Evasion

Evasion (85)

L’évolution très rapide de la société vers le modernisme a changé beaucoup de choses dans la manière d’être et de faire. Si, il y a quelques années, les hommes prenaient beaucoup de temps pour séduire, plaire et aimer, les méthodes ont aujourd’hui changé. Certains préfèrent brûler la première étape tandis que d’autres passent directement à l’attaque. Cette évolution, ne tenant plus compte de l’aspect du sortilège sentimental, a tendance à reléguer l’art d’aimer au second plan.

Qui d’entre nous n’est jamais tombé sous le charme d’une fille, qui incarnait à ses yeux, une beauté majuscule et un charme irréductible ? Qui de ceux qui sont nés bien avant 2000 n’a jamais, ne serait qu’une fois, écrit une lettre d’amour pour fixer avec des mots ou avouer par des phrases bien orchestrées la magie de la sensation d’aimer ? L’évidence, c'est qu’on a tous aimé ou du moins été amoureux. Chacun a, soit au détour du chemin de l’école, soit dans certaines cérémonies, soit dans n’importe quelle autre situation de la vie, rencontré un jour cet être cher gouvernant sans partage ses sentiments. L’amour n’a pas d’époque même si l’art d’aimer change au fil du temps. Dans la littérature, on a tous ou presque été séduit par les lettres de Napoléon Bonaparte déclamant son amour à Joséphine de Beauharnais pour parler des charmes de son « incomparable » amour qui « enflamme continuellement son cœur d'une flamme ardente et lumineuse », le fameux poème « A une passante » de Charles Baudelaire(Les fleurs du mal) foudroyé en pleine rue par la beauté majestueuse d’une passante ou encore la belle lettre de Victor Hugo à l'actrice Juliette Drouet. On se rappelle également les lettres de George Sand à Alfred de Musset évoquant le souvenir du baiser de son amoureux et de celle de Guillaume Apollinaire à la comtesse Louise de Coligny-Châtillon pour nous livrer les secret de charme de son « bijou précieux », sa « perle ronde » le rendant « infiniment heureux.» Plus proche de nous, Léopold Sédar Senghor, dans un poème intitulé «Ce soir sopé», nous entraine dans une sorte de déclaration d’amour à sa bien-aimée. Ces écrits et lettres d’amour ont inspiré beaucoup de personnes dans leur jeunesse de telle sorte que la plupart d’entre eux se muaient en poète de circonstance pour chercher à séduire leur fille de rêve.

Les lettres, le regard…
DragueurLa trentaine révolue, Mapenda Cissé se souvient, comme aujourd’hui, de sa première lettre d’amour empreinte de métaphores du genre: « tu es mon rayon de soleil ». La lettre, qui était le premier véritable contact avec l’être aimé et l’un des arsenaux de séduction les plus importants, devait être soigneusement écrite. «Comme j'étais très amoureux de la fille et que j'avais peur de lui faire une déclaration d’amour en face, la lettre était le seul moyen pour faire passer mon message. Mais, ce n’était pas parce que j'étais un poète ou que j’étais fort en écriture. Au-delà de tout, la lettre n'était qu'un canal de communication », laisse-t-il entendre. Ndèye Aida Diop se rappelle également sa belle époque où l’amour de jeunesse avait cet aspect d’une chose taboue. « Ma période, c'était les lettres, le regard… On parlait de tout et de rien, en sachant bel et bien ce que tous les deux voulaient. Et puis un bon jour Monsieur décide de faire sa déclaration officielle. Une déclaration que l'on avait hâte d'entendre. Et commencent les visites à la maison où l’on te met au salon avec tous les membres de la famille », explique-t-elle, esquissant un sourire. Par contre, certains, moins téméraires, préféraient passer par leur ami, un intermédiaire, une personne confidente. Selon Baba Ndao, enseignant de profession, c’est cette personne qui se rendait chez la fille pour lui transmettre les propos de l’amoureux. « On avait l'impression que l'amour était un peu tabou », souffle-t-elle. Célibataire, Kiné Sène abonde dans le même sens : « On demandait à un ami de s’en charger ou un membre de la famille de la fille, avec la fameuse expression : «Dokhal ma boy bi wayy ». Ensuite, la fille, après avoir été informée, prend son temps pour se décider. Si par chance elle est intéressée, elle répond positivement ».

« Les hommes ne séduisent plus »
Si aujourd’hui, les gens continuent encore de s'aimer, les méthodes de séduction ont toutefois bien changé. Les lettres écrites à la main n'ont plus le vent en poupe. Il en est de même pour ce qui est des interminables discours, les visites répétitives au domicile de l’être aimé dont l’unique objectif était d’user de toutes les astuces pour attirer l’attention de la fille et gagner son cœur. Pour beaucoup, conquérir une fille ne nécessite plus de passer par autant d’étapes. Du coup, il faut raccourcir les escales pour gagner davantage de temps et d’énergie. Mieux, soutient Ndèye Aida Diop, les hommes ne cherchent plus à séduire. « Les hommes n’ont plus de patience. Dès qu'ils te voient, ils pensent au « vuvuzela » pour faire « Waka ». Ce qui veut dire qu'ils n'essaient même pas de t'apprécier », fait-elle remarquer, précisant qu’il y a toujours des exceptions avec des hommes patients et prêts à aimer mais, tout en continuant quand même de lorgner dans tous les sens pour trouver quelque chose à « Waka ». Cela, surtout si la fille est dans la chasteté. Dans ce contexte de modernisme, l’art d’aimer qui était bâti sur la séduction perd peu à peu de son lustre. « Actuellement, les hommes n'aiment personne. Dès le premier jour, ils te sortent le fameux « Je t’aime » alors que nenni. Ils n'en croient rien. L'hypocrisie prend le devant sur tous leurs actes », regrette la demoiselle Kiné Sène. Pour cette célibataire, ce cas de figure risque de ne jamais se coller, si l’intéressé tombe sur une fille qui croit au romantisme.

Ndèye Aida Diop pense, toutefois, que cette évolution dans l’art de séduire et d’aimer est liée à une perte de valeurs. «Toute évolution a ses inconvénients mais aussi ses avantages. Cette évolution dans la façon de séduire ou d’aimer n'est pas totalement négative d’autant plus que maintenant, les gens arrivent à faire la différence entre l'amour et le sexe », note-t-elle.

L’art de la séduction à l’épreuve des réseaux sociaux
Contrairement à ce qui est avancé par certains, Mapenda Cissé, de son côté, estime que la séduction reste toujours de vigueur. Elle a justement changé de forme avec l’avènement des réseaux sociaux comme « Facebook », « Viber » ou encore « WhatsApp ». Les nouvelles technologies ont simplement annihilé le mythe de l’amour, en supprimant cet aspect tabou qui accompagnait la séduction. « Je pense que les hommes continuent de séduire mais pas comme dans le passé. Auparavant, c'était l'homme qui allait directement dans la maison de la fille pour discuter avec elle, en prenant du thé. Toutefois, aujourd’hui, avec l'avènement des nouvelles technologies et Internet, tout se joue avec le téléphone et l'ordinateur », affirme-t-il. La séduction à l’ère du Web 2.0 a quitté l’espace physique pour celui virtuel.

Par Ibrahima BA

Last modified on samedi, 16 septembre 2017 15:18

C’est devenu une tendance. Certains Sénégalais préfèrent de plus en plus acheter des mobiliers de deuxième main importés d’Europe qui ont la réputation d’être moins chers. Ce créneau ne laisse décidemment pas indifférents les immigrés qui, pour la plupart, s’activent désormais dans la revente de ces mobiliers « made in Europe ».

Tel un collectionneur à la prospection d’objets précieux, Amadou Samb est aux aguets. Il est à la recherche de matériels qui se démarquent du lot de par leurs styles et leurs formes. Amadou ne se focalise pas sur un seul objet. Tout ce qui attire est susceptible de l’intéresser. Pour cela, il s’est déplacé de très bonne heure en ce lundi. L’information avait déjà couru dans le cercle des revendeurs comme quoi un conteneur en provenance d’Italie allait être déchargé ce lundi. Avec sa petite bande de quatre amis, ils ont voulu autant que possible protéger l’information. Mais, rien n’y fait car, comme une trainée de poudre, celle-ci s’est repandue de bouche à oreille. En atteste en effet, le nombre important de revendeurs qui ont fait le déplacement en cette matinée de lundi. Armés de leur argent, ils sont venus de très bonne heure à Poste Thiaroye, lieu où le conteneur est stationné à bord d’un camion. « Le propriétaire avait promis d’ouvrir le conteneur à 8h. Il est déjà neuf heures passées et il tarde pourtant à se pointer », se plaint un jeune homme, la vingtaine. Habillé d’un tee-shirt rouge, d’un jean bleu assorti d’une casquette noire et de baskets de la même couleur, Saër a très tôt rallié les lieux. Il tient boutique aux Maristes. Dans son échoppe, Saër dit essentiellement vendre des meubles et des fauteuils. Il vient donc auprès des fournisseurs de matériaux de seconde main pour se procurer de quoi mettre sur le marché. « Il me sera difficile de vous dire exactement à combien j’achète mes matériaux. Le marché n’est pas fixe. Ce qui demeure exact, c’est que j’arrive à faire des bénéfices de l’ordre de 30 à 70 % », confie le jeune homme. Aujourd’hui, dans l’espoir de faire une chasse fructueuse, il espère repartir avec des fauteuils en cuir, souligne-t-il. Il est d’autant plus déterminé à se procurer ces fameux fauteuils qu’un de ces fidèles clients lui a passé une commande depuis des mois déjà. « Si j’arrive à me procurer ces fauteuils, ce sera juste une question de transaction. Mon acheteur est fin prêt et nous sommes déjà tombés d’accord sur un prix. C’est sûr qu’au minimum, je me ferai un bénéfice de l’ordre de 40%. Si je gagne davantage ce serait encore mieux. Quoi qu’il en soit, je ne serais pas perdant », explique-t-il.

Les acheteurs ont l’embarras du choix
Il est exactement 10h lorsque le propriétaire se décide enfin d’ouvrir le conteneur. Djiby Sy est décidemment venu en retard. Petite taille, embonpoint, démarche nonchalante, teint clair, Djiby subit la risée des acheteurs dès la descente de son véhicule. Ils se plaignent tous de l’heure tardive à laquelle le propriétaire s’est pointé. En bon diplomate, Djiby s’excuse avant d’expliquer qu’il était en train de s’affairer aux derniers réglages administratifs. On ne perd surtout pas de temps. Tout de suite, trois personnes préposées à faire sortir les bagages commencent à s’affairer. Un « fourre-tout » s’offre alors à la vue du public présent sur les lieux. Tout y passe : fauteuils en cuir, chaises en plastique, lampes de chevet, téléviseurs, vieux aspirateurs et réfrigérateurs.

Les acquéreurs ont décidemment l’embarras du choix. Tout le matériel a déjà servi sous d’autres cieux et se voit conférer une seconde vie au Sénégal. Chacun des acquéreurs présents à sa spécialité et partant se focalise exclusivement sur la marchandise susceptible d’intéresser sa clientèle. Amadou Samb jette alors son dévolu sur les réfrigérateurs. En tout, le propriétaire du conteneur en a apporté trois. « Ils sont visiblement tous en bon état », se réjouit Amadou, avant de mettre la main dessus, histoire de montrer aux autres qu’il lui revient en premier de négocier. C’est seulement s’il ne tombe pas d’accord avec le propriétaire que les autres pourront alors proposer à leur tour une somme. Les trois réfrigérateurs choisis par Amadou sont de tailles différentes. L’un est plutôt grand standing, les autres sont de taille moyenne. Amadou engage alors la négociation. Après quelques minutes d’échanges de propos, les deux protagonistes tombent d’accord. « J’ai pu m’offrir le gros réfrigérateur avec la somme de 150.000 FCfa et les deux autres à 100.000 FCfa chacun », se réjouit-il. Amadou est sûr de pouvoir écouler vite les trois frigos. « Pour les trois frigos, je suis prêt à les céder pour la somme de 600.000 FCfa », dit-il promettant que la vente sera « juste un jeu d’enfant ».

De son côté, Saër a également trouvé ce qu’il cherchait. Il était venu pour se procurer des fauteuils, il en a trouvé qui sont d’ailleurs « en très bon état ». Des fauteuils en cuir de sept places de surcroit. C’est à peine s’ils ont déjà été utilisés vu notamment leur bon état, souligne le jeune commerçant. Sur le marché, de pareils fauteuils neufs ne coûtent pas moins de 900.000 FCfa, informe le jeune commerçant déterminé à tout faire pour acquérir la marchandise. Après de rudes négociations avec le propriétaire, Saër est parvenu à s’offrir l’ensemble des fauteuils en cuir pour la somme de 375.000 FCfa. Il est décidé à les vendre au « minimum à 500.000 FCfa », estime- t-il. S’il parvient à trouver mieux, Saër ne se fera guère prier.

D’intéressants bénéfices pour les revendeurs
BraderieDans ce méli-mélo à la chasse d’objets précieux, un des acquéreurs a exclusivement jeté son dévolu sur les lampes de chevet et les aspirateurs. Quelles que soient leur taille, leur marque ou leur forme, Famara est prêt à casquer le prix. Il est parvenu à s’offrir dix lampes de chevet, le tout acheté à 3.500 FCfa l’unité. Famara qui tient boutique aux Parcelles Assainies, est sûr de pouvoir les revendre à au moins 8.000 FCfa l’une, dit-il. En ce qui concerne les aspirateurs, les prix varient ; ils sont compris entre 4.000 à 7.000 FCfa selon la marque et la taille. Là aussi, Famara est assuré de faire « d’intéressants bénéfices ». Omar Ndao est lui spécialiste de téléviseurs. Il a fait de cette vente sa spécialité. En lundi matin, il est parvenu à s’offrir quatre téléviseurs « en très bon état ». Il s’agira pour lui de veiller à quelques réglages avant de les proposer à la vente. Les quatre téléviseurs lui sont revenus à 450.000 FCfa. Le commerçant est tout même persuadé de pouvoir tous les revendre à une somme qui lui permette d’effectuer un « excellent bénéfice ». Omar se refuse tout de même de s’avancer sur les chiffres car, juge-t-il, cela varie selon l’intérêt manifesté par l’acheteur.

De vendeur ambulant à pourvoyeur de matériels
Le propriétaire Djiby Sy informe à son tour sur la provenance de la marchandise. Le monsieur qui se dit « immigré sénégalais vivant entre l’Italie et l’Espagne » est un homme d’affaires aguerri. Il dit avoir passé seize années en Europe. Au début de son aventure d’immigré, Djiby gagnait bien sa vie à travers son commerce fait de « vente d’habits, de tee-shirts et de ceintures ». La vie était alors « belle » pour le jeune immigré. Avec ce commerce, il dit s’être alors offert une maison aux Parcelles Assainies et une autre à Thiaroye Azur. C’est vers les années 2006 que ses affaires ont commencé à dégringoler, s’installe alors un moment de vaches maigres, se souvient-il. Contraint de prendre une nouvelle orientation, c’est alors que l’immigré a décidé d’expérimenter l’exportation de marchandises immobilières de deuxième main. « Au début, l’aventure était un peu risqué. Les rares Sénégalais qui se procuraient ce genre de matériels préféraient plutôt aller acheter du neuf », se rappelle-t-il. Mais, au fil du temps, les choses ont évolué. Djiby se souvient également qu’au début, il lui arrivait d’obtenir gratuitement des matériels en Europe pour venir les revendre au Sénégal. « La donne a changé depuis quelque temps. Désormais, il faut casquer pour pouvoir entrer en possession d’un tel matériel », remarque-t-il.

Des maisons décorées avec des meubles importés
Ibrahima Diagne, 30 ans, jeune célibataire vivant aux Maristes, est le prototype de personnes qui ont exclusivement décoré leur maison avec des meubles de deuxième main en provenance d’Europe. Le jeune homme, commerçant de son état, vit avec son frère dans un appartement de trois pièces. Sur les lieux, un savant mélange « de bon goût » et « un choix réfléchi des meubles » frappent le visiteur.

Dans le salon sont rangés de jolis fauteuils marron en cuir. Un téléviseur plat 42 cm tient sur une jolie table. Des rideaux multicolores au charme original sont accrochés aux quatre coins du salon. Des pots de fleurs sont visibles de part et d’autre. Sur un angle du salon se trouve un climatiseur. Dans la cuisine, en plus des ustensiles d’usage, se dresse également un réfrigérateur grand format qui semble plutôt neuf.

Ibrahima raconte avoir équipé tout son appartement avec du matériel acquis sur les conteneurs en provenance d’Europe. Pour tout ce matériel, Ibrahima affirme avoir casqué moins d’un million. Chose presqu’inimaginable s’il s’agissait de meubles neufs.

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 15 septembre 2017 16:24

Doté d’une faune et d’une flore exceptionnelle, le département de Ranérou a des atouts majeurs pour séduire. Mais ce grand potentiel est sous-exploité.

Pour le préfet du département, Ranérou constitue une véritable exception avec la présence de deux réserves de faune. « Les animaux sauvages sont très nombreux dans le département. L’accès difficile favorise la faune sauvage. De plus, Ranérou est frontalier à Tambacounda. C’est une continuité territoriale, un couloir de transhumance des animaux sauvages. C’est le seul département où l’on retrouve des autruches à l’état sauvage qui ont disparu dans beaucoup de pays, des gazelles, des hyènes et plusieurs espèces d’oiseaux. C’est ce qui fait du Ferlo une exception », note le préfet, Amadoune Diop. De l’avis du préfet, Ranérou, avec l’enclos de Katané qu’il qualifie de « merveille », pourrait se forger une réputation de destination touristique à la hauteur de son riche patrimoine naturel et culturel. Ainsi, soutient-il, Ranérou, grâce à ses trésors naturels, pourrait, avec le soutien de l’État et des partenaires, devenir un paradis de l’écotourisme et attirer des milliers de visiteurs par an.

Avec une faune et une flore très riche, un écosystème protégé et une culture locale diversifiée, les opportunités pour développer l’écotourisme sont nombreuses, selon le capitaine Fall. « En collaboration avec le bureau de la communication, du Tourisme et de la Promotion de l’écotourisme de la Direction des Parcs nationaux, un étudiant en licence 3 va effectuer un stage de deux mois dans la réserve en vue de proposer des offres éco-touristiques qui tiennent en compte les potentialités du département. Éventuellement, dit-il, l’étudiant reviendra pour faire son Master », précise le conservateur. « Tout cela pourrait nous aider à développer le tourisme à Matam. Malheureusement, quand on parle de cette région, c’est en termes de chaleur, de sécheresse, alors que c’est une région riche sur le plan culturel, environnemental, etc. », soutient le conservateur. Pour le capitaine Fall, il y a de belles choses à montrer. D’ailleurs, note-t-il, le Conseil départemental de Ranérou Ferlo a pris l’engagement de créer un écomusée à Katané. Le budget, informe-t-il, a déjà été élaboré. « Il serait même intéressant d’avoir une boutique villageoise pour vendre la culture locale et tout ce qu’on a comme diversité de faune à Katané. Ce sont des atouts qu’on pourra exploiter pour développer l’écotourisme local », indique le conservateur.

Mais aujourd’hui, il est difficile d’envisager le développement de l’écotourisme sans de bonnes pistes. « Pour faciliter le déplacement ou inciter des touristes à visiter cette réserve, il est impératif de penser à ériger une piste latéritique ou goudronnée entre Ranérou et Katané en passant par Toubel », indique le capitaine Fall. À cela s’ajoute l’amélioration du réseau téléphonique qui est défectueux dans ce village perdu dans le Ferlo. Katané est coupé du reste du monde à cause de cet état de fait et avoir le réseau nécessite une grande débauche d’énergie. Les usagers sont obligés de placer les téléphones sur les toits des cases en paille ou des bâtiments en dur du poste de Katané et espérer que dame chance soit au rendez-vous.

Education environnementale
Le capitaine Fall préconise également une solution locale, notamment l’éducation environnementale sur la réserve de biosphère du Ferlo. C’est dans cette lancée qu’une caravane scolaire des ambassadeurs de la réserve a été initiée. Des élèves les plus méritants du département ont été amenés pour visiter l’enclos de Katané, le Parc national Niokolo Koba (Tamba) et d’autres réserves. « Il faut vendre l’image de l’enclos d’autant que partout à travers le monde, les Parcs nationaux s’autofinancent », poursuit le conservateur.

Avec une superficie de 487.000 ha, la Réserve de faune du Ferlo nord est la deuxième aire protégée du pays. Sa gestion nécessite la mobilisation d’énormes moyens financiers, matériels et humains. Le nouveau directeur des Parcs nationaux est conscient de cela, précise le capitaine Fall. C’est dans ce contexte que s’inscrit le recrutement des agents des Parcs nationaux par le ministère de l’Environnement. Ce qui, selon le capitaine Fall, permettra de renforcer les ressources humaines. Pour ce qui est des ressources financières, explique-t-il, « la Réserve de faune du Ferlo nord, notamment l’enclos de Katané, a des partenaires qui l’accompagnent notamment la coopération espagnole, Sos « Sulcata », d’autres Ong et des experts dans le monde de la conservation sahélo-saharienne », en parfaite intelligence avec les autorités.

S’agissant des cas de feux de brousse, ils sont moins fréquents dans la réserve, selon le conservateur. Cette année, dit-il, un seul cas s’est déclaré et a été très vite maîtrisé grâce à l’appui des populations. « Nous travaillons en collaboration avec les populations locales. Nous avons formé des éco-gardes qui nous représentent dans chaque village. Ils nous donnent des informations à temps réel et nous aident beaucoup dans la sensibilisation des populations », souligne le capitaine Fall qui salue l’engagement des populations. « Nos relations sont bonnes. Certains sont même engagés à nos côtés sans aucune contrepartie financière parce qu’ils savent ce que représente la réserve pour eux. Ils nous appuient beaucoup et parfois, ils n’hésitent pas à attacher leurs charrettes pour nous accompagner dans notre mission », se félicite le conservateur de la réserve.

Par ailleurs, précise le capitaine Fall, chaque transhumant est obligé d’avoir une autorisation pour camper dans la réserve. « Au cours des rencontres avec les transhumants, nous les sensibilisons sur les mesures à prendre pour éviter les cas de feux de brousse », informe le conservateur.

Après un tour sur le plateau où mettent bas les oryx, notre équipe s’est rendue à la mare dénommée « wéndou mawndou » (grande mare). À côté, se dresse un imposant baobab qui, telle une sentinelle, surveille le plan d’eau. Il sert de refuge à deux pythons, selon l’agent Touré. Contrairement à ceux de la Casamance, ajoute-t-il, ces pythons ne sont pas agressifs. Outre « wéndou mawndou », on retrouve deux autres mares : « wéndou dioudndou » (longue mare) et « wéndou lélaa » (mare des gazelles).

Ces trois mares tarissent chaque année en janvier. Pour approvisionner les animaux pendant la saison sèche qui est très longue dans la zone, le conservateur de la réserve de faune du Ferlo nord et son équipe font recours au forage du village. Pour cela, douze points d’eau d’un volume de 600 l chacun ont été ainsi aménagés et alimentés par un système archaïque notamment une charrette. Pour le capitaine Serigne Modou Mamoune Fall, la modernisation du système d’approvisionnement en eau de l’enclos s’impose. Celle-ci passe d’abord par la réhabilitation du forage qui consiste à élever le château d’eau pour faciliter le drainage des eaux vers les bassins. « Il nous faut un château d’eau surélevé pour faire une canalisation primaire puis secondaire pour alimenter les bassins avec un système d’ouverture et de fermeture automatiques », relève le conservateur de la réserve.

Selon lui, un projet a d’ailleurs été élaboré dans ce sens et des bailleurs de fonds l’ont jugé réaliste. « Ils sont en train de collecter des fonds. Nous voulons réaliser un château d’eau qui va assurer les besoins en eau des animaux dans l’enclos en saison sèche et pour les populations de Katané un abreuvoir pour leur bétail non loin du forage », indique-t-il. Pour ce projet, renseigne le capitaine Fall, « une partie du financement a été bouclée et l’exécution des travaux est prévue à la fin de l’année 2017 ».

Par Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes) et Mbacké BA (photos)

Last modified on jeudi, 14 septembre 2017 15:22

Longtemps considéré comme une zone désertique dans lequel rien ne pousse, le Ferlo, particulièrement le département de Ranérou (région de Matam), regorge de potentialités. Les amoureux de la nature et de l’environnement y trouveront de quoi peupler leurs rêves. Au milieu de la réserve de faune du Ferlo nord, deuxième aire protégée du pays avec ses 487 000 ha, se trouve l’enclos de Katané, un espace clôturé de plus d’un millier d’hectares où plusieurs espèces menacées d’extinction se réadaptent aux conditions de leur milieu naturel.

Venir à Ranérou sans visiter la Réserve de faune du Ferlo nord ou encore l’enclos de Katané est un énorme gâchis. Situé à 30 km au nord de Ranérou, cette merveille perdue au plein milieu du Ferlo et presque méconnu du commun des Sénégalais n’est pas facile d’accès. Une vraie gymnastique s’impose pour y aller. Il faut, au risque de se perdre, emprunter un dédale de pistes impraticables que l’abondance des pluies a rendues encore plus cahoteuses.

Pour s’y rendre pendant l’hivernage, il faut prier que le ciel n’ouvre pas ses vannes. Et avoir un bon véhicule, un très bon chauffeur qui connait bien la zone. Le déplacement de l’équipe du « Soleil » sur Katané a été rendu possible grâce au Conservateur de la réserve de faune du Ferlo nord. Malgré son calendrier très chargé, le capitaine Serigne Modou Mamoune Fall a accepté de nous guider.

Plus la voiture s’enfonce dans la Réserve, plus on se rend compte que cet espace renferme une flore d’une diversité exceptionnelle. Avec la saison des pluies, le sol s’est couvert d’un joli tapis herbacé. Au fur et à mesure qu’on progresse, on croise des troupeaux de bœufs en transhumance, sous la surveillance de bergers peuls. De temps à autre, virevoltent et s’envolent des pintades et autres perdrix effrayées par cette incursion inopinée.

Pour éviter au mieux les nombreuses flaques d’eau, le chauffeur est obligé d’user de moult manœuvres et de slalomer. L’état des pistes met à rude épreuve le véhicule, secoue les passagers obligés d’être alertes pour esquiver les branches épineuses des zizyphus Mauritiana, balanites Aegyptiaca, et autre acacia Sénégalais.

Sous le poids des secousses, on traverse quelques hameaux, puis Toubel, le premier gros village au sein de la réserve. Après une longue heure de route, le petit village de Katané, peuplé de Peuls Foutankés et Fafabés, se découvre avec ses habitations éparses, ses cases en paille et ses gamins qui courent inlassablement derrière le troupeau. Sur place, les populations dont l’hospitalité est le dénominateur commun se perdent en salamalecs, rivalisent de générosité. Dans une belle alacrité, les femmes apportent des écuelles remplies de lait caillé pour souhaiter la bienvenue à leurs hôtes qui ne se font pas prier.

Après une courte pause, cap sur l’enclos de Katané, créé par le gouvernement vers les années 2000 pour faire face aux nombreuses menaces qui ont pour nom désertification, surpâturage, destruction de l’habitat.

Jadis gérée par la direction des Eaux et forêts, la Réserve de faune du Ferlo nord, une aire protégée créée en 1972 a été confiée à la direction des Parcs nationaux. Pour protéger la faune et augmenter des espèces, renseigne le capitaine Serigne Modou Mamoune Fall, la chasse a été fermée dans les départements de Podor et de Matam d’alors. « Il y avait un corridor migratoire qui reliait le Parc national Niokolo Koba et la Réserve de faune du Ferlo nord et sud en passant par le Boundou. Mais les sécheresses des années 60 et 80 ainsi que les installations humaines et leurs corolaires ont contribué à la dégradation de l’environnement », explique le conservateur de la réserve. Mais avec le rattachement de la Réserve de faune du Ferlo nord aux Parcs nationaux en 1996, un programme de réintroduction d’espèces a été lancé avec l’appui de partenaires comme la Coopération espagnole.

Les oryx, véritable attraction de l’enclos…
Katané enclosAprès avoir franchi la porte principale, deux petits enclos se font face : celui d’acclimatation sur un rayon de 5 ha et celui d’observation sur une superficie de 0, 9 ha dédié aux animaux blessés. Après la traversée de ces deux enclos, nous voilà à l’intérieur du grand enclos de Katané.

Érigé en 2002 sur une superficie de 500 ha pour introduire les premières espèces considérées comme éteintes à l’état sauvage par l’Union internationale pour la conservation de la nature (Uicn), l’enclos de Katané a connu une extension de 700 ha, dix ans plus tard. Dix-huit oryx algazelles acclimatés à la Réserve spéciale de faune de Gueumbeul (Saint-Louis) y ont été introduits en 2003 pour leur permettre de s’acclimater à leur nouvel environnement. Cette translocation s’inscrit dans un programme à long terme pour la restauration du patrimoine faunistique pour préparer la réintroduction de l’oryx dans la nature.

Pas besoin de jumelles pour apercevoir la colonie d’oryx algazelles. Regroupés en hardes mixtes de plusieurs dizaines d’individus, ces mammifères proches de l’antilope sont reconnaissables à leur pelage court et blanchâtre, à l’exception de la poitrine et du bout de la queue, qui sont de couleur fauve. De loin, on peut bien les contempler avec leurs belles et longues cornes incurvées vers l’arrière qui dépassent parfois le mètre. Très craintifs, ces ongulés sont toujours sur leur garde, prêt à détaler au moindre mouvement suspect.

Au début, ils étaient une communauté de dix-huit. Aujourd’hui, le troupeau d’oryx s’est considérablement agrandi « Nous sommes partis d’une population de dix-huit oryx pour arriver à un stock de plus de 300 individus. C’est rare de trouver un tel nombre d’oryx en semi-captivité. C’est une première même dans la sous-région et une fierté pour notre pays », se réjouit le capitaine Fall.

Outre les oryx algazelles, on retrouve, à Katané, des gazelles dorcas qui font partie du même programme. Difficile d’apercevoir ces bovidés très craintifs du fait de leur sensibilité. Pour espérer les voir, il faut se lever très tôt et s’armer de patience. D’ailleurs, c’est en nous lançant à leur recherche que notre véhicule conduit par un as du volant, le vieux routier, un grand connaisseur du Ferlo, Amadou Bâ, s’est embourbé. Heureusement, le capitaine Fall et son équipe avaient pris toutes les dispositions pour parer à toute éventualité.

Les gazelles dorcas avaient complètement disparu de leur milieu naturel du fait de la chasse intensive dont elles étaient victimes. L’État du Sénégal, avec l’appui de partenaires, a mis en place un programme d’élevage ex-situ pour assurer la survie de ces bovidés en semi-captivité et de fournir des individus aptes à la réintroduction. C’est ce qui explique, selon le capitaine Fall, le transfert de quelques individus de la Réserve spéciale de faune de Guembeul à celle de Ferlo Nord. Depuis, les 23 gazelles exploitent leur nouvel habitat en compagnie d’autres espèces telles que les gazelles dama mhorr également en danger d’extinction et qui font partie du même programme. Selon le capitaine Fall, l’expérience a moins réussi que celle des oryx, mais assure-t-il, cette tendance sera corrigée.

La tortue sulcata, l’une des plus grosses espèces de tortue terrestre a aussi été réintroduite dans l’enclos. Ici, à Katané, ces reptiles originaires des savanes arides du Sahel sont dans les terriers numérotés. Mais nous n’avons pas eu la chance d’apercevoir ces tortues à la carapace marron clair à jaunâtre dotée de grandes écailles quadrangulaires. Le hasard nous a menés au terrier n° 533. Sur place, le décor est triste. Sous l’effet des fortes précipitations enregistrées ces derniers jours dans le Ferlo, le terrier s’est affaissé sur son pensionnaire. Armés d’une pelle, le capitaine Fall et l’agent Sanoussi Touré, aidés par l’équipe du « Soleil », se sont employés à sauver la tortue en dégageant le sable qui avait fini d’obstruer le passage de l’animal.

Un enclos à réhabiliter
KatanéLa réintroduction de certaines espèces disparues de la zone a connu un certain succès et la flore s’est rapidement régénérée, mais les défis restent nombreux. La réhabilitation de l’enclos de Katané figure parmi les priorités. Le conservateur de la réserve qui a participé à son arrivée en 2015 à un colloque sur la conservation des enclos sahélo-sahariens regroupant tous les experts dans ce domaine n’a pas manqué de faire un plaidoyer pour sa réserve, notamment l’enclos de Katané. La particularité de la réserve de faune du Ferlo, souligne le capitaine Fall, c’est qu’il y a beaucoup plus d’arbres. « La densité est plus importante qu’au centre du pays et dans certaines de ses localités. C’est une exception dans le Ferlo qui est boisé. Il y a des espèces qui étaient là et qui ont disparu. Avec l’appui des partenaires, on les a ramenés. C’est une fierté pour notre pays », explique le conservateur. Et selon lui, des intérêts se sont manifestés lors de cette réunion. « Nous les avons poursuivis », dit-il.

Pour la réhabilitation de l’enclos de Katané, le financement est déjà acquis. Des partenaires se sont engagés à soutenir le projet, se félicite le capitaine Fall. Le démarrage des travaux de réhabilitation de l’enclos est prévu à la fin de l’hivernage.  Le capitaine Fall et son équipe espèrent que ces contraintes majeures seront levées d’ici à la fin de l’année au grand bonheur des animaux qui se trouvent dans l’enclos et des populations de Katané et ses environs. « En trois mois, nous nous sommes tous battus, avec l’aide des populations pour arriver à ces résultats », ajoute-t-il.  

L’un des défis que souhaite relever le capitaine Fall et son équipe, est l’introduction d’autruches. « Il y a un axe triangulaire Ranérou-Pétiel-Asré qui va jusqu’à Katané. C’est notre noyau central ainsi que la zone de prédilection des autruches. Nous avons vu des autruchons. Lors de ma dernière mission de suivi écologique, j’ai vu des nids d’autruche et des traces fraiches d’autruchons, des plumes », déclare-t-il. Tout cela prouve, selon lui, que l’autruche est dans le Ferlo. « Ce qu’il y a lieu de faire, c’est d’avoir une population dans l’enclos et en faire une multiplication pour qu’elle puisse atteindre un certain niveau avant d’envisager des lâchers », précise-t-il.

Par Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes) et Mbacké BA (photos)
(A suivre)

Le 24 avril dernier, l’île de Bettenty a vécu un drame que les populations ne sont pas près d’oublier. Ce jour-là, 21 femmes trouvent la mort dans le chavirement de leur embarcation. Cinq mois après, la vie reprend petit à petit son cours à Bettenty, même si le souvenir de l’accident reste vivace dans les esprits.

Après une traversée d’une heure trente minutes à travers bolongs et bancs de sable, la pirogue partie de Missirah entame ses dernières foulées nautiques. Le ronronnement sourd du moteur se fait moins incommodant pour l’ouïe et laisse cours à un clapotis berceur. L’île de Bettenty et ses rangées de cocotiers souples au vent apparaît au loin. Sur le quai ou bien ce qui en tient lieu, une trentaine de femmes s’apprêtent à embarquer pour aller chercher des produits halieutiques. Le drame qui s’est produit le 24 avril dernier et emporté une vingtaine des leurs n’a pas freiné l’ardeur de ces braves dames. Elles continuent à aller en mer. Question d’habitude, de culture.

Sur la berge, de tristes vaguelettes viennent s’échouer sur les monceaux d’ordures qui enlaidissent la plage. En cette heure de la journée de mardi mi-août, la marée est basse, la mer s’étant repliée de quelques mètres. Les crissements de nos pas sur le tapis de coquillage qui jonche le sol de l’île semblent faire écho à la triste clameur qu’avait soulevée l’annonce du chavirement de la barque qui avait causé la mort de 21 femmes. « Les cris et les pleurs faisaient l’effet d’un bourdonnement d’un essaim d’abeilles. Brusquement, toute l’île a basculé dans la détresse », se rappelle, yeux larmoyants, Bacary Mané, responsable de la radio communautaire.

Quatre mois après ce douloureux événement, le spectre de ces femmes continuent de planer sur ce village insulaire Niominka. Aucune d’elles n’avait plus de 40 ans. Elles étaient toutes dans la fleur de l’âge. Au cimetière de Sibito-Kandiandiaye, leurs sépultures, alignées au pied du mur de clôture, sont à l’écart des autres tombes. Par-dessus de chaque cénotaphe, un écriteau renseigne sur l’identité de la victime et de son quartier d’origine (Sibito, Madina, Kandiandiaye…). L’endroit est devenu un sanctuaire dans l’île. Il est calme et suscite un certain respect des visiteurs. En dépassant une à une les tombes, Bacary Mané ne peut s’empêcher d’écraser une larme, tellement il était proche de ces « vaillantes femmes ». « Certaines d’entre elles n’étaient même pas dans le besoin, mais elles allaient chercher du coquillage par amour, mais après l’accident, on a appris que certaines des victimes étaient enceintes », confie-t-il, la voix étreinte par l’émotion.

Souvenirs douloureux
Bettenty DeuilDans cette île paisible de Bettenty, bercée par la brise marine et les nombreux cocotiers qui ornent le rivage, cet accident est encore dans les esprits et la violence du choc a laissé des séquelles un peu partout.

Aminata Sarr et Bineta Diouf faisaient partie des femmes qui étaient à bord de la pirogue ce jour-là. Elles ont eu plus de chance que les autres en sortant indemnes de cet accident. C’est un peu avant 17 heures, au retour d’une journée de cueillette d’huitres et de coquillages que la pirogue bondée de passagères a chaviré, à quelques kilomètres de la côte. La surcharge de l’embarcation conjuguée au mauvais temps expliquerait l’accident. « L’arrière de la pirogue a commencé à prendre l’eau et comme j’étais devant, je me suis agrippée d’une main à une corde et de l’autre main j’ai saisi un seau. Pendant ce temps, beaucoup parmi nous avaient lâché prise à cause du mauvais temps », confie Aminata qui n’est plus retournée en mer depuis. Si elle a pu se sauver, ce n’est pas le cas de sa belle-fille enceinte de six mois. Aujourd’hui, elle s’occupe du petit garçon que cette dernière a laissé derrière, son petit-fils. Aminata comme Bineta restent hantées par ce qu’elles ont vu ce jour-là. « Très souvent, je revois ces images défiler dans ma tête et j’entends encore les cris de certaines victimes dans l’eau », dit Bineta psychologiquement atteinte. Quant à Aminata, elle traine depuis lors une hypertension artérielle qui la cloue à la maison.

L’affliction se lit aussi sur le visage de Gnima Demba, la cinquantaine. Sa fille de 15 ans qui porte le même nom qu’elle, n’a pas survécu. Depuis la perte de cette fille qu’elle chérissait tant, la mère éplorée languit. La disparition de cette enfant « adorable », « travailleuse », « d’humeur taquine » et « appréciée de tous » l’a plongée dans un profond traumatisme. Evoquer cet événement, c’est comme remuer un couteau dans une plaie qui, dit-elle, risque de ne pas se cicatriser de sitôt. Et ce n’est pas l’indemnisation qu’elle a reçue de l’Etat qui parviendra à lui faire oublier sa fille « adorée ». « Ma fille est irremplaçable dans mon cœur. Je l’aimais tellement. Elle m’obéissait et faisait tout pour moi. On m’a rapporté qu’elle m’appelait à l’aide quand elle se noyait. La vue de la mer m’est aujourd’hui insupportable», laisse-t-elle faiblement entendre entre deux gémissements avant d’éclater en sanglots sous son voile.

Forte corpulence, teint d’ébène, Chérif Daba Diouf est un monstre de la nature, mais psychologiquement et moralement, c’est un homme qui souffre dans sa chair. Sa femme a péri dans le naufrage lui laissant dans les bras huit enfants. Le timbre de sa voix grelotante témoigne encore de la souffrance qui le tenaille. Avec le soutien moral de son grand-frère, il tente de refaire sa vie. Sa belle-famille lui a proposé de remplacer sa femme disparue par la petite-sœur de celle-ci comme cela se fait parfois en de pareilles circonstances. Chérif a accepté mais il sait que c’est encore trop tôt pour que sa douleur s’estompe.

En bons croyants, les habitants de Bettenty, île peuplée exclusivement de musulmans, se sont réfugiés dans la foi afin de surmonter cette épreuve. « On est des musulmans et en tant que tels, on s’en remet toujours à Allah quelle que soit la situation. Quand l’accident est arrivé, on a tous mis cela dans le compte de la volonté de Dieu. On n’y pouvait absolument rien. Maintenant, cette mort subite de 21 personnes dont certaines étaient enceinte, c’est difficile à vivre », souligne El Hadj Boubacar Seydi, un des dignitaires de l’île et conseiller municipal à Toubacouta, commune dont dépend Bettenty. Le notable rappelle qu’en 1981, un accident du genre avait causé la mort de 16 personnes.

Large élan de solidarité
El Hadj Boubacar SeydiDans cette localité où l’on dénombre une dizaine de mosquées voire plus, les notables ont su, très vite, jouer sur la fibre religieuse pour calmer les esprits. Il s’y ajoute le soutien et le réconfort moral venus de partout dans le pays. « Quand l’accident est arrivé, c’est tout le monde qui l’a ressenti à commencer par le président de la République. Même ceux qui n’ont jamais mis les pieds à Bettenty ont appelé pour présenter leurs condoléances », raconte El Hadj Boubacar Seydi qui a perdu sa fille dans le drame.

Des sociétés de la place, des Ong, des privés ont fait acheminer des vivres ou des dons en natures au profit de la population. Mais l’arrivée du chef de l’Etat aura fait le plus grand effet dans l’île. « Le président de la République a essuyé nos larmes et a réconforté les populations. Il a donné ici pas moins de 100 millions de Fcfa. Cet appui a eu un effet immédiat puisqu’il a contribué à relancer les activités économiques », explique Bacary Mané. Avant le président Macky Sall, beaucoup d’autres personnalités avaient rallié Bettenty pour apporter leur soutien. Notamment le ministre de la Pêche et de l’Economie maritime, le gouverneur de Fatick, les maires des communes environnantes et les chefs de village.

Bettenty qui a toujours souffert de son anonymat et de son manque de considération par rapport aux îles comme Djirnda, Dionewar, Bassoul est brusquement sous les feux de la rampe avec la survenue de cet accident mortel. Cet événement malheureux a été mis à profit par les populations de Bettenty pour dépoussiérer une vieille doléance à savoir l’érection de l’île en commune. « Avec l’arrivée du président (Ndlr : Macky Sall) à Bettenty, cela nous a permis d’avancer sur ce dossier et lui-même il a donné des instructions à son gouvernement pour que cette doléance des populations soit mise en œuvre le plus rapidement possible. Bettenty est la seule localité des Îles du Saloum qui n’est pas commune», dit Bacary Mané, l’actuel gérant de la radio communautaire de Bettenty.

Bettenty change ses habitudes
C’est le premier geste à faire quand on embarque. Chaque passager doit obligatoirement prendre son gilet avant la traversée. Qu’il s’agisse des clients ou des conducteurs de la pirogue, tous s’y mettent. « C’est devenu automatique maintenant », confie un jeune conducteur de pirogue qui fait quotidiennement la traversée entre Bettenty et Missirah. Depuis que le drame est survenu, les populations accordent une grande attention au port de gilet, ce qui n’était pas le cas auparavant. Les circonstances de l’accident et l’appel des autorités en faveur du port du gilet en sont pour beaucoup. « Non seulement le ministre de la Pêche nous a incités à faire du port du gilet une obligation, mais il nous a offert un bon lot », rappelle Nasirah Demba, une femme croisée à la plage de retour d’une journée de cueillette. Si le port du gilet incombe à toute personne qui va en mer, les populations ont aussi réduit drastiquement les activités festives. Une manière pour elles d’observer le deuil. « Aucun évènement à caractère festif n’est plus autorisé ici. C’est même banni jusqu’à nouvel ordre », confie Bakary Mané. Lui-même en tant que gérant de la radio communautaire de Bettenty, s’est vu sévèrement tancé par quelques personnes quand, un jour, dans l’une de ses émissions, il a mis une musique qui semblait rompre le deuil en vigueur dans l’île. « Pour le moment, c’est le deuil qu’on observe pour un bon bout de temps, parce que nous revenons de loin et il faut encore du temps pour gérer cela », ajoute Bakary Mané.

La recherche de produits halieutiques, une question de culture
Situé à 140 km de Dakar sur la Petite côte, Bettenty a comme ressources principales les produits halieutiques. Ils sont exploités par les femmes. Du poisson aux arches en passant par les crevettes, les huitres entre autres produits de la mer, tout y est. A côté des arches, on trouve d’autres produits peu abondants comme les huitres (yokhoss), les murex (touffa) et la volute (yet). Cette activité apporte aux populations des revenus substantiels. Les arches collectées sont stockées soit à la plage, soit dans les concessions pour attendre la cuisson. Même si 90 % des femmes de Bettenty évoluent dans l’exploitation des arches, celle-ci n’est pas la seule activité de transformation. En effet, 8 % d’entre elles s’activent dans le séchage et la commercialisation du poisson. Plus qu’une activité génératrice de revenus, la recherche et la cueillette de fruits de la mer est une culture chère à ces dames. De la recherche à la commercialisation de ces deux produits, c’est un véritable parcours du combattant. Il faut voir ces femmes, au coucher du soleil, toutes trempées, débarquer des pirogues portant de lourdes bassines sur la tête. Parfois, quand la marée est basse, elles sont obligées de descendre, les pieds dans l’eau, à deux cents voire trois cents mètres de la berge.

Une histoire pluri-centenaire
Bettenty femmesIle la plus peuplée du Delta du Saloum, avec une population estimée entre 10 000 à 12 000 habitants, Bettenty est un village historique fondé par les guerriers mandingues et les marabouts du Gabou, il y a 800 ans. Sandi Ndew Cissé, l’ancêtre du village est originaire du Burkina Faso. Ses pérégrinations l’ont mené chez les sérères avant qu’il ne fonde Sokoto, un village disparu à cause de l’érosion. Bettenty naîtra de ses flancs. Seulement, l’affluence des musulmans va dominer le brassage entre Sérères et mandingues, puisque le Coran traduisait en mandingue.

Aujourd’hui, Bettenty reste cette île calme distante de 8 à 9 km du quai de pêche de Missirah. L’accès reste sa principale priorité puisqu’il faut tenir compte de la marée pour rallier la terre ferme. Il s’y ajoute que la plupart des pirogues qui font des rotations sont de fabrication artisanale, avec tous les risques qu’elles comportent pour les voyageurs. L’urgence pour ces insulaires est d’avoir des moyens de transport modernes et sûrs pour mener à bien leurs activités. « Il est aussi important de procéder au dragage de l’embarcadère pour qu’on puisse entrer et sortir à tout moment de l’île », souhaite El Hadj Boubacar Seydi. En interne, Bettenty reste un village de pêcheurs où de retour de mer, les habitants passent la journée sous les arbres en taillant bavette. Près du rivage, d’autres prennent le temps de raccommoder leur filet de pêche, pendant que les femmes se tressent entre elles et les enfants hilares et insoucieux tapent au ballon sur le sol fin.

L’île reste confrontée, pour autant, à un sérieux problème de salubrité. Chaque jour, entre 18 h et 19 heures, quand la mer recule de près de 500 mètres du rivage, elle laisse derrière des tonnes de saletés de toutes sortes. De même, il n’existe aucun système de collecte des ordures. « L’insalubrité est un véritable goulot d’étranglement dans l’île », reconnaît Bacary Mané. Pour endiguer ce phénomène, des murets sont en train d’être construits en bordure du rivage dans chaque quartier pour empêcher que les ménagères ne jettent les ordures sur la berge. Cette solution est de loin la meilleure pour les insulaires. Personne ne semble s’y conformer, même si des groupes de balayage sont organisés de temps à autre pour débarrasser l’île de ses ordures. D’ailleurs, l’insalubrité constitue un facteur bloquant pour le développement du tourisme dans cette île. « Ça ne décolle pas ici et les touristes qui sont venus m’ont tous reproché le manque de propreté du site et cela nous handicape », avoue Bacary Mané. A l’heure actuelle, Bettenty est une île certes pas nantie, mais elle dispose petit à petit de certaines commodités telles que l’eau courante, une centrale solaire (même si la consommation d’électricité est rationnalisée entre 13 h à 1 h du matin), mais la connexion Internet par les réseaux téléphoniques y est très faible. L’accident survenu le 12 avril dernier va contribuer à sortir cette île de son anonymat. La foi en bandoulière et optimistes en l’avenir, les gens ont repris les pirogues.

Par Maguette NDONG, El H. Ibrahima THIAM (textes) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on mardi, 12 septembre 2017 15:17

Grâce aux technologies de l’information et de la communication, on assiste à une fluidité dans la circulation de l’information. Mais le défi qui se pose est la vérification de l’information avant sa publication pour lui donner une crédibilité.

La « Webosphère » s’est encore distinguée sur l’affaire Assane Diouf du nom de cet activiste sénégalais qui s’est fait remarquer à travers ses insultes sur internet depuis les Etats-Unis. « Urgent : Assane Diouf est arrivé à Dakar. Il a été cueilli par des éléments de la Bip (Brigade d’intervention polyvalente) », partage un internaute. « Assane Diouf a fait faux bonds, il a été transféré dans une autre prison dans l’Etat de Louisiane », poste un autre sur sa page Facebook. Dans ce texte, Dakar24.sn informe que cette information est confirmée par la cellule chargée de la défense d’Assane Diouf. L’information est publiée à 3h30mn dans la nuit du mardi au mercredi 30 août 2017. Selon son auteur, c’est son avocat basé aux Etats-Unis qui a réussi à empêcher son expulsion à Dakar. L’article est partagé à plusieurs reprises par des internautes. Le même site sur le réseau social Facebook ajoute que la femme d’Assane Diouf a démenti l’information sur sa déportation.

Infos réseaux sociauxL’affaire Assane Diouf repose encore le débat sur la crédibilité de l’information à l’ère des technologies de l’information et de la communication (Tic). Aujourd’hui, une manne d’informations, les unes plus sensationnelles que les autres, circule chaque jour sur les réseaux sociaux et les sites internet. Cependant la course au scoop est l’ennemi numéro 1 dans cette concurrence, analyse le journaliste Jean Meissa Diop. D’après l’ancien du groupe Walfadjri, le hic concernant l’information avec les nouvelles technologies est le « problème de l’accès aux sources » et le « défi de la vérification ». « C’est très difficile de vérifier certaines informations par internet. Autant il y a une circulation plus facile de l’information autant la vérification pose beaucoup de problèmes. Le journaliste qui a son information se jette sur sa machine et la publie sans vérification. La vérification est très difficile et elle nécessite beaucoup de précautions professionnelles et de retenue », souligne le membre du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra).

En effet, le journaliste-chroniqueur se rappelle de la situation confuse en Gambie au lendemain de l’élection présidentielle de décembre 2016. L’ancien président gambien Yaya Jammeh qui a régné pendant plus de 20 ans dans ce pays a été défait à l’issue de cette élection par le candidat de l’opposition Adama Barrow. Yaya Jammeh qui avait, d’abord, reconnu sa défaite, a finalement fait volte-face quelques jours après. Ce qui avait fini d’installer une crise dans ce pays. Au Sénégal, cette crise a été fortement relayée par les médias et surtout les réseaux sociaux quand il a fallu déployer les forces de défense et de sécurité de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) pour chasser du pouvoir Yaya Jammeh et permettre au président démocratiquement élu de s’installer. « A l’époque de la crise en Gambie, il y avait tellement d’informations qui circulaient. Chacun s’était trouvé une vocation de journaliste », se rappelle Jean Meissa Diop. Ces informations à profusion sur la crise politique en Gambie, Jean Meissa Diop en a même parlé dans une de ses chroniques au journal EnQuête intitulée : « Leçons de la couverture médiatique de la crise gambienne ». « Que ne nous a-t-on pas annoncé ? Que Yahya Jammeh l’autocrate de Banjul, qui a peur de lui-même et de ce que l’avenir lui réserve, est dans un vol à destination de Conakry sa ville d’exil, tantôt il serait dans l’avion pour la Mauritanie pendant que tel autre site d’informations relayé sur le réseau social Facebook annonce que les négociations sont en cours à Banjul même. Ne parlons pas de la situation militaire sur le terrain dont on ne savait plus si c’était en Gambie ou au Sénégal. Les troupes de la Cedeao ont-elles franchi la frontière ? Sont-elles en Gambie ? Y a-t-il eu échanges de tirs entre les Jambaars et les Atikas du Mfdc, soutiens "ethnicistes", imprudents et à tout craint de Jammeh ? », avait rappelé le journaliste dans sa chronique.

La recherche du sensationnel
Son constat est que ce sujet est « la preuve que l’abondance des moyens d’information, leur pluralité (et même leur pluralisme) n’est pas gage d’une information exacte ». « On en a beaucoup appris surtout à travers les réseaux sociaux, mais aussi par la presse que le journalisme citoyen qualifie, avec un brin de sarcasme et de goguenardise, de "classique", classique par ses outils, ses procédures, ses supports et même ses personnels », ajoute-t-il. Dans le traitement de la crise gambienne, Jean Meissa Diop note que ces nouveaux médias se sont surtout préoccupés « du sensationnalisme, de l’intéressant que du vrai et vérifié ». « L’ère de l'internet est celui de la démocratisation de la diffusion de l'information et ça vient concurrencer les journalistes sur leur propre terrain et sur leur profession qui n'est plus leur chasse gardée. Mais le journaliste traite l'information selon des techniques et en se conformant à une éthique et à une déontologie qui ne semblent pas préoccuper les nouveaux journalistes », dit Jean Meissa Diop dans sa tribune : « Leçons de la couverture médiatique de la crise gambienne ». Pour le journaliste-formateur, le souci du journaliste professionnel est « l’information exacte, l’information intéressante ». Ce qui, dit-il, n’est pas le souci de tout le monde.

Le souci de la vérification
Cependant, le journaliste-bloggeur Papa Ismaïla Dieng ne partage pas totalement cet avis de Jean Meissa Diop. D’après le web journaliste, les journalistes 2.0 respectent les outils de collecte, de traitement et de vérification de l’information. Il précise, toutefois, que tous ceux qui interviennent sur les réseaux sociaux ne sont pas des web journalistes. Comme internet amène aujourd’hui la fluidité dans la circulation de l’information, on peut y trouver de la bonne information comme de la fausse information. Si aujourd’hui il existe au Sénégal des journalistes 2.0 qui ont « une audience » et sont suivis par des milliers d’internautes, ajoute M. Dieng, c’est à force de publier des informations vraies et vérifiées. En prenant son exemple, Papa Ismaïla Dieng rappelle que lors des dernières élections législatives, il a reçu beaucoup d’informations sur des problèmes notés dans des bureaux de vote à l’intérieur du pays. Mais toutes les informations qu’il a eu à publier, c’est après vérification en appelant d’autres sources contradictoires qui sont sur place. « A 95%, je cherche toujours à vérifier une information avant de la publier », se confie Papa Ismaïla Dieng. Cependant, il souligne que quand un bloggeur fait du live-tweet, il n’a pas besoin de vérifier l’information parce que c’est comme le journaliste d’une radio ou d’une télévision qui est en direct à l’antenne.

Par contre, M. Dieng renseigne qu’il arrive des moments où le journaliste bloggeur fait face à un dilemme. Il donne l’exemple de l’affaire Assane Diouf, l’activiste sénégalais expulsé des Etats-Unis. Le journal L’Observateur avait annoncé son expulsion. Mais, le canard a été très vite démenti par le correspondant de la Radio futurs (Rfm) médias basé aux Etats-Unis, Baba Aïdara. Face à ces deux informations totalement contradictoires et difficiles à vérifier, explique Papa Ismaïla Dieng, les gens étaient perdus. Ce qui fait lui dire que les tares des journalistes sur le net sont les mêmes que ceux qui sont dans la presse classique parce qu’il arrive, dit-il, que 3 ou 4 quotidiens de la place publient des informations contradictoires. Pour lui, internet vient juste amplifier ce phénomène.

JEAN MEISSA DIOP, JOURNALISTE-CHRONIQUEUR : « Les règles de collecte, de traitement et de vérification ne vont jamais changer »
Jean Meïssa DiopLe journaliste Jean Meissa Diop renseigne que les outils de travail du journaliste peuvent être nouveaux mais les règles et les procédures sont immuables. « Les règles de collecte, de traitement et de vérification ne vont jamais changer », dit-il. Le journaliste, du moment qu’il prétend exercer cette profession, ajoute le journaliste-chroniqueur, doit se conformer aux règles de la profession : l’éthique et la déontologie. « Il n’y a pas de journaliste sans son éthique et sa déontologie. On ne peut pas être journaliste et rejeter ce que le journaliste défend : ses prescriptions morales, ses prescriptions réglementaires… Soit on est journaliste ou on ne l’est pas. On ne peut pas s’affranchir de sa déontologie, des procédures et techniques de recueil de l’information et de sa vérification », ajoute-t-il. Les deux critères qui définissent l’information, conclut-il, doivent toujours être son « exactitude » et son « intérêt ».

Par Aliou Ngamby NDIAYE

La Commission des données personnelles (Cdp) a pour mission de protéger les données personnelles et la vie privée des citoyens. Toutefois, le Professeur Mamadou Niane, directeur des affaires juridiques explique que la vie privée reste une détermination volontaire de la personne. Le directeur des systèmes d’information et de contrôle de la Cdp, Saikou Fall, invite les utilisateurs de ces réseaux sociaux à paramétrer leurs comptes en fonction de leurs besoins.

La création des réseaux sociaux et des plateformes de discussion sur internet reste une activité libre. Mais la Commission des données personnelles (Cdp) veille toujours au respect de la vie privée des personnes et à la protection de leurs données personnelles. Avec la prolifération de ces forums de discussion, tout est exposé sur la place publique. Mais selon le directeur des affaires juridiques de la Cdp, le Professeur Mamadou Niane, le droit à la vie privée est un droit subjectif. Pour cela, dit-il, elle reste une « détermination volontaire de l’individu » et elle s’arrête là où ce dernier souhaite l’arrêter. « Lorsqu’on se réfère au code de la famille, on se rend compte que le domicile fait partie de la vie privée. Lorsqu’on fait une lecture de la Constitution, on se rend compte que la correspondance fait partie de la vie privée. Par ailleurs, la Constitution prévoit même l’inviolabilité du domicile, on parle du caractère privé des correspondances. Le Code de la famille parle aussi de l’image et du nom de la personne », explique le Professeur Niane. Ce dernier ajoute que même certaines infractions sont liées à des atteintes spécifiques à des aspects de la vie privée comme la notion de la dignité, la notion d’honorabilité de la personne… « C’est à travers une lecture dynamique de ces textes qu’on se rend compte que la vie privée est un ensemble de centres d’intérêt qui sont déterminés par la personne », ajoute-t-il.

Par ailleurs, pour éviter certaines dérives sur internet, la Commission des données personnelles met l’accent sur la formation et la sensibilisation, renseigne le directeur des systèmes d’information et de contrôle de la Cdp, Saikou Fall. D’après ce dernier, la Cdp ne peut pas interdire aux Sénégalais d’utiliser les réseaux sociaux, de visiter les sites d’informations en ligne ou de commenter ces informations. «Nous sommes dans un Etat de droit où il y a une liberté d’expression même si cette liberté d’expression ne signifie pas que tout le monde dit tout ce qu’il veut sur n’importe qui à n’importe quel moment », précise M. Fall.

Réfléchir avant de poster
En effet, face aux dérives qui sont de plus en plus notées sur Facebook, WathsApp, le directeur des systèmes d’information et de contrôle de la Cdp conseille aux utilisateurs de ces réseaux d’aller dans les paramètres de confidentialité et de paramétrer leurs comptes en fonction de leurs besoins. «Nous ne cesserons jamais de le dire. Il faut que les gens réfléchissent avant de poster quoi que ce soit sur les réseaux que ce soit Facebook, WathsApp... Même si un groupe WathsApp est censé être quelque chose de privée, ayez toujours le réflexe d’aller dans les paramètres de confidentialité et de configurer les choses parce que chaque fois que vous postez quelque chose, vous perdez le contrôle. Même si vous mettez une photo et que vous la supprimez après, elle est partie, vous ne la voyez plus mais les photos, les messages ne disparaissent jamais. Ils sont toujours stockés quelque part et peuvent toujours vous rattraper dans l’avenir », conseille M. Saikou Fall. Son collègue, le Professeur Mamadou Niane ajoute que la raison d’être fondamentale de ces réseaux sociaux est de continuer à offrir un cadre de discussions privées à des citoyens sénégalais. Toutefois, il précise que juridiquement, si l’on décide d’en faire un usage public, c’est là où s’arrête la qualification de privée pour devenir un moyen de diffusion publique sous l’angle pénal. « Vous qui êtes journaliste, si vous utilisez votre page Facebook en tant que journaliste freelance, vous devenez youtubeur, journaliste en utilisant twitter pour faire passer votre information, vous en faites un moyen de diffusion publique, ce qui lui fait perdre son caractère privé en raison de l’usage que vous en faites mais pas en raison de sa nature intrinsèque. C’est l’usage qui change la destination ou la qualification », clarifie le directeur des affaires juridiques de la Cdp.

…Sanctions contre les auteurs : Un problème d’effectivité de la loi
Le législateur a prévu des sanctions contre les auteurs de dérives sur internet. D’après le directeur des affaires juridiques de la Commission des données personnelles, les sanctions existent mais le seul hic est l’effectivité de la loi pénale.

Beaucoup d’individus sont, aujourd’hui, victimes d’insultes, de diffamation ou de calomnies sur les réseaux sociaux ou autres plateformes web. Parfois, les auteurs de ces infractions ne sont même pas sanctionnés. S’ils le sont, ce n’est pas à la hauteur du tort causé. Pourtant, explique le directeur des affaires juridiques de la Cdp, le Professeur Mamadou Niane, la diffamation, l’injure publique, les dérives qui sont actuellement dénoncées sur internet, figurent sur le code pénal datant de 1965.

D’après M. Niane, le législateur sénégalais n’a pas attendu l’avènement de l’internet pour sanctionner un certain nombre de comportements. Toutefois, il reconnait que c’est avec internet qu’on assiste à une surmédiatisation et à une exposition de ces comportements qui sont contraires à nos valeurs. « Des articles sont là pour donner des éléments matériels de l’infraction et les peines qui sont assorties. Le législateur sénégalais a aussi adapté l’arsenal juridique à l’évolution de la technologie. L’article 248 qui vise les moyens de diffusion publique est tout le temps actualisé. Avec la réforme de 2016, le législateur va encore beaucoup plus loin en s’adaptant. D’un point de vue purement juridique, les réponses sont là, les sanctions sont là mais le problème, c’est l’effectivité de la loi pénale. Nous constatons qu’il y a des efforts d’investigation des forces de défense et de sécurité (Police, Gendarmerie), parfois le Procureur de la République sort en tant que défenseur de la société pour communiquer sur un certain nombre de comportements contraires à nos valeurs », renseigne le Professeur Niane.

Toutefois, le Professeur Mamadou Niane déplore « l’ambiguïté de la société sénégalaise qui, autant s’empresse-t-elle de dénoncer ces dérives, autant elle veut montrer beaucoup de clémence contre les auteurs ». «Chaque fois qu’une personne est arrêtée, la société civile, la population sénégalaise, dans sa grande diversité, appelle à des mesures de clémence, de dépassement. Cela pose un problème d’effectivité de la sanction pénale au Sénégal. Est-ce qu’on veut mettre un terme à ce phénomène en sanctionnant même pour donner l’exemple une fois ou est-ce qu’on veut juste dénoncer et de ne pas faire suivre par une réponse pénale appropriée ? », s’interroge le juriste.

Cependant, à côté de la réponse pénale, il existe une solution technique face à ces dérives sur les réseaux sociaux et autres plateformes de discussion. Celle-ci consiste, selon le directeur des systèmes d’information et de contrôle de la Cdp, Saikou Fall, à bloquer les contenus diffamatoires ou à filtrer les sites d’information qui ne font que dans le sensationnel et ne donne aucune information qui peut apporter une valeur ajoutée à la société sénégalaise. Les autres réponses préconisées par le directeur des affaires juridiques, le Professeur Niane, consistent à la sensibilisation, à l’éducation de toutes les couches de la société sénégalaise. Il propose aussi une sanction pécuniaire contre les auteurs. Cette mesure, renseigne Mamadou Niane, peut jouer un rôle dissuasif. « La réponse pénale est extrêmement sévère et doit être la réponse ultime. La récidive montre que la réponse pénale n’est pas celle idoine comme on laisserait le supposer », dit-il, en appelant les politiques, les médias, les familles à jouer un rôle dans la sensibilisation des populations sur l’utilisation de ces réseaux.

Sensibilisation sur les derives : La Cdp demande plus de moyens
La Commission des données personnelles (Cdp) fait dans la sensibilisation pour inciter les Sénégalais à une utilisation rationnelle de ces forums de discussions sur internet. Cela est même une « priorité stratégique de la Cdp », informe le directeur des systèmes d’information et de contrôle de la Commission. Saikou Fall est d’avis que c’est par la formation et l’éducation que nous pourrons aider notre jeunesse face à ces dérives. La jeunesse, poursuit-il, doit comprendre tous les risques liés à l’utilisation de ces forums. «Il faut qu’on leur (les jeunes) explique, en des termes clairs et simples, les risques qu’ils encourent, en leur montrant qu’il n’y a pas que du bon dans les réseaux. Vous pouvez en faire un bon usage mais sachez aussi qu’il y a de mauvaises personnes qui fréquentent les réseaux sociaux », conseille-t-il. Ce travail de sensibilisation, poursuit-il, est en train d’être mené par la Cdp qui a fait une campagne de sensibilisation dans certains lycées du pays. « L’éducation au numérique fait partie de nos missions mais nous butons toujours sur des problèmes de moyens. Nous avons commencé des campagnes dans les lycées, dans les régions mais nous aimerions les faire dans tous les lycées du Sénégal. Nous lançons un appel aux autorités de ce pays de mettre à la disposition de la Cdp des moyens suffisants pour que nous puissions procéder à ces types de campagne qui peuvent beaucoup aider », estime-t-il.

Par Aliou Ngamby NDIAYE

A Damantang, village situé à une dizaine de kilomètres de Missirah, déguerpi du parc de Niokolo Koba, en 1972, la vie suit son cours. Si les souvenirs de ce déguerpissement restent toujours gravés dans les mémoires, ce village qui manque de tout, espère toutefois se construire.

Sur la gauche de l'axe Tambacounda-Dialacoto, à quelques 17 kilomètres de la commune de Missirah, un petit bourg composé de quelques dizaines de concessions attire l'attention du visiteur. Un petit minaret en construction, des exploitations familiales, des habitats en majorité construits en argile avec des toits en paille font l'essentiel de l'architecture de ce hameau. Damantang est un village qui a été créé, il y a environ près de trois siècles par Fodé Saloum Niabaly, un ancien guide religieux venu du royaume du Gabou. Après avoir passé par les localités de Kamalé, Youkoukou, Wouraké et Néma, il finit par trouver sa terre promise, au milieu de la forêt vierge du parc national de Niokolo Koba. Cette découverte a eu lieu au terme d’une retraite spirituelle de 40 jours. En compagnie de quelques proches, le marabout s'y installa. Mais sur place, il fallait donner, en guise de sacrifice au crocodile blanc, un mouton de la même couleur, tous les premiers lundis de chaque mois. Une façon d’assurer à ce hameau protection et sécurité. A l'arrivée des blancs, Fodé Saloum Niabaly demanda au mythe protecteur de mettre fin à ses jours pour échapper au commandement des Français. « Son vœu sera exaucé car, il est décédé une semaine après sa rencontre avec le crocodile blanc», raconte Sankou Niabaly, chef du village et par ailleurs khalife général de Damantang. Aujourd'hui, cet endroit situé dans le parc Niokolo Koba est devenu un lieu de pèlerinage, un espace de dévotion qui mobilise, chaque année, des milliers de pèlerins venus presque de tous les pays de la sous-région dont la Guinée-Bissau, la République de Guinée, la Gambie et le Mali.

Damantang est un village mythique et mystique avec une histoire tout à fait singulière. Cette localité aura vu défiler plusieurs personnalités politiques de notre pays parmi lesquelles, Léopold Sédar Senghor, Lamine Guèye, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade... et même Macky Sall à une époque où il était ministre. «Alimou Niabaly, héritier de Fodé Saloum Niabaly avait prédit la victoire à Senghor lorsque celui-ci effectuait une tournée de propagande dans la localité. Il avait vu, dans un rêve, les génies du fleuve prononcer les noms de Senghor et de Sékou Touré comme respectivement les futurs hommes forts du Sénégal et de la Guinée», relate-t-il, les yeux jetés au plafond comme pour davantage se rappeler, dans les détails, toute l'histoire.

En cette matinée de mardi, la triste bruine d'octobre menace. Dans le village, le ciel est alourdi par des amas nuageux. Il règne une ambiance monotone et douillette. Le temps semble s’arrêter...

Un déguerpissement qui fait toujours mal
Dambatang VillageA Damantang, la fragilité des habitats en dit long sur une histoire qui aura bouleversé complètement les esprits. Un épisode de vie dont les souvenirs sont encore gravés dans les mémoires et palpables au coin de chaque ruelle. Selon le Khalife général, Sankou Niabaly, depuis 1972, Damantang, le village de naissance de ses cinq pères «Waliw», a été sorti puis déplacé du Parc de Niokolo Koba. Cela, à la suite d'une décision gouvernementale. «A l'époque, l'Etat du Sénégal avait introduit une demande pour inscrire le Parc de Niokolo Koba sur la liste du patrimoine mondiale de l'Unesco et sur celle du Réseau mondial des réserves biosphères. Cela se fera en 1981», laisse-t-il entendre. D’une superficie de près d'un million d'hectare, le Parc était devenu l'un des précieuses réserves d'Afrique de l'Ouest.

En 1972, pour ficeler un tel projet d'envergure internationale, le Conservatoire nationale du Parc avait fait déguerpir une quinzaine de villages dont celui du Khalife de Damantang. C'est ainsi que le site situé sur l'axe Missirah-Dialacoto a été retenu pour accueillir les populations déguerpies de Damantang. « Ce fut une étape d'une longue galère qui s'obstine à vouloir se pérenniser. Un lot de difficultés et de frustrations anime, au quotidien, l'existence d'une partie des populations ayant accepté la mesure administrative. L'autre partie se sentant humiliée, a quitté le Sénégal pour aller s'installer en Gambie, en République de Guinée ou au Mali pour certains», fait-il savoir avec un brin d'émotion. Le Khalife dit choisir de rester au Sénégal malgré les efforts des pays voisins qui, à l'époque, voulait l'accueillir.

A cette époque, explique Sankou Niabaly, les conditions de départ étaient «très» difficiles. L'administration n'avait offert ni cases, ni vivres, ni puits encore moins de matériaux de construction. Aussi, aucune structure sanitaire n'a été envisagée. On remettait à chaque père de famille 5000 F Cfa et par case. «Nous avons reçu aucun accompagnement, ni d'indemnité à l'époque. On nous a jeté sur ce site sans pour autant nous demander notre avis», regrette-t-il.

Malgré cette situation difficile, Damatang l'éternel, a choisi de conserver son nom. Ce petit village peuplé d'environ 1 000 âmes, se heurt, aujourd'hui, à plusieurs défis dont l'un des non moins importants constitue l'appauvrissement des sols mais aussi l'accès à l'eau portable. Si le temps ne semble pas encore effacer les souvenirs des conditions de déguerpissement du Parc de Niokolo Koba dans la mémoire collective, à Damantang les gens attendent toujours la réparation de ce qu'ils considèrent comme une «injustice». Le chef du village est très remonté contre le pouvoir de Senghor. Il a fallu de beaucoup de médiations pour que son défunt père lâche du lest.

Damantang veut des infrastructures
Sankou Nabaly45 ans après le déguerpissement, à Damantang, la vie continue son cours. Et comme toute cité religieuse, la localité veut se moderniser. Cela, en se dotant de certaines infrastructures et équipements socioéconomiques de base (pistes rurales, eau, énergie et équipements). Le village veut également disposer d'un réseau téléphonique pour réduire son enclavement. «Nous voulons la réhabilitation de la piste qui traverse un affluent du fleuve Gambie, l'obtention d'un groupe électrogène pour les besoins du pèlerinage à l’intérieur du parc. La fourniture en eau potable des pèlerins durant le Ziara ainsi que la dotation en vivres alimentaires...», soutient le Khalife, qui a, aujourd’hui, choisi de rester sur les lieux pour pérenniser l’œuvre de ses ancêtres.

Un différend foncier qui perdure
Si une partie des populations a accepté de rester sur le site où «l'administration lui avait forcé de s'installer à l'époque », cela ne semble pas pour autant régler le problème, pour le moment. En effet, un grand différent foncier oppose, ces dernières années, les habitants de Damantang à un Libanais du nom de Gilbert Khayat. Ainsi, l’épisode de ce déguerpissement ne semble pas encore connaître son épilogue. «La plus grande erreur que l'administration a commise, c'est de nous installer sur un domaine d'un titre foncier datant avant les indépendances et appartenant à un tiers nommé Gilbert Khayat. Ce Libanais d'origine aurait hérité ce titre de son père qui fut ami des colons français», avance Sankou Niabaly. Ainsi, la superficie en question pourrait englober toute une circonscription administrative. «Depuis que cette nouvelle est tombée, plusieurs années après notre installation, ce fut la désolation totale à travers tous les villages concernés. Chaque année, des affrontements sont enregistrés entre nos populations et les ouvriers de Gilbert qui est revenu pour exploiter ses terres. Les populations ont mis hors usage plusieurs de ses engins, véhicules ou autres tracteurs et matériels agricoles», informe le Khalife, qui souhaite attirer l’attention de l’État sur les conséquences que pourrait avoir cette confrontation.

Par Eugène KALY, Ibrahima BA (textes) et Assane SOW (photos)

Le téléphone, à l’origine, outil de rapprochement entre individus, n’en est pas moins devenu un instrument pouvant parfois installer l’indifférence dans les rapports interpersonnels. Ce qui était, à l’origine, créé pour faciliter le contact, se présente désormais comme un instrument de déconsolidation des rapports sociaux. 

Il n’est pas rare, aujourd’hui, lors d’un face à face, de devoir patienter plusieurs minutes afin qu’une conversation téléphonique impromptue se termine, pour ensuite constater la perte du fil de la discussion. La conversation ne tenant parfois qu’en un laconique «je ne peux te répondre, je suis avec quelqu’un»! Qu’est donc devenue la vie sociale à l’aune de ces nouvelles technologies? Plus qu’un moyen de communication, le téléphone se transforme, dans certaines circonstances, en instrument de dé-communication. «La technologie est merveilleuse quand on en fait un bon usage, mais elle n’est pas aussi positive quand elle devient une dépendance qui affecte les relations sociales », regrette Samba Ndiaye, 75 ans, diplomate à la retraite. La désagréable habitude de tapoter hystériquement sur son smartphone tout en conversant face à face avec quelqu’un, a d’ailleurs désormais un nom. L’univers des personnes connectées est même allé jusqu’à inventer un nouveau mot qui caractérise et définit à la fois cet état de fait : le «phubbing » est la contraction de deux mots anglais, «snubbing (ignorer, snober) et phone (téléphone). Il désigne donc l’attitude qui consiste à ignorer, snober, les personnes qui sont en votre compagnie tout en communiquant avec votre téléphone portable, informe Saér Ndiaye, informaticien très actif dans les outils technologiques. Le phénomène qui dénote une mauvaise éducation et un manque de respect, fait pourtant des ravages dans les relations interpersonnelles; un exemple probant de ce qui arrive quand la technologie supplante les relations humaines.

Selon Saer Ndiaye, le « phubbing » est né de l’initiative d’une jeune «victime» de ce phénomène. Alex Haugh, un Australien de 23 ans décide alors de mener une campagne « Stop phubbing » destinée à freiner l’abus récurrent de l’utilisation du téléphone portable aux moments où une personne est en compagnie d’une autre, explique Saer. « Bon nombre d’entre nous en font souvent l’expérience: les gens prêtent plus d’attention à leurs téléphones qu’à vous. Il s’agit d’un problème qui s’aggrave », prévient-il. L’initiateur de la lutte contre le «phubbing» a déjà des milliers d’adeptes qui soutiennent son mouvement, sur sa page Facebook, comme sur le site internet officiel de la campagne, où il présente des chiffres alarmants. Ainsi, près de 92% des adolescents disposant d’un téléphone portable préfèreraient communiquer par SMS plutôt que face à face. Le phénomène peut finir par réduire les échanges sociaux à un échange de messages virtuels. La campagne, explique le jeune informaticien, ne cherche pas à faire la guerre à la technologie, mais plutôt à faire cesser l’utilisation abusive de téléphones portables créant, au passage, des «prisonniers de la technologie».

La technologie supplante la présence physique
Il est regrettable que l’utilisation abusive de la technologie supplante ainsi ce qu’il y a de précieux dans l’interaction humaine. «On consacre plus de temps et d’attention aux écrans qu’aux personnes, alors que ce sont celles-ci qui confèrent à la vie son sens et sa valeur. Il dépend de chacun que la technologie cesse d’occuper un espace de premier plan. Il est temps de faire une pause » souligne Mame Adama Diop, 40 ans, professeur de philosophie. Espérons que ne viendra pas le jour où nous pleurerons les occasions perdues de profiter de ceux que nous aimons, parce que nous avons été dépendants d’un tchat … », poursuit-il. «J’ai vu des gens qui restent connectés 24h sur 24 d’autres qui peuvent arrêter leur travail pour décrocher leur téléphone et parler des heures durant! Cela a tout l’air d’une addiction comportementale», regrette, de son côté, Mame Faty Ndiaye, 39 ans, également professeur de philosophie.
 
Si l’on ne peut pas s’en passer, cela devient grave. Le téléphone fait presque partie de la famille au point qu’il peut devenir un objet de jalousie. « J’ai vu des couples divorcés à cause d’un malencontreux envoi de sms ou d’un appel qui sème le doute ou des personnes communiquer par sms alors qu’ils sont dans la même maison. Ne va-t-on communiquer que par portable dans l’avenir? », se désole Ndeye Astou Gueye, fonctionnaire aux Trésors. On se replie, on va vers un monde autistique. Je trouve cela dramatique parce que cela affecte la communication réelle, regrette-t-elle. Selon Ndeye Fatou Mbengue, psychologue, « nous sommes tous sujets à une forme de solitude. Mais, les personnes qui sont accros au portable présentent des signaux d’immaturité, de carence affective. Ils peuvent faire preuve d’un certain penchant ». Selon elle, le portable conforte dans une image virtuelle, on communique de manière interposée. Les autres nous renvoient par sms une image que l’on peut laisser tomber pour se réapproprier du dialogue. C’est tout à fait superficiel, relève-t-elle. On en vient à chercher l’amour sur son téléphone, on le rend sensuel, on l’érotise! Mais l’image réelle est complètement différente, la réalité du contact reste bien supérieure, déplore-t-elle. Oui, de même que l’addiction à internet. Et c’est un phénomène qui se développe, on voit de plus en plus d’accros au téléphone. A partir du moment où les symptômes sont les mêmes que pour une addiction toxicologique, l’état de manque par exemple. Le cerveau réclame toujours sa dose de produit, prévient-elle.

Les nouvelles technologies sont-elles indispensables ?
Tout au long d’une journée, nous ne comptons plus le nombre de dérangements causés par les sonneries des téléphones mobiles présents dans notre entourage.
Il n’y a pas si longtemps encore, les détenteurs de téléphones portables éteignaient la machine lors d’une relation sociale. Par la suite, la personne, un peu gênée, ne répondait pas en cas de sonnerie. Aujourd’hui, nous sommes bien obligés de constater la prééminence des « sollicitations électromagnétiques ». Les gens répondent, partout et tout le temps, y compris au milieu des conversations les plus importantes ou les plus intimes, parfois même dans les mosquées, les cimetières et les églises. De nouvelles dépendances apparaissent au sein des pratiques sociales, étudiées par les psychologues. « Les personnes touchées présentent un profil particulièrement dénué de confiance en soi, accompagné d’une gestion chaotique des rapports sociaux. Des néologismes apparaissent, désignant la panique de l’individu en cas d’oubli du téléphone mobile ou de batterie vide, qui pousse certains à dormir avec leur téléphone allumé dans la pièce, parfois sous l’oreiller. Ces phénomènes sont loin d’être marginaux », souligne Ndeye Fatou Mbengue.

La publicité omniprésente pour promouvoir la téléphonie mobile voudrait orienter vers un modèle de vie où le «portable» serait indispensable. Pour les détenteurs d’un téléphone mobile, les journées s’organisent la plupart du temps en dernière minute. Désormais, l’expression «vivre au jour le jour» a manifestement laissé derrière elle une bonne part de son sens. Le temps se vit heure par heure, voire pire, et tout programme peut changer en cours de route, au détriment du respect des engagements pris, relève-t-elle. O. BA

Les lignes de séparation du temps
Les jeunes sont particulièrement concernés, car ils n’ont souvent jamais connu leur vie autonome sans les téléphones. Ces machines révèlent donc, avec force, leur fonction de déstructuration sociale. «Contrairement aux idées reçues, nombreuses sont les personnes admiratives face à une vie sans téléphone mobile, désirant également se retrouver à décider de leur emploi du temps. Pour beaucoup, la ligne de démarcation de la vie privée s’est déplacée, le téléphone faisant office d’engin de contrôle», ironise Madiop Mbaye, sociologue. La banalisation de son usage dans la vie quotidienne entraîne, par exemple, la nécessité de toujours devoir répondre à l’appel, souligne-t-il. A l’entrée d’un lieu de rassemblement de masse, innombrables sont les individus en conversation téléphonique, dans l’unique but d’exposer à autrui où ils se trouvent, affirme-t-il.

Aujourd’hui, plus une réunion ne se déroule normalement, sans interruption du travail par la sonnerie d’un appareil, et plus aucun embarras n’est causé par l’indélicate interruption: souvent la personne se lève et quitte la table, voire répond sur place à la sollicitation. Il n’est pas rare de devoir attendre le retour de la personne, sa présence s’avérant nécessaire pour la poursuite du travail. L’anormal est devenu tout à fait banal, et le travail associatif et professionnel subit, en conséquence, la déstructuration technologique. «Le modèle de société apparaît clairement lorsqu’on se penche sur le rythme de vie imposé, à la suite de l’invasion du téléphone dans la vie quotidienne. Les employés doivent, par exemple, être joignables par un collègue ou un chef de service dans les moments les plus privés et incongrus », relève Madiop Mbaye, sociologue. Si nous en sommes à ce point, c’est évidemment en raison du caractère extrêmement rentable de ces technologies pour leurs exploitants. Les opérateurs sont parvenus à s’insérer dans toutes les dimensions relationnelles entre individus, poursuit-il.

Par Oumar BA

L’utilisation abusive des forums de discussion, des réseaux sociaux commande plus de retenue, plus de responsabilité.

Les forums de discussion, les réseaux sociaux font l’objet d’une utilisation abusive. Ces espaces numériques sont le théâtre de beaucoup de dérives. Face à cette situation où la vie privée de nombreux concitoyens est exposée aux forums de discussion, le formateur web 2.0, Basile Niane invite les utilisateurs à être « plus responsables ». « La responsabilité commence par le respect de soi-même. Internet, c’est la liberté mais il y a des choses à respecter », renchérit Niane. Pour lui, ce qui se fait ailleurs n’est pas admis au Sénégal. « Une personne ne peut pas être derrière son ordinateur et insulter le président de la République. On peut dire ce qu’on a envie de dire mais insulter une institution n’est pas accepté par la loi sénégalaise. Les gens doivent être plus responsables et cette responsabilité doit être accompagnée par la communication et la sensibilisation », estime-t-il. Selon lui, il faut expliquer aux jeunes que les réseaux sociaux ne sont pas des zones où l’on peut s’amuser. Il faut respecter la charte de ces réseaux sociaux et montrer le bon côté aux jeunes. Au regard de Basile Niane, les Sénégalais ne savent pas comment on utilise ces réseaux sociaux. Il faut une éducation à cela. Même si Sokhna Mbathio Sall fait siennes ces conseils de Basile Niane, elle est devenue « accro » à WathsApp. Jusqu’à 22h, elle est dans le jardin public du Point E en train d’échanger via WathsApp avec ses « amies » à travers des messages écrit ou audio.

A cette heure de la soirée, elle retourne à la maison pour continuer la discussion jusqu’à des heures tardives. Le lendemain, après quelques tâches ménagères, elle reste scotchée à son Smartphone. Son seul passe-temps pendant ces grandes vacances.

NGOR DIENG, PSYCHOLOGUE CONSEILLER : « Les réseaux sociaux ont rabaissé le niveau du débat public »
Ngor Dieng PsyLe Psychologue conseiller, Ngor Dieng, invite à une éducation et à une sensibilisation des enfants en leurs inculquant certaines valeurs cardinales, au sein même du cadre familial, si l’on veut lutter contre les dérives sur internet. Selon lui, l’usage peut constituer un danger dans la mesure où un réseau social est une mémoire virtuelle qui, en réalité, peut se retrouver partout et nulle part entre les mains d’autres personnes mal intentionnées.

Pourquoi, aujourd'hui, les réseaux sociaux constituent le lieu de discussions privilégié de beaucoup de Sénégalais ?
Il faut savoir que l’avènement des Tic a révolutionné le mode et les outils d’échanges entre individus, que ce soit au Sénégal ou ailleurs. Les réseaux sociaux constituent le lieu d’échanges privilégiés des Sénégalais parce qu’ils offrent la possibilité d’échanger avec une ou plusieurs personnes à la fois, de manière spontanée et à temps réel, quel que soit le lieu où l’on se trouve. L’essentiel étant d’être connecté à Internet. En plus de cela, les réseaux sociaux défient toute organisation de la prise de parole dans l’espace public, c’est-à-dire que tout le monde peut échanger avec tout le monde sans restriction d’âge, de sexe, de culture, etc. Tout cela se passant dans un espace public virtuel où les identités peuvent même être fausses. Aujourd’hui, être citoyen, c’est être et s’exprimer dans les réseaux sociaux, franchir même les limites du dire socialement et culturellement acceptées et acceptables. Ainsi pourrait-on dire que l’éthique et l’organisation de l’espace public s’effrite pour céder la place à un chamboulement de la prise de parole, symbole d’un malaise social, politique, économique et culturel profond. La recherche effrénée du buzz peut aussi constituer une explication. Cette recherche du buzz à tout prix a pris le dessus sur la recherche perpétuelle du Bien, du Bon et du Beau. Il ne s’agit plus d’être mais de paraître. C’est le règne de la société d’apparence, du narcissisme béat et de la recherche gratuite de la célébrité et pas forcément du succès.

Est-ce qu'on peut dire que ces réseaux ont remplacé, aujourd'hui, l'arbre à palabre ou plus tard les médias où les problèmes de la société étaient largement débattus ?
Compte tenu de tous les changements socioéconomiques et même culturels intervenus dans notre société, nous pouvons dire que les réseaux sociaux occupent, aujourd’hui, une place importante dans le débat public au Sénégal. Dans notre société sénégalaise traditionnelle, l’arbre à palabre jouait un certain rôle dans la prise en charge des questions qui concernaient la société. Elle faisait office d’espace public normé pour débattre de tous les problèmes essentiels auxquels les populations étaient confrontées. Mais aujourd’hui, une certaine désorganisation sociale, due au malaise que vit notre société, a transféré le débat public encadré de l’arbre à palabre aux réseaux sociaux. Les problèmes, mêmes les plus intimes, sont exposés, aujourd’hui, dans la place publique via les médias et les réseaux sociaux. C’est juste pour dire que le débat public (et parfois même privé) s’est déplacé sur les réseaux sociaux où chacun à la possibilité de s’exprimer librement sur n’importe quel sujet. D’ailleurs, en permettant à tous d’accéder à la parole, les réseaux sociaux ont contribué à rabaisser le niveau du débat public. Mais pour autant, doit-on tout dire ou tout se dire sur la toile ? C’est à ce niveau là que se trouve la problématique des réseaux sociaux au Sénégal. La réponse à cette question pose le problème de l’éducation de nos enfants pour ne pas dire de notre peuple, celle du choix et de l’échelle de nos valeurs : quel type de citoyen voulons-nous « construire » pour le Sénégal de demain ? C’est une question qui interpelle, par-delà le citoyen lamda, les plus hautes autorités de ce pays.

Est-ce que cette libéralisation de la parole avec les réseaux sociaux ne risque pas, dans des sociétés comme la nôtre, de créer plus de problèmes qu'elle n'en règle ?
La tournure que certains évènements ont prise dans notre pays semble donner raison à ceux qui pourraient penser que l’usage des réseaux sociaux crée plus de problèmes qu’il en règle. Mais il est important de retenir que les réseaux sociaux, en tant que tels (et cela semble être le cas pour tous les autres outils que les sciences et techniques ont mis à notre disposition), ne sont pas une mauvaise chose en soi. Mais c’est l’usage que l’on en fait qui peut être bon ou mauvais. Ils constituent un outil mis à la disposition de l’homme. Le problème ne se trouve pas dans les réseaux sociaux mais en l’homme qui les utilise. Nous voulons dire par là que c’est l’être humain qui a des problèmes lui-même, qui se répercutent sur son usage de ces outils de communications virtuels. Et de ce fait, les réseaux sociaux pourraient créer plus de problèmes parfois qu’ils en règlent. Tout dépend encore une fois de l’usage qu’on en fait. Alors il importe d’éduquer et de sensibiliser les enfants, de leurs inculquer certaines valeurs cardinales au sein même du cadre familial. Il faut aussi sensibiliser tout le monde sur les dangers que peuvent constituer l’usage des réseaux sociaux quant au temps que l’on y perd et à ce que l’on y dit ou fait. C’est une mémoire virtuelle qui, en réalité, peut se retrouver partout et nulle part entre les mains d’autres personnes mal intentionnées. Les réseaux sociaux donnent la possibilité de s’exprimer librement, mais ne donnent pas le droit d’insulter les autres ou de rendre public certains aspects de leur vie privée. Il importe alors de faire preuve de retenue et du sens de la responsabilité pour éviter certaines dérives morales auxquelles on assiste aujourd’hui. Ces dérives sont dues au paradoxe qui caractérise les réseaux sociaux. Ils forment un espace à la fois privé et public. Ce qui, au départ et par essence, est privé, peut être toujours rendu public volontairement ou par mégarde.

Propos recueillis par A. Ng. NDIAYE


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