Idées et Réflexions (1022)

Alors que la Turquie célèbre la Journée annuelle de l'Afrique, je voudrais en profiter pour souligner les réussites de l'Afrique et me réjouir de notre partenariat qui se développe chaque jour encore plus. L'essor de l'Afrique rend tous les Turcs fiers et nous motive à nous engager dans des liens plus étroits et à la coopération. Les institutions politiques autour de l'Afrique évoluent tandis que nous assistons à l'émergence d'une classe moyenne forte dans de nombreux pays africains. Le continent a l'ambition de progresser dans tous les objectifs de développement durable.

Les aspirations de l'Afrique comprennent non seulement l'élimination de la pauvreté absolue mais aussi la réduction des inégalités, en offrant une multitude d'opportunités dans le domaine de l’éducation pour tous et le renforcement de la bonne gouvernance en tant que norme. L'Afrique fonctionne de plus en plus comme une unité cohésive. L'Accord sur la zone de libre-échange continentale a été une étape cruciale qui façonnera l'avenir de l'Afrique.

Nous avons toutes les raisons d’être un partenaire fier des nations africaines. L'engagement de la Turquie est basé sur l'établissement de relations durables. Notre objectif principal est d'établir une coopération profondément enracinée avec nos homologues africains d'une manière durable et mutuellement productive. J'ai été encouragé d'entendre, dans de si nombreuses instances, que la bonne volonté de la Turquie et sa sensibilisation acharnée reçoivent un écho favorable auprès de nos partenaires africains. L'Afrique considère la Turquie comme un partenaire vigoureux pour les progrès du continent vers un développement global et durable et son influence qui en découle dans les affaires mondiales.

Notre intérêt envers l'Afrique se concrétise par des contacts politiques intensifiés au plus haut niveau. Le président Erdoğan a effectué des visites officielles dans vingt-six pays africains depuis son mandat en tant que Premier ministre. Ces visites ont ouvert de nouveaux lieux de coopération. La multitude d'accords signés montre que la Turquie s'est engagée à ouvrir de nouveaux domaines de collaboration avec les pays africains.

La sensibilisation de la Turquie à l'égard de l'Afrique est fondée sur des bases visibles, tangibles et mutuellement avantageuses. La Turquie est, aujourd’hui, représentée sur le continent avec un réseau de 41 ambassades, y compris également celles ouvertes récemment en Sierra Leone et en Guinée équatoriale. Nous augmenterons ce nombre à cinquante à moyen terme, avec l'objectif ultime d'être représenté dans tous les pays africains.

2018 marque le 10ème anniversaire de notre partenariat stratégique avec l'Union africaine. Récemment, j'ai eu le plaisir d'accueillir de hauts fonctionnaires de l'Ua et les ministres africains des Affaires étrangères à Istanbul, dans le cadre d'une conférence ministérielle qui a examiné notre coopération institutionnelle. Nous avons établi de nouvelles cibles pour une relation plus productive. Comme première étape, nous organiserons le deuxième Forum d’affaires Turquie-Afrique en octobre à Istanbul. L'année prochaine, nous organiserons également le troisième Sommet Turquie-Afrique. Nous octroyons une grande importance à cette rencontre et travaillons avec acharnement pour garantir son succès.

Le commerce avec le continent africain dépasse, aujourd’hui, les vingt milliards de dollars. Comparé à celui de 2003, ce chiffre représente presque une multiplication par cinq. En outre, il sert également à montrer que l'Afrique et la Turquie bénéficient d'une relation commerciale équitable. Nous reconnaissons le rôle éminent joué par les Communautés économiques régionales (Cer) dans l'avenir de l'Afrique. A cet égard, au mois de février dernier, nous avons organisé le premier Forum économique et d’affaires Turquie-Cedeao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest), en vue d'approfondir le partenariat économique entre la Turquie et les membres de la Cedeao.

Je suis particulièrement fier de mettre l’accent sur le fait que notre compagnie aérienne nationale, « Turkish Airlines » (Thy), continue d'accroître sa présence sur le continent en ajoutant de nouvelles destinations de vols à son réseau mondial. Thy dessert actuellement 52 destinations à travers 34 pays d'Afrique. La destination de Freetown, en Sierra Leone, a été le dernier rajout au réseau de Thy. Les vols vers les Comores débuteront en juin. Notre transporteur national aide les Africains à se rendre non seulement en Turquie mais aussi à rejoindre le reste du globe.

La Turquie contribue activement à la paix et la sécurité sur le continent. En outre, nous soutenons les efforts déployés pour lutter contre le terrorisme au Sahel. Lors de la récente conférence de Bruxelles, la Turquie a promis cinq millions de dollars américains afin de soutenir les forces de sécurité régionale du G5 Sahel.

Les partenariats humanitaires et de développement ont servi comme des éléments forts de l’élargissement de la Turquie à l'ensemble du continent. En Turquie, un grand nombre de ministères, agences et Ong assument leurs rôles dans cet effort collectif. Notre référence en matière de succès est de répondre, dès que possible, aux besoins locaux. De 2004 à 2016, l'Agence turque de coopération et de coordination (Tika) a dépensé 1,43 milliard de dollars pour soutenir les efforts de développement durable sur le continent.

Je tiens à souligner, à nouveau, que nous apprécions beaucoup que de nombreux pays africains aient immédiatement passés à l’action contre les diverses organisations affiliées à l'organisation terroriste Guléniste (Feto), qui a effectué une tentative de coup d'Etat sanglant en Turquie.

Etant une agence gouvernementale, la Fondation Maarif a commencé à gérer des écoles en Afrique. Notre objectif est de fournir un grand soutien aux efforts des gouvernements africains en vue d'accorder une éducation abordable et de haute qualité à l'ensemble du continent. Je suis convaincu que les étudiants bénéficiant d’une éducation dans les écoles de Maarif seront éminemment préparés à faire face aux défis du futur. Une autre étape prometteuse de notre coopération est d'offrir des possibilités d'enseignement supérieur à des étudiants africains qualifiés en Turquie en leur accordant des bourses d'études. Chaque année, plus de mille étudiants africains se rendent en Turquie avec l'intention de recevoir leur éducation supérieure par le biais des programmes de bourses d'études accordés par le gouvernement turc. Leur présence est la bienvenue et nous continuerons à être un centre d'excellence pour les étudiants africains.

Notre approche envers l'Afrique repose sur un partenariat stratégique, transparent et de longue durée. Nous sommes convaincus que ce partenariat fournira un avenir prometteur à la Turquie et à nos partenaires en Afrique.

Tout en célébrant, avec une grande joie, la Journée de l'Afrique, je souhaite souligner l'engagement de la Turquie envers notre partenariat avec le continent, basé sur les principes d'égalité, de partenariat, de solidarité, de durabilité et de respect mutuel.

Par Son Excellence Monsieur Mevlüt ÇAVUŞOĞLU
Ministre des Affaires étrangères
de la République de Turquie

Ces derniers jours, M. Idrissa Seck, président d’un parti politique et candidat à la magistrature suprême, s’est illustré par des propos on ne peut plus graves sur le pèlerinage musulman. Je me suis mis à l’écouter, à le réécouter. Et pour ne pas tomber dans les travers d’une interprétation subjective de ses propos, je les ai transcrits tels que je les ai entendus, de sa propre bouche.

« Dieu, dans le Coran, ne parle pas de Makka hein, il parle de Bakka. Et Bakka renvoie étymologiquement aux pleurs. Alors, pourquoi on penserait que le lieu de pèlerinage serait ici (à la Mecque) et non Jérusalem ? » Dixit Idrissa Seck. Evidemment, ces déclarations de M. Seck surprennent et blessent. Elles blessent parce que remettant en cause l’authenticité d’une pratique religieuse historique, à fort coefficient social chez nous, fondée sur les sources scripturaires de l’Islam : Coran et Sunna.

Rappelons que la Tarîqa Tidiane s’est propagée au Sénégal grâce à Cheikh al-Hadj Oumar al-Fûtî. Ce dernier a rencontré le khalife Muhamed al-Ghâli lors de son pèlerinage à la Mecque. Son célèbre «Wallâhu ya’çimunî min kulli muhlikatin » a été composé sur la voie de son périple pour accomplir cette obligation canonique. Son khalife, Cheikh al-Hadj Malik, s’est, lui aussi, rendu à ces lieux sacrés et nous a légués les émotions de ses adieux à la Kaaba, au moment de son retour à la mère patrie.


C’est lors de son pèlerinage à la Mecque, en 1937, que l’illustre Baye Niass, Cheikh al-islam, a rencontré Abdullah Bayoro, Emir de Kano. Ce dernier, séduit par le rayonnement de Cheikh Ibrahim, lui confia sa guidance et l’invita chez lui, dans son Emirat. L’on connaît la suite de la Fayda Tijâniyya. Serigne Fallou Mbacké, khalife de Cheikh Ahmadou Bamba, s’est, lui, évertué, en guise de fidélité au vœu de son illustre père, à entreprendre le périple vers les lieux saints pour lui dédier son hajj. Car le serviteur du Messager, al-Khadîm, n’avait pas eu l’opportunité de le faire, malgré son ardent désir.

Tout ceci, si l’on suit les propos d’Idrissa Seck, ne serait que vanité puisque le lieu du pèlerinage ne serait pas La Mecque, mais pourrait bien être Jérusalem.

Tout en lui laissant l’entière responsabilité de ses propos blessants, à la limite de l’apostasie, je ne saurais passer sous silence ses incongruités à la fois sémantiques et historiques et sa méconnaissance de l’exégèse coranique. Sur un autre plan, en ma qualité de Délégué général au pèlerinage aux lieux saints de l’Islam, je me sens concerné, au nom de toute la communauté du hajj de notre chère patrie.

Nous allons d’abord apporter des précisions sur les deux vocables « Bakka » et « Makka » qui, aux dires de M. Seck, sont deux lieux différents, avant de relever l’erreur quant à l’étymologie. Je terminerai par démontrer, à partir du Coran, qu’il ne s’agit pas de penser que le lieu du pèlerinage c’est La Mecque. Non, ce n’est pas une opinion, c’est un fait historique attesté par le Coran et la pratique du Messager d’Allah. Le lieu du pèlerinage, c’est bel et bien là-bas, Makka, et nulle part ailleurs.

1- A propos de Bakka et Makka
« La première Maison qui ait été édifiée pour les gens, c’est bien celle de Bakka, bénie et une bonne direction pour l’univers ». Ali ‘Imrân, 96. Tous les exégètes s’accordent sur le fait que Bakka, c’est bien Makka. Et là, il ne s’agit pas d’interprétation, c’est le même texte coranique qui cite Bakka, qui donne les indications. Au verset 97 de la même sourate : « Là sont des signes évidents, parmi lesquels l’endroit où Abraham s’est tenu debout ». Il est clair, dans ce passage coranique, que là, c’est-à-dire Bakka, c’est bien La Mecque. Car le signe évoqué, Maqâmu Ibrâhim, l’endroit où Abraham s’est tenu debout, n’existe qu’à La Mecque.

Par ailleurs, cette Maison (bayt) dont parle le verset 96 est précisée dans d’autres versets qui montrent, sans équivoque, qu’il s’git de la Kaaba et rien que la Kaaba. Or, l’on ne peut situer la Kaaba qu’à la Mecque. Au verset 126 de la sourate La Vache, on lit : « {Et rappelle-toi}, quand nous fîmes de la Maison (al-Bayt) un lieu de visite et un asile pour les gens- adoptez donc pour lieu de prière, ce lieu où Abraham se tint debout (Maqâm Ibrâhîm)- Et Nous confiâmes à Abraham et à Ismaël ceci : «Purifiez Ma Maison (baytiya) pour ceux qui tournent autour, y font retraite pieuse, s’y inclinent et s’y prosternent».

Encore une fois, le Coran donne des indications très claires en parlant de Maqâm Ibrâhîm sur le site de la Maison (Kaaba) et décrit le rite de la circumambulation (Tawâf). Or, ce rite de Tawâf n’est pas exercé sur le mur des lamentations, mais bien à la Kaaba, à Bakka, devenue Makka.

Nous aurions pu encore continuer à citer les versets qui parlent de la Kaaba, la Maison, le premier temple dédié à Allah et situé à Bakka/Makka. Le Coran l’évoque dans 11 passages distribués dans 6 sourates. Mais, ceci suffit à mon avis pour qui veut être édifié.

2- L’erreur étymologique
Contrairement à ce qui est dit, « Bakka » ne renvoie pas aux pleurs sur le plan étymologique. Il y a une confusion faite entre « Bakâ » (pleurer) et « Bakka » qui est « un site ». Les exégètes comme al-Qurtubî disent que Bakka désigne le site même où est bâti le Temple alors que Makka désigne la ville toute entière. C’est la thèse défendue par Mâlik ibn Anas, le célèbre maître de Médine, qui est la référence dans une grande partie du monde islamique. Pour les linguistes, il s’agit d’une substitution entre deux phonèmes labiaux : B et M. Ce qui fait que « Bakka » est devenu Makka.

Pour ce qui est de l’étymologie, plusieurs thèses sont exposées. Aucune ne fait référence au verbe pleurer ni à aucune de ses dérivations. Certains font dériver Bakka de « al-Bakk » qui signifie « la foule, le surpeuplement ». Ils font dériver l’appellation Bakka de ce radical du fait de la bousculade de la foule au moment du Tawâf. D’autres prennent le sens de déchirer ou de casser, dominer, car toute personne qui y est auteur de turpitude ou de crime est punie.

Il y a d’autres significations qui sont exposées çà et là, mais aucune ne fait référence à Bakâ, pleurer.

3- Le pèlerinage, c’est bien La Mecque
Si le pèlerinage dont parle M. Seck est bien al-Hajj, cinquième pilier de l’Islam, alors, c’est bien à La Mecque et non à Jérusalem. Il est un ensemble de rites évoqués par le Coran à travers diverses sourates et versets. Que cela soit le Tawâf, le va-et-vient entre Çafâ et Marwa, la station de ‘Arafât, la lapidation (Jamra), tout cela, cité dans le Coran, se situe à La Mecque et non à Jérusalem.

Le même verset qui énonce le mot « Bakka » est suivi immédiatement d’indicateurs suffisamment clairs pour qui veut se rendre à l’évidence. Non seulement Maqâm Ibrâhîm est évoqué, mais ce passage mentionne aussi le pèlerinage nommément : « Et c’est un devoir envers Allah, pour les gens qui ont les moyens, d’aller faire le pèlerinage dans la Maison/Wa lillâhi ‘ala-n-Nâsi hijjul bayt man istatâ’a ilayhi sabîlan ».

Le pèlerinage est un ensemble de rites qui se font dans la même cité : Makka. Or, ces rites sont tous cités par le Coran qui les situe dans cette même ville sans équivoque aucune. La circumambulation, le Tawâf, est déjà citée supra avec le verset 126 de la sourate « La Vache », Maqâm Ibrâhîm aussi.

Quant à as-Çafâ et al-Marwa, qui sont aussi dans le périmètre du site de la Kaaba, le Coran en parle ici, au verset 158 de la Sourate « La Vache » : « As-Safa et Al-Marwah sont vraiment parmi les lieux sacrés d'Allah. Donc, quiconque fait pèlerinage à la Maison ou fait l'Umra, ne commet pas de péché en faisant le va-et-vient entre ces deux monts. Et quiconque fait de son propre gré une bonne œuvre, alors Allah est Reconnaissant, Omniscient ». Ici, le Coran dit clairement que le va-et-vient entre Çafâ et Marwa est un rite du pèlerinage et de la ‘Umrah.

Ce pèlerinage est un appel fait aux croyants pour qu’ils viennent à la Maison (Kaaba) faire le Tawâf et accomplir les rites cités par le Livre. Dans la sourate al-Hajj, du verset 26 au verset 33, tous les passages figurent le pèlerinage à La Mecque auprès de l’antique maison, al-Bayt al-‘Atîq. Enfin, toujours dans la sourate « La Vache », verset 200, Allah cite ‘Arafât et le Mash’ar al-Harâm (Muzdalifa) : « Puis, quand vous déferlez depuis ‘Arafât, invoquez Allah, à al-Mash’ar al-Harâm (Muzdalifa)... ».

Par ailleurs, le pèlerinage n’est pas né de l’imagination des musulmans. Nous ne nous imaginons pas que ce doit être à Makka au lieu de Jérusalem. Nous savons que c’est là-bas et nulle part ailleurs.

Pour conclure. Être musulman haqqan, c’est croire au Livre, à Tout le Livre, pour ne pas être dans le lot de ceux dont parle le Coran en ces termes : «Croyez-vous donc en une partie du Livre et rejetez-vous le reste ? Ceux d’entre vous qui agissent de la sorte ne méritent que l’ignominie dans cette vie…» « La Vache », verset 85. Être musulman haqqan, c’est croire à ce que le Messager d’Allah, et non le bédouin, a enseigné en paroles, en actes et en approbation. Le Coran nous dit : « Ô vous qui croyez, obéissez à Allah et à son messager, et ne vous détournez pas de lui quand vous l’entendez (parler). Et ne soyez pas comme ceux qui disent « Nous avons entendu, alors qu’ils n’entendent pas », (Le Butin, versets 20-21). Ailleurs, il conditionne l’amour d’Allah à l’obéissance au messager d’Allah. Verset 31 et 32 sourate Ali ‘Imran. C’est lui-même, le Messager d’Allah, qui a effectué le pèlerinage d’adieu et qui a dit à toute la Ummah de pratiquer le rite comme il l’a lui-même fait : « Khuzû ‘annî manâsikakum ». Par conséquent, dire que le lieu du pèlerinage ne serait pas le site sur lequel l’a accompli le Messager d’Allah, où il a défini le modèle, relève du révisionnisme, pour ne pas dire autre chose.

Par Abdoul Azize KEBE
Dr d’Etat, spécialité Civilisations musulmanes
Délégué général au pèlerinage aux lieux saints de l’Islam

Lors de la cérémonie d’ouverture de la 3ème assemblée générale des Autorités anticorruption d’Afrique, le président de la République a «invité la société civile, l’opposition et les forces vives à une large concertation au Sénégal pour la révision des contrats pétroliers et gaziers… pour trouver les moyens de gérer ces ressources dans l’intérêt exclusif des populations sénégalaises». Comme nombre de nos concitoyens, j’ai été surpris par le «timing» de cette annonce, qui intervient en pleine période de pré-campagne électorale et au moment où le débat sur cette épineuse question prenait une tournure de plus en plus tendue.

Après maintes interrogations et réflexions, j’en suis arrivé à la conclusion qu’il fallait répondre favorablement à cet appel, et ceci pour la raison suivante : L’enjeu inhérent à ces nouvelles ressources va bien au-delà de la personne du président en exercice et du gouvernement, puisque l’horizon prévisionnel de leur exploitation est fixé à 25 années à partir d’aujourd’hui. Dès lors, il paraît nécessaire de «dépolitiser» le débat et de le poser en termes prospectifs qui dépassent le calendrier électoral immédiat. A cet égard, la question centrale qui se pose est celle-ci : comment éviter à notre pays la malédiction de ces nouvelles ressources, comme de nombreux Etats, notamment en Afrique, en ont fait l’amère expérience ?

On a pu observer que, suite à ces découvertes, l’euphorie et l’emballement pouvaient avoir des effets négatifs sur les économies et les sociétés des pays concernés. Parmi les risques liés à ces matières premières stratégiques, on peut citer les suivants : une spécialisation et une dépendance excessives au détriment d’autres secteurs tels que l’agriculture ou la pêche ; des prévisions idylliques sur la stabilité des prix au risque d’oublier la volatilité propre à ces marchés (à titre d’exemple, depuis le début des années 1970, aucun des grands retournements du marché n’avait été prévu par la majorité des analystes) ; ou encore une fixation uniquement sur les prix de sortie de ces matières premières en oubliant les coûts élevés d’extraction et le degré de sophistication technique requis, souvent hors de portée de nos pays, ce qui conduit à des contrats léonins avec de puissantes compagnies multinationales spécialisées. A ces risques de court terme, il convient d’ajouter les effets déstabilisateurs potentiels de la concurrence entre exportateurs et les nouvelles formes d’énergie à apparaître dans le contexte des réponses face au changement climatique.

Cette somme de contraintes et de facteurs contradictoires à court et long termes confirme la fragilité du système pétrolier et gazier et rappelle sa forte dimension géopolitique. Ainsi, depuis la crise des années 1970, les relations pétrolières ou gazières internationales constituent une donnée incontournable de la géopolitique, les gouvernements n’exerçant plus une gestion souveraine des prix de ces matières premières.

En outre, tout gouvernement est appelé à faire face à l’attente populaire le plus souvent démesurée compte tenu de la frontière entre réalité et perception. Il importe d’inscrire cette attente dans les trajectoires de croissance du pays, afin de ne pas faire miroiter du «cash money» pour tous et à court terme. Ce qui requiert, de la part de l’ensemble des acteurs, tout au long de la chaîne, un discours et une démarche articulés autour de trois axes : soutenir les efforts et investissements dans les secteurs hors pétrole et gaz ; ériger en sur-priorité l’investissement dans le capital humain (éducation, culture et santé notamment) et viser une croissance véritablement durable.

La Malaisie et la Norvège sont considérées, à cet égard, comme des pays-modèles qui ont su établir un lien de causalité puissant entre ressources et institutions politiques nationales, l’objectif étant que la gestion de ces ressources aient un impact positif sur le fonctionnement de l’économie et, au-delà, de la démocratie. La prise en compte équilibrée des enjeux de rentabilité, d’environnement et d’équité sociale s’avère en ce sens être un facteur incontournable.

Cette gouvernance réussie repose sur une implication stratégique des trois acteurs majeurs, à savoir les citoyens propriétaires de la ressource, le gouvernement, acteur principal et gestionnaire de celle-ci, et la compagnie nationale ou étrangère productrice du pétrole et/ou du gaz. Au final, on a abouti, en ce qui concerne les deux pays susmentionnés, à un cercle vertueux à trois comprenant des mécanismes de contrôle de la ressource afin d’anticiper tout risque de surexploitation et d’épuisement ; des contre-pouvoirs effectifs pour contenir toute dérive notamment clientéliste ; et un exercice réel du droit de regard du public et de redevabilité des décideurs politiques.

Enfin, une ultime considération : la dimension sécuritaire résultant de la découverte de ces nouvelles ressources pour le Sénégal. Certes, le pétrole et le gaz sont nôtres, mais leur bassin frôle les frontières maritimes de pays voisins et amis. Or, les Etats n’ayant que des intérêts, il ne faut pas exclure des risques de tension autour de l’exploitation de notre pétrole et de notre gaz.

De surcroît, les « pétrodollars » servant depuis plusieurs années au financement des mouvements armés de toute obédience, il incombe à notre gouvernement de tenir compte de cette dimension sécuritaire de la plus haute importance. «C’est une question de sécurité nationale, voire supranationale !», comme me le faisait remarquer récemment et avec justesse le jeune dirigeant d’une société pétrolière sénégalaise. La gestion du pétrole et du gaz soulève donc des enjeux de souveraineté, de sécurité énergétique, de sécurité tout court et de développement économique. Enjeux d’une importance telle qu’ils méritent que nous nous penchions sur la question pour en anticiper les implications immédiates ou à venir.

L’appel à une large concertation, lancé par le chef de l’Etat en des termes et des circonstances aussi solennels, laisse entrevoir une réelle possibilité de mise à plat de l’ensemble du dossier et, à ce titre, mérite également la considération de tous, en particulier de la classe politique et des acteurs économiques. Répondre favorablement à cet appel, c’est engager une «politisation» positive du débat qui viserait à aboutir à une géostratégie sénégalaise de l’énergie, axe autour duquel s’ordonneraient des actions spécifiques de politique économique, industrielle, environnementale, étrangère et de sécurité. Voilà pourquoi j’ai choisi de faire le pari de la confiance et de répondre «oui !» à l’appel du chef de l’Etat.

Par Ousman Blondin Diop
Ancien Coordonnateur du Groupe d’études
et de recherches du Ps du Sénégal
Président de l’Alliance des forums pour une autre Afrique (Alfaa)

L’année 2018 est partie pour être très mouvementée en attendant l’élection présidentielle du 24 février 2019. C’est une avant-première houleuse et douloureuse marquée par des sorties maladroites d’une opposition désemparée. Certains prétendus candidats, incapables d’engranger 1 % de l’électorat sénégalais, réfutent, sans raison, la loi sur le parrainage. Ils continuent à s’agiter avec des méthodes et stratégies antirépublicaines dont l’objectif est de faire du tape-à-l’œil. Sans penser à l’image du Sénégal à l’étranger, ils instrumentalisent des militants « parisiens » pour saboter, en vain, une visite « d’intérêts communs ». Mais, on n’arrête pas la mer par les bras et ils ont lamentablement échoué dans leur tentative de sabotage.

La plupart de ces prétendus candidats en mal de reconnaissance ont opté pour le dénigrement, la calomnie et le déballage. Ils n’existent qu’à travers les radios et profitent de toutes les occasions pour intervenir dans les émissions interactives. Ils s’autoproclament « experts », altérant le débat démocratique et polluant l’espace public avec des expressions marrantes et sans intérêt. Certains nihilistes rejettent toutes les réalisations de l’Etat sans être en mesure de donner des solutions concrètes aux Sénégalais ou décliner un programme cohérent ou réalisable. Ces messieurs nous ont habitués à des déclarations du genre « rien ne va dans ce pays », « le pays va mal », « les Sénégalais sont fatigués »… Et ce, sans un moindre brin patriotique.

D’autres, plus pessimistes, tels des oiseaux de mauvaise augure, rêvent d’un Sénégal chaotique. Ils veulent mettre le pays à feu et à sang, mais le Bon Dieu ne les suivra pas dans leurs souhaits maléfiques. Ces bruyants, pour ne pas dire brillants intellectuels, se prennent pour des messies capables de redresser le pays en un clic ou en quelques mots magiques. Les « grands connaisseurs » brandissent des pseudo-enquêtes ou rédigent même des livres pour attester de leurs connaissances en se départissent de toute logique ou démarche scientifique. Les perdants avant l’heure, nostalgiques du pouvoir, ne sont intéressés que par des privilèges. Ils font tout pour revenir aux affaires, car ils se nourrissent de la politique. Pour cela, ils tentent de nous faire oublier leur arrogance, leur insolence et leur gestion gabégique en critiquant les réalisations du président Macky Sall. De même, ils se « victimisent » pour atteindre le cœur des Sénégalais.

Pendant ce temps, le président Macky Sall travaille sans faire trop de bruit et réalise tous ses projets. Il ordonne, par exemple, la construction de forages, de pistes de production et de centres de santé pour les populations éloignées. Il dote les villes de minibus pour faciliter la mobilité urbaine et d’ambulances médicalisées. C’est pourquoi j’appelle ses collaborateurs à traduire en acte sa vision, à s’appuyer sur son bilan positif, à s’unir comme un seul homme autour de lui pour triompher au soir du 24 février 2019, en remportant l’élection au premier tour.

La course sera rude et dure, comme dirait l’autre, la fin justifie les moyens. C’est pourquoi certains prétendus candidats vont remuer ciel et terre. Avec des armes non conventionnelles, ils attaquent leurs adversaires pour convaincre les populations, principaux acteurs de ces élections, à faire un bon choix. Mais, il faut retenir que : « Lekett nene, nakhattou beuye » (en français : « une calebasse vide ne peut pas duper une chèvre »). Donc, l’intérêt du Sénégal doit primer sur toutes ces prétentions. S’il vous plait, chers compatriotes, un peu de patriotisme…

Par Souleymane NIANG
Ancien Daf de l’Ugb de St-Louis
Ancien Drhf de l’Université de Thiès

Les premières réserves de gaz naturel qui viennent d’être découvertes au large des côtes du Sénégal (plus de 700 milliards de mètres cubes) sont suffisamment importantes pour envisager, à moyen terme, de développer une véritable activité industrielle profitable à l’ensemble des populations sénégalaises. A cet égard, l’arrivée prochaine du gaz naturel va entraîner une révolution industrielle beaucoup plus importante que l’introduction de l’électricité au Sénégal, car ayant un impact direct à la fois sur les ressources naturelles, l’environnement, l’économie et le bien-être des populations. D’où l’urgence d’une large concertation, appelée par le président de la République, sur l’exploitation des ressources gazières et pétrolières, conformément à la Constitution du 5 avril 2016. L’Association sénégalaise pour le développement de l’énergie en Afrique (Asdea), cercle de réflexion stratégique sur les problèmes d’énergie en Afrique et qui regroupe des experts de haut niveau, vient de tenir, du 4 au 5 mai 2018, à Dakar, son 13ème Salon international de l’énergie et du pétrole en Afrique. Dans ses conclusions, elle souscrit à cette démarche du chef de l’Etat.

En effet, l’article 25-1 de notre Constitution dispose que : « Les ressources naturelles appartiennent au peuple. Elles sont utilisées pour l’amélioration de ses conditions de vie. L’exploitation et la gestion des ressources naturelles doivent se faire dans la transparence et de façon à générer une croissance économique, à promouvoir le bien-être de la population en général et à être écologiquement durables ».

Pour cela, toutes les mesures d’accompagnement doivent être prises sans délai et surtout mises en œuvre dans les trois ans qui séparent de la date d’exploitation effective des réserves de gaz naturel.

Comme gouverner, c’est prévoir, il y a lieu d’anticiper trois mesures :

- Elaborer un cadre institutionnel rénové du secteur à travers la révision en cours du Code pétrolier dont la dénomination pourrait devenir « Code des hydrocarbures » et qui sera soumis prochainement à l’Assemblée nationale. Ce nouveau code devra intégrer le modèle type de contrat de partage de production des ressources d’hydrocarbures et de fiscalité applicable à la fois au secteur pour, d’une part, éviter toute suspicion entre acteurs et, d’autre part, donner des gages incontestables de transparence et de bonne gouvernance des ressources et des revenus. Ce sera donc la loi qui définira les conditions contractuelles ainsi que le régime fiscal et non les acteurs en présence.

- Organiser un marché national de l’industrie du gaz naturel, pendant qu’il est encore temps, en toute sérénité et sans l’influence de groupes d’intérêt. Cela, conformément à ce qui se fait de mieux dans les économies des pays développés. L’objectif serait de favoriser la création de plusieurs entreprises et donc, de nombreux emplois durables liés au développement du secteur. Dans la foulée, l’outil industriel pourra être modernisé.

- Développer une offre multiple de formation des ressources humaines pour toutes les catégories de jeunes, qu’ils soient diplômés ou non, et de création de milliers d’emplois modernes.

Puisque les réserves de gaz naturel seraient sur le point d’être exploitées, précisément à partir de 2021, le Sénégal, en particulier le secteur privé, doit se positionner sans délai pour offrir toutes les opportunités aux opérateurs dans le but de capter les avantages du « contenu local » qui sera inscrit dans les contrats de partage de production. L’Etat, les institutions, les organisations patronales, le privé national, les hommes et les femmes d’entreprise doivent se tenir prêts à faire face aux besoins et aux défis d’un pays producteur de produits pétroliers pour accompagner les opérateurs et les investisseurs. Dans ce sens, la concertation prônée par le président de la République pourrait ajouter certains points essentiels à son ordre du jour, à savoir :

Mise en place et application d’un cadre juridique :

Le nouveau Code pétrolier devra être le fruit d’une large concertation entre tous les segments de la vie socio-économique, avant d’être présenté à la représentation nationale pour le vote d’une loi au cours de la présente législature. Ce sera un cadre législatif qui garantirait la transparence et la bonne gouvernance. Il définira les conditions claires, stables et durables de partenariat dans un modèle type de contrat de partage de production et de fiscalité entre l’Etat, les opérateurs et la compagnie nationale Pétrosen. Ce code devra aussi permettre d’appliquer une fiscalité souple et adaptée au secteur, de nature à mettre les investisseurs et les opérateurs à l’abri de toute incertitude.

Mesures de contrôle de l’exploitation et des revenus des ressources pétrolières et gazières :

Le Sénégal doit surveiller les mouvements des navires qui viennent s’approvisionner en pétrole et en gaz en mettant sur pied une flottille où des unités mixtes de la Marine nationale et de la Douane vont embarquer. Ces dernières seront chargées d’établir les statistiques relatives à l’identité de l’embarcation, au tonnage, à la date et aux heures d’entrée et de sorties, ainsi qu’au lieu où sont localisés ces mouvements. Le Sénégal doit contrôler en temps réel les volumes des enlèvements effectifs de pétrole et de gaz et les comparer aux déclarations des opérateurs.

Il doit également faire des rapprochements entre les prix annoncés par les opérateurs et ceux du marché international en temps réel et mettre sur pied une cellule de suivi des cotations en temps réel des prix des produits pétroliers sur les marchés internationaux. Il faut, en outre, que le Sénégal crée une cellule spécifique dédiée à la comptabilité et à la fiscalité des hydrocarbures pour traiter toutes les déclarations fiscales sur les opérations pétrolières et gazières.

Traçabilité des revenus tirés de la rente pétrolière et gazière :

Le Sénégal doit faire domicilier auprès d’un organisme distinct tous les revenus de la rente pétrolière et gazière afin d’en assurer la traçabilité. Cet organisme devra publier, tous les ans, les revenus et les dépenses mouvementés dans ses livres. Pour tenir compte de l’instabilité des prix des produits pétroliers et gaziers, un prix moyen sera calculé tous les trois mois à partir des données du marché international et les excédents feront l’objet d’épargne pour les générations futures ou serviront à compenser les chutes importantes des prix pour limiter leur impact sur les dépenses prévues dans le budget de l’Etat.

Programme de formation technique et professionnelle :

Le Sénégal doit, sans tarder, sélectionner des ingénieurs sénégalais membres ou non de l’Administration devant faire partie des équipes de l’opérateur chargées de la prospection et de l’interprétation des données sismiques, mais surtout les équipes embarquées dans les navires de l’opérateur à qui il revient de mettre en place, dans les fonds marins, les dispositifs d’extraction et de collecte du pétrole et du gaz offshore. Ce transfert de savoir-faire est vital pour l’avenir du secteur des hydrocarbures au Sénégal.

De même, il devra sélectionner des cadres et des gestionnaires sénégalais à envoyer au siège social des opérateurs pour une formation par compagnonnage. Tout ce programme de formation est à charge de l’opérateur qui se fera rembourser sur la part de l’Etat dans les revenus de début d’exploitation.

Le Sénégal devra aussi publier un catalogue des métiers du gaz, des formations y afférentes et des débouchés offerts afin d’accompagner les jeunes dans leur orientation professionnelle vers les opportunités d’emplois dans le secteur. A cet égard, le marché de l’emploi sera organisé à travers les antennes des Inspections régionales du travail modernisées avec des services en ligne capables d’accueillir en temps réel les demandes et les offres d’emplois.

Financement des infrastructures :

Le Sénégal doit faire financer ses infrastructures et la formation de ses cadres par les opérateurs sur les revenus partagés au moment de l’exploitation et que les opérateurs se feront rembourser sur la part revenant à l’Etat. Ce sera le même mode de financement qui sera utilisé pour équiper le pays de centrales à gaz pour la production d’électricité, la réalisation de réseaux de gazoducs et surpresseurs pour le stockage, le transport et la distribution des produits pétroliers destinés à alimenter les industries et les ménages en gaz et en produits pétroliers.
Création d’un marché national du gaz naturel :

Il s’agit, pour le Sénégal, de créer et de structurer un marché intérieur du gaz naturel ouvert et compétitif avec les composantes suivantes :

• Une production indépendante libre

• Une distribution assurée par un acheteur unique, gestionnaire du réseau de canalisations de gaz et contrôlé par l’Etat

• Des fournisseurs privés pour la commercialisation des produits aux usagers domestiques, professionnels et industriels.

• Comme l’eau et l’électricité, le gaz naturel serait distribué, à travers un réseau de canalisations enterrées, aux ménages, aux entreprises et aux collectivités pour la cuisson (65% de l’énergie finale consommée au Sénégal) et la climatisation.

En effet, 65% de l’énergie finale consommée au Sénégal provient du bois et du charbon de bois essentiellement utilisés dans la cuisson par les ménages, soit plus que toute l’énergie consommée pour produire l’électricité et la consommation des véhicules automobiles. Conséquence : une déforestation en constante progression, une avancée de la désertification et une augmentation des terres impropres à la culture. Le tout combiné avec les effets négatifs du changement climatique sur l’environnement, l’économie agricole et la biodiversité.

De plus, les importations de produits pétroliers pèsent lourdement sur la balance commerciale et constituent une source de préoccupation pour la stabilité des prix et tarifs appliqués dans les secteurs essentiels de l’économie moderne du Sénégal.

Enfin, le règlement du problème de l’emploi au Sénégal nécessite une modernisation vigoureuse et à grande échelle de l’activité économique soutenue par une véritable diversification et à grande échelle de la formation professionnelle. La distribution du gaz naturel dans les ménages, l’énergie non renouvelable la plus propre, pour la cuisson essentiellement, transformerait radicalement la vie dans nos foyers, moderniserait l’habitat et créerait de nouveaux métiers durables et modernes.

Par Elhadj Ibrahima NDAO
Docteur-Ingénieur
Ancien Directeur général de Senelec
Vice-président de l’Association sénégalaise pour le
développement de l’énergie en Afrique (Asdea)

Lors d’un point de presse, tenu récemment  sur des questions d’actualité, le candidat Idrissa Seck a insinué  des idées dangereuses concernant le vrai lieu de pèlerinage des musulmans et l’historique de la question palestinienne ! Spéculant sur la différence entre « Makkah » et « Bakkah », le candidat Seck tranche, tel un savant en la matière : « Dieu,  dans le Coran, ne parle pas de Makkah mais de Bakkah, qui renvoie étymologiquement aux pleurs. Pourquoi est-ce qu’on penserait que le lieu de pèlerinage serait la Mecque et pas Jérusalem. Moi, j’ai la preuve de l’endroit exact où c’est, mais j’en parlerai à vous deux réunis : Israéliens et Arabes…», déclare péremptoirement oustaz Idrissa Seck qui banalise la question palestinienne et verse dans une apologie du judaïsme qui frise un délire sioniste. Selon M. Seck, « le problème palestinien se résume à de petites querelles  (de « doomu baay ») entre demis frères rivaux (…) » !

Les propos gravissimes d’Idrissa Seck n’auraient jamais attiré mon attention si ce dernier n’aspirait pas à la candidature présidentielle de 2019. Quant on a la prétention, même illusoire, de diriger le Sénégal, l’on doit se méfier de parler à tort et à travers, notamment sur des questions aussi importantes que l’endroit de pèlerinage de la communauté musulmane agréé par Allah, le Très Haut, et la question palestinienne. La première erreur grotesque d’Idrissa Seck est d’avoir dit : « Dieu, dans le Coran, ne parle pas de Makkah, mais de Bakkah (…) » ! Dans la sourate 48 (Al Fath), verset 24, Allah (Swt) dit : « C’est lui qui a écarté leurs mains de vous et vos mains d’eux, en plein centre de Makka, après vous avoir accordé la victoire sur eux (…) ». Dans plusieurs autres versets, Allah (Swt) parle de Makkah par  différentes autres appellations signifiant toutes le même endroit qui se trouve en Arabie.

Dans la sourate Ali ‘Imran, verset 96, Allah (Swt)  utilise le mot « Bakka » pour désigner le lieu où se trouve la Ka’ba : « La première maison qui a été édifiée pour les hommes, c’est bien celle de Bakka que nous avons bénie et en avons fait une direction pour l’univers ».

Dans la sourate Ash-shoura (la concertation), verset 7, Allah (Swt) parle de la Mecque en usant du terme Oummoul Qoura (la cité mère) : «Voici un livre béni que nous avons fait descendre, confirmant ce qui existait déjà avant lui, afin que tu avertisses les habitants de la cité mère et leurs voisins aux alentours ». Dans la sourate  Ibrahim, verset 35, Allah (Swt) l’appelle  « Al Balad » (la bourgade) : « Et rappelle-toi lorsqu’Ibrahim dit : « Ô mon seigneur, fais de cette cité un lieu sûr et préserve-moi ainsi que ma progéniture de l’adoration des idoles, etc. ».

Cette fausse version que véhicule M. Seck est empruntée aux apôtres du sionisme, tel David Belhassen et Cie, qui tentent de faire croire aux musulmans que la vraie Qibla, c’est plutôt vers Jérusalem et non pas la Mecque. Cette thèse fallacieuse est d’autant plus dangereuse qu’elle semble dire aux musulmans : voilà des siècles que vous vous trompiez de Qibla et de lieu de pèlerinage ! L’autre thèse non moins insidieuse consiste à vouloir banaliser une question aussi centrale que celle palestinienne : « Le conflit israélo-arabe se résume à de petites querelles de demi-frères rivaux », dixit Idrissa Seck. Cette nouvelle posture pro-sioniste bizarre qu’il affiche audacieusement, le disqualifie logiquement de la course à la magistrature suprême aux yeux de nombreux concitoyens. Dire aux Sénégalais que vos ancêtres et anciens guides religieux s’étaient trompés de Qibla et qu’au lieu de la Mecque, ils auraient dû se tourner vers Jérusalem, est assurément un blasphème qui heurte la conscience des croyants sénégalais. Il en est de même de vouloir banaliser le conflit israélo-arabe pour lequel le Sénégal, à l’instar de la communauté internationale, a longtemps consenti des sacrifices énormes en acceptant, entre autres, de présider, depuis sa création, il y a plusieurs décennies, le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien. M. Seck ignore-t-il la géopolitique à ce point ?

Je ne pourrais le croire ; en revanche, je n’exclurais pas que le candidat  Seck travaille pour des lobbies sionistes qui tentent de saper, par la voie politique, les bases fondamentales de nos croyances profondes. J’invite les Sénégalais qui auraient été séduits par les spéculations trompeuses d’Idrissa Seck de se raviser avant qu’il ne soit trop tard. La spéculation mercantile, enrobée dans des versets et hadiths faussement interprétés, ne doit plus tromper personne. Par son discours, M. Idrissa Seck joue la carte des sionistes.

Par Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien ministre des Affaires
religieuses

 

Monsieur le Président de la République,
En tant que citoyenne impliquée de la diaspora afro-américaine et sincère patriote de la République du Sénégal, je viens respectueusement solliciter votre attention sur des faits concernant la Place de l'Europe à Gorée. En fait, un pan de notre histoire vient d’être travesti avec cette inauguration à grande pompe. Je ne ferai pas une lettre kilométrique pour faire toute la genèse de l’esclavage, de son impact sur l’Afrique et des séquelles que trainent encore tous ceux dont les ancêtres ont été déportés en Amérique, en Europe et en Océanie.

Je me contenterai d’être qu’un porte-voix qui rappelle que l’Europe, après la découverte de l'Amérique, a orchestré sa mise en valeur grâce à la traite négrière. Donner le nom du vieux continent à une place sur l’île de la Porte du non-retour, d’où partaient à jamais des vies volées, est un second crime, une offense à la mémoire des victimes, une insulte à leurs descendants et de tous ceux qui en ont subi les dommages collatéraux. En somme, cette situation ne concerne pas exclusivement le peuple sénégalais et les Afro-américains, elle blesse aussi nos voisins des pays limitrophes.

Le nom de cette place se murmurait depuis des années sans que l’on veuille vraiment y croire. Mais, voir sa mise en beauté et l’inauguration officielle fut un choc pour toute la diaspora, au-delà de nos frontières. De plus, nous, fiers Sénégalais, devons désormais baisser la tête devant les regards accusateurs de nos frères noirs d’ailleurs. Comment justifier la célébration du bourreau sur les lieux où, pendant 4 siècles, se faisait la plus grosse saignée démographique de l'humanité ? Comment réagir, sachant que pour le génocide juif, ils ont eu droit à des demandes de pardon, un musée de l'holocauste et une déclaration de crime contre l’humanité ?
Rappelons que c’est le commerce triangulaire, du 16e au 19e, qui a rendu riche l’Amérique, l’Europe et a financé la révolution industrielle. Pourtant, il n’y a eu que des conséquences désastreuses sur l’Afrique, particulièrement sur les côtes du Sénégal, du royaume du Dahomey et du Congo où vivaient le peuple yoruba, une « race » très prisée par les maîtres des champs de coton, de tabac, de canne à sucre, etc.

Malgré notre courte mémoire collective, l’esclavage et la traite des Noirs demeurent des souvenirs encore douloureux. Parce que ce commerce a arraché les plus jeunes et les plus forts de leur terre et famille. Il a confisqué leurs droits et libertés dès qu’ils furent  vendus comme esclaves. Il est, par conséquent, périlleux pour notre identité ne pas réagir, en débaptisant cette Place de l’Europe qui justifie et donne un sens à ces horreurs. Je le répète, l’esclavage a été une source de revenus des puissances européennes. Il fut le socle de l’économie de la plupart des civilisations occidentales. L’Afrique à donc payé, de force, sa part de sacrifices pour toutes ces inventions, avancées technologiques et médicales qui font, aujourd’hui, le bonheur de l’humanité. Aidez-nous donc à conserver la seule chose qui lui reste : sa dignité. J’ai essayé, auparavant, en vain, de m’adresser à M. Senghor, le maire de Gorée. Cependant, son personnel n’a jamais donné suite à mes appels. C’est donc dans le but de ne pas être la risée internationale et pour atténuer nos peines que j’ai pris mon courage à deux mains pour vous écrire.

Monsieur le Président de la République, je viens  solliciter votre aide, au nom des pouvoirs qui vous sont conférés, de nous aider à relever la tête aux yeux du monde. Je vous le demande solennellement, Excellence, au nom des âmes d'exilés qui souffrent, errent et planent sur l'île de Gorée depuis des siècles à la quête de la paix. A la mémoire de M. Joseph Ndiaye qui a pris les armes pour libérer la France et raconter au monde entier l'histoire de la traite négrière, débaptisez cette place. Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes salutations les plus distinguées.


Par Charlène-Rokhaya JAYE
Consultante & Formatrice
en Management - Canada

 

« On ne tire pas sur les ambulances, mais on ne devrait pas tirer sur le pétrole et le gaz qui sont des liquides inflammables ». L'appel à la concertation du Président de la République, Macky Sall, à toutes les forces vives de la nation à la concertation sur la gestion des ressources gazières et pétrolières et à la réflexion pour permettre à notre pays de mieux tirer profit des ressources naturelles dans « la cohésion et la solidarité », suscite à nouveau un débat politique.
Mon propos n'est pas de dénoncer, une nouvelle fois, les turpitudes d'une opposition qui rentre dans l'ère des fins : fin du débat, fin du consensus, fin de la concertation avec une faim du pouvoir dont il est inutile de dresser la longue litanie. Face à des thèmes qui touchent aux fondamentaux de notre société, la question du pétrole et du gaz est en train d’être ramenée à un débat de politique politicienne. Ce qui est en cause, c'est la capacité de notre société à pouvoir débattre sur ce qui la fonde et sur ce qui est essentiel pour elle : son bien commun. Loin d'être politique, le débat sur le pétrole et le gaz est un débat de société, car tous les Sénégalais doivent sentir l'odeur du pétrole et du gaz. Notre société ne souffre pas d'une absence, mais d'une prolifération de repères qui offrent à chacun la possibilité de se bâtir son propre cadre de référence.

La crise actuelle de notre société est une crise d'identité qui affecte malheureusement nos hommes politiques. En parlant toujours dans le vide, de processus et de méthode alternative de gouvernement, on n'oublie de parler des finalités et de projets que l'on souhaite mettre en avant. C'est pourtant cela dont on devrait parler en politique.

La politique est-elle encore capable de porter un projet et d'inspirer à notre peuple une mobilisation collective pour un avenir diffèrent ? En d'autres termes, avant de faire la politique autrement, nos hommes politiques auraient intérêt à faire de la politique tout simplement. C'est-à-dire qu'ils ne se contentent pas de gérer la société au rythme de l'actualité médiatique, qu'ils ne se soumettent pas à des intérêts partisans, mais qu'ils s'emparent des enjeux de fond qui traversent la société. Des hommes politiques qui sont à la hauteur des questions qui façonnent notre temps et croient en la politique. C'est cela qui nous manque au Sénégal.

Par Sada Diallo
 Président du Mouvement
Sicap Debout
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IL EXISTE DEUX CATÉGORIES DE MILITAIRES

1- Les militaires de carrière ;

2- Les militaires sous contrat ;

A- Les militaires de carrière, pour démissionner valablement, doivent écrire une lettre adressée à l’autorité qui a pouvoir de nomination et de sanction.

- Si le démissionnaire est un officier, il doit adresser la demande au président de la République,

- Si le démissionnaire est un sous-officier, il doit adresser la demande au ministre des Forces armées ;

B- Les militaires qui sont sous contrat, pour quitter l’armée, ont deux possibilités : soit attendre la fin de leur contrat qui ne peut excéder 3 ans renouvelable jusqu’à l’âge de la retraite, soit introduire une demande de démission avant la fin du contrat de 3 ans s’ils veulent intégrer la police ou la gendarmerie.

C- Les sortants des écoles militaires (officiers et sous-officiers) signent d’office un contrat de 10 ans à la fin de leur formation avec l’armée pour servir. Ce contrat de 10 ans ne peut être interrompu sauf en cas de faute disciplinaire ou de force majeure.

QUELLE EST LA PROCÉDURE DE DÉMISSION D’UN MILITAIRE ?
Selon la loi 62-37 relative au statut des officiers, tout officier a le droit de démissionner auprès de sa hiérarchie qui dispose d’un délai de 2 mois pour statuer sur la demande. Pendant ce délai, l’officier doit attendre sa réponse à sa demande.

Le militaire qui ne reçoit pas de notification peut exercer son droit de recours devant la Chambre administrative de la Cour suprême (voir droit administratif sur les voies recours). Si la démission lui est accordée, la notification est faite dans les formes réglementaires et le militaire est libre de tout lien avec l’armée. Si le militaire part sans attendre la réponse à sa demande de démission, il est considéré comme déserteur, et la hiérarchie peut déclencher la procédure de désertion.

QUELLE EST LA PROCÉDURE CONTRE LE DÉSERTEUR ?
Il y a ce que l’on appelle « in certificat modèle 1 » que la hiérarchie militaire envoie à toutes les brigades de gendarmerie aux fins de mettre aux arrêts le militaire déserteur et le ramener à son unité.

NB : les délits militaires sont méconnus par le Code pénal ou droit commun ; ils sont prévus et punis par la loi 94-44 du 27 mai 1994 portant Code de justice militaire. On peut citer les délits les plus récurrents qui sont l’abandon de poste, l’insoumission et la désertion qui est prévue par les (articles 106 et 107 du Code de justice militaire). C’est un délit jugé gravissime au regard de son régime juridique.

Il Y A DEUX FORMES DE DÉSERTION
1- La désertion en temps de paix sur le territoire national ou à l’étranger. Dans ce cas, le militaire est déclaré déserteur après 6 jours d’absence non autorisée. Ce délai de constatation de la désertion est porté de 15 jours en cas de permission ou congé. Les délais courent à compter du lendemain de celui où l’absence sans autorisation a été constatée ou du lendemain du terme prévu par la mission, la permission ou le congé.

2- La désertion en temps de guerre, état de siège, état d’urgence ou en présence de l’ennemi, les délais susvisés sont réduits au 2/3.

NB : La prescription de l’action publique du délit de désertion est de 55 ans, plus les 3 ans prévus par le Code de procédure pénale.

LE DÉROULEMENT DU PROCÈS DEVANT LE TRIBUNAL MILITAIRE
La peine prévue par le Code de la justice militaire est de 6 mois à 5 ans d'emprisonnement. D'autres circonstances peuvent aggraver la peine maximale encourue. Il s’agit de la désertion avec effet de l’armée. Exemples : désertion en emportant une arme ou du matériel de l’Etat, ou lorsque le militaire était de service, ou a déserté en concertation avec plus de deux militaires. Si le militaire est jugé par contumace ou ne se présente pas à l’audience (par défaut), la peine est d'un (1) an ferme assorti d’un mandat de dépôt.
NB : La prescription de la peine résultant du délit de désertion est de 70 ans.

A noter : l'organisation des grades militaires
Les militaires du rang sont : (soldat- caporal-chef)
Les militaires sous-officiers sont : (sergent- adjudant-major)
Les militaires officiers sont : (sous-lieutenant-général).
Nos sentiments les plus respectueux à notre vaillante armée.
« NUL N’EST CENSÉ IGNORER LA LOI »

LE DÉLIT DE DÉSERTION
COMMENT DECLENCHER LA PROCEDURE JUDICIAIRE ?
Il faut noter en l’espèce que, lorsqu’un militaire est déclaré déserteur, son chef d’unité porte plainte auprès de la brigade de gendarmerie territorialement compétente, et le « Certificat de modèle 1 » est envoyé à toutes les brigades aux fins de le rechercher et de procéder à son interpellation ;

L’ENQUETE PRELIMINAIRE ET LA GARDE A VUE ?
En principe, la compétence pour auditionner le déserteur sur procès-verbal incombe à la gendarmerie de la localité où le déserteur exerçait ses fonctions avant les faits incriminés. En outre, son chef d’unité est aussi entendu ;

Il faut rappeler que le Code de justice militaire interdit toute mesure de garde à vue contre un militaire incriminé. Ce dernier, après audition, est remis provisoirement à son chef d’unité qui peut prendre des mesures disciplinaires ou statutaires. Si l’enquête préliminaire est bouclée, le procès-verbal est transmis au procureur de la République près le Tribunal régional hors classe de Dakar qui est seul compétent pour connaître toutes les infractions militaires commises sur l’ensemble du territoire national.

NB : Les procureurs qui sont dans les autres régions n’ont pas la compétence de poursuivre les délits militaires au motif qu’il n’existe pas de juridiction militaire dans ces unités administratives précitées. Exemple : l’affaire Mouhamed Fallou Sène, étudiant à l’Ugb (Paix à son âme), semble-t-il tué par un gendarme. Le dossier sera transmis au procureur de la République de Dakar après l’enquête.

LA COMPETENCE DU PROCUREUR
En matière d’infraction militaire, le procureur n’a pas un pouvoir discrétionnaire. Autrement dit, il n’est pas le maître des poursuites comme dans les infractions de droit commun.

NB : Dans les infractions militaires, l’opportunité des poursuites appartient à l’autorité militaire et non au procureur de la République.

Selon les articles 50, 51 et 52 du Code de justice militaire, un militaire ne peut être déféré au parquet qu’après la délivrance d’un ordre de poursuite émanant du ministre de tutelle selon le corps.

A- POUR LES CORPS MILITAIRES :
- Pour les militaires et gendarmes, c’est le ministre des Forces armées ;

B- POUR LES CORPS PARAMILITAIRES :
- Concernant les douaniers, c’est le ministre de l’Economie et des Finances ;

- Les sapeurs-pompiers et les policiers, c’est le ministre de l’Intérieur ;

- Les agents de l’administration pénitentiaires, c'est le ministre de la Justice ;
- Les agents des Services d’hygiène, c’est le ministre de la Santé ;

- Les agents des Eaux et Forêts, c’est le ministre de l’Environnement ;

Parlant des militaires, le procureur, avant toute poursuite, doit demander un ordre de poursuivre délivré par le directeur de la Justice militaire et signé par le ministre des Forces armées. L’article 60 du Code de justice militaire dispose que : « Aucune poursuite, sous peine de nullité, sans ordre de poursuivre ».

NB : Le Tribunal militaire statut en 1er et dernier ressort (article 7 du Code de justice militaire).

Il faut noter que l’appel est fermé ; la seule voie de recours dont dispose le militaire à une peine d’emprisonnement est le pourvoi en cassation. « Nul n’est censé ignorer la loi ».

Par Maître El hadji Amath THIAM
Consultant en Droit,
spécialiste en Contentieux des affaires
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Notre pays, le Sénégal, est un pays de paradoxes. Notre société se perd, nos valeurs se meurent. Quand tu es pauvre, on te traite de sorcier. Quand tu es emprisonné pour fausses factures, on fait de toi une victime politique. Quand tu es condamné pour insulte ou offense, on fait de toi un héros. Quand tu es arrêté pour trouble à l’ordre public, on dit que tu es privé de tes droits et ta liberté est violée. Quand tu sèmes le désordre dans le quartier, on te traite de courageux. Quand tu as un bon cœur, on te considère comme un naïf.

On s’allie avec des aventuriers contre son pays. On sape l’image et la réputation de son pays pour des intérêts particuliers. On attaque l’honorabilité des citoyens aujourd’hui et on présente ses excuses demain, et la vie continue. On demande la démission de quelqu’un qu’on n’a pas nommé. On fait des déballages et des révélations parce qu’on est démis de ses fonctions. On convoque une conférence de presse pour critiquer et menacer le pouvoir parce qu’on n’est plus de la mouvance présidentielle.

On diabolise les performances, les exploits, la réussite de celui ou de celle qui travaille parce que c’est l’autre. C’est dans ce même sillage des paradoxes que j’ai suivi, avec stupéfaction, les commentaires, les hypothèses et les déductions faciles qui ont suivi la résolution de la crise scolaire qui a duré plus de trois mois. Des voix se sont élevées pour épiloguer sur l’implication de la Première dame, Marème Faye Sall, dans le dénouement de la crise scolaire. Certaines condamnent sur la base d’une perception maladroitement construite, d’autres s’interrogent sur le bien-fondé de son intervention.

Pour la première catégorie de voix, je n’ai pas de commentaire à faire sauf pour dire à l’opinion que la médisance est une faiblesse, un cancer qui ronge celui ou celle qui la porte dans sa bouche. Pour les autres, je partage avec elles cette liberté de s’interroger. On pourrait même paraphraser Descartes en ces termes : « Je m’interroge, donc je suis ». Mon grand-frère Ibrahima Bakhoum, journaliste émérite, formateur, homme de média, intellectuel généreux, ouvert et disponible, qui a toujours pris de son temps précieux pour me donner des conseils et me faire des suggestions chaque fois que j’interviens dans les médias sur un sujet politique ou autre, a posé, dans le journal Source A du mardi 08 mai 2018, la question suivante : « Qu’est-ce que Marème Faye Sall a pu dire pour que les enseignants en arrivent à lever leur mot d’ordre de grève ? »

Qu’il me soit permis d’abord de m’interroger sur votre interrogation. Pourquoi voulez-vous singulariser, parmi les multiples médiations, celle de la Première dame ? Est-il compréhensible et acceptable de minimiser, de déprécier ou de chercher à ternir l’éclat de la belle implication des médiateurs sociaux, notamment celle de la Première dame ? Une telle attitude serait une atteinte grave à nos mécanismes sociaux de règlement des crises. Au regard de la complexité, de la profondeur de la crise scolaire, de la radicalisation des enseignants et des incertitudes qui planaient sur l’année scolaire, nous devons saluer et remercier tous les médiateurs qui ont contribué au règlement de cette crise. Nous devons aussi nous réjouir du fait que nos mécanismes de médiation sociale fonctionnent et produisent des résultats positifs.

La médiation sociale est, en effet, une donnée historique fondamentale de la stabilité, de la paix et de la cohésion sociale de notre pays. C’est pourquoi le président Macky Sall a créé une institution tripartite dénommée Haut conseil du dialogue social (Hcds) pour valoriser le dialogue social, car il est convaincu que celui-ci est un levier essentiel qui accompagne la puissance publique à dénouer les crises.

C’est exactement ce qui s’est passé dans le règlement de la crise scolaire. L’implication personnelle du chef de l’Etat, les mesures fortes qu’il a prises et la contribution des médiateurs sociaux ont permis de trouver une issue heureuse à la grève des enseignants. La véritable réponse aux questionnements des uns et des autres est le protocole d’accord signé le 30 avril 2018 entre le Gouvernement du Sénégal et les organisations syndicales représentatives du G6. Ce sont les seuls acteurs habilités à engager les parties prenantes que sont l’Etat et les syndicats d’enseignants. Sur instruction du président de la République, Son Excellence Macky Sall, ils l’ont bien fait. Tout le reste n’est que suppositions et hypothèses !

Qu’il me soit ensuite permis de m’interroger sur les motivations et les intentions de ceux qui soutiennent que la contribution de la Première dame au dénouement de la crise scolaire est une immixtion dans la gestion de l’Etat. Voulaient-ils réellement la fin de la grève des enseignants et la stabilité dans l’espace scolaire ? La paix sociale est-elle une affaire exclusive de l’Etat ? Et puis, qui est l’Etat ? C’est tout le monde. Se pose alors la question de l’épaisseur de la frontière entre « les affaires de l’Etat », « le social » et les « domaines purement étatiques » que mon grand-frère Ibrahima Bakhoum évoque dans son intervention. A la lumière de ses propos, on comprend en filigrane que, selon lui, la Première dame devrait s’inscrire exclusivement dans le social et laisser de côté les autres domaines.

Qu’est-ce que le social ? Quels sont les domaines du social ? Quelles sont les limites du social ? En attendant les réponses des spécialistes, je peux affirmer, avec certitude, que l’éducation nationale est un domaine social par excellence. Donc, la médiation de la Première dame entre dans le domaine pour lequel elle agit quotidiennement. Son intervention est à inscrire dans le cadre global et général des autres médiations des chefs religieux et de la société civile. La seule différence se situe, peut-être, au niveau de l’efficacité de son intervention qui a été faite, pour l’essentiel, suivant certaines cordes sensibles que les bonnes mères de famille savent tirer avec adresse et finesse. Faisons donc la part des choses entre les procès d’intention et les nobles actions d’une citoyenne qui s’engage pour son pays et aide à la pacification de l’école qui est un espace hautement social. A ce titre, nous disons merci à tous les médiateurs. Merci à la Première dame, Marème Faye Sall, pour son implication.

Heureuse nation qui, comme celle du Sénégal, a la chance d’avoir une Première dame avec beaucoup de baraka !

Par Diamé DIOUF
Militant de la cause sociale

«Rêver, c’est franchir les frontières du monde physique, c’est entrer dans la lumière pure, c’est être illuminé et donc illuminer le monde à l’intention d’autrui». (Shashi DESHPANDE/Question de temps)

La démocratie est un projet qui suit son cours normal, et qui n’aboutit pas forcément pour atteindre l’idéal. Elle a des imperfections qu’il faut nécessairement corriger, pour l’amener sur la bonne trajectoire. Cependant, il est bon de garder à l’esprit que la démocratie n’est pas irréversible. Elle peut toujours être remise en cause par des forces rétrogrades. Dans une de nos précédentes contributions intitulée «Le démocratisme», nous avions attiré l’attention de la communauté sur les effets nuisibles de l’excès de démocratie. «Trop de démocratie tue la démocratie». Il n’est pas acceptable de prendre comme prétexte la liberté, au nom de la démocratie, pour tout se permettre. Le cas échéant, on tombe dans une anarchie incontrôlable.

Le temps des Messies
Depuis quelques temps, on assiste à une irruption d’une nouvelle race d’hommes politiques dans l’espace public avec des postures partisanes. Ces compatriotes, pour diverses raisons, souvent crypto-personnelles d’ailleurs, ont investi le champ politique et se sont donnés des habits de potentiels candidats à l’élection présidentielle de Février 2019. Nous sommes en démocratie, chacun est libre d’avoir des ambitions. Mais en vérité, l’on doit se garder d’avoir des comportements de condescendance. Quand on a la prétention de vouloir être un jour le président de la République du Sénégal, il faut se couvrir d’un voile d’humilité.

Malheureusement, ces compatriotes cités ci-dessus, ont un point commun : ils se prennent pour des Messies, envoyés par Dieu pour sauver le peuple sénégalais. Ils nous parlent tous de Valeur, de Vertu, de Probité, d’Equité, etc., comme s’ils étaient les seuls détenteurs de ces qualités. Alors, se prennent-ils pour des immaculés ? Ils oublient que nous sommes quinze millions de Sénégalais et que parmi ces derniers, beaucoup ont des compétences et des qualités avérées qui dépassent les leurs. Ils n’ont pas le monopole du patriotisme.

La régulation du système démocratique
La modestie, la lucidité et le réalisme auraient dû les pousser à intégrer le parti politique de leur choix et d’y faire leur apprentissage. Ils ne doivent pas comme sortis ex nihilo, vouloir nous donner des leçons de vie et vouloir porter notre destin en mains. La politique est une chose très sérieuse. Pour la comprendre, il faut appréhender les enjeux sur le plan national et sur le plan international. La vision d’un homme politique ne doit pas s’arrêter au bout de son nez ou tourner autour de son égo. La vision d’un homme politique doit être une vision prospective ; penser aux générations futures et non à sa carrière politique exclusivement.

Ces néo-politiques, comme s’ils se sont passé le mot, sont sortis de l’eau presque dans la même période. Nous avons l’impression d’assister à une tragi-comédie, qu’on peut titrer «La saison des illuminés». D’aucuns trouvent cela tellement intéressant, qu’ils ont pris le train en marche. Alors, peut-on assister à cette prolifération de «présidents» de partis politiques sans réagir ? En effet, tout le monde est président maintenant. Assurément, il faut agir dans le sens de la régulation du système démocratique partisan, par des mesures correctives. Il faut recentrer le processus démocratique sur sa vraie trajectoire, avant qu’il ne nous mène dans l’impasse.

Aujourd’hui, nous devons reconnaître la vision du président Senghor, le père des quatre courants de pensée. C’est comme si le Président Senghor avait vu venir ce qui nous arrive maintenant, avec la multitude de partis politiques, sans compter certaines organisations syndicales, qui sont, en vérité, des officines politiques. Nous devons donc accepter, et en toute bonne foi, que la loi sur le parrainage à l’élection présidentielle est venu à point nommé et à juste raison mettre de l’ordre dans l’espace politique sénégalais.

Le Sénégal est à la croisée des chemins, d’abord avec la menace terroriste qui gravite dans notre environnement immédiat, ensuite par les découvertes de pétrole et de gaz. Les enjeux sont majeurs, en ce que notre pays doit résister face aux forces obscurantistes et déstabilisatrices d’une part, mais nous devons surtout nous prémunir, d’autre part, contre d’autres forces qui sont aux aguets et qui ont des visées sur nos ressources. Comme nous le voyons, les enjeux sont pressants.

Certaines multinationales ont besoin de cheval de Troie pour nous infiltrer et mettre en pratique leur basse besogne. Ceci n’est pas une vue de l’esprit, loin de là. C’est une donnée objective qu’il faut prendre en compte. C’est la raison pour laquelle, non seulement nous devons accepter le filtrage de candidatures, mieux, nous devons aller dans le sens de la réduction des partis politiques et de certaines organisations assimilées.

Si nous voulons profiter des découvertes de pétrole et de gaz, pour appuyer notre développement, nous devons d’abord nous entendre et bâtir un consensus national, inclusif et dynamique pour apaiser le climat social. Le développement ne peut se réaliser dans un climat de tension, où les uns et les autres se regardent en chiens de faïence. C’est dire qu’il est temps pour que les forces vives de la nation se retrouvent pour restaurer la confiance entre les acteurs et ouvrir un dialogue inclusif, sans arrière-pensée pour aller vers ce consensus. Mais, pour dialoguer il faut au moins être deux parties. Malheureusement, nous constatons que l’opposition sénégalaise tarde à répondre aux invitations du Président Macky Sall, exprimées à plusieurs occasions. Nous ne cesserons pas de le clamer, nous devons nous parler entre acteurs des forces vives. Il faut faire prévaloir la volonté politique de dialoguer, dans l’intérêt supérieur de la Nation. A moins qu’il ait des objectifs inavoués de vouloir déstabiliser le pays.

Le Sénégal nous appartient à nous tous, et nous avons la lourde responsabilité collective, de laisser aux générations futures, c’est-à-dire à nos petits-enfants, un pays stable, fort et développé où il fera bon vivre. Au demeurant, si nous voulons bâtir un pays développé, nous devons nous faire violence individuellement, en mettant de côté nos égos. Rien de bon et de durable ne peut prospérer dans l’anarchie.

La régulation de notre système démocratique est devenue une nécessité impérative. Après l’instauration du système de parrainage et les élections de représentativité syndicales, il s’agira d’aller vers la réduction des partis politiques. Des concertations exclusivement organisées à cet effet, permettront sûrement de définir de façon consensuelle, les modalités de rationalisation de notre système partisan. Quand nous aurons terminé avec la régulation de notre système démocratique, commencera alors le temps de travailler. Le travail, seul gage de création de richesses devra l’emporter sur la politique politicienne.

Par Sergine Ousmane BEYE
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«Ubi societas, ibi jus». Autrement dit, «il y a société là où il y a droit». Et au sein de tout Etat, les institutions existent, fonctionnent et s’organisent à partir de règles et procédures juridiques. Il en est ainsi du Conseil constitutionnel sénégalais. Instauré par la Constitution et organisé par la loi organique du 30 mai 1992 complétée par la loi 2016/23, il a pour principale vocation de veiller sur la conformité des lois à la Norme Fondamentale qu’est la Constitution par le moyen du contrôle de constitutionnalité. Depuis, la loi n’exprime la volonté générale que dans le respect de la Constitution et est constitutionnel ce que dit le juge constitutionnel.  

C’est pour cette raison que de l’architecture institutionnelle, le Conseil constitutionnel est à la fois le plus béni et le plus banni, selon la situation qu’on occupe ou le camp qu’on défend. Le Conseil ne rend aucun sénégalais indifférent, il intéresse tout le monde. L’exemple le plus patent est sa décision rendue le 09 mai 2018 suite à un recours introduit par des députés de l’opposition tendant à déclarer contraire à la Constitution certaines dispositions contenues dans la loi portant révision de la constitution et adoptée le 19 avril 2018 et violant le règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

Pour les besoins de la démonstration en vue d’une bonne compréhension, force est d’écarter dans l’analyse toute forme de passion et d’invoquer impérativement la raison juridique à travers le pouvoir d’interprétation du juge pour attester de l’impossibilité d’un contrôle de constitutionnalité d’une loi constitutionnelle et d’une incompétence du Conseil à statuer sur la conformité d’un acte parlementaire au règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

I-De l’impossibilité de contrôler la constitutionnalité d’une loi constitutionnelle
Juger, c’est interpréter pour ensuite décider en opérant un choix frappé de l’autorité de la chose jugée. En droit constitutionnel, on procède de manière concurrentielle à une pluralité d’interprètes des textes (Président de la République, parlementaires, ministres, juges). Mais, dans cette communauté interprétative, tous n’ont pas le même statut ; la portée de l’interprétation dépendra de la place qu’occupe l’interprète. Et en sa qualité de protecteur de la Constitution, le Conseil constitutionnel est l’interprète suprême, détenteur de l’autorité de la chose «interprétée» que constitue sa décision.

A – De la nature constitutionnelle de la loi indexée
En l’espèce, il a décliné sa compétence à juger les dispositions d’un texte qu’il qualifie, qu’il interprète comme étant une «loi constitutionnelle». Cette posture n’est point nouvelle dans l’univers serein du contentieux constitutionnel. Malgré sa liberté d’interpréter à sa guise et les échos de Danton relayés par certains politiques l’invitant «à l’audace, toujours de l’audace et encore de l’audace», le Conseil constitutionnel n’a de cesse de rappeler que sa compétence n’est pas générale et qu’il ne détient qu’un pouvoir d’attribution délimité par la Constitution. Comme dans cette décision du 09 mai 2018, il avait exclu déjà de son champ de contrôle une loi modifiant les articles 21 et 28 de la Constitution sous prétexte «qu’elle est une loi constitutionnelle dont le contrôle échappe à la compétence du Conseil constitutionnel». (Aff. n°9/C/1998 du 09 octobre 1998, Considérant 5).

Dans la même année, il affirmait expressément qu’en tant que «juge d’attribution, le Conseil constitutionnel ne peut se prononcer que sur des cas limitativement  prévus par des textes qui déterminent ses attributions». (Aff. n°11/C 1998 du 02 septembre 1998, Considérant 9). Il reconnaîtra le 14 mai 2003 «que la compétence du Conseil constitutionnel est délimitée par le Constitution ; qu’elle n’est susceptible d’être précisée et complétée que par une loi organique dans le respect des principes posés par la Constitution». (Aff. n°1/C/14 mai 2003, Considérant 2).

Dans le même sillage, la loi organique sur le Conseil qui définit les règles et modalités de son organisation et de son fonctionnement ne vise que les lois organiques et ordinaires justiciables devant la haute juridiction dans le cadre du contrôle de constitutionnalité. Donc, en écartant les lois constitutionnelles, les «Sages» n’ont agi qu’en bon droit en appliquant «la Constitution, toute la Constitution et rien que la Constitution» en vertu de l’incompétence ratione materiae.  

D’ailleurs, au nom de l’universalisme constitutionnel, le juge français a rendu une décision quasi identique le 26 mars 2003 à propos de la loi constitutionnelle relative à l’organisation décentralisée de la République en se fondant sur sa compétence limitée par les textes et son impossibilité à contrôler une loi qui révise la Constitution. Les mêmes arguments sont ceux du juge sénégalais à propos de la loi sur le parrainage.

Ainsi, il a réitéré son rôle de gardien de l’ordre public juridique dans l’interprétation stricte des textes qui consacre la sécurité juridique au lieu de juger selon les conjonctures à l’instar du tailleur qui dessine ses patrons selon la mode vestimentaire qui change au rythme des saisons. Cette logique du Conseil révèle une sorte d’héroïsme solitaire plus difficile à assumer que d’appliquer la loi au-delà et en dehors des textes. Il est conscient du syllogisme légal qui est son activité quotidienne : la majeure étant le pouvoir d’interprétation ; la mineure, le texte à interpréter ; et la conclusion, le sens donné à ce texte. C’est donc le Conseil, par son interprétation, qui donne à la majeure le sens de son contenu. Le pouvoir du juge trouve sa source dans le sentiment qu’a le Constituant du constitutionnel et de l’inconstitutionnel. Quand il dit le droit, il le met au service du juste et non le juste au service de la loi.

Ceux qui l’incitent à aller plus loin, à être moins légaliste et moins respectueux des textes, semblent rapprocher l’interprétation du Conseil à celle d’une gamme musicale qui accorde plus de liberté à l’exécutant, lequel détermine la valeur des notes et leur succession au point d’agir sur la structure même de l’œuvre. Et c’est là le danger que doit absolument éviter le juge constitutionnel, sinon il devient lui-même législateur lorsqu’il outrepasse la loi ou Constituant s’il va au-delà de la volonté du Souverain exprimée dans la Constitution. Au Sénégal, un tel cas de figure installerait le Gouvernement des juges.

Qui plus est, le contentieux constitutionnel est objectif et non subjectif. Il ne met en rapport deux personnes juridiques mais deux textes de droit ayant un lien de subordination et de supériorité : la constitution et les lois. Ici, les requérants invitent le Conseil à confronter deux textes de même rang, de même nature et de même valeur. Tout texte qui modifie la Constitution est naturellement une «loi constitutionnelle» donc déjà de nature constitutionnelle. Même s’il le voulait, le Conseil ne le pourrait pas pour des raisons pratique, juridique et axiologique.

B – De l’expression de la volonté du Constituant dérivé
L’incompétence du Conseil constitutionnel à examiner la loi portant révision de la Constitution se justifie aussi sous l’angle de la compétence organique. Le 19 avril 2018, ne s’était pas réunie l’Assemblée nationale, chambre parlementaire. L’erreur a été entretenue par le caractère monocaméral du Parlement sénégalais. S’il y avait le Sénat, ce serait le Congrès qui se réunirait pour adopter cette loi constitutionnelle. Ainsi, il s’agit du Pouvoir Constituant dérivé qui, selon le doyen Georges VEDEL, n’est rien d’autre que la continuation et le prolongement du Pouvoir Constituant originaire. Or, la volonté du Pouvoir Constituant étant souveraine ne peut aucunement faire l’objet d’un contrôle par un pouvoir, de surcroît, constitué comme le Conseil constitutionnel. En tant que Constituant, sa volonté n’a ni égal, si supérieur encore moins concurrent.

On s’est également insurgé sur le Conseil pour renier le caractère constitutionnel de la loi qui lui est déférée sous prétexte qu’une loi n’est loi qu’après promulgation. Un tel argument aussi ne saurait prospérer et cela pour deux raisons : d’abord, le Conseil ne connaît que des lois. Tout texte qui n’est pas encore loi ne peut être recevable devant lui ; ensuite, le contrôle a priori ne porte que sur des lois non encore promulguées mais déjà adoptées. Si c’est la promulgation qui fait la loi, ce type de contrôle n’aurait plus de sens.
La promulgation participe à la mise en œuvre de la loi pour son applicabilité, mais une fois votée et adoptée, la loi existe. Et c’est elle que visent la Constitution et la loi organique lorsqu’elles parlent de contrôle de constitutionnalité des lois.
 
II – De l’incompétence à statuer sur la conformité d’une résolution parlementaire au règlement intérieur

A – le règlement intérieur n’est pas la norme de référence du Conseil constitutionnel
Une confusion fatale a induit en erreur les requérants sur ce point. Le Conseil constitutionnel est, depuis quelques années, compétent pour contrôler la conformité du Règlement Intérieur à la Constitution. La norme de référence du Conseil est et demeure la Constitution seule. C’est son unique référentiel. Dès lors, si on l’invite à examiner la conformité d’un texte à un autre différent de la Constitution, il ne ferait que décliner sa compétence. En l’espèce, il a agi comme tel et EN BON DROIT.

Le Règlement intérieur de l’Assemblée est similaire à une loi. Comme tel, tout texte qui lui est subordonné relève non du bloc de constitutionnalité mais du bloc de légalité, donc du ressort du juge administratif. C’est pour cette raison, que le Conseil constitutionnel, sans aller très loin, a tout simple proclamé son incompétence puisque l’examen de la conformité d’une résolution parlementaire au Règlement intérieur de l’Assemblée nationale ne rentre pas dans son champ de compétence.
 
B – L’inopérationnalité de l’acte détachable devant le Conseil constitutionnel
 C’est la conséquence logique de ce qui précède. Il ressort d’une jurisprudence constante que l’acte détachable est hors du champ constitutionnel que laboure le Conseil. D’ailleurs, dans sa décision n°92/305 DC du 02 février 1992, le Conseil constitutionnel français, à l’instar de la doctrine, a défini l’acte détachable comme «un acte constitué d’une mesure principale et d’actes connexes que, seul le juge administratif peut soumettre à un régime contentieux distinct de celui appliqué à la mesure principale».

Ici, la mesure principale correspond au règlement intérieur lui-même. Sa conformité et sa révision stricto sensu peuvent bel et bien faire d’examen par le Conseil constitutionnel comme s’il s’agit d’une loi organique ou d’une loi ordinaire. Mais, une convention qui serait un acte connexe au règlement intérieur, en l’espèce la résolution détachable à l’acte principal, serait soumise à un contentieux autre que celui de l’acte principal. Ainsi, on quitte le contentieux constitutionnel pour aller vers le contentieux administratif.

En filigrane, l’évocation du vote sans débat semble être caractéristique d’une invitation au juge pour soulever une certaine irrégularité afin de prononcer une violation certaine de la loi. Or, dans la pratique des institutions et surtout parlementaires, il existe ce que le professeur Pierre Avril appelle les Conventions de la Constitution. Il s’agit de pratiques non écrites et usitées souvent par les parlementaires. Ce sont des ententes entre groupes parlementaires pour rendre plus efficace le travail législatif. Et il est de coutume que sur proposition des deux présidents de groupes ou d’un député, qu’une loi soit votée sans débat. Il y a juste quelques mois, la loi de finances initiale a été votée sans débat sur proposition d’un député, membre de l’opposition même.

Conclusion
Le retour sempiternel et constant aux textes renforce le prestige et l’autorité du Conseil constitutionnel. La crainte de le voir user et abuser de sa liberté d’interprétation se dissipe au rythme de ses décisions puisqu’il semble œuvrer pour l’ancrage de l’Etat de droit, la soumission des institutions et pouvoirs publics au droit, avec lui au premier chef. De cette crainte nait un espoir grandissant de le voir rendre justice à la Constitution et au citoyen.

Ces deux attendent beaucoup du Conseil, non pas qu’il crée la justice mais qu’il la réalise, la concrétise et qu’il en procure le bénéfice à ceux qui s’adressent à lui. Revenir au juge, c’est choisir la résolution pacifique des litiges. C’est renoncer à les trancher par la force, accepter de se soumettre à un tiers arbitre et imposer la même attitude à l’adversaire. Avec le Conseil constitutionnel, on «tranche en termes juridiques des conflits d’ordre politique». C’est parce qu’il n’a pas lui-même d’intérêt dans la dispute, qu’il est sollicité pour l’apaiser.

C’est pour toutes ces considérations que le Conseil excelle dans sa modestie mais aussi dans sa fermeté. Il n’a jamais voulu usurper des pouvoirs extra ou métajuridiques. En permanence, il a rendu ses décisions en les motivant tout en rappelant son domaine d’intervention et ses prérogatives constitutionnelles. Il veille à ne jamais céder à la tentative d’innover encore moins de légiférer. Tout se passe comme s’il avait toujours à l’esprit que la première vertu du juge est la prudence d’autant plus que dans le terme «jurisprudence», on peut lire «prudence».

Par
Mouhamdou
Mounirou SY

Maître de Conférences
à l’Université de Thiès
Conseiller de Monsieur
le Premier Ministre

C’est un grand merci plein d’encouragement que nous voulons lancer en direction de notre quotidien «Le Soleil», son «Grand Air et Week-end» ainsi qu’à ses journalistes, à travers ses espaces et pages d’informations et de réflexions, de souvenirs et rappels historiques, voire de méditations et d’oraisons.
En parcourant, en quelques minutes, ces pages, on a envie de dire que certains événements et faits évoqués ou relatés peuvent constituer matière à «dictées» ou «dissertations» pour les élèves et étudiants, à réflexions citoyennes d’éducation, de santé ou de politique.
Ces deux derniers mois d’avril et de mai peuvent nous en donner l’exemple et nous obligent à un «devoir de mémoire». Ce sont notamment des «fêtes et des figures historiques». Nous pensons au 4 avril et au 1er mai, la fête nationale et la fête des travailleurs d’une part, et d’autre part, à des figures historiques et importantes de notre pays auxquelles nous rendons hommage ! Nous voulons nommer :
•    Léopold Sédar Senghor, Président en Mai 1968,
•    Moctar Mbow (ancien Directeur général de l’Unesco),
•    Cheikh Hamidou Kane (écrivain et auteur),
•    Mamadou Dia (1er vice-président du Conseil),
•    Alioune Diop de « Présence Africaine » (La source dans la brousse),
•    Valdiodio Ndiaye, ministre (et son « Non ! historique »).

Nos élèves et étudiants, nos concitoyens, politiques, écrivains, créateurs, connaissent-ils assez ces vaillants hommes et citoyens de dialogue et bâtisseurs de nos cités et Nation ? Qui sont-ils, qu’ont-ils fait en ces mois et à quelles dates annuelles ?


Par
Théodore Ndok NDIAYE

Philosophe,
ancien étudiant stagiaire
à Paris, Mai 1968
Président d’honneur de
Présence Chrétienne

Augustin Senghor, maire de Gorée, que j’ai en grande estime, est trop en avance sur les cœurs… mais cette plaque, sorte d’hommage à l’Europe au cœur de Gorée, même si elle date, aurait dû faire l’objet d’une très rigoureuse attention, d’une très large concertation qui dépasse de loin la seule mairie de Gorée. Elle n’était ni opportune ni bien réfléchie. Oui, il faut pardonner, mais ne jamais oublier cette tragédie, l’ampleur de ce génocide de la traite négrière qui dura des siècles et qui opprime encore tant de cœurs et soulève la colère ! La terminologie « Place de l’Europe » peut paraître fort choquante. «Place du pardon », « Place de la paix », « Place de la fraternité », « Place du Chevalier Saint-Georges » ou « Place de l’Europe repentie » collerait mieux. Cette cérémonie, qui a eu lieu en ce mois de mai 2018, a révélé le drame. Drame d’avoir, sans doute, décidé seul, même en conformité avec son conseil municipal. Drame d’avoir décidé en marge des historiens, des populations, de la diaspora, de la société civile au sens large. Cette dénonciation tardive, mais massive, met au grand jour l’émergence d’une nouvelle génération qui désormais garde, veille et garde l’œil sur tout !

Gorée est une mémoire trop  douloureuse. La vigilance s’impose
Il faut prendre le temps de guérir les blessures, et il existe des blessures qui ne guérissent pas. Cependant, il ne faut pas fusiller le maire de Gorée à balles réelles. Notre intime conviction est qu’il pensait bien faire. Il s’est trompé, du moins le pensons-nous, avec respect. La réconciliation est en marche, elle est inévitable, malgré le poids de la douleur et de l’injustice, mais elle ne doit pas prendre le visage de la hâte et d’une coupable civilité. La terminologie « Place de l’Europe » n’est pas la meilleure. Il faut même la débaptiser  et trouver mieux !

Par ailleurs, au-delà de cette triste et pénible polémique, nous ne devons pas surtout oublier dans quel abandon Gorée est laissée. Nous en appelons à la solidarité de tous pour également porter ce combat de sauvegarde de l’île mémoire, comme tous, ou presque, ont  porté ce rejet de la « Place de l’Europe » avec un si puissant élan de résistance. La commune de Gorée est dans une misère financière sans nom, et cela est dit ici sans aucun rapport avec le soutien de « l’Europe », donc de Bruxelles, avec l´Union européenne, comme cela a été révélé. Un maire a bien le droit d’aller chercher des partenaires ! Mais, le débat n’est pas là ! Un lieu de mémoire est sensible. Une tombe se respecte ; on s’y recueille, mais on n’y laisse pas un chèque.

Par ailleurs, ceux qui nomment avec des injures le Président Macky Sall n’ont pas certainement raison. Un Président est loin de cette cérémonie qui a eu lieu à Gorée en ce mois de mai 2018. Un Président a bien d’autres choses à faire ! Qui sait même s’il était au courant ! Ce n’est pas vrai qu’un Président est au courant de tout, mais hélas, on exige de lui qu’il soit au courant de tout. Nous prenons nos responsabilités en le disant. Nous ne défendons pas le Président. Il se défend tout seul. Nous défendons ce qui est juste et pas ridicule comme accusation ! Oui, nous devons, sans hésiter, à chaque fois de besoin, lever nos voix sans hésiter, sans peur, et la lever énergiquement quand il s’agit de défendre nos lieux de mémoire, car avant tout, c’est de notre pays et de notre histoire qu’il s’agit.

Alors, ceux qui ont levé la voix pour Gorée ont raison de la lever. Nous sommes avec eux, mais pas dans la marée volontairement confuse et irresponsable des insultes. Nous ne sommes pas certains que le Président serait en phase avec cette plaque posée à Gorée de longue date et qui soulève, à juste raison, tant de rejets légitimes. Soyons honnêtes, courageux et laissons le maire de Gorée assumer seul son geste, et il l’assume. Nous saluons son courage dans un débat malaisé et inconfortable pour lui ! Débaptisons cette place avec l’appellation juste, acceptable, assumée de part et d’autre des deux parties. Une plaque dont le titre répondra à l’acceptation des crimes commis dans le passé mais aussi à une fraternité à construire, à nourrir, à faire vivre, pour que l’oubli tienne la main d’un futur apaisé.

Réconciliation, pardon et surtout repentir doivent marquer tout ce qui se fait à Gorée. La Direction du patrimoine du ministère de la Culture doit également être toujours consultée et associée. Son expertise est utile.  Après les rages, les diatribes, allons tous ensemble à l´essentiel : sauver Gorée, protéger ses populations, donner du travail à ses jeunes, soutenir ses nombreux artistes.
En conclusion, comme depuis plus de 20 ans, nous militons comme citoyen pour que l’île de Gorée soit déclassée par une loi et ne soit plus une commune. Qu’une sorte de « gouverneur » de l’île - qu’importe l’appellation - y soit nommé et installé pour mieux attirer les partenaires et les investissements. Donner de l’argent à la puissance publique n’est pas toujours rassurant, dit-on. Gorée est en souffrance. Innovons, soyons plus audacieux, avançons dans une nouvelle forme de gouvernance.

Nous sommes convaincus comme citoyen et comme acteur formé dans la vie administrative municipale depuis notre sortie du Centre de formation et de perfectionnement administratifs du Sénégal, en 1976, et notre affectation au ministère de l’Intérieur, à la Direction des collectivités locales pilotée par l’inégalable feu Magib Seck - eh, oui ! - que la solution finale pourrait être de celle-là, c’est-à-dire d’une île autrement administrée, au regard de sa spécificité unique. Il s’y ajoute, et l’expérience nous a démontré, depuis plus de 40 ans, que les maires de Gorée qui n’étaient pas du camp du parti présidentiel souffraient encore plus de l’isolement et de l’oubli. Nous devons sauver Gorée et vite ! Notre appel se veut humble, mais inflexible ! Puissent tous ceux qui ont réagi si nombreux et si puissamment sur les réseaux sociaux prendre part à ce débat et aider l’État, dans l’échange, à prendre librement le chemin qui s’impose, dans le respect de ce qui pourrait être permis par les lois et règlements en vigueur.

Par ailleurs, interrogez-vous sur les relations entre le Port de Dakar, la gestion de la chaloupe et ce que la commune de Gorée en tire comme recettes ! Vous jugerez. Nous souhaitons que tous les contrats signés par le Port de Dakar puissent contenir une clause de sauvegarde de l’île afin de drainer vers elle des financements substantiels qui pourraient servir à son développement, au bien-être de ses populations et soulager la difficile trésorerie de la mairie.
C’est un appel au président de la République, un patriotique et respectueux appel au Directeur du Port de Dakar, dans les limites réglementaires qui régentent le port. Cela nous éviterait d’aller mendier tout le temps pour sauver Gorée. Commençons par nous. Profitons des accords de partenariat avec les richissimes multinationales qui se nourrissent de notre port. Que Dieu apaise nos cœurs et qu’Il nous pousse au travail, au seul service de notre pays, de ses fils.
Oui, avant même d’exister, la « Place de l’Europe » était morte dans les cœurs, même si ce qui a guidé à son érection était noble, loin de toute cette polémique qui la rattrape aujourd’hui et met en joue son maire. Puisse-t-elle être rebaptisée d’un nom qui portera mieux nos valeurs partagées.



 

Dès son accession à la magistrature suprême de notre pays, le Président Macky Sall a fait du désenclavement de la Casamance une préoccupation majeure, prioritaire. Du renforcement de la flotte à la construction de routes, il a permis l’accessibilité de Ziguinchor et au-delà, de la Casamance, dans des conditions les plus sûres et les moins onéreuses.

Toutefois, le transport aérien constituait le talon d’Achille pour cette destination, avec les difficultés d’accès de toutes sortes à l’avion et surtout les tarifs exorbitants tout à fait injustifiés et pratiqués par la seule compagnie qui exploite cette ligne. La situation de monopole de fait aidant, les usagers ne pouvaient que subir, malgré leurs nombreuses récriminations et dénonciations jamais prises en compte.

En créant Air Sénégal Sa, le Président Macky Sall a doté notre pays d’un instrument de souveraineté nationale crédible qui va convenablement prendre en charge les problèmes du trafic intérieur à des prix très abordables sur lesquels, il faut l’espérer, la concurrence s’alignera. En fixant le prix du billet de lancement  aller-retour à 66 000 FCfa en lieu et place des 125 000 FCfa payés actuellement, tous les usagers de la ligne Dakar-Ziguinchor-Dakar, et vice versa, disent simplement merci au Président Macky Sall.


Par
Bassirou FATY

Niéfoulène Ziguinchor
Sacré-Cœur Dakar

Le 19 avril 2018, l’opposition sénégalaise a exprimé sa désapprobation de la loi sur le parrainage. Ce qui est de bonne guerre, puisque dans une grande démocratie, la majorité gouverne et la minorité s’oppose. Au-delà de ce constat, un enseignement majeur ressort de cette journée : la non prise en compte de l’avis du citoyen et de l’opinion publique en général, aussi bien du côté du pouvoir que celle de l’opposition.

Dans cette affaire de parrainage, chaque camp a raison et a tort en même temps. Pour la majorité, l’initiative des lois appartient au président de la République et à l’Assemblée nationale ; ce qui est tout à fait vrai. Donc, c’est à bon droit que le chef de cette majorité peut décider de saisir l’Assemblée nationale pour faire modifier une disposition constitutionnelle. Pour l’opposition, la recherche de consensus devrait prévaloir au sein du camp présidentiel, fut-il majoritaire quand on doit toucher à notre charte fondamentale ; ce qui est également vrai dans une démocratie dite consensuelle.

La question que l’on devrait se poser entre les deux protagonistes est de savoir qui avait la faveur de l’opinion pour porter ou contester un tel projet ? Est-ce le camp de la majorité, au nom d’une victoire électorale acquise il y a 6 ans, lors de la présidentielle de 2012 et des élections législatives de 2017 ? Est-ce que le camp de l’opposition, au nom d’une majorité présidentielle qui se serait effritée avec les dernières législatives, passant de 65 à 49 % ?
Dans les grandes démocraties, le sondage est, par excellence, la mesure de l’état de l’opinion entre deux élections. Ne pas l’instaurer au nom d’une loi qui l’interdit au Sénégal prive notre pays d’un élément essentiel du jeu démocratique, la participation citoyenne à la gestion publique en dehors du calendrier électoral.

Sonder l’opinion publique montrerait, aujourd’hui, aux hommes politiques, qu’ils soient du pouvoir ou de l’opposition, que les problèmes qui préoccupent les Sénégalais ne sont autres que le vol et la mendicité des enfants, le chômage des jeunes, la difficile campagne arachidière, les crises répétitives du système éducatif et les grèves dans le secteur de la santé. Diantre, pourquoi ne verrait-on pas, aujourd’hui, une opposition sénégalaise s’activer avec autant d’engagement contre la résurgence et la persistance de ces phénomènes ? Quoiqu’il faille reconnaître à cette opposition et à la société civile le mérite d’avoir organisé, il y a quelques semaines, une marche sur les rapts d’enfants. Bien que cette manifestation n’a pas connu le même déploiement d’énergie que celui noté lors de la contestation de la loi sur le parrainage. Pourquoi ne verrait-on pas également le pouvoir mettre autant d’énergie et de passion pour élaborer et obtenir à tout prix un large consensus et des solutions durables sur des problèmes aussi sérieux que l’école, la santé, l’emploi et le monde rural ?  

C’est cette envie, ce don de soi que l’opinion attend de notre classe politique et non pas une élite qui ne légifère que quand ses intérêts sont en jeu ou ne s’indigne que lorsque les problèmes sont politiques.
Nos hommes politiques doivent, aujourd’hui, apprendre à gouverner ou à s’opposer au-delà du simple jeu et des règles électorales. C’est la marque des démocraties modernes. Les institutions politiques et économiques ne constituent pas à elles seules la démocratie. Elles n’en sont qu’un cadre.

Par
Mamadou BA

Expert en Ressources
humaines
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Après l’accident tragique survenu sur l’autoroute dans la nuit du 4 au 5 mai 2018, il s’est installé, dans notre pays, un débat autour de la sécurité de l’autoroute à péage. Débat très utile quand il permet de trouver des solutions durables à une problématique récurrente. Si nous essayons de faire l’arbre de causes de cet accident - pour utiliser le jargon des spécialistes en Santé et Sécurité - la première cause serait la présence de vaches sur l’autoroute et la seconde, le manque d’éclairage sur l’autoroute.
 
Comment éviter la présence des vaches sur l’autoroute

La présence de vaches sur l’autoroute et nos routes (elles sont souvent visibles sur le campus universitaire de Dakar, sur la Vdn et aux alentours) est un phénomène inadmissible et inacceptable. On ne peut pas comprendre que, dans une capitale comme Dakar, les automobilistes soient obligés de cohabiter avec des animaux et/ou de véhicules hippomobiles (communément appelées charrettes) ; la présence de ces derniers a souvent été signalée sur l’autoroute. La présence de ces charrettes est beaucoup plus dangereuse que celle des vaches. En effet, la nuit, les charrettes n’étant dotées d’aucun éclairage, sont plus dangereuses que les vaches dont les yeux peuvent être des catadioptres, donc visibles de loin quand on leur met les phares.

Cependant, pour freiner le passage des animaux sur l’autoroute, on pourrait installer des catadioptres aux endroits sensibles. Ces catadioptres, sous l’éclairage des phares, émettent une lumière rouge qui fait fuir les vaches et autres animaux ; c’est la technique utilisée par la Société nationale des chemins de fer (Sncf) en France pour éviter les collisions trains-animaux.
Partant de ce malheureux accident, l’Etat devrait prendre des mesures fortes - qui doivent être appliquées dans toute leur rigueur - pour une interdiction stricte d’animaux et de véhicules hippomobiles sur l’autoroute et dans les rues de la capitale. Les récalcitrants devraient être sévèrement punis pour dissuader les autres.

Eclairage de l’autoroute…    
Concernant l’éclairage des autoroutes, aujourd’hui, dans la lutte contre les émissions des gaz à effet de serre (Ges), responsables du réchauffement climatique, et pour l’efficacité énergétique, la tendance mondiale est de le réduire, voire le supprimer. Cependant, le Sénégal pourrait mettre à profit son ensoleillement annuel pour installer des lampadaires solaires qui n’occasionnent pas d’émissions de Ges lors de leurs fonctionnements. Ces lampes pourraient fonctionner de manière permanente ou s’allumer à l’approche de véhicules grâce à des capteurs.
La deuxième option est préférable pour éviter une pollution lumineuse qui peut être dommageable pour la vie et la reproduction de certains écosystèmes. Une technologie récente pourrait également être utilisée : mettre à profit le souffle des voitures sur l’autoroute afin d’alimenter une éolienne qui produirait de l’électricité pour alimenter les lampes. Il a été montré qu’une voiture roulant à 100 km/h génère un souffle d’une puissance d’un kW !
 
Vers la création d’emplois verts    
Si l’Etat opte pour l’installation de lampes solaires sur nos autoroutes et routes, il doit impérativement opter pour un transfert de technologie, afin que les photopiles solaires comme les batteries solaires soient fabriquées au Sénégal et que nous maîtrisions la technologie. Ce n’est que de cette manière que le Sénégal s’inscrira dans une démarche de développement durable avec à la clé la création de milliers d’emplois verts et décents au bénéfice de notre jeunesse qui bout d’impatience de pouvoir jouer son rôle dans le développement socio-économique du pays.

Par
Pr Adams TIDJANI

Fst/Ucad
Imem

 

Après l’accident tragique survenu sur l’autoroute dans la nuit du 4 au 5 mai 2018, il s’est installé, dans notre pays, un débat autour de la sécurité de l’autoroute à péage. Débat très utile quand il permet de trouver des solutions durables à une problématique récurrente. Si nous essayons de faire l’arbre de causes de cet accident - pour utiliser le jargon des spécialistes en Santé et Sécurité - la première cause serait la présence de vaches sur l’autoroute et la seconde, le manque d’éclairage sur l’autoroute.
 
Comment éviter la présence des vaches sur l’autoroute

La présence de vaches sur l’autoroute et nos routes (elles sont souvent visibles sur le campus universitaire de Dakar, sur la Vdn et aux alentours) est un phénomène inadmissible et inacceptable. On ne peut pas comprendre que, dans une capitale comme Dakar, les automobilistes soient obligés de cohabiter avec des animaux et/ou de véhicules hippomobiles (communément appelées charrettes) ; la présence de ces derniers a souvent été signalée sur l’autoroute. La présence de ces charrettes est beaucoup plus dangereuse que celle des vaches. En effet, la nuit, les charrettes n’étant dotées d’aucun éclairage, sont plus dangereuses que les vaches dont les yeux peuvent être des catadioptres, donc visibles de loin quand on leur met les phares.

Cependant, pour freiner le passage des animaux sur l’autoroute, on pourrait installer des catadioptres aux endroits sensibles. Ces catadioptres, sous l’éclairage des phares, émettent une lumière rouge qui fait fuir les vaches et autres animaux ; c’est la technique utilisée par la Société nationale des chemins de fer (Sncf) en France pour éviter les collisions trains-animaux.
Partant de ce malheureux accident, l’Etat devrait prendre des mesures fortes - qui doivent être appliquées dans toute leur rigueur - pour une interdiction stricte d’animaux et de véhicules hippomobiles sur l’autoroute et dans les rues de la capitale. Les récalcitrants devraient être sévèrement punis pour dissuader les autres.

Eclairage de l’autoroute…    
Concernant l’éclairage des autoroutes, aujourd’hui, dans la lutte contre les émissions des gaz à effet de serre (Ges), responsables du réchauffement climatique, et pour l’efficacité énergétique, la tendance mondiale est de le réduire, voire le supprimer. Cependant, le Sénégal pourrait mettre à profit son ensoleillement annuel pour installer des lampadaires solaires qui n’occasionnent pas d’émissions de Ges lors de leurs fonctionnements. Ces lampes pourraient fonctionner de manière permanente ou s’allumer à l’approche de véhicules grâce à des capteurs.
La deuxième option est préférable pour éviter une pollution lumineuse qui peut être dommageable pour la vie et la reproduction de certains écosystèmes. Une technologie récente pourrait également être utilisée : mettre à profit le souffle des voitures sur l’autoroute afin d’alimenter une éolienne qui produirait de l’électricité pour alimenter les lampes. Il a été montré qu’une voiture roulant à 100 km/h génère un souffle d’une puissance d’un kW !
 
Vers la création d’emplois verts    
Si l’Etat opte pour l’installation de lampes solaires sur nos autoroutes et routes, il doit impérativement opter pour un transfert de technologie, afin que les photopiles solaires comme les batteries solaires soient fabriquées au Sénégal et que nous maîtrisions la technologie. Ce n’est que de cette manière que le Sénégal s’inscrira dans une démarche de développement durable avec à la clé la création de milliers d’emplois verts et décents au bénéfice de notre jeunesse qui bout d’impatience de pouvoir jouer son rôle dans le développement socio-économique du pays.

Par
Pr Adams TIDJANI

Fst/Ucad
Imem


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Quelle place réservée à l’opinion
publique dans notre démocratie ?

Le 19 avril 2018, l’opposition sénégalaise a exprimé sa désapprobation de la loi sur le parrainage. Ce qui est de bonne guerre, puisque dans une grande démocratie, la majorité gouverne et la minorité s’oppose. Au-delà de ce constat, un enseignement majeur ressort de cette journée : la non prise en compte de l’avis du citoyen et de l’opinion publique en général, aussi bien du côté du pouvoir que celle de l’opposition.
Dans cette affaire de parrainage, chaque camp a raison et a tort en même temps. Pour la majorité, l’initiative des lois appartient au président de la République et à l’Assemblée nationale ; ce qui est tout à fait vrai. Donc, c’est à bon droit que le chef de cette majorité peut décider de saisir l’Assemblée nationale pour faire modifier une disposition constitutionnelle. Pour l’opposition, la recherche de consensus devrait prévaloir au sein du camp présidentiel, fut-il majoritaire quand on doit toucher à notre charte fondamentale ; ce qui est également vrai dans une démocratie dite consensuelle.

La question que l’on devrait se poser entre les deux protagonistes est de savoir qui avait la faveur de l’opinion pour porter ou contester un tel projet ? Est-ce le camp de la majorité, au nom d’une victoire électorale acquise il y a 6 ans, lors de la présidentielle de 2012 et des élections législatives de 2017 ? Est-ce que le camp de l’opposition, au nom d’une majorité présidentielle qui se serait effritée avec les dernières législatives, passant de 65 à 49 % ?
Dans les grandes démocraties, le sondage est, par excellence, la mesure de l’état de l’opinion entre deux élections. Ne pas l’instaurer au nom d’une loi qui l’interdit au Sénégal prive notre pays d’un élément essentiel du jeu démocratique, la participation citoyenne à la gestion publique en dehors du calendrier électoral.

Sonder l’opinion publique montrerait, aujourd’hui, aux hommes politiques, qu’ils soient du pouvoir ou de l’opposition, que les problèmes qui préoccupent les Sénégalais ne sont autres que le vol et la mendicité des enfants, le chômage des jeunes, la difficile campagne arachidière, les crises répétitives du système éducatif et les grèves dans le secteur de la santé. Diantre, pourquoi ne verrait-on pas, aujourd’hui, une opposition sénégalaise s’activer avec autant d’engagement contre la résurgence et la persistance de ces phénomènes ? Quoiqu’il faille reconnaître à cette opposition et à la société civile le mérite d’avoir organisé, il y a quelques semaines, une marche sur les rapts d’enfants. Bien que cette manifestation n’a pas connu le même déploiement d’énergie que celui noté lors de la contestation de la loi sur le parrainage. Pourquoi ne verrait-on pas également le pouvoir mettre autant d’énergie et de passion pour élaborer et obtenir à tout prix un large consensus et des solutions durables sur des problèmes aussi sérieux que l’école, la santé, l’emploi et le monde rural ?  

C’est cette envie, ce don de soi que l’opinion attend de notre classe politique et non pas une élite qui ne légifère que quand ses intérêts sont en jeu ou ne s’indigne que lorsque les problèmes sont politiques.
Nos hommes politiques doivent, aujourd’hui, apprendre à gouverner ou à s’opposer au-delà du simple jeu et des règles électorales. C’est la marque des démocraties modernes. Les institutions politiques et économiques ne constituent pas à elles seules la démocratie. Elles n’en sont qu’un cadre.

Par
Mamadou BA

Expert en Ressources
humaines
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Réduction du prix du transport aérien Dakar-Ziguinchor : grand merci au Président Macky Sall

Dès son accession à la magistrature suprême de notre pays, le Président Macky Sall a fait du désenclavement de la Casamance une préoccupation majeure, prioritaire. Du renforcement de la flotte à la construction de routes, il a permis l’accessibilité de Ziguinchor et au-delà, de la Casamance, dans des conditions les plus sûres et les moins onéreuses.

Toutefois, le transport aérien constituait le talon d’Achille pour cette destination, avec les difficultés d’accès de toutes sortes à l’avion et surtout les tarifs exorbitants tout à fait injustifiés et pratiqués par la seule compagnie qui exploite cette ligne. La situation de monopole de fait aidant, les usagers ne pouvaient que subir, malgré leurs nombreuses récriminations et dénonciations jamais prises en compte.

En créant Air Sénégal Sa, le Président Macky Sall a doté notre pays d’un instrument de souveraineté nationale crédible qui va convenablement prendre en charge les problèmes du trafic intérieur à des prix très abordables sur lesquels, il faut l’espérer, la concurrence s’alignera. En fixant le prix du billet de lancement  aller-retour à 66 000 FCfa en lieu et place des 125 000 FCfa payés actuellement, tous les usagers de la ligne Dakar-Ziguinchor-Dakar, et vice versa, disent simplement merci au Président Macky Sall.


Par
Bassirou FATY

Niéfoulène Ziguinchor
Sacré-Cœur Dakar

Élu par les dieux ou par les muses, le poète est, selon la tradition, un être choisi. Front touché par un rayon céleste, il est mis à part pour une destinée ou une destination autre : celle d’œuvrer singulièrement à fabriquer des liens. Editorialiste réputé qui déploie depuis des lustres une écriture singulière dans les pages des journaux, Pape Samba Kane, « poète par effraction et délinquant littéraire par vénération », est de ceux qui ont reçu la grâce poétique en partage. Le recueil qu’il vient de faire paraître aux Éditions de la Renaissance, « À tire d’Elles », par sa puissance d’évocation, sa force d’invention et une incroyable virtuosité, le propulse d’emblée dans le cercle restreint des vrais poètes de notre temps.

L’amour de la poésie

Ce recueil a son foyer, son axe, sa logique : l’amour, les mots, l’amour des mots et les mots de l’amour. Ce qui émane de ces poèmes de PSK, c’est une haute aventure où, à travers les mots de tous les jours, se joue le tout de l’existence. L’exercice de l’activité poétique comme choix de vie total et non comme pensum scolaire. Au commencement de cette écriture poétique solaire, un phénomène d’extraction qui sollicite l’énergie du neuf : objets choisis, sujets choisis, mots choisis.

Une affaire de relations et de mots choisis dans laquelle un être s’examine et manifeste son identité au sein d’un univers verbal multiplicateur de reflets et d’échos. L’amour comme la poésie est affaire d’élection et de mots extraits de la langue commune et, en quelque manière, rendus ainsi irremplaçables.

L’électif se tient à l’affût dans cette activité de tissage, de tresse, de réseaux, de signes et de correspondances ; un fil électrique parcourt toute l’écriture poétique, fait vibrer et résonner le cœur des mots et, à travers des percées lumineuses, donnent à voir les lumières qui font mouvement au-dedans de l’être et ouvrent des perceptions en profondeur d’éclaircies dans l’opacité des objets.

Des mots, rien que des mots cueillis à même le quotidien, mais qui, mis ensemble, expriment au plus près du sensoriel le singulier, le furtif, l’unique de l’expérience. « Si près d'elle/À tire d'ailes » « À tire d’elles sans ailes autres que mon désir d’elle ».

Faire acte de poésie, c’est, dès lors, jauger, soupeser chaque mot, chaque sonorité, scruter leurs rapports de mitoyenneté afin de construire un objet de langage singulier. Poésie signifie alors, comme c’est le cas ici, fête verbale, occasion de récréation et d’invitation, accès de fraicheur.

La surprise en est un puissant ressort ; les prouesses verbales se multiplient. Détournement et recréation généralisée. L’attendu n’est jamais entendu, le déjà dit cède la place au jamais écrit, dans une effervescence généralisée des signes. De là ces titres qui apparaissent, à chaque fois, comme une merveille de bijou verbal ciselé par un orfèvre du langage. « Les fruits du mâle/Rêve – Surrection/Rendez-vous contes/Mots de tête garantis ».
PSK est attentif aux mots, à ce qui se passe entre eux, à leur souffle, à leur destin. La même acuité se note dans l’attention à ce qui se passe entre les êtres, à ce qui se donne, se partage, se retient ou se manque.   

Ce qu’aimer veut dire

L’amour est le sujet de ce recueil, son thème, son fil, son leitmotiv, et la femme en est le centre de gravité. « Mon cœur est le tonneau des Danaïdes de l’amour ». Les poèmes de PSK cartographient le territoire entier de la féminité, des provinces les plus chastes et spirituels aux domaines érotiques. Ce recueil réaffirme, après Ibn Arabi, l’absolue transcendance de l’amour. « La contemplation de Dieu dans les femmes est la plus intense et la plus parfait ». La femme est l’éternel intercesseur qui contribue à organiser l’harmonie du monde. Les effets de fascination, toujours renouvelés, qu’elle provoque ne se prolongent que pour se refermer jalousement sur eux-mêmes. Effets d’envoûtement que le poète, « ce fou d’amour pour l’amour », ne peut définir, mais juste en prononcer les pouvoirs d’outre passement.

Ce qui se dessine au fil des mots, c’est la carte d’une utopie personnelle où l’instinct amoureux mène à l’invention d’un absolu, dans lequel désir et attirance ne sont que des moments vers une fusion totale. Les points cardinaux de l’être, le cœur, les yeux, la bouche voient leurs rapports bouleversés par l’irruption de l’influx amoureux. « Mes yeux entre tes genoux réfléchissent les étoiles que… lointains tes yeux distillent ». L’amour est l’étoile polaire du poète. C’est lui qui dirige son existence. « Je veux écrire à la clarté de tes yeux, vivre au rythme de ta vie ».

Amour polyglotte décliné dans plusieurs langues qui viennent se compénétrer, donnant à chaque idiome un timbre particulier tout en permettant la conciliation des cultures diverses
« Gaaniman dama feebar
Mbëguéel lama dannel
- Hé les gars, je suis malade.
- Et c’est l’amour qui m’a qui m’a terrassé
Sama xol leggi mu seey
- Mon cœur risque de fondre »

Associée à des dates et à des lieux précis, unique et multiple, élixir de jouvence et ensorceleuse, la femme suscite continuellement une expérience intime des vertiges. L’amour, avec ses fureurs et ses mystères, apparait comme une voix d’initiation, un passage à l’acte, transfiguration de l’existence.

La voix poétique
Ces poèmes qui impriment à la langue des inflexions mélodieuses et singulières appellent  une transmission certes de « cœur à cœur », mais également de voix vivante à voix vivante. Ce sont des poèmes de la voix qui reposent sur une indécise alliance entre son et sens. Dans l’espace singulier et harmonieux du poème s’élève une voix si singulière, reconnaissable à sa fluence, voix confidentielle qui est vie, passage, élan, obstination et dans quoi se signe à l’oreille du lecteur l’identité du poète, son Adn de créateur, l’empreinte de son irréductible individualité.Voix qui s’assimile à la personne toute entière du poète, à son magnétisme, à son charme. Au lecteur d’impliquer ses poèmes dans sa vie à lui, aussi loin en avant dans celle-ci que possible, jusqu’à ce qu’elle devienne une partie intégrante de lui-même.

S’étant lancé à corps perdu dans la poursuite de l’aventure poétique, conçue comme acte de foi dans la langue, dans le monde, dans l’être, en référence et en révérence à ses « alliés substantiels » Baudelaire, Senghor, Rimbaud, Apollinaire, Birago, Joe Ouaquam, Jean Ferat et tant d’autres, PSK a su inventer une voix singulière dans la langue, un instrument propre à faire résonner sa sensibilité spécifique.
Etre unique qui parle en son nom, mais qui s’adresse à tous, la cause poétique chevillée au corps, PSK reconduit en direction de quiconque ouvre son livre le geste de l’offrande.

Dans ce recueil où PSK se confie à ses rêves, la poésie fait la cour à la beauté et procure au lecteur ce lest de bonheur pour la grande traversée qu’est la vie. Dans un monde qui semble sombrer toujours plus tragiquement dans les diktats de l’utile et du cynique, que peut le poète sinon isoler et sauver dans le langage des instants qui soient aussi des formes et des souffles ? Le poème demeure, aujourd’hui, l’unique espace de langage où le sens vient respirer et où s’épellent nos raisons de vivre. Ouvrier de la forme belle qui tente de dire le plus propre d’un être, le poète ne cesse de reconduire en direction de chacun le geste de partage qui ouvre un horizon spirituel. Pape Samba Kane est devenu le frère des grands transparents dont l’invisible palpitation assure, à travers le monde, la circulation de l’amour.

PS : ce recueil, encadré par la préface de Lilyan Kesteloot et la postface de Amadou Elimane Kane, tant par sa facture intrinsèque que par son impeccable présentation matérielle, est un coup de maître de la maison d’édition Lettres de Renaissances dont l’exigence de qualité semble être la marque de fabrique.

Par
Mamadou BA

Enseignant à l’Ucad

Qui ne souvient pas, à une époque encore très récente, des rêves caressés par le prédécesseur de Macky Sall à la magistrature suprême pour la création d’une nouvelle ville ? Que de sites n’avaient-ils été, tour à tour, désignés pour l’abriter ? Lompoul, Kébémer, Ngaye Mékhé, ou que sais-je encore ? Si le projet n’a pas connu une suite, c’est moins dû à une absence de volonté, encore moins à un défaut de financement. La véritable explication est à chercher dans l’absence d’une vision claire pour asseoir cette nouvelle ville. C’est ce qui nous a valu ces tergiversations qui sont même allées jusqu’à la création d’un ministère fantoche, celui « Chargé de la nouvelle ville ». Boileau ne disait-il pas que « ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément » ?

La différence a été faite au niveau de la conception avec toute l’ingéniosité du Président de la République, Son Excellence Macky Sall, qui a très tôt compris que le site devait avoir pour objectif principal de décongestionner la ville de Dakar, à la fois capitale administrative et économique très limitée dans ses possibilités d’extension du fait de l’océan Atlantique. L’emplacement géographique était alors plus que stratégique parce qu’on ne devrait pas trop s’éloigner du « patient » pour pouvoir lui apporter des remèdes efficaces.

D’où le choix porté sur Diamniadio, à 30 km de la capitale, 15 km du nouvel aéroport international Blaise Diagne, et surtout avec 2000 ha de terrains disponibles, la proximité avec Thiès et Mbour, entre autres atouts, pour recevoir le pôle urbain, étape importante du Plan Sénégal émergent, dans une commune qui existait déjà, mais qui a été complètement reconfigurée par les infrastructures de dernière génération de toutes sortes qui sont sorties de ses flancs de nouvelle ville et donc, pas de ville nouvelle, la nuance est de taille !

Parmi celles-ci on peut citer :

- Le Centre international de conférences Abdou Diouf, un fleuron de classe mondial, a été inauguré en 2014, lors du Sommet de la Francophonie que notre pays s’était fait l’honneur de recevoir avec une surface fermée de 14 700 m2, une salle principale d’une capacité d’accueil de 1500 personnes, 6 salles Vip de 100 m2 chacune, 8 boites de traduction simultanée, un centre d’exposition, un équipement de dernière technologie audio/vidéo/média, un restaurant Vip de 210 places, un restaurant public de 260 places, un centre média de 120 places, un parking de 200 places, etc. ;

- Les sphères ministérielles réalisées dans le cadre du Partenariat public-privé dont une partie a été réceptionnée ce 02 mai par le Président Macky Sall. Une inauguration qui marque une étape historique dans la marche de l’administration sénégalaise qui voit une partie de ses démembrements déployés hors de Dakar avec 120 000 m2 de bureaux qui seront mis prochainement à la disposition de l’administration sénégalaise. Ceci va permettre à l’Etat d’alléger sa facture locative de 8 milliards de FCfa par an. Les réalisations sont faites à 60 % par des nationaux ;

- Les programmes résidentiels avec l’ambition de construire sur le site 40 000 maisons et appartements économiques pour pallier au plus vite le déficit énorme de logements à Dakar et accueillir jusqu’à 300 000 habitants ;

- Les deux plateformes industrielles intégrées qui feront de Diamniadio une ville industrielle avec une dizaine de bâtiments d’affaires, un parc numérique de 26 ha. La première plateforme, déjà terminée, est dotée d’un hangar de 7000 m2 et pourra recevoir 60 entreprises sur une superficie de 52 ha ;

- L’aménagement de plus de 200 espaces verts et de lacs artificiels pour donner un sens au développement durable avec le concept d’éco-quartier ;

- Un complexe sportif multifonctionnel de 15 000 places avec des aires de basket-ball, volleyball, handball, boxe et patinage.

Aussi, la connexion entre Diamniadio et le reste de l’agglomération est déjà facilitée par la desserte de l’autoroute à péage qui sera renforcée par le prolongement de la Vdn et la mise en place du Train express régional (Ter) Dakar-Aibd, ligne de chemin de fer électrique à écartement standard dont l’ouverture du premier tronçon est prévu pour la fin de l’année 2018.

Bref, Diamniadio est en miniature le Sénégal émergent des horizons 2035 découlant du Plan Sénégal émergent, vision futuriste du Président Macky Sall, conçu et validé grâce à une vaste concertation avec tous les acteurs et qui a abouti à des réformes dans le domaine social avec une allocation de Bourses de sécurité familiale aux ménages les plus démunis, une Carte d’égalité des chances en faveur des handicapés, une Couverture maladie universelle, une revalorisation des pensions de retraite, une gratuité des césariennes, une amélioration des revenus des travailleurs, entre autres.

Des réalisations de cette même envergure sont visibles sur toute l’étendue du territoire national, dans le souci de rompre, de manière définitive, les inégalités et les injustices sociales. In fine, il sera question de sortir les populations du besoin en offrant à chaque Sénégalaise et Sénégalais les moyens de son autonomie grâce à son inclusion dans le tissu économique. Voilà le bilan sur lequel nous comptons pour réélire le Président Macky Sall dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2019. Qui dit mieux ? Nous sommes dans le temps de l’action ! Messieurs, veuillez circuler, nous, nous travaillons !

Par Ibrahima Baba SALL
Député-maire de Bakel

La sortie récente de Moustapha Cissé Lô, membre imminent de l’Apr, fait encore couler beaucoup d’encre. On lui prête même d’avoir utilisé un langage que d’autres, dans des circonstances ayant présidé à l’éclatement de leurs partis, ont eu à tenir. Ici, référence est faite même au conflit ayant opposé Lamine Guèye à Senghor jusqu’au contentieux entre feu Djibo Kâ et le Ps. Il est évident que ces situations sont, dans leur nature, différentes de celles d’aujourd’hui. J’y reviendrai ultérieurement, si nécessaire.

La compétition pour le contrôle de l’appareil politique de l’Apr ne se fait pas à travers des prismes que l’imagerie populaire retient de nous et malheureusement repris par certains qui voient la confrontation entre légitimité politique, familiale et historique. L’Apr est un parti bâti sur un socle politique et programmatique solide. Elle est née dans des circonstances politiques historiques qui ont vu l’exacerbation des contradictions entre les velléités du régime de l’époque de vouloir imposer une régression institutionnelle et démocratique au pays et la volonté incarnée par le mouvement des populations à vouloir imposer sa volonté, et qui y est parvenue.

Elle est le produit d’un mouvement populaire cristallisé autour des élections locales de 2009 et qui a vu sa liste, « Dekkal Ngor », rassembler plus de 150 000 voix et conquérir 11 collectivités locales. Dans toutes les autres localités du pays, l’Apr était sur les listes de « Benno Siggil Senegal », notamment à Fatick et à Dakar. Qui peut douter un seul instant que sa présence dans cette liste n’aura pas contribué à orienter les électeurs ?

Par conséquent, l’Apr, par les conditions de sa naissance, est différente de tous les autres partis. Elle est agent et produit du mouvement des populations à la recherche d’un levier politique nouveau, avec un personnel renouvelé et à sa tête un homme non entaché pour prendre en charge son destin.

Politiquement, elle est configurée autour de principes sociaux contenus dans « Yonou Yokoute » et qui trouvent leurs applications aujourd’hui et démocratiques, car incarnant le combat porté par les populations autour de la défense de la République et de ses institutions. Le combat mené contre le troisième mandat, la succession monarchique et les 25 % ont vu l’Apr, et bien évidemment d’autres, s’en approprier, et c’est de ce moment que date sa fusion avec le mouvement des populations.

Donc, le contrôle du parti ne pourra se faire qu’en rapport avec sa trajectoire. Il faudra, pour ceux qui aspirent à le contrôler, éviter de se tromper d’analyse et de reprendre les « fausses légitimités » ;

ce qui rend compte de la solidité du socle politique et programmatique de l’Apr. Aucune influence de la « transhumance » supposée sur ce socle. L’orientation politique reste maintenue dans les principes et ne manque pas d’épouser les contours des situations auxquelles elle est obligée de s’adapter.

Renforçons notre parti, élargissons-le davantage et confortons son président. Présentement, le parti doit concentrer toute son attention à la réélection de son président au premier tour de l’élection présidentielle qui est devant nous. Tout le reste risque de nous dévier de notre objectif.

Moustapha Cissé Lô, comme d’autres responsables, ont absolument le droit d’exprimer leur opinion sur la marche du parti sans pour autant s’en détourner, et c’est ce qu’ils font. Encore une fois, la nature humaine détermine souvent certains de nos comportements et on peut considérer que les propos récents tenus par Cissé Lô entrent dans ce cadre. Évitons de lui accorder une importance qu’elle n’a pas.

Par Mahmoud SALEH

La révolution industrielle du XIXème siècle, partie d’Angleterre, avait engendré de nouvelles formes de division et d’organisation du travail favorisant la naissance d’un syndicalisme de masse en Europe. En effet, l’accumulation du capital résultant de l’innovation technologique avait conduit à l’accroissement de la taille des entreprises et à de nouvelles méthodes de rationalisation du travail tendant à abaisser les coûts du travail et à développer le chômage. Dès lors, la nécessité du monde du travail de s’organiser pour la protection de leurs droits, la défense de l’emploi et l’amélioration de leurs conditions d’existence devenait une exigence historique.  

L’histoire du capitalisme est consubstantielle à l’antagonisme entre forces du travail et détenteurs des moyens de production qui se traduit par des conflits sociaux aboutissant, le plus souvent, à des arrêts de travail ; la grève constituant l’arme véritable des travailleurs pour la satisfaction des revendications sociales. La prise de conscience collective de l’exploitation des travailleurs dans le monde capitaliste avait généré un syndicalisme politique à la base de la création de partis ouvriers dans le but d’apporter les transformations sociales, de manière à briser les inégalités et favoriser la justice sociale.

A la suite des transformations keynésiennes de la théorie économique et des politiques économiques, les syndicats ont unanimement reconnu que les paramètres de l’offre et de la demande dans le marché du travail sont influencés par l’intervention de l’Etat. A tout le moins, les syndicats doivent désormais agir sur les marchés par lesquels l’Etat définit les règles du jeu du marché du travail, y compris leur propre droit d’exister convenablement, de négocier collectivement et de faire appel à la mobilisation collective. Les salaires ne sont pas seulement concernés par les salaires nominaux, leur intérêt inclut les salaires réels, prenant en compte le mouvement des prix, le salaire net après impôt et le revenu social assuré par l’Etat. C’est dire que les syndicats tentent partout d’influencer les politiques sociales et fiscales, surtout s’agissant des salariés du secteur public, lesquels, aujourd’hui presque partout, constituent la majorité des membres des syndicats s’occupant inévitablement des politiques de l’Etat.

Taylor insiste sur le fait que les syndicalistes sont inévitablement des acteurs économiques et politiques à la fois, et la relation entre ces deux rôles est éminemment complexe. Cette complexité a amené tous les acteurs à s’orienter vers des formes de mobilisation adaptée à la modernité, exigeant des modèles de dialogue social entre partenaires sociaux qui permettent d’aboutir à des compromis dynamiques et à la responsabilisation. Il faudra reconnaître que sans la responsabilisation et le compromis dynamique, aucun progrès économique véritable ne sera possible pour satisfaire les revendications sociales dans toutes les branches d’activité.

Les pays asiatiques dont les structures sociales s’apparentent à nos formations sous-développées, lesquelles ont connu, ces dernières décennies, un développement fulgurant, ont agi sur l’organisation interne du travail au moyen d’un pacte de stabilité sociale prohibant les arrêts de travail pouvant mener au blocage de la machine économique. En Chine notamment, le droit de grève n’est pas protégé par la loi et l’existence d’une seule centrale syndicale unifiée faisant autorité sur tous les autres syndicats affiliés permet une gestion harmonieuse des organisations et une efficacité optimale. Ce formidable pacte de stabilité sociale pour le rattrapage économique suppose un élan de patriotisme des travailleurs dans le sens d’un contrat pour demain vers une redistribution équitable des richesses. Dans ces syndicats asiatiques, où le travail est une mystique, le mécontentement est exprimé à travers le port du brassard rouge ou d’autres formes similaires, sans altération du progrès économique et de l’intérêt général, facteur rendu possible par l’éducation des membres à la formation politique, scientifique, culturelle, éthique, à l’autodiscipline et à l’intégrité morale. C’est ainsi que les pays asiatiques ont pu agir plus sur le capital humain que sur le capital financier, de renforcer ainsi la compétence du peuple dans la cohésion.

Dans nos pays à faible revenu et à forte croissance démographique, les problématiques liées à l’organisation du travail et, incidemment, aux problématiques relatives à l’éducation, à la formation et à l’emploi ne sont pas les mêmes que dans les sociétés développées, à faible croissance démographique. La colonisation a non seulement permis le renforcement de l’accumulation primitive du capital dans les pays du Nord en nous la privant, mais a favorisé aussi la naissance du syndicalisme en Afrique, consécutivement au transfert du système capitaliste dans le continent, à partir notamment de la résistance des cheminots pour l’Afrique de l’Ouest.

C’est pourquoi nous avons hérité d’un certain modèle de syndicalisme indépendant et inadapté à nos structures sociales caractérisées par un faible développement des moyens de production ayant concouru à l’hypertrophie de la fonction publique. Le pluralisme syndical qui était de tradition dans la métropole avait été transféré au Sénégal. Toutefois, à l’indépendance, le Sénégal avait misé sur la participation responsable et l’unification syndicale suivant le modèle asiatique pour éviter les grèves répétées de syndicalistes, en mettant au cœur de leurs préoccupations la situation économique et l’intérêt national pour des formations sociales sous-développées qui viennent d’obtenir leur souveraineté.

A partir des années 90, le syndicalisme responsable et unitaire commence à s’effriter en raison de l’abandon de plus en plus du centralisme et du désengagement de l’Etat, dicté par les politiques d’ajustement structurel, surtout dans le secteur de l’éducation et de la formation qui regorge plus de 80 % des effectifs de la fonction publique. Dès lors, au syndicalisme responsable et unitaire, s’est substitué un syndicalisme pluraliste indépendant qui a occasionné la floraison de syndicats dans le secteur de l’enseignement avec des grèves répétées qui concourent à la dégradation de l’école publique sénégalaise, en plus de la diminution relative des ressources per capita avec la forte croissance démographique, occasionnant de nombreux et importants déficits.

La crise du syndicalisme comme la crise des partis politiques au Sénégal est née de l’inflation des organisations des travailleurs dans le secteur de l’enseignement essentiellement. Cette inflation de syndicats indépendants conduit le plus souvent à un corporatisme populiste non transformationnel par l’entretien d’un conflit permanent avec l’Etat, à l’antipode de la participation responsable, menant à des dérives et déviations et, par ricochet, à la crise de l’enseignement. Les élections de représentativité pour arriver à l’unification syndicale, à la cohérence et à l’efficacité sont un pas, maisil faut arriver à une centrale unique des enseignants du Sénégal, tous les autres syndicats devant  y être affiliés.

Il faudra revenir, dans nos Etats encore à faible revenu et à forte croissance démographique, à la participation responsable et à l’unité syndicale dans le secteur de l’éducation et de la formation, pour mieux prendre en charge durablement le développement du capital humain, essentiel dans nos pays.

Par
Kadialy GASSAMA

Economiste
Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque

 

La liberté de la presse est la garante de la paix, de la justice et du respect des droits de l’Homme partout dans le monde.
Elle est un pilier indispensable de toute société transparente et démocratique et met les forces au pouvoir face à leurs responsabilités.
Elle est essentielle au développement durable.
Les journalistes et les professionnels des médias nous tiennent informés des actualités locale et mondiale et nous renseignent sur la marche du monde.
Ils rendent au public un service inestimable.  
Des lois qui défendent le journalisme indépendant, la liberté d’expression et le droit à l’information doivent être adoptées, appliquées et respectées.
Ceux qui s’en prennent aux journalistes doivent être traduits en justice.
Cette année, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, je demande aux gouvernements de faire davantage pour que la liberté de la presse soit respectée et les journalistes protégés.  
En soutenant la liberté de la presse, nous défendons notre droit à la vérité.

Par
Le Secrétaire
général
des Nations unies

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Nous avons fêté, le mois dernier, les 90 ans de Cheikh Hamidou Kane dans une ambiance familiale et conviviale. C’est en raison de la qualité des témoignages que je me permets de partager avec le public quelques anecdotes pouvant édifier sur les premiers écrits ayant abouti au roman qui est « L’Aventure ambiguë ». Notre oncle, Kacha, est revenu longuement sur le tournant qu’a été le déménagement de la famille de Tivaouane à Thiès lorsque le père de Cheikh Hamidou Kane (CHK) a été affecté dans cette ville. Il y assumait les fonctions d’interprète et de conseiller des administrateurs coloniaux. Il dit se souvenir des vacances scolaires chez l’oncle Amadou qui se chargeait de veiller à l’éducation des uns et des autres, comme si c’était un rôle qui lui était assigné.

Donc, la maison de Randoulène Sud était le nouveau pôle des Diallobés arrivés à Thiès. C’était un grand terrain sur lequel il y avait des cases qui ont d’ailleurs pris feu et auxquelles un bâtiment a succédé un peu plus tard. Il n’y avait pas d’électricité, juste un puits dans la maison. Aussi, dans cette maison, les jeunes de la famille se retrouvaient lors des vacances scolaires. Kacha dit que son cousin CHK lui avait demandé d’aller acheter des « cahiers d’école » et à la lumière d’une lampe tempête, tu griffonnais quelques notes çà et là. C’était dans les années 1948-49, je m’en souviens parce que l’on venait de perdre un de nos cousins lors d’un accident de voiture. J’avais récupéré les cahiers et les avais gardés lorsque tu es parti poursuivre tes études en France.

Et Kacha de continuer : nous nous sommes retrouvés une dizaine d’années plus tard à Villejuif, en France. Lors d’un de tes passages, tu devais te rendre en Israël. Autour d’un café à l’Observatoire, nous avons évoqué la vie chez nous, nous avons parlé du fleuve, de la famille et du « Grand Chameau ». Et puis, je t’ai dit, Cheikh, tu devrais écrire tout ça. Tu m’as répondu, Oh j’avais commencé à coucher des idées sur papier dans des cahiers que j’avais laissés à Thiès. Je ne les retrouve plus. Je t’ai alors dit : « les cahiers sont là, je te les avais gardés ». Lorsque je t’ai remis tes cahiers, tu as vraiment mis en ordre ce qu’est devenu « L’Aventure ambiguë ».

Je regrette simplement la disparition de MG dans la version finale du roman, a conclu Kacha dans un brouhaha sympathique.

Et puis, CHK nous a parlé simplement avec les termes suivants. Je remercie Dieu de m’avoir donné la famille que vous êtes. Je suis privilégié, et si je représente quelque chose dans ce pays et au-delà de ce pays, je le dois à cette famille, à la qualité de la ressource humaine de cette famille, et ça, depuis les pères fondateurs. Le plus ancien dont on se souvient, c’était Alpha Ciré qui est de la génération des grands noms de l’histoire du Fouta. Il a eu deux épouses successivement, dont la seconde était la petite sœur de la première. Quand la première est décédée après lui avoir donné 2 enfants, il a pris sa sœur qui lui a donné les autres enfants. Déjà là, il a donné un exemple qu’il a exhorté sa descendance à suivre.

Alpha Ciré qui était un juge musulman a insisté pour que ses enfants aillent à l’école ; ce que j’appelle l’Ecole nouvelle dans « L’Aventure ambiguë ». II était convaincu que si on élève nos enfants dans la religion la plus orthodoxe, la plus ouverte et qu’on les élève dans la tradition halpulaar, peule, de respect des aînés, des parents, si on les élève dans le sens de l’honnêteté, la rigueur et surtout si on les élève dans la solidarité familiale, ce qu’on appelle le « jokkere hendam », on peut risquer d’aller à la rencontre de l’autre, de l’étranger. Donc, pour reprendre, si on les a préparés comme je dis dans une religion éclairée, ouverte, savante et dans l’enracinement dans la culture peule dans ce qu’elle a de meilleure, alors on peut les envoyer à la rencontre de l’autre. Tant qu’ils n’auront pas dévié des 2 voies, on peut être sûr qu’ils ne se perdront pas.

Le fils de Alpha Ciré (Amadou) a payé les études de ses frères. C’est lui qui a poussé ses autres frères à aller à l’école et qui sont devenus interprète ou chef de canton. Il a veillé à la réalisation de la vision du père. Et cette famille, ce noyau restreint, s’est alliée à toutes les familles du Fouta. Toutes les grandes familles du Fouta sont liées à notre famille (...). La fréquence des Almamy chez nous vient des liens avec ces parents d’autres origines.

La génération de mon père a suivi les parents et ils ont suivi l’exemple donné par Alpha Ciré et son fils Amadou. Ils ont élevé les enfants, chacun s’occupant des enfants de l’autre.

CHK s’arrête et dit : Mimi (son épouse) est fatiguée et il faut qu’elle remonte se reposer. Je voudrais en profiter pour lui rendre un hommage. Elle partage ma vie et m’a rejoint dans ma religion ; ce qui n’a pas été toujours évident pour son entourage. Il lui prend la main ; ce qui me donne l’occasion d’une belle photo. Quelques larmes parmi l’audience…

Et CHK continue : Je vous exhorte à suivre leurs traces (les pères fondateurs), à veiller à ce que vos enfants suivent ces traces, la solidarité, la pratique de la religion, l’adhésion au code d’honneur. J’ai des raisons d’être fier de vous, chacun de vous fait de son mieux, en particulier vos filles. Elles sont en train de prendre le relais. Parce que les filles ont pris du retard par rapport aux garçons. Parce que la famille était encore réticente d’amener ses filles à l’école. Aujourd’hui, tout ceci est levé et j’ai de petits enfants et nièces très brillantes, grâce à Dieu.

Par Dr Fadel Kane
Dakar

Nous ne connaissions pas Habib Faye. Nous ne l’avons jamais rencontré, sauf sur les écrans de télévision. Nous avons découvert à la fois l’homme et l’artiste à partir des très nombreux témoignages qui ont accompagné sa très douloureuse disparition. Commençant par le commencement, que l’on nous permettre de présenter nos profondes condoléances à son épouse, ses enfants, sa famille. Dire à son grand frère et premier admirateur, Youssou Ndour, combien l’ensemble des Sénégalais, et au-delà de notre pays, ont été touchés par son immense présence quand la mauvaise nouvelle est tombée. C’est sans conteste une des plus tragiques pages de sa divine vie d’artiste qu’il vient de vivre en perdant un compagnon de longue route, en perdant un frère tant aimé, en perdant un artiste inoubliable, fécond, inspiré, généreux, rigoureux dans son art. Nous avons choisi ses qualificatifs à la lumière de tous les témoignages qui, depuis une semaine, n’ont cessé de nous parvenir de partout à travers le monde.

Nous retenons de lui, avec humilité, un artiste qui a tôt quitté l’école et qui a fini par créer à lui seul une école et devenir un maître. Comme Youssou Ndour, l’accompli ! Telle est la voix du Seigneur, mais non sans le labeur du semeur !
Il est facile pour nous, poètes et écrivains, de comprendre et de mesurer cette douleur qui touche tout notre pays, ceux qui étaient proches d’Habib Faye et ceux qui ne le connaissaient point ou que de nom, ou l’admiraient de loin comme musicien de talent. En perdant Hamidou Dia, Ibou Diouf, Jo Ouakam Issa Samb, Souleymane Keïta, Ndary Lô, Ousmane Sow, Sanokho, Makhouredia Guèye, Baye Peul, Ndongo Lô, et tant d’autres figures de notre espace culturel et artistique, nous savons ce que c’est l’inacceptable perte d’un être cher, d’un être si rare, si beau, si fraternel. Mais, la mort n’arrête pas le son des guitares. Elle n’effacera pas la présence d’Habib Faye sur scène. Chaque guitare du Super Étoile rappellera le maître qu’il fut. Ceux qui le remplaceront auprès de Youssou Ndour auront toujours en mémoire la magie de ses doigts. Ce défi, nous sommes sûr, produira de nouveaux grands maîtres dans les temps à venir. Il y a le talent et le génie. Il nous semble, nous les moins alphabétisés en musique, qu’Habib Faye appartenait au génie. Le talent serait, dit-on, plus durable que le génie. Pour dire combien Dieu aime souvent rappeler tôt auprès de lui ceux qui savent ajouter de la lumière aux étoiles.

Tout juste pour dire également merci au président de la République, protecteur des arts, d’avoir été présent aux obsèques d’Habib Faye comme il l’a été bien souvent quand de grands esprits nous ont quittés. La culture est une belle famille. Elle additionne plus qu’elle ne soustrait, comme aimait à le rappeler un bel esprit, ministre de la Culture dans sa vie, Abdoul Aziz Mbaye de son nom, que j’ai entendu pleurer en direct lors de son témoignage sur Habib Faye.
Longue vie à Youssou Ndour. Longue vie au Super Étoile. Puisse le Seigneur, comme Lui Seul sait le faire, atténuer l’immense peine de Mme Habib Faye et de ses enfants. L’artiste dont nous avons entendu parler du poids du cœur est à la droite du Père. C’est notre prière, nous ses compatriotes.


Email :

Amadou Lamine
Sall

Poète
Lauréat
des Grands prix
de l’Académie française


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