Soleil Diaspora (79)

De 2013 à 2015, le Japon est passé de 10 à 20 millions de touristes accueillis par an. C’est le résultat d’une stratégie et d’une politique de développement qui ont porté rapidement leurs fruits. Le Sénégalais Pape Elimane Faye est au cœur des politiques japonaises de tourisme. Après un Master en Sociologie à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il obtient le Monbusho, la prestigieuse bourse du gouvernement japonais. Ce qui lui permet de s’inscrire à la Tokyo Metropolitan university. Il y passe 4 ans et demi. D’abord, pour un recadrage dans le domaine du tourisme et, ensuite, pour des recherches doctorales. Pape Elimane Faye est désormais titulaire d’un Doctorat en Tourisme. Universitaire, il est également consultant-formateur à la Japan international cooperation agency (Jica).

Quels sont les domaines touristiques qui requièrent votre expertise ? Les politiques, la compétitivité, les stratégies et la promotion touristiques sont les domaines qui convoquent le plus mon expertise. Vous savez, le tourisme est public avant d’être privé. Chaque pays, chaque zone géographique a besoin de définir une bonne politique et planification touristique pour mieux attirer les investisseurs et rendre l’environnement accueillant et facile. Les attractions touristiques doivent également être au rendez-vous de même que les infrastructures. Une fois tout cela obtenu, la promotion stratégique du tourisme tant au niveau national qu’international doit suivre. Et cela doit être, de manière générale, l’affaire des politiques touristiques qui peuvent être résumées en 3 mots : la visibilité, l’attractivité et la compétitivité. En résumé, c’est ce qui cristallise toute mon attention et tous mes axes de recherche.

Comment se comporte, aujourd’hui, le tourisme au Sénégal ? Y a-t-il vraiment ces trois éléments dont vous parlez ? Le tourisme sénégalais n’est ni attractif, ni compétitif, encore moins visible quoique le secteur génère un chiffre d’affaires de 300 milliards de FCfa.  Il constitue la deuxième source de devises après la pêche et demeure la première activité dans bien des localités. L’industrie touristique, de nos jours, est à l'agonie alors que le Sénégal dispose d'un fort potentiel. On note, malgré tout, une forte volonté et des efforts depuis que le président Macky Sall est en place. Mais il lui faut encore et davantage plus de compétences. Car malgré ses  efforts, le tourisme reste négligé au Sénégal au moment où il est devenu la première industrie du monde en termes de rentrée de devises et de création d’emplois. Il faut donc reconnaitre que notre tourisme a du mal à prendre son envol. Il est toujours dans un naufrage silencieux mais très profond.

Pourquoi le tourisme peine-t-il toujours à trouver ses marques au Sénégal ? Il y a des choses qui ont été dites et redites et dont tout le monde semble bien informé maintenant : il s’agit de la cherté de la destination Sénégal. Un problème qui, je pense, est en phase d’être résorbé. Le Sénégal est extrêmement cher au moment où nos concurrents allègent aux visiteurs toutes les difficultés qui pourraient les dissuader. Par exemple, entre le Sénégal et le Maroc, le touriste européen, américain ou asiatique choisira plus facilement le royaume chérifien, lequel dispose d’une compagnie aérienne qui fonctionne avec un budget de voyage moins cher, une promotion plus agressive, une offre touristique plus variée, des infrastructures plus au top et des informations plus disponibles. Je dois ajouter aussi le manque de réseaux et de moyens de nos tours opérateurs et agences de voyage ; ce qui fait qu’ils sont invisibles en dehors du pays. La plupart d’entre eux n’ont même pas de présence sur internet. Les offres vers la destination Sénégal sont absentes dans les agences de voyage au Japon par exemple. Ceci rend compte de l’absence de notre pays au niveau du tourisme international ; aucun catalogue de voyage ne propose le Sénégal au moment où le Maroc, le Kenya, l’Afrique du sud, la Tanzanie, le Malawi, la Tunisie, l’Egypte et d’autres pays africains sont recommandés aux touristes grâce à leurs brochures, catalogues et pamphlets.

Un autre problème de notre tourisme est le ciblage. Il faut comprendre que les pays qui envoient plus de touristes dans le monde ne sont pas qu’en Europe encore moins seulement en France.  D'ailleurs, nous y sommes concurrencés par le Cap-Vert et les Caraïbes. Le marché touristique est beaucoup plus large. Il faut donc faire un travail de ciblage précis, et cela ne se fait pas sans la contribution d'agences de voyage et de tours opérateurs mieux encadrés, plus décomplexés, avec une meilleure visibilité sur internet.

Enfin, l’Agence de la promotion touristique devrait avoir une politique plus « agressive », car consciente des enjeux et défis du moment de ce qui est l’essence même de la promotion touristique. Celle-ci se fait autrement aujourd’hui, et la possibilité de toucher des publics jadis inaccessibles devient maintenant plus facile. Les touristes, avant de choisir une destination, ont d’abord, de manière interactive, un dialogue avec elle ; ce qui est très déterminent dans leur choix. Et sur ce terrain, on ne sent vraiment pas l’Agence de promotion touristique.

Que suggérez-vous compte-tenu de votre expérience japonaise ? Je dois dire que le Japon est en train de connaitre un boom touristique depuis qu’il a revu sa promotion avec la marque « Cool Japan ». L’archipel recevait en moyenne 8 millions de touristes par an jusqu’en 2013 où il a passé le cap symbolique des 10 millions de visiteurs. En ce moment, l’exécutif se fixait un objectif de 20 millions de touristes en 2020 en lien avec la tenue des Jeux olympiques. Mais au grand bonheur du secteur touristique, cet objectif a été atteint dès 2015. Il ne leur a fallu, en gros, que 2 ans de campagne et de promotion pour concrètement atteindre 19,74 millions de touristes.

Ils ont d’abord couplé la marque « Cool Japan » avec « Visit Japan », puis réorienté leurs stratégies de promotion auprès des pays voisins. Il y a eu la jonction de quatre organisations touristiques majeures avec le ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie (Meti) ; ces organisations se sont regroupées dans ce qu’elles appellent une action jointe autour de la campagne des marques « Cool Japan » et « Visit Japan » qui constituent chacune un programme, en plus de « Invest Japan ». Ces projets ont été conduits à la fois par les ambassades, les offices de tourisme à l’étranger et le secteur privé. Ils ont aussi revu la formation des guides dont l’exigence première est le multilinguisme puisqu’au Japon les guides passent un examen national pour obtenir leur licence. Je proposerai pour le Sénégal une démarche similaire avec une formation appuyée à nos guides touristiques. Cela réduirait leur nombre abusif et leur agressivité négative. Au Sénégal, nous avons les moyens de proposer de nouvelles pratiques touristiques et de faire de notre pays un foyer d’innovations touristiques. J’aurais donc souhaité, à la place du ministère du Tourisme, une autorité nationale du tourisme dont les compétences transcenderont tous les ministères qui ont des liens précis avec le tourisme, car celui-ci est multidimensionnel et multisectoriel. Cela pourrait aider à rassembler toutes les agences comme la Sapco, la promotion et tant d’autres autour d’une seule organisation transversale.

Par Aly Diab Diop, Tokyo (Japon)

35 morts et 101 blessés. C’est le bilan fourni par les autorités belges après les attentats de Bruxelles du 22 mars dernier. La diplomatie sénégalaise faisait état de zéro victime. Pourtant, quelques semaines plus tard, la chancellerie sénégalaise à Bruxelles a reçu un curieux appel d’une personne se présentant comme sénégalaise et qui était gravement blessée lors des explosions à l’aéroport de Zaventem de Bruxelles.

« Tout juste après les attentats, les communications avec les autorités belges m’ont permis d’apprendre qu’il n’y avait pas de victime sénégalaise », nous confiait Amadou Diop, l’ambassadeur du Sénégal à Bruxelles, le 24 mars 2016, soit deux jours après les attentats ayant fait, au total, plus de 130 victimes (morts et blessés) dans la capitale belge. Près d’un mois plus tard, la situation est tout autre. D’abord recoupées, plusieurs informations mènent vers un nom : Laye Kane Diallo, un Sénégalo-américain blessé dans les attentats à Bruxelles et hospitalisé à Charleroi. Contactés, les services diplomatiques sénégalais à Bruxelles confirment sans mal l’information.

« Nous voudrions porter à votre connaissance qu'un individu se déclarant ressortissant de notre pays, mais identifié comme citoyen américain sur la liste des victimes établie par les autorités belges parce qu'il était porteur d'un passeport américain, a pris contact avec l'ambassade pour signaler qu'il a été blessé au cours desdits attentats ». Du côté de l’avenue Franklin Roosevelt, où se trouve l’ambassade du Sénégal à Bruxelles, on confirme également l’identité du blessé sénégalais. Il s’agit bien de Laye Kane Diallo qui était toujours hospitalisé à Charleroi en fin avril. De sources diplomatiques, Laye Kane Diallo détiendrait « des documents américains au moment des événements ». Des échanges ont existé entre Laye Kane Diallo et les services diplomatiques sénégalais à Bruxelles. « Ce qui nous a permis de constater que les services belges compétents lui ont apporté toute l'assistance requise, confie un diplomate sénégalais. Son état s'est bien amélioré et il espère retourner bientôt aux Etats-Unis d'où il était venu, dans le cadre de ses activités commerciales ».

Retour sur une matinée tragique
En remontant le fil des événements, Laye Kane Diallo est présent à l’aéroport de Zaventem, ce 22 mars à 8 heures, où il s’apprête à embarquer afin de retourner aux Etats-Unis après un séjour en Europe dans le cadre de ses activités professionnelles. L’une des deux explosions ayant lieu dans l’aéroport bruxellois le pulvérise, occasionnant plusieurs blessures sérieuses. Le pronostique vital est engagé. Laye Kane Diallo raconte avoir reçu « huit (8) opérations » et est dans l’attente d’une neuvième « pour extraire une neuvième pointe qui lui aurait percé la gorge ». Blessé et acheminé à l’hôpital de Charleroi, les services diplomatiques sénégalais sont passés à côté de son cas puisqu’il « a voyagé avec son passeport américain ». « Nous ne connaissons pas les détails de son état civil parce qu’il nous a confirmé qu’il n’a voyagé avec aucun document sénégalais », poursuit un représentant de la diplomatie sénégalaise. Contacté, l’ambassadeur Amadou Diop évoque une situation inédite. « C’est une personne qui a été répertoriée comme américaine. Elle fait partie des victimes américaines, car ayant voyagé avec un passeport américain. Les autorités belges nous ont soumis les informations selon la nationalité des victimes ». Si Laye Kane Diallo dispose d’une nationalité américaine, « il parle bien le wolof du pays », précise le diplomate sénégalais. Ce qui induit une probable double nationalité. Les détenteurs de plusieurs nationalités voyagent souvent avec le passeport qui leur permet d’avoir moins de tracasserie administrative. Pour beaucoup d’entre eux, ce n’est pas une manière de renier leurs origines. Après sa neuvième opération pour extraction d’une pointe qui lui aurait percé la gorge, Laye Kane Diallo n’a plus donné signe de vie.

Par Moussa DIOP

Le Mois du Sénégal au Canada est organisé chaque année, en avril, par le Regroupement général des Sénégalais du Canada (Rgsc).

Les Sénégalais réclament plus d’accès aux documents administratifs

Pour Ibrahima Sakho, président de Rgsc, et son équipe, « c’est un clin d’œil à la fête d’indépendance du Sénégal ». L’édition de 2016, la 4ème du genre, a été rythmée par les débats sur l’économie, avec la présence de Pierre Goudiaby Atépa qui a animé une conférence au cours de la laquelle il a décliné ses douze propositions pour un Sénégal émergent. Les journées économiques ont été axées sur la diplomatie économique avec la recherche d’investisseurs canadiens au Sénégal. Les sciences, la diplomatie et la culture ont eu des manifestations dédiées, avec notamment le groupe éponyme Pape et Cheikh venus de Dakar mais aussi des artistes sénégalais établis au Canada, comme Omar Ndiaye Xosluman, Elage Diouf, Seydina Ndiaye, Assane Seck (fils de Zal Seck) et Diouncouda Ndiaye, ancienne pensionnaire du Théâtre Daniel Sorano.

Sory KabaSory Kaba : « Il y aura un bureau au Canada pour appuyer les investissements vers le Sénégal »
Le directeur des Sénégalais de l’extérieur avait également fait le déplacement avec une délégation d’agents venus du consulat sénégalais de New York pour confection de documents administratifs aux Sénégalais du Canada. Cependant, de nombreuses personnes venues de Montréal, Trois Rivières et même de Québec n’ont pas pu déposer leur demande de passeport où carte nationale d’identité, malgré les deux jours de présence de ces agents. L’épineux problème des documents administratifs, la spécificité des Sénégalais du Canada et leur apport dans le développement du Sénégal ont été au cœur de l’entretien que Sory Kaba nous a accordé.

M. Sory Kaba, quelles sont les principales préoccupations des Sénégalais du Canada ? Les problèmes, si on les priorise, c’est d’abord l’accès aux documents administratifs, notamment les cartes nationales d’identité et les passeports. Ce sont les premières préoccupations de nos compatriotes qui vivent au Canada. J’ai encore souvenance, en 2014, quand j’ai reçu les étudiants à travers leur association, cela était une forte demande. Nous leur avons, par la suite, envoyé systématiquement une équipe pour régler ce problème. Aujourd’hui encore (entretien réalisé le 29 avril, Ndlr), je suis arrivé avec une équipe pour faire les passeports et les renouvellements ; ce qui veut dire que nous partageons avec eux cette préoccupation, en l’identifiant comme priorité. Nous recevons les instructions du président de la République pour que cette sollicitation récurrente soit une vieille histoire et, à terme, il nous faut avoir une valise mobile et à défaut d’un centre de production à Ottawa, qu’on puisse faire l’enrôlement et que la production puisse se faire à New York. C’est une équipe de New York qui est dépêchée au Canada pour faire les documents ; l’option de la valise, nous y travaillons et l’avons expérimenté dans certains pays comme l’Italie. L’ambassade du Sénégal à Rome dispose d’une valise mobile mais la production se fait à Milan, au niveau du Consulat.

Va-t-on vers l’amélioration, avec une convention bipartite, de la prise en charge des droits sociaux des Sénégalais de Canada ? Nous avons revisité l’accord qui nous lie à la France. Nous avons également un accord avec l’Italie et l’Espagne où il y a au moins 3 générations (d’immigrés sénégalais, Ndlr). Ce qui n’est pas le cas encore, je crois, au Canada, mais c’est une question qui figure dans l’agenda du gouvernement du Sénégal pour que nous puissions faire prévaloir une vraie dynamique de protection sociale du migrant sénégalais et de sa famille. Au-delà de cette dimension sociale, il y a également celle économique qui est importante. La question du retour et de l’investissement est importante parce que l’image qu’on retient du Sénégalais qui vit au Canada, c’est un diplômé, un technocrate. C’est quelqu’un sur qui le gouvernement peut compter en termes d’Intelligentsia et d’expertise. On se rend compte qu’il y a des problèmes aussi à prendre en considération. Même s’ils ne comptent pas rentrer tout de suite ou n’ont pas encore d’offres d’emploi, les Sénégalais au Canada n’excluent pas le retour au pays. Pour ceux qui envisagent de rentrer au Sénégal, ils veulent se lancer, pour la majorité, dans le secteur privé et ils auront besoin d’accompagnement, parce que cela fait longtemps qu’ils se sont absentés du pays. Ils ont besoin d’être accompagnés pour identifier les niches ou les secteurs porteurs de croissance sur lesquels ils peuvent investir.

Qu’est-ce que vous comptez faire pour cet accompagnement ? Je viens de dire au chef du bureau économique à Ottawa (Zaccaria Coulibaly, Ndlr) que nous allons ouvrir en Italie le premier bureau d’Appui à l’investissement des Sénégalais de l’extérieur, et on va travailler pour ouvrir un bureau également au Canada. Suite à la rencontre que j’ai eu avec le Bureau du Rgsc, nous nous sommes entendus pour procéder à l’identification de tous les Sénégalais diplômés qui vivent au Canada. C’est aussi une demande du président de la République. L’ambassade va impulser la dynamique et le Rgsc sera mis à contribution pour que tous les membres puissent être identifiés et répertoriés. In fine diplômés ou pas, travailleurs ou pas, nous en avons besoin dans le cadre d’un répertoire qui sera mis à la disposition du chef de l’État.

Sur la question du retour et de l’investissement, quelle est la porte d’entrée pour les Sénégalais de l’extérieur ? Qui chapeaute tous les nombreux programmes ? Le point d’entrée de tous les Sénégalais vivant à l’étranger est le ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur ; donc la direction générale des Sénégalais de l’extérieur.

Nous les orientons en fonction des centres d’intérêt parce qu’il est important que nous respections les questions de forme, car demain, si quelqu’un a des problèmes avec l’Apix, un autre bailleur ou une collectivité sur une question portant, par exemple, sur le foncier, c’est nous qui allons intervenir. L’idéal aurait été que nous soyons informés en amont pour pouvoir anticiper sur ces problèmes. Par ailleurs, l’Apix, le Fongip, la Bnde, le Fonsis ont des initiatives qui concernent les Sénégalais de l’extérieur, mais nous jouons le rôle de coordination pour fédérer l’ensemble de ces actions en faveur des Sénégalais qui vivent à l’étranger. Je pense donc que la  porte d’entrée, c’est nous, la direction des Sénégalais de l’extérieur. Ce qui justifie d’ailleurs notre présence à chaque fois que de besoin.

Pape et CheikhRencontre avec Pape & Cheikh : « Faire de Montréal notre Bercy avec un grand concert annuel »
Présents au Mois du Sénégal au Canada pour répondre, pour la deuxième fois, à l’invitation du Rgsc, le groupe s’est produit lors d’un concert au cours de la cérémonie de clôture devant ses nombreux admirateurs au Canada. Pape & Cheikh comptent perpétuer un concert annuel à Montréal comme les « Bercy » de Youssou Ndour.

Votre présence au Canada est-elle également un début pour une carrière internationale ? Pape : Actuellement, nous ne sommes pas dans une recherche active de contacts au Canada, mais nous le souhaitons, car nous apprécions vraiment le public canadien. Nous commençons à nouer certaines relations, cependant, c’est encore trop récent, environ 4 mois. A terme, cela nous permettra d’aller au-delà du public sénégalo-sénégalais. Il ne faut pas oublier que c’est notre  4ème venue au Canada, les 2 autres fois, c’était dans le cadre de festivals. Même si nous gagnerons à être mieux connus, je précise humblement que nous savons que nous sommes des artistes confirmés et reconnus. Notre premier album fut un album international avec Real One de Peter Gabriel, et à l’époque, nous avions fait une tournée internationale. Je vais vous raconter une anecdote. A l’aéroport, lors de notre arrivée, nous n’avions pas nos invitations sur nous. C’est en tapant notre nom sur internet que le douanier canadien a pu avoir confirmations de nos identités et de nos activités dans la musique. Je pense qu’une certaine notoriété s’installe à l’ère du numérique. Nous allons continuer à maintenir ces contacts et mettre Montréal dans notre agenda, et que cela puisse être un rendez-vous annuel et pourquoi pas devenir l’équivalent d’un Bercy de Youssou Ndour, d’autant plus que le public sénégalais nous témoigne une affection et un intérêt en répondant nombreux par leur présence à notre soirée.

Comment jugez-vous le public montréalais et les Sénégalais du Canada par rapport aux autres Sénégalais de la diaspora ? Cheikh : Je vois une entraide et une solidarité qui caractérisent le Sénégalais partout ou ils se trouvent dans le monde. J’espère que cela va continuer. Je les encourage à s’entraider, et prions qu’ils réussissent et puissent aider leurs familles restées au pays.

Pape : je vois une réelle implication des Sénégalais d’ici, ils viennent uniquement pour nous, et c’est pour cela que c’est toujours avec un grand plaisir que nous répondons à leur invitation, malgré la distance qui sépare les deux pays.

Dossier réalisé par Aminata Sow, Montréal (Canada)

Deux personnages, deux parcours et une ambition. Les Sénégalais Lamine Dramé et Adji Kaïré Ndack Cissé évoluent dans le secteur hôtelier marocain. Tous les deux travaillent dans un grand complexe hôtelier à Casablanca. L’homme est un « chasseur d’hôtel », la femme est responsable qualité service d’un complexe hôtelier. Leur ambition : rentrer au bercail pour servir leur pays. Leur employeur est en train de faire des démarches pour ouvrir une filiale au Sénégal. Nous avons rencontré nos deux compatriotes à Casablanca, à l’issue du Forum Crans Montana qui s’est tenu à Dakhla (Maroc), en fin mars 2016. Une rencontre où John Abraham Godson, Nigérian naturalisé Polonais, a été récompensé. Il est le premier député noir du Parlement polonais et l’une des fiertés de la diaspora africaine en Europe.

Lamine Dramé, « chasseur de clients » : Un digne ambassadeur dans le secteur hôtelier marocain
Lamine Dramé est un « chasseur de clients » dans un grand complexe hôtelier à Casablanca. Par son professionnalisme, il force le respect. Son employeur le considère comme son « fils ». Pour lui, Lamine Dramé, par sa loyauté et sa sincérité, fait partie des dignes fils et ambassadeurs du Sénégal à Casablanca.

Habillé d’un costume marron assorti d’un bonnet, Lamine Dramé, la trentaine révolue, est bien dans sa tenue d’hôtel. D’un abord facile, joyeux, « sympa » et serviable, il force le respect par sa disponibilité et son savoir-faire. Depuis quatre ans, il officie comme « chasseur de clients » dans un grand complexe hôtelier à Casablanca. Chasseur de clients, son rôle consiste à réserver un accueil chaleureux et digne de son rang aux clients mais aussi à les installer. Lamine est apprécié par ses collègues et ses supérieurs hiérarchiques. Son patron le considère d’ailleurs comme son fils. Il le comble de présents à l’occasion des fêtes musulmanes (Tabaski, Korité, etc.). S’il part en congé, il lui paie le billet d’avion Casablanca-Dakar. Pour le renouvellement de son séjour au royaume chérifien, le directeur du complexe hôtelier l’aide à s’acquitter de toutes les formalités. « Les Marocains considèrent les Sénégalais comme leurs frères. Ce sont des travailleurs ; ils sont ponctuels, corrects et responsables. Ils ont le savoir-faire pour réussir leur séjour au Maroc », témoigne un des hauts responsables du complexe hôtelier qui a requis l’anonymat.

Le déclic pour Lamine Dramé est la disparition de son père quelques années plus tôt. En tant qu’aîné de la famille, il pense que l’aventure marocaine est une solution pour assumer ses nouvelles responsabilités. Toutefois, dit-il, la traversée clandestine du Maroc vers l’Espagne ne l’a jamais effleuré l’esprit. A son arrivée, il ne voulait pas embrasser le métier d’hôtelier. N’ayant pas trouvé d’autres opportunités, il s’est rabattu sur ce secteur. Pour ce faire, il a d’abord suivi une formation accélérée de six mois dans le domaine de l’hôtellerie, avant d’être recruté par son nouvel employeur. C’est pourquoi il conseille aux jeunes sénégalais qui souhaitent tenter l’aventure marocaine d’avoir une formation qualifiante. « Seuls ceux qui disposent d’une qualification peuvent espérer une insertion professionnelle », assure-t-il. De l’avis de Lamine Dramé, les nombreux cas de chômage des Sénégalais au Maroc sont liés au manque de qualification. « Le Maroc dispose de beaucoup d’opportunités d’emplois pour les jeunes, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie et des télécommunications, précise-t-il. Certains considèrent l’Europe comme étant l’Eldorado, alors que ce n’est pas la meilleure aventure ».

Marié il y a de cela cinq ans, il ne se plaint guère de sa situation dans ce complexe hôtelier où il est bien rémunéré. Réservé et occupé du fait de son emploi du temps chargé, il s’informe peu de la situation de nos concitoyens établis au Maroc. A sa descente du travail, à 14 heures, fatigué, Lamine Dramé se préoccupe à aller se reposer puisqu’il se réveille à 5 heures du matin.

Auparavant, il échange par téléphone avec sa famille qui réside à Guédiawaye. « Parfois, il y a des faits qui se déroulent au Maroc sans que je ne sois au courant. C’est ma famille qui est restée au Sénégal qui m’informe », précise-t-il.

Adji Kaïre Ndack Cissé, manager qualité dans un complexe hotelier marocain : Une fierté à Casablanca
Nommée récemment manager qualité de service d’un grand complexe hôtelier à Casablanca, Adji Kaïré Ndack Cissé veut relever le défi lié à cette consécration qu’elle accueille avec beaucoup de modestie.

Adji Kaïré Ndack Cissé ne passe pas inaperçue dans les couloirs d’un grand complexe hôtelier à Casablanca. La Sénégalaise vient d’être recrutée, il y a trois mois, comme manager qualité de service d’un complexe hôtelier, non loin de l’aéroport international Mohammed V de Casablanca. Un poste stratégique. Une nomination que la native des Parcelles Assainies (Dakar) accueille avec beaucoup de modestie. Elle ne s’en enorgueillit point.

D’une noirceur d’ébène et de taille moyenne, Adji Kaïré Ndack Cissé est une ancienne étudiante de l’Université Dakar Bourguiba à la section Ingénierie juridique, banque, assurance (Ijba) où elle a obtenu son Master. Diplômée, elle avait proposé ses services un peu partout, en vain. Alors qu’elle passait ses vacances à Casablanca, en 2014, elle a obtenu une proposition pour travailler dans un Centre d’appel dans cette ville. « Ce secteur marche à merveille au royaume chérifien », estime-t-elle.  Après y avoir passé trois ans, Adji Cissé dépose son curriculum vitae (Cv) à Royal Air Maroc (Ram). Il se trouve que le complexe hôtelier est une filiale de la Ram. Elle a ainsi été recrutée pour la supervision de la prestation des travailleurs du complexe hôtelier. Elle devient ainsi la première sénégalaise à occuper ce poste de manager qualité de service dans cet hôtel casablancais. « Notre préoccupation, c’est de satisfaire les clients. Nous sommes l’œil de la clientèle. Nous supervisons les prestations à l’accueil, à la restauration, à l’hébergement, à la technique, bref, tout ce qui permet à notre hôtel d’être plus attractif », explique-t-elle. Elle a également pour objectif l’augmentation du chiffre d’affaires de l’hôtel.

En dehors des rapports qu’elle transmet à sa hiérarchie, elle surveille l’image de sa structure via les réseaux sociaux, notamment la note décernée par les instruments de mesure de satisfaction de la clientèle. Après trois mois de service, son entreprise a une notation positive avec 8,2 sur 10.

A Casablanca, Adji Cissé travaille pour « se faire respecter, accepter et être aimable », même si, parfois, elle admet que l’intégration est « un peu difficile ». « Dès fois, nous faisons face à des humeurs que nous sommes obligés de gérer. Il faut faire preuve de dépassement et discernement », estime la manager qualité de service qui vient à peine de se marier. Elle vit avec son époux à Mohammedia, quartier situé à 15 minutes de Casablanca par train. A l’image de son collègue Lamine Dramé, elle conseille à ses concitoyens d’avoir une qualification professionnelle avant de tenter l’aventure marocaine pour pouvoir s’insérer professionnellement dans ce pays. Les centres d’appels, selon elle, sont aussi un autre secteur qui offre beaucoup d’opportunités. Adji Cissé note tout de même que c’est un travail trop exigeant. « Vous êtes tenus à des obligations de résultats. Beaucoup de Sénégalais y évoluent et ont la chance de décrocher des contrats juteux », assure-t-elle. A Mohammedia, une dizaine de Sénégalais s’activent dans ce secteur. Seulement, l’hôtellerie est moins stressante que ces centres d’appels.

Du chemin à parcourir
L’hôtellerie est un secteur porteur au Maroc. « C’est une activité en marche, malgré les menaces croissantes dans ce pays. Nous sommes en train de diversifier notre offre. Nous nous tournons vers la Russie, la Chine, le monde arabe, etc. », souligne un haut responsable de ce complexe hôtelier qui a requis l’anonymat. Avant de préciser qu’ils ont un projet de construction d’une succursale au Sénégal. Adji Cissé espère la réalisation du projet afin d’entamer un retour au bercail. « Si je peux avoir le même salaire qu’au Maroc, je préfère rester au Sénégal », assure-t-elle. Comparant le Maroc et le Sénégal, elle soutient que ce dernier a encore du chemin à parcourir dans beaucoup de domaines, notamment dans les infrastructures (la réalisation des tramways, par exemple). « Un pays ne peut se développer sans infrastructures de haute qualité », soutient Adji Cissé. Elle ajoute également que le coût de la vie est moins cher au Maroc qu’au Sénégal. Se débrouillant en arabe, langue la plus parlée au Maroc,  Adji Cissé veut s’y perfectionner, de même qu’en anglais. Pour l’instant, elle veut marquer de son empreinte. En attendant, cette jeune femme énergique, fonceuse, positive et persévérante travaille quotidiennement pour améliorer la qualité de service de sa structure. Elle est une inspiration pour d’autres jeunes sénégalais qui sont dans la diaspora. Son rêve, c’est de retourner au bercail pour servir son pays, pourvu que leur projet de création d’une succursale à Dakar se concrétise.

Souleymane Diam SY

Last modified on vendredi, 20 mai 2016 10:41

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