Au coeur des archives

Au coeur des archives (18)

Fass Paillotte brûle !

19 Aoû 2016
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Stupeur à Dakar, ce vendredi 17 février 1984. Un violent incendie a détruit en une demie heure la quasi-totalité de Fass Paillotte, un bidonville au cœur de la ville à l’époque. Chaque année, ce quartier de Dakar était la proie des flammes. Cette fois, le problème de l’occupation anarchique des terrains est posé. Les soldats du feu ont eu toutes les peines du monde à circonscrire le sinistre. Le lendemain, « Le Soleil » titre : « Fass en cendres ».

« Nous avons donné toute l’artillerie », s’exclame le colonel Bamba Ndiaye, pour résumer l’engagement de ses hommes. Dans les colonnes du journal, le patron du corps national des sapeurs-pompiers (l’unité deviendra groupement national quelques années plus tard), qui dirige lui-même les opérations, rapporte que 10 engins, 02 ambulances et la voiture Sos du médecin du corps. Une compagnie entière est engagée dans l’opération. Interrogé par le reporter, l’officier supérieur déplore « un grand obstacle ». Les bouches d’incendie du secteur ayant une pression trop faible, les pompiers doivent se rabattre sur celles installées sur l’avenue Blaise Diagne. « C’est que des gens se sont installés, de manière anarchique, à Fass Paillotte. Nous avons dû dérouler des tuyaux sur 300 à 400 mètres à partir des points d’eau », explique le colonel.

Fass Paillotte a connu, pendant de longues années, des sinistres causés soit par l’eau, soit par le feu. Boubou Ndoye, un des adjoints au délégué de quartier, le rappelle. « Les pompiers ont toujours eu des difficultés à travailler ici ; l’accès du quartier est malaisé, ses ruelles étroites », dit-il. Lors de certaines interventions, les soldats du feu étaient obligés d’abattre des baraques pour se frayer un chemin. C’est que le sous-quartier avait tout d’une favela. Pas de rues larges, pas de branchement des habitations sur le réseau d’égout et sur celui d’eau potable, pas d’éclairage public, pas de vespasiennes, la totale quoi ! Un reportage photos sur une page et réalisé par Ibrahima Mbodj montre l’ampleur des dégâts.

Pourtant, explique « Le Soleil », « ce quartier devait être aussi propre et aussi agréable d’aspect que la Médina ». Sinon plus. Rien de tout cela n’a été fait au fil des ans. Et les langues se délient. On apprend ainsi qu’en 1974-1975, une mission de la Banque mondiale avait même visité Fass Paillotte. Elle était repartie après avoir proposé un plan d’urbanisation. C’était elle qui devait en financer la réalisation. Et depuis, plus rien. « On avait même envisagé d’installer les habitants aux Parcelles assainies », explique un notable du quartier. Alors que des chefs de famille avaient commencé à verser des cotisations dans ce sens, un beau jour, ils ont été priés de venir récupérer leurs contributions.

Certains habitants prétendent que l’administration refuse de leur accorder des permis de construire afin d’ériger des demeures plus solides. C’est qu’ils sont là depuis longtemps, 1946 précisément.  Il n’y avait, à l’époque, que ces cases couvertes de chaume, d’où son nom. Mais pourquoi cette récurrence d’incendies ? Fass Paillotte partageait ce triste privilège avec Taïba Grand-Dakar, alors coupe-gorge et fief de loubards à l’époque. L’incendie de Fass Paillotte fit grand bruit et émut l’opinion. Mais à quelque chose malheur est bon, si l’on ose écrire. Quelques mois après l’incendie de février 1984, les fondations d’une nouvelle cité furent entamées. Aujourd’hui, ce lieu est occupé par des immeubles Hlm…

Par Samboudian KAMARA

Last modified on vendredi, 19 août 2016 13:05

Baridiame ou la paix à profusion, en wolof. C’est le nom de ce village du département de Kébémer qui entre dans l’histoire le 9 septembre 1980. 18 heures 40. La petite bourgade située à 30 km de Darou-Mousty, à quelques 9 bornes du virage de Ndoyène, se prépare à la prière du Maghrib. C’est alors qu’un « objet non identifié » venu du nord sème la panique dans la population.

« Le Soleil » n’évoque l’affaire que 10 jours plus tard. « Le phénomène est venu avec un orage violent, accompagné d’un bruit infernal », rapporte-t-il, dans un article non signé. « M. Mbaye Khouma, une des principales victimes prétend que l’objet tournoyant faisait plus de bruit que 10 camions vrombissant en même temps », souligne le papier.

Dans l’édition du 18 septembre 1980, Djib Diédhiou souligne d’emblée qu’il faut faire confiance aux scientifiques pour avoir des réponses au phénomène. Une commission conduite par le directeur de l’Ecole polytechnique de Thiès se rend en mission sur les lieux.

L’objet ne s’est attaqué qu’à quelques maisons, à quelques cases dont la majorité est située sur l’axe Nord-Sud, mais quelques caprices font qu’il a sauté des carrés entiers pour toucher plus loin d’autres concessions. Toutes les personnes interrogées déclarent avoir aperçu un objet long avec une tête servant de couronne, de couleur bleue, rapide et sonore. A 2 km plus au nord, le village de Keur Amadou Moctar a subi les mêmes effets. L’Ovni a d’abord ressemblé à un serpent, puis à une tige avec une tête et volait à 50 mètres au-dessus de ceux qui ont osé le regarder car la couronne était d’une blancheur éblouissante.

De forme allongée, blanche avec une tête bleuâtre et émettant une lumière rouge par intermittence. Son passage n’a duré que 02 minutes, mais il aura fait des victimes et causé d’importants dégâts. Les témoins affirment avoir ressenti une chaleur extrême durant quelques seconds et entendu un bruit assourdissant. Un peloton de gendarmerie se rend sur place en compagnie du député-maire de Kébémer, Ahmet Diop. L’affaire, naturellement grand...bruit. Les lumières du Pr Djibril Fall, directeur du Cerer (Centre d’études et de recherches sur les énergies renouvelables) sont requises.

Le 24 septembre 1980, Abdoulaye Bamba Diallo se rend sur place en compagnie d’Ibrahima Mbodj (photos) pour témoigner du traumatisme causé par l’Ovni au sein de la population. Le 30 septembre 1980, Djib Diédhiou est l’envoyé spécial du journal dans la contrée. Il est témoin de la mission conduite par le ministre de l’Action sociale sur les lieux. Le gouvernement offre 10 tonnes de maïs aux sinistrés après une première assistance venue du préfet de Kébémer. 19 ans plus tard, dans le « Cahier Vacances » de 1999, Saliou Fatma Lô et Cheikh Bâ reviennent sur l’affaire dans le cadre d’un reportage. Le souvenir des habitants reste vivace.

Fondé il y a 409 ans par Abdou Karim Khouma, dont l’ancêtre Magana Khouma venait du Djolof, le village niché au cœur du Cayor venait de vivre une expérience inédite. D’après le journal, un incident similaire avait eu lieu au-dessus de l’aéroport de Yoff. Mais la thèse la mieux partagée, celle qu’on devine entre les mots des rédacteurs, est que la « chose » de Baridiame était bel et bien une soucoupe volante. Après le passage des autorités militaires et scientifiques sur le terrain, et à la suite des déclarations des habitants, « trois choses sont maintenant claires » : Un Ovni a survolé le village pendant moins de 03 minutes et détruit quelques maisons et arbres ; ce n’était pas un orage car il n y a pas eu de précipitations d’eau, « seulement des gouttelettes » ; ce n’était pas la foudre car rien n’a brûlé ou ne porte les traces d’une carbonisation. Version officielle. 36 ans après, Baridiame s’est définitivement « réconcilié » avec son nom…

Par Samboudian KAMARA

Ce vendredi mars 1976, à la « Une » du quotidien que vous lisez, le président Senghor s’adresse aux « cadres » du pays et leur dit en substance : « sachez contrôler, récompenser et punir ». C’est le titre du journal qui met ainsi en exergue une préoccupation de l’époque – et toujours actuelle –, à savoir les performances de l’administration public et la gestion des sociétés d’économie mixte.

Bara Diouf y va de son éditorial, et propose, « pour une administration efficiente », la solution senghorienne de « l’organisation et méthode ». Mais à chacun ses problèmes, comme on dit. Les militants Ups (parti au pouvoir, futur Ps) de Thiès par exemple entendent « honorer » leur responsable et maire de la ville, Jean Collin, en lui offrant un grand boubou, une info que le journal plante au cœur de l’ouverture de l’édition…

Mais c’est dans les pages « Nos Régions » que se trouve la pépite. « Le vieux marabout de Ngath crée une écriture nouvelle » », lit-on comme titre. Une dépêche de l’Aps informe que suite à « une révélation divine », Thierno Aly Bâ, « un vieux à la barbe blanche âgé environ d’une soixantaine d’années, qui mène une vie monacale dans ce village paisible où il dispose (sic) de plusieurs fidèles », a crée une écriture originale appelée « Ibrahima » depuis une dizaine d’années.

Situé non loin de Kahône, au cœur du Saloum, le village de Ngath est connu pour avoir compté de nombreux érudits. Thierno Aly Bâ, lui, est célèbre dans la contrée pour sa piété, sa générosité et son intelligence. Il se confie au chef du bureau de l’Aps du Sine-Saloum : « Un soir, peu après le crépuscule, alors que j’étais entouré de mes talibés (disciples – Ndlr), j’ai senti la présence d’une créature mystérieuse qui, séance tenante, m’a saisi par la main et m’a obligé à écrire des lettres mystérieuses sur le sable.

Ainsi, raconte le reporter, il s’est plié à la volonté de la créature et a commencé à écrire des textes « à la stupéfaction générale des talibés ». Thierno Aly Bâ précise que l’appellation de l’écriture lui a été suggérée en même temps par la créature mystique. « Cette écriture, qui n’est ni de l’arabe, ni du Coran, est composée de plusieurs lettres alphabétiques », révèle la dépêche. L’érudit était –naturellement – le seul à pouvoir les déchiffrer, « mais soucieux d’étendre cette connaissance aux populations, il a initié ses talibés ». Et en recevant le journaliste, le marabout a traduit toutes les questions qu’on lui a posées en « Ibrahima ». Aussi l’utilise-t-il pour ses correspondances avec quelques-uns de ses talibés se trouvant à l’étranger. Le marabout conclut son entretien par le souhait de voir « son » écriture largement diffusée. Vraie écriture ou alphabet original ? Système typographique ? Plus rien ne reste de cette affaire.

Quarante (40) ans après, seules les reliques journalistiques attestent encore de la découverte. Alors, mystérieuse histoire non ? Pour se détendre et intégrer « l’Afrique et ses mystères » dans leurs conclusions, les lecteurs du « Soleil » de ce mois de mars 1976 pouvaient aller se changer les idées – vu que l’Orts arrêtait ses programmes à 22h 30 – au cinéma. Ainsi, ce vendredi, le « El Hilal » de Pikine proposait « Commissaire X contre les 3 serpents d’or : ça va sauter ! »

Par Samboudian KAMARA

C’était il y a quarante ans. En feuilletant les pages jaunies par le temps, -mais tellement actuelles-, de « l’astre national », on donne forcément raison à la géniale femme de lettres américaine Siri Hustvedt pour qui « ce qui était autrefois l'avenir est maintenant le passé ; mais le passé revient au présent à l'état de souvenir ; il est ici et maintenant, dans le temps de l'écriture ».

Ce lundi 16 août 1976, alors que l’on sort des horribles massacres de Soweto (200 morts), que Voerster règne en raciste sur la Namibie et que Fidel Castro et Kim Il Sung snobent le cinquième sommet des Non-alignés à Colombo (Sri-Lanka), comme le remarque Mame Less Dia, envoyé spécial du journal, ce sont surtout « Les premières vraies averses à Dakar » qui retiennent l’attention. Sous la plume d’Abdallah Faye, on apprend que « quatre heures de pluie » ont certes redonné le sourire aux « paysans de la région du Cap-Vert », mais que les Dakarois souffrent de la vétusté du système de canalisation. Ainsi, « si la pluie a embaumé le cœur de plus d’un paysan, par contre, elle met à jour les lacunes en matière d’infrastructures routières ». Le journal s’étonne que ce soit un « travail artisanal » qui est à la base de l’entretien des égouts et canaux d’évacuation.

Il avait donc beaucoup plus le week-end précédent dans la ville. Mais cela n’avait pas empêché une foule des grands jours de se masser sur les gradins du stade Demba Diop pour les besoins du dernier acte du championnat de football qui voit le Diaraf étriller la Jeanne d’Arc (5-1), conserver son titre et inscrire un troisième sacre au palmarès du championnat. Lune Tall écrit que « la dernière journée aura été finalement une journée de routine tant il est vrai qu’elle n’a pas infirmé les données fondamentales du championnat ; celui-ci fut partagé entre bon et le moins bon, comme dans la bonne vieille bonne tradition du football sénégalais, plus que jamais attaché à sortir du carcan de l’inconstance pour tendre vers l’équilibre parfait ».

A la « Une » de l’édition, une note triste. « Un taxi dans le Canal IV : deux morts, dont Joe, le guitariste du Star-Band ». Revenant d’une soirée au « Relais », sur la route de Ouakam, à hauteur de la Sicap Fann, le taxi qui transportait « Joe », guitariste de l’orchestre en vogue à l’époque, termine sa course au fond du canal.

Et la politique ? Très simple à cette époque. C’est la loi des « Quatre courants » depuis 1974. On ne le sait pas encore, mais dans deux mois, l’Ups deviendra Ps. On en est donc aux balbutiements du multipartisme intégral qui n’interviendra qu’en 1981. Le président Senghor est au pouvoir depuis 16 ans ; son Premier ministre, Abdou Diouf, est en place depuis 06 ans. Le célèbre avocat et universitaire Abdoulaye Wade fait déjà face à des vagues de départs de son parti, le Pds, vieux seulement de 02 ans. La semaine précédente, le chantre du « Sopi » a présidé une rencontre du bureau politique de son parti. « « Action judiciaire contre les démissionnaires débiteurs du parti » : c’est le titre de l’article qui synthétise le communiqué rendu public la veille.

On apprend en page 05 du numéro 1898 que le bureau politique du Pds note avec « satisfaction » que « les masses ont répondu à l’appel du parti », mais déplore « l’insuffisance des moyens » qui ne leur a pas permis d’avoir « une organisation à la dimension » de la formation travailliste à l’époque. Il félicite également les régions de Casamance et du Sine-Saloum « qui ont su trouver des initiatives locales heureuses pour financer les activités du parti ». Toutefois, le bureau politique décide, « pour défendre le patrimoine du parti », d’engager des poursuites judiciaires « contre tous ceux, militants ou démissionnaires, qui sont des débiteurs du parti ».

Par Samboudian KAMARA


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