Soleil Diaspora (92)

Une société dominée par l’inversion de la hiérarchie des normes, où, pour une génération, l’usage prime sur la propriété, enfante trop souvent une communication honteusement originale. On y indexe certains pour flatter les bas instincts d’autres. 

Sinon, comment comprendre que sur une photo promotionnelle, H&M, une marque suédoise de vêtements, montre un enfant noir portant un sweat avec l’inscription, en anglais, « Singe le plus cool de la jungle ».

Alors que la même campagne de pub montre un autre enfant, mais blanc – celui-là –, portant un autre sweat où on peut y lire : « L’expert en survie ». Pas besoin de vous faire un dessin, le message n’est même plus subliminal. Du racisme, avec évidence. Communiquer sciemment sur ce postulat est la base de l’inversion des valeurs qu’on peut appeler dans le jargon des communicants un « bad buzz » positif.

C’est ce qu’il est conseillé de faire pour inverser une tendance négative. H&M a bouclé le dernier trimestre 2017 en reculant de 4% (5,07 milliards d’euros) à la place des 2% de hausse attendus. Fait rarissime car H&M n’a connu que trois trimestres de baisse sur la dernière décennie. L’épine dans le pied stratégique de la marque suédoise qui ambitionnait de booster son e-commerce débouche sur une campagne de pub choc qui doit faire parler. C’est une autre version des fameux contre-feux pour étouffer une affaire, chers à Charles Pasqua. Une telle explication est « plus du domaine de la théorie que de la vérité », peut-on nous rétorquer. Oui, mais c’est une théorie dont la véracité est inversement proportionnelle à la sincérité des excuses officielles de H&M après la dénonciation de la pub portée, dans un premier temps, par la diaspora. « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe.

L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ». L’adage communicationnel de Léon Zitrone marche à tous les coups. Le souci est qu’il est mis en pratique au détriment des Noirs du monde entier. Les campagnes de pub de Mango (banalisant l’esclavage) ou plus récemment de Manix (infantilisant un adulte noir) en sont des reflets. Ceux d’une société malade.

• Par Moussa DIOP

Depuis l’été 2015, Barcelone connaît un boom de vendeurs ambulants dont le phénomène est appelé « Top manta ». Ce sont les vendeurs ambulants sénégalais souvent chassés par la police catalane. L’arrivée de la maire Ana Calau, avec un parti progressiste pur produit de la rue, donc issu des mouvements sociaux, fait espérer des lendemains meilleurs aux vendeurs ambulants sénégalais. Mais tel n'est toujours pas le cas.

Ils sont estimés à plus de 300 à Barcelone, mais il est difficile de donner avec précision leur nombre exact. Dans l’espoir de trouver le sésame qui ouvre les portes de l’emploi, la carte de résidence, ils vendent différents articles posés à même le sol dans la rue (sacs de marque contrefaits, chaussures, lunettes, foulards ou Cd) aux touristes et aux passants. Leurs étales précaires, c’est du déjà vu, mais avec la particularité d’une étoffe de couleur blanche fixée aux quatre coins par des cordes qui permettent de ramasser la marchandise en tirant sèchement dessus au moindre mouvement policier suspect. Ce sont les « manteros », un terme bien espagnol pour nommer les vendeurs ambulants.

Ils sont à 90 % Sénégalais de tout âge et de différente provenance. Les « manteros » ont des histoires qui ne se ressemblent point, mais partagent le même quotidien difficile. Ils vivent dans la peur permanente d’une arrestation qui peut découler sur un rapatriement vers le Sénégal.

Ce qui ne les empêche pas pour autant de travailler en bravant ce risque. C’est leur façon de survivre pour envoyer de l’argent à la famille restée au pays. Il ne fait aucun doute que les désirs des vendeurs ambulants sont intrinsèquement liés à la satisfaction de certains besoins fondamentaux : bien-être physique et matériel, et la prise en charge de la famille d’origine.

Cependant, les vendeurs ambulants défraient la chronique en cet été 2017 à Barcelone. La tension entre la mairie et les vendeurs de rue reste vive malgré la stratégie de la municipalité catalane de créer des plans d'occupation à travers la coopérative « Diom Cop » ou encore des cours de formation pour une vente légalisée dans un grand marché.

La pression policière au niveau des « ramblas », ces allées où se concentrent toutes les grandes boutiques qui attirent les touristes, est une constante à Barcelone. Les mouvements sociaux se développent, les revendications prospèrent et les accusations fusent de toutes parts. Pour les mouvements sociaux, la mairie de Barcelone a juste donné une réponse partielle avec les différentes mesures adaptées. Selon le représentant d’une organisation de lutte pour les droits humains rencontré, « ce sont juste des déclarations de bonnes intentions.

Ce qu’il faut, ce sont des propositions concrètes en commençant par changer la loi ». Ils décrient l’utilisation de la vente ambulante comme un outil politique par tous ceux qui accèdent à la mairie, faisant fi, par la suite, des droits des marchands ambulants sénégalais. Mais, dans ce contexte, la conscience solidaire est présente. La pression sociale a plus fonctionné que l’outil juridique.

Les règles du jeu
Sos racisme a d’ailleurs lancé un cri d’alarme. Selon la directrice de l’organisation, Alba Cuevas, « les vendeurs ambulants sont devenus la cible préférée de la garde urbaine ». Elle ajoute que cet acharnement révèle un racisme institutionnel qui ne dit pas son nom. Ce même racisme institutionnel qui, pour Aziz Faye, membre du Syndicat des vendeurs ambulants, «condamne les Sénégalais à la vente ambulante ».
 
A partir de là, la problématique de la vente ambulante prend une connotation toute particulière. Pour Sos racisme, l’évolution dans le contenu du discours est un fait, mais le conflit demeure. L’organisation dénonce « la criminalisation sociale et les répressions policière et judiciaire dont sont victimes les vendeurs ambulants».

L’impunité des agresseurs de marchands ambulants sénégalais est souvent préservée, car la plupart des migrants craignent qu’étant des sans-papiers, porter plainte n’aggrave leurs cas ou ne leur vale l’expulsion du territoire espagnol. C’est là que l’organisation crie au racisme, car les droits des migrants ne sont pas respectés et il n’y a aucune garantie juridique. La structure de Alba Cuevas reconnaît que depuis deux ans, « il y a eu des avancées non négligeables avec des essais de régularisation, la création d’espaces comme « Diom Cop » pour faire entrer les vendeurs ambulants dans des plans d’occupations ». Cependant, le refus de changer le code répressif dans la gestion de la vente ambulante demeure, dans une ambiance teintée de propos radicaux, etc.
 
« Diom Cop », une partie de la solution
« Chaque personne a le droit de saisir une opportunité si elle se présente, notamment pour travailler légalement », nous dit Fatou Mbaye, présidente de la Coopérative « Diom Cop ».
Créée en mars 2017 sur l’initiative de la mairie de Barcelone, la coopérative regroupe, au total, 15 personnes dont 12 hommes et 3 femmes. Seules trois personnes ont des papiers en règle, ce qui a permis la mise en place de la coopérative en toute légalité.

Cette coopérative est le lieu pour ces 15 personnes, choisies après une sélection en toute transparence, de recevoir des formations qualifiantes parmi lesquelles la vente dans toutes ses formes.
Cependant, ils ne le vivent point comme un privilège, mais plutôt comme une façon de se rendre visibles en changeant le regard porté sur cette collectivité. En effet, ces migrants participent aussi à la bonne marche de la cité en consommant comme chaque citoyen espagnol.

Pour Aboubacar Thiakh, membre de l’équipe technique qui coordonne le projet, ce qui est important, c’est un compromis fort de ces 15 personnes afin d’atteindre les objectifs de la coopérative et ainsi permettre la continuité de celle-ci. Les 12 personnes sont actuellement dans des mécanismes de régularisation, ce qui fait dire à Fatou Mbaye que la coopérative est un instrument d’orientation pour une stabilité sociale et économique des migrants. Elle ajoute que leur principal objectif est de créer de nouvelles opportunités d’emploi comme des services de déménagement, des restaurants ou encore la vente de produits artisanaux sénégalais comme espagnols.

Correspondance particulière de Mariam BADJI

Agressions, insultes, discriminations…. ce sont les maux dont souffrent les marchands ambulants. Face à cela, et sentant le besoin de faire valoir leurs droits, ils ont créé le Syndicat des vendeurs ambulants. 

Un collectif qui veut aller au-delà de la lutte pour les droits civiques et les libertés, mais surtout démonter les stéréotypes sur les migrants. Aziz Faye est le porte-parole du Syndicat.

Un regard franc et direct, un sourire attendrissant par cet après-midi de chaleur (été 2017, ndlr) sous une terrasse près d’une rue piétonne, Aziz Faye nous reçoit avec le sourire tout en restant légèrement sur la défensive. Ce n’est qu’après avoir répondu à toutes les questions par rapport à notre visite à Barcelone que ce jeune homme natif de Mbour, pêcheur et tailleur au Sénégal, accepte de revenir sur son parcours. Aziz Faye a fait le voyage (Afrique – Espagne) en pirogue quatre fois de suite, ponctué par des échecs, avant de s'installer à Barcelone. « Je suis venu, j’ai vu et je suis resté, s’approprie-t-il la formule célèbre. J’ai beaucoup d’autres compatriotes dans mon cas parce que l’Europe devra s’habituer à vivre avec nous ».

Situation d’exclusion sociale du fait de la vente dans la rue et l’indexation qui en découle, situation précaire avec 10 personnes dans un studio, par exemple, et événements tragiques (des morts, par exemple, à la suite de course poursuite avec la police). Il a tout connu. Ce sont tous ces états de fait qui ont incité les vendeurs ambulants à lutter pour changer de vie. C’est avec force qu’il assène que rien ne pourra freiner ni briser cet élan. « Nous avons franchi un cap et le challenge est excitant. Nous disposons d’un local et nous pouvons l’exploiter, soutient Aziz Faye. Un espace pour échapper à la dureté de nos vies, un repaire culturel, pour lutter contre les inégalités sociales dans le but d’améliorer nos conditions d’existence et d’exercice de la citoyenneté ». Mais, c'est surtout un espace pour réfléchir, à travers les expériences des uns et des autres, et aussi profiter du savoir des organisations qui les soutiennent afin de sortir de leur situation de victime afin de se reconstruire. Aziz Faye reste convaincu que la solution n’est pas de stigmatiser ou d’expulser les migrants sans-papiers ou vendeurs ambulants, mais de donner des réponses réelles et de réfléchir à leurs différentes propositions faites à la mairie de Barcelone qui sont restées sans réponse.

D’ailleurs, rappelle-t-il, « notre principal objectif est de faire quelque chose de concret, avec un impact réel sur les « manteros ». Nous venons de sortir une marque qui nous est désormais propre : « Top manta ». Le logo en noir et blanc représente un tissu carré à l’image de ceux que nous utilisons pour exposer nos marchandises ; l’effet vogue représente les flots ou le mirage du désert. C’est selon.

C’est pour nous une question cruciale qui nous tient à cœur ». Il esquisse un sourire, un brin nostalgique et nous avoue que d’autres projets sont prévus. Ce sont, entre autres, différents récits de contes sénégalais traduits en catalan ou encore des produits sénégalais fait avec du wax.

Arsenal judiciaire
Depuis la pénalisation du délit de la vente ambulante en Espagne, les « manteros » ne sont plus à l’abri d’une incarcération avec une forte amende ou d’une expulsion vers le pays d’origine. Plus offensive que jamais, cette nouvelle loi continue, selon plusieurs observateurs, d’être l’épée de Damoclès autour de la tête des migrants économiques vivant en Espagne. Un acquis bien fragile si l’on prend en compte que les retours en arrière et les changements sont tout le temps possible, selon qui gouverne en Espagne et quel traitement en fait la presse locale. La migration venant d’Afrique subsaharienne en Espagne est composée souvent de personnes diplômées au Sénégal mais qui sont dans l’incapacité de s’insérer dans le marché du travail espagnol. C'est ce qui a permis de faire émerger différents mouvements en faveur d’une reconnaissance de ces minorités qui forment une partie de l'Espagne. Tous les migrants ne sont pas égaux à l’heure d’acquérir la carte de résidence. Pour un footballeur même venu par les pirogues, la naturalisation ou la légalisation est beaucoup plus facile. Cela a une conséquence importante sur tous les autres migrants. Aujourd’hui plus que jamais, vendre dans la rue constitue un des seuls recours possibles pour ces migrants sénégalais lorsque les possibilités de rentrer dans le marché du travail de façon légitime sont presque inexistantes, tout cela liée à une situation irrégulière.
 
La vente ambulante est une alternative d’existence pour ces jeunes hommes et femmes ou, au mieux, une adaptation résignée face à une réalité qui frise le drame et la détresse.

L’absence de sécurité dans le système d’acquisition foncière sénégalais l’a d’abord éprouvé personnellement avant de devenir un secteur porteur pour ses affaires. En s’installant à Dakar, Williams Dembélé a mis en place une plateforme pour la stabiliser.

A seulement 38 ans, Williams Abdoulaye Dembélé a déjà connu plusieurs vies entre la France, son pays de naissance, l’Inde, celui de sa mère, et le Sénégal, le pays de son père où il travaille désormais. Donc Williams Dembélé a choisi Dakar, après plusieurs allers-retours, pour y créer une entreprise. 

Titulaire d’une capacité en droit, Williams Dembélé est aussi diplômé de l’école du bâtiment et des travaux publics de Paris. Mais c’est sa formation en création d’entreprises qui lui ouvre les portes du patronat. A la tête de petites entités ou associé sur des structures plus grandes, l’entrepreneuriat est le fil conducteur de sa carrière professionnelle. Quitte à entreprendre pourquoi ne pas le faire dans le pays de ses origines. « Le déclic m’est venu lors d’une visite au Sénégal. J’étais resté 24 ans sans voir mon père retourné vivre au pays après la séparation avec ma mère. Je l’ai trouvé empêtré dans une sombre affaire de fonciers », raconte-t-il. Pour que de parfaits innocents ne soient plus entre les mains de la détention à tort, Williams Dembélé décide s’investir dans ce secteur. C’est ce qui donnera plus tard une société dénommée Division de gestion et vérification de biens (DGVB).

« C’est un acteur engagé dans la lutte contre la fraude et pour une meilleure moralisation de la vie publique sur le marché de l’immobilier », explique le jeune patron de DGVB. Installé à Dakar depuis quatre mois, il compte surfer sur « les avantages qu’offre la mutation des titres précaires en titres définitifs » avec la loi du 30 juin 2017. Pour Williams Dembélé, dans « la valorisation de (son) pays. « Le Sénégal », il est impératif que des forces vives, des expériences extérieures, des citoyens dynamiques et engagés lancent des actions aux services du collectif». Son objectif est de « rendre le marché immobilier stable, par l’accession à la propriété, dans des conditions satisfaisantes en matière de sureté : la propriété foncière ouvre des horizons multiples et génère une richesse fortuite ».

Moussa DIOP

Le jeune attaquant sénégalais de 22 ans, annoncé comme un véritable joyau, tarde à taire tous les doutes avec son club Monaco (Ligue1, France), au moment où son avenir en sélection du Sénégal s’assombrit pour cause de mauvais comportement.

Avec Keïta Baldé Diao, tout va très vite. Sur le terrain et en dehors. Aujourd’hui, sa carrière semble épouser les mêmes arabesques que ses foulées déconcertantes sur la pelouse. Promis à un bel avenir, le jeune international sénégalais est en train de vivre, une nouvelle fois, une situation délicate dans sa carrière construite sur des fulgurances et des coups d’éclats, mais aussi sur des bras de fer avec ses clubs. Lorsqu’il débarque pour 30 millions d’euros à Monaco à la fin du mois d’août, après avoir fait le forcing pour quitter la Lazio Rome, Keïta Baldé est tout de suite vu comme le remplaçant de Kylian Mbappé, parti au PSG contre la somme de 180 millions d’euros.

Après une moitié de saison à Monaco, le jeune Sénégalais a encore du mal à faire oublier l’international français du Paris Saint-Germain, avec un bilan qui ne reflète pas tout son potentiel (5 buts en 20 matches toutes compétitions confondues). « Je manque encore d’expérience, c’est ma première année ici en France, a expliqué Keïta Baldé en conférence de presse jeudi 30 novembre. J’apprends, j’écoute. Monaco a placé une grande confiance en moi, avec ce gros transfert. Je veux rendre cette confiance au club. Je n’ai pas trop de pression, mais c’est normal que les gens attendent plus de moi ».

Privé de Mondial
En équipe nationale du Sénégal également, « les gens » attendent beaucoup du natif d’Arbúcies (Espagne). Surtout au niveau du comportement. Car Keïta Baldé a montré un autre visage aux supporters des Lions, lors des derniers matches du Sénégal, alors que l’histoire d’amour entre eux avait si bien commencé. La première incartade ? Une bouderie lorsqu’il est remplacé à la 82e minute du match Cap-Vert - Sénégal (0-2) en août dernier. L’attaquant veut regagner directement les vestiaires avant de se raviser, non sans avoir montré à tout le monde qu’il n’était pas content. L’épisode pousse le sélectionneur et le président de la fédération à recadrer le joueur avant la double confrontation décisive contre l’Afrique du Sud au début du mois de novembre. Sans succès. Keïta Baldé est laissé sur le banc lors du premier match face aux Bafana Bafana (2-0), et en tribunes lors du second, quatre jours plus tard. Ce comportement en sélection vient mettre en lumière le caractère du jeune joueur de 22 ans qui n’en est pas à son premier clash. Alors qu’il n’a pas encore 18 ans, il tient tête au Barça, son club formateur, coupable de l’avoir envoyé en prêt à l’Union Esportiva Cornella en guise de punition pour avoir déclencher une bagarre lors d’un stage avec ses jeunes coéquipiers. Le gamin fait le forcing pour être transféré à la Lazio et réussit son coup. Rebelote en août 2017. Il est écarté du groupe professionnel de la Lazio après avoir entamé un bras de fer pour aller à la Juventus Turin. Ce sera finalement Monaco. S’il est toujours sorti plus ou moins gagnant de ses clashes avec ses clubs, la donne risque d’être différente en équipe nationale avec un sélectionneur et une fédération qui ont érigé la discipline et le bon comportement comme indispensables à la vie dans la Tanière. Keïta Baldé a donc six mois pour s’amender et s’adapter au code de discipline de la sélection pour ne pas voir le Mondial lui filer sous le nez. Pour quelqu’un qui a l’habitude d’accélérer sur un terrain, il est peut-être temps de mettre la pédale douce...

Du 25 au 27 novembre 2017, s’est tenu, pour la première fois, le forum de Saint-Louis au Sénégal. Organisé par Amadou Diaw autour du thème « Repenser l’Afrique », ce forum était l’occasion, pour la diaspora et les locaux, de célébrer la mode « made in Sénégal » et d’engager un réel débat autour des industries créatives africaines.

Un parterre de spectateurs s’agglutine autour de la scène pour assister au défilé d’ouverture du forum de Saint-Louis. La crème de la mode « made in Sénégal » à Saint-Louis. 

C’est sur les quais de la ville historique qu’un tapis rouge est installé en guise de catwalk sous le regard d’invités venus des quatre coins du monde pour observer la fine fleur de la mode « made in Sénégal ». Dans une ambiance festive, la speakrine donne le ton et les mannequins le tempo, entre élégance, audace et parfois sobriété. Sophie Zinga impressionne avec une collection de robes mêlant organza et pagne tissé. Selly Raby Kane étonne toujours par son originalité. Bull Doff, de Laure et Souley Baay, clôt en beauté le bal des défilés avec leur collection « Imigongo» en faisant la part belle aux motifs géométriques, à damier noirs, rouges et blancs. Le tout s’inspire de la culture rwandaise. Leur mise en scène, à la fois sexy et rebelle, a littéralement électrifié la foule totalement en liesse. A n’en pas douter, la crème de la mode « made in Sénégal » s’était donné rendez-vous.

Une industrie créative à soutenir
Pourtant, il ne faut pas s’y tromper, l’ère des défilés-spectacles dans un simple cadre de divertissement et d’amusement n’est plus la panacée. Les créateurs veulent des débouchées, des opportunités et de la visibilité. Mais, comment cette création africaine peut-elle déployer ses ailes si elle n’est ni reconnue et ni consommée à un niveau local ? Pourquoi doit-elle se faire connaître à l’étranger pour espérer une reconnaissance tardive dans son propre pays ? C’était tout l’enjeu du débat porté lors du forum sur le thème « L’innovation pour le changement social ». Les mécanismes de légitimation actuels doivent évoluer. Cela pose toute la question de la mise en place d’un éco-système africain de valorisation de la création africaine via la mise en place d’une chaîne de valeur complète (du sourcing de la matière première au produit fini), à la promotion de cette création africaine à travers des médias africains, des stars, vedettes et influenceurs locaux, à la mise en place de canaux de distribution (e-commerce, boutiques, concept store), le tout pour viser une consommation locale. Alors, cela demande une amélioration des infrastructures, des transports et donc d’une réelle volonté politique des gouvernements africains. Un sursaut réel semble se dessiner avec le forum de Saint-Louis qui a placé au cœur même de ses débats l’importance de ces industries créatives. A notre échelle, plus petite mais non pas moindre, nous devons devenir des consomm-acteurs, afin de créer un nouveau paradigme tant en termes de légitimation sociale que de développement économique grâce à ces industries créatives.

Par Chayet Chiénin, fondatrice de www.nothingbutthewax et experte des modes africaines basée à Paris

« Pays de merde », c’est le qualificatif que Trump aurait utilisé pour parler des pays africains. C’est en droite ligne de ce qui l’a amené à la Maison blanche. La popularité des idées de campagne de Donald Trump, entre autres de repli de soi et de fermeture des frontières américaines, avait trouvé un écho favorable chez sa base électorale majoritairement composée de ruraux fortement touchée par les différentes crises économiques et le chômage. Naguère connue pour sa compassion avec l’accueil de populations frappées par les catastrophes naturelles et les guerres, la première puissance mondiale semble de plus en plus changer de vision et de cap avec Trump. Cela, malgré la résistance et le désaccord d’une majorité croissante de citoyens américains et des démocrates nonobstant leur absence de contrôle des deux chambres, le Congrès et le Senat. Le phénomène grandissant communément appelé le « Trumpisme », englobant la vision de l’actuel occupant de la Maison blanche, peut se résumer par une croisade contre la globalisation. Néanmoins, Trump ne s’est pas caché durant la première année de son magistère à critiquer à répétition, devant les écrans, l’idéologie de l’ouverture des frontières, en anglais « open borders ». 

C’est ce qui avait conduit au premier décret présidentiel impopulaire sur l’immigration visant à interdire l’accès des Etats-Unis à quelques pays musulmans, « travel ban » en anglais. Malgré l’opposition à cette politique, Trump ne compte pas changer de stratégie en s’attaquant continuellement aux populations qui n’ont pas les yeux bleus et les cheveux blonds comme lui et sa base au prix de fouler au pied le melting-pot qui a fait la force de ce pays.

Dans cette entreprise, il a reçu, dès la campagne électorale, le soutien public de l’extrême droite et des groupes néo-nazis. Avec ces nouvelles attaques, Trump a été taxé ouvertement de raciste par plusieurs journalistes et éditorialistes américains comme Anderson Cooper de Cnn et Don Lemon, entre autres. Trump souhaite, durant son magistère, jeter les bases d’une nouvelle politique migratoire basée non plus sur la compassion du peuple américain, mais sur le critère de la race blanche. « Au lieu de donner la résidence temporaire aux citoyens de pays souffrant de désastre naturel, de guerre ou d’épidémie, les Etats-Unis devraient, au contraire, accueillir des émigres de pays comme la Norvège », avait-il soutenu, jeudi dernier, selon le Washington Post.
Une phrase qui est juste la continuité d’une longue série d’attaques xénophobes.

Trump a ainsi clairement fait savoir, selon plusieurs sources, qu’il souhaiterait voire émigrer dans son pays plus de ressortissants Norvégiens et moins d’Haïtiens souffrant «tous du sida ». Trump va expulser, d’ici l’année prochaine, plus de 200.000 Salvadoriens qui sont légalement présents aux Usa. Il en fera de même avec près d’un million de jeunes sud-américains appelés « rêveurs ». Des prévisions qui matérialisent sa politique migratoire.

Par Moustapha BIAGUI,
correspondant aux Etats-Unis

Ni rire ni pleurer, mais comprendre », écrivait Spinoza. Il est évident que dans le cas de Fatou Diouck, la Sénégalaise qui a porté le plus grand nombre de fois le maillot national tout sport confondus, il faut essayer de comprendre rationnellement les tenants d’une retraite internationale marquée par un mutisme général. Au moment où les Lions du football sont légitimement rétribués à la hauteur de la qualification à la Coupe du monde Russie 2018, Fatou Diouck trouve presque normal qu’elle n’attire ni lumière, encore moins de récompense de la Fédération de Volley-ball au soir d’une carrière internationale pourtant remplie de sacrifices pour le drapeau sénégalais.

Si la paix de l’âme n’est « pas la récompense de la vertu, mais la vertu elle-même », Fatou Diouck en est une incarnation aboutie.

En 17 ans de carrière internationale, elle est devenue l’emblématique capitaine de l’équipe nationale de Volley-ball du Sénégal. « J’ai arrêté de compter à 150 », répond-elle quand on lui demande le nombre de sélections obtenues depuis 2001. En guise de comparaison, Henri Camara, le plus capé en équipe nationale de football, n’a pas dépassé les 99 sélections avec le maillot frappé de la tête de lion.Fatou Diouk, c’est une carrière de distinction. En 2001, elle est Mvp (meilleure joueuse) à la Coupe d’Afrique des clubs champions, Lionne d’or du Sénégal et élue sportive de l’année.

Championne du Sénégal avec la Sococim, Mvp aux Jeux africains d’Alger (2007), Mvp à la Coupe d’Afrique de Nairobi en 2011, meilleure attaquante dans la même compétition en 2015. Après la France, puis la Finlande, direction l’Azerbaïdjan, la Thaïlande, où son club remporte le titre de champion d’Asie des clubs, champions en 2016-2017. Avec le Sénégal, c’est vrai que Fatou Diouck n’a pas gagné de titre collectif. Mais, finir cinq fois dans le dernier carré continental ne doit pas être une avanie. Avec elle, le Sénégal est l’équipe la plus régulière en Afrique, après le Kenya, depuis 2009.

Cependant, le sport, ce n’est pas seulement la gagne pour capitaine Diouck, c’est aussi « un vecteur d’insertion, d’épanouissement et d’émancipation », notamment pour les 300 jeunes de son association « Demoiselles de keur, Sénégalaises de demain ». Pour sa dernière « compétition », Fatou Diouck est arrivée troisième pour le titre de Meilleur sportif sénégalais de 2017, remporté par la basketteuse Astou Traoré. Au soir d’une carrière internationale riche en étoiles, il serait de mauvais goût de lui chanter une palinodie incompréhensive.

• Par Moussa DIOP

Promis par le président Macky Sall, 15 députés ont été élus par les Sénégalais de l’étranger lors des Législatives de juillet 2017. Pour les trois millions de membres de la diaspora sénégalaise, avoir des représentants à l’Assemblée nationale est une évidence. Mais pour quoi faire ?

« Les Sénégalais de la diaspora ont besoin d’aides pour financer et gérer leurs projets, pour se soigner, pour rapatrier les corps de certains de nos parents », estime Seybatou Aw, élu en Côte d’Ivoire, dans la circonscription de l’Afrique de l’Ouest. En effet, les doléances des Sénégalais de l’étranger sont nombreuses et ils attendent que leurs nouveaux représentants à l’Assemblée nationale fassent le job. « Etre élu député, ce n’est pas une fin en soi, se défend presque Demba Sow, élu en France, dans la circonscription de l’Europe du Nord, de l’Ouest et du Centre. C’est le début d’un combat ». Un combat qui s’appelle le logement, estimé comme priorité des Sénégalais de l’étranger, ainsi que le règlement des problèmes de documents administratifs (passeports, carte nationale d’identité, état civil). Demba Sow, employé au Service état civil du consulat du Sénégal à Paris avant son élection, cible les mêmes thématiques en faisant également du logement une nécessité. « Des mafieux ont « bouffé » les économies des immigrés, s’indigne-t-il. Pour les rapatriements des corps, il faut trouver des mutuelles qui travaillent avec l’État. Notre mission est d’être proche de la diaspora, les réunir, faire des évaluations pour voir ce qu’on peut porter comme projets. Le rôle du député n’est pas de faire des promesses. Mais, de rendre réel des projets de lois dont l’émanation est issue du peuple ».

Nango Seck, élu en Italie, dans la circonscription de l’Europe du Sud, met, lui, le curseur sur d’autres thématiques. « Les Sénégalais en Italie travaillent et versent des milliards dans les caisses de l’État italien, et cela risque de n’aboutir à rien. Il n’y a pas d’accord bilatéral entre l’Italie et le Sénégal pour sauver nos retraites qui sont en Italie. On est obligé de travailler jusqu’à la retraite, rentrer bredouille et se faire prendre en charge par l’État sénégalais alors que nos retraites dorment dans les caisses des États européens. Il faut mettre en place une commission entre les deux États pour gérer cette question des retraites », expliquait-il au « Soleil » en août dernier. Au vu de la particularité de l’immigration sénégalaise en Europe du Sud, Nango Seck souhaite la mise en place d’une commission mixte entre le Sénégal et les trois pays qui la composent (Italie, Portugal et Espagne) sur la question des retraites. Le néo député compte également se faire entendre sur la sensible question de l’âge des véhicules autorisés à entrer au Sénégal. Il est de 8 ans actuellement. Les demandes provenant de la diaspora font état d’une hausse jusqu’à 10 ans.

Sur les quinze députés élus, seuls trois sont de l’opposition (ceux issus de la circonscription de l’Europe du Sud). Mais, Demba Sow de la coalition BBY (au pouvoir) envisage de former un groupe parlementaire avec les députés de l’opposition. « Il faut un guichet unique, une maison du Sénégal à l’étranger. Les Sénégalais de la diaspora sont exigeants et engagés ; ils vont nous demander forcément ce que nous avons fait du mandat qu’ils nous ont donné. Nous ne serons pas une chambre où on applaudit d’une séance à une autre ». Cela paraît juste pour répondre à toutes les inquiétudes liées à leur utilité.

Moussa DIOP

Militant antiraciste, syndicaliste et associatif, Demba Sow a un parcours migratoire sinusoïdal. Malgré une entrée en politique tardive, il a accédé rapidement aux postes de responsabilité au sein de l’Apr France pour finir par être élu député à l’une des trois places dédiées à la circonscription de l’Europe du Nord de l’Ouest et du Centre.

« C’est maintenant que les difficultés commencent ». C’est en reprenant, à peu près, une célèbre formule de Léon Blum que Demba Sow accueille son entrée à l’Assemblé nationale sénégalaise. Pourtant rien ne lui présageait un tel destin il y a encore cinq ans. Autodidacte, sans grand diplôme, simple employé du Musée de l’Homme à Paris, le néo député sénégalais de la diaspora cultive les paradoxes.

Entré en politique grâce à Awa Diop Mbacké, l’actuelle vice-consul du Sénégal à Paris, « une amie qui est devenue par la suite une sœur », précise-t-il, Demba Sow poursuit sa quête de « donner un sens » à la vie. Devenu « orphelin très tôt », il a « toujours cherché à compenser ce vide sentimental en étant à la disposition des autres ». C’est ce qui sous-tend son « adhésion à l’Apr en décembre 2008 », soutient l’ancien sympathisant socialiste, « sans jamais y avoir pris carte », qui venait au consulat pour défendre différentes causes.

Un trotskyste converti au libéralisme
Sauf qu’en France, l’Apr est dans la continuité du paradoxe en faisant du neuf avec du vieux.

Le nouveau parti a été constitué par d’anciens membres du Pds. Mais, Demba Sow n’a pas la même culture du militantisme que ses nouveaux camarades.

« J’étais issu du militantisme entièrement occidental. Donc, il y a des spécificités qui étaient différentes. A l’Apr, il fallait que je prouve ma façon de militer », renseigne Demba Sow. Il apporte de « nouvelles idées » dans la manière de revendiquer, de manifester. « C’était notre seule manière de rompre avec (le président) Wade, tente de développer le député. On avait un idéal d’engagement qui était désintéressé. Quand tu es militant Cgt (Confédération générale des travailleurs (un syndicat français, Ndlr)), tu colles des affiches, tu portes des pancartes dans les manifs, tu distribues des tracts devant le métro et tu ne t’attends pas à devenir député. Car, au bout, c’est la satisfaction des revendications des travailleurs. C’est l’élévation de la classe ouvrière, c’est l’amélioration des conditions de travail et de vie de la classe ouvrière. Ce n’est pas pour des questions de récompense ». Pourtant après la victoire de Macky Sall, en 2012, même s’il dit « n’avoir rien eu » comme poste, il est au centre d’un combat épique pour diriger l’Apr France avec Abdourahmane Koita. Ce dernier finira par hériter du consulat du Sénégal à Bordeaux.

L’étape suivante, avec le référendum de 2016, fut un poste de candidat à la députation pour représenter la diaspora sénégalaise à l’Assemblée nationale. Une candidature synonyme de victoire, car en France, l’Apr, du fait de son origine et de sa stratégie, est encore très loin devant les autres partis. « J’étais fonctionnaire travaillant en France.
J’ai pris cinq ans pour être au service des Sénégalais.

Pour montrer que l’engagement ne se paie pas ». Elu député en juillet 2017, Demba Sow se « considère comme militant engagé depuis janvier 1974 pour de nombreuses causes ».
Né en 1955, arrivé en France le 3 décembre 1973, Demba Sow est, en effet, passé au Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), avant de toujours militer à la Cgt pour des associations humanitaires comme Dental Fouta Toro.

Il a milité également pour divers partis politiques français comme ceux des trotskistes. « Ils sont au service de la classe ouvrière », justifie-t-il. Ce parcours a façonné le représentant du peuple qu’il est devenu.

« L’issue était fatale », sourit-il.

M. DIOP

Last modified on mardi, 05 décembre 2017 16:00


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