Les Sénégalais au cœur des « deux France »

30 Jui 2016
1967 times

Le Sénégalais est un être hybride avec une grande capacité de s’adapter à l’environnement d’accueil ou de passage tout en gardant les spécificités qui font son Adn. La laïcité française, très différente de celle du Sénégal, interpelle d’abord le primo arrivant sénégalais. Il finit par s’habituer à allier Ramadan et non aménagements des horaires de travail ou de cours. Contrairement au Sénégal où on peut allégrement faire sa prière sur son lieu de travail au vu et su de tout le monde, en France, c’est interdit par la laïcité qui y a court.

Définie par Albert Jacquard, elle « est l’acceptation de toutes les opinions et de tous les comportements qui savent respecter l’autre ». C’est le fruit d’un long processus de maturation qui avait pour but de « mettre fin à l’existence de « deux France » », selon Jean Baubérot, le grand spécialiste des questions de laïcité en France. « Deux France » qu’on résumait entre catholique et protestants au Moyen-Âge, puis entre croyants et laïcs pour la période contemporaine.

Au Moyen-Âge, la société française obéissait aux règles de l’Eglise chrétienne. De l’instauration du gallicanisme par Philippe le Bel (1268 – 1314) avec des conséquences néfastes sur les minorités juives et protestantes à l’Edit de Nantes (1598) qui protégeait les adeptes du protestantisme à sa révocation (1685) occasionnant leur massacre, le Moyen-Âge français est marqué par des tourments religieux. Aux premières années de la Révolution (1789 – 1791), la liberté de conscience et de culte est proclamée avant que les religions ne soient combattues en 1793 par une séparation, sur le principe de l’Eglise et de l’Etat. C’est la continuité des « deux France ».

Avec le concordat de 1802, Napoléon instaure un régime pluriel des « cultes reconnus ». Autant à la Restauration qu’à la IIe puis IIIe  République, anti et pro cléricaux continuent de s’opposer sur la place de la religion. C’est la loi de la séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 qui, en mettant fin au Concordat avec Rome, devait apaiser les tensions entre pouvoir spirituel et exécutif. Depuis lors, cette loi, fondement de la laïcité française, a été revisitée plusieurs fois. Sous la IV puis V République, les écoles confessionnelles bénéficient du financement de l’Etat français (jusqu’à 80% à partir de 1959) à condition qu’elles passent un contrat avec l’Etat sur le respect des programmes de l’enseignement public, ce qui leur permet d’avoir des activités religieuses.

Durant toute cette période, le catholicisme était dans le viseur des défenseurs de la laïcité à la française. A partir de la fin des années 1980, la donne va changer avec l’arrivée à l'école des enfants issus des premières générations d’immigrés.

Parmi eux, beaucoup viennent de l'Afrique de l'Ouest et du Maghreb. Le port du voile dit islamique est présenté comme n’étant pas incompatible avec la laïcité mais peut le devenir avec un certain nombre de comportement : prosélytisme, refus des cours sur la sexualité. Ainsi, les années 2000 sont marquées par un retour des « deux France » avec un changement notable du fait de la présence des Français musulmans en majorité issus de l'immigration. A la suite des attentats du 11 septembre, les débats sur l’incompatibilité de l’Islam et de la République reviennent régulièrement au cœur de l’actualité. Les hommes politiques ont pliés sous les coups de boutoir d’une certaine opinion avec la loi du 15 mars 2004 qui interdit le port de signes ostensibles à l’école publique. En clair, le port du voile musulman. La boucle, pour le moment, est bouclée avec la loi du 20 octobre 2010 qui interdit le port du voile intégral dans l’espace public. Se retrouvant au cœur de ces « deux France », l’homo senegalensis, fort en adaptation, se plie à la loi tout en trouvant des solutions. Pour l’enseignement religieux des enfants, à défaut d’avoir toujours les moyens de les inscrire dans les écoles confessionnelles aux prix exorbitants, le système D est mis en place. Le cas d’associations comme le Bol d’Or du 18ème arrondissement de Paris peut être cité en exemple, avec un maître coranique venant tous les dimanches pour l'enseignement des enfants.

Pendant le Ramadan, être productif en entreprise malgré les 18 heures de jeûne quotidien est une nécessité sans aménagement d’horaires de travail, ni d’entorse sur l’injonction de ne pas prier sur son lieu de travail ou encore de mettre des chants religieux dans les quartiers. C’est cela aussi concilier foi et loi.

• Par Moussa DIOP

Rate this item
(0 votes)


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.