Au fil du temps

Au fil du temps (20)

Les plus jeunes ne le connaissent sûrement pas. Né au Sénégal, il a grandi et appris à se hisser au sommet de son art et de sa passion pour l'animation, propulsant, sur la scène des années '80, beaucoup de stars de la musique sénégalaise. Michael Soumah, monument de l'animation-radio, nous embarque dans sa machine à remonter le temps.

L'homme est d'une simplicité et d'une humilité remarquables. Dans un pantalon bleu de nuit assorti d'une chemise bleu ciel et d'une paire de tennis noire, le tout légèrement lifté d'une casquette et d'une paire de lunettes de soleil pour se couvrir de ces rayons de midi, il vient nous chercher à quelques mètres de sa villa du Sacré-Cœur. Lui qui est devenu cadre de production à la Rts, est en ce moment en congé. Le timing idéal pour nous replonger dans un pan du monde qu'il a connu au début de sa carrière.

En remontant le temps, il nous amène d'abord dans les années '70, '80. L'époque où, dit-il, « la salsa, le funk, le rythm and blues… étaient à la mode. Les jeunes imitaient beaucoup les Afro-Américains. Et pour être à la page, il fallait s'habiller et se coiffer comme eux. C'est-à-dire en portant des pantalons à bas larges qu'on appelait également pattes d'éléphant, des chemises cintrées, des chaussures têtes de nègre… sans oublier la fameuse coiffure afro ». A cette époque, également marquée par le jazz, il s'intéressait à ce genre musical et fréquentait ses mentors, le regretté André Lo, avec ses cofondateurs du Waato Sita à l'image d'Ousmane Sow Huchard, alias Soleya Mama. Mais avant cela, il y avait les Merry Makers de Dakar, ce fameux groupe qui faisait un peu dans la pop, le r&b… C'est par la suite qu'il a senti la nécessité de se plonger un peu dans la musique traditionnelle sénégalaise qu'il a voulu montrer. Avec ses amis, ils ont alors créé le Waato Sita dans les années '70. André Lo est le guitariste, Soleya Mama le guitariste-chanteur. Musicalement, c'est de là que Michael hérite un bagage musical qui fera, plus tard, sa force et lui ouvrira les portes de la radio. Dans une ambiance détendue, il déroule, autour d'un verre de jus de fruits, le film d'une époque où « l'animation-radio était une véritable émission avec un concept et un programme bien ficelés ».

Alors qu'il est encore à l'école, il intègre la radio, grâce à Demba Dieng, à travers son émission Week-end sur la Chaîne Inter. « Une émission qui marchait très fort dans les années '80 », glisse-t-il. Celui-ci l'invite à venir avec sa guitare pour composer l'indicatif de son émission. Et chaque samedi, Michael vient au studio jouer l'indicatif en direct. « Ce qui était déjà quelque chose de très original », précise-t-il. C'est comme cela que tout a commencé. Ensuite, Demba lui demande d'intégrer l'émission et lui confie une rubrique destinée aux jeunes. « C'était une rubrique où je mettais de la musique « jeune » saupoudrée d'informations sur toutes les nouveautés. C'était à la limite le premier journal de la musique », fait-il savoir.

« Plus tard, quand Demba a arrêté de présenter l'émission, il y a Arame Diop, une grande dame de radio, qui m'a véritablement formé », reconnait-il. En prenant le relai de l'émission qui s'appelait alors Radio libre, Arame lui confie une rubrique de jazz. C'est de là que partira Jazz-FM qui s'appelait Jazz 30 parce que ça durait 30 mn. C'est ainsi que, plus tard, il créera l'émission « Les talents nouveaux » d'où sont sorties bon nombre de célébrités telles que Fallou Dieng, Alioune Mbaye Nder, Coumba Gawlo, Viviane… A la suite de cela, il s'en suit une série d'émissions telles que « La soirée dansante », « Inter samedi-relax », émission très populaire, un passage obligé pour les jeunes artistes, et avec l'avènement de Dakar-Fm en 1990, « Fm samedi-relax », sans oublier « La sono mondiale », un plateau obligé pour tous les artistes étrangers de passage au Sénégal.

De sa voix radiogénique, Michael, un des grands pionniers de l'animation-radio, rend hommage à ses pairs en rappelant des figures non moins retentissantes telles qu'Ahmadou Bâ (« Inter 12-14 »), Claude Gueye (« Périscope »), Khalil Guèye (« Boulevard »), Sonia, Charles Ndione… qui faisaient de belles émissions également et qui l'ont quelque peu encadré. « C'est ce qui faisait la force de l'animation, parce que l'animation requiert une bonne culture générale, la courtoisie et des connaissances approfondies dans le domaine choisi. L'animation radio ne se limite pas à la musique. On doit débattre de beaucoup de thèmes: musique, culture, société et même politique. Ce qui manque à beaucoup de jeunes animateurs d'aujourd'hui, c'est la formation, l'encadrement en interne », précise-t-il.

Une icône
En réveillant tous ces souvenirs qui lui sont chers, cette figure emblématique du monde de l'animation-radio nous révèle un des moments qui l'ont le plus marqué au cours de sa carrière. "On est en 1991, au Sommet de Chaillot, à Paris. Ils ont sélectionné les meilleurs animateurs-radio de tous les pays d'Afrique francophone et d'Europe. Ils m'ont choisi pour représenter le Sénégal à la grande soirée de l'espace francophone. Et ce jour-là, le regretté Gilles Obringer, animateur de la célèbre émission « Canal tropical » sur Rfi, étant un ami, m'a présenté et enflammé dans cette salle comble du Bataclan. Du coup, je suis devenu la star. A la sortie, les photographes, les caméras me suivent jusqu'à mon hôtel. Et le lendemain, « Canal tropical » fête ses 10 ans, toujours au Bataclan, avec toute la crème de la musique africaine. Ismaël Lo est choisi pour représenter le Sénégal. Il y a également Oliver Ngoma, Manu Lima… sauf Pépé Kallé qui a eu un petit souci de déplacement à cause du problème entre les deux Congos. Ça m'a beaucoup marqué. Il y a également le premier Bercy de Youssou Ndour en 2000. Il m'a invité et m'a agréablement surpris en me confiant spontanément la présentation. Alors que nous étions là en train d'assister à la balance, en présence de stars telles que Koffi Olomidé, Césaria Evora…, il m'appelle sur le podium pour me dire que c'est moi qui vais présenter ce soir. C'est comme ça que j'ai présenté le premier Bercy de Youssou Ndour. Et cela m'a beaucoup marqué », conclut-il chaleureusement.

A la sortie de cette paisible villa, le soleil qui nous a accompagnés durant tout ce chemin qui nous a menés à cette icône de la radio, nous accueille ardemment, obligeant à abréger le protocole de salutation, en espérant que les rayons seront plus cléments la prochaine fois.

Par Moussa SONKO (stagiaire)

Abel Jeandet, l’administrateur du cercle de Podor, fut assassiné le 2 septembre 1890 à Grand Aéré (Aujourd’hui Aéré Lao) par un nommé Baidi Kacce Pam. Ce dernier, né en 1864 à Guiya (Podor) et considéré comme un martyr de la colonisation, fut ensuite condamné sur décision administrative et décapité le 10 septembre 1890 sur la place publique de Podor. Ses « complices », dont le Laam-Tooro Sidiki Sall, ne connurent pas un meilleur sort.

Originaire de Guiya, Baïdi Kacce Pam habitait à Guédé, domestique du Lam-Tooro. L’enseignant-chercheur Daha Chérif Ba nous rapporte, dans son ouvrage intitulé « Crimes et délits dans la vallée du fleuve Sénégal de 1810 à 1970 », le témoignage du capitaine Pineau consigné dans son rapport. Il y est indiqué que c’est la pluie qui a obligé la troupe composée de 400 hommes à s’abriter dans les cases de Grand Aéré. L’administrateur Jeandet était étendu sur une espèce d’estrade en terre comme lit de camp dans une des cases du Cadi de Hayre, tête appuyée sur sa valise et fumant des cigarettes. Dans la même case, le personnel attaché au service de Jeandet occupait l’autre partie séparée par une claie en lattes. Baïdi Kacce fut conduit devant Jeandet par le nommé Boubacar Abdoul Kane sous le prétexte qu’il refusait non seulement de marcher, mais encore poussait les habitants de Guédé à faire comme lui et à entrer en rébellion ouverte, car étant très mécontent du remaniement politique qu’a introduit Abel Jeandet dans les instances dirigeantes du Tooro. Il lui reprocha sa position partiale et partisane publiquement affichée lors des élections du Laam-Tooro. L’administrateur Abel Jeandet, surpris et outré de cette sortie audacieuse et dangereuse du soldat, après lui avoir infligé une amende de deux bœufs en plus de l’obligation de porter ses bagages pendant toute la durée de la campagne militaire, lui ordonna vertement d’aller chercher son fusil qu’il n’avait pas sur lui pendant l’interrogatoire. Toute cette scène s’est passée dans le calme et l’obéissance. Deux minutes plus tard, Abel Jeandet recevait à bout portant un coup de fusil de Baïdi Kacce. Sept balles tirées traversent l’aisselle gauche et sortent par le côté droit. La punition que lui infligeait Jeandet était honteuse pour lui : porter les bagages comme l’esclave d’un Blanc devant les soldats en tant que noble et au moment où les ânes, chameaux et bœufs porteurs se pavanent dans le Tooro. Baïdi prit la fuite, traversa le village de Grand Aéré et se dirigea vers celui de Golleere. Le lendemain, il fut arrêté à Daaka près de Golleeré par Abdul Sidi. Ardo Mbantou le ramène à Podor.

Baidi Kacce est le fils d’un chef de village de Guiya donc issu d’une famille aristocratique. Orphelin de père et de mère, il a été recueilli par la maison royale. Il a fait partie de la garde prétorienne du Laam-Tooro. Pineau dit de lui qu’il était bien fait, musculeux, athlète d’une force herculéenne… D’un caractère violent et batailleur, il était la terreur de tous à Guédé. Il se débarrassa d’un lion qui l’attaquait. A la suite de cette bataille, il eut la tête dérangée pour laquelle il fut traité à Guiya. Devenu falot, il passait pour fou et s’amusait à faire le « lion » dans les villages. Depuis, il recouvra toute sa raison. Craint de tous, il entrait dans les cases, frappait les hommes et violait les femmes. Condamné à recevoir 100 coups de bâton pour un fait de ce genre par Laam-Tooro, il subit et ne chercha nullement vengeance.

Baidi Kacce avoua avoir tué Abel Jeandet et accusa le parti de l’ancien Laam-Tooro Sidiki Sall. « Si j’ai tiré, c’est que j’y ai été poussé et même contraint par ceux qui sont mes chefs, presque mes maîtres… Si j’avais dû me venger d’un affront, j’aurais tué le Laam-Tooro qui m’avait fait frapper de 100 coups de corde en plein public… Jeandet, au contraire, m’avait fait du bien. Quand Amady Natago est mort, son frère Boubacar Natago m’a remis une lettre à porter à son ami Jeandet à Tivaouane. En me congédiant, Jeandet m’a donné une pièce de toile blanche de 50 m, m’a payé mon voyage par chemin de fer jusqu’à Saint-Louis et m’a donné encore de l’argent pour pouvoir rentrer chez moi ».

Par Alassane Aliou MBAYE

Le Sénégal n’est pas seulement le berceau de la presse africaine de langue française. Des hommes et des femmes y ont donné à la presse, au début de ses balbutiements, ses lettres de noblesse. Jean-Baptiste Alexandre Daramy, plus connu sous le nom de « d’Oxoby », en est un.

L’élargissement de la liberté de la presse au Sénégal à la faveur de la loi du 29 juillet 1881 favorise la création de journaux d’opinion. La presse prend une certaine assurance même si les premières « feuilles » privées, parues en 1885, ont connu une courte existence. L’élection du mulâtre François Carpot en 1902, l’éveil politique des milieux indigènes accompagné de l’effacement progressif de l’administration coloniale dans la gestion du Sénégal et le sacre de Blaise Diagne ont, par ailleurs, favorisé l’apparition des publications politiques dans la première moitié du vingtième siècle.

Jean-Baptiste Alexandre Daramy est une de ces figures qui ont joué un rôle important dans la création d’une presse qu’on pourrait qualifier d’irrévérencieuse au Sénégal. Le natif de Bayonne en France, en 1876, plus connu sous le nom de d’Oxoby (il signait avec ce patronyme qui serait celui de son épouse), a d’abord travaillé en Guinée avant de s’installer au Sénégal où sa plume virulente le distinguait. Il assiste, dans un premier temps, E. Prost, fondateur du « Petit Sénégalais » en 1908, second du même nom. Le journal s’est rendu célèbre par ses diatribes contre les autorités coloniales et le grand négoce. Il pâtit ensuite des divergences puis de la rupture, en 1913, entre un E. Prost modéré et un D’oxoby « tapageur », qui aimait à titiller l’autorité coloniale. Alors que le premier soutient la candidature de Carpot aux élections législatives de 1914, D’Oxoby mise, lui, sur celle raillée de Blaise Diagne. Pour se donner plus de marge, il crée « La démocratie du Sénégal » à la veille des législatives qui consacrent Blaise Daigne en tant que député du Sénégal en 1914. Ce dernier devient même le directeur politique de cet organe dirigé par D’Oxoby et Jules Sergent, un Européens.

Malgré un ton satirique fatal à beaucoup de journaux politiques, il résiste jusqu’en 1932, avec des changements de titres au gré de l’évolution de sa ligne éditoriale. Au début des années 1920, D’Oxoby devient membre du Conseil colonial sans que son engagement auprès de Blaise Diagne ne faiblisse. Il le défend contre le gouverneur général Martial Merlin. L’« acoquinement » de Blaise Diagne avec le grand négoce (surtout la signature du pacte de Bordeaux, en 1924) est certainement pour beaucoup dans la fin de leur collaboration. Blaise Diagne, pour bénéficier d’un support médiatique très utile à l’époque, crée alors, en 1927, « La France coloniale » et « L’Ouest Africain Français ». D’Oxoby, connu pour son engagement, sa virulence, décède en 1954 à Bordeaux.

Par Alassane Aliou MBAYE

Omar ibn Said (1770-1864) est l’un des esclaves les plus connus aux Etats-Unis. Le natif du Fouta Toro, fils de Saïd et d’Oum Hani, est rendu célèbre par un singulier cheminement qui a fasciné beaucoup de chercheurs d’ici et d’ailleurs.

Omar ibn Said est de ces hommes accablés par le sort mais dont la vie est à la fois un reflet d’humanité et de flétrissure. Cet érudit, qui a consacré un quart de siècle de son existence terrestre à étudier la science islamique et le Coran, se voit du jour au lendemain réduit en esclavage. Il aurait été aussi enseignant et commerçant. En effet, capturé par des armées bambaras, en 1807, lors d’un conflit militaire qui les opposait aux Peuls, son ethnie, il fut cédé aux trafiquants d’esclaves puis transporté aux Etats-Unis. Il s'évade pour s’arracher des griffes d'un maître qui aimait à infliger un traitement inhumain aux esclaves à Charleston en Caroline du Sud pour se rendre à Fayetteville en Caroline du Nord. Il est capturé une nouvelle fois et vendu plus tard à James Owens avec lequel il est resté jusqu’à son décès. Said, connu en Amérique sous les noms de Morro, Uncle Moreau, Prince Moro, Umeroh, ou encore Merroh …, a été esclave jusqu’à sa mort en 1864. Il a été enterré dans le comté de Bladen, en Caroline du Nord, et n’a pas laissé de descendance sur le sol de ses supplices et de ses effusions où une mosquée à Fayetteville porte son nom.

En réponse à la maltraitance de son « maton », il s’enfuie et se rend célèbre pour avoir écrit une plainte en arabe sur les murs de sa cellule grâce à du charbon trouvé sur le lieu de privation. Les quatorze manuscrits qu’il aurait écrits en arabe créent une grande fascination pour sa trajectoire. Son autobiographie réalisée en 1831, la seule produite par un esclave dans cette langue, en fournit un monceau d’indications. Omar Ibn Saïd serait un des proches de l’Almamy Abdel Kader Kane qui ont été capturés (l’année 1807, correspondant aussi à la date de l’assassinat de l’Almamy) et vendus après l’assaut mené par les Bambaras du Kaarta contre le Fouta Toro.

En 1831, le fils du Fouta, à la demande des membres de l’American Colonization Association, un groupe qui encourage les propriétaires à libérer leurs esclaves, produit un récit avec une calligraphie en style maghribi (très usité en Afrique de l’Ouest). Ceci en un extrait précédé de plusieurs citations tirées du Coran : « Je suis né dans le Fouta Toro entre les deux rivières. J’ai étudié dans le Boundou et le Fouta… [Après mes études] je suis retourné chez moi pendant six ans avant qu’une armée n’envahisse notre pays. Ils ont tué beaucoup de gens. Ils m’ont capturé et m’ont vendu à un chrétien qui m’a emmené dans un grand bateau… [En Amérique, j’ai été ensuite cédé] à un petit homme mauvais, infidèle, qui n’avait pas peur d’Allah ». Il est ensuite conduit, après s’être enfuit et rattrapé, chez la famille Owens plus bienfaisante : « Tout ce qu’ils mangent, je le mange, et tout ce qu’ils portent, ils me le donnent une fois usé ».

Ironie de l’histoire, il est aujourd’hui célébré sur la terre de ses souffrances et de la négation de son humanité. La fondation Omar Ibn Said a vu le jour aux Etats-Unis et un lieu de mémoire a été érigé pour consigner sa vie et son œuvre qui sont un pan de l’aventure collective.

Last modified on vendredi, 18 août 2017 16:42

Son nom est inscrit au fronton de l’un des plus illustres théâtres de l’Afrique subsaharienne : le Théâtre national Daniel Sorano du Sénégal. Daniel Sorano est un génie qui a séduit son pays natal, la France, et permis à la patrie d’une partie de sa famille, le Sénégal, d’en tirer fierté et de l’honorer à titre posthume.

Daniel Edouard Marie Sorano, grand acteur franco-sénégalais, fils de Marie Michas, descendante de la signare Marianne Blanchot, est né à Toulouse le 14 décembre 1920 d’une famille à triple origine : française, sénégalaise et piémontaise. Son père, Gabriel Sorano, était greffier en chef au Palais de justice de Dakar et dirigeait la chorale de la cathédrale. Titulaire d’une licence de lettres, il opte pour le grand conservatoire de Toulouse en 1940. Trois ans plus tard, il se retrouve au conservatoire d’Art dramatique. De retour à Toulouse, il est reçu au conservatoire d’Art dramatique en 1943 avec la scène du « Pauvre homme » d’Orgon dans Tartuffe, et le rôle de Don Diègue dans le Cid. Il interprète des rôles dans différentes pièces depuis 1946 (« Don Juan » de Molière, « Ruy Blas » de Victor Hugo, « Macbeth » de Shakespeare, « Ce fou de Platonov » de Tchékov…).

A la rentrée de 1957, le metteur en scène Jean Vilar, également comédien de théâtre et de cinéma, confie à Daniel Sorano sa deuxième mise en scène : « Le malade imaginaire ». Et en 1960, à la télévision, il joue dans « Cyrano de Bergerac » d’Edmond Rostand. En 1962, à l’Odéon-Théâtre de France, Daniel Sorano interprète le héros dans « L’Orestie » d’Eschyle. En mai, son dernier rôle au théâtre, sur cette même scène, sera celui du Shylock dans le « Marchand de Venise » de William Shakespeare. Sa brillante carrière de comédien prend fin, hélas, trop tôt pour sa famille et pour le théâtre, à Amsterdam, le 17 mai 1962, à l’âge de 41 ans, d’une crise cardiaque, à l’issue du tournage du film « Scorpion » de Serge Hanin où il jouait le rôle de Peter Carl. Celui que Léopold Sédar Senghor a, un jour, appelé le « métis de chez nous » a été inhumé dans le costume du mousquetaire gascon qui a fait sa gloire. Le président poète disait également de lui ceci : « C’est que Daniel Sorano fut à la fois français et sénégalais. C’est surtout que son génie d’acteur, au sens étymologique du mot, fut la symbiose dynamique des génies européens et africains ». Son œuvre magistral est célébré un peu partout. De nombreux théâtres portent son nom. De 1945 à 1962, il joue dans 44 pièces de théâtres différentes et plus de 1000 représentations avec le Théâtre national populaire et le Palais des Papes. Au Sénégal, le « temple » des expressions culturelles de toute une nation est une reconnaissance de son génie.

Alassane Aliou MBAYE
(Source : Théâtre national Daniel Sorano)

Le 4 Janvier 1937 est à inscrire dans les annales de la presse sénégalaise. « Paris-Dakar », hebdomadaire créé en 1933 (puis bihebdomadaire à partir du 16 août 1935), devient quotidien.

Charles de Breteuil, citoyen français, était le promoteur de ce journal d’information générale (devenu « Dakar-Matin » le 5 avril 1961) considéré comme « l’ancêtre » du quotidien national Le Soleil qui a pris sa suite en 1970.

Charles de Breteuil, né le 25 juin 1905 à Paris, est de ces hommes au parcours atypique qui décident de leur destin prodigieux. Il s’engage, après des études en Droit, dans l’armée où il sert dans un corps de troupe à Rabat ; ce qui fait de lui l’un des acteurs de la guerre du Rif. Il émarge dans la liste des blessés et des honneurs.  Après avoir quitté l’armée en 1927, le jeune Charles explore d’autres pistes à la suite d’un bref séjour dans la capitale française, Paris. Ses voyages en Afrique le mènent en Guinée pour le compte d’une entreprise minière et à Dakar où il flaire une opportunité d’asseoir un groupe de presse. De Breteuil, qui n’est pas un journaliste, avait besoin de garanties, de soutiens de gens jouissant d’une certaine expérience dans ce domaine. Ce qu’il a pu trouver en Jean Prouvost, patron de « Paris-Soir » et Pierre Lazareff. C’est pourquoi « Paris-Dakar » était, à part les informations locales, la copie conforme de « Paris-Soir ».

Résidant à Marrakech, au Maroc, et à Paris, Charles de Breteuil confie son journal à Douillet et Launey. Il signe quelques articles qui informent sur la détermination, les convictions de l’homme qui ne s’encombrait pas d’opinions contraires à celles du pouvoir. Dans un territoire où le gouverneur général et le député du Sénégal faisaient figure d’épouvantails, il s’arrangeait, à chaque fois, à épouser leur ligne de conduite. C’est peut-être là l’une des clés de sa réussite, le pragmatisme froid. Ses succès allaient au-delà des frontières sénégalaises.  Cette boulimie médiatique a fait de lui l’un des plus grands patrons de presse en Afrique.

Le mois d’octobre de 1936 marque le début de la présence de ses journaux dans d’autres pays d’Afrique (« Paris-Tana », « Paris-Benin », « France-Afrique », « Abidjan-Matin », « Fraternité-Matin », « La presse de Guinée », « Guinée-Matin », « La presse du Cameroun » et le rachat de publications en Afrique du Nord comme « Stocks et marchés » ou encore « Dépêche de Tanger »). Au Sénégal, en plus du mensuel illustré « Bingo », lancé en 1953, il diversifie son offre avec la création de « Afrique-Matin », de « Dakar-Jeunes », de « Dakar-Magazine » et de « Afrique en guerre ».

« Paris-Dakar » puis « Dakar-Matin » étaient la clef de voûte de cette chaîne de publications d’Afrique noire. Celles-ci en étaient des sous-éditions. C’est que le journal de ce citoyen français avait fini de s’implanter, de s’assurer un lectorat, une organisation et de s’imprimer une image, même si elle était calquée sur le modèle de « Paris-Soir » avec une addition de dépêches locales. Ce qui le plaçait un rang au-dessus des journaux qui existaient, pour la plupart, de façon circonstancielle et adressés à une clientèle franchement restreinte. En guise d’illustration, en 1959, le journal bat le record de son tirage annuel avec 5.179.600 exemplaires. Le referendum de septembre 1958 lui permet, pendant la semaine de la proclamation des résultats, d’atteindre une moyenne quotidienne de 21433 exemplaires. De grandes figures de la presse sénégalaise comme Edou Corréa, Serigne Aly Cissé, Abdoulaye Ba, Bachir Thioune…y ont fourbi leurs armes.

Charles de Breteuil meurt à Rabat le 24 septembre 1960. Georges Larché, responsable à la rédaction, lâchait ces mots dans l’édition du 26 septembre dans un article intitulé « Notre deuil » : « Charles de Breteuil, qui fut le premier à donner une presse à l’Afrique noire (sic), était un lutteur mettant toujours en avant des idées neuves et souvent audacieuses… ». Son fils, Michel de Breteuil, déjà très impliqué, prend sa succession.

Par Alassane Aliou MBAYE


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