Print this page

Agathe Sagna : La « Lionne » de l’Atlas

27 Fév 2018
2575 times

Embauchée en Cdi dans un centre d’appels de Rabat depuis 7 ans, Agathe Sagna n’a pas toujours connu la stabilité professionnelle. « Galère », « déceptions » et « persévérance » ont longtemps été ses compagnons dans l’aventure marocaine.

L’écharpe nouée autour du coup n’est pas qu’un artifice de coquetterie bien assorti à un make-up discret mais efficace. En cet après-midi sur la grande avenue Mohammed V, le café en face de la gare centrale de Rabat est bondé. Il faut se frayer un chemin pour trouver de la place. Un échange en arabe avec le garçon de café permet de nous trouver une place au choix sur la terrasse.

Les lunettes de soleil et la petite laine pour parer aux vents frais ne sont pas qu’une façade face aux desideratas du climat marocain entre deux saisons, elles en disent beaucoup sur Agathe.

« Dans la vie, il n’y a pas d’obstacles mais juste des solutions ». Cette phrase sortie à la toute fin d’une discussion d’une heure trente minutes résume Agathe Sagna. La jeune quadra n’est pas du genre à se laisser aller. Femme debout, elle a fait de son existence une « aventure » pour « inverser les destins inéluctables ». Si le drame est la lutte de l’Homme contre un destin inéluctable, la Sénégalaise n’a rien de dramatique. A elle, les études se sont brutalement fermées aux portes du Bfem, malgré un cursus exemplaire dans des écoles privées catholiques ; à elle, le marché de l’emploi n’a pas donné une seconde chance, à part de petits boulots (accompagnateur scolaire, nounou) ; à elle aussi, les barrières sociales imposées aux jeunes filles précocement mères n’ont pas été rédhibitoires.

Une nounou en enfer
Agathe n’en a cure et rêve en grand. Et dès que l’occasion s’est présentée, à travers un concours de circonstances, elle prit son destin en main pour devenir nounou au Maroc en 2001. « Le projet qu’on m’avait présenté était alléchant », confie-t-elle. Etre Nounou pour une petite fille adorable comme seule activité n’a rien d’infamant. La réalité, elle, s’est vite transformée en cauchemar. « A l’aéroport, ma patronne a confisqué mon passeport avec comme prétexte qu’elle devait me faire des papiers ». Ce mauvais départ sera le ton de trois ans de « galère ». « De la seule petite fille, je me suis retrouvée à m’occuper des trois enfants du couple. Puis, je suis passée à femme de ménage, ensuite à cuisinière et à la fin à bonne. En résumé, je m’occupais de tout pour la modique somme de 1200 dirhams (60 000 FCfa) par mois ». Situation intenable, la Sénégalaise au caractère bien trempé demande de rentrer au bercail. « Je refusais difficilement les humiliations quotidiennes et le manque de confiance, car même pour faire la cuisine, ma patronne comptait le nombre de morceaux de viande dans la marmite. C’était d’autant plus incompréhensible que je gardais les enfants toute seule quand elle voyageais avec son mari qui est pilote d’avion ». La demande de rentrer est accueillie avec conditions : « « Si tu veux rentrer au Sénégal, il faudra te payer toi-même le billet de retour », m’a-t-elle dit », raconte Agathe.

Appel du bonheur
Sur un salaire aussi peu élevé, c’est loin d’être évident. Qu’à cela ne tienne, elle fait les efforts pour réunir l’argent nécessaire au bout de plusieurs mois afin de rentrer au Sénégal. Un retour au pays natal qui n’a duré que le temps d’un hivernage. « Trois mois plus tard, je reprenais l’avion pour Casablanca », sourit Agathe. Cette fois-ci, il est hors de question de faire la nounou.

Hébergée par des cousines, elle trace son chemin dans le sillon de la réussite. En 2010, le destin lui fait un clin d’œil avec l’opportunité de travailler dans un centre d’appels. Elle y décroche un Cdi et émarge à un salaire plus ou moins de 500.000 FCfa avec les primes d’assiduité et de performances. Entretemps, son fils l’a rejoint, tout comme deux de ses sœurs et un frère. « Nous vivons tous ensemble dans un appartement ». Un petit cocon familial, une activité professionnelle stable, un cadre de vie agréable et une carte de séjour de 10 ans pour éviter les tracas administratifs et permettant de faire des projets d’investissement ne font pas le bonheur. Après 17 ans passés au Maroc, le rêve d’Agathe est sénégalais. « Je veux rentrer dans mon pays, y investir et y travailler ».

Moussa DIOP

Rate this item
(0 votes)