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Soleil Grand Air (602)

Imany : La belle aux foulards

23 Nov 2016
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Répètera-t-elle le carton européen de son premier opus, The Shape of a Broken Heart, sorti en 2011 ? Son nouveau titre, dont le single « There Were Tears » a été dévoilé au public, est sensiblement plus orchestré, entre pop et variété, que les joyaux folk-soul épurés du disque précédent tels que le hit « You Will Never Know ». Son premier album, inspiré par ses peines de cœur, avait un feeling et un charme particuliers.

Ce qui lui a valu d’être disque de platine en France et en Pologne, et disque d’or en Italie, en Grèce et en Turquie. Depuis, Imany, de son vrai nom Nadia Mladjao, enchaîne les concerts, parle toujours d’amour dans ses chansons et lance aux filles des messages clairs, sur les scènes parisiennes où elle aime se produire, à la Bellevilloise, la Cigale ou le Trianon : « Si ça ne va pas, ne te change pas toi… Change de mec ! » Cette fille de militaire, née en 1979 à Martigues d’une famille d’origine comorienne, n’a jamais vraiment hésité à être elle-même. Elle a d’abord fait du saut en hauteur, pensé à des études d’histoire et au journalisme, avant de se faire repérer dans le métro parisien par une agence de mannequins. Partie à 19 ans à New York pour un contrat de trois semaines avec Calvin Klein, elle y restera sept ans, s’initiant au chant en marge des séances photo et des défilés. La bande-son de ses années new-yorkaises : Tracy Chapman, Lauryn Hill et Nina Simone. En 2008, lassée de « faire le cintre », elle quitte les podiums, et le petit studio de relooking qu’elle avait monté, pour revenir à Paris se lancer dans la chanson, avec sa sœur Fatou comme manager. Elle est vite repérée lors d’un gig dans un café parisien par Malick Ndiaye, patron du label sénégalo-parisien Think Zik!, qui produit aussi Ayo et Faada Freddy. Depuis ils ne se quittent plus – et se sont même mariés à Dakar.

Imany cultive son petit côté star inclassable et collectionne les succès tranquilles. Elle a ainsi signé, en 2013, la musique du film « Sous les jupes des filles», d’Audrey Dana, vu par 1,4 million de spectateurs en France. Une édition limitée de lunettes funky « Imany pour Alain Mikli » est sortie fin 2014. Et l’une de ses chansons, remixée en Russie, a été numéro 1 d’iTunes Russia début 2015, et sert de générique à une émission sur France 2.

La belle aux foulards comoriens régale avec ses conseils mode les pages people des magazines féminins, mais garde la tête sur les épaules. Elle a promis à ses fans de ne pas dévier de son cap folk et soul, pour céder aux tentations commerciales du R’n’B… En attendant la sortie de l’album, prévue en septembre, et les tournées qu’elle va enchaîner, Imany participe à des concerts pour récolter des fonds, en tant que marraine de l’association Endomind, pour lutter contre l’endométriose, une maladie encore mal connue qui atteint la fertilité des femmes. Et par-dessus tout, elle trace sa route. À son rythme.

Par Oumar BA

La décolonisation de l’Afrique est un mythe, la liberté du continent une illusion. Sabelo Ndlovu-Gatsheni le dit et le répète : l’indépendance des nations africaines n’a pas mis fin aux rapports de domination. En témoignent l’imposition de sanctions économiques ou les interventions militaires sur le continent au nom des droits de l’homme, de la démocratie ou de la lutte contre le terrorisme. Les relations entre l’Occident et l’Afrique se disent toujours dans un rapport colonialiste.

Aussi l’historien zimbabwéen, directeur de l’Institut de recherches Archie Mafeje de l’Université d’Afrique du Sud (Unisa), est d’avis que « postcolonial » et « néocolonial » s’entremêlent tous deux dans notre monde contemporain. Sabelo Ndlovu-Gatsheni appelle à décentrer le regard, à sortir des espaces académiques forgés par un monde européen engagé dans un projet de conquête impériale, à explorer les marges et les frontières. La violence n’est seulement physique ou psychologique. Il faut donc penser de nouveaux concepts et de nouveaux référents intellectuels ; condition sine qua non pour bâtir une humanité fondée sur l’équité, la justice sociale et la « coexistence éthique », et mettre fin aux rapports de classes et de races, plaide-t-il.

Par Oumar BA

C’est peu dire que la Silicon Valley ne voulait pas d’un Trump président. Nombreux à venir du microcosme californien unanimement pro-Clinton, les participants américains du Web Summit sont arrivés sonnés. La plupart rivés sur leur smartphone – encore plus que d’habitude- pour accuser le choc en échangeant avec leurs proches.

« Continuer à construire un monde meilleur »
C’est ainsi en sorte de thérapie de groupe que s’est momentanément transformée la scène principale de la grand-messe de la technologie. D’abord quand Paddy Cosgrave, l’organisateur irlandais du Web Summit, a invité le public à faire briller dans la salle ses smartphones « face à l’obscurité qui s’annonce », avant d’appeler les entrepreneurs à « travailler dur pour continuer à construire un monde meilleur ».

La thérapie s’est poursuivie lors d’un débat qui « devait initialement être le petit débat sympa où on allait parler de Clinton », ironisait David Patrikarakos, du Daily Beast, qui l’animait, puisqu’il devait être question de l’impact qu’aurait l’élection sur les quatre années à venir pour le monde de la tech. Sans que personne n’envisage sérieusement l’option Trump.

« Sa victoire est le résultat de la colère qui grandit depuis des années dans nos sociétés, comme l’a été le Brexit, comme l’est en France la montée de l’extrême-droite, a commenté Owen Jones du Guardian. Invitée pour son engagement politique avec la plateforme Up to Us, l’actrice Shailene Woodley (Divergente) a de son côté jugé que les « médias de masse avaient servi de porte-voix à Trump ».

La question de la responsabilité des réseaux sociaux s’est aussi invitée dans la discussion. « Trump n’a pas seulement gagné grâce à sa stratégie sur Twitter ! a vivement réagi Bradley Tusk, le CEO de Tusk Holdings. Ce qu’il faut réaliser, c’est surtout que la moitié du pays est désabusée ».

Mais aussi « bouleversante soit la nouvelle, nous sommes une nation forte, et nous allons survivre », a-t-il ajouté.

Sur Tinder, seule la Russie votait Trump
Le dernier intervenant de la journée, le CEO de Tinder Sean Rad, qui avait passé avec son équipe « toute la nuit devant la télévision », s’en est lui remis à « la formidable démocratie dans laquelle nous vivons ». « Il va falloir désormais soutenir la décision des Américains ».

Tinder avait organisé ces dernières semaines sa propre « élection », avec l’option « Swipe the vote » (tout juste proposée en France pour les primaires) qui permettait aux utilisateurs des Etats-Unis mais également de 14 autres pays de choisir leur candidat préféré.

Par le surfeur

Pour garder vos intérieurs sains et sans risque pour les allergiques et les asthmatiques, évitez de pulvériser des huiles essentielles.

Les sprays aux huiles essentielles seraient-ils de faux amis ? Oui, selon les résultats d'une étude du Syndicat français des allergologues (Syfal) dévoilée par Le Parisien. En effet, vendus pour assainir l'air, ils seraient plutôt des machines de guerre diffusant des composés organiques volatils (COV), grands contributeurs de la pollution intérieure et ennemis numéro 1 des allergiques et asthmatiques. 

Les diffuseurs d'huiles essentielles sont vendus pour rendre l'air de nos intérieurs plus purs. Pourtant à chaque pulvérisation, ils remplissent les pièces fermées des composés organiques volatils (COV) et du limonène ou le pinène (extraits du citronnier et du pin).

Interrogé par le Parisien, le docteur Denis Charpin, chef du service de pneumologie allergologie à l'hôpital Nord de Marseille, rappelle que « l'on retrouve dans ces sprays exactement la même molécule que celle intégrée dans des produits ménagers chimiques de synthèse vendus en grande surface. La pub a réussi à nous faire croire depuis des années que pour qu'un lieu soit propre il faut que ça sente bon. Le problème est que, dès lors que ça sent justement, il y a des composés organiques volatils. »
Diffuser des huiles essentielles, un geste polluant

«En les diffusant, un aérosol met ces particules, dont certaines comme le limonène sont notoirement connues comme allergènes, en suspension. Se collant aux particules de pollen ou de pollution qui s'y trouvent déjà, cela fait un effet cocktail lorsqu'on les inhale », s'explique au quotidien la présidente du Syfal.

Elle met en avant une étude scientifique qui affirme qu' «après avoir pulvérisé un spray assainissant contenant une quarantaine d'huiles essentielles dans une chambre d'exposition confinée, les mesures y relevaient un taux de limonène trois fois supérieur à celui qui suffit à déclencher une crise chez un patient asthmatique ».

Source : topsante.com

Chef-d’œuvre éphémère confectionné au temps par les signares se rendant à la messe de minuit, le Fanal est considéré comme l’une des fêtes les plus populaires de Saint-Louis du Sénégal. Au-delà de son caractère festif, la manifestation porte l’identité d’une ville réputée pour son bouillonnement culturel.

Malgré la concurrence imposée par les grandes villes, Saint-Louis n’a pas dépéri. L’ancienne capitale de l’Afrique occidentale française ne s’est toujours pas départie de ses fastes réjouissances. Ses fêtes traditionnelles comme le Fanal continuent de donner à la cité tricentenaire son ambiance chaude et subtile. Mais aussi l’image d’une ville creuset d’une civilisation colorée, un lieu portant l’empreinte d’un passé mouvementé.
Née en pleine période de domination française, la tradition du Fanal a grandi dans le sud de l’île, dans le quartier Sindoné appelé encore Kertian. Un quartier dont les maisons gardent encore tout leur charme avec leur petit balcon en fer forgé à l’allure tropicale.

De la nuit jaillit la lumière
Vers le 18ème siècle, la ville de Saint-Louis n’avait pas de lumière. Les belles Signares aux « longues robes à larges jupes garnies de volants », lorsqu’elles se rendaient à la messe de minuit, pendant la fête de la Nativité, étaient accompagnées par leurs esclaves qui portaient des lampions pour leur éclairer le passage. Ainsi, puisqu’elles allaient toutes à la messe de minuit à la même heure, on assistait à une magnifique procession au quartier Sindoné. Les esclaves qui restaient à l’entrée de l’église, explique la journaliste et comédienne Marie Madeleine Diallo, maintenaient leurs lampions allumés. « Le beau spectacle auquel assistaient les passants leur faisait penser à une « Panal », qui signifie en Français, le beau, l’extase. C’est de là qu’est venu le mot « Fanal ». Les gens ont, par la suite, pensé à faire des « mbootaye » (regroupements) qui portaient le nom d’un parrain. Ils concoctaient des chants qui n’ont toujours pas changé », révèle-t-elle.

Le parrain, une personne influente de la colonie
Toutefois, les chants de procession n’avaient rien à voir avec les chants du parrain. Dans son ouvrage «Reflets de mode et traditions saint-louisiennes », l’écrivaine Fatou Niang Siga définit le spectacle du Fanal de l’époque coloniale comme une grande manifestation qui « était accompagnée de garçons porteurs de pantins en bois et cartons gigotant au bout d’une perche dès qu’ils tiraient les ficelles qui les mettaient en action ». Selon elle, la danse « qui accompagnait le son du tam-tam distrayait les spectateurs ; le salut faisait sourire le blanc ; le culbute polarisait l’attention des enfants ».

Pour Fatima Fall, directrice du Centre de recherche et de documentation du Sénégal (Crds), le Fanal était une concession très légère qu’on fabriquait en hommage à un parrain ou à une marraine, en l’occurrence quelqu’un de très influent au niveau de la colonie. Il se déroulait pendant les soirées de Noël, de la Saint Sylvestre ou à l’occasion de la réception de certaines personnalités à Saint-Louis.

« Les gens défilaient le soir dans les rues avec des lampions accompagnés des chansons à l’endroit de la marraine, du parrain ou de l’hôte de marque qui séjournait à Saint-Louis », avance-t-elle. A l’accession du Sénégal à l’indépendance, le président Léopold Sedar Senghor n’hésitait pas à l’époque de faire organiser un Fanal à l’honneur de ses hôtes de marque. C’est ainsi qu’on a eu le Fanal de Félix Houphouët Boigny, du président Jacques Chirac plus tard. « Je me rappelle toute jeune que le président Senghor, chaque fois qu’il avait des hôtes de marque, les amenait à Saint-Louis. Il y avait à la place Faidherbe le Fanal qui portait le nom de l’hôte de marque qui séjournait dans l’île. Comme mon père était enseignant, on habitait juste à côté de la Place Faidherbe où nous allions chaque fois pour profiter du spectacle », se rappelle Mme Fall, par ailleurs présidente de l’Association « Nd’art ».

Une question d’honneur et de prestige
FanalD’autant plus que chaque quartier avait son Fanal, une véritable compétition s’ouvrait durant un mois. Les répétitions de chants à l’honneur du parrain allaient bon train. « Les femmes répétaient pendant des semaines l’arbre généalogique du parrain, l’histoire de sa famille, son cursus, son histoire personnelle, ce qu’il a apporté à la ville, etc. Elles se cachaient pour le faire car le Fanal était un concours et il ne fallait pas que le quartier concurrent soit au courant les chants concoctés par le quartier rival », renseigne le Directeur du Tourisme, de la culture et du patrimoine de la commune de Saint-Louis, Ahmadou Cissé. Pour les concurrents, c’était une question d’honneur et de prestige d’obtenir l’onction populaire. A l’image des autres fêtes de l’époque, le Fanal était aussi un marqueur identitaire. « Comme c’était le cas de certains combats de lutte traditionnelle qu’on a connus au Sénégal, pendant des semaines les gens ne parlaient que de cela, l’événement rythmait la ville, les grandes places, les causeries. Le Fanal se tenait le 31 décembre, donc durant tout le mois de décembre on ne parlait que de cela. On était fier de voir le Fanal de son quartier le jour-j », raconte M. Cissé.

Chaque équipe représentant soit Sor, Langue de Barbarie, les quartiers du Nord et du Sud, s’ingéniait à donner le meilleur de lui pour présenter le plus beau Fanal de toute la ville. Il fallait faire preuve de beaucoup d’ingéniosité et de créativité pour convaincre le jury instauré par le gouverneur en vue de primer le plus beau Fanal.

Les menuisiers rivalisaient d’ingéniosité dans la fabrication du Fanal. « Le premier grand Fanal roulant parut après la première guerre mondiale. Il fut l’œuvre du nommé Aziz Diallo, un menuisier habitant le faubourg de Sor. L’artiste avait reproduit « Lourdes », l’église de son quartier. L’ouvrage avait été décomposé en pièces à superposer au dessus d’un chariot à encadrement de bois entouré de cretonne, reposant sur quatre roues », écrit Fatou Niang Siga.

Dans sa conception, note Alioune Diagne Golbert, le Fanal devait symboliser un édifice très important de la ville. Les concurrents avaient donc le choix entre la mosquée, le gouvernorat, l’église, la gare… Le jour-j, les différents quartiers, chacun avec son Fanal qui pouvait atteindre jusqu’à cinq mètres de hauteur, convergeaient vers la Place Faidherbe sous le rythme du tam-tam. Grand moment de communion et de ferveur populaire, le Fanal était un événement auquel les Saint-Louisiens étaient fortement attachés, un symbole de solidarité entre les habitants d’un même quartier.

Le Fanal version moderne
Aujourd’hui, même si les époques ont changé, le Fanal continue de résister aux vicissitudes du temps. La célèbre journaliste et comédienne Marie Madeleine Diallo s’efforce, depuis 2000, à travers sa structure de communication et d’événementiel, Dialloré Productions, de redonner à cet événement phare de la culture saint-louisienne son lustre d’antan.

Elle a donné au Fanal un nouveau contenu avec un thème pour chaque édition. Contrairement à ce qui se faisait dans le passé, la manifestation n’est plus une affaire de quartier. Elle est organisée actuellement en « In » et « Off » avec des activités qui mettent en exergue toutes les structures culturelles de la région de Saint-Louis.

« Ce qui est intéressant aujourd’hui avec le Fanal, c’est que nous avons toutes les filières artistiques qui l’accompagnent : les compagnies de danse, les troupes de théâtre etc. », se félicite Moustapha Ndiaye, directeur du Centre culturel régional de Saint-Louis. La vieille ville garde toujours cette activité ancrée dans la programmation culturelle et touristique de la cité.
Cette manifestation continue d’attirer, de montrer les costumes historiques et les savoir-faire des « Domou Ndar ». La vision de Marie Madeleine Diallo d’en faire un produit culturel est aujourd’hui en marche eu égard à l’engouement populaire que suscite le Fanal version moderne.

Quand le président Senghor interdisait le Fanal
Après avoir fait le bonheur de plusieurs générations de Saint-Louisiens, les lampions du Fanal se sont « éteints » pendant plusieurs années sous les ordres du Président Léopold Sédar Senghor. L’ingérence des politiques dans cette réjouissance à connotation hautement culturelle lui avait fait perdre son essence. L’aspect festif, de communion, de partage et de solidarité entre habitants du même quartier avait cédé le pas à la confrontation entre militants d’obédiences politiques ou idéologiques opposées. « En un moment, les gens utilisaient le Fanal pour non seulement chanter les louanges des parrains mais aussi pour invectiver des adversaires politiques. L’utilisation de cette manifestation à des fins politiques avait poussé le président Senghor à l’interdire », soutient Fatima Fall, président de l’Association « Nd’art ». En effet, le Fanal, en changeant de parrain pour devenir un Fanal de parti, avait perdu son sens. C’est ainsi que les fanaux de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) et du Bloc Démocratique Sénégalais (BDS) « comme ceux des dioufistes et des laministes ont été à l’origine de la discorde entre voisins, de la dislocation de certaines familles et de la rupture de plusieurs liens d’amitié. Des inconscients qui trouvaient l’occasion la meilleure pour exploiter les candidats aux postes politiques, haussèrent d’une façon excessive les dépenses d’organisation », écrit Fatou Niang Siga dans son ouvrage « Reflets de mode et traditions saint-louisiennes ».

A l’en croire, l’autorité administrative, en constatant les méfaits sur la gestion des deniers publics, interdit cette manifestation qui étaient déjà ancrée dans les mœurs des Saint-Louisiens. Jusqu’à ce que, au début des années 2000, Marie Madeleine Diallo prit l’initiative de ressusciter cette fête portant la marque d’identité de la ville tricentenaire. Depuis, le Fanal est organisé tous les ans au mois de décembre, sauf en 2015 où l’événement n’a pas eu lieu, faute de moyens financiers.

Par Alassane Aliou MBAYE

Last modified on lundi, 21 novembre 2016 10:21

Papy reconversion

21 Nov 2016
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« Poussière et glace ne s’accordent guère. La glace ne s’émiette ni ne s’effrite, elle fond, elle s’évanouit alors que la poussière ne disparaît jamais. Remuante, turbulente, insolente, elle ne cesse de virevolter, de papillonner, de saupoudrer la face du monde du fin réseau de ses cendres instables ». Un de mes cousins, très jeune, curieux personnage, se passionne pour le roman de Jacques Lacarrière, « La poussière du monde », d’où est extrait ce passage. Mon cousin réinterprète le monde à sa guise à partir de mots qui ne sont pas les siens encore moins de son univers culturel, sociologique. Son aversion pour certains individus d’âge mûr -d’âge nuisible pour le reprendre- obstacles à la vie, gouverne son intellect. Cette poussière, inopportunément turbulente et remuante, qui ne se dépose que là où elle confisque des places et pollue l’atmosphère. J’ai alors compris pourquoi mon taciturne cousin s’est tant entiché de ce livre. L’auteur, sans aborder la question des « encombrants papys » sénégalais, lui permettait, en effet, d’exprimer sa répugnance par métaphore…A travers justement cette poussière asphyxiante.

On peut reprocher à mon cousin l’insolence de son ton mais il faut admettre qu’il n’a pas tort sur toute la ligne. Sous nos cieux, dans nos quartiers où se diffusent des valeurs de solidarité de classe, ceux qu’on appelle les « notables » (pas tous heureusement) sont en perpétuelle quête d’exutoire ; une parcelle d’exubérance acquise par cette seule légitimité d’être nés des lustres avant ceux qu’ils écrasent de leurs avanies. Et tous les moyens sont bons. Après des années de ripaille -et peut-être de luxure- (une fille dont je suis tombé éperdument amoureux m’a dit, hier, que de toute façon, à Sunugal, on n’a jamais rien fait), on se passionne subitement pour le pompeux froufrou. On s’achète un chapelet singulièrement long (c’est plus tape-à-l’œil). On copine avec le pauvre muezzin autrefois repoussé avec dédain en attendant de s’acoquiner avec l’Imam s’il est aussi affligeant que son « crieur » (par ailleurs collecteur des « oblations » d’une mosquée en éternelle réfection). Le muezzin est certainement, lui aussi, passé de « chauffeur » de bal musette à dévot sur le tard.

Après avoir conquis le gang au faste étourdissant dans une autre époque, on convoite le titre de « Aladji » pour rassurer la riche veuve du pauvre « Monsieur tranquille » arraché à la tortuosité de la cohorte des vieux « zieuteurs ». L’Imam à la rhétorique exquise viendra ensuite exalter, chez la bonne dame, les valeurs de son nouvel ami repenti avec les acquiescements de son volubile perroquet, insignifiant « ami » de tous. Quelques versets du Saint Coran, des Hadiths et le rappel de nos extraordinaires valeurs traditionnelles assaisonneront le discours du chef de la délégation (ou plutôt son ronronnement. Qu’est-ce qu’ils ont à tous parler comme des marmottes tirées de leur hibernation).

Et si la veuve de « Monsieur tranquille » a le don de clairvoyance, on s’attaque à sa déférente fille. « Xale yi daño wara sëy » (les jeunes doivent se marier) ! De manière sordide, la bande tortueuse indique à leur progéniture les « pistes » à privilégier : Couplé gagnant, couplé perdant, pour ainsi leur emprunter leur jargon ! Et puisqu’ils sont en même temps les censeurs du quartier, la police des mœurs, les gérants de la boutique du coin (entendez la mosquée), les époux des dames acariâtres que personne n’ose affronter (eux-mêmes ne s’y aventureraient pas, elles sont témoins de leurs « amusements »), gare aux petits gueux sans avenir qui feraient les yeux doux à la jouvencelle du défunt « Monsieur tranquille » (qui ne les blairait point). C’est la chasse gardée de leurs oisifs descendants, proie de toute une pernicieuse famille. « Remuante poussière ». Chapeau très jeune cousin, j’ai pigé !

Par Alassane Aliou MBAYE

Last modified on lundi, 21 novembre 2016 09:55

Il demeure dans l’anonymat mais abat un travail titanesque au nom de la défense de l’environnement. Ce biologiste de formation a fini de saisir l’incontournable nécessité d’ «assainir » la relation de l’homme d’avec son milieu. Dans l’espoir de faire comprendre à tout le monde cette exigence, Rito s’active.

Une terrasse, un café à deux autour d’une table et il se met à parler avec une passion déconcertante. La défense de l’environnement, c’est sa vie, son choix, son sacerdoce. Il est, comme il aime à se nommer, un citoyen «ordinaire» qui cherche à attirer l’attention sur un phénomène «extraordinaire» : le rapport de l’homme à l’environnement. Comment donc ce « boy Sicap » s’est, du jour au lendemain, retrouvé défenseur acharné de la nature ?

Rito Lopez Dias âgé aujourd’hui de 36 ans a grandi à Dakar dans les Sicap, plus précisément à Dieuppeul 4. Il obtient son bac à l’âge de 19 ans à Yallah Sourène Série S2. Une fois le baccalauréat en poche, il bénéficie d’une bourse des Iles du Cap-Vert. Il se rend alors au Maroc pour y poursuivre ses études supérieures en biologie et géologie. L’influence des études scientifiques va certainement déterminer ce choix. « Déjà au lycée, j’aimais bien tout ce qui avait trait aux sciences naturelles et à la géologie. C’était le cours qui retenait le plus mon attention », se remémore-t-il.

Ce premier périple vers le Maroc va apprendre au jeune homme à s’ouvrir. Le contact avec d’autres cultures d’autres personnes sera très déterminant. Après un cursus de deux ans, il décroche son Deug. Ces deux ans de pratique vont également permettre à Rito de comprendre la relation qu’il y a entre l’environnement et la biologie. Une fois le Deug en main, Rito postule pour une université française. C’est à Perpignan qu’il pose finalement ses valises. Là, il s’initie à la Biologie générale et à l’étude de la terre. Ensuite, il apprend les différentes sciences de l’environnement. Ce qui va lui permettre de saisir « l’interaction entre les plantes et les êtres vivants », note-t-il.

Une fois le master en biologie en poche, il décide de rentrer au bercail dans le but « d’apporter sa pierre à l’édifice ». Il avait surtout fini de comprendre qu’en Europe, il n’était pas «chez soi». Il était alors primordial de revenir au pays d’autant plus qu’ici, les enjeux environnementaux ne sont pas suffisamment compris par les populations. Avec les expériences accumulées ça et là, il finit par saisir combien l’étude de la biologie était liée à la vie de tous les jours. Il avait fini d’assimiler comment une plante s’épanouie, comment elle parvient à se reproduire. Il privilégie dès lors le savoir-faire au savoir tout court. «Je n’arrivais plus à retrouver l’équilibre en France, j’ai alors décidé de retourner au Sénégal. Comme une dette, je me devais de revenir chez moi, après tant d’années d’apprentissage et de pratique », relève-t-il.

Une fois au Sénégal, Rito décide, avec d’autres amis, de fonder une association pour la promotion de l’énergie solaire et la valorisation de l’éolienne. Avec deux autres amis, ils sont animés par les mêmes motivations. A cet effet, un programme pédagogique est en ligne de mire. L’objectif, c’est d’aller dans les écoles afin d’inculquer la mentalité citoyenne sur les enjeux de l’environnement aux enfants. «Nous voulions faire saisir aux enfants l’importance de l’acte citoyen. Il s’agit de leur parler du cadre de vie en passant par les énergies renouvelables. Des gestes de tous les jours à la limite anodins tel qu’éteindre une lampe quant on sort d’une pièce», affirme t-il. Mission : faire saisir aux enfants la réalité et les enjeux environnementaux. Tel était leur cheval de bataille.

Premier constat de l’équipe ? La réalité est qu’on n’arrivait pas à instaurer dans l’éducation la notion d’éco-citoyen. L’équipe s’acharne alors à déterminer la véritable signification et surtout les enjeux qui y sont liés. La bande d’écolos est convaincue de la nécessité de passer par l’éducation environnementale, «un préalable pour faire passer le message» ; ce qui est nécessaire pour instaurer l’éveil des consciences, souligne Rito.

L’environnement, une économienouvelle
Les grandes puissances ont compris que l’environnement constitue une économie nouvelle. Ils essayent de l’instaurer. Or, pour parler d’économie verte, il faudrait d’abord passer par la transition des consciences, amener les gens à mesurer l’impact, les enjeux et la nécessité afin d’y accorder une importance. «Pourtant, plus que les autres, c’est l’Afrique qui ressent aujourd’hui les effets directs du changement climatique », souligne Rito. Comment la population peut-elle assimiler ces enjeux si on ne lui donne pas des notions terre à terre, concrètes, se demande-t-il ? La première solution consiste à procéder à l’éducation environnementale, l’éveil des consciences. Il est primordial de ne pas faire du coq à l’âne. Il est nécessaire de mesurer les impacts, les véritables je veux dire, souligne-t-il de manière catégorique. Il préconise aux uns et aux autres de chercher à comprendre ce qui les entoure d’abord, avant même d’évoquer les ajustements à proprement dits. L’éveil des consciences avant toute chose.

Il s’agit ni plus ni moins de montrer ces gestes simples qui permettent de vivre mieux dans la gestion des déchets et avec de l’énergie renouvelable. Rito et ses amis ne sont pas contentés à se cantonner dans la théorie. Dans le cadre de la marche de leur association, ils ont déroulé un programme pédagogique environnemental. «Nous nous sommes toujours dits, point d’évolution environnementale, si les consciences ne sont pas éveillées. Il faut d’abord montrer le lien qu’il y a entre le changement climatique et le vécu quotidien des populations », relève-t-il.

Le cadre de vie inclut tout ce qui nous entoure : l’eau, les arbres, les plantes, l’utilisation de l’énergie. Ce programme environnemental a été déroulé dans dix écoles du primaire au lycée. Il faut noter cependant que ce sont les privés catholiques qui ont le plus adhéré à la cause. « Nous avons initié des visites pédagogiques avec les élèves, leur avons montré comment on mettait en place des jardins respectueux de la nature. Des clubs environnementaux ont également été mis en place. L’objectif est de montrer aux élèves comment rendre meilleur leur cadre de vie, tout en devenant des citoyens respectueux de la nature », relève t-il.

Le management des énergies renouvelables est la clef de voute. Des systèmes de fertilisation naturelle sont également mis en avant. «Nous encourageons le traitement des déchets afin de voir comment on pourrait quantifier ici au Sénégal la typologie d’ordures dont nous disposons ». Des visites vertes ont également été initiées. L’équipe sera cependant vite confrontée à un manque de logistique. «Nous comptions sur nos propres moyens. Après deux ans d’activité sans soutien, nous avons dû arrêter», se désole Rito. Parmi les catastrophes environnementales qui existent dans le monde figure en bonne place la décharge de Mbeubeuss. D’autres parts, les conduites d’eaux usées qui ne respectent toutes les normes constituent de véritables entraves pour l’environnement, affirme Rito. Il est persuadé que l’homme a un véritable problème avec son environnement, pour parer à cela, il propose des solutions locales pour ce « désordre » qu’il dit «global».

Par Oumar BA

Last modified on lundi, 21 novembre 2016 10:19

Sobel Ngom : Leader civique

21 Nov 2016
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Sobel Ngom est un jeune entrepreneur sénégalais de 25 ans qui a fait des études supérieures en communication à l’école supérieure de commerce Sup De Co à Dakar. Sobel a travaillé depuis 2010 pour une ONG internationale nommée ASHOKA en tant que responsable Afrique du programme Change Makers. A ce titre, il est chargé de bâtir et d’entretenir un réseau de plus de 2000 entrepreneurs à fort potentiel en Afrique. En 2011, il a rejoint l’équipe de People Input, la première agence digitale en Afrique Subsaharienne. Il devient le premier Community Manager à être reconnu sur le marché sénégalais, et est l’auteur du premier livre blanc faisant l’état des lieux des réseaux sociaux au Sénégal et au Cameroun. Particulièrement intéressé par les problématiques de développement et de politiques, Sobel a créé au sein de People Input, Social Marketing Agency dédié à l’accompagnement des ONG, des politiques et des acteurs de la vie publique et du développement pour lesquelles elle conçoit et elle met en œuvre des actions de marketing digital. Sobel est lui-même un entrepreneur et a lancé Social Change Factory, un centre de leadership civique pour les jeunes. Social Change Factory est le promoteur du grand show télévisé dédié à la jeunesse, la Voix des jeunes. En 2011, Sobel a été élu meilleur débatteur de l’année en remportant le concours national de débat, Débattons. Il a représenté le Sénégal au Young Africa Summit en 2012 et au forum mondial des politiques de jeunesse des Nations Unies en 2014. Son engagement en tant que leader de la jeunesse africaine a été reconnu en 2014. En effet, Sobel a été boursier de la première édition du programme Yali, Young African Leaders Initiative, du président Obama. Ses prises de position sont désormais célèbres car il s’est vu cité en référence par le président Obama à deux reprises lors d’allocutions officielles, notamment lors de la réunion de l’Union Africaine il y a quelques semaines. 

Jean-Godefroy Bidima est spécialiste de la théorie critique de l’école de Francfort, ancien directeur de programme du Collège  international de philosophie de Paris et professeur titulaire de l’université Tulane à la Nouvelle-Orléans où il occupe la chaire Yvonne-Arnoult. Bioéthique, anthropologie du droit, éthique médicale, esthétique, économie…, ses champs de réflexion sont nombreux et vastes. Penseur extrêmement fécond, ce philosophe camerounais de 58 ans s’efforce de lire notre monde à travers ses imaginaires et les rapports asymétriques de domination qui le structurent. Au fil de ses recherches, il forge une œuvre solide qui appréhende les réalités africaines et globales à travers les non-dits, déconstruit les faux-semblants et interroge les interstices et les marges. Auteur de « L’Art négro-africain » (éd. PUF, « Que sais-je ? », 1997) et « La Philosophie négro-africaine » (éd. PUF, « Que sais-je ? », 1995), Jean-Godefroy Bidima a créé le concept de « traversée » largement repris depuis par des penseurs plus connus comme son compatriote Achille Mbembe, afin de  dire « de quels pluriels une histoire déterminée est faite ». Plus qu’une idée-force, il manifeste l’envie de déceler le multiple et le divers.

Rama Thiaw : Caméra au poing

18 Nov 2016
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Primé à la Berlinale en mars, le documentaire de 110 minutes de cette réalisatrice sénégalaise sur le mouvement citoyen « Y’en a marre » confirme un vrai talent : celui de Rama Thiaw, 38 ans, une battante à l’esprit rebelle qui a grandi entre la Mauritanie, la banlieue dakaroise de Pikine et la France. Elle y a étudié l’économie à la Sorbonne et le cinéma à Saint-Denis, avant de s’emparer d’une caméra et de sujets de société qui lui tiennent à cœur. Mère en France d’un garçon prénommé Kaya – en hommage à Bob Marley –, elle revendique ses origines populaires et africaines. Remarquée dès 2011 grâce à « Boul Fallé », un documentaire sur l’engouement des jeunes pour la lutte traditionnelle au Sénégal, Thiaw assume une manière très personnelle de filmer, s’attardant avec poésie sur les corps des lutteurs dans leur ballet, qu’elle voit comme l’incarnation d’un espoir : « Redevenir ce que nous sommes, de nobles guerriers. »

Son dernier film, déjà culte au Sénégal au moment de son tournage, s’intitule « The revolution won’t be televised » (« La révolution ne sera pas télévisée »), un titre inspiré par Gil Scott Heron, poète africain-américain (1949-2011) et l’un des parrains du hip-hop. Un paradoxe, aussi, car les images montrent des caméras et des objectifs braqués sur les trois camarades de lutte, Thiat et Kilifeu (deux rappeurs du groupe Keur Gui) et leur ami journaliste Fadel Barro, fondateurs en janvier 2011 du mouvement « Y’en a marre ». Leur mobilisation visait à empêcher le président Abdoulaye Wade de se maintenir au pouvoir, en faisant modifier la Constitution, comme cela arrive en toute impunité sous d’autres cieux.

Rama Thiaw rythme le début de son film d’images d’archives, retraçant avec précision le film des événements. Où l’on voit la rue s’enflammer, littéralement, dans des scènes de colère qu’elle contribue à fixer dans les mémoires, des morceaux d’anthologie qui ont inspiré les jeunes bien au-delà des frontières du Sénégal – au Burkina Faso et en République démocratique du Congo (Rdc) notamment.

En filigrane, la réalisatrice filme aussi la valse médiatique autour du mouvement. Entouré dès le départ de jeunes journalistes européens fascinés, « Y’en a marre », dont on comprend comment le leadership s’est construit dans des périodes de tension intense, n’a été reconnu par la diplomatie occidentale que sur le tard, en 2013, une fois la bataille finie, par les visites officielles de Barack Obama et du ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Son sujet s’est imposé à elle avec la force de l’évidence : « Je n’ai jamais rencontré des artistes aussi intègres, si intègres que les filmer est devenu forcément nécessaire, ne serait-ce que pour me dire que je ne rêvais pas », dit-elle. Le documentaire, qui fait le tour des festivals de la planète, a été montré à Milan, Buenos Aires, Toronto, Munich, Varsovie, Bruxelles, Seattle, Durban et Lausanne au mois d’août. En mélomane engagée, Rama Thiaw ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Son prochain projet, qui promet de faire couler de l’encre, porte sur le reggae en Afrique : d’Abidjan à Johannesburg, l’histoire d’une passion et d’une force positive, comme elle.

Mes reins, j’y tiens !

18 Nov 2016
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Beaucoup de personnes ont les reins malades et ne le savent pas ! Quelles sont les principales maladies rénales, comment les dépister, quels sont les facteurs de risque ?
Les maladies rénales ne provoquent aucun symptôme avant un stade avancé. Le diagnostic est donc très souvent tardif. Or, une prise en charge précoce permet de ralentir, voire de stopper l’aggravation de ces pathologies.

Filtres de l’organisme
Les reins éliminent les déchets toxiques provenant de la destruction des cellules de l’organisme et de la digestion des aliments. Pour vivre, les cellules du corps utilisent l’énergie et les diverses substances apportées par les aliments. Les déchets produits lors de ces opérations sont drainés par le sang, filtrés par les reins, puis se retrouvent dans l’urine. Ainsi, en cas de maladie rénale, l’organisme est empoisonné par ses propres déchets… Mais, le rôle des reins ne se limite pas à la filtration du sang. En effet, les reins produisent aussi des hormones. Tout d’abord, la rénine est une des hormones qui régule la pression sanguine. Voilà une des raisons pour laquelle l’insuffisance rénale chronique s’accompagne souvent d’hypertension artérielle !

Maladies des reins : causes multiples
Les maladies rénales peuvent être causées par des infections, liées à des microbes comme les streptocoques. De même, l’absorption de substances toxiques, notamment certains médicaments, entraîne aussi parfois la destruction des reins. Une atteinte rénale peut aussi être occasionnée par des dérèglements spontanés du système immunitaire, qui se met à attaquer les reins. Des maladies génétiques entraînent aussi des insuffisances rénales. Enfin, les reins fonctionnent moins bien avec l’âge… En effet, à partir de 60 ans, on perd 10 % de fonction rénale tous les 10 ans.

Une des causes principales d’insuffisance rénale est l’obstruction des artères rénales. Après la cinquantaine, la paroi des artères rénales peut s’épaissir suite à un dépôt de cholestérol. C’est la plaque d’athérome ! Le passage du sang vers les reins est réduit. Le tissu rénal se détruit alors peu à peu. Détectées précocement, ces obstructions peuvent parfois être traitées par angioplastie. Un petit ballonnet introduit dans la zone du rétrécissement de l’artère est gonflé durant une trentaine de seconde. La plaque d’athérome est alors écrasée et le sang peut circuler de nouveau normalement. Pratiqué à temps, ce traitement permet une régression partielle de l’insuffisance rénale.

Les signaux d’alertes
Au début de l’atteinte rénale, les symptômes sont souvent inexistants. Puis, les insuffisants rénaux ressentent peu à peu une fatigue excessive à l’effort, un manque d’appétit et un besoin d’uriner plusieurs fois par nuit. L’altération de la fonction rénale est généralement découverte en cas d’hypertension artérielle, ou lors d’un examen d’urines sur bandelettes pratiqué à l’école ou à la médecine du travail. Afin d’évaluer le stade et la gravité de l’insuffisance rénale, les médecins se basent sur des examens sanguins. Le principal est la créatininémie, c’est-à-dire le dosage de la créatinine dans le sang. La créatinine provient de la destruction normale des cellules musculaires de l’organisme, en perpétuel renouvellement. Si les reins fonctionnent mal, la quantité de créatinine dans le sang augmente.

Empêcher l’aggravation !
Une fois détectée, l’insuffisance rénale doit être traitée afin d’éviter son aggravation. Pour cela, il faut tout d’abord contrôler l’hypertension artérielle au moyen de médicaments. Ensuite, il faut revoir la diététique. En effet, une alimentation trop riche en protéines augmente le travail des reins et favorise la dégradation de la fonction rénale. De même, l’arrêt du tabac est indispensable. En effet, l’intoxication tabagique accélère la progression de l’insuffisance rénale.

Son œuvre semble peu africaine mais constitue pourtant l’une des plus importantes et des plus significatives du renouveau de la pensée critique du continent. Résolument inscrite dans les traditions philosophiques occidentales, la réflexion de Kwame Anthony Appiah puise sa source dans son  histoire  familiale et son double héritage culturel, ghanéen et britannique. Le cosmopolitisme n’est pas seulement une question théorique, c’est une éthique et une pratique pour celui qui a grandi au Ghana avant de  mener ses études supérieures en Angleterre et de s’installer aux Etats-Unis, où il a enseigné dans les plus prestigieuses universités. Ainsi qu’il le raconte, Appiah s’est toujours efforcé d’obéir au vade-mecum de son père : « Souvenez-vous que vous êtes des citoyens du  monde, et travaillez à le  quitter meilleur que vous ne l’aurez trouvé. » La pratique africaine de la philosophie, telle qu’il la mène combine l’étude historique, l’analyse conceptuelle et l’approche anthropologique, mais surtout illumine des questions centrales pour la philosophie occidentale. Concilier le singulier et l’universel, le différent et l’en-commun, c’est refuser les assignations identitaires. Cette démarche, Kwame Anthony Appiah en a fait sienne.

Bouillants comme une marmite qui mitonne. Chez les Dias, l’adage « tel père, tel fils » se revêt des oripeaux de l’évidence. Le père, Jean-Paul Dias Mendes, plus connu sous le nom de Jean-Paul Dias, a longtemps été le « bad boy » de la politique sénégalaise. Aux côtés de Me Wade dans sa longue lutte contre le pouvoir socialiste, Dias n’hésitait jamais à user de gros mots pour porter le coup qui fait mal au cœur du Ps. Le fils suit la voie tracée par son père, mais ses cibles sont multiples.

Le leader du Bloc des centristes Gaïndé (Bcg), Jean-Paul Dias, est un homme au parcours politique tumultueux. Allié puis adversaire d’Abdoulaye Wade, alors chef de l’opposition, M. Dias l’a rejoint après l’avènement de l’Alternance. Son retour à la « maison du père » est récompensé par l’octroi du poste de Directeur général de l’Institut de prévoyance retraite du Sénégal (Ipres). L’expérience tourne court, laissant un goût amer à ce Sénégalais né de parents d’origine cap-verdienne dans le quartier administratif du Plateau de Dakar. Le leader du Bcg avait voulu revoir à la hausse ses émoluments et se doter d’un parc automobile jugé « indécent » par le Conseil d’administration de l’Ipres. Ce bras de fer avec les administrateurs de l’Institut de prévoyance lui coûte son poste. Il s’en suit une brouille avec le régime du président Wade qui lui a valu une première incarcération en avril 2006, pour avoir refusé de déférer à une convocation de la Division des investigations criminelles. Jean-Paul Dias qui assistait à la cérémonie de Chemin de Croix à la cathédrale de Dakar est cueilli par la Dic à sa sortie. Un acte qui n'a pas été du goût de la communauté chrétienne du Sénégal. Cette indignation est perceptible dans un communiqué de « Présence chrétienne » rendu public. « C'est là une injure et une provocation à l'endroit de la communauté catholique », déclare l'association dirigée par Théodore Ndiaye, car le commissaire Assane Ndoye et ses hommes ne semblaient pas se soucier de la sacralité du vendredi saint. D'ailleurs, l'association chrétienne ne croit pas que l'acte posé par la Dic soit innocent, si même il n'est pas calculé. Et l'accusation est à peine voilée. « Ce n'est pas pure coïncidence que cette arrestation ait lieu ce vendredi et à la cathédrale et au moment où l'Eglise du Sénégal accueille la Croix pèlerine qui vient de Rome, première étape africaine ». Le 9 août de la même année, il sera violemment interpellé, à nouveau, en son domicile au petit matin et incarcéré sous prétexte que des doutes existeraient relativement à sa nationalité sénégalaise. Son domicile est saccagé, sa femme bastonnée. Cette affaire provoqua, aussi, une levée de bouclier populaire d'autant que son fils, Barthélemy, sera appréhendé dans la même période et déporté à Tambacounda.

C’est en 1987 que M. Dias adhère au Parti démocratique sénégalais (Pds) de Me Abdoulaye Wade, alors principal opposant au régime de Diouf. Il se voit confier, par Me Wade, la charge de lancer le journal de parti « Sopi », dont il sera le directeur de publication en 1988. En cette année particulièrement agitée sur le plan politique, suite aux violences post-électorales et l’arrestation du leader du Pds, « Sopi » atteint parfois un tirage de 50.000 exemplaires.

En avril 1991, Jean-Paul Dias entre au gouvernement de majorité présidentielle élargie de Habib Thiam, en tant que ministre de l’Intégration économique africaine, en même temps que l’opposant Abdoulaye Wade, et ses camarades Ousmane Ngom et Aminata Tall. En octobre 1992, à quelques mois des élections législatives et présidentielles de 1993, à l’instar des autres ministres du Pds, M. Dias abandonne son portefeuille. Au sein du Pds où il a occupé successivement les fonctions de trésorier, secrétaire à l’information puis à l’économie générale, ses relations avec son leader se détériorent au lendemain des joutes électorales de 1993. Exclu du Pds en 1995, il fonde le Bloc des citoyens Gaïndé devenu l’année suivante Bloc des centristes Gaïndé (Bcg). A la tête de son nouveau parti, il devient le seul élu comme conseiller municipal de sa formation politique dans la ville de Dakar, lors des élections locales de 1996. La même situation se produit aux législatives de mai 1998 où, en tant que tête de liste du Bcg, il est l’unique député centriste. A l’Assemblée nationale, Dias n’adhère à aucun groupe parlementaire, se distinguant comme un député à part. Une position qui s’est notamment confirmée, lorsqu’en août 1998, il refuse de suivre les députés de l’opposition dans leur vote contre la Déclaration de politique générale du Premier ministre Mamadou Lamine Loum. Lors de la présidentielle de 2000, M. Dias décide d’apporter son soutien au candidat socialiste, Abdou Diouf, à travers une structure dénommée Convergence patriotique. Ce regroupement réunissait, entre autres, le Parti libéral sénégalais (Pls) de Me Ousmane Ngom, le Parti africain de l’indépendance (Pai) de Majemouth Diop et le Parti démocratique sénégalais/rénovation (Pds/R) du professeur Serigne Diop.

Bon sang ne ment pas
Il faut croire que Jean-Paul Dias a insufflé son amour de la politique et sa hargne à son fils Barthélémy, secrétaire général des jeunesses socialistes et maire d'arrondissement de Mermoz-Sacré-Cœur. Dias père est, en effet, marié depuis 1974 avec Christiane Lopes, Professeur d'enseignement secondaire, ancienne capitaine de l'Équipe du Sénégal de basket-ball féminin, championne d'Afrique aux Jeux panafricains de Lagos (1973). Christiane Lopes Dias a été censeur du lycée de jeunes filles John Kennedy, puis conseiller au cabinet du ministre de l'Education nationale du Sénégal. Il est le père de 3 enfants. Sa fille aînée Virginie Dias Tagnon est cadre supérieure au sein du Groupe L'Oréal (Paris), Barthélemy Dias est le second, tandis que la cadette, Josépha Dias Kendeck est chasseur de têtes dans un cabinet de recrutement à Londres.

Fils unique, Barthélémy est père de deux enfants nés d’une mère noire américaine. Derrière ses lunettes noires qui font penser à la Cosa Nostra italienne, une photocopie conforme de son père. Ils se ressemblent trop. Du moins physiquement. Il a tout de son père : la verve, la virulence et l’opposition au régime de Wade.

Barthélémy, pour chaque affaire ou presque, enfonce le clou. Il aime attiser le feu. Son verbe est fracassant. Dans l’affaire qui a mis sa famille au-devant de la scène en août 2006, il est la source du tumulte : le père en détention dans les locaux de la Division des investigations criminelles (Dic), la mère blessée lors de l’intervention musclée de la police dans la demeure familiale, la maison saccagée. Il est celui par qui arrive le scandale. Il se braque sur le président de la République en toutes circonstances pour dire l’innommable. Ses attaques répétées contre Gorgui braquent le pouvoir contre les Dias. Il refuse de déférer à la convocation de la Dic qu’il traduit par « Division des illusions et des confusions ».

Pourtant, quand Dias-fils revient au pays en 2004, après un long séjour aux Etats-Unis où il a poursuivi ses études, rien ne laissait présager chez lui un avenir politique aussi orageux. Il est resté une année à chercher à vivre de son métier, en tant que diplômé en « Business-Management option Transport », pour lequel il a traîné sa bosse au pays de l’Oncle de Sam. Ce qu’il réussit puisque ses activités professionnelles l’ont rendu financièrement indépendant de sa famille. Mais son destin le poursuit et très vite le jeune Dias n’a plus envie de rester passif « face aux promesses non tenues du régime de Abdoulaye Wade ». D’où le sens d’un engagement politique avec un programme rond : « Déboulonner Wade ». Pour lui, il n’y a rien qui soit possible à partir des théories développées dans des « salons ennuyeux et inefficaces ». Le Bloc des centristes Gaïndé est tout près de lui. Il est d’un père dont le nom renvoie au compagnonnage tumultueux avec Me Wade. Il s’engage dans le Bcg ? Non, il pose ses baluchons et ses idées chez les anciens ennemis de papa. Barthélémy choisit de cheminer avec le Parti socialiste (Ps). Il crée, avec la bénédiction de la direction du parti, « Convergence socialiste », un mouvement de soutien affilié et non intégré au Ps.

« Sa fougue juvénile », ses prises de position iconoclastes et ses déclarations incendiaires ne dérangent pas, pour autant, le Parti socialiste post-alternance assagi par la défaite du 19 mars. Son père respecte son choix. Normal, son propre père était… socialiste.

L’évocation du bateau « Bou El Mogdad » suscite des émotions chez certains habitants de Saint-Louis et de la Vallée du Fleuve Sénégal en général. Marqueur identitaire, ce bateau très prisé dans les années 50, est devenu un patrimoine propre de cette région. Le « Bou El », véritable embrayeur de souvenirs, est témoin de scènes d’allégresse, d’angoisse et de tristesse qui rythmaient le quotidien des villes et villages qu’il traversait…

Dans la douceur du soir, un vent frisquet balaie le quai Roume, sur l’ex rue Boufflers, devenue aujourd’hui Rue Doudou Seck. Comme durant l’époque coloniale, l’endroit conserve encore jalousement son architecture typique faite de maisons de commerce et d’appartements ouvrant sur de larges terrasses et sur des balcons à balustrade. Les belles maisons à galerie construites pendant cette période par des signares ou des riches négociants campent également le décor de cette partie de la ville tricentenaire. Autre patrimoine, mobile cette fois-ci et qui ne passe pas inaperçu, le « Bou El Mogdad » drapé de sa robe blanche.

A 19 heures déjà, une sorte de brume épaisse enveloppe l’île.Par groupes, des jeunes reviennent du jogging. L’air joyeux, ils passent avec indifférence devant cette ancienne vapeur mythique des Messageries du Sénégal, accosté, comme il y a plus de cinquante ans, sur le quai du fleuve. Véritable embrayeur de souvenirs, le « Bou El Mogdad », c’est l’image des scènes d’allégresse, d’angoisse et de tristesse, d’ordre et désordre qui ont rythmé plus d’un demi-siècle de vie et d’échange le long des rives du Sénégal bien avant l’indépendance. Dans ses périples, le « Bou El » qui fait cinquante mètres de long sur dix mètres de large,transportaient plusieurs tonnes de marchandises dont des étoffes, des fruits et légumes, du charbon, des céréales pour le ravitaillement de certains comptoirs commerciaux de Podor, Rosso, Matam, Dagana… Mais ce n’est pas tout, le bateau servait également au transport des élèves, des fonctionnaires en affectation ou en déplacement dans ces localités ainsi que de simple voyageurs.

C’est en 1950 que le « Bou El » a été mis en service pour assurer l’ensemble du trafic et de la navigation sur le fleuve. Il devait ainsi prendre la relève des ferries : Boufflers, le Soulac et le Keur Mour. Lesquels étaient d’imposants navires de commerce qui sillonnaient le fleuve Sénégal et desservaient le Fuuta et le Waalo dans la Vallée du Fleuve Sénégal. «L’histoire de l’exploitation fluviale a commencé avec les Boufflers, Keur Mour. Le Bou El Mogdad au moment de son arrivée faisait partie des bateaux les plus modernes », se rappelle, Alioune Badara Diagne Golbert. Ce bateau couvrait convenablement toute la demande qu’il y avait à cette époque.

L’écrivain, le colonel Momar Guèye, fait partie également des témoins de cette période faste de l’économie de la vieille ville où le « Boul El Mogdad » apportait le bonheur dans toute la région. « Je me souviens de la belle époque des Messageries du Sénégal(…). C’était le temps où des pirogues longues et étroites appelées « Gaalu mboul », arrivaient à Saint-Louis remplies de pastèques et de nénuphars. On observait également, sur les différents bras du Fleuve Sénégal, ces immenses pirogues multicolores qu’on appelait « Gaalu penku » et qui transportaient d’importantes cargaisons de charbon et de bois de « gonakié » ou « ngonaaké ». Le « Gonakié » est une espèce ligneuse qui pousse dans la vallée du fleuve et qui a un pouvoir calorifique très élevé. Il était particulièrement utilisé comme bois de chauffe par les ménagères Saint-Louisiennes », note-t-il.

Un bateau de souvenirs
Pour Moustapha Ndiaye, directeur du Centre culturel régional de Saint-Louis et gestionnaire de l’île, la présence du bateau mettait en valeur le patrimoine qu’est le Fleuve Sénégal, le fleuve en tant que lien entre Saint-Louis et l’intérieur du pays. Pour dire que la vapeur mythique des Messageries du Sénégal n’est pas seulement un déclencheur de souvenirs, c’est aussi un navire rempli d’histoires. Les populations s’étaient habituées à son arrivée et à son départ à travers sa retentissante sirène ainsi que ses puissants haut-parleurs qui distillaient la belle musique de l’époque. « L’évocation du bateau, pour ceux qui l’ont déjà emprunté, déclenche des souvenirs parce qu’à l’époque coloniale, il n’y avait pas beaucoup de routes comme aujourd’hui. L’élève qui obtenait son entrée en sixième prenait le « Bou El » pour venir faire ses études à Saint Louis. C’est une étape importante dans la vie d’un homme, comparable à celle d’un marié qui attendait sa promise qui arrive par ce bateau ou un père impatient de retrouver son fils de retour de France. Le francenabé qui arrivait au Sénégal ou qui voulait quitter le Fouta pour Saint-Louis prenait le bateau », explique Ahmadou Cissé, directeur du Tourisme, de la culture et du patrimoine de la commune de Saint-Louis. A l’en croire, ce bateau est un marqueur identitaire, un patrimoine propre de cette région.

Avec la construction du barrage de Diama, le « Boul El » ne pouvait plus naviguer sur le fleuve de Saint-Louis à Podor. Ainsi, après avoir desservi pendant des années plusieurs localités le long de la Vallée du fleuve, il a été vendu dans les années 1970. Le bateau a ensuite quitté le Sénégal pour aller en Sierra Léone. Quand la guerre a éclaté dans ce pays, le « Bou El » a été amené dans les îles du Saloum et, pendant un temps, en Casamance.

Toutefois, eu égard à la valeur à la fois symbolique et historique que représente ce navire pour la région, il sera racheté en 2004 par un métis Saint-louisien, Jean-Jacques Bancal avec un groupe d’amis pour un coût de 250 millions de Fcfa. 40 ans après sa dernière croisière, le bateau reprend service. Il vogue désormais à la découverte du parc de Djoudj, de Podor, Richard Toll et Saldé avec quatre à cinq heures de navigation par jour.

Un retour triomphal après 40 ans d’absence
Le retour du « Bou El Mogdad » à Saint-Louis, après 40 ans d’absence, en 2005, a déclenché une forte émotion dans la ville tricentenaire. Les scènes de liesse qui ont accompagné son entrée dans la ville restent mémorables de l’avis de certains témoins. Pour ceux qui ont connu ce bateau, les images de leur jeunesse ont remonté en surface. « Il fallait voir les gens quand on a ouvert le pont pour laisser passer le bateau. J’ai vu de vieilles personnes pleurer de joie, de nostalgie. Interrogées, elles vous disent que ce bateau est un pan d’elles-mêmes. Elles se souviennent des gens qui descendaient du bateau, le mil, le charbon, les marchandises », souligne Ahmadou Cissé. Alioune Badara Diagne Golbert se rappelle aussi de toute cette émotion suscité par le retour du navire. Preuve que ce moment est historique, le comédien et journaliste a eu l’idée de retransmettre cet événement en direct sur sa radio Teranga Fm. « Le jour où le Boul El devait rentrer à quai, j’ai fait le direct à la radio et par cette occasion j’ai fait pleurer des dizaines de milliers de personnes à Saint-Louis. Dès qu’il a sifflé, je me suis remémoré de ma jeunesse en 1946. Je me suis souvenu de Boufflers, de Keur Mour. J’ai rappelé aux auditeurs l’histoire de la première arrivée du Boul El Mogdad. Tout Saint Louis était sorti », avance-t-il.

L’attachement des Saint-Louisiens à bateau mythique se comprend aisément. Pour beaucoup, il s’agit d’un pan très important de leur histoire, de leur enfance. Il fallait donc, par tous les moyens, ramener cet élément à part entière du patrimoine de l’île. « Quand j’étais petit, j’empruntais le pont Faidherbe pour aller au lycée Faidherbe devenu Elhadji Omar Tall. Chaque fois que je passais, je voyais le bateau. Quand il n’était pas là, j’étais triste car j’avais l’impression qu’il manquait quelque chose à ma ville. Il y avait trois autres petits bateaux, mais c’était des chaloupes qui faisaient du transport de charbon et de bois. C’était l’époque des grandes pirogues qui faisaient cinq mètres de haut et qui transportaient aussi du bois depuis le nord du fleuve Sénégal », se remémore Jean Jacques Bancal.

Les scènes de liesse n’étaient pas seulement observées à Saint-Louis. Le premier voyage du « Bou El Mogdad » après son retour dans la vallée a créé un grand enthousiasme dans les villages jouxtant le fleuve. Partout où il passait, les gens sortaient spontanément et exultaient dès qu’ils entendaient la fameuse sirène.

EL HADJI BOUL EL MOGDAD SECK, L’ÉMINENT INTERPRÈTE QUI DONNA SON NOM AU BATEAU
Il a donné son nom à ce bateau mythique qui a vu se succéder plusieurs générations de la Vallée du fleuve Sénégal. Boul El Mogdad Seck, né en 1826, était interprète et conseiller auprès des gouverneurs de l’administration coloniale à Saint-Louis du Sénégal. Très cultivé et respecté, l’homme issu d’une grande famille saint-louisienne, a été pendant 20 ans, l’interprète, le rédacteur et le traducteur de l’arabe pour le compte du gouvernement colonial du Sénégal. L’érudit était chargé d’écrire en arabe les contrats signés. Il connaissait tous les grands marabouts de la région jusqu’au Mali.

Boul El Mogdad Seck s’était distingué par sa dévotion pour la religion musulmane, ainsi que sa loyauté envers l’autorité coloniale. Il faisait également le lien entre l’administration coloniale et les populations autochtones. Grand explorateur devant l’éternel, il accompagna le capitaine Vincent dans l’Adrar, en Mauritanie. L’homme aura, au total, participé à 22 missions ou expéditions à l’époque. Après un séjour à la Mecque pour accomplir l’un des cinq piliers de l’islam, El Hadji Bou El Mogdad Seck, de retour à Saint-Louis, gagne davantage de respect et d’estime au sein de sa communauté. C’est ainsi qu’après 23 ans de service, il sera élevé au grade d’Officier de la légion d’honneur. Il serait le premier noir à avoir cette distinction. En quittant l’administration coloniale en 1879, Boul El Mogdad est nommé Tamsir et Cadi à Saint-Louis un an plus tard en 1880. Sa mort va intervenir dans la même année.

JEAN-JACQUES BANCAL, PROMOTEUR TOURISTIQUE : L’homme du « Bou »
Jean jacques Bancal BateauSi le « Bou El Mogdad » est revenu à Saint-Louis après 40 ans d’absence, c’est avant tout grâce à l’engagement de Jean-Jacques Bancal, descendant d’une vieille famille de la vieille ville.
On le surnomme « l’homme du Bou ». « Bou », comme le diminutif de « Bou El Mogdad » du nom du mythique bateau saint-louisien. Démarche chaloupée, Jean-Jacques Bancal traîne sa longue silhouette dans les coursives du navire qui, en cet après-midi de lundi 24 octobre, reçoit les derniers coups d’astiquage avant un énième voyage à travers les méandres du Fleuve Sénégal. Pendant quelques semaines, le bateau de croisière était à quai pour les besoins d’un grand toilettage technique et esthétique. Même si tout semble prêt pour que, dès le lendemain matin, le navire fasse un petit tour jusqu’à l’île de Bopp Thior, le franco-sénégalais, descendant d’une vieille famille saint-louisienne, veut s’assurer que tout est au point. C’est que l’homme est méticuleux, à la limite procédurier, d’où ses incessantes « inspections » et échanges avec le personnel du bateau. « Des touristes français ont loué le bateau pour célébrer un mariage ce mardi, alors je ne veux pas qu’il y ait des impairs », se justifie-t-il de sa voix traînante. Si aujourd’hui les touristes peuvent se permettre une croisière à bord du « Bou El Mogdad » et les Saint-Louisiens retrouver la silhouette familière de cette navire qui, dès 1951, assurait le trafic de marchandises, de courrier et de passagers de Saint-Louis à Kayes, au Mali, pour le compte des Messageries du Sénégal, c’est en grande partie grâce à Jean-Jacques Bancal. Qui, avec des amis, a décidé de le racheter en 2005 et de le ramener à Saint-Louis qu’il avait quitté quarante ans plus tôt. L’absence de ce bateau mythique fut, en effet, pour ce métis saint-louisien, un crève-cœur. Le voir revenir sur le quai Roume était un défi que cet hôtelier et ses associés s’étaient juré de relever car, pour eux, le « Bou » c’était un pan de l’histoire de Saint-Louis qui avait disparu et qu’il fallait ressusciter.
 
Preuve qu’il a un amour immodéré pour le « Bou », Jean-Jacques Bancal a été, avant de le racheter avec ses amis pour la somme de 250 millions de Fcfa, allé le voir, tous les deux mois pendant sept ans. Cette débauche d’énergie juste pour convaincre son propriétaire de le vendre. Trois mois de carénage à Dakar et le voilà qui revient au berceau, le 16 octobre 2005, devant toute la population de Saint-Louis massée sur ses quais. Ce jour-là, le pont Faidherbe - symbole de la ville -, fermé depuis plus de vingt ans, a pivoté lentement afin de laisser passer Sa Majesté le Bou. Les deux puissants coups de sirène retentirent : tout était rentré dans l'ordre.

Pour avoir réussi à faire revenir le « Bou El Mogdad » à Saint-Louis, Jean-Jacques Bancal mériterait peut-être une statue à défaut d’avoir une ruelle de la vieille ville qui porte son nom. Si ce cas de figure advenait, ce ne serait pas une première chez les Bancal. En effet, une rue au Sud de l’île porte le nom de l’arrière-grand-père père de Jean-Jacques, René Victor Bancal qui, en tant que médecin, a lutté contre les épidémies de choléra à Guet Ndar. Né à Saint-Louis en 1960, Jean-Jacques Bancal est donc issu d’une famille métisse qui s’est impliquée, dès l’année 1960, dans la vie politique au Sénégal. Comme il aime à le répéter, il descend d’une « famille qui s’est battue pour le Sénégal et pour Saint-Louis ». C’est d’ailleurs pour perpétuer ce legs familial que Jean-Jacques Bancal a dû abandonner ses études en Pharmacie pour se lancer dans l’hôtellerie au décès de son père en 1979 lequel était l’un des magnats de ce secteur à Saint-Louis. Jean-Jacques prend alors les destinées de l’hôtel La Résidence située dans le centre historique de la ville tandis que son frère René prend la direction du Ranch de Bango. Il installe également un campement sur la Langue de Barbarie puis diversifie ses activités et ouvre une agence de voyage. Demander à Jean-Jacques Bancal s’il se sent plus Français que Sénégalais, c’est lui demander qui préfère-t-il entre son père et sa mère. Il ne saurait trancher. En tout cas, ce qui est sûr et certain c’est qu’il veut mourir et être enterré à Saint-Louis. Le plus clair de son temps, Jean-Jacques Bancal le passe dans cette ville qu’il qualifie de « plus belle du monde ». Il ne se rend en France qu’en de rares occasions pour aller voir sa mère qui y vit aujourd’hui. Quand Jean-Jacques Bancal soutient que Saint-Louis est une ville à défendre et à laquelle il est fier d’appartenir, on peut bien le croire.

Par El Hadj Ibrahima THIAM,
Ibrahima BA (textes) et
Sarakh DIOP (photos)

Last modified on vendredi, 18 novembre 2016 14:35

1. Il est drôle !
« Deux nains (ce n’est point une offense. Tout le monde en a un chez soi) décident, un soir, d’aller « s’allumer » chez une femme d’une grande beauté charnelle. Arrivés sur les lieux du « crime » et surchauffés par les senteurs enivrantes de l’encens, les « dons Juans » trouvèrent un compromis pour l’ordre de passage. Le premier s’engouffra alors dans l’univers de la volupté. Le second, las d’attendre et certainement excité par les gémissements qu’il entendait de loin (des gémissements de plaisir, pensait-il), fracassa la porte de toute son exaspération. Surprise ! Son ami de « galère érotique » s’épuisait encore à monter sur le lit ! » Il faudrait bien que la femme s’adaptât à la clientèle ! Les gens férus des soirées de Souleymane Faye ont certainement entendu cette plaisanterie en guise d’intermède. « L’hybridité artistique » de celui qu’on appelle ici Diego est prodigieuse. Sa particularité est d’oublier quelquefois l’orchestre qui l’accompagne pour surprendre et mettre en lumière une riche palette d’expressions ; comme celle-là qui fait rire. On l’a vu avec une mystérieuse valise, avec une « robe » ou une coiffure qui charrie l’esthétique. Et quoi encore ? Il nous a rappelés, un autre jour, le caractère usuel du « guimb » dans les pratiques anciennes au beau milieu de son show. En cela, le « musulmenteur » qui boit, fume et… est imprévisible.

2. Philosophe de « l’absurde »
L’interprète de « Jeleti » ne nous dit pas prétentieusement ce que sont la vie, l’amour, la haine, le bonheur ou la peine. Il ne promet pas non plus les ténèbres de l’enfer aux pêcheurs impénitents et le paradis aux dévots. Souleymane Faye nous raconte des existences, partage ses délires et délivre des messages aussi puissants que la « trivialité » et l’absurde (au sens des dramaturges de ce genre théâtral) qui l’édulcorent. Dans le morceau « Caabi bi », pour donner un exemple parmi d’autres, l’intermittent du mythique groupe « Xalam », en décrivant une banale scène de vie, un routinier quotidien, aborde des questions de société d’une haute portée philosophique. « Abdou Guèye » n’est-il pas une ode à la dignité, au travail, à la fierté enveloppée dans une égayante satire, dans une dérision accessible aux esprits les plus étroits ? Tout ça, sans nous ressasser inlassablement notre turpitude.

3. Et puis…il chante bien
Dans le paysage musical sénégalais, il y a les fulgurants (souvent oubliés à la disparition de l’excitation des groupies), les figurants (à qui les flatteries de quartier ont donné des ailes arrondies) et ceux dont les œuvres transcendent les temps et les goûts insolites. La sienne le classe dans ce lot de musiciens couronnés. Jules Faye explore le frénétique rythme de chez nous et laisse sa voix coulisser vers des sonorités de l’autre côté de l’Atlantique, la soul, le jazz…pour donner à voir un résultat éclectique.

Par Alassane Aliou MBAYE

Érigé en chef-lieu administratif depuis le début du 20e siècle, Gossas ne s’est jamais paré d’un caractère véritablement urbain. Traversée par la route nationale n°3, cette ville carrefour, qui a connu une épopée glorieuse avec les chemins de fer et la commercialisation de l’arachide, a complètement manqué le virage du développement. Les différents maires qui se sont succédé à la tête de la commune ont essayé, au-delà de leurs capacités, d’insuffler un nouveau dynamisme à Gossas qui ne parvient toujours pas à retrouver son âge d’or.

L’évocation de Gossas laisse penser aux nostalgiques de la période de la prospérité, quand le chemin de fer était à son apogée. Gossas était alors une étape obligée pour le train Dakar-Bamako qui y faisait une halte. Ville cosmopolite très en vue à l’époque, Gossas vivait et respirait la prospérité. Zone tampon entre le Sine et le Saloum, Gossas était alors un important pôle commercial et rivalisait avec les grandes villes comme Diourbel, Fatick et Kaolack. Mais le déclin du trafic ferroviaire a sonné le glas de l’activité commerciale. Et Gossas n’est jamais parvenu à se relever de ce coup de massue. Aujourd’hui, Gossas offre un visage désolant et ressemble, par bien des aspects, à un gros village. Certains de ses quartiers ne parviennent toujours pas à s’extirper de leurs anciens décors qui portent jusqu’à l’heure les marques de l’époque coloniale. Au cœur de cette ville au passé riche qui incite à la découverte, les vieilles bâtisses laissent conter leur histoire. Gossas a été fondé en 1906. Cette ville, selon le notable Amadoune Mar Ndiaye, qui fut le premier adjoint au maire Seyni Ndiaye de 1975 à 2002, a été érigée en commune de premier degré en 1926 avant d’avoir un statut de plein exercice en 1960. À en croire cet octogénaire, le vrai Gossas se trouve à l’emplacement du marigot Njaluk, le site où se trouve l’Hôtel de ville. « Quand on a voulu construire le chemin de fer qui devait rallier Kaolack, ceux qui l’avaient construit en premier se sont trompés. Ils sont partis de Patar pour rallier directement Kaolack. Quand les ingénieurs sont venus, ils ont dit que le chemin de fer devait passer là où il y a le marigot, c’est-à-dire le Njaluk. C’est ensuite que la ligne a été rectifiée ; ce qui a fait que le train passe par Gossas qui est sorti de l’anonymat », précise-t-il.

Gossas a connu un rayonnement grâce à l’agriculture, l’élevage, mais aussi au chemin de fer. « Par le passé, Gossas était une ville très rurale. L’agriculture et l’élevage occupaient une place importante dans l’économie locale », explique Amadoune Mar Ndiaye. Selon lui, le vrai bassin arachidier, ce n’est ni Kaolack, ni Kaffrine, encore moins Fatick, mais bien Gossas.

Rayonnement et déclin d’une ville
« Au siècle dernier, Gossas faisait partie des localités les plus reconnues dans la production et la commercialisation de l’arachide. C’était un vrai point de ralliement pendant la traite. Avec tous les âniers, les chameliers et les charretiers conduisant les graines, on ne pouvait pas se rendre compte que tout ceci venait de Gossas », indique-t-il. La gare ferroviaire, soutient-il, a aussi joué un rôle très important dans la vie économique de Gossas, avec les nombreux mouvements qui y étaient notés. Pendant la traite, explique l’ancien adjoint au maire, les Lébous affluaient vers Gossas. « Gossas était devenu un important point de convergence. Les gens venaient de partout. Ils étaient tailleurs, commerçants, manœuvres, vendeurs de poissons. Ils s’installaient dans le village, on leur donnait des femmes et ils restaient », fait savoir l’octogénaire, témoin de l’évolution de cette ville.

Situé au quartier Escale, la gare de Gossas, qui était sur l’axe du chemin de fer Dakar-Bamako, était très stratégique. En plus de sortir plusieurs localités de la zone de l’isolement, le chemin de fer a contribué à faire de Gossas une ville très dynamique et animée. Mieux, il a été, pendant longtemps, le moteur de développement socio-économique de cette ville et toutes ces localités que traversait le train. « À l’époque où la traite de l’arachide était à son apogée, Gossas représentait un point de passage obligé pour le train ; ce qui fait que la ville a connu un développement fulgurant », indique le notable. Malheureusement, la suppression du trafic, dans les années 1980, a complètement déstabilisé le réseau marchand qui en dépendait et porté un sacré coup aux activités commerciales qui occupaient la majeure partie de la population. Depuis cette date, le train express Dakar-Bamako ne siffle plus à Gossas. Une situation que regrette Mme Marième Ndiaye et beaucoup d’habitants de Gossas qui ont vécu cette époque glorieuse. « Notre ville n’est plus desservie par le train. Cet état de fait a porté un sacré coup à l’économie locale. Quand j’étais plus jeune, j’allais à la gare aider ma mère qui achetait de la marchandise qu’elle revendait. C’était une époque de prospérité pour bon nombre de familles », se remémore cette commerçante. Selon elle, le chemin de fer a eu un impact très positif sur l’économie de Gossas et a permis la création d’emplois pour les populations locales et d’améliorer leurs conditions de vie. « Des gens sont venus de partout pour tenter leur chance. Gossas, devenu un point de convergence, débordait d’activités tous les jours ». Mais aujourd’hui, cette gare qui a joué un rôle non négligeable dans le transport des personnes et des marchandises est devenue un champ de ruines. Ces périodes fastes, les populations l’évoquent avec nostalgie.

En plus de la mort du chemin de fer, le vieux Amadoune Mar Ndiaye estime que l’avènement de l’indépendance a beaucoup contribué au déclin économique de Gossas. « Alors qu’il était en tournée à Gossas, quelqu’un a interpellé le président Senghor pour lui demander à quand la fin de l’indépendance », ironise-t-il. Gossas ne décolle pas, indique M. Ndiaye. « Tout ça, c’est une question de mentalité. Il n’y a pas de moyens, pas de ressources à Gossas. Les gens ont fui. Ils ont abandonné la ville pour aller chercher d’autres débouchés », explique-t-il. Aujourd’hui, reconnait le vieux Amadoune Ndiaye, la commune de Gossas souffre encore d’un exode rural des plus spectaculaires et qui reste difficilement maîtrisable. « Des familles entières sont parties pour s’installer ailleurs et ont jugé meilleur d’investir là-bas », note-t-il.

Un redécollage très timide
L’âge d’or de Gossas, c’est aujourd’hui de l’histoire ancienne et son redécollage s’avère pénible. Pis, cette ville qui couvre une superficie de 2,69 km² pour une population de plus de 15.000 habitants enregistre des retards en équipements qui entravent son développement. Tout ou presque reste à faire à Gossas qui garde toujours son urbanité coloniale. De vieux bâtiments, héritage du passé de la localité, meublent toujours le décor du centre-ville. Selon le maire Madiagne Seck, ces bâtisses d’un autre âge montrent le passage des Occidentaux dans la commune. « Ces bâtiments sont des titres privés et la commune n’y peut grand-chose. Certains bâtiments sont de la propriété privée de l’État », note le maire de Gossas.

Toutefois, Gossas a beaucoup de défis à relever pour assurer un cadre de vie des plus agréables à ses populations qui soulèvent l’insuffisance d’infrastructures. « Ici, il n’y a aucune perspective qui s’offre aux jeunes qui se battent avec leurs propres moyens pour sortir de la misère. C’est ce qui explique le recours massif au commerce informel devenu un moyen incontournable qui nous permet de subvenir aux besoins de nos familles », explique le jeune Ndiaga Diop. Ce dernier, comme beaucoup d’autres jeunes, invite les pouvoirs publics à accorder plus de considération à leur commune. « Quand on vient à Gossas, on croirait que le pouvoir central n’a jamais beaucoup aidé la ville à se développer ou qu’elle a manqué de dirigeant d’envergure pour la ramener au premier plan », se désole Mame Ibra Diagne, un étudiant.

Pourtant, les maires qui se sont succédé à la tête de la municipalité ont œuvré pour que Gossas redevienne un carrefour économique et un espace d’opportunités d’emplois, mais le manque de ressources a freiné leurs ambitions.

Selon le maire Madiagne Seck, plusieurs projets réalisés ou en cours de réalisation sont à mettre à l’actif de son équipe. « En plus de l’extension électrique et hydraulique, il y a la réhabilitation du stade municipal avec gazon naturel en cours, la construction d’un théâtre de verdure, d’un cyber municipal, d’une case de santé, d’un lycée, d’un Cem. Nous prévoyons la réhabilitation de l’Hôtel de ville, la construction de toilettes au marché hebdomadaire et à la gare routière, de même qu’un abri pour les Jakarta et les marchands, ainsi qu’un hangar pour les corps de métiers et une usine de décorticage d’arachide », indique-t-il. Selon lui, les projets imminents concernent la construction d’une gare routière et d’un abattoir et la mise en place d’un Pôle internet et services associés (Pisa).

Malgré toutes ces réalisations et projets, les attentes restent nombreuses. Et le maire Madiagne Seck dit en être bien conscient. « Il nous reste beaucoup à faire surtout pour l’emploi de la jeunesse et l’accès des femmes au crédit », soutient-il.

Gossas se bat pour opérer une rupture avec son statut de ville rurale. Les autorités locales ambitionnent de réussir la mutation économique, socioculturelle et politique de leur cité. Mais, selon l’édile de la ville, l’émergence de Gossas passe forcément par l’engagement indéfectible et sans faille de toutes les forces vives de la commune aux côtés de Mahammed Boun Abdallah Dionne, actuel chef du gouvernement et originaire de la localité.
Comme dans beaucoup de localités, Gossas a aussi son marché hebdomadaire. Le louma de 106, qui se tient chaque samedi, est le point fort de l’animation commerciale de toute la zone.

Un marché hebdomadaire à rentabiliser
Très fréquenté par les populations des villages environnants, ce lieu de rencontres, d’échanges commerciaux et de mixité sociale ouvert à tous les types de commerces fait la part belle aux produits locaux, agricoles, artisanaux, phytosanitaires, vêtements, friperies, vaisselles, ustensiles, accessoires. Tout se vend et tout s’y achète. Il suffit de négocier le prix. Selon le vieux Amadoune Mar Ndiaye, ce marché est une création de Seyni Ndiaye vers les années 1985. « Cet espace commercial a donné un boom économique à la commune. On voyait des marchandises qu’on ne voyait pas à Gossas. Des gens venaient de partout. Chaque samedi, on assistait à un défilé ininterrompu de charrettes et d’ânes pour faire des échanges. L’importance de ce marché n’est plus à démontrer à Gossas qui vivait, revivait même avec l’affluence qui était notée », explique-t-il. « Au bon vieux temps comme aujourd’hui, ce marché constitue un lieu de rencontres et de palabres pour les différents villageois qui viennent pour faire leurs emplettes à des prix défiant toute concurrence », ajoute-t-il.

Ce marché n’a pas perdu sa vocation et continue de grouiller de monde affluant des villages et localités avoisinants. Malheureusement, regrettent certains usagers, il est caractérisé par son sous-équipement. En plus du manque d’organisation, l’insalubrité qui y sévit est décriée. De même que l’absence d’un système adapté de collecte et de transfert des ordures. D’autres déplorent les conditions de travail, la promiscuité et l’absence d’électricité.

« Ce marché gagnerait à être organisé, car il contribue fortement à l’économie locale, mais les conditions de travail ne sont pas encourageantes », indique Kiné Sarr qui y tient un commerce depuis plus de dix ans. « Une ville comme Gossas mérite un marché beaucoup plus moderne. Ces étals doivent être dépassés et l’espace est devenu exigu avec l’augmentation des commerçants. Nous interpelons donc la municipalité qui gagnerait à nous mettre dans de meilleures conditions puisque nous nous acquittons chaque samedi de nos taxes », soutient-elle. Pour le maire de Gossas, le marché 106 joue un rôle essentiel dans l’économie de la ville. « Le marché hebdomadaire a un impact réel sur les ressources financières de la commune. C’est un marché qui reçoit des centaines de personnes provenant de tout le Sénégal », indique-t-il. L’ambition de la municipalité, note-t-il, est de le moderniser, de le réorganiser, pour le rendre beaucoup plus attractif et permettre un bon épanouissement des commerçants et des clients. « Nous allons sous peu réhabiliter les souks, doter le marché de halls et mettre en place un système de collecte et de transfert des ordures », assure M. Seck.

Ville carrefour depuis longtemps, Gossas est aussi confronté à un problème de mobilité urbaine. Cette ville ne dispose même pas d’une gare routière digne de ce nom. Une gare routière mal équipée avec un parc automobile d’un autre âge. Le transport à Gossas est loin d’être développé et, en l’absence de taxi urbain pour assurer la desserte à l’intérieur de la commune, ce sont les véhicules hippomobiles et les vélos taxis qui assurent le déplacement des populations.

Par Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Érigé en chef-lieu administratif depuis le début du 20e siècle, Gossas ne s’est jamais paré d’un caractère véritablement urbain. Traversée par la route nationale n°3, cette ville carrefour, qui a connu une épopée glorieuse avec les chemins de fer et la commercialisation de l’arachide, a complètement manqué le virage du développement. Les différents maires qui se sont succédé à la tête de la commune ont essayé, au-delà de leurs capacités, d’insuffler un nouveau dynamisme à Gossas qui ne parvient toujours pas à retrouver son âge d’or.

L’évocation de Gossas laisse penser aux nostalgiques de la période de la prospérité, quand le chemin de fer était à son apogée. Gossas était alors une étape obligée pour le train Dakar-Bamako qui y faisait une halte. Ville cosmopolite très en vue à l’époque, Gossas vivait et respirait la prospérité. Zone tampon entre le Sine et le Saloum, Gossas était alors un important pôle commercial et rivalisait avec les grandes villes comme Diourbel, Fatick et Kaolack. Mais le déclin du trafic ferroviaire a sonné le glas de l’activité commerciale. Et Gossas n’est jamais parvenu à se relever de ce coup de massue. Aujourd’hui, Gossas offre un visage désolant et ressemble, par bien des aspects, à un gros village. Certains de ses quartiers ne parviennent toujours pas à s’extirper de leurs anciens décors qui portent jusqu’à l’heure les marques de l’époque coloniale. Au cœur de cette ville au passé riche qui incite à la découverte, les vieilles bâtisses laissent conter leur histoire. Gossas a été fondé en 1906. Cette ville, selon le notable Amadoune Mar Ndiaye, qui fut le premier adjoint au maire Seyni Ndiaye de 1975 à 2002, a été érigée en commune de premier degré en 1926 avant d’avoir un statut de plein exercice en 1960. À en croire cet octogénaire, le vrai Gossas se trouve à l’emplacement du marigot Njaluk, le site où se trouve l’Hôtel de ville. « Quand on a voulu construire le chemin de fer qui devait rallier Kaolack, ceux qui l’avaient construit en premier se sont trompés. Ils sont partis de Patar pour rallier directement Kaolack. Quand les ingénieurs sont venus, ils ont dit que le chemin de fer devait passer là où il y a le marigot, c’est-à-dire le Njaluk. C’est ensuite que la ligne a été rectifiée ; ce qui a fait que le train passe par Gossas qui est sorti de l’anonymat », précise-t-il.

Gossas a connu un rayonnement grâce à l’agriculture, l’élevage, mais aussi au chemin de fer. « Par le passé, Gossas était une ville très rurale. L’agriculture et l’élevage occupaient une place importante dans l’économie locale », explique Amadoune Mar Ndiaye. Selon lui, le vrai bassin arachidier, ce n’est ni Kaolack, ni Kaffrine, encore moins Fatick, mais bien Gossas.

Rayonnement et déclin d’une ville
« Au siècle dernier, Gossas faisait partie des localités les plus reconnues dans la production et la commercialisation de l’arachide. C’était un vrai point de ralliement pendant la traite. Avec tous les âniers, les chameliers et les charretiers conduisant les graines, on ne pouvait pas se rendre compte que tout ceci venait de Gossas », indique-t-il. La gare ferroviaire, soutient-il, a aussi joué un rôle très important dans la vie économique de Gossas, avec les nombreux mouvements qui y étaient notés. Pendant la traite, explique l’ancien adjoint au maire, les Lébous affluaient vers Gossas. « Gossas était devenu un important point de convergence. Les gens venaient de partout. Ils étaient tailleurs, commerçants, manœuvres, vendeurs de poissons. Ils s’installaient dans le village, on leur donnait des femmes et ils restaient », fait savoir l’octogénaire, témoin de l’évolution de cette ville.

Situé au quartier Escale, la gare de Gossas, qui était sur l’axe du chemin de fer Dakar-Bamako, était très stratégique. En plus de sortir plusieurs localités de la zone de l’isolement, le chemin de fer a contribué à faire de Gossas une ville très dynamique et animée. Mieux, il a été, pendant longtemps, le moteur de développement socio-économique de cette ville et toutes ces localités que traversait le train. « À l’époque où la traite de l’arachide était à son apogée, Gossas représentait un point de passage obligé pour le train ; ce qui fait que la ville a connu un développement fulgurant », indique le notable. Malheureusement, la suppression du trafic, dans les années 1980, a complètement déstabilisé le réseau marchand qui en dépendait et porté un sacré coup aux activités commerciales qui occupaient la majeure partie de la population. Depuis cette date, le train express Dakar-Bamako ne siffle plus à Gossas. Une situation que regrette Mme Marième Ndiaye et beaucoup d’habitants de Gossas qui ont vécu cette époque glorieuse. « Notre ville n’est plus desservie par le train. Cet état de fait a porté un sacré coup à l’économie locale. Quand j’étais plus jeune, j’allais à la gare aider ma mère qui achetait de la marchandise qu’elle revendait. C’était une époque de prospérité pour bon nombre de familles », se remémore cette commerçante. Selon elle, le chemin de fer a eu un impact très positif sur l’économie de Gossas et a permis la création d’emplois pour les populations locales et d’améliorer leurs conditions de vie. « Des gens sont venus de partout pour tenter leur chance. Gossas, devenu un point de convergence, débordait d’activités tous les jours ». Mais aujourd’hui, cette gare qui a joué un rôle non négligeable dans le transport des personnes et des marchandises est devenue un champ de ruines. Ces périodes fastes, les populations l’évoquent avec nostalgie.

En plus de la mort du chemin de fer, le vieux Amadoune Mar Ndiaye estime que l’avènement de l’indépendance a beaucoup contribué au déclin économique de Gossas. « Alors qu’il était en tournée à Gossas, quelqu’un a interpellé le président Senghor pour lui demander à quand la fin de l’indépendance », ironise-t-il. Gossas ne décolle pas, indique M. Ndiaye. « Tout ça, c’est une question de mentalité. Il n’y a pas de moyens, pas de ressources à Gossas. Les gens ont fui. Ils ont abandonné la ville pour aller chercher d’autres débouchés », explique-t-il.

Aujourd’hui, reconnait le vieux Amadoune Ndiaye, la commune de Gossas souffre encore d’un exode rural des plus spectaculaires et qui reste difficilement maîtrisable. « Des familles entières sont parties pour s’installer ailleurs et ont jugé meilleur d’investir là-bas », note-t-il.

Un redécollage très timide
L’âge d’or de Gossas, c’est aujourd’hui de l’histoire ancienne et son redécollage s’avère pénible. Pis, cette ville qui couvre une superficie de 2,69 km² pour une population de plus de 15.000 habitants enregistre des retards en équipements qui entravent son développement. Tout ou presque reste à faire à Gossas qui garde toujours son urbanité coloniale. De vieux bâtiments, héritage du passé de la localité, meublent toujours le décor du centre-ville. Selon le maire Madiagne Seck, ces bâtisses d’un autre âge montrent le passage des Occidentaux dans la commune. « Ces bâtiments sont des titres privés et la commune n’y peut grand-chose. Certains bâtiments sont de la propriété privée de l’État », note le maire de Gossas.

Toutefois, Gossas a beaucoup de défis à relever pour assurer un cadre de vie des plus agréables à ses populations qui soulèvent l’insuffisance d’infrastructures. « Ici, il n’y a aucune perspective qui s’offre aux jeunes qui se battent avec leurs propres moyens pour sortir de la misère. C’est ce qui explique le recours massif au commerce informel devenu un moyen incontournable qui nous permet de subvenir aux besoins de nos familles », explique le jeune Ndiaga Diop. Ce dernier, comme beaucoup d’autres jeunes, invite les pouvoirs publics à accorder plus de considération à leur commune. « Quand on vient à Gossas, on croirait que le pouvoir central n’a jamais beaucoup aidé la ville à se développer ou qu’elle a manqué de dirigeant d’envergure pour la ramener au premier plan », se désole Mame Ibra Diagne, un étudiant.

Pourtant, les maires qui se sont succédé à la tête de la municipalité ont œuvré pour que Gossas redevienne un carrefour économique et un espace d’opportunités d’emplois, mais le manque de ressources a freiné leurs ambitions.

Selon le maire Madiagne Seck, plusieurs projets réalisés ou en cours de réalisation sont à mettre à l’actif de son équipe. « En plus de l’extension électrique et hydraulique, il y a la réhabilitation du stade municipal avec gazon naturel en cours, la construction d’un théâtre de verdure, d’un cyber municipal, d’une case de santé, d’un lycée, d’un Cem. Nous prévoyons la réhabilitation de l’Hôtel de ville, la construction de toilettes au marché hebdomadaire et à la gare routière, de même qu’un abri pour les Jakarta et les marchands, ainsi qu’un hangar pour les corps de métiers et une usine de décorticage d’arachide », indique-t-il. Selon lui, les projets imminents concernent la construction d’une gare routière et d’un abattoir et la mise en place d’un Pôle internet et services associés (Pisa).

Malgré toutes ces réalisations et projets, les attentes restent nombreuses. Et le maire Madiagne Seck dit en être bien conscient. « Il nous reste beaucoup à faire surtout pour l’emploi de la jeunesse et l’accès des femmes au crédit », soutient-il.

Gossas se bat pour opérer une rupture avec son statut de ville rurale. Les autorités locales ambitionnent de réussir la mutation économique, socioculturelle et politique de leur cité. Mais, selon l’édile de la ville, l’émergence de Gossas passe forcément par l’engagement indéfectible et sans faille de toutes les forces vives de la commune aux côtés de Mahammed Boun Abdallah Dionne, actuel chef du gouvernement et originaire de la localité.

Comme dans beaucoup de localités, Gossas a aussi son marché hebdomadaire. Le louma de 106, qui se tient chaque samedi, est le point fort de l’animation commerciale de toute la zone.

Un marché hebdomadaire à rentabiliser
Très fréquenté par les populations des villages environnants, ce lieu de rencontres, d’échanges commerciaux et de mixité sociale ouvert à tous les types de commerces fait la part belle aux produits locaux, agricoles, artisanaux, phytosanitaires, vêtements, friperies, vaisselles, ustensiles, accessoires. Tout se vend et tout s’y achète. Il suffit de négocier le prix. Selon le vieux Amadoune Mar Ndiaye, ce marché est une création de Seyni Ndiaye vers les années 1985. « Cet espace commercial a donné un boom économique à la commune. On voyait des marchandises qu’on ne voyait pas à Gossas. Des gens venaient de partout. Chaque samedi, on assistait à un défilé ininterrompu de charrettes et d’ânes pour faire des échanges.

L’importance de ce marché n’est plus à démontrer à Gossas qui vivait, revivait même avec l’affluence qui était notée », explique-t-il. « Au bon vieux temps comme aujourd’hui, ce marché constitue un lieu de rencontres et de palabres pour les différents villageois qui viennent pour faire leurs emplettes à des prix défiant toute concurrence », ajoute-t-il.

Ce marché n’a pas perdu sa vocation et continue de grouiller de monde affluant des villages et localités avoisinants. Malheureusement, regrettent certains usagers, il est caractérisé par son sous-équipement. En plus du manque d’organisation, l’insalubrité qui y sévit est décriée. De même que l’absence d’un système adapté de collecte et de transfert des ordures. D’autres déplorent les conditions de travail, la promiscuité et l’absence d’électricité.

« Ce marché gagnerait à être organisé, car il contribue fortement à l’économie locale, mais les conditions de travail ne sont pas encourageantes », indique Kiné Sarr qui y tient un commerce depuis plus de dix ans. « Une ville comme Gossas mérite un marché beaucoup plus moderne. Ces étals doivent être dépassés et l’espace est devenu exigu avec l’augmentation des commerçants. Nous interpelons donc la municipalité qui gagnerait à nous mettre dans de meilleures conditions puisque nous nous acquittons chaque samedi de nos taxes », soutient-elle. Pour le maire de Gossas, le marché 106 joue un rôle essentiel dans l’économie de la ville. « Le marché hebdomadaire a un impact réel sur les ressources financières de la commune.

C’est un marché qui reçoit des centaines de personnes provenant de tout le Sénégal », indique-t-il. L’ambition de la municipalité, note-t-il, est de le moderniser, de le réorganiser, pour le rendre beaucoup plus attractif et permettre un bon épanouissement des commerçants et des clients. « Nous allons sous peu réhabiliter les souks, doter le marché de halls et mettre en place un système de collecte et de transfert des ordures », assure M. Seck.

Ville carrefour depuis longtemps, Gossas est aussi confronté à un problème de mobilité urbaine. Cette ville ne dispose même pas d’une gare routière digne de ce nom. Une gare routière mal équipée avec un parc automobile d’un autre âge. Le transport à Gossas est loin d’être développé et, en l’absence de taxi urbain pour assurer la desserte à l’intérieur de la commune, ce sont les véhicules hippomobiles et les vélos taxis qui assurent le déplacement des populations.

Par Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

IL ÉTAIT UNE FOIS OUMAR GUÈYE DIT « NDAMAL GOSSAS »…
Plus connu sous le nom de « Ndamal Gossas », Oumar Guèye a fortement marqué Gossas, ville où il a passé une plus grande partie de son existence. Philosophe et penseur, doublé d’un griot, il a été adopté par les populations de cette localité qui le portaient dans leur cœur. Aujourd’hui, une école primaire porte son nom à Gossas.

« Il était court de taille, comme un pygmée, et habitait Gossas. Le nom de « Ndamal Gossas » est venu comme ça. Mais son vrai nom, c’est Oumar Guèye », explique d’emblée le vieux Amadoune Ndiaye. Selon lui, Oumar Guèye a beaucoup marqué Gossas et a été adopté par les populations de la localité qui le chérissaient.

Originaire du Cayor, « Ndamal Gossas » s’est établi dans cette ville au 19e siècle pour des raisons qu’ignore le vieux Amadoune Ndiaye. Mais, assure-t-il, il ne l’a connu ailleurs qu’à Gossas. « Il n’était pas de Gossas, mais il y a vécu pendant de très longues années. Ceux qui ne le connaissent pas bien croyaient qu’il était de Gossas, mais ce n’était pas le cas », clarifie-t-il.

« Ndamal Gossas », selon M. Ndiaye, était un philosophe, un penseur très inspiré et à l’imagination très fertile, doublé d’un griot, d’un troubadour qui passait tout son temps à danser. D’humeur joviale, il ne passait jamais inaperçu, parce que bénéficiant d’une grande renommée auprès des populations. « Avec sa petite taille, il avait toujours son chapeau de paille bien vissé sur la tête et un gros gri-gri au tour du cou. Il retenait toujours l’attention parce qu’il avait un grand sens de l’humour. Il charmait son auditoire par ses anecdotes alléchantes, ses petites histoires qu’il racontait et il n’hésitait pas à esquisser des pas de danse », raconte l’octogénaire.

« Ndamal Gossas » a beau avoir l’imagination très fertile, il n’égalait pas Kocc Barma Fall qui fut le plus grand penseur et philosophe que le Sénégal ait connu, soutient le vieux Amadoune Ndiaye qui reconnait cependant tout son mérite.

« Il était très aimé des gens. Il les faisait rire, aimait perdre son temps avec eux. C’est pour cette raison qu’il n’avait pas d’ennemis », indique-t-il. « « Ndamal Gossas » était comme un père pour moi. Je lui amenais tous les jours ses repas à midi et là nuit au quartier Dango où il habitait. Quand j’accusais du retard, il me donnait des paires de baffes », se remémore le vieux avec un brin de nostalgie.

Chaque fois que « Ndamal Gossas » voyait une meute de chiens, raconte le vieux Amadoune Ndiaye, il les chassait à coups de pierres en leur disant : « Allez chez Samba Yombe Guilé Mbodj » qui était le chef de canton à l’époque.

Selon M. Ndiaye, Samba Yombe Guilé Mbodj était plus qu’un chef de canton. « Samba Yombe était un prince royal qui venait du Walo. Il descendait des Bracks par sa mère et son père. Il avait fait l’école des fils de chef et en était sorti major. Il avait aussi fait l’école d’Alger. C’était un élève très brillant qui a choisi la fonction d’interprète. Il a fait le canton de Foundiougne et de Gossas où il est resté jusqu’en 1942, avant de faire valoir ses droits à la retraite », rapporte-t-il.

« Quand ses agents de renseignements lui rapportèrent les propos de « Ndamal Gossas », Samba Yombe fit appeler ce dernier et lui demanda pourquoi il demandait toujours aux chiens d’aller chez lui. « Ndamal Gossas » lui répondit que seuls les chefs avaient la possibilité de manger de la viande, c’est pour cette seule raison qu’il leur demandait d’aller chez le chef de canton où ils étaient sûrs de trouver de la viande », raconte M. Ndiaye.

« Le chef a alors souri et l’a laissé partir. Il était malin, sinon il allait passer un sale quart d’heure », indique-t-il.

« Ndamal Gossas » a beaucoup marqué la ville de Gossas. Selon M. Ndiaye, le philosophe est mort vers les années 1952 et enterré à Keur Gou Mak, à Diourbel. Une école primaire porte son nom à Gossas.

A l’origine, le numérique voulait bien jouer le rôle d’un medium d’émancipation, d’un outil de liberté, ou du moins nécessaire à l’épanouissement, au rapprochement et à la connaissance des hommes. Il était censé mettre le monde entier en relation. Mais, au lieu de promouvoir une communauté de prochains, il s’est mué en instrument de contrôle et de surveillance. Il prétend abolir les frontières, mais celles-ci ont certes disparu sans pour autant donner naissance à une communauté. D’ailleurs, de plus en plus, l’étranger n’est pas le bienvenu. Avec le numérique, nous vivons dans l’illusion de pouvoir nous réaliser. Nous créons nous-mêmes cette fiction, c’est une sorte d’auto-exploitation, d’autant plus efficace que nous nous y soumettons de manière volontaire. S’il y a faute, elle nous revient. Dès lors, on ne peut pas s’en prendre à autrui. On livre tout de soi-même sans que personne n’ait besoin de nous en formuler la demande. On se dévoile, on se dénude de façon volontaire, on raconte sa vie, ses moindres mouvements, ses sentiments, ses coups de colères à travers les réseaux sociaux en pensant que cela contribue à augmenter notre propre valeur. Les photos privées envahissent ces mêmes réseaux sociaux. Le sens de l’intime est profondément perverti. Notre présent refuse toute forme de négativité.

On est tenté de bloquer « l’ami » qui ne « like » pas notre pensée ou photo ! C’est connu, chaque ordre social fait naitre un nouveau type d’homme, le numérique n’y échappe décidément pas : un égocentrisme excessif a vu le jour. Dorénavant, seul compte l’ego. Le réseau ne crée, en réalité, aucune proximité, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire. Le rapport à l’autre devient un investissement que l’on gère au même titre qu’un placement financier, avec le souci de ne pas faire de perte. Conséquence : la solidarité disparait, la proximité et même l’amour. La possibilité d’une rencontre est mise à mal. Alors que la rencontre constitue même l’événement de l’amour. On ne veut plus tomber amoureux de peur d’être blessé, alors que la blessure même appartient en profondeur à ce sentiment humain. Pour rester dans la positivité, on « like » derrière son écran, sans se rendre compte que le négatif participe à l’expérience même. L’homme numérique a aboli l’autre. Or, à travers l’autre, face à l’autre, nous pouvons sentir notre humanité commune.

Par Oumar BA

1. Il est drôle !
« Deux nains (ce n’est point une offense. Tout le monde en a un chez soi) décident, un soir, d’aller « s’allumer » chez une femme d’une grande beauté charnelle. Arrivés sur les lieux du « crime » et surchauffés par les senteurs enivrantes de l’encens, les « dons Juans » trouvèrent un compromis pour l’ordre de passage. Le premier s’engouffra alors dans l’univers de la volupté. Le second, las d’attendre et certainement excité par les gémissements qu’il entendait de loin (des gémissements de plaisir, pensait-il), fracassa la porte de toute son exaspération. Surprise !

Son ami de « galère érotique » s’épuisait encore à monter sur le lit ! » Il faudrait bien que la femme s’adaptât à la clientèle ! Les gens férus des soirées de Souleymane Faye ont certainement entendu cette plaisanterie en guise d’intermède. « L’hybridité artistique » de celui qu’on appelle ici Diego est prodigieuse. Sa particularité est d’oublier quelquefois l’orchestre qui l’accompagne pour surprendre et mettre en lumière une riche palette d’expressions ; comme celle-là qui fait rire. On l’a vu avec une mystérieuse valise, avec une « robe » ou une coiffure qui charrie l’esthétique. Et quoi encore ? Il nous a rappelés, un autre jour, le caractère usuel du « guimb » dans les pratiques anciennes au beau milieu de son show. En cela, le « musulmenteur » qui boit, fume et… est imprévisible.

2. Philosophe de « l’absurde »
L’interprète de « Jeleti » ne nous dit pas prétentieusement ce que sont la vie, l’amour, la haine, le bonheur ou la peine. Il ne promet pas non plus les ténèbres de l’enfer aux pêcheurs impénitents et le paradis aux dévots. Souleymane Faye nous raconte des existences, partage ses délires et délivre des messages aussi puissants que la « trivialité » et l’absurde (au sens des dramaturges de ce genre théâtral) qui l’édulcorent. Dans le morceau « Caabi bi », pour donner un exemple parmi d’autres, l’intermittent du mythique groupe « Xalam », en décrivant une banale scène de vie, un routinier quotidien, aborde des questions de société d’une haute portée philosophique. « Abdou Guèye » n’est-il pas une ode à la dignité, au travail, à la fierté enveloppée dans une égayante satire, dans une dérision accessible aux esprits les plus étroits ? Tout ça, sans nous ressasser inlassablement notre turpitude.

3. Et puis…il chante bien
Dans le paysage musical sénégalais, il y a les fulgurants (souvent oubliés à la disparition de l’excitation des groupies), les figurants (à qui les flatteries de quartier ont donné des ailes arrondies) et ceux dont les œuvres transcendent les temps et les goûts insolites. La sienne le classe dans ce lot de musiciens couronnés. Jules Faye explore le frénétique rythme de chez nous et laisse sa voix coulisser vers des sonorités de l’autre côté de l’Atlantique, la soul, le jazz…pour donner à voir un résultat éclectique.

Par Alassane Aliou MBAYE

De la libération de l’Afrique à l'abandon du Franc Cfa, l'idéologue africain installé au Sénégal prêche un souverainisme du continent africain aux quatre coins du monde. Partout où il passe, Kemi Seba séduit, irrite. Fiché S, interdit de conférence en Allemagne, contrôlé systématiquement aux aéroports, il est dans le viseur des autorités européennes et se présente volontiers comme un persécuté de l’establishment. Originaire de la région de Strasbourg, où il a très tôt été confronté au racisme, il a transformé sa douleur en art de la provocation. Dans les années 2000, il fonde la Tribu Ka, collectif dissous par le gouvernement français en 2006 pour « apologie de la suprématie noire ». Il affiche, avec fierté, son antisionisme et sa proximité avec la fachosphère de l’Hexagone, alors incarnée par Dieudonné et Alain Soral, et fera en tout quatre mois de prison ferme.

Il s’investit ainsi pleinement dans le combat de son « ami » Biram Ould Dah Abeid, président de l’Ong Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (Ira), figure de proue du militantisme antiesclavagiste en Mauritanie, régulièrement dans le collimateur de Nouakchott. Pour donner corps à ses ambitions, il lance une Ong, Urgences panafricanistes, qui souhaite apporter une aide médicale et scolaire sur les terrains de conflit en Afrique et ainsi faire contrepoids aux Ong occidentales.

Après avoir publié trois essais (Supra Négritude en 2013, Black Nihilism en 2014 et Obscure Époque en 2016) et animé, pendant deux ans, une chronique dans un talk-show au Sénégal, où il vit désormais, Kemi Seba est parvenu à populariser ses idées panafricanistes et anti-impérialistes dans la région. Inlassablement, il dénonce les deux maux qui gangrènent, selon lui, les sociétés civiles africaines : le « colonialisme exogène des Ong et des chancelleries occidentales » et « celui, endogène, des ploutocrates africains ».

Il profite de son aura médiatique pour inscrire son combat dans une tendance fédératrice : celle du souverainisme. Pour Kemi Seba, Gbagbo est un cas d’école : « Je garde une distance critique par rapport à lui. Mais sa place n’est pas à La Haye. J’ai l’impression que la justice internationale ne concerne que les pauvres », explique-t il dans les colonnes de Jeune Afrique. Pour lui, la libération de Gbagbo n’est pas une question d’idolâtrie, mais une question de souveraineté africaine !

Le franc Cfa, perçu comme un instrument de domination économique, en prend au passage pour son grade. Des arguments qui font mouche à chaque fois. Il cite Cheikh Anta Diop, Patrice Lumumba, Thomas Sankara et revendique une double filiation avec Marcus Garvey, chantre jamaïcain de l’union mondiale des Noirs, et René Guénon, penseur franco-égyptien qui lui a « permis de comprendre la profondeur du drame capitaliste ». Formé pendant sa jeunesse au sein de la branche française de la Nation of Islam (Noi), il a conservé les techniques oratoires qui ont fait le succès de l’organisation politico-religieuse américaine. Chacun de ses discours est un véritable prêche. Et ses jeunes auditeurs boivent ses paroles.

Source : Jeune Afrique

Felwine Sarr est professeur à l’Université Gaston-Berger où il dirige le Laboratoire de recherche en économie de Saint-Louis (Lares). Il est écrivain poète-philosophe. Il a notamment écrit Dahij (Gallimard, 2009) et Méditations africaines (Mémoire d’encrier, 2012), deux ouvrages construits à partir de réflexions personnelles. Il invite à revenir sur ce qui fonde notre humanité et sur la manière dont nous souhaitons la construire. Adepte des arts martiaux, il a fait sienne la maxime de Juvénal, « un esprit sain dans un corps sain ». Musulman qui a servi la messe enfant et s’intéresse au bouddhisme zen, Sereer dans un univers majoritairement wolof qui parle français depuis son plus jeune âge, Felwine Sarr sait mieux que quiconque que les identités sont multiples. Raison pour laquelle il invite les penseurs du continent à s’engager dans une rupture épistémique en investissant des notions africaines comme le « jom » (dignité), la « teranga » (hospitalité), le « ngor » (sens de l’honneur). Ce philosophe du quotidien nous invite tous à trouver notre propre voie en délaissant les chemins tracés d’avance et les idées toutes faites.

Par O. BA

« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis…ils sont dans le bois qui gémit ». Gémissements de plaisir ou de chagrin ? Eclaire notre lanterne Birago Diop, nous, desséchées âmes indifférentes aux images des mots, à la poésie de l’horreur et de la béatitude. « Le souffle des ancêtres » s’éteint dans le brasier de l’insensibilité même si les larmes ruissellent aujourd’hui plus qu’hier. Nous les essuyons avec notre vanité mondaine, avec nos petites marottes.

Moi qui étais si prompt à chicaner sur les « gestes » de compassion des Sénégalais (jaxal), je me suis retrouvé, au décès de ma mère, les poches remplies de billets de banque comme jamais. Cela m’a été d’un certain secours. Je me suis servi de cette petite fortune pour nourrir et loger ceux-là mêmes qui m’en avaient gratifié ! Il m’a fallu ensuite acheter quelques matelas pour les « compatissants de luxe » comme on l’aurait fait avec la future belle-famille à l’occasion des épousailles (avant les chamailles). Ces hommes et femmes de la société « émergente » n’aiment pas trop le « thièbouyapp » et ne boivent pas l’eau en sachet (en même temps ils ont raison, cette eau-là !).

Le soir, quand les « chants lyriques » se sont noyés dans les souvenirs ressassés (toujours les bons, prescription divine, paraît-il) et que la bombance a pris fin, j’ai pris le temps de penser à ma « pauvre » mère. De sa nouvelle demeure, elle est certainement fière de voir son garçon servir ses vieilles amitiés avec déférence ; lui que leur affectée tendresse répugnait. C’est à peine si je n’ai pas exulté pour dire à ma mère « yaye sa fête bi neexna ! » (Maman ta fête a été belle !). L’envie de la lui raconter me brûla ». Elle m’a peut-être bien entendu : « Ton bélier t’a rejointe au ciel. Pour le dîner, on a sacrifié la brebis. La viande du taureau n’a pas suffi. Tous tes amis étaient là. Et il fallait bien qu’ils mangeassent. J’ai demandé à ton grand frère de me prêter un peu d’argent pour les billets de retour des « villageois » comme tu aimais à le faire lors des fêtes de réjouissance. Mon oncle, bienfaiteur des chairs rondes de la capitale, a accédé à ma requête après que je lui ai donné en gage tes colliers en or en attendant le partage de l’héritage. Les quatre imams du quartier ont proposé leurs services. Le plus jeune s’est désisté après avoir soulevé une petite controverse. Tu as toujours respecté, maman, ces trois vieux, mais, moi, je les trouve tordus. Je n’ai pas encore eu le temps de te pleurer comme toutes ces personnes qui ne t’ont jamais rendu visite quand, malgré ta souffrance à l’hôpital, tu continuais à m’entourer de ta prévenance sous le regard amusé et ému de l’infirmière…Je te raconterai le reste quand j’aurai arrêté de frémir d’indignation…Ah, la vendeuse de cacahuètes, elle a tellement pleuré ! Elle m’a aidé à m’occuper de ta clique de grandes dames et leurs compagnons esbroufeurs».

Birago, pardonne-moi cette offense. Les morts sont définitivement morts ; même ce pauvre taximan qui a subi la furie de ce jeune homme qui, dit-on, était promis à un « bel avenir ». Il conduisait de rutilantes bagnoles et passait à l’écran. Cette contingence dans cette ascension vers ce que nous concevons comme la réussite semble nous émouvoir davantage que l’acte ignoble qu’il a commis et qui anéantit les espoirs d’une mère éplorée et d’une ex-future épouse traumatisée à vie. Les esprits étroits et destructeurs d’un autre temps diront qu’elle porte la poisse pour en rajouter à sa peine. Aura-t-elle droit au « jaxal » psychologique ? Pas si sûr ! Et si les taximen en grève y faisaient un tour ?

A. A. F. MBAYE

Lompoul sur mer est un charmant village de pêcheurs. Mais, sa position stratégique, (le village est distant de 6km du désert) attire le plus les touristes. Une merveille de la nature dotée d’une belle plage qui a fini d’offrir à ce village un attrait touristique important. Découverte.

Dans la contrée, les populations vaquent à leurs occupations quotidiennes. Elles sont partagées entre les activités de pêche, de maraîchage, le petit commerce et la transformation des produits halieutiques. Le village est actuellement rattaché au département de Kébémer (Louga).

Le plus grand désert du Sénégal
Alors qu’anciennement, il était situé dans la communauté rurale de Mboro (actuelle commune) dans le département de Tivaouane (Thiès). Mais, c’est le décret 2002-170 du 21 février 2002 signé par le président de la République d’alors, en son article 1e, qui l’a rattaché administrativement à la communauté rurale de Kab Gaye (arrondissement de Ndande).

« C’est à juste titre eu égard à la distance qui séparait notre village à la commune de Mboro au moment où l’Etat s’est assigné un objectif constant de rapprocher davantage son administration de ses administrés », nous lance Malick Bâ, président de l’union des groupements paysans de Lompoul. En fait, ces populations étaient même, parfois, obligées d’adresser leurs demandes aux services administratifs du département de Kébémer qui n’est distant que de trente (30) kilomètres. « Ce qui constituait un dysfonctionnement a donc été corrigé avec l’intégration du village de Lompoul sur Mer dans l’actuelle commune rurale de Kab Gaye (Arrondissement de Ndande) avec toutes les incidences positives considérables. Notamment sur les plans : administratif, économique ce qui a permis une ouverture sur la grande côte pour la localité de Kab Gaye et sur le plan sociologique qui intègre Lompoul dans son milieu naturel », souligne M. Ba. De son nom : Lompoul-sur-Mer (ou Lompoul), la localité est située à l'ouest du Sénégal, sur la Grande-Côte plus précisément entre la ville de Mboro et la zone du Gandiolais.

Sa date de création remonterait vers l’an 1800, selon Malick Ba, le président de l’union des groupements paysans. Les premiers habitants étaient des Peuls et le village qui s’appelait à l’époque : « Thiacougne-Peul », était également une des zones de repli pour Lat-Dior, un des « Damels » du Cayor et ses troupes à l’époque coloniale. Aujourd’hui, le village est décrit par son désert qui constitue, pourrait-on dire, le plus grand du Sénégal avec ses dunes de sable pouvant atteindre les 50 mètres de haut. Une zone très vaste, située dans le nord-ouest entre Dakar et Saint Louis, dans la région de Louga avec une superficie de 18 km2.

La bande de filaos a favorisé le maraîchage
L’exercice auquel notre équipe de reporters s’est soumis pour rallier le village débuta à Kelle via Kébémer. En cette période hivernale qui se caractérise par la beauté de l’environnement naturel, le paysage qui s’offre à nous, le long du chemin, montre un tapis herbacé très fourni, des champs de cultures d’arachide et de mil, de haricot, de pastèque en nette évolution sur la route nationale 2. Mais aussi sur tout le long de l’axe Kébémer-Lompoul bitumé et est bordé par des espèces comme le prosopis et l’eucalyptus.

Jusqu’à l’entrée du village de Lompoul sur mer, c’est un décor exceptionnel auquel est venu s’ajouter la bande de nombreux filaos qui peuvent mesurer une quinzaine de mètres de hauteur. « C’est une autre image fantastique de la végétation des Niayes, les filaos, un écosystème unique qui a le plus favorisé les activités de maraîchage à partir de l’année 1974 avec la fixation de dunes pour permettre la réalisation de cuvettes dans la zone », nous raconte Malick Ba. Il souligne, cependant, que dans cette aire géographique, il reste 17ha de dunes qui symbolisent, aujourd’hui, cette image ancienne qu’offrait la zone dans les années 1970-1974 et même 1975 et qui avait alors motivé ce projet de fixation des dunes à travers cette bande de filaos.

Un boom maraîcher à partir des années 80
A Lompoul sur mer on note une diversité de l’activité économique exercée à travers le maraîchage, la pêche, l’élevage, le petit commerce et le tourisme, entre autres. « A l’époque, les premiers habitants Peuls s’adonnaient à l’élevage. C’est après l’indépendance que le maraîchage a fait son apparition et a même fini de s’imposer aujourd’hui avec plus 80% de la population active dans ce secteur. Ce, malgré l’installation, vers les années 1966-1967, des premiers pécheurs saisonniers venus de Guet Ndar et Kayar mais aussi l’intégration des Peuls dans le système à partir de l’année 1980 après que l’Etat a mis en place des projets ruraux de développement de l’horticulture », soutient notre interlocuteur.

Pour autant, cette longue tradition de village de pêche de Lompoul sur mer reste toujours ancrée. De nombreuses pirogues sont alignées le long de la plage. Des embarcations aux couleurs vives d’identification du propriétaire ou groupes de pêcheurs organisés au sein du comité de gestion du centre de pêche où plusieurs femmes s’activent dans la transformation des produits halieutiques. C’est à l’intérieur du centre que le marché est presque implanté le long du quai favorisant les échanges à longueur de journée. « Le poisson frais, séché ou fumé, les légumes constituent les principaux produits vendus ici », nous lance une vendeuse de pastèques. Les activités de pêche des autochtones sont toujours de mise. Plus d’une centaine d’embarcations peuvent être, aujourd’hui, énumérées dans le village là où, entre 1985 et 86, une seule pirogue était recensée. Lompoul sur mer dispose d’un grand centre de pêche dont le port est très animé de jour comme de nuit avec les départs et arrivées des pirogues de pêcheurs. « Mais, il faut dire que 90% de ces pirogues appartiennent aux Peuls dont il faut reconnaître que la situation inédite favorisée par la rentabilité de la filière horticole les a un peu transformés et ils allient à la fois ces deux activités (maraîchage et pêche). Ce qui a beaucoup contribué à la lutte contre la pauvreté et l’exode rural », indique le président de l’Union des groupements de producteurs (Ugp) de Lompoul sur mer, Malick Ba. D’ailleurs, nous révèle-t-il, « vous pourrez remarquer qu’à Lompoul, il n’y a pas de chômeur, tout le monde s’active au moins dans un secteur ce qui fait que vous ne verrez pas de mendiants ici. Et mieux, seuls quatre (4) jeunes du terroir ont été identifiés jusqu’à présent comme étant des émigrés en Espagne et en Italie. C’est pour vous dire que l’exode comme l’émigration ne sont pas courantes à Lompoul sur mer ».

Le tourisme se positionne
Par ailleurs, Lompoul est devenu une destination de plus en plus prisée pour la beauté des paysages et le développement de nombreux sites d’hébergement. « Ce qui fait que le tourisme aussi joue un rôle de premier plan avec la particularité de la position stratégique du village qui est distant de 6km du désert qui attire le plus les touristes », nous indique Malick Ba. Et pour lui, c’est une merveille de la nature qui est dotée d’une belle plage et où seuls les bons nageurs peuvent s’aventurer car les vagues et le courant sont assez forts. Ainsi, les quelques habitants que nous avons interrogés estiment que, « des initiatives sont prises par des nationaux pour promouvoir le secteur à travers la construction de gites d’hébergement tout en proposant aux visiteurs (touristes) d’autres activités plus exotiques en circuit ». C’est dans ce sens qu’est organisé, depuis 2009, au mois de novembre, un festival dénommé : « Festival du Sahel », qui accueille le plus souvent de grands artistes et propose également des ateliers de danses et des spectacles traditionnels.

Lompoul sur mer, village tranquille et accueillant sur la côte atlantique, est à un peu plus de 183 km au nord-est de Dakar et à environ 80 km au sud de Saint-Louis avec sa forêt de résineux, à quelques centaines de mètres de la plage de sable blanc, dans un cadre magnifique et très calme. L’édification d’un poste de santé est devenu une exigence pour soulager les souffrances des patients souvent obligés de se rendre à Diokoul (30km) ou Kébémer (35km) pour se faire consulter.


LA ROUTE DE LA GRANDE CÔTE VA RELANCER L’ÉCONOMIE À THIEPPE
Dans le sillage de Lompoul, la commune de Thieppe (département de Kebemer) attend avec impatience la fin des travaux de construction de la route de la grande côte reliant Dakar et Saint-Louis. Avec un potentiel économique énorme et s’étendant sur une superficie globale de 523 km2. Thieppe, pourtant très enclavée, est l’une des premières zones de culture de l’oignon au Sénégal.

A la sortie de Kebemer sur la route de Saint-Louis, il faut emprunter une piste latéritique de 22 km pour enfin arriver à la commune de Thieppe. La route est actuellement en très mauvais état. Elle est en train de recevoir un coup de neuf. Sur le chemin, juste à l’entrée de Thieppe, on remarque la présence de pelleteuses, de bulldozers et autres engins de chantier. Mais point d’ouvriers. Renseignements pris auprès d’un habitant de la contrée, les travaux de réfection de la route sont à l’arrêt. L’entreprise en charge des travaux serait confrontée à des difficultés financières. Le maire de Thieppe, Mohamed Dia nous rassure et soutient qu’il a entrepris des démarches auprès des autorités compétentes pour une reprise imminente des travaux. Avec l’appui de la coopération canadienne, la commune espère que la livraison de l’infrastructure se fera en décembre prochain. Cette situation rajoute à l’enclavement de la contrée car à partir de Thieppe, on accède difficilement aux autres localités de cette zone des Niayes. Les habitants se plaignent du fait que le programme d’urgence pour le développement communautaire (Pudc) n’a pas encore investi le département de Kebemer, pourtant très peu pourvue en infrastructures routières de qualité. Faute de pistes praticables, toute la production maraîchère est écoulée sur les sites voisins de Lompoul et de Potou, selon le producteur Ibrahima Diouck. Ici, les terres sont réputées très fertiles. Selon l’édile de la commune, lui-même grand producteur maraîcher devant l’Eternel, en tant que président de l’association des unions maraîchères des Niayes (Aumn), des centaines d’hectares de terres arables sont encore en friche.

C’est que Thieppe est une localité qui se caractérise par une très faible densité due en partie à la transhumance des Peuls qui représentent une partie considérable de la population. De même, Thieppe s’étend sur une large superficie de 523 km2, à savoir l’équivalent de tout l’espace qu’occupe la région de Dakar. Les avantages comparatifs de la localité sont nombreux avec notamment un climat assez frais et la possibilité pour les habitants de s’adonner au maraîchage en toute saison. En sus d’une nappe phréatique qui affleure et qui assure une disponibilité régulière du liquide précieux. Thieppe regorge de ressources naturelles. Ici, le potentiel est énorme. On comprend alors la propension des habitants à privilégier les cultures maraîchères. Le site fait partie des premières zones de cultures de l’oignon au Sénégal avec une production record de 31 000 tonnes en 2015 sur une production nationale de 367 000 tonnes. Le producteur Moustapha Kébé révèle, pour sa part, qu’il a réussi lors de la dernière campagne écoulée à cultiver de la pomme de terre sur une superficie de 5 hectares. Même s’il n’a pas manqué de déplorer l’impraticabilité des pistes. Une situation qui ne favorise guère un écoulement régulier des produits. L’Etat est venu à la rescousse des producteurs en mettant à leur disposition une dizaine de forages pour favoriser cette activité. Des perspectives heureuses se profilent à l’horizon avec la réalisation, en cours, de la route Kébemer-Thieppe-Saré-Ndao qui va permettre une ouverture sur l’océan Atlantique.

Mamadou Lamine Diatta et
Mouhamadou Sagne (textes)
Pape Samba Seydi (photos)

Last modified on mardi, 15 novembre 2016 00:16

Ce Sénégalais, descendant de Bouna Alboury Ndiaye, s’est fait une place en or dans le business de la Nba. Il fait office d’intermédiaire pour les contrats des Français du basket américain.

Bouna Ndiaye a réussi sa vie : pour ses 50 ans, il a reçu une Rolex. Ce n'était pas une promesse gratuite. Il a de quoi s’offrir un tel privilège, l’homme fait office d’intermédiaire dans l'export de joueurs français à la Nba. Bouna Ndiaye débarque adolescent en France, en provenance du Sénégal, avec quatre frères et sœurs et sa mère, petite-fille d'un colon français. Le père, entrepreneur et diplomate, est resté au pays. Contrairement à la plupart des jeunes de banlieue, les études lui tentent. Pour financer son cursus en économie d'entreprise, il nettoie les ¬avions à Roissy et organise des soirées sur le campus.

Son sourire enjôleur et un sens certain du contact tissent les premiers réseaux. Bouna était très présent dans le phénomène Streetball des années 1990. Il avait un côté grand-frère pour les joueurs de banlieue parisienne. Bien qu’il soit toujours obnubilé par le basket, il fut un joueur modeste, en -deuxième division, avec un salaire de 8.000 francs français par mois. Avec ComSport, l'idée est de dénicher les joueurs à fort potentiel pour les développer jusqu'en Nba. A force de détermination et d’abnégation, la planche à billets finit par chauffer. De quoi offrir à cet élastique de 2,16 m la plus grosse fiche de paie du sport français : plus de 23 millions d'euros annuels. Total des nouveaux contrats : 371 millions de dollars. Le pactole ne passe pas inaperçu, même dans une ère d'opulence née de droits télé. Au passage, une commission de 4 % et de sacrés galons pour l'agent, négociateur à sang-froid mais mine de gamin réjoui une fois apposée la signature en bas de page. Si Tony Parker est démarché en vain, l'escouade finit par prendre forme. Ndiaye passe en force, en attaquant la puissante association des joueurs Nba. Mais le rêve américain passe par une licence. Pour l'obtenir, un numéro de Sécu local est impératif. Derrière sa réussite, se cache des moments caractéristiques de rudes épreuves.

Bouna s'est souvent fait plaquer. En 2005, la draft, foire aux jeunes joueurs appelés à intégrer le grand monde, dessine un autre tournant. Le départ le plus douloureux ? Celui de Ronny Turiaf, à l'orée d'un contrat de 17 millions de dollars. Pour mieux s'affranchir, Ndiaye s’est installé à Dallas avec sa femme et ses enfants. C'est là-bas qu'il avait placé son premier joueur. Vingt ont suivi. En tête de gondole, Nicolas Batum, pris en main à 16 ans, dont la trajectoire exponentielle a permis de lever les doutes sur le savoir-faire du chaperon. Dans le landerneau français, les jalousies bruissent mais jamais publiquement. Quarante ans qu'il n'était pas retourné à Linguère, 300 km au nord-est de Dakar. On l'a accueilli avec égards, pas tant pour saluer son succès que sa généalogie. Il a envie de perpétuer la trace familiale, projette d'y construire une école. Autour, il y aura des terrains de basket.

Le leader du parti le Front national de salut public « Mome saa rew » ne fait pas dans la langue de bois. Il se dit nationaliste et l’assume pleinement autant dans sa démarche, ses actes que son propos. Malick est décidément un père Noël qui n’aime pas distribuer des cadeaux.

À la perspective d’une rencontre avec « Malick Noël Seck », quelques idées reçues d’avance sur le caractère fougueux de notre hôte nous avaient laissé dubitatif. Nous nous sommes laissé, comme pour la plupart, entrainer dans un flot de préjugés rien qu’à y penser. Ce père Noël qui, dit-on, ne distribue point de jouets à tout bout de champ, nous avait-on prévenu. Pour faire court, disons-le, il est l’opposé de ce que nous pensions. Il affiche une apparence assez stricte certes et le port léger en ce dimanche, jour de repos. Un sous-vêtement blanc assorti d’un jean noir quelconque. Relaxe donc ! Côté gabarit ? Ce n’est pas un colosse à véritablement dire, mais il n’est pas petit non plus. Il tient bien dans son corps.

Une grande maison précieusement décorée par des fleurs minutieusement choisies et amoureusement entretenues. « C’est une des passions de ma mère. Elle adore prendre soin de ses fleurs qui contribuent à embellir sa vie », note Malick dans un brin de sourire. Le père est un ancien diplomate qui a servi au Sénégal et à l’étranger.

« Réfléchir pour soi-même, essayer de comprendre, remettre en cause le point de vue dominant tant que celui-ci ne constitue pas le meilleur », voilà les devises qui animent Malick Noël Seck. Il aime briser les résistances, les positions établies. Avec cet acharnement, aucune difficulté ne le décourage. Pas d’esprit de revanche cependant ni d’ambition mondaine, non plus, assure-t-il. C’est autre chose. « La passion du challenger plutôt que du trophée. L’amour de la défense de la « patrie » est un perpétuel défi chez lui. Une jolie rage donc. « C’est juste que j’ai mes convictions qui diffèrent de celles de la plupart des gens », relève-t-il. « Il y a du militaire chez cet homme politique. Il est exigeant, rigoureux, pénible à la limite dès lors qu’il s’agit d’aller au front afin de mener des combats de principe », note un de ses anciens compagnons du Parti socialiste. Malick, malgré l’apparence, traine la réputation d’avoir « un grand respect des personnes et un sens aigu des relations humaines ». Il compte beaucoup d’amis et entretient des relations fraternelles. Il est plutôt taquin de nature et aime détendre l’atmosphère. C’est quand il s’agit de défendre des principes que Malick manifeste une rigueur à friser l’insolence pour certains », note cette connaissance qui exige l’anonymat. Ceux qui le décrivent sous les traits d’un homme violent ne connaissent vraiment pas l’homme, souligne-t-il.

Malick Noël s’exprime avec aisance, dénonce sans notes. Il maîtrise son sujet et dégage une cohérence dans sa ligne de conduite.

Un combattant dans les idées
Il a très tôt compris qu’il ne fallait pas se perdre dans les dissensions internes et qu’il valait mieux s’exprimer à l’extérieur, si « on arrive plus à accorder les violons dans la même organisation politique ». La liberté de ton en bandoulière, il n’hésite pas à couper les ponts. Traditionnellement rangé dans la bande de ceux qui critiquent avec la dernière énergie, Malick traine le comportement du cogneur idéologique. Lui dit être plutôt adepte de l’échange contradictoire.

Malick a douze ans lorsque son papa est affecté en France, à l’Unesco plus précisément. Toute la famille plie bagages, destination le pays de Marianne. Le gamin qui vient alors de débarquer ne mettra pas beaucoup de temps à trouver ses marques. « Tout de suite, je me suis fait des amis. Les enfants de mon âge m’avaient très bien accueilli. Vous savez, à cet âge, l’être humain ne connaît pas encore la méchanceté, les préjugés et le racisme. On accepte autrui comme il est », souligne-t-il, le visage serein.

Il a fait l’école du Plateau puis les Maristes jusqu’en sixième secondaire. Le collège se déroule en France, puis le lycée, ensuite les études supérieures. Il est titulaire d’un baccalauréat B option économie. Malick apprend la gestion et se spécialise en comptabilité. Il a travaillé en Autriche dans une boite spécialisée dans les montages de grands projets. Dès que l’occasion se présente, il ne se fait guère prier pour rejoindre les siens au Sénégal, nous sommes en 1997. « J’avais besoin de maintenir ce contact fusionnel avec autant les membres de ma famille que mes amis d’enfance. Au fond, je crois que cela m’a beaucoup aidé à ne point oublier d’où je venais », souligne-t-il.

Découvert par le grand public en 2012, Malick Noël Seck assure s’être engagé en politique, bien avant cette date, en 2003 plus exactement. « D’ailleurs, j’ai été pour la première fois en taule en 2008 pour avoir osé marcher contre les coupures d’électricité devenues récurrentes à cette période », se souvient-il. Lui et quatre de ses autres camarades socialistes sont ainsi arrêtés. L’affaire était passée presqu’inaperçue dans les médias. « Juste un média de la presse écrite avait relaté l’affaire évoquant l’incarcération de cinq jeunes socialistes », se rappelle Malick.

Le politique engagé
Il finit par jeter son dévolu sur le Parti socialiste qui venait, deux ans plus tôt, de perdre le pouvoir. « Le choix n’était point hasardeux. Cette formation venait de perdre le pouvoir après l’avoir contrôlé quarante années durant. Son intégration sera non seulement facilitée par son engagement mais également son compagnonnage d’avec son ami d’enfance Barthélemy Dias, actuel maire de Mermoz Sacré-Cœur. « Avec Barth, nous avons grandi ensemble, notre amitié date de l’enfance. Lui était déjà très tôt dans la perspective de se lancer un jour dans la politique, l’influence paternelle aidant certainement », note-t-il. Le duo fera très mal au pouvoir en place de l’époque. Leur posture radicale leur vaudra d’ailleurs, à deux reprises, des séjours carcéraux. Le duo « Barth-Noël » est né au grand dam du pouvoir libéral. Des « incompréhensions » auront raison de ce compagnonnage.

« Nous n’avions plus la même vision politique des choses. Chacun est parti de son côté. Mais, cela n’a, en aucun cas, mit en péril notre fraternité. Barthélemy reste et demeurera à jamais un frère », note Malick Noël. Sans rancœur aucune donc ? Il sourit et répond : « Non, la rancœur appartient aux faibles. Toutefois, nous sommes des hommes et devons rester libres ».

Par Oumar BA

À l’heure du tout jetable et de la production à grande échelle, il est légitime de se demander si le métier de cordonnier nourrit son homme. Certes, à travers les siècles, les cordonniers ont su démontrer leur talent, non seulement pour protéger les pieds, mais également pour les couvrir de façon élégante.

L’industrialisation excessive semble bousculer le quotidien du métier de cordonnier. Au lieu de se faire confectionner une chaussure sur mesure, il devient plus courant, pour certains usagers, de les acheter directement dans les grandes enseignes et les chaines de distribution. Les chaussures confectionnées en Asie sont de si bon marché que la réparation de certains modèles coûte plus cher que l’acquisition d’une nouvelle paire. Toutefois, depuis quelques temps, cette tendance semble s'inverser et la cordonnerie a su s'adapter aux nouveaux modes de consommation, en proposant des produits conformes aux exigences de la clientèle, sanctionnés de prestations de qualité. Un détour à la Médina prouve à souhait que l’artisanat local de la confection de chaussures a de beaux jours devant lui. Le secteur confronté à des difficultés il y a de cela quelques années s’est apparemment relevé du bon pied. Doucement, mais sûrement, la cordonnerie locale est en train de filer un marché porteur essentiellement composé d’usagers locaux. Ici à la Medina, pour se faire confectionner une chaussure, il est essentiel de passer une commande à l’avance. La majeure partie des chaussures exposées ont déjà trouvé preneurs. Seules quelques-unes sont proposées à la vente libre. « Nous sommes dans le secteur depuis des générations. C’est de grands-pères en petits-fils que nous nous sommes transmis ce savoir-faire », souligne Amadou Guissé, qui tient échoppe à la Médina. Ce legs serait, selon lui, à l’origine d’une clientèle conquise d’avance. « Les commandes proviennent essentiellement de commerçants établis à Dakar et dans les autres régions. Ils appellent pour communiquer les modèles, envoient l’acompte sur le prix convenu et nous entamons le travail, pour toucher le reliquat après livraison », précise-t-il. Ici, ce sont essentiellement des chaussures à base de semi-cuir qui sont vendues. Pour cela, les artisans font continuellement recours au tannage traditionnel du cuir. « Cette opération consiste à transformer la peau en cuir grâce à des tanins », souligne-t-il.

Birane est un homme d’affaires aguerri. Agé tout juste de 34 ans, il n’en demeure pas moins très expérimenté en « business ». Très tôt, il dit s’être initié aux activités commerciales. Il ne se focalise pas sur un seul secteur et compte plusieurs cordes à son arc. Ces temps-ci, Birane a jeté son dévolu sur la cordonnerie locale. « Je me rends à Ngaye où je m’approvisionne en chaussures, pour ensuite aller les écouler à l’extérieur. Je les ventile un peu partout : dans la sous-région, en Italie, un peu en France et à Dubaï », note l’homme d’affaires. Il ne se plaint pas outre mesure de cette trouvaille : « Les chaussures sénégalaises sont très bien appréciées à l’extérieur », assure-t-il. Cette activité lui rapporte suffisamment de bénéfices à tel point qu’il pense « exclusivement s’y consacrer ». Le prix des sandales de Ngaye varie entre 5.000 et 10.000 Ffrancs Cfa, informe-t-il. A la vente, « il m’arrive de doubler le prix d’acquisition », souffle-t-il.

Selon lui, les cordonniers devraient commencer à se considérer non plus comme des « bricoleurs » de subsistance, mais plutôt comme des entreprises et mettre en place des stratégies de croissance et des objectifs qui peuvent être productifs, plaide-t-il. Selon Birane, « l’artisanat est sans doute le secteur offrant le plus d’opportunités à l’export ».

Des chaussures accessibles à toutes les bourses
Si la plupart des cordonniers préfèrent acheter le cuir importé, c'est parce qu'il facilite la fabrication artisanale des chaussures. Et ce travail requiert moins d'énergies. « Après avoir acheté la peau traitée on doit y enduire de l'huile pour lui donner la couleur souhaitée. Le processus peut parfois prendre du temps », informe Aly Mbow, cordonnier à Sandaga.

La crise économique et la diminution du pouvoir d’achat sonnent le renouveau du métier de cordonnier. En effet, outre la volonté de soutenir l’artisanat local, il devient plus judicieux de réparer ses chaussures abimées que de les jeter. Par ailleurs, le métier de cordonnier a grandement évolué : « Les techniques employées et les matériaux utilisés permettent aujourd’hui de redonner une nouvelle jeunesse aux souliers », précise Aly.

La qualité de la peau utilisée est très importante ; plus elle est consistante, plus le prix est élevé. Le motif de la chaussure est aussi pris en compte. Certains modèles sont beaucoup plus faciles à confectionner que d’autres, ce qui, à coup sûr, se répercute sur la fixation du prix, souligne Amadou Guissé, cordonnier à la Médina. Toutefois, assure-t-il, toutes les bourses peuvent s’offrir un soulier. « Les prix commencent à 3.000 FCfa et peuvent aller jusqu’à 15.000 FCfa », note-t-il. Tout le monde ne peut pas s’approvisionner en cuir sachant qu’« il n’y a aucune usine de transformation du cuir au Sénégal, et c’est ce qui fait défaut dans le métier », déplore-t-il.

La qualité du travail du cordonnier constitue un atout qui milite en sa faveur, notamment lorsqu’il s’agit d’une création. Beaucoup de ces spécialistes n’hésitent pas à proposer d’autres services comme la maroquinerie, pour compléter leur revenu et étendre leur clientèle. Cheikh Guèye, trouvé au marché Thiaroye, fait décidément parti de ceux-là. Ses chaussures, il les achète au marché Petersen. « Je maîtrise les goûts de ma clientèle. Voilà ce qui me pousse à apporter une nouvelle touche aux chaussures que j’achète », informe-t-il. Cette nouvelle touche est doublement payante. « Elle permet non seulement de vendre plus vite la chaussure, mais aussi et surtout cela augmente le prix de vente », assure-t-il. Cheikh Guèye dit vivre de ce métier.

D’autres se spécialisent exclusivement dans la réparation ou la confection de chaussures spécifiques. C’est le cas de Mamadou Kassé. Il est âgé d’une soixantaine d’années. Mamadou est installé à Yeumbeul. Cela fait plusieurs années qu’il répare des chaussures. « Je capitalise plus d’une trentaine d’années d’activités dans la réparation des chaussures. Cette activité m’a permis de m’occuper de ma famille des années durant », souligne-t-il. Aujourd’hui, la relève est prise par sa progéniture. « Certains de mes enfants ont grandi et s’occupent depuis lors de la nourriture familiale et des dépenses afférentes à la tenue de la maison », se réjouit-il. Toutefois, il s’est résolu à continuer son activité, ce qui lui permet de « subvenir à ses besoins personnels ». Qu’en est-il de son gain journalier ? Il varie : « Il m’arrive de repartir avec 7.000 ou 200 FCfa, c’est selon les jours », informe-t-il. Globalement, s’il fait les calculs à la fin du mois, il gagne quotidiennement « 3.000 FCfa ».

Nécessaire professionnalisation
La plupart de ces fabriques demeurent artisanales parce qu’elles ont été mises sur pied juste pour des besoins de survie et elles évoluent : « au jour le jour ». « C’est surprenant de savoir qu’il y a des cordonniers qui réparent des chaussures depuis trente ans, mais ils n’en ont jamais confectionné une paire. Ce n’est pas qu’ils en soient incapables. Le problème est qu’ils n’en ont pas l’idée, le plan et le rêve de conduire leur business vers une étape supérieure », s’indigne Abou, un étudiant trouvé sur place. Il est d’avis que les industries artisanales devraient travailler à développer leurs produits, leurs services ou encore leurs idées. « Il s’agit de travailler à l’amélioration qualitative et quantitative du produit ou service, l’amélioration de la présentation du produit, la production de nouveaux produits et l’innovation dans la façon de faire », souligne-t-il.

Confection d’amulettes
C’est un décor étonnant et captivant à la fois. Des amulettes sont minutieusement rangées. Certaines ont déjà été confectionnées et n’attendent que leur propriétaire. D’autres sont en phase de l’être. Dans une scénographie étonnante, ces amulettes sont minutieusement rangées dans l’atelier d’Ibou Touré. Des gris-gris destinés à être portées, d’autres à orner maisons, véhicules et autres… Deux traditions sont ainsi mises en exergue : africaine et islamique.

« Ces amulettes sont des prescriptions de marabouts. Elles sont très chargées. Ce sont souvent des objets codifiés. Ces objets servent autant à attaquer qu’à protéger », note le cordonnier qui s’affaire à son activité favorite. Toutes les catégories sociales viennent vers lui: hommes politiques, hommes d’affaires, civils, pauvres, riches. Cette activité devenue très « florissante » permet à Ibou de subvenir à ses besoins en entretenant ses rejetons. Père de famille, Ibou assure nourrir quotidiennement une dizaine de bouches. Seule son activité de confection de gris-gris lui permet de subvenir à ses besoins. « Tout est parti d’une histoire d’initiation. De père en fils, j’ai reçu les sciences occultes qui permettent de faire face aux éventuelles déconvenues », informe-t-il. La confection de certaines de ces amulettes exige des comportements spécifiques. « Il m’arrive de confectionner des amulettes où on est tenu de garder le silence, tout le processus durant », note-t-il. Il est également courant de « se déshabiller nu, afin de satisfaire les exigences et les prescriptions d’une amulette », note-t-il. Le prix le plus accessibles est 500 FCfa, toutefois, les prix peuvent grimper jusqu’à 10. 000 FCfa, c’est selon la nature de l’amulette et parfois les risques et les exigences qui vont avec sa confection, note-t-il.

Par Oumar BA

Peu connu du grand public, très reconnu au sein de sa formation politique, Alliance pour la République (Apr), Pape Gorgui Ndong, Pape Ndong tout court pour les intimes, valse entre anonymat et discrétion. L’homme au visage juvénile, à la taille moyenne et au gabarit d’un gringalet n’en est pas pour autant un enfant de chœur. Il s’est forgé à travers le temps et les épreuves, comme dirait l’autre, des épreuves essentiellement politiques. Pape Ndong fait en effet partie des premiers militants qui ont adhéré à la cause de Macky Sall, alors opposant à la quête du pouvoir. C’est dans la tumultueuse banlieue de Dakar Pikine, aux enjeux politiques multiples et à l’électorat considérable, mais pas tout à fait dénuée de risques, que Gorgui Ndong s’engage. Il va, durant toute la traversée de l’opposition, diriger la section des jeunes de l’Apr dans tout le département de Pikine. Un travail qu’il va mener avec acharnement, qui au passage ne manquera pas de lui valoir autant d’admirateurs que des critiques. Muni de sa carapace, il va conduire les destinées du parti non sans difficultés, jusqu’à leur accession au pouvoir. Il hérite alors de la direction générale de l'Agence pour l'emploi des jeunes des banlieues (Ajeb). A la faveur de la dernière élection locale, il est élu maire de Pikine-Ouest. Tout récemment, ce spécialiste en gestion des ressources humaines, précédemment membre du Collège du Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT), est nommé ministre délégué auprès du ministre du Renouveau urbain, de l’Habitat et du Cadre de vie, chargé de la Restructuration et de la Requalification des banlieues, en remplacement de Madame Fatou Tambédou. «Audace et Raison d’Espérer ! ARE », tel a toujours été la philosophie du nouveau ministre. Ceux à qui il a, ne serait qu’une fois, eu à envoyer un sms ne le démentiront point.


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