Evasion

Evasion (85)

Au regard du sociologue Abdoulaye Yerodia Bousso, le mariage a toujours été un moment très fort de transaction sociale. Cela, dit-il, au sens où toutes les parties prenantes étaient nécessairement associées en amont dans le processus.

Le sociologue Abdoulaye Yerodia Bousso confirme l’hypothèse de départ et constate également que la propension au divorce est plus significative en milieu urbain qu’en milieu rural avec 1.775 divorces prononcés par le tribunal départemental de Dakar en 2015. Ce qui, à son avis, s’explique par le fait « qu’il y a moins de contrôle social à Dakar et dans les villes ».

D’une manière générale, le sociologue Abdoulaye Yerodia Bousso estime que pour analyser les nombreux divorces au Sénégal, il faut d’abord s’interroger sur la manière dont les relations de couple sont construites dans nos sociétés contemporaines. « Le mariage a toujours été un moment très fort de transaction sociale au sens où toutes les parties prenantes étaient nécessairement associées en amont dans le processus (parents des deux futurs conjoints). Il est vrai que le mariage se désacralise de plus en plus ; les relations de couple sont tout simplement façonnées sur la base d’un contrat tacite (d’aucun parlent maintenant de contrat à durée déterminée) au point que nous avons perdu cette conscience religieuse du mariage », explique-t-il. Par ailleurs, il indique qu’il y a « "le temps de préparation" du mariage qui est crucial et durant lequel les deux conjoints doivent se familiariser, se parler, se comprendre mutuellement, que chaque conjoint puisse avoir une idée des possibilités financières de l’autre, de son état de santé, etc.».

Il y a aussi ce qu’il appelle les macro-causes du divorce avec le rôle prépondérant de l’argent, les conflits intrafamiliaux (belle-mère, la femme du frère de mon mari ou « wuuj pecorgo », « la njekke » ou la sœur du mari). Au regard du sociologue, « ces acteurs périphériques ont souvent des intérêts et préoccupations différentes voire divergentes et cela peut être un facteur explicatif des ruptures ». L’argent y joue un rôle important. Marx avait raison de qualifier l’argent comme « une sorte de divinité visible ». Mais le problème ce n’est pas l’argent en tant que tel mais l’usage qu’on en fait. Le corpus social est déstructuré par les jeux d’intérêt, la triche, la traitrise, l’ingratitude et c’est l’argent qui régule et façonne ces relations sociales et la trame conjugale n’est pas imperméable à cela», analyse le sociologue.

O. KANDE

Oustaz Mamadou Dièye est maître coranique et un des imams de la grande mosquée de Mariste 1. Trouvé dans l’enceinte des lieux saints, il coordonne les enseignements coraniques pendant les vacances du fait de la forte affluence des enfants. Nous recevant dans son bureau, il répond que le mariage est bien encadré par la religion musulmane et que les difficultés rencontrées s’expliquent par la non-application des textes coraniques. « Le mariage est une sunna (une tradition pas une obligation) pour celui qui à l’âge de se marier et qui a les moyens d’entretenir une femme. Celui qui n’est pas apte sur le plan de sa santé, de ses revenus, n’est pas obligé de se marier. Mais si c’est quelqu’un qui ne peut s’abstenir ni se passer de la femme, ça devient une obligation pour lui de se marier », enseigne Oustaz Dièye.

« L’autre explication est que beaucoup croient que le mariage c’est du bonheur tous les jours alors qu’en réalité, le bonheur dans le mariage ne dépasse pas les trois premiers mois. Après cette période, ce ne sont que des sacrifices et des responsabilités, et le bonheur ne devient que passager. Si l’on se marie en croyant que tout est bonheur et plaisir ; en découvrant les difficultés, on a souvent tendance à vouloir se libérer, contrairement aux percepts de l’islam», explique le maître coranique.

En guise de conseils, il prêche: « La base du mariage est la religion. Il faut que les mariés acceptent le sacrifice. Les hommes doivent bien étudier leurs futures épouses. L’homme doit être le responsable de la femme et si l’on veut les mettre au même niveau de responsabilité, ce mariage ne peut pas réussir ». Parlant de la problématique de l’argent, Oustaz  Dièye recommande aux femmes musulmanes de s’inspirer Khadija, l’épouse du prophète qui était fortunée mais qui a avait remis toute sa richesse au prophète et s’est transformée en une femme obéissante.

Pour préparer les générations futures et ainsi éviter que la société sénégalaise soit une société où l’institution mariage va péricliter, Imam Dièye demande de mieux éduquer les enfants. Pour cela, il faut que dès le bas âge, l’éducation des enfants prennent en charge la sociabilité, la religion, le savoir-être  et le savoir-vivre.

O. KANDE

Fondé en 1904, Bambadika est une localité située à une soixantaine de kilomètres de Tambacounda. Aujourd’hui, malgré son importante communauté d’émigrés, le village continue de souffrir de son enclavement mais aussi de l’absence d’infrastructures et d’équipements socio-économiques de base.

Bambadika et ses baobabs séculaires, ses rizières, ses champs de maïs et de mil… De loin, une forêt luxuriante cache de son rideau vert les habitations. En période de saison des pluies, cette localité située à une soixantaine de kilomètres de la ville de Tambacounda vit au ralenti à cause de son enclavement. La vie y serait très difficile sans la piste de production au couleur du couchant qui relie Bambadika à la commune de Missirah. Pourtant on y accède, à bord d’un véhicule, à moins d’une heure de route. Cela, après avoir traversé une bande de forêt encore vierge où coulent l’eau douce des marigots.

En cette matinée dominicale, un calme olympien règne dans ce village. Seules quelques personnes sont visibles à l’ombre d’une grande case en paille servant de place publique. Une bonne partie des habitants est dans les champs. Ici, seules quelques antennes de télévision et des panneaux solaires permettent de ressentir une certaine modernité. Il n’y a pas de réseau téléphonique encore moins de l’électricité. Difficile d’imaginer ce que serait ce village sans sa communauté d’émigrés éparpillée un peu partout à travers l’Europe dont la France, l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne.

Bambadika compte environ 80 émigrés pour une population de 1500 âmes. L’impact de ces expatriés dans la localité se sent nettement. En atteste d’ailleurs, le contraste observé dans l’architecture des habitats. Sur place, les constructions modernes côtoient des maisons en paille. Dès notre arrivée, nous sommes accueillis par Seiba Dramé, le chef du village. Ce sexagénaire a succédé à son père, El Hadji Thierno Dramé, qui aura dirigé ce village depuis qu’il a 10 ans. M. Dramé revient fraichement des champs. La sueur est encore visible sur son front. Il a l’air fatigué, mais une certaine quiétude se lit sur son visage. Seiba Dramé a fait 29 en Europe avant de rentrer au pays natal pour s’occuper de ses champs. Aujourd’hui, son âge ne lui permet plus de rester à l’étranger. C’est pourquoi, il y a amené 4 de ses frères pour continuer l’aventure et s’occuper de la famille Dramé.

« Le village dépend en grande partie de ses émigrés. Ces derniers se sont organisés en association pour essayer d’apporter leur contribution dans le développement économique et social de notre localité », explique M. Dramé. Selon lui, c’est l’Association des émigrés de Bambadika, qui a construit la mosquée du village. Actuellement, poursuit-il, cette association est sur le point de terminer la construction du poste de santé ainsi qu’une maternité. Toutefois, le chef du village invite l’Etat à trouver les ressources humaines nécessaires pour la gestion de ce poste de santé, une fois que le chantier sera terminé. « Nous voulons que les autorités nous affectent une sage-femme et un infirmier pour s’occuper de la santé des populations », plaide le chef du village.

Les émigrés, premiers investisseurs
Aujourd’hui, depuis 5 à 6 ans, renseigne Seiba Dramé, la crise économique qui secoue l’Europe a nettement impacté sur la contribution des émigrés dans la vie économique et sociale du village. « Ce n’est plus comme avant. Toutefois, les familles des émigrés essayent de s’adapter tant bien que mal à la crise», soutient le sexagénaire.

C’est en 1904 que Bambadika a été fondé par des Diakhanké venant du royaume du Boundou. Dans la structuration sociale du village, souligne l’Imam El Hadji Diahaby, les Dramé s’occupaient de tout ce qui a trait à l’administration. De leur côté, les Diahaby étaient chargés des questions de spiritualité. « Depuis toujours, c’est eux qui dirigent les prières. L’iman est choisi parmi les Diahaby », renseigne-t-il. A présent, même si le village continue d’être majoritairement peuplé par des Diakhanké, il commence toutefois à se métisser avec l’arrivée d’autres ethnies à l’image des peuls de la Guinée. Le chef de village se félicite de symbiose et cette entente qui constituent l’un des nouveaux atouts de la localité.

A Bambadika, l’agriculture reste la principale activité qui occupe les populations. Le village doit sa survie à la vaste étendue des terres arables. Mais, notent les populations, la mise en place d’une forêt classée dans la localité limite l’accès à la terre. Pis, souligne le chef du village, depuis deux ans, une partie de la forêt fait l’objet d’un déboisement perpétué par des gens venus des régions du centre du Sénégal. « Ce que nous ne comprenons pas, c’est le fait qu’on autorise certains à couper le bois de la forêt alors qu’on interdit aux villageois d’y cultiver », s’interroge Seiba Dramé. Dépourvu d’infrastructures et d’équipements socio-économiques de base, ce village séculaire continue de réclamer une route goudronnée qui permettra de le relier directement à Missirah. Mais également l’élargissement du réseau hydraulique ainsi que l’électrification de la localité. A ce chapelet de plaidoiries s’ajoute le raccordement du village à un réseau téléphonique pour davantage le permettre de se désenclaver.

Par Eugène KALY, Ibrahima BA (texte) et Assane Sow (photo)

Au Sénégal, les gens ne se marient plus comme avant. Conséquence, beaucoup de divorces sont notés, surtout chez les jeunes couples. Les explications sont diverses. D’aucuns soutiennent que la cause principale est l’argent ; d’autres évoquent un manque de préparation religieuse, sociale et même mystique des jeunes mariés.

Considéré comme une union pour la vie, pour le meilleur et pour le pire, le mariage est même jugé sacré dans plusieurs pays, notamment au Sénégal. Avant, nos aïeuls se mariaient pour la vie, d’où l’expression wolof « seey », qui veut dire se dissoudre, sous-entend que quand la femme rejoignant son domicile conjugal devait y rester jusqu’à la fin de ses jours pour donner naissance à des enfants qui devaient réussir car leur maman était bénie par la belle famille et le père. Maintenant, la donne a changé et généralement les mariages ne durent plus longtemps. Les divorces sont devenus un phénomène de société au Sénégal inquiétant plus d’un Sénégalais.

Selon le rapport du Recensement général de la population, de l’habitat, de l’agriculture et de l’élevage (Rgphae) de 2015 publié par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), les divorces sont de plus en plus importants au Sénégal. D’après ce rapport, ces divorces sont plus nombreux dans la région de Dakar (2,5%). La capitale est suivie par les régions de Matam et de Saint-Louis avec 1,5% chacune (identique à la moyenne nationale). La région de Sédhiou avec 0,5% enregistre la plus faible proportion de personnes divorcées suivie de Kédougou et de Kaffrine avec 0,7% chacune et Fatick.

1.775 divorces à Dakar en 2015
Les statistiques servant de base de travail au sociologue interpellé Abdoulaye Yerodia Bousso révèlent qu’il y a eu 1.775 divorces prononcés par le tribunal de Dakar en 2015, sans compter les séparations en dehors du tribunal. Cela inquiète et la société sénégalaise tente de s’expliquer.

Trouvé sous la passerelle qui surplombe le chemin du fer au niveau du célèbre arrêt appelé « Tableau ferraille », Ibrahima s’affaire autour de son commerce. Il tient une petite boutique très fréquentée par les mécaniciens, ouvriers et autres agents qui travaillent dans les usines d’à côté pour acheter de la cigarette, autres articles ou simplement pour venir prendre un café. Sur le sujet, il dit son intérêt car considérant que beaucoup de jeunes gens ont vu leur vie basculer dans les « ténèbres avec des lendemains incertains » du fait d’un mariage raté comme ce qu’il a connu. La trentaine, svelte et de teint noir, ce jeune habitant de Dalifort revient sur son divorce qui l’a marqué à jamais.

Mélancolique, Ibrahima, qui s’est marié à l’âge de 26 ans, raconte qu’au début c’était clair et sans ambiguïté que son ex-épouse était son âme sœur et ils filaient tous les deux le parfait amour. Après deux ans d’idylle, les deux jeunes tourtereaux se sont passé les bagues aux doigts. La fille rejoint le domicile d’Ibrahima et ce dernier, malgré un travail sans revenus fixes ni permanents, va se battre tous les jours pour assurer le nécessaire à son épouse.

« J’avais pleines de bonnes intentions pour elle, on s’aimait vraiment au début aussi », se rappelle Ibrahima. Cependant, après cinq ans de mariage, les problèmes commencent à surgir dans le couple.

Confession…
Ibrahima explique que c’est l’argent qui a été à l’origine des difficultés. « La base de notre problème est l’argent car elle m’avait dit qu’elle participait mensuellement à une tontine et chaque mois, dès que je recevais ma paie, je lui remettais 50.000 FCfa. Mais, pendant près de quatre ans, cette tontine était interminable alors qu’elle était censée ne durer que quelques mois. Je lui ai demandé des comptes, mais elle n’a pas voulu me dire où elle mettait l’argent. J’ai refusé de continuer à lui remettre la somme à la fin des mois et on a commencé à avoir des problèmes dans notre couple », confesse Ibrahima dont le témoignage est interrompu de temps à autre par des clients venus acheter divers articles qu’il doit servir avant de poursuivre. De dispute en dispute, la jeune dame finit par quitter le domicile conjugal pour retourner chez ses parents, mais le divorce n’était toujours pas prononcé. Après quelques mois passés dans sa famille, la fille a notifié à son mari qu’elle a des projets et qu’elle voudrait émigrer pour aller à l’étranger afin de travailler et se prendre en charge. Ce qu’Ibrahima n’a pas accepté. « Elle voulait simplement se séparer de moi. Elle m’a demandé donc le divorce devant sa mère en 2016. Je le lui ai accordé tout en restant digne et ayant foi en Dieu. J’ai bien compris que ce sont pour des raisons matérielles qu’elle a voulu partir. Elle m’a escroqué, et rêvait de vivre dans le luxe alors qu’elle ne faisait rien et mes moyens ne le permettaient pas. J’ai tourné la page et je continue la vie tout en rendant grâce à Dieu qui m’a ouvert les yeux », explique Ibrahima, l’air très sage et soutenant retrouver une seconde vie auprès du seigneur. Ce dernier soutient qu’il faut que les filles sachent que dans le mariage tout n’est pas rose et qu’il y a des hauts et des bas. « Souvent les parents sont aussi responsables des divorces des femmes. Elles les font rêver et dès fois même ces parents exigent à leur filles de se marier avec des hommes riches », confie Ibrahima.

Cette fille divorcée, qui n’a pas voulu parler du sujet car laissant entendre qu’au Sénégal, les filles de son genre sont souvent stigmatisées à tort, pense aussi que souvent les hommes sont responsables, car « ils ne prennent pas soin de leur femme comme il le faut et croient qu’elle est leur propriété ». Elle estime que beaucoup de jeunes filles sont en train de vivre des conditions difficiles dans leur ménage mais ont juste peur de divorcer pour ne pas être la risée de leur famille, ce qu’elle n’a pas accepté. Elle dit reprendre sa vie en main. Notre interlocutrice confie aussi qu’elle a vu des filles répudiées par leurs maris qui sont à l’origine des problèmes mais la société condamne toujours les femmes divorcées, « jamais les hommes ». La problématique des belles familles qui mènent la vie dure aux femmes est aussi brandie par la fille qui pense que « mieux vaut être séparée que de vivre l’enfer dans un mariage ».

Des mariages via les réseaux sociaux
Les divorces répétitifs sont expliqués aussi d’une autre manière par l’ancienne génération qui fait la comparaison avec les mariages de leur époque qui, à leur avis, étaient plus sincères et durables.

Assise en face de sa table sur laquelle sont placées plusieurs légumes, la dame Aïssatou Gning, habillée d’un grand boubou bleu, y va de ses explications. Pour cette vendeuse de légumes qui quitte son quartier Yarakh chaque jour pour venir s’adonner à son activité aux Maristes, la raison des divorces répétitifs est souvent due à l’argent mais aussi à la manière dont les jeunes filles choisissent leur mari. « Actuellement, les jeunes filles demandent à leurs époux des choses que ces derniers ne peuvent leur offrir, ce qui ne débouche que sur des disputes. Mais, je désapprouve aussi la manière dont les futurs mariés se font la cour avant de sceller leur union. Une relation amoureuse qui commence par internet ou facebook comme disent les jeunes, ne peut pas durer à mon avis car la base c’est en général le mensonge et la tromperie. Après le mariage, la vérité finit par ressurgir et les problèmes commencent », soutient la quinquagénaire. Pour cette dernière, le problème des jeunes filles est qu’elles ne suivent plus les conseils de leurs parents. Faisant une comparaison entre les deux générations, Aïssatou Gning nous confie que c’est à l’âge de 15 ans que ses parents ont négocié son mariage et sachant que ces derniers sont plus avertis que sa jeune personne, elle a regagné le domicile de son mari sans broncher.

« Rester malgré les difficultés »
Après 35 ans de mariage, elle indique qu’elle n’a jamais quitté le domicile conjugal malgré les difficultés. « Même si je n’avais pas de nourriture chez mon mari, je restais dans la dignité pour l’aider à trouver une solution. Maintenant la première chose que font les filles et certaines mamans aussi est de demander la profession des hommes avant de songer au mariage. Les filles manquent de plus en plus de dignité et ne savent plus ce que l’endurance du mariage veut dire », laisse entendre celle dont la fille aînée est maintenant âgée de 30 ans et qui continue de vivre en harmonie avec son époux.

A quelques jets de pierre de là, au kiosque à journaux d’Amadou Niang, c’est la grande ambiance. Des jeunes gens s’arrêtent de temps à temps pour jeter un coup d’œil sur les unes des journaux soigneusement épinglés sur une corde attachée à deux piquets parallèles par le vendeur Amadou. Rares sont ceux qui achètent, beaucoup se contentant de faire une brève revue de presse des quotidiens. Derrière les journaux, des sièges communément appelés « bancs traversés » sont installés. Beaucoup de doyens du quartier y ont érigé un «grand place » de fortune où tous les sujets sont débattus. Approché, le vieux Bacary Kandé, âgé de 64 ans, regrette que l’union sacrée d’un homme et d’une femme puisse finir pour des futilités comme c’est le cas souvent au Sénégal. Passant également par la comparaison, il indique qu’avant on donnait une femme à un homme au nom du Seigneur pour qu’elle fonde une famille et ces mariages duraient à vie avec une famille bénie. Maintenant, regrette-t-il, c’est l’intérêt qui est mis en avant dans les mariages ; ce qui cause des déceptions et des querelles au bout du compte. Le vendeur de journaux Amadou Niang qui suivait la discussion intervient et explique que malgré les difficultés, il y a des mariages qui durent et qui sont fondés sur l’amour et la vérité. « Vous savez, en matière de mariage, on ne peut jamais être sûr de son choix, car il faut toujours de la chance. Les gens commettent des erreurs en pensant que c’est dans les villages qu’on trouve les meilleures épouses et que les filles de la ville sont souvent opportunistes, mais c’est une méprise car même au village, il y a aussi des filles qui mettent en avant l’argent », laisse entendre le jeune Amadou Niang, qui dit croiser les doigts car ayant trouvé une femme qui l’aime pour ce qu’il est..

(A suivre…)

Par Oumar KANDE

Le 12 avril dernier, le Daaka (lieu de retraite spirituelle) de Madina Gounass a été la proie d’un gigantesque incendie qui a fait une trentaine de morts en plus des dégâts matériels conséquents. Quatre mois plus tard, une équipe du « Soleil » est retournée sur les lieux du sinistre.

Daaka de Madina Gounass, 12 avril 2017. Le soleil est au zénith. La période est caniculaire. Il n’empêche, l’endroit baigne dans la ferveur religieuse. Il grouille de monde. Les pèlerins sont venus de partout. Depuis quatre jours, lecture du Coran, panégyriques à l’honneur du Prophète (Psl) et prières rythment ce haut lieu de retraite spirituelle située en pleine brousse à dix kilomètres de Madina Gounass. A 14 heures, l’appel du muezzin invite à la prière. Les pèlerins quittent leur logis en paille (Daaka) et se dirigent vers la grande esplanade située en face de la résidence du khalife général qui fait office de lieu de prière. Soudain, une rumeur s’élève. Un ange passe. Le temps que les gens comprennent ce qui arrive, une épaisse fumée a fini de tapir le ciel au-dessus des centaines de huttes en paille. Le Daaka de Madina Gounass vient de prendre feu.

Très vite, un gigantesque brasier se forme. La vitesse de propagation est fulgurante. L’épais écran de fumée noire bloque toute visibilité. Des centaines de personnes se retrouvent coincées. Certains réussissent à échapper aux flammes, mais pour des dizaines d’autres personnes, il est trop tard. Le feu les rattrape dans leur folle course pour la survie. Arbres et véhicules s’embrasent comme de gigantesques torches. Des fûts de carburant entreposés sur le chantier d’un forage en construction explosent. Les flammes giclent et créent d’autres foyers. Face à la multiplication des foyers, l’intervention des sapeurs-pompiers en devient ingrate. Un travail de Sisyphe. Les pare-feu installés quelques jours plus tôt ainsi que les deux seules bouches d’incendie dont dispose le site ne peuvent arrêter les flammes. Le bilan matériel et humain est lourd : une trentaine de morts et des dizaines de blessés, une dizaine de véhicules et de motos calcinés, une cinquantaine de bêtes (moutons, bœufs, ânes, chevaux, chèvres etc.) carbonisés. Le Daaka de Madina Gounass vient de connaître son incendie le plus meurtrier depuis le début de sa célébration en 1942. « Par le passé, des incendies ont eu à ravager le Dakka, mais de cette ampleur-là, jamais », confie Seydou Bâ, maire de Madina Gounass et président du Comité d’organisation du Daaka depuis sept ans.

Quatre mois plus tard, retour sur les lieux du sinistre. En cette période de saison des pluies, la route goudronnée qui y mène, droite comme une règle et sans accotements, est bordée de hautes herbes. Sur le bas-côté, comme sur l’autre versant de la colline qui domine le site du Daaka, des ouvriers s’affairent à la construction de deux forages. Ces infrastructures hydrauliques sont financées respectivement par la Sde et par l’Office des forages ruraux (Ofor). Sur le site de Daaka, dame nature a retrouvé des couleurs. Le panorama offre un tapis herbacé et de jeunes pousses de maïs qui s’étendent à perte de vue. Mais aussi touffue soit-elle, la végétation ne couvre pas toutes les séquelles de l’incendie ravageur. Les stigmates restent visibles et donnent une idée de l’ampleur des dégâts. L’odeur du brûlé taquine les narines. Sous nos pas prudents, le sol est encore jonché de débris de toutes sortes. Au milieu de cette verdure, des arbres effeuillés bon pour le charbon de bois tendent ce qui leur reste de branches calcinées vers le ciel. Ils cohabitent avec des carcasses de véhicules envahies par les hautes herbes alors qu’une partie de la route bitumée a fondu comme beurre au soleil. Au pied d’un château d’eau, des piles d’exemplaires du Coran à moitié consumés sont entassés. A l’évidence, le Daaka de Madina aura du mal à panser ses plaies. La cicatrisation prendra du temps.


Négligences, mauvaise organisation… Un cocktail incendiaire
Médina GounassLe sinistre bruit des sirènes des ambulances conduisant les morts et les blessés à l’hôpital résonnent encore dans la tête de Mansour Sy, membre du comité d’organisation du Daaka de Madina Gounass.

Bâti en armoire à glace, épaules larges, Mansour Sy, membre du comité d’organisation du Daaka de Madina Gounass, n’est pas pourtant du genre à s’attendrir, mais, ce jour-là, l’ampleur de l’incendie a eu raison de son sang-froid. « Le feu s’est propagé tellement vite que nous sommes restés sonnés. C’était la débandade. On voyait des gens mourir sans pouvoir intervenir. Sur le coup, nous avons enregistré 16 morts et plusieurs perdus de vue. C’était triste », explique-t-il après être longuement revenu sur les circonstances du drame.

Selon lui, le feu, d’origine accidentelle, serait parti du Daaka de Agnam Goli. Trois garçons faisaient du thé pour leur père parti à la mosquée. Concentrés sur leur smartphone, ils ont oublié de surveiller le breuvage qui mijotait sur le gaz. Brusquement, un coup de vent balaya les lieux, la bouteille de gaz se renversa et les flammes embrasèrent la hutte en paille. « En moins de dix minutes, le feu s’est complètement déchaîné sur l’herbe sèche et le vent aidant. Il n’a pas fait de victimes là où il s’est déclaré, mais plus loin. Il a surpris des gens qui voulaient sauver leurs affaires et ceux qui, dans le mouvement de foule, sont tombés et n’ont pas pu se relever à temps», poursuit Mansour Sy. Ce qui a rendu le travail des sapeurs-pompiers encore plus difficile, c’est que le feu a embrasé la zone où se trouvaient les forages. Ces infrastructures hydrauliques étaient prises au piège. « Les forages étaient inaccessibles à cause des flammes donc les sapeurs-pompiers ne pouvaient plus s’approvisionner en eau. C’est ce qui explique le manque d’eau», souligne le maire Seydou Bâ.

Au-delà de la main accidentelle de l’homme, l’incendie du Daaka de Madina Gounass est la résultante d’une « mauvaise organisation », déclare, sans gants, l’édile de la localité. N’y allant pas avec la queue de la louche, Seydou Bâ pointe des « négligences » de la part des autorités, des pèlerins et des organisateurs. Niché en pleine brousse, le Daaka se déroule dans un environnement et à une période de l’année où le tapis herbacé est sec. A part le bâtiment où réside le gardien et le petit hameau d’El Ilm d’une vingtaine d’habitants où le fondateur de Medina Mouhamadou Gounass Thierno Seydou Bâ a passé quelques nuits sur le chemin qui l’a conduit vers la découverte de ce lieu de retraite spirituelle, le site du Daaka qui s’étale sur 322 ha est inhabité. Les milliers de pèlerins qui s’y rendent s’abritent pendant toute la durée du pèlerinage (une dizaine de jours) dans des abris en paille. Les délégations venues de toutes les contrées du Sénégal et de l’étranger occupent, chacune, un espace bien délimité appelé « Daaka ». Ses membres y résident et y cuisinent dans un méli-mélo qui ne permet pas une intervention efficace et rapide des sapeurs-pompiers en cas de sinistre. En effet, sur le site, la moindre inadvertance peut causer un incendie. D’ailleurs, le dernier enregistré, avant celui du 12 avril dernier, date de 2007 avec, à la clé, deux morts. « Le site n’est pas bien aménagé. Les allées entre les Daakas sont exiguës. L’Etat doit nous aider à bien compartimenter l’espace, à élargir les allées, les pistes, les routes et à remplacer les huttes par des bâches et des tentes », suggère Elhadji Sané, Secrétaire général de l’Association des usagers de forage (Asufor) de Madina Gounass dont le grand-père s’est gravement brulé dans l’incendie.

La modernisation du site en question
Site Madina GounassElhadji Sané touche là du doigt un problème que l’on évoque depuis des années mais qui reste à l’état de proposition : la modernisation du site du Daaka de Madina Gounass. A quelque chose malheur étant bon, le maire de la commune, Seydou Bâ, estime que le drame doit être mis à profit pour moderniser, pour de bon, le site qui, chaque année, draine de plus en plus de pèlerins. Hélas, il y a des réticences de certains dignitaires religieux de Madina Gounass qui pensent que la modernisation enlèverait à cette manifestation religieuse son essence et sa substance. Une position que le maire ne manque pas de dénoncer. « Les temps changent, il faut s’adapter. On ne peut pas continuer à être dans l’informel. L’Etat est prêt à nous aider, laissons-le nous aider », lance-t-il d’une voix exaspérée. Car, comme dans toutes les cités religieuses, certains intérêts privés font un intense lobbying pour préserver leur business juteux, si l’on en croit le maire. En effet, certaines huttes sont commercialisées à prix d’or, surtout celles qui sont proches des zones de forte affluence. « Ces logis coûtent entre 200.000 et 400.000 Fcfa. Dans la partie appelée Dubaï, les prix montent jusqu’à 500.000 Fcfa. Ces gens-là ne veulent pas entendre parler de modernisation car cela signifierait l’installation de bâches et de tentes », ajoute Seydou Bâ. Il est d’autant plus outré que depuis des années sa proposition de morcellement et de lotissement du site du Daaka à raison d’un hectare par compartiment comme à Mina à la Mecque, est systématiquement rejetée. « La pression et les pesanteurs sont telles que c’est même difficile parfois pour l’Etat d’intervenir. Il faut que chacun reste à sa place », martèle-t-il. Pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise, il préconise de confier la gestion du site au génie militaire comme l’avait laissé entendre le chef de l’Etat lors de son déplacement à Madina Gounass pour présenter ses condoléances. Les autorités religieuses de Madina Gounass l’entendront-elles de cette oreille ?

Par Maguette NDONG, El Hadj Ibrahima THIAM (textes) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

A l’université Cheikh Anta Diop, les mamans-étudiantes se battent difficilement pour allier études et maternité. Le cœur d’une mère ne pouvant tolérer son bébé loin d’elle, elles sont dans un dilemme total. Non prises en charge par les services sociaux du campus, elles se faufilent entre les mailles pour rester avec leurs petits bouts de choux.

A la chambre 45 du pavillon F à la cité Claudel, le désordre est total. Des matelas superposés à même le sol. Une étagère remplie de bouteilles, d’ustensiles de cuisine et de pots de céréales. Des habits accrochés à une corde fixée au bord de la fenêtre arrêtent les rayons de soleil. D’un côté, deux filles sont allongées sur les lits et dorment profondément. De l’autre, une étudiante s’occupe de son bébé. Assise sur un matelas, un pot de poudre blanche à la main, elle verse son contenu sur ses paumes et l’étale sur le dos de l’enfant en le massant. C’est une « étudiante-mère » qui loge avec son enfant au campus.

Dans une autre chambre, sous cette chaleur étouffante, une fillette toute souriante vient de sortir du bain. A part un fascicule de cours de géographie posé sur le lit, rien ne renvoie aux études. Une poupée multicolore en forme de grenouille, des jouets, des paquets de couches à jeter trainent sur le sol. Contrairement à beaucoup d’étudiantes-mères de la cité universitaire Aline Sitoe Diatta, Ndeye Arame (nom d’emprunt), étudiante-maman, en deuxième année de Géographie, accepte de se confier. « C’est difficile de vivre dans les pavillons avec un bébé. Pour sa prise en charge, il faut acheter des couches à 3 000 Frs Cfa, le paquet. Et il en faut trois pour le mois. Le lait et les céréales pour le bébé aussi, sans compter notre propre nourriture. Cela exige beaucoup de dépenses. La bourse ne couvre même pas la moitié de nos besoins », affirme-t-elle, l’air pensive.

La vie des étudiantes-mamans au campus n’est pas de tout repos. Elle nécessite des moyens financiers adéquats et la bourse de 36 000 Fcfa semble dérisoire. Pour la garde des enfants, pendant qu’elles suivent les cours, certaines filles prennent des nourrices ou sollicitent l’aide des amies à leurs heures libres. Aussi, Ndeye Arame, a-t-elle fait venir sa petite sœur, du village, pour la soutenir. Etant donné que les services de restauration interdisent d’emporter, hormis le petit déjeuner, les plats dans les chambres, elle achète ses repas, en dehors du campus. Cela varie entre 700 et 1000 FCfa le plat. Ses dépenses s’en trouvent alourdies jusqu’à 5000f par jour. A part la bourse, elle reçoit le soutien de son mari enseignant à Ndioum. Il assure ses besoins et ceux de son enfant.

A l’image de Ndeye Arame, beaucoup d’étudiantes-mamans font d’énormes sacrifices pour allier études et prise en charge de leur enfant. Pendant ce temps, le Coud verrouille presque toutes ses portes à ces braves nécessiteuses. Elles se sentent discriminées dans l’attribution des lits. Une convention de logement couvre un lit réservé pour deux personnes. Le Coud a donc un prétexte solide pour refuser l’octroi d’une place aux personnes qui ne peuvent partager un lit à deux. Les étudiantes-mamans sont donc presque exclues du droit au logement. « Pour être logée au sein du campus, il a fallu que je voie le directeur du Coud en personne car les services de l’hébergement avaient refusé, à cause du bébé. Et comme c’est le maire de Ndioum, notre localité, il a accepté de me donner un lit. En plus, je devais encore avertir mes colocataires avant de m’installer », raconte, Ndeye Arame, mère de la fillette.

A l’Ucad, il est fréquent de rencontrer des enfants jouant dans les couloirs des pavillons ou de jeunes mères portant un bébé au dos. Elles sont obligées de garder ces petits près d’elles jusqu’au sevrage. Devant le hall du Pavillon E, une jeune maman dorlote son bébé sur le dos en faisant des va-et-vient. Elle refuse de donner des explications poussées sur sa présence au campus avec un nouveau-né. « Je suis juste venue passer mes examens qui doivent durer une semaine seulement, » lance-t-elle, le regard méfiant.

Difficile cohabitation
La plupart de ces cas sont originaires de villages reculés. La vie étant très chère à Dakar, elles n’ont pas souvent les moyens de prendre une chambre et une nourrice en ville. Le campus, malgré toutes les difficultés qu’on y rencontre, reste la seule solution. Pourtant, cette cohabitation avec les autres étudiantes pose de réels problèmes. Les études exigent quiétude et tranquillité. La présence des enfants dans les chambres peut déranger. L’hygiène n’est pas toujours respectée. Certaines colocataires se plaignent. « Ce n’est pas facile de cohabiter avec une maman. Parfois, les pleurs nous empêchent de dormir. Les couches trainent partout. Les enfants, à cet âge, sont de nature turbulents et gâchent tout sur leur passage», confie une étudiante qui préfère garder l’anonymat. Même si certaines se désolent de cette cohabitation, d’autres apprécient la présence de ces bouts de chou. En tant que futures mères, elles tolèrent et participent même à la garde des enfants. C’est la chance qu’a la petite Soukeyna, star du Pavillon F. Elle a même été surnommée bébé F. Résultat, sa petite maman reçoit des visites bienveillantes et attentionnées.

Les étudiantes-mères éprouvent aussi d’énormes difficultés pour la santé de leurs enfants. Ils ne sont pas pris en charge par le centre médico-social. Pour les vaccinations et autres soins, les mamans sont obligées d’aller en ville, dans les structures de santé. Face à tous ces problèmes, les services du Coud semblent fermer les yeux et avancent des arguments peu pertinents pour priver ces jeunes mamans de tout. Celles-ci n’ont qu’un seul souci: que la maternité ne constitue pas un obstacle à leur réussite dans les études.

Saliou Diagne, chef du service social du Coud : « Le règlement interdit que des étudiantes soient logées dans le campus avec leurs enfants »
Selon Saliou Diagne, chef du service social du Centre des Œuvres Universitaires de Dakar (C.O.U.D), il est formellement interdit par le règlement du Coud de loger dans le campus avec des enfants. Il précise qu’auparavant, il y’avait un dispositif de prise en charge des enfants comme des garderies à l’époque où les pavillons des mariés étaient encore ouverts. Mais depuis 1994, avec les ajustements structurels et la restriction des budgets de l’éducation, il n’est plus possible de subventionner de tels programmes d’aide aux étudiants. Ainsi, avec la suppression de ces subventions, le règlement du Coud interdit, depuis lors, que des étudiantes soient logées dans le campus avec leurs enfants.

Cependant, affirme toujours le chef du service social, pour ce qui concerne le traitement, tous les étudiants ont les mêmes droits. Le Coud prend en charge leurs problèmes, qu’ils soient d’ordre moral, social ou financier. Il facilite également l’accès à la restauration, au logement et à la prise en charge médicale. Mais, il n’y a aucune mesure prise dans le sens d’aider les étudiantes en situation de maternité. Néanmoins, lorsqu’il est soumis au Coud des cas d’urgence de ce genre de la part d’un étudiant, le service social fait le nécessaire pour lui apporter de soutien, selon les moyens disponibles. Selon M. Diagne, le service social a conscience des méfaits que peuvent entrainer la charge d’une maternité sur les études. C’est pourquoi, son équipe et lui font leur devoir d’apporter leur soutien aux étudiantes. Mais il n’est nulle part prévu, dans les textes, ni dans les budgets, la prise en charge des enfants d’étudiants.

Par Abba BA (stagiaire)

A Gossas, l’absence de véhicules de transport interurbain et de taxi-clandos fait la bonne affaire des conducteurs de motos « Jakarta ». Au nombre d’une centaine, ces motos sont, tout le temps, sollicitées par des clients désireux de faire des courses ou de regagner leur domicile. Ici, beaucoup de conducteurs affirment tirer leur épingle du jeu, malgré quelques difficultés auxquelles ils font face.

Les motos «Jakarta» ont le vent en poupe à Gossas. Ils constituent, depuis quelques années, le moyen de transport le plus prisé pour les populations et les visiteurs. Les célèbres deux roues ont occupé le vide laissé, dans cette localité, par les véhicules de transport interurbain et les taxi-clandos. Et un tour au centre-ville permet de se convaincre de l’importance de ces engins dans la vie quotidienne des Gossassois. Dans leurs deux parkings distants de quelques mètres seulement, les jeunes motocyclistes ne se reposent jamais longtemps. Ils sont tout le temps sollicités par des clients désireux de faire des courses voire de regagner leur domicile. Signe que les affaires marchent bien pour eux. A Gossas, beaucoup de jeunes ont, faute d’emplois, fini par investir l’univers des «Jakarta» dans l’espoir de gagner dignement leur vie. Militaire libéré, Moustapha Thiaw s’est reconverti conducteur de « Jakarta » depuis 5 ans et il affirme bien tirer son épingle du jeu. En cette mi-journée de mercredi, il devise tranquillement avec ses camarades, dans l’attente de clients. Il indique que la journée, il peut gagner jusqu’à 7.500 FCfa. Mieux, Thiaw dit avoir signé un contrat avec une dame pour le transport quotidien de sa fille à l’école et de l’école à son domicile. Une bonne affaire qui lui permet de toucher 60.000Fcfa le mois, en marge de ce qu’il gagne quotidiennement concernant les autres courses. « Grâce à ce boulot, j’arrive à prendre correctement en charge, les besoins de ma famille. J’étais à Dakar mais la vie est très chère là-bas avec un loyer qui coûte les yeux de la tête », explique l’ancien militaire. Preuve qu’il s’en sort bien, Moustapha Thiaw a acheté, il y a deux mois, une deuxième moto «Jakarta» qu’il a confiée à un autre conducteur. Ce dernier lui rapporte 2.000 FCfa par jour, excepté le dimanche, au titre du versement quotidien fixé à tous les conducteurs de Jakarta, soit 48.000 FCfa le mois.

Titulaire du Brevet de fins d’études moyennes (Bfem), Mbaye Thiam s’est, lui aussi, lancé dans le domaine du transport avec sa moto « Jakarta » qu’il a transformée en taxi clando. « J’ai le Bfem mais faute de moyens, je n’ai pas pu poursuivre les études. Etant un soutien de famille, je me suis dit qu’il était temps que j’intègre la vie professionnelle afin d’aider ma famille. C’est ainsi que je suis devenu conducteur de « Jakarta », étant donné qu’il n’y avait pas d’autres alternatives », explique-t-il. Comme Moustapha Thiaw et beaucoup de ses camarades, Mbaye Thiam affirme trouver son compte. « Dans l’ensemble, ça va dans la mesure où nous arrivons à faire face à nos besoins. Toutefois, nous n’excluons pas d’aller faire autre chose, si nous trouvons mieux », poursuit le jeune homme.

Abdoulaye Ndiaye, un autre conducteur, préfère, lui, s’appesantir sur les difficultés auxquelles sont confrontés les motocyclistes de la ville. Selon lui, ces derniers font face à beaucoup de tracasseries des forces de sécurité, en plus de la taxe municipale s’élevant à 3.000 FCfa, le mois. « Cette taxe nous parait trop chère. Ensuite, ceux qui ne disposent pas de casques sont systématiquement mis en fourrière par les forces de l’ordre », déplore-t-il. Il s’y ajoute que depuis plusieurs mois, la circulation en ville est difficile à cause des nombreuses voiries actuellement en réhabilitation.

A Gossas, les conducteurs de « Jakarta » ont mis en place leur propre association. L’objectif, selon Moustapha Thiaw, est de cultiver la solidarité et l’entraide à travers des actions sociales en faveur des membres. « Chaque fois qu’un de nos membres a un décès, un baptême, un accident ou encore un mariage, l’association le soutient à travers une aide en nature ou en argent », souligne-t-il. Grâce aux cotisations de ses membres, l’association a, aussi, réussi à acheter ses propres moto « Jakarta » en vue de mieux faire fructifier ses affaires.
D’après Moustapha Thiaw, une moto « Jakarta » neuve coûte en moyenne 335.000 FCfa. Avec un versement mensuel de 48.000FCfa, un propriétaire a besoin d’un peu moins de 8 mois pour retrouver le montant investi pour l’achat d’une moto.

Par Diégane SARR (envoyé spécial)

Contraints au déplacement à cause de l’insécurité qui règne dans leur village, les habitants de Santhiaba Manjack vivent éparpillés loin de leur terroir depuis 26 ans. A Oussouye où nombre d’entre eux se sont installés, ils restent confrontés à la cherté du loyer, à l’absence de terres cultivables. Actuellement, leur seul souci est de retourner dans leur royaume d’enfance et vivre dignement.

En cette quinzaine du mois d’août, Oussouye est arrosée par une pluie battante qui tombe depuis les premières heures de la matinée. Les rues de cette commune de la Basse Casamance sont quasi désertes et les rares personnes qui bravent le mauvais temps se précipitent avec leur parapluie. Non loin de l’école Georges Diatta, derrière la gouvernance, Rodrigue, enveloppé dans un boubou en toile, descend d’un véhicule. « Venez, c’est là », nous dit-il après de brefs salamalecs avec l’équipe de reporters du quotidien national « Le Soleil ». Le bonhomme de taille moyenne pique directement à sa droite et nous conduit dans une petite salle où l’attendaient quelques personnes. Sur deux tables au fond de la pièce sont posées des piles de registres de mariages, de naissances ou encore de décès. Cette salle fait office de mairie pour la commune de Santhiaba Manjack dont les populations ont été contraintes au déplacement à cause du conflit casamançais. Nous sommes en 1991, en pleine crise casamançaise, les rebelles règnent en maîtres dans cette zone de la verte et belle Casamance. Au quotidien, ils menacent et torturent les populations s’ils ne s’emparent pas de leurs biens. Entre eux et les militaires sénégalais, la confrontation fait rage. Prises entre deux feux, les populations fuient. Derrière, elles laissent leurs biens et se réfugient pour la plupart à Oussouye et à Ziguinchor. D’autres préfèrent aller en Guinée-Bissau ou en Gambie.

Ville ZiguinchorDepuis 26 ans, les autorités municipales de Santhiaba Manjack travaillent dans ces anciens locaux de la Croix-Rouge d’Oussouye. Mais la gêne est perceptible sur le visage des ressortissants de cette commune qui vivent difficilement cette situation qui n’a que trop duré, selon eux. « C’est toute la commune qui est déplacée depuis 1991, mais jusqu’à présent tous les habitants des autres villages sont retournés sauf ceux de Santhiaba Manjack, chef-lieu de la commune, pour des raisons de sécurité », renseigne Rodrigue Diatta, le secrétaire municipal de la commune. A cause de l’insécurité qui sévit dans le village, Santhiaba Manjack fait partie de la ligne rouge susceptible d’abriter encore des mines dans son sous-sol. Actuellement, un cantonnement militaire de l’armée sénégalaise a pris ses quartiers dans le site, interdisant l’accès à toute personne.

Des civils victimes d’exactions
Village frontalier avec la Guinée-Bissau, Santhiaba Manjack a toujours été une zone d’attaque et de repli des rebelles. Et souvent, les populations d’Effock, de Djirack, de Kahim ou encore de Santhiaba Manjack subissaient des attaques. En 1991, l’ensemble des habitants des villages de la commune de Santhiaba Manjack, excepté Essaout, étaient obligés de quitter et de laisser tout derrière eux pour sauver leur vie. « Il y avait un affrontement direct entre l’armée et les combattants du Mfdc ; et les populations étaient obligées de fuir vers la Guinée-Bissau et vers l’intérieur du pays. Lors de l’attaque, il y a eu des victimes civiles ainsi que des pertes matérielles », confie Antoine Mendy, le deuxième adjoint au maire de Santhiaba Manjack. Ce fut une période cauchemardesque pour les populations de Santhiaba qui, avant l’arrivée des rebelles, vivaient dans une parfaite cohésion entre les ethnies et dans une diversité culturelle. Alors jeune étudiant, Benoît Diatta, aujourd’hui enseignant, se souvient encore de ces évènements douloureux vécus par les gens de son village. « Les populations ont été victimes d’exactions, les militaires nous menaçaient parce qu’ils pensaient qu’on était de connivence avec les rebelles et quand les rebelles faisaient des descentes c’était des bastonnades à mort. Le chef de village a été victime comme d’autres personnes », se remémore-t-il. A l’heure actuelle, plusieurs villages de la commune ont fait leur retour, à l’exception des habitants de Santhiaba Manjack.

Benoît Diatta, principal du college Joseph Faye : L’art de surmonter les épreuves
Benoît DialloPrincipal du collège Joseph Faye, Benoît Diatta est un homme qui vient de loin. En tant que fils de Santhiaba Manjack, il a durement vécu les évènements qui ont conduit au déplacement des populations.

Front encaissé, yeux enfoncés dans leur orbite, regard fixe, menton carré, Benoît Diatta est robuste et musclé. Cependant, le bonhomme a bravé bien des épreuves dans sa vie. Actuellement principal du collège Joseph Faye des Pères Diaristes, Benoît est le symbole du courage et de l’abnégation pour avoir traversé bien des difficultés avant d’arriver à cette station. Ce cinquantenaire marié à une enseignante comme lui qui officie à Foundiougne est l’un des nombreux fils de Santhiaba Manjack qui tentent de refaire tant bien que mal leur vie loin de leur terre natale. Pour autant, Santhiaba Manjack restera toujours dans son cœur, lui qui y a vécu toute son enfance, cultivé la terre avant que les évènements malheureux ne surviennent et ne le contraignent à l’exil. « Santhiaba Manjack est un village cosmopolite qui a été constitué pour les populations qui viennent de plusieurs autres villages. La création du village date autour de la guerre d’indépendance de la Guinée-Bissau. Le village n’est pas très ancien. Il est le fruit de la rencontre de ressortissants d’autres villages. Chacun est venu avec sa culture, mais il y avait une harmonie. C’était un très beau et riche village parce que celui qui avait le courage de travailler la terre ne le regrettait pas », se souvient Benoît nostalgique.

Cette cohésion et cette bonne entente sont vite rompues avec l’incursion des rebelles dans le village et leur face-à-face sanglant avec l’armée sénégalaise. Comme les autres membres du village, Benoît n’est pas prêt à oublier certaines scènes qu’il a lui-même vécues. « Un jour j’étais dans les champs, les militaires faisaient une patrouille, ils nous ont dépassés de 50 mètres et ils ont commencé à échanger des tirs avec les rebelles. Pris entre deux feux, nous étions obligés de nous coucher dans les rizières pendant deux bonnes heures », témoigne-t-il. Mais, quand les habitants du village ont quitté pour des raisons de sécurité, Benoît était encore jeune étudiant à l’université de Dakar. L’annonce de cette mauvaise nouvelle va le marquer à jamais. « On m’a appelé pour me dire qu’on a quitté Santhiaba. Arrivé dans mon village paternel, j’ai voulu prendre un vélo pour y aller, on m’en a dissuadé. Mon papa m’a dit non. L’année suivante, il a été éliminé par les combattants du Mfdc », confie Benoît d’une voix étreinte par l’émotion.

Leur départ de Santhiaba Manjack est intervenu alors que son père avait déjà cultivé sur un périmètre de plus d’une dizaine d’hectares. « Notre plantation faisait plus de 10 hectares, on avait des agrumes, des manguiers, des papayers, pamplemousse, corossols… On avait tout. On faisait aussi la culture du riz, des arachides et du niébé. On vivait de ce que l’on produisait nous-mêmes si ce n’est pour acheter des produits comme l’huile ou le sucre », confie l’enseignant. Mais lui et son père ne récolteront jamais les fruits semés et perdront une cinquantaine de porcs. Plus tard, il découvrira ceux qui ont volé et vandalisé leurs biens. « J’ai rencontré des amis d’enfance à Ziguinchor qui sont venus m’expliquer comment ils ont fait la fête dans un village, après je leur ai dit que c’était chez moi, ils ont pleuré. C’était des combattants du Mfdc », dit Benoît les yeux embués de larmes.

Aîné d’une fratrie de 13 enfants, Benoît Diatta doit faire un choix difficile : abandonner ses études pour se consacrer à ses frères ou continuer et les laisser à leur sort. Il préfère, en toute responsabilité, abréger ses études et couver ses frères et sœurs. « En tant qu’aîné, il me fallait soutenir mes frères et sœurs, j’ai sacrifié ma carrière, mais aujourd’hui je ne le regrette pas », ajoute l’ancien étudiant en Maths et Svt à la Faculté des sciences de l’Ucad. Au lieu de pleurnicher sur son sort, Benoît ouvre une boutique et se lance dans le commerce. En même temps, il dispense des cours de catéchisme pour les Pères Diaristes. Il est aussi chargé de gérer la bibliothèque de l’école. Compte tenu de son bon niveau en français, les religieux lui proposent un poste d’enseignant, mais Benoît décline le poste arguant qu’il n’a pas reçu la formation nécessaire pour le faire. Plus tard, il aura l’autorisation d’enseigner avant de gravir les échelons pour devenir l’actuel principal du collège Joseph Faye. Aujourd’hui, tous ses frères ou presque ont retrouvé leur chemin, d’autres sont à l’étranger. Lui aussi est sorti du tunnel après une longue traversée. Mais, pour lui, tant que le retour n’est pas effectif à Santhiaba Manjack, il ne sera pas au bout du chemin.

La marche du 7 avril
Santhiaba ZiguinchorAujourd’hui, même si les conditions ne sont pas encore réunies, surtout à cause du déminage, les populations de Santhiaba Manjack veulent retourner dans leur village d’origine. Pour elles, c’est le seul et unique moyen de se reconstruire et de recouvrer leur dignité. « On a lancé des appels aux autorités, en vain. Santhiaba Manjack est un village sénégalais, on ne peut pas libérer tout le Sénégal excepté ce petit village. Nous pensons que c’est un manque de volonté politique, parce que nous sommes des citoyens comme les autres et on a le droit de disposer de nos terres. Vivre chez quelqu’un c’est déjà un manque de liberté et cela implique un manque de projet, un manque d’initiative », argue Benoît Diatta.

En effet, à cause de leur situation de déplacés, ces populations peuvent rarement construire des projets viables ou mener des activités génératrices de revenus dans l’élevage et l’aviculture. Pendant ce temps, ces déplacés de Santhiaba Manjack restent confrontés à la cherté du loyer et au problème foncier. « Les populations vivent dans des conditions difficiles. Qui connaît Santhiaba sait que c’est une zone à fort potentiel économique. C’est le grenier et le pôle économique du département. Aujourd’hui, les gens sont là dépourvus de tout », regrette le deuxième adjoint au maire Antoine Mendy. Il s’y a joute que plusieurs Ong semblent de plus en plus réticentes à leur apporter de l’aide. Même si les autorités administratives tentent tant bien que mal de les accompagner, les habitants de Santhiaba Manjack se considèrent comme des laissés-pour-compte. « Si des villages qui étaient complètement embarqués dans la rébellion ont pu négocier et retrouver une vie normale, nous ne pouvons pas comprendre que nous qui sommes des victimes ne puissions pas retrouver nos terres », s’indigne Benoît Diatta. D’ailleurs c’est pour marquer leur indignation que ces populations ont organisé une marche le 7 avril dernier dans les rues d’Oussouye pour se faire entendre. Depuis lors, rien n’a bougé.

Dernièrement l’Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales de la Casamance (Anrac) a estimé le nombre de déplacés à 52 808 et les réfugiés à 20 000, dispersés entre la Gambie et la Guinée-Bissau à cause du conflit casamançais. Il s’y ajoute qu’à cause de cette même crise, 70 villages ont été rayés de la carte. Quant à Santhiaba Manjack, il existe encore administrativement, mais il reste cette terre promise difficilement accessible pour ses fils… Ils gardent espoir d’y retourner un jour, mais l’espoir s’amenuise de jour en jour.

Enclavement, déficit de salles de classe…Santhiaba Manjack a besoin d’assistance
Victimes exactionsC’est une commune qui vit en permanence avec les difficultés. Santhiaba Manjack manque de tout ou presque pour mener une vie normale. Avec ses 16 quartiers, la commune reste enclavée. Pour rallier certains endroits, il faut emprunter une pirogue. Sans compter les risques que cela peut avoir sur les populations. « Parfois on dénombre des décès quand il y a des accouchements faute de prise en charge rapide des malades, parce qu’il faut prendre la pirogue et transporter la malade dans la nuit, c’est risqué », renseigne Rodrigue Diatta, le secrétaire municipal de la commune. Dans certaines localités, les cases de santé fonctionnent à peine. L’unique poste de santé de la commune se trouve à Youtou et reçoit même des malades de la Guinée-Bissau. Il s’y ajoute le manque de salles de classe ou de matériel scolaire pour permettre aux enfants d’être dans de bonnes conditions pour étudier. Avec seulement 5 millions de FCfa de fonds de dotation, la commune a pu toutefois réaliser, cette année, 11 salles de classe, un bloc sanitaire et un bloc maraîcher, grâce à l’appui de partenaires. Mais c’est une goutte d’eau dans la mer des nombreux besoins des populations. « L’Etat doit réagir parce qu’on pense que nous ne sommes pas considérés et les jeunes sans formation et sans métier sont à quelques pas de la rébellion. Quand ils échouent à l’école, ils ne peuvent rien faire », avertit Rodrigue Diatta. Faute de moyens, la commune s’appuie parfois sur les Ong ou sur des fils de la localité pour faire certaines réalisations. Aujourd’hui, les élus de Santhiaba Manjack souhaitent qu’une plus grande attention leur soit accordée. C’était d’ailleurs le sens de leur marche du 7 avril dernier dans les rues d’Oussouye.

De nos envoyés spéciaux Maguette NDONG, El H. Ibrahima THIAM (textes) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on mercredi, 30 août 2017 15:13

Erigée en commune dès 1926, Gossas ressemble encore à un gros village qui peine à sortir la tête de l’eau. Malgré un bon potentiel agricole, la localité est l’une des plus pauvres au Sénégal. Beaucoup de jeunes et de femmes sont en chômage faute d’emplois. L’agriculture et la santé battent également de l’aile.

Située au cœur du Bassin arachidier, à cheval sur Kaolack et Diourbel, Gossas est une des plus anciennes communes du Sénégal.  Elle a été érigée en commune le 4 décembre 1926 par le gouverneur de l’Afrique occidentale française (Aof) d’alors, Jacques-François Roger.  Elle eut comme premier édile le député-maire Théophile James, à l’époque très influent responsable socialiste et très proche de Léopold Sédar Senghor. Babacar Seck, secrétaire municipal à la retraite, a été un témoin oculaire de l’histoire politique de Gossas depuis plus d’un demi-siècle.  
Selon lui, la mairie a été inaugurée en 1963 par l’ancien président de la République. « C’est là-bas que, très jeune, j’ai fait mon premier discours devant Léopold Sédar Senghor », se rappelle avec nostalgie et fierté cet homme qui n’a comme diplôme que le Certificat d’études et se targue de manier le français mieux que les maîtrisards.  M. Seck rappelle qu’à l’époque, Gossas n’était constituée que de cinq quartiers, à savoir 106, Ndiayène, Keur ElHadj, Pakha et Dangou, qui a finalement donné naissance à Dangou Lébou et Dangou Sérère. L’ancien secrétaire municipal indique, par ailleurs, que la localité a été créée par le Boursine Coumba Ndoffène Famak (Ndlr : le grand). Ce dernier avait régné à la tête du royaume du Sine au milieu du XIXème siècle et tenu tête à l’armée de l’Almamy Maba Diakhou Bâ en 1867 lors de la fameuse bataille de Somb.

Depuis l’inauguration de la mairie au début des années 1960, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les équipes municipales se sont également succédé les unes aux autres ; mais le bâtiment qui abrite l’institution municipale défie encore le temps en dépit de son âge sexagénaire. Au centre-ville, les locaux, peints en couleur blanchâtre, trônent majestueusement en face de l’ancien garage ; tandis que leur architecture traditionnelle rappelle un peu l’histoire coloniale. En ce vendredi de campagne électorale, la mairie grouille de monde, malgré une chaleur hivernale qui pousse certains à se réfugier sous l’ombre des arbres, à défaut d’accéder à l’intérieur de la bâtisse. On assiste à un ballet incessant d’hommes politiques. L’ambiance est déjà à la bataille électorale en prévision des législatives du 30 juillet. Maire de la ville depuis 2009, en remplacement du libéral Mbaye Badiane, Madiagne Seck est très sollicité par les temps qui courent. Difficile de mettre la main sur lui à cause de son agenda chargé !

DES RÉALISATIONS ET CHANTIERS POUR CHANGER LE VISAGE DE LA LOCALITÉ
Gare GossasA court terme, il lui fallait gagner la bataille cruciale des législatives.  Pari réussi : La liste départementale de « Benno Bokk Yaakaar » dirigée par Madické Diaw a remporté haut la main le scrutin dans le département de Gossas avec un pourcentage aux allures de plébiscite de près de 70%. Il est vrai que le Premier ministre, Mahammad Boun Abdallah Dionne, le président du Conseil départemental Adama Diallo et le nouveau député de Gossas, Madické Diaw, y ont joué un rôle important; mais l’apport de Madiagne Seck, le coordonnateur communal du comité électoral, a été déterminant. Elu en 2009 sous la bannière de la coalition « Dekkal Ngor » de Macky Sall, Madiagne Seck qui se définit comme un des premiers maires Apr du Sénégal est, sans doute, l’homme fort de la commune de Gossas. Pour preuve, le Secrétaire général de l’Association des maires du Sénégal (Ams) a été plébiscité lors des élections locales de 2014 aux dépens des autres candidats. Et il en veut davantage ! Sûr de lui, il a déjà annoncé, sans ambages, sa volonté de briguer un troisième mandat lors des prochaines élections locales prévues en 2019.  A mi-mandat, Madiagne Seck s’est dit déjà satisfait de ses réalisations ; sans compter les autres grands chantiers en cours qu’il dit avoir lancés. « Nous avons très largement atteint nos objectifs, alors qu’il nous reste encore deux ans pour ce second mandat. Juste après les élections locales de 2014, nous avons soumis un document de planification au Premier ministre en tant que chef du gouvernement, mais aussi Gossassois. Il (Mahammad Boun Abdallah Dionne) nous a beaucoup appuyés et actuellement il y a plusieurs projets qui sont en train d’être déroulés dans le territoire communal mais également dans tout le département », explique-t-il avec satisfaction.

Parmi les projets en cours, il cite la nouvelle gare routière, la rénovation des voiries, la construction de 6 km de piste ainsi que celle d’un centre polyvalent dédié, entre autres, à la formation, à l’hébergement et à la restauration, etc. Le maire souligne, par ailleurs, qu’un appel d’offres a été lancé pour la construction d’un abattoir moderne, de même que pour l’équipement d’un complexe frigorifique au marché central. Ce dernier projet pourrait définitivement régler le problème de la rareté du poisson à Gossas qui s’explique par l’absence d’une unité de conservation.

En attendant la mise en œuvre réussie des projets entrepris, Gossas peine encore à changer de visage. Malgré son érection en commune qui remonte à plus d’un demi-siècle, la localité ressemble toujours à un gros village qui peine à sortir la tête de l’eau. En effet, en dépit des efforts qui ont été entrepris pour apporter des solutions aux préoccupations des populations, les défis à relever restent encore très nombreux. Parmi ceux-ci, la pauvreté et le chômage des jeunes occupent une place importante. « Actuellement, il n’y a aucune entreprise à Gossas où peuvent travailler les jeunes. La seule usine de traitement d’huile d’arachide qui était implantée ici a fait faillite il y a quelques temps », souligne avec regrets Mbaye Thiam, un jeune conducteur de moto « Jakarta ».  Il explique que si de nombreux jeunes ont décidé de se rabattre sur les taxis « Jakarta » pour gagner dignement leur vie, c’est parce qu’ils n’ont pas eu d’autre alternative. « On ne peut, quand même, pas rester les bras croisés sans rien faire ; nous sommes, après tout, tous des soutiens de famille », se convainc Malick Badiane, un autre conducteur de moto « Jakarta ».

DE NOMBREUX DÉFIS À RELEVER
Madiagne Seck GossasDame Ndiaye, un étudiant à la Faculté des Sciences et Techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, souligne que l’actuel régime, à travers le Premier ministre Mahammad Boun Abdallah Dionne, a pris un certain nombre de mesures visant à insérer les jeunes de Gossas dans la vie professionnelle.  Il ajoute que beaucoup parmi ces derniers travaillent à l’Agence de sécurité de proximité (Asp), tandis que d’autres sont au Port autonome de Dakar (Pad) comme ouvriers.  Les femmes aussi ne sont pas épargnées par le chômage.  Faute d’emplois, beaucoup s’activent dans le petit commerce. Un petit tour au centre-ville permet de s’en convaincre avec les nombreux étals qui font partie du décor.

« Les femmes sont sans emplois et sont laissées à elles-mêmes. Elles sont dans l’oisiveté la plus totale à part certaines parmi elles qui tentent de s’activer dans le petit commerce avec des fortunes diverses », déplore Seydou Dia, un employé d’une Ong humanitaire internationale. Face à cette situation guère reluisante, il a décidé, avec le soutien de son Ong, d’aider les femmes à s’engager dans le créneau de la microfinance à travers un système d’épargne innovant. « Il ne s’agit plus de contracter des prêts auprès des banques, mais c’est elles-mêmes (les femmes), à travers un système de tontines, qui se prêtent l’argent à des taux intéressants. Au final, tout le monde y gagne et l’argent retourne toujours dans leur caisse », ajoute-t-il.

L’autre secteur qui mérite un remède de cheval est celui de la Santé. L’accès à des soins de santé de qualité relève d’un véritable casse-tête à Gossas. Le maire Madiagne Seck reconnaît lui-même que pour faire une radiographie, les populations sont obligées de se rendre à Kaolack ou à Diourbel. Ndèye Selbé Sèye, une quadragénaire, embouche la même trompette.  Elle indique que la santé souffre d’un déficit d’infrastructures, d’équipements et d’un manque criant de personnel qualifié. « Beaucoup de villages ne disposent pas de cases de santé et certaines femmes se rendent à Kaolack pour faire une échographie. Le plateau technique est peu relevé à Gossas », déplore encore cette dame.

L’agriculture et l’élevage battent également de l’aile malgré de solides potentialités. A Gossas, la terre est fertile et propice à l’agriculture. Mais, fait remarquer Abdoulaye Badiane, le Secrétaire général des agriculteurs du département, le matériel agricole approprié fait souvent défaut ; sans compter les aléas climatiques qui impactent négativement le rendement. Selon lui, le maraîchage et la culture de contre-saison pourraient contribuer à résoudre le problème du chômage des jeunes et des femmes à Gossas.

Par Diégane SARR (envoyé spécial)

Le centre Mame Diara de Porokhane est un symbole pour les homonymes de la mère de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du Mouridisme. Située à 8 kilomètres de Nioro, il héberge 450 jeunes âgées de 07 à 16 ans. Leur particularité : elles portent toutes le prénom de Mame Diarra. 

A Porokhane, tout renvoie à Mame Diarra Bousso. Cette localité nichée au cœur du Rip, dans le Saloum profond, est connue pour être la ville où est enterrée Mame Diara Bousso, la mère du fondateur du Mouridisme, Cheikh Ahmadou Bamba. Le mausolée de la sainte est un lieu de convergence et de pèlerinage qui, chaque jour, reçoit des dizaines de fidèles musulmans pour des prières et recueillements. La renommée de cette bourgade est ainsi liée à Mame Diarra Bousso. C’est pourquoi, tout y renvoie à la mère du fondateur du mouridisme à Porokhane. En dehors de son mausolée, le centre d’éducation et de formation des jeunes filles qui porte son nom est aussi un des symboles de Porokhane, la sainte. Pour fréquenter ce centre, il faut porter le nom de la mère Cheikh Ahmadou Bamba. Ainsi, « elles s’appellent toutes Mame Diarra. Il suffit seulement de prononcer le nom pour que toutes les filles du centre vous regardent », plaisante le gardien de ce centre d’accueil et d’éducation des jeunes filles. Le directeur général du centre, Madyana Diakkaté, a indiqué que pour distinguer les filles qui ont le même nom de famille, l’on ajoute dans leurs prénoms les noms de leurs papas.

Dans l’imposant centre qui se distingue dans la ville de Porokhane, quelques unes des adolescentes jouent dans la cour au milieu des bâtiments. Porokhane, qui reçoit chaque année des milliers de fidèles mourides et musulmans pour la commémoration de la naissance de Mame Diarra, est à moins d’une dizaine de kilomètres de Nioro, la capitale de l’ancienne province historique du Rip. Pour rallier Porokhane à partir de Nioro, il faut traverser les immenses champs de mil, d’arachides, entre autres, qui servent de bordure à la route. En cette période d’hivernage, la verdure de la végétation est un bon compagnon de route pour le voyage vers Porokhane. Après quelques minutes de trajet en moto, nous entamons notre discussion avec le maitre des lieux Madyana Diakhaté, directeur général du centre Mame Diarra.

450 Mame Diarra
Daaras Mame DiarraDans une visite guidée, il fait visiter plusieurs bâtiments du centre. Après cette randonnée, il nous explique que ce n’est pas compliqué pour rentrer dans ce temple du savoir. Il suffit seulement de porter les deux prénoms de Mame Diarra et d’être membre d’un « daara » ou association œuvrant pour la même cause. Elle doit aussi être détentrice de carte membre d’un « daara » et avoir un extrait de naissance. « Si toutes ces conditions sont réunies, le centre accueille à bras ouverts la jeune fille », a indiqué le patron dudit centre. Il précise que le nombre de places est limitée car dépendant du nombre de filles qui quittent le centre après plusieurs années de formations. « Parfois, elles sont 300 filles à quitter la même année le centre », a indiqué Madyana Diakhaté, qui révèle que le centre compte 450 Mame Diarra.

Parmi elles, Mame Diarra Dramé. Voilée comme les autres filles du centre, elle est accueillie dans ces lieux en 2014 en provenant du quartier de Guédiawaye dans la banlieue dakaroise. Peu bavarde, la jeune fille se félicite tout de même de la qualité de la formation parce qu’aujourd’hui, elle maîtrise le Coran. Il ne lui reste que deux disciplines pour terminer la mémorisation du saint Coran avant d’entamer le cycle élémentaire. Assise tout juste à côté, Mame Diarra Konaté vit dans ce centre depuis 2012. Elle et les autres Mame Diarra sont logées et prises en charge gratuitement aussi bien au plan alimentaire que sanitaire. Depuis cinq ans, elle ne fait que des études coraniques. Pourtant, dans ce centre, l’on n’a la possibilité de faire des études élémentaires et la formation professionnelle pour ce qui concerne les métiers de la couture, de la restauration et autres. « Ce sont des parents qui demandent parfois à ce que leurs enfants ne fassent que des études coraniques. Donc, durant toutes les années qu’elles sont ici, elles n’étudient que le Coran », a précisé le Dg du centre. Mame Diarra Konaté se plait sans sa vie au centre où elle s’est faite beaucoup d’amies avec qui elle a partagé pendant beaucoup de choses pendant ces cinq dernières années. Originaire de Touba, capitale du Mouridisme, Mame Diarra Guèye avait proposé aux parents à venir apprendre le Coran dans ce centre. « Je ne regrette rien parce que je maîtrise aujourd’hui le Coran. Mieux, je connais l’histoire de Mame Diarra même si elle n’est pas dans nos programmes ici », a confié la jeune fille qui, comme toutes les Mame Diarra, se préparait à retourner chez les parents pour les grandes vacances. Elles durent deux mois (août et septembre).

Les missions du Centre Mame Diarra
Darras PorokhaneLes missions du centre Mame Diarra de Porokhane sont bien définies. Il s’agit de prodiguer un enseignement religieux aux filles répondant aux prénoms de Mame Diara, mère du fondateur du Mouridisme. Ce centre qui accueille 450 jeunes filles âgées de 6 à 17 ans a besoin de soutien de bonnes volontés pour pouvoir faire face aux charges.

Crée en 2005, le centre Mame Diarra de Porokhane est un patrimoine. Il a trois missions. Il s’agit de prodiguer l’enseignement religieux aux homonymes de Mame Diarra, assurer une formation professionnelle de qualité aux jeunes filles pour qu’elles puissent avoir un métier, après des cours d’initiation à l’école élémentaire. Avec une capacité d’accueil énorme, le centre loge ses pensionnaires, leur dispense des enseignantes, de même que les membres de l’administration, entre autres. « Les filles sont en internat 10 mois sur 12 », a informé le directeur général du Centre Mame Diarra, Madyana Diakkaté. Les 30 enseignants du centre sont chargés d’inculquer le savoir aux Mame Diarra. Ici, la première étape de l’enseignement est consacrée à la mémorisation du Coran. La fille doit apprendre cette matière religieuse entre 3 à 4 ans. « Si l’élève n’a pas bien mémorisé le Coran, nous lui offrons une année de plus », a fait savoir M. Diakhaté. La deuxième étape de la formation est réservée à l’enseignement général. La particularité est qu’ici les jeunes filles font que trois ans pour boucler le cycle élémentaire contrairement à ce qui fait dans le cycle scolaire normal. Elles font deux classes par an. Par exemple : « Ci et Cp se font en une seule année. Les quatre autres classes en deux ans », a précisé le Dg du centre Mame Diarra qui a rappelé que les élèves du centre sont différents des autres. Dans ce centre, les filles reçoivent aussi des formations en couture, teinture et restauration. « Tout cela se fait autour de l’enseignement religieux qui fait partie des modules de formation. Nous avons un programme chargé ce qui fait que les jeunes filles n’ont pas le temps. Elles ne font qu’étudier », a renseigné notre interlocuteur. Informant que les Mame Diarra n’utilisent pas de portables ni d’internet. « Mieux, elles ne regardent pas de télévision pendant l’année scolaire. Elles ne regardent la télé qu’en rentrant chez elles, c’est-à-dire pendant les grandes vacances », a précisé le Dg du centre. Il n’a pas manqué de souligner quelques difficultés liées au fonctionnement de l’école. Elles ont pour nom : les charges. Le centre prend en charge totalement ses pensionnaires. Il dépense 12 millions de francs Cfa par mois. Ces dépenses sont jugées élevées. C’est pourquoi le directeur général compte sur le soutien des bonnes volontés parce que le marabout Serigne Mountaga Mbacké ne peut pas à lui seul continuer à assurer l’intendance. « Cela va de l’entretien des bâtiments au linge des jeunes filles en passant par les salaires du personnel », a indiqué Madyana Diakkaté. Le centre doit aussi entretenir son ambulance acquise pour les évacuations sanitaires des élèves dans les structures de Nioro. La contribution qui est insignifiante des parents des jeunes ne permet pas de régler ces questions. Chaque parent donne 2.000 FCfa comme participation annuelle. L’Etat participe aussi mais les besoins sont tellement énormes.

Passer un nouveau cap
Le centre Mame Diara de Porokhane veut grandir. Son directeur général souhaite acquérir de nouveaux locaux pour augmenter l’offre de formation des filles portant les prénoms de Mame Diara, mère du fondateur du mouridisme Cheikh Ahmadou Bamba. « Nous voulons que l’Etat nous aide à construire de nouveaux bâtiments pour accueillir plus de filles. Chaque année nous sommes obligés de laisser les filles partir à l’âge de 16 ans, un moment clé de leur formation », a souligné Madyana Diakkaté. Le centre a signé dans ce sens plusieurs conventions avec des partenaires et l’Etat du Sénégal. « Il attend seulement que les choses bougent pour améliorer les offres de formation et revoir l’âge des filles », a expliqué le Dg du centre. Dans cette perspective, les responsables du centre souhaiteraient que l’Etat mette à leur disposition des enseignants du public pour leur permettre d’avoir le cycle moyen et secondaire. « Ce que nous permettra de retenir les filles jusqu’en classe de terminale. Celles qui réussiront au baccalauréat pourront poursuivre des études supérieures à l’université pour les filières de leur choix mais de préférence l’arabe », a argumenté M. Diakhité.

Par Eugène KALY, envoyé spécial

 

Last modified on lundi, 28 août 2017 15:51


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