Evasion

Evasion (85)

Dans la région de Fatick, en période d’hivernage, qu’il fait bon se balader dans certaines contrées ! Un temps doux et radieux après la pluie à Toubacouta, la plage à deux pas à Foundiougne, des soirées estivales tous les jours à Diakhao : tout est réuni pour des vacances idylliques dans le Niambato et le Sine. Ici, l’on sait combler les envies des adultes, ados et enfants. Quand certains s’essaient à la découverte des bolongs, à la chasse ou à la pêche, d’autres tentent de sauvegarder la nature et/ou d’organiser des visites culturelles. Ici, les infrastructures sont tout à fait adaptées aux familles. Le tourisme de masse peut bien s’y développer. C’est le moment de faire ses valises. Car c’est une destination parfaite pour se déconnecter le temps des vacances !

La région de Fatick est entourée au nord et au nord-est par celles de Thiès, Diourbel et Louga, au sud par la République de Gambie, à l’est par la région de Kaolack et à l’ouest par l’océan Atlantique. Un tiers de sa superficie de 7.930 km2 est composé de tannes, c'est-à-dire de terres salées (0,5 à 3 g/l) riches en fluor (2 mg/l) et situées principalement dans les départements de Fatick et de Foundiougne. Elles sont impropres à la culture et peu propices à l'élevage. Fatick  est captivante par la diversité d’intérêts qu’elle offre : la maison royale de Diakhao, l’énergie débordante des femmes transformatrices de Soucouta, le charbon de… paille comme alternative au charbon de bois, une biosphère riche et diversifiée, dans l’aire marine protégée communautaire du Bamboung, au cœur du delta du Saloum, abritant le Parc national du Sine-Saloum, classé au club des plus belles baies du monde.

L'histoire de Fatick se confond avec celle du royaume du Sine dont Diakhao était la capitale. Le peuplement de la contrée, par les Sérères venus du Fouta Toro, remonterait au 12ème et 13ème siècle et serait antérieur à l'envahissement de la zone, au 16ème siècle, par les guerriers mandingues venus du Gabou, dans l'actuelle Guinée-Bissau. Fatick est liée au mythe de Val Pal Ndiaye. Ce dernier, originaire du Djolof, s'installa à Jugamen, sur la rive droite du fleuve Sine. Contemporain de Wagane Amassa, un des 57 Bours (rois) ayant régné au Sine, on lui accorda un droit sur les terres d'une partie de l'actuelle commune de Fatick. Le village d'origine a été brûlé en 1859 par Pinet Laprade après la défaite du Bour Sine. C'est à cette date que l'emprise française sur le royaume est effective.

Mais, c'est à partir de 1888 que le quartier commercial, dénommé Escale, commença à s'organiser comme un véritable centre dont le développement s'appuyait sur la production d'arachide. Il polarisait les zones d’habitation des indigènes de Ndiaye-Ndiaye, Loganème et Ndouck. La ville de Fatick devient un important comptoir pour la traite de l’arachide. Elle s’embellit, s’agrandit et devient le centre de gravité d’une immense toile d’araignée tissée sur tout le Sine. Des magasins sont construits par de grandes maisons de commerce françaises. Dans ce haut lieu d’échanges, habitants, commerçants, paysans et gens de passage se croisaient toujours et conversaient dans plusieurs langues : sérère, wolof, français et mandingue. La signature du traité de protectorat entre le Bour Sine Macké Ndiaye et la France, en 1891, et le transfert du poste du commandant français de Niakhar à Fatick, en 1898, ont été des étapes décisives dans l’évolution de Fatick où une esquisse d'urbanisation et de modernisation a été lancée, avec l'ouverture d'un bureau de poste  en 1903, d'une école élémentaire en 1908 et la création d'un premier lotissement en 1911.

Esquisse d’urbanisation et de modernisation
ile saloumUn arrêté du gouverneur général de l'Aof (Afrique occidentale française) créa, le 31 décembre 1917, la commune mixte de Fatick.

Ce statut sera maintenu jusqu'en 1957. Un décret l’érigea, le 17 août 1957, en commune de moyen exercice avant qu’elle accède au statut de commerce de plein exercice en février 1960 avec l'élection d'un conseil municipal au suffrage universel. Voilà quelques dates-repères dans l’évolution de Fatick, chef-lieu de la région éponyme, bâtie sur les bords du Sine (bras de mer). La ville, desservie par la nationale 1, est à 157 kilomètres de Dakar, à 42 kilomètres de Kaolack et à 60 kilomètres de la Gambie. Fatick est le chef-lieu d’une dynamique région où vivent environ 700.000 âmes tirant leur subsistance de l’agriculture, de l’arboriculture, de la pêche et de l’extraction du sel. C’est intéressant d’aller à la rencontre des femmes transformatrices de Soucouta qui, dans une région où le taux de pauvreté est à plus de 50 %, s’en sortent bien dans l’exploitation des ressources halieutiques, le maraîchage, la chèvrerie, le petit commerce, etc. C’est leurs stratégies d’adaptation à la dégradation de l’environnement.

La remontée de la langue salée
Pendant notre séjour dans le Sine, il a plu en abondance. Cela va changer beaucoup de choses. Car ces dernières années, il y a un retour vers la terre. Les jeunes, las de traîner dans les rues des grandes villes ou de se faire arnaquer par les vendeurs de mirages, ont repris le chemin des villages, abandonnant le rêve de l’immigration. Voilà ce qui explique l’accroissement de l’occupation des terres de culture dans le Sine, une zone de production céréalière et arachidière par excellence. Sur le bord des routes, on aperçoit çà et là, comme à Djilor et Passy, des parcelles où l’arachide connait une bonne levée.

C’est aussi le cas pour le mil, base alimentaire des Sérères, la population majoritaire. Ailleurs, à Toubacouta, en direction de Karang, dans le département de Foundiougne, ça promet pour le sorgho, le « bissap », le niébé et le sésame. Dans cette partie du Niombato, dès 9h du matin et par 30° à l’ombre, les paysans sont déjà dans les champs, espérant, dans deux mois, arracher à la terre nourricière des produits de subsistance. La grosse inquiétude des producteurs de la région de Fatick est la remontée de la langue salée. Ses conséquences sont néfastes sur les terres de culture.

Cap sur Dassilamé, point de départ de notre visite de l’aire marine protégée communautaire (Ampc) du Bamboung, une richesse précieuse à conserver, parce que regorgeant de paysages sublimes, de faune (hyène, serval, chacal, etc.) et de ressources halieutiques (capitaine, barracuda, carpe rouge, raie-guitare...) Ici, des circuits sont tracés et les visites guidées par des membres de la communauté qui tiennent à la reproduction des espèces florales, animales et halieutiques. Ils ont raison d’œuvrer à la sauvegarde de ces massifs fascinants, avec leur charme ensorceleur et leur soleil très beau. Dans ces zones, on est loin de la pollution.

Cette belle terre sénégalaise
bac foundiougnedL’on se rend vite compte que le coin attire et fascine les touristes étrangers. En effet, il a permis à beaucoup d’entre eux de savoir que l’Afrique réelle est bien souvent différente des idées qu’ils pouvaient s’en faire. L’Afrique, ils ne l’entrevoient qu’à travers une certaine lecture, les films ou quelques émissions de télévision qui s’obstinent à n’en parler qu’en tant que continent de « misères » ; ce qui maintient des millions d’hommes et de femmes d’Europe, d’Amérique et d’Asie dans le flou des clichés ne montrant pas la réalité. A partir des îles Saloum, on leur offre mille occasions de découvrir cette belle terre sénégalaise et africaine.

Dans cette partie du pays, l’eau est perpétuellement tiède. Et nous y plonger, avec ravissement, en ayant une pensée émue pour nos amis d’ailleurs qui s’emmitouflent sous la bise exactement au même moment, nous envahit d’un plaisir inattendu, tant il est violent. Autre ravissement, la brousse qui ceinture ces localités. Se retrouver en 4X4 regardant les varans, les singes et autres animaux vous laisse une forte impression. Aussi, le métier de nos conducteurs sur des routes défoncées, où les nids de poules sont de véritables « ralentisseurs », et les paisibles villages traversés dans le salut amical de leurs habitants vous laissent des souvenirs exquis.

On doit à la vérité de dire que dans les îles du Saloum, l’aventure est absolument irrésistible. Et surtout lorsqu’un personnel dévoué, chaleureux et attentionné d’un campement prend bien soin de vous en vous servant ces délicieux mets du Sine : « mbakhalou guerté », « ngourbaan », poissons, crustacés. A déguster sans modération !

Sidy DIOP, Cheikh Aliou AMATH (textes) et Abib DIOUM (photos)

Last modified on mardi, 16 août 2016 13:22


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