Diplômés et Managers en Occident : Comment faire revenir les talents en Afrique

14 Jui 2016
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L'esprit perdu de Bandung
« Tu sais, ils nous appellent les moches », s'indigne, avec une pointe de résignation, une jeune franco-sénégalaise. L’objet de son indignation, dont on peut raisonnable avoir des doutes sur le fond du propos, est une publicité qui a tant fait parler ces dernières semaines où on voit un homme noir poussé dans une machine avant qu’en ressorte un Asiatique à la peau claire. Ne pas se voiler la face est de reconnaître que si une telle publicité arrive dans les écrans chinois, cela veut dire qu’il existe un vrai problème de racisme anti africain dans ce pays continent. Pourtant la diaspora chinoise est la première en Afrique ; elle est estimée à plus d’un million de membres.

Dans l’imaginaire collectif de certains, la beauté est blanche. Ce n’est d’ailleurs pas une idée dont les Asiatiques ont le monopole. Si dans l’Empire du Milieu, le pouvoir central du roi ne doit jamais dépasser la haie de bambou du village, il semble que dans la Chine moderne la beauté n’a pas traversé les frontières africaines pour s’incarner en noir. Une hiérarchie de la beauté qui rappelle, à bien des égards, les préjugés cachés sous le drapeau de la science de Ptolémée, d’Ibn Khaldun, Al Idrissi, le géographe arable du roi Roger II d’Espagne, de Bodin, ou encore Montesquieu qui ont tous, à un moment, eu à évoquer la théorie des climats qui faisait des africains les moins beaux, les moins intelligents mais aussi les plus dépourvus de vertu parmi tous les êtres humains. Les survivances de cet imaginaire collectif a dépassé le Moyen-âge pour devenir contemporain. Juste après les indépendances, les étudiants communistes africains, bénéficiant de bourses afin de poursuivre leurs études supérieures dans le pays de Mao, rentraient avec diplômes mais aussi des récits poignant sur le racisme dans « le pays frère ». Certes, l’ignorance est la mère de tous les vices mais dans la péninsule indienne, un véritable sous continent avec plusieurs pays (Bhoutan, Népal Pakistan, Inde, Bengladesh, Sri Lanka) où vit les Dravidiens, ces populations asiatiques à la peau noire et aux cheveux lisses, l’excuse ne tient pas. « Karopa », pour dire noir en Tamoul, n’est pas toujours teinté du sceau de l’amabilité.

En France, autre lieu de coexistence du fait des multiples vagues d’immigration, les choses ne sont pas simples. Ce substrat de racisme ancré chez certains parents de première génération d’immigrés asiatiques suinte comme une fosse à purin dont les néfastes effluves cassent l’harmonie familiale qui unit les fils d’immigrés venus d’Afrique et d’Asie.

La situation des noirs dans beaucoup de pays asiatique n’est pas des plus reluisant. La récente mort d’un professeur Congolais en Inde est un énième fait divers tragique avec les ratonnades régulières d’un autre âge dont sont victimes les africains (hommes d’affaires, étudiants ou simples migrants).

On est loin de la conférence de Bandung, en Indonésie, de 1955 au cours de laquelle, colonisés africains et asiatiques se tenaient par la main pour construire un destin et un avenir commun face à la colonisation. Pourtant, il y a une collaboration économique dynamique entre pays asiatiques et africains. La Chine est devenue un vrai challenger pour concurrencer Français et Anglais en Afrique de l'ouest et au Maghreb comme en Algérie. Elle est le 1er exportateur de matières premières en Afrique. Ce sont des échanges qu’on aimerait se poursuivre sur d’autres terrains comme celui dans la culture et de la tolérance. De quoi assurer la survie de l'esprit de Bandung.

Par Moussa DIOP

Last modified on mardi, 14 juin 2016 15:18
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