Australie : Les Sénégalais à l'assaut d'un pays continent

02 Mai 2017
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Un peu plus d’un demi-millier de Sénégalais cohabite avec 24 millions d’Australiens sur une superficie de 7,6 millions de km2, soit le sixième plus vaste pays au monde fortement marqué par la politique d'immigration sélective à base raciale, aujourd’hui abandonnée.

L’Australie est à plus de 20.000 km du Sénégal et à plus de 20 heures de vol de Dakar. L'arrivée de Sénégalais et Gambiens dans ces contrées lointaines remonte à la fin des années 70. Certains sont des aventuriers en quête d'une vie meilleure alors que d’autres sont des matelots dont les navires faisaient escale sur les berges australiennes. Entre ces deux cas, il y a eu une vague d’immigration plus importante entre 1990 et 2000. Elle est venue à la faveur des Jeux olympiques de Sydney. L'Australie compte actuellement près d'un demi-millier de ressortissants sénégalais. Ce qui en fait une des plus petites communautés africaines, loin derrière les Ethiopiens, les Ghanéens et autres Kenyans.

Éclectisme professionnel
Les Sénégalais exercent des professions dans des secteurs aussi divers que la restauration, les télécommunications, l'enseignement et la recherche universitaire, les assurances, la musique et les arts, la santé, l'industrie automobile ou d’autres entreprises privées. La plupart des membres de la communauté sénégalaise a réussi à s'adapter dans un environnement anglophone où la présence de Noirs originaire d'Afrique est relativement nouvelle comparée à l’immigration européenne, par exemple. Cependant, cela ne veut nullement dire que le racisme est un fait quotidien même si l'épineuse question aborigène continue à être le principal défi auquel la composante issue des colons blancs tarde encore à reconnaitre et à transcender de façon définitive.
 
L’arme culturelle
Avec un nombre considérable de musiciens et d’artistes, la moitié de la communauté sénégalaise se trouve à Sydney qui accueille, avec Brisbane et Melbourne, 50 % de la population australienne. Les fêtes de Korité, Tabaski et du 4 avril sont des occasions de rencontres, d’échanges et de maintien du lien communautaire, mais aussi de la rencontre des cultures sénégalaise et australienne. En effet, les fêtes se font autour de Bbq australiens (Barbecue avec de la viande grillée que les Australiens adorent) marinés à la sénégalaise, de « thiebou dieun » ou de « yassa » avec des animations aux rythmes de sabars, de djoundjoungs ou de tamas.
 
Ces manifestations culturelles sont en train de gagner en popularité, tant elles attirent amis et voisins australiens. Les autres communautés africaines ou encore certaines autorités administratives y sont souvent invitées. La situation des Africains en général et des Sénégalais en particulier a, jusqu'à un passé récent, avec l'émergence de gangs d'origine sud-soudanaise, toujours été empreinte de convivialité, sinon de saine curiosité et de bienveillance.
 
Bémol racial
Contrairement à plusieurs pays, où les discriminations mesquines en rapport avec les opportunités d'emploi ou d'insertion sociale continuent à être monnaie courante, le pays dit des kangourous a réussi le tour de force d'être passé d’Etat qui pratiquait une politique d'immigration sélective à base raciale (communément appelée « White Australia Policy » qui favorisait seulement l’arrivée d’immigrés d’origine européenne et de race blanche) jusqu'au milieu des années 70, à un des pays les plus inclusifs du monde d’aujourd’hui.
 
En effet, il n'est pas rare de voir des Africains d'horizons divers occuper des postes de haute responsabilité dans les domaines universitaires, de la médecine, des télécommunications ou bien devenir des autorités municipales. Ce tableau, plus ou moins reluisant, ne doit nullement occulter les incidences de maltraitance des aborigènes par les forces de l'ordre et les démons de l'exclusivisme qui ont commencé à se faire voir. Ils se sont multipliés depuis la recrudescence des attentats dits « islamistes » de ces dernières années en Europe et aux Etats-Unis. Cette situation a connu son épilogue lors des dernières élections fédérales du 2 juillet 2016 qui ont vu l'extrême droite, sur la base d'une plateforme xénophobe et anti-islamique, recueillir un score respectable de 3 % (soit 500.000 votants). Ce score a ainsi permis au parti « One Nation », formation d’extrême droite, de Pauline Hanson de glaner 3 sièges au Senat ; ce qui lui procure une position de pression sur la politique du gouvernement de droite réélu de justesse pour un nouveau mandat de 3 ans. L’Australie a un régime parlementaire.
C’est le parti qui a la majorité qui choisit le Premier ministre. Le parti libéral de Malcolm Turnbull est sorti victorieux avec une courte majorité.
 
Un pays où tout est régulé
Les lois sur l’immigration en Australie sont parmi les plus strictes au monde. La plupart des migrants africains y sont venus à travers le statut de « réfugié », une « spécialisation professionnelle » ou « matrimoniale », communément appelée « spouse category ». 

En clair, par le travail ou le mariage. La régulation dans le domaine de l'immigration s'étend également à tous les autres aspects de la vie. Dans le domaine de la santé, par exemple, la couverture médicale est allouée à toute personne possédant le statut de résident permanent ou de citoyen. Il y a un âge limite de circoncision des enfants pour ceux qui suivent ce rite religieux ou culturel. Le vote est obligatoire à tout citoyen ayant 18 ans ou plus. Pour un pays aussi jeune, le secret de la réussite reste la discipline des citoyens et leur disposition à respecter scrupuleusement les lois et règlements du pays. Le système de gouvernement parlementaire est calqué sur le modèle britannique du « Westminster system ».

Sentiment d’être oublié
Le sentiment le plus partagé dans la communauté des Sénégalais résidant en Australie est celui d'oubli sinon de négligence de la part des autorités du pays d’origine. Même s'il faut reconnaitre que, ces dernières années, des efforts notoires ont été faits par l'ambassade du Sénégal à Tokyo (Japon) (Ndlr : L’Australie dépendant de sa juridiction) et qui se sont matérialisés par une visite de l'ancien ambassadeur en fonction, Son Excellence Monsieur Bouna Sémou Diouf, suivie d'une visite d'un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur venu procéder au renouvellement des passeports.

Cette démarche a ainsi permis de régler cet épineux problème auquel un grand nombre de Sénégalais était confronté. Le principal grief soulevé par la communauté est surtout l'absence d'opportunités immobilières et de facilités d'investissement octroyées aux autres immigrés installés en Europe ou aux Etats-Unis.
C’est un vœu pieux pour le moment.
 
Par Moustapha BARRY, Melbourne (Australie)
Last modified on mardi, 02 mai 2017 15:59
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