Lutte pour leurs droits civiques : Un collectif mis sur pied par les marchands

17 Jan 2018
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Agressions, insultes, discriminations…. ce sont les maux dont souffrent les marchands ambulants. Face à cela, et sentant le besoin de faire valoir leurs droits, ils ont créé le Syndicat des vendeurs ambulants. 

Un collectif qui veut aller au-delà de la lutte pour les droits civiques et les libertés, mais surtout démonter les stéréotypes sur les migrants. Aziz Faye est le porte-parole du Syndicat.

Un regard franc et direct, un sourire attendrissant par cet après-midi de chaleur (été 2017, ndlr) sous une terrasse près d’une rue piétonne, Aziz Faye nous reçoit avec le sourire tout en restant légèrement sur la défensive. Ce n’est qu’après avoir répondu à toutes les questions par rapport à notre visite à Barcelone que ce jeune homme natif de Mbour, pêcheur et tailleur au Sénégal, accepte de revenir sur son parcours. Aziz Faye a fait le voyage (Afrique – Espagne) en pirogue quatre fois de suite, ponctué par des échecs, avant de s'installer à Barcelone. « Je suis venu, j’ai vu et je suis resté, s’approprie-t-il la formule célèbre. J’ai beaucoup d’autres compatriotes dans mon cas parce que l’Europe devra s’habituer à vivre avec nous ».

Situation d’exclusion sociale du fait de la vente dans la rue et l’indexation qui en découle, situation précaire avec 10 personnes dans un studio, par exemple, et événements tragiques (des morts, par exemple, à la suite de course poursuite avec la police). Il a tout connu. Ce sont tous ces états de fait qui ont incité les vendeurs ambulants à lutter pour changer de vie. C’est avec force qu’il assène que rien ne pourra freiner ni briser cet élan. « Nous avons franchi un cap et le challenge est excitant. Nous disposons d’un local et nous pouvons l’exploiter, soutient Aziz Faye. Un espace pour échapper à la dureté de nos vies, un repaire culturel, pour lutter contre les inégalités sociales dans le but d’améliorer nos conditions d’existence et d’exercice de la citoyenneté ». Mais, c'est surtout un espace pour réfléchir, à travers les expériences des uns et des autres, et aussi profiter du savoir des organisations qui les soutiennent afin de sortir de leur situation de victime afin de se reconstruire. Aziz Faye reste convaincu que la solution n’est pas de stigmatiser ou d’expulser les migrants sans-papiers ou vendeurs ambulants, mais de donner des réponses réelles et de réfléchir à leurs différentes propositions faites à la mairie de Barcelone qui sont restées sans réponse.

D’ailleurs, rappelle-t-il, « notre principal objectif est de faire quelque chose de concret, avec un impact réel sur les « manteros ». Nous venons de sortir une marque qui nous est désormais propre : « Top manta ». Le logo en noir et blanc représente un tissu carré à l’image de ceux que nous utilisons pour exposer nos marchandises ; l’effet vogue représente les flots ou le mirage du désert. C’est selon.

C’est pour nous une question cruciale qui nous tient à cœur ». Il esquisse un sourire, un brin nostalgique et nous avoue que d’autres projets sont prévus. Ce sont, entre autres, différents récits de contes sénégalais traduits en catalan ou encore des produits sénégalais fait avec du wax.

Arsenal judiciaire
Depuis la pénalisation du délit de la vente ambulante en Espagne, les « manteros » ne sont plus à l’abri d’une incarcération avec une forte amende ou d’une expulsion vers le pays d’origine. Plus offensive que jamais, cette nouvelle loi continue, selon plusieurs observateurs, d’être l’épée de Damoclès autour de la tête des migrants économiques vivant en Espagne. Un acquis bien fragile si l’on prend en compte que les retours en arrière et les changements sont tout le temps possible, selon qui gouverne en Espagne et quel traitement en fait la presse locale. La migration venant d’Afrique subsaharienne en Espagne est composée souvent de personnes diplômées au Sénégal mais qui sont dans l’incapacité de s’insérer dans le marché du travail espagnol. C'est ce qui a permis de faire émerger différents mouvements en faveur d’une reconnaissance de ces minorités qui forment une partie de l'Espagne. Tous les migrants ne sont pas égaux à l’heure d’acquérir la carte de résidence. Pour un footballeur même venu par les pirogues, la naturalisation ou la légalisation est beaucoup plus facile. Cela a une conséquence importante sur tous les autres migrants. Aujourd’hui plus que jamais, vendre dans la rue constitue un des seuls recours possibles pour ces migrants sénégalais lorsque les possibilités de rentrer dans le marché du travail de façon légitime sont presque inexistantes, tout cela liée à une situation irrégulière.
 
La vente ambulante est une alternative d’existence pour ces jeunes hommes et femmes ou, au mieux, une adaptation résignée face à une réalité qui frise le drame et la détresse.
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