Décret anti immigration : « Trumpés » par l’Amérique, les Sénégalais paniquent

07 Mar 2017
3923 times

Comme un personnage d’un film de Tim Burton, la moumoute « orangeatre », lisse avec une coiffure improbable va de paire avec la cynique mise en scène de sa prise de main de « commandant en chef ». Donald Trump ne laisse personne indifférent, surtout les immigrés sénégalais établis aux États-Unis. Il est craint, méprisé, haïs ou même donné en exemple par les conservateurs africains. Un mois et demi après son investiture, le 45ème président américain a signé, hier, son deuxième décret anti immigration après les ratés judiciaires du premier qui lui ont valu une suspension. Dorénavant, ce sont les ressortissants de l’Iran, de la Lybie, de la Somalie, du Soudan, de la Syrie et du Yémen qui sont toujours ciblés par l’interdiction d’entrée sur le territoire américain. Cependant, les détenteurs de visas et « cartes vertes », même provenant de ces pays, ne sont pas concernés par la mesure qui va entrer en vigueur le 16 mars prochain. Pour la diaspora sénégalaise, les 130 expulsés des États-Unis ont semé le trouble. Des Sénégalais vivants aux États-Unis témoignent.

AMARY NDIAYE ETUDIANTE EN INFORMATIQUE A SAN FRANCISCO : « Les autorités nigérianes et camerounaises nous informent des précautions à prendre »
Amary Ndiaye Etudiante USAArrivée aux Etats-Unis en 2011, Amary Ndiaye est étudiante en 5eme année. Elle suit un Bachelor en Informatique et Réseaux à San Francisco.

Que vous inspire l’élection de Donald Trump comme nouveau président des Etats Unis ?
C’est une victoire qui nous a tous surpris. Après son investiture, nous avons remarqué beaucoup de changements dans les lois concernant l'immigration.

En tant que étudiante, êtes-vous concernée par ces mesures migratoires prises par Trump ?
Tant que je suis en règle, je ne me vois pas trop concernée par ces mesures. En revanche, je suis consciente qu’au vu de la situation actuelle, si je devenais illégale dans le futur, il y a de fortes chances que je sois expulsée.  
 
Avez-vous ressentie des changements dans votre université ou dans votre lieu de travail ?
Oui, il y a de la peur et de la panique chez les immigrés en situation irrégulière ainsi que chez les réfugiés.
 
Avez-vous été contactée ou informée par le consulat ou l’ambassade du Sénégal sur la situation actuelle ?
Non !
 
Ou, alors, prenez vous vos infos ?
J'ai reçu des messages venant du consulat du Nigeria, du Cameroun et de quelques avocats américains. Ce sont eux qui nous informent sur les précautions à prendre au cas où l’on se ferait arrêter par Ice, qui est la police d’immigration.

Mista AW, correspondant aux Etats-Unis

LAMINE D, 38 ANS, ANCIEN ETUDIANT : « On attend de voir ce que l’avenir nous réserve »
Ce Sénégalais de 38 ans vit aux Etats-Unis depuis 6 ans. Il regrette le temps « de la démocratie » sous Obama. L’avènement de Trump a chamboulé sa vie.

Que vous inspire la victoire de Trump ?
Dégoût, peur, colère. Je n’arrive toujours pas à croire que les Américains ont osé élire quelqu’un de si raciste.
 
Quelle est votre situation ? Avez-vous la carte verte ?
(Sourire gêné)… Non, je suis un illégal. Je suis venu en tant qu’étudiant mais j’ai abandonné l’université faute de moyens. Depuis ma situation s’est dégradée. Là, je n’ai même plus de permis de travail.
 
Comment travaillez alors ?
Un de mes cousins m’avait prêté ses documents pour travailler mais la venue de Trump a tout changé. Là, je ne peux plus travailler avec ses papiers parce que c’est trop dangereux. Il a peur et m’a demandé d’arrêter d’utiliser ses papiers.

L’élection de Donald Trump est une véritable calamité pour vous alors ?
Plus qu’une calamité. Maintenant, j’ai même peur de fréquenter certains endroits parce que je me dis qu’un policier peut m’arrêter dans la circulation et me demander si j’ai des papiers légaux. Il parait que c’est arrivé à des latinos qu’on a ensuite déportés.
 
Comment la communauté sénégalaise de votre ville vit-elle la situation actuelle ?
Nous vivons avec la peur et la panique mais nous sommes impuissants, que faire d’autres que d’attendre de voir ce qui va se passer. Au Congrès, des rumeurs ont fusé qu’il se pourrait que Trump accepte une légalisation des immigrés donc, on attend de voir ce que l’avenir nous réserve.

M.AW, correspondant aux Etats-Unis

TEMOIGNAGE DE KATE NDIAYE, SENEGALO-AMERICAINE : « Le discours anti-musulman est de plus en plus toléré »
Kate NdiayeKate pour les intimes, Khady Gaye Ndiaye est née à New York mais a passé toute son enfance à Mbour, où elle a eu son « Baccalauréat à l’âge de 16 ans ». Sur les conseils de sa mère, elle est retournée dans son pays natal afin d’y poursuivre ses études supérieures.

Depuis l’élection de Donald Trump en novembre 2016, la parole raciste s’est un peu plus libérée aux Etats-Unis. « La présidence de Trump a beaucoup changé l’environnement racial aux Etats-Unis, pour la jeune sénégalo-américaine qui reconnaît, toutefois, « que le racisme a toujours existé dans ce pays ».  Même si elle signale être revenue « dans le pays de la « liberté » pendant la présidence de Barack Obama, qui avait une approche totalement différente de celle de Trump ». A son retour, Kate Ndiaye a d’abord vécu dans « le Maryland de 2011 à 2013, avant de changer d’université pour rejoindre New Jersey City University dans le New Jersey », où elle effectue une licence en gestion d’entreprise. La jeune femme de 23 ans pense que les immigrés sont « considérés comme des voleurs d'emplois. Trump a réussi à installer un climat de tensions, notamment à l’égard des immigrés. Cette situation est déplorable parce qu'elle augmente les chances des Américains à être embauchés, alors qu'elle réduit celle de ce ceux qui sont originaires d’Afrique ».

L’arrivée de Trump a divisé le pays en deux avec les « pro » et les « anti » 45ème président des Etats-Unis. « J'ai malheureusement perdu certains de mes amis de couleur blanche, qui ne partageaient pas mon point de vue sur les ordres exécutifs de Trump et ses décisions radicales ». Kate Gaye Ndiaye a « l'impression qu'il est devenu plus difficile de vivre dans ce pays depuis l’élection de Trump. La plupart des immigrés ne rêve que d’une chose : rentrer au bercail. Malheureusement, cela est plus facile à dire qu’à faire. Repartir les mains vides représente l’un des principaux facteurs qui influencent les Sénégalais à ne pas rentrer ».

Après une campagne électorale dont l’un des thèmes phares fut l’immigration, « le président s'est engagé, en février 2017, à expulser les millions d'immigrants illégaux. Depuis cette annonce, nombreuses sont les familles qui vivent dans une hantise constante. Chaque jour, en rentrant chez moi, je me pose la même question : Que nous prépare Trump ? Je me souviens avoir reçu, il y a quelques jours, un message de ma cousine, dans lequel elle me demandait si j'avais mon passeport parce qu'ils déportaient (expulsaient, ndlr) des gens dans le Bronx. Même si je suis Américaine, et elle le sait, elle vit dans l’inquiétude comme le reste d’entre nous ».

L’apport des immigrés
Dans cette chasse aux immigrés qui ne porte pas encore son vrai nom, l’Amérique de Trump oublie ce qu’elle doit aux immigrés. Kate Gaye prend l’exemple du domaine de la santé où « vingt-huit pourcent (28%) des médecins sont des immigrants et l'Amérique est déjà à court de médecins. Avec les interdictions d'immigration de Trump, nous verrons une diminution drastique de ce pourcentage. D’après les écoles de médecine, l'ordre de Trump rend encore plus difficile le recrutement de médecins pour travailler dans les hôpitaux. Cela entraînera un ralentissement des progrès scientifiques, car les spécialistes chercheront un emploi ailleurs. Les choses deviennent beaucoup plus difficiles avec ce nouveau gouvernement républicain ».

Dans ce contexte, être musulman pourrait être synonyme de cumul de handicaps si l’on voulait tomber dans un cynisme de mauvais goût. « Je suis une fière musulmane vivant aux États-Unis. Aujourd'hui, le discours anti musulman est de plus en plus toléré dans ce pays ». Toutefois, Kate Gaye note que « l'hostilité américaine envers l’Islam et les musulmans n'a pas commencé avec Trump, cela a simplement empiré et sera toujours présente. Au cours de sa campagne, il a promis d'expulser la majeure partie des musulmans. Il a tenu sa promesse en signant un décret interdisant l'entrée aux États-Unis des ressortissants de certains pays pendant une période de 90 jours ».

Une décision qui n’est pas sans conséquence dans l’appréhension négative qu’ont les Américains de l’Islam. « Il est difficile de vivre dans un pays où vous êtes étiquetée comme une menace simplement à cause de votre religion, regrette Kate Gaye. Mon père m'appelle toujours pour me dire d'être prudente avec mes publications sur les réseaux sociaux parce qu’«ils » nous surveillent. Nous ne pouvons pas laisser Trump et son gouvernement nous décourager, et nous empêcher de réaliser notre rêve américain ». La jeune américaine d’origine sénégalaise hésite à rester aux Etats-Unis après la fin de ses études, dans deux mois. Une hésitation qu’elle tempère : « On ne sait jamais. Si cela change, j’y repenserai ». C’est cela aussi le rêve américain.

NDEYE FANTA N : « Rien n'est garanti dans cette ère Trump »
Ndèye Fanta NLa quarantaine révolue, Ndèye Fanta N. vit à Philadelphie, aux Etats-Unis, depuis 20 ans. Voilée, elle est directement confrontée aux premières expulsions.

Que vous inspire l’élection de Donald Trump ?
Le désarroi, l'incertitude, la peur.

Etes-vous sans-papier ?
Non, je suis naturalisée Américaine.

Avez-vous quand même peur de la situation actuelle ?
Rien n'est garanti dans cette ère Trump, si tu n'es pas blanc et chrétien. Le fils de Muhammad Ali, le légendaire boxeur, Muhammad Ali Jr. a été retenu pendant des heures par les services de la douane. Il est né américain, aux Etats-Unis en 1972 ainsi que toute sa famille, et cela depuis des générations remontant à la Traite négrière. Ils ne connaissent aucun autre endroit que cette terre d'Amérique. Si lui a été retenu, qui est à l'abri ? Ibtihaj Muhammad, la célèbre championne d'escrime qui a défendu les couleurs des Etats-Unis aux Jeux olympiques, a aussi été retenue par les services de douane pendant des heures. Si elle n'est pas épargnée, qui va l'être ? Tous les deux, n'ont qu'une chose en commun : être Musulman. Je suis d'autant plus concernée que je me voile, selon les préceptes de l'Islam, de même que mes filles.

Avec toutes les attaques contre l’Islam du 45ème président, nos lendemains sont très incertains. Tu sors de ta maison pas du tout sûre de ton retour sain et sauf. Plus d'une fois, j'ai été victime d'attaques islamophobes. Juste ce vendredi (24 février, ndlr), comme je sortais de mon lieu de travail, deux Blancs, dans un fourgon, ont sifflé pour attirer mon attention, et quand je me suis tournée, ils ont hurlé « rentre chez toi! » Cependant, il ne faut pas faire d’amalgame car si certains sont ignorants, d’autres sont respectueux et même très courtois. Il y a des jours où des gens courent pour m’ouvrir la porte d'une boutique. Ils vont même jusqu'à faire une révérence ou donner de l'argent aux enfants. Il y'a toujours de bonnes personnes, « Alhamdulillah ».

Avez-vous de nouvelles ou signe de la représentation diplomatique sénégalaise dans votre ville ?
J'ai eu à appeler le consul (il y a quelques jours, ndlr) pour le cas de mon jeune frère. Le consul a été sympathique et a pris le temps de m'écouter, mais il n'y a pas eu de suivi.
Qu’est-il arrivé à votre frère ?

Mon frère a été jugé et condamné pour un crime qu'il n'a pas commis (Ndèye Fanta n’a pas souhaité évoquer ce que la justice américaine reproche à son frère, ndlr).
Il devait sortir de prison depuis un an, Ice, la police de l'immigration, le retient toujours. Actuellement, il est en Arizona avec 94 autres Sénégalais en voie d’être déporté (finalement il fait partie des 130 sénégalais expulsés ce week end, Ndlr). D’après mon frère, le consul n’est toujours pas venu leur rendre visite. Quelque chose doit être fait pour ces enfants du Sénégal qui sont détenus dans des conditions précaires. Il faut que nos dirigeants fassent comprendre aux Etats-Unis qu'ils ont autant besoin de nous, que nous d'eux.

Mista AW, correspondant aux Etats-Unis

SYLVIANE DIOUF, HISTORIENNE : « Au 16ème siècle, les musulmans Wolofs étaient déjà interdits d’Amérique »
Sylviane DioufInterdire aux musulmans de venir en Amérique a déjà existé. C’est le rappel fait par l’historienne Sylviane Diouf. De père Sénégalais et de mère Française, grandie en France, elle a également vécu à Dakar avant de s’installer aux Etats-Unis depuis 30 ans où elle est directrice d’un centre de recherche historique.

« Les premières interdictions datent du tout début du 16ème siècle », note Sylviane Diouf, directrice, depuis 15 ans, du Lapidus Center for the Historical Analysis of Transatlantic Slavery, à New York. C’est une bibliothèque de recherche sur le monde noir spécialisée sur l’esclavage atlantique. En effet, de 1500 à 1550, la couronne espagnole avait interdit aux musulmans africains notamment wolofs d’entrer en Amérique.
 
Wolofs : musulmans et auteurs de révoltes
Sylviane Diouf évoque deux raisons : « D’abord, les Espagnols avaient peur que les musulmans convertissent les Indiens. Mais il y a aussi le fait que les musulmans noirs, en particulier les Wolofs, étaient jugés incorrigibles et arrogants. En 1522, la première révolte d’esclaves a été conduite par des Sénégalais en République dominicaine. Ils étaient les plus prompts à se révolter. Les esclaves wolofs du Sénégal se révoltèrent sur la plantation – aujourd’hui située en République dominicaine – du fils de Christophe Colomb, jetant l’effroi dans le Nouveau Monde ». 

Par la suite, il y a eu d’autres interdictions faites aux Wolofs musulmans. Sylviane Diouf en énumère quatre autres. « Le 11 mai 1526, un décret royal interdisait l’introduction des Wolofs, des « Noirs du Levant », de ceux qui avaient été « élevés avec les Maures » et des peuples de Guinée sans autorisation spéciale de la « Casa de Contratacion » qui supervisait la traite. 

En 1532, un autre décret décrivait les Wolofs (qui s’étaient aussi révoltés à Porto-Rico et au Panama) comme étant « arrogants, désobéissants, rebelles et incorrigibles ». Cet arrêt interdisait également l’entrée des mulâtres, des juifs, des moriscos (musulmans espagnols convertis de force) et des musulmans en général. 

En 1543, un nouvel arrêté stipulait que, dans ces terres nouvelles où la foi s’était si récemment implantée, il était nécessaire d’empêcher l’expansion de la « secte de Mahomet » et barrait l’entrée des musulmans libres ou asservis et de leurs enfants récemment convertis au catholicisme parce qu’ils avaient causé des « inconvénients » par le passé. En 1550, les « Noirs du Levant » et de Guinée étaient de nouveau bannis parce qu’ils étaient « mélangés aux Maures ». Avec pas moins de cinq décrets antimusulmans au cours de ses cinquante premières années d’implantation en Amérique, l’Espagne pensait avoir mis un terme à l’islamisation potentielle de son empire ou à sa possible perte par rébellion ».
 
Chute de l’empire du Djolof
Pourquoi ces différentes interdictions visaient principalement les wolofs musulmans ? Sylviane Diouf, auteure de plusieurs ouvrages académiques sur la traite et l’esclavage, s’appuie sur les documents historiques pour fournir une explication. « On ne parle pas des Africains en général mais des Wolofs en particulier. Au moment de l’éclatement de l’empire du Djolof, beaucoup de Wolofs, prisonniers de guerre, étaient vendus comme esclaves. On les retrouvait dans les colonies espagnoles. Leur arrivée dans ce qui deviendra, par la suite, les Etats-Unis intervient plus tard, à partir de 1619. Les musulmans avaient plus tendance à se révolter, on en voit des exemples dans les bateaux négriers.

« Il est vrai que les Sénégambiens représentaient 6% des déportés, mais ont organisé 23 % des révoltes documentées sur les bateaux négriers. En 1800, « les Noirs et les Maures du Sénégal » réussirent à retourner à Saint-Louis du Sénégal sur le Nepomuceno qui les emmenait d’Uruguay au Pérou ; un épisode qui poussa le vice-roi du Pérou à demander à la Couronne espagnole un nouveau bannissement des musulmans parce qu’ils « répandent des idées perverses parmi les leurs. Et ils sont tellement nombreux dans ce royaume ». L’autre particularité des révoltes wolof, c’est qu’en « Islam, un musulman libre ne peut pas être livré en esclavage. C’est contraire à la religion. »
Faible présence aux Etats-Unis.

Cependant, Sylviane Diouf tient à préciser que les interdictions faites aux musulmans concernaient l’Amérique, en tant que continent et non les Etats-Unis, comme pays. « Aux Etats-Unis, il n’y a pas eu d’interdiction. On considère qu’il y a eu 400 000 africains qui y sont arrivés comme esclaves. C’est une autre histoire en comparaison avec le Brésil, où il y a eu 4 millions et demi, Sur ces 400.000, on compte 24% originaires de Sénégambie. Il est possible que les Etats-Unis puisse avoir le plus grand pourcentage de musulmans (Caroline du Sud, Maryland et Louisiane…) ». Aux Etats-Unis, il était connu que les esclaves musulmans venus d’Afrique de l’ouest savaient lire, écrire. Ce qui leur conférait un préjugé favorable car il y avait souvent « une tendance de penser que les musulmans étaient supérieurs aux autres africains. Certains disaient même qu’ils n’étaient pas de vrais africains. Ils étaient assimilés aux arabes donc non africains. Mais il y avait aussi un préjugé défavorable avec de la jalousie car beaucoup de planteurs ne savaient pas lire et écrire ».

Cependant, Sylviane Diouf marque une césure avec le décret anti musulman actuel. « Il y a un parallèle entre ce qui se passe aujourd’hui et ce qui se passait au début du 16ème siècle dans les colonies espagnoles. Une peur de l’islamisation avec le soupçon d’imposer la charia mais aussi un Islam porteur d’une certaine révolte, donc de la violence ». Toutefois, dans l’interdiction actuelle, il faut préciser que les musulmans de l’Afrique de l’ouest ne sont pas concernés. « Les musulmans d’Afrique de l’Ouest sont presque invisibles aux Etats-Unis, explique Sylviane Diouf. Il y en a peu. L’immigration africaine vient surtout du Nigeria, du Ghana, d’Ethiopie… Les Maliens, Sénégalais et Ivoiriens sont très peu. Ils passent totalement inaperçus. Ce ne sont pas les pays en guerre ou avec des problèmes de terrorisme. Il y a toujours eu cette idée que les Africains ne sont pas totalement musulmans avec un Islam pur ».

Moussa DIOP

DAME BABOU, JOURNALISTE  INSTALLE AUX ETATS-UNIS : « Obama, le président américain qui a expulsé le plus d’immigrés »
Dame BabouInstallé aux Etats-Unis depuis 27 ans, journaliste, correspondant de Sud Quotidien et animateur d’émissions, Dame Babou analyse les conséquences de la politique de Trump sur les Sénégalais des Etats-Unis.

Un mois après son investiture, comment jugez-vous la politique d’immigration de Donald Trump ?
D’abord, il y a les aspects psychologiques de l’immigration. Il y a plus de peur à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. J’ai l’impression que les informations données ne recoupent pas toujours la réalité. Par exemple, je suis sûr que les familles de Sénégalais installées aux Etats-Unis ont toutes eu peur quand on leur dit que Donald Trump a expulsé 130 Sénégalais. Ce qui ne correspond pas à la réalité. La décision d’expulsion de ces Sénégalais avait déjà été prise depuis longtemps par les tribunaux américains. Le gouvernement Obama avait décidé d’exécuter la décision. Il y a eu des discussions avec le gouvernement sénégalais qui ne voulait pas que les Sénégalais soient expulsés par vol charter pour respecter leur dignité.

Ce n’est pas Donald Trump qui a décidé de ces expulsions. Il faut comprendre également que le nouveau président américain ne peut agir que par l’exécutif, parce qu’il faut une réforme pour aller en profondeur. Le décret (sur l’immigration, ndlr), signé le 21 février, a repris, en grande partie, les pratiques qui avaient cours sous Obama. En l’occurrence, retrouver les immigrés ayant commis des actes condamnés par les tribunaux pour crime et violation grave de la loi. Trump y a ajouté des violations mineures pour être expulsé.

Les différents gouvernements américains considéraient le fait de ne pas avoir de papier comme une violation civile, ce qui n’est pas une cause d’expulsion. Maintenant, toute personne essayant de traverser la frontière américaine est « expulsable » immédiatement. Dans cette catégorie, il y a tous ceux qui n’ont pas encore fait deux ans aux Etats-Unis, comme les nombreux Sénégalais qui essaient de quitter le Brésil pour les Etats-Unis. Ils n’ont plus la possibilité d’aller au tribunal (pour des recours, ndlr) comme par le passé. Deuxième élément, les petites infractions comme la vente dans les rues, sans autorisation, peuvent entrer dans la catégorie des actions de gens « expulsables ». Mais on n’est pas encore arrivé au point où on effectue des rafles dans la rue à la recherche de sans-papiers.
 
Est-ce que les Sénégalais sont au cœur de la cible Trump ?
Il faudra retenir que les immigrés africains, sur le plan purement statistique, ne peuvent pas être des cibles parce qu’ils sont insignifiants en termes de nombre. Si l’on parle de 10 à 11 millions d’illégaux aux Etats-Unis, on ne peut pas avoir un 1/10 venu d’Afrique à plus forte raison venus du Sénégal. Les gens pensent que le Sénégal est au centre du monde. On ne peut même pas recenser les immigrés africains parce qu’ils sont insignifiants statistiquement. Maintenant, les mesures prises pour les immigrés d’Amérique centrale (Mexique, entre autres) s’appliquent aux Sénégalais. Il est peu probable qu’on puisse identifier, de manière précise, une dizaine de milliers de Sénégalais immigrés illégaux.

A-t-on une idée du nombre de Sénégalais aux Etats-Unis ?
C’est très difficile car il n’y a pas de recensement (spécifique pour eux). Dans le dernier recensement fédéral officiel, les Sénégalais étaient mis dans la catégorie « autres, divers ». C’est - à - dire qu’ils ne sont pas identifiables. Maintenant, on peut faire de la spéculation, lors des dernières élections sénégalaises, il y a eu moins de 10.000 Sénégalais qui se sont inscrits sur les listes électorales.

Au Consulat du Sénégal de New York, il n’y a pas 20.000 Sénégalais inscrits pour la carte consulaire. En extrapolant, 1 sur 4 inscrits sur les listes électorales, on est toujours sur des chiffres autour ou moins de 50.000.

Quelles sont les différences significatives entre Obama et Trump après une présidence d’un peu plus d’un mois ?
Les lois restent les mêmes.
Ce qui caractérise la manière de gouverner en Amérique, le gouvernement a beaucoup de latitude en termes d’exécution des lois. Barack Obama a expulsé plus que tous les autres présidents avant lui.

Il ciblait les criminels et ceux qui violaient la loi américaine. Donald Trump va amplifier cette politique. Ce qui soulève des craintes d’autant plus que c’est un personnage haut en couleur avec une grande rhétorique, de grandes déclarations et des polémiques. Ce qui n’existait pas sous Obama. C’est la continuité de la même politique. Ceux qui ne sont pas des criminels, ou font pas l’objet d’activités délictuelles, ne sont pas des cibles de Trump. 

Si l’on voulait expulser les 11 millions d’illégaux aux Etats-Unis, il faudrait 420 à 600 milliards de dollars. La politique ne change pas forcément mais son exécution oui.

M. DIOP

Last modified on mardi, 07 mars 2017 13:51
Rate this item
(0 votes)

CanGabon90x700ok


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.