Boubou Mbow, expert en marketing et « business development » : « Contrôler les flux financiers des émigrés »

30 Jui 2016
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Sénégalais vivant aux Etats-Unis depuis 17 ans, Boubou Mbow est aujourd’hui le directeur du département Afrique de l’une des quatre plus importantes sociétés de transfert d’argent des Etats-Unis. Selon lui, si le Sénégal veut profiter de sa diaspora, il doit pouvoir contrôler les flux financiers des émigrés qui injectent, chaque année, près de 1.000 milliards de FCfa dans le pays. Il prenait part à la rencontre des experts et hommes d’affaires nationaux et de la diaspora qui s’est tenue du 6 au 7 juin dernier.

Quels sont les enjeux de ce forum ?
A travers ce forum, nous cherchons, en tant que Sénégalais de l’extérieur, à apporter notre contribution au développement de notre pays. La diaspora contribue vivement au développement du Sénégal. Nous représentons près de 13% du Produit intérieur brut (Pib). L’année dernière, les Sénégalais de la diaspora ont envoyé près 1000 milliards de Fcfa. Mais tout cet argent est investi dans les ménages. Nous cherchons une solution pour que ce flux financier puisse être contrôlé. Nous allons aussi voir comment la diaspora peut autofinancer ses projets.

La possibilité existe. Le Nigeria collecte 22 à 25 millions de dollars de commission sur les transferts entrants chaque année. Au Sénégal, si une commission de 0,5% était retenue des transferts, l’Etat pourrait collecter entre 15 à 20 milliards de Fcfa chaque année. Cet argent pourrait être réinvesti dans le domaine immobilier par exemple si l’on sait que la diaspora a aujourd’hui un énorme problème de logement. C’est fort de tous ces constats que nous sommes venus aujourd’hui présenter un projet. Nous voulons montrer à l’Etat que la diaspora a des idées, qui, si elles sont mises en œuvre, peuvent apporter quelque chose pour le développement du pays en général. Aujourd’hui, l’Etat ne collecte rien de toute cette manne financière que les émigrés envoient. Vu que nous sommes inclus dans le Programme Sénégal émergent (Pse) nous avons l’obligation d’apporter notre expertise pour accompagner ce projet.

Est-ce qu’il y a un début de mis en œuvre de toutes ces idées que vous développer?
Le document technique est déjà disponible. J’ai entendu le Premier ministre dire ce matin (Ndlr : lundi 06 juin) « savoir qui », mais moi je dirai « savoir avec qui ». Au Sénégal, il se pose un problème d’accès aux autorités. En tant qu’expert, quand tu as un projet, tu dois savoir qui contacter pour le présenter. Cela fait quatre ans que nous travaillons sur ce projet mais jusqu’à présent nous n’avons pas réussi à trouver la personne indiquée à qui nous devons nous adresser. Nous n’allons pas présenter le document à n’importe qui de peur de le retrouver à jour dans un autre lieu. C’est pourquoi nous avons gardé le projet par précaution.

Je fais parti de l’équipe technique qui a conçu le projet au Nigeria.

J’ai eu à travailler avec des Nigérians de l’extérieur et le gouvernement du Nigeria. Ils sont aujourd’hui en train d’exploiter ce projet. Pourquoi pas nous au Sénégal ? Parmi les contraintes que rencontrent les Sénégalais de l’extérieur, nous avons aussi l’accès à l’information. Nous avons des ambassades et les consulats, mais ils sont plus concentrés sur autres choses que de donner des informations aux Sénégalais de la diaspora. II y a aussi la lenteur administrative.

Nous demandons que les autorités ouvrent davantage leurs portes et communique un peu plus.

Dans le projet de reformes constitutionnelles qui a été soumis au peuple lors du dernier referendum, le gouvernement veut que la diaspora soit représentée à l’Assemblée nationale. Qu’en pensez-vous ?
C’est une très bonne idée même si techniquement je ne sais pas encore comment ça va se passer avec les 3,5 millions de Sénégalais qui sont à l’extérieur du pays. J’ai toujours dit que ce sont les émigrés qui connaissent les problèmes de l’émigration. Ce sont eux qui peuvent défendre correctement les dossiers des Sénégalais de l’extérieur. Quand on veut défendre quelque chose, il faut d’abord la connaitre. On ne peut pas prendre une personne qui a fait le collège et l’université au Sénégal pour la nommer directeur des Sénégalais de l’extérieur. Si on veut aller plus loin, on doit choisir parmi les Sénégalais de l’extérieur pour ce genre de poste. Malgré que nous soyons des « Modou Modou », nous sommes aussi des intellectuels et pouvons apporter beaucoup de chose à l’Etat. Je pense même que la diaspora peut avoir son propre département ministériel dirigé par un Sénégalais de l’extérieur.

Ndiol Maka SECK

Last modified on samedi, 09 juillet 2016 19:49
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