Macky Sall et l’investissement productif de la diaspora

14 Jui 2016
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En visite officielle à Paris (du 31 mai au 2 juin), Macky Sall a axé son déplacement sur la diplomatie économique avec des audiences accordées à des chefs d’entreprises, une rencontre avec le patronat français et une invitation au comité directeur de l’Ocde. « La diaspora sénégalaise envoie 2 milliards de dollars Us par année », déclare-t-il à la tribune de l’Ocde. « Le Soleil Diaspora » a saisi l’occasion pour l’interroger sur les investissements productifs des Sénégalais de l’étranger qui sont estimés à 5% par certains experts de la diaspora. Réponse de Macky Sall.

« Il est difficile de dire que seuls 5% sont des investissements productifs. On le sait, les Sénégalais de l’extérieur investissent beaucoup dans le domaine de l’habitat. L’habitat n’a pas le même facteur, n’a pas le même effet-levier que l’investissement dans l’entreprise, mais c’est également une manière d’investir dans le bâtiment. Ce qui fait travailler du monde. Ce qui génère de l’emploi et de la croissance. Cela dépend de comment les calculs sont faits, mais je ne dirai pas que seuls 5% sont orientés vers le secteur productif. Toutefois, nous pouvons améliorer l’investissement de nos compatriotes de l’extérieur en leur donnant des assurances sur la sécurité des investissements. Mais la première difficulté est que les Sénégalais de l’extérieur travaillent et envoient de l’argent au pays aux frères, aux cousins ; il n’est pas évident que cet argent soit sécurisé. C’est le premier obstacle. Qui pour fructifier ces ressources ? Parce que celui qui n’a pas participer dans la production de la richesse et qui se retrouve être gardien de sommes d’argent, s’il n’est pas très sérieux, je pense qu’il y a peu de chance qu’il fructifie correctement ces ressources. Il y a eu des conflits familiaux. Certains préfèrent gérer eux-mêmes ou investir dans le bâtiment en faisant de la location. C’est moins risqué. On peut réfléchir sur d’autres modes. »


Journée du Sénégal à Rungis (Paris) : Le Port de Dakar à l’école du premier marché européen
cheikh kanteEn cette fraîche matinée, l’horloge de la tour administrative du marché international de Rungis indique 4h20. Après près d’une demi-heure d’attente, la délégation sénégalaise du Port autonome de Dakar entame la journée Sénégal au marché international de Rungis, le premier en Europe. Pour une première, le PAD a réussi son essai.

« Le monde appartient à ce qui se lève tôt ». Cheikh Kanté, Dg du Port autonome de Dakar, rappelle l’adage en ce 10 mai, journée du Sénégal au marché international de Rungis. Situé à 7 kilomètres de Paris, Rungis a accueilli le Pad et ses partenaires pour nouer un axe fort Paris – Dakar afin d’augmenter les exportations sénégalaises en produits halieutiques, horticoles et agricoles.

En effet, il aura fallu un réveil plus tôt qu’à l’accoutumée pour emprunter les allées, hangars et compartiments du premier marché européen et « peut-être même mondial avec ceux de Sao Poulo (Brésil) et de Mexico (Mexique) », pour Francis Lefèvre, la mémoire vivante et secrétaire général de Rungis. A pied et en bus, les pavillons défilent : La Marée, le terminal ferroviaire, les produits carnés (triperie, viande, volaille), laitiers, fruits et légumes, fleurs.

La visite se termine à l’espace Rungis aménagé aux couleurs du Sénégal avec des expositions de produits sénégalais et une séance plénière ponctuée de prises de paroles d’officiels. « C’est un jour exceptionnel pour Dakar et Paris à travers Rungis. Nous envisageons de faire une connectivité interne pour ne plus voir des mangues qui pourrissent en Casamance, par exemple, mais aussi une connectivité externe sur les produits halieutiques, transportés en temps réel à Rungis et à Dunkerque », poursuit le Dg du Pad. Avec des hausses importantes sur les exportations depuis deux ans (35% sur les produits horticoles), Cheikh Kanté trouve, toutefois, que le Sénégal peut encore faire mieux. « C’est un peu faible ce que nous sommes en train de faire. Nous devons à travers des modèles économiques cohérents conquérir des marchés. Il faut du qualitatif et du quantitatif ». Ces deux adjectifs qualifient le marché de Rungis avec ses 230 hectares aménagés pour réceptionner les exportations du monde entier.
 
« Les produits sénégalais sont des trésors »
« Haricots, mangues et tous les produits tropicaux sénégalais nous intéressent, assure Stéphane Layani, président du marché international de Rungis dont le chiffre d’affaires annuel est de 9 milliards d’euros. Les produits sénégalais sont des trésors pour nous. Nous sommes demandeurs de produits de contre-saison. C’est la logistique qui fait le produit. La valeur, c’est l’ensemble des filières qui part des agriculteurs, des distributeurs, des ports et les infrastructures ». A travers la charte de partenariat, mis en place depuis deux ans, avec le Port de Dunkerque, le Pad envisage de faire du nord de la France son point le plus avancé en Europe pour jouer un rôle important dans les exportations sénégalaises. « Dunkerque est le plus grand port fruitier de France », rappelle François Soulier, le président du conseil de surveillance du Port de Dunkerque. Nos deux ports sont liés par deux lignes maritimes directes. L’objectif est de créer un port dakarois à Dunkerque pour les produits sénégalais. Ce qui permettra aux producteurs sénégalais de distribuer en Europe.

Ils sont en forte augmentation mais Dunkerque pourrait permettre une croissance plus forte de produits sénégalais ». Pour Cheikh Kanté, le Sénégal est encore capable de produire et d’exporter en plus grande quantité. « Il faut que nous revoyions nos ambitions à la hausse ». Pour cela, le Dg du Pad pense trouver la solution en répondant favorablement au souhait de Stéphane Layani qui propose de « faire la même plateforme que celle de Rungis à Dakar ».

« Nous allons nous battre pour que le Sénégal puisse avoir un Rungis en miniature. Les différentes étapes de sa mise en place sont d’abord une invitation de Stéphane Layani et de son équipe à Dakar. Nous allons, ensuite, organiser un séminaire d’évaluation pour analyser et mettre à profit tout ce que nous venons de voir ».

Malick Diop, Dg Asepex : « Le marché d’intérêt commun de Diamniadio peut jouer le rôle de Rungis »
malick diop asepexQuel est l’état des exportations sénégalaises ?
« Le Sénégal est, aujourd’hui, à plus 13% d’augmentation de ses exportations. Ce qui fait 1.370 milliards de FCfa. Le secteur halieutique est en tête des exportations sénégalaises suivi par les produits agricoles transformés puis l’agriculture et l’horticulture. Nous avons des zones majeures pour l’exportation. L’Europe constitue 22% des exportations sénégalaises. Nous travaillons à la promotion des exportations mais aussi à la qualité des l’offre exportable. Pour cela, il faut aller là où les échanges se font, d’où notre présence à Rungis.

 Avez-vous atteint vos objectifs annuels ?
Sur les produits horticoles, il y a eu plus de 35% de croissance sur les deux dernières années. Nous sommes passés de 87.000 tonnes à 92.000 cette année. L’objectif en 2017, c’est d’être à 157.000 tonnes. Pour cela, il faut travailler dans la qualité de l’offre.

ans le Pse, il y a une prévision d’une augmentation de 10% chaque année pour les exportations.

 Est-il possible de faire de Dakar le Rungis africain ?
C’est possible. Le Sénégal exporte 40% dans la zone sous-régionale. Le marché d’intérêt commun qui est en train d’être mis en place à Diamniadio peut jouer ce rôle. On ne peut pas exporter ce qu’on ne produit pas. Le Sénégal est connu pour avoir 700 kilomètres de côtes. Les produits halieutiques seront très importants dans cette stratégie.

Le futur terminal fruitier du Pad devrait aider à la réalisation des objectifs…
La mise en place du terminal fruitier va permettre d’accélérer les échanges avec les pays partenaires. Il y a un partenariat entre l’Agence sénégalaise de promotion des exportations et le Port autonome de Dakar. Au-delà de la France et de l’Europe, nous avons doublé nos exportations vers les Etats-Unis, la Chine ou le Qatar. »

Francis Lefèvre, secrétaire général du marché international de Rungis : « Pour pénétrer le marché européen, il faut valoriser les produits »                                                                                                                                               francis lefevreAffable sur l’histoire, la mise en place, le fonctionnement, les chiffres et objectifs du marché international de Rungis, Francis Lefèvre a guidé la visite de la délégation sénégalaise de 4 heures à 9 heures du matin.

Comment pourriez-vous présenter le marché de Rungis ?
« C’est le premier marché de gros en Europe, le 1er marché frais en Europe. Le marché regroupe 1.200 entreprises et 12.000 salariés. Il a un chiffre d’affaires annuel de près de 9 milliards d’euros. Il fait 230 hectares, c’est plus grand que Monaco avec un budget supérieur à la ville de Paris. Avec la délocalisation des Halles de Paris, Rungis regroupe tous les petits commerces dans un rayon de 50 kilomètres. Les produits, particulièrement les fruits et légumes, viennent de France et des pays du sud, notamment d’Afrique. Les clients proviennent de la région parisienne (65%), du reste de la France (25%) et de l’exportation (10%) principalement vers les pays du nord (Royaume uni, Benelux et Allemagne).

Pour pénétrer le marché européen, les produits sénégalais doivent-ils s’améliorer ?
L’amélioration des produits est souhaitée, mais il faut d’abord valoriser les produits. Il ne suffit plus d’avoir de bons produits. La valorisation passe d’abord par le mode de distribution et le conditionnement.

Que pensez-vous d’un futur partenariat Dakar - Rungis ?
Rungis a un savoir-faire inégalé, la France ayant des liens privilégiés avec le Sénégal, il est normal qu’on puisse travailler ensemble. Il faut bien l’organiser.

Nous développons désormais des contrats de licence, c’est-à-dire nous accompagnons pendant une quinzaine d’années des marchés afin de les mettre en place. On les conçoit, les crée et les gère avec nos partenaires pour leur mise en place. »

Last modified on mardi, 14 juin 2016 13:59
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