Marchands ambulants à Barcelone : Le casse-tête des Sénégalais

17 Jan 2018
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Marchands ambulants à Barcelone : Le casse-tête des Sénégalais Crédit photo : Sonia Calvo

Depuis l’été 2015, Barcelone connaît un boom de vendeurs ambulants dont le phénomène est appelé « Top manta ». Ce sont les vendeurs ambulants sénégalais souvent chassés par la police catalane. L’arrivée de la maire Ana Calau, avec un parti progressiste pur produit de la rue, donc issu des mouvements sociaux, fait espérer des lendemains meilleurs aux vendeurs ambulants sénégalais. Mais tel n'est toujours pas le cas.

Ils sont estimés à plus de 300 à Barcelone, mais il est difficile de donner avec précision leur nombre exact. Dans l’espoir de trouver le sésame qui ouvre les portes de l’emploi, la carte de résidence, ils vendent différents articles posés à même le sol dans la rue (sacs de marque contrefaits, chaussures, lunettes, foulards ou Cd) aux touristes et aux passants. Leurs étales précaires, c’est du déjà vu, mais avec la particularité d’une étoffe de couleur blanche fixée aux quatre coins par des cordes qui permettent de ramasser la marchandise en tirant sèchement dessus au moindre mouvement policier suspect. Ce sont les « manteros », un terme bien espagnol pour nommer les vendeurs ambulants.

Ils sont à 90 % Sénégalais de tout âge et de différente provenance. Les « manteros » ont des histoires qui ne se ressemblent point, mais partagent le même quotidien difficile. Ils vivent dans la peur permanente d’une arrestation qui peut découler sur un rapatriement vers le Sénégal.

Ce qui ne les empêche pas pour autant de travailler en bravant ce risque. C’est leur façon de survivre pour envoyer de l’argent à la famille restée au pays. Il ne fait aucun doute que les désirs des vendeurs ambulants sont intrinsèquement liés à la satisfaction de certains besoins fondamentaux : bien-être physique et matériel, et la prise en charge de la famille d’origine.

Cependant, les vendeurs ambulants défraient la chronique en cet été 2017 à Barcelone. La tension entre la mairie et les vendeurs de rue reste vive malgré la stratégie de la municipalité catalane de créer des plans d'occupation à travers la coopérative « Diom Cop » ou encore des cours de formation pour une vente légalisée dans un grand marché.

La pression policière au niveau des « ramblas », ces allées où se concentrent toutes les grandes boutiques qui attirent les touristes, est une constante à Barcelone. Les mouvements sociaux se développent, les revendications prospèrent et les accusations fusent de toutes parts. Pour les mouvements sociaux, la mairie de Barcelone a juste donné une réponse partielle avec les différentes mesures adaptées. Selon le représentant d’une organisation de lutte pour les droits humains rencontré, « ce sont juste des déclarations de bonnes intentions.

Ce qu’il faut, ce sont des propositions concrètes en commençant par changer la loi ». Ils décrient l’utilisation de la vente ambulante comme un outil politique par tous ceux qui accèdent à la mairie, faisant fi, par la suite, des droits des marchands ambulants sénégalais. Mais, dans ce contexte, la conscience solidaire est présente. La pression sociale a plus fonctionné que l’outil juridique.

Les règles du jeu
Sos racisme a d’ailleurs lancé un cri d’alarme. Selon la directrice de l’organisation, Alba Cuevas, « les vendeurs ambulants sont devenus la cible préférée de la garde urbaine ». Elle ajoute que cet acharnement révèle un racisme institutionnel qui ne dit pas son nom. Ce même racisme institutionnel qui, pour Aziz Faye, membre du Syndicat des vendeurs ambulants, «condamne les Sénégalais à la vente ambulante ».
 
A partir de là, la problématique de la vente ambulante prend une connotation toute particulière. Pour Sos racisme, l’évolution dans le contenu du discours est un fait, mais le conflit demeure. L’organisation dénonce « la criminalisation sociale et les répressions policière et judiciaire dont sont victimes les vendeurs ambulants».

L’impunité des agresseurs de marchands ambulants sénégalais est souvent préservée, car la plupart des migrants craignent qu’étant des sans-papiers, porter plainte n’aggrave leurs cas ou ne leur vale l’expulsion du territoire espagnol. C’est là que l’organisation crie au racisme, car les droits des migrants ne sont pas respectés et il n’y a aucune garantie juridique. La structure de Alba Cuevas reconnaît que depuis deux ans, « il y a eu des avancées non négligeables avec des essais de régularisation, la création d’espaces comme « Diom Cop » pour faire entrer les vendeurs ambulants dans des plans d’occupations ». Cependant, le refus de changer le code répressif dans la gestion de la vente ambulante demeure, dans une ambiance teintée de propos radicaux, etc.
 
« Diom Cop », une partie de la solution
« Chaque personne a le droit de saisir une opportunité si elle se présente, notamment pour travailler légalement », nous dit Fatou Mbaye, présidente de la Coopérative « Diom Cop ».
Créée en mars 2017 sur l’initiative de la mairie de Barcelone, la coopérative regroupe, au total, 15 personnes dont 12 hommes et 3 femmes. Seules trois personnes ont des papiers en règle, ce qui a permis la mise en place de la coopérative en toute légalité.

Cette coopérative est le lieu pour ces 15 personnes, choisies après une sélection en toute transparence, de recevoir des formations qualifiantes parmi lesquelles la vente dans toutes ses formes.
Cependant, ils ne le vivent point comme un privilège, mais plutôt comme une façon de se rendre visibles en changeant le regard porté sur cette collectivité. En effet, ces migrants participent aussi à la bonne marche de la cité en consommant comme chaque citoyen espagnol.

Pour Aboubacar Thiakh, membre de l’équipe technique qui coordonne le projet, ce qui est important, c’est un compromis fort de ces 15 personnes afin d’atteindre les objectifs de la coopérative et ainsi permettre la continuité de celle-ci. Les 12 personnes sont actuellement dans des mécanismes de régularisation, ce qui fait dire à Fatou Mbaye que la coopérative est un instrument d’orientation pour une stabilité sociale et économique des migrants. Elle ajoute que leur principal objectif est de créer de nouvelles opportunités d’emploi comme des services de déménagement, des restaurants ou encore la vente de produits artisanaux sénégalais comme espagnols.

Correspondance particulière de Mariam BADJI

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