Enfants, ils ont partagé les jeux, les fous rires, les larmes, parfois la même chambre. Adultes, les demi-frères se jalousent, s’ignorent ou se déchirent. Entre amour et haine, la rivalité pollue les liens sociaux.

Dans la Bible, le premier meurtre est un fratricide. Caïn assassine son frère Abel dont il est jaloux. La psychanalyse utilisera son nom, « le complexe de Caïn », pour désigner cette volonté inconsciente de tout aîné de prendre le dessus sur son cadet. Pourquoi les rivalités fraternelles restent elles aussi vivaces, longtemps après l’enfance ? Pourquoi les relations  entre demi-frères et sœurs sont-elles si rarement sereines même devenus adultes? À plus de 60 ans, deux demi-frères, que nous appellerons Amadou et Samba, ont décidé de vendre la maison de famille dont ils ont hérité. Aucun de leurs enfants respectifs ne peut l’entretenir et ils ont trouvé un acheteur prêt à la payer un bon prix. C’était sans compter avec la rivalité qui les ronge encore. Le jour de la signature de la promesse de vente, l’un s’est ravisé sans prévenir l’autre, faisant ainsi capoter l’affaire. Lui n’étant pas dans le besoin, il n’en a cure que la maison soit vendue ou pas. Ce qui n’est pas le cas de l’autre qui voulait, avec cet argent, faire des investissements supplémentaires sur le commerce de ses enfants. Ces derniers traversent en effet une mauvaise passe. L’intérêt de ses propres enfants n’a pas pesé face à l’irrépressible envie de nuire à son frère. Une envie qui lui restera probablement chevillée au corps jusqu’à la tombe. Cette situation est une illustration parfaite des relations parfois cahoteuses qui surviennent au sein des familles polygames. En effet, ceux qu’on appelle communément «Domou Baye» ou demi-frères entretiennent parfois des relations de rivalité souvent héritées de leurs mères coépouses.

« Le processus de fabrication des rivalités fraternelles est bien connu : frères et sœurs se disputent avec acharnement l’attention et l’exclusivité de l’amour des parents, et ils se sentent forcément spoliés ou volés par l’autre », affirme Amadou Guèye, 45 ans, qui a grandi dans une famille polygame. « Une dynamique relationnelle qui se prolonge très souvent à l’âge adulte et qui peut s’exprimer de manière très violente. Tout simplement parce que l’inconscient ne connaît pas le temps », développe Amadou Guèye. Quelque chose en nous reste ce petit enfant qui revendique sa place et sa part de l’amour parental, poursuit-il. Cette reconnaissance que nous avons tant voulu voir dans le regard de notre père ou de notre mère, nous l’espérons de toutes sortes « d’objets de substitution ». Mais ces derniers restent bien faibles face à nos frères et sœurs, ces véritables acteurs de notre enfance, ajoute-t-il. Dame, 35 ans, dit avoir ainsi demandé à sa demi-sœur aînée, « richement mariée », de lui prêter sa voiture pour un week-end. Celle-ci l’a injurié : «Tu es un raté et tu n’as même pas de voiture !» Cette violence l’a laissé stupéfait, puis il s’est interrogé. Qu’est-ce qui se jouait là de leur enfance ? De quelle affection bancale la voiture est-elle la métaphore ? « À ma sœur on a enseigné l’obligation d’avoir ; à moi on a laissé le luxe d’être. Et c’est ce qu’elle m’envie, aujourd’hui encore », évoque-t-il. « Parfois, ce sont les parents qui, inconsciemment, attisent les rivalités entre leurs enfants, et se servent d’eux pour continuer à rejouer celles qu’ils n’ont pas su dépasser avec leur propre fratrie », souligne Dame issu d’une famille polygame.

Certaines familles polygames résistent à la rivalité
Les rivalités entre frères et sœurs qui se partagent l'amour des parents au sein de la famille sont une chose, les rivalités entre frères et sœurs une fois devenus adultes en sont une autre. Une fratrie qui ne connaît pas de querelles n'existe pas. Les disputes ont leur utilité : elles donnent l'occasion à l'enfant de se confronter à ses pairs. Reste que lorsque les conflits entre frères et sœurs s'installent durablement et deviennent un mode relationnel à part entière, il faut chercher à savoir pourquoi, prévient Amadou Guèye qui a grandi dans une famille polygame.

Saidou Diagne, 70 ans, capitalise 42 ans de mariage. L’homme a très tôt fait le choix de la monogamie. Un choix qu’il a du reste pleinement assumé. Ce père de famille qui a plusieurs enfants dit ne guère regretter son orientation. « Je n’affirme pas qu’il n’y a pas de problèmes au sein de ma famille. Bien que mes enfants soient de même père et de même mère, il arrive couramment qu’ils aient des difficultés entre eux. Des rivalités entre frères et sœurs, il n’en manque pas », souligne-t-il. Parmi les motivations de son choix, M. Diagne relève avoir à plusieurs reprises vu des familles s’entredéchirer du fait que leurs mères sont coépouses. D’autre part, relève-t-il, mon père était monogame. Ce qui du reste était très rare à l’époque pour un homme qui avait pourtant tous les moyens d’entretenir jusqu’à quatre femmes. Ce choix avait du positif, pense-t-il savoir. « Quelle que soit la lourdeur du problème, nous parvenions à les surmonter dès que notre mère nous appelait en réunion pour mettre les points sur les i », souligne-t-il.

Pour Samba Guèye, 50 ans, il était inadmissible de demeurer monogame. C’est comme qui dirait il l’a dans les veines. « Dans mes rêves les plus fous, je ne me suis jamais vu monogame », relève-t-il. C’est un choix doublé de motivations familiales, estime-t-il.

Selon lui, ses pères et oncles sont tous polygames, il n’était dès lors pas question pour lui de passer pour « l’exception » de la famille, relève-t-il. Malgré son relatif jeune âge, l’homme a trois épouses. Les deux premières habitent ensemble tandis que la dernière habite dans une autre maison. Quid de ses enfants ? Il promet que c’est la bonne entente qui règne. « Je ne badine pas avec cet aspect. L’entente et la cordialité qui doivent régner dans les rapports qu’entretiennent mes enfants comptent par-dessus tout », assure-t-il. « Mes épouses peuvent d’un moment à l’autre partir, elles sont juste tenues par les liens de mariage. Par contre,  mes enfants partagent le même sang. Ils sont des frères pour la vie », souligne-t-il. Son astuce consiste à réunir le plus possible ses enfants. Durant les fêtes par exemple, toute la famille se retrouve pour passer ces jours ensemble. Le plus âgé de ses enfants a 20 ans et la petite dernière trois ans. Samba soutient toutefois qu’une entente cordiale règne au sein de sa famille.

La rivalité entre demi-frères peut également être le déclencheur d’une ambition saine. Sabeh Sène, devenu ingénieur informatique, raconte son histoire. « Avec mon demi-frère de même père, nous étions dans la même école. Nous avons le même âge, donc étions inscrits au même niveau. Il n’était pas question que l’un dame le pion à l’autre dans les résultats scolaires.

C’est dans cette ambiance nous avions des années durant évolué. J’étais toujours le premier de ma classe, lui aussi pareil », se rappelle-t-il. Le point positif dans tout cela est qu’il est devenu aujourd’hui un grand médecin et moi un informaticien. « Le petit veinard s’en est bien sorti au bout du compte », lance-t-il, le sourire au coin des lèvres.

Oumar BA

Une pudibonde amie, d’âge mûr, partageait avec moi ses inquiétudes sur le mariage. Pourquoi devons-nous nous marier si c’est pour souffrir ? Je ne savais quoi lui répondre. Ses aînées dans le lien conjugal lui avaient touché un mot de la douceur dégressive du mâle. Ainsi assimilait-elle les gâteries, toutes les petites prévenances dont l’entouraient les beaux parleurs et autres prétendants obstinés à un attrape-nigaud « ante jouissance ». Elle en était traumatisée. Ni les envies irrépressibles, ni les nuits de grande solitude, ni les convenances sociales ne sont parvenues à dissiper ses craintes, à l’inciter à dire « oui » (Oui pour le meilleur et, pour le pire en fonction des enjeux du moment, sommes-nous tentés de dire). Harassée de se projeter, elle succombe souvent au sommeil pour se replonger au petit matin dans une contemplation légitime et naïve. La douteuse a autant besoin de douceur que de certitude. Son entourage intime n’incitait pas beaucoup à l’optimisme. La vie de couple, lui disait-il, c’est du fiel pour l’essentiel et du miel pour les moments d’euphorie. Il faut de l’endurance. La réponse à « je t’aime » (au sens du chanteur français Jean Jacques Goldman pour qui c’est une question) n’est plus et « m’aimes-tu toi ». C’est « m’aimeras-tu toujours » ? Question pleine de sens. Car nos vies sont réduites à l’anxiété.

On a réussi à créer la psychose de la « satiété » du mâle se détournant très vite des proies tentantes après s’être acharné sur elles avant d’opérer ailleurs une razzia qui flatte son orgueil. Nos sœurs, nos amies sont désappointées ; encore plus les femmes dont le seul objectif dans la vie est d’avoir un époux. Elles sont malheureuses, perpétuellement chagrinées. Celles, par contre, qui se construisent un « refuge moral », parce que ne se nourrissant pas de chimère, se prémunissent contre la versatilité de certains hommes pour qui la femme constitue un objet de défi, de réalisation sociale à exhiber le temps de son aguichante fraîcheur. Il ne s’agit point, pour eux, d’un projet de vie. C’est à la femme de sortir de ce confinement pour exister en tant que créature capable de se fabriquer un destin au-delà de celui qui témoigne, sous nos cieux, de son accomplissement. Il convient, dès lors, d’accepter les ruptures de sens, de donner une nouvelle acception à la réussite.

Nos tribunaux sont devenus les scènes les plus dramatiques où le finasseur et l’infame viennent déployer leur inhumanité sans que cela n’émeuve personne. Tous les jours, des hommes et des femmes s’infligent les pires atrocités et déroulent le drame de leur vie après s’être promis amour et tendresse, assistance et fidélité. Les divorces sont plus que des séparations. Ils nous font sombrer dans le néant. On ne semble pas mesurer ses conséquences. C’est devenu tellement banal et fréquent qu’il est aventureux de ne miser que sur une union conjugale pour son épanouissement. Il est impérieux aujourd’hui pour les femmes de se laisser emporter par un autre tourbillon de plaisirs sans compromettre la vie de couple tellement accablante. On en a fait un long fleuve de boue, d’angoisse, de doute, une sphère d’interrogations perpétuelles, un « abattoir d’estime » pour nos suppliciées dames. Battez-vous, chères sœurs, pour une existence réelle, pour vous construire un « mur de soutènement », un avenir indépendamment des promesses de tendresse. Il y va de votre équilibre psychique.

Par Alassane Aliou MBAYE

Elle ne s’en cache pas, elle aime l’art. Pas pour le beau encore mois pour l’argent, mais bien pour l’expression de ses sentiments.

Une scie à métaux, une bouteille de vernis, des planches de bois. Ce n’est pas un atelier de menuiserie, mais bien chez Oulimata Sène. Il ne lui suffit pas d’aimer l’art tout simplement, elle est de plain-pied dans sa passion. Elle la vit. Assise sur un divan, elle découpe doucement des courges sèches pour en faire un tableau d’art. Jetant des regards furtifs au travers de ses correcteurs comme mère-grand, elle théorise le tableau avec toujours un sourire gratuit qui ne la déconcentre point. De ses mains soyeuses teintes au henné, elle fait attention à ne pas écraser les petits légumes déshydratés. Ce sont les ingrédients principaux du chef-d’œuvre qu’elle concocte. L’art est plus qu’une occupation légère et agréable : c’est son exutoire, l’extériorisation de son for intérieur. Ses figurations vont des humains aux animaux en passant par les objets. Plus de deux heures après avoir commencé l’œuvre, la voilà qu’elle a fini son entreprise. Elle a représenté deux cases, un palmier, deux canaris au sol, et le soleil. « C’est la représentation d’un village de la Petite-Côte. Je suis sérère et je suis fière de l’être. Par ce tableau, je me replonge dans l’environnement naturel de mes ancêtres », explique-t-elle. Le tableau d’un retour au pays natal.

L’art et son homme
De sa tendre enfance à son statut actuel de mère, elle n’a jamais cessé d’être artiste. Ayant grandi sous l’ombre protecteur d’un cocotier, elle s’amusait, dans la cour familiale, à former des sortes de ressort et des balais avec les feuilles d’arbre. Ces objets lui servaient de jouets. Aujourd’hui, Ta Ouly, comme l’appellent ses amis les enfants, continue de faire dans la dentelle. Elle aime les petits trucs faits avec délicatesse. Avec de la toile de jute, elle fait des chaussures et des sacoches. Avec des calendriers en carton, elle fait des boites à bijoux et des trousseaux en wax. La couture et la teinture sont pour elle un jeu d’enfant. « Mes sœurs me ressassent tout le temps que j’ai toujours des caractéristiques spécifiques à l’enfance. Mais leur discours n’a aucun effet sur l’amour que j’ai pour l’art», se défend-elle. Pour elle, il n’y a point d’activité qui puisse la rendre aussi heureuse. Mais de toute façon, pour elle tout est art ; même éduquer un enfant.

Elle ne fait pas de dichotomie radicale entre l’art et son métier. Au contraire, c’est sa plus value. A l’école, elle initie les tout-petits à des activités techniques et manuelles (ATM). L’artiste sait mettre sa créativité et son abnégation au service de l’enfance. Toutefois, elle évite, autant que faire se peut, de mener des activités artistiques personnelles en parallèle avec son travail par souci de professionnalisme. « Je ne veux pas que pas passion pour l’art impacte négativement sur mon métier », soutient-elle. Beaucoup de gens lui conseillent de consacrer un peu à la production en série et à la  commercialisation. Hésitante, elle tarde à se lancer. Bien que parfois son entourage lui achète une robe, mais jamais un tableau. Ta Ouly sait pertinemment que le marché sénégalais n’est pas tout à fait disposé à se procurer des œuvres d’art de ce type. Par contre, elle sait qu’ils aiment bien les cadeaux. Pourtant, elle a dû moyennant quelque somme d’argent pour participer à des ateliers de formation. Elle vit son art mais n’en vit pas. « L’art n’est pas mongagne-pain. En général, je fais des œuvres pour ensuite les offrir à mes proches», précise-t-elle. Toutefois, cela lui permet tout de même de faire des rencontres et de s’ouvrir aux autres.

L’artiste Ta Ouly a plusieurs cordes à son arc. Elle chante et danse aux rythmes des cantates des cérémonies d’initiation des garçons et de l’endiablé « lembeulou dance hall ». Un show qu’elle offre d’ailleurs à ses voisins qui se prélassent à la terrasse alors que le soleil s’enfonce à l’horizon. Une sorte de vernissage de l’œuvre qu’elle leur présente par la même occasion.

Par Assane FALL (stagiaire)

Awa Kanouté Cissé est chef d’unité maquillage à la Rts (télévision publique), un poste qu’elle occupe depuis 16 ans. Avec un talent sans fard, elle met une touche esthétique sur bon nombre de visages.

Le métier de maquilleur est souvent en rapport avec tout ce qui est beauté, esthétique. Mais la maquilleuse peut être amenée à travailler dans  plusieurs lieux où ses talents seront mis en contribution. C’est le cas dans l’audiovisuel où elle est aussi amenée à maquiller les présentateurs de télévision, les invités, etc., avant leur entrée en scène sur le plateau. C’est également la personne qui est habilitée à maquiller les acteurs de cinéma et à participer aux effets spéciaux des acteurs en créant des blessures, plaies et brûlures fictifs. Autant de rôles  qui requièrent du talent, de l’expertise, de la créativité et de l’imagination. Ces principales qualités se retrouvent chez Awa Kanouté Cissé, chef d’unité maquillage à la RTS, un poste qu’elle occupe depuis 16 ans. Grâce à ses talents de maquilleuse, elle exerce tous ces rôles. Elle met en valeur la beauté de n'importe quel visage et truque en même temps les acteurs de cinéma pour les besoins d'un tournage.

Trouvée en plein tournage de la série télévisée, « Les Idoles », Awa nous a parlé de ce métier de maquilleur qu’elle qualifie d’ailleurs comme un métier passionnant et noble qui demande en revanche beaucoup de créativité, d’imagination et de savoir-faire. « J’ai toujours été fascinée par tout ce qui est esthétique, maquillage. Cette passion, je l’ai nourrie depuis mon enfance », explique-t-elle.

Titulaire d’un bac de la série A3, Awa Kanouté Cissé ne passera que deux ans au département allemand de l’Université Cheikh Anta diop de Dakar avant de s’inscrire en 1998 dans un institut de beauté à Sacré-Cœur 2. Ses rêves de se voir évoluer dans l’esthétique, le maquillage deviendront réalité. Après deux ans de pratique dans  son salon de coiffure, la Rts  fera appel à cette spécialiste du maquillage. Awa Kanouté Cissé qui aujourd’hui touche à tous les aspects du maquillage, allant du présentateur de télé, des invités en passant par la publicité et le cinéma.

« Dès que j’ai intégré la Rts, j’ai  su qu’il y  avait nettement une différence entre le maquillage audiovisuel et les maquillages que l’ont fait pour des clientes dans les salons de coiffure. Au début, je ne maîtrisais pas trop certaines techniques du maquillage audiovisuel, mais à force de  travailler et avec l’aide du chef de service maquillage que j’avais trouvé à l’époque  à la Rts, je me suis familiarisée très vite avec les outils de maquillage audiovisuel », confie-t-elle. Précisant que par la suite, elle a participé à des ateliers de formation avec des maquilleuses professionnelles européennes et américaines qui leur dispensaient des cours pour mieux se professionnaliser dans le domaine du maquillage audiovisuel.

Artifices
Dans les salons de coiffure et d’esthétique, elle utilisait plus les éponges pour maquiller les clientes. Mais à la Rts, Awa a constaté que c’était différent. En lieu et place des éponges, c’était tout une gamme des pinceaux professionnels qu’il fallait utiliser. « Pour mettre en valeur les présentateurs et les invités, je fais usage de pinceaux qui trace les cils, de pinceaux pour le fixage du fond de teint, de la poudre, de pinceaux pour les lèvres et d’autres pinceaux qu’on appelle « blush » pour les fards à paupières. Le maquillage audiovisuel demande beaucoup d’expertise car  on maquille beaucoup de carnation et le maquillage audiovisuel se fait de façon discrète, soft et naturel à base de produits spéciaux. De plus, il est toujours lié  à la lumière des projecteurs. C’est pour cela d’ailleurs  que nous travaillons avec les éclairagistes », explique Awa Kanouté Cissé, le sourire aux lèvres. Autres rôles exercés également par les maquilleurs ou maquilleuses, ce sont les truquages qu’ils réalisent pour les besoins de films. Dénommés maquillages en Sfx ou effets spéciaux, Awa Kanouté Cissé s’est aussi spécialisée dans ce domaine. « J’ai eu à maquiller des acteurs dans plusieurs films et séries. De même, j’ai beaucoup travaillé dans la publicité en réalisant des effets spéciaux tels que des brûlures, des plaies, des égratignures, entre autres », fait savoir A. Kanouté Cissé. Selon elle, ces effets spéciaux s’utilisent pour les besoins d’une campagne publicitaire, d’un tournage de film ou série. Ils se font à base de produits tels que la cire à modeler pour créer de fausses peaux sur lesquelles elle trace avec une pincette afin d’obtenir des profondeurs. Puis elle applique du sang artificiel dessus pour avoir une blessure ou une égratignure fictive.

Par Maguette Guèye DIEDHIOU

Coincé entre le fleuve et l’océan, Guet-Ndar est gravement menacé par l’érosion côtière. Certains habitants sont obligés d’abandonner leur maison pour se réfugier à Sor. Devenu célèbre pour son surpeuplement, Guet-Ndar continue pourtant à séduire de par sa population bien solidaire.

Sur la descente du pont Moustapha Malick Gueye, Guet-Ndar est à nos pieds. De là, on aperçoit un quartier populeux, dense et vivant. De nombreux enfants jouent au ballon, des femmes font le linge, des moutons, quelques chèvres et d’autres animaux domestiques divaguent. Tout cela dans des ruelles étroites et poussiéreuses. Ceci, parce que la plupart des tâches s'effectuent dans la rue par manque de place et aussi par habitude. Ici, tout le monde vit en commun et les familles de pêcheurs s'entassent dans cette étroite bande de terre coincée entre le fleuve et l’océan. La poussière y est intolérable. On arrive à peine à respirer mais les habitants semblent ne point être dérangés. Ils se sont accommodés à la situation. Ce quartier réputé le plus peuplé de Saint-Louis voire du Sénégal a un style de vie particulier. En son sein, c’est le vivre ensemble, le partage, l’entraide et la solidarité qui lient les habitants.

Ils y vivent comme appartenant tous à une même famille. On peut réprimander l’enfant du voisin sans se soucier de la réaction des parents.   Quelques pas après la descente du pont, le hasard nous mène au vieux Soumaré qui se dirigeait vers la mosquée pour la prière du crépuscule. A notre rencontre, il nous tient par la main. Ce geste n’est pas fortuit. C’est parce qu’ici, ce sont les relations familiales qui prédominent. « Comme tu le vois. Nous sommes une famille. Le quartier est devenu étroit mais nos cœurs sont toujours unis. C’est pourquoi on parvient à gérer toutes les difficultés que traverse Guet-Ndar. On rend ainsi grâce à Dieu », a-t-il confié, avant de continuer son chemin vers son lieu de prière.

Cheik Alwoly Fall, jeune Guet-Ndarien, tout souriant, exprime à son tour sa fierté du quartier : « Pour moi, c’est un privilège d’être né et d’avoir grandi à Guet-Ndar. Ici, on vit en famille, les relations sont amicales et familiales. On est solidaire et pour la Tabaski, on fait tout ensemble, certaines maisons proches se partagent même  les repas »,  fait-il savoir.

Situé entre la mer et le fleuve, la pêche est la principale activité de sa population. Beaucoup de jeunes abandonnent ainsi l’école pour la mer. Mais quelques-uns parviennent à échapper à ces tentatives pour poursuivre les études. C’est le cas des enfants de quelques rares familles non pêcheurs. Abdou Karim Sall, étudiant en Master 1 à la Faseg (Faculté des sciences économique et de gestion), en est un exemple. Côtoyer des amis pêcheurs ne l’a point empêché de continuer ses études. Il est fier d’être dans le cercle restreint d’intellectuels guet-ndariens. « Il suffit juste d’être ambitieux et d’avoir la volonté pour étudier. Ce n’est pas du tout facile, parfois on voit des camarades récolter des sommes colossales pendant une campagne en mer. On est ainsi tenté de les rejoindre. Mais, il faut juste savoir ce que l’on veut pour ne pas tomber dans ces pièges », a-t-il affirmé. Avant d’ajouter qu’« en plus des tentations, les jeunes non pécheurs sont marginalisés, stigmatisés et appelés des « Yakh thiep »» (littéralement : gaspilleurs de riz) pour dire qu’ils ne font que manger sans contribuer au développement du quartier.   

Insalubrité
En ce lundi, surlendemain de Tabaski, les peaux de moutons jonchent le sol. Les ordures ornent le décor. L’odeur est pestilentielle. La fête du mouton a bien laissé ses empreintes à Guet-Ndar. La conservation de la viande pose un problème. En effet, les maisons déjà étroites et surpeuplées refusent du monde à l’occasion de la Tabaski qui est une sorte de retrouvaille. Les pêcheurs reviennent de la Mauritanie, Gambie, Kayar, Loumpoul et Yoff pour fêter en famille. Ce qui rend le quartier encore plus surchargé. La conservation des nombreux moutons immolés à cet effet pose un réel problème. Les congélateurs sont insuffisants pour cela. Alors que dans le quartier peu de personnes possèdent un congélateur du fait de l’étroitesse des habitations qui ne peuvent loger des matériels électroménagers.

Les eaux stagnantes dégagent une odeur nauséabonde. Les égouts étant bouchés par des ordures solides. Les eaux usées sont directement déversées dans le fleuve ou à la mer. Avec l’étroitesse des rues, les voitures de ramassage d’ordures ne parviennent pas à desservir le quartier. Les habitants se rabattent ainsi sur les charretiers pour les collecter et les acheminer vers les dépotoirs. Les deux routes en piste qui desservent le quartier sont presque impraticables.

L’érosion côtière, un autre sérieux problème qui guette le quartier. Guet-Ndar et Santhiaba subissent les conséquences néfastes du réchauffement climatique à Saint-Louis. La remontée des eaux marines ne cesse de ravager les habitations. Certains habitants sont obligés de quitter leur maison. Ils sont recassés au niveau du quartier de Khar Yallah à la sortie de Saint-Louis, à hauteur de Bango, aménagé à cet effet. Mais, ils préfèrent venir passer les journées à Guet-Ndar. Ceci, parce qu’ils sont tellement attachés à leur quartier d’origine.

Par Abba BA (stagiaire)

Beaucoup d’informations sur les guides religieux musulmans du Sénégal et sur les « groupements » islamiques nous sont parvenues grâce à l’administrateur colonial, Paul Marty. Son abondante production « livresque » apporte lumière et suscite controverses.

Paul Marty disait ceci, en 1913, à propos d’Ahmadou Bamba et de l’avenir du Mouridisme : « Le mouridisme subsiste aujourd’hui, sans guère progresser, par la présence et les vertus de son fondateur. Mais Amadou Bamba a soixante ans : sa disparition naturelle ou violente peut se produire d’un jour à l’autre…Il est fort probable que la disparition d’Amadou Bamba amènera la désagrégation de son mouridisme ». Le temps a été le plus grand contradicteur de cet administrateur colonial, interprète, fin connaisseur de la langue arabe et spécialiste de l’Islam subsaharien. Le mouridisme n’a pas arrêté de conquérir de nouveaux espaces et de fasciner bien des âmes.

Toutefois, il ne faudrait pas nier l’importance du travail accompli par ce lieutenant-colonel natif de Boufarik en Algérie en 1882. Sa production sur la religion des musulmans, sur « l’Islam Noir » en particulier, fournit un monceau d’informations à ses contemporains et à la postérité. Le professeur Cheikh Anta Babou en dit ceci : « Le jugement de Marty avait un certain poids.

Il avait acquis une grande expérience de ce que les Français considéraient comme le « véritable » Islam en assumant les fonctions d’interprète colonial en Algérie, son pays natal, puis au Maroc et en Tunisie. Lorsqu’il arriva en Afrique de l’Ouest en 1912, pour prendre la direction du Bureau des Affaires musulmanes dans l’administration du gouverneur général William Ponty, il était précédé d’une réputation d’expert, il parlait arabe et connaissait l’Islam. Tout au long de sa carrière, il rédigea et publia des ouvrages qui fondèrent l’orthodoxie coloniale en matière de croyances islamiques et de pratique musulmane en Afrique subsaharienne. Il est l’un des concepteurs de l’idée d’« islam noir » autour de laquelle s’articula la construction orientaliste d’une identité musulmane subsaharienne ». Il est, selon lui, l’administrateur qui a le plus influencé la politique coloniale en Afrique subsaharienne sur les questions musulmanes.

Paul Marty est l’auteur de plusieurs publications qui confirment les propos du professeur Babou : « Les écoles maraboutiques du Sénégal : les médersas de Saint-Louis » ; « Etudes sénégalaises (1785-1826), société de l’histoire des colonies françaises » ; « Etudes sur l’Islam au Sénégal, les personnes, les doctrines et les institutions » ; « Etudes sur l’Islam maure : Cheikh Sidia. Les Fadelia. Les Ida ou Ali » ; Etudes sur l’Islam en Côte d’Ivoire » ; « La découverte des sources de la Gambie et du Sénégal »…

Ce fervent catholique est, par son père, originaire d’une famille paysanne de Varaire (Lot), et, par sa mère, de Digne (Alpes-de-Haute-Provence). Elève de l’école primaire de Castiglione (Alger), il poursuit des études secondaires au petit séminaire de Saint-Eugène (Alger). Son éducation chrétienne a sans doute eu une influence décisive sur ses convictions religieuses. Il a fait des études à la faculté de droit d’Alger mais avait une inclination particulière pour la langue arabe grâce notamment à son professeur, l’abbé Rossano.

« ISLAM NOIR »
Paul Marty s’engage d’abord au 1er régiment de Zouaves le 9 novembre 1901, passe le concours d’interprète militaire dans le sud tunisien où il est resté cinq ans. Attaché au bureau des Affaires indigènes à Tunis jusqu’en 1907, il est ensuite envoyé à Casablanca de 1907 à 1911. En 1912, il rejoint Dakar et prend la tête du service des Affaires musulmanes créé auprès du gouverneur général de l’Afrique occidentale française en 1913. Durant ses huit années de séjour, il parcourt l’Afrique. De 1922 à 1925, il dirige le collège musulman de Fès. Il rejoint, en 1925, le service des Affaires indigènes de Rabat, puis en devient le directeur en 1930. Cinq ans plus tard, Marty quitte Rabat pour Tunis. Alors attaché à l’état-major du commandant supérieur de Tunisie, il meurt à l’hôpital militaire Louis-Vaillant de Tunis le 11 mars 1938.

Il avait reçu, entre autres distinctions, un prix du Collège de France et la médaille d’or de la société géographique de Paris. Son œuvre est utile à la communauté sénégalaise des chercheurs quoique le contenu de ses publications puisse être sujet à des controverses. Certains accusent Paul Marty, au-delà de sa démarche scientifique, de véhiculer des préjugés racistes et une parole qui, dans les faits, ne tenait compte que des préoccupations de la puissance coloniale dont il était un serviteur.

Par Alassane Aliou MBAYE

La Côte d’Ivoire, ancienne colonie française à l’instar de nombre de contrées ayant formé auparavant l’AOF (Afrique Occidentale Française), est un pays à l’histoire politique mouvementée. Ayant acquis sa souveraineté en 1960 de même que nombre d’ex – colonies françaises, la Côte – d’Ivoire eut comme premier Président Félix Houphouët Boigny. Surnommé le « Vieux », père de l’indépendance de la Côte – d’Ivoire, il devint le premier Président de la République de son pays.

Bien qu’ayant acquis leurs indépendances, le plus souvent au prix d’âpres luttes, la France ne desserre pas pour autant sa mainmise sur ses anciennes colonies. La continuité des rapports entre colonisateur et colonisé continue en sourdine : c’est l’avènement de la Françafrique. Cette Françafrique, dont Houphouët Boigny était l’un des ardents défenseurs, installera une machine fort bien huilée dont la seule finalité était de rentrer dans les bonnes grâces de la France et ainsi de s’assurer un magistère sans ombrages.

C’est de notoriété publique : la Côte d’Ivoire était la chasse gardée de l’ancienne métropole. Territoire fort riche en café, en cacao, mais aussi en ivoire, la France ne l’a jamais totalement quittée. Une pléthore d’entreprises françaises s’installent à Abidjan et contrôlent des secteurs stratégiques de l’économie. Houphouët Boigny restera ainsi 33 longues années au pouvoir.

Années durant lesquelles il s’est employé à servir plus que docilement la France, mais avec de larges contreparties. Tous ses desiderata ou presque seront exaucés : la Basilique de Yamoussoukro est bâtie en pleine brousse par des entreprises françaises entre autres caprices.

Sa mort installe le chaos dans le pays. D’aucuns s’accordent même à dire que la disparition du « Vieux sage » est le catalyseur de la crise dans lequel le pays s’est enfoncé depuis de longues années. Une modification de la Constitution avant sa disparition propulsera son Premier Ministre d’alors, Henry Konan Bédié à la tête du pays. Alassane Ouattara, ancien haut fonctionnaire du FMI, a été nommé à son tour Premier Ministre. Mais émerge un troisième personnage : Laurent Gbagbo, qui déjà à l’époque militait activement pour le multipartisme, que Houphouët Boigny n’acceptait pas, car voulant concentrer l’appareil étatique entre ses mains.

Opposant de la première heure, trublion et ardent défenseur de la démocratie, Laurent Gbagbo aura été de toutes les batailles de sa chère patrie. Exilé en France durant un temps, il reviendra et fondera le FPI (Front Populaire Ivoirien) en 1982, sa formation politique dans laquelle il prône ardemment le socialisme démocratique et l’ultra nationalisme.

Henry Konan Bédié assurait l’intérim après la mort du « Vieux » et est élu en 1995 Président avec 96,44% des voix. Durant son magistère, il met en place l’ivoirité, à savoir que les candidats désireux de se présenter à l’élection présidentielle doivent être nés de père et de mère ivoiriens, ce qui exclut derechef Alassane Ouattara, que l’on dit d’ascendance burkinabé.
Il est renversé en 1999 par le Général Robert Gueï.

Aux élections présidentielles de 2000, il est battu par Laurent Gbagbo, mais refuse de reconnaître qu’il a perdu. Une forte répression s’en suit et il meurt assassiné en 2002 après une tentative de coup d’Etat.

Laurent Gbagbo préside désormais aux destinées de sa chère Côte – d’Ivoire. Pendant ce temps, Alassane Ouattara, ancien « fils » du « Vieux » continue sa carrière au FMI et étoffe son carnet d’adresses. La célèbre crise de 2010 est le point culminant de heurts divers qu’a connus la Côte – d’Ivoire. Refus de recompter les voix, tentative de maquillage de sa perte, Laurent Gbagbo est humilié à la face du monde, mis en détention préventive d’abord à Korhogo, puis transféré en 2011 à la Haye pour être jugé par la très célèbre et contestée Cour Pénale Internationale.

Aujourd’hui, il publie un ouvrage écrit à quatre mains avec François Mattei, ancien journaliste, qui a maintes fois rendu visite à Gbagbo dans sa prison de Scheveningen. Que l’on soit pro Gbagbo ou anti Gbagbo, ce livre est à lire, car à mon humble avis, il renferme des pistes de réflexion et des parcelles de vérité qui nous feront reconsidérer et considérer comme étant une cabale médiatique le sort réservé à Laurent Gbagbo.

Intitulé Pour la vérité et la justice, le livre est divisé en 33 chapitres, chacun d’eux expliquant des moments permettant de comprendre le déroulement des événements.
D’emblée, les dés sont pipés : « La vérité ne me fait pas peur, je l’ai toujours demandée », nous dit Laurent Gbagbo, comme s’il voulait mettre au défi quiconque de douter de sa bonne foi.

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

A longueur de journée, des Sénégalais, surtout des jeunes, sont connectés sur les forums de discussions : Facebook, WathsApp, presse en ligne… où toutes les questions sont abordées ; des plus utiles au moins importantes. Des forums qui, aujourd’hui, sont les lieux privilégiés pour prendre la parole avec toutes les dérives que cela comporte.

Dans le jardin du Point-E, sur la route qui mène à la police de Grand-Dakar, une fille est tranquillement assise. La nuit tombant, elle est sortie, dit-elle, pour prendre de l’air en cette période de forte canicule à Dakar. Sokhna Mbathio Sall qui a quitté son Saloum natal pour venir en vacances chez des parents dans la capitale sénégalaise profite aussi de ce moment de solitude pour échanger avec ses amies via leur groupe WathsApp. Ce forum de discussions, Mbathio et ses anciennes camarades de classe l’ont créé au milieu de l’année scolaire 2016-2017. A son avis, leur groupe WathsApp leur permet d’échanger des informations sur la mode, la tendance du moment, mais aussi de partager des exercices. Le groupe a aussi un caractère ludique surtout en cette période de grandes vacances où elle et ses amies, à longueur de journée, se partagent des messages audio et vidéo. Même si cette discussion est privée et ne concerne qu’un nombre restreint d’amies qui ont cheminé ensemble de la 3ème à la terminale, Sokhna Mbathio Sall n’a pas peur que le contenu de leurs discussions se retrouve un jour sur la place publique parce que, dit-elle, il n’y a rien de compromettant dans leurs échanges.

Le respect de cette charte, poursuit-elle, est même une obligation pour adhérer à ce groupe. Celle qui passe outre ce consensus, est remise à l’ordre sans hésitation. Si elle récidive, elle la « retire purement et simplement » de la plateforme. Sokhna Mbathio est au courant de toutes les dérives notées, ces derniers temps, sur WathsApp, Facebook et autres réseaux sociaux et forums de discussion. Elle est sûre qu’elle ne sera pas une deuxième Amy Collé Dieng, la chanteuse sénégalaise qui s’est retrouvée en prison pour avoir tenu des propos offensants contre le chef de l’Etat avant d’être libérée après quelques jours de détention. Dans son groupe WathsApp « Sopey Karim », l’artiste avait, dans un message audio, tenu des propos discourtois contre le président de la République. Cette discussion tenue dans un cadre privé s’était retrouvée dans l’espace public. Pour Basile Niane youtubeur et social manager, le cas de l’artiste Amy Collé Dieng est un peu dérangeant parce que l’Etat a arrêté quelqu’un qui a parlé dans le cadre privé. « Le problème qui se pose est que créer un groupe ne veut pas dire que tu es responsable du contenu. La personne qui diffuse pose souvent problème. Si l’on arrête la personne qui a créé le groupe, forcément, on doit mener des  enquêtes pour retrouver la personne qui a fait sortir le contenu », explique Basile Niane.

A l’instar de Sokhna Mbathio Sall, beaucoup de jeunes restent, à longueur de journées, connectés sur internet. Ils sont sur WathsApp, Facebook, twitter, et autres forums de discussion qu’on peut même retrouver dans la presse en ligne. Aujourd’hui, on assiste à une génération 2.0.

Mais le seul problème, déplore Basile Niane, est que « les gens ne savent plus où se limite la liberté d’expression et où commence celle des autres ». « Il faut comprendre que tout n’est pas bon à dire sur les réseaux sociaux. Quand le dire et où le dire, c’est important et il faut qu’on apprenne cela aux jeunes », suggère M. Niane. Qu’est-ce qui doit être dit sur les forums de discussion et qu’est-ce qui ne doit pas l’être ? Djiby Dieng connait la réponse à cette question. Très « connecté », le trentenaire est sur Facebook et est membre d’un groupe WathsApp.

Sur Facebook, dit-il, il discute avec ses amis via Messenger. Sa vie privée, est-ce qu’il l’expose sur ces forums de discussion ? Jamais !, répond, sans ambages, Djiby Dieng aujourd’hui père d’un enfant. La naissance de son « petit bout de bois de Dieu », il ne l’a pas annoncé sur sa page Facebook comme le font certains avec une photo du nouveau à l’appui. « Je pense qu’on ne doit pas publier tout sur Facebook ou partager sur WathsApp. Pour moi, la naissance de mon enfant fait partie de ma vie privée », explique M. Dieng, ouvrier maçon de profession. Selon lui, il y a certains qui, sur WathsApp ou Messenger, parlent de leur vie de famille ou de couple avec des amis virtuels. D’autres envoient des photos ou vidéos compromettantes à des amis par WathsApp ou autres canaux de communication sur internet. Ces photos prises ou envoyées dans un cadre privé se retrouvent souvent sur la place publique. C’est le cas de la danseuse Mbathio Ndiaye dont les photos laissant apparaître ses parties intimes étaient partagées sur WathsApp. Cet épisode avait fini par créer un tollé général. Ce qui avait poussé la danseuse à se confondre à des excuses publiques. Mais le mal était déjà fait.

Aliou Ngamby NDIAYE

Les réseaux sociaux sont devenus aujourd’hui notre « arbre à palabres numérique ». On y rencontre les opinions les plus diverses allant des intervenants les plus avertis aux plus ignorants. L’anonymat que procure le clavier a permis de libérer la parole avec l’irruption dans le débat public de personnes charriant toutes les tares que peut générer un manque d’éducation et toutes les frustrations vécues au niveau individuel. Au lieu de constituer une opportunité d’échanges d’idées et de réflexion, les réseaux sociaux sont devenus chez nous le lieu idéal pour dénigrer, diffamer et insulter sans vraiment être inquiété.

Plus grave, avec Facebook ou Youtube, les insulteurs sont maintenant à visage découvert et assument entièrement leurs écarts de langage. Certains se sont enhardis au point de s’en prendre de la manière la plus grossière à une composante ethnique du pays et même au président de la République, à des responsables politiques et des chefs religieux. Dans un pays d’ordre, si le citoyen a des droits opposables à l’Etat, il doit en retour un respect strict aux règles régissant l’ordre public. Des personnes qui s’en écartent devraient être arrêtées, jugées et condamnées sans soulever la moindre attention ou empathie. Mais, aujourd’hui, dans notre pays s’est créée une confrérie très solidaire, regroupant toute l’armée de ceux qui portent des coups de canif à notre contrat social en alliance avec des éclaireurs insulteurs. Autrement dit, au Sénégal, quoique vous puissiez faire de mal, quelle que soit la gravité de la faute, vous aurez toujours des défenseurs dont certains, de par leurs fonctions, ont large accès dans les médias.

Notre devoir citoyen nous commande de respecter la République, ses lois et ses institutions. Mais si nous constatons que celles-ci sont bafouées impunément et que l’homme qui est la clé de voute de ces institutions peut être insulté comme s’il était un voisin de palier et sans aucune conséquence pénale pour le fautif, cela peut provoquer une crise de la citoyenneté. Même s’il ne doit pas être mis sur un piédestal, le président de la République ne peut être traité comme n’importe qui. Et l’argument qui consiste à dire que tout écart de langage à son égard doit être pardonné parce qu’il est le chef suprême sonne creux d’hypocrisie et d’un ponce-pilatisme abrasif. L’unité et la cohésion de notre nation sont au-dessus des droits de n’importe quel citoyen pris individuellement. Nous ne pouvons pas, sous prétexte de défense des droits humains, importer dans notre pays les mêmes comportements et idées qui ont provoqué d’où ils viennent un naufrage moral collectif. Et c’est ici le lieu de saluer le travail fantastique que fait Elhadj Tall Ngol Ngol à la 2Stv pour la restauration des valeurs qui ont été le ciment de ce pays.

Par Ibrahima MBODJ

Un petit moment de relâche, comme il en a rarement, pour répondre à quelques questions. Massamba Mbaye, directeur général du groupe D-média, homme rempli d’humilité, se meut, en silence, dans plusieurs univers. Et quand ce journaliste, ce critique d’art, cet enseignant…décrit celui de la culture, sa justesse d’esprit est fascinante. Tout comme ses rapports avec les choses, ses rencontres…

Pouvez-vous nous toucher un mot de votre trajectoire avant d’embrasser le métier de journaliste ?
Tout porte à croire que j’étais régulièrement bon premier de ma classe car, à la fin de l’année, j’avais beaucoup de prix. De nature curieuse, il m’arrivait de jouer avec les seringues de ma mère à l’époque sage-femme et de répéter ses gestes sur des animaux… Cursus relativement normal avec une spécialisation en histoire des théories de la communication. J’avais orienté mes recherches sur Norbert Weiner, le père de la cybernétique qui avait une trajectoire intrigante. Car ses travaux sur la communication étaient fondateurs et j’avais trouvé qu’il n’y avait pas beaucoup d’études, surtout en français, sur lui. J’ai eu le temps de faire aussi un mémoire sur l’esthétique subjective car j’étais fasciné par la fascination que pouvait susciter une œuvre d’art. Et mon inquiétude voire mon « inquiétance » (pour évoquer Heiddeger) portait sur les modalités de transformer en lectures possibles l’indicible. Car le propre de la création artistique, quelle qu’elle puisse être, est de dépasser ce qui est perçu. Par la suite, je me suis intéressé au monde beaucoup plus prosaïque en faisant une autre spécialisation en management du marketing et de la communication.

Journaliste, curateur, critique d’art, enseignant. Qu’est-ce qui vous a poussé vers ces différents univers ?
Journaliste ? Parce que la transmission est presque un sacerdoce. Car je suis né de la transmission. Enfant, j’étais entouré de livres. La bibliothèque de mon père était comparée à celle du Kremlin. Critique d’art ? La passion du code. C’est pourquoi j’aime aussi les mathématiques. Weiner était aussi un parfait mathématicien tout comme Vinci et les autres. Curateur ? C’est une passerelle pour le critique. Enseignant en management du marketing et de la communication ? Nous sommes toujours dans le boucle de la transmission.

Vous faites partie de la poignée de critiques d’art que compte le Sénégal ? Une reconnaissance sans doute de votre expertise dans un pays où le traitement de l’actualité culturelle laisse à désirer…
Relativisons. Il y a des journalistes culturels qui essayent de s’organiser et qui sont assez convaincus de l’importance de leur pratique dans la médiasphère sénégalaise. C’est à saluer. Ce n’est pas très simple d’être un journaliste culturel. Car il faut être un journaliste et avoir une culture rigoureusement entretenue. Cet entretien est factuel. Mais, il ne faut pas oublier les fondamentaux comme les différences entre les arts, l’évolution des pratiques artistiques… si l’on veut se limiter aux arts. Le champ est plus vaste encore. La culture structure fondamentalement un peuple. Le capitalisme a une base culturelle. Son esprit trouve ses fondements dans l’éthique protestante comme l’indique bien Weber. Le sociologue Malick Ndiaye est plus connu comme un agitateur politique mais il me semble que son analyse sur la société d’accaparement est fondatrice d’une étude structurante pour le Sénégal. Le système de datation au carbone 14 renvoie à la physique mais la science vient étayer les positions culturelles de Cheikh Anta Diop.

Un bon étudiant en mathématiques pourrait être un jour un bon journaliste culturel. La culture traverse toutes nos pratiques ! Donc travailler sur la culture est très exigeant ; une exigence qui est un peu distraite par le jeu d’ombres des politiques, des peoples en tout genre et des trains qui déraillent. C’est ce qu’offre à voir presque toutes les presses du monde. Le Sénégal ne fait pas défaut. Maintenant, on ne peut pas reprocher à un support d’essayer de rentabiliser son investissement en étant un peu racoleur. On ne peut pas convaincre tout le monde de s’intéresser à la culture si le business modèle proposé par un support de presse n’intègre pas nécessairement la culture. Cependant, à un bon stade de développement de ces supports, il s’imposera une lucarne grise pour la culture au sens où je l’entends et qui ne se limitera pas aux arts et spectacles…

Vous êtes également curateur. Pouvez-vous nous en parler un peu ?
Le curateur est le manager d’une exposition. Il doit en définir le concept, faire son choix d’artiste(s), choisir le lieu, caler la scénographie, valider l’approche communicationnelle, etc. En fait, c’est un véritable manager de projet plastique et il doit aussi savoir travailler parfois dans des délais très courts. C’est un travail passionnant car tout dans une exposition doit concourir à créditer le concept proposé. Ce n’est pas toujours évident dans un contexte d’art moderne qualifié par une certaine vacuité. Une exposition doit fondamentalement interroger l’Homme. C’est pourquoi je suis parfois irrité par les concepts tapageurs et « vides de sens » au sens de Wittgenstein !

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans vos « explorations » d’œuvres d’art, vos rencontres ?
Ecouter en silence du Lalo Kéba Dramé, du Beethoven ou du Miles Davis et voir des choses (sourire). Oui, au sujet de Lalo Kéba Dramé : il y a une musique classique africaine portée par la kora. Voir des choses d’une rare fascination plastique… J’évoque la musique car une œuvre d’art est une partition musicale savamment arrangée ou … négligée. L’art touche les sommets. Et sur les sommets, il n’y a qu’un seul Art. L’art devient cette Lumière émanatrice si bien évoquée dans la « falsafa » (la philosophie islamique).

J’ai été marqué aussi par un livre que j’ai finalement refusé de lire. Salvador Dali y parle de lui et compare ses déjections à des œuvres d’art. J’estime que la culture est plus sérieuse que cette folie feinte qui ne respecte rien !

J’ai toujours en mémoire l’une des premières œuvres que j’ai essayées de lire. Il s’agit du « Point d’interrogation » de Guibril André Diop. Une sculpture en fer que j’ai essayée de comprendre par la porte d’entrée du jeu de son ombre. Ce texte est paru il y a quelques années maintenant ici au journal « Le Soleil ».

Des voyages, des rencontres…
J’ai rencontré beaucoup de musiciens. J’ai voyagé avec la bande à Joe Zawinul. Je l’ai revu une année après. Il faisait le tour du monde, m’a reconnu, m’a sorti son dernier album tour et m’a demandé de l’écouter. Sur scène, cette force vibratoire incarnée avait la capacité de se mettre en lien avec les forces telluriques.

J’ai été, il y a dix-sept ans maintenant, à un rendez-vous sous les étoiles au Tchad après une avant-première à Lille en France. Y était présente toute la littérature africaine vivante !

J’ai été sur le plateau de Cheikh Oumar Sissokho : il travaillait plus de 24h par jour. J’ai été sur le plateau de Sembene. On s’est croisé à plusieurs reprises. Je le savais d’un tempérament singulier. Je ne lui ai pas tendu le micro. Mais, il nous a remerciés après avoir lu mes papiers.

J’ai vraiment connu Djibril Diop Mambéty malade. Avant, il répondait à mes questions avec une année de décalage. Sur ses derniers moments, il m’appelait souvent pour partager un livre, toujours étonnant et de la bouillie de mil posée sur le lait caillé…

Il y a également cette patte mystérieuse d’Awa Seyni Camara, les moustiques domestiqués de chez Ousmane Sow, les pas de Joe Ouakam qui me recevait avec déférence à chaque exposition où on se rencontrait et suivait mon regard en le ponctuant de la voix de Ndary Lô qui a réalisé une œuvre sur la base d’une nouvelle que j’avais écrite : « Amika ». Et quand il a lu mon texte, il a vu tout de suite la sculpture. Il a travaillé toute la nuit avec une certaine frustration car il y avait un détail qui manquait à « Amika ». Il finira par trouver le sourire figé du personnage et a commencé à rire avec son œuvre. Ce qui avait très inquiété sa voisine à Mbao. Sacré Ndary ! Je continue ? Non : sinon toute l’interview ne serait que rencontres !

Comment conciliez-vous ces nombreuses « vies » ? Que faites-vous de votre temps libre ?
Ce n’est pas toujours évident. Il n’y a pas d’organisation parfaite en la matière mais je m’y essaye. Rires. Je lis, je médite, je fais du sport. J’adore le sport. Malheureusement je n’ai plus beaucoup de temps pour faire autre chose que quelques séances de tennis.

On dit de vous que vous êtes un homme discret, effacé. L’art, ce refuge boîte de dialogue, y serait-il pour quelque chose ?
Sourire ! Je ne sais pas si je suis discret mais je n’ai pas trop de fausses prétentions. Il y a aussi une part d’éducation car je suis né dans une famille où l’on ne parle pas beaucoup. J’ai réappris à parler en public. Je trouve qu’il faut se montrer que quand c’est nécessaire.

Quel regard portez-vous sur le paysage culturel sénégalais en termes de créativité et de prise en charge dans les politiques étatiques ?
Vous savez Senghor, qui avait une vision très juste, avait soutenu les artistes. Car il était conscient qu’ils pouvaient valoriser notre substrat culturel pour étayer ses vues théoriques et en faire des vecteurs diplomatiques. Diouf est venu dans un contexte très contraignant et a plutôt bien servi les artistes en les laissant littéralement à eux-mêmes. Ils ont appris à se prendre en charge et à se valoriser par eux-mêmes bien qu’il y ait eu une aide constante de l’Etat. Wade est venu avec ses grands projets. Mais, je n’ai pas senti la concordance entre ce qui était dit sur les industries culturelles et ce qui a été réellement fait. C’aurait été intéressant qu’il puisse impulser cette autonomie financière des créateurs seul gage de leur liberté. Sous Macky Sall, la prise en charge systématique de la question culturelle n’était pas de mise dans ses premières déclarations de politique générale. Il met beaucoup de volonté en soutenant davantage la Biennale par exemple. Son ministre actuel de la Culture semble aussi bien volontariste mais je n’ai pas encore perçu les grandes articulations de sa politique culturelle. Et il n’y a pas de Plan Sénégal Emergent sans culture économique, politique, sociale : sans Culture ! Tout semble montrer qu’il n’y a pas encore de discours fort et structuré des acteurs culturels sur leur participation responsable dans la conduite du pays. Je parle des vrais acteurs culturels, pas des saltimbanques de circonstance. Toutefois, il y a quelques artistes qui s’ajustent avec plus ou moins de bonheur à l’économie de marché comme Soly Cissé, Youssou Ndour. D’autres, comme le collectif de Viyé Diba, refusent la passivité et la médiocrité ambiantes mais n’arrivent pas encore à trouver la bonne formule. Des écrivains de divers genre posent, s’opposent, proposent même s’ils n’optimisent pas vraiment avec les bons relais médiatiques.

Pourtant, le combat culturel est majeur dans une société. Il participe de l’affirmation souveraine d’un pays. C’est pourquoi ceux qui lèvent encore la tête, dans tous les pays du monde, sont remarquables.

Il me semble que l’histoire générale du Sénégal en cours d’écriture sera vraiment le prochain moment culturel à attendre parce qu’elle ne sera pas nécessairement diachronique.

Propos recueillis par Alassane Aliou MBAYE

Page 1 sur 2


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.