Maroc : Le savoir-faire sénégalais reconnu dans l’hôtellerie marocaine

17 Mai 2016
2442 times

Deux personnages, deux parcours et une ambition. Les Sénégalais Lamine Dramé et Adji Kaïré Ndack Cissé évoluent dans le secteur hôtelier marocain. Tous les deux travaillent dans un grand complexe hôtelier à Casablanca. L’homme est un « chasseur d’hôtel », la femme est responsable qualité service d’un complexe hôtelier. Leur ambition : rentrer au bercail pour servir leur pays. Leur employeur est en train de faire des démarches pour ouvrir une filiale au Sénégal. Nous avons rencontré nos deux compatriotes à Casablanca, à l’issue du Forum Crans Montana qui s’est tenu à Dakhla (Maroc), en fin mars 2016. Une rencontre où John Abraham Godson, Nigérian naturalisé Polonais, a été récompensé. Il est le premier député noir du Parlement polonais et l’une des fiertés de la diaspora africaine en Europe.

Lamine Dramé, « chasseur de clients » : Un digne ambassadeur dans le secteur hôtelier marocain
Lamine Dramé est un « chasseur de clients » dans un grand complexe hôtelier à Casablanca. Par son professionnalisme, il force le respect. Son employeur le considère comme son « fils ». Pour lui, Lamine Dramé, par sa loyauté et sa sincérité, fait partie des dignes fils et ambassadeurs du Sénégal à Casablanca.

Habillé d’un costume marron assorti d’un bonnet, Lamine Dramé, la trentaine révolue, est bien dans sa tenue d’hôtel. D’un abord facile, joyeux, « sympa » et serviable, il force le respect par sa disponibilité et son savoir-faire. Depuis quatre ans, il officie comme « chasseur de clients » dans un grand complexe hôtelier à Casablanca. Chasseur de clients, son rôle consiste à réserver un accueil chaleureux et digne de son rang aux clients mais aussi à les installer. Lamine est apprécié par ses collègues et ses supérieurs hiérarchiques. Son patron le considère d’ailleurs comme son fils. Il le comble de présents à l’occasion des fêtes musulmanes (Tabaski, Korité, etc.). S’il part en congé, il lui paie le billet d’avion Casablanca-Dakar. Pour le renouvellement de son séjour au royaume chérifien, le directeur du complexe hôtelier l’aide à s’acquitter de toutes les formalités. « Les Marocains considèrent les Sénégalais comme leurs frères. Ce sont des travailleurs ; ils sont ponctuels, corrects et responsables. Ils ont le savoir-faire pour réussir leur séjour au Maroc », témoigne un des hauts responsables du complexe hôtelier qui a requis l’anonymat.

Le déclic pour Lamine Dramé est la disparition de son père quelques années plus tôt. En tant qu’aîné de la famille, il pense que l’aventure marocaine est une solution pour assumer ses nouvelles responsabilités. Toutefois, dit-il, la traversée clandestine du Maroc vers l’Espagne ne l’a jamais effleuré l’esprit. A son arrivée, il ne voulait pas embrasser le métier d’hôtelier. N’ayant pas trouvé d’autres opportunités, il s’est rabattu sur ce secteur. Pour ce faire, il a d’abord suivi une formation accélérée de six mois dans le domaine de l’hôtellerie, avant d’être recruté par son nouvel employeur. C’est pourquoi il conseille aux jeunes sénégalais qui souhaitent tenter l’aventure marocaine d’avoir une formation qualifiante. « Seuls ceux qui disposent d’une qualification peuvent espérer une insertion professionnelle », assure-t-il. De l’avis de Lamine Dramé, les nombreux cas de chômage des Sénégalais au Maroc sont liés au manque de qualification. « Le Maroc dispose de beaucoup d’opportunités d’emplois pour les jeunes, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie et des télécommunications, précise-t-il. Certains considèrent l’Europe comme étant l’Eldorado, alors que ce n’est pas la meilleure aventure ».

Marié il y a de cela cinq ans, il ne se plaint guère de sa situation dans ce complexe hôtelier où il est bien rémunéré. Réservé et occupé du fait de son emploi du temps chargé, il s’informe peu de la situation de nos concitoyens établis au Maroc. A sa descente du travail, à 14 heures, fatigué, Lamine Dramé se préoccupe à aller se reposer puisqu’il se réveille à 5 heures du matin.

Auparavant, il échange par téléphone avec sa famille qui réside à Guédiawaye. « Parfois, il y a des faits qui se déroulent au Maroc sans que je ne sois au courant. C’est ma famille qui est restée au Sénégal qui m’informe », précise-t-il.

Adji Kaïre Ndack Cissé, manager qualité dans un complexe hotelier marocain : Une fierté à Casablanca
Nommée récemment manager qualité de service d’un grand complexe hôtelier à Casablanca, Adji Kaïré Ndack Cissé veut relever le défi lié à cette consécration qu’elle accueille avec beaucoup de modestie.

Adji Kaïré Ndack Cissé ne passe pas inaperçue dans les couloirs d’un grand complexe hôtelier à Casablanca. La Sénégalaise vient d’être recrutée, il y a trois mois, comme manager qualité de service d’un complexe hôtelier, non loin de l’aéroport international Mohammed V de Casablanca. Un poste stratégique. Une nomination que la native des Parcelles Assainies (Dakar) accueille avec beaucoup de modestie. Elle ne s’en enorgueillit point.

D’une noirceur d’ébène et de taille moyenne, Adji Kaïré Ndack Cissé est une ancienne étudiante de l’Université Dakar Bourguiba à la section Ingénierie juridique, banque, assurance (Ijba) où elle a obtenu son Master. Diplômée, elle avait proposé ses services un peu partout, en vain. Alors qu’elle passait ses vacances à Casablanca, en 2014, elle a obtenu une proposition pour travailler dans un Centre d’appel dans cette ville. « Ce secteur marche à merveille au royaume chérifien », estime-t-elle.  Après y avoir passé trois ans, Adji Cissé dépose son curriculum vitae (Cv) à Royal Air Maroc (Ram). Il se trouve que le complexe hôtelier est une filiale de la Ram. Elle a ainsi été recrutée pour la supervision de la prestation des travailleurs du complexe hôtelier. Elle devient ainsi la première sénégalaise à occuper ce poste de manager qualité de service dans cet hôtel casablancais. « Notre préoccupation, c’est de satisfaire les clients. Nous sommes l’œil de la clientèle. Nous supervisons les prestations à l’accueil, à la restauration, à l’hébergement, à la technique, bref, tout ce qui permet à notre hôtel d’être plus attractif », explique-t-elle. Elle a également pour objectif l’augmentation du chiffre d’affaires de l’hôtel.

En dehors des rapports qu’elle transmet à sa hiérarchie, elle surveille l’image de sa structure via les réseaux sociaux, notamment la note décernée par les instruments de mesure de satisfaction de la clientèle. Après trois mois de service, son entreprise a une notation positive avec 8,2 sur 10.

A Casablanca, Adji Cissé travaille pour « se faire respecter, accepter et être aimable », même si, parfois, elle admet que l’intégration est « un peu difficile ». « Dès fois, nous faisons face à des humeurs que nous sommes obligés de gérer. Il faut faire preuve de dépassement et discernement », estime la manager qualité de service qui vient à peine de se marier. Elle vit avec son époux à Mohammedia, quartier situé à 15 minutes de Casablanca par train. A l’image de son collègue Lamine Dramé, elle conseille à ses concitoyens d’avoir une qualification professionnelle avant de tenter l’aventure marocaine pour pouvoir s’insérer professionnellement dans ce pays. Les centres d’appels, selon elle, sont aussi un autre secteur qui offre beaucoup d’opportunités. Adji Cissé note tout de même que c’est un travail trop exigeant. « Vous êtes tenus à des obligations de résultats. Beaucoup de Sénégalais y évoluent et ont la chance de décrocher des contrats juteux », assure-t-elle. A Mohammedia, une dizaine de Sénégalais s’activent dans ce secteur. Seulement, l’hôtellerie est moins stressante que ces centres d’appels.

Du chemin à parcourir
L’hôtellerie est un secteur porteur au Maroc. « C’est une activité en marche, malgré les menaces croissantes dans ce pays. Nous sommes en train de diversifier notre offre. Nous nous tournons vers la Russie, la Chine, le monde arabe, etc. », souligne un haut responsable de ce complexe hôtelier qui a requis l’anonymat. Avant de préciser qu’ils ont un projet de construction d’une succursale au Sénégal. Adji Cissé espère la réalisation du projet afin d’entamer un retour au bercail. « Si je peux avoir le même salaire qu’au Maroc, je préfère rester au Sénégal », assure-t-elle. Comparant le Maroc et le Sénégal, elle soutient que ce dernier a encore du chemin à parcourir dans beaucoup de domaines, notamment dans les infrastructures (la réalisation des tramways, par exemple). « Un pays ne peut se développer sans infrastructures de haute qualité », soutient Adji Cissé. Elle ajoute également que le coût de la vie est moins cher au Maroc qu’au Sénégal. Se débrouillant en arabe, langue la plus parlée au Maroc,  Adji Cissé veut s’y perfectionner, de même qu’en anglais. Pour l’instant, elle veut marquer de son empreinte. En attendant, cette jeune femme énergique, fonceuse, positive et persévérante travaille quotidiennement pour améliorer la qualité de service de sa structure. Elle est une inspiration pour d’autres jeunes sénégalais qui sont dans la diaspora. Son rêve, c’est de retourner au bercail pour servir son pays, pourvu que leur projet de création d’une succursale à Dakar se concrétise.

Souleymane Diam SY

Last modified on vendredi, 20 mai 2016 10:41
Rate this item
(0 votes)


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.