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Soleil Grand Air (595)

Le fondateur du groupe Teylium qui vient de racheter Tigo avec des partenaires est l’un des symboles de la réussite en Afrique de l’Ouest. Des télécoms à l’immobilier, du Sénégal à la Côte d’Ivoire, il a bâti, en moins de quinze ans, un empire dont la véritable surface financière reste mystérieuse.

Une icône sénégalaise
À la fois « fils de » et jeune multimillionnaire, Habib Yérim Sow est une icône dans son pays. L’un des symboles, parmi quelques autres, de la réussite économique et financière d’un entrepreneur sénégalais. En moins de quinze ans, le fils d’Aliou Sow, fondateur de la Compagnie sahélienne d’entreprise (Cse), un immense groupe de Btp, s’est mué en homme d’affaires touche-à-tout. Mais, nulle question d’héritage là-dedans. Si le poids de sa famille l’a très certainement aidé à lancer sa première société, Access Telecom, détentrice d’une licence de radiomessagerie au Sénégal, c’est la cession, pour 76 millions d’euros, d’une seconde entreprise, Loteny Telecom, au géant sud-africain Mtn qui le rendra riche.

Culture de la discrétion
C’est l’une des réussites les moins médiatiques du Sénégal. Peu de Sénégalais, en effet, sont capables de mettre un visage sur le nom d’Habib Yérim Sow. A part qu’il est le fils de Aliou Sow (Cse), le magnat du Btp. Sinon, pour le reste, rien que des rumeurs… Il se dit que c’est un jet-setteur mondial qui possède un jet et un yatch privés… Et comme il ne donne la moindre interview pour dégonfler la baudruche, et qu’on ne le rencontre quasiment nulle part au Sénégal, la légende sur sa personne ne cesse d’enfler. Yérim Sow est discret jusque dans ses amitiés. L’homme cultive le mystère comme un maître du suspens. Il ne répond guère aux sollicitations des médias, se permettant même de snober l’hebdomadaire parisien « Jeune Afrique » en se contentant d’envoyer une courte présentation écrite pour répondre aux sollicitations du journal.

Investisseur hors pair
Il existe pourtant des indices pour briser le mur de pudeur qui entoure sa personne. Il fait partie, par exemple, des Anciens du Canada (Polytechnique de Montréal). Le site web de  Teylium group, la holding qui regroupe ses activités, est, en outre, riche en pépites. On y apprend qu’il a créé sa première société, Direct access (informatique), en 1988. Ensuite, c’est Access télécom, détentrice d’une licence de radiomessagerie, en 1994, qui l’a fait connaître aux Sénégalais avec les fameux Bip access. Et puis, on le perd de vue. Il part, en fait, en Côte d’Ivoire monter une filiale d’Access télécom et prend pieds dans ce pays. Il y lance Loteny, dans la téléphonie mobile, en partenariat avec Télécel (aujourd’hui Mtn/Ci). En 2001, il crée Teylium international et prend des participations dans le centre d’appels Pcci. En 2002, il réalise l’immeuble Trilenium à Dakar. Assez pour lancer la saga de cet homme d’affaires hors du commun et qui a le don de transformer tout ce qu’il touche en lingots d’or.

Teylium, un mastodonte
Dix-sept ans après sa création, le groupe Teylium international comprend sept divisions : de l’immobilier à la finance en passant par les télécoms. C’est dans ce secteur que Yérim Sow, 44 ans, s’est fait connaître, dès 1994, en lançant, à Dakar, une société de commercialisation de services de paging. Peu après, il créait le premier réseau Gsm de Côte d’Ivoire, vendu, en 2005, à Mtn pour 50 milliards de FCfa (76 millions d’euros). Le plan stratégique de Teylium, initié en 2006 pour quatre ans, s’est traduit par la mise en œuvre de plusieurs opérations en Afrique de l’Ouest. Dans les télécoms, le groupe a acquis l’opérateur Gsm Intercel en Guinée et obtenu la seconde licence de téléphonie mobile au Cap-Vert. Un investissement de 15 millions d’euros. En Côte d’Ivoire, Teylium s’est porté acquéreur de la Bridge bank et la Continental beverage company (Cbc) qui a mis sur le marché l’eau minérale Olgane. Très discret sur les montants en jeu, le groupe, basé à Genève, aurait réalisé un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros en 2007.

Rayonnement mondial
Aujourd’hui, le groupe a un rayonnement mondial avec des bureaux à Maurice et Genève, et des activités aux quatre coins du globe. Il s’active aussi dans le développement et la gestion immobilière, l’hôtellerie, les télécoms et les Tic, l’agro-industrie, les services bancaires et financiers, les services aériens... Un véritable conglomérat. Ses dernières acquisitions sont une banque, Bridge bank (Côte d’Ivoire), le Plaza hôtel, un « 5 étoiles » en construction sur la corniche, dans le cadre des chantiers de l’Anoci, d’autres résidences de luxe à Dakar… Il est également cité dans un fonds d’investissement à Dubaï…

Filialisation réussie
Le groupe possède deux filiales dans le domaine : Teylium properties group, qui développe une dizaine de projets immobiliers, de bureaux et de résidences, et Chain hotels&resorts pour la construction d’hôtels. Le groupe cofinance l’édification de nombreux programmes à Dakar dont le Sea plaza, un projet d’environ 33 milliards de FCfa visant à construire un hôtel 5 étoiles de 180 chambres qui sera géré par l’exploitant international Radisson et un ensemble commercial tout autour, le Rivonia tower, constitué d’immeubles et de bureaux, et Coralia, un programme de résidences de luxe. Il est impliqué également dans la réalisation du Waterfront de la capitale sénégalaise, un programme immobilier visant une clientèle très huppée.

Tigo, un succès retentissant
C’était l’un des paraphes les plus attendus dans le monde de l’investissement en direction du Sénégal. Le président Macky Sall a fini par apposer sa signature au bas du décret 2018-750 approuvant la cession de Tigo Sénégal au consortium Saga Africa holdings limited, contrôlé par Yérim Sow, Xavier Niel et la famille Hiridjee. Ce décret met un terme à un bras de fer de près d’une année entre la plateforme de transfert d’argent Wari et l’opérateur de téléphonie mobile luxembourgeois Millicom qui détenait la marque. Yérim Sow renoue ainsi avec ses premières amours.

Un de mes maîtres, que j’implorai de dire son mot sur notre présent et sur notre quête incertaine de sens, me servit comme réponse ceci : « Dans ce pays, tout le monde parle. Et de tout. On célèbre davantage la volubilité du langage et le langage de l’indélicatesse que celui articulé autour de la science, de la raison et de la civilité ». Sans doute, mon maître a aussi peur de la nouvelle race d’individus dont l’impertinence envahit l’espace public. Ils sont prompts à attaquer, de manière inconsidérée, les gens, à entraver nos « utopies » et à blesser la décence. S’abandonnant à un narcissisme nourri par les médias, ils s’autorisent tous les excès parce qu’il n’y a que le paraître qui compte. La libéralisation de la prise de parole, n’en déplaise à Monsieur promoteur des libertés, est une tragédie se déroulant sous nos yeux. Nos oreilles et le bon sens en sont les héros malheureux. Birima Ndiaye, qu’une certaine maladresse a appelé chroniqueur de l’émission « Jakaarlo bi » de la Tfm, et l’intempestif Omar Faye, du mouvement « Leral Askanwi », pourraient valablement y tenir des rôles.

Le premier, syndicaliste aux procédés old school, confond authenticité, trivialité et enfantillage. La personnalité exige de nous cette faculté de s’adapter aux univers d’expression, au cadre et au contexte. Et ce n’est pas de la sournoiserie. Ce presque quinquagénaire entre dans un jeu télévisé qui n’amuse que ceux que l’inconvenance n’outre. L’impétuosité, même naturelle, doit être endiguée, de temps en temps -et quel que soit le désir d’exister- par la lucidité et un retour fréquent à soi. Donc, savoir faire abstraction de l’horreur du moi quand la lumière jaillit au moment où, peut-être, on ne l’espérait plus.

La télévision exige quelques précautions oratoires, une posture. On ne crie pas pour se faire entendre. Dans un beau portrait de Birima Ndiaye, réalisé par une consœur, une de ses épouses tient ces propos : « Il m’arrive parfois de ne pas regarder ses émissions jusqu’à la fin. Tant son comportement me fait sortir de mes gonds ». Vous n’êtes pas la seule madame ! Elle poursuit : « Je lui demande de parler sans s’énerver, car on le comprend mieux quand il s’exprime doucement. Et pourtant, à la maison, il est tout sucre, tout miel ». Ah bon ! Est-il alors obligé de se donner en spectacle de cette manière si incommodante…si écœurante, d’autant plus que sa participation dans cette émission, dit-il, n’est pas rémunérée, lui, l’homme politique qui a fini de démolir, avec d’autres, le mythe du « socialiste pondéré » ?

Mais, Birima Ndiaye peut se vanter d’être moins impertinent qu’Omar Faye, président « isolé » du mouvement « Leral Askanwi », qui nous brouille plus qu’il n’éclaire notre lanterne. Directement ou indirectement, Laye Njomboor a eu la prouesse de faire croire à certaines personnes leur trop grande importance. Certains sont devenus maires, d’autres ont failli l’être. Il y en a qui ont été nommés conseillers en quelque chose ou casés dans un quelque part où s’étouffe leur exubérance. Et l’impopularité, un temps agité, du père du petit protégé de Doha a même fait penser que les énormités d’Omar Faye étaient des évidences scientifiques. Aujourd’hui encore, le refrain médiatique, « arrêté pour diffusion de fausses nouvelles », tout à son honneur, a repris. Il nous sert les mêmes invraisemblances et sur les mêmes plateaux de télévision (deux principalement). Omar se plait à ce jeu. Il ressemble à cet être aimant s’entourer d’oreilles distraites en mal de sensations (ici, la presse) qui élabore des contre-vérités et qui finit par admettre comme vérité ce que son esprit malveillant avait conçu. L’ardent désir d’ « exister » des uns et des autres est, encore une fois, un drame collectif.

 

Sanar évoque beaucoup de souvenirs chez tout étudiant qui est passé par l’Université Gaston Berger (Ugb). Ce petit village, assez éloigné de Saint-Louis pour ne pas en subir l’agitation, est, aujourd’hui, sorti de l’anonymat et de sa torpeur. Beaucoup de choses ont changé à Sanar Peul, reconnu administrativement sous le nom de Diougob, avec l’avènement de l’institution universitaire. Les mentalités ont beaucoup évolué et les autochtones aspirent plus que jamais au développement de leur localité.

Sanar ! Un calme plat règne au bord de la route nationale n°2 menant à Richard Toll, à hauteur de ce village situé à une dizaine de kilomètres de Saint-Louis. De loin, on aperçoit la tour caractéristique de la bibliothèque centrale de l’Université Gaston Berger ceinturée par deux villages : Sanar Peulh et Sanar Wolof. Ils sont respectivement habités par des Peuls et des Wolofs. Le climat est un peu clément. Par groupe, les fidèles chrétiens sortent, ce dimanche, de la paroisse du village, le cœur rempli de grâces et de bénédictions. La plupart d’entre eux sont des « Wa Sanar », une appellation attribuée aux étudiants et aux anciens de l’Ugb. Un nom qui se confond aussi et surtout avec celui du village qui a donné naissance à l’université.

Si Sanar, qui abrite l’Ugb, est administrativement victime d’un découpage qui l’a rattaché à la commune de Gandon dont il est distant de 18 km, il est géographiquement et sociologiquement plus proche de Saint-Louis. Mais, cela ne semble guère gêner ses habitants qui se considèrent Saint-Louisiens.

Jadis, le site abritant l’Ugb était occupé par des Peuls et portait le nom de Sanar Peul. En face d’eux, il y avait la communauté wolof qui vivait sur un autre site appelé Sanar Wolof. Vers les années 70-80, les habitants de Sanar Peul étaient contraints de déguerpir pour céder le site à la future université. Pour se reloger, ils n’ont pas cherché bien loin. Il leur a juste suffi d’enjamber la route nationale n°2 pour se retrouver au village de Diougob qui fait face à l’Ugb. Administrativement, c’est Diougob, mais c’est Sanar Peul qui est plus connu et familier aux Saint-Louisiens et aux étudiants de l’Ugb qui y ont laissé leurs empreintes au cours de leur séjour.

Pendant longtemps, ce village, plongé dans l’anonymat, a gardé sa quiétude à distance respectable de l’agitation de Ndar. Aujourd’hui, les temps ont changé. La création de l’université, vers les années 90, a changé la donne. Sanar est sorti de sa torpeur et les populations affichent leur ambition de développement. Pour cela, elles comptent beaucoup sur l’institution universitaire pour l’emploi des jeunes et la réalisation d’infrastructures d’envergure. Conscients des missions de l’université, les différents recteurs de l’Ugb ont, tour à tour, joué leur partition, au grand bénéfice des populations riveraines. Talibou Diallo, habitant de Diougob, magnifie les actions amorcées par les recteurs Mary Teuw Niane, actuel ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation, et Baydallaye Kâne. Ils ont beaucoup œuvré pour le recrutement des jeunes du village. « Des efforts ont été certes consentis, mais il y a beaucoup à faire. Nous devons être prioritaires dans les emplois de l’Ugb et du Crous », poursuit-il.

Ibrahima Sow partage le même avis. Il magnifie l’excellence du partenariat entre l’Ugb et les populations des villages environnants, même s’il estime qu’il y a encore des efforts à faire du côté du Centre régional des œuvres universitaires de Saint-Louis (Crous). « A l’époque, les habitants de Diougob qui travaillaient à l’université n’étaient pas nombreux. Avec l’arrivée du Pr Mary Teuw Niane, beaucoup de jeunes issus des villages environnants en ont bénéficié. Ses successeurs ont suivi la dynamique. Toutefois, il faut dire que le Pr Niane a le plus marqué l’attention des populations de Diougob et environs lors de son passage », se félicite-t-il, regrettant que la dynamique ne suit pas du côté du Crous. « Nous ne sommes pas bien servis par le centre universitaire. Nous sommes laissés en rade alors que nous, riverains, devrions être privilégiés dans les emplois », dénonce M. Sow.

« L’université a trouvé ici des troupeaux de vaches, des moutons, des chèvres, etc. L’élevage a cédé petit à petit la place à l’institution. La politique sociale de l’Ugb doit réserver une part importante aux villages environnants en termes d’emplois », affirme Babacar Bâ, chef du village de Diougob. Ce dernier pense aussi que le Crous devrait privilégier, pour les emplois temporaires ainsi que dans les recrutements, les populations des villages environnants, dans le cadre de sa politique sociale.  

Ruée vers Sanar…
Sanar Peul 2Talibou Diallo admet que l’implantation de l’Ugb a beaucoup contribué au développement du village. « On retrouve de nombreuses boutiques sur le long de la route nationale n°2, en face de l’Ugb. Egalement, des gens cherchent à acquérir des terrains à Diougob pour y habiter ; ce qui n’était pas le cas avant l’avènement de l’université », indique-t-il. Le foncier est devenu cher au fil du temps. Beaucoup d’autochtones et même des « étrangers » sont en train de valoriser leurs terrains. Dans les années 70, ajoute Talibou Diallo, les terrains étaient gratuitement cédés à ceux qui en formulaient la demande. Aujourd’hui, il faut beaucoup débourser pour espérer avoir un terrain à Diougob ou Sanar Peul et même Sanar Wolof. Cette flambée des prix des terrains occasionne un boom immobilier très important. Des étudiants qui n’ont pas pu bénéficié d’un logement universitaire se rabattent à Diougob ou dans les villages environnants pour ne pas s’éloigner du campus pédagogique.

Le chef du village de Diougob abonde dans le même sens. Babacar Bâ soutient que l’Ugb a favorisé le développement de la localité et ses environs. Aujourd’hui, beaucoup de pères envoient leurs enfants à l’école ; tel n’était pas le cas avant l’avènement de l’université. Il en est de même pour le foncier. Selon lui, le premier directeur du Crous, Saliou Rama Kâ, et le Pr Mary Teuw Niane ont beaucoup marqué les populations de Diougob et environs. Ils ont beaucoup travaillé les consciences sur la nécessité d’envoyer leurs enfants à l’école. Les résultats sont maintenant palpables. Plus d’une vingtaine d’étudiants originaires du village sont orientés à l’Ugb et constituent une fierté. D’autant plus que, dans le passé, peu d’enfants étaient scolarisés, signale Ibrahima Sow. Pour lui, l’implantation de l’Ugb a créé une réelle émulation chez les jeunes du village et environs. Seulement, en matière d’orientation des bacheliers, ces villages ne disposent pas de quotas, même avant l’avènement des réformes de 2013 avec la mise en place d’un système national d’orientation, à savoir Campusen. Aujourd’hui, l’option de l’Etat, rappelle le recteur de l’Ugb, c’est d’orienter tous les bacheliers sur la base de critères dont les universités à la base n’ont pas cette marge de manœuvre. Ce modèle d’orientation vise à éviter la « ghettoïsation académique » et à favoriser la « mobilité des jeunes » qui contribue à l’intégration nationale.

Pour le président de l’Asc de Diougob, l’implantation de l’université a radicalement changé le visage de leur localité et la mentalité des populations. Sur le plan économique, les choses bougent avec l’arrivée massive des banques et d’autres sociétés. « Tout le monde rêve d’habiter à Diougob parce que l’avenir, c’est ici », lance-t-il. « S’il n’y avait pas l’université, il n’y aurait pas une ruée vers Diougob ou Sanar wolof », ajoute-t-il.

Légitimes préoccupations
Cette ruée vers Sanar Peul cache mal quelques préoccupations légitimes des populations. Celles-ci, de l’avis de Talibou Diallo, sont principalement liées à l’extension hydraulique et électrique et au bitumage des principaux axes routiers pour faciliter leur déplacement. Cela, d’autant que le village s’agrandit d’année en année.  Le constat est fait par le chef du village. L’Ugb doit, selon Babacar Bâ, être au service de la communauté à travers ses recherches et son savoir-faire. Il déplore aussi la recrudescence des cas de vol dans la zone.

Diougob est l’un des rares villages au monde à abriter une université. Mais, le seul bémol est que ce village de la commune rurale de Gandon ne dispose pas de poste de santé, ni d’un marché digne de son nom, encore moins d’un collège, voire d’un lycée. Les patients sont certes admis, pour les besoins de consultations, au centre médical du Crous, mais ils sont le plus souvent orientés vers d’autres structures sanitaires.

Née en 1994, l’Asc de Diougob, dirigée par Ibrahima Sow, s’active dans tous les domaines pour le développement du village. Pour réussir ses missions, elle n’hésite pas à recourir aux services de l’Ugb ou du Crous. Certes, leurs sollicitations auprès de l’université ont toujours connu une suite favorable, mais Ibrahima pense qu’elle peut faire mieux pour remplir pleinement sa mission dans le cadre de la Responsabilité sociétale d’entreprise (Rse). « Chaque année, nous organisons des Journées d’excellence ; nous aimerions que l’Ugb et même l’association « Wa Sanar » nous soutiennent davantage pour donner à cet événement une dimension exceptionnelle et surtout lors de ses « 72 » culturelles », fait-il remarquer. M. Sow appelle l’association « Wa Sanar », regroupant les étudiants qui ont fait leurs humanités à l’Ugb, à soutenir les écoles primaires ou collèges de Diougob et des villages environnants. Selon certains témoignages, le premier recteur de l’Ugb a contribué à la construction de la première mosquée du village. L’institution a aussi fait un don d’un climatiseur pour la morgue du village. Sur les relations entre les étudiants et les populations, le chef de village souligne qu’elles sont au beau fixe. Très souvent, lors des grèves des étudiants, ce sont les notables du village qui prennent le bâton de pèlerin pour arrondir les angles entre autorités universités et étudiants.

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

L’UNIVERSITÉ AU SERVICE DE LA COMMUNAUTÉ
Crous UgbL’Université Gaston Berger (Ugb) est un bon voisin. Depuis sa création, elle a consenti beaucoup d’efforts pour prendre en charge les préoccupations des riverains, notamment en matière d’emplois des jeunes.

Pour le Pr Baydallaye Kâne, les universités ont, entre autres missions, les services à la communauté. C’est pour cette raison, signale le recteur, qu’une attention particulière est accordée à la société et à l’environnement de façon particulière.

L’Ugb étant dans un domaine semi-urbain et semi-rural, il y a beaucoup d’initiatives prises en direction de ces villages, dit-il. « Dans le domaine de la santé, depuis l’ouverture de l’Ugb, la Direction de la médecine du travail a intégré le principe de prendre en consultation les villageois gratuitement », fait savoir M. Kâne, sans occulter la question de l’emploi des jeunes.

Initialement, l’Ugb avait une superficie de 243 ha, mais dans le cadre de ses relations de bon voisinage et suite à une requête de Sanar Wolof, l’université a accepté de se délester d’une partie de sa superficie pour se retrouver avec 220 ha où elle dispose des espaces verts. L’Ugb, précise le recteur, a besoin de la main d’œuvre pour l’aménagement de ces dits espaces. Et à l’en croire, la décision prise par les autorités universitaires, c’est de donner un quota à tous les villages environnants qui, de manière rotative, envoient, tous les quatre mois, des jeunes pour venir travailler à l’université. « Nous n’interférons pas dans le choix. C’est une valeur ajoutée pour ces villages. Certains d’entre eux ont la chance d’avoir des Cdd et d’autres des Cdi », explique-t-il.

Dans le domaine de l’agriculture, l’Ugb fait beaucoup d’innovations à travers sa ferme où une unité de production a été mise sur pied en partenariat avec Bruxelles. Selon Baydallaye Kâne, des chercheurs font de la poudre d’oignons utilisée dans la confection des bouillons, du yaourt, de l’huile, etc. « C’est un travail de pointe. Aujourd’hui, nous avons parmi les meilleurs spécialistes dans notre pays dans ce domaine », fait-il remarquer. Un travail réalisé en parfaite collaboration avec les Gie de femmes des villages environnants qui servent de main d’œuvre dans cette unité de production. Notre objectif, dit-il, c’est « de leur permettre d’acquérir des connaissances et de s’en servir pour améliorer leurs conditions d’existence ».

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

LE CROUS AU CHEVET DES RIVERAINS
Les populations de Sanar ne sont pas satisfaites de la politique sociale du Centre régional des œuvres universitaires de Saint-Louis (Crous), notamment en matière de recrutement des jeunes. Elles accusent les autorités de cette institution de « faire du parti pris et du favoritisme ». Une accusation rejetée en bloc par le Crous à travers sa cellule de communication. Fara Sylla, chargé des relations avec la presse, soutient que, depuis son existence, le Crous a toujours pris en charge les préoccupations des populations des villages environnants (Sanar Peul, Sanar Wolof, Boudiouck), en recrutant notamment des journaliers dans la restauration. D’ailleurs, indique-t-il, beaucoup de femmes qui interviennent dans la restauration des étudiants sont originaires de ces villages.

A cela s’ajoute la gratuité des prestations médicales pour ces communautés ainsi que les subventions allouées à des associations religieuses, culturelles, sportives, etc. Même si beaucoup de jeunes sont des prestataires du Crous, ils attendent leur régularisation depuis plusieurs années. Fara Sylla estime que cette situation est liée au budget. Cette année, le Conseil d’administration du Crous n’a autorisé que dix recrutements sur une cinquantaine de demandes. Le directeur du Crous est, selon lui, assez sensibilisé sur cette question.

« Sous peu de temps, si le centre obtient une rallonge de son budget, il va procéder à la régularisation de ces prestataires qui ont passé beaucoup d’années au service de l’université », déclare son chargé des relations avec la presse pour qui « le Crous ne fait nullement dans le parti pris encore moins dans le favoritisme ».

« Comme l’atteste d’ailleurs la première vague de travailleurs du centre qui est issue de ces villages. Vous les trouverez dans tous les services », avance M. Sylla.

 

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

Last modified on jeudi, 17 mai 2018 11:49

Faut-il en rire ou en pleurer ? En regardant la vidéo de l’interview que Youssou Touré a accordée au site Igfm, on est partagé entre l’hilarité et l’attendrissement. Un sentiment hybride à l’égard d’un homme jadis au verbe haut, aujourd’hui réduit à s’apitoyer sur son sort parce qu’on lui aurait retiré ses véhicules de fonction et des responsabilités au sein de l’appareil d’Etat et de l’Apr. « Je suis un ministre sans bureau, sans cabinet, cela fait mal au cœur. Ils n’ont qu’à tout retirer, ils n’ont qu’à tout me prendre. Cela ne me fera rien du tout parce que la mort approche. Le reste ce n’est pas important. Il y a quelques jours, j’ai piqué une crise à cause de cette humiliation. Dès fois, je me réveille à 2 heures du matin et je me dis que c’est un cauchemar », se plaint-il, voix basse, face à la caméra. Avant d’éclater en sanglot. Ce n’est pas la première fois que l’ancien Secrétaire d’Etat à l’Alphabétisation pleure comme une madeleine en public. Il y a trois ans, lors du lancement de la Semaine de l’Alphabétisation à Guédiawaye, il n’avait pas pu se retenir face aux mélopées dithyrambiques des griots. Il a fallu plusieurs minutes pour que l’ancien syndicaliste reprenne ses esprits et déclame enfin son discours entrecoupé de spasmes.

Pour en revenir à l’interview de l’autre jour, Youssou Touré y a laissé apparaître l’image d’un homme attaché aux privilèges ; d’un garçon à qui on a retiré son bonbon et qui pleure toutes les larmes de son corps. Il attribue sa « déchéance » à l’arrivée en masse des « transhumants » dans le parti présidentiel à qui on aurait déroulé le tapis rouge au détriment des militants de la première heure. « La transhumance est une mauvaise chose pour la démocratie, c’est abominable et reflète un recul démocratique », martèle l’ancien Secrétaire général du Réseau national des enseignants de l’Apr. C’est à peine si Youssou Touré ne regrette pas le temps où ils étaient dans l’opposition quand, nostalgique, il se souvient des moments passés avec le président Macky Sall à peaufiner la stratégie qui allait les mener au pouvoir. « Mais aujourd’hui, je suis complètement écarté des centres de décision. Voilà comment on détruit progressivement les individus », ajoute-il avant de se dire proche de la dépression. À l’évidence, Youssou Touré, sous ses dehors d’un dur à cuire, est une âme sensible au mental chancelant.

Elhadji Ibrahima THIAM

Maty Wade était une fascinante figure de la diryanke (lire diryanké et entendue, ici, comme courtisane)) du début des années 1950. Les récits sur sa vie rendent compte d’une existence mouvementée et d’une tragédie particulièrement médiatisée en 1955.

Maty Wade est la figure archétypique de la diryanke des années 1950. Elle est encore fort présente dans la mémoire collective d’habitants de la Gueule Tapée. Sa vie et sa fin tragique renseignent sur beaucoup d’aspects de la vie sociale dans et hors de la banlieue dakaroise. Son portrait a été esquissé par la compagne de Joseph Houmano. Ce migrant dahoméen gérait le restaurant-bar « Parisiana », situé dans le quartier Colobane, non loin du Groupe Mobile de Gendarmerie. D’après cette migrante dahoméenne, Maty Wade était une « si belle femme avec de jolies dents ». Sa beauté légendaire a également été rapportée par beaucoup d’enquêtés, sollicités pour se prononcer sur les sexualités urbaines. Elle était « si gentille », riait « avec tout le monde. Forte du capital symbolique, constitué par sa beauté physique et sa générosité, elle était à l’abri de l’infortune. Dans ses sorties en ville, elle n’hésitait pas à porter comme bijoux « une gourmette en or, un bracelet-montre, une alliance, une chevalière, un collier en or avec son médaillon », etc. Pour effectuer ses déplacements, elle prenait un taxi, « toujours le même ». En bref, à l’instar de la glorieuse Vénitienne du XVIIIe siècle, Maty Wade a régné sur les cœurs, fait parler et rêver d’elle en milieu masculin, su s’habiller avec élégance, se maquiller avec art et utiliser ses charmes.

La reconstitution partielle des derniers jours de Maty Wade fournit des indications fiables sur quelques-unes des genres de fréquentations sociales, des parcours suivis, des lieux de noce visités et des façons de faire ritualisées des diryanke dakaroises. Le jeune Dahoméen, préposé à la vente des cigarettes et des limonades au « Shangaï-Bar-Lumière », affirme ainsi l’avoir accueillie les 9 et 10 janvier 1955, alors qu’elle était en compagnie d’un auxiliaire de gendarmerie.     Le prestige de l’uniforme constitue, en plus de l’avoir, des critères de sélection des fréquentations masculines de cette consommatrice de l’amour vénal et des plaisirs de la nuit. Il lui arrivait d’être aussi en compagnie de plusieurs personnes. D’après l’épouse du gérant du « Parisiana », ce scénario s’est produit le 10 janvier 1955. Le bar-dancing, qui est également un bar-restaurant, est le lieu de divertissement et de détente privilégie…
Au bar-restaurant du couple Houmano, la « beauté légendaire » de la Gueule Tapée avait ses habitudes. Quand elle visitait ce lieu de noce, elle s’asseyait toujours au même coin. Maty Wade quittait tardivement ou de façon précipitée le « triangle de la noce » de Colobane pour goûter aux charmes du Plateau by night…

Jetée dans un coin de plage

La fin de Maty Wade fut tragique. Elle fut victime d’un meurtre dans la nuit du 9 au 10 janvier 1955. Son chauffeur de taxi attitré est soupçonné d’avoir commis le crime de sang. Interrogé puis réinterrogé par les policiers du commissariat du sixième arrondissement, il a été déféré au parquet. La reconstitution et la description de l’homicide déclinent trois façons de faire prêtées au coupable présumé : dépouiller la victime de ses biens (bijoux essentiellement), la dévêtir et la noyer, comme un chien selon la dame Houmano. Le lieu choisi, pour laisser libre cours à la force destructrice qui a provoqué l’abrégement de la vie de Maty Wade, est « un coin de plage peu fréquenté en raison de la proximité du champ de tir (de Fann) et de son accès difficile ». Le parcours en boucle de sa vie de noce vole en éclats avec le choix d’un pareil site pour écrire les dernières notes de l’épilogue d’une vie sur terre. Le meurtrier de Maty Wade est présenté comme un « petit de taille, vêtu d’une chemise à carreaux rouges et noirs », âgé de 24 ans, récemment libéré du service militaire, employé dans un garage de taxis de la place. Il y est dépeint de façon contrastée par ses partenaires de travail. Il se signale par son calme, sa politesse, sa propension à la fumisterie, son côté « type à histoires » et son inclination à jouer au séducteur de femmes. Le meurtre de Maty Wade fut bien médiatisé (en première page de trois éditions de « Paris-Dakar »).
Pour la femme mariée, influencée par le mode de vie des Diryankes qui avaient en Maty Wade une ambassadrice crédible, se faire désirer par le célibataire du voisinage (ou par l’époux d’une voisine) et entretenir avec lui une liaison adultère occasionnelle ou durable, discrète, générant ou non railleries et reproches voilés au conjoint cocu, étaient des manœuvres efficaces pour obtenir de l’argent.

Alassane Aliou MBAYE  (Source : Pr. Ousseynou FAYE)

 

Mardi 8 février 2018. Au réveil. Le chef de village de Nianao, Boubacar Baldé, était chez lui en train de prendre tranquillement son petit déjeuner.  Quand soudain, un bruit inhabituel vient perturber sa quiétude. Il se lève, cherche à savoir ce qui se passe. Et aperçoit devant le poste de Douane situé juste à côté une file de véhicules en provenance de la Guinée-Bissau. Sans perdre de temps, il se dirige vers le poste. Sur place, l’ambiance était indescriptible. Une bousculade monstre. Un véritable chaos. La foule immense, incroyablement surexcitée, avait fini d’encercler le tout petit poste de Douane de Nianao.  Pour une histoire de paiement de passe-avant. La position des gabelous était ferme : tous paient sauf les voitures de l’administration bissau-guinéenne. « Je ne savais pas quoi faire. En un mot, j’étais dépassé », se souvient le chef de village qui nous reçoit au milieu de sa maison, entouré des membres de sa famille et des amis. Boubacar a d’abord essayé de rapprocher les deux parties. En vain. L’irréparable s’est finalement produit : plusieurs blessés et un mort. « Moi-même je suis un rescapé. J’ai eu une grande chance. Beaucoup pensaient que j’étais mort », rappelle le chef de village de Nianao, encore sous le choc.  Boubacar a été brutalisé, agressé et blessé. Il s’en est sorti avec la 6e côte droite cassée. Il le montre avec beaucoup de dignité. Ordonnances et radio à l’appui. Mais dit avoir tout pardonné. « Quand on est chef d’un village frontalier comme Nianao, on doit être indulgent et compréhensif », philosophe-t-il. C’est le deuxième choc qu’il vit en tant que chef de village. Il y a deux ans, Boubacar avait frôlé la mort dans une situation similaire. En voulant sauver des jeunes bissau-guinéens pourchassés par des douaniers. « Je m’étais agrippé à eux pour leur éviter qu’on leur tire dessus ». Aujourd’hui, ses proches craignent pour sa vie. Son épouse vit dans l’angoisse. Pourtant, il n’en a cure, considérant sa mission comme un sacerdoce. « Boubacar se donne corps et âme pour Nianao. C’est véritablement notre source d’inspiration », témoigne Mamadou Bassy Baldé, le chef de de Colondinko Niako, village distant de deux kilomètres. Dès sa sortie de l’hôpital régional de Kolda où il était admis pour des soins, Boubacar a repris sa moto et s’est rendu à Pirada, à la rencontre du préfet de cette circonscription bissau-guinéenne. Histoire de calmer les esprits et de raffermir les liens séculaires qui unissent les deux peuples. « Nous sommes des frères, liés par le sang et la géographie. Nous sommes obligés de faire la paix. » Pour lui, ce triste mardi 8 février est juste une séquence à oublier. « Ce qui nous lie avec la Guinée-Bissau est plus fort. Maintenant, il s’agit de tout faire pour que pareil drame ne se produise plus », fait savoir Boubacar.

Engagement citoyen
Aujourd’hui, la situation est redevenue normale. Douaniers et ressortissants bissau-guinéens se sont réconciliés. Les voitures passent et repassent. Sans problème. A la grande satisfaction de Boubacar Baldé. Un homme de consensus, courtois et disponible. Quand, en mars 2012, il a été choisi pour remplacer son frère Mamadou Baldé décédé, « grand ami » du président Abdoulaye Wade, peu de gens avaient misé sur lui. Boubacar était juste connu pour sa passion pour le football. Et une trajectoire professionnelle comme pointeur dans une poissonnerie à Ziguinchor. La garderie d’enfants qu’il avait réussi à mettre en place, en 2010, n’était qu’une petite affaire. Mais avec son dynamisme, son ouverture d’esprit mais aussi et surtout son amour pour Nianao, Boucacar est aujourd’hui un bel exemple de leadership local. Un véritable acteur du développement. Reconnu comme tel par les Ong et les autorités administratives. Son nom revient dans deux grands projets du Pathiana : Veesto (Vélingara éducation, environnement et santé pour tous) et « Natal mbèye ». Tous bénéficiant du soutien de la Sodefitex, de la Sodagri et de l’Ong Wolrd Vision. Avec « Natal mbèye », 9 emplois salariés ont été créés, 1 000 agriculteurs enrôlés et des centaines d’hectares emblavés. Le comité directeur du projet va siéger dans les jours prochains pour préparer l’hivernage. Mais la plus grande fierté de Boubacar reste les garderies d’enfants. Elles sont passées de 5 à 22 entre 2010 et 2018. 1 016 enfants y sont pris en charge. « Le développement passe par l’éducation », insiste Boubacar qui multiplie les ateliers et séminaires pour se bonifier. Pour se former. Tutoyant plusieurs domaines : informatique, journalisme, gestion des unités production, réseautage et mise en place de branches et filières productrices. Le chef de village de Nianao est véritablement un touche à tout. Dans sa chronique diffusée sur « Pathiana Fm », la radio locale, il aborde des thèmes relatifs à l’émigration clandestine, le vol de bétail, la santé de la reproduction, les mariages précoces, la déforestation, entre autres. Une phrase revient souvent dans ses propos : l’Etat ne peut pas tout faire. C’est que Boubacar Baldé est convaincu que chacun a sa carte à jouer dans la construction du pays. Tout ce que le chef de village de Nianao veut, c’est d’être accompagné et soutenu. Voila qui explique sa main tendue à l’Etat. Ses garderies souffrent du manque d’enseignants de qualité et de matériel didactique. Mais son souhait le plus ardent : voir Nianao et ses 1 500 âmes bénéficier de l’électricité. L’entretien tire à sa fin. Le soleil dicte sa loi. Boubacar veut se reposer. Il le mérite. Mais un coup de fil vient tout chambouler. Il doit intervenir urgemment dans un dossier. Deux individus se disputent un champ d’anacarde.  Le chef de village doit les départager. « Vous avez vu notre travail.  Ça ne s’arrête jamais », explique Bouba, qui est retourné à son activité favorite : se rendre disponible pour sa communauté.

La transhumance est l’une des activités les plus anciennes de l’humanité. Elle trouve tout son sens dans le Ferlo, zone d’élevage par excellence. Difficile de parler de cette continuelle migration des troupeaux vers des prairies de qualité sans évoquer le berger. Ce personnage incontournable de l’élevage, porteur d’une histoire et d’une mémoire qui ont traversé les siècles, perpétue une tradition multiséculaire. L’avenir de ce gardien de troupeaux itinérant est aujourd’hui menacé par la précarité dans laquelle il vit et la modernité qui détourne de plus en plus les jeunes de cette activité.

L’opulence et le prestige se mesurent, chez les Peuls, à l’importance du troupeau. Chaque famille possède des têtes de bétail en grand ou en petit nombre. « Un Peul sans vaches, c’est comme un roi sans couronne », est une rengaine bien connue. Chez cette communauté, la vache est considérée comme sacrée, si bien qu’il est très rare de les voir en tuer pour consommer sa viande. Il est aussi de notoriété que le Peul n’aime pas que l’on épilogue sur le nombre de têtes qu’il a. Ça porte malheur, nous dit-on.

Depuis toujours, les Peuls ont toujours accordé une grande priorité à l’élevage, au pastoralisme. Dans le Ferlo, cette partie septentrionale du Sénégal où ce groupe ethnique est majoritaire, leurs mouvements migratoires remontent à plusieurs siècles. Et à la longue, ils ont fini par se sédentariser à plusieurs endroits de cette vaste zone, devenue une zone d’élevage par excellence du fait de ses belles prairies et points d’eau assaillis au gré des saisons par des milliers de bovins, d’ovins, de caprins, d’équins et camelins en provenance de tous les coins du pays et même de la Mauritanie, du Mali et de la Gambie.
Quand on parcourt le Ferlo, notamment le département de Ranérou, on est frappé par les merveilleux tableaux qu’offrent ces imposants troupeaux de vache, de moutons, de chèvres conduits dans un bel élan par de vigoureux bergers. Il est fréquent de croiser, à intervalles réguliers, ces Peuls nomades se déplaçant sur de longues distances à la recherche de pâturages et de points d’eau. Parfois, au pas, au trot ou au galop, ils marchent au rythme des bêtes qui constituent leur gagne-pain.

Un métier très complexe

Qu’ils soient âgés (c’est devenu de plus en plus rare), jeunes ou moins jeunes, ils sont reconnaissables à leur habillement typique, bigarré le plus souvent. Le quotidien de ces gardiens de troupeaux itinérants, enturbannés ou coiffés d’un chapeau conique en laine, est rythmé par la quête d’herbe, d’eau. L’image du berger peul renvoie surtout à cet individu appuyé sur ce fameux bâton qui ne le quitte jamais. « Le bâton est le symbole du berger. C’est pour cette raison qu’il ne s’en sépare jamais. C’est son outil de travail principal qui peut aussi se muer en arme pour se défendre contre le danger », explique le vieux Ousmane Kâ en soutenant que ce bâton n’est pas un objet ordinaire. « Ce n’est pas pour rien que le Peul porte toujours ce bâton avec lui. Il renferme des choses qu’on ne peut pas dire », lance-t-il.

Jadis, le berger n’était pas une personne ordinaire, nous dit Hamady Bâ, qui a aujourd’hui passé le relais à son fils. « C’est un métier qui se transmettait de père à fils », indique-t-il. « L’activité de berger était accompagnée de mysticisme parce qu’on ne pouvait pas se lever un beau matin et aller dans la brousse pendant des mois sans se préparer au préalable », explique-t-il. Surtout qu’à l’époque, précise-t-il, la brousse était infestée de mauvais esprits, sans compter les brigands. Les anciens, soutient Mamadou Bâ, transmettaient très tôt à leurs enfants le savoir ésotérique et autres connaissances en médecine vétérinaire et en zoologie qu’ils détenaient à ceux qui étaient chargés d’assurer plus tard la relève. « A l’époque, la vie pastorale était associée à certaines pratiques que tout berger digne de ce nom devait connaître pour pouvoir mieux s’acquitter de sa mission parce que ce métier était très complexe. Il fallait être bien préparé mystiquement pour pouvoir protéger le patrimoine qui vous était confié », fait savoir le sexagénaire. Ainsi, renseigne-t-il, un berger, dans la pure tradition, procède à des rites avant de s’engager dans la brousse avec son troupeau pour le protéger des mauvais esprits et autres forces du mal. Un berger, fait-il remarquer, doit avoir des connaissances mystiques, si infimes fussent-elles. « Etre berger n’est pas donné à n’importe qui. Il y a beaucoup de paramètres qui font que c’est une activité difficile », estime-t-il. Le sens de l’orientation, de l’observation, la maîtrise du calendrier pastoral sont indispensables. « Le berger doit chaque jour se lever tôt, se coucher tard, être habitué à la solitude. Il doit endurer la pluie, le froid, la chaleur, le vent, les longues journées de marche, les maladies, faire face aux dangers. En plus de tout cela, il doit être mystique pour pouvoir conjurer le mauvais sort en cas de besoin », relève-t-il.

Pour Yéro Diallo, le berger doit aussi entretenir de bonnes relations avec les bêtes. « C’est très important. Nos ancêtres avaient des relations spécifiques avec les bêtes. Ils savaient pénétrer leur esprit, leur parler, les soigner quand ça allait mal, les aider à mettre bas », note-t-il tout en insistant sur l’importance de cet aspect. Aujourd’hui, nous dit Yéro Diallo, le métier a changé si bien qu’il est rare, très rare même de voir des personnes âgées exercer cette activité. « Tous les anciens ont déserté ce métier du fait de sa complexité, laissant ainsi la place au plus jeunes », indique-t-il. Aujourd’hui, poursuit-il, ce sont des pâtres à peine sortis de l’adolescence qui conduisent des troupeaux composés de centaines de têtes et parfois même plus. La conjoncture est passée par là. « La relève doit être assurée, mais il faut qu’elle soit bien assurée aussi. Un vrai berger, c’est celui qui maîtrise bien la fonction, qui connaît bien le terroir, qui sait dénicher les ressources cachées, qui sait flairer le danger et aussi protéger son troupeau », soutient-il, non sans préciser qu’exercer ce métier à un certain âge présente des risques.

Une profession menacée par la précarité

Si le berger est un personnage incontournable de l’élevage, son métier n’est pas un long fleuve tranquille. Tous les jeunes que nous avons rencontrés sont unanimes sur ce point. Venant de localités comme Ouro Bathiel, Toubel, Ngassel, Ndendoudy et autres contrées du département de Ranérou, ils exercent cette activité pour assurer la relève de leurs parents, leurs grands-parents, mais surtout par nécessité. « La vie de pâtre n’est pas de tout repos. Celui qui vous dit que c’est un métier facile raconte des histoires », confie Ablaye Bâ. Depuis qu’il était tout petit, ce jeune homme originaire d’Ouro Bathiel vit au milieu des bêtes. « Je voulais étudier, mais ma famille n’avait pas les moyens. Quand mon père est devenu vieux, j’ai pris le relais pour ne pas rester au village à ne rien faire », raconte-t-il. Depuis, il pratique cette activité qui, jure-t-il, ne lui rapporte pas grand-chose. « A lui tout seul, le berger s’occupe d’un troupeau parfois constitué de centaines de moutons, de chèvres, de bœufs, qui appartiennent à plusieurs personnes. On doit bien les entretenir et les ramener en pleine forme à leurs propriétaires. C’est un métier très risqué car on ne sait jamais ce qui va nous arriver pendant tout ce temps qu’on passe dans la brousse », estime-t-il. D’après lui, cette activité ne nourrit pas son homme. « Ce que je gagne ne peut même pas faire vivre ma famille », affirme-t-il.

Ce métier, selon Ablaye Bâ, ne mène pas à la prospérité. « Vous pouvez parcourir tout le Ferlo, vous ne rencontrerez jamais un berger riche », déclare-t-il. Ceux qui voudront construire une maison ou même une case grâce aux revenus de cette activité devront donc encore et encore patienter. C’est l’avis aussi de Samba Goral Diallo. « Les salaires varient entre 20 000 et 50 000 FCfa. C’est un salaire de misère. Mais on est obligé de faire avec, parce que c’est devenu difficile de trouver du travail dans cette zone et on a des familles à nourrir. Pour atteindre le plafond, il faut tomber sur des propriétaires très généreux, ce qui n’est pas toujours évident. » Le paradoxe, soutiennent ces pâtres, c’est le fait de surveiller un troupeau d’une valeur de plusieurs millions de FCfa pour ne percevoir en retour que 25 000 FCfa à chaque fin de mois. « C’est vraiment un traitement injuste. Les propriétaires savent que c’est une activité difficile, mais ils ne font rien pour améliorer nos conditions », déplore Samba Goral Diallo. « Ce que nous faisons là, n’a pas de prix. Si les propriétaires devaient s’occuper eux-mêmes de l’alimentation de leur bétail, ils paieraient très cher », ajoute Issa Sow. L’autre hic est que si des têtes manquent à l’appel, c’est le berger qui rembourse. Eh oui. « Des fois, on a des troupeaux énormes. Et il arrive souvent qu’un mouton ou une chèvre se perde. Si le propriétaire est compréhensif, il peut pardonner. Dans le cas contraire, on est obligé de rembourser, sinon c’est la gendarmerie », informe-t-il. « En plus de tous les sacrifices, des salaires dérisoires, on risque aussi la prison », note-t-il. Toutes ces choses font aujourd’hui que bon nombre de gens qui devaient perpétuer ce savoir-faire ancestral qui leur a été légué, ont déserté cette activité qui n’augure pas de lendemains enchanteurs pour tous les bergers qui n’ont aucun espoir de voir leur situation changer un jour. « Aujourd’hui, beaucoup de jeunes préfèrent rester à ne rien faire plutôt que de courir derrière un troupeau qui ne leur rapporte absolument rien », laisse entendre Ifra Sow. En plus du manque de moyens, ce travail ne connaît pas de repos.

Pour le vieux Mamadou Bâ, la modernité a changé les comportements des jeunes si bien qu’il est devenu très difficile de trouver quelques-uns qui sont prêts à risquer leur vie dans la brousse, à passer leurs journées à parcourir des dizaines de kilomètres à la recherche de l’eau, à manger du couscous sec et des biscuits, à se coucher à même le sol. Et aussi à être en permanence en état de veille pour surveiller et protéger le troupeau contre d’éventuels dangers. « Beaucoup de jeunes préfèrent aujourd’hui aller à l’école ou apprendre d’autres métiers que de courir derrière un troupeau. Rares sont aujourd’hui ceux qui aspirent à devenir berger pour gagner des miettes alors qu’il peut avoir mieux et plus en tentant sa chance ailleurs », estime-t-il.

L’activité de berger qui relève d’un savoir-faire ancestral court aujourd’hui vers un déclin inexorable. La transmission de ce métier est menacée par l’extrême précarité et la modernité qui poussent nombre de jeunes à lui tourner le dos. Aujourd’hui, il est difficile de trouver des candidats prêts à suivre toute leur vie les troupeaux pour les faire paître. Ce manque d’engagement risque de porter un sacré coup à cette tradition multiséculaire chez cette communauté.

Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes) et Mbacké BA (photos)

Destruction massive

07 Mai 2018
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« Bonne nuit », « Parfum de minuit », « Dors bien », « Ndatt Teuy ». Des noms bien exotiques qui viennent s’ajouter à l’arsenal meurtrier des femmes qui ne reculent devant rien pour « tuer » leur mari. Le verbe « tuer » a été utilisé par Ngoné Ndiaye Guéwel, lors d’une émission dans une télévision de la place. Il faut dire qu’elle n’a pas froid aux yeux. En direct, sous les yeux médusés des caméras et des cadreurs qui se cachent derrière, la danseuse aux formes généreuses a exhibé petits pagnes, grosses perles et noms affriolants pour montrer de quel carburant elle se chauffe.

Sacré Ngoné ! La reine du popotin en vrille nous donne une indication précieuse sur le nombre de veuves en permanente croissance. Si après une dure journée de labeur, l’homme en est réduit à subir les assauts de ces guerrières en pagnes courtes et au regard assassin, il y a vraiment de quoi se blinder la carcasse. La dame, qui vient de convoler en troisièmes noces, est si persuasive qu’elle a fait fuir ses deux premiers maris. Il faut être franchement suicidaire pour se faire passer dessus par cette arme de destruction massive. Il y a des chemins plus simples pour se rendre au Paradis, pardi !

Par Sidy DIOP

La Sénégalaise est une grande femme d’affaires sur la 116ème, la seule d’ailleurs à cet endroit. Propriétaire de trois gros business (grossiste beauté, grossiste alimentation, supermarché produits africains et four à pain français) sur la 116ème rue, Ndèye Marie Niang est une dame qui compte à New York.

Lunettes fines d’intellectuelle, taille moyenne, l’enseignante de formation se fait remarquer lors de la réunion de l’Association des Sénégalais d’Amérique par son instruction, son éducation, son franc parler et son sens élevé de l’intérêt général. « Tout businessman aux Etats-Unis qui veut travailler correctement doit, au moins, avoir un compte bancaire et être réglo, avec l’administration fiscale notamment. Toutes nos tentatives de mettre sur pied une association de businessman sénégalais ont échoué, par notre propre faute. Parce que nous voulons toujours aller au plus facile (…) ». Le tout dit sans élever la voix ni gesticuler.

Tout en ayant remercié l’Asa et le Consulat général de rester en contact avec la communauté, elle leur dira, droit dans les yeux, que deux éditions du Salon sans suivi ni résultats, merci pour elle ! En raison de l’importance de son business et de ses qualités intrinsèques, la parole de Ndèye Marie Niang compte à New York. C’est que Mme Seck, de son nom d’épouse, est la propriétaire de trois gros business (grossiste beauté, grossiste alimentation, supermarché produits africains et four à pain français) sur la 116ème rue. Elle vient de loin et s’est enrichie d’avoir surmonté les obstacles du monde des affaires aux United Teuss Teuss (expression sénégalaise qui signifie qu’aux Usa la réussite est au bout de l’effort).

D’abord, elle venait à New York depuis 1989 pendant ses congés pour retrouver sa grande sœur qui y habitait. Au retour, en plus des indispensables cadeaux à la famille, elle ramenait de plus en plus de grandes quantités de biens qu’elle revendait au pays. Elle a toujours aimé le business, admet-elle. Puis en 1995, elle quitte la craie et le tableau noir et s’installe dans la Grosse Pomme de manière permanente pour raison de santé. Elle part rejoindre sa grande sœur et se lance dans les affaires. Quand la femme d’affaires parle de sa famille, des étoiles brillent dans ses iris. « Ma famille a toujours été à mes côtés. Nous sommes quatre à New York. En plus de ma sœur ainée, il y a mon petit frère, ma petite sœur et mon époux M. Seck. Je suis la fondatrice du business mais je m’appuie sur eux», confie-t-elle.

Au début du parcours d’affaires, en décembre 1997, était un petit store (boutique) dans le Queens, un des cinq arrondissements de New York. Tellement petit qu’on le rebaptisa, avec humour « the world’s smallest store », la plus petite boutique au monde. Cette boutade indélébile a toujours motivé Ndèye Marie Niang à s’agrandir. Elle avait acheté le fonds de commerce à 5000 dollars, obtenus grâce à un prêt. Mais « thanks God, à la fin du mois de décembre, j’ai pu rembourser le prêt », se souvient-elle avec reconnaissance. Toujours en 1997, elle fait venir du Sénégal sa petite sœur Fatou pour travailler en sa compagnie dans la minuscule échoppe. Elles y vendaient de petites babioles contre le froid comme on en voit sur les étals des Burkinabé de la 125ème rue : gants, bonnets, écharpes, cagoules, mitaines, qui partent comme de petits pains en hiver. En parallèle, parce qu’aux Etats-Unis tout le monde à un second boulot pour combler les trous du budget, elle est aussi baby-sitter. Sept mois plus tard, en juillet 1998, Ndèye Marie ouvre un second store à Brooklyn, le quartier juif de New York, laissant Fatou gérer la boutique du Queens.

Pour qui a le cœur à l’ouvrage, les affaires marchent très vite aux Etats-Unis. Dès la fin de 1998, Ndèye Marie réalise son rêve américain en s’installant dans la très convoitée 125ème rue, en plein quartier d’affaires de Harlem, le quartier noir de New York. Ici, les landlords (propriétaires) sont américains mais ce sont les Coréens qui tiennent le haut du pavé commercial. Ils ne laissent aucun « étranger » s’y installer, par des méthodes bien à eux. Mais pour le moment, Ndèye Marie l’ignore et tout à son nouvel investissement, elle mène tambour battant ses affaires.

Pour diriger son dernier joyau, elle demande à sa grande sœur Aïda qu’elle avait rejointe à New York d’abandonner son job dans le restaurant sénégalais où elle travaillait depuis toujours. Ainsi fut fait. A Harlem, la nouvelle acquisition de Ndèye Marie n’est pas vraiment un magasin mais un kiosque sur le trottoir. Cependant, le coin est très busy, très fréquenté et rentable. Ce qui lui permettra de constituer très vite un nouveau capital en vue d’acquérir une vraie boutique enfin.

200.000 dollars de chiffre d’affaires
Entretemps, en raison de son volume d’affaires et de l’importance de son stock, le propriétaire de la boutique devant laquelle était son kiosque lui propose d’occuper la moitié de son local. C’est à ce moment crucial où tout allait bien que la néo-femme d’affaires découvre la configuration commerciale et stratégique des affaires dans cette rue si passante : un monopole asiatique aux mains des commerçants coréens de produits de beauté et de coiffure. Il est hors de question qu’un (e) Africain(e) entre dans ce business lucratif sur le « territoire » revendiqué. A présent que le chiffre d’affaires de la Sénégalaise dépassait les 200.000 dollars, elle commençait à leur faire de l’ombre car sa réussite pouvait attirer d’autres concurrents africains. Les commerçants coréens ont alors travaillé le bailleur au corps et organisé des coups bas à sa locataire sénégalaise. Exemple de méthodes de rétorsion : demander à ses fournisseurs de ne plus lui vendre et aux transporteurs de ne pas la livrer. Les compagnies venaient prendre ses commandes la nuit quand tout le monde était parti, par peur de représailles. Le procédé le plus courant est celui qui touche au portefeuille. Pour « expulser » la femme d’affaires de la lucrative 125 ème rue, de guerre lasse, le propriétaire a augmenté le loyer par cinq. Imparable. Ndèye Marie Niang refuse de payer ce prix de rançon et part, en effet.

Heureusement, la businesswoman sénégalaise est une personne avertie et prévoyante. En butte face à la concurrence déloyale coréenne et ne connaissant pas l’issue de ce combat inégal, elle avait déjà déplacé son bas de laine. Cet ailleurs fut la 116ème rue, toujours à Harlem, que tout le monde connait comme le Petit Sénégal. L’histoire reprend de plus belle dans ce quartier sénégalais de New York. La première vraie boutique de la femme d’affaires voit le jour en 2006 sous le nom de « Khady beauty supply ». C’est une caverne d’Ali Baba pour la distribution en gros de produits de beauté américains et africains de dernière génération. Il y a toujours du monde à l’intérieur. Ndèye Marie Niang tient là son navire-amiral enfin, moins de dix ans après son départ du Sénégal. La femme d’affaires avisée ne s’en arrête pas là. Elle continue de se diversifier et de s’agrandir, c’est la loi des affaires, cette fois-ci, dans l’importation de produits alimentaires en provenance du Mali, de France et du Sénégal. Et pour abriter cette seconde activité, elle acquiert un deuxième fonds de commerce toujours sur la 116ème, pas loin de la première boutique. Cette nouvelle activité est également baptisée « Khady food supply », un nom qui lui tient à cœur, on verra pourquoi plus loin.

Finalement, ce sont, aujourd’hui, trois fonds de commerce sur la 116th Street et un grand entrepôt dans le Bronx, autre quartier de New York, qui ont été générés par le sens des affaires de Ndèye Marie Niang. Au Sénégal également, l’entreprise possède trois locaux, à Diourbel et à Touba pour la transformation des produits locaux agricoles et industriels, et à Dakar pour le packaging. C’est plutôt pas mal. Non contente de faire de l’importation en gros, l’entreprise Adja Khady fait aussi de la distribution partout aux Etats-Unis (Californie, Seattle, Detroit, etc.) grâce à des compagnies de transport qui acheminent ses produits par palettes. L’entreprise de Ndèye Marie représente actuellement le groupe Unilever aux Etats-Unis. « Nul ne peut commander leurs produits aux USA sans passer par l’entreprise Adja Khady parce que je suis leur distributeur », dit-elle, non sans fierté dissimulée. Une consécration méritée pour celle qui n’a jamais baissé les bras devant l’adversité de la concurrence déloyale. Le découragement aurait pu survenir lorsqu’elle avait voulu réinvestir les fabuleux bénéfices réalisés dans les affaires en s’agrandissant et en se diversifiant, au lieu de faire comme tout le monde en les bloquant dans la pierre et la location immobilière au Sénégal. A ce moment-là, sa famille à New York n’a pas bien compris qu’elle prenne ce risque au lieu de capitaliser dans une valeur sûre et à la rentabilité immédiate. Son époux lui-aussi avait quitté son job de taxi driver (chauffeur de taxi), à sa demande, pour venir l’aider dans sa boutique de la 125 ème rue. Les enjeux étaient conséquents. C’était sans compter avec l’ambition de Ndèye Marie qui voit plus loin et plus haut pour ses affaires : créer des emplois et investir ses bénéfices dans le renforcement de son business et la croissance de son chiffre d’affaires. Heureusement, le réconfort et le soutien décisif de sa grande sœur ont beaucoup pesé sur la balance, et la famille a suivi. D’autant plus qu’aujourd’hui, tous les quatre membres de la fratrie sénégalaise à New York sont acteurs de l’affaire.

Savoir-faire appris à Dakar
Résidente américaine depuis vingt-deux ans, Ndèye Marie n’oublie pas d’où elle vient. Elle admet qu’avoir été enseignante l’a beaucoup servie dans sa seconde vie américaine dans le respect de la loi et des réglementations, dans sa relation aux autres, dans son rapport avec la clientèle et les fournisseurs, dans sa connaissance du monde et son rapport au public grâce à la psychologie et au savoir-faire appris à l’Ecole normale de Dakar. «  Sans cette formation intellectuelle reçue à l’école de formation des enseignants du Sénégal, je n’aurais pas pu effectuer les démarches administratives nécessaires à mes affaires », dit-elle. « Ma formation d’enseignante m’a permis de surmonter tous les obstacles et les freins inhérents quand vous recommencez à zéro dans un pays étranger. J’ai souffert. Avant d’être acceptée comme distributeur de produits français, combien de fois ne m’a-t-on pas raccroché au nez quand j’appelais les fournisseurs à Paris ? Le solide background que j’ai reçu à l’Ecole normale m’a permis d’innover dans le business aux Usa », explique-t-elle. Il est vrai que Ndèye Marie Niang est aujourd’hui la seule propriétaire de business sur la 116 ème rue grâce à sa persévérance et son sens des affaires, le quartier sénégalais de New York se rétrécissant au fur et à mesure de sa gentrification et de la hausse vertigineuse des loyers et baux locatifs.

Par Dié Maty FALL

Abc, en électron libre ?

07 Mai 2018
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Alioune Badara Cissé (Abc), Médiateur de la République, focalise les rampes médiatiques sur sa personne. Il capte une attention particulière, du fait de ses sorties devenues, depuis quelques temps, récurrentes. Dans une posture de remplir sa mission de médiateur, il est courant qu'il prenne des positions. La démarche n'est pas du goût du Secrétariat exécutif national de l’Alliance pour la République (Sen-Apr). Cissé ne fait pas dans la langue de bois et sert de manière crue sa perception de la situation du pays. En signe de désapprobation d’une telle conduite, les instances du Sen-Apr ont, à travers un communiqué signé du porte-parole, Seydou Guèye, fustigé le «positionnement politique militant incompatible avec son statut, constituant, en même temps, une atteinte grave au devoir de réserve que lui impose ses hautes fonctions», selon les termes dudit communiqué. Les sorties d’Abc que le porte-parole Seydou Guèye nomme «dérapages» sont devenus «inacceptables», rapporte le texte. Il invite au «devoir de réserve du Médiateur de la République». Si Monsieur Cissé veut retrouver le terrain politique de la contestation, il devrait se décharger de ses fonctions de Médiateur de la République, lui recommande-t-il. Ce recadrage intervient après qu’un communiqué dont on confère la paternité à Alioune Badara Cissé a été publié: «Un seul être vous manque…» parue le 2 mai 2018, sur plusieurs sites d’information dont celui de Dakarmidi. Dans cette tribune, les propos conférés à M. Cissé rapportent qu’au «soir du 25 mars 2012, alors que dans la plupart des chaumières du Sénégal, on se laissait submerger par une frénésie euphorique, le texto qu’il envoyait à certains de ses amis. Il était perçu par les moins lucides d’entre eux comme le soupir malvenu d’un rabat-joie! Pourtant, ces propos qui invitaient à la vigilance disaient à peu près ceci: «Que Dieu nous préserve de nouvelles désillusions et de lendemains qui déchantent! Nous avions caressé tellement d’espoirs en 2000…..», écrivait-il. Poursuivant sa diatribe, il fait part de son regret qui découle d’«un bégayement de l’histoire ». «Nos mises en garde n’auront pas servi à grand-chose. Les mêmes attitudes resurgissent», s’est-il notamment ému. Intox! En effet, dans un communiqué signé de Mbagnick Diouf, Chargé de Communication du Médiateur de la République du Sénégal, il est rapporté, "Le Médiateur, tient à préciser qu’il n’est lié ni de près, ni de loin à la rédaction et à la diffusion d’un tel article". Par conséquent, il est demandé à tous les sites ayant fait publication de ce texte de bien vouloir le retirer au plus vite en les remerciant de leur compréhension. L'ère de la manipulation semble bien s'installer !

Oumar BA

D’une noirceur époustouflante qui contraste avec son boléro en faux fur (fausse fourrure) rose, la boule à zéro « parce que c’est plus pratique » en effet, juchée sur les high heels (hauts talons) de ses bottes d’hiver, la native de Thiès-les-deux-gares vit et habite Boston depuis 2010. C’est vrai qu’à 150 dollars la coupe-soin-coiffure, cela donne à réfléchir. Elle arrive de la capitale du Massachussetts d’ailleurs par une navette de bus Greyhound (équivalent du Dakar Dem Sénégal) qui traversent plusieurs fois par jour les Etats-Unis dans toutes les directions. Khadidiatou travaille comme traductrice en français et en anglais pour vivre, mais son désir fou pour la fashion la ramène à la mode le reste du temps. Les deux univers de sa vie sont étanches. Dans la mode, Khadidiatou devient simplement Akou, plus facile à prononcer dans toutes les langues. Akou défile comme model (mannequin), fait des couvertures de magazines, participe à des shows comme guest star lors des événements de l’industrie du showbiz américain. Bref, Akou est une princesse reconnue dans la sphère mode.

Ce qui lui a valu d’être sélectionnée pour représenter le Sénégal à la prestigieuse élection de Miss Africa USA Pageant (Miss Afrique des Etats-Unis), qui s’est déroulée à Washington en novembre 2017. D’un petit concours lancé à Atlanta en 2005, Miss Africa Usa Pageant est devenu aujourd'hui le spectacle le plus médiatisé des femmes africaines aux États-Unis et l’événement communautaire le plus suivi.

Akou a été couronnée seconde dauphine devant Miss Cameroun et Miss Tanzanie, mais les organisateurs du concours américain ont remarqué le fort potentiel qui émane de la personnalité de cette jeune fille qui tient beaucoup de l’emblématique et féline Grace Jones. Ils sont en négociations pour la faire participer à Miss Univers 2018, le Graal de tous les concours de beauté et la consécration pour les beautés mondiales. Représenter le Sénégal, cela nécessite une habilitation officielle que seules les autorités peuvent délivrer. Et c’est pourquoi Akou est venue s’entretenir avec le Consul Ndao pour solliciter le soutien de l’Etat du Sénégal. Elle ira également rencontrer l’Ambassadeur Babacar Diagne à Washington à cet effet. Pour Akou, le concours Miss Univers « est une grande opportunité » pour un pays de tourisme comme le Sénégal. Akou pense que sa présence y sera une occasion en or de promouvoir la destination Sénégal. « Je veux y aller pour gagner et pour faire le plaidoyer pour mon pays », assure-t-elle.

DMF

Les épices dans la plupart des aliments chauds que nous mangeons sont huileuses, et comme votre professeur de sciences de l’école élémentaire vous a enseigné, l’huile et l’eau ne se mélangent pas. Dans ce cas, on peut dire que l’eau ne se mélange pas avec les épices huileuses dans la bouche donc elle n’apaise pas le piquant mais elle refroidit la langue de la chaleur causée par le piquant, et ce rafraîchissement ne dure que quelques instants. Que pouvez-vous faire pour calmer votre langue douloureuse? Mangez du pain, le pain absorbera les épices huileuses. Une deuxième solution consiste à boire du lait. Le lait contient une substance appelée «caséine» qui liera les épices et les emportera.

C’est le film du franco-algérien Rachid Bouchareb, « Little Senegal » sorti en 2001, qui a fait connaître le quartier sénégalais de New York, situé dans Harlem Ouest. Dans la fiction, le gardien de la Maison des esclaves de Gorée part à New York pour retrouver des descendants de sa famille déportés aux Etats-Unis. Dans la réalité, le quartier sénégalais d’Harlem doit son existence aux premiers immigrants sénégalais poussés à l’exil par la crise économique des années 80.

Chefs de famille peu instruits mais très religieux, ils ont pris les premiers boulots venus, des jobs transitoires et précaires comme chauffeurs de taxi de couleur noire (à la différence des taxis jaunes dont la licence s’acquiert à plus d’1 million de dollars) ou ouvriers de chantier. Mais les temps changent et la nouvelle génération des immigrés de Little Sénégal monte en gamme et étudie dans les plus grandes universités américaines. Elle a la chance de profiter davantage des meilleurs opportunités et emplois qui s’offrent aux gens les plus éduqués. De locataires et employés, certain sont passés propriétaires et employeurs à leur tour.

Niché dans l'une des villes les plus diverses du monde, le dynamique quartier d’Harlem est historiquement devenu, au fil des ans, le centre névralgique de la communauté afro-américaine de New York. Au début du 20ème siècle, des Afro-Américains ont migré en masse du sud des Etats-Unis à la grande ville, attirés par les emplois et les opportunités de la vie urbaine. Mais au cours des 30 dernières années (début années 80), des immigrants de pays francophones d'Afrique de l'Ouest sont arrivés par vagues à Harlem pour commencer une nouvelle vie. Au centre de cette immigration ouest-africaine, l’énergie de la communauté sénégalaise a été prépondérante. Son dynamisme lui a permis de recréer une nouvelle patrie loin de la mère-patrie, ajoutant sa culture, sa mode et ses goûts au métissage d’Harlem.

Entre la 116e rue et la 5e avenue, le quartier «Petit Sénégal» est symbolique de Manhattan tout comme le sont «Little Italy» et Chinatown.

L’énergie prépondérante de la communauté sénégalaise
116th StPreuve de la parfaite intégration de la communauté sénégalaise à New York, depuis les années 80, le quartier qui revendique fièrement ses origines pourrait, cependant, bientôt disparaître en raison des coûts très élevés de la location. Sur la 116ème rue, un deux-pièces se loue, aujourd’hui, à 3000 dollars (1.350.000 francs CFA environ) par mois.

Depuis son ouverture en 2004, le Consulat général du Sénégal s’est installé dans le quartier de Harlem Ouest. Ce n’est qu’en janvier 2015 que ses locaux sont déménagés sur la célèbre 116 ème rue au cœur d’Harlem. Célèbre parce qu’elle abrite Little Senegal ou quartier du Petit Sénégal. Little Senegal partage, avec Little Italy et Chinatown, la particularité de faire partie des quartiers les plus dépaysants de Manhattan. Little Italy est le quartier italien de Manhattan. Il touche Chinatown. Chinatown est desservi par huit lignes de métro qui s’arrêtent toutes à la station Canal Street, le royaume de la contrefaçon de luxe (sacs, montres, accessoires). Objets revendus sur la touristique 5 ème Avenue par les marchands ambulants sénégalais.

Little Senegal compte trois blocs sur la 116ème rue répartis entre les 5ème et 8ème Avenues. Un quartier sénégalais avec ses boutiques, sa cuisine africaine traditionnelle, ses épiceries, ses salons de coiffure et ses barbiers, ses tailleurs comme au Sénégal et son association d’immigrés (l’Asa), la plus dynamique des associations africaines des Etats-Unis. Ici, les femmes et les hommes portent le boubou quand vient le beau temps, les plus religieux ont le bonnet Fez ou Cabral vissé à la tête. En ce mois de décembre, c’est plutôt le manteau, l’écharpe, les gants et les bottes fourrées, indispensables pour parer au grand froid.

Au cœur de West Harlem, l'Afrique de l'Ouest est en pleine effervescence. Sur la devanture des magasins de Little Senegal, des affiches annoncent « ici on parle français ». Il n’y a pas que des Sénégalais dans le quartier du Petit Sénégal, mais des ressortissants de toute l’Afrique de l’ouest : Guinéens, Maliens, Burkinabé, Nigériens, Béninois ou Ivoiriens. Comme en Afrique, on y vend, à ciel ouvert, des boubous, des voiles islamiques, du karité, de l’encens, des grigris… et on y interpelle les chalands sous les arcades du marché touristique Malcom Shabazz.

Le goût du Sénégal est omniprésent
Sur la 116 ème rue, les commerces ont leur petite boite où le client peut glisser quelques dollars de zakât (denier du culte) pour le Centre culturel islamique d’Harlem. Le goût du Sénégal est omniprésent: des senteurs alléchantes de thiebou dieune (le plat national), de soupou kandji et de riz à la viande émanent des restaurants traditionnels du quartier. Les clients nostalgiques trouvent le confort dans ces saveurs qui évoquent le souvenir du foyer et leur rappellent le pays, la famille et la maison. Cependant, la fin de l’insécurité et l’essor du tourisme poussent les additions vers les sommets. Dans les cuisines des restaurants, les prix ne sont plus ce qu’ils étaient avant sur l’addition. Alors il faut partir ou monter en gamme. C’est-à-dire pratiquer des tarifs new-yorkais, très chers. Ou aller plus loin, dans le Bronx ou à Brooklyn.

La Murid islamic community in America (MICA) a pignon sur rue dans une grosse bâtisse de briques. « Les marabouts donnent des conseils, prêchent les bonnes valeurs, l’importance de la famille, de la communauté et d’aller à la mosquée, le fait d’éviter l’alcool et la prison », explique un de ses membres. De fait, les mosquées d’Harlem ne désemplissent pas et sont fréquentées aussi bien par les Sénégalais que par les Afro-Américains. Car Harlem est aussi le cœur vivant de la communauté afro-américaine et la patrie des leaders des droits civiques des années 60. Martin Luther King y a sa rue et Malcom X, la légende du quartier, son avenue et sa mosquée qu’il a fondée en 1956. La présence de Malcolm X est partout dans le quartier.

La relation des Africains avec les Afro-Américains n’a pas toujours été simple. Mais cela s’est amélioré à la faveur de la curiosité qu’ils éprouvaient vers leur continent d’origine et des voyages touristiques qu’ils y font maintenant. Face au racisme dont ils sont les égales victimes, les deux communautés ont fait de leur union leur force.

Par Dié Maty FALL

SECONDE GÉNÉRATION COMPLÈTEMENT INTÉGRÉE
Little Senegal 3La seconde génération issue de l’immigration sénégalaise s’est également qualitativement transformée et améliorée. Parlant l’américain, le wolof et les autres langues nationales, en plus du français, elle s’épanouit encore mieux sous l’ombre tutélaire de l’Oncle Sam. Totalement intégrée, à la différence de leurs parents, ils ont fini de s’implanter dans toutes les sphères de la société américaine. Si le Tycoon de l’industrie du rap Us Alioune Thiam aka Akon est le plus connu d’entre eux, des Sénégalo-Américains comme l’un des frères Babou sont de brillants étudiants au Mit (Massachusetts Institute of Technology), Khadidiatou Diabakhaté alias Akou, a été élue dauphine de Miss Africa USA et brille dans la fashion (mode).

Dans le monde du business, un Sénégalais très discret est le premier africain à avoir acheté une licence de medalion taxis - qui se négocie à plus d’un million de dollars – et qui lui permet de posséder une compagnie de taxi jaunes, les bien connus yellow cab new-yorkais, les seuls véhicules autorisés à prendre des passagers dans la rue à Manhattan. Une somme conséquente mais qui en vaut la peine compte tenu du commerce lucratif des New-Yorkais qui font la navette entre les cinq arrondissements de la ville. Venu comme étudiant aux Etats-Unis, Assane Mbodj (ndlr : nom d’emprunt) a travaillé, en même temps, pour financer ses études et il a fini par faire de florissantes affaires. Parmi autres affaires lucratives et sérieuses, ce prospère businessman sénégalais possède également, sur la commerçante Lenox Avenue, les restaurants les plus branchés et les plus fréquentés d’Harlem, notamment par la nouvelle classe moyenne afro-américaine. Parmi lesquels, l’incontournable « Chez Lucienne », un restau qui sert des plats typiques de la cuisine française et sénégalaise. Il y est assis comme un simple client. Juste la porte à côté, il y a le « Red Rooster » et son célèbre chef Samuelsson, symboles du Harlem qui change, ouvert en 2010. Les équipes de l’ancien président Obama y avaient installé leur QG en 2011. Et le président Obama lui-même y a dîné lors d’un repas de levée de fonds pour le parti démocrate. Prix du repas : environ 14 millions de francs CFA.

Depuis 2012, il existe d’autres taxis de couleur vert pomme. Ce sont les Boro cabs, qui opèrent dans New York mais ne peuvent prendre des clients que dans quatre arrondissements de la ville sur les cinq: Bronx, Brooklyn, Queens et Staten Island, à l’exception de Manhattan. Au prix énorme auquel la licence est cédée, le système de medalion taxis retreint le nombre de taxis. Il y a aussi les anciennes Ford Crown Victoria de couleur noire conduites généralement par des chauffeurs de taxi sénégalais de la première génération, qui travaillent la nuit et dorment la journée. Mais la nouvelle génération des jeunes taxi drivers sénégalais leur préfèrent les modèles plus récents de taxis-limousines SUV 4X4 Gmc que les Sénégalais appellent improprement 8X8.

Par Dié Maty FALL

FATOU FATOU ET MODOU MODOU : QUAND L’AMÉRIQUE REMODÈLE LA VIE DE COUPLE
Modou Modou NyAux Etats-Unis comme ailleurs au sein de la diaspora sénégalaise, il est fréquent que les deux membres du couple sénégalais travaillent tous deux à l’extérieur. Cela rend alors les relations entre les époux un peu plus complexes que si cela arrivait au Sénégal, où il y a toujours un soutien domestique. Car à ce moment-là, l’épouse de l’immigré sénégalais adopte un comportement de travailleuse indépendante et non pas de femme au foyer comme traditionnellement au Sénégal. No pain no gain : travailler pour vivre. Ainsi quand Monsieur rentre du boulot, pas de diner amoureusement préparé par une épouse aimante. Il devra se mettre aux fourneaux s’il veut manger chaud ou alors commander un repas dehors, en attendant qu’elle rentre de son travail elle aussi. Madame Modou Modou (émigré sénégalais) acquiert des revenus financiers par son activité professionnelle et elle gagne non seulement de l’argent qui lui est propre mais aussi son indépendance. Elle devient Fatou Fatou (travailleuse immigrée). Cette nouvelle situation peut créer des problèmes psychologiques qui sont difficilement compréhensibles de l’extérieur du couple.

Dans la majorité des cas, Madame est venue aux Etats-Unis avec les moyens de Monsieur, homme providentiel à ce moment-là, qui attend d’elle, par conséquent, qu’elle soit à son unique service. Elle est alors otage de la Green Card de son Modou. Lorsqu’elle trouve un travail hors du foyer qui lui permet de sortir de son isolement, de sa « servitude » et de sa dépendance surtout, les problèmes conjugaux commencent. Car Monsieur n’est pas content de ne plus être servi comme un roi en son royaume et parfois même de devoir affronter l’angoissante situation dans laquelle son épouse gagne plus que lui et n’a plus besoin de lui. Finie l’époque où il était le seul maître en son foyer. En effet, en raison des archétypes de boulot qu’elles exercent aux Etats-Unis, les épouses de Modou Modou sont plus souvent en contact avec un public large et diversifié d’Américain(e)s de toutes catégories socioprofessionnelles. Par leurs contacts professionnels et leurs relations sociales, les femmes s’intègrent vite et mieux dans la société américaine que leur époux. Quand vous êtes tresseuse professionnelle par exemple, vous parlez de tout avec vos clientes : de l’école, de l’immigration, de la santé, de l’éducation, des lois, du meilleur gynéco, des droits des femmes et des mères, de tous les trucs et astuces de la société dans laquelle vous vivez et qui vous facilitent la vie. De ce fait, l’ancienne jeune débutante venue aux Etats-Unis du simple fait de la volonté de son époux, connait mieux la société dans laquelle elle vit du fait de sa plus grande ouverture sociale que son mari qui, lui, a moins de contacts avec les Américains de souche.

Il arrive que la relation matrimoniale, du fait de ce déséquilibre dans l’intégration, se termine par un divorce. En cas de divorce, la femme se remarie et là, la nouvelle union devient plus équitable et plus conforme aux réalités matrimoniales du pays d’accueil. Au départ de la Fatou Fatou, souvent était le Modou Modou…

Par Dié Maty FALL

Le coupable joint

03 Mai 2018
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Plusieurs études scientifiques suggèrent que le cannabis pourrait être responsable d'une schizophrénie chez certaines personnes prédisposées. C'est ainsi qu'une enquête suédoise, menée sur 50 000 conscrits pendant une période de 25 ans, souligne que le risque de schizophrénie est multiplié par deux chez les consommateurs occasionnels. Chez les fumeurs réguliers et/ou ayant commencé à fumer jeunes, ce risque augmente proportionnellement à l’âge et à la consommation. Le raisonnement est le suivant : le cannabis, en agissant sur les récepteurs du cerveau, trouble le traitement de l'information du fumeur. Or la schizophrénie repose sur l'incapacité du malade à traiter les informations de son environnement réel. Comme toute question liée au haschich, cette hypothèse, ni confirmée ni infirmée, est sujette à débat dans la communauté scientifique. C'est la vieille histoire de l'œuf et de la poule. Ainsi, selon une autre hypothèse, le haschich ne sert qu'à calmer les signes précurseurs de la maladie (angoisse, insomnie, etc.) qui existent déjà chez le patient. Il n'y aurait donc pas de causalité entre haschich et schizophrénie. Chez nous, nombre de personnes sont convaincus, sans s’appuyer sur la science, que le joint fait péter les plombs. Pas besoin de leur faire un dessin : la schizo est un trouble psychique, un parent si proche de la folie.

Par Sidy DIOP

Dans ce village sénégalais qui enlace la Gambie comme un amoureux, c’est une bande de terre abritant un terrain de football qui matérialise la frontière entre les deux Etats. La Sénégambie des peuples s’y vit au quotidien.

Younoussa Traoré, pieds nus et crasseux, semble se perdre sur son vélo visiblement trop grand pour lui. Ses courtes jambes peinent à atteindre les pédales. « Sir, am nga pencil ? » (Monsieur, avez-vous un crayon), lance-t-il dans un mélange de wolof et d’anglais au directeur de l’école de PK 12. Et Monsieur Mané, amusé, de répondre : «Passe me voir plus tard ». Le petit est en classe de Cp. Son « pencil » pour désigner « crayon » n’a rien d’étonnant. Au contraire, cela se comprend. Et même accepté par tous. Nous sommes bien à P K 12, petit village « sénégambien » situé sur la nationale 6, entre Tambacounda et Manda Douane. Ici, deux systèmes éducatifs fort différents se côtoient et cohabitent sans heurt. Exactement 300 mètres séparent l’école sénégalaise de celle de la Gambie. Conséquence : tout le monde parle anglais. Elèves ou pas. Cela est même bien perçu, car considéré comme un privilège, une source de richesse. « La concurrence des systèmes existe, elle peut parfois être rude, mais elle est saine », précise Abdou Mané. Chaque établissement voulant enrôler le plus d’enfants, mettant les parents dans un terrible embarras du choix. Le président des parents d’élèves de l’école gambienne est, en cela, un bel exemple. Père de deux enfants, une fille et un garçon, il a misé sur les deux systèmes. La fille est envoyée chez les Gambiens, le garçon confié aux Sénégalais. « Nous enregistrons plusieurs cas similaires. Les parents voulant maximiser la réussite de la famille », confie Abdou Sané, le directeur de l’école sénégalaise. C’est en 2006 que l’établissement qu’il dirige a ouvert ses portes. D’une classe, l’école est passée, aujourd’hui, à quatre, dont un abri provisoire : Ci, Cp, CE2 et CM1. Mais, avec un total de 83 élèves, l’effectif reste encore faible. La proximité avec l’école gambienne n’arrange pas les choses. « Il y a encore beaucoup de parents qui nous tournent le dos au profit de nos voisins », confie Abdou Mané. C’est que l’école sénégalaise résiste mal à la concurrence. Les efforts de l’Etat sont visibles avec l’érection d’un mini-forage, mais c’est encore peu comparé à l’infrastructure qui vous accueille en Gambie voisine. Ici, on trouve une classe préparatoire dédiée aux moins de 5 ans. Les salles sont impeccables, la cour attrayante, la cantine scolaire et le mini-forage fonctionnels. Les élèves ont même un jardin où poussent toutes sortes de légumes : choux, carottes, oignon, pomme de terre, salade… sous la supervision et l’encadrement des enseignants logés sur place. Résultat : 20 % des 113 élèves enregistrés sont Sénégalais. « En visitant les deux écoles, le choix des parents est vite fait », soutient, préoccupé, M. Mané qui continue d’échanger et de sensibiliser. En mettant en avant deux arguments : la pertinence et la qualité du système éducatif sénégalais. Objectif : convaincre les parents pour renverser la tendance.

100% de produits gambiens
Pk2 2En réalité, P K 12, c’est plus que deux systèmes éducatifs qui se côtoient. Tout dans ce village vous séduit. L’accueil de ses habitants, leur parfaite entente et l’idée qu’ils se font de l’intégration. « Nous faisons tout ensemble. Les peines et joies sont partagées. Et cela, depuis que ce village existe », explique Alpha Diallo, habitant du village. Mais P K 12, c’est aussi une belle histoire, un singulier peuplement et des brassages qui en ont découlé. Pour saisir la particularité du village, il faut remonter loin dans le temps, précisément au début du 19e siècle. C’est à cette époque que des paysans sénégalais et gambiens se sont réunis pour fonder ce village sur un des périmètres agricoles, le périmètre 12 arrosé par le fleuve Gambie. D’où le nom P K 12 connu aussi sous l’appellation de Saré Balla ou Garawal Counta pour les Gambiens. Peu de changements sont notés dans la composition de la population. Sarakhoulés et Peuls restent toujours majoritaires. Près de 400 Sénégalais et Gambiens se réveillent dans ce village, y vivent dans une parfaite harmonie et partagent tout : marché, écoles, structures de santé, place publique, aire de jeux. Favorisant naturellement de solides liens.

« Nous célébrons régulièrement des mariages mixtes. Ce qui annonce de belles perspectives pour les deux pays », fait savoir Hamidou Manga, Sénégalais qui a sa maison en territoire sénégalais. Pas de surprise aussi si l’économie locale est immergée dans ce brassage. Le Dalasi et le FCfa s’échangent dans toutes les boutiques remplies à 100 % de produits gambiens. On y trouve tout ce que l’on veut à moindre prix : tomate, sucre, cigarettes, huile, savon. Un busines florissant qui échappe à tout contrôle. « Les douaniers interviennent rarement. Ils savent la particularité de notre village », rigole Mamadou Ciré Diallo qui tient une échoppe sur place. C’est que même si les gabelous veulent contrôler, ils pourront buter sur un véritable écueil. PK 12 a quelque chose d’incroyablement unique : ici, personne ne connait avec exactitude la frontière entre les deux Etats.

Ladite frontière est matérialisée par une petite bande de terre. Aucune autre indication. On passe d’un pays à l’autre en un clin d’œil sans avoir l’impression de pénétrer en territoire étranger. Pas de contrôle. Pas de suspicion. Ici, la Sénégambie des peuples n’est pas un slogan. Elle se vit au quotidien. L’accent est le seul signe distinctif entre Sénégalais et Gambiens. Unies pour la vie et affichant une histoire pleinement assumée, les populations ont eu la géniale idée de créer un terrain de football sur la bande de terre qui sépare les deux pays. Chaque après-midi, les jeunes des deux pays viennent y disputer des matchs, dans l’amitié et le fair-play. Ahmad Sarr, enseignant à l’école gambienne, campe le décor : « Le Sénégal est important dans notre vie. Nous sommes une partie du Sénégal et avons besoin de ce pays pour vivre ». Un Sénégalais aurait pu dire la même chose de la Gambie voisine.v

Par Sidy DIOP, Abdoulaye Diallo (texte) et Mbacké BA (photos)

Une fierté pour le Sénégal. Une Sénégalaise vient d’être nommée Ceo d’Orange Sierra Léone en remplacement de Sékou Dramé, promu à la tête du groupe Sonatel. Il s’agit de Aminata Kane Ndiaye, âgée de 33 ans. Diplômée de Hec (France) et titulaire d’un Mba au Massachusetts institute of technology (Usa), la Sénégalaise devra relever un challenge. Parfaitement bilingue, nous renseigne financialafrik.com, Aminata était jusque-là à la tête du département marketing d’Orange Money. Maintenant qu’elle est élue Ceo d’Orange Sierra Léone, un pays de 7 millions d’habitants abritant la troisième filiale ouest-africaine de Sonatel après le Mali et la Guinée Conakry et en attendant, la Guinée-Bissau, Mme Aminata Kane Ndiaye aura la lourde tâche de mettre en marche son capital expérience pour développer une filiale lancée en octobre 2017 suite au rachat d’Airtel par la Sonatel. Depuis l’acquisition, en juillet 2016, le groupe a investi plus de 30 millions d’euros dans la remise à niveau des infrastructures.

S. D.

Michel Seck, ce jeune sénégalais qui a créé un logiciel de mathématiques À 25 ans, enseigne déjà les mathématiques à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Ses spécialités : le codage, la cryptologie, l'algèbre et les applications. Mais, ce n'est pas ce qui le rend le plus célèbre. Le jeune doctorant a conçu SimulaMath, un logiciel de simulation et de calcul qui décomplexe l'enseignement des mathématiques. Analyse, algèbre linéaire, théorie des nombres, graphes 2D et 3D, probabilité, statistique, réseaux arithmétiques, codes correcteurs d'erreurs... Sa calculatrice avancée couvre presque tous les domaines. Elle est développée sur mesure pour les élèves du secondaire et les étudiants du supérieur. Simula est gratuit et son concepteur assure qu'il le restera.

S. D.

Figure emblématique de la vie politique sénégalaise, compagnon, puis rival de Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia fut Premier ministre de la jeune République du Sénégal de 1959 à 1962. L'ancien président du Conseil du Sénégal, décédé à l'âge de 98 ans, était l'un des hommes politiques qui ont le plus marqué l'histoire du pays.

Né le 18 juillet 1910 dans une famille musulmane de Khombole, dans le Sénégal oriental, Mamadou Moustapha Dia étudie à l'école William-Ponty, puis travaille comme instituteur et journaliste, avant de se lancer en politique au début des années 1940. Secrétaire du Bloc démocratique sénégalais qu'il a fondé avec Senghor en 1948, il est élu sénateur français (1948-1956), ensuite député et représente son pays dans le groupe des indépendants d'outre-mer de 1956 à 1958. Désigné vice-président du Conseil de gouvernement du Sénégal en 1957, il en assume la présidence entre 1958 et 1959, avant d'être nommé à la tête du Conseil des ministres en avril 1959. Mamadou Dia conserve cette fonction lorsque le Sénégal accède à l'indépendance en juin 1960. A côté de Dia, chef du gouvernement et chargé des questions économiques, Léopold Sédar Senghor était président de la République, en charge de la politique extérieure. Ce bicéphalisme instauré à la tête du jeune Etat sénégalais vivant sous le régime parlementaire ne tarde pas à être source de problèmes. Les relations entre les deux hommes deviennent heurtées, culminant avec une accusation de tentative de coup d’Etat portée contre lui en décembre 1962. Pour sa défense, Dia avait affirmé à l’époque : « On ne fait pas un coup d’Etat quand on détient le pouvoir ». Pour ce délit qui lui est reproché, il fut attrait devant la Haute cour de justice, condamné à perpétuité et emprisonné à Kédougou (dans le sud-est du Sénégal), avant d’être libéré en 1974 (par grâce présidentielle), soit douze années de détention durant lesquelles il refusa de demander la grâce présidentielle comme on l’y invitait. Mamadou Dia fait partie de cette race de politique visonnière. Il savait là ou il voulait conduire son pays et s’efforçait de disposer de moyens conséquents pouvant l’y mener. Dia a publié pas mal d’ouvrages dans lesquels il fait part de sa vison économique de ce que doit être le Sénégal. Le premier document, intitulé « Contribution à l’étude du mouvement coopératif en Afrique noire », fut publié par dans « Présence africaine » en 1953. Le second fut publié le 22 décembre 1962 dans le « Moniteur africain du commerce et de l’industrie » de la Chambre de commerce et de l’industrie de Dakar.

Dia, un visionnaire
Dans le premier document, Mamadou Dia analysait les « forces et faiblesses des Sociétés indigènes de prévoyance» (Sip) qui, « en écartant les intéressés eux-mêmes de la gestion de leurs propres affaires, leur enlevaient la possibilité d’acquérir l’expérience nécessaire au progrès humain, au mépris le plus complet de toute œuvre d’éducation ». En fait, le but réel de ces Sip « n’était pas l’éducation mais le dressage » (Cf. Présence africaine, 1953, p. 22). Pour Dia, l’indépendance devrait permettre de libérer le monde rural de cette situation d’assujettissement à l’administration coloniale et au commerce colonial, exercée par le biais des Sip, pour promouvoir un mouvement coopératif comme stratégie de sa libération économique et sociale et de modernisation de l’agriculture. Dia entreprit l’étude d’un Programme économique et social du Sénégal pour l’élaboration du Premier plan de développement économique et social du pays afin de matérialiser sa vision de l’évolution du monde rural sénégalais et de l’édification d’une économie nationale.

Ses domaines d’activités devraient être successivement étendus à la production, l’équipement, la commercialisation des produits agricoles, la fourniture des denrées de consommation courante, au crédit, au secteur industriel, aux opérations de prévoyance et d’assistance sociale et, enfin, à la gestion publique dans le cadre de « Communautés de développement ». Un tel programme mettait déjà Mamadou Dia en conflit non seulement avec les commerçants de détail et de demis gros dans l’approvisionnement du monde rural en marchandises de première nécessité, mais aussi avec les « traitants » que constituent les intermédiaires entre les paysans et les industriels et autres exportateurs de la production d’arachide. Il le mettait également en conflit avec les autorités coutumières et religieuses qui avaient fait main basse sur les Sip avec le soutien du pouvoir colonial. II s’est, dès lors, révélé nécessaire de le sacrifier à l’autel des exigences du pouvoir colonial français qui percevait dans ses options une menace réelle pour ses intérêts au Sénégal et dans la sous-région.

Un duo complémentaire avec Senghor
Mamadou Dia formait avec Senghor un duo complémentaire dans la gestion du pays : au président revenait la gestion des affaires internationales et à lui le développement économique (il a suivi à Paris les cours de François Perroux). Mais, sa volonté de substituer une agriculture vivrière à l'économie arachidière développée par les Français, avec l'appui de certains chefs religieux, froisse de nombreux intérêts. Il est évincé, en décembre 1962, au cours d'une lutte de pouvoir que Senghor dénonce comme une tentative de coup d'État constitutionnel. Condamné à une peine de « déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée », à l'issue d'un procès où il fut défendu par Robert Badinter et Abdoulaye Wade, Dia est libéré en 1974 et amnistié en 1976. Après avoir soutenu, en 1988 et en 1993, la candidature de Landing Savané à l’élection présidentielle, il fera partie, en 2000, des leaders de l’opposition à avoir soutenu Me Abdoulaye Wade, élu à la magistrature suprême. L’idée de la révision de son procès avait été agitée par le président Abdoulaye Wade (qui faisait partie de ses avocats en 1963) à son arrivée au pouvoir, avant de l’abandonner à cause notamment de l’opposition de M. Dia lui-même. Réputé pour sa rigueur, son patriotisme et son engagement, Mamadou Dia laisse un héritage politique incommensurable aux nouvelles générations.

Sources : Contribution Ibrahima Sène,
(PIT/SENEGAL) 2012
Encyclopédie universalis
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Lamyne M. : Tenues de reines

03 Mai 2018
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Dans la nécropole des rois de France, Lamyne M., artiste et styliste camerounais, s’est inspiré de seize gisants de reines du Moyen-Âge. Pour ces belles endormies de marbre blanc, il a imaginé de somptueuses et hiératiques tenues d’apparat en wax d’Afrique de l’Ouest, feutrine, denim et autres velours piqués de broderies. Majestueuses, ses créations serties de vitraux aux couleurs intemporelles trônent dans les chapelles de la crypte et dans le transept monumental. « J’adore faire des vêtements non portables et qui sont des passerelles entre les époques, les cultures et les civilisations », précise d’emblée le styliste. « L’histoire des rois et de la basilique est notre histoire à tous, issus ou non de l’immigration. Mes robes parlent de métissage radical et questionnent sur la place de la femme », dit-il. « Elles disent les possibilités d’un dialogue fait de culture(s), à même de lier là où l’économique, seul, peine à fédérer », explique, quant à elle, l’historienne d’art Dominique Malaquais.

Fils de négociant en textiles et petit-fils de grand voyageur, Lamyne Mohamed, né à Ngaoundéré, au Cameroun, en 1977, devient apprenti tailleur à 13 ans, lance ses premières collections à 20 ans et s’installe à Paris en 2005, puis à Saint-Denis où il réside aujourd’hui. Dans son atelier dionysien de bois rouge, Lamyne M. met les techniques de la haute couture au service de l’art et de la transmission. Il collabore avec de nombreux partenaires locaux, couturiers, joailliers, brodeurs et modélistes, ainsi qu’avec les sections mode de certains lycées professionnels qui ont participé au projet des robes de la basilique. Écologiste et activiste anticonsommation abusive, il récupère les chutes d’étoffes des ateliers du Marais, d’Italie ou du Sénégal pour ses créations réalisées par des artisans formés à Fès, Milan ou Douala. Sa ligne Wonu An (« Soit toi-même » en peul) propose des pièces de luxe uniques « que l’on soigne, répare et transmet ». « Être de Seine-Saint-Denis ouvre les portes. À Paris, je serai resté anonyme. On parle de moi en Afrique du Sud, aux États-Unis, s’amuse le couturier. Quand je suis arrivé en France, je ne pensais pas avoir grand-chose à apporter, mais quand je vois où je vis, je me dis qu’on a autant besoin de moi ici qu’en Afrique ». Alors, il organise des défilés avec des mannequins non professionnels (politiques, éboueurs, homos, handicapés ou étudiants) en France, au Cameroun, au Tchad et au Nigeria. À Dakar, en mai, ce sera dans une prison, et au Bénin, il prépare une présentation autour des costumes traditionnels… Il développe aussi des échanges entre la Seine-Saint-Denis, le Maroc et la Tunisie. « L’art a un vrai pouvoir de persuasion et de compréhension, c’est une thérapie, martèle le Camerounais. En Afrique, je n’ai pas de boutique, je fais dans le social, je transmets, je valorise. C’est toute ma vie. À chacun de se faire aimer, d’aimer les choses ou de participer, je lutte contre l’auto-exclusion. Je déteste les étiquettes et je sais que quand on veut, on peut. Voilà.

Source : AM

Entre Georges et Angélique, c’est une histoire d’amour et de prédestination qui se conte sur le fil de l’eau. Quand le premier achetait le Bou El Mogdad à Saint-Louis, l’autre naissait en France. Une histoire qui entremêle la renaissance de ce monument de la marine sénégalaise et un amour tout aussi improbable qu’inattendu qui a coûté à Georges son premier mariage. Mais, l’amour d’Angélique vaut tous les renoncements.

En amour, Georges Console est un fidèle résolu. Sa femme, Angélique, est son trésor. Il ne se prive jamais de le rappeler. Le Bou El Mogdad est aussi une partie de lui. Il a érigé un hôtel sur la berge du port de Foundiougne-Ndakhonga qui est une étonnante réplique du célèbre bateau qui habite toujours ses souvenirs. Dans ce grand bâtiment blanc en réfection, Georges promène, d’un pas lent, sa longue silhouette qui se courbe sous le poids de l’âge. Si le pas est lent, son sourire et sa joie de vivre se transmettent à la vitesse de la lumière. Au milieu des ouvriers qui s’activent pour redonner des couleurs à son réceptif hôtelier, il ne rechigne pas à plonger ses mains dans la peinture ou dans le ciment. « C’est un hyperactif », rigole sa femme. Ses 85 piges ont, en effet, du mal à le clouer sur place.

Bou El 1Il n’y a pourtant pas que l’hôtel qui se refait une santé. Georges Console aussi revient de loin. Son récent cancer lui a fait peur. Il a vu la mort de très près puisque ses médecins ne lui donnaient pas plus de trois mois à vivre. « La mort ne me fait pas peur, mais la perspective de perdre Angélique », souffle-t-il. Pour sa femme, il décide d’affronter le dur traitement prescrit par ses médecins. Elle lui a donné la force de tenir. Et de guérir.

Angélique ? C’est d’abord un sourire conquérant et fier. Une bonté désarmante. « Elle n’a pas une once de méchanceté dans son cœur. Je n’ai jamais connu une personne aussi bonne », se réjouit son mari. Ils se sont connus grâce au Bou El Mogdad. Angélique avait répondu à une annonce parue dans la presse française pour le recrutement du personnel de bord. Elle avait le profil, mais n’avait pas particulièrement impressionné Georges Console, préposé à l’entretien d’embauche. Elle est retenue pourtant, pour être de l’aventure. Il y avait comme une sorte de prédestination. Georges a acheté le bateau le jour où Angélique est née, le trois novembre 1972. Elle avait 23 ans quand elle a commencé à travailler sur le Bou El Mogdad comme hôtesse.

Georges était déjà marié à Dominique, une Française qu’il avait connue à Dakar, mais qui posait des conditions strictes à ses hôtesses : diète sexuelle totale à bord, pas de béguin avec les clients, encore moins avec les marins. La réputation de son bateau était à ce prix. Angélique avait accepté parce qu’elle voulait découvrir l’Afrique.

« Notre hôtesse de rêve »
Pendant cinq ans, Angélique était simplement « Notre hôtesse de rêve ». C’est ainsi que Georges la présentait aux clients du bateau. « Il ne connaissait pas mon nom », se moque-t-elle.

Pendant toutes ces années, leurs relations étaient strictes. Juste des salutations. Au terme de ces cinq années, elle décide d’arrêter. Elle avait assouvi son désir de découverte de l’Afrique et voulait passer à autre chose. De retour en France, au moment de se dire au revoir, Georges a un flash. Il regarde s’éloigner Angélique et sent une partie de lui se détacher. En vérité, sa froideur durant leurs années de compagnonnage n’était qu’un masque. La passion mitonnait au fond de lui, mais sa conception rigoriste de sa relation avec ses employés dressait un mur de pusillanimité entre eux. « Je suis allé au Maroc pour mes vacances, mais je ne cessais de penser à elle durant tout le mois que j’y ai passé », confie Georges.

Roi des croisières
Un jour, Console change de cap. Il décide de transformer le Bou El Mogdad en bateau-hôpital en partenariat avec « Pharmaciens sans frontières ». Il appelle Angélique qui accepte de l’accompagner dans cette nouvelle aventure. Le projet sera bloqué par les autorités de l’époque. Ces nouvelles retrouvailles seront cependant un accélérateur de sentiments entre eux. L’amour prend le dessus. Au début, Dominique, la première femme de Georges, n’y voit aucun inconvénient. Un accord entre les deux époux leur permettait, si l’un d’eux trouvait mieux, d’aller voir ailleurs. Georges vivait alors, comme un vrai polygame, avec son épouse et sa copine à bord du Bou El Mogdad. Mais, un jour, ne pouvant plus supporter la situation, Dominique projette de tuer Angélique. Elle le surprend avec son mari, dans leur sommeil, et ouvre le feu sur eux. Personne n’est touché. Heureusement ! Le ménage à trois a failli se terminer dans un bain de sang.

Georges Console a connu le Sénégal grâce à Bara Diouf, ancien Pdg du quotidien national « Le Soleil ». Il tenait une boite de nuit à Paris à côté de la cathédrale « Notre-Dame ». Il y recevait des célébrités sénégalaises dont Emile Badiane et Bara Diouf. Amoureux de la pêche à l’espadon, il est invité par Bara Diouf à venir s’adonner à sa passion au Sénégal. Il y débarque en 1968. « J’étais venu pour passer ici trois à quatre mois, mais je ne suis jamais reparti », se rappelle Georges. Après 30 années passées au Maroc où il vendait de grosses berlines d’occasion et 10 ans à gérer sa boite de nuit en France, il débarque au Sénégal la tête pleine de rêves. Il s’y installe, séduit par le bon commerce des Sénégalais. Il y est surtout resté grâce à l’amour qu’il vouait à sa première femme. Dominique était la fille d’une personnalité française qui vivait à Dakar. Elle avait moins de 21 ans quand il l’a connue et devait supporter les tracas de la gendarmerie actionnée par son futur beau-père qui ne l’aimait guère. A la majorité de Dominique, ils se marient et s’installent à Saint-Louis. C’est là qu’il tombe sur le Bou El Mogdad. C’était le quatrième navire enregistré dans le registre de la marine marchande. Georges entreprend alors de sauver ce monument qui était à quai depuis l’indépendance. « Je l’ai acheté pour faire des croisières, mais il fallait auparavant ouvrir le Pont Faidherbe. Le gouverneur ne voulait rien entendre parce qu’il était fermé depuis 10 ans et complètement rouillé », se souvient-il.

Le projet sera bloqué pendant six années malgré un investissement de cent vingt millions pour l’achat et la réparation du bateau. « Pour les réparations, je n’avais plus assez d’argent pour aller au bout. J’ai alors demandé à des amis de m’aider. Des gens riches à qui je demandais des sommes modiques entre 5 et 10 millions de FCfa. Ils étaient contents de se débarrasser de moi avec des sommes raisonnables », se remémore Console.

Pépins à gogo
Bou El 2Après avoir ouvert le pont, réparé machines et habitacle, de nouveaux obstacles se dressent devant Georges. Les clients sont dubitatifs face à ce vieux bateau tout rouillé. L’organisateur de la toute première croisière songe à se désister. Console parvient toutefois à les convaincre à embarquer. Au moment de se lancer, le bateau ne bouge pas. Vérification faite, les hélices sont coincées parce que depuis le temps qu’il n’a pas bougé, elles ont pris beaucoup de filets et de cordes. Qu’à cela ne tienne, Georges décide de plonger pour couper tout ce qui entrave leur bonne marche. Il lui faudra y retourner plusieurs fois. Le bateau peut finalement se lancer sur les eaux du fleuve Sénégal pour sa nouvelle vie. De 1974 à 2005, Georges Console est le roi des fleuves Sénégal et Saloum. Il lui arrive même de pousser l’aventure jusqu’en Sierra Léone.

Le déclin du tourisme viendra finalement au bout de cette fabuleuse aventure. Senghor et Diouf avaient signé des accords avec la compagnie Air France pour interdire les vols charters. Les touristes français qui préféraient venir au Sénégal trouvaient alors la destination très chère et ne venaient plus. La crise étant impossible à supporter, Georges Console décide de vendre le bateau en mai 2005. L’heureux repreneur se nomme Jean-Jacques Bancal, un Saint-Louisien de souche, qui réalise ainsi son rêve d’enfant d’assurer un avenir saint-louisien au Bou. Il est le directeur du réceptif Sahel Découverte et propriétaire, avec son épouse, de l'Hôtel La Résidence à Saint-Louis. Georges a tenu à introduire dans le contrat de vente une clause stipulant que le Bou El Mogdad ne devait pas quitter le Sénégal. Le pavillon devait coûte que coûte rester sénégalais.

Foundiougne, terre de repli
Son bateau vendu, l’histoire d’amour ne s’est pas arrêtée pour autant. Il achète un petit bateau qu’il nomme « Le petit Bou » et construit une maison attenante à son hôtel avec une architecture qui s’inspire largement du Bou. Après l’épisode des croisières qui aura duré trente cinq années, Georges et Angélique investissent dans le tourisme. « Angélique et moi sommes restés ensemble depuis 2008. On ne s’est jamais quitté depuis. Elle a été à mes côtés durant toute l’année dernière pendant laquelle je suis resté malade en France », confie Georges, reconnaissant.

Il sait pourtant qu’à son âge, la biologie contredit les prévisions. « Je n’ai jamais pensé à la mort avant mon cancer. A mon âge, les choses matérielles n’ont aucune valeur dans la vie d’un homme. La seule chose qui me fait peur, c’est que je vais partir et je ne vais plus voir Angélique », murmure-t-il, les larmes aux yeux. Il ne se lasse pas de contempler sa femme, de conter leur amour, de raconter leurs aventures et de narrer leurs mésaventures. Sa fierté brille dans ses yeux et dans le sourire de son épouse. « J’ai connu beaucoup de femmes, mais j’ai mis 65 ans à la trouver ».

Par Sidy DIOP, Cheikh Aliou AMATH (texte) et Ndèye Seyni SAMB (Photos)

Par sa position géographique et les péripéties de son histoire, Saint-Louis recèle un trésor culturel et architectural inestimable. L’évocation de celle-ci fait resurgir une foultitude de souvenirs. La vieille cité, particulièrement le quartier Sindoné (sud de l’île), porte encore l’empreinte des signares, ces mulâtresses réputées pour leur beauté envoûtante et leur habileté au commerce. Un tel patrimoine, à défaut de politique de valorisation, est en train de tomber dans l’oubli. Aujourd’hui, des acteurs s’organisent pour préserver ce pan de l’histoire qui n’est pas très connu des jeunes générations.

Symbole de l’élégance et du raffinement, Saint-Louis la charmante est restée une terre de convivialité, une terre d’hospitalité. Son glorieux passé ressurgit à chaque fois que l’on se pavane dans les rues de l’île. Difficile de parler de cette ville mythique sans penser aux sublimes signares qui, au cours de leurs promenades crépusculaires, dans l’avenue Mermoz, les rues Blaise Dumont, Repentigny, Blaise Diagne, Anne Marie Javouhey, Blanchot ou encore Pierre Loti, faisaient chavirer les cœurs. Réputées pour leur beauté envoûtante et toujours parées de tous leurs atours, parfumées et maquillées, corsetées et vêtues de magnifiques robes brodées, ces affriolantes créatures, qui s’étaient mariées « à la mode du pays » avec les cadres bourgeois et aristocrates européens vivant à Saint-Louis, avaient contribué à l’émergence d’une bourgeoisie métisse. Les souvenirs de ces belles femmes, ayant régné sur le commerce de la vieille cité, habitent toujours les rues de celle-ci.

Aujourd’hui, il est difficile dans le quartier Sindoné (sud de l’île) et même dans tout Saint-Louis, de trouver une famille de descendants de ces signares, même si leurs maisons se confondent encore au patrimoine architectural saint-louisien riche d’une grande diversité de formes, héritage du passé colonial. Dans ce vieux quartier, les anciens nous parlent avec un brin de nostalgie de ces mulâtresses qui ont écrit une des pages de l’histoire de Ndar. Pour les plus jeunes, cette histoire est lointaine, si lointaine qu’il leur est impossible d’en témoigner. « Nous ne connaissons les signares qu’à travers les festivités comme le fanal et autres activités organisées à travers la ville », indique Anta Fall. La raison, dit-elle, ce pan de l’histoire n’est pas connu comme il devrait l’être.

Pour Aliou Guèye, président du conseil de quartier de Sindoné, les signares font partie intégrante de l’histoire de Saint-Louis. Mais, note-t-il, en dehors des fêtes de fin d’année, on ne sent guère la mise en valeur de ce trait culturel. Cette situation est due, selon lui, au fait que la population a complètement rajeuni et ne maitrise pas bien ce sujet. Présentement, déplore-t-il, il n’existe pas de gens qui pourraient témoigner sur le passé de ces dames qui ont très fortement marqué de leur empreinte la société coloniale sénégalaise. Cependant, il arrive de voir de temps à autre certaines actions revisiter cette richesse historique de la vieille ville, notamment à l’occasion des fêtes de fin d’année, le fanal, les «mardis gras». «Au cours de ces événements, les filles s’habillent en signares. Mais, en dehors de ces initiatives, il n’y a aucune autre action visant à valoriser les signares», fait-il savoir. Alors que le rôle de la commission culturelle du conseil de quartier est de valoriser un tel patrimoine à travers son plan d’actions.

Clichés négatifs !
Le quartier sud porte toujours l’empreinte des signares - dont l’âge d’or remonte au 18e siècle - qui n’étaient pas seulement à Saint-Louis (Gorée et Rufisque en avaient aussi). La particularité de ces dames - reconnaissables à leur haute coiffe pointue, à ce grand pagne dont elles s’entouraient jusqu'aux pieds et leurs babouches en maroquin - est, selon Aliou Guèye, qu’elles étaient des collaboratrices et des épouses des colons. Et par la suite, leurs descendants ont hérité de beaucoup de privilèges. Mais, signale-t-il, les gens ont véhiculé des clichés négatifs à leur égard. «Au fil du temps, on a tellement fait des commentaires négatifs à leur sujet et colporté tellement de ragots que beaucoup de leurs descendants n’osent plus revendiquer cette parenté avec les signares», soutient-il.

A en croire M. Guèye, ces préjugés et jugements portés sans réellement connaître les signares, relèvent de la «pure jalousie». Pour Fatima Fall, directrice du Centre de recherches et de documentation du Sénégal (Crds) et par ailleurs présidente de l’association Ndart, les gens ont une appréciation négative de ces femmes ; ce qui n’a pas aidé à la promotion de ce patrimoine. Aujourd’hui, renseigne Mme Fall, la «signarité» - un nouveau concept - vise à partager toutes les informations portant sur la  vie des signares.
 

« Les agents de l’administration coloniale, pendant leur séjour, étaient obligés de se marier, à la « mode du pays », avec des femmes de la colonie, parce qu’ils ont mis deux siècles avant de pouvoir faire venir leurs épouses ; ce qui fait que les femmes avec qui ils se mariaient s’occupaient d’eux, pour les protéger par rapport aux maladies, à l’alimentation, parce que elles savaient allier les deux, c'est-à-dire la médecine traditionnelle, l’art culinaire traditionnel et pouvaient aussi leur offrir un cadre de vie acceptable durant tout leur séjour », explique-t-elle. La plupart du temps, ces agents de l’administration coloniale repartaient, laissant leurs enfants ici.

«Cette proximité avec l’Occident faisait que les signares étaient particulières.» A en croire Fatima Fall, celles-ci étaient aussi de vraies femmes d’affaires parce qu’elles faisaient le commerce de la gomme, des esclaves, de l’or, du sel. Avec leur goût raffiné, elles résidaient dans des maisons à étages qui sont encore perceptibles à Sindoné. « Elles habitaient à l’étage avec des balcons et persiennes qui leur permettaient de visualiser tout ce qui se trouvait à l’intérieur de la cour. Et tout au long des galeries, elles y installaient des artisans. C’est cela qui leur permettait d’échanger, mais aussi de pouvoir vendre à d’autres signares du même niveau de vie les produits.»
D’après Mme Fall, il est impossible de parler tout le temps du patrimoine matériel et laisser en rade le patrimoine immatériel. «Quand on inscrivait Saint-Louis sur la liste du patrimoine mondial, le patrimoine immatériel est venu renforcer le dossier », se réjouit-elle.

Un espace dédié aux signares
Bon nombre d’auteurs comme Guillaume Vial, Tita Mandeleau, Jean-Luc Angrand, Aïssata Kane Lo, entre autres, ont fait la part belle aux signares dans des ouvrages dédiés. Mais, ce patrimoine n’est pas assez valorisé. Aujourd’hui, le souvenir des signares ne se perpétue que lors du « takussan ndar », ce défilé costumé qui est une spécificité purement saint-louisienne, du Festival jazz de Saint-Louis, du Fanal, qui était l’occasion pour les signares d’exhiber leurs tenues vestimentaires et de faire étalage de toute leur beauté, leur élégance.

Et également lors de la célébration du «mardi gras». Le président du conseil de quartier Sindoné est convaincu que «le patrimoine des signares est sous-exploité». Selon lui, seule l’association «Jalooré» de Marie Madeleine Diallo exploite un tel trésor à travers le «fanal» pendant les fêtes de fin d’année. «En dehors de cet événement, il n’y a pas un autre programme visant à mettre en valeur les signares», fait remarquer Aliou Guèye qui pense que cette situation est due à l’absence de politique et de vision dans ce sens au niveau de la municipalité. Pour lui, le patrimoine saint-louisien est riche par sa configuration, les atouts naturels et culturels qui, bien valorisés, pourraient apporter beaucoup de retombées à la ville.

Actuellement, Fatima Fall et les amoureux du patrimoine culturel saint-louisien essaient, à travers la «signarité», et par le biais de l’histoire, de redonner à ce patrimoine un second souffle. «C’est notre histoire, on ne peut donc pas la rejeter.  C’est notre devoir de faire revivre cette façon de vivre en la partageant avec le maximum d’informations crédibles qu’on mettrait à disposition des visiteurs», propose Fatima Fall, non sans préciser que le Crds qu’elle dirige représente beaucoup de choses par rapport à la conservation, la valorisation et la promotion de la culture sénégalaise en général et saint-louisienne en particulier. «On avait réfléchi avec l’équipe du musée à la mise en place d’un espace dédié aux signares.

Depuis l’année dernière, avec l’Ong Initiative pour le développement durable basée en France et qui a une antenne à Saint-Louis, et l’Association Ndart, on a pensé monter un espace où l’on va expliquer aux visiteurs ce qu’est la «signarité». On en parle et il y a beaucoup de choses que les gens disent sur les signares et pour nous, il s’agit d’expliquer réellement ce que les signares ont fait, comment elles fonctionnaient, comment elles vivaient pour permettre à tout un chacun de comprendre », détaille-t-elle.

A son avis, cet espace va s’intégrer dans les nouvelles expositions du musée du Crds. «On voudrait que l’exposition soit facilement démontable, que ça puisse être montée ailleurs.»
Le défi, c’est de faire découvrir aux populations, aux enfants, aux jeunes et à tout le monde ce qu’était la vie des signares, ce qu’elles ont apporté au Sénégal en général, à Saint-Louis en particulier, pour que ce pan de l’histoire ne tombe pas définitivement dans l’oubli.

 

 

Ancien patron d'Orange Sierra-Leone, ce Sénégalais de 45 ans a pris, le 17 avril dernier, les rênes du leader sénégalais des télécoms, tant dans la téléphonie mobile que pour l'Internet.

Le 17 avril dernier, Sékou Dramé a remplacé Alioune Ndiaye à la tête de l’ancienne entreprise publique sénégalaise des télécoms, la Sonatel, aujourd’hui contrôlée à 42% par Orange – l’État ayant encore 27% du capital, des investisseurs institutionnels détenant 15%, et le reste étant entre les mains d’actionnaires privés.
Ce Sénégalais de 45 ans, spécialiste des réseaux de télécommunications et téléinformatique, a été formé en France, à l’École nationale supérieure des télécommunications (Télécom Paristech). Ex-employé de Cegetel et LDcom, il est entré chez Orange en 2003 et y a gravi un à un les échelons jusqu’aux postes de direction.
Premier passage à la Sonatel en 2008
Réputé dans le milieu des experts des télécoms comme « brillant » et « compétent », le quadragénaire a travaillé une première fois pour la Sonatel entre 2008 et 2012, avant d’être envoyé au Mali, où il a été directeur adjoint d’Orange de 2012 à 2014. Lorsque qu’Orange et l’opérateur historique du Sénégal rachètent la filiale d’Airtel en Sierra-Leone, en juillet 2016, il est envoyé à Freetown pour diriger la nouvelle filiale.
Le départ d’Alioune Ndiaye, promu directeur exécutif d’Orange Afrique et Moyen-Orient à la place de Bruno Mettling, est donc pour lui l’occasion d’un retour au pays. Il devra gérer une société qui constitue la plus grande filiale africaine de l’opérateur français. Ancienne société publique, la Sonatel a su conserver une place dominante sur le marché après sa privatisation, en 1997, et malgré un environnement concurrentiel de plus en plus rude.
Selon les chiffres de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP), au 4e trimestre 2017, l’entreprise détenait 52,95% des parts de marché de la téléphonie mobile, contre 24,65% pour Tigo et 22,40% pour Expresso. Même domination sur le marché de l’Internet, avec 68,11% des parts, devant Tigo (24,60%) et Expresso (7,28%).
Source JA

Partenaire de Youssou Ndour depuis plus d’un quart de siècle, membre d’une fratrie qui a marqué la musique sénégalaise, le bassiste Habib Faye a été emporté, hier, par une infection pulmonaire. Retour sur le génie de cette super étoile de la basse.

Bassiste et claviste de Youssou Ndour et du Super Étoile de Dakar, Habib Faye a commencé très tôt sa carrière musicale. Dès l’âge de neuf ans, il suit le chemin de ses grands frères (Adama Faye, Vieux Mac Faye, Lamine Faye) en apprenant la guitare avec Vieux Mac Faye. Il s’initie à l’improvisation et au jazz, tout en connaissant par cœur le répertoire des grands groupes de l’époque (Super Diamono, Super Étoile). C’est en tant que guitariste qu’il forme le groupe Watosita avec Michael Soumah, célèbre animateur très connu à Dakar. Parallèlement, il joue de la basse dans un groupe de variétés, le Thiaf, en compagnie de son frère Moustaf et d’Ibou Cissé (qui seront plus tard ses compagnons au Super Etoile). Il se fait remarquer par les grands musiciens de l’époque, notamment lors du mémorable concert des Touré Kunda au stade Demba Diop de Dakar où il était venu en spectateur, quand il entendit : « Habib Faye est demandé sur scène », le bassiste du Super Diamono étant absent. Lamine Faye (guitariste du Super Diamono de l’époque) et Ismael Lô proposent à Habib de le remplacer.

Débuts difficiles
Après avoir trafiqué une guitare électrique et espacé les cordes, le jeune Habib, âgé d’une douzaine d’années, emprunte une basse. "On me l’a prêtée pour deux jours, je l’ai gardée quatre mois !" Passé le temps d’apprivoiser l’instrument – "les cases étaient tellement énormes, mes mains tellement petites..." – vient celui du premier concert, au lycée.

Interdiction lui a été faite de s’y rendre. Il passe outre. "Quitte à ce qu’on me tue après." Il a gardé ces instants en mémoire : la scène, le décompte, "1, 2, 3, 4" et le grand frère auquel il a désobéi, juste derrière, qui tout à coup saute de joie en entendant les cordes vibrer. "C’est à partir de ce jour-là que j’ai eu mon indépendance", déclare Habib.

Demandé, évoluant de groupe en groupe, il ne se voit pourtant pas faire de la musique son métier. Jusqu’à ce que Youssou Ndour, qui emploie déjà son frère Adama dans son orchestre, vienne convaincre Monsieur Faye père. Au milieu des années 80, le jeune élève part pour sa première tournée internationale et abandonne les études à 11 jours du bac. Il se retrouve aux claviers ! Les fausses notes le découragent mais le chanteur lui renouvelle sa confiance. Alors, il fait de son mieux chaque soir. "Regardez, Habib est en train de jouer sans regarder les touches", finit par remarquer le percussionniste du Super Etoile lors d’une répétition.

C’est en 1984 qu’Habib intègre le Super Étoile de Dakar au sein duquel il participe, aux côtés de son frère Adama Faye, claviste et guitariste, à l’arrangement des morceaux phares de Youssou Ndour. Adama Faye quitte le groupe, c’est alors que Youssou Ndour lui donne carte blanche pour la conception et l’arrangement des albums du Super Étoile. Cet homme au doigté vrombissant de mélodies uniques va révolutionner la musique sénégalaise avant de se lancer dans le jazz. Impossible d’écouter un album du groupe sans se rendre compte du cachet harmonieux et fluide de ses arrangements.

Architecte de la musique
Depuis quelques temps, Habib Faye, également claviériste et producteur, parcourait le Sénégal en classifiant les rythmiques propres à chacune des ethnies du pays. Le tout pour les mêler au jazz, genre musical qui lui tenait à cœur. C’était un architecte de la musique. Musicien versatile, Habib Faye aura joué aux côtés de plusieurs stars internationales parmi lesquelles Sting ou Tracy Chapman et a notamment enregistré avec Peter Gabriel. Habitué du festival Saint-Louis Jazz, il compte aussi parmi ses musiciens africains qui ont apporté leur pierre au jazz. Manu Katché, Lionel Loueke, David Sanborn, Ablaye Cissoko, Angélique Kidjo, Branford Marsalis, pour ne citer qu’eux, font partie de ses compagnons de route. Il laisse derrière lui son épouse, ses frères musiciens ainsi que ses enfants – dont un fils qui marchait sur ses pas.

Habib avait fini de créer son propre groupe de jazz, Habib Faye Quartet, avec des musiciens européens (Lionel Fortin au piano, Carlos Bagidi aux drums) et sénégalais (Laye Lô à la batterie, Kevin Ass Malick et Ibou Cissé au clavier). Le groupe changeait de membres selon les disponibilités des uns et des autres. Une formation indéfinissable, à l’image des Weather Reports et du bassiste Jaco Pastorious, dont Habib est fan et disciple.

Les exploitations familiales n’ont pas de beaux jours devant elles. Des villas poussent comme des champignons dans les champs. Les dernières réserves foncières du département de Mbour sont au centre de toutes les spéculations. La commune éponyme s’est agrandie sur l’espace de l’ancienne communauté rurale de Malicounda. L’urbanisation de cette zone va aussi empiéter sur une bonne partie des terres agricoles.

Bien avant le croisement Saly en venant de Dakar, sur le côté gauche, des maisons poussent comme des champignons au milieu des arbustes à dominante de combretun glutinosum (nguer).

Des chantiers sont édifiés sur des champs. Au bord de la route de Mbour, avant le rond-point Saly, il est inscrit sur une plaque : « Bienvenue à Malicounda ». Cette partie de Mbour a accueilli des milliers de personnes. Comme l’annonce de la découverte d’une mine d’or, les réserves foncières de Malicounda aiguisent tous les appétits. « Il n’y a plus de terre dans le département de Mbour. Nous avons les dernières réserves foncières. Les gens viennent de partout, y compris de Dakar, de Kaolack, de la Casamance pour acheter des parcelles à usage d’habitation », témoigne Thiéoulé Cissokho, ancien Président du conseil rural. La construction de l’Aéroport international Blaise Diagne a déclenché la ruée vers Malicounda. « Auparavant, c’étaient les inondations. Aujourd’hui, c’est la construction de l’Aéroport international Blaise Diagne qui fait de Malicounda une zone plus que stratégique », fait savoir M. Cissokho.

A l’entrée de Malicounda Bambara, au centre, comme à la sortie, des ouvriers s’affairent autour des maisons en construction qui sortent de terre à côté de celles déjà habitées. Tout près de la mosquée, une dizaine de maçons posent des structures de coulage. « Les étrangers sont plus nombreux que les autochtones. Les inondations à Dakar, à Kaloack, l’épuisement des réserves foncières ont entraîné une course vers l’acquisition de terrains », indique Thiaoulé Cissokho.

L’agriculture familiale en sursis
MalicoundaMalicounda, fondée en 1902 par Baba Houma, Samba Ba et Barka Traoré, avait une vocation agricole. Cette activité est en sursis. L’agriculture familiale n’a pas de beaux jours dans cette localité. Le jardin d’Alioune Sankaré, avec ses pieds de manioc, des citronniers, des bananiers éparpillés tout autour des puits et des bassins, est l’une des rares parcelles réservées où se pratique encore l’agriculture. Son jardin est quadrillé par des grilles. Cette exploitation apparaît comme un rempart contre le bradage des terres. « J’ai résisté à toutes les propositions de morcellement de mes terres. Je vis de l’agriculture depuis des années. Cette zone est connue pour ses productions agricoles. L’agriculture familiale est en train de mourir », regrette A. Sankaré.

Ces zones d’exploitations agricoles seront de nouveaux quartiers. Assis à même le sol, Mbaye Camara résiste aux enveloppes financières proposées par des acquéreurs et des intermédiaires.

L’agriculture est, pour lui, l’activité génératrice de revenus. « A ce rythme, nos descendants risqueront de ne pas avoir de terres chez eux. Je ne peux pas vous dire combien de personnes sont venues me proposer de morceler mes champs en contrepartie de millions de FCfa. J’ai refusé. Mais, je ne sais pas jusqu’à quand je vais résister », s’interroge M. Camara.

Spéculation
Le morcellement des champs résulte de la baisse de la production agricole. L’agriculture ne nourrit pas son homme, d’après un jeune croisé dans le jardin d’Alioune Sankaré. « Ici, nous vendons nos terres parce que nous ne parvenons pas à avoir une bonne production. Ce n’est pas de gaieté de cœur que nous vendons nos terres », explique-t-il.

Cet avis est loin d’être partagé par A. Sankaré. Ce dernier fait porter le chapeau aux autorités qui n’ont pas soutenu l’agriculture depuis l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. « Il n’y a pas une vraie politique pour soutenir les paysans. Des indépendances à nos jours, il n’y a jamais eu une volonté affirmée d’aider les paysans. Or, nous ne pouvons pas nous développer sans l’agriculture », souligne-t-il. Les terres cultivables s’amenuisent comme une peau de chagrin.

L’horizon de l’épuisement des réserves foncières n’est pas loin. Le jour de notre passage, en plus des citoyens à la recherche de pièces d’état-civil, d’autres sont venus tirer au clair les dossiers d’attribution des parcelles.

Le premier adjoint au maire, Bakary Faye, a constaté une prise de conscience de la marche irréversible vers la réduction des parcelles à usage d’habitation. « Je suis l’un des premiers à avoir construit un bâtiment moderne et cela a fait tache d’huile.

D’autres fils de Malicounda ont construit ou sont en train de construire », affirme le premier secrétaire administratif de la mairie. Ce sera la fin de la culture de ces terres par les autochtones au grand dam des conservateurs comme le premier président du conseil rural, mais non comme Bakary Faye pour qui, s’opposer au progrès, c’est vouloir arrêter la mer avec ses bras. « De nos jours, on ne danse plus le kotéba durant l’hivernage. Nous savons danser le kotéba mais pas nos enfants. Ce qui nous reste, ce sont les rites des mariages qui sont respectés », se désole Thiéoulé Cissokho.

Contrairement aux années passées, la pratique de l’excision n’est plus de saison à Malicounda Bambara après des années de sensibilisation et de persuasion.

Par Oumar Ba et Idrissa SANE (Textes)
et Assane SOW ( Photos)

Le sabre de l’argent

09 Avr 2018
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Une histoire. Dans un village du Sénégal, un père de famille jaloux et ronchon comme pas deux, misait beaucoup sur sa fille pour lisser les rugosités de son époque. Une fille d’une beauté rare qui nourrit les fantasmes les plus fous dans son entourage. Surveillée comme du lait sur le feu, elle finit cependant par tomber dans les filets d’un richissime commerçant. Et ce qui devait arriver… arriva. La belle tomba enceinte des œuvres subreptices d’un grand négociant du village. Le père en rogne jura d’avoir la peau de ce malotru qui a osé lui voler ses rêves. Sabre tranchant bien en évidence, le père passa au peigne fin le village pour débusquer le bourreau de sa fille.

Informé des intentions du papa de sa belle, le commerçant usa de tout son tact pour remettre la goupille dans la grenade. Il alla le trouver pour lui tenir ce langage :
Mon père, je sais que j’ai fauté en engrossant ta fille. Ce n’était guère mon intention, mais Dieu l’a voulu ainsi. Je prends l’engagement ici, devant tout le village, de l’épouser dès qu’elle aura accouché. Je t’enverrai à La Mecque, je t’offrirai une maison, une voiture et beaucoup d’argent. La seule condition que je pose, c’est que tu prennes bien soin d’elle pour qu’elle n’avorte pas. Si elle perd l’enfant qu’elle porte, ma proposition ne tient plus.

Le père écarquilla les yeux et visionna la belle vie qui s’annonçait pour lui. Il se racla la gorge et, d’une voix décidée lança au commerçant :
Mon fils, rassure toi, même si elle avorte, tu l’engrosseras à nouveau.

Par Sidy DIOP

Pour arbitrer le match entre Déesse Major et Guigui, il faut avoir le cœur bien accroché et les sens complètement anesthésiés. Sinon, gare aux palpitations !

De son vrai nom Ramatoulaye Diallo, Déesse Major évolue dans la musique, plus particulièrement dans le hip-hop. Etant l’une des rares filles à avoir opté pour le rap, elle entretient de bonnes relations avec ses paires. Son style, très osé, lui a facilité une place dans le milieu des sonorités. C’est d’ailleurs sa marque de reconnaissance. A travers ses vidéos clips et apparitions sur scène, on croirait avoir à faire à une jeune fille sadique et mal éduquée et la côtoyer peut faire basculer cette idée car cet artiste est une femme très pieuse. Elle a vécu une enfance bien mouvementée.

De femme de ménage à chanteuse en passant par commerçante, son parcours renferme des souvenirs pas très roses. En septembre 2014, Déesse Major participe à un concert avec d'autres artistes. Sur scène, elle se produit dans une tenue sexy, jugée « indécente » par le Comité pour la défense des valeurs morales au Sénégal. Celui-ci, composé d'une dizaine d'associations religieuses et de la société civile, décide alors de porter plainte pour attentat à la pudeur et atteinte aux bonnes mœurs. La chanteuse présente ses excuses et le dossier est finalement enterré.

Rebelote en juin 2016. La même organisation décide de réactiver sa plainte, suite à la publication, par Déesse Major, sur l'application Snapchat, d'une vidéo où elle apparaît en minishort et décolleté plongeant. La vidéo est ensuite diffusée sur les réseaux sociaux et médias en ligne. Elle est alors arrêtée pour « attentat à la pudeur et atteinte aux bonnes mœurs » et placée en garde à vue. Après le tumulte, l’artiste aux tenues plus courtes que courtes répond à ses détracteurs en lançant un single du tonnerre : JPLT (J’ai pas le temps pour les bla-bla. Une manière de dire à ses détracteurs : « plus vous critiquez, plus je vous en mets plein les yeux ».

L’autre Ramatoulaye se fait appeler Guigui. Ramatoulaye Clémentine Sarr qui s’est frayé un chemin dans le landerneau de la musique sénégalaise, fait partie des artistes qui font couler beaucoup d’encre et de salive. Avec un physique qui détonne, elle ne passe pas inaperçue et attire dans sa cour des hommes de statuts divers. Quand la presse people se veut catégorique à son sujet en laissant entendre que « c’est une croqueuse de ministres », elle répond avec un art consommé de la répartie : « je suis belle, attachante et attirante ; je possède tout ce que les hommes recherchent chez une femme ». Avant d’avouer être très courtisée par les hommes.

On aura remarqué que pour parler de Guigui et de Déesse Major, on se réfère très peu à leurs carrières musicales respectives. Peut-être parce que la belle plastique n’est pas forcément synonyme de talent artistique.

Qui sait ?

S. D.

Pape Mouhamed Camara est l’incarnation d’un dandy moderne qui cultive le bien-être. Economiste mathématicien de formation, c’est pourtant dans l’interprétation qu’il se fait le plus remarqué auprès de l’ancien Président de la République du Sénégal, Me Abdoulaye Wade.

Qui disait l’âge c’est dans la tête ? Pape Mouhamed Camara tient bien dans ses 70 piges. Il affiche une forme peu commune pour son âge. On lui donne nettement moins. Lui attribue, sa bonne mine «à des années de pratique assidue de différents arts martiaux». Un look bien entretenu, une démarche certes lente, mais méticuleuse. Une voix pondérée, pleine de sagesse reçoit, pour immédiatement mettre à l’aise le visiteur. Un étrange mélange de rigueur zen et de tchatche espiègle se dégage du comportement de ce monsieur qui susurrait dans l’oreille du Président de la République, Abdoulaye Wade. Il faisait alors à la fois office de ministre conseiller et interprète. C’est dans un bureau décoré avec retenue qu’il nous reçoit en cette fin de matinée. L’homme maîtrise plusieurs langues : français, anglais, espagnol, chinois, russe, arabe, portugais, japonais, amharique, bulgare… Aujourd’hui, il est le coordonnateur d’un programme de PhD au centre diplomatique situé sur la route de Ouakam, une antenne du centre diplomatique de Paris.

Ce neveu d’Ousmane Diagne, (un ancien magistrat), issu d’une famille d’enseignants, a très tôt pris goût à la quête des connaissances. Il aimait à pousser les limites en allant au-delà des cours qui sont restitués à l’école. Cette curiosité l’amène à flirter d’avec toutes les langues, à sa portée. Cette donne lui confère aujourd’hui la capacité d’en manier plusieurs à la fois. Il effectue son cursus élémentaire et secondaire au Sénégal. Puis, se rend en Guinée ; accompagné de sa maman et y boucle le cycle secondaire. Baccalauréat en poche, il revient à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), pour les études supérieures. Il est orienté à la Faculté des Sciences Economiques et Juridiques. Il se spécialise en économie privée et en management option mathématiques. Dans le corps professoral, en quatrième année, se trouve un enseignant spécialement venu des Usa, de l’université Massachusetts Institute of Technology (MIT). Ce dernier ne maniait guère la langue de Molière. Il était évidemment plus à l’aise dans celle de Shakespeare. Cette donne constituait un énorme frein dans sa détermination à transmettre du savoir à ses étudiants, qui, pour l’essentiel, ne comprennent pas l’anglais. Sur recommandation de ses collègues de classe, Mouhamed Camara, accepte de jouer les interprètes. Parmi ses condisciples figurent feu Djibo Leity Kâ, Abdoulaye Diop Mactar, Fadel Dramé, Sadikh Diop, Fatah Diagne… tous devenus d’imminentes personnalités.

Pape fera office d’interprète un an durant, entre le professeur américain qui parle à peine français et des étudiants francophones. Après avoir bouclé sa Maîtrise, le jeune homme très ambitieux, veut se rendre à Columbia University (New York), une des plus prestigieuses au monde, afin d’y affiner davantage ses connaissances. Il lui fallait une recommandation. Il l’obtient de son professeur américain, ce qui lui ouvre les portes de Columbia University. Nous sommes en 1974. Il se propose «d’apprendre une filière pouvant aider les pays d’Afrique à se développer». Il se spécialise en «Buisness Inchanging Economy», une forme de macroéconomie, se rappelle-t-il. Il restera en tout, vingt six ans, à travailler pour des structures établies aux Usa. Il était toutefois courant qu’il revienne au Sénégal, dans le cadre de son travail. «Je ne restais pas plus de deux ans sans revenir au Sénégal». La majeure partie des projets, pour lesquels il travaillait, servaient en Afrique. C’est ce qui l’amène à visiter plusieurs pays du continent. Là, il accumule une grande expérience qui «complète son éducation académique», relève-t-il. Il a travaillé dans la structure qui a construit l’immeuble Trump Tower.

Au début, se souvient-il, j’étais «un monsieur quelconque». En fin d’année, une fête est organisée chez le président de la structure. Au jeu de ping pong, il aligne tout le monde. La fille du boss la remarque soulignant avoir déjà vu son visage quelque part. C’était en fait, dans le catalogue de l’Université Columbia. Le patron mis au courant, le change automatiquement de position. Son salaire passe du simple à huit fois plus. Quelques temps après, le Fonds monétaire donne suite favorable, à sa demande d’emploi. Son salaire passe de 11.000 à 61.0000 dollars. Le retour de Pape Mouhamed Camara dans son pays natal passe par la Senelec en 1996. Il a étroitement travaillé dans la confection du schéma directeur informatique de cette structure publique. Mais, Pape Mouhamed est plus connu par le grand public, pour son rôle d’interprète auprès d’Abdoulaye Wade. Leur première rencontre a lieu à l’Ucad.

L’homme qui murmurait dans l’oreille du président
Me Wade, alors jeune professeur et lui étudiant. Il est alors charmé par ce professeur qui déjà à l’époque dispensait «les cours en rétro-projecteur ». Il venait toujours bien habillé, à bord de sa Mustang, évoquait ses amis tels que Samuel Chang. La fascination est déjà au rendez-vous. Quelques années plus tard, élu Chef d’Etat, le Président Wade cherchait un profil pour diriger l’Université du Futur. C’est là qu’il est contacté pour le rencontrer. En plus de ce travail, il est nommé chargé de mission à la Présidence de la République. Plus tard, il est nommé conseiller spécial, avant d’être promu ministre conseiller, «très actif» relève-t-il, auprès du Chef de l’Etat. Ce dernier, dit-il, lui propose de faire désormais partie, de sa délégation, dans tous ses voyages. La première traduction a lieu lors d’une rencontre avec une délégation américaine. Camara faisant office d’interprète montre toute l’étendue de sa maitrise des langues.

Le Président Wade découvre émerveillé une des facettes cachées de son conseiller. C’est ainsi qu’à chaque fois qu’une délégation venait au Palais de la République, il faisait appel aux services de Camara. De fil en aiguille, il devenait un des interprètes attitrés du Chef de l’Etat. Il retient un «homme aux connaissances étendues et au génie rare». L’homme qui a fait le tour du monde avec Me Abdoulaye Wade dit prier «pour la paix des cœurs».

Il incombe aux hommes de faire de la réalité ce qu’ils désirent. La première perspective du développement réside dans la paix, souligne t-il. On peut le croire, lui qui a côtoyé pas mal de cultures et fait le tour du monde.

Oumar BA


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