Ce que j'ai dans la tête

Ce que j'ai dans la tête (36)

Ayant été promu au rang de professeur, Ousmane, à travers sa nouvelle catégorie socio – professionnelle, en profitera pour installer ses parents dans le cossu quartier de Gibraltar et mettra ainsi un frein à leurs difficultés de subsistance. Ayant mis assez d’argent de côté, il fera part à ses parents de son désir de « découvrir » Paris. Voyage qui n’avait de causes que son mariage avec Mireille, tel qu’ils se l’étaient promis. Mariage scellé dans une mairie de Paris, sans oublier le volet religieux, car Mireille ayant accepté de se convertir à l’Islam.

C’est dire que rien n’avait été laissé au hasard …
Mireille informera ses parents, dans une lettre sèche, de son mariage avec « ça » et de son installation au Sénégal. Le doute n’était plus permis : elle laissait derrière elle parents, pays, conventions d’une autre époque, pour l’amour et le grand saut vers l’inconnu. Les parents de Ousmane, avertis eux aussi par voie postale avant le retour de leur fils au Sénégal, seront consternés. Djibril Guèye, mettra tout sur le compte de la loi divine et du destin. Yaye Khady, moins docile, en voudra à son Oussou de lui imposer cette tubaab, aucunement au fait de la tradition sénégalaise, belle – fille qui ne lui sera d’aucune utilité, ne la délestera pas des travaux ménagers, ne la couvrira pas de cadeaux et ne mettra pas son rôle de belle – mère en valeur. A partir de ce moment – là, elle mènera la vie dure à Mireille et ruminera sa vengeance en silence …

Mireille, dès son arrivée, se heurtera à des difficultés, qu’elle a jadis jugées surmontables par la seule force des sentiments qu’elle éprouvait à l’égard de Ousmane.

Elle ne sait plus à quel saint se vouer entre sa belle – mère acariâtre qui ne se gênait aucunement pour lui rappeler à chaque occasion son ignorance des us et coutumes sénégalais, la maladresse dont elle faisait preuve à travers les efforts qu’elle déployait sans cesse, les copains de son mari qui ne manquaient jamais une occasion de se vautrer dans son canapé et abusaient grandement de son hospitalité …

Mais si ce n’était que cela ! Mireille a toutes les peines du monde à reconnaître Ousmane, ce Ousmane qu’elle aime tant ! On dirait que, transposé dans son milieu naturel, il s’est métamorphosé en une autre personne … Un rien l’agace : l’ordre que fait régner sa femme dans leur logis, l’ordonnancement des choses auquel elle tient, et qui transparaît même dans leurs repas : fourchettes, couteaux et cuillères ornent la table, son manque de patience face à ses amis l’agacent et le détachent peu à peu de sa belle blonde.

Au cours d’une des visites de Ousmane à Niary Tally, Ousmane tombe sur Ouleymatou, sœur de Ousseynou, qui l’avait naguère rejeté. Les choses ont bien changé : la réussite sociale de Ousmane fait bien des envieux, beaucoup de mères rêveraient de l’avoir comme gendre … Ouleymatou, voyant ce changement et se rendant compte à quel point Ousmane avait changé, mettra tout en œuvre pour « l’avoir ».

Les choses s’enchaînent très vite : grossesse, mariage en catimini, baptême en grande pompe où Yaye Khady eut « enfin » le loisir de rayonner et de rehausser son rang, rien n’est de trop !

Pendant ce temps, Mireille se morfond dans la solitude, accrochée à Gorgui, son fils, ce niouloul xessoul, déploie des efforts surhumains pour retenir Ousmane, mais rien n’y fait …

Car celui – ci, grisé par l’odeur de l’encens, par les formes appétissantes de Ouleymatou et son hospitalité si chaleureuse, mais aussi – fait non négligeable – par le fait qu’il « commandait » dans cette maison et qu’on ne lui disait pas quoi faire, oublie peu à peu Mireille. Malgré les avertissements, il pensera que Mireille ne saura jamais rien de cette double vie qu’il menait. Jusqu’à ce que l’irréparable se produise : devenue folle par la force du chagrin, elle tuera son fils, et tentera d’en fera de même avec Ousmane.

Mariama Bâ a écrit un roman poignant, tant par la force et la prégnance des thèmes exploités, mais aussi par l’avance sur son temps dont ce livre a fait preuve. Car dans le Sénégal – mais surtout le Dakar – fraîchement sorti de la colonisation, et encore fortement ancré dans la tradition, oser dénoncer les injustices d’une façon aussi objective est juste admirable !

Elle aborde la complexité de l’amour sous un angle assez intéressant pour mériter que l’on s’y attarde. A travers le couple formé par Ousmane et Mireille, elle met en lumière cette femme qui, grisée par l’amour, n’hésitera pas à tout envoyer promener pour suivre Ousmane dans son pays. Sans se douter que les différences idéologiques auront raison sur les promesses qu’ils s’étaient faites. Ousmane, quant à lui, titillé entre sa modernité et son envie de ne point renier son milieu d’origine, choisira celui – ci et sous couvert de lâcheté, n’hésitera pas à oublier tout ce qu’il s’était promis de ne pas faire. Et trompera sans sourciller et enverra valser tout ce en quoi il croyait …

Edifiant sur les rapports homme – femme et le fait que l’on ne peut véritablement rien prévoir à l’avance quand il s’agit de sentiments amoureux …

Un livre à lire et à faire lire !

 

Longtemps après avoir refermé le livre, je suis restée prostrée, les phrases, expressions et paragraphes tourbillonnant dans ma tête et refusant de s’en déloger. Et je suis arrivée à la conclusion que Mariama Bâ fut une écrivaine de génie, trop tôt arrachée de ce monde, pour notre plus grand malheur … de lecteurs, mais aussi de femmes. Car que ce soit dans Une si longue lettre ou dans le présent ouvrage dont je parle – Un chant écarlate – Mariama Bâ place la femme au cœur de sa narration.
Mariama Bâ … Qui était – elle ?

Née en 1929 au Sénégal, Mariama Bâ fait partie de la première génération de femmes intellectuelles sénégalaises, mais aussi africaines, à accéder à l’instruction et à transmettre le savoir. Car après avoir obtenu son diplôme d’institutrice à l’Ecole Normale en 1947, elle enseignera.

Son premier roman Une si longue lettre, paru en 1980, a déjà fait l’objet d’une note lecture dans ce blog juste ici : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2014/09/15/re-lu-et-re-approuve-une-si-longue-lettre-de-mariama-ba/. Son deuxième, Un chant écarlate, quasi introuvable, est d’autant plus poignant qu’il a été publié à titre posthume en 1981, après que le cancer ait emporté la talentueuse femme de lettres. Paix à son âme !

Ce roman est LE chef – d’œuvre de Mariama Bâ ! Et je trouve un peu dommage qu’Une si longue lettre lui ait fait de l’ombre, mais cela est peut – être dû au fait qu’il a été publié en premier. Et l’on prête plus souvent attention au premier ouvrage, déterminant pour une carrière (littéraire).

Quand j’ai enfin pu mettre la main sur le livre, je l’ai dévoré en quelques jours et en suis ressortie subjuguée et plus que jamais consciente de la cruauté du destin, qui nous a arraché cette talentueuse écrivaine.

J’ai eu un peu de mal à accrocher au début … Le roman commence lentement, ceci étant (peut – être) fait exprès par la romancière, car elle accorde une large place à la description de l’espace spatio – temporel dans lequel évoluait Ousmane Guèye, jeune Dakarois né et grandi à Niari Tally, quartier de la banlieue dakaroise, de parents de condition fort modeste. Lesdits parents, Djibril Guèye et Yaye Khady, bien que pauvres, sont fort dignes, et placent en leur progéniture, notamment Ousmane leur aîné, tous leur espoirs. Djibril Guèye, revenu de la guerre, en a rapporté une jambe infirme, mais aussi des médailles qu’il ressort fièrement à la première occasion. Son épouse, Yaye Khady, de vingt ans sa cadette, est une femme débrouillarde, toujours prompte à aider son prochain, surtout ses voisines qui profitaient largement de sa générosité, vive, qui n’a pas sa langue dans sa poche et dit haut et fort ce qu’elle pense.

Son Ousmane « Oussou », est l’amour de sa vie et elle veille comme une mère poule sur lui, car il a toujours placé ses désirs ainsi que ceux de son père avant les siens. Sa bourse scolaire est accueillie avec soulagement, car elle contribuera à alléger les difficultés de subsistance de la famille Guèye. Le baccalauréat en poche, il refusera la proposition d’aller poursuivre ses études en France, préférant s’inscrire à l’Université de Dakar. Bénéficiant d’une aide mensuelle plus conséquente, il sera le soutien de ses parents et ceux – ci s’en trouveront fort contents, bénissant le Ciel d’avoir un tel fils !

Dans la vie bien rangée bien rangée de Ousmane, l’amour n’aura presque pas sa place. Avoir avoir essuyé le refus glacial de Ouleymatou, la sœur de son ami et frère Ousseynou Ngom, qui le trouvait trop fade et pas amusant pour un sou, il fermera délibérément son cœur.

Mais les voies du destin sont impénétrables …
Sa rencontre avec Mireille sera le catalyseur qui changera sa vie à jamais. Jeune fille belle, gracieuse, blonde comme les blés, aux yeux bleus aussi candides qu’insondables, elle tombera elle aussi sous le charme de ce grand et beau jeune homme. Leur amour commencera et se heurtera très vite au refus de Mr de la Vallée, père de Mireille, et non moins Ambassadeur de la France en terre sénégalaise. Il tolérait de travailler avec les Nègres, en ces temps de fraîche indépendance et de relations nouvellement changées, mais il ne pouvait accepter d’aller au – delà et accepter d’avoir « ça » comme gendre. Se heurtant au refus de Mireille, il emploiera les grands moyens : rapatriement de Mireille, pensant que l’éloignement fera son effet.

L’adage « Loin des yeux, loin du cœur » ne s’appliquera pas aux deux jeunes tourtereaux. Car la distance ne fera que raffermir leurs sentiments. Ousmane, à travers la photographie encadrée qui trônait sur son bureau, ne sortira jamais sa belle blonde de ses songes. Yaye Khady, ignorant tout du drame qui se jouait, le taquinera jour après jour sur sa « mystérieuse actrice » qu’il vénérait. Lettre après lettre, Mireille réaffirmera ses sentiments à Ousmane et fit le serment d’attendre, le temps qu’il faudrait.

 

Il est de ces artistes dont les oeuvres (musicales) sont inter – générationnelles … D’une génération à une autre, lesdites oeuvres ne prennent pas une ride, éveillent, (ré) éduquent, surtout chez les jeunes, frange la plus vulnérable de toute population … En un mot, décennie après décennie, les oeuvres musicales d’un » réel » artiste s’actualisent et sont plus que jamais d’actualité …

Le nom de son groupe n’aurait pu être mieux choisi : le Super Diamono …Signifiant littéralement époque en ouolof, ce nom vient corroborer les propos que j’ai tenus plus haut …
J’ai été très tôt initiée à la musique de Omar Pène … Mes grands frères étant de grands fans du Super Diamono, mes jeunes oreilles étaient accoutumées à écouter les merveilleuses sonorités distillées par le groupe de Baye Pène.

Si je peux donner un avis de novice, je puis dire que ce qui a fait le succès national et international de Omar Pène, c’est sa constance, son incroyable énergie, mais aussi son inestimable engagement envers des causes nobles à souhait : lutte contre la pauvreté, contre les maladies qui tuent en Afrique (malaria, choléra, tuberculose …), sa foi inébranlable en ce continent tant spolié et pillé, les phénomènes de société telles que les agressions, les enfants de la rue, le chômage chez les jeunes, l’exhortation aux études …

Pas étonnant en ce cas que la jeunesse l’ait affublé du sobriquet de Baye Pène, à savoir Papa Pène …
Souvent, quand on me demande pourquoi j’aime la musique de Omar Pène, dont la majeure partie du répertoire précède fortement ma naissance, je réponds que c’est parce qu’il chante … avec le coeur et que ça se sent ! Explication tirée par les cheveux pour certains, mais je n’en ai pas d’autre … Sans exagérer aucunement, voir Omar Pène chanter Wudjou Yaay (la chanson sur la co – épouse de sa mère qui l’a tant maltraité) transpire le vécu et renseigne éloquemment sur la grandeur d’âme de l’artiste …

J’ai toujours souhaité écrire un article sur Omar Pène, mais je ne savais jamais par où commencer, car il y a tant à dire sur cette sommité de la musique sénégalaise et africaine … L’album anniversaire de ses 40 ans de carrière m’en a donné l’occasion. 40 ans ! Ni 10 ans, 20 encore, et encore moins 30 ans, mais quatre décennies !

Cet album, véritable voyage dans le temps, est un véritable joyau, car Baye Pène nous montre (encore une fois) l’immensité de son talent et souligne en outre que le temps n’a aucune espèce d’emprise sur lui …

Tracklist :
* Ada : cheville ouvrière du Super Diamono à l’époque, Adama Faye est un génie créateur qui a mis sur fonds baptismaux le Super Diamono. Cette chanson lui rend un vibrant hommage, à travers l’appui qu’il a apporté à un Omar Pène débutant dans la musique. Les séances de répétition en sont l’illustration parfaite …

* Rose : une magnifique chanson dédiée à Rose, une compagne de longue date de Baye Pène, à laquelle on a greffé l’une des plus célèbres chansons de Baye Pène, Agresseurs, dans laquelle il exhorte les jeunes à aller travailler et cesser de s’adonner aux agressions …

* Toureundo : dans ce morceau, Omar Pène chante son homonyme, qui porte donc son nom et avec lequel il partage de nobles traits de caractère …
* Cheikh Anta : on ne présente plus Cheikh Anta Diop. Chercheur, anthropologue, égyptologue et scientifique internationalement (re)connu, il a oeuvré sa vie durant à faire rayonner la » race » noire de par ses brillantissimes thèses … En outre, la principale université de Dakar porte son nom.

Mais depuis de nombreuses années, ce temple du savoir est le théâtre de manifestations et grèves en tout genre : Funiouy déém di outi xél kénn waroufa sandi khér !
Le message est clair …

* Yoonwi : chaque individu doit s’efforcer de choisir sa voie et y exceller, de façon à prendre en main sa destinée …
* Baïla : ma chanson préférée de l’album …

A l’instar de Adama Faye, Omar Pène rend un vibrant et émouvant hommage dans cette chanson à Baïla Diagne, celui qui, en 1972, a initié le jeune Omar Pène à la musique et a fait de lui ce qu’il est présentement …

Sur fond d’une superbe mélodie, Omar Pène retrace son (brillant et riche) parcours de 1972 à nos jours …
* Warou : là, Omar Pène remixe une ancienne chanson, Warou, dans laquelle il fait le round – up de la situation du continent : Liberia, Angola, Somalie, Ethiopie, Liban, Palestine, Bosnie …
Ce qui rend magnifique cette version 2013 de Warou, c’est qu’il y rend hommage à ses compagnons, les ténors, qui comme lui, ont bourlingué pour se hisser au faîte de la musique sénégalaise : Baaba Maal, Youssou N’Dour, Thione Seck, Ismaël Lô … Sans oublier Didier Awadi …

* Fan : l’Afsud (l’Association des Fans du Super Diamono) abat un travail remarquable autour de leur passion pour le Diamono et ils sont à l’honneur dans cette chanson …
* Woma djéguéla : hymne à l’amour, sensuel et poétique, il appelle sa dulcinée à se rapprocher de lui pour que triomphe leur amour …

* Mouride : une ancienne chanson aussi remise au goût du jour, Mouride parle des hauts faits du fondateur de l’idéologie du Mouride, à savoir Cheikh Ahmadou Bamba …
Au terme de cet article dans lequel j’ai mis toutes mes tripes (littéralement), car il m’a fallu quantité de brouillons pour en arriver au bout, je vous souhaite une agréable lecture !

 

Lire un livre de Chimamanda Adichie est toujours une expérience extraordinaire, tant au niveau des magnifiques histoires que ses ouvrages racontent, mais aussi de la sensibilité extrême qui s’en dégage. Ceux qui ont lu ses livres peuvent aisément saisir ce dont je parle ici. Son sens aigu du détail, qui confine un caractère si particulier à son style de narration, la force de ses personnages, la plongée au sein de leurs sentiments que nous permet de faire l’auteure, l’environnement unique ou pluriel au sein desquels ils évoluent, sa description sans complaisance de la société nigeriane; tout ceci donne un cachet authentique aux récits de Chimamanda Adichie.

« En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. »
Ifemelu prend la décision de rentrer s’installer à Lagos, après quinze ans passés aux Etats – Unis. Ce qui motive cette décision ? La volonté de renouer avec ses racines, d’arrêter de justifier son statut de « noire », mais surtout l’envie de retrouver son premier amour, Obinze. Elle l’Americanah (sobriquet dont est affublé quelqu’un ayant vécu en Amérique), que toutes ses amies envient, par le prestige dont elle est affublée au pays de l’Oncle Sam. Donc, personne ne comprend sa décision aussi soudaine qu’inattendue et sa tante Uju, elle qui a tout abandonné au Nigeria, est la première à lui demander si elle est vraiment prête pour « ça ».

Car Ifemelu connaît une trajectoire singulière. L’Université connaît quantité de grèves, et y poursuivre une scolarité normale relève de l’impossible. Poussée par Obinze, qui promet de la rejoindre un peu plus tard, elle prend la décision d’aller tenter sa chance en Amérique. A son arrivée, premier choc : ce qu’elle voit est si creux, si fade, l’appartement dans lequel vit tante Uju avec son fils Dike est si miteux et petit qu’Ifemelu est dépitée. De plus, tante Uju s’est métamorphosée, tant physiquement, que psychologiquement : économe jusqu’à la radinerie, obsédée par l’idée de réussir son diplôme de médecin, mais ce qu’Ifemelu ne comprend pas, c’est la propension de sa tante à courir les hommes, pour se donner un semblant de stabilité.

Ifemelu est contente de déménager, mais c’est la période des vaches maigres. N’ayant pas encore sa carte verte, elle travaille sous un patronyme étranger, ce qui lui est difficile à accepter, car elle se dépouille de plus en plus de son identité dans ce pays dont elle a tant rêvé.

Bien que les temps soient durs, elle décroche une place de babysitter, et c’est là qu’elle fait la connaissance de Curt, son premier amour non – black. Mais qu’en est – il d’Obinze ? Avant de travailler pour Kimberly, elle aura une expérience fort traumatisante. Un entraîneur de tennis l’engagera pour « se relaxer » ; et par relaxer, il parlera de caresses sexuelles. Ifemelu en sort dégoûtée d’elle – même, dégoûtée d’être jusque – « là » pour quelques centaines de dollars. Elle rompt brutalement contact avec Obinze.

Commence alors une nouvelle étape de sa vie. Sa liaison avec Curt est plaisante, il n’a d’yeux que pour elle, il la fait se sentir aimée, se plie en quatre pour elle. Mais une question épineuse demeure : celle de sa couleur de peau. Elle n’est pas seulement black, c’est une black non – américaine. Curt est fier de l’exhiber, elle, la Nigeriane si cultivée, si intelligente, à la langue acérée. Mais ce nuage rose commence à s’assombrir, quand Ifemelu décide de porter ses cheveux au naturel et ouvre un blog traitant de « race ». Curt, en bon Américain fortuné, mais surtout Blanc, il ne comprend pas les revendications identitaires de Ifemelu et les considère comme fantasques. La rupture s’opère quand Ifemelu découvre sur son ordinateur des photos d’une femme avec qui il la trompe. Le choc est d’autant plus violent qu’elle est blanche et a les cheveux … lisses.

Blaine apparaît dans sa vie ensuite. Il est black, professeur à Yale, et est d’une rigueur extrême. Au début, ce pragmatisme plaît à Ifemelu, mais par la suite, ce trait de caractère la rebute, car il pense pouvoir donner un avis sur tout : sur sa mollesse, sur la façon dont elle rédige son blog, sur son non engagement dans des causes telles que les discriminations dont sont victimes les noirs en Amérique … Ils s’éloignent l’un de l’autre subrepticement, et Ifemelu se met à écrire à Obinze, qui entre – temps, a été expulsé de Londres où il était, a fait fortune au Nigeria, mais est surtout … marié !

Le brouillard opaque qui entoure l’existence de Ifemelu la pousse à se poser des questions existentielles, sur sa vie en Amérique, sur sa condition de noire, sur l’avancement qu’aura sa carrière. Elle se met à visiter des sites nigerians, à voir que toutes ses amies ou presque s’en sortent, et elle décide de rentrer.

Elle retrouvera Obinze, et découvrira avec une stupeur mêlée de ravissement que leurs sentiments l’un pour l’autre demeurent inchangés. Leur amour renaîtra de ses cendres, mais la menace de sa femme planera au – dessus de leurs têtes, tel un couperet.

Son contact avec le Nigeria ne se passe pas aussi bien qu’elle espérait. Le poste de chroniqueuse qu’elle décroche au magazine Zoe de « tante » Onenu ne la satisfait aucunement. Car le magazine passe son temps à faire de la publicité à des femmes ayant fait fortune illicitement, et à coups de nairas, elles achètent quelques lignes à Zoe.

Ifemelu ne se retrouve pas dans tout ceci, quitte Zoe et commence un blog, où elle entreprendra de décrire le Nigeria avec ses yeux, et écrira sans complaisance. L’histoire amorce un dénouement heureux, avec Obinze qui décide de revenir dans sa vie, avec un divorce et des promesses de lendemains heureux auréolés d’amour.

Avec son style inimitable, Chimamanda nous offre encore une fois un superbe roman. Rien n’est superflu pour elle, et c’est cela, à mon humble avis, qui donne ce cachet à ses histoires.
Americanah, un must – read !

Bonne lecture

Petites précisions : ce post n’a pas pour prétention d’être un cours sur la séduction … Il n’a pas aussi pour ambition d’être un manuel à l’intention de la femme sénégalaise mariée (ou pas) qui cherche des conseils pour faire grimper son homme aux rideaux … Vous vous demandez sans doute le pourquoi de toutes ces précisions. Mais c’est juste que quand j’écris sur un sujet concernant le genre (masculin/féminin), je prends quelques pincettes, car je nous/vous connais.

J’avais déjà écrit sur le goût démesuré des femmes sénégalaises pour les choses afférant à la sexualité et tout ce qui s’y rapporte (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2016/01/13/en-est-on-vraiment-reduites-a-cela/), à laquelle elles consacrent beaucoup d’énergie en rivalisant d’ingéniosité. Chaque séjour au Sénégal, ce magnifique qui m’a vue naître et grandir, me donne l’occasion d’observer à la loupe cette société si particulière que je connais pourtant assez bien, mais quelques subtilités m’échappaient, je m’en rends compte.

En discutant avec un ami (ah les hommes, quel excellent baromètre !), il a pris le temps de me conter par le menu ses péripéties amoureuses, mais surtout la liste de ses conquêtes qui va en s’allongeant ; car les filles ne le lâchent pas d’une semelle. Alors que je refusais de le croire, il joignit le geste à la parole et me montra la kyrielle de messages et d’appels qu’il reçoit quotidiennement. Sa mère lui met la pression pour qu’il se marie, car elle souhaite jouir de tous les privilèges dus à son statut de belle – mère (encore une autre incongruité sénégalaise, sur laquelle je reviendrai), il n’arrive pas à se décider, car me dit – il d’un air las, « les filles ne se laissent plus séduire. »

Nous continuâmes une bonne partie de l’après – midi à débattre de cet état de fait, et plus nous avancions dans la causerie, plus ses arguments s’étayaient … Et bien plus tard, alors que je repensais à tout ce qu’il m’avait dit, je dus admettre (à contrecœur cependant) qu’il n’avait pas totalement tort.

Une rétrospective faite, je me rendis compte qu’en plus de cette discussion, les signes étaient là, sous mes yeux d’astigmate. La population féminine sénégalaise est de loin supérieure à celle des hommes (49,9% d’hommes contre 50,1% de femmes – recensement de 2013) et beaucoup forcent le trait en disant que c’est l’une des raisons pour lesquelles les femmes effectuent cette chasse effrénée à l’homme.

Une incursion dans le Dakar by Night (eh oui, ça m’arrive !) permet de constater le phénomène. Un groupe d’hommes qui fait son entrée suscite aussitôt l’intérêt. Quant aux intéressés, ils se comportent en terrain conquis, certains de profiter de toutes les attentions …

En sus des groupes Facebook qui font l’apologie du « jongué » (l’art de la séduction, typiquement sénégalaise), l’espace spatio – temporel sénégalaise accorde la part belle à la séduction, mais du côté de la femme. Celle – ci doit tout faire pour satisfaire son homme, qui, lui, a la part belle.

Je peux être anticonformiste et en phase avec mon époque autant que faire se peut, mais il y a des choses qui ne passent absolument pas. Mais c’est mon avis, donc plein de ma subjectivité propre. Pourquoi ne pas laisser le soin à l’homme de nous séduire, de prendre le temps de nous connaître, nous apprécier, et ainsi nous faire leurs. Je ne dis pas par là que la femme doit être attentiste et tout laisser faire, mais quand même à quoi nous mènera cette impatience et cette volonté de tout faire pour attirer un homme dans ses filets ? A une inversion des rôles et à une infidélité chronique, car les hommes se réfugieront derrière l’argument du « les filles s’offrent à nous, pourquoi refuser ? »

Bonne lecture

Quand nous venons au monde, l’heure et le lieu de notre mort sont déjà programmés. Le Seigneur, dans Son infinie miséricorde, décide quand et comment doit prendre fin notre passage sur Terre. Nous ne l’occultons certes pas, mais nous nous comportons parfois comme si notre vie n’allait jamais connaître un épilogue et que l’au – delà n’était « que » pour les autres …
Que nenni ! Le moment où nous serons enfouis sept pieds sous terre varie d’un individu à un autre, mais il arrivera … INELUCTABLEMENT !

Vous devez vous demander ce qui se passe dans ma tête pour que je commence ce post par des notes aussi macabres … Je vous comprends, car parler de la mort n’a rien de joyeux, mais nous y passerons tous ! Je ne suis pas en train de vous faire mes adieux – enfin je l’espère -, mais vous avez compris que cet article a pour sujet la grande faucheuse, cette traîtresse !

Avant de continuer et d’expliquer le pourquoi du comment de cet article, j’aimerai faire une petite précision. Nous avons tous des façons différentes d’exprimer notre deuil et in extenso, de nous comporter face à la mort. Les lignes qui vont suivre expriment mon ressenti face à un phénomène qui me préoccupe grandement. Loin de moi l’idée de faire la leçon à qui que ce soit, car n’étant pas parfaite, j’apprends au jour le jour dans cette grande école qu’est l’univers …

En observant les réactions de mon entourage par rapport à la mort, j’ai eu envie d’écrire là – dessus. Et l’aspect qui m’a le plus dérangée, c’est l’incursion de la mort dans les réseaux sociaux. Vous savez, ces sites de micro – blogging tels que Tumblr, Facebook ou Twitter et de partages de photos comme Instagram.

Tous les jours ou presque, je vois passer l’annonce du décès de quelqu’un avec la mention RIP.
Et ce qui me fait tiquer le plus, c’est non seulement le long texte d’hommage (s) surplombé d’une photo du défunt, mais aussi les tags. Les habitués des réseaux sociaux savent ce qu’est un tag. Mais si vous n’en êtes pas un, sachez qu’un tag est un mot – clé permettant de nous retrouver sur une publication ou une photo. Quand on publie sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, on peut tagger nos amis en incorporant leur nom sur nos différentes publications, de sorte que celles – ci apparaîtront sur leur (s) profil (s). Il n’est pas rare de voir RIP Mr X ou Mlle Y, comme si la personne décédée avait la faculté de faire un aller – retour de l’au – delà pour venir répondre aux si gentils messages et retourner dans sa tombe …

Soyons sérieux un instant !
Et ce qui m’agace le plus, c’est l’abréviation RIP. Que signifie RIP ? Si on peut écrire RIP, on peut bien tout écrire, à savoir REST IN PEACE, non ? Une personne a poussé le vice jusqu’à décrire tout ce qu’elle faisait avec son ami décédé, le tout dans un montage photo où elle s’est prise en photo en train de verser de chaudes larmes. Ambiance …

Nous passons une grande partie de notre temps sur les réseaux sociaux, quantité d’informations importantes concernant nos activités y figurent. L’internet est devenu un mal nécessaire. On y blogge, on y lit nos mails, on en écrit, on y développe une activité professionnelle … Mais si je puis donner un humble avis, la MORT n’a rien à y faire !

Le deuil est si intime et la douleur que l’on ressent si intense que je ne comprendrais jamais le fait d’étaler l’annonce d’une mort sur Facebook ou Twitter. Et les « likes », parlons – en des « likes » ! A quelle fin « like » – t – on la photo d’une personne décédée ? Pour « aimer » le fait qu’elle ne soit plus de ce monde ? Si vous avez des pistes de réflexion, merci de les partager avec moi, car j’ai beaucoup de mal à comprendre !

Me voici à la fin de ce post pas des plus joyeux, je vous l’accorde … Le principe même du blogging est le partage, alors merci encore fois d’avoir pris le temps de lire ce post, ma petite bulle et moi – même vous en remercions !

PS : si jamais je ne suis plus de ce monde, merci de fermer mes comptes Facebook, Twitter et Instagram, de façon à ce qu’aucune photo de moi n’y figure et que le fil d’actualité de mes « amis » ne soit saturé d’hommages tous plus appuyés les uns que les autres ! Mais laissez au moins ce blog ouvert, de façon à ce que je continue de vous hanter avec mes écrivouillages.

Bonne lecture

 

La politique de la main tendue

06 Sep 2017
5094 times

Je tire le titre de ce billet d’un ami à moi, slameur de son état, répondant au prénom de Oumar à l’état-civil et de Minuss à la scène. Nous avons l’amour des mots en partage. Donc, il ne m’en voudra pas de lui avoir « emprunté » cette phrase qui formait l’un de ses statuts Facebook la semaine passée.

Après cet « atalaku » en règle, let me go straight to the point. Le Sénégal, mon si beau pays, peuplé de 14 millions d’habitants, est composé de 95% de musulmans et 5% de catholiques ; pourcentages qui peuvent être amenés à varier en fonction du recensement de la population. Loin de moi l’idée de jeter le discrédit sur ma religion – musulmane –, mais avant d’avancer dans ce billet, j’aimerais m’arrêter et faire un constat … J’ai fait tout mon cursus primaire et secondaire chez les religieuses de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny au Collège de l’Immaculée Conception de Dakar, mais tout au long de cette formation scholastique, une chose me frappait constamment : le fait de ne jamais voir de mendiants de religion catholique. Les religieuses organisaient souvent des collectes de denrées alimentaires et parfois de pièces de monnaie, communément appelées « pour les pauvres ». Mes camarades et moi, gamines effrontées et pas (encore) conscientes du privilège que nous avions d’être logées, nourries, blanchies et en bonne santé … Les vivres ainsi collectés étaient acheminés vers l’intérieur du pays où les religieuses des diverses congrégations les redistribuaient à qui de droit.

Cette introduction me permet de parler du sujet qui motive cet article: la politique de la main tendue, que l’on retrouve chez les musulmans. Dans le Coran, le Prophète Muhammad (Paix et Salut sur Lui) a dit dans l’un de ses hadiths que « jamais une personne ne peut manger une chose meilleure que ce qu’elle a acquis grâce au labeur de ses mains ». Il devient clair à partir de là que la mendicité est strictement proscrite en Islam.

Mais dans mon très cher pays, nous avons un rapport avec la mendicité qui dépasse l’entendement. Dans son chef-d’œuvre La grève des battù, la romancière sénégalaise Aminata Sow Fall en parle éloquemment. S’il arrivait un moment où les mendiants étaient amenés à faire une grève, les « donneurs » seraient bien embêtés. Mais chaque partie y trouve son compte, raison pour laquelle ce « business » perdure. Il s’agit bien d’un business ignoble, car en prenant l’exemple des petits talibés (auxquels j’avais consacré cet article http://www.cequejaidanslatete.wordpress.com/2013/0304/a-qui-la-faute/, que leur marabout fait marcher des heures durant pour ramener une somme d’argent donnée, sous peine de cruels châtiments, l’on réalise cet état de fait.

Outre les talibés, l’on retrouve dans la rue des adultes (handicapés ou partiellement), qui prennent un malin plaisir à exhiber leurs enfants, souvent des jumeaux, pour attendrir les passants. Ou encore si leur progéniture n’est pas composée de jumeaux « éhontément offerte aux regards en vue de susciter la pitié (et aussi la générosité en espèces sonnantes et trébuchantes), ce sont des nourrissons emmaillotés dans des langes à la propreté douteuse et écarquillant des yeux apeurés, ne comprenant pas ce qui leur arrive …

Le Gouvernement du Sénégal a récemment sorti un arrêté stipulant qu’il était désormais interdit de mendier sur les artères publiques, et que les talibés devaient être retirés des rues où on les voyait pieds nus, loqueteux, avec leurs sébiles emplies de restes de nourriture de toutes sortes. Tout le monde s’était félicité de cette décision. Ces enfants n’avaient pas leur place dans les rues, mais dans les écoles coraniques ; et quant aux adultes valides devaient aller trouver une activité professionnelle.

Dit comme cela, tout est si simple. Car pour des personnes dont la mendicité est la seule source de revenu de génération en génération, il serait difficile d’interdire cette activité du jour au lendemain. Il est vrai que l’Etat a son rôle à jouer dans ce phénomène en régulant et faisant interdire (mais fermement !) ce phénomène, mais nous citoyens avons notre mot à dire, car tant que nous mettrons quelque chose – de préférence une pièce de monnaie ou un billet, qui est fou ? – entre les mains de ceux qui nous les tendent, la politique de la main tendue aura encore de beaux jours devant elle … mais aussi devant nous !

Bonne lecture

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Last modified on mercredi, 06 septembre 2017 10:30

A l’entame de cet article, dont l’écriture a été motivée par tout ce que j’ai pu lire ou entendre ces derniers temps sur la toile, je viens préciser une chose, ou même deux : je ne suis ps une militante du parti au pouvoir – à savoir l’APR – et non je ne prends pas fait et cause pour mes « mbokkas » Hal-Pulaar. Dans un pays où le collage d’étiquettes semble être une activité fort lucrative, on n’est jamais trop prudent (e). Ceci étant dit, je peux continuer mon propos.

Une ethnie se définit étymologiquement comme étant « Un groupe social de personnes qui considèrent partager une ascendance commune, une histoire commune (historique, mythologique), ou un mélange des deux, une culture commune ou un vécu commun ». L’ethnie trouve donc sa quintessence, son socle dans la communauté. Mes cours d’instruction civique au primaire et au secondaire insistaient sur le commun vouloir de vie commune qui sous-tendait mon très cher pays le Sénégal. Cours que je suivais à l’Institution Immaculée Conception de Dakar, établissement dirigé par des religieuses de la Congrégation des sœurs de l’Immaculée Conception. Religieuses qui étaient d’ethnie sérère pour la plupart. Moi, la Hal-Pulaar, née d’une mère 100% Pulaar et d’un père Hal-Pulaar et Ouolof, a été pratiquement éduquée par des sœurs sérère et chrétiennes. Ce métissage m’a valu d’avoir une famille localisée entre la Mauritanie, le Fouta, les régions de Thiès et Mbour. Je pense que ce métissage, on le rencontre dans la pléthore d’ethnies que compte le Sénégal : Ouolofs, Hal-Pulaar, Sérères, Mankagnes, Manjacks, Diolas, Ndiagos, Sarakholés… Nous sommes tous, à des degrés différents, parents. Cette parenté s’extrapole sur le domaine des plaisanteries : c’est ce qu’on appelle le cousinage à plaisanterie. On se charrie, on insiste sur la gourmandise d’un tel eu égard à son groupe ethnique, à son ardeur au travail, et j’en passe.

Mais ce cousinage à plaisanterie n’est pas toujours innocent, car une différenciation a toujours été faite entre ceux qui parlent ouolof et ceux parlant leur dialecte. Avec peu ou prou de méchanceté, certains grossissaient les attributs physiques ou psychiques des individus. Mes parents pulaar, pour leur part, ont une aversion (qu’on se le dise) bien connue pour la langue ouolof. Née et grandi à Dakar, j’ai pu parler le ouolof avant de baragouiner le pulaar. Mais j’ai toujours entendu des phrases telles que « jolfo modjaani » ou « hâaal pulaar », pour m’intimer l’ordre de parler pulaar, au détriment du ouolof, jugé indigne. Je me moquais de l’indignation de ma tante ou de ma grand-mère quand elles me tenaient ce genre de discours, leur rétorquant qu’elles en faisaient trop. Chez ma grand-mère maternelle, je parlais pulaar, et chez ma grand-mère paternelle, le ouolof était de rigueur. Aucun problème là-dessus.

Quand on me demande mon nom de famille – comme il est de rigueur dans certains cercles sénégalais – et que je réponds Kane, s’étonnant que mon pulaar soit si peu étoffé, je réponds crânement que mon père est à 50% ouolof et que ma partie pulaar est plus dense du côté de ma mère. Pour moi, ma double identité de ouolof et de pulaar va de soi. Tout comme mon prénom composé Ndèye Fatou, auquel je tiens viscéralement, ne supportant pas que l’on m’appelle Ndèye, ou encore Fatou. Le Sénégal, de par ses chefs d’État, a toujours été le prolongement de ce métissage ethnique. Tous nos présidents ont dans leur famille une double appartenance ethnique. Et cela n’a jamais été un souci. Bien au contraire …

Mais, depuis mars 2012 et l’élection de notre quatrième président, en l’occurrence Son Excellence le Président Macky Sall, la question de l’ethnicisme a refait surface. Hal-Pulaar élevé en pays sérère, dans la région de Fatick, je ne me suis jamais appesantie sur ses origines, préoccupée que j’étais par sa capacité à nous mettre sur la route de l’émergence, tant chantée et promise. Est-ce dû au fait que la plupart des personnes accédant à de hauts niveaux de responsabilité étaient tous Hal-Pulaar ? Des amis ont maintes fois tenté de me faire réagir sur cette incongruité, mais je balayais leurs inquiétudes d’un revers de la main, arguant que c’était des oiseaux de mauvais augure et que c’était n’importe quoi ! Qu’est- ce que je me trompais …

Car je pense que du haut de mes trente années d’existence, c’est bien la première fois que les frustrations ethniques sont aussi flagrantes. Durant sa campagne électorale, et lors de ses nombreux passages en terre française, le futur Président Macky Sall était certes fortement soutenu par l’imposante communauté Hal-Pulaar de la diaspora, mais j’étais loin de m’imaginer que ces Hal-Pulaar s’érigeraient en maîtres à penser et réclameraient leur « dû », une fois l’un des « leurs » élu. Car c’est bien ce dont il s’agit maintenant.

« Neddo ko banduum ». En traduction littérale, cette expression veut dire que nous n’avons de richesse que nos parents. Par le vocable « parents », il est bien évidemment fait mention des individus du même groupe ethnique. Cette tendance enfle, enfle et ne semble connaître aucune limite de nos jours. En atteste l’actualité récente, avec la vidéo de la dame dénommée Penda Bâ, qui répondait à des insultes proférées à son encontre dans un groupe Whatsapp, en débitant à son tour des insanités à l’encontre des Ouolofs. En est-on aujourd’hui réduits à cela ? Après un bref séjour carcéral, Penda Bâ est ressortie, ni vu ni connu. D’aucuns disent que cette brève incarcération est due au fait que Penda Bâ est une militante de l’Apr, donc du parti au pouvoir. Sans aller jusque-là, je dirais que Penda, en raison de la gravité des faits, aurait dû constituer un exemple pour tous ceux qui auraient envie de brandir le drapeau de l’ethnicisme et de s’en servir comme facteur de division.

Le Président Macky Sall, au moment de son élection, avait comme slogan : « La patrie avant le parti ». Alors je pense qu’il urge d’appliquer cette maxime et de quitter momentanément la sphère de la politique politicienne, le temps de régler cette question ethnique une bonne fois pour toutes. Il y va de notre cohésion nationale !

J’ai pu lire ça-et-là des articles, tentant maladroitement de défendre le Président et de minimiser les faits. Mais je sais d’expérience que les frustrations peuvent être les catalyseurs de quantité de dérives. La Côte d’Ivoire et la suprématie de « l’ivoirité » en son temps est un exemple plus qu’éloquent. Il ne suffit pas de se dire que le Sénégal est un et indivisible et de se renfoncer dans son fauteuil moelleux en regardant ailleurs, mais bien d’adopter une position tranchée et d’éteindre ce brasier. Nous avons dans ce pays une pluralité d’hommes et de femmes très à même de donner leur avis sur la question et d’éloigner les velléités ethnicistes de notre contrée. Se taire n’est évidemment dans ce cas pas une option !
Car devant le mal, le silence est soit coupable, soit complice…

Bonne lecture.

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Je croyais que Chimamanda n’écrirait plus rien sur le féminisme.
Après We shall all be feminists et son concept de happy feminism, ses innombrables apparitions télé, interviews et articles sur le sujet, je croyais que le féminisme était un sujet clos pour l’une de mes auteurs favorites. Eh oui, que voulez-vous, je suis une lectrice avant tout, et j’attendais impatiemment – je l’attends toujours – le prochain roman de Chimamanda Ngozi Adichie.

Mais quand j’ai su qu’elle avait sorti un nouvel ouvrage traitant en grande partie de féminisme, je me le suis tout de suite procuré. Les réactions étaient somme toute assez mitigées, mais comme d’habitude, avant de juger de la pertinence d’un ouvrage, il me fallait d’abord le lire ; pour me faire ma petite idée et par là même, participer au débat.

Chère Ijeawele ou Un manifeste pour une éducation manifeste est une correspondance adressée à Ijeawele, une excellente amie de Chimamanda. Ijeawele et Chudi sont un couple de Nigérians et ils viennent d’avoir un bébé, une fille prénommée Chizalum. Dans l’optique de donner une éducation « féministe » à son bébé, Ijeawele adresse une correspondance à son amie Chimamanda. La réponse de l’auteure – quelque peu modifiée – a donc donné naissance au livre.

Avant de me prononcer sur la pertinence (ou non) de la publication de cette lettre, disséquons le livre. Chimamanda fait des suggestions à Ijeawele sur comment éduquer Chizalum, de sorte qu’elle devienne une jeune femme en phase avec son époque et surtout … féministe ! Le livre reprend quelques-uns des thèmes si chers à Chimamanda dont elle avait parlé dans We should all be feminists, à savoir la prédominance du patriarcat dans la société nigériane (et plus largement africaine), les limites « imposées » aux filles quant aux ambitions qu’elles pourraient être amenées à avoir (surtout d’un point de vue professionnel), le fait de devoir se marier à partir d’un certain âge pour mériter honneurs (s) et respect d’un point de vue sociétal, les tâches ménagères dévolues aux femmes, en lieu et place d’une redistribution des rôles …

Chimamanda conseille à la jeune maman Ijeawele de ne pas se laisser envahir par son nouveau rôle de mère, d’accepter de demander de l’aide, car dans nos sociétés africaines, une femme doit toujours TOUT faire. Chudi, le père doit être impliqué dans l’éducation de sa fille. Un enfant se fait à deux, donc il s’éduque à deux. A l’adolescence de Chizalum, Ijeawele devra trouver les mots pour parler à sa fille de sexe, de sorte qu’elle se sente à l’aise avec ceci, qu’il ne soit pas un sujet tabou et qu’elle sache qu’elle peut tirer du plaisir de son corps. De toutes les quinze suggestions qui parsèment Chère Ijeawele, je dois avouer que ces deux-là, mise à part celle sur la cuisine, qui a déjà fait l’objet d’un article (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/02/08/tu-le-regretteras/), m’ont le plus parlé.

Dans nos contrées africaines, le passage à la puberté d’une fille est moment important, tant dans sa vie, que dans celle de sa mère. Le point culminant de ladite puberté se trouve dans l’apparition des menstrues, qui font de la petite fille de jadis une femme, dans tous les sens du terme. Nous sommes toutes passées par ces phases, durant lesquelles les garçons doivent être évités, eux, l’incarnation suprême du « mal ». J’en rigole encore en écrivant ces lignes. Une bonne communication aurait pu éviter à certaines filles de porter des grossesses précoces et j’en passe. Chimamanda insiste donc sur cet aspect, celui de la communication. Mais avec cette nouvelle génération de parents africains, j’ai espoir.

Quid de la publication d’une lettre entre deux amies sous forme de livre ?
J’ai vu quelques réactions arguant que le ton emprunté par Chimamanda était léger, voire décousu. Je serai tentée de répondre que vu que c’était une discussion entre amicale, il n’aurait pu en être autrement. A la lecture de ce petit livre de 78 pages, j’en suis arrivée à la conclusion que cette conversation privée ne méritait pas d’être transformée en livre. C’est louable de la part de la part de Chimamanda de donner des conseils à Ijeawele sur l’avenir de Chizalum, mais à sa place, j’aurai trouvé inapproprié que des millions de paires d’yeux aient connaissance de certains détails sur sa vie privée : le fait que Chudi et elle aient commencé à avoir des rapports sexuels avant de se marier, sur certains amis de Chudi. Pour résumer, le livre se lit d’un trait, les quinze suggestions se suivent et se ressemblent peu ou prou, mais à l’inverse de We should all be feminists, il ne vient pas révolutionner la pensée féministe contemporaine.

Les expériences maternelles n’étant pas pareilles, chaque enfant se développe et grandit différemment de ses semblables, donc ces quinze suggestions auraient pu gentiment rester dans le domaine du … privé.

Et Chimamanda, j’attends impatiemment le prochain ROMAN !

Bonne lecture.

 

« Ya woni » : hymne à l’amour, l’artiste chante pour sa belle, en magnifiant sa beauté, ses atouts qui l’ont fait fondre. « Ya woni » signifiant la beauté en langue maure, l’artiste confirme encore plus son africanité en s’ouvrant aux autres dialectes des pays voisins du Sénégal.

La vidéo via Youtube par ici : https://www.youtube.com/watch?v=u8MegFOQkeA&spfreload=10
« Ndioukeul » : ce titre éponyme de l’album donne l’occasion à l’artiste de rendre un hommage à tous ceux qui l’accompagnent au quotidien dans ce chemin semé d’embûches qu’est une carrière musicale. On peut de prime abord être dérouté par les noms qu’il égrène tout le long de la chanson, mais c’est fait de façon si mélodieuse que notre oreille s’y accommode.

J’ai reconnu quelques hommes publics parmi ses amis à qui il adresse ce « ndioukeul » : le Colonel Moumar Guèye, Cheikh Bamba Dièye, Malick Gakou, Lamane Massamba Guèye, le Guitté Club de Daara Jolof, DJ Mac … En écoutant cette chanson, le titre de l’album revêt tout son sens, car Abdou Guitté place sous le sceau de la reconnaissance et de l’amitié ce sixième album solo.
« Africa » : sans conteste ma chanson préférée de l’album. Africa est un vibrant hommage à la terre-mère, cette terre qui a vu naître quantité de héros, valeureux hommes qui ont versé leur sang pour que les générations futures puissent vivre en paix. Cette terre, que beaucoup nous envient, réclamant à cor et à cris un bout de cette Afrique violée et spoliée. La Zambie, le Botswana, Madagascar, la Guinée, la Mauritanie, le Rwanda, l’Afrique du Sud, le Sénégal, l’Ouganda, l’Erythrée, la Gambie, le Bénin, la Côte d’Ivoire, autant de territoires qui ne font qu’un, au nom de cette cause qui est à nous tous Africains, la nôtre.

J’espère que cette chanson sera la prochaine à faire l’objet d’un clip. Abdou Guitté si tu me lis …
« Seen Doom » : Abdou Guitté Seck n’a pas usurpé son surnom d’enfant chéri de Saint-Louis. Car depuis qu’il a entamé sa carrière, il ne cesse de clamer haut et fort son appartenance à la ville qui l’a vu naître et grandir, à savoir Saint-Louis du Sénégal, ville séculaire, connue et reconnue pour avoir enfanté des hommes et femmes de culture. A l’image du titre « Ndioukeul », « Seen Doom » est une chanson de remerciement et d’hommage aux amis, parents et souteneurs de la première heure, qui ont accompagné les premiers pas de l’enfant de Saint-Louis, qui sollicite leurs prières, non seulement pour lui, mais aussi pour ceux qui font partie des dignes fils de cette ville centenaire …

« Coono aduna » : toujours dans l’optique du « ndioukeul », l’artiste reprend ici une chanson qui l’a propulsé au-devant de la scène, en l’occurrence « Coono aduna ». Dieu que j’aimais cette chanson ! Je me rappelle que je passais tout mon temps à la chanter à tue-tête, indisposant tout le monde autour de moi.
La vie ne nous fait aucun cadeau. Pour peu que l’on s’accommode des cadeaux qu’elle nous a faits et qu’on dorme sur nos lauriers, Dieu a la faculté de tout nous retirer en un claquement de doigts. Une superbe leçon de vie !

Cette version de « Coono aduna », un peu plus rythmée que la première, n’est pas pour me déplaire.
« Hypocrisie » : en éveilleur des consciences, l’artiste pointe du doigt, dans ce morceau, l’un des maux qui gangrènent la société : l’hypocrisie. Tant de relations, aussi bien amicales qu’amoureuses, volent en éclats à cause de l’hypocrisie qui les sous-tendent. Chaque être devrait revoir son comportement et faire preuve de sincérité en toute occasion.
« Lo geumoul boulko digglé »
« Lo amoul boulko saalé »
« Lo xamoul boulko wakh »
« Nitt dafay mandou »
Tout est dit …
« Mbalit mi » : que l’on soit d’accord ou pas, certaines de nos villes, et en particulier Dakar, croulent sous les ordures. Il n’est pas rare de voir un passant jeter nonchalamment épluchure de banane, emballage ou cracher dans la rue, au vu et au su de tous. Ce comportement est devenu si banal que pour peu que l’on s’en offusque, on passe pour fou ; alors que la salubrité devrait être l’affaire de tous.

J’espère que la présentation de l’album titre par titre vous donnera envie de vous le procurer. L’on sent le travail accompli par l’artiste pour nous concocter un album de qualité. Sans jeter de pierre à quiconque, mais le « mbalax » assourdissant a fini par coloniser nos oreilles et nous ne prêtons plus attention aux projets bien ficelés.

De plus, au moment du lancement de l’album, Abdou Guitté et son staff ont innové en commercialisant l’opus sous forme de clé USB. Dans une époque où les CD se vendent de moins en moins, car le digital a pris la place, cette volonté de se moderniser n’est pas pour déplaire. Reste plus qu’à lui souhaiter de faire une campagne promotionnelle à la hauteur de l’excellence de son nouvel album !

Bon vent l’artiste !
Bonne lecture !

 


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.