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Soleil Grand Air (595)

Le fondateur du groupe Teylium qui vient de racheter Tigo avec des partenaires est l’un des symboles de la réussite en Afrique de l’Ouest. Des télécoms à l’immobilier, du Sénégal à la Côte d’Ivoire, il a bâti, en moins de quinze ans, un empire dont la véritable surface financière reste mystérieuse.

Une icône sénégalaise
À la fois « fils de » et jeune multimillionnaire, Habib Yérim Sow est une icône dans son pays. L’un des symboles, parmi quelques autres, de la réussite économique et financière d’un entrepreneur sénégalais. En moins de quinze ans, le fils d’Aliou Sow, fondateur de la Compagnie sahélienne d’entreprise (Cse), un immense groupe de Btp, s’est mué en homme d’affaires touche-à-tout. Mais, nulle question d’héritage là-dedans. Si le poids de sa famille l’a très certainement aidé à lancer sa première société, Access Telecom, détentrice d’une licence de radiomessagerie au Sénégal, c’est la cession, pour 76 millions d’euros, d’une seconde entreprise, Loteny Telecom, au géant sud-africain Mtn qui le rendra riche.

Culture de la discrétion
C’est l’une des réussites les moins médiatiques du Sénégal. Peu de Sénégalais, en effet, sont capables de mettre un visage sur le nom d’Habib Yérim Sow. A part qu’il est le fils de Aliou Sow (Cse), le magnat du Btp. Sinon, pour le reste, rien que des rumeurs… Il se dit que c’est un jet-setteur mondial qui possède un jet et un yatch privés… Et comme il ne donne la moindre interview pour dégonfler la baudruche, et qu’on ne le rencontre quasiment nulle part au Sénégal, la légende sur sa personne ne cesse d’enfler. Yérim Sow est discret jusque dans ses amitiés. L’homme cultive le mystère comme un maître du suspens. Il ne répond guère aux sollicitations des médias, se permettant même de snober l’hebdomadaire parisien « Jeune Afrique » en se contentant d’envoyer une courte présentation écrite pour répondre aux sollicitations du journal.

Investisseur hors pair
Il existe pourtant des indices pour briser le mur de pudeur qui entoure sa personne. Il fait partie, par exemple, des Anciens du Canada (Polytechnique de Montréal). Le site web de  Teylium group, la holding qui regroupe ses activités, est, en outre, riche en pépites. On y apprend qu’il a créé sa première société, Direct access (informatique), en 1988. Ensuite, c’est Access télécom, détentrice d’une licence de radiomessagerie, en 1994, qui l’a fait connaître aux Sénégalais avec les fameux Bip access. Et puis, on le perd de vue. Il part, en fait, en Côte d’Ivoire monter une filiale d’Access télécom et prend pieds dans ce pays. Il y lance Loteny, dans la téléphonie mobile, en partenariat avec Télécel (aujourd’hui Mtn/Ci). En 2001, il crée Teylium international et prend des participations dans le centre d’appels Pcci. En 2002, il réalise l’immeuble Trilenium à Dakar. Assez pour lancer la saga de cet homme d’affaires hors du commun et qui a le don de transformer tout ce qu’il touche en lingots d’or.

Teylium, un mastodonte
Dix-sept ans après sa création, le groupe Teylium international comprend sept divisions : de l’immobilier à la finance en passant par les télécoms. C’est dans ce secteur que Yérim Sow, 44 ans, s’est fait connaître, dès 1994, en lançant, à Dakar, une société de commercialisation de services de paging. Peu après, il créait le premier réseau Gsm de Côte d’Ivoire, vendu, en 2005, à Mtn pour 50 milliards de FCfa (76 millions d’euros). Le plan stratégique de Teylium, initié en 2006 pour quatre ans, s’est traduit par la mise en œuvre de plusieurs opérations en Afrique de l’Ouest. Dans les télécoms, le groupe a acquis l’opérateur Gsm Intercel en Guinée et obtenu la seconde licence de téléphonie mobile au Cap-Vert. Un investissement de 15 millions d’euros. En Côte d’Ivoire, Teylium s’est porté acquéreur de la Bridge bank et la Continental beverage company (Cbc) qui a mis sur le marché l’eau minérale Olgane. Très discret sur les montants en jeu, le groupe, basé à Genève, aurait réalisé un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros en 2007.

Rayonnement mondial
Aujourd’hui, le groupe a un rayonnement mondial avec des bureaux à Maurice et Genève, et des activités aux quatre coins du globe. Il s’active aussi dans le développement et la gestion immobilière, l’hôtellerie, les télécoms et les Tic, l’agro-industrie, les services bancaires et financiers, les services aériens... Un véritable conglomérat. Ses dernières acquisitions sont une banque, Bridge bank (Côte d’Ivoire), le Plaza hôtel, un « 5 étoiles » en construction sur la corniche, dans le cadre des chantiers de l’Anoci, d’autres résidences de luxe à Dakar… Il est également cité dans un fonds d’investissement à Dubaï…

Filialisation réussie
Le groupe possède deux filiales dans le domaine : Teylium properties group, qui développe une dizaine de projets immobiliers, de bureaux et de résidences, et Chain hotels&resorts pour la construction d’hôtels. Le groupe cofinance l’édification de nombreux programmes à Dakar dont le Sea plaza, un projet d’environ 33 milliards de FCfa visant à construire un hôtel 5 étoiles de 180 chambres qui sera géré par l’exploitant international Radisson et un ensemble commercial tout autour, le Rivonia tower, constitué d’immeubles et de bureaux, et Coralia, un programme de résidences de luxe. Il est impliqué également dans la réalisation du Waterfront de la capitale sénégalaise, un programme immobilier visant une clientèle très huppée.

Tigo, un succès retentissant
C’était l’un des paraphes les plus attendus dans le monde de l’investissement en direction du Sénégal. Le président Macky Sall a fini par apposer sa signature au bas du décret 2018-750 approuvant la cession de Tigo Sénégal au consortium Saga Africa holdings limited, contrôlé par Yérim Sow, Xavier Niel et la famille Hiridjee. Ce décret met un terme à un bras de fer de près d’une année entre la plateforme de transfert d’argent Wari et l’opérateur de téléphonie mobile luxembourgeois Millicom qui détenait la marque. Yérim Sow renoue ainsi avec ses premières amours.

Un de mes maîtres, que j’implorai de dire son mot sur notre présent et sur notre quête incertaine de sens, me servit comme réponse ceci : « Dans ce pays, tout le monde parle. Et de tout. On célèbre davantage la volubilité du langage et le langage de l’indélicatesse que celui articulé autour de la science, de la raison et de la civilité ». Sans doute, mon maître a aussi peur de la nouvelle race d’individus dont l’impertinence envahit l’espace public. Ils sont prompts à attaquer, de manière inconsidérée, les gens, à entraver nos « utopies » et à blesser la décence. S’abandonnant à un narcissisme nourri par les médias, ils s’autorisent tous les excès parce qu’il n’y a que le paraître qui compte. La libéralisation de la prise de parole, n’en déplaise à Monsieur promoteur des libertés, est une tragédie se déroulant sous nos yeux. Nos oreilles et le bon sens en sont les héros malheureux. Birima Ndiaye, qu’une certaine maladresse a appelé chroniqueur de l’émission « Jakaarlo bi » de la Tfm, et l’intempestif Omar Faye, du mouvement « Leral Askanwi », pourraient valablement y tenir des rôles.

Le premier, syndicaliste aux procédés old school, confond authenticité, trivialité et enfantillage. La personnalité exige de nous cette faculté de s’adapter aux univers d’expression, au cadre et au contexte. Et ce n’est pas de la sournoiserie. Ce presque quinquagénaire entre dans un jeu télévisé qui n’amuse que ceux que l’inconvenance n’outre. L’impétuosité, même naturelle, doit être endiguée, de temps en temps -et quel que soit le désir d’exister- par la lucidité et un retour fréquent à soi. Donc, savoir faire abstraction de l’horreur du moi quand la lumière jaillit au moment où, peut-être, on ne l’espérait plus.

La télévision exige quelques précautions oratoires, une posture. On ne crie pas pour se faire entendre. Dans un beau portrait de Birima Ndiaye, réalisé par une consœur, une de ses épouses tient ces propos : « Il m’arrive parfois de ne pas regarder ses émissions jusqu’à la fin. Tant son comportement me fait sortir de mes gonds ». Vous n’êtes pas la seule madame ! Elle poursuit : « Je lui demande de parler sans s’énerver, car on le comprend mieux quand il s’exprime doucement. Et pourtant, à la maison, il est tout sucre, tout miel ». Ah bon ! Est-il alors obligé de se donner en spectacle de cette manière si incommodante…si écœurante, d’autant plus que sa participation dans cette émission, dit-il, n’est pas rémunérée, lui, l’homme politique qui a fini de démolir, avec d’autres, le mythe du « socialiste pondéré » ?

Mais, Birima Ndiaye peut se vanter d’être moins impertinent qu’Omar Faye, président « isolé » du mouvement « Leral Askanwi », qui nous brouille plus qu’il n’éclaire notre lanterne. Directement ou indirectement, Laye Njomboor a eu la prouesse de faire croire à certaines personnes leur trop grande importance. Certains sont devenus maires, d’autres ont failli l’être. Il y en a qui ont été nommés conseillers en quelque chose ou casés dans un quelque part où s’étouffe leur exubérance. Et l’impopularité, un temps agité, du père du petit protégé de Doha a même fait penser que les énormités d’Omar Faye étaient des évidences scientifiques. Aujourd’hui encore, le refrain médiatique, « arrêté pour diffusion de fausses nouvelles », tout à son honneur, a repris. Il nous sert les mêmes invraisemblances et sur les mêmes plateaux de télévision (deux principalement). Omar se plait à ce jeu. Il ressemble à cet être aimant s’entourer d’oreilles distraites en mal de sensations (ici, la presse) qui élabore des contre-vérités et qui finit par admettre comme vérité ce que son esprit malveillant avait conçu. L’ardent désir d’ « exister » des uns et des autres est, encore une fois, un drame collectif.

 

Sanar évoque beaucoup de souvenirs chez tout étudiant qui est passé par l’Université Gaston Berger (Ugb). Ce petit village, assez éloigné de Saint-Louis pour ne pas en subir l’agitation, est, aujourd’hui, sorti de l’anonymat et de sa torpeur. Beaucoup de choses ont changé à Sanar Peul, reconnu administrativement sous le nom de Diougob, avec l’avènement de l’institution universitaire. Les mentalités ont beaucoup évolué et les autochtones aspirent plus que jamais au développement de leur localité.

Sanar ! Un calme plat règne au bord de la route nationale n°2 menant à Richard Toll, à hauteur de ce village situé à une dizaine de kilomètres de Saint-Louis. De loin, on aperçoit la tour caractéristique de la bibliothèque centrale de l’Université Gaston Berger ceinturée par deux villages : Sanar Peulh et Sanar Wolof. Ils sont respectivement habités par des Peuls et des Wolofs. Le climat est un peu clément. Par groupe, les fidèles chrétiens sortent, ce dimanche, de la paroisse du village, le cœur rempli de grâces et de bénédictions. La plupart d’entre eux sont des « Wa Sanar », une appellation attribuée aux étudiants et aux anciens de l’Ugb. Un nom qui se confond aussi et surtout avec celui du village qui a donné naissance à l’université.

Si Sanar, qui abrite l’Ugb, est administrativement victime d’un découpage qui l’a rattaché à la commune de Gandon dont il est distant de 18 km, il est géographiquement et sociologiquement plus proche de Saint-Louis. Mais, cela ne semble guère gêner ses habitants qui se considèrent Saint-Louisiens.

Jadis, le site abritant l’Ugb était occupé par des Peuls et portait le nom de Sanar Peul. En face d’eux, il y avait la communauté wolof qui vivait sur un autre site appelé Sanar Wolof. Vers les années 70-80, les habitants de Sanar Peul étaient contraints de déguerpir pour céder le site à la future université. Pour se reloger, ils n’ont pas cherché bien loin. Il leur a juste suffi d’enjamber la route nationale n°2 pour se retrouver au village de Diougob qui fait face à l’Ugb. Administrativement, c’est Diougob, mais c’est Sanar Peul qui est plus connu et familier aux Saint-Louisiens et aux étudiants de l’Ugb qui y ont laissé leurs empreintes au cours de leur séjour.

Pendant longtemps, ce village, plongé dans l’anonymat, a gardé sa quiétude à distance respectable de l’agitation de Ndar. Aujourd’hui, les temps ont changé. La création de l’université, vers les années 90, a changé la donne. Sanar est sorti de sa torpeur et les populations affichent leur ambition de développement. Pour cela, elles comptent beaucoup sur l’institution universitaire pour l’emploi des jeunes et la réalisation d’infrastructures d’envergure. Conscients des missions de l’université, les différents recteurs de l’Ugb ont, tour à tour, joué leur partition, au grand bénéfice des populations riveraines. Talibou Diallo, habitant de Diougob, magnifie les actions amorcées par les recteurs Mary Teuw Niane, actuel ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation, et Baydallaye Kâne. Ils ont beaucoup œuvré pour le recrutement des jeunes du village. « Des efforts ont été certes consentis, mais il y a beaucoup à faire. Nous devons être prioritaires dans les emplois de l’Ugb et du Crous », poursuit-il.

Ibrahima Sow partage le même avis. Il magnifie l’excellence du partenariat entre l’Ugb et les populations des villages environnants, même s’il estime qu’il y a encore des efforts à faire du côté du Centre régional des œuvres universitaires de Saint-Louis (Crous). « A l’époque, les habitants de Diougob qui travaillaient à l’université n’étaient pas nombreux. Avec l’arrivée du Pr Mary Teuw Niane, beaucoup de jeunes issus des villages environnants en ont bénéficié. Ses successeurs ont suivi la dynamique. Toutefois, il faut dire que le Pr Niane a le plus marqué l’attention des populations de Diougob et environs lors de son passage », se félicite-t-il, regrettant que la dynamique ne suit pas du côté du Crous. « Nous ne sommes pas bien servis par le centre universitaire. Nous sommes laissés en rade alors que nous, riverains, devrions être privilégiés dans les emplois », dénonce M. Sow.

« L’université a trouvé ici des troupeaux de vaches, des moutons, des chèvres, etc. L’élevage a cédé petit à petit la place à l’institution. La politique sociale de l’Ugb doit réserver une part importante aux villages environnants en termes d’emplois », affirme Babacar Bâ, chef du village de Diougob. Ce dernier pense aussi que le Crous devrait privilégier, pour les emplois temporaires ainsi que dans les recrutements, les populations des villages environnants, dans le cadre de sa politique sociale.  

Ruée vers Sanar…
Sanar Peul 2Talibou Diallo admet que l’implantation de l’Ugb a beaucoup contribué au développement du village. « On retrouve de nombreuses boutiques sur le long de la route nationale n°2, en face de l’Ugb. Egalement, des gens cherchent à acquérir des terrains à Diougob pour y habiter ; ce qui n’était pas le cas avant l’avènement de l’université », indique-t-il. Le foncier est devenu cher au fil du temps. Beaucoup d’autochtones et même des « étrangers » sont en train de valoriser leurs terrains. Dans les années 70, ajoute Talibou Diallo, les terrains étaient gratuitement cédés à ceux qui en formulaient la demande. Aujourd’hui, il faut beaucoup débourser pour espérer avoir un terrain à Diougob ou Sanar Peul et même Sanar Wolof. Cette flambée des prix des terrains occasionne un boom immobilier très important. Des étudiants qui n’ont pas pu bénéficié d’un logement universitaire se rabattent à Diougob ou dans les villages environnants pour ne pas s’éloigner du campus pédagogique.

Le chef du village de Diougob abonde dans le même sens. Babacar Bâ soutient que l’Ugb a favorisé le développement de la localité et ses environs. Aujourd’hui, beaucoup de pères envoient leurs enfants à l’école ; tel n’était pas le cas avant l’avènement de l’université. Il en est de même pour le foncier. Selon lui, le premier directeur du Crous, Saliou Rama Kâ, et le Pr Mary Teuw Niane ont beaucoup marqué les populations de Diougob et environs. Ils ont beaucoup travaillé les consciences sur la nécessité d’envoyer leurs enfants à l’école. Les résultats sont maintenant palpables. Plus d’une vingtaine d’étudiants originaires du village sont orientés à l’Ugb et constituent une fierté. D’autant plus que, dans le passé, peu d’enfants étaient scolarisés, signale Ibrahima Sow. Pour lui, l’implantation de l’Ugb a créé une réelle émulation chez les jeunes du village et environs. Seulement, en matière d’orientation des bacheliers, ces villages ne disposent pas de quotas, même avant l’avènement des réformes de 2013 avec la mise en place d’un système national d’orientation, à savoir Campusen. Aujourd’hui, l’option de l’Etat, rappelle le recteur de l’Ugb, c’est d’orienter tous les bacheliers sur la base de critères dont les universités à la base n’ont pas cette marge de manœuvre. Ce modèle d’orientation vise à éviter la « ghettoïsation académique » et à favoriser la « mobilité des jeunes » qui contribue à l’intégration nationale.

Pour le président de l’Asc de Diougob, l’implantation de l’université a radicalement changé le visage de leur localité et la mentalité des populations. Sur le plan économique, les choses bougent avec l’arrivée massive des banques et d’autres sociétés. « Tout le monde rêve d’habiter à Diougob parce que l’avenir, c’est ici », lance-t-il. « S’il n’y avait pas l’université, il n’y aurait pas une ruée vers Diougob ou Sanar wolof », ajoute-t-il.

Légitimes préoccupations
Cette ruée vers Sanar Peul cache mal quelques préoccupations légitimes des populations. Celles-ci, de l’avis de Talibou Diallo, sont principalement liées à l’extension hydraulique et électrique et au bitumage des principaux axes routiers pour faciliter leur déplacement. Cela, d’autant que le village s’agrandit d’année en année.  Le constat est fait par le chef du village. L’Ugb doit, selon Babacar Bâ, être au service de la communauté à travers ses recherches et son savoir-faire. Il déplore aussi la recrudescence des cas de vol dans la zone.

Diougob est l’un des rares villages au monde à abriter une université. Mais, le seul bémol est que ce village de la commune rurale de Gandon ne dispose pas de poste de santé, ni d’un marché digne de son nom, encore moins d’un collège, voire d’un lycée. Les patients sont certes admis, pour les besoins de consultations, au centre médical du Crous, mais ils sont le plus souvent orientés vers d’autres structures sanitaires.

Née en 1994, l’Asc de Diougob, dirigée par Ibrahima Sow, s’active dans tous les domaines pour le développement du village. Pour réussir ses missions, elle n’hésite pas à recourir aux services de l’Ugb ou du Crous. Certes, leurs sollicitations auprès de l’université ont toujours connu une suite favorable, mais Ibrahima pense qu’elle peut faire mieux pour remplir pleinement sa mission dans le cadre de la Responsabilité sociétale d’entreprise (Rse). « Chaque année, nous organisons des Journées d’excellence ; nous aimerions que l’Ugb et même l’association « Wa Sanar » nous soutiennent davantage pour donner à cet événement une dimension exceptionnelle et surtout lors de ses « 72 » culturelles », fait-il remarquer. M. Sow appelle l’association « Wa Sanar », regroupant les étudiants qui ont fait leurs humanités à l’Ugb, à soutenir les écoles primaires ou collèges de Diougob et des villages environnants. Selon certains témoignages, le premier recteur de l’Ugb a contribué à la construction de la première mosquée du village. L’institution a aussi fait un don d’un climatiseur pour la morgue du village. Sur les relations entre les étudiants et les populations, le chef de village souligne qu’elles sont au beau fixe. Très souvent, lors des grèves des étudiants, ce sont les notables du village qui prennent le bâton de pèlerin pour arrondir les angles entre autorités universités et étudiants.

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

L’UNIVERSITÉ AU SERVICE DE LA COMMUNAUTÉ
Crous UgbL’Université Gaston Berger (Ugb) est un bon voisin. Depuis sa création, elle a consenti beaucoup d’efforts pour prendre en charge les préoccupations des riverains, notamment en matière d’emplois des jeunes.

Pour le Pr Baydallaye Kâne, les universités ont, entre autres missions, les services à la communauté. C’est pour cette raison, signale le recteur, qu’une attention particulière est accordée à la société et à l’environnement de façon particulière.

L’Ugb étant dans un domaine semi-urbain et semi-rural, il y a beaucoup d’initiatives prises en direction de ces villages, dit-il. « Dans le domaine de la santé, depuis l’ouverture de l’Ugb, la Direction de la médecine du travail a intégré le principe de prendre en consultation les villageois gratuitement », fait savoir M. Kâne, sans occulter la question de l’emploi des jeunes.

Initialement, l’Ugb avait une superficie de 243 ha, mais dans le cadre de ses relations de bon voisinage et suite à une requête de Sanar Wolof, l’université a accepté de se délester d’une partie de sa superficie pour se retrouver avec 220 ha où elle dispose des espaces verts. L’Ugb, précise le recteur, a besoin de la main d’œuvre pour l’aménagement de ces dits espaces. Et à l’en croire, la décision prise par les autorités universitaires, c’est de donner un quota à tous les villages environnants qui, de manière rotative, envoient, tous les quatre mois, des jeunes pour venir travailler à l’université. « Nous n’interférons pas dans le choix. C’est une valeur ajoutée pour ces villages. Certains d’entre eux ont la chance d’avoir des Cdd et d’autres des Cdi », explique-t-il.

Dans le domaine de l’agriculture, l’Ugb fait beaucoup d’innovations à travers sa ferme où une unité de production a été mise sur pied en partenariat avec Bruxelles. Selon Baydallaye Kâne, des chercheurs font de la poudre d’oignons utilisée dans la confection des bouillons, du yaourt, de l’huile, etc. « C’est un travail de pointe. Aujourd’hui, nous avons parmi les meilleurs spécialistes dans notre pays dans ce domaine », fait-il remarquer. Un travail réalisé en parfaite collaboration avec les Gie de femmes des villages environnants qui servent de main d’œuvre dans cette unité de production. Notre objectif, dit-il, c’est « de leur permettre d’acquérir des connaissances et de s’en servir pour améliorer leurs conditions d’existence ».

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

LE CROUS AU CHEVET DES RIVERAINS
Les populations de Sanar ne sont pas satisfaites de la politique sociale du Centre régional des œuvres universitaires de Saint-Louis (Crous), notamment en matière de recrutement des jeunes. Elles accusent les autorités de cette institution de « faire du parti pris et du favoritisme ». Une accusation rejetée en bloc par le Crous à travers sa cellule de communication. Fara Sylla, chargé des relations avec la presse, soutient que, depuis son existence, le Crous a toujours pris en charge les préoccupations des populations des villages environnants (Sanar Peul, Sanar Wolof, Boudiouck), en recrutant notamment des journaliers dans la restauration. D’ailleurs, indique-t-il, beaucoup de femmes qui interviennent dans la restauration des étudiants sont originaires de ces villages.

A cela s’ajoute la gratuité des prestations médicales pour ces communautés ainsi que les subventions allouées à des associations religieuses, culturelles, sportives, etc. Même si beaucoup de jeunes sont des prestataires du Crous, ils attendent leur régularisation depuis plusieurs années. Fara Sylla estime que cette situation est liée au budget. Cette année, le Conseil d’administration du Crous n’a autorisé que dix recrutements sur une cinquantaine de demandes. Le directeur du Crous est, selon lui, assez sensibilisé sur cette question.

« Sous peu de temps, si le centre obtient une rallonge de son budget, il va procéder à la régularisation de ces prestataires qui ont passé beaucoup d’années au service de l’université », déclare son chargé des relations avec la presse pour qui « le Crous ne fait nullement dans le parti pris encore moins dans le favoritisme ».

« Comme l’atteste d’ailleurs la première vague de travailleurs du centre qui est issue de ces villages. Vous les trouverez dans tous les services », avance M. Sylla.

 

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

Last modified on jeudi, 17 mai 2018 11:49

Youssou touré : Âme sensible

14 Mai 2018
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Faut-il en rire ou en pleurer ? En regardant la vidéo de l’interview que Youssou Touré a accordée au site Igfm, on est partagé entre l’hilarité et l’attendrissement. Un sentiment hybride à l’égard d’un homme jadis au verbe haut, aujourd’hui réduit à s’apitoyer sur son sort parce qu’on lui aurait retiré ses véhicules de fonction et des responsabilités au sein de l’appareil d’Etat et de l’Apr. « Je suis un ministre sans bureau, sans cabinet, cela fait mal au cœur. Ils n’ont qu’à tout retirer, ils n’ont qu’à tout me prendre. Cela ne me fera rien du tout parce que la mort approche. Le reste ce n’est pas important. Il y a quelques jours, j’ai piqué une crise à cause de cette humiliation. Dès fois, je me réveille à 2 heures du matin et je me dis que c’est un cauchemar », se plaint-il, voix basse, face à la caméra. Avant d’éclater en sanglot. Ce n’est pas la première fois que l’ancien Secrétaire d’Etat à l’Alphabétisation pleure comme une madeleine en public. Il y a trois ans, lors du lancement de la Semaine de l’Alphabétisation à Guédiawaye, il n’avait pas pu se retenir face aux mélopées dithyrambiques des griots. Il a fallu plusieurs minutes pour que l’ancien syndicaliste reprenne ses esprits et déclame enfin son discours entrecoupé de spasmes.

Pour en revenir à l’interview de l’autre jour, Youssou Touré y a laissé apparaître l’image d’un homme attaché aux privilèges ; d’un garçon à qui on a retiré son bonbon et qui pleure toutes les larmes de son corps. Il attribue sa « déchéance » à l’arrivée en masse des « transhumants » dans le parti présidentiel à qui on aurait déroulé le tapis rouge au détriment des militants de la première heure. « La transhumance est une mauvaise chose pour la démocratie, c’est abominable et reflète un recul démocratique », martèle l’ancien Secrétaire général du Réseau national des enseignants de l’Apr. C’est à peine si Youssou Touré ne regrette pas le temps où ils étaient dans l’opposition quand, nostalgique, il se souvient des moments passés avec le président Macky Sall à peaufiner la stratégie qui allait les mener au pouvoir. « Mais aujourd’hui, je suis complètement écarté des centres de décision. Voilà comment on détruit progressivement les individus », ajoute-il avant de se dire proche de la dépression. À l’évidence, Youssou Touré, sous ses dehors d’un dur à cuire, est une âme sensible au mental chancelant.

Elhadji Ibrahima THIAM

Maty Wade était une fascinante figure de la diryanke (lire diryanké et entendue, ici, comme courtisane)) du début des années 1950. Les récits sur sa vie rendent compte d’une existence mouvementée et d’une tragédie particulièrement médiatisée en 1955.

Maty Wade est la figure archétypique de la diryanke des années 1950. Elle est encore fort présente dans la mémoire collective d’habitants de la Gueule Tapée. Sa vie et sa fin tragique renseignent sur beaucoup d’aspects de la vie sociale dans et hors de la banlieue dakaroise. Son portrait a été esquissé par la compagne de Joseph Houmano. Ce migrant dahoméen gérait le restaurant-bar « Parisiana », situé dans le quartier Colobane, non loin du Groupe Mobile de Gendarmerie. D’après cette migrante dahoméenne, Maty Wade était une « si belle femme avec de jolies dents ». Sa beauté légendaire a également été rapportée par beaucoup d’enquêtés, sollicités pour se prononcer sur les sexualités urbaines. Elle était « si gentille », riait « avec tout le monde. Forte du capital symbolique, constitué par sa beauté physique et sa générosité, elle était à l’abri de l’infortune. Dans ses sorties en ville, elle n’hésitait pas à porter comme bijoux « une gourmette en or, un bracelet-montre, une alliance, une chevalière, un collier en or avec son médaillon », etc. Pour effectuer ses déplacements, elle prenait un taxi, « toujours le même ». En bref, à l’instar de la glorieuse Vénitienne du XVIIIe siècle, Maty Wade a régné sur les cœurs, fait parler et rêver d’elle en milieu masculin, su s’habiller avec élégance, se maquiller avec art et utiliser ses charmes.

La reconstitution partielle des derniers jours de Maty Wade fournit des indications fiables sur quelques-unes des genres de fréquentations sociales, des parcours suivis, des lieux de noce visités et des façons de faire ritualisées des diryanke dakaroises. Le jeune Dahoméen, préposé à la vente des cigarettes et des limonades au « Shangaï-Bar-Lumière », affirme ainsi l’avoir accueillie les 9 et 10 janvier 1955, alors qu’elle était en compagnie d’un auxiliaire de gendarmerie.     Le prestige de l’uniforme constitue, en plus de l’avoir, des critères de sélection des fréquentations masculines de cette consommatrice de l’amour vénal et des plaisirs de la nuit. Il lui arrivait d’être aussi en compagnie de plusieurs personnes. D’après l’épouse du gérant du « Parisiana », ce scénario s’est produit le 10 janvier 1955. Le bar-dancing, qui est également un bar-restaurant, est le lieu de divertissement et de détente privilégie…
Au bar-restaurant du couple Houmano, la « beauté légendaire » de la Gueule Tapée avait ses habitudes. Quand elle visitait ce lieu de noce, elle s’asseyait toujours au même coin. Maty Wade quittait tardivement ou de façon précipitée le « triangle de la noce » de Colobane pour goûter aux charmes du Plateau by night…

Jetée dans un coin de plage

La fin de Maty Wade fut tragique. Elle fut victime d’un meurtre dans la nuit du 9 au 10 janvier 1955. Son chauffeur de taxi attitré est soupçonné d’avoir commis le crime de sang. Interrogé puis réinterrogé par les policiers du commissariat du sixième arrondissement, il a été déféré au parquet. La reconstitution et la description de l’homicide déclinent trois façons de faire prêtées au coupable présumé : dépouiller la victime de ses biens (bijoux essentiellement), la dévêtir et la noyer, comme un chien selon la dame Houmano. Le lieu choisi, pour laisser libre cours à la force destructrice qui a provoqué l’abrégement de la vie de Maty Wade, est « un coin de plage peu fréquenté en raison de la proximité du champ de tir (de Fann) et de son accès difficile ». Le parcours en boucle de sa vie de noce vole en éclats avec le choix d’un pareil site pour écrire les dernières notes de l’épilogue d’une vie sur terre. Le meurtrier de Maty Wade est présenté comme un « petit de taille, vêtu d’une chemise à carreaux rouges et noirs », âgé de 24 ans, récemment libéré du service militaire, employé dans un garage de taxis de la place. Il y est dépeint de façon contrastée par ses partenaires de travail. Il se signale par son calme, sa politesse, sa propension à la fumisterie, son côté « type à histoires » et son inclination à jouer au séducteur de femmes. Le meurtre de Maty Wade fut bien médiatisé (en première page de trois éditions de « Paris-Dakar »).
Pour la femme mariée, influencée par le mode de vie des Diryankes qui avaient en Maty Wade une ambassadrice crédible, se faire désirer par le célibataire du voisinage (ou par l’époux d’une voisine) et entretenir avec lui une liaison adultère occasionnelle ou durable, discrète, générant ou non railleries et reproches voilés au conjoint cocu, étaient des manœuvres efficaces pour obtenir de l’argent.

Alassane Aliou MBAYE  (Source : Pr. Ousseynou FAYE)

 

Mardi 8 février 2018. Au réveil. Le chef de village de Nianao, Boubacar Baldé, était chez lui en train de prendre tranquillement son petit déjeuner.  Quand soudain, un bruit inhabituel vient perturber sa quiétude. Il se lève, cherche à savoir ce qui se passe. Et aperçoit devant le poste de Douane situé juste à côté une file de véhicules en provenance de la Guinée-Bissau. Sans perdre de temps, il se dirige vers le poste. Sur place, l’ambiance était indescriptible. Une bousculade monstre. Un véritable chaos. La foule immense, incroyablement surexcitée, avait fini d’encercler le tout petit poste de Douane de Nianao.  Pour une histoire de paiement de passe-avant. La position des gabelous était ferme : tous paient sauf les voitures de l’administration bissau-guinéenne. « Je ne savais pas quoi faire. En un mot, j’étais dépassé », se souvient le chef de village qui nous reçoit au milieu de sa maison, entouré des membres de sa famille et des amis. Boubacar a d’abord essayé de rapprocher les deux parties. En vain. L’irréparable s’est finalement produit : plusieurs blessés et un mort. « Moi-même je suis un rescapé. J’ai eu une grande chance. Beaucoup pensaient que j’étais mort », rappelle le chef de village de Nianao, encore sous le choc.  Boubacar a été brutalisé, agressé et blessé. Il s’en est sorti avec la 6e côte droite cassée. Il le montre avec beaucoup de dignité. Ordonnances et radio à l’appui. Mais dit avoir tout pardonné. « Quand on est chef d’un village frontalier comme Nianao, on doit être indulgent et compréhensif », philosophe-t-il. C’est le deuxième choc qu’il vit en tant que chef de village. Il y a deux ans, Boubacar avait frôlé la mort dans une situation similaire. En voulant sauver des jeunes bissau-guinéens pourchassés par des douaniers. « Je m’étais agrippé à eux pour leur éviter qu’on leur tire dessus ». Aujourd’hui, ses proches craignent pour sa vie. Son épouse vit dans l’angoisse. Pourtant, il n’en a cure, considérant sa mission comme un sacerdoce. « Boubacar se donne corps et âme pour Nianao. C’est véritablement notre source d’inspiration », témoigne Mamadou Bassy Baldé, le chef de de Colondinko Niako, village distant de deux kilomètres. Dès sa sortie de l’hôpital régional de Kolda où il était admis pour des soins, Boubacar a repris sa moto et s’est rendu à Pirada, à la rencontre du préfet de cette circonscription bissau-guinéenne. Histoire de calmer les esprits et de raffermir les liens séculaires qui unissent les deux peuples. « Nous sommes des frères, liés par le sang et la géographie. Nous sommes obligés de faire la paix. » Pour lui, ce triste mardi 8 février est juste une séquence à oublier. « Ce qui nous lie avec la Guinée-Bissau est plus fort. Maintenant, il s’agit de tout faire pour que pareil drame ne se produise plus », fait savoir Boubacar.

Engagement citoyen
Aujourd’hui, la situation est redevenue normale. Douaniers et ressortissants bissau-guinéens se sont réconciliés. Les voitures passent et repassent. Sans problème. A la grande satisfaction de Boubacar Baldé. Un homme de consensus, courtois et disponible. Quand, en mars 2012, il a été choisi pour remplacer son frère Mamadou Baldé décédé, « grand ami » du président Abdoulaye Wade, peu de gens avaient misé sur lui. Boubacar était juste connu pour sa passion pour le football. Et une trajectoire professionnelle comme pointeur dans une poissonnerie à Ziguinchor. La garderie d’enfants qu’il avait réussi à mettre en place, en 2010, n’était qu’une petite affaire. Mais avec son dynamisme, son ouverture d’esprit mais aussi et surtout son amour pour Nianao, Boucacar est aujourd’hui un bel exemple de leadership local. Un véritable acteur du développement. Reconnu comme tel par les Ong et les autorités administratives. Son nom revient dans deux grands projets du Pathiana : Veesto (Vélingara éducation, environnement et santé pour tous) et « Natal mbèye ». Tous bénéficiant du soutien de la Sodefitex, de la Sodagri et de l’Ong Wolrd Vision. Avec « Natal mbèye », 9 emplois salariés ont été créés, 1 000 agriculteurs enrôlés et des centaines d’hectares emblavés. Le comité directeur du projet va siéger dans les jours prochains pour préparer l’hivernage. Mais la plus grande fierté de Boubacar reste les garderies d’enfants. Elles sont passées de 5 à 22 entre 2010 et 2018. 1 016 enfants y sont pris en charge. « Le développement passe par l’éducation », insiste Boubacar qui multiplie les ateliers et séminaires pour se bonifier. Pour se former. Tutoyant plusieurs domaines : informatique, journalisme, gestion des unités production, réseautage et mise en place de branches et filières productrices. Le chef de village de Nianao est véritablement un touche à tout. Dans sa chronique diffusée sur « Pathiana Fm », la radio locale, il aborde des thèmes relatifs à l’émigration clandestine, le vol de bétail, la santé de la reproduction, les mariages précoces, la déforestation, entre autres. Une phrase revient souvent dans ses propos : l’Etat ne peut pas tout faire. C’est que Boubacar Baldé est convaincu que chacun a sa carte à jouer dans la construction du pays. Tout ce que le chef de village de Nianao veut, c’est d’être accompagné et soutenu. Voila qui explique sa main tendue à l’Etat. Ses garderies souffrent du manque d’enseignants de qualité et de matériel didactique. Mais son souhait le plus ardent : voir Nianao et ses 1 500 âmes bénéficier de l’électricité. L’entretien tire à sa fin. Le soleil dicte sa loi. Boubacar veut se reposer. Il le mérite. Mais un coup de fil vient tout chambouler. Il doit intervenir urgemment dans un dossier. Deux individus se disputent un champ d’anacarde.  Le chef de village doit les départager. « Vous avez vu notre travail.  Ça ne s’arrête jamais », explique Bouba, qui est retourné à son activité favorite : se rendre disponible pour sa communauté.

La transhumance est l’une des activités les plus anciennes de l’humanité. Elle trouve tout son sens dans le Ferlo, zone d’élevage par excellence. Difficile de parler de cette continuelle migration des troupeaux vers des prairies de qualité sans évoquer le berger. Ce personnage incontournable de l’élevage, porteur d’une histoire et d’une mémoire qui ont traversé les siècles, perpétue une tradition multiséculaire. L’avenir de ce gardien de troupeaux itinérant est aujourd’hui menacé par la précarité dans laquelle il vit et la modernité qui détourne de plus en plus les jeunes de cette activité.

L’opulence et le prestige se mesurent, chez les Peuls, à l’importance du troupeau. Chaque famille possède des têtes de bétail en grand ou en petit nombre. « Un Peul sans vaches, c’est comme un roi sans couronne », est une rengaine bien connue. Chez cette communauté, la vache est considérée comme sacrée, si bien qu’il est très rare de les voir en tuer pour consommer sa viande. Il est aussi de notoriété que le Peul n’aime pas que l’on épilogue sur le nombre de têtes qu’il a. Ça porte malheur, nous dit-on.

Depuis toujours, les Peuls ont toujours accordé une grande priorité à l’élevage, au pastoralisme. Dans le Ferlo, cette partie septentrionale du Sénégal où ce groupe ethnique est majoritaire, leurs mouvements migratoires remontent à plusieurs siècles. Et à la longue, ils ont fini par se sédentariser à plusieurs endroits de cette vaste zone, devenue une zone d’élevage par excellence du fait de ses belles prairies et points d’eau assaillis au gré des saisons par des milliers de bovins, d’ovins, de caprins, d’équins et camelins en provenance de tous les coins du pays et même de la Mauritanie, du Mali et de la Gambie.
Quand on parcourt le Ferlo, notamment le département de Ranérou, on est frappé par les merveilleux tableaux qu’offrent ces imposants troupeaux de vache, de moutons, de chèvres conduits dans un bel élan par de vigoureux bergers. Il est fréquent de croiser, à intervalles réguliers, ces Peuls nomades se déplaçant sur de longues distances à la recherche de pâturages et de points d’eau. Parfois, au pas, au trot ou au galop, ils marchent au rythme des bêtes qui constituent leur gagne-pain.

Un métier très complexe

Qu’ils soient âgés (c’est devenu de plus en plus rare), jeunes ou moins jeunes, ils sont reconnaissables à leur habillement typique, bigarré le plus souvent. Le quotidien de ces gardiens de troupeaux itinérants, enturbannés ou coiffés d’un chapeau conique en laine, est rythmé par la quête d’herbe, d’eau. L’image du berger peul renvoie surtout à cet individu appuyé sur ce fameux bâton qui ne le quitte jamais. « Le bâton est le symbole du berger. C’est pour cette raison qu’il ne s’en sépare jamais. C’est son outil de travail principal qui peut aussi se muer en arme pour se défendre contre le danger », explique le vieux Ousmane Kâ en soutenant que ce bâton n’est pas un objet ordinaire. « Ce n’est pas pour rien que le Peul porte toujours ce bâton avec lui. Il renferme des choses qu’on ne peut pas dire », lance-t-il.

Jadis, le berger n’était pas une personne ordinaire, nous dit Hamady Bâ, qui a aujourd’hui passé le relais à son fils. « C’est un métier qui se transmettait de père à fils », indique-t-il. « L’activité de berger était accompagnée de mysticisme parce qu’on ne pouvait pas se lever un beau matin et aller dans la brousse pendant des mois sans se préparer au préalable », explique-t-il. Surtout qu’à l’époque, précise-t-il, la brousse était infestée de mauvais esprits, sans compter les brigands. Les anciens, soutient Mamadou Bâ, transmettaient très tôt à leurs enfants le savoir ésotérique et autres connaissances en médecine vétérinaire et en zoologie qu’ils détenaient à ceux qui étaient chargés d’assurer plus tard la relève. « A l’époque, la vie pastorale était associée à certaines pratiques que tout berger digne de ce nom devait connaître pour pouvoir mieux s’acquitter de sa mission parce que ce métier était très complexe. Il fallait être bien préparé mystiquement pour pouvoir protéger le patrimoine qui vous était confié », fait savoir le sexagénaire. Ainsi, renseigne-t-il, un berger, dans la pure tradition, procède à des rites avant de s’engager dans la brousse avec son troupeau pour le protéger des mauvais esprits et autres forces du mal. Un berger, fait-il remarquer, doit avoir des connaissances mystiques, si infimes fussent-elles. « Etre berger n’est pas donné à n’importe qui. Il y a beaucoup de paramètres qui font que c’est une activité difficile », estime-t-il. Le sens de l’orientation, de l’observation, la maîtrise du calendrier pastoral sont indispensables. « Le berger doit chaque jour se lever tôt, se coucher tard, être habitué à la solitude. Il doit endurer la pluie, le froid, la chaleur, le vent, les longues journées de marche, les maladies, faire face aux dangers. En plus de tout cela, il doit être mystique pour pouvoir conjurer le mauvais sort en cas de besoin », relève-t-il.

Pour Yéro Diallo, le berger doit aussi entretenir de bonnes relations avec les bêtes. « C’est très important. Nos ancêtres avaient des relations spécifiques avec les bêtes. Ils savaient pénétrer leur esprit, leur parler, les soigner quand ça allait mal, les aider à mettre bas », note-t-il tout en insistant sur l’importance de cet aspect. Aujourd’hui, nous dit Yéro Diallo, le métier a changé si bien qu’il est rare, très rare même de voir des personnes âgées exercer cette activité. « Tous les anciens ont déserté ce métier du fait de sa complexité, laissant ainsi la place au plus jeunes », indique-t-il. Aujourd’hui, poursuit-il, ce sont des pâtres à peine sortis de l’adolescence qui conduisent des troupeaux composés de centaines de têtes et parfois même plus. La conjoncture est passée par là. « La relève doit être assurée, mais il faut qu’elle soit bien assurée aussi. Un vrai berger, c’est celui qui maîtrise bien la fonction, qui connaît bien le terroir, qui sait dénicher les ressources cachées, qui sait flairer le danger et aussi protéger son troupeau », soutient-il, non sans préciser qu’exercer ce métier à un certain âge présente des risques.

Une profession menacée par la précarité

Si le berger est un personnage incontournable de l’élevage, son métier n’est pas un long fleuve tranquille. Tous les jeunes que nous avons rencontrés sont unanimes sur ce point. Venant de localités comme Ouro Bathiel, Toubel, Ngassel, Ndendoudy et autres contrées du département de Ranérou, ils exercent cette activité pour assurer la relève de leurs parents, leurs grands-parents, mais surtout par nécessité. « La vie de pâtre n’est pas de tout repos. Celui qui vous dit que c’est un métier facile raconte des histoires », confie Ablaye Bâ. Depuis qu’il était tout petit, ce jeune homme originaire d’Ouro Bathiel vit au milieu des bêtes. « Je voulais étudier, mais ma famille n’avait pas les moyens. Quand mon père est devenu vieux, j’ai pris le relais pour ne pas rester au village à ne rien faire », raconte-t-il. Depuis, il pratique cette activité qui, jure-t-il, ne lui rapporte pas grand-chose. « A lui tout seul, le berger s’occupe d’un troupeau parfois constitué de centaines de moutons, de chèvres, de bœufs, qui appartiennent à plusieurs personnes. On doit bien les entretenir et les ramener en pleine forme à leurs propriétaires. C’est un métier très risqué car on ne sait jamais ce qui va nous arriver pendant tout ce temps qu’on passe dans la brousse », estime-t-il. D’après lui, cette activité ne nourrit pas son homme. « Ce que je gagne ne peut même pas faire vivre ma famille », affirme-t-il.

Ce métier, selon Ablaye Bâ, ne mène pas à la prospérité. « Vous pouvez parcourir tout le Ferlo, vous ne rencontrerez jamais un berger riche », déclare-t-il. Ceux qui voudront construire une maison ou même une case grâce aux revenus de cette activité devront donc encore et encore patienter. C’est l’avis aussi de Samba Goral Diallo. « Les salaires varient entre 20 000 et 50 000 FCfa. C’est un salaire de misère. Mais on est obligé de faire avec, parce que c’est devenu difficile de trouver du travail dans cette zone et on a des familles à nourrir. Pour atteindre le plafond, il faut tomber sur des propriétaires très généreux, ce qui n’est pas toujours évident. » Le paradoxe, soutiennent ces pâtres, c’est le fait de surveiller un troupeau d’une valeur de plusieurs millions de FCfa pour ne percevoir en retour que 25 000 FCfa à chaque fin de mois. « C’est vraiment un traitement injuste. Les propriétaires savent que c’est une activité difficile, mais ils ne font rien pour améliorer nos conditions », déplore Samba Goral Diallo. « Ce que nous faisons là, n’a pas de prix. Si les propriétaires devaient s’occuper eux-mêmes de l’alimentation de leur bétail, ils paieraient très cher », ajoute Issa Sow. L’autre hic est que si des têtes manquent à l’appel, c’est le berger qui rembourse. Eh oui. « Des fois, on a des troupeaux énormes. Et il arrive souvent qu’un mouton ou une chèvre se perde. Si le propriétaire est compréhensif, il peut pardonner. Dans le cas contraire, on est obligé de rembourser, sinon c’est la gendarmerie », informe-t-il. « En plus de tous les sacrifices, des salaires dérisoires, on risque aussi la prison », note-t-il. Toutes ces choses font aujourd’hui que bon nombre de gens qui devaient perpétuer ce savoir-faire ancestral qui leur a été légué, ont déserté cette activité qui n’augure pas de lendemains enchanteurs pour tous les bergers qui n’ont aucun espoir de voir leur situation changer un jour. « Aujourd’hui, beaucoup de jeunes préfèrent rester à ne rien faire plutôt que de courir derrière un troupeau qui ne leur rapporte absolument rien », laisse entendre Ifra Sow. En plus du manque de moyens, ce travail ne connaît pas de repos.

Pour le vieux Mamadou Bâ, la modernité a changé les comportements des jeunes si bien qu’il est devenu très difficile de trouver quelques-uns qui sont prêts à risquer leur vie dans la brousse, à passer leurs journées à parcourir des dizaines de kilomètres à la recherche de l’eau, à manger du couscous sec et des biscuits, à se coucher à même le sol. Et aussi à être en permanence en état de veille pour surveiller et protéger le troupeau contre d’éventuels dangers. « Beaucoup de jeunes préfèrent aujourd’hui aller à l’école ou apprendre d’autres métiers que de courir derrière un troupeau. Rares sont aujourd’hui ceux qui aspirent à devenir berger pour gagner des miettes alors qu’il peut avoir mieux et plus en tentant sa chance ailleurs », estime-t-il.

L’activité de berger qui relève d’un savoir-faire ancestral court aujourd’hui vers un déclin inexorable. La transmission de ce métier est menacée par l’extrême précarité et la modernité qui poussent nombre de jeunes à lui tourner le dos. Aujourd’hui, il est difficile de trouver des candidats prêts à suivre toute leur vie les troupeaux pour les faire paître. Ce manque d’engagement risque de porter un sacré coup à cette tradition multiséculaire chez cette communauté.

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes) et Mbacké BA (photos)

Destruction massive

07 Mai 2018
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« Bonne nuit », « Parfum de minuit », « Dors bien », « Ndatt Teuy ». Des noms bien exotiques qui viennent s’ajouter à l’arsenal meurtrier des femmes qui ne reculent devant rien pour « tuer » leur mari. Le verbe « tuer » a été utilisé par Ngoné Ndiaye Guéwel, lors d’une émission dans une télévision de la place. Il faut dire qu’elle n’a pas froid aux yeux. En direct, sous les yeux médusés des caméras et des cadreurs qui se cachent derrière, la danseuse aux formes généreuses a exhibé petits pagnes, grosses perles et noms affriolants pour montrer de quel carburant elle se chauffe.

Sacré Ngoné ! La reine du popotin en vrille nous donne une indication précieuse sur le nombre de veuves en permanente croissance. Si après une dure journée de labeur, l’homme en est réduit à subir les assauts de ces guerrières en pagnes courtes et au regard assassin, il y a vraiment de quoi se blinder la carcasse. La dame, qui vient de convoler en troisièmes noces, est si persuasive qu’elle a fait fuir ses deux premiers maris. Il faut être franchement suicidaire pour se faire passer dessus par cette arme de destruction massive. Il y a des chemins plus simples pour se rendre au Paradis, pardi !

Par Sidy DIOP

La Sénégalaise est une grande femme d’affaires sur la 116ème, la seule d’ailleurs à cet endroit. Propriétaire de trois gros business (grossiste beauté, grossiste alimentation, supermarché produits africains et four à pain français) sur la 116ème rue, Ndèye Marie Niang est une dame qui compte à New York.

Lunettes fines d’intellectuelle, taille moyenne, l’enseignante de formation se fait remarquer lors de la réunion de l’Association des Sénégalais d’Amérique par son instruction, son éducation, son franc parler et son sens élevé de l’intérêt général. « Tout businessman aux Etats-Unis qui veut travailler correctement doit, au moins, avoir un compte bancaire et être réglo, avec l’administration fiscale notamment. Toutes nos tentatives de mettre sur pied une association de businessman sénégalais ont échoué, par notre propre faute. Parce que nous voulons toujours aller au plus facile (…) ». Le tout dit sans élever la voix ni gesticuler.

Tout en ayant remercié l’Asa et le Consulat général de rester en contact avec la communauté, elle leur dira, droit dans les yeux, que deux éditions du Salon sans suivi ni résultats, merci pour elle ! En raison de l’importance de son business et de ses qualités intrinsèques, la parole de Ndèye Marie Niang compte à New York. C’est que Mme Seck, de son nom d’épouse, est la propriétaire de trois gros business (grossiste beauté, grossiste alimentation, supermarché produits africains et four à pain français) sur la 116ème rue. Elle vient de loin et s’est enrichie d’avoir surmonté les obstacles du monde des affaires aux United Teuss Teuss (expression sénégalaise qui signifie qu’aux Usa la réussite est au bout de l’effort).

D’abord, elle venait à New York depuis 1989 pendant ses congés pour retrouver sa grande sœur qui y habitait. Au retour, en plus des indispensables cadeaux à la famille, elle ramenait de plus en plus de grandes quantités de biens qu’elle revendait au pays. Elle a toujours aimé le business, admet-elle. Puis en 1995, elle quitte la craie et le tableau noir et s’installe dans la Grosse Pomme de manière permanente pour raison de santé. Elle part rejoindre sa grande sœur et se lance dans les affaires. Quand la femme d’affaires parle de sa famille, des étoiles brillent dans ses iris. « Ma famille a toujours été à mes côtés. Nous sommes quatre à New York. En plus de ma sœur ainée, il y a mon petit frère, ma petite sœur et mon époux M. Seck. Je suis la fondatrice du business mais je m’appuie sur eux», confie-t-elle.

Au début du parcours d’affaires, en décembre 1997, était un petit store (boutique) dans le Queens, un des cinq arrondissements de New York. Tellement petit qu’on le rebaptisa, avec humour « the world’s smallest store », la plus petite boutique au monde. Cette boutade indélébile a toujours motivé Ndèye Marie Niang à s’agrandir. Elle avait acheté le fonds de commerce à 5000 dollars, obtenus grâce à un prêt. Mais « thanks God, à la fin du mois de décembre, j’ai pu rembourser le prêt », se souvient-elle avec reconnaissance. Toujours en 1997, elle fait venir du Sénégal sa petite sœur Fatou pour travailler en sa compagnie dans la minuscule échoppe. Elles y vendaient de petites babioles contre le froid comme on en voit sur les étals des Burkinabé de la 125ème rue : gants, bonnets, écharpes, cagoules, mitaines, qui partent comme de petits pains en hiver. En parallèle, parce qu’aux Etats-Unis tout le monde à un second boulot pour combler les trous du budget, elle est aussi baby-sitter. Sept mois plus tard, en juillet 1998, Ndèye Marie ouvre un second store à Brooklyn, le quartier juif de New York, laissant Fatou gérer la boutique du Queens.

Pour qui a le cœur à l’ouvrage, les affaires marchent très vite aux Etats-Unis. Dès la fin de 1998, Ndèye Marie réalise son rêve américain en s’installant dans la très convoitée 125ème rue, en plein quartier d’affaires de Harlem, le quartier noir de New York. Ici, les landlords (propriétaires) sont américains mais ce sont les Coréens qui tiennent le haut du pavé commercial. Ils ne laissent aucun « étranger » s’y installer, par des méthodes bien à eux. Mais pour le moment, Ndèye Marie l’ignore et tout à son nouvel investissement, elle mène tambour battant ses affaires.

Pour diriger son dernier joyau, elle demande à sa grande sœur Aïda qu’elle avait rejointe à New York d’abandonner son job dans le restaurant sénégalais où elle travaillait depuis toujours. Ainsi fut fait. A Harlem, la nouvelle acquisition de Ndèye Marie n’est pas vraiment un magasin mais un kiosque sur le trottoir. Cependant, le coin est très busy, très fréquenté et rentable. Ce qui lui permettra de constituer très vite un nouveau capital en vue d’acquérir une vraie boutique enfin.

200.000 dollars de chiffre d’affaires
Entretemps, en raison de son volume d’affaires et de l’importance de son stock, le propriétaire de la boutique devant laquelle était son kiosque lui propose d’occuper la moitié de son local. C’est à ce moment crucial où tout allait bien que la néo-femme d’affaires découvre la configuration commerciale et stratégique des affaires dans cette rue si passante : un monopole asiatique aux mains des commerçants coréens de produits de beauté et de coiffure. Il est hors de question qu’un (e) Africain(e) entre dans ce business lucratif sur le « territoire » revendiqué. A présent que le chiffre d’affaires de la Sénégalaise dépassait les 200.000 dollars, elle commençait à leur faire de l’ombre car sa réussite pouvait attirer d’autres concurrents africains. Les commerçants coréens ont alors travaillé le bailleur au corps et organisé des coups bas à sa locataire sénégalaise. Exemple de méthodes de rétorsion : demander à ses fournisseurs de ne plus lui vendre et aux transporteurs de ne pas la livrer. Les compagnies venaient prendre ses commandes la nuit quand tout le monde était parti, par peur de représailles. Le procédé le plus courant est celui qui touche au portefeuille. Pour « expulser » la femme d’affaires de la lucrative 125 ème rue, de guerre lasse, le propriétaire a augmenté le loyer par cinq. Imparable. Ndèye Marie Niang refuse de payer ce prix de rançon et part, en effet.

Heureusement, la businesswoman sénégalaise est une personne avertie et prévoyante. En butte face à la concurrence déloyale coréenne et ne connaissant pas l’issue de ce combat inégal, elle avait déjà déplacé son bas de laine. Cet ailleurs fut la 116ème rue, toujours à Harlem, que tout le monde connait comme le Petit Sénégal. L’histoire reprend de plus belle dans ce quartier sénégalais de New York. La première vraie boutique de la femme d’affaires voit le jour en 2006 sous le nom de « Khady beauty supply ». C’est une caverne d’Ali Baba pour la distribution en gros de produits de beauté américains et africains de dernière génération. Il y a toujours du monde à l’intérieur. Ndèye Marie Niang tient là son navire-amiral enfin, moins de dix ans après son départ du Sénégal. La femme d’affaires avisée ne s’en arrête pas là. Elle continue de se diversifier et de s’agrandir, c’est la loi des affaires, cette fois-ci, dans l’importation de produits alimentaires en provenance du Mali, de France et du Sénégal. Et pour abriter cette seconde activité, elle acquiert un deuxième fonds de commerce toujours sur la 116ème, pas loin de la première boutique. Cette nouvelle activité est également baptisée « Khady food supply », un nom qui lui tient à cœur, on verra pourquoi plus loin.

Finalement, ce sont, aujourd’hui, trois fonds de commerce sur la 116th Street et un grand entrepôt dans le Bronx, autre quartier de New York, qui ont été générés par le sens des affaires de Ndèye Marie Niang. Au Sénégal également, l’entreprise possède trois locaux, à Diourbel et à Touba pour la transformation des produits locaux agricoles et industriels, et à Dakar pour le packaging. C’est plutôt pas mal. Non contente de faire de l’importation en gros, l’entreprise Adja Khady fait aussi de la distribution partout aux Etats-Unis (Californie, Seattle, Detroit, etc.) grâce à des compagnies de transport qui acheminent ses produits par palettes. L’entreprise de Ndèye Marie représente actuellement le groupe Unilever aux Etats-Unis. « Nul ne peut commander leurs produits aux USA sans passer par l’entreprise Adja Khady parce que je suis leur distributeur », dit-elle, non sans fierté dissimulée. Une consécration méritée pour celle qui n’a jamais baissé les bras devant l’adversité de la concurrence déloyale. Le découragement aurait pu survenir lorsqu’elle avait voulu réinvestir les fabuleux bénéfices réalisés dans les affaires en s’agrandissant et en se diversifiant, au lieu de faire comme tout le monde en les bloquant dans la pierre et la location immobilière au Sénégal. A ce moment-là, sa famille à New York n’a pas bien compris qu’elle prenne ce risque au lieu de capitaliser dans une valeur sûre et à la rentabilité immédiate. Son époux lui-aussi avait quitté son job de taxi driver (chauffeur de taxi), à sa demande, pour venir l’aider dans sa boutique de la 125 ème rue. Les enjeux étaient conséquents. C’était sans compter avec l’ambition de Ndèye Marie qui voit plus loin et plus haut pour ses affaires : créer des emplois et investir ses bénéfices dans le renforcement de son business et la croissance de son chiffre d’affaires. Heureusement, le réconfort et le soutien décisif de sa grande sœur ont beaucoup pesé sur la balance, et la famille a suivi. D’autant plus qu’aujourd’hui, tous les quatre membres de la fratrie sénégalaise à New York sont acteurs de l’affaire.

Savoir-faire appris à Dakar
Résidente américaine depuis vingt-deux ans, Ndèye Marie n’oublie pas d’où elle vient. Elle admet qu’avoir été enseignante l’a beaucoup servie dans sa seconde vie américaine dans le respect de la loi et des réglementations, dans sa relation aux autres, dans son rapport avec la clientèle et les fournisseurs, dans sa connaissance du monde et son rapport au public grâce à la psychologie et au savoir-faire appris à l’Ecole normale de Dakar. «  Sans cette formation intellectuelle reçue à l’école de formation des enseignants du Sénégal, je n’aurais pas pu effectuer les démarches administratives nécessaires à mes affaires », dit-elle. « Ma formation d’enseignante m’a permis de surmonter tous les obstacles et les freins inhérents quand vous recommencez à zéro dans un pays étranger. J’ai souffert. Avant d’être acceptée comme distributeur de produits français, combien de fois ne m’a-t-on pas raccroché au nez quand j’appelais les fournisseurs à Paris ? Le solide background que j’ai reçu à l’Ecole normale m’a permis d’innover dans le business aux Usa », explique-t-elle. Il est vrai que Ndèye Marie Niang est aujourd’hui la seule propriétaire de business sur la 116 ème rue grâce à sa persévérance et son sens des affaires, le quartier sénégalais de New York se rétrécissant au fur et à mesure de sa gentrification et de la hausse vertigineuse des loyers et baux locatifs.

Par Dié Maty FALL

Abc, en électron libre ?

07 Mai 2018
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Alioune Badara Cissé (Abc), Médiateur de la République, focalise les rampes médiatiques sur sa personne. Il capte une attention particulière, du fait de ses sorties devenues, depuis quelques temps, récurrentes. Dans une posture de remplir sa mission de médiateur, il est courant qu'il prenne des positions. La démarche n'est pas du goût du Secrétariat exécutif national de l’Alliance pour la République (Sen-Apr). Cissé ne fait pas dans la langue de bois et sert de manière crue sa perception de la situation du pays. En signe de désapprobation d’une telle conduite, les instances du Sen-Apr ont, à travers un communiqué signé du porte-parole, Seydou Guèye, fustigé le «positionnement politique militant incompatible avec son statut, constituant, en même temps, une atteinte grave au devoir de réserve que lui impose ses hautes fonctions», selon les termes dudit communiqué. Les sorties d’Abc que le porte-parole Seydou Guèye nomme «dérapages» sont devenus «inacceptables», rapporte le texte. Il invite au «devoir de réserve du Médiateur de la République». Si Monsieur Cissé veut retrouver le terrain politique de la contestation, il devrait se décharger de ses fonctions de Médiateur de la République, lui recommande-t-il. Ce recadrage intervient après qu’un communiqué dont on confère la paternité à Alioune Badara Cissé a été publié: «Un seul être vous manque…» parue le 2 mai 2018, sur plusieurs sites d’information dont celui de Dakarmidi. Dans cette tribune, les propos conférés à M. Cissé rapportent qu’au «soir du 25 mars 2012, alors que dans la plupart des chaumières du Sénégal, on se laissait submerger par une frénésie euphorique, le texto qu’il envoyait à certains de ses amis. Il était perçu par les moins lucides d’entre eux comme le soupir malvenu d’un rabat-joie! Pourtant, ces propos qui invitaient à la vigilance disaient à peu près ceci: «Que Dieu nous préserve de nouvelles désillusions et de lendemains qui déchantent! Nous avions caressé tellement d’espoirs en 2000…..», écrivait-il. Poursuivant sa diatribe, il fait part de son regret qui découle d’«un bégayement de l’histoire ». «Nos mises en garde n’auront pas servi à grand-chose. Les mêmes attitudes resurgissent», s’est-il notamment ému. Intox! En effet, dans un communiqué signé de Mbagnick Diouf, Chargé de Communication du Médiateur de la République du Sénégal, il est rapporté, "Le Médiateur, tient à préciser qu’il n’est lié ni de près, ni de loin à la rédaction et à la diffusion d’un tel article". Par conséquent, il est demandé à tous les sites ayant fait publication de ce texte de bien vouloir le retirer au plus vite en les remerciant de leur compréhension. L'ère de la manipulation semble bien s'installer !

Oumar BA


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