Ce que j'ai dans la tête

Ce que j'ai dans la tête (36)

Il est de ces livres sur lesquels le temps n’a aucune emprise et qui, décennie après décennie, accompagnent les (nouvelles) générations et ne prennent aucune ride.

C’est le cas de « Maïmouna », le magnifique roman de Abdoulaye Sadji. Publié en 1958, il fit sensation dès sa parution et fut au programme dans les collèges et lycées du Sénégal. C’est dans cette optique que j’ai eu à le lire. C’était en 1999.

Quelques années après, en 2015. Quelle ne fut ma surprise de retomber sur « Maïmouna » dans les rayons de ma librairie préférée. Cela va sans dire que j’ai reposé le livre que je souhaitais acquérir pour agripper Maïmouna.

Je l’ai d’une traite … L’histoire, les personnages, l’intrigue, tout m’est revenu et mon plaisir de lecture s’en est trouvé décuplé.

Sénégal, dans les années 1930. Yaye Daro, vieille femme du bourg de Louga, vit avec sa fille cadette Maïmouna. De condition modeste, elle vit depuis le décès de son mari des recettes de son commerce de légumes et du pécule mensuel que lui alloue sa fille Rihanna, installée à Dakar avec son mari Bounama, un riche notable.

Maïmouna est une enfant facile, rieuse, au caractère docile, qui évolue sous la tendre coupe de sa maman. Son quotidien est des plus simples : déjeuner avec sa maman Yaye Daro, après une grasse matinée que rien ne trouble, pas même le chant des coqs, toilette minutieuse et à midi, la petite s’en va porter au marché le bol de riz que les collègues de sa mère partageront.

Une routine des plus organisées, en somme … Maïmouna, dont la beauté n’égale que la douceur, se plaît aux côtés de Yaye Daro, qui ne ménage aucun effort à la hauteur de ses moyens pour vêtir et choyer sa petite Maï ; qui chaque fois qu’elle sort, suscite admiration et envie.

Plus le temps passe, plus les lettres de la grande sœur Rihanna arrivent de Dakar, et ont pour principal sujet Maïmouna et la velléité de sa sœur de l’accueillir à ses côtés pour parfaire son éducation et la présenter au beau monde.

La mère fait de la résistance. Mais la chrysalide étant devenue papillon, Maïmouna grandit et se métamorphose en une adolescente taciturne et acariâtre, qui voit son environnement avec des yeux neufs et étouffe en ces lieux auparavant si chéris. La bataille s’engage avec la mère, qui ne veut pas entendre parler du départ de Maï.

La mort dans l’âme, celle-ci partira pourtant.

Une fois dans la capitale, un nouveau monde s’offre à elle. Elle se métamorphose en une parfaite citadine très au fait des tendances, et coachée par Rihanna, sort, rencontre du monde, embellit de jour en jour et ce qui aura pour conséquences de rallonger sa liste de prétendants, tous plus fortunés les uns que les autres.

Au firmament de sa beauté, Maïmouna se fera affubler du sobriquet d’« Etoile de Dakar », et grisée par son succès, croira que rien ni personne ne saura lui résister. L’heure du mariage a sonné, ses hôtes lui trouvent un fiancé en la personne de Galaye Kane.

Mais Maïmouna ne l’aime pas. Elle est amoureuse du beau jeune homme à complet veston noir qu’elle a maintes fois croisé au cinéma : Doudou Diouf. La Responsable, la gouvernante de la maison de Rihanna, jouera les entremetteuses et brisera le destin de cette jeune fille qu’elle a détestée au premier regard, du fait de sa beauté et de l’entente qu’elle a brisée entre sa personne et elle.

Ce qui devait arriver arriva : Maïmouna, enceinte des œuvres de Doudou Diouf, fera le voyage en sens inverse. Louga, qu’elle avait fini par haïr, l’accueillera à bras ouverts et telle une mère, la cajolera et lui réapprendra à vivre et surtout à apprécier les choses … simples.

Abdoulaye Sadji a écrit un roman à forte connotation sociale. Outre la forte dose de manichéisme qui suinte à travers les pages, l’auteur, à travers le regard d’un fin observateur de la société, nous décrit le Dakar d’alors, avec ses us et coutumes, sa subdivision sociale et sociétale. Les nantis font la loi, les nécessiteux font des pieds et des mains pour grimper dans l’échelle sociale. C’est l’époque de l’exode rural, de la (re)découverte de Dakar, haut lieu de tentations, mais aussi de perdition.

Maïmouna en fera les frais …

C’est drôle, mais à la faveur de la relecture de ce sublime roman, j’ai cru parcourir le destin d’une certaine Sakina Bâ.

Vous m’en direz des nouvelles !

Excellente lecture

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Tu le regretteras …

24 Aoû 2017
4600 times

Pourtant quand je me suis mariée, l’un des premiers conseils reçus de mes tatas était d’être un cordon bleu pour Monsieur, qu’il ne devait en aucun cas mourir de faim (mouais comment avait – il fait toutes ces années hein ?). Du coup je me tuais à la tâche pour être cette femme parfaite qui devait maitriser à la perfection tous les plats de maman (et belle – maman).

Mais comme on dit « ndong sama bakén » ba ma yemé ci dieukeur bou am khel lol ». Il savait que je ne pouvais pas toujours être aux fourneaux parce que je travaillais tout comme lui ; il avait des horaires flexibles qui lui permettaient de finir plus tôt que et il prenait du plaisir à cuisiner pour nous. Donc niveau cuisine j’étais sauvée ; je ne risquais pas de le perdre parce que je le tenais pas tout le temps par le ventre.

Sinon plus globalement concernant la séduction, toute Sénégalaise, jeune ou vieille, instruite ou analphabète a ses astuces de séduction. Si certaines les trouvent ringardes, d’autres en ont fait des outils incontournables. Pour ma part béthio, bine-bine, némali et compagnie n’étaient pas forcément nécessaires, le plus important était de rester désirable sans pour autant user de milles et un artifices.

Pour retenir un homme, il n’y a pas que le sexe et la nourriture, c’est un travail quotidien, il suffit tout simplement d’être dans une optique de vouloir améliorer votre relation, chercher à innover, découvrir des choses nouvelles et ensemble. »

Pour clore cette partie sur les avis, j’ai enfin recueilli celui de ML, en couple : « ML, célibataire, peu de talents culinaires. Je sais cuisiner ce que j’aime et quand je m’essaie à de nouveaux plats, il y a des chances que je me rate ou que je m’en sorte pas trop mal. Comme tout le monde non ? Si je comprends bien la question, une femme doit – elle absolument savoir cuisiner, si elle veut être wifey meterial ? Well…

Je vais contourner la question. Je crois que tous, hommes et femmes devrions être capables de cuisiner un minimum, histoire d’être parés en cas de wouyayoye. Après selon mon expérience, j’ai été en couple avec un cordon bleu qui m’envoyait souvent des recettes et pour me faire plaisir cuisinait magnifiquement. Derrière j’ai appris qu’il s’est plaint de se sentir obligé, pauvre chou de devoir cuisiner vu mes piètres talents.

Sinon je ne prends pas ça comme un handicap, de ne pas savoir tout faire de l’entrée au dessert, de la cuisine locale à celle européenne asiatique etc… et je pense (j’espère « foooort ») que je trouverai un jour un homme qui ne cherche pas pour épouse une maman + bonne + bonus bas ventre. Il y a beaucoup de pression sociale sur ce qu’on pense qu’une femme devrait être et je crois qu’il nous revient de ne pas accepter de rentrer dans un quelconque moule et d’être juste nous – mêmes, flaws and all.
Je dois préciser que je trouve absolument sexy de savoir cuisiner. Pour un homme comme pour une femme. Savoir cette chimie, trouver ce qui relèvera ou révèlera le goût je trouve la cuisine très sensuelle et un mec qui cuisine bien, oui ça me fait quelque chose. Messieurs, refusez d’être le macho paresseux qui attend tout de la femme, essayez, ratez-vous, ou si vous vous y prenez mieux qu’elle, apprenez lui, cuisinez ensemble, la vie est courte, vivons ! »
Well, me voilà servie !

Moi qui partais juste pour un article de quelques lignes, j’en ai eu pour mon argent comme on dit … Affaire de femme c’est toujours compliqué. Mais je suis éblouie et contente d’avoir pu recueillir les avis de ces six magnifiques femmes qui chacune avec un parcours (de vie) différent, a bien voulu m’en livrer un peu … Mariée, en couple, divorcée, célibataire, je vois bien que les avis divergent et varient. Dans nos sociétés africaines, et particulièrement sénégalaise, l’on n’a de cesse de seriner aux femmes toute leur vie durant qu’un homme on le tient « par le ventre et le bas ventre … » Combien de femmes réputées être des cordons bleu se sont vues larguées du jour au lendemain par une petite jeunette ne sachant pas distinguer un four à micro-ondes d’un balai. J’extrapole un peu en disant cela, mais c’est juste pour m’appesantir sur le fait que certaines femmes placent la cuisine en plein cœur de leur arsenal de séduction, mais je pense que ce n’est pas une fin en soi. Entendons – nous bien, je respecte mes moroom mariées qui sont de véritables chefs dans la cuisine, mais there’s more than that pour construire et faire durer un mariage !

Je me moque souvent de moi – même en me définissant comme un cordon bleu « turquoise », pour mettre des mots sur ma nullité culinaire. J’ai toujours préféré les livres à la cuisine, et jusqu’ici je n’ai jamais eu à le regretter … Je crois qu’il faut faire sortir la femme de ce paradigme affaiblissant qui la cantonne à son rôle de cuisinière. Et comme dit plus haut par une de mes six interviewées, il faut cultiver la complémentarité …
Et vous, qu’en pensez – vous ?

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Pour revenir sur le sujet, je suis célibataire et j’adore cuisiner. J’aime inventer des recettes en fonction du contenu de mon frigo. Par contre, je me vois mal passer des heures dans la cuisine pour mon futur mari et encore moins être la seule à cuisiner. J’ai discuté avec des femmes mariées dont une qui a divorcé, et elle me disait qu’elle passait sa vie dans la cuisine à faire à manger tous les week – ends alors que la semaine, elle bossait tout comme son cher époux et que les seules fois où elle profitait de son homme c’était dans le lit et encore … Et que si c’était à refaire, elle ne le referait jamais.

Je pense que les tâches doivent être réparties en fonction du temps et non des aptitudes. Même si monsieur est nul en cuisine, il pourra se rattraper avec des mets moins élaborés, mais juste histoire de ne pas rentrer dans une routine, qui à la longue devient merdique.

Je prends l’exemple de mon beau – frère. Avant de venir vivre en Amérique, il n’avait jamais utilisé une marmite. «Malheureusement», il a épousé une femme qui ne sait pas cuisiner donc, vu qu’il aime la bonne bouffe, il a été obligé d’apprendre et aujourd’hui c’est un chef (thiebou djeun, thiebou yaap, nems … tout ce qu’il fait est un régal) ! Donc l’histoire de tenir un homme par le ventre, it’s bullsh*t ! Je ne sais pas encore où je vais avec l’homme que je fréquente actu, mais je sais une chose : j’ai mis les points sur les i dès le départ et il dit aujourd’hui qu’il voudrait apprendre à faire la cuisine avec moi … Certains crieront que je suis comme ça car je suis «occidentalisée», but NO …

J’ai grandi dans une famille où ma mère faisait rarement à manger (car il y avait, dans le pire des cas où la bonne n’était pas là, mes tantes). Elle préférait jardiner ou ranger (elle est une maniaque du rangement). Mon père, quant à lui, aimait aller chercher du poisson frais et faisait du laak djeun wala pepe soup. Et tout le monde se régalait. On préférait même manger ça qu’un thiebou djeun !! »

FS, célibataire, dit : « Tout d’abord je me présente : j’ai 28 ans, je vis en France depuis 2007 et je suis célibataire. Quand j’étais plus jeune et que j’habitais au Sénégal, j’avais l’habitude de cuisiner durant les week – ends. Je n’ai jamais été un As et je n’aime pas passer des heures à cuisiner. D’ailleurs mes frères n’étaient presque jamais ravis que je prépare le repas du jour mdr ! Lorsque je suis arrivée en France, je faisais la cuisine à la même fréquence, c’est-à-dire durant les week-ends (parfois 1 week-end sur 2). C’était vraiment en fonction de mes envies. Le reste du temps, je me contentais des repas du restau U ou des fast-foods, des restaurants sénégalais … Avec le temps, ça n’a pas changé. Aujourd’hui, je cuisine uniquement si l’envie se présente (maximum 3 fois par mois lol) et je ne prépare que des plats très simples et rapides (kaldou, fajitas, pâtes, crêpes, omelettes …).

Durant les périodes où j’ai été en couple, l’idée de devoir faire la cuisine tous les jours pour garder mon copain ne m’est jamais passée par la tête. Je ne suis pas sa mère, ni sa servante, ni son esclave. Je pars du principe que quand je rencontre un homme, il se rendra compte très rapidement que je n’aime pas cuisiner et qu’en règle générale, personne ne peut me forcer à faire quelque chose. Il aura deux choix : m’accepter comme je suis (nulle en cuisine) et reconnaître mes autres talents, ou partir, aller voir ailleurs sa bonne cuisinière !!!

Le nombre de fois où on m’a dit « Je ne te vois pas vivre avec un Sénégalais, car les Sénégalais tiennent vraiment à ce que leur femme sache cuisiner et qu’elle le fasse tous les jours « Sougniou ma thii diokhone xaliss kone nékeu na millionnaire ». Le plus souvent je n’ai absolument pas envie de répondre et ma réponse risque de déplaire lol. Si je veux rester correcte je réponds simplement : eh ben soit, heureusement qu’il n’ y’a pas que des sénégalais sur cette terre !

Heureusement qu’il y a des hommes qui aiment cuisiner, pour eux, leur entourage et leur chère épouse. J’espère tomber sur un comme ça, par ce que moi aussi j’aime être servie. Bah oui il n’y a pas que les hommes qui aiment ce service. Je ne sais pas cuisiner et je n’en suis pas moins une femme. De plus si je le veux et lorsque je l’aurai décidé je pourrais tout simplement apprendre. Combien de femmes n’ont jamais su cuisiner avant d’être mariées? Des milliers, j’en suis sûre ! »

CGG qui est mariée, a cet avis : « Alors pour moi la question ne pose pas : quand on aime cuisiner, le faire pour soi ou pour son mari est une chose tout à fait normale.
Étant une femme mariée et vivant à l’étrange, de surcroît sans cuisinière pour le faire à ma place, sans traiteurs à ma disposition et ne pouvant pas me permettre de manger dehors tous les soirs, entrer dans ma cuisine , me concocter un bon petit plat pour moi et pour mon mari, le partager à table ou autour d’un bol, reste pour moi un moment privilégié. Il ne s’agit ni d’une contrainte ni d’une corvée, c’est un plaisir que je m’accorde et savoir ma cuisine appréciée m’est tout aussi agréable. Par contre, je reste persuadée qu’il ne s’agit pas là d’un critère pour se marier et encore moins la clé pour la réussite d’un mariage. »

MM, qui a une fois été mariée, m’a confié ceci : « MM 33 ans divorcée (pas parce que je ne cuisinais pas lol) J’ai eu la chance de tomber sur un ces hommes qui adorait cuisiner pour sa femme et pour qui la place de la femme n’était pas qu’à la cuisine.

Quand je n’ai rien à faire et beaucoup de temps à « tuer », j’aime bien me poser (dans un café ou en plein air, c’est selon), lire (ou faire semblant de lire, hahahhahaha ça m’arrive aussi), observer les gens autour de moi, m’imprégner de leurs conversations, et ceci permet de constituer une matière pour mes écrits, que ce soit dans ma petite bulle ou les écrits romanesques … En atteste ce post. Vous me comprendrez mieux avec les lignes qui vont suivre.

J’étais donc tranquillement installée ce jour – là dans l’un de mes salons de thé favoris au centre – ville, sirotant mon Coca et picorant dans mon assiette de salade quand deux jeunes femmes firent leur entrée. L’une un peu enrobée, ventre de femme enceinte bien en évidence, alliance à l’annulaire gauche, bijoux en or scintillants en cette fin de journée. La femme sénégalaise dans toute sa splendeur en somme … Celle qui l’accompagnait n’en était pas moins joliment mise, mais aucune alliance ne brillait à son doigt. Une femme mariée et une autre pas mariée. La discussion promettait d’être intéressante. Comme en écho à mes pensées, elles s’installèrent non loin de moi.

Avant même que le serveur ne vienne prendre leurs commandes, elles se lancèrent dans un débat animé, comme s’il avait été commencé avant leur arrivée en ces lieux. Et parmi le flot de mots qui sortaient de leurs bouches, les mots cuisine et conjoint revenaient souvent. Je tendis l’oreille. Mais quoi, on en apprend des choses en écoutant les personnes autour de nous, non ?
La mariée soutenait mordicus qu’une femme digne de ce nom se devait de faire la cuisine pour son cher époux, car un homme tenait à ce que sa femme maîtrise l’art culinaire. De plus, ajouta-t-elle malicieusement, « un homme, on le tient par le ventre et le bas-ventre ». Donc, en sus des galipettes sous la couette, la femme devait être un cordon bleu. Que diraient les amis du mari ou sa famille s’il s’avérait que sa femme ne savait pas cuisiner ?

La non-mariée, la fureur déformant ses traits, soutenait mordicus le contraire. Une femme se devait d’être tout sauf une bonne à tout faire, servant uniquement à faire la cuisine et à satisfaire son seigneur d’époux. Qu’elle sache cuisiner ou pas, son mari ne devait pas en faire un problème et cela ne devait pas être une condition sine qua none pour la sauvegarde de son mariage ! Ce à quoi son amie répondit que si elle ne prenait pas des cours de cuisine avant de trouver chaussure à son pied, elle le regretterait amèrement !

Les deux amies quittèrent les lieux sur ces entrefaites, n’ayant pu trouver de terrain d’entente, chacune campant sur ses positions. Leur conversation me donna envie d’écrire ce post, et avant de me prononcer sur cette épineuse question, j’ai voulu donner la parole à six femmes : SN, AD, FS, CGG, MM et ML. Chacune d’elles, en fonction de sa situation matrimoniale et de son expérience, m’aura livré ses impressions.

SN, mariée et mère d’un petit garçon, m’a confié ceci : « Etant moi – même une passionnée de cuisine, j’aurai pris le rôle de la femme mariée au cours de cette conversation mais les idées de son interlocutrice n’en sont pas moins fondées.

Mon mari, un homme mal nourri (bon allez j’exagère un peu lol) célibataire vivant chez ses parents, n’a pas eu la possibilité de découvrir certains bons plats car comme toute famille sénégalaise, les trois repas se résument comme suit : petit déjeuner (pain thon, beurre, chocolat), déjeuner (tiep, tiep, tiep), dîner (sauce, fritures de poisson, viande en sauce). Au cours de nos toutes premières conversations, j’ai découvert quelqu’un qui aimait la bonne cuisine, et personnellement c’était devenu sans le faire exprès mon point fort, mon arme de séduction.

Aujourd’hui nous sommes mariés, et monsieur ne mange jamais ailleurs, son excuse « sama lokho diabar mo saf mdrrr ! » Et c’est toujours mon point fort même quand on est fâchés (ce qui arrive dans les couples) il ne peut se contenir devant même une simple omelette espagnole ; il terminera toujours son repas par un « madame sa réér bi nékhna barina, dama khamoul nouméy déf sans toi, ya bakh ci sama biir bi ».

Et c’est le plus beau compliment qu’un homme ou plutôt que mon homme puisse me faire. Qui n’aime pas les compliments? C’est toujours un plaisir pour moi de satisfaire les envies culinaires de mon époux. Même étant une femme active, je rentre parfois très tard mais je lui cocotte mes bons petits plats avec le même défi tous les jours : lui faire découvrir de nouvelles saveurs. En trois ans de mariage, jamais ma domestique n’a cuisiné pour mon mari, et j’en suis fière. Ma grand-mère m’a dit un jour (elles le disent toutes d’ailleurs) l’homme a deux plaisirs : celui du ventre et celui du bas-ventre, si tu arrives à le satisfaire au moins sur l’un des deux, dis – toi que ta mission d’épouse est remplie à 50% ! Je fais partie de ce groupe de jeunes femmes mariées qui ont expérimenté les conseils de grand – mère et qui approuvent à 1000%. »

AD, en couple, pense ça sur la question : « Personne ne m’a appris à faire la cuisine. C’est une passion qui est née en regardant les dix mille magazines de ma mère (Femme Actuelle, Voici) et même dans les Picsou, il y avait toujours une recette dans les dernières pages. Idem pour mon frère, qui a entendu toutes les railleries possibles quand il allait faire son petit marché dans les boutiques du quartier. Aujourd’hui vivant seul avec ma mère, il est en charge de faire à manger.

 

L’homme à fleurs, Ibou

19 Aoû 2017
3189 times

Ma mère a toujours eu la main verte … Donnez – lui un lopin de terre aride et grincheux, qui ne veut rien laisser pousser, elle vous le transformera en un jardin où se pressent diverses variétés fleuries. Le jardinage, c’était son truc … Toujours d’ailleurs … Je n’ai jamais pu comprendre cette passion qu’elle avait … Il fallait la voir affublée de sa robe chasuble les samedis, sécateur et arrosoir en main, prendre soin de ses fleurs et autres plantes. C’était durant ces moments que le mot « passion » revêtait tout son sens. Car sa concentration montrait à quel point elle était passionnée par ce qu’elle faisait.

La zone où nous habitions était bordée de vendeurs de terreau, d’embryons de plantes où l’on pouvait trouver son bonheur. Et ma mère ne s’en privait pas … Rien ne lui plaisait plus que de s’arrêter devant ces abris, marchandant et conversant avec les vendeurs qui prenaient tout leur temps pour lui détailler les nouvelles variétés reçues, de sorte qu’elle puisse faire son choix …
J’abhorrais ces instants. Car imaginez – vous qu’au retour de l’école, fourbue et impatiente de rentrer à la maison et déguster le bon plat de ceebu jëën qui m’attendait. Mais au lieu de quoi, ma mère prenait tout son temps à parler fleurs. Je rongeais mon frein et prenais mon mal en patience, plongée dans un livre. Est – ce que j’avais le choix ? Revenue dans la voiture, elle me montrait ses dernières trouvailles … Et là, je faisais mine de m’extasier devant les cactus, les roses, les jonquilles qu’on allait planter à la maison.

Elle était la seule à s’en occuper, car ni mon frère, encore moins moi-même n’avions la « main verte ». Hors de question donc, en petits citadins effrontés que nous étions de passer nos week – ends tant attendus à sarcler, bêcher, planter et arroser … C’est ainsi que maman revint d’une de ses pérégrinations champêtres flanquée d’un jeune homme gringalet au teint clair comme une mangue trop mûre. En sus de la pâleur de son teint – chose que l’on remarquait en premier chez lui -, Ibou était d’une extrême timidité. Ma mère nous avait demandé de le mettre à l’aise, mais il était renfermé comme une huître, et ne se déridait qu’au contact des plantes. Car maman et lui partageaient la même passion …
Intriguée, je le regardais, perchée au balcon, soigner avec amour, poser des attelles, couper les mauvaises herbes, le dos courbé et la sueur perlant de son front. Mais aucun mot ne sortait de sa bouche …

Il a fallu que mon frère fasse le pas vers lui pour qu’il commence à parler. Timidement, puis de plus en plus souvent. Jalouse, je voulais faire partie de leur clan. Je trouvais la parade. Quand Ibou venait, je m’asseyais ostensiblement en travers de son chemin, de sorte qu’il était obligé de m’adresser la parole, au risque de me passer sur le corps. C’est ainsi que nous commençâmes à discuter.

Il me parla de sa famille à Guédiawaye, dans la banlieue dakaroise, de sa mère qui avait des soucis de santé, de son père décédé, de ses frères et sœurs en bas âge, de son statut d’aîné, du fait qu’il avait arrêté ses études pour pouvoir subvenir aux besoins familiaux … Rien qu’à entendre son élocution et les mots recherchés qu’il employait, l’on sentait que Ibou aimait apprendre … Je commençais à lui passer des livres quand il venait travailler. Le bonheur qui se lisait dans ses prunelles n’avait pas de prix. On eût dit que je lui offrais des lingots d’or ! J’exagère à peine en disant cela … De sa voix fluette, il me disait « Dieureudieuf Ndèye Fatou, ya bakh ! » et s’en allait …

Quelle ne fut notre surprise quand Ibou nous annonça qu’il avait assez économisé et souhaitait nous quitter … pour émigrer en Italie. Ma mère tenta de l’en dissuader, mais sans succès ; lui promettant de lui faire reprendre ses études, car sachant qu’il aimait « ça » et qu’il y avait un avenir tout tracé. Mais rien n’y fit …

La mort dans l’âme, nous le laissâmes partir et n’eûmes plus de nouvelles de lui … Depuis lors, je ne regardais plus les fleurs de la même façon. Je ne pouvais voir un jardin sans me remémorer Ibou. Pourquoi ? Je ne saurais le dire. Toujours est – il que ce jeune homme m’a marqué à vie, de par son ambition, son dévouement à sa famille et son envie de réussir. J’espère que là où il est, il est heureux et qu’il a accompli tout ce qu’il rêvait d’accomplir.

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Se définissant comme Niodioroise, Strasbourgeoise et Sénégalaise, Fatou Diome pense aussi à ceux qui sont en Afrique et dont le but ultime de l’existence est de venir en Europe, à la recherche d’une meilleure existence. Les gouvernements africains ont failli dans leurs politiques d’éducation, et cette bombe à retardement qu’est la jeunesse africaine se cherche …

« Or, le seul moyen de décourager l’immigration clandestine, c’est d’assainir les ressources locales, de consolider le système éducatif affaibli par le manque chronique de moyens. Quiconque prétend que l’Afrique n’a pas de retard de développement à rattraper n’exprime en fait que son propre complexe d’infériorité et, pire, se vautre dans le populisme (p.116 – 117). »Assurément, mon extrait préféré de Marianne porte plainte ! Tout est dit … Fatou Diome mise beaucoup sur l’éducation et n’hésite pas à marteler ses mots pour se faire entendre, en atteste cet autre passage : « Face à toute obscurité, je chercherai toujours l’issue de secours dans l’éducation, parce qu’elle seule libère l’individu de ses propres limites pour lui offrir le monde (p.123). »

Comme je l’ai dit à l’entame de l’article, la lecture de Marianne porte plainte a été une lecture laborieuse. Page après page, Fatou Diome, à la manière d’un rappeur délivrant des punchlines, assène des vérités et se dévoile (un peu trop?), revenant sur son parcours d’immigrée, qui faisait des ménages pour payer ses études après son divorce, faisant des allers – retours entre Niodior et Strasbourg en passant par Dakar, et c’est là où le bât blesse. Son talent d’écriture n’est plus à prouver, sa versatilité scripturale est remarquable, car sa plume s’adapte à tous les styles et nous surprend à chaque fois, mais j’ai eu comme l’impression que l’auteure cherche à tout prix à montrer qu’elle en a dans la tête, qu’elle est l’archétype de l’immigrée qui a réussi, qu’elle peut désormais se mesurer aux blancs, et cette érudition écrasante et parfois répétitive peut … ennuyer par moments. C’est le propre des essais, ils doivent fourmiller de références, mais si l’auteur (e) n’y prend garde, il peut fatiguer son lecteur.

Parlons – en de ces références ! Ériger le Général de Gaulle, Montesquieu, Léopold Sédar Senghor ou encore Voltaire en modèles de vertu et de tolérance, m’a fait tiquer. Tous ces quatre ont à un moment ou à un autre de leurs existences d’hommes politiques ou d’hommes de lettres eu à poser des actes exécrables et je pèse bien mes mots. Voltaire, éminent philosophe du Siècle des Lumières, ne disait – il pas dans Le traité de métaphysique (Kehl Editions, 1734) que « Les blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres ».Donc, vouloir faire table rase de tout ceci et les ériger en modèles, je suis désolée, mais c’est non !

Elle le redit ici : « Il est grand temps d’assumer, de pacifier le passé, tout notre passé, de s’accorder un respect mutuel, sans quoi point de fraternité (p.58) ». Elle avait tenu peu ou prou les mêmes propos lors d’une émission de France 2, et ça m’avait fait tiquer une fois de plus. Pacifier les mémoires, faible table rase du passé, dans un contexte où les anciens combattants et tirailleurs sénégalais exigent encore réparation? J’en doute fortement !

J’ai eu à l’évoquer dans les premiers paragraphes de cet article, en disant que Fatou Diome est devenue une « bonne cliente » des médias, ce qui en soi, est superbe, car rien de meilleur pour un écrivain que d’être médiatisé et de recevoir l’attention qui sied à son travail d’écriture, mais quand le discours évolue pour se fondre dans le ciel bleu azur de la bien-pensance, il y a problème ! Je ne sais pas si c’est fait à dessein ou non, mais Fatou Diome devrait y prendre garde !

Ce qui n’enlève en rien son grand talent et sa plume extraordinaire ! Pour apporter une note finale à cette review sur Marianne porte plainte, je dirais que ce fut une lecture nécessaire, mais qui au final, n’a pas révolutionné ma manière de voir le monde, malgré quelques piques et phrases choc !
Bonne lecture

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Depuis que je l’ai terminé, il y a déjà plusieurs jours, je repousse l’écriture de ma review sur Marianne porte plainte. Pourquoi? Pour deux raisons principalement. D’abord, parce que je n’avais pas les mots pour expliquer mon ressenti, ensuite parce que ce fut une lecture laborieuse, comme rarement cela m’est arrivé. A la manière d’un athlète qui court durant un marathon, et arrivé à la ligne finale, s’écroule et a de la peine à retrouver son souffle. Il m’a fallu donc reprendre mon souffle pour pouvoir écrire ce post.

Depuis la parution de son premier opus en 2003, Fatou Diome est devenue l’auteure ès (im) migration, car le Ventre de l’Atlantique est paru à un moment où l’immigration connaissait un grand boom. Les habitants des pays en développement affluaient en masse vers les pays d’Europe. Elle, jeune femme sénégalaise qui avait quitté son île de Niodior natale pour suivre son mari strasbourgeois, représentait alors une « bonne cliente ».Un divorce puis une thèse de lettres modernes plus tard, elle revient dans cet ouvrage mi – fiction, mi – réalité, avec un humour caustique, sur cette immersion en terre française.

Depuis, sa carrière n’a cessé de prendre de l’ampleur. Auteure de plusieurs ouvrages dont mes préférés sont Celles qui attendent, La préférence nationaleet Impossible de grandir, Fatou Diome (nous) séduit à chaque nouvelle parution avec sa prose à nulle autre pareille et son sens de la formule si particulier.

Après l’avoir croisée à Livre Paris 2017 (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/04/09/pavillon-des-lettres-dafrique-livre-paris-2017/), et avoir assisté à une table ronde durant laquelle elle revenait sur le pourquoi du comment de l’écriture de cet ouvrage, je me le suis procuré. Je l’avoue, j’ai acheté le livre plus parce qu’il était écrit par elle que parce que je m’affilie à Marianne. Dans un monde de plus en plus cloisonné, où l’on nous étiquette en fonction de notre couleur/race/origine, les questions d’identité me rebutent un peu. Un séjour d’une décennie en France avec son lot de joies, de peines et de déconvenues a achevé de me faire prendre conscience de qui j’étais. Installée à Dakar maintenant avec de fréquents séjours en Hexagone, la question du racisme « anti – blanc » ne me parle guère … Je m’amusais à chaque fois des diatribes enflammées de mes congénères (que ce soit dans mon école post – prépa ou dans les différentes structures où j’ai exercé), qui pestaient contre ces toubabs qui leur en faisaient voir des vertes et des pas mûres, je leur répondais, stoïque : deukouleen fii …

Comprenons – nous bien : je respecte et comprends le choix de ceux qui choisissent de vivre et de faire carrière en France, mais à chacun (e) ses combats et l’étiquette de l’immigré (e) est si collante parfois que je comprends leur désarroi.

Marianne porte plainte ! Cette phrase revient à chaque fin de chapitre, brutale, sèche, telle un uppercut asséné en plein estomac au moment où l’on s’y attend le moins. Comme à chaque fois lorsque des élections présidentielles se profilent en France, les relents nationalistes (re) font surface et « casser » de l’immigré est la bonne vieille stratégie qui marche, surtout pour le (tristement) célèbre parti d’extrême droite, le Front National. Surnommée la Marine Marchande de Haine par Fatou Diome, Marine Le Pen en prend pour son grade tout le long des pages, de même que François Fillon, affublé du sobriquet de François Fions – Nous A Dieu. Marine Le Pen est la femme à abattre, car elle va à l’encontre des valeurs de tolérance et d’ouverture qui sont les sôcles de la nation française.

Fatou Diome, tout au long des 140 pages de Marianne porte plainte, solde des comptes : avec sa « sorcière » de belle – mère strasbourgeoise qui ne l’a jamais aimée, avec des membres de sa famille qui lui intimaient l’ordre de se taire, car en sa qualité d’enfant bâtarde, fruit illégitime des amours non officielles de ses parents, elle devait faire profil bas. Deux personnes cependant trouvent grâce à ses yeux, ses grands – parents qui lui ont tout appris.

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Lire un (nouvel) ouvrage d’Aminata Sow Fall est toujours un évènement. Celle qui, avec Mariama Bâ, est l’une des précurseurs des lettres sénégalaises, que dis-je africaines, a une plume extraordinaire et nous entraîne à chaque publication dans son univers.

Sa bibliographie est riche : « L’appel des arènes », « Le revenant », « La grève des bàttu », « Un grain de vie et d’espérance », « L’ex-père de la nation », en passant par « Douceurs du bercail » et « Les festins de la détresse », pour ne citer que ceux-là, nous avons grandi avec ses livres, car certains d’entre eux étaient au programme dans les collèges et lycées francophones, et d’autres adaptés au cinéma.

Donc, l’on voit que la renommée d’Aminata Sow Fall n’est point usurpée. Son œuvre défie le temps et l’espace et conquiert les cœurs. Raison pour laquelle l’Académie Française lui a décerné, entre autres distinctions, le Grand Prix de la Francophonie pour l’ensemble de son œuvre en 2015. Partie du Sénégal (son premier roman, « Le revenant », paraît aux Nouvelles Editions du Sénégal – NEAS – en 1976), elle est traduite dans près de dix-neuf langues et est étudiée dans quantité d’universités de par le monde.

Quand j’ai vu l’annonce de la parution de son nouveau roman, j’étais toute excitée. Et pour cause … Son dernier livre, « Les festins de la détresse » (Editions Caec Khoudia, Alliance des éditeurs indépendants, 2005), est paru il y a douze ans déjà. Depuis lors, elle a certes écrit des nouvelles, et a été invitée à des conférences un peu partout, mais aucun livre n’est paru.

Douze ans que nous patientions …

Présenté à Keur Birago, le siège de l’Association des écrivains du Sénégal, la cérémonie de dédicace de « L’empire du mensonge » refusa du monde. Admirateurs, consœurs et confrères, journalistes, amis, famille, ils étaient tous là pour communier avec la grande dame de lettres (https://africulturelle.com/2017/05/25/hommage-a-aminata-sow-fall-par-ndeye-fatou-kane/).
L’empire du mensonge … Rien que le titre intrigue et donne envie d’en savoir plus.

« Jadis honni, vomi, dégradant, considéré comme la mère puante de toutes les formes de décadence morale, le mensonge, doucement, longuement, sûrement, s’est insidieusement ancré dans les habitudes (page 125) ».

Le mensonge fait tellement partie de nos mœurs qu’un ambassadeur, au soir de sa mission dans notre pays, remercie tous ceux qui ont concouru au bon déroulement de sa mission et regrette de devoir partir. Il loue le pays qui l’a accueilli durant toutes ces années, et magnifie la beauté de ses femmes, mais surtout des femmes… authentiques. Comme si celles-ci vivent dans un perpétuel mensonge en s’inventant une beauté dont elles sont loin, pénalisant les femmes qui ont conservé leurs attributs authentiques.

Piquée au vif, jusque dans sa chair de femme par les propos de l’ex-ambassadeur Borso mettra sur pied une pièce de théâtre intitulée « L’empire du mensonge ». Parce qu’elle est comme ça, Borso. Entière, vraie, dénuée de faux-semblants, croyant fermement en ces valeurs que lui ont inculqué Yaay Diodio et Mame Fara Diaw, ses nobles parents. Tout comme sa jumelle Yacine et leur amie d’enfance Coumba, elle avance dans ce grand tourbillon qu’est l’existence la tête haute et le regard braqué droit devant elle.

Avec Sada, le mari de Yacine, et ses amis Boly et Mignane, sans oublier Diéry, la mascotte du groupe, ils forment une bande de jeunes gens qui se disent la vérité en toute occasion, croyant fermement que l’honnêteté est une valeur indémodable. Raison pour laquelle lorsque Sada s’écarte un tant soit peu de ce chemin, sa bande d’amis n’hésite pas à le lui faire comprendre. Car son honorable aïeul Serigne Modou Waar est connu et reconnu pour son érudition, mais aussi pour sa droiture.

Sada grandira dans une petite bicoque à l’ombre des filaos près de la décharge publique, et épaulé par Taaw et leur père Mapaté Waar, se battra pour s’en sortir malgré les vicissitudes de l’existence et un mépris dû à ses origines modestes.

Aminata Sow Fall écrit encore une fois un roman magistral, dans son style bien à elle, fait de fluidité (j’ai lu livre en 24h!), d’un brin de philosophie à travers les expressions wolof qui parsèment l’ouvrage, mais aussi de leçons de vie. En nous dépeignant la trajectoire de Sada, obligé de revendre de la ferraille pour subsister, elle met en lumière les laissés pour compte, les « petites » gens qui font tellement partie de notre quotidien qu’on finit par ne plus les voir.

De plus, la soif de richesses, le désir des hommes de s’élever socialement en bradant au plus offrant honneur et dignité, sont autant de facteurs qui font que le mensonge s’est solidement ancré dans nos mœurs et l’auteure, avec « L’empire du mensonge », le (dé) montre avec brio.

L’empire du mensonge, à lire et à faire lire !

Bonne lecture !

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.