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Soleil Grand Air (356)

Darou Hidjiratou est un village chérifien créé en 1950 par un descendant du prophète Mohamed (Psl). Ce qui fait de la localité une cité religieuse où les valeurs de l’islam sont enseignées et appliquées. Mais Darou souffre de son enclavement. Isolé dans le département de Vélingara, il faut faire des heures de route pour s’y rendre.

Darou Hidjiratou. Un village chérifien situé au bout de la forêt du département de Vélingara. Pour s’y rendre, il faut faire plus de 150 kilomètres en venant de la commune de Vélingara. L’accès est difficile. La seule piste de production qui mène à ce village en passant par Bonconto, chef-lieu d’arrondissement, est impraticable pendant la saison des pluies. L’eau de pluie prend le pouvoir pendant les mois de juillet, août et septembre. Par conséquent les villages de cet arrondissement deviennent inaccessibles. Il est difficile pour un chauffeur étranger de rouler sous ces eaux puisqu’il faut bien connaître la vraie piste au risque de perdre son véhicule. Pour ne pas perdre le nôtre, nous sommes obligés de louer les services d’un transporteur originaire d’un village situé à trois kilomètres de Bonconton. Le trajet nous coûta 20.000 FCfa. Pourtant, une fois en pleine forêt, le chauffeur nommé Amadou Diao s’arrête pour demander une augmentation de 5.000 FCfa à cause de la difficulté du trajet. Un montant accordé tout de suite puisque nous sommes tous conscients que les manœuvres ne sont pas faciles. Alors le jeune chauffeur reprend son volant en roulant dans l’eau mais en choisissant bien les endroits où mettre les pneus de son véhicule. Malgré les secousses, nous avons eu le temps d’admirer la belle faune de la campagne en profitant de la fraicheur matinale et de la verdure. Car, pour aller dans ce village chérifien, il faut traverser une plaine herbacée et peuplée d’arbustes. Une beauté qui pousse les touristes à tenter le voyage en affrontant cette piste sans mesurer les conséquences. Pourtant les risques sont réels. Deux véhicules 4x4 appartenant à des touristes sont pris dans le piège des eaux glauques qui cachent la piste. Et le nôtre, un ancien modèle de la marque française Renault, résiste dans bien que mal en dépassant les deux véhicules sous les regards impuissants des propriétaires. Le chauffeur en pleine manœuvre nous demande de prendre notre mal en patience parce qu’il reste encore quelques kilomètres à parcourir. Le paysage est captivant. On ne se lasse pas d’admirer la beauté de la forêt de la région de Kolda. Deux heures plus tard, Bonconto se pointe à l’horizon, au bonheur de toute l’équipe. Mais, il reste encore quelques cinq longs kilomètres à parcourir toujours dans la forêt dense de la Casamance avant d’arriver à destination. Ces derniers kilomètres nous prendront encore deux heures. Il était 11 heures quand nous entrons enfin à Darou Hidjiratou.

Mosquée en construction
Mosquée Darou HijratouAu milieu de ce village d’émigrés, une grande mosquée est en construction. « Notre ancienne mosquée ne peut plus contenir les fidèles. Un ami du village a décidé de nous construire celle-ci », lâche Abdoul Aziz Aïdara, un fils du village. Ce dernier est notre premier interlocuteur. Il décida alors de nous conduire chez son aîné qui est aujourd’hui chef et khalife du village. Il se nomme Cherif Mamadou Seydou Aïdara. En bon paysan, ce vieux marabout est absent de chez lui. Il est dans les champs. Alors, notre jeune chauffeur, après quelques minutes de repos, reprend son volant en direction du champ. Heureusement celui-ci n’est pas loin. Entouré de ses talibés, le marabout est en train de défricher son champ de coton. Celui qui se décrit comme paysan et enseignant de la littérature arabe va au champ dès les premières lueurs de la matinée, vers 6 heures, avant d’être rejoint par ses talibés. Trouvé en pleine activité, cet homme de taille moyenne et au teint clair prend son temps pour nous faire l’histoire du village de son défunt père Khalife Alassane Aïdara, né en 1917 et décédé le 24 décembre 2011 à l’âge de 94 ans. Père de 20 enfants dont 12 garçons, le fondateur de Darou Hidjiratou a laissé derrière lui 94 petits-fils. « Au moment de son décès, il avait 15 arrières petits-fils », raconte le marabout les yeux fixés au ciel. Après ce petit récit, Cherif Mamadou Seydou Aïdara essaie de retracer l’histoire de la création du village son papa. Il raconte que son père, avant de créer le village, est passé par le Mali avant rejoindre Médina Gounass après des séjours à Nioro De Rip et à Kounkané. « C’était vers les années 1942 », se souvient-il. C’est à Médina Gounass, après sa rencontre avec le marabout des lieux, qu’il a décidé, sur ses conseils, de fonder en 1950 le village chérifien en lui donnant le nom de Darou Hidjiratou. « C’était en 1948, un an après ma naissance », raconte Chérif Mamadou Seydou Aïdara, l’homonyme du marabout de Médina de Gounass.

Village religieux
A sa création, le village ne comptait que trois maisons. « Aujourd’hui nous sommes à 140 maisons avec plus de 2.000 habitants composés essentiellement de chérifiens car nous sommes tous des frères et sœurs, avec nos enfants dont certains sont en Europe », informe notre interlocuteur qui ajoute que ses ancêtres étaient des descendants du prophète Mohamed (Psl). Ces liens de parenté avec le fondateur de l’islam fait de la localité un village religieux où l’on enseigne aux enfants, dès le bas âge, les valeurs de la religion musulmane et la littérature arabe. « Nous sommes un village religieux où il est interdit de fumer ou de danser », nous signifie Mamadou Seydou Aïdara. Dans le village de son papa, toutes les femmes portent un voile et sont soumises aux règles et lois de la religion musulmane, c’est-à-dire de « la charia ». C’est grâce à cette charia que tous les conflits entre les habitants sont tranchés au village. « La justice ne juge que des rares cas de crimes. Sinon, la charia est appliquée ici à la lettre », précise-t-il. Mamadou Seydou Aïdara est titulaire d’un doctorat en arabe. Il a étudié dans les pays arabes avant de rejoindre la France en 1975 pour poursuivre les études sur l’Astronomie.

Aujourd’hui, en tant que chef du village, l’homme inculque son savoir à plus de 220 talibés répartis dans trois daaras. « Tous mes talibés sont pris en charge. Ici, on ne demande pas l’aumône. Les enfants vivent de ce que nous cultivons », souligne-t-il. En plus de l’agriculture, le vieux marabout dispose de vergers de mangues et d’autres fruits. « Nous avons tout ici », se réjouit-il, avant de reconnaître que leur seul problème reste et demeure la route. Le village est inaccessible. « Nous espérons que le président Macky Sall qui connaît bien ici fera quelque chose pour le village en nous construisant la route. Le marabout peut aussi compter sur l’un de ses jeunes frères qui est membre du parti au pouvoir. Ce dernier est d’ailleurs le maire de la commune rurale de Darou Hidjiratou.

Puits de la fécondité et de la guérison
Puits de Darou HijratouAu fond du village de Darou Hidjiratou est creusé un puits miraculeux. Construit parmi les 120 autres puits du village, il était le seul où l’eau a choisi un vendredi pour jaillir comme l’aurait souhaité un des savants et conseillers du fondateur du village, khalife Alassane Aïdara. « C’est pour cette raison qu’il fait objet de pèlerinage », explique l’actuel khalife Cherif Mamadou Seydou Aïdara. Il raconte que son père avait suivi le conseil d’un certain Thierno Amadou Barro en creusant ce puits 15 ans après son installation au village. L’eau devait jaillir de ce puits un vendredi, lui avait annoncé son conseiller. Ne connaissant l’emplacement exact à choisir, le fondateur du village fait creuser plusieurs puits à divers endroits du village. Dans l’un des puits, l’eau jaillit des entrailles du sil un vendredi, conformément à la prédiction de son conseiller.

Ce puits a été creusé en 1082. Depuis lors, il fait l’objet de pèlerinage parce que, d’après notre interlocuteur, il est source de fécondité, de guérison et de miracles. Et les pèlerins viennent de partout et même des pays de la sous-région pour chercher cette eau. On raconte l’histoire de cette femme originaire de la commune de Kounkané qui était entre la mort et la vie quand on l’a amené au village. Elle a survécu après pris un bain en utilisant l’eau de ce puits. « Non seulement, elle était guérie mais elle a mis au monde des enfants alors qu’elle avait des difficultés à en avoir », se rappelle Chérif Mamadou Seydou Aïdara. Ce dernier est formel, la majeure partie des femmes qui ont utilisé cette eau pour un bain ou en la buvant ont eu des enfants après. « C’est pour cette raison que nous disons souvent que l’eau de notre puits est source de fécondité », soutient Cherif Seydou Mamadou Aïdara. En plus de ces femmes, les hommes viennent de partout pour effectuer le pèlerinage dans ce puits. « Beaucoup boivent cette eau car elle peut guérir certaines maladies. C’est un puits miraculeux », lance-t-il.

Ce puits d’une profondeur de 12 mètres a besoin aujourd’hui d’être réhabilité. « Mon père ne voulait pas d’une construction moderne autour du puis. C’est pour cette raison que nous avons préféré ne rien construire autour de ce puits. Nous comptons cependant réaliser quelques travaux pour le protéger », assure le khalife et chef du village de Darou Hidjiratou qui, avec fierté, explique les bienfaits de ce puits qui, à son avis, mérite d’être connus par les Sénégalais. A l’en croire, grâce à cette eau, les populations de son village tombent rarement malades.

Par Eugene KALY et Ibrahima BA (textes), Assane Sow (photos)

Last modified on lundi, 27 mars 2017 13:22

Le jour du décret

27 Mar 2017
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C’est un jour terrible, le jeudi.  D’ailleurs, les références ne manquent pas pour le « jeudi noir ». Le premier jour du krach de 1929 était un jeudi. Pareil pour la terrible défaite de l’aviation allemande au cours de la bataille d’Angleterre en 1949.  Il y en a d’autres, des jeudis terribles. Chez nous, le quatrième jour de la semaine est celui de la tenue du Conseil des ministres. Le jour du jugement dernier pour ce particulier personnel de la République qui doit sa fortune aux décrets de nomination du président de la République. Le jeudi, les marabouts se frottent les mains. Certains veulent garder le plus longtemps possible leur juteux poste. D’autres font recours à un trésor d’ingéniosité pour entrer dans les grâces du distributeur des privilèges du palais de l’avenue Roume.

On connaissait la « nuit du décret », explicitement raconté par les écrits saints. Il y est dit que tout, dans la vie de l’homme, y a été décidé : sa santé, sa longévité, sa fortune, etc. Voilà, pourtant, que le « jour du décret » bouleverse cette certitude coranique. Ce n’est plus au Bon Dieu qu’il faut plaire, mais au faiseur du bonheur terrestre qui préside le fameux Conseil des ministres. Ce jour-là, la signature présidentielle apposée au bas des décrets de nomination fait et défait des vies. C’est le jour des sourires passe-partout pour les bienheureux nouveaux machins et des rictus navrés pour les malheureux ex-trucs. Quand une vie ne tient qu’à une signature, c’est qu’elle doit être franchement bien courte. 

Par Sidy DIOP

Le marché des fleurs demeure très hermétique au Sénégal. Une activité qui a souvent cours au sein de familles qui se sont passé le mot de père en fils. Aussi improbable que cela puisse paraître l’activité rapporte.

Abdou Sène s’active avec ardeur dans son jardin de 600 m², hérité de son père situé à Camberène. Il s’est levé dès l’aurore. Il s’adonne à des va-et-vient, muni de ses deux arrosoirs, dans le but d’asperger ses plantes. Des sèmes qui méritent « précaution et attention », souligne-t-il. Abdou est un jardinier fleuriste. Il est un amoureux de la nature. Son métier, il l’exerce avec passion et exigence depuis plus de quinze ans déjà. Il décrit ses journées comme étant longues et souvent fatigantes. Abdou travaille debout, dans le froid et l’humidité, conditions essentielles à la conservation des fleurs et végétaux. Il soulève parfois des pots très lourds. Il transporte des seaux d’eau et des sacs de terreau. « Devenir fleuriste réclame d’aimer le travail manuel délicat et avoir un minimum de force physique et d’endurance, pour s’adonner à des corvées parfois très pesantes », souligne-t-il. Le travail à mains nues, dans l’eau et la terre, manipulant souvent des épines, est parfois difficile.

Commerçant, le fleuriste doit mettre en avant son savoir-faire et se montrer polyvalent pour réussir. À la fois artiste, botaniste et gestionnaire, il propose des compostions florales adaptées à chaque événement, gère l’organisation de son jardin et conseille sa clientèle. Cette approche permet de fidéliser les acheteurs. «Les prix des plantes varient selon leur taille et leur résistance. Un cocotier de deux mètres peut coûter 60.000 FCfa et ceux qui sont dans les pots sont plus en sécurité et coûtent donc plus chers». Le prix des fleurs varie entre 50 et 200 FCfa pour les saisonnières, les arbustes coûtent entre 500 à 2500 FCfa et les palmiers entre 60.000 à 250.000 FCfa », révèle-t-il.

Le fleuriste est avant tout un technicien possédant de solides connaissances en horticulture et en botanique. Son savoir-faire lui permet d’apporter les soins spécifiques adaptés à chaque variété de plantes et de d’apporter des conseils personnalisés à sa clientèle. « La créativité du fleuriste est primordiale car ses compositions florales doivent être originales et adaptées à chaque occasion, tout en restant dans la tendance du moment. Il doit mettre en avant son style personnel pour attirer la clientèle », note-t-il. En plus de son travail champêtre, Abdou fait preuve d’une aptitude à la gestion et d’un véritable sens de l’organisation, notamment pour tenir les comptes, gérer les stocks et suivre les commandes. De la patience et un bon relationnel forment les qualités essentielles de ce commerçant. L’accueil et le contact avec les clients doivent dès lors être un plaisir partagé, un moment agréable et convivial, souligne-t-il, tout sourire, après avoir fini de vendre à une de ses clientes. « Le contact humain est primordial et gratifiant, les gens apprécient toujours de recevoir des fleurs en cadeau et associent les fleurs au plaisir et à la fête », témoigne Nadine, une ressortissante française âgée de 70 ans trouvée sur les lieux en train de s’approvisionner en fleurs.

Fleuriste, un métier exigeant
Un fleuriste se lève généralement à l’aube afin de s’approvisionner chez les jardiniers. Les premiers arrivés profiteront d’un plus grand choix de végétaux de meilleure fraîcheur et pourront faire de bonnes affaires. Après la réception des livraisons, il faut rempoter, tailler, arroser, lutter contre les parasites et veiller à la bonne conservation des fleurs et plantes. «Une fois arrivé sur les lieux, nous sortons toutes les plantes à l’extérieur du jardin pour montrer que l’on est ouvert. Ensuite nous vérifions chaque composition, pour voir si il n’y a rien de fané. On jette aussi un coup d’œil aux plantes pour vérifier qu’elles ne manquent pas d’eau. Après on regarde s’il y a des commandes à faire, si oui nous les effectuons. Il arrive que nous créons des compositions pour la vente », informe Géraldine, vendeuse de fleurs et objets de décoration en centre-ville, sur l’avenue Jean Jaurès.

« Quand nous avons des acheteurs, nous coupons toutes les tiges et mettons chaque variété de fleurs en vases préalablement nettoyées. Nous fixons les prix, puis nous les disposons sur les vases et les pots », note-t-elle. Quid des prix ? Ils varient selon la plante.

La fourchette est comprise entre 50.000 FCfa jusqu’à 300.000 FCfa voire plus. «Les ventes ne sont pas régulières. On peut rester des jours sans voir un client. Et parfois, il nous arrive de gagner plus de 600.000 FCfa à l’occasion des fêtes notamment», fait-elle savoir. Une clientèle essentiellement composée de ressortissants occidentaux, souligne-t-elle.

Plus qu’un commerçant, un fleuriste est un artiste. Grâce à une excellente connaissance de la botanique, il crée des bouquets et des présentations florales pour décorer un intérieur, pour offrir ou pour célébrer un événement. Il maîtrise la botanique et l’horticulture, il peut informer, conseiller et surtout vendre.

«Le fleuriste a plusieurs cordes à son arc. Ses compétences sont multiples et ses rôles aussi riches que variés. Parce bien souvent il travaille seul, le fleuriste va sélectionner les fleurs et les plantes qu’il commercialisera ou qu’il utilisera pour réaliser ses présentations florales et ses bouquets. Cette sélection dépend de la demande des clients », informe Sébastien qui tient boutique sur l’avenue William Pontty. Le fait de réaliser des présentations florales et des bouquets tout en s’adaptant aux exigences du client est important. «En effet, les demandes sont différentes à la Toussaint, au moment de la fête des Mères, à Noël; d’où la nécessité d’avoir de très bonnes connaissances en botanique ou en horticulture », souligne-t-il. Ces dernières vont permettre au fleuriste de mieux choisir les fleurs et les plantes qui entreront dans la composition d’une présentation florale ou d’un bouquet. «Ces connaissances aideront aussi le professionnel à mieux entretenir les végétaux et à conseiller les clients. Faire preuve de créativité permet de se distinguer de ses concurrents », relève-t-il.

Devenir Fleuriste, qualités requises
Cette activité a commencé à Dakar vers les années 1960 avec des expatriés. Le marché des fleuristes est souvent autofinancé par les gens qui y travaillent. Selon Sébastien, pour devenir fleuriste, il faut impérativement faire une formation. Une passion pour les fleurs et les plantes est un réel atout mais c’est insuffisant pour pouvoir exercer ce métier.

Le fleuriste doit à la fois être vendeur, gestionnaire et conseiller. Il doit avoir les connaissances nécessaires pour gérer son commerce. Ce qui inclut la gestion des stocks la comptabilité mais aussi le suivi des commandes. Le fleuriste doit aussi avoir un esprit créatif et une touche d’authenticité. Il doit faire face aux besoins des clients et savoir vendre le traditionnel bouquet de roses. Enfin les fleuristes doivent avoir des qualités humaines. Ils sont au cœur des évènements heureux comme malheureux. « On fait appel à eux pour envoyer un bouquet à l’être aimé, fleurir un mariage, mais aussi pour réaliser une couronne pour un enterrement ou pour fleurir une tombe », rappelle Géraldine.

Par Oumar BA

Pour que l’immense bidonville kényan de Kibera ne soit plus une terra incognita, l’Américaine Erica Hagen a décidé de le cartographier grâce à l’aide de ses habitants. Son site Mapkibera permet de savoir où sont les écoles, les points d’eau…

Le projet social kényan MapKibera est né… sur le continent américain. Très précisément sur la côte Est en 2009 alors qu’Erica Hagen est étudiante en développement international à l’université de Columbia. « Dans les cours, le bidonville de Kibera [au Kenya], un des plus connus d’Afrique, était présenté comme un symbole de gigantisme, se souvient l’Américaine. Mais, paradoxalement, aucune carte précise de ce lieu n’existait. »

Erica en parle à son compagnon Mikel Maron, informaticien impliqué dans le projet OpenStreetMap, une alternative à Google Maps pour cartographier la planète à l’aide de contributions citoyennes. Le couple imagine alors un projet un peu fou : impliquer les habitants du lieu pour réaliser une carte numérique de l’ensemble du bidonville afin de « rendre visible les invisibles », tel que l’annonce le site matrice Mapkibera.org, la porte d’entrée numérique du projet.

« Nous pensions que tout cela n’allait durer qu’un ou deux mois », se souvient Erika Hagen. Sept ans et un bébé plus tard, le couple est encore pleinement impliqué dans cette aventure devenue une référence dans de nombreux pays. Tout autant pour sa portée sociale et citoyenne que pour la capacité qu’ont eue les créateurs à organiser le relais vers une équipe locale dynamique et entreprenante.

Les opérations sur le terrain
Ainsi, le Kényan Joshua Ogure, qui a démarré comme stagiaire vidéo en 2010, gère les opérations sur le terrain (@joshculture sur twitter), et vient d’être reconnu, le 7 mars 2015, comme un des 100 innovateurs du pays par Ihub, l’organisation phare qui fédère la communauté tech kényane.

Un petit tour sur Internet permet de mesurer l’étendue de cette réalisation numérique pionnière. Le site Voiceofkibera.org affiche d’emblée la carte du bidonville, réalisée en deux mois à l’aide de ses habitants. « Pour arriver à ce résultat, en 2010, nous nous sommes installés sur place et avons recruté treize jeunes qui n’avaient jamais touché un ordinateur de leur vie », se souvient Erika Hagen. Le projet fonctionne au-delà de leurs espérances et attire l’attention internationale. Des fonds de l’Unicef permettent à l’équipe de rebondir. En utilisant le site Hushahidi et sa cartographie participative, les habitants aident à enrichir la carte pour décrire la vie du bidonville : point d’eau, écoles, actualités… des informations visibles en ligne et identifiées par de gros points rouges sur lesquels il faut cliquer pour obtenir le contenu.

Ce succès en entraîne un autre. Certaines jeunes de Kibera deviennent alors reporters d’images et relatent à coup de petites vidéos la vie quotidienne et les actualités de la communauté. Le tout est mis en ligne sur Kiberanewsnetwork.org et relayé sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook.

Méandre de baraques et de cabanes
Actuellement, trois jeunes sont payés par l’organisation pour faire ce travail de « Real Citizen Journalism » (journalisme citoyen) qui permet de pénétrer, de n’importe quel écran de la planète, dans ce méandre de baraques et de cabanes, refuge de 300.000 habitants qui acceptent d’être filmés, de se raconter et de transmettre. Cette aventure numérique vient de s’enrichir, en 2015, d’une nouvelle ramification. A l’aide des fonds de la fondation Bill et Melinda Gates, une nouvelle carte, visible sur Openschoolskenya.org, répertorie les 339 écoles, 2.183 professeurs et 54.588 élèves du lieu. « Une façon de rendre visible ce réseau éducatif massif et informel », note Erika Hagen qui vient de consacrer une année à cette dernière réalisation. Parallèlement, cette entrepreneur et son compagnon ont créé une structure Groundtruth.in et inventé une activité à part entière : le conseil en mapping social. Ils sont depuis sollicités de la bande de Gaza au Caire en passant par Dar es Salaam, capitale de la Tanzanie. Le concept essaime. Dernière demande en date ? « Une intervention en Indonésie et au Bangladesh », répond Erica Hagen.

Lemondeafrique

Il s’est imposé comme l’un des hommes de confiance d’Ibrahim Boubacar Keïta. Ministre des Affaires étrangères depuis avril 2014, Abdoulaye Diop, 50 ans, a été maintenu à son poste stratégique après l’éviction de Moussa Mara de la primature, en janvier 2015. Ce poids lourd du gouvernement malien a été l’un des artisans de la signature de l’accord de paix d’Alger, approuvé en juin 2015 par les groupes rebelles du nord du Mali.

Durant les longs mois qu’ont duré les négociations, cet ancien ambassadeur aux États-Unis (de 2003 à 2009) a multiplié les voyages et les rencontres avec les différents protagonistes de la crise malienne pour faire entendre la voix de Bamako. Après ce premier succès – qui doit désormais être concrétisé sur le terrain –, ce diplomate longiligne au contact facile devrait s’attaquer en 2016 à un autre chantier important : l’organisation du prochain sommet Afrique-France prévu en janvier 2017 à Bamako. Avant sa nomination au Ministère des Affaires Étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération international, Abdoulaye Diop a également occupé plusieurs postes au Mali et à l’international. Il a été successivement coordonnateur de la Cellule d’appui à l’Ordonnateur national du Fonds européen de développement (ACP-EU), à la Direction de la Coopération internationale du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de 1992 à 1998, puis conseiller à l’Ambassade du Mali auprès de la Belgique et de l’Union européenne de 1998 à 1999.

Abdoulaye Diop a également été conseiller du Ministre des Affaires étrangères du Mali et de la Coopération internationale, Chargé des questions politiques et diplomatiques de 1999 à 2000 avant d’être nommé conseiller diplomatique des présidents Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré entre 2001 et 2003. En 2003, Abdoulaye Diop occupe le poste d’ambassadeur du Mali aux États-Unis avec une juridiction qui couvre le Brésil, le Chili, le Mexique, le Pérou et l’Uruguay. Un poste qu’il qui quittera en 2009 pour une carrière de fonctionnaire international. Abdoulaye Diop s’est démarqué par son leadership en diplomatie à travers la mise en œuvre d’un plan stratégique pour l’Ambassade du Mali aux États-Unis et une gestion proactive des relations bilatérales et multilatérales entre le Mali et les États-Unis, l’Amérique latine et les institutions Bretton Woods.

Particulièrement intéressé par les questions économiques, et plus particulièrement le développement agricole, Abdoulaye Diop a joué un rôle actif dans la signature du contrat entre le Mali et le Millenium Challenge Corporation (MCC), d’un montant total d’environ 461 millions de dollars destinées à booster la productivité agricole et développer l’accès aux marchés régionaux et internationaux. Dans le même registre, il a initié un plaidoyer actif pour élever l’agriculture, le développement rural et la sécurité alimentaire en tant que haute priorité sur l’agenda de l’aide au développement à Washington D.C.

Par Marame Coumba SECK

Une Allemande à tout prix !

24 Mar 2017
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Excédée de voir son mari passer son temps à faire le ménage à la maison, une Allemande a demandé le divorce après 15 ans de mariage. Selon les médias, l’épouse a pris sa décision lorsque son mari, obsédé de la propreté et du rangement, a détruit une cloison qui était sale, avant de la remonter. Une nouvelle à coller sur de grosses pancartes pour une manif du tonnerre dont le thème général pourrait tout aussi s’inscrire en lettres rouges sur de larges affiches : « Revenez-nous ! ».

Nombre de maris sénégalais se désolent, après une longue journée de dur labeur, de retrouver à la maison des compagnes en froid avec la douceur légendaire des Sénégalaises, dont le moindre acte est une revendication. Les maisons sont devenues des terrains de manifestations quotidiennes. Griefs scotchés au front, les femmes ont troqué le fameux « mokk potch » contre de bruyantes récriminations. Plus de présence, qu’elles exigent. Plus de générosité (il faut donner plus de sous avec un sourire grand comme un chemin de fer à grand écartement), plus d’engagement dans le ménage, plus de cœur – eh oui ! faut faire le ménage de temps à autre pour aider -, plus de… Avis aux maris ulcérés : cherchez une Allemande.

Par Sidy DIOP

En Afrique, le prix élevé des médicaments décourage souvent les malades qui se tournent vers des produits vendus dans la rue, à leurs risques et périls. Grâce au service M-Pedigree, l’envoi gratuit d’un Sms suffit pour authentifier l’origine d’un remède.

M-Pedigree est une idée toute simple mais qui répond à un problème sanitaire central en Afrique : la consommation massive de faux médicaments. Le prix élevé des produits pharmaceutiques décourage la majorité des Africains qui se tournent vers des vendeurs de rue, à leurs risques et périls. Grâce au service M-Pedigree, toute personne désireuse de vérifier l’authenticité d’un remède peut le faire en quelques secondes avec son seul téléphone portable.

Il lui suffit de saisir la boîte qu’il veut acheter, de gratter une zone de l’emballage afin de révéler un code ad hoc puis de l’envoyer gratuitement par Sms. Cette personne reçoit alors par le même canal une réponse instantanée : « Ok » ou « No », signifiant que le produit identifié est propre ou impropre à la consommation. Derrière cette apparente fluidité, une plate-forme technologique dénommée Goldkeys.org qui relie des acteurs extrêmement divers, des fabricants de médicaments aux organismes de réglementation nationaux en passant par des réseaux de distributeurs officiels.

Testé de façon pilote au Ghana en 2007, ce service a séduit de nombreux services publics et s’est étendu depuis « à une douzaine de pays d’Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et Afrique du Nord et maintenant en Asie », explique Eugène Boadu, responsable marketing. Le système est particulièrement utilisé au Nigeria, au Kenya et au Rwanda, les trois pays dans lesquels la société a signé des agréments formels avec des instances gouvernementales. L’entreprise s’est déployée jusqu’en Inde où elle a installé son centre logistique.

Près de 100.000 décès par an
Le continent africain est particulièrement gangrené par le fléau de la contrefaçon : la dernière opération d’envergure de l’organisation mondiale des douanes menée dans 14 pays africains a permis l’interception, en juin 2014, de 113 millions de faux antalgiques, anti-inflammatoires, antibiotiques et anticancéreux provenant de Chine et d’Inde.

L’Oms estime que dans certains pays du continent, jusqu’à 30 % des médicaments vendus sont concernés et le chiffre de 100.000 décès par an est avancé. Même s’il est difficile de quantifier avec précision l’impact de ce système numérique, « on peut estimer que sur les deux dernières années, des dizaines de millions de vies ont été en relation avec ce dispositif de vérification », avance Eugène Boadu.

Rien qu’en 2014, les codes de 100 millions de paquets de médicaments ont transité par la plate-forme Goldkeys pour demande d’authentification. « Ce chiffre est déjà important, mais il devrait prendre une tout autre ampleur alors que nous avons récemment signé des contrats avec de très grands groupes pharmaceutiques », précise Eugène Boadu. Parmi les sociétés industrielles parties prenantes se trouvent, entre autres, le britannico-suédois AstraZeneca, le chinois Guilin, le franco-allemand Sanofi-Aventis et l’autrichien Richter.

Gérer au mieux son rythme de croissance afin de pouvoir vérifier « plus de médicaments, pour plus de patients et dans plus de pays » est désormais l’objectif affiché de cette jeune entreprise. « Travailler dans différents pays avec des communautés aussi diverses que des associations de pharmaciens, des organismes de réglementation gouvernementaux, des représentants de l’industrie pharmaceutique et des associations de patients n’est pas si simple, reconnaît Eugène Boadu. Il faudrait mettre en place des plates-formes technologiques synchronisées entre elles. » L’entreprise aimerait ainsi que des organisations sanitaires mondiales, telles que l’Oms, participent à cette initiative. « Mais jusqu’à présent, ces types d’acteurs ont choisi d’observer notre action depuis le banc de touche », déplore-t-il. Profitant de l’efficacité de son savoir-faire, M-Pedigree explore parallèlement de nouveaux territoires et a étendu son système de vérification instantanée à une douzaine d’autres catégories de produits : du textile aux composants automobiles en passant par la boisson et les soins vétérinaires. A chaque fois, ce sont les entreprises partenaires, soucieuses de garder leur réputation intacte, qui financent ce service gratuit pour le consommateur final.

Lemondeafrique

4 façons de mieux digérer

24 Mar 2017
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Ventre gonflé, gaz, inconfort digestif... Ces manifestations bien désagréables peuvent être soulagées par des remèdes naturels. Les solutions de Françoise Couic Marinier, pharmacienne diplômée en phytothérapie et aromathérapie et de Thierry Morfin, naturopathe.

Les probiotiques
Ces micro-organismes vivants, absorbés en quantité suffisante, ont des effets bénéfiques sur la digestion. On utilise le plus souvent des bactéries produisant de l’acide lactique, comme Lactobacillus rham nosus, Lactobacillus acidophilus ou Bifidobacterium breve. En colonisant l’intestin, les probiotiques absorbent les déchets provoquant des fermentations, ce qui permet aussi de maintenir l’équilibre acido-basique de l’organisme. À prendre en cure sous forme de gélules, en respectant la posologie du fabricant. (Physionorm Daily (combinaison de 8 souches de probiotiques), ImmuBio, 23 € les 30 gélules. À raison de 1 gélule par jour). Ajouter une poignée d’algues (kombu) dans l’eau de cuisson des légumes secs ou des céréales complètes.

L’huile essentielle de basilic exotique
Elle stimule le système digestif et combat les fermentations intestinales. Antispasmodique, cette huile essentielle a également une action carminative, c’est-à-dire qu’elle réduit les gaz, donc les ballonnements.

Après le repas, prendre 1 ou 2 gouttes d’HE (huile essentielle) de basilic exotique avec 1 cuillerée d’huile d’olive, de purée d’amande ou de miel ou un support neutre. Pour aromatiser ses plats, verser 6 gouttes d’HE de basilic avec 100 ml d’huile d’olive.

Ne pas confondre le basilic exotique (tropi cal) avec le basilic sacré ou le basilic français. (Roll’on relaxation, Phytosun arôms, 7,45 € les 5 ml ; Massage maux de ventre aux 15 huiles essentielles, Puressentiel, 13 € les 50 ml ; Capsules Ressource aux huiles essentielles, Le Comptoir Aroma, 9 € les 30 gélules).

• Pour lutter contre le stress, qui empêche de bien digérer : diffuser 15 gouttes d’HE de lavande officinale ou de petit grain bigarade (au choix) 2 fois par jour, dans les pièces à vivre pendant 15 minutes.

• En cas d’anxiété, se délasser dans un bain aromatique, le soir avant de se coucher : diluer 10 gouttes d’HE de lavande officinale dans un bouchon de produit de bain.
La tisane de graines de fenouil

Grâce leur concentration en huile essentielle riche en anéthol, les graines de fenouil calment les spasmes et apaisent les douleurs abdominales . Assainissant, le fenouil limite la formation
Compter 10 à 15 g de graines de fenouil (1 cuillerée à café bien pleine) pour une tasse d’eau bouillante. À boire en fin de repas.

Ou faire préparer par le pharmacien des gélules à base de 150 mg de fenouil (poudre totale) et 150 mg de menthe poivrée (poudre totale). Prendre 1 gélule à midi et au dîner, en cure de 1 mois. À renouveler si nécessaire.

Contre-indications : déconseillé pendant la grossesse et chez les femmes ayant eu un cancer hormonodépendant (sein, ovaires).
• Consommer le fenouil en légume, cru ou cuit, de préférence en début de repas.

• Supprimer les aliments pouvant favoriser la fermentation : sucre, féculents, crudités, légumes secs (haricots), petits pois, oignons, choux... Idem avec ceux qui produisent des gaz : carottes, abricots, bananes...

• Fruits et desserts sucrés se consomment plutôt dans la matinée ou l’après-midi.

• Oublier les chewing-gums, ainsi que les sodas et autres boissons gazeuses.

• Manger dans le calme en mastiquant longuement et lentement : la digestion débute dans la bouche grâce aux enzymes de la salive.

• Éviter les grignotages dans la journée, qui entraînent une déglutition permanente d’air. Et limiter aussi les portions...

Les bourgeons de figuier
Ce sont de grands régulateurs du système digestif. Relaxants, ils réduisent le stress, souvent en cause dans les ballonnements .
Prendre 10 gouttes d’extrait de bourgeons le matin et 10 gouttes le soir pendant 21 jours. On peut refaire une seconde cure si nécessaire avec une semaine d’arrêt. (Extrait de bourgeon figuier bio, Vitaflor, 11,90 € les 15 ml en pharmacie ; Herbalgem figuier, 11,50 € les 15 ml en boutique bio).

Faire une promenade digestive après les repas chaque fois que c’est possible. Et boire de l’eau de source dans la journée.

Source : topsanté

Loza Maléombho est la nouvelle étoile montante du stylisme africain. La jeune femme a vu son nom propulser sur la scène internationale lors de la diffusion du clip « Formation » de la chanteuse américaine Beyoncé. 25 millions. C’est le nombre de vues qu’a totalisé le clip « Formation » de la chanteuse Beyoncé dévoilé le 6 février. C’est là, dans le décor et le cadre très ethniques de ce clip, qu’une des créations de Loza Maléombho, styliste ivoirienne, est venue se glisser alors qu’on ne l’y attendait pas. À 3 minutes 24 secondes de la vidéo, le personnage à gauche de la chanteuse porte une création de la collection « Zaouli » Printemps/été 2016 de Loza. Alors qu’elle ne s’y attendait pas du tout, une des nombreuses stylistes de la chanteuse la contacte et lui demande de fournir deux prototypes pour le prochain clip de Beyoncé. « Beaucoup de créateurs sont sollicités par Beyoncé pour ses vidéos, donc d’expérience je sais que cela ne signifie pas forcément que l’on sera retenu », avance-t-elle. Alors depuis que le clip est diffusé, Loza avoue l’avoir regardé plusieurs fois d’affilée. Pour la modéliste, créer est un engagement, une prise de position claire contre le racisme qui prévaut aux États-Unis notamment. Ayant grandi entre les États-unis et la Côte d’ivoire, son art est influencé par les deux cultures.

Collaboration avec Solange Knowles
Loza semble avoir conquis toute la famille Knowles car déjà en février 2015, la jeune femme de 30 ans avait fait parler d’elle lorsque la sœur de Beyoncé l’a mise en avant dans la série « Black Designer Spotlight » sur Saint Heron, une compilation de 11 artistes indépendants qui se veut un espace d’expression d’art et de musique, produit par le label de Solange Knowles. La styliste est aussi connue pour son répertoire d’auto-portraits sur Instagram appelé « Alien Edits » où elle pose, la tête parée d’objets et d’animaux de tous genres. Cette série à succès lui vaut d’ailleurs d’être suivie par des milliers de fans sur les réseaux sociaux.

Customisation de vêtements
Même si elle n’envisageait pas d’en faire un métier, Loza dessinait ses uniformes scolaires et quelques robes de sa mère dès son plus jeune âge. Titulaire d’un diplôme en infographie et animation à l’université des beaux-arts de Philadelphie, c’est à la fin de son parcours universitaire que l’intérêt pour la mode s’impose, plus fort que jamais. Elle entreprend alors de réaliser des stages qui conforteront ses connaissances et son goût pour le domaine artistique. La jeune femme souhaite, à travers ses créations, exprimer son identité construite entre l’Amérique et l’Afrique, et sa fierté d’être « Black ».

Projets futurs
La jeune styliste ne compte pas s’arrêter là. Loza Maléombho voudrait sortir de sa zone de confort et se frotter à de nouveaux défis. Elle aimerait s’aventurer dans la création de lignes de vêtements pour homme, enfants et dans la décoration, particulièrement dans l’habillage de meubles. « Il me faut aussi miser davantage sur le développement durable et l’autonomie de la femme, deux éléments qui constituent la philosophie même de ma marque », avance-t-elle, bien déterminée à apporter sa touche dans l’univers africain du design et de la mode.
Par Oumar BA

Après plusieurs semaines de morosité liée à la crise postélectorale en Gambie, la ville de Farafenni déborde à nouveau d’activités. Et le marché central, poumon économique de cette ville, est l’un des meilleurs baromètres pour apprécier cette reprise effective. Les commerçants sénégalais qui avaient le moral dans les chaussettes depuis quelques semaines ont repris leur business et affichent le sourire. Ce nouveau climat de paix favorise leurs affaires et ils espèrent que la fin du règne de Jammeh annonce des lendemains enchanteurs.

Une fois la frontière franchie à partir de Keur Ayib, dans le département de Nioro, Keur Ali, un minuscule village complètement dépourvu se découvre. Pour regagner Farafenni, la première grande ville de l’Etat gambien, distante de 5 km et situé à 7 km du fleuve Gambie, il faut impérativement passer par là. Le trajet, selon les moyens, se fait à pied, à moto, en charrette ou en voiture. Le décor est tout autre. Des maisons en dur se succèdent. Avec la complicité du soleil assassin, leurs tôles en zinc luisent et, de leurs éclats, martyrisent les yeux mal protégés. A intervalles réguliers, des stations-services qui ont cessé toute activité sont squattées par des chèvres et autres volailles. Ça et là pullulent des garages de mécaniciens avec de vieilles guimbardes d’une autre époque exposées comme des objets d’art hors de prix. De part et d’autres de la route, des piétons vaquent à leurs occupations. Des vrombissements de véhicules de tout genre et de motos polluent l’atmosphère.

Au bout de cinq kilomètres, Farafenni se dévoile dans toute sa splendeur. Il faut d’abord passer les formalités d’usage au poste à l’Immigration passport control et au Farafenni custom office pour espérer fouler le sol de cette ville carrefour. Sur les lieux, un policier fagoté comme un charmeur de serpent nous demande notre destination, l’objet de notre visite et notre laissez-passer. Ni plus. Puis, il nous autorise à passer. Depuis la chute de Yaya Jammeh nous dit-on, les tracasseries ont diminué au niveau de la frontière gambienne. Même si du côté des transporteurs on affirme le contraire.

Dans cette ville, la circulation est très dense. Normal puisque c’est un passage obligé pour aller en Casamance et d’autres localités de la Gambie. Des bus, camions, taxi brousses qui ont fini de traverser la frontière foncent directement vers le quai de Bamba Tenda où ils devront embarquer dans le ferry pour rejoindre la ville de Soma, sur la rive opposée. Mais avant le village de Bereto, un autre contrôle s’impose à la 2nd Infantry Battalion.

Reprise des activités …
Finie la terreur silencieuse instaurée en Gambie, Farafenni a retrouvé sa quiétude d’antan. Dans cette ville-carrefour gambienne où les Sénégalais sont légion et s’activent dans le commerce et plusieurs autres domaines, la vie a repris son cours normal. Les populations se sont remises au travail. Ce nouveau climat de paix a favorisé la reprise des affaires. Il suffit, pour s’en convaincre, de sillonner la July 22nd Highway ou encore la Seyfo Mama Tamba Jammeh Highway. Banques, magasins, pharmacies, supermarchés, boulangeries, restaurants, stations d’essence, compagnie d’assurance et autres ont repris service.

Au marché central de Farafenni, poumon économique de cette ville frontalière, l’ambiance d’antan est au rendez-vous. Les commerçants qui avaient déserté leurs cantines ont repris leur business qui tourne aujourd’hui à plein régime ; ce qui était inimaginable quelques semaines plus tôt, quand Yaya Jammeh s’agrippait encore au pouvoir. A Farafenni, le commerce est l’activité vedette de la communauté sénégalaise établie dans cette partie de la Gambie. Le marché central est animé par des commerçants sénégalais venus de villes et villages environnants pour gagner dignement leur vie de ce côté de la frontière. Il suffit de poser les pieds au Farafenni market pour s’en rendre compte. On se croirait dans un des plus grands marchés sénégalais. Pas de marchands ambulants ni de meute de talibés qui assaillent les piétons, mais les dialectes utilisés laissent croire qu’on se trouve en terre sénégalaise. « Tout le monde sait que l’anglais est la langue officielle gambienne, mais l’usage du wolof, du peul, du sérère et du mandingue est très courante », explique Mamadou Sakho qui a presque fait ses humanités en Gambie. Selon lui, Farafenni, c’est presque un Sénégal en miniature. « On y retrouve une forte colonie de Sénégalais. C’est aussi le cas des beaucoup de villes gambiennes. Que ce soit à Banjul, Kerewan, Soma, Bansan, Birkama, Basse, Serekunda ou encore à Barra. Cela vient confirmer que les deux pays constituent un même peuple. Nous avons les mêmes ethnies, les mêmes coutumes, avec des pratiques sociales identiques », ajoute-t-il sur un fort accent gambien.

Fraternité
FarafenniTout se concentre dans ce marché : vendeurs de tissus, de vaisselles, de matériels électroniques, de poisson, de viande, de légumes, de fripes, sans compter les parfumeries, cosmétiques, les merceries, les bijouteries et autres tailleurs et vendeurs de prêt à porter. Et plusieurs échoppes sont tenues par des Sénégalais qu’on arrive difficilement à distinguer des Gambiens. Ici, le Dalasi, devise gambienne, et le Franc Cfa circulent sans difficulté et on peut régler ses achats avec les deux monnaies.

Dans cet espace où cohabitent Gambiens et Sénégalais, la fraternité et la solidarité sont une réalité, même si, de temps à autres, des policiers effectuent des rondes, rappellent à l’ordre certains récalcitrants, réprimandent. Après de longues semaines vécues dans l’inquiétude, Farafenni et son marché ont retrouvé l’ambiance des grands jours. Et pourtant, la crise post-électorale avait poussé beaucoup de commerçants sénégalais à prendre le chemin du retour au bercail en attendant que l’horizon s’éclaircisse. L’ambiance était à cette époque malsaine et la sécurité n’était pas garantie. La meilleure solution était, pour ces Sénégalais, de rentrer au pays en attendant que les choses se normalisent. « Avec cette situation, nos activités ont connu un brusque coup d’arrêt. On a broyé du noir pendant quelques semaines parce qu’il y avait une psychose qui régnait et on a jugé plus sage de fermer boutique, car Yaya Jammeh et son régime étaient capables du pire », informe Mamadou Lam, un commerçant.

Aujourd’hui, cette crise se conjugue au passé. La Gambie a ouvert un nouveau chapitre de son histoire et le discours du Barrow qui a plaidé le renforcement des relations entre les deux pays pour garantir une paix durable a rallumé l’espoir chez ces Sénégalais qui travaillent à la sueur de leur front pour subvenir aux besoins de leurs familles restées au pays. Farafenni a retrouvé son dynamisme économique et affiche le sourire. Un sourire retrouvé aussi par les commerçants sénégalais dont certains sont sur place depuis plus de deux décennies. « Les choses sont revenues à la normale depuis que Jammeh est parti. La reprise est certes timide, mais on espère qu’elle sera totale dans les semaines à venir. On espère aussi que le nouveau président fera tout pour que les relations entre nos deux pays soient beaucoup plus fluides » indique-t-il.

A Farafenni, nombreux sont ces Sénégalais qui se sont installés avec leurs familles. Définitivement pour certains d’entre eux qui considèrent la Gambie comme une seconde patrie. « Quand on travaille dans un pays et qu’on a des enfants qui y sont nés, on peut bien se réclamer de ce pays », argumente Amadou Bâ qui vit à Farafenni depuis plus de deux décennies. Vendeur de tissus, il a vécu avec amertume la crise électorale gambienne qui a menacé leur activité. « Malgré la frontière qui sépare le Sénégal de la Gambie, les populations sont les mêmes puisqu’elles sont unies par les mêmes liens socioculturels et religieux. Nous nous exprimons dans les mêmes dialectes. L’usage du wolof, du peul, du sérère et du mandingue est presque banal. C’est extraordinaire », explique-t-il. « Je suis moitié Sénégalais et moitié Gambien. J’ai des enfants qui sont nés au Sénégal et d’autres ici. J’ai même une épouse gambienne, donc je n’ai pas de problème d’intégration puisque mes voisins gambiens me considèrent comme un des leurs », ajoute-t-il. Ses garçons ont épousé des Gambiennes et une de ses filles a convolé avec un Gambien. Amadou Bâ n’est pas le seul dans cette situation qui est assez fréquente. Mamadou Lam a lui aussi vécu 27 ans dans cette ville. Vendeur de tissus au marché central de Farafenni, il n’est retourné que très rarement dans son Pété natal.

Farafenni, terre d’intégration…
Farafenni town« La majorité de mes enfants sont nés à Farafenni et ne sont jamais allés au Sénégal. Deux d’entre eux sont enseignants. Avec le poids de l’âge, je ne me déplace plus ». Selon lui, les Sénégalais s’intègrent facilement en Gambie, même si des fois ils ne sont pas épargnés des tracasseries. Originaire de Thiès et spécialisée dans la vente de vaisselle, Astou Mané, elle, a préféré loger à Keur Ayib qu’elle quitte tous les matins pour se rendre à son lieu de travail. « Je connais bien Farafenni pour y avoir vécu pendant trois années. Mais comme j’ai un magasin à Keur Ayib, j’ai préféré loger là-bas ». Selon elle, l’intégration des Sénégalais en Gambie est facilitée par liens qui unissent les deux peuples. « Nous ne sommes pas inquiétés ici, nous faisons notre travail en respectant le règlement, en nous acquittant aussi des taxes. C’est plus simple que cela. Je crois que quand on vit dans un pays et qu’on respecte ses lois et règlements, on peut vivre sans crainte », assure-t-elle.

Modou Ndiaye qui tient une parfumerie a connu une lente intégration. Après une tentative d’émigration avortée vers l’Espagne via la mer, le bonhomme a déposé ses baluchons en Gambie en attendant que la chance lui sourie à nouveau. « Quand on n’est pas chez soi, c’est normal que l’intégration soit difficile au début. Il fallait donc se plier aux règles du pays, ce que j’ai fait et à la longue je me suis habitué.

Depuis qu’il est arrivé, le jeune homme n’a pas connu de problème. « Ici, c’est presque le Sénégal, il n’y a pas de barrière linguistique et la fraternité se vit au quotidien avec nos parents gambiens ». Aujourd’hui, il est appuyé par son jeune frère, Moussa, qui était marchand ambulant à Dakar. « A deux, on se sent beaucoup plus en sécurité, même si jusque-là, on n’a connu la moindre embrouille », soutient-il. Comme nombre de ses compatriotes, Moussa avait fermé sa boutique avec la psychose installée par le refus de Jammeh de quitter le pouvoir. « Avec mon frère, on a loué une chambre à Keur Ayib en attendant que les choses se calment ». Mais avec le départ de Jammeh, ils sont revenus. « Depuis que nous sommes revenus, tout va bien. Les tracasseries ont diminué et on espère des lendemains meilleurs avec le nouveau président élu », assure-t-il.

Même les cireurs qui, pour la plupart, viennent du Fouta ne pensent pas à un retour au Sénégal. « A quoi bon rentrer quand on vit dans un pays et y gagne très bien sa vie sans être inquiété », indique Amadou Thiam.

Par Samba Oumar FALL et El Hadji Ibrahima THIAM (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Last modified on vendredi, 24 mars 2017 15:41

Les bassins versants d’un affluent du fleuve Gambie traversent plusieurs villages de la commune de Missirah. Le microclimat et la richesse des sols font de cette localité un terreau fertile de la production de banne. Sa part dans la production nationale est estimée à 80%. Cependant, la filière a ses contraintes.

À 35 km de Tambacounda sur la route de Kédougou, l’arrondissement de Missirah se particularise par le Parc national du Niokolo-Koba. Le fleuve Gambie qui le parcourt sur toute sa longueur a permis d’installer des milliers d’hectares de terres irriguées pour le maraîchage et l’arboriculture.

Pour se rendre à Koar, à environ 70 kilomètres de la commune de Missirah, il faut se ceindre les reins. La piste est défoncée, ravinée à l’extrême. L’intensité des pluies a laissé des marques sur la route. La voiture danse dans les crevasses. Il faut savoir résister aux déviations les plus périlleuses pour éviter de s’engouffrer dans les étangs d’eau éparpillés un peu partout. Au bout de quelques heures, le village de Koar surgit. Ici, les champs de banne s’étendent à perte de vue. Ils forment des pans de verdure. Les plantations se suivent. Des pieds portent des régimes de banane. Entre les plantations, les exploitants, le plus souvent à bord de leur vélo, vont et viennent. Dans ce village, on ne se tourne pas les pouces. Les plantations sont généreuses. Elles nourrissent bien des familles. Sur les routes, les agriculteurs en tenues dépenaillées marchent à grandes enjambées sur une pente qui offre une vue splendide de l’affluent du fleuve Gambie qui apporte la vie à l’intérieur de cette localité. A Koar, on remercie le ciel, mais on ne doit pas oublier ce cours d’eau qui est le siège d’activités économiques les plus florissantes. Les conditions ne sont pas aussi défavorables à l’agriculture. Koar est bordé par l’une des formations forestières les plus denses des environs. On a l’impression d’être coupé du reste du Sénégal. Du moins, l’air n’est pas pollué. Et la nature étale toute sa splendeur. Une saisissante impression de bien-être nous envahit au fur et à mesure que les champs et les formations arbustives défilent au passage de notre voiture.

A Koar, l’exploitation des plantations se transmet de génération en génération. Aujourd’hui, des groupements d’intérêts économiques ont vu le jour. C’est l’une des preuves que l’activité a porté ses fruits. En dépit des revenus non négligeables qui transitent sur les berges de cet affluent du fleuve Gambie, les exploitants portent sur leurs épaules un lourd panier d’écueils. Koar fait courir des Sénégalais des autres régions. Le président du Gie, François Gabriel Ndiaye, raconte que parmi les membres, certains viennent de Thiès, de Fatick, de Kaolack et de Louga. Ils sont arrivés à Koar à la suite du Plan d’ajustement structurel (Pas) avec son lot de chômeurs en 1986. Les têtes pensantes de ce Gie sont issues de la même promotion au Centre de formation en horticulture de Cambérène. «A la fin de notre formation, nous avons bénéficié de l’appui de l’Office africain pour le développement et la coopération (Ofadec). Il nous a affecté des terrains, du matériel, des intrants et nous a accompagnés jusqu’à la production», se souvient-il. Après cette étape, chaque propriétaire de parcelle devait rembourser une somme de 150 000 FCfa pour devenir autonome. Avec une production annuelle de 225 à 230 tonnes pour un chiffre d’affaires d’environ 41 millions de FCfa, le Gie exploite actuellement 9,5 hectares. Chaque membre dispose d’un quart d’hectare, soit environ 600 pieds de banane. «Nous fonctionnons sur la base d’un budget. Chacun d’entre nous doit verser une cotisation de 300 000 FCfa au début de chaque saison. C’est à partir de ce fonds que nous nous occupons du fonctionnement du Gie», explique Adama Ndao, secrétaire général du collectif régional des producteurs de la région de Tambacounda.

La banane chasse la pauvreté
Banane MissirahIci, chacun cultive sa plantation. Chaque exploitant récolte les fruits de son labeur. «On ne se plaint pas vraiment. A notre arrivée ici, nous étions des célibataires. Aujourd’hui, nous sommes tous mariés et entretenons bien nos familles grâce à ce travail », avance Gabriel Ndiaye, un coupe-coupe en bandoulière. Ici, les exploitants ne mettent pas tous leurs œufs dans un même panier. Ils jouent sur la diversité des variétés qui vont de la «Robuesta » à la grande «naine », en passant par la petite «naine » et le «Williams ». Cette année, l’eau n’a pas manqué. L’affluent est sorti de son lit et a dévasté quelques hectares. Les pertes sont énormes dans d’autres localités. A Koar pourtant, les bonnes moissons sont un acquis. Les producteurs affichent le sourire. Ils savent que leurs recettes vont augmenter. Pape Dioum est le secrétaire général adjoint du Groupement d’intérêt économique « Koar II » créé en 1981 et qui regroupe en son sein 117 membres. Dans ces périmètres, plus de 400 tonnes sont produites annuellement. D’ailleurs, c’est la plus grande zone de production de la localité. Comme les premiers intervenants, cet homme de taille moyenne est habité déjà par la joie grâce aux promesses de bonne moisson. « J’espère que nous allons dépasser les 400 tonnes que nous mettons chaque année sur le marché parce qu’il y a eu beaucoup d’eau », a lâché le jeune producteur. Dans les villages de Koar, de Guène et de Gouloumbou, la verdure de la plantation de banane parvient à calmer les ardeurs de la forte chaleur notée dans la région.

Le conditionnement, le maillon faible de la chaîne
L’exploitation des plantations a aussi des contraintes. Elles réduisent les ambitions. L’assiette foncière n’est plus extensible. La cherté des intrants limite les possibilités des producteurs. Mais c’est surtout le stockage et le conditionnement qui plombent la filière. «Notre objectif est d’augmenter notre périmètre d’exploitation pour prendre en charge les besoins de notre famille. Nous disposons de 30 hectares non exploités. Je pense qu’il nous faut un fonds d’exploitation », soutient Gabriel François Ndiaye. Le coût d’une motopompe et d’un bac flottant s’élève à 12 millions de FCfa. Une somme hors de portée des producteurs. Les coûts de la production pèsent lourds sur les épaules des producteurs. Les charges d’exploitation de 12 hectares s’élèvent à 25 millions de FCfa. «Je pense qu’avec 50 millions de FCfa, nous pouvions exploiter les 30 hectares qui nous restent », laisse-t-il entendre. Le respect des normes internationales est l’autre écueil à surmonter. « C’est le conditionnement qui pose problème. D’ailleurs, c’est ce qui rend la qualité mauvaise. Nous avons un véritable problème d’infrastructures », mentionne M. Ndao. Dans ces localités, la production par hectare s’élève à 25 tonnes au moment où le potentiel tourne autour de 60 tonnes à l’hectare. Selon Saliou Camara, secrétaire général du Gie de Koar 3, cette situation s’explique en grande partie par le manque de renouvellement du matériel végétal. Ce n’est pas tout. Le système d’irrigation est d’un autre âge. « La solution, c’est de disposer des plantes in vitro », fait-il comprendre. A ces problèmes s’ajoutent les inondations devenues récurrentes depuis quelques années. En effet, dans ces localités, certains périmètres sont engloutis par les eaux du fleuve, obstruant du coup l’accès. Face à cette situation, les producteurs exhortent les autorités à remettre à flot le barrage de Samba Ngalou afin de réguler le cours des eaux du fleuve.

Marguerite Thiaw, productrice : Une transformatrice au milieu des bananeraies
BananesCe jour-là, elle vient de parcourir 30 km. Cette distance sépare son village de Missirah. C’est au siège de la communauté rurale qu’elle s’approvisionne. Marguerite Thiaw a pignon sur rue à Nguène. C’est dans cette localité qu’elle a ouvert en 2014 une unité de transformation et d’exploitation de la banane grâce à l’aide d’une agence de microcrédit. Un local de deux pièces est aménagé à l’entrée de sa concession. Sur le local, comme une épigraphe au fronton d’un panthéon, l’enseigne «Simon production» est bien visible. Marguerite Thiaw n’est pas une illustre inconnue. Les producteurs vantent son dynamisme. Exploitante et transformatrice, la native du département Tivaouane connaît cette filière comme sa main. Elle exploite une parcelle d’un hectare dont le rendement annuel est de quatre tonnes. Cette dame de 57 ans est à donner en exemple. A partir de cette plante, elle fabrique de la farine, du couscous et du savon. La poudre thérapeutique sort de ses mains avec des épluches de banane. C’est en 2003 que la vieille dame a commencé à transformer des produits dérivés de la banane. «C’est une connaissance que j’ai héritée de ma mère. Aussi, j’ai inventé quelques recettes à base thérapeutique», explique-t-elle, une croix en bandoulière. Mère de neuf bouts de bois de Dieux, l’histoire de Marguerite Thiaw est celle d’une femme généreuse. Elle a choisi de mettre son expérience au service des femmes de son village. «Lorsque j’ai remarqué que les femmes d’ici n’avaient pas les moyens d’acheter mes produits, je les ai formées sur les différentes méthodes de transformation afin qu’elles puissent fabriquer leurs propre produits afin d’assurer les besoins nutritionnels de leurs enfants», laisse-t-elle entendre.

Le rêve de Marguerite a toujours été d’intégrer l’Institut de technologie alimentaire (Ita) pour pouvoir disposer d’une autorisation d’homologation. Ce qui pourrait lui permettre d’approvisionner les différentes épiceries du Sénégal et devenir du coup une transformatrice professionnelle. Aujourd’hui, malgré son âge, elle continue toujours de croire à la possibilité de réaliser ce rêve d’adulte. «Je reçois beaucoup de commandes d’une manière informelle. J’aimerai vraiment que cela se fasse de façon formelle. Je pense que pour que cela arrive, il faut que j’intègre d’abord l’Ita », soutient-elle. Déjà il y a quelques années, Marguerite avait bénéficié d’une formation sur la transformation des jus locaux grâce à l’appui du Projet de microfinance rurale (Promer).

Emigration : A Missirah, le phénomène ne faiblit pas
MissirahDans la commune Missirah, chef-lieu de 87 villages, l’agriculture et l’horticulture ne font pas courir les jeunes. Ils ont un seul rêve : partir pour l’Europe. Cette Europe qui est synonyme de réussite dans cette commune où poussent de belles villas à côté des cases.

Dans la région de Tambacounda, des dizaines de jeunes qui ont échoué dans leur projet d’émigration se convertissent en agriculteurs. Certains ont choisi l’horticulture de la banane. Ils se partagent des hectares de plantations qui longent le long du fleuve Gambie. Ce qui fait dire au directeur régional du développement rural (Drdr), Samba Ndao Tall, que de plus en plus de jeunes émigrés reviennent pour cultiver la banane. « Le retour à la terre est une réalité dans certaines localités de Tambacounda », a soutenu M. Tall, qui a indiqué que d’autres jeunes explorent les domaines de l’élevage, du commerce, entre autres. Mais à Missirah, une commune du département de Tambacounda située à une trentaine de kilomètres à l’Est sur la route de Kédougou, la forte attraction de l’émigration est une réalité. « Ce sont les jeunes et les vieux émigrés qui ont fait de cette ville ce qu’elle est aujourd’hui », a expliqué Koutoubo Sylla, natif de la localité et conseiller municipal de la commune de Missirah. Dans ce village devenu une commune grâce l’Acte 3 de la décentralisation, les jeunes ne s’intéressent pas à l’agriculture. « Notre rêve ici est de voyager, d’aller en Europe et de revenir construire de belles villas », a lâché le jeune collégien Lassana Diaby. Ce rêve est déjà réalisé par beaucoup de ses aînés qui ont construit des immeubles de deux voire trois étages. Pour améliorer les conditions de vie et d’existence de ses parents, Koutoubo Sylla était lui aussi tenté par le phénomène de l’émigration. « En 1986, comme la plupart des jeunes du village, j’avais eu l’intention de partir parce que je n’en pouvais plus de voir mes camarades partir et revenir construire de belles villas quelles années après. Malheureusement, mon rêve ne s’est pas réalisé. Mais je ne regrette rien car aujourd’hui en tant qu’agent de la poste, je gagne dignement ma vie », a soutenu M. Sylla qui reconnaît que cette tentation est encore forte parce que beaucoup de jeunes collégiens du village n’hésitent pas à abandonner les études pour aller en Europe.

Mais le phénomène s’est accentué entre 1980 et 1984, avant de monter en puissance en 2006 où une centaine de jeunes de Missira sont entrés clandestinement en Europe. Et Malgré les conditions difficiles, aucun d’entre eux n’a péri dans l’océan. « Missirah n’a jamais perdu d’enfant dans l’émigration clandestine », a soutenu le représentant du maire, qui a révélé que les premiers émigrés ont quitté Missira en 1969. Depuis cette date, les populations de ce village continuent de migrer vers les pays européens. « L’émigration est un phénomène culturel chez le peuple Diankhaké », soutient Koutoubo Sylla. Ce qui se confirme devant le bureau de la poste de Missira où des centaines jeunes, de vieux et de femmes ont pris d’assaut l’institution financière pour récupérer les mandats envoyés par des parents depuis l’Europe. Parmi ces personnes, Alima Sylla. Elle est venue récupérer l’argent envoyé par son fils depuis l’Espagne pour la dépense familiale. « Si l’on parle de Missirah, c’est grâce aux émigrés. Ils nous donnent non seulement à manger mais toutes les belles maisons et certaines infrastructures de la commune comme des postes de santé sont construites par nos enfants qui sont à l’étranger. Nous les remercions infiniment », confie Mme Sylla, sous le regard des autres femmes et hommes qui attendent leur tour pour récupérer leurs mandats. Dans la commune de Missirah, loin des villages de plantations de bananes, les jeunes ont un seul rêve, s’envoler pour l’Europe et, au retour, doter leur ville natale de belles villas. Une ville qui a récemment fêté son centenaire mais qui reste toujours rurale malgré ses belles maisons.

Par Eugène KALY et Ibrahima BA (textes),
Assane Sow (photos)

Last modified on vendredi, 10 mars 2017 14:13

Beugg*

10 Mar 2017
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Napoléon Bonaparte dit ceci en février 1791 : « L’amour est le maître de l’homme… l’homme, privé d’amour, prend conscience de sa faiblesse…grâce à l’amour, l’âme se serre, se double, se fortifie… » (propos rapportés par Vincent Rolin dans « La vie très privée de Napoléon »). Plus tard, « Dans son dialogue sur l’amour », l’empereur des Français expose une autre théorie : « je ne vous demande pas la définition de l’amour. Je fus jadis amoureux et il m’en est resté assez de souvenir pour que je n’aie pas besoin de ces définitions métaphysiques qui ne font qu’embrouiller les choses (s’adressant à son camarade Des Mazis). : je vous dis plus que de nier son existence. Je le crois nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes, enfin je crois que l’amour fait plus de mal et ce serait un bienfait d’une divinité protectrice que de nous en défaire et d’en délivrer le monde ». A partir donc de sa propre expérience « sentimentale » (ou voluptueuse), Napoléon représente le monde et aborde l’amour comme à la fois un fragile accotoir pour l’homme et un boulet pour la société.

Il nie presque ce besoin impérieux d’aimer et de partager ce sentiment si viscéral de confier son « être » à l’autre, ses joies et ses peines. Quand le sentiment de puissance nous habite, nous nous détournons de l’essentiel : notre humanité. Tout devient opportunité d’hypertrophier son moi déjà grossi par l’enjoliveur de service, gredin à travers les âges, et au gré des aventures ; celles-là nous éloignant de nos amours, des braves gens avec qui nous envisagions, dans les temps fiévreux, de fabriquer des destins à ceux qui croupissent dans l’infinie résignation.

Il n’y a pas plus grand écueil à l’amour que l’avidité ; ce désir immodéré de s’élancer à la conquête de l’incertitude, du néant, en ignorant notre présent si merveilleux et les créatures qui nous témoignent stoïquement de l’affection malgré la fureur de la tempête sur le chemin du « succès ». Nous ressassons le passé, oublions le présent et préparons mal le futur car nous prenons notre « triomphe individuant » pour la providence universelle qui suffirait à la félicité des âmes silencieuses. Celles-ci nous aiment. Elles sont juste interloquées par tant d’inconséquences, d’indifférence malgré les promesses d’amour. La déception est à la hauteur de celle d’une jeune épouse crédule qui se souvient, sans geindre, des boulimies charnelles de son homme aux premières heures de l’extase. Ces moments d’exubérance de paroles, de promesses. La lune devient accessible. Les étoiles jonchent la terre de leur lumière aveuglante. On a envie d’y croire. On se laisse aller. Les litanies des incrédules sont étouffées. La majorité consent au mariage. Il faut les aider à réaliser leur rêve. Les premières manœuvres du mâle sont intrigantes. Que faire ? Est-ce vraiment lui ? C’est une phase de transition dans sa vie, espère-t-elle. Il se ressaisira et préférera la lumière au mirage de la pénombre crépusculaire. Mais lui, indifférent aux discrets gémissements de sa « chose », continue sur sa lancée.

Au chevalier Des Mazis qui s’émeut des propos de son ami, Napoléon répond : « pourquoi, depuis que cette passion vous domine, ne vous vois-je plus dans vos sociétés ordinaires ? Que sont devenues vos occupations ? Je ris des grandes occupations qui captivent votre âme et plus encore du feu avec lequel vous les communiquez. Quelle maladie étrange s’est emparée de vous ? Je sens que la raison que je vais appeler à votre secours ne fera aucun effet et, dans le délire où vous êtes, vous ferez plus que de fermer l’oreille à sa voix ; vous la mépriserez. Votre état est pareil à celui d’un malade qui ne voit que la chimère qu’il poursuit et sans connaître la maladie qui la produit, ni la santé qu’il a perdue… Point de force, point de vertus dans votre sentier ». Les louvoiements de l’empereur sont d’une sagesse guerrière. Par son caractère impitoyable, il clouera sans doute ses adversaires. Et, sur le chemin de son retour triomphal (nous parlons, ici, de manière générale), les femmes entonneront le chant de l’amour pour l’embarrasser de sa gloire parce qu’en définitive, il aura perdu son âme dans sa longue marche. Elles espéraient qu’il les hisserait à la dernière cime de l’amour. Ce bonheur serein. Sans heurt sur le sentier du destin de chacun.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

* Aimer, vouloir

Cheikh Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts/Force du Changement), est connu pour son engament syndical. Derrière cet homme souvent décrit comme combatif se cache un parcours aussi atypique qu’improbable. Qui disait qu’entre politique et syndicalisme, il suffit de faire un pas ?

Cheikh Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts/Force du Changement), est connu pour son engament syndical. Derrière cet homme souvent décrit comme combatif se cache un parcours aussi atypique qu’improbable. Qui disait qu’entre politique et syndicalisme, il suffit de faire un pas ?

Il a le front dégagé, l’allure courtoise et la démarche juvénile. En ce samedi, il porte un costume marron aux rayures grises, assorti d’une chemise et d’un pantalon. Son physique svelte pousserait à facilement lui conférer moins que son âge. Cheikh Diop est né le 1er janvier 1953 à Gandeck, dans un village situé à Bambey. Il est issu d’une famille paysanne. Son père était tailleur à ses heures perdues, durant la saison sèche notamment. Il est issu d’une large famille, «sociale et ouverte où tous les membres vivent en parfaite harmonie dans ce qu’il convient d’appeler concession familiale ». Son père avait quatre épouses. Il est le seul lettré de la famille. Ou du moins, il est le seul à avoir fréquenté l’école française, les autres ont fait l’école coranique ou ne sont pas du tout instruits, relève t-il. Le petit Cheikh accède à l’école par le biais de son homonyme Cheikh Sène, un riche commerçant établi à Bambey qui s’est essentiellement occupé de son encadrement. Appartenant à une famille paysanne aux revenus modestes, il n’envisageait pas de faire de longues études. Une fois le brevet en poche, il s’oriente alors vers l’enseignement professionnel, pour pouvoir très rapidement s’insérer et ainsi venir en aide à sa famille. C’est ainsi qu’il fera le centre de qualification industrielle de Dakar, avec un cycle qui lui a permis de sortir avec le niveau de technicien supérieur. Il est, dès sa sortie, embauché par la firme pétrolière Shell Sénégal. Nous sommes en 1974. Shell était venue demander les meilleurs de la promotion, souligne-t-il. Étant entendu qu’il était deuxième de celle-ci, c’est donc naturellement qu’ils ont fait appel à ses services.

Au début, il s’occupait du dépôt des hydrocarbures au port, ensuite dans les stations services. C’est alors que les autorités de Shell, convaincues par son abnégation, décident de l’amènent faire des études en France. Il se rend à l’institut des Pétroles de Roy Ma Maison situé à Paris. A son retour, il est nommé directeur adjoint d’une des firmes du groupe chargée notamment de la manutention, plus précisément dans l’unité qui s’occupe de l’aviation. Une jeunesse mouvementée l’a souvent propulsé Cheikh Diop au-devant de la scène politique. Il se dit à cet égard « révolutionnaire né », soulignant avoir toujours contesté « l’ordre établi » qui avait tendance « à exclure une certaine classe ». Tout ce qui n’entrait pas dans le moule conventionnel l’attirait. C’est ce qui a motivé en quelque sorte à écourter ses études. Nous sommes en 1968, il est exclu de l’école secondaire pour avoir notamment dirigé des mouvements de grève, mais il est quand même revenu après des négociations. Plus de peur que de mal ! Son passé militant l’a conduit à adhérer très jeune au RND, parti dirigé par le professeur Cheikh Anta Diop. Il était alors fasciné par les pistions contradictoires prises par le professeur face au tout-puissant Président Léopold Sedar Senghor. Il était fasciné par la démarche de l’homme, son ouverture d’esprit et sa culture. Il adhère alors au parti comme un des membres fondateurs. Nous sommes vers les années 1970. « Le parti n’étant pas reconnu par le pouvoir en place, il a fallu se battre pour une reconnaissance de celui-ci », relève-t-il. C’est donc dans la clandestinité qu’ils vont au tout début mener leurs activités. Plus tard, il quitte cette formation politique en vue de participer à la création d’une autre. C’est avec Me Babacar Niang qu’ils forment le PNLP. Un homme qu’il a su côtoyer « aimer et adopter », alors qu’ils étaient tous deux militants au sein du parti RND. Il dit devoir en partie à cet homme ce qu’il est devenu aujourd’hui. Ensemble, ils décident de quitter le RND. Une sortie qui a coïncidé avec l’arrivée du président Abdou Diouf à la tête du pays. Avec l’arrivée d’Abdou Diouf, il relève « une sorte d’accalmie dans la démarche de son ancien parti ». C’est comme qui dirait que le Professeur Cheikh Anta Diop voulait plus en découdre avec Senghor qu’avec le système, relève-t-il. Une manière pour lui de justifier la création du PNLP. Il sera alors responsable des jeunes du parti nouvellement crée.

Premiers pas dans le syndicalisme
En 1968, le Sudes, à l’époque organisation syndicale la plus représentative du pays, a été cassé en plusieurs morceaux par le gouvernement. Le RND, organisation politique qui naturellement aspire à prendre le pouvoir, met alors en orbite un schéma pour s’accaparer certaines franges de cette organisation syndicale dissoute. Cette mission est alors confiée à Me Babacar Niang. Au terme des réflexions, le RND demande à ses militants d’adopter une démarche de « contre-pouvoir ». Un syndicalisme exclusivement axé sur la défense des intérêts des travailleurs est alors partout crié. L’objectif était de mettre sur pied un cadre de lutte performant. C’est, dit Cheikh Diop, durant ces négociations que le virus du « syndicalisme » l’a piqué. Il est alors fasciné par les idées révolutionnaires.

Les conclusions des commissions sociales avaient donné des recommandations aux militants du RND leur demandant d’aller militer dans les grandes centrales en leur insufflant leur idéologie du syndicalisme. C’est à travers cette recommandation qu’il adhère à la CNTS. En 1986, il est nommé délégué du personnel des agents maîtrises et cadres. C’est par ce biais qu’il accède à la tête du syndicat de pétrole, après de « farouches luttes », en 1994, se rappelle-t-il. Il prône alors un «syndicalisme libre, de contre-pouvoir ». Il voulait surtout restaurer un cadre de lutte beaucoup actif et dynamique. La CNTS regroupait à l’époque essentiellement les mouvements ouvriers. Cette ligne syndicale va petit à petit s’avérer très payante. Son cercle de sympathisants ira croissant. Il dit avoir choisi de faire du syndicalisme contre un avenir prometteur dans le secteur du pétrole. Si certains pensent que l’alternance a donné un nouveau souffle à son mouvement syndical, il s’en défend en soulignant au passage que ceci « était faux ». Il quitte la CNTS/FC parce que, dit-il, il ne voulait pas se conformer aux textes. Ce qui, dit-il, va créer une scission. Tout citoyen a le droit d’avoir des convictions politique et syndicale. Car, souligne-t-il, les deux sont difficilement dissociables. Il suffit, selon lui, de juste savoir faire la part des choses. Les relations entre capitale et travail ont généré des idéologies politiques. Ceux qui étaient proches du capital s’appelaient « capitalistes ». Ceux qui étaient proches ou alliés du travail étaient appelés socialistes. Ces idéaux sont les dérivées des courants politiques, informe Cheikh Diop.

Cohabitation avec le pouvoir
Les événements de 1968 ont donné une nouvelle vision du syndicalisme à Léopold Sedar Senghor. Il avait alors prôné la cohabitation avec le mouvement syndical. « Lorsque le mouvement syndical s’est impliqué dans les mouvements estudiantins, le pouvoir était alors dans la rue », se souvient-il. Au sortir de ces événements, le président poète décide d’intégrer le mouvement syndical dans la gestion du pouvoir. C’est là que la CNTS est créée et également intégrée dans le parti au pouvoir. C’est pourquoi, il avait crée le concept de «participation responsable». Ensuite, Abdou Diouf s’est à son tour inscrit dans la continuité. Abdoulaye Wade, en s’inspirant de Senghor, a également voulu s’aligner dans une perspective d’un syndicalisme «autonome». Il n’avait cependant pas un véritable ancrage dans le mouvement syndical. Il n’a, dès lors, pas réussi ce que Senghor était parvenu à faire, constate Cheikh Diop. L’émiettement des mouvements syndicaux constitue un fléau qui gangrène les organisations syndicales. Mais, ce n’est pas le seul, souligne Cheikh. Il relève en effet qu’aujourd’hui, le mouvement syndical est confronté à deux fléaux. Il y a, d’une part, l’émiettement des forces syndicales et la désunion des entités du mouvement syndicale, d’autre part. Tous les corps d’élites ne sont pas affilés aux centrales syndicales excepté le Saes. Ce qui, selon lui, affaiblit la force des organisations syndicales. Il en appelle à une réunification du mouvement syndical. Audace dans l’organisation des luttes pour amener le patronat à absorber le passif des travailleurs, voilà son créneau. Il demande par exemple « une minimum vieillesse » pour le maçon, le cultivateur, le mécanicien qui, au même titre que les autres et toute leur vie durant, ont travaillé.

Par Oumar BA

La lumière bleue fait de plus en plus parler d’elle car elle est émise notamment par les écrans omniprésents. Y sommes-nous vraiment de plus en plus exposés ? La lumière bleue représente-t-elle un réel danger pour les yeux ? Faut-il s’équiper de lunettes anti-lumière bleue quand on utilise beaucoup les écrans ? Réponses de spécialistes.

La lumière bleue est une partie du spectre de la lumière, dont les longueurs d’onde se situent entre 380 et 500 nanomètres. Elle est émise par le soleil, mais aussi par les sources lumineuses artificielles : ampoules LED et écrans (tablettes, télévisions, ordinateurs, smartphones).

La lumière bleue potentiellement dangereuse représente une petite partie seulement de l’ensemble de la lumière bleue existante : ce sont les longueurs d’onde bleu-violet. «Le spectre de la lumière du jour ou de la lumière artificielle comprend des bandes de couleur. Parmi elles, du bleu turquoise, lumière bonne pour le moral, et puis du bleu-violet, lumière à laquelle nous sommes de plus en plus exposés», explique le Dr Petra Kunze, ophtalmologiste à Paris.

En effet, l’énergie qui atteint la rétine dans le cas de la lumière bleu-violet est plus forte que dans le cas de la lumière bleu turquoise. Les écrans tout particulièrement diffusent des pics de lumière bleue appelée lumière à Haute Energie Visible (ou HEV). Nous voilà donc surexposés à cette lumière bleue, et cela dès le plus jeune âge. Cela n’est pas sans conséquences pour nos yeux. D’autant plus chez les enfants en dessous de 14 ans, dont le cristallin de l’œil ne filtre pas aussi bien et pour qui cette lumière bleue s’avère encore plus nocive.

Dangereuse pour les yeux
Des recherches scientifiques ont conclu qu’une exposition prolongée au rayonnement de lumière bleue ou lumière HEV artificielle provoquait des lésions photochimiques de la rétine et du cristallin. «Plusieurs études épidémiologiques ont démontré que cette lumière bleue était bien un facteur de risque de la DMLA», rappelle le Pr Serge Picaud 2,3. L’implication de la lumière bleue dans le développement de la cataracte est également suspectée.

Cependant, la lumière bleue peut aussi avoir des effets bénéfiques. Elle aide à nos rythmes circadiens (l’alternance veille/sommeil) et notre humeur. Cette fois-ci, c’est la lumière bleue turquoise (vers 490 nm) qui permet de recaler nos rythmes lors d’un décalage horaire. Cette dernière régule la production de mélatonine, notre «hormone du sommeil»4.

Une prévention grâce à des lunettes
«Il n’existe pas vraiment de protection possible, hormis de mettre des filtres entre les sources de lumière et nos yeux», informe le Dr Petra Kunze. Il existe des filtres anti-lumière bleue pour les écrans, mais peu répandus. En France, plusieurs marques proposent depuis peu des verres de «photoprotection sélective», en d’autres termes des lunettes dont les verres présentent un traitement filtrant. Leur principe ? Protéger l’œil des longueurs d’ondes lumineuses toxiques pour la rétine. Ces verres filtrent la lumière bleu-violet mais laissent passer la lumière bleue turquoise, afin de préserver les effets bénéfiques de cette dernière sur la vision et la régulation de l’horloge biologique interne. Ces verres présentent un léger reflet, bien évidemment violet. Quid de leur efficacité ? «La démonstration de leur efficacité a été faite in vitro et n’est pas quantifiable pour l’homme dans l’état actuel des travaux», indique Jean-Manuel Finot, opticien1. «Ces verres bloquent une partie importante de la lumière parmi les longueurs d’ondes identifiées comme toxiques pour la rétine. On peut donc supposer qu’il y existe une réelle protection des cellules rétiniennes», rajoute le neurobiologiste Pr Serge Picaud.

Doctissimo.fr

Barthélémy Toguo est un artiste en-ga-gé ! Autant le dire tout de suite, les sujets de ses œuvres ne sont pas « tièdes » ou abstraits. Quand une idée lui vient, il va voir sur place, se renseigner, à la manière presque d’un reporter, mais, à la place du stylo, il s’empare de son pinceau pour des dessins mêlant peinture, collage, céramique, sculpture, clous, matériaux bruts, pour retranscrire ses impressions. La guerre, comme en 2004, en Serbie où il se rend comme point de départ, avant de terminer à Pristina, au Kosovo, auprès des populations. En 2011, il récidive en se rendant place Tahrir au Caire, en pleine révolution arabe. Il expose dans le monde entier, de l’Italie au Brésil, en passant par Cuba et les États-Unis, ses créations et performances. Mais il a réservé pour son pays natal l’une de ses plus belles œuvres. Artiste contemporain franco-camerounais, Barthélémy Toguo a ouvert en 2008, dans le nord du Cameroun, la résidence artistique Bandjoun Station. Plus qu’un lieu de culture, c’est aussi un centre agricole où il produit du café ! Finaliste du prix Marcel Duchamp 2016, avec ses dernières œuvres issues de « déluge », Barthélémy Toguo continue sa conquête de l’art contemporain sans aucun complexe.

S. D.

Effets secondaires

06 Mar 2017
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Vous êtes fatigué après un long voyage, vous souffrez de troubles du sommeil, votre humeur zigzague anormalement, c’est que vous êtes atteint du « jet lag ». En langage moins snob, vous payez les contrecoups du décalage horaire. La traversée de plusieurs fuseaux horaires peut, en effet, provoquer des insomnies et une disposition à dormir pendant la journée. La très scientifique Nasa estime qu’il faut un jour par fuseau horaire traversé pour récupérer son rythme normal et son énergie habituelle. Un décalage horaire de 3 heures, par exemple, nécessite donc trois jours de récupération.

Un temps anormalement long que Diego Golombez et son équipe de la National University of Quilmes, à Buenos Aires, proposent de raccourcir grâce à un traitement pour le moins inattendu : le viagra. La petite pilule bleue pourrait aussi limiter les effets dus au décalage horaire. Bien connu pour résoudre les dysfonctionnements érectiles chez l’homme, le Viagra s’est peut-être trouvé une autre fonction. Attention, cependant, aux effets secondaires ! Comme la surchauffe libidinale.

Par Sidy DIOP

S’il y a une ville sénégalaise qui reflète parfaitement l’esprit de la Sénégambie, c’est bien Karang. Dernière localité avant la Gambie en venant par Foundiougne, cette commune a toujours ressenti les contrecoups des humeurs de l’ancien satrape gambien. Mais aujourd’hui, l’après-Jammeh a ouvert une nouvelle ère que cette commune entend bien mettre à profit pour raffermir ses relations avec les localités sœurs de l’autre côté de la frontière.

La vie a repris son cours normal à Karang, dans le fin fond du département de Foundiougne. Sur la place du marché, cœur de cette petite ville frontalière de la Gambie, les activités battent leur plein. La proximité de la gare routière rajoute une dose de fièvre à l’ambiance déjà animée. Motos « Jakarta », taxis-brousse et minicars d’un autre âge se disputent la chaussée rendue étroite par les tenanciers de petits commerces installés le long de la route bitumée. Ici, la page de la crise post-électorale gambienne est presque tournée. « Presque », car, sur les 4.212 réfugiés officiellement recensés par la Croix-Rouge qu’elle avait accueillis, tous ne sont pas retournés en Gambie. « Il y a 396 réfugiés gambiens qui sont restés d’eux-mêmes », informe le maire de la commune, Dioguine Gomis.

Au plus fort de la crise, quand l’ancien président Yaya Jammeh a refusé de quitter le pouvoir après sa défaite électorale et que les forces de la Cedeao ont pénétré en territoire gambien afin de l’en déloger, des milliers de Gambiens ont fui le pays. Une bonne partie de ces déplacés a trouvé refuge à Karang qui n’est séparé de la Gambie que par une barrière métallique. Cette petite commune de 

Karang

la région de Fatick n’a jamais porté aussi bien son surnom de « Sénégambie en miniature » que durant cet épisode. Ses populations se sont fortement mobilisées pour mettre à la disposition de leur

s frères gambiens gîte et nourriture pendant plusieurs jours.

Un élan de solidarité qui témoigne du beau brassage qui a toujours existé entre les deux peuples malgré les frictions qui survenaient, de temps à autre, au niveau étatique. « Nous avons su gérer la situation grâce à l’engagement sans failles des populations. Certains ont accueilli plusieurs familles. Il n’y avait aucune tente, tous les réfugiés ont été logés dans des maisons », confie l’édile de la commune. Ses propos sont corroborés par Rokhaya Gaye, cambiste de son état. Elle assure que cinq familles composées d’une dizaine de personnes chacune ont été accueillies chez elle. « Quand elles devaient rentrer, nous avons mobilisé deux cars », explique-t-elle.

Au poste frontalier, l’ambiance est un ton en-dessous de la fièvre de la place du marché. Ici se côtoient vendeurs de viande rôtie, monnayeurs, tenanciers de gargote, étables proposant sucre, thé, biscuits, fruits, etc. Les véhicules traversent la frontière dans un ballet incessant. Les piétons aussi. Cette frontière, comme les relations entre les deux peuples, est loin d’être hermétique. Des bâtiments sénégalais et gambiens s’adossent. Une partie des étals des vendeuses sénégalaises déborde en territoire gambien. Un grand pan du terrain vague de football du village gambien de Hamdalai se trouve en territoire sénégalais.

Côté sénégalais comme gambien, des postes de police et de douanes contrôlent les entrées et les sorties. Mais à part ce point de jonction officiel des deux pays matérialisé par une barrière métallique de fortune, prolongée de part et d’autre par un muret d’une centaine de mètres, franchir la frontière est un véritable jeu d’enfant.

La Sénégambie en miniature
On peut pénétrer en Gambie par le poste frontalier après avoir présenté sa pièce d’identité et en ressortir aussitôt par l’une des nombreuses ruelles sénégalo-gambiennes enchevêtrées. « En pénétrant en Gambie, ce qui change du Sénégal, c’est la langue des écriteaux sur le fronton des boutiques et l’accoutrement des agents de sécurité, sinon rien ne distingue les deux pays. Nous sommes un même peuple et parlons pratiquement les mêmes langues », souligne Seydou Diallo. Ce boucher a fait toutes ses études, du primaire au supérieur, en Gambie. Comme lui, beaucoup d’enfants de Karang ont fait leurs humanités dans le pays voisin pour différentes raisons. Et, assure-t-il, la plupart des fonctionnaires gambiens sont d’origine sénégalaise.

Dans cette ville cosmopolite de 23.000 habitants, dernière étape du territoire sénégalais avant d’accéder en Gambie, plane un parfum d’un peu de Sénégal et d’un peu de Gambie. Des Sénégalais quittent chaque jour Karang pour aller travailler de l’autre côté. Et il n’est pas rare, comme ce jour-là, de voir un véhicule de la police gambienne stationner près de la place du marché. Y voir circuler simultanément le FCfa et le Dalassi relève de l’anodin. Le réseau téléphonique y est imbriqué. On utilise les puces des opérateurs télécoms sénégalais et gambiens indifféremment.

Karang GambieCe caractère hybride de Karang trouve une explication historique. Le fondateur du village en 1906, Serigne Mass Kâ, a été obligé, sous la pression des colons, de franchir la frontière à la suite de son refus de faire enrôler ses disciples lors de la Première Guerre mondiale. Installé en territoire gambien, son influence continue de s’exercer sur Karang. Aujourd’hui, ce sont ses descendants qui dirigent la grande mosquée de Banjul.

A Karang, le départ de Jammeh a déridé l’atmosphère. Les appréhensions se sont dissipées. Du coup, on se remet à rêver des concerts, des randonnées pédestres, des festivals, des matches de football qui, jadis, rythmaient les relations entre les populations de Karang et de Hamdalai. Une belle harmonie qui a souffert des foucades de l’ancien président. « On a une occasion inespérée de relancer nos relations, surtout entre Karang et Banjul qui n’est distante que de 30 km. Aujourd’hui, plus rien ne s’oppose au jumelage entre nos deux villes », indique le maire Dioguine Gomis. Pour les habitants des deux côtés de la frontière, le changement à la tête de l’État gambien est un véritable bol d’air frais. Le maire a encore à l’esprit ce souvenir d’une randonnée pédestre que des officiels gambiens et sénégalais avaient convenu d’organiser ensemble l’année dernière. Au dernier moment, la partie gambienne s’est débinée. Le sentiment de peur a eu raison de la volonté de confraternité. « Le jour j, alors que nous avions fini de confectionner les blousons, les tee-shirts et les casquettes, nos amis gambiens ne se sont pas présentés. Ils avaient reçu des menaces de sanction venues de Banjul », dit-il. Aujourd’hui, pour M. Gomis, plus question de faire les choses en cachette comme lors du blocus de l’année dernière.

Les « excellents rapports » entre les officiels des deux localités frontalières se feront désormais au grand jour, dit-il. « Lors de cet événement, c’est nuitamment que nous rencontrions nos homologues gambiens pour essayer de régler certains détails. Il le fallait, car nos destins sont liés », ajoute-t-il. Des destins liés, mais qui ont failli faire les frais des lubies du Babili Mansa, regrette Youssoupha Diadhiou, commerçant gambien. Lui dont le gros de la clientèle est sénégalais voit ses recettes fortement baisser chaque fois qu’il y a friction entre les deux pays. « Les colons ont réussi à nous diviser, nos politiciens ont perpétué cette division en essayant de monter les uns contre les autres. Et le plus ridicule dans cette situation, c’est que nous avons tous des parents de part et d’autre de la frontière », assène-t-il sèchement et sans peur d’être entendu et cueilli par les redoutables agents de la National intelligence agency (Nia) dont les grandes oreilles captaient tout au temps de Yaya Jammeh. Les temps ont bien changé en Gambie.

Seydou Diallo : Diplômé en management, vendeur de viande…
Seydou DialloÀ lui seul, il est le prototype du Sénégambien. Sénégalais de naissance, Seydou Diallo a fait ses études en Gambie. Faute d’y trouver du boulot après avoir obtenu ses diplômes, il est revenu dans son pays natal pour vendre de la viande grillée.

Au coin de la principale ruelle qui mène au marché de Karang, un jeune homme de taille moyenne, carnation claire et barbe hirsute, découpe avec dextérité des morceaux de viande fumants. Autour de son pousse-pousse où s’exhale un fumet qui instille les narines et titille le palais, trois clients fixent des regards gourmands les morceaux de gibiers rôtis. Ils sont bientôt tous servis. Seydou Diallo n’est pas le seul rôtisseur installé ici, mais sa bonne réputation de « spécialiste » lui attire plus de clients que les autres. Et pourtant, c’est faute de mieux que Seydou s’est lancé dans cette activité en 2010.

Né à Karang en 1986, il fait partie de ces nombreux enfants de la ville à avoir fait tout leur cursus scolaire et universitaire en Gambie. Plus que le système d’enseignement, c’est la gratuité de l’école dans le pays voisin qui a poussé de nombreux parents à y amener leurs rejetons. Certains y ont décroché des diplômes, sont restés et ont été engagés comme des fonctionnaires gambiens. Seydou, lui, bien que titulaire d’un diplôme en Business management, n’a pas eu la même chance que ses autres compatriotes sénégambiens. Il a été donc obligé de revenir au bercail. « J’ai étudié au Sénégal jusqu’en classe de Cm2. À un certain moment, mes parents ne pouvaient plus me payer mes fournitures. En plus, le système du double flux avait commencé à entamer mes performances scolaires. C’est ainsi que, sur conseil d’une tante, on m’a amené en Gambie où les fournitures étaient gratuites et on mangeait à l’école sans bourse délier », explique-t-il.

Pour le futur vendeur de viande grillée, le changement de pays et de système scolaire ne fut pas difficile. Tous les jours, il franchit la frontière, marche un kilomètre pour atteindre sa nouvelle école située à Keur Sagna. Très vite, Seydou figure parmi les meilleures de sa classe et de son établissement. Il passe les classes sans accrocs et se retrouve au lycée Muslim High là où l’actuel président, Adama Barrow, a fait ses études. Trois ans plus tard, il est admis à l’équivalent de notre École normale supérieure. Il y passe trois ans et décroche une licence en Business management. Le master étant payant, Seydou se résout à arrêter ses études n’ayant pas les moyens de débourser les 200.000 FCfa exigés. Après de vaines tentatives de trouver un bon boulot dans son pays d’adoption, Seydou décide de revenir en 2010 dans son pays d’origine. « Quand j’ai eu le bac, on a voulu m’engager dans la Douane ou la police gambienne, j’ai refusé, car la solde était dérisoire. C’est l’équivalent de 30.000 FCfa », explique-t-il.

Deux mois plus tard, pour s’occuper, il se lance dans le commerce de viande grillée, une activité très lucrative à Karang. Si au début, c’était juste temporaire en attendant qu’il retourne en Gambie pour chercher du boulot, Seydou y a finalement pris goût et en a fait son gagne-pain. Les revenus qu’il en tire lui permettant de bien entretenir sa petite famille. Mais la nouvelle situation politique en Gambie risque de changer son agenda. « Je pense retourner en Gambie pour tenter à nouveau ma chance. Le nouveau président a appelé tout le monde à venir participer au développement du pays et je vais répondre à cet appel », indique-t-il.

El Hadji Ibrahima THIAM, Samba Oumar FALL (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Last modified on lundi, 06 mars 2017 14:01

C’est un tailleur comme mille et autres. Seulement, Mass Faye a ceci de particulier, il offre une panoplie de sur-mesures qui frise le couronnement. Ce qui lui confère une clientèle autant exigeante que fidèle. Autre particularité, Mass est un pur produit de la banlieue qui, malgré un business relativement fleurissant, refuse d’aller s’installer ailleurs.

Mass Faye a l’allure d’un quelconque. Pantalon super cent, chemise violet, petite silhouette, teint noir, il flirte avec la cinquantaine. L’habit ne fait décidément pas le moine, mais Mass n’aime certainement pas se glisser dans les costumes, on le constate vite. Des costumes, il préfère plutôt les confectionner. Pour s’en rendre compte, il suffit de faire un détour à Pikine Icotaf. Ici, le tailleur a finit de s’installer depuis bientôt dix ans. Auparavant, c’est à Guinaw Rail qu’il menait son activité de tailleur. Maintenant cela fait des années qu’il s’active dans la couture. Ses spécialités restent les costumes, chemises et tailleurs. Un choix murement réfléchi alors qu’il était encore en apprentissage.

A la base, Mass dit qu’il voulait devenir footballeur. Toutefois, sa famille n’était pas des plus aisées. Il fallait, dès lors, se serrer la ceinture et s’orienter dans un domaine qui pourrait rapporter dans un délais relativement court. C’est ainsi qu’il se tourne vers l’apprentissage des métiers. Il choisit alors la couture. Mass est formé à Dakar, précisément à Ouagou Niayes, sous les yeux vigilants de son maitre, Daouda Bèye, plus connu sous le nom de David Diop, ciseau d’or. L’apprentissage va lui prendre en tout dix ans. Une fois la formation bouclée, Mass se refuse de travailler pour « autrui ». Les moyens faisant défaut, il va, dans un premier temps, se contenter d’une machine qu’il installe chez lui. Ses premiers clients sont évidemment constitués du cercle restreint de ses connaissances immédiates. De fil en aiguille, son savoir-faire fait le tour des foyers. Sa clientèle s’en grossit et d’autres personnes viennent sur recommandations. Les revenus qu’il commence à accumuler lui permettent d’ouvrir une première boutique de couture. Nous sommes en 1998. Mass ouvre son premier atelier. C’est en 2007 qu’il décide de venir s’installer à Pikine Icotaf. Dans les produits qu’il propose figurent principalement des costumes sur-mesures. Il présente également des chemises. Bien qu’il soit plus facile de confectionner des boubous. Mass s’est fait un point d’honneur à se consacrer exclusivement aux costumes qui exigent plus de temps d’applications et de savoir-faire. Sa clientèle est aussi variée que diverses. Il compte parmi celle-ci des fonctionnaires, des hommes d’affaires, des étudiants, mais également des personnes simplement « attirées par les belles choses », souligne-t-il.

Sur-mesure
Les habits confectionnés par Mass Faye ont ce cachet de rétablir une silhouette plus imposante, pincée au niveau de la taille, façonnée par le costume et le pantalon qui se superposent à l’envi. Le client, une fois servi, adopte alors une imposante allure produite par un costume moderne. Le jeu du paraître ne saurait, en conséquence, le laisser indifférent. Mass s’exprime à travers une signature personnelle, mais en respectant l’étiquette, le bon goût imposé par la couture sur-mesure.

Pour lui, « être bien habillé, c’est affirmer que l’on sait se mettre en valeur et tenir son rang. C’est également la recherche d’un plaisir que l’on poursuit à travers l’art de vivre. Le plaisir est une notion extrêmement importante au sein de la société et symbolise un équilibre, une harmonie », relève-t-il. Les tissus, Mass Faye se les approvisionne en ville, chez les Libanais, ou à Colobane, au marché « Gambie ». Dans l’atelier, on trouve des modèles divers. Concernant le prix, il est fixé selon le modèle. Ainsi, la fourchette est comprise, pour les ensembles costumes, à partir de 70.000 FCfa, voire plus. Les pantalons sont vendus entre 9.000 FCfa et 15.000 FCfa. Chose curieuse, malgré une clientèle qui ne cesse de s’agrandir, Mass préfère rester en banlieue. Une des recommandations de son formateurs, assure-t-il. Ce dernier lui avait clairement dit : « Quelque soit l’endroit où tu t’installe, peu importe. Le plus important est de confectionner des vêtements de qualité. Partant, soit sûr que les clients viendront te trouver où que tu sois ». Un peu chauvin, Mass refuse de quitter sa banlieue natale.

Ce marié et père de famille est né en 1967. Comme tout travailleur, il nourrit l’ambition d’étendre son business. Pour ce faire, il veut, bien entendu, se trouver un endroit plus grand, toujours en banlieue. L’objectif, c’est d’avoir la possibilité de former d’autres jeunes qui, à leur tour, vont perpétuer son savoir-faire, souligne-t-il. A cet effet, Mass est ouvert à toutes sortes de collaboration pouvant découler sur un tel projet. D’autant plus que, note-t-il, souligne, en banlieue, les tentations sont diverses. Les jeunes peuvent facilement emprunter le mauvais chemin, déplore le tailleur. Avec ce métier, ils parviendront à gagner dignement leur vie, tout en étant utile à la nation. Mass Faye est de ces rares tailleurs qui plaident pour la formation des générations futures. Il demande ainsi aux apprentis tailleurs de faire montre de patience. « C’est dans la patience et la persévérance qu’on arrive à acquérir dignement le savoir-faire très complexe du métier », affirme-t-il.

Chez cette jeune génération, la mode est plus que jamais une exigence. Elle est placée au cœur des préoccupations. Et le désir reste le même, imposer son identité tout en restant conforme aux codes vestimentaires. Sûr qu’elle sera bien servie chez Mass, ce tailleur qui ne badine point avec la « mesure ».

Par Oumar BA

Le Cardiopad, conçu par Arthur Zang, permet de mesurer les données physiologiques du cœur, puis de les transmettre à un cardiologue. Une tablette très utile au Cameroun qui ne compte que 50 médecins spécialisés pour 20 millions d’habitants.

Son apparence est ordinaire, mais cette tablette peut tout bonnement sauver des vies. Testé au Chu de Yaoundé et dans le petit hôpital de Mbankomo, à 25 kilomètres de la capitale camerounaise, le Cardiopad permet à toute personne, même sommairement formée, de mesurer les données physiologiques cardiaques.

Fréquence des pulsations ou encore durée des « intervalles RR » entre deux battements, ces informations sont calculées, visualisées et enregistrées par cette tablette et peuvent être simultanément transmises à distance à un cardiologue, afin que celui-ci établisse un diagnostic. Cet outil particulièrement prometteur, alors que le Cameroun ne compte que 50 cardiologues pour 20 millions d’habitants, a été créé de toutes pièces par un jeune ingénieur de 27 ans, Arthur Zang. Et ce, sans moyens propres et en à peine cinq ans.

Son audace paye
C’est en 2009 que l’idée germe dans l’esprit de cet inventeur. Alors étudiant en informatique à l’École polytechnique de Yaoundé, Arthur Zang fait un stage dans le service de cardiologie du professeur Samuel Kingue. Étonné par l’utilisation, au XXIe siècle, d’électrocardiogramme papier, il propose au professeur de concevoir un logiciel utilisable sur ordinateur. Artur Zang ne le sait pas encore, mais c’est le début de son aventure entrepreneuriale. Une aventure qui se confond d’ailleurs avec l’essor du numérique africain : entre 2010 et 2014, cet inventeur opiniâtre va utiliser tous les moyens disponibles gratuitement en ligne pour faire aboutir son projet. Pour se former à l’électronique, condition sine qua none pour adapter son système à une utilisation sur tablette, cet informaticien va suivre, pendant un an et à distance, les cours d’un Mooc (Massiv open online course), trouvé sur le site de l’Indian institute of technology.

Pour obtenir des matériaux, l’entrepreneur soumet ensuite son idée à un concours international, le Microsoft imagination competition, qu’il découvre en ligne. Son projet est remarqué, il reçoit alors certains composants électroniques nécessaires à la construction de la tablette prototype. Afin de se faire financer, il fait preuve d’une autre initiative numérique : il filme son projet et le poste sur YouTube.

Son audace paye. La vidéo est remarquée par le président camerounais. Paul Biya « me remet officiellement 45.000 dollars pour poursuivre l’aventure », explique-t-il. Son projet est aussi remarqué par les chasseurs de talents de la Fondation Rolex. Ils sélectionnent Arthur Zang en 2014 pour leurs prestigieux Rolex Awards. Un prix de 50.000 francs suisses (48.000 euros) ainsi qu’un accompagnement qui va lui permettre de passer à la vitesse supérieure. En novembre 2014, une dernière fois, Arthur Zang mise sur le réseau mondial pour obtenir un coup de pouce. Sous l’intitulé « Saving Africa from heart diseases with Cardiopad », il soumet son projet sur la plateforme de crowdfunding Indiegogo afin de récolter des fonds pour financer la production industrielle. Le projet obtient 8.800 euros. « C’est moins qu’espéré, mais assez pour lancer le début de la production en Chine », explique-t-il.

Au mois de mars 2015, une centaine de tablettes sont réalisées et devraient être commercialisées au prix d’environ 3.000 euros. Arthur Zang cherche encore des financements, mais voit déjà plus loin. Son prochain projet ? Permettre une échographie à distance. Cela, par tablette interposée.

Lemondeafrique

Jeune chef d’entreprise, Magatte Wade est l’un de ces nouveaux visages qui captent la lumière. Il est vrai qu’elle a tout pour attirer l’attention. «Africaine, jeune, belle, intelligente et pleine d’énergie », explique un participant au New York Forum for Africa. Magatte Wade, 36 ans, a récemment figuré dans le classement Forbes des vingt jeunes africaines les plus influentes.
Née au Sénégal, elle séduit les trois Afrique, la francophone, l’anglophone et la « roots ». D’origine sénégalaise, Magatte a étudié en France et « défend la culture française », avant d’aller vivre aux États-Unis où elle a appris tous les codes de la culture d’outre-Atlantique. Et d’être devenue une fervente supportrice de la culture d’entreprise et du « branding ». Un mot qu’elle répète avec ravissement. Comme un talisman contre les mauvaises fortunes. Identité complexe, elle défend en français, en anglais ou en wolof une Afrique qui doit éviter de perdre son âme.

C’est en allant aux racines de sa culture que Magatte Wade a créé sa première entreprise : Adina World Beat. Une entreprise qui vend des boissons africaines aux États-Unis. Ainsi, le bissap bio (cette boisson à base de fleur d’hibiscus) a fait son apparition dans des supermarchés américains. Selon une étude des Nations unies, Adina réalise un chiffre d’affaires de 3 millions de dollars et emploie 25 personnes. A cela s’ajoute des centaines de femmes qui fournissent des fleurs d’hibiscus à la société de Magatte au Sénégal.

Américaine, Magatte l’est sans doute beaucoup, mais en même temps elle reste très Sénégalaise, imprégnée de la culture soufie de la confrérie mouride. Elle vibre pour un autre projet : créer au Sénégal une école où l’accent serait mis sur la créativité et l’épanouissement des élèves.

« Le Sénégal a perdu une grande partie de sa créativité culturelle. Il faut aider les jeunes à retrouver cette créativité. 10 % des profits de Tiossano seront consacrés à cette mission. Pourquoi pas une formation au design au Sénégal, comme cela existe aux États-Unis ? » explique-t-elle encore, avant de se lancer dans l’évocation d’un autre de ses projets pour le Sénégal.
Magatte veut aider à créer, en Afrique, une génération de « global leaders ». Son enthousiasme est contagieux. «The sky is the limit» en version wolof. Elle devient intarissable lorsqu’il s’agit d’évoquer tout ce que l’Afrique peut faire. Tout ce que l’Afrique va faire et qui va la faire sortir du sous-développement. Elle en oublie la pendule qui tourne.

Oumar Ba

Réservée aux banques, l’activité de change de monnaies se fait depuis quelques années par des particuliers à la frontière sénégalo-gambienne. Le franc Cfa tient la vedette dans ce marché parallèle des devises qui permet à beaucoup de monnayeurs clandestins de joindre les deux bouts. À Karang, dans le département de Foundiougne, elle nourrit tant bien que mal ceux qui s’y adonnent, contrairement à Keur Ayib, dans le département de Nioro du Rip, où les cambistes conjuguent cette activité au passé. Ils pointent du doigt Yaya Jammeh et son régime qui les ont tous envoyés au chômage.

Karang et Keur Ayib ont la particularité d’être des villes frontalières à la Gambie. Cette situation géographique positionne ces deux localités comme de véritables plateformes commerciales. De nombreuses échoppes, ateliers de couture, de menuiserie, bijouteries et restaurants meublent le décor. La gare routière qui ne désemplit presque jamais et le marché qui grouille du matin au soir témoignent de l’intense activité commerciale. Avec un flux humain impressionnant et des véhicules, motos, charrettes, pousse-pousse et piétons qui se disputent la chaussée, la vie ne semble jamais s’y arrêter.

Le franc Cfa, monnaie vedette des Gambiens
Point de passage obligé pour rejoindre la Gambie, Karang a vu se développer plusieurs activités. Et le marché du change y a la cote. À quelques encablures du poste-frontière, s’érige à ciel ouvert une banque informelle où franc Cfa, dalasi, euro et dollar sont échangés. L’absence d’un bureau de change agréé a favorisé le développement de cette activité.

Cette profession très attractive n’est pas seulement l’apanage des fils du terroir. Des gens qui viennent d’autres contrées se rabattent sur ce secteur pour joindre les deux bouts. Téléphones portables, liasses de billets à la main, les monnayeurs vaquent tranquillement à leur commerce et guettent le moindre regard intéressé. Ce marché existe depuis des années à Karang. Sur les lieux, les opérations se concluent sur une simple négociation et l’argent circule très bien. « Le change est une activité très rentable. Plus de 80 % des personnes qui traversent la frontière sollicitent nos services, sans compter les opérateurs économiques qui ont besoin de devises pour leurs opérations commerciales de grande envergure », indique Ibrahima Diallo, un Guinéen qui a démarré ses activités en 2010.

À Karang, le franc Cfa est la monnaie vedette, une monnaie très convoitée. La faiblesse de la devise gambienne, le dalasi, qui connaît une forte dépréciation, a fait que les citoyens de ce pays frontalier se sont repliés sur le franc Cfa qui a plus de pouvoir d’achat que leur monnaie, mais aussi sur les autres devises comme l’euro et le dollar. Cette situation fait le bonheur des monnayeurs clandestins qui ne chôment presque pas. « La Gambie possède une monnaie qui n’a pas une très grande valeur. La preuve est que dès qu’on sort du territoire gambien, on ne peut rien acheter avec le dalasi. Le dalasi n’est utilisé qu’en Gambie, c’est pourquoi les Gambiens font des pieds et des mains pour se procurer le franc Cfa qui nourrit leur économie », ironise Wouri Ba. Avant, explique-t-il, 180 ou 170 dalasis étaient nécessaires pour obtenir 5.000 FCfa, mais aujourd’hui, informe-t-il, il faut 360 dalasis pour espérer se procurer 5.000 francs. « Les fluctuations sont dictées par la loi de l’offre et de la demande et très souvent, nous courons le risque de faire de très mauvaises affaires à cause de l’instabilité du taux du dalasi », souligne-t-il.

Une activité qui se féminise à Karang
À Karang, le change n’est pas seulement l’apanage des hommes. La gent féminine aussi est entrée dans la danse dès qu’elle a flairé que l’activité était porteuse. Avec les rigueurs de la vie, beaucoup de femmes ont franchi le Rubicon pour subvenir aux besoins de leurs familles.

À quelques encablures du poste-frontière, sous l’ombre des arbres, un petit groupe de dames mêlées à la foultitude de vendeuses d’eau, de petit déjeuner et autres provisions, guettent l’arrivée des candidats à la traversée dans une belle alacrité. Un visiteur aurait du mal à croire que ces femmes sont des cambistes clandestins. L’arrivée de véhicules en provenance de Dakar les sort de l’anonymat. Elles accourent et, tels des meurt-de-faim, se précipitent sur les clients qu’elles se disputent avec les hommes. Tout un spectacle !

« Ici, le change n’est pas sélectif, n’importe qui peut le faire, qu’on soit homme ou femme », nous dit Khady Dramé qui pratique cette activité depuis 2009. La quarantaine dépassée, elle a réussi à s’imposer dans ce milieu et aujourd’hui, elle est la présidente du Gie « Dalasi » qui regroupe une trentaine de femmes. Le porte-monnaie bourré de liquidités, elle est tout le temps sollicitée, soit pour de grosses ou petites coupures en dalasi, euro, dollar… « On fonctionne ainsi. On s’entraide pour pallier d’éventuels manques de liquidités », explique-t-elle. Vers les années 2010, confie-t-elle, les femmes qui s’activaient dans ce domaine étaient au nombre de 45, mais au fil des temps, beaucoup d’entre elles se sont mariées et sont parties. Maintenant, elles sont une vingtaine et n’ont pas d’autres choix. Faute de grives, on mange des merles. « Ce métier n’est pas fait pour nous parce que c’est trop contraignant. Heureusement que ce n’est qu’un tremplin en attendant de trouver autre chose », soutient-elle.

En attendant des lendemains meilleurs, elles se complaisent à ce marché qui brasse des capitaux colossaux. Il lui arrive, selon ses dires, de vendre quotidiennement 20.000 dalasis (250.000 FCfa) et des fois même beaucoup plus. « Les bénéfices varient selon les jours et la chance. Des fois, il m’arrive d’avoir 10 à 15.000 francs, des fois 5.000 francs et d’autres fois rien. Une fois, j’ai eu la malchance de tomber sur un faux billet de 200 euros, mais c’est le business, il y a des hauts et des bas », soutient-elle.

Moins loquace, Rokhaya Ndaw trouve que l’activité n’est pas de tout repos du fait que les passagers ont toujours besoin de faire du change. Des fois aussi, explique-t-elle, les clients se font désirer. « L’activité connaît souvent la crise. Quand la Gambie ferme sa frontière, tout le monde le ressent. Les activités sont au ralenti et bonjour la galère », fait-elle savoir. Cette activité n’est pas sans risque, explique-t-elle. Très dangereuse pour une femme. « Nous sommes tout le temps exposées. Pendant que nous travaillons tranquillement, des malfrats nous épient dans l’espoir de nous délester plus tard notre argent. C’est malhonnête. Si nous avions mieux, nous ne risquerions pas nos vies », jure-t-elle la main sur le cœur. Récemment, nous dit Khady Dramé, une femme a été agressée à Hamdallai. « Une bande armée a fait irruption chez elle pour mettre la main sur son argent. Les malfrats ont tiré des coups de feu en l’air mais ils n’ont malheureusement pas réussi leur coup ».

Ce sont les risques du métier, nous dit-elle. Naguère considéré comme un eldorado des cambistes, Keur Ayib a vu son activité chuter lourdement sous les effets conjugués des restrictions qui ont rythmé l’ère Jammeh. Aujourd’hui, cette localité n’offre plus ce décor avec ces monnayeurs clandestins qui pullulaient comme des mouches et proposaient au vu et au su de tout le monde le change aux passagers en partance pour la Gambie. Avant l’expansion de cette bourgade devenue une véritable terre d’accueil, l’agriculture était la principale activité des populations, mais faute de disponibilité de terres, beaucoup de paysans se sont reconvertis. « Avec le boom foncier engendré par la position stratégique de Keur Ayib, beaucoup de gens ont préféré vendre leurs champs. C’est ce qui a fait qu’on s’est retrouvé sans terre pour pratiquer l’agriculture », explique Malick Guèye, actuel chef de village. Si certains s’étaient tournés vers le foncier, d’autres flairant le coup, se sont faits cambistes. L’occasion fait bien le larron.

À Keur Ayib, nous dit Malick Guèye, pas moins d’une cinquantaine de personnes menait cette activité qui était très rentable. La preuve, souligne-t-il, quand on débarquait à la frontière, la première chose qui attirait l’attention, c’était les cambistes qui tenaient entre leurs mains des liasses de billets. Ils étaient partout visibles et offraient, à longueur de journée, leurs services aux voyageurs, commerçants et camionneurs se rendant en Gambie.

Le métier de monnayeur clandestin a suscité des vocations à Keur Ayib. Babacar Mbow fait partie de ceux qui ont investi très tôt ce créneau. Et il a amassé une petite fortune grâce à cette activité. Son ouverture d’esprit et ses connaissances l’ont aidé à s’imposer dans le milieu. « Le change était ma principale activité. Je faisais des affaires avec des commerçants qui allaient et venaient, des citoyens qui partaient régler une affaire de l’autre côté de la frontière, et surtout avec des transporteurs », explique-t-il avec un brin de nostalgie.

Le blues des cambistes de Keur Ayib
Pendant les années fastes, Babacar Mbow était incontournable dans ce métier. « Les choses marchaient tellement qu’il m’arrivait de prêter de l’argent à des transporteurs que je n’ai plus revus », fait-il savoir sans regret. Comme lui, Khalifa Sow fait partie de ces gens qui ont fait leur vie en monnayant à la frontière. Il a mené cette activité de 1993 à 2002 avant d’être conseiller rural en 2009 dans la collectivité de Médina Sabakh. Il a alors gelé ses activités pour les reprendre à la fin de son mandat en 2014. « Ici, l’activité principale, c’était le change. Dans presque chaque maison, il y avait quelqu’un qui pratiquait ce métier qui faisait vivre beaucoup de familles », indique ce sexagénaire qui a réussi à se frayer un chemin dans ce milieu très informel. Son secret : la débrouillardise et un coup de chance. Rien de plus.

L’actuel chef de village, Malick Guèye qui a pris le relais de son frère aîné, Mamoune Guèye, a, lui aussi, mené cette activité pendant plus de trois décennies. « À l’époque, le flux de personnes qui traversait la frontière était considérable et on était tout le temps sollicité. On ne se plaignait pas parce que cette activité nous rapportait plus que d’habitude », confie-t-il.

À Keur Ayib, ce métier a, par le passé, bien nourri son homme. Et ce n’est pas Malick Guèye qui dira le contraire. « Je me suis marié grâce aux revenus que me rapportait le change. J’ai construit ma maison et je subvenais également aux besoins de ma famille grâce à mes bénéfices », se glorifie-t-il.

Aujourd’hui, malgré l’affluence des voyageurs, le va-et-vient incessant des voitures, des bus et autres camions de marchandises, cette activité qui a si longtemps nourri une bonne partie de la population de Keur Ayib se conjugue au passé. Malick Guèye et ses camarades sont aujourd’hui devenus des chômeurs. Ils accusent Yaya Jammeh d’avoir sonné le glas de cette activité naguère si fructueuse. Babacar Mbow se veut formel. Selon lui, c’est le président Yaya Jammeh qui a déclaré la guerre au dalasi. « Il a dit à qui voulait l’entendre qu’il ne voulait pas du dalasi, mais du FCfa. Il a exigé que les voitures qui traversent le bac de Farafenni paient en FCfa parce que le dalasi n’a aucune valeur », relève-t-il. Pour cet ancien monnayeur, le règne de Yaya Jammeh a complètement tué Keur Ayib et Sénoba, deux villes frontalières qui vivaient essentiellement au rythme de l’activité de change. Khalifa Sow est du même avis. « Banjul a déclaré la guerre à ce marché parallèle parce qu’il n’y trouvait pas son compte. Du coup, ce sont des dizaines de pères de famille qui ont été privés de leur gagne-pain », déplore-t-il.

Aujourd’hui, Khalifa Sow et beaucoup de ses anciens camarades se sont reconvertis. Ils sont, par la force des choses, devenus commerçants, quincaillers, tailleurs, transporteurs, etc. Néanmoins, ils gardent tous espoir et n’excluent pas de reprendre leur activité si la donne venait à changer avec le nouveau président gambien, Adama Barrow.

Samba Oumar FALL et El Hadji Ibrahima THIAM (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Cinéma 8 mars

03 Mar 2017
98 times

Ce mois-ci, les femmes s’affranchissent de la « tyrannie » des hommes fondée sur une interprétation des textes religieux et sur des idées « innées » qui cheminent avec la marche de la société ! La prééminence d’une catégorie d’individus sur une autre, en général, découle d’une historicité de modes de vie légitimatrices de statuts consignés dans une législation très souvent non écrite. Celle-ci est moins sujette à controverse parce qu’elle est intégrée comme une normalité. Les discours sur les droits des femmes sont plus politiques, au plus philosophiques, qu’un fait de positionnement social. Le génie sublime de la première génération de cinéastes sénégalais est pourtant d’en avoir fait un objet transversal. A l’image des premières élites intellectuelles, ils ont porté les combats de leur temps. La femme apparaît dans ces premières productions comme « objet » social. Sembene Ousmane en a fait plus tard, davantage que Paulin Soumanou Vieyra (Sindiely, 1964), une actrice sociale pour s’attaquer aux stéréotypes. Avec Djibril Diop Mambety, la femme n’est pas, elle devient. Son statut n’y occupe pas une importance plus considérable que celui auquel accède l’homme. La dignité se conquiert dans le tourbillon urbain, Dakar. Que l’on soit homme ou femme. Les plus jeunes cinéastes sénégalais se sont d’ailleurs beaucoup inspirés de sa créativité vagabonde qui transparaît dans nombre de leurs productions.

Il y a dans « Borom sarret », court métrage de Sembene, deux scènes très explicites qui renseignent sur la condition de la femme dans la société sénégalaise. La première montre une femme pilant à côté d’un mari qui prie. Ce dernier, comble d’infortune, ne rapporte rien à la maison après une journée à « parader » avec sa charrette et son cheval « Albourah » dans les rues de Dakar.

A son retour, son épouse, toujours en train de s’activer, lui confie leur petit enfant et lui fait cette promesse : « On mangera ce soir ». Sembene Ousmane extirpe la femme de la sphère dans laquelle on la confine. Elle prend l’initiative au-delà du cercle conjugal. Les rôles sont intervertis. Le nourrisson découvre les robustes mains du géniteur. Le réalisateur, dans nombre de ses œuvres, ne provoque pas un tiraillement. Il crée les conditions de légitimation de l’action de la femme dans un étouffoir, son quotidien écrasant. Dans «Sindiely», par contre, Paulin Soumanou Vieyra donne à voir, à travers le dénouement, la capacité de la femme à adopter des formes de résistance en adéquation avec les mentalités, les clichés de son temps.

Le cinéaste Djibril Diop Mambety est, lui, plus ésotérique que ses aînés. Il soustrait la femme, sans en faire la trame de ses films, du joug des convenances et croyances populaires. « Hyènes » est l’une de ses productions les plus connues. Le message y est moins hermétique : une femme prend sa revanche sur la société qu’elle prend pour responsable de son sort. Même si le discours basé sur le sexe n’est pas aussi permanent dans ses films que dans ceux de Sembene, Mambety, par les éléments de dialogue, d’interactions traduisant implicitement un nivellement de dignité entre l’homme et la femme, adopte un discours filmique nouveau. La pestiférée d’abord et puis riche « Ramatu », actrice principale, retrouve l’honneur qu’elle avait perdu parce qu’elle est « devenue ». Elle n’est plus femme -son corps est répugnant, son ton et ses toquades incommodants, ses exigences outrancières- mais elle a voix au chapitre. C’est elle qui accomplit la destinée du « peuple » de Colobane et donne aux hommes pour qu’ils fassent ripaille. Mambety est un provocateur subtil, un « concepteur destructeur » d’images.

Le deuxième film de sa trilogie, histoires de petites gens, « La petite vendeuse de soleil », épouse également cette idée. L’acteur principal dans le premier, « Le Franc », espère rencontrer la fortune dans le pari alors que « La petite vendeuse de soleil », Sili Lam, fille handicapée, la cherche dans le labeur. On s’émeut davantage de voir une adolescente vendre des journaux qu’une impotente contourner les écueils de la rue pour s’en sortir. C’est pourtant elle, grâce à ses économies, qui achète à sa grand-mère indigente une tente sous laquelle papotaient les hommes. Il y a également un élément curieux dans l’œuvre de Mambety : l’époux, à l’exception de son film « Hyènes » (et ici, il n’y a pas de relation d’autorité), est toujours absent.
L’état de plénitude, l’épanouissement de la femme n’est pas forcément envisageable dans ce que nous considérons comme de la modernité. Il est dans ce que chaque société détermine comme des dynamiques sociales.

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

On ne le présente plus. En plus d’être un des artistes plasticiens sénégalais les plus doués, Kalidou Kassé est également le fondateur de l’école des arts visuels Taggad, la première et la seule du pays. Dans sa galerie où cohabitent tableaux peints et tapisseries, le président de l’Association internationale des arts plastiques convoque le passé d’un parcours qui n’a pas été un long fleuve tranquille. Dans cet entretien, il explore les innovations pouvant offrir à ses pairs un meilleur environnement de travail.

Quel regard jetez-vous aujourd’hui sur l’art sénégalais ?
L’art sénégalais est très dynamique aujourd’hui. Dans toutes les rencontres internationales, je vois que les artistes sénégalais sont bien cotés. Cependant, il faut s’unir pour faire face à la mondialisation. Privilégier une proximité entre artistes africains à l’image des institutions économique et politique comme la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Union africaine (Ua).

Qu’est-ce qui est fait par les autorités pour rendre l’art sénégalais plus dynamique ?
On a noté plusieurs avancées sous le magistère de l’actuel ministre de la Culture, Mbagnick Ndiaye. Sur beaucoup de terrains qu’il nous a invités, c’était du concret.

Donnez-nous des exemples ?
La couverture médicalisée des artistes et leur subvention. Récemment, il y a eu la rencontre avec les galeristes. Des initiatives à saluer. Maintenant, ce n’est pas à l’Etat de nourrir les artistes. A eux de vivre de leurs créations. En effet, ils doivent être créatifs et tisser des partenariats. On parle de plus en plus d’industrie artistique. Les artistes ne font pas beaucoup d’efforts pour arriver à cela. Ce qui nécessite une organisation du métier qui fera que nous pourrons tendre vers notre propre industrie de fournitures de matériaux. La toile que j’utilise, je l’achète en Europe, la peinture aussi.

En parlant d’organisation, lors de la dernière biennale, vous avez assisté à la création du premier marché de l’art sénégalais, le Madaken en l’occurrence. Quel peut être l’apport de cette initiative ?
C’est une demande qui est ancienne. Concernant la biennale, il fallait créer un marché par rapport à l’activité. Ce marché de l’art de Dakar permet non seulement de structurer l’environnement de notre profession mais aussi de créer un cadre de réflexion pour les artistes. La biennale est un plateau et c’est aux artistes de mettre le contenu.

Que renferme cette loi ?
Cela suppose que l’artiste qui vend son tableau à une personne prend en même temps ses attaches pour voir à quelle année le tableau a été vendu, à qui et à quel prix. Ce qui signifie que si cette même personne revend le tableau, l’artiste a 8 % sur la nouvelle vente.

Est-ce que ce droit est toujours respecté ?
Bien sûr ! Mais il faudra que l’artiste apporte les preuves de la revente de son œuvre. Je connais des gens qui ont acheté des tableaux et les ont revendus car étant dans des difficultés sans penser à l’artiste. Si dans chaque tableau revendu, on respectait ce droit, l’artiste et sa famille pourront mieux vivre de leurs œuvres.

Quelle est la place de l’art dans une société ?
Dans nos pays en voie de développement, il doit être un véritable vecteur de développement et pourvoyeur d’emplois. C’est ainsi que certains de mes tableaux vendus aux enchères ont permis l’achat de scanners de mammographie pour des hôpitaux de la place.

En parlant d’emplois, que faites-vous concrètement pour permettre aux jeunes artistes de bénéficier du travail ?
J’ai créé une école de formation « Taggad » pour préparer certains jeunes à exercer le métier de peintre. Elle a été créée vers les années 2008. Elle a formé beaucoup de jeunes. A travers le projet « un talibé, un métier », 150 talibés ont été initiés à la calligraphie et au battu.

Quel est ce nouvel apport dans la formation des artistes ?
Il a consisté à former des artistes multifonctionnels et polyvalents, notamment des journalistes reporters d’images et en même temps artistes avec un tronc commun comportant le dessin, la peinture, le volume, les couleurs, les perspectives et autres. L’artiste choisit une branche pour se spécialiser en infographie, en caméraman... Beaucoup de sortants sont dans le marché de l’emploi. Des chaînes de télé nous prennent des stagiaires. Depuis sa création, 200 jeunes ont été formés.

D’où est née cette idée innovante ?
Quand vous formez seulement des peintres, cela peut ne pas leur profiter, car peindre un tableau en Afrique est une chose mais le vendre en est une autre. Dans notre environnement, il n’y a pas régulièrement des gens qui peuvent vous acheter un tableau à 500.000 FCfa ou un million. Donc, il faut préparer les jeunes artistes à pouvoir explorer d’autres terrains. Autre chose, il faut tenir compte des mutations dans le domaine des arts plastiques car la photographie est rentrée dans celui-ci. D’ailleurs, de plus en plus, on parle d’art visuel.
Autrement, certains artistes occidentaux, en avance sur nous, venaient dans les expositions avec des produits finis, notamment avec des vidéos déjà montées. Alors que nous artistes africains le faisions sur place. Ce sont des choses qui ont attiré mon attention dans les expositions internationales. En plus, à l’ouverture de ces dernières, il y a des vidéos qui traitent de l’actualité et l’artiste doit être en mesure de tout faire, du début à la fin.

Votre galerie est-elle une entreprise ?
Non ! Elle est composée d’ateliers d’art qui créent de la valeur ajoutée à ce qu’on fait dans le cadre général. Au-delà des tapissiers, il y a des lithographes, des œuvres destinées à la vente, mais en édition limitée.

Comparant vos œuvres d’hier à celles d’aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé dans la conception de vos sujets ?
Mes premiers tableaux parlaient de l’excision et des scarifications. A partir de ces pratiques violentes avec du sang qui coulait partout, j’avais décidé de peindre cette réalité culturelle bien ancrée dans certaines couches sociales. Des tableaux qui n’étaient pas bien appréciés à l’époque. Dans le travail artistique, il est difficile d’être accepté au début. Il faut cependant avoir de la ténacité et de la vision pour relever le défi. A « l’Ecole de Dakar », je faisais comme tout le monde. À un certain moment, j’ai senti le besoin d’exprimer mon identité à travers mes us et coutumes, à travers la tradition.

Quand j’allais aux Etats-Unis, j’avais le déclic en prenant le fil à tisser comme démarche pour m’exprimer. Parce que dans la tendance du surréalisme, c’était des travaux d’atelier. A un moment, j’ai pris le fil à tisser pour expliquer ma tradition et tout ce que j’ai vécu dans mon enfance. Une démarche que j’ai maintenue tout en me positionnant sur ce qui se passe dans l’actualité.

Cet ancrage de vos œuvres dans les valeurs sénégalaises relève-t-il de l’hermétisme ?
Dans les tableaux en face de vous, vous avez des tableaux surréalistes qui parlent de l’environnement, des mutations sociales. Sur les tapis, c’est une démarche que j’essaie d’y inclure. Je m’évade dans mes œuvres du fait que je voyage beaucoup et je rencontre beaucoup de monde, mais je n’aime pas trop m’éloigner de mes origines. Je ne peux me diluer dans cette sorte de mondialisation pour m’exprimer autrement qu’en Africain. Ce n’est point un repli identitaire mais une manière de défendre mes valeurs dans le concert des nations. Au banquet de l’universel, on est obligé d’aller avec ce que l’on a.

Certains remettent en cause les fondements d’un art africain. Que vous inspire cette démarche ?
Ce sont des positions qui ne sont pas défendues par les artistes. En ce qui me concerne, je suis un artiste africain profondément enraciné dans sa culture. Un artiste a des origines. Il est né quelque part et a grandi quelque part. Et comme je ne viens pas du néant, je ne suis pas un artiste du néant.

En effet, c’est une vision trop réductrice de l’art qui relève de la pure philosophie. Aussi abstraite et surréaliste qu’est sa démarche, l’artiste à travers ses tableaux, exprime son identité. La preuve, Pape Ibra Tall, mon maître, avait peint le « Dioudou bou raffet » (le bien né). Cela veut dire beaucoup de choses dans ce débat posé. Il est important de dire que nous sommes artistes et que nous venons de quelque part. En s’appuyant sur ses valeurs, on peut expliquer ce qu’on a envie de faire comprendre.

Depuis dix ans vous avez repris la tapisserie. Pourquoi aviez-vous mis en stand by cette activité ?
C’était plus lié à un problème d’équipe. La tapisserie, ce n’est pas une œuvre que l’on réalise seul. C’est un véritable travail à la chaîne. Dans la galerie, il y a des cartonniers qui agrandissent les tableaux, les lissiers qui tissent les tapis et les couturiers. Donc, il y a beaucoup d’étapes à réaliser. En plus, c’est un métier très cher et il fallait me préparer financièrement pour reprendre les activités. Ainsi, je m’étais concentré à ma peinture.

D’où est née votre passion pour les arts plastiques ?
Elle me vient de ma mère. Elle était brodeuse. En regardant ses images de broderie en fleurs en dégradé de couleur, elles me parlaient parfaitement. Né en plus dans une famille de tisserands, je voyais les tisserands tirer les files à longueur de journée. De ce jeu de pédales et de mélange de couleurs, j’avais commencé à griffonner des choses. Et plus tard, j’ai fait beaucoup de tableaux sur les tisserands. Quatre ans aux manufactures de Thiès après l’obtention du baccalauréat, on était tombé sous le coup des ajustements structurels. Ainsi, la formation s’était arrêtée.

Qu’est-ce vous êtes devenu par la suite ?
En 1991, j’ai rencontré d’autres artistes, notamment Paular et Amadou Racine Ndiaye. Nous avons ouvert la première galerie privée du Sénégal. Installés d’abord à Pikine Khourou Nar, puis aux Hlm, nous nous sommes retrouvés par la suite à la rue Pacha. Un trio que j’avais dénommé le Krp, c’est-à-dire Kalidou Racine et Paul. Je me rappelle qu’en mettant l’adresse de notre atelier, j’avais mis comme numéro de téléphone deux points et rien à la suite. Nous n’avons pas en ce moment de téléphone. Cependant, le montage de quelques expositions nous avait permis d’enrichir notre carnet d’adresses. Nous étions ensuite tombés sur un vrai mécène, un féru d’art. Il s’agissait d’Abdou Fatah Ndiaye, ancien directeur de Holding Kébé. Ce dernier nous avait fait la commande de deux tableaux portant sur deux thèmes. Le premier était intitulé «Ndiouga Kébé», ses réalisations et sa foi dans le Mouridisme, le second, «la société Holding Kébé et ses facettes». C’est là que j’ai commencé à travailler sur des thèmes.

En dehors de l’apport financier, il nous avait aidés à mieux nous organiser. Au début, quand on nous payait un million, on essayait d’abord de voir une bonne dibiterie où se gaver. Le reste, on se le partageait. Après, on a compris que ce n’était pas la bonne formule. Avec ses conseils, on s’était fixé des salaires comme des fonctionnaires. Et là, on a eu la première galerie privée du Sénégal tenue par des artistes. Une organisation qui, plus tard, nous a permis d’ouvrir un atelier d’encadrement. Ainsi, l’argent des tableaux vendus était reversé dans le capital-investissement.

Iba Ndiaye Diadji vous a nommé « Le pinceau du Sahel ». Pourquoi une telle surnom ?
Iba Ndiaye était l’un des meilleurs critiques d’art de l’Afrique. Il a eu à étudier mon travail. Il m’a d’abord fréquenté en tant que sculpteur. En effet, l’ancien directeur des Beaux arts a étudié profondément mes œuvres sur le Sahel par tout ce qu’on voit comme terre ocre et rouge. Un sujet qu’il a traité, notamment «Tempête du Sahel» avec juste des tâches. Ayant traité tous les deux la même thématique avec des approches différentes, il avait compris ma démarche et ma philosophie. Et dans une exposition au centre culturel Mitterrand à Bordeaux, j’avais la belle surprise, à bord d’un véhicule, de voir une chose qui ressemblait à mon tableau. Je n’y croyais pas. En me rapprochant, une de mes autres œuvres sur une autre affiche sur laquelle on pouvait lire « Le pinceau de l’Afrique ». On m’avait accueilli comme un roi.

Quels sont vos projets dans l’immédiat ?
Pour 2017-2018, la feuille de route est déjà tracée. La deuxième phase de la formation des talibés va démarrer avec un nouvel espace, Aldiana, qui sera ouvert au mois de février (l’entretien a eu lieu au mois de janvier, ndlr). Un espace de promotion culturelle pour les artistes plasticiens et acteurs de la culture, notamment le théâtre.

Entretien réalisé par Marame Coumba SECK

Au Sénégal, on vend de l’arachide, des mangues ou des oranges sur tous les marchés. Grâce à la plate-forme M-louma, développée par Aboubacar Sidi Sonko, les petites exploitations agricoles peuvent désormais proposer leurs productions sur Internet.

Aboubacar Sidi Sonko est un ingénieur informaticien expérimenté. Mais il sait que pour développer sa jeune entreprise, M-louma, une bourse agricole en ligne, il va devoir également miser sur… ses racines. « Ma famille est originaire de Dianki, un village de Casamance (Sénégal). Ce sont des paysans producteurs de mangues et d’oranges. Je viens de là et c’est ce que je mets en avant auprès des paysans qui ne connaissent pas Internet afin de les convaincre de participer au site », explique-t-il.

Depuis octobre 2013, cet entrepreneur trentenaire s’est lancé dans une aventure d’envergure : motiver de petites exploitations agricoles sénégalaises à mettre en ligne leurs productions afin de mieux les vendre.

L’idée d’une telle plate-forme lui est venue lors d’un concours d’entrepreneuriat social organisé par le groupe français France Télécom en 2011 : « Il s’agissait de développer des solutions en kit, dans la santé, l’éducation ou l’agriculture. Je me suis souvenu de scènes chez mes parents, lorsque des acheteurs en gros proposaient leurs prix pour écouler les stocks de fruits à Dakar ou à Ziguinchor. »

Ce diplômé de l’université Gaston-Berger à Saint-Louis du Sénégal s’est dit qu’il y avait moyen, au XXIe siècle, de simplifier tout cela informatiquement.

Un premier message rassurant
Pour rendre l’univers technologique le moins hostile possible, Aboubacar Sidi Sonko a choisi le nom traditionnel de Louma, qui signifie marché. « Des centaines de Louma ont lieu chaque semaine au Sénégal, explique-t-il. Le nom de ce site indique que nous proposons de faire de même, mais en ligne. » Sur la page d’accueil de M-louma.com, un premier message rassurant s’affiche : « La plate-forme qui connecte le monde agricole ». Apparaissent également des photos de piments, cajoux, oignons, sésame… Pour chaque produit sont précisés une quantité, une date d’expiration et un prix au kilo. Lorsqu’un produit spécifique est affiché en ligne, des alertes peuvent être envoyées par Sms à de potentiels acheteurs qui passent alors un ordre par téléphone portable.

Même si cette mise en ligne va dans le sens de l’histoire, le défi est de taille, reconnaît Aboubacar Sidi Sonko : « Il s’agit d’organiser la production autrement. C’est un véritable changement de culture. » Pour tester le concept, la plate-forme travaille actuellement « avec 5 groupements qui rassemblent 5.000 paysans de la zone maraîchère de Saint-Louis et de Dakar. » Le problème vient du fait que la majorité de ces exploitants ne sont pas habitués au numérique. « Nous utilisons donc les services d’un sociologue afin de les accompagner au mieux et favoriser l’évolution des mentalités », indique l’entrepreneur.

Pour que le site, qui emploie actuellement trois personnes, prenne toute son ampleur, Aboubacar Sido Sonko sait qu’il lui faut atteindre « une masse critique ». Il envisage donc une montée en puissance par zones géographiques en couvrant d’ici à fin 2015, la zone sud du Sénégal (Casamance et Ziguinchor) connue pour ses cultures de mangues, riz et arachides. « Puis ce sera en 2016, la zone orientale et enfin en 2017, l’ensemble du pays. Ce modèle est duplicable et nous avons déjà des sollicitations du Gabon, du Mali, de Côte d’Ivoire, du Bénin, prévoit le dirigeant. L’entreprise est à la recherche de partenaires financiers pour cibler l’Afrique francophone. »

Lemondeafrique

La toute-puissance de la naija musique s’est, une nouvelle fois, manifestée par le couronnement du chanteur nigérian Wizkid comme « artiste de l’année » et « meilleur musicien » aux Mtv Africa Music Awards décernés le 22 octobre dernier à Johannesburg. Wizkid a également remporté un prix pour ses collaborations avec d’autres artistes lors de cette édition 2016 des Mtv Africa Music Awards. En effet, la liste des collaborations de ce jeune prodige de la musique africaine est déjà très longue... Même la star mondiale Drake n’a pas pu résister. Résultat : une pluie de tubes été comme hiver. Et c’est vrai que ce sacre tombe à pic, au moment où le continent africain vit une véritable lune de miel avec sa musique. Traduction immédiate : les revenus des succès des artistes africains, notamment dans les concerts, ont enregistré une forte croissance dans plusieurs pays africains, confirme une récente enquête du cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC). Au seul Nigeria, l’industrie musicale a généré en 2015 un chiffre d’affaires de 47 millions de dollars, en hausse de 6,4 % sur l’année précédente. Allez, Wizkid !

Jusqu’au départ de l’ancien président Yaya Jammeh le 21 janvier dernier, la traversée de la Transgambienne reliant Dakar et Ziguinchor avait tout d’un véritable chemin de croix. Mais les tracasseries policières et douanières sur fond d’intimidation ont été emportées par le vent du changement démocratique. Aujourd’hui, c’est un vent nouveau qui souffle sur la Transgambienne.

En ce mardi, début février, un vent nouveau souffle sur la frontière entre le Sénégal et la Gambie. Un doux parfum d’un bon bol d’air frais embaume l’ambiance à bord du ferry « Farafenni ». Assis sur le pont supérieur de ce gros tas de ferraille, Abou Diallo, barbe de trois jours et visage poupin, respire la sérénité. Regard fixé sur l’écume des eaux du fleuve Gambie déchirées par le navire, ce commerçant sénégalais semble perdu dans ses pensées. Certes, c’est la énième fois qu’il emprunte ce ferry pour rejoindre la localité gambienne de Dialy où il mène ses activités aux côtés de sa femme gambienne et de ses enfants mais c’est sans doute la première fois qu’il fait cette traversée sans grande appréhension. Les tracasseries douanières, policières et même militaires auxquelles il était soumis sur le territoire gambien, comme bon nombre de ses compatriotes en partance pour le sud du pays, ont disparu comme par enchantement. Comme si l’ancien président Yaya Jammeh, en quittant le pouvoir, les a emportées avec lui. Toujours est-il que l’ambiance lourde, sur fond d’intimidation de jadis, a laissé place à une atmosphère détendue. « Les agents des services de renseignement gambiens pullulaient à bord et épiaient tout le monde à visage découvert. Ils se font moins visibles depuis que leur mentor a quitté le pouvoir », souligne cet habitué du ferry.

Moins de tracasseries, plus de sérénité
TransgambienneDepuis donc que l’ancien chef de l’État gambien a quitté le pouvoir, la chape de plomb qui pesait sur la Transgambienne a fondu. Les gens ne sont plus soumis au douloureux voyage avec son lot de tourments. Les langues se délient, la parole se libère comme jamais. « Dès qu’on franchissait Keur Ayib, c’était check-point sur check-point. Les fouilles étaient presque systématiques. Et arrivé au ferry, on pouvait rester des heures et des heures sans traverser. Cela dépendait des humeurs des officiels gambiens. Mais, depuis le départ de Jammeh, la situation s’est beaucoup améliorée », se félicite El Hadji Guèye. Pape Yague qui n’avait rien perdu de la discussion s’y invite. En partance pour Bignona, ce mécanicien sénégalais confirme et se dit surpris par la nouvelle ambiance qui règne sur la Transgambienne. « Cela fait un peu bizarre de traverser sans anicroche, tellement on s’était habitué aux sautes d’humeur et aux intimidations des forces de l’ordre gambiennes », explique-t-il. Ces dernières, notamment les militaires, se font désormais discrètes. Ils sont cantonnés dans le petit poste implanté juste avant le quai.

Ce changement est perceptible dès qu’on franchit Keur Ayib, dernière localité sénégalaise avant la Gambie, et qu’on arrive à Keur Ali. De ce côté-ci de la frontière entre les deux pays, la ligne de démarcation est juste matérialisée par un muret et deux barrières métalliques. Signe de dégel, des taxis gambiens de couleur jaune avec des parements verts traversent allègrement la frontière. « Quand il y a une tension entre les deux pays, ces véhicules de transport s’arrêtent à la frontière. C’est dire que la libre circulation des personnes est redevenue normale », souligne un agent de la Douane sénégalaise sous anonymat. Une fois les formalités administratives réglées côté sénégalais et muni d’un laissez-passer, on pénètre en territoire gambien. Les premiers bâtiments de Farafenni, située à 7 km du fleuve Gambie, apparaissent au loin. Cependant, avant d’accéder au cœur de cette ville-carrefour implantée à 120 km de la capitale, Banjul, il faut passer par bien de check-point. Le premier se trouve à Keur Ali, à 100 mètres après la frontière avec le Sénégal. La présentation d’une pièce d’identité et du laissez-passer aux douaniers et aux policiers suffit désormais pour poursuivre son chemin. Pas de bakchich exigé. Vingt mètres plus loin, il faut s’arrêter devant le camp militaire du deuxième bataillon d’infanterie et montrer patte blanche au soldat en faction. Pas d’intimidation ni de bakchich là aussi. Trois autres postes de contrôle franchis sans accrocs, on arrive enfin à Bamba Tenda, à sept kilomètres de Farafenni où se trouve le fleuve.

Une piste latéritique mène tout droit à l’embarcadère qui grouille de monde. À droite, sur le bas-côté du chemin poussiéreux, des camions et des bus en file indienne sur près d’un kilomètre. À gauche, des véhicules de moindre gabarit. Tous attendent de traverser le fleuve pour poursuivre leur chemin vers la Casamance. Même si le rythme de la traversée a connu une nette amélioration, il n’en demeure pas moins que certains camionneurs comme Babacar Ndiaye devront patienter au moins cinq jours pour espérer atteindre l’autre rive située dans le village de Yelli Tenda, à Soma. Si cinq jours pour traverser ce petit cours d’eau peut sembler long pour certains, pour ce jeune chauffeur, c’est même inespéré au regard de ce qu’il a vécu par le passé. « Il nous arrivait de rester une semaine sans pouvoir traverser, surtout quand les officiels gambiens décidaient de ne mettre en service qu’un seul des trois ferrys ou simplement de suspendre les rotations pour des raisons qui leur sont propres », confie-t-il. En attendant que son camion, placé en queue de peloton, embarque dans trois ou quatre jours, Babacar Ndiaye emprunte le ferry pour rejoindre la rive opposée où il va retrouver des amis afin de « passer du bon temps ».

Des rapports moins conflictuels
Poste frontière GambieComme sur le quai et ses abords, une intense activité commerciale règne à bord du ferry. Se faufilant entre l’emboîtement de camions, de bus, de véhicules particuliers et des passagers, des vendeurs à la sauvette proposent de petites babioles. Durant la traversée qui dure une quinzaine de minutes, certains se prennent en photo sur le pont supérieur du bateau tout près de la cabine de pilotage. Une scène assez illustrative de la nouvelle situation entraînée par le changement politique en Gambie. « Les gens n’osaient pas prendre des photos sur le ferry au risque de se faire confisquer leur téléphone. C’était inimaginable », insiste Moussa Guèye, un habitué du bac. Avec le départ de l’ancien homme fort de Banjul, le climat de suspicion s’est dissipé rendant ainsi les relations entre les passagers et le personnel du ferry beaucoup plus chaleureuses et moins conflictuelles. « En réalité, il n’y a jamais eu de conflit entre les deux peuples, le problème, c’était au niveau institutionnel », pense Aladji Saneh, membre de l’équipage du ferry.
 
Le ferry se stabilise enfin sur la rive opposée, à Yelli Tenda, dans la ville de Soma. Il vomit sa cargaison de véhicules et de passagers. Sur la terre ferme, c’est la même ambiance qu’à Farafenni. Même ferveur commerciale, même poste de contrôle, même enfilade de véhicules et de passagers qui attendent de monter à bord. Une vingtaine de minutes plus tard, les amarres sont lâchées. Un coup de sifflet strident annonce le départ. Petite manœuvre et le bac fait un tour sur lui-même pour entamer une nouvelle traversée. Ses gros moteurs fendent les eaux du fleuve dans un ronronnement sourd en direction de Farafenni où l’attendent des centaines de passagers et de véhicules. Ainsi est le quotidien de ce ferry, entre 8 heures du matin et 21 heures ; véritable cordon ombilical entre le nord et le sud du Sénégal, mais qui a beaucoup souffert des caprices et lubies d’un régime autocratique incarné par l’enfant de Kanilaï qui, aujourd’hui, se la coule douce en Guinée Équatoriale.

Un pont qui commence à sortir de… l’eau
Lancés en février 2015 par le Premier ministre Mohammad Boun Abdallah Dionne et l’ancienne vice-présidente de la Gambie, Isatou Njie Sady, les travaux du pont de Farafenni sur le fleuve Gambie vont bon train. Les plateformes de construction flottent sur le fleuve. Les grosses poutres métalliques qui doivent soutenir la structure commencent à sortir des eaux. De part et d’autre des deux rives, Yelli Tenda du côté de Soma et Bamba Tenda du côté de Farafenni, les ouvriers sont à pied d’œuvre. À l’évidence, les foucades et les frasques de l’ancien président gambien n’ont pas eu d’effet sur le déroulement des travaux qui doivent être exécutés dans un délai de 36 mois.

Faut-il le rappeler, Yaya Jammeh, au lendemain de la tentative de coup d’État dont il a été victime en novembre 2015, avait annoncé, dans un excès de colère, qu’il n’autorisait plus la poursuite de ce projet financé à hauteur de 50 milliards de FCfa par la Banque africaine de développement (Bad) avec une participation de la Gambie et du Sénégal. Le pont de Farafenni, comme l’avait laissé entendre le Premier ministre, s’inscrit dans une politique d’intégration sous-régionale qui vise à « favoriser l’interconnexion des réseaux routiers de nos pays, à réduire la durée des voyages, à accroître les échanges commerciaux et à renforcer la cohésion entre les communautés ». Mais surtout à lever les nombreux postes de contrôle, les longues et coûteuses procédures douanières et policières… qui avaient fini par indisposer tous ceux qui passaient par ce côté de la frontière pour rejoindre la Casamance.

El Hadji Ibrahima THIAM et Samba Oumar FALL (textes)
et Habib DIOUM (photos)

Last modified on lundi, 27 février 2017 11:39

Terrorisme 2.0

27 Fév 2017
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Le terrorisme fait sa mue. On a connu, jusqu’ici ces « s’en fout la mort » appelés « Jihadistes » qui ont réécrit le Coran et privatisé le paradis céleste. Ils tuent au nom de Dieu, réinventent une façon de vivre en société islamique et multiplient les « fatwas » pour tous les mauvais musulmans qui osent penser que l’islam est synonyme de paix. Ils utilisent des gilets explosifs, déroutent des avions sur des cibles humaines et enlèvent des milliers de jeunes filles pour les marier de force après les avoir « convertis » à cette nouvelle religion sans prophète et sans apôtre.

Pourtant, cette forme de terrorisme, aussi violent soit-il, n’est rien comparé à celle qui s’installe, progressivement, dans nos sociétés. Ce terrorisme 2.0 est psychologique, moral. Ses bombes de destruction massive sont des mots. Des boules si puantes que des vies entières se retrouvent concassées, détruites à jamais. Il célèbre la pensée unique, abhorre la critique et n’hésite pas à inventer d’innommables infamies pour couler à jamais les têtes brûlées qui voient la réalité avec des lunettes moins colorées. Il suffit de se brancher sur les réseaux sociaux pour voir cette nouvelle armée terroriste à l’œuvre. On y diffuse des enregistrements privés, on y dévoile des secrets intimes, on y invente des histoires salaces pour démolir des réputations ou faire chanter d’honorables pères et mères de famille. La parole est source de vie, mais elle tue tout autant. Combien de personnes ont dû recourir au suicide après avoir été confrontées aux mots qui tuent ?

Par Sidy DIOP

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