses pris à la lettre. Une telle attitude traduit l’adhésion à une idéologie officielle, c’est-à-dire le souci de gérer les affaires de la cité en utilisant la religion comme mythologie et comme code, au détriment de l’esprit religieux. La possibilité même d’un sens latent du Coran se trouve ainsi rejetée. C’est cette latence du sens que les chiites vont justement privilégier et s’efforcer de mettre en œuvre à travers l’élaboration d’une « philosophie prophétique » centrée sur la figure d’un guide charismatique. Ils ont ainsi soutenu que le Prophète – premier Guide charismatique – a transmis et appliqué intégralement et fidèlement la volonté de Dieu sur terre ; une telle intervention a créé une situation irréversible : la Ummah ne peut, sans tomber dans l’égarement, se passer d’un Guide charismatique. Il faut donc que la prophétologie soit prolongée par l’Imamat, sorte de vicariat spirituel chargé de consolider, de renforcer et d’approfondir la religion (9). En effet, s’il y a un point sur lequel tout le monde s’accorde en Islam, c’est qu’il n’y aura plus d’envoyé chargé d’annoncer une nouvelle charia, une nouvelle loi divine aux hommes.

Mais alors surgit le dilemme suivant : ou bien la conscience religieuse de génération en génération se concentre sur le passé prophétique désormais clos. Et cela, parce qu’elle perçoit uniquement dans le livre (Coran) un code de vie morale et sociale et parce que le temps de la prophétie s’est refermé sur ce sens littéral. Ou bien ce passé prophétique reste en lui-même à venir parce que le texte du livre recèle un sens caché, un sens spirituel ; ceci postule alors une initiation spirituelle qui fut le ministère des Imams. Dans l’optique chiite, la clôture, le terme final de la prophétie, est le terme initial, le début d’un nouveau cycle, le cycle de la walayat et de l’imamat, c'est-à-dire le cycle des Imams, des Awliya Allah ou «Amis et Aimés de Dieu » ; comme élites de l’humanité à qui l’inspiration divine révèle les secrets divins. Ceci implique donc l’indissociabilité de la prophétologie et de l’imamologie, puisque les imams sont « les dépositaires du secret (haqiquat) de l’envoyé de Dieu ». C’est le sens du hadith, universellement reconnu, dans lequel le Prophète proclame : « Je suis la Cité du Savoir, Ali en est la porte (d’accès) ». Et d’ajouter, s’adressant à Ali : « Sera héritier de moi-même celui qui héritera de toi, car tu es par rapport à moi comme Haroun (SL) par rapport à Moïse (SL), avec cette différence qu’après moi, il n’y aura plus de prophète ».

Cela signifie que l’Energie Divine n’est pas soumise au devenir. Donc, seul le nom change, mais la chose demeure. De fait, ceux que l’idéologie officielle a présentés comme des hérétiques et des hétérodoxes ont eu le mérite d’opposer à l’attitude pragmatique et, somme toute, laïcisante des sunnites, la seule attitude religieuse capable de maintenir dans le cœur des hommes l’exigence première de la Révélation : incarner par un effort exténuant, la transcendance dans l’histoire (10). Pour le chiisme, la signification ultime de la prophétie, c’est la projection continue et infaillible de l’inspiration divine dans l’existence humaine. Le successeur légitime du Prophète de l’Islam est donc l’imam, vicaire spirituel qui manifeste devant les hommes, jusqu’à la fin des temps, une présence vivante de Dieu. Car l’imam, c’est proprement l’Ami proche de Dieu, l’homme qui réalise, par une grâce spéciale, la parfaite réciprocité de perspectives de l’amour. Cet imam n’est autre que la porte d’accès au Savoir divin et prophétique, Ali fils d’Abu Talib.

Vision subversive, révolutionnaire et très exigeante de l’Islam, puisque le Prophète se doit aux hommes à qui il transmet les vérités les plus inquiétantes pour leur évolution vers les degrés les plus élevés de la perfection humaine, car il a conscience que l’humanité de l’homme ne réside pas dans l’homme lui-même, mais dans une quête perpétuelle du savoir. « Iqrah » ne cessa-t-il aussi de nous recommander jusqu’à la fin de son existence. Mais, le Prophète se doit plus encore à lui-même parce qu’il assume la redoutable et exaltante mission d’établir et d’appliquer la Loi Révélée qui ne saurait aliéner ni les intérêts ni les droits sacrés de la personne humaine.

Cet Islam mohammadien, stratégie de vie et non entreprise mortifère, fait de « foi, raison et responsabilité », en somme d’équilibre, pouvait-il être porté et vécu dans toute sa plénitude par ceux qui enterraient vivante leur propre progéniture femelle ?

1 – Coran, Sourate la lumière verset 63 « Que ceux qui s’opposent à Son ordre prennent garde que ne les atteignent une tentation (fitna) ou que ne les atteignent un tourment cruel »
2 – Henri Laoust, le rôle d'Ali dans la Sira Chite
- Coran, sourante le Repentir verset 74, verset 75
3 – Coran, sourate le repentir, verset 82
4- Mâamar Metmati, Lettre ouverte à nos frères chiites – page 36 -37
5 – Ibid, page 177-178
6 – Ibid, page 37
7- Mohammad Arkoun, l’Islam et la laïcité page 11, centre thomas, 1978
8 – Ibid
9 – Jean Louis Camara, « Le régime politique iranien : une théocratie constitutionnelle et républicaine », mémoire de Master II – Sciences politiques, sous la direction du Professeur Ismaila Madior FALL – Ucad 2008-2009
10 -Ibid

Par Jean Louis CAMARA
Porte-parole du Conseil
supérieur des chiites
du Sénégal

Le 19e Congrès du Parti communiste chinois (Pcc) vient de se clôturer avec succès. Il a eu lieu au moment où la Chine entre dans la phase décisive de l’édification intégrale de la société de moyenne aisance, et que le socialisme à la chinoise est entré dans une nouvelle ère. C’est un congrès d’importance majeure qui a marqué l’histoire. Il a affirmé le statut de ligne directrice de la pensée de Xi Jinping sur une nouvelle ère du socialisme à la chinoise, et établi une feuille de route pour transformer la Chine en un grand pays socialiste puissant d’ici au milieu du 21e siècle. Aujourd’hui, la Chine est la deuxième économie mondiale, le plus grand pays en développement et un membre permanent du Conseil de sécurité de l’Onu. Avec plus de 89 millions de membres, le Pcc est le plus grand parti politique du monde qui dirige ce pays de plus de 1,3 milliard de population. Ses orientation et objectif exerceront une influence importante et lointaine pour la Chine et le monde.

Le socialisme à la chinoise est entré dans une nouvelle ère
Grâce aux efforts d’une quarantaine d’années, la Chine a su assurer la satisfaction des besoins élémentaires et quotidiens de plus d’un milliard de personnes et le Pib par habitant est passé de 156 dollars en 1978 à plus de 8000 dollars en 2016. Se trouvant à l’avant-garde en matière de capacité de production, elle est la première productrice pour plus de 220 catégories de produits industriels et agricoles. Avec l’amélioration continue des conditions de vie, les besoins de la population se diversifient et cette dernière devient de plus en plus exigeante à l’égard de la démocratie, de la légalité, de l’équité, de la justice, de la sécurité et de l’environnement. Aussi, le problème de développement déséquilibré et insuffisant se pose avec acuité. On peut dire que la principale contradiction dans la société chinoise s’est transformée en celle entre l’aspiration croissante de la population à une vie meilleure et le développement déséquilibré et insuffisant. Dès lors, le socialisme à la chinoise est entré dans une nouvelle phase de développement.

Le 19e Congrès a tracé le plan de développement de la Chine pour les 30 prochaines années après la mise en place de la société de moyenne aisance, à savoir, de 2020 à 2035, réaliser l’essentiel de la modernisation socialiste avec un Pib par tête de 30 000 dollars Us et, de 2035 au milieu du siècle, transformer la Chine en un grand pays socialiste beau, moderne, prospère, puissant, démocratique, harmonieux et hautement civilisé. Il s’agit d’une disposition stratégique pour la modernisation socialiste à la chinoise dans la nouvelle ère sur le nouveau point de départ historique et d’après l’analyse de la conjoncture extérieure et intérieure et des conditions de développement dont dispose la Chine.

Le développement de la Chine offre des opportunités au monde
La Chine qui a trouvé, par ses propres forces, une voie de développement adapté aux réalités nationales est en voie d’accomplir un grand bond, passant d’une nation qui s’est relevée à une nation riche, puis à une nation puissante ; offrant ainsi aux pays en développement une voie plus large et de nouveaux choix pour leur modernisation et apportant à notre monde la sagesse et la solution chinoises. Depuis la tenue du 18e Congrès, il a y cinq ans, dans un nouveau contexte marqué par la faiblesse de la reprise de l’économie mondiale, la Chine a gardé à l’esprit le nouveau concept de développement innovateur, coordonné, vert, ouvert et partagé et œuvré activement à la transformation du mode de développement pour renforcer sans cesse la qualité et la rentabilité du développement. Elle a su maintenir une croissance annuelle moyennement rapide, soit 7,2 %. Passant de 8 à 12 000 milliards de dollars Us, le Pib de la Chine occupe la deuxième place du monde avec une contribution supérieure à 30 % à la croissance de l’économie mondiale. Les revenus des habitants ont connu une croissance annuelle moyenne de 7,4 % et 70 millions d’habitants démunis sont sortis définitivement de la pauvreté. Par ailleurs, la Chine a, entre autres, pris l’initiative du projet « La ceinture et la route » permettant de promouvoir un développement plus équilibré et plus inclusif de l’économie mondiale.

La Chine se trouve et se trouvera encore longtemps dans le stade primaire du socialisme et son développement s’avère prometteur. A l’avenir, elle verra son rôle de principal moteur de la croissance mondiale davantage se renforcer et apportera une plus grande contribution au développement mondial. Pour les cinq prochaines années, elle importera plus de 8 000 milliards de dollars de marchandises, les investissements directs à l’étranger dépasseront 750 milliards dollars et plus de 700 millions de Chinois voyageront à l’étranger. A cela s’ajoute la première Foire internationale d’importation de Chine qui se tiendra à Shanghai en novembre 2018. Tout cela offrira aux autres pays du monde un plus grand marché, des capitaux plus abondants, des produits plus diversifiés et des opportunités de coopération plus importantes.

La diplomatie chinoise dans la nouvelle ère travaille à la construction de la communauté de destin pour l’humanité
Le Pcc est non seulement au service du bien-être du peuple chinois mais aussi à la disposition de la paix et du développement dans le monde. Le 19e Congrès a adopté une conception globalisée pour l’action diplomatique chinoise dans la nouvelle ère, axée sur la mise en place d’un nouveau type de relations internationales et la construction d’une communauté de destin pour l’humanité. Le nouveau type de relations internationales rejette la loi du plus fort et préconise le respect mutuel, qui est la condition préalable, l’équité et la justice, qui est le principe directeur, et la coopération et le principe gagnant-gagnant comme objectif. Ces trois éléments sont étroitement liés et complémentaires. Et la construction de la communauté de destin pour l’humanité vise à relever les défis planétaires et à construire un monde beau et propre, caractérisé par l’ouverture, l’inclusion, la paix durable, la sécurité globale et la prospérité commune. Ce sont des propositions chinoises pour l’avenir de l’humanité.

Actuellement, la Chine joue un rôle de plus en plus important sur la scène internationale, et le monde pénètre progressivement la Chine. Elle voit son futur étroitement lié avec la communauté internationale. Dans le contexte actuel où le protectionnisme et l’isolationnisme regagnent du terrain et le courant contre la mondialisation commence à se faire sentir, la Chine reste fidèle à la conception de gouvernance mondiale dite « concertation, synergie et partage », préconise la démocratisation des relations internationales et s’attache à promouvoir la construction de la communauté de destin pour l’humanité, émettant à la communauté internationale un message fort sur son engagement à la construction d’une économie mondiale ouverte et donnant une forte dynamique à l’édification d’un monde meilleur.

La relation Chine-Afrique donne l’exemple de la coopération solidaire entre la Chine et les autres pays en développement
L’Afrique est considérée comme la « base de la base » pour la diplomatie chinoise. Depuis toujours, la Chine et l’Afrique forment une communauté de destin solidaire et une communauté d’intérêts par la coopération gagnant-gagnant. Les peuples chinois et africains sont étroitement liés par les passés similaires, les missions de développement communes et les convergences d’intérêts stratégiques. En 2013, lors de sa première visite en Afrique en tant que chef d’État, le président XI Jinping a donné le cap du développement des relations sino-africaines en avançant le principe dit « sincérité, pragmatisme, amitié et franchise » et la juste conception sur la justice et les intérêts. En décembre 2015, le Sommet de Johannesburg sur la Coopération sino-africaine s’est tenu avec succès, permettant aux relations sino-africaines d’entrer dans un nouveau chapitre de coopération gagnant-gagnant et de développement commun.

Le rapport du 19e Congrès considère la juste conception de la justice et des intérêts et le principe dit « sincérité, pragmatisme, amitié et franchise » comme les principes directeurs pour la Chine dans le renforcement de la solidarité et la coopération avec les autres pays en développement ; ce qui montre pleinement que les relations sino-africaines se donnent l’exemple de la coopération solidaire entre la Chine et les autres pays en développement et de la coopération Sud-Sud. Les relations Chine-Afrique prennent la tête du processus de la mise en place d’un nouveau type de relations internationales et de la construction d’une communauté de destin pour l’humanité et y joueront un rôle pilote et exemplaire important.

Actuellement, la coopération sino-africaine est entrée dans une nouvelle phase d’optimisation et fait face à des opportunités historiques de bénéfices mutuelles. La Chine restera sincère, intensifiera les échanges de haut niveau, renforcera les échanges sur les expériences d’administration et de gouvernance ainsi que les dialogues à tous les échelons, de sorte à approfondir sans cesse l’amitié traditionnelle entre la Chine et l’Afrique et le partenariat de coopération stratégique global sino-africain. Elle mettra en valeur le potentiel de la coopération mutuellement avantageuse, encouragera les entreprises et institutions financières chinoises à élargir la coopération sur les investissements et financements et à partager leurs expériences avec les pays africains afin de valoriser les atouts respectifs, réaliser le développement commun et lier plus étroitement le destin de la Chine et de l’Afrique. La Chine continuera à se prononcer en faveur des frères africains sur la scène internationale, les accompagner dans leur recherche indépendante d’une voie de développement adaptée aux réalités nationales, soutenir leurs aspirations au développement et défendre les intérêts communs des pays en développement.

Ensemble, la Chine et l’Afrique comptent plus de 2,6 milliards d’habitants. Renforcer la coopération d’amitié entre la Chine et l’Afrique favorisera à faire évoluer le système mondial de gouvernance dans un sens plus juste et plus équitable.

Par S.E.M. ZHANG Xun
Ambassadeur de Chine
au Sénégal

Mon cher Kounta,

Reçois mes sincères salutations, fils de Omoro et de Binta Kebba, de Kamby Bolongo. Aujourd’hui, je pense à toi, Kounta. Précisément aujourd’hui, en cette année 2017 où nous aurions célébré le 250ème anniversaire de ce sombre jour de ton embarquement forcé en 1767.

Alors que je parcours l’actualité de ces derniers temps, toutes mes pensées se tournent vers toi.
Depuis plusieurs jours, l’agitation et la frustration ont envahi les cœurs de tes enfants.

Des manifestations sont organisées partout sur le continent et en Occident pour dénoncer ; des vidéos de témoignages horripilants sont diffusées sur les réseaux sociaux ; les médias relaient l’information en continu et en grande pompe, déroulant, avec beaucoup de sollicitude, le tapis rouge à tous les activistes et militants de la cause noire. Ton peuple, enragé, blessé, chante et danse sa colère sur fond de tambours, pour donner de la voix à sa frustration, en scandant rageusement d’impératifs slogans.

L’information en question nous a été relayée par CNN, une chaîne de télévision américaine, et nous a ouvert les yeux sur les horreurs que vivent tes enfants dans les profondeurs d’un pays de non-droit, à culture arabo-berbère, appelé la Libye. Là-bas, de jeunes hommes à la peau d’ébène et dans la force de l’âge sont emprisonnés, corvéables à même pas merci, piétinés comme des serpillères, utilisés comme des bêtes de somme dans les champs, souvent affamés et assoiffés avec à peine un quignon de pain et un pot d’eau par jour ; torturés et leurs parties génitales électrocutées par leurs frères noirs agissant sous les ordres des miliciens berbères ; de jeunes femmes de la même origine sont réduites à l’esclavage sexuel, violées et humiliées, sous le regard concupiscent de ces mêmes Berbères excités par la fraîcheur d’un libertinage autrefois banni ; les petits enfants, quant à eux, trop jeunes pour avoir de la valeur ou être productifs, sont sommairement exécutés. Tous sont vendus, rachetés, puis revendus, passant des centres de détention aux prisons privées, de maître en maître, d’une main à une autre, comme de la friperie.
Tristes nouvelles que celles que je t’apporte là, mon cher Kounta. Que de douloureux souvenirs et que d’amertume cela doit réveiller en toi ! Mais laisse-moi te revigorer avec une bonne nouvelle : la donne économique a bien évolué depuis ton départ. Ces jeunes, tes enfants, n’ont pas été vendus à 155 $, comme ce fut ton cas à ton arrivée à Spotsylvania County, en Virginie. En Libye, là-bas, il paraît qu’ils valent beaucoup plus. Ils valent 400 $ !

Oui, Kounta, je t’entends penser : deux siècles et demi plus tard, voilà que l’Histoire se répète, elle bégaie. Elle a pris le temps de bien se recycler.
Mais tiens-toi bien Kounta, j’ai une autre bonne nouvelle. Cette fois-ci, l’Histoire est différente. Ce qui a changé, c’est que tes enfants ne sont plus kidnappés. Ils partent d’eux-mêmes, faute de mieux, pour emprunter le « passage libyen » et aller du côté de là où leurs rêves prennent vie. Dépités par les promesses non tenues de leurs chefs de village, ils traversent toutes les frontières de l’enfer du diable pour fuir leurs contrées, devenues des prisons à ciel ouvert, où la misère quotidienne remplace les chaînes. Ils prennent ainsi route, portant en bandoulière trois bagages : le Tout-Puissant-Miséricordieux, leurs rêves et l’espoir de recouvrer une vie digne et décente.

Ce qui a changé aussi, c’est que désormais, les chefs de village prêtent serment et font allégeance de protéger, servir et défendre leurs peuples de tout contrevenant.
Ce qui a changé, c’est que tes enfants connaissent enfin les vrais coupables de leurs malheurs. Ils disent que c’est la faute à la Libye, ils crient que c’est la faute aux Blancs, ils hurlent que c’est la faute aux Arabes. Ils accusent l’humanité toute entière.

Ils disent beaucoup de choses mais ne font pas assez de bruit.
Et moi, je suis assise là, je pense à toi et je regrette que tu ne sois plus là pour leur dire combien « l’Histoire se répète parce que les foules sont dures d’oreilles ». Alors, je me mets à imaginer ce que tu aurais fait si tu avais été là.

Je t’imagine leur racontant ce jour où, sur les terres de Djouffouré, alors que tu cherchais du bois pour fabriquer un tambour, tu as été ligoté, bâillonné, emprisonné, marqué au fer et embarqué pour l’Amérique. Leur racontant comment tes cousins, tes frères de jeux et d’initiation t’ont capturé et torturé avant de te livrer aux Blancs. Comment les chefs de vos villages ont sacrifié ta jeunesse, ta vigueur, ta liberté, ta vie et celles de tes colistiers, pour du tabac et de l’eau-de-vie. Je t’imagine les mettant en garde contre tous les intrigants complices qui ont participé à t’arracher à ta liberté d’exister en tant qu’être humain. Autour d’un bon thé fumant, tu aurais ri de tes belles dents blanches en les entendant accuser les autres, les faux coupables. Tu leur aurais posément expliqué que même le diable ne saurait acheter une âme si elle n’est pas à vendre. Et que ce même diable n’aurait jamais réussi à te priver d’une vie paisible sur les rives de ta Gambie natale si le chef de ton village avait été un vrai dirigeant, visionnaire intransigeant sur le bien-être, les intérêts et la sécurité de ses administrés ; s’il n’avait pas failli à sa mission régalienne de te protéger, te nourrir, te soigner et t’éduquer.

Tu serais alors, mon cher Kounta, résonnant comme un militant de première ligne, à l’instar des grands prêcheurs célèbres, leur insufflant le courage, la hargne et l’endurance qui t’avaient fait refuser le nom de Toby.

À tes enfants, horrifiés et outrés, criant et pleurant sans répit devant les ambassades libyennes, tu aurais intimé l’ordre de faire de la dignité leur cri de ralliement. La dignité, oui ! Parce que c'est une notion profondément riche qui contient quelque chose d'émancipateur et qui offre la promesse d'un nouvel avenir.

À tous ceux qui prennent des positions sans âme dans leurs fades communiqués et leurs plates déclarations, tu aurais donné une belle leçon de droit humain au cours de leur prochaine ultra conférence hyper internationale. Tu leur aurais enseigné que le concept de dignité humaine intrinsèque, qui occupe une place centrale dans la Déclaration des droits universels de l’Homme, qu’ils ont tous signée, n’englobe pas seulement le droit fondamental à la vie mais aussi et surtout le droit à la qualité de vie, car « ventre qui a faim ne connaît pas la dignité ». Tu leur aurais donné une belle leçon de gouvernance en leur recommandant de se souvenir de la quintessence de leur serment fastueusement prêté dans des stades bondés. Tu leur aurais fortement recommandé de se consacrer davantage à rendre à leur jeunesse, précieux graal de toute nation, le pouvoir d’exister de manière inconditionnelle et sans entraves.

Enfin, tu aurais saisi ce moment de plénière pour leur exiger de mettre incessamment fin au système traditionnel ininterrompu de commerce d’êtres humains, qu’ils soient monnayés en ougiya, dinar, naïra, livre, shilling, birr, rand et tout autre franc des quatre points cardinaux.

En plénière toujours, tu aurais souri au moment de rappeler aux faux coupables (qui n’en sont pas moins !) combien, en 1939, ils avaient été plus complaisants à aménager le « passage libyen » pour la vaillante chair à canon, combattants venus d’Afrique et s’en allant affronter gaillardement l’occupant allemand pour libérer les leurs de l’autre côté de la Méditerranée.

Mon cher Kounta, maintenant que j’y pense, je me dis que ta présence aurait changé tellement de choses pour ceux qui t’ont oublié, car « un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ».

Aujourd’hui, au milieu de tout ce tumulte, je me souviens de toi et je regrette que tu ne sois pas là pour que nous, ton peuple, puissions, à l’instar des fils de Moïse, dire à la face du monde un retentissant « Plus jamais ça ! » Que tu ne sois pas là, mon cher Kounta, pour nous rappeler que la dignité humaine est la même pour tous, gouvernés aussi bien que gouvernants, et que, par conséquent, elle ne saurait souffrir d’aucune mesure. Pour nous rappeler à quel point cette dignité doit prévaloir, aujourd’hui plus que jamais. Aujourd’hui, 250 ans plus tard.

Par Awa Ngom DIOP
Militante des droits humains
Activiste pour le droit à l’éducation
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Les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs de Thiès célèbrent leur cinquantenaire. Cette fête doit être une occasion pour  rappeler et magnifier l’œuvre d’un pionnier et grand maitre : Papa Ibra Tall. Il fut le premier directeur général de cet établissement qui figure parmi les espaces les plus emblématiques de la Cité du rail. Dans les années 60 et 70, têtes couronnées et chefs d’Etat ont été ravis de visiter les Manufactures avec comme éminent guide, Léopold Sédar Senghor, le poète-président. Celui-ci en avait eu l’initiative ; il en confia la réalisation à Papa Ibra Tall, un artiste complet, à la fois peintre éducateur, critique d’art et administrateur. Cet homme  au talent immense a forgé, avec Iba Ndiaye, Bocar Diongue, Ibou Diouf, entre autres, la renommée de l’Ecole de Dakar. Les tapisseries des Msad ont été exposées dans plusieurs pays ; certaines ornent  des halls, notamment à  l’Onu et à l’Unesco. Ainsi, elles ont contribué au rayonnement du Sénégal, l’ont fait connaître et aimer davantage.

L’on se rappelle la remarque d’un sénateur américain dans une commission devant voter des crédits : « Je ne connais pas le Sénégal sinon par quelques unes de ses tapisseries récemment exposées à Washington. Elles m’ont procuré un véritable enchantement. Ce pays qui fait tant pour les arts mérite notre soutien ». Son plaidoyer emporta l’adhésion de ses pairs.

Ah ! quelles étaient belles ces saisons des airs avec leurs riches moissons d’œuvres honorées par les hautes cimaises du monde !
Sous la supervision du président Senghor, Papa Ibra Tall prenait une part active aux travaux du comité chargé de sélectionner et d’acheter, chaque année, les œuvres pour le compte du patrimoine privé artistique de l’Etat. En plus, il veillait à l’application de la loi du 1 % relative à l’embellissement des édifices du secteur public ou parapublic. Elle fait la part belle à la décoration en lui affectant 1 % du budget de la construction. Si cette loi n’était  devenue  lettre morte, elle  serait  une  niche d’emplois  et une manne financière pour nos artistes. Imaginons, par exemple, ce qu’auraient pu leur rapporter les nouvelles infrastructures comme l’Aibd, le Cicad, la Maison de la presse, le nouveau siège de la Sonatel, les nouveaux hôtels de ville, l’Université Assane Seck, etc. !

Papa Ibra Tall était un créateur et un intellectuel qui, à côté du président Senghor, s’employait  à promouvoir une esthétique négro-africaine nouvelle et enracinée. C’est le sens de la communication qu’il présenta sur ce thème  au colloque sur la Négritude, organisé,  en 1976, par des hommes de culture, en guise de cadeau d’anniversaire au président Senghor. Celui qui se disait, à 70 ans, parvenu à « l’octobre de son âge », invita alors la jeune génération à renouveler l’art africain sans l’éloigner de ses sources.

L’artiste est mort, mais il demeure présent dans notre vie par ses fresques murales et ses nombreuses tapisseries  et peintures. Comme tout  créateur, il survit à travers ses créations. André Malraux écrit : «  L’art est anti-destin » .

Pour sa part, l’Etat pourrait perpétuer sa mémoire par une initiative inédite. Le nom d’une rue ou d’un établissement d’éducation artistique pourrait lui être dédié. Un acte fort et un message aux créateurs des œuvres de beauté.

Par Moustapha KA
Ancien ministre de la Culture

 


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