grandair

Soleil Grand Air (595)

Les nouveaux loups

12 Mar 2018
281 times

Le cas avait fait grand bruit. Un grand jet setteur rendu célèbre par une chanson non moins connue de Thione Seck était tombé dans les filets d’une bande de fillettes en jupes courtes et aux manières adolescentes. Il connut la prison et la disgrâce pour « détournement de mineur ». Un confrère, récemment rappelé à Dieu, qui jouissait d’une excellente réputation fut traîné à la gendarmerie et massacré dans la presse pour avoir tendu une main paternelle à une adolescente en errance devant sa maison. Ils ne sont pas, loin s’en faut, les seules victimes de l’innocence.

De plus en plus, de jeunes adolescentes à peine sevrées du biberon, dessinent des plans machiavéliques pour ferrer des hommes beaucoup plus âgés. Elles gonflent leur âge, exhibent une précocité sournoise et bandent leurs formes généreuses pour tromper la méfiance des adultes. Les célébrités, les hommes mariés et tous ceux qui ont une réputation à préserver sont leurs cibles préférées. Ces derniers, pensent-elles à juste titre, préféreront toujours éteindre un début de scandale en transigeant généreusement. Le plus souvent, elles enfarinent de vieux cougars en quête de chair fraîche. Parfois, malheureusement, leurs mailles se referment sur des pères de familles charitables qui ne sont guidés que par la volonté d’aider. Les loups ne sont plus ceux que l’on croit.

Gare à la meute en tenues raccourcies et aux formes ensorceleuses !

Par Sidy DIOP


Très souvent comparé aux Kardashian (l’une des familles les plus puissantes du showbiz américain), le clan Pembe, est en passe de s’ériger comme la famille la plus en vue d’Afrique. Le magazine « Kintv24 », nous fait découvrir le portrait d’une famille qui a su bâtir et asseoir son empire dans les deux Congo.

Didace Pembe
Originaire du Maï Ndombe, une province proche de la capitale Kinshasa, est le père de la famille. Il est le président du Parti Écologiste congolais. Il a été député avant d’être nommé ministre en 2007. Réputé pour avoir des accointances avec le président Joseph Kabila, d’où sa puissance. Didace Pembe est bel homme. Père de 7 filles, dont toutes ont la particularité d’avoir des prénoms qui finissent tous par la lettre « a ».

Lina Pembe
Fille d’un père expatrié italien et d’une mère métisse congolaise, Lina Pembe Bologna, c’est l’équivalent de Kris Jenner du clan Pembe. C’est la femme de Didace Pembe. 1ère Vice-présidente du Parti Écologiste congolais (Peco), Lina Pembe est aussi une grande femme d’affaires. Elle est la propriétaire de la chaîne de boutique Outlet, qui distribue des vêtements Zara en Afrique centrale, des boutiques Lina à Kinshasa et à Brazzaville et aussi de Lina Café à Kinshasa.

Soraya Pembe
Âgée de 27 ans, la fille aînée de la famille. Elle s’est installée de l’autre côté du fleuve Congo, Soraya est l’épouse de Rodrigue Nguesso, le neveu multimillionnaire du président Sassou Nguesso. Cela ne l’empêche pas d’être dans les affaires puisqu’elle est propriétaire de la boutique des vêtements Street Design à Brazzaville. Loin des yachts de Miami où l’on avait pris l’habitude de la voir aux premières heures de son union, la belle se fait discrète, mais on sait tout de même qu’elle a donné naissance au 1er bébé garçon du clan, qui est son 2e enfant.

Mareva Pembe alias Evalisha
Véritable incarnation de Kim Kardashian, et passionnée de mode, Mareva Pembe a passé toute son enfance au Congo avant de se rendre à Paris, la capitale de la mode. Grande fashion blogueuse, Mareva Pembe partage ses styles et ses goûts avec ses 55 000 followers sur Instagram. Elle a lancé à Kinshasa son propre concept « Lina Generation by Evalisha », tiré du nom de marque de sa mère pour une clientèle plus jeune et plus tendance.

Raïssa Pembe
3e fille du clan, elle a du charme et du goût. C’est elle qui est à la base de la conception et de la matérialisation de Lina Génération de sa soeur Mareva.

Jessica Pembe
Âgée de 21 ans, Jessica Pembe poursuit encore ses études. Mais elle est la plus suivie sur Instagram après sa sœur Evalisha. Ses 23 000 followers se régalent de ses poses de modèle. Elle est bien partie pour se faire une place dans la mode.

Sonya Pembe
À 16 ans, Sonya Pembe est aussi une star des réseaux sociaux avec 10 000 followers sur Instagram. Sonya est sur la même voie tracée par ses ainées, et fait office d’ambassadrice du clan Pembe sur la toile.

Alicia et Marica Pembe
Ce sont les deux cadettes de la famille. Deux bijoux auxquels la mama Lina Pembe Bologna, voue un véritable culte. Considérées comme des futures Kylie et Kendall en devenir, suivront-elles la même voie tracée par les aînés ? Difficile de savoir ce que l’avenir leur réserve, mais ce qui est sûr, c’est que la relève de la famille Pembe sera dignement assurée avec ces deux petites poupées.

Une cuvée de champagne baptisée Dian Diallo, voilà l'idée pour le moins pétillante que vient de concrétiser Mamadou Dian Diallo, consultant en spiritueux pour les Aéroports de Paris.

Originaire de Labé, dans le Fouta-Djalon, le pays peul de la Guinée-Conakry, Mamadou Dian Diallo est arrivé en France en 2001. Après avoir décroché son master de management et gestion des entreprises en 2005, le jeune homme a intégré le duty free des Aéroports de Paris dès l'année suivante. Il y représente alors de grandes marques de la gastronomie fine et surtout de spiritueux pour le groupe Moët Hennessy, une partie de l'acronyme LVMH (Laurent Perrier, Moët & Chandon, Veuve Cliquot…, NDLR). En 2012, il est promu ambassadeur, l'équivalent de consultant pour le groupe. C'est là qu'il affine son goût pour le champagne en visitant les caves du précieux breuvage millésimé : « J'ai eu l'opportunité d'avoir une formation beaucoup plus intense, raconte-t-il.

Je me suis intéressé aux procédés de fabrication, à la finesse avec laquelle le travail est accompli. »

Mais l'élément déclencheur de son projet ambitieux de donner son nom à un champagne est une rencontre, en 2013, avec un client béninois qui lui fait une importante commande : « Je lui ai promis que je ferais ma propre marque qui porterait un nom africain. Le but était de bousculer les codes et de permettre aux Africains de se sentir représentés. Pour affiner ma stratégie, j'ai fait une étude de marché dans les aéroports de Paris, où se croisent toutes les nationalités, y compris les africaines. »

Doux et sucré à la fois
Mamadou Dian Diallo s'aperçoit alors que les consommateurs africains et antillais préfèrent des champagnes doux et fruités à la fois, faciles à boire. « Il faut que la qualité suive pour plaire au marché africain. Je veux installer la marque dans la durée. » Pour cela, l'entrepreneur a décidé de vieillir son champagne trente-six mois, plus longtemps que la norme en vigueur. En effet, selon l'étude de marché qu'il a fait réaliser, la consommation de champagne devient de plus en plus fréquente. D'où l'idée d'un produit raffiné, qui permet de faire la fête… sans éprouver de migraine le lendemain. Après avoir sillonné la région Champagne et rencontré une quarantaine de viticulteurs, son choix se porte sur Rémi Jacques, de Baye, dans la Marne, lequel « a l'amour du raisin et dont la famille produit du vin de qualité depuis trois générations selon une méthode champenoise très traditionnelle ». L'entrepreneur franco-guinéen a tenu à engager quelqu'un "qui puisse comprendre l'importance que représente à (ses) yeux (s) la culture africaine, mais aussi l'éthique, le respect, une compréhension mutuelle, la détermination à aller au bout de ses engagements ».

En 2016, Mamadou Diallo remporte le concours Réussir en banlieue. Soutenu par la chambre de commerce et d'industrie de l'Essonne, il obtient un prêt auprès des banques de 50 000 euros pour le développement commercial de sa SAS Dian Diallo, au capital de 5 000 euros. « Ça m'a aussi permis de me faire connaître médiatiquement », précise-t-il.

Contrer l'afro-pessimisme
Pourtant, l'idée du champagne Dian Diallo ne fut pas si facile à faire accepter au départ : « C'est une croisade pour un Africain d'entrer dans ce domaine, avoue-t-il. J'ai consulté des communicants qui m'ont déconseillé de le faire : Ça ne marchera pas. Avec un nom africain, les gens vont croire que c'est du champagne africain ! Je leur répondais que mon but n'était pas seulement de gagner de l'argent, mais de conscientiser une certaine catégorie d'Africains en les incitant à aller au bout de leurs idées. » Car il entend ainsi poser un acte militant : « Mon objectif, c'est de briser l'afro-pessimisme. Je leur dis de foncer, de ne pas se mettre de freins par rapport à leurs origines, leur nom ou leurs coutumes. Au XXe siècle, on peut se lancer dans le luxe ou le champagne. »

Et l'exemple de Mamadou Dian Diallo a suscité des vocations. Fin octobre, invité à un événement organisé par le Crédit agricole, il a témoigné de son expérience d'entrepreneur : « Beaucoup d'Africains qui veulent entreprendre dans des produits haut de gamme sont venus m'écouter. Ils m'ont demandé : Comment avez-vous fait ? Ces porteurs de projet m'ont donné envie d'aller au-delà de ce que je fais aujourd'hui. Par exemple, une jeune Ivoirienne m'a dit vouloir créer une marque de café haut de gamme du type de Nespresso. Mon parcours lui donne le courage d'oser. »

Vers le marché africain
Le prix des bouteilles de Dian Diallo oscille entre 25 et 38 euros. La bouteille de brut tradition est à 25 euros. L'entrepreneur a également créé une cuvée spéciale, la Cuvée réserve à 27 euros, entre le brut et le demi-sec : « Aujourd'hui, sur le marché, il y a le choix entre le brut et le demi-sec. Les Africains et les Antillais allaient, par défaut, vers le demi-sec parce qu'il est plus sucré.

Personnellement, je le trouve trop sucré, jusqu'à 45 grammes de sucre par litre. Je propose une gamme intermédiaire entre les deux. Gourmand et fruité, mais moins sucré que le demi-sec, avec 20 grammes par litre. »

Afin de rester dans un positionnement haut de gamme, Mamadou Dian Diallo a préféré ne pas commercialiser en grandes surfaces ce nectar qu'on peut trouver dans certains hôtels-restaurants et sur le site Dian Diallo. Ce n'est pas tout. Le Franco-Guinéen a ouvert, en novembre, un showroom au 89, rue Pelleport, dans le 20e arrondissement de Paris : « C'est un bar lounge convivial dans lequel des amis ou des entreprises peuvent boire une coupe de champagne avec de petits fours. Le concept, c'est aussi d'amener des Africains et des non-Africains à échanger autour d'une coupe de champagne. » Pour l'heure, il en est au stade des négociations pour pénétrer le marché afro-antillais : « J'ai été contacté par un distributeur guadeloupéen qui a une dizaine de magasins là-bas. J'ai aussi un réseau en Afrique avec la Guinée-Conakry, le Sénégal et la Côte d'Ivoire… ». D'ici à ce que Dian Diallo fasse sauter ses bouchons de liège sur le continent, il n'y a qu'un pas...

Le Point

« En politique, il ne faut jamais dire jamais ». La célèbre boutade du président Abdoulaye Wade n’a jamais été aussi vérifiable que dans le cas de Thierno Alassane Sall. Il y a encore un an, en tant que ministre de l’Energie, il défendait farouchement le gouvernement dans ce qui est convenu d’appeler « l’affaire des contrats pétroliers », soulevée par Ousmane Sonko. Aujourd’hui, c’est le même Thierno Alassane Sall qui se pose en pourfendeur du gouvernement, dans ce même dossier. Finalement, on s’y perd. A quel Thierno se fier ? Même son départ du gouvernement prête à équivoque. Dans le camp d’en face, on parle de limogeage, lui parle de démission. C’est dire que la ligne de fracture entre l’ancien Coordonnateur des cadres de l’Apr et son ancienne famille politique est assez profonde. Ils ne s’entendent sur rien. Thierno Alassane Sall semble avoir ravalé ses convictions d’hier et se présente comme le nouveau parangon des valeurs républicaines. Les thèses du livre de l’ancien inspecteur des Impôts qualifiées de balivernes en janvier 2017, sont devenues paroles d’évangile en janvier 2018. «L’Etat n’a rien à cacher et le régime en place n’a violé aucune disposition réglementaire et législative dans la signature des contrats pétroliers», avait-il répondu à l’époque. Aujourd’hui, c’est un autre son de cloche que l’ancien de l’Asecna sert aux Sénégalais. Tressant des lauriers à Ousmane Sonko, il plaide pour la mise en place d’une Commission d’enquête parlementaire sur la gestion des ressources naturelles au Sénégal.

Dans son cheminement politique, Thierno Alassane Sall offre l’image d’un rebelle. Alors qu’il était haut cadre de l’Asecna sous Wade, il a été mis au « frigo » par son ministre de tutelle d’alors Farba Senghor. Cet épisode l’a décidé à accompagner le président Macky Sall sur le chemin de la conquête du pouvoir. La deuxième alternance survient, le responsable politique de Thiès hérite du poste de Directeur général de l'Autorité de régulation des postes et télécommunications (Artp). Un an plus tard, il est nommé ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement. Il quittera ce poste à la suite des élections locales de juillet 2014, perdues à Thiès devant Idrissa Seck. Le natif de Thiès réintégrera l’équipe gouvernementale en 2016, mais c’est pour encore le quitter quelques mois plus tard lorsqu’il a refusé de signer le contrat d’exploration et d’exploitation pétrolière avec Total dont l’accord de principe avait été paraphé quelques mois plus tôt. Un rebelle donc comme l’on a tendance a qualifié sa ville de naissance : Thiès.

Elhadji Ibrahima THIAM

Les éléphants ont la plus longue période de gestation de tous les mammifères. Une gestation qui dure près de deux ans (entre 20 et 22 mois) avant de mettre bas leur progéniture. Cela est dû à leur taille et à leur poids, en effet, l’éléphant est le plus grand animal terrestre vivant, d’où tout ce temps pour que l’embryon puisse se développer d’une manière normale dans l’utérus.

A l’occasion de la Journée internationale des femmes, célébrée aujourd’hui, votre magazine « Grand air » dresse le profil de femmes d’influence qui, au Sénégal, agissent sur le cours des événements, pèsent sur les décisions et s’offrent en exemples à leurs compatriotes. Pas forcément très médiatisées, elles évoluent, pour la plupart, dans le monde des affaires et partagent le même souci : la promotion de la femme.

Par Sidy DIOP

MOUSSOUKORO DIOP, INGENIEUR INFORMATIQUE ACTIVISTE DU DIGITAL
Moussoukoro DiopIngénieur en informatique, digital manager de fonction, Founder & Ceo de l’agence digitale africaine « Digital Mousso », membre du Réseau des blogueurs du Sénégal, Moussoukoro s’active dans plusieurs domaines pour faire bouger les lignes.

Après son baccalauréat S2, obtenu à la Maison d’éducation Mariama Bâ de Gorée, Moussoukoro s’est spécialisée dans l’informatique.

En mars 2015, elle a été élue parmi les femmes digitales de l’année.

Dans le Forbes Afrique du mois de juin 2015, elle a été citée comme une des rares femmes d’Afrique de l’Ouest à innover dans le domaine du digital.

Activiste, elle a participé à l’organisation du 1er forum Africtivistes à Dakar, à plusieurs combats au Sénégal comme le 23 juin, #NonAuMur, #SenStopEbola, #AfricaSaysNo, #BringBackOurgirls, etc. Elle est, aujourd’hui, très engagée dans la scolarisation des jeunes filles, la lutte contre les maltraitances subies par les femmes et pour une meilleure formation des femmes sur les réseaux sociaux et leur meilleure implication dans les Tic.

SARAH DIOUF : LA MODE À L’HEURE DE LA MIXITÉ
Photographe, rédactrice en chef, chef d’entreprise, styliste, directrice artistique de Tongoro Studio… l’éclectisme de Sarah Diouf impressionne. En effet, cette jeune parisienne d’origine sénégalaise fait partie de cette nouvelle génération d’afro-descendants qui essayent de participer à l’essor du continent africain au niveau culturel et artistique.

Née à Paris, elle a longtemps vécu dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire, Abidjan. De retour à Paris, elle fait ses études dans une Business school et se consacre à la communication. En 2009, elle lance Ghubar Magazine (www.ghubar-magazine.com), magazine de mode digital qui valorise en même temps l’image de la beauté noire. Sarah remporte pour son travail de fondatrice & rédactrice en chef un Cosmopolitan Style awards en 2010. Jamais fatiguée, elle se consacre à l’agence Spread360 pour laquelle elle apporte son expertise en matière de mode et de l’univers des médias. En mai 2014, elle est nominée au Women4Africa dans la catégorie « International media woman ». Inspirée par les success story de Asos ou NastyGal, elle lance sa propre marque de vêtements : Tongoro. Un label qui prône la mixité entre mode africaine et mode occidentale. Début 2015, elle lance un autre magazine : Le magazine Noir, magazine de mode, beauté & lifestyle africain.

AISSA DIONE, STYLISTE : DE FIL EN AIGUILLE
Aissa DionneReconnue pour son travail et sa ténacité, Aïssa Dione est une femme condamnée à la réussite ! Du national à l’international, elle avale tout sur son passage et prouve que l’entrepreneuriat, même risqué, finit toujours par payer tant qu’on a une conviction aussi profonde que notre être. Chic et élégante, cette femme de 66 ans est designer et artiste formée aux Beaux-arts à Paris. Franco-sénégalaise, elle rallie ses deux cultures à son art et apporte ainsi sa touche personnelle dans toutes ses créations. Ses études artistiques lui permettent de vivre de ses tableaux qu’elle crée et vend en faisant du porte-à-porte. Ce culot finit par la mener vers ce qui est devenue, aujourd’hui, une entreprise florissante, Aïssa Dione Tissu, fondée en 1992. Elle se révolte que l’Afrique envoie de bonnes choses et récupère les textiles usés via des associations comme Emmaüs.

Elle s’agace du manque d’intérêt que le peuple sénégalais a pour ses propres produits. Elle refuse le scepticisme des financiers qui ne croient pas au développement du textile au Sénégal. Bien que cette filière ait disparu depuis trois décennies, elle ne s’avoue pas vaincu. Elle persiste et signe qu’en donnant la possibilité aux ouvriers tisserands, ils peuvent relancer le secteur du textile en Afrique de l’Ouest en utilisant le savoir-faire postcolonial qui est le tissage traditionnel d’origine mandjaque.

Aïssa Dione est avant tout une femme très engagée dans ce qu’elle fait. Elle travaille pour le Sénégal et l’Afrique tout entière. Grâce à ses tissus et ses meubles contemporains, elle a conquis les plus grands couturiers et décorateurs du monde. Elle est reconnue dans le milieu international du luxe et de la décoration haut de gamme. Ses produits se vendent aussi bien bon marché que dans des showrooms new-yorkais, parisiens, ou encore au Siao de Ouagadougou. Les grandes maisons, telles que Hermès, le Metropolitan Museum of Art, Fendi ou encore Christian Lacroix lui ont passé commande. Elle est nommée championne du textile sénégalais et a son portrait dressé par Forbes.

AÏSHA DEME, FONDATRICE D’AGENDAKAR.COM : LE WEB AU SERVICE DE L’ART
Aïsha Dème a été nommée à la 4ème Assemblée générale annuelle (Aga) de l’organisation panafricaine qui s’est tenue à Addis-Abeba, en Ethiopie, le 10 novembre. L’une des membres fondateurs de l’organisation, Aïsha a précédemment siégé au conseil de la Miaf en tant que vice-présidente de 2014 à 2016. Elle faisait également partie du premier comité de gestion de l’organisation créée en 2012. De plus, elle a travaillé étroitement avec le Comité de Contenu établi en 2015. Aïsha Dème possède une vaste expérience dans le secteur des médias et des arts. En tant que gestionnaire culturel, son expertise est largement reconnue au Sénégal. En 2009, elle a cofondé Agendakar.com, la première plateforme web dédiée aux arts et à la culture dans le pays. Elle a travaillé avec des organisations comme la Biennale de Dakar, Amnesty international, Oxfam et Save the children.

Après avoir obtenu un diplôme en informatique à l’Ecole supérieure polytechnique de Dakar, Aïsha Dème a été employée de banque pendant 5 ans. Mais, elle décida de s’éloigner du secteur bancaire pour se lancer dans la promotion des arts. Elle a également fait une Maîtrise en communication. Le Miaf a été fondé en 2013 au Kenya pour prendre en charge le projet Music In Africa, initié en 2011 par la Fondation Siemens avec le Goethe-Institut et des partenaires de toute l’Afrique. La mission de l’organisation est de soutenir le secteur de la musique africaine en favorisant l’échange de connaissances et en créant des opportunités et des capacités pour ceux qui opèrent dans le secteur.

FRANCINE AWA PIPIEN, PROFESSION : INFLUENCEUSE
Francine PipienFrancine Awa Pipien a grandi entre Kaolack et Dakar. Après son Bac, elle est allée étudier à Paris. Après des expériences dans le digital en agence chez Performics (Publicis) et dans le label de musique Jive Epic (Sony Music), elle a travaillé 5 années avec la chaine d’informations Africa24. De retour au Sénégal, en 2014, elle partage désormais son temps entre le monde de la musique​ (Responsable et coordinatrice du projet Excuse my wolof 2 de l’artiste Nix) et des médias​ ​(Country manager du média AfrikMag Sénégal (Afrimediawe). À moyen terme, elle souhaite mettre en place un projet qui mêlera « média » et « création de contenu ». L’idée part d’une conviction très claire : « Nous, Africains, sommes devant la responsabilité de nous réapproprier notre parole et de raconter nos propres histoires selon nos codes, nos vécus et nos visions ».

BINETA DIOP, PRESIDENTE DE L’ONG « FEMMES AFRICA SOLIDARITE » : UNE COMBATTANTE POUR LE DROIT DES FEMMES
Elle est la fondatrice et présidente de l’Ong « Femmes africa solidarité » (Fas). Elle a initié de nombreux programmes en faveur de la paix dont une initiative sur les femmes, la paix et la sécurité qui a aboutit à la création d’un important mouvement de femmes en Afrique de l’Ouest, le « Réseau des femmes du fleuve Mano pour la paix » (Marwopnet) qui fut récompensé par le Prix des droits de l’Homme de l’Assemblée générale des Nations unies en 2003. Bineta Diop a dirigé des équipes d’observation électorale dans des pays post-conflits comme au Liberia ainsi que des missions de solidarité en faveur des femmes en situation de crise comme ce fut le cas en Guinée. Elle a facilité le dialogue pour la paix entre les femmes, notamment durant le processus de négociation de la paix au Burundi et en République démocratique du Congo (Rdc). Elle a aussi joué un rôle déterminant dans l’adoption du principe de parité entre les sexes par la Commission de l’Union africaine en 2003 ; ce qui a permis la nomination de 5 commissaires féminins ainsi que l’adoption du Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, relatif aux droits des femmes (Maputo – 2003) et de la « Déclaration solennelle pour l’égalité de genre en Afrique » (juillet 2004). En 2011, le Times Magazine l’a classée parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde et, en 2012, l’University of peace (Up) lui a décerné le titre de Docteur « honoris causa » dans le domaine des études de la paix internationale. Elle figure aussi parmi « ceux qui dirigent et construisent » « Le Forum des 100 personnalités qui font la Suisse » publié par l’Hebdo.


ADAMA NDIAYE DITE ADAMA PARIS : PAPESSE DES BLACK FASHION WEEK
Adama ParisEn créant, en 2002, la Dakar fashion week, Adama Ndiaye, 38 ans, est devenue l’une des principales figures de la mode sur le continent. Depuis 2010, elle organise des Black fashion weeks à Montréal, Prague, Bahia et Paris.

Critiquée en France pour son supposé communautarisme, la styliste laisse dire : « La Black fashion week, c’est d’abord une histoire de culture, pas de couleur. D’ailleurs, la mode n’a pas de couleur ».
Née à Kinshasa de parents sénégalais, Adama Ndiaye a attrapé le virus de la mode alors qu’elle débutait, en France, une carrière dans la banque. À 23 ans, elle crée sa ligne de vêtements, qu’elle baptise du surnom que lui donne sa famille : « Adama Paris ».

Adepte d’une tendance « afropolitaine » métissant l’enracinement africain et les cultures urbaines occidentales, celle qui partage sa vie entre Los Angeles, Paris et Dakar multiplie les initiatives : elle a créé les Trophées de la mode africaine et lancé, en avril 2014, Fashion Africa Tv, la première chaîne de télévision africaine 100 % mode.

AMY SARR FALL, DIRECTRICE D’INTELLIGENCES MAGAZINE : L’INTELLIGENTE
Titulaire d’une double Licence en communication internationale et en administration des affaires internationales, Amy Sarr Fall est la première femme à diriger une entreprise de presse.

Directrice de publication d’Intelligences Magazine qu’elle a monté en 2010, elle a organisé la cérémonie de consécration inédite des 50 Femmes sénégalaises leaders d'exception et la tournée du leadership féminin qui la conduira auprès des femmes rurales du pays. Plus récemment, elle a organisé la Grande rentrée citoyenne au Grand théâtre qui a permis de mobiliser plus de 1800 jeunes, dans l'esprit de promouvoir les valeurs de la citoyenneté et de l'excellence. Mais, si Amy Sarr Fall est réellement populaire, elle excelle dans sa capacité à décrocher des interviews de grandes personnalités : Le Dalaï Lama, Abdoulaye Wade, Jacob Zuma, Michaëlle Jean, etc.

KHADY DIOR NDIAYE, DIRECTRICE GENERALE DE CITIBANK COTE D’IVOIRE : LE CHARME DE LA BANQUIÈRE
Khady Dior NdiayeCette Sénégalaise a été à la tête d’une des banques internationales les plus prestigieuses de la place de Dakar : Citibank Sénégal. Diplômée de la Georgetown university school of foreign services, titulaire d’un Bachelor en commerce international et économie et d’un Executive Mba de Hec Paris, elle démarre sa carrière dans l’institution américaine en 1997 avec Citibank Côte d’Ivoire, à Abidjan, où elle est recrutée comme trader. Par la suite, elle occupe plusieurs fonctions au sein du département de la trésorerie. En 2008, elle est nommée directrice de l’exploitation avec comme responsabilités la gestion du portefeuille de Citi Côte d’Ivoire et des relations avec la clientèle. En 2011, elle s’installe au Sénégal où elle prend en charge la direction du département des services transactionnels. Un an plus tard, fin 2012, elle est nommée directrice générale de Citibank Sénégal, leader dans l’émission d’obligations.
Elle occupe, depuis mars 2017, le poste de responsable pays de Citi en Côte d’Ivoire, en plus de ses fonctions de directeur régional Afrique de l’Ouest et centrale.

AGNES NDIOGOYE : LE SOURIRE DE L’ADMINISTRATION PÉNITENTIAIRE
« Ce n’est pas facile de diriger des hommes, des femmes et des ados. Les caractères ne sont pas les mêmes et il faut gérer les humeurs ». Mais, Agnès Ndiogoye se sent parfaitement à l’aise dans son travail. « Je n’ai rien que je ne mérite pas. Ce n’est pas surprenant, j’ai gravi les échelons pour en arriver là », explique-t-elle. Elle est la première femme nommée à la tête de la Direction de la Maison d’arrêt et de correction de Saint-Louis, la première femme lieutenant et la première femme inspectrice (le grade le plus élevé) de l’administration pénitentiaire. Elle n’en est pas arrivée là grâce à un joli brushing ou des hauts talons. Elle a dû persévérer deux fois plus que ses camarades hommes. Devenue tour à tour première femme à accéder au poste de contrôleur, ensuite lieutenant, avant de devenir inspecteur, elle a dirigé, pendant longtemps, la Maison d’arrêt pour femmes (Maf) de Liberté 6. Elle connait bien l’univers carcéral pour avoir servi à Rebeuss, à la Maf et maintenant à Saint-Louis où elle trône à la tête de la Mac. Son expertise est même connue hors de nos frontières. En 2009, elle a participé à l’élaboration des règles sur les femmes en détention à Bangkok. Elle a récemment terminé un stage pratique de 21 jours à l’Ecole nationale de l’administration pénitentiaire (Enap) de France. Agnès est une femme de caractère qui mène ses agents et ses détenus avec une main de fer dans un gant de velours.

EVELYNE TALL, DG ADJOINTE D’ECOBANK : THE BOSS
Evelyne TallSon profil peu courant (Licence en anglais et diplôme de l’École d’administration et de direction des affaires à Paris) ne l’a pas empêchée de devenir, en janvier 2012, numéro deux du groupe Ecobank. C’est à cette native de Saint-Louis, au Sénégal, que les directeurs généraux des 33 filiales rendent compte. C’est elle qui veille au maintien des bonnes relations avec les autorités politiques et financières de chaque pays d’implantation.

Depuis 2012,  Evelyne Tall est le numéro deux d’Ecobank, plus grand réseau bancaire d’Afrique subsaharienne avec une présence dans 36 pays. Après dix-sept années chez Citibank à Dakar, elle a rejoint le groupe en 1998 avant d’en gravir patiemment les échelons.

Directrice générale adjointe au Mali, puis directrice générale pour le Mali et le Sénégal, elle a ensuite supervisé la région Afrique de l’Ouest francophone avant de se hisser au poste de directrice générale adjointe. L’intégration économique du continent, indépendamment des aires linguistiques ou monétaires, conformément à l’ambition panafricaine du groupe ; mais aussi la bancarisation et l’éducation financière des populations, afin de permettre aux Pme-Pmi de « présenter des dossiers bankable », sont ses priorités.

ANTA BABACAR NGOM BATHILY, DIRECTRICE GENERALE DE SEDIMA GROUP : L’HÉRITIÈRE
Sa position ne laisse personne indifférent autant par le paradoxe que constitue sa jeunesse, son statut de femme et chef d’une grande entreprise de 33 milliards de FCfa de chiffre d’affaires. Autant d’atouts qui doivent lui servir à accomplir sa mission : celle de faire de l’entreprise familiale une multinationale.

Sedima Group est leader sur le marché sénégalais de l’aviculture. Avec plus 40 ans d’existence, le groupe est aussi actif dans l’immobilier, le bâtiment et, depuis 2014, dans la minoterie. Anta Babacar est née et a grandi dans la ferme familiale de Malika, aux côtés de son père, Babacar Ngom, président-fondateur de Sedima Group. Auprès de ce guide et mentor, elle a très tôt acquis les valeurs intrinsèques du management. Diplômée en Master 1 en économie à York university de Toronto, elle obtient un Master 2 en management international de projets et Ntic à Paris Dauphine. Enfin, elle valide son Executive Mba en communication à Sciences Po Paris.

Forte de ces expériences, elle rentre au pays pour rejoindre l’entreprise familiale où elle gravit, un à un, les échelons pour encore se former et répondre au mieux à ses exigences managériales. Nominée par Forbes Afrique parmi les leaders africains de moins de 30 ans en 2015, Mme Bathily a aussi été citée, par Choiseul, parmi les 100 futurs leaders économiques. En 2016, le Medef lui décerne un Business awards lors du Sommet France-Afrique à Bamako. Elle a démarré le plus grand abattoir de la sous-région, abattant 4.000 poulets/heure, via un projet d’intégration avec les éleveurs locaux. Elle lance, toujours en 2016, le projet Sedima Mali, comme début du déploiement dans le reste de l’Afrique.

Mme Bathily ambitionne de faire coter en Bourse le groupe Sedima, gage, dit-elle, du modèle de réussite de l’entreprise familiale, devenue grande, à l’image des grands groupes occidentaux.

NAYE BATHILY, BUREAU DES RELATIONS EXTERIEURES DE LA BM : UNE FILLE DE GAUCHISTE À HARVARD
Naye Bathily« J’ai débarqué aux États-Unis sans parler un mot d’anglais, sans connaître personne ». Aujourd’hui, Nayé Bathily compte parmi les 100 personnalités africaines les plus importantes (classement NewAfrican 2017). « Je suis une Africaine qui vit en Europe, qui a étudié en Amérique, qui voyage en Asie, qui voyage partout… J’ai été au Brésil récemment ». Née à Birmingham (Royaume-Uni), elle a vécu son enfance à Dakar « dans une famille très militante et engagée ». Son père, le Professeur d’université Abdoulaye Bathily, est alors un farouche opposant au pouvoir sénégalais. Formée à Harvard, au sein de la Kennedy school of government, l’équivalent de l’Ena française, elle y préparea un Master of public administration. Son cursus initial aurait pu la destiner à une carrière bancaire exclusivement dédiée au secteur privé, mais sa vocation, elle le sait, est de travailler pour le secteur public. Parmi ses camarades d’études, de futurs acteurs de la transformation du continent africain ou d’autres contrées qui sont devenus gouverneur de Kaduna au Nigeria ou ministre dans le gouvernement de la Jamaïque.

Depuis trois ans, Nayé Bathily dirige, à Paris, le département de la Banque mondiale chargé des relations avec les Parlements des pays du monde entier qui sollicitent une aide financière. La Banque a, en effet, pris conscience que l’aide ne passait plus désormais par les seuls gouvernements. Dans de nombreux pays, les prêts et les opérations de financement conclus avec les institutions internationales doivent être ratifiés par les Parlements. « On ne peut même pas parler d’aide, mais de partenariat ! Dans un monde interconnecté, aider l’Afrique, c’est s’aider soi-même », défend-elle.

Par Sidy DIOP

Last modified on jeudi, 08 mars 2018 09:49

Politesse raffinée

08 Mar 2018
324 times

Un forum très animé sur un site de rencontres. Le thème : où est passée la galanterie ? Courbettes, baisemains, mots doux, cadeaux, bref l’attention masculine est traitée d’idiotie par des jeunes qui, décidément, bousculent toutes les convenances. La galanterie, une sincérité douteuse ? Allons ! Le dictionnaire nous renseigne que celle-ci est « l’art de plaire en société, par une allure élégante, une politesse raffinée, des procédés obligeants, etc. ». Mais il faut croire que les temps ont bien changé.

Il faut cependant concéder que face à des femmes libérées, modernes et qui réclament l’égalité à outrance, cette belle urbanité peut faire désordre. « Une survivance de l’esprit supérieur des hommes qui distribuent des gentillesses au sexe dit faible », commente une jeune fille qui ne doit avoir besoin d’un mâle compagnon que pour lui servir des grossièretés.

A une époque où le moindre sourire peut être interprété comme du harcèlement, il vaut mieux faire comme ce jeune homme à qui une demoiselle reprochait de ne pas être du tout galant. La faute du garçon : avoir trouvé une place assise dans un bus alors que nombre de filles étaient obligées de se tenir debout. La réprimande faisait plutôt rigoler le jeune homme : « ma génération connaît l’égalité, pas la galanterie ». Une réponse bien de son époque.

Par Sidy DIOP

Dienaba Sarr est née en Picardie d’une mère mauritanienne et d’un père sénégalais. Très jeune, elle reçoit une multitude de propositions de travail. D’abord, c’est l’Institut de gestion sociale (Igs) de Paris qui s’intéresse à elle. Elle est sollicitée pour recruter les futurs étudiants du programme d’alternance de l’école.

Elle mène cette mission durant un an en France, avant de suggérer d’étendre son champ d’action en Afrique. La jeune dame est persuadée du potentiel des étudiants africains. Elle disait, par exemple, connaître de bonnes écoles de commerce à Dakar. La direction, qui cherche pourtant à se placer dans les pays « émergents », émet quelques doutes mais finit par accepter. Après Dakar, Dienaba Sarr reçoit des demandes du Congo, en particulier de Pointe-Noire. Dans cette ville, elle apprend beaucoup de l’organisation des grands groupes qui commencent à former en interne les compétences dont ils ont besoin.

Après deux années dans la finance, Dienaba Sarr propose à sa direction de créer une filiale spécialisée dans le recrutement top et middle management en Afrique, elle qui dispose d’une longueur d’avance grâce aux contacts qu’elle a gardés dans les écoles. L’équipe de sept personnes qu’elle dirige aujourd’hui, chacune spécialisée dans un domaine, sillonne le continent en quête de talents. De retour à Paris, elle soumet à l’Igs l’idée de s’inscrire sur ce marché, mais refuse d’être responsable du projet, estimant qu’il était impossible de gérer à distance – à 25 ans, la jeune diplômée rechigne à partir seule dans cette ville pétrolière qu’elle connaît mal. Elle passe un an en Irlande en tant qu’analyste de crédit pour la société Abbott, avant d’entrer, en 2008, au sein du groupe français Fed qui n’est alors présent que sur les métiers financiers. Sa structure organise des tables rondes pour réfléchir sur les problématiques Rh et faire évoluer le métier. Parmi les sujets étudiés : la rétention des talents dans l’entreprise ou le rapatriement des fonctions clés des multinationales, parfois trop éloignées de la base.

Oumar BA (avec JA)

« Je suis déçu ». Par cette petite phrase extraite de la bande-annonce de l’émission « Face2Face », Youssou Ndour a réussi, entre, vendredi et samedi, à faire braquer sur lui les projecteurs de l’actualité politique. Sans même attendre la diffusion de l’émission, une partie de la presse et les réseaux sociaux en ont fait leurs choux gras. Certains ont très vite compris une rupture du compagnonnage entre l’artiste planétaire et le président de la République. A l’arrivée, il n’en fut rien. Le buzz médiatique s’est dégonflé comme ballon de baudruche, pour ne pas dire que la montagne a accouché d’une souris. Pschitt. A la place d’une déclaration de divorce, on a eu droit à un renouvellement de serment de fidélité à Macky Sall dont le Roi du Mbalakh a magnifié le bilan à la tête du pays et pour qui il a appelé à la réélection en 2019. Youssou Ndour est même allé plus loin en prédisant que le président Sall va marquer l’histoire du Sénégal.

Ces propos font taire les supputations sur leur supposé désamour. En réalité, la déception en question dont parlait le leader du Mouvement Fekké ma ci bolé, est relative à la guéguerre, à « la jalousie » et aux tiraillements qui déchirent, à l’interne, la coalition présidentielle. Apparemment, Youssou Ndour avait un message à faire passer en direction de certains membres de l’entourage du chef de l’Etat. Par une savante stratégie de communication basée sur la technique du « teasing (attirer l’attention du téléspectateur par un message publicitaire bien dosé), le ministre-conseiller est arrivé à se faire écouter, à se faire entendre et sans doute à se faire comprendre. Pour y arriver, il a mis à contribution son groupe de presse Futurs Médias. La radio (Rfm), la télévision (Tfm), le journal (L’observateur) et site Internet (Igfm), ont tous joué le jeu. Etre patron de presse, ça sert à ça aussi. Mais l’auteur de « Porter presse » a fait mieux encore. Il a réussi à embarquer d’autres médias privés qui, en relayant ses propos tronqués et parcellaires, sont tombés dans le panneau. Et last but not least, l’émission « Face2Face » qui n’attirait plus grand monde, a repris de l’audience le temps d’un dimanche. Finalement le plus « déçu » ce n’est pas Youssou Ndour, mais tous ces gens-là qui attendaient un clash retentissant avec son allié de président de la République en cette année pré-électorale. Comme le dit l’adage : « les coups prévus frappent d’ordinaire moins rudement ».

El hadji Ibrahima THIAM

La ville de Saly n’a pas perdu son ambiance nocturne de l’âge d’or du tourisme. Des touristes, des Sénégalais et d’autres Africains résidents se retrouvent dans des restaurants, dans des bars et dancings pour déguster des menus exotiques, danser, écouter la musique. La ville vibre aux sonorités diverses qui ne trahissent pas le cosmopolitisme de la station balnéaire.

Il n’y a plus de place pour garer au parking du fast-Food Chez Joe. Il était 21 heures. Les jeunes garçons comme les personnes âgées, des noirs comme des blancs descendent des voitures. Elles se dirigent paresseusement vers les sièges installés à la véranda où d’autres se restaurent. Sur cet espace, des serveuses vêtues de Lacoste rouge et moulées dans des pantalons accueillent joyeusement des convives.

Elles sont dans l’œil de certains hommes attablés. Elles affichent un large sourire lorsqu’un garçon ou un homme murmure quelques paroles à leurs oreilles. On n’a pas besoin d’être un devin pour dire que le critère de choix n’est que leur trait physique. Elles ne font pas ombre, ces créatures au teint clair, aux lèvres légèrement recouvertes de rouge à lèvres qui viennent d’arriver. Elles donnent des bises à toutes leurs connaissances. Elles se retirent dans des tables bien éclairées et se mettent à surfer ou à téléphoner. Elles se lèvent de temps en temps pour communiquer. Les titres fétiches des artistes comme Pape Diouf égaient les clients. Presque chaque minute, d’autres belles créatures font leur irruption « chez Joe ». Plusieurs filles au teint noir, avec des coiffures afro ou d’autres aux cheveux défrisés, conservent leur africanité. Ici, on ne résiste pas à l’élégance. Les jeunes s’épient, se courtisent de façon subtile. Tout est dans le style. Certaines prennent place à distance respectueuse et affiche leur intention : œillades furtives, sourires ravageurs, clin d’œil…l’art de la séduction s’apprend à Saly.

Saly Soir ThioufSur cette rue commerçante, en plus des clandos et des voitures rutilantes qui se suivent ou se croisent, plusieurs couples de touristes d’un certain âge se baladent. Des Européennes par groupe ou par couple partent de restaurant en restaurant, de bar en bar à la recherche de la nourriture, de la musique de leur goût. A partir de cette rue passante, des touristes prennent leur dîner sous fond de musique, au restaurant le « Soleil ». La ville vibre. « A Saly, les gens vivent. Il y a de l’ambiance partout, à Rdc, à l’Etage, au Petit Train. Il y a aussi de belles nanas », nous lance Momo Camara, un guinéen qui est tombé sous le charme de la station balnéaire depuis 4 ans.

De part et d’autre de cette rue, des restaurants, des bars, des dancings, éclairés avec une intensité variable émanent des notes musicales variées, reflétant le cosmopolitisme de Saly. Le rez-de-chaussée, comme la terrasse du Rdc sont remplis à craquer. Un jeune artiste entonne des chansons qui soulèvent des foules. Des jeunes filles se lèvent et se déhanchent devant un public composé de blancs et de noirs, de jeunes et de personnes âgées. L’âge et la couleur n’ont pas leur place dans ces espaces. Place à la diversité. Des femmes étrangères imitent, sans harmonie, les pas de danse de belles filles. Entre les tables, des serveuses se faufilent, soit pour déposer des menus, soit pour poser une bouteille de boisson. Au portillon, des filles font la queue pour entrer dans le dancing. A côté, le restaurant Black and White accueille un public particulier : celui qui est accro apparemment à une musique douce.

Des familles discutent et d’autres couples se laissent emballer dans une flânerie autour des verres de boissons et des plats. Les boîtes de nuit virent de plus en plus dans une ambiance générale. Les va-et-vient sont interminables. « La nuit à Saly est rythmée par l’ambiance aussi bien les week-ends que les jours ouvrables. Cette animation a résisté à la crise touristique », affirme Karim Thiam.

Un peu à l’intérieur, des sonorités de « Ndombolo », de la musique nigérienne et kenyane émanent des haut-parleurs. Des filles de joie, aux poitrines tatouées obstruent l’entrée. Leurs regards sont une invite à l’amorce d’une conversation. Au comptoir, les tenanciers sont débordés. Dans le préau, entre les tables, des blancs et de jeunes garçons se trémoussent. On se défoule. « Les week-end à Saly, c’est la fête, on trouve tout, de la bonne musique, de belles filles, des excursions, tout pour se reposer », glisse Christiane Cabou. Peu vers 22 heures, des personnes arrivent à bord de véhicules particuliers ou des taxis, se dirigent vers des résidences ou des auberges. Saly était enveloppée dans la nuit. Mais dans les espaces de détente, on danse, on chante, on s’éclate, certains tenant dans leur main un verre, d’autres une cigarette pincée entre les doigts.

«On ne vient pas pour seulement se reposer. Cette ambiance festive soigne les personnes souvent ou permanemment stressées, surtout celles qui viennent des villes comme Dakar. Ces déplacements hebdomadaires ont une influence sur le rendement de mon entreprise », théorise un étranger qui travaille dans une banque à Dakar. Nous quittons chez-Yvon, laissant l’endroit s’enfoncer dans une ambiance fiévreuse.

Par Oumar Ba et Idrissa SANE (Textes) et Assane SOW (Photos)

SALY : LES RAISONS D’UNE PRÉFÉRENCE
Saly NbLa crise qui frappe de plein fouet le tourisme n’a pas atteint le mirage de la station balnéaire. S’il y a moins de touristes blancs, les nuits des week-ends n’ont pas souffert de la crise. Saly reste le point de convergence, par excellence, tous les week-ends.

La station balnéaire flotte dans un voile de fraîcheur. Les ruelles étroites fourmillent. La nuit, Saly semble être plus animé que le jour. La circulation incessante de voitures n’est pas moins intense que le trafic imposé par des motos Jakarta. Mais dans cette ville, les piétons ont aussi leur circuit. Ils trainassent en couple. De longues files d’attente se forment devant des restaurants, des dancings. C’est le cas au restaurant «chez Joe». La cité est le point de convergence des « jet-seteurs », des touristes, des « séminaristes », des personnes d’un certain niveau de vie. Un jeune couple de nouveaux mariés a fait le déplacement de Dakar, afin d’une « part, découvrir Saly et d’autre part, profiter du week-end, pour passer du bon temps en solitude », susurre Vincent Mendy. Il est âgé de trente ans. Il informe que son épouse âgée de 24 ans, a « insisté », voulant coûte que coûte découvrir « les charmes de Saly ». L’époux a cédé à la requête de sa bien-aimée à cœur de joie. Le nouveau marié le reconnaît en ces termes : « il est rare que nous ayons du temps pour nous ». Pour ce déplacement, le couple a fait une réservation dans un hôtel situé au centre-ville de Saly. Venus le samedi, les jeunes conjoints comptent retourner, sur Dakar, le lendemain.

Mbaye Fall est âgé de 25 ans. Teint clair, un mètre 90, muscles saillants, il semble être dans un autre monde avec sa copine française, Mélanie, âgée d’une cinquantaine d’années. Les conjoints disent être venus « prendre un verre » avec des amis. Ils se sont rencontrés, il y’a de cela un an. Mélanie était alors en déplacement au Sénégal, dans le cadre de son travail. Tout a d’ailleurs commencé ici à Saly, se souvient Mbaye Fall. Le jeune homme se rappelle que ce jour, il était venu avec des amis, pour faire un tour. C’est là dit-il, qu’il aperçoit « cette beauté qui semblait nager dans la solitude ». C’est la naissance d’une relation qui va certainement durer.

Saly accueille également des travailleurs venus prendre part à un séminaire dans leur activité professionnelle. C’est le cas de Cheikh Ndiaye, âgé de 36 ans. Son accoutrement ne laisse guère deviner sa profession. Très relaxe dans un T-shirt, assorti d’un blouson et des chaussures baskets, Cheikh est un ingénieur aguerri, spécialiste des télécommunications. Cheikh dit être à la tête « d’un projet très ambitieux qui compte se positionner dans le secteur des télécoms au Sénégal ». « Après une journée de réflexion remplie, je viens me décontracter un peu, dans ce restaurant », glisse l’ingénieur. Cheikh est venu seul au restaurant. « C’est fait exprès, c’est une manière pour moi, de me départir complètement des têtes avec lesquelles j’ai passé toute la journée », brosse-il.

Confessions des belles de nuit
Si certains préfèrent aller prendre un verre, dans des restaurants situés le long des allées de Saly, d’autres portent leur choix ailleurs. Aux abords du rond-point, des mélomanes sont venus au complexe Sagrés. Ils savourent des chansons, reprises par un jeune artiste, encore méconnu du grand public. De Tiken Jah Fakoly, en passant par Souleymane Faye… le jeune artiste excelle dans l’art de reprendre des airs musicaux, au grand bonheur du public massé devant Sagrès. « Nous sommes là pour savourer les reprises du répertoire d’artistes africains», se plaît de dire Stephan, un Belge âgé de 60 ans.

Les filles de joie ont aussi leur coin. Elles attendent impatiemment leur clientèle dans le parking. Histoire de tromper le temps, elles s’adonnent à des jeux enfantins.

D’autres parlent à haute voix, pour se faire repérer ou remarquer. Cette attitude met à nu leur jeunesse, leur insouciance, leur innocence…A côté des cadettes voilà des séniores. Elles sont d’un âge un peu plus avancé. Ces jeunes filles âgées entre 23 et 30 ans disent être des ressortissantes d’autres pays d’Afrique notamment de la région de l’Afrique centrale. Leurs histoires racontées sont aussi poignantes que bouleversantes. Célestine dit être, au début, venue au Sénégal, pour poursuivre ses études, et faute de moyens, elle s’est retrouvée dans la rue. D’autres disent avoir été victimes de fausses promesses d’hommes blancs qui les ont larguées à Saly après leur avoir fait miroiter un voyage vers l’Europe.

La légion des couples mixtes
A Saly, à moins de refuser de les regarder, les couples mixtes s’affichent fièrement. A chaque coin de rue, des couples mixtes se pavanent. Si le mari est blanc, il est souvent beaucoup plus âgé que la jeune noire. Lorsque l’épouse est une blanche, son compagnon est souvent un jeune homme noir. Il est rare de croiser, dans les rues de Saly, un couple mixte, avec les conjoints de différence marginale d’âge. Les deux structures de couples dominent : un vieux blanc s’accouple avec une jeune et belle noire ; une vieille blanche jette son dévolu sur des hommes ou garçons aux allures d’athlètes ou de peintres ou d’artistes à l’africanité prononcée. « Il s’agit de commerce informel, sans tarification de la sexualité, ni réelle professionnalisation de ses fournisseurs », s’indigne Thomas Sène, serveur dans un restaurant. C’est vrai que le cœur n’a pas de raison.

Par Oumar Ba et Idrissa SANE (Textes) et Assane SOW (Photos)

Sauveurs des temps modernes

05 Mar 2018
299 times

Des célébrités de renommée planétaire comme Madonna ou Angelina Jolie, des politiciens à la retraite qui ont fini de servir leur pays, se sont fixé pour mission d’apporter « l’éclat » au continent «noir ». Ces «sauveurs» ont ceci de commun, ils sont occidentaux.

Ces « mécènes » des temps modernes arrivent en avion ou en jet, spécialement affrété, pour aider l’éducation à marcher sur le bon pied, Rihanna. Sinon, elles viennent pour adopter des enfants africains, Madonna et Angelina se sont déjà illustrées dans ce registre adoptif. Comme qui dirait, des remparts contre cette misère, à laquelle risquent d’être confrontés, ces enfants africains, à l’image de millions d’autres. Il est également question de publier sur les réseaux sociaux des images avec au premier plan des célébrités et de pauvres Africains en arrière-plan. Peu importe si souvent les stars dépêchées pour venir en aide aux indigènes ont un parcours ambigu. Ces hommes et femmes devenus riches, parce qu’ils disposent de belles voix ou encore s’illustrent dans le septième art, s’érigent en modèle, pour une génération, à la recherche d’inspiration. Même si on leur accorde un crédit de bonne intention, ces campagnes parviennent également à propager l’image d'une Afrique offerte à l’échec, plongée dans une misère inéluctable. On est tenté de se demander si cette aide n’est pas faite dans l'idée d'affirmer une supériorité culturelle ? Il est temps de mettre en avant un partenariat équitable. Une reconnaissance mutuelle. Ce serait un gage de crédit démontrant la croyance de l’occident, en une Afrique pouvant effectivement prendre son destin en main.

Par Oumar BA

Moussa Touré, cinéaste sénégalais de grande réputation, gravit la cime des honneurs depuis un peu plus de trois décennies avec ses convictions de créateur africain préoccupé par le sort et le devenir de son peuple ; lui, pour qui, le cinéma n’était qu’un « moyen de survie » au décès de son père. Très tôt, dans son œuvre cinématographique, il a fixé son regard sur des vies dont les destins sondent l’humanité des uns et des autres sans l’attacher aux identités. Son premier long-métrage, « Toubab bi » (1991), bien accueilli par la critique à l’époque malgré quelques blessantes railleries au début, en est une touchante illustration. Il chatouille la sensibilité de publics disparates en cela qu’il est une épître sur les périlleuses différences et sur le devenir à construire avec intelligence. Soriba Samb, jeune technicien, qui aurait pu s’appeler Moussa Touré dans la vraie vie (car il y a, dans ce film, des fragments d’autobiographie. Il a aussi été chef électricien du cinéaste Johnson Traoré, de « Camp Thiaroye »), quitte son espace de « confort » africain pour affronter, à Paris, la solitude, le froid, les ennuis de l’autre côté où l’on croupit dans l’indifférence.

Mais, c’est aussi un récit d’espoir. Les productions de Moussa Touré présentent une ambivalence ; ce qui en fait des sujets de questionnement mais aussi des instants d’engagement sincère et réfléchi.

Eternel « voyageur »
Moussa Touré est comme un pilote qui ne s’encombre pas d’aiguilleurs pour offrir à ses passagers des instants d’agitations morales, psychiques, devrions-nous dire. Le silence, dans son œuvre cinématographique, n’est pas un temps de répit. C’est un moment de dialogue avec soi pour être en interaction avec ses personnages, pour tirer quelque chose de ce qui s’apparenterait à du néant qu’il emplit de son imagination poétique. L’œuvre du fondateur de la société de production « Les films du crocodile » (1987) est en mouvement. Touré est un génie de la « narration » des voyages au cours desquels se déroulent des drames, des vies anéanties, s’expriment des identités, se fabriquent des destins, s’entretiennent des espoirs... Son avant-dernier film, « La pirogue », comme si la mer le hantait ou le fascinait, en dit long sur cette obsession du mouvement qui consigne des récits de l’aventure collective. « Tgv » (1997), qui a obtenu, en 1999, le prix du public lors du 9e festival du cinéma africain de Milan, capte aussi des instants de sens où l’humanité des uns et des autres imprime le rythme du trajet. Mais, ces « oscillations » le ramènent toujours vers le terreau de ces inspirations. Il l’a lui-même dit un jour : « je fais du cinéma pour rester en Afrique ».

Âme subtile
Cependant, cette Afrique dont il est question ici transcende la réalité géographique pour embrasser l’universel. Le natif de Dakar, initiateur du festival « Moussa invite » à Rufisque suit un itinéraire de rencontres. Son dernier documentaire fiction, « Bois d’ébène », en espérant qu’il continue d’enchanter les cinéphiles, est aussi un voyage dans le temps en ceci qu’il fouille dans les vestiges de l’ignominie pour relater la traite des Africains, l’esclavage et l’abolitionnisme à travers une expédition entre Nantes, Ouidah, la Guadeloupe et Nantes. Il nous replonge dans l’horreur d’un temps avec la magie du verbe et de l’œil qui bouleversent sans heurter. Le destin de l’Afrique, dans l’œuvre de Moussa Touré, n’est pas dans la narration passive de l’atrocité du passé et de l’asphyxie du présent. Les temps s’imbriquent. Et la connexité est réalisée avec subtilité. Celle-ci lui a valu bien des honneurs dans le monde.

Alassane Aliou MBAYE

Au fil des ans, au détour de rencontres avec les griots dépositaires des traditions orales en Afrique de l'Ouest, Lilyan Kesteloot, arrachée à notre affection la semaine passée, a constitué, à partir de multiples enregistrements, une sonothèque précieuse, à la sauvegarde du patrimoine littéraire africain.

Lilyan Kesteloot fait partie de cette classe d’universitaires occidentaux qui ont élu domicile et vécu en Afrique. Toute son existence durant, elle a produit un travail à forte connotation africaine. Par concept, par choix et par destin, elle a migré sous nos cieux, pour ne plus les quitter. Seule cette vacuité abyssale que provoque la disparition physique a fini par prendre le dessus. Professeur Kesteloot a su montrer la modernité des textes des écrivains africains qui s’inspirent de leurs cultures d’origine. Son travail a essentiellement consisté à démontrer les capacités réelles des auteurs africains, illustrant, au passage, que la littérature occidentale n’est pas leur seule source d’inspiration. Spécialiste des littératures négro-africaines francophones, elle est décédée à Paris, mercredi. Elle était âgée de 87 ans. Professeur et critique littéraire, cette chercheuse belge née à Bruxelles en 1931 fait partie de cette génération pionnière qui s’est très tôt intéressée à la littérature francophone africaine. A force d’intérêt, elle a fini par en faire un objet d’étude. Cette approche a largement contribué à la reconnaissance de ses auteurs. C’est sa découverte en France dans les années 1950 du « Cahier d’un retour au pays natal » du Martiniquais Aimé Césaire qui a été le véritable point de départ, de son enthousiasme, pour les lettres africaines, soulignait-elle, en 2013, au site Rfi.fr Spécialiste du mouvement de la négritude, Kesteloot a côtoyé de très près ses principaux parodistes, dont Senghor et Césaire. Professeur à l'université Cheikh-Anta-Diop (Ucad), puis directrice de recherches à l'Institut fondamental d'Afrique noire (Ifan - fondé en 1936 par Théodore Monod), elle effectue des vas et viens des années durant, entre Dakar et Paris où elle est chargée de cours à l'université Paris Sorbonne (Paris IV). Elle est l’auteur d’une très riche biographie composée d’ouvrages de référence. En 1971, elle s'installe au Sénégal, sur invitation du président poète, Léopold Sédar Senghor, qui lui suggère d’aller à la Faculté des Lettres, où elle enseignera pendant une vingtaine d'années. Lilyan Kesteloot est mondialement reconnue pour ses travaux tournés sur Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire.

Une sonothèque de plus de 2000 enregistrements
Plus d’une fois, cette universitaire chevronnée a apporté sa contribution sur les écrits théoriques à travers notamment les épopées africaines. Une collaboration avait permis l’écriture du livre (Les Epopées d’Afrique noire, Karthala-Unesco, 1997, avec Bassirou Dieng). Elle s’est également illustrée à travers les traductions des aventures avec des récits initiatiques peuls en collaboration avec Amadou Hampâté Bâ (Kaïdara, Classiques africains, 1968). A l’Ifan où elle fut chargée d’assurer la collecte des traditions orales de l’ouest africain, elle prenait très au sérieux cette noble mission. Une approche de « cœur » doublée d’une expertise intellectuelle a produit un impressionnant résultat à travers les mécanismes du champ des contes, fables et légendes, mais aussi épopées et mythes. Un travail de récolte et d’enregistrements de textes oraux renforcé par une sonothèque regroupant plus de 2000 enregistrements. Ces enregistrements mettent les griots au devant de la scène. Ils démontrent leur véritable statut de vecteurs et gardiens de civilisation. Les amoureux de la littérature africaine doivent beaucoup à Lilyan Kesteloot. Elle a résolument su poser les premiers jalons démontrant combien ce champ littéraire est de qualité.

Oumar BA

Ce Sénégalais, natif de Ziguinchor, est directeur régional, pour l’Afrique subsaharienne, de la filiale de la Banque mondiale, consacrée au secteur privé. Cette nomination intervient vingt ans après  son intégration à cette structure. Avant sa nomination, il  servait à  Nairobi, où il a été, cinq ans durant, directeur pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe, pour Johannesburg. Il récupère, avec sa nouvelle nomination, la supervision des 23 pays d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest – jusqu’alors sous l’autorité de la Camerounaise Vera Songwe, nommée à la tête de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique.  Entré à l’Ifc en 1997 comme chargé d’investissement dans le domaine du pétrole et des mines, le Sénégalais n’a, en effet, depuis lors, jamais quitté l’institution. De 2003 à 2008, il est – depuis Douala – représentant régional pour l’Afrique centrale ; puis, de 2008 à 2013, à Washington, directeur des ressources humaines avec une couverture de 108 bureaux à travers le monde, à l’époque où l’institution déploie son grand projet de décentralisation. Oumar Seydi a  des missions importantes à mener, notamment dans le domaine des infrastructures et en faveur des secteurs créateurs d’emplois. Il est aussi attendu sur l’agro-industrie et les énergies renouvelables.  Imaginer de nouveaux types de financement pour le développement du secteur privé : cette vocation serait presque pour Cheikh Oumar Seydi la synthèse de ses deux histoires, familiale et professionnelle. En Casamance, il est, en effet, né dans une grande famille de commerçants et d’entrepreneurs. Son père, Ousmane – qui fut député et l’un des vice-présidents de l’Assemblée nationale – dirigea la Csse, une importante société de négoce du sud-est du Sénégal. Et son oncle, Idrissa Seydi, était un célèbre capitaine d’industrie, actif dans les piles électriques, le négoce de bois et l’alimentaire dans plusieurs pays ouest-africains, et a présidé, pendant de longues années, le conseil d’administration de la Société générale de Banques au Sénégal, alors première banque du pays. Avant et après son Mba américain, Cheikh Oumar Seydi a travaillé dans le conseil, l’audit et la finance, pour Ernst & Young, Arthur Andersen, Usaid (Agence des États-Unis pour le développement international) ou Citibank… Au sein de la filiale sénégalaise de la banque américaine, il a travaillé sous la direction de Gabriel Fal.

Source JA

Cet ado d’origine sénégalaise, à l’affiche d’un doc délicat, a connu, avec sa mère, la grande précarité et les centres d’hébergement d’urgence.

Il se roule, s’enroule, se déroule dans sa couette à grosses fleurs mauves très pop. Il soupire d’aise. Etire son corps tout fin de 15 ans d’âge (1, 85 mètre pour 53 kilos) glissé dans un jogging noir. Décroche un sourire de tombeur. Et d’un coup, cet ado solaire lance un gros «j’aime ma vie !»Il développe : «Oui, c’est très très bien ma vie maintenant ! Mon père est là depuis les fêtes. Je peux regarder la télé, voir les matchs du PSG et du Bayern et le basket. Ma mère peut enfin me cuisiner du mafé, du tiep, des pâtes, des pizzas. J’ai des toilettes à moi, qui puent pas. Je peux me laver avec de l’eau chaude. Prendre le temps de me brosser les dents. Dormir à n’importe quelle heure. Dormir… Ici, c’est la chambre de mes parents. C’est là que je me repose quand je rentre du lycée, sinon, je dors dans le salon. C’est fatigant la seconde, et de grandir aussi. Et puis, à l’âge de 15 ans, on commence à être fainéant. En fait, non. En fait, si…» Djibi Diakhaté, ex-déménageur en série, livré aux bons soins du 115 du Samu social, s’interrompt. Tout à sa joie, il enchaîne : «Plus tard, je veux être acteur». Oui, plus tard, Djibi veut briller, jouer, faire rigoler comme Ahmed Sylla ou Omar Sy, dont il a vu tous les films et scrute le jeu avec minutie. Se repasse des scènes deux ou trois fois.

Acteur. Djibi Diakhaté est déjà à l’affiche du documentaire de Stan et Edouard Zambeaux, Un jour ça ira, immersion délicate et touchante mais pas gnangnan dans un centre d’hébergement d’urgence au cœur de Paris, avec deux enfants pour fil conducteur : Ange et Djibi . «Mais là, ça compte pas vraiment, parce que je raconte juste ma vie. Et puis, je trouve que j’ai une voix trop aiguë dans le documentaire… Mais c’était il y a deux ans…». Depuis, la voix s’est posée, le corps n’en finit pas de s’allonger («je pense que je vais dépasser mon père»), les pieds de grandir. Depuis six mois précisément, Djibi Diakhaté a un chez-soi. Un vrai. Un logement social tout en haut d’un immeuble qui amortit le tohu-bohu du boulevard de Strasbourg à Paris, aplanit les chaos du passé. «Je suis né à Ravenne, en Italie, le jour de l’Armistice, biche Djibi. Un 11 novembre donc. Et ça, je le redis tous les ans à l’école.»

Ses parents, Mamadou, routier, et Marietou, femme de ménage, ont grandi, dansé ensemble dans le même quartier de Thiès, au Sénégal. Mamadou a quitté le pays pour l’Italie à 18 ans. Marietou l’a rejoint, avant de gagner la France avec Djibi, âgé de 5 ans. Direction Paris, où elle s’installe chez sa sœur. «On était huit dans l’appartement. On est restés trop longtemps. On devait faire notre vie, partir, raconte-t-il sans s’appesantir. Une amie de ma mère nous a parlé du 115». C’est Djibi, très à l’aise en français, qui appelle. La mère et le fils trouvent refuge dans une chambre d’hôtel du XVIIIe arrondissement. «C’était crade, il y avait des cafards, personne de mon âge. Mais c’était ça ou la rue. Ma mère partait tôt et rentrait tard pour gagner des sous. Moi, j’allais au collège. Comme ma mère est femme de ménage, elle nettoyait toujours tout, elle faisait le lit, elle rangeait. Du coup, un jour, le directeur a cru qu’on était partis. Il a donné notre chambre à quelqu’un d’autre, j’ai dû rappeler le 115.»

C’est ainsi que le 31 décembre 2016 Djibi et Marietou débarquent dans un centre d’hébergement d’urgence, près de la place Clichy, qui accueille quelque 300 personnes à la rue, dont 70 enfants, beaucoup de migrants : c’est l’Archipel, filmé par Stan et Edouard Zambeaux. «J’aimais pas l’hôtel, j’ai pas aimé le centre. J’étais énervé. Je me demandais pourquoi on était là, plutôt que d’avoir un logement. Douches communes. Même lit que ma mère. Repas en barquettes. Beaucoup de bruit, difficile de dormir. Au début, je parlais à personne. Et puis, j’ai dû changer de collège, dans lequel je faisais du théâtre. C’était trop loin. Je partais à 7 heures, je me levais à 6 heures, j’étais tout le temps fatigué…».

Un vent glacé souffle pendant quelques semaines sur la vie du garçon de 13 ans. Mais ça redémarre avec des potes comme Junior, dont la mère est également femme de ménage : «On avait aussi en commun les mangas et les jeux vidéo». Djibi s’ouvre. Djibi s’inscrit à un atelier de chant et un atelier d’écriture pour les jeunes, conduit par le journaliste Emmanuel Vaillant de la Zone d’expression prioritaire (ZEP). Djibi se raconte : «Je passe ma vie à déplacer des valises. J’ai toujours été avec ma maman pour les déménagements. C’est ma princesse, c’est ma maman et ma collègue déménageuse […]». Le 24 mai 2016, son texte et ceux d’autres ados du centre sont publiés dans Libération. Excitation maximum. Surprise aussi : «Vous avez publié nos textes d’enfants à côté d’une double page sur des jihadistes !».

«A force, reprend-il, je me suis senti de mieux en mieux. Simplement, je savais qu’on était de passage, que le centre qui nous hébergeait allait être fermé». Certains partent à Nanterre. Djibi Diakhaté et sa mère atterrissent dans un centre Emmaüs près du Père-Lachaise. Avant cela, le dernier jour à l’Archipel, Djibi Belle gueule a été chargé de faire un discours. Il est en tenue du Sénégal, tunique et pantalon en wax. Il dit des mots qui font pleurer l’assistance comme «où sont mes racines ? Mes racines sont dans un pays que je connais pas mais que ma mère connaît» ou «j’imagine ma vie après. Peut-être qu’un jour, je vais déménager dans un appartement, un vrai». Ce jour-là a fini par arriver.

Pendant ces deux années «avec des valises», Djibi n’a pas vu son père : «Il ne pouvait pas venir tant qu’on était à l’hôtel et dans les centres. J’étais seul avec ma mère. C’est ma confidente. Ça fait du bien qu’il soit là. Il n’a pas changé. Mais il va bientôt repartir…». Mamadou, qui n’a qu’un permis de séjour en Italie, espère pouvoir s’installer en France et «veiller sur son grand garçon», pourtant déjà rempli de sagesse. Musulman appliqué, cinq prières quotidiennes et ramadan, Djibi assure n’avoir jamais «subi de discriminations». Un jeune citoyen qui «aime bien Macron. Mais il faudrait qu’il se bouge un peu pour ceux qui sont en difficulté. J’aimais bien Hollande aussi, même si on avait l’impression qu’il dormait, mais vraiment pas Sarkozy».

Djibi bondit du lit. Marietou vient de rentrer : «Djibi doit travailler pour se faire un avenir, explique-t-elle. Même pour être acteur, il faut travailler». Djibi opine. «J’attends de grandir et d’être célèbre pour dire à tout le monde que la vie n’est pas facile, que j’ai habité dans des centres. Je ferai ça pour les jeunes qui me suivront. Pour l’instant, je n’en parle pas. C’est un secret. Au collège, personne n’a su sauf peut-être ma prof principale. Si j’en parle aujourd’hui, tout le monde aura oublié dans une semaine».

Libération

La mode sonne-t-elle le glas du moulant et d’un vestiaire qui laisse peu de place à l’imagination ? Il semblerait que oui. Manches aux proportions démentielles, pulls qui descendent jusqu’aux genoux, les dressings se remplit de pièces toujours plus amples et spectaculaires et ce… depuis quelques temps. Une folie du sur-taillé qui monte en puissance ! En fait, l’oversize fait son grand come-back. Mais cette fois-ci, la tendance a pris racine et pour de bon. L’idée du « je pique la fringue de mon mec » est devenue une mode sophistiquée pour les filles. Manteaux, pulls, pantalons, chemises tout y passe, donnant aux « modeuses » du moove, ces allures convoitées de grandes ados tombées du lit. D’ailleurs annoncée comme la digne héritière de la veste, la chemise est devenue une classique à avoir dans son dressing. La tendance à l’extra large n’échappera pas à cette pièce puisqu’elle se porte oversize ces temps-ci. Attention, cependant, à bien mixer les formes, un total look oversize mal géré ne sera pas flatteur pour la silhouette. Le Secret pour que l’ensemble soit harmonieux est de toujours mettre en valeur la ligne de taille. Il faut éviter également de la noyer sous des volumes ! Pour cela, soit on opte pour un vêtement moulant porté à côté afin de valoriser la silhouette, soit on dévoile carrément la taille si on mise sur le total look. Si à première vue, cette tendance semble être réservée aux stars averties, il suffit de suivre quelques règles simples pour ne pas donner l’air, en l’adoptant, d’avoir pris 30 kg. En effet, le pantalon oversize se porte bien avec un top cropped. Pour allonger les jambes tout en ajoutant une bonne dose de style, les filles font confiance à la combinaison talons hauts et pantalon hyper ample. En haut, elles mixent avec un top cropped; la touche de sexy en plus !

Baba Danpullo  est l’homme le plus riche du Cameroun. Son ascension a bousculé la hiérarchie des vieilles fortunes camerounaises. Avant lui, le gotha des milliardaires répertoriait des personnalités issues d’une bourgeoisie traditionnelle qui lui était étrangère. Il est parvenu à les tenir à bonne distance jusqu’à ce que le classement de la version africaine du magazine Forbes le présente comme la première fortune d’Afrique francophone. C’était en 2015.  À 67 ans, ce peulh musulman cultive l’allure simple du commerçant en habit traditionnel. Il a grandi dans un carrefour de cultures où les Mbororos, musulmans issus du Nigeria voisin et pratiquant l’élevage transhumant, cohabitent avec les agriculteurs bantous.

Il a toujours été proche du pouvoir. Issu d’une famille modeste, il est camionneur et dispose çà et là de quelques échoppes quand, à la fin des années 1970, il fait la connaissance de Youssoufa Daouda, le ministre de l’Économie de l’époque, qui lui octroie des licences d’importation de riz et de farine. Quelques années plus tard, sa rencontre avec Jeanne-Irène Biya lui permet de mettre un pied dans l’industrie : la première dame (décédée depuis) l’aide à acquérir la Société des minotiers du Cameroun en cours de privatisation pour un franc symbolique.

Père de huit enfants, qui travaillent presque tous dans les entreprises du groupe, le milliardaire peut envisager l’avenir avec optimisme. Il veut se lancer dans la production de thé vert, dont la consommation ne cesse d’augmenter depuis que des études lui prêtent la capacité de prévenir certains types de cancers.  En 2013, c’est aussi à Nexttel, coentreprise entre le groupe de Danpullo et le vietnamien Viettel, que le gouvernement a accordé la troisième licence de téléphonie mobile du pays : en trois ans, l’opérateur a développé son réseau au point de couvrir 80 % du territoire. L’homme le plus riche du Cameroun est aussi présent dans le coton, sa compagnie Smic détenant 11 % du capital de Sodecoton, et dans les services aéroportuaires, puisqu’il siège au conseil d’administration d’Aéroports du Cameroun (ADC).

Oumar BA (avec JA)

Ville au passé riche et florissant de comptoir commercial dédié au négoce de l’arachide, Foundiougne a mal de son enclavement qui a fini de tarir la mamelle du tourisme. Mais l’avenir s’annonce plus souriant avec la construction du pont à péage et ses promesses d’une nouvelle prospérité.

« Oh ! Les Sérères nous manifestent leur hospitalité ». Sur un ton taquin, ce vieux Peul de passage, bien sanglé dans son gilet de sauvetage, désigne d’un air émerveillé le joli spectacle des mouettes qui piquent un vol groupé au dessus des passagers du bac de Foundiougne. Le soleil se défait de sa tunique dorée pour enfiler son manteau pourpre et entamer sa descente vers le couchant. Les eaux du bras de mer le Saloum s’enveloppent d’une teinte grisâtre. En ce début du mois de janvier, les oiseaux marins frétillent sur leport pollué de Ndakhonga. Elles portent leur beau plumage blanc et exposent aux voyageurs du bac leur capuchon noir sur la tête et leur bec rose si caractéristique.

Traversée par le bras de mer Le Saloum, la localité est aujourd’hui très enclavée et n’est desservie que par un bac ou des pirogues qui permettent de rejoindre la route de Fatick et d’éviter le détour par Kaolack. La route menant de Fatick à Foundiougne à travers la mangrove est bien entretenue et constitue une belle attraction. La traversée au bord du bac rythme le quotidien des voyageurs qui empruntent la transnationale et les habitants de cette commune située à environ 125 km de Dakar. Les cinq rotations quotidiennes entre Foundiougne et Ndakhonga de 7h30mn à 17h sont des moments de grande activité. Aux points de départ et d’arrivée du ferry, des femmes dynamiques proposent aux voyageurs des produits halieutiques, des fruits de mer séchés en général. Dans le bac, les passagers s’installent comme ils peuvent, entre la file de voitures et les fuites d’huile qui s’échappent du moteur de ce navire transbordeur. Le gilet n’est pas de rigueur, mais ne manque pas de partisans. Comme cette vieille dame bien cachée dans son gilet orange et qui jette un regard inquiet au moindre changement de régime du moteur. « Lou khewati ? » (Qu’est-ce qui se passe encore ?) n’arrête-t-elle de lancer à ses accompagnants qui s’amusent de la situation.

Agonie du tourisme
Founfiougne 2La construction du grand pont à péage de Foundiougne va permettre de désenclaver définitivement cette ville, ainsi que les îles du Saloum en partie et faciliter aussi l’accès à la Gambie. D’une longueur totale de près de 1300 mètres avec des bretelles, le pont sera raccordé à la route nationale N°9. Foudiougne attend avec impatience la réalisation de ce pont qui va réveiller le fort potentiel touristique dormant et relancer l’économie de cette localité paradisiaque, porte naturelle des îles du Saloum. « L’enclavement a tué le tourisme ici. Les hôtels ont mis la clé sous le paillasson et les auberges vivotent avec des taux de remplissage qui frisent le ridicule », confie Georges Console, propriétaire de l’hôtel « Le petit Bou » qui surplombe majestueusement le port de Ndakhonga. Une promenade le long de la plage confirme la régression de l’activité touristique dans la région avec cette kyrielle d’auberges et d’hôtels aux murs rongés par le sel marin et à l’intérieur en ruine.

Pourtant, Foundiougne offre beaucoup de ressources touristiques telles que la pêche, la chasse et certains aspects de la culture locale. Les Bolongs (vasières à mangrove) servent de refuge et de pitance pour les oiseaux et autres animaux aquatiques. Le bras de mer Le Saloum et ses plages sont des invites à la baignade, au bronzage et au canoë-kayak. En plus, le touriste a l’opportunité d’y découvrir en pirogue les nombreuses îles de pêcheurs qui sont autant de lieux de célébration de la nature. Des havres de paix à l’abri de la pollution et du stress.

La cité de Laga Ndong (le roi des Pangol) est une invite au flegme. Ses rues propres mais cabossées et ses grands arbres à l’ombre généreuse incitent à lever le pied.

La vivifiante brise marine qui balaie la ville n’arrange pas les choses. D’ailleurs, aussi loin que porte le regard, de petits groupes se forment sous l’ombre apaisante des arbres. Ici, le temps n’a pas de prise sur les gens. « Chaque jour est un recommencement. On vit toujours la même chose, c’est-à-dire rien du tout », lance d’une voix lasse ce jeune qui rêve de jours plus enchanteurs. Ici, « le temps est la seule chose dont dispose un être humain », pour parler comme Henri Salvador. Hélas !

Monotonie et oisiveté
Georges Console a, pourtant, une autre histoire sur l’oisiveté dans cette belle contrée. « Sur 10 jeunes qui travaillent à Foundiougne, les 9 proviennent des villages environnants. Les jeunes de Foundiougne ne jugent pas la pelle et la pique dignes d’eux. Ils préfèrent conduire des motos Jakarta pour transporter des gens ». Une manière de dire que les jeunes préfèrent la facilité.

Founfiougne 3Sous un arbre à l’ombre débordante, un groupe de jeunes s’affaire devant une saynète de motos. Le vent frais qui pique leurs yeux larmoyants n’est pas de taille à décourager leur quête. « Il n’y a pas de travail ici. Ceux d’entre nous qui n’ont pas réussi dans les études n’ont que cette activité pour vivre. Les autres sont là en train de jouer au babyfoot », soupire ce jeune occupé à lustrer sa moto. Une activité difficile selon ces conducteurs de moto Jakarta puisqu’ils ne sont pas les propriétaires de ces engins. Il leur faut verser quotidiennement 2000 francs aux « patrons », payer le prix du carburant (1000 francs) tout comme la quittance annuelle de 3000 francs. Sans compter la prise en charge des réparations. « On ne parvient pas à garder plus de 1000 francs par jour. Comment épargner dans ces conditions ? » se plaint Moussa, qui se définit comme « un bachelier sans illusion ». « Sans moyen, pas d’études », lâche-t-il, fataliste.

Une promenade dans les rues de Foundiougne permet de sentir le souffle de l’histoire de la localité, avec ses arbres centenaires qui se dressent sur leurs troncs majestueux, comme pour mieux résister au temps qui passe.

On peut encore y trouver l’ancienne maison de négoce Maurel et Prom installée ici en 1870 pour la commercialisation de l’arachide. Elle abrite aujourd’hui l’hôtel « Baobab sur terre » situé au quartier Escale de Foundiougne, à quelques mètres du fleuve. Le site dispose d’un bâtiment colonial de couleur blanche dont les portes et fenêtres persiennes en bois sont peintes en bleu. Il a gardé son carrelage noir et blanc d’origine. On peut aussi déambuler dans son quartier « Almadies », avec ses demeures cossues et ses nombreuses maisons en ruine. Ce quartier s’appelait, d’après le doyen Wack Bâ, un ancien fonctionnaire du ministère des Finances à la retraite, « Keur Ko Sène ». « C’était un notable de Foundiougne, un crieur public qui s’y était installé en premier en 1963 ».

Au quartier Escale, on peut visiter l’école Tafsir Aliou Mour Boye (ex-Ecole des garçons) joliment entretenu avec ses salles de classe fraîchement peintes et sa cour très propre. C’est l’ancienne école du Président Macky Sall qui y a étudié de 1979 à 1983 avant de terminer le cycle primaire à Fatick. Non loin de là, au quartier Thiarakhoulé, se dresse la Place royale au milieu de laquelle trônait un arbre nommé « Mbuul » (Celtis integrifolia) depuis le 12ème siècle. Un monument est aujourd’hui érigé à la place de cet arbre. A l’époque, toutes les décisions étaient prises ici. « Toute femme mariée devant rejoindre le domicile conjugal devait y chanter et danser avec ses accompagnantes en faisait 3 à 7 fois le tour de l’arbre », confie Wack Bâ.

Par Sidy DIOP et Cheikh Aliou AMATH (texte),
Ndèye Seyni SAMB (Photos)

TERRE D’HISTOIRE
La ville de Foundiougne, aujourd’hui parmi les communes doyennes du Sénégal créée en 1917, est l’un des trois départements de la région de Fatick. Elle est limitée au Nord par la commune de Fatick, au Sud par la toute nouvelle commune de Soum, à l’Est par la commune de Passy et à l’Ouest par l’océan atlantique. Foundiougne fut découvert au 19e siècle par les français qui en firent une grande base commerciale.

C’est ce qui illustre en effet la présence des wharfs et des anciennes bâtisses coloniales qui constituent aujourd’hui l’hôtel de ville, la préfecture, la douane, le marché central et beaucoup de boutiques qui servaient jadis de magasins de stockage pour l’arachide. Du début du 20e siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Foundiougne fut le quatrième grand port de commerce de l’Afrique de l’Ouest parce que toute l’arachide cultivée dans le bassin arachidier y passait pour transiter vers l’Europe. Les premiers habitants de Foundiougne seraient des sérères venus du Fouta. Ils arriveraient dans la localité vers le 12ème siècle. Certaines sources évoquent un second peuplement au 13ème siècle composé de mandingues venus du Gaabou. Quid du nom ? Certaines sources affirment qu’il est lié à un objet connu en pays sérère qui s’appelle « soundiougne ».

Cet objet empêche les troupeaux de brouter les cultures lorsque les bergers les envoient paître. Quand les colonisateurs ont découvert la localité, ils auraient demandé aux bergers le nom du lieu. Ces derniers, par incompréhension, répondirent en disant « soundiougne », en référence à l’objet porté par les animaux. Croyant avoir eu la réponse à leur question, les colonisateurs auraient alors noté « Foundiougne ».

Boules puantes

26 Fév 2018
300 times

Le terrorisme fait sa mue. On a connu, jusqu’ici ces « s’en fout la mort » appelés « Jihadistes » qui ont réécrit le Coran et privatisé le paradis céleste. Ils tuent au nom de Dieu, réinventent une façon de vivre en société islamique et multiplient les « fatwas » pour tous les mauvais musulmans qui osent penser que l’Islam est synonyme de paix. Ils utilisent des gilets explosifs, déroutent des avions sur des cibles humaines et enlèvent des milliers de jeunes filles pour les marier de force après les avoir « convertis » à cette nouvelle religion sans prophète et sans apôtre.

Pourtant, cette forme de terrorisme, aussi violent soit-il, n’est rien comparé à celle qui s’installe, progressivement, dans nos sociétés. Ce terrorisme 2.0 est psychologique, moral. Ses bombes de destruction massive sont des mots. Des boules si puantes que des vies entières se retrouvent concassées, détruites à jamais. Il célèbre la pensée unique, abhorre la critique et n’hésite pas à inventer d’innommables infamies pour couler à jamais les têtes brûlées qui voient la réalité avec des lunettes moins colorées. Il suffit de se brancher sur les réseaux sociaux pour voir cette nouvelle armée terroriste à l’œuvre. On y diffuse des enregistrements privés, on y dévoile des secrets intimes, on y invente des histoires salaces pour démolir des réputations ou faire chanter d’honorables pères et mères de famille. La parole est source de vie, mais elle tue tout autant. Combien de personnes ont dû recourir au suicide après avoir été confrontées aux mots qui tuent ?

Par Sidy DIOP

Baba Maal se signale, une nouvelle de fois, avec la musique du film « Black Panther ». Sa voix y retentit de façon nette, audible et authentique. Mais ce n’est pas une première.

Dernier opus des studios Marvel, filiale du géant Disney, Black Panther a été réalisé par le metteur en scène afro-américain Ryan Coogler (Creed, Fruitvale Station). Il s'est entouré d'acteurs noirs, parmi les plus charismatiques et prisés d'Hollywood, dont Chadwick Boseman, l'oscarisée Lupita Nyong'o, Angela Bassett, Forest Whitaker, Daniel Kaluuya... Qualifié de «phénoménal» par la présentatrice Oprah Winfrey, Black Panther ne semble pas avoir fini de surprendre.

Sa bande originale connaît un succès tout aussi impressionnant. Supervisée par Kendrick Lamar, qui vient de raffler cinq Grammy Awards, elle réunit le gratin du rap et du R&B. De The Weekend en passant par SZA, Khalid et James Blake. Black Panther: The Album fait ainsi son entrée à la première place du Billboard 200, le classement des meilleures ventes d'albums aux États-Unis. Selon le site musical américain, il s'agirait de l'un des meilleurs démarrages pour une bande originale depuis plus d'un an. Plus de 154.000 exemplaires se sont écoulés en une semaine, dont 52.000 albums physiques. Le dernier record était détenu par celle de Suicide Squad, s'était vendu à 182.000 exemplaires durant la dernière semaine d'août, l'été dernier.

Pour nous Sénégalais, la particularité de ce film réside dans la participation de Baba Maal dont la voix y retentit de façon nette, audible et authentique. Le son du tama sénégalais, qui ronchonne à quelques endroits, aussi. Cette ouverture vers le Sénégal rend crédible la trame, un blockbuster politique et social dans une Afrique magnifiée. Black Panther, c’est avant tout l’histoire d’un pays africain qui domine toutes les autres nations du monde, mais dont nul n’a jamais entendu parler, car il se protège farouchement contre toute intrusion extérieure.

Pour l’auteur de la musique du film, Ludwig Göransson, c’était une évidence. Il était important pour lui de puiser son inspiration dans les racines africaines. « J’ai fait un voyage de recherche d’un mois en Afrique, un de mes amis m’a mis en contact avec l’artiste Baba Maal et il nous a invités à venir avec lui », raconte-t-il.

Plus de 10 films à succès
Au Sénégal, le Roi du Yela est un artiste comme les autres mais sur le plan international, il est l’un des rares à briller dans le cinéma. Sa musique a été utilisée dans près de dix films à succès : une consécration. Même si les réseaux sociaux ont amplifié le buzz autour de sa contribution dans ce film, peu savent que Baaba Maal est un habitué des soundtracks de films. Depuis sa participation en 1988 à l’album Passion de Peter Gabriel qui compile les musiques du film The Last Temptation of Christ, Baaba Maal enchaîne les succès dans le domaine du cinéma.

Au Sénégal, sa musique est associée au film culte de Sembène, Guelewar en 1998. La même année son tube Call to Prayer avec Peter Gabriel est joué dans le film Why do fools fall in love où Halle Berry est l’actrice principale. En 2014, il participe à la musique du film Exodus : Gods and Kings de Ridley Scott. En 2001, il avait réalisé deux titres dans le film phénoménal Black Hawk Down (La Chute du faucon Noir) et toute la musique du jeu vidéo Far Cry 2. En 2001, sa chanson Souka Nayo est entendu dans la série culte Sex in the City et en 2002, le même titre fait partie des musiques du film Just a Kiss de Fisher Stevens.

En 2011, il compose la musique du documentaire Life in a Day (Documentary). Baba Maal a aussi été reconnu par la BBC Music en 2014 avec sa contribution au remake de The Beach Boys song « God Only Knows ». En 2016, il est en featuring avec d’autres artistes américains dans le premier épisode de la série télévisé The Tonight Show Starring Jimmy Fallon (TV Series). Sa voix, son timbre vocal et sa maîtrise de la musique font de lui l’un des meilleurs ambassadeurs de la culture africaine.

Sidy DIOP

Les dérives de la langue !

26 Fév 2018
259 times

Le Bon Dieu, dans son infinie bonté, a doté grâcieusement chaque individu d’une langue. Mais cet organe essentiel, qui joue un rôle important dans la déglutition, la perception du goût et la phonation, est pire qu’une bombe atomique. Malgré sa petite taille, elle a une réelle capacité dévastatrice. J’ai lu quelque part qu’un jour, un philosophe grec avait demandé à Ésope de lui préparer le meilleur des repas. Ce dernier lui avait servi une langue en lui disant : « avec la langue, on peut rendre heureux, on peut adoucir la douleur, soulager le désespoir, relever les abattus, inspirer les découragés, aider son semblable ». Non satisfait, son interlocuteur lui demanda alors de lui servir la plus mauvaise des choses. Ésope lui servit encore une autre langue en lui disant : « avec la langue, on peut maudire et briser le cœur, on peut détruire des réputations, amener la discorde, la guerre au sein des familles, des communautés et des nations ». C’est dire que la langue est un véritable poison.

Chez nous au Sénégal, comme partout ailleurs dans le monde, la langue est à l’origine de très grands conflits entre parents, proches, amis, voisins et collègues. Avec notre langue, on juge sans raison. Quand on voit un monsieur qui a eu une belle réussite sociale, qui possède beaucoup d’argent et mène une vie enviable, notre réaction première c’est de lui trouver des poux. On l’accuse d’être franc-maçon, de faire du blanchiment d’argent, ou d’avoir détourné de l’argent. Quand c’est un policier, on dit qu’il est corrompu. Quand c’est une femme qui a une belle promotion, on dit que c’est du piston ou une promotion canapé. Quand une jouvencelle s’habille très bien ou est parée d’or, on dit qu’elle vend son corps. Quand un jeune homme est devant un bar, on s’empresse de dire que c’est un ivrogne. Quand il s’agit d’un émigré qui roule sur l’or, on dit qu’il vend de la drogue. Quand c’est quelqu’un qui a une valise, on dit qu’il voyage... La mise à mort verbale d’honnêtes gens à travers des discours perfides est devenue le sport préféré de nos concitoyens. Nos sentiments sont toujours négatifs. Par notre nature faible, on se délecte toujours de traîner dans la boue, de salir d’honnêtes citoyens et de détruire leur réputation. De même, on est toujours prompts à parler d’autrui, de multiplier les paroles vaines ou de rapporter des rumeurs sans en vérifier le fondement. William Shakespeare a bien raison de dire que « tout le talent de la méchanceté consiste à débiter d’absurdes médisances ».

C’est vraiment malheureux qu’on soit toujours occupés à scruter la paille dans l’œil du voisin alors que si on examinait de très près notre propre personne, on s’apercevrait sans difficulté qu’on est pire en termes de défauts et de moralité.

La médisance qui ne vise rien d’autre qu’à détruire les autres, leur réputation et leur honneur en leur absence n’est rien d’autre que l’arme des faibles. Edgar Allan Poe ne disait-il pas que « calomnier un grand homme est, pour beaucoup de gens médiocres, le moyen le plus prompt de parvenir à leur tour à la grandeur » ? La calomnie est encore pire puisqu’elle mêle à la médisance le mensonge. Or, le mensonge constitue un péché très grave.

Qui disait qu’il n’est pas de vertu que la calomnie ne sache éteindre ? La médisance, ce pêché de la langue, est devenue une véritable plaie dans notre société. Selon le Talmud, « la médisance dépasse les trois transgressions que sont le meurtre, l’adultère et l’idolâtrie. Elle détruit trois personnes, celui qui la profère, celui qui la reçoit et la transmet et celui qui est visé. Elle se propage comme le feu et elle est comparée à une braise qui continue à flamber et à se propager longtemps et loin, sans que cela ne soit visible ».

Depuis la nuit des temps, la médisance est devenue une maladie verbalement transmissible. On a tous jasé sur un collègue, un frère, un voisin et autres personnes de notre entourage. Mais au lieu de toujours parler « dans le dos de quelqu’un », il aurait été beaucoup plus sage d’aller lui parler directement. Et aujourd’hui, le constat est que la médisance a un avenir radieux devant elle, parce que les médisants trouveront toujours des oreilles attentives pour les écouter.

Si nous voulons échapper au châtiment divin, apprenons à contrôler notre langue remplie d’un venin mortel. Éduquons-la de sorte qu’il n’en sorte aucune parole diffamatoire, mauvaise. Et nous n’y parvenons pas, alors gardons le silence qui fait office de remède et qui mène à la retenue de la langue.

Samba Oumar Fall

Le professeur Mandiomé Thiam séduit par sa trajectoire digne des meilleurs éloges et par son attachante humilité ; lui qui pouvait tirer un plaisir narcissique des compliments d’ici et d’ailleurs.

Ce professeur titulaire des universités, en Archéologie-préhistoire, le seul que compte le département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, dans ce champ d’exploration, est l’exemple de l’universitaire dévoué pour la recherche, pour l’enseignement, son univers de performances.

Le professeur Mandiomé Thiam est empli d’une grande passion pour ce qui fait de lui une personnalité marquante de la « coterie » des intellectuels du Sénégal : l’archéologie et la préhistoire, son univers de quête et de prouesses. Sa trajectoire est un récit de persévérance dans lequel le personnage principal se fabrique un destin qui ne hantait pas encore, au début des années 1980, le sommeil des mômes de Nganda, son royaume d’insouciance, niché dans la région de Kaffrine. Dans ce patelin du Saloum, il obtient son certificat d’études primaires avant de poursuivre son cursus scolaire au Collège d’enseignement de Kaffrine et au Lycée Gaston Berger où il décroche le baccalauréat en 1980. « Influencé par un grand-frère normalien », il est ensuite orienté au département d’histoire et de géographie de l’Université de Dakar. Sous la direction d’Adama Diop et de l’anthropologue belge Guy Thilmans, il soutient, en 1985, son mémoire de maîtrise portant sur une étude craniométrique. Piste peu explorée à l’époque. Le bonhomme, d’une touchante convivialité, a le goût de l’inédit, se plait à sortir des sentiers battus pour s’engouffrer dans le « cosmos » des belles rencontres dont est féru le chercheur. L’étude de la préhistoire ne faisait qu’exciter son imagination et surtout son enthousiasme. « Comprendre les origines, saisir les tendances lourdes et le discours de Cheikh Anta Diop, au-delà de tout esprit révolutionnariste, me tenaient particulièrement à cœur. Mes convictions profondes m’ont mené vers la préhistoire », confie-t-il, la voix presque rocailleuse.

En même temps qu’il rédigeait son mémoire de maîtrise, l’entreprenant jeune homme avait pris l’option d’intégrer l’Ecole normale supérieure pour se construire un avenir dans l’enseignement. Mandiomé Thiam est affecté en tant que professeur d’Histoire-Géographie et d’Instruction civique au Collège Ousmane Diop Coumba Pathé de Dakar (ex-Soumbédioune).

Une autre opportunité, celle qui lui désherbait l’allée de son rendez-vous avec l’excellence, s’offre à lui quand Cheikh Anta Diop décide de mettre en place un diplôme d’études approfondies (Dea) en préhistoire-archéologie, en 1986. « Le défunt Ibnou Diagne, un préhistorien, m’a conseillé de m’inscrire en Dea préhistoire-égyptologie. Malheureusement, les cours n’ont pas pu démarrer car Cheikh Anta Diop est décédé un vendredi alors que les enseignements devaient commencer le samedi. Cela a été un choc. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à faire une demande de bourse pour poursuivre mes études en France », se souvient-il, les yeux perdus derrière ses lunettes à verres correcteurs.

Et même le sort, ironique, lui accordait ses faveurs : « Un jour, faisant quelques achats sur l’avenue William Ponty, je suis passé, par hasard ou par intuition peut-être, devant la direction des bourses qui s’y trouvait à l’époque. A la personne qui m’interpelle sur l’objet de ma visite, J’ai dit que je suis un étudiant du département d’histoire ayant déposé une demande de bourse pour la France. Il m’indique alors qu’une seule a été accordée. Et c’était moi ! ». La suite est un conte de grâce.

Reconnaissance d’ici et d’ailleurs
En France, le professeur Yoro Fall le met en relation avec un historien français, Jean Devisse, alors au Centre de recherches africaines. Celui-ci accepte de diriger sa thèse tout en l’orientant vers la poterie, la céramique. En 1991, il soutient une thèse unique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne sur ce thème : « La céramique au Sénégal : archéologie et histoire ». Frais émoulu de cette université française, il décide de revenir au Sénégal où après « deux ans de galère et d’instabilité », il est affecté au lycée John F. Kennedy « en attendant un poste budgétaire à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar », indique-t-il, la mimique pleine de familiarité.

C’est en 1997 qu’il est recruté comme vacataire au département d’histoire. Quatre ans plus tard, il devient assistant stagiaire. Persévérant comme une âme bourlingueuse, celui qui a été le chef du département d’histoire accède respectivement, en 2004 et en 2011, aux grades de maître assistant et de maître de conférences. Il est admis, par le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur, à celui de professeur titulaire des universités en 2017 ; le seul que compte le département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar dans le domaine Archéologie-préhistoire. Il n’en tire pas une fierté pompeuse mais mesure le long chemin de privation, de labeur acharné. De doute ? « Non, cela ne m’a jamais habité. Juste quelques moments de vide », souligne-t-il, armé de la foi de ceux que les horizons incertains ne rebutent point. La reconnaissance des pairs vaut bien des sacrifices. Grâce à sa réputation de sérieux chercheur, il conquiert l’estime de l’« ailleurs ». Il anime, en 2009, une conférence sur le thème « État des connaissances sur les cultures néolithiques dans l’espace sénégambien », au Musée d’Art préhistorique de Macao au Portugal. Du 16 au 30 juin 2013, il est professeur invité au master Technique, Patrimoine, Territoire de l’Industrie : histoire, valorisation, didactique. Mandiomé est lauréat d’une bourse Erasmus Mundus Master in « Quaternary and Prehistory » de l’Union européenne (Professeur invité du 1er mai au 31 juillet 2009 de quatre Universités italienne, portugaise et française).

S’il n’est pas dans les amphithéâtres ou occupé à encadrer des étudiants en master et en thèse sur les questions archéologiques, ethnoarchéologiques et patrimoniales, le « copain » des apprenants s’évade à travers la lecture ou la marche pour « entretenir un corps sexagénaire » que l’enthousiasme des premiers éclats du chercheur habite encore.

Alassane Aliou MBAYE

Khoudia Diop est arrivée à Paris à l’âge de 15 ans. Elle a beaucoup souffert du regard des autres quant à sa couleur de peau particulièrement foncée. Aujourd’hui, Khoudia Diop semble prendre sa revanche sur la vie. Après s’être autoproclamée « Melaniin Goddess » (Déesse de la Mélanine) sur Instagram, elle comptabilise près de 350 000 followers et devient une inspiration pour les jeunes filles à la peau foncée. Avec sa peau riche en mélanine, elle veut inspirer les jeunes filles et leur montrer qu’elles sont toutes des déesses à l’intérieur comme à l’extérieur. Plusieurs photographes professionnels sont déjà tombés sous le charme de la peau de Khoudia Diop. La beauté et la profondeur de la couleur de la peau du jeune mannequin sont aujourd’hui sublimées par les professionnels de l’image qui n’hésitent pas à faire appel à elle. Aujourd’hui, non seulement la model assume sa peau mais elle en est fière. Sa différence, elle en a fait un atout, une arme mais aussi une signature. Elle se sent investie d’une responsabilité, celle de «défier les canons de beauté » occidentaux qui gangrènent aussi le continent en prenant clairement position contre le fléau du blanchiment de la peau en Afrique. Khoudia devient une source d’inspiration, une icône pour de nombreuses femmes « pas seulement les femmes noires mais aussi celles qui manquent de confiance ».

Oumar BA (avec JA)

Le wax, le must have

26 Fév 2018
256 times

Chaud et coloré, le wax est un tissu qui a le vent en poupe. Porté en robe, en jupe, salopette, les filles font le plein d’inspirations cette saison. En effet, avec le wax, pas de chichis. Grâce à ses couleurs flamboyantes, ce tissu plutôt nature, laisse place à une grande fantaisie. Des hauts pour constituer des looks, le chemisier enveloppe ou cache-cœur en wax, en passant par la longue veste, la carpe, le kimono ou encore le crop-top, le cardigan… toutes les folies sont permises, pour sublimer la femme tout en mettant en valeur ses courbes. A la fois bohéme, moderne et audacieux, le top à épaules dénudées s’est invité dans les garde-robes d’ailleurs. Plutôt facile à assembler et accessoiriser, le haut qui dévoile les épaules est juste magnifique. Les fanas d’imprimés s’amusent à mixer et matcher leurs pièces en wax avec d’autres basiques à imprimés dans leur dressing. Les plus minimalistes ont opté quant à elle, l’imprimé coloré en petite touche, sur une pièce tendance comme le bomber ou le mini short. La jupe en wax, souvent longue est très jolie portée avec une chemise en jean ou un top uni aussi. Par ailleurs, le pantalon en wax apporte du confort à la tenue. Les filles le porte avec un haut sobre et une paire d’escarpins. La salopette elle, est portée sur un bandeau ou un tee-shirt uni blanc. Côté accessoires, on apporte un petit plus à sa tenue avec des bijoux en perles ou cuir tressé. De même, effet garanti avec une paire de talons compensés.

Absa NDONG

Guinguinéo, vieille ville située dans la région de Kaolack, bâtit ses espérances davantage dans son glorieux passé que dans la routine inhibitrice de son présent peu enviable. On y ressasse la belle époque où le chemin de fer, objet d’épanchements désenchantés, donnait à ce carrefour d’identités et d’aspirations tout son éclat. Face à l’horizon qui ne se dévoile même plus, Guinguinéo s’empêtre dans son passé, refuge de consolation, et s’apitoie sur son présent accablant.

Des caïlcédrats, bravant les sommets dans la détresse de leur agonie, surplombent des maisons tombées dans l’abandon et des rails que l’Express Dakar-Bamako, le « Jeeg 3 », les trains 201, 203, 4, 5… ont privés de leurs « caresses » remplies d’espoirs. Guinguinéo, devenue ville de peu d’éclats, fonde ses espoirs davantage dans la reconstitution de son passé florissant que dans l’avenir à réinventer et dans un présent…morose. L’ambiance ferroviaire d’un autre temps habite encore les esprits nostalgiques. On s’accroche aux vestiges d’une splendeur perdue : la belle époque des « naar Beyrouth » (Libano-syriens), maîtres du négoce, des Bambaras, travailleurs acharnés venus du Mali, qui y avaient leur quartier avant l’éclatement de la Fédération du Mali, des Toucouleurs du Fouta Toro qui ont fini par se confondre aux autochtones.

On semblait bien vivre dans ce carrefour de rencontres. « J’ai fait 37 ans au chemin de fer. J’ai commencé à la gare de Dakar où je suis resté pendant trois ans. J’ai ensuite été affecté à celle de Guinguinéo en janvier 1955, du temps des locomotives à vapeur. Depuis cette date, je n’ai pas quitté cette ville. Des foules y grouillaient. Le commerce était florissant et la ville vivante », témoigne El-Hadj Thierno Dieng, ancien cheminot de 90 ans. Celui qui a pris sa retraite en 1988, parle de son patelin avec le chagrin de ceux qui ont admiré les merveilles du passé et regardent, impuissants, l’état de décrépitude de ce qui a été considéré, pendant longtemps, comme la deuxième capitale ferroviaire du Sénégal.

Guinguinéo a été un espace de vie, de réalisation sociale et de rêves grâce à sa bouillonnante gare ferroviaire. Ici, ne s’agitent désormais que quelques agents démotivés chargés de la surveillance d’un patrimoine en ruine et de l’entretien des rails. Et « on n’a même pas de draisine (wagonnet destiné à l’entretien et à la surveillance des voies de chemin de fer). Nous sommes obligés de marcher 5 km pour faire les entretiens. Le train passe peu mais il faut toujours veiller sur l’état des rails. Et quand l’herbe commence à pousser, nous désherbons à l’aide d’herbicide pour éviter les patinages », confie Demba Diop, agent de la direction des Installations fixes entouré de fourches et d’autres outils dérisoires encombrant une chambrette attenante à la voie ferrée. A une encablure de cet « angle » de lamentations, baille d’ennui le chef de sécurité de la gare de Guinguinéo, le fils de cheminot Ousmane Ndiaye, fixant un tampon éculé. Derrière le bâtiment du pôle administratif, se meurent des dortoirs et restaurants inoccupés. Et pourtant, on s’y agrippe encore pour faire l’éloge d’un patelin sans grand relief. La fierté est dans le vécu. Le présent n’est qu’effusions passéistes et mélancoliques.

Kyrielle de plaintes
Guinginéo, chef-lieu de département, croupit dans sa routine sclérosante. Le déclin du chemin de fer a considérablement ralenti l’activité de cette vieille ville. « Les différents gouvernements et équipes municipales, qui se sont succédé depuis l’indépendance, l’ont dotée de quelques infrastructures sociales indispensables : écoles préscolaires et élémentaires, Cem, lycée et centre de formation professionnelle, postes et centre de santé, foyer de la femme, salle des fêtes, gare routière et hôtel de Ville. Toutefois, ses rues datant de 1963 ne sont plus que d’attristants nids de poules. Son réseau électrique est vétuste et celui d’eau insuffisant », déplore Abdel Aziz Diop, conseiller municipal chargé de la planification et du suivi des programmes.

D’autres infrastructures démarrées, il y a belle lurette, peinent à être terminées. C’est l’exemple du stade multifonctionnel, Olymp- Africa dans lequel la municipalité a pourtant investi, sur fonds propre, plusieurs millions pour répondre aux préoccupations de la jeunesse.

« Le plateau technique du centre de santé doit être relevé, compte tenu du nombre de postes de santé qu’il polarise, une unité de radiologie y est indispensable. L’absence de réseau d’assainissement fait que notre ville connaît, chaque année, les affres des inondations. Ces problèmes nécessitent de gros investissements. La commune est dépourvue de ressources. Ses élus et ses braves populations sont dans le désarroi », gémit-il. Ici, on attend encore le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) et Promovilles pour arrêter de se morfondre dans la nostalgie.

Par Oumar BA, Alassane Aliou MBAYE (textes) et Ndeye Seyni SAMB (photos)

Fode Diouf Bour

EL-HADJ FODE DIOUF : LE DERNIER BOUR SALOUM
Le dernier Bour Saloum, El-Hadj Fodé Diouf, avait sa résidence à Guinguinéo, espace qui serait fondé par des Sérères au dix-neuvième siècle. Sa carrière militaire et administrative, au-delà de la dignité que lui confère sa haute lignée royale de Gelwaar, est digne des meilleurs éloges.

Fodé Diouf, issu de la réputée famille des Gelwaars du Saloum, est venu au monde en 1880. Décrit comme un homme de grande dignité, il a été engagé dans l’armée, en 1911, et a pris part à la conquête du Maroc avant d’être libéré deux ans plus tard. Il est remobilisé, comme plusieurs autres Africains, quand a éclaté la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il a été plusieurs fois blessé. Sa personnalité, sa constance dans l’effort et ses vertus lui ont valu l’admiration et le respect de ses chefs militaires. Sa carrière dans l’armée est couronnée par le grade d’adjudant.

La France, « reconnaissante » lui a décerné bien des éloges et des décorations (la médaille militaire, la croix de guerre avec palmes, la croix du combattant avec agrafé, la médaille commémorative). Il a aussi reçu la Croix de Verdun en 1956 des mains d’Albert Sarraut, au Château de Versailles. Sa carrière administrative est aussi digne d’éloges. El-Hadj Fodé Diouf a été chef de Canton à Ngaye Colobane en 1919. Il a également commandé, tour à tour, le Laghem en 1925, le Ndoucoumane, la même année, et le Pakala en 1931 avant d’être nommé à Kahone un peu avant le début du deuxième semestre de 1935.

Incarnation du dignitaire africain de grande probité, le dernier Bour Saloum exerçait une certaine influence sur l’autorité politique et sur ses administrés. Sa résidence se trouvait à Guinguinéo, érigée en commune de premier degré, en 1952, puis de plein exercice à l’indépendance du Sénégal, en 1960. La voie ferrée, qui faisait de Guinguinéo, connu également sous le diminutif Géo, un important centre de collecte, de groupage et d’évacuation des produits arachidiers, en était sans doute pour quelque chose. Les avocats et hommes politiques, Souleymane Ndéné Ndiaye et El-Hadj Diouf et l’édile de la ville, Rokhaya Diouf, sont de sa descendance. Il a rendu l’âme le 12 mai 1969 à l’hôpital Principal de Dakar.

Par Oumar BA, Alassane Aliou MBAYE (textes)

Bercé par la mer et baigné une lagune peuplée d’huitres, de cabres et de langoustes, la commune de Somone doit beaucoup au tourisme et à la générosité de la nature. Les premières vagues des touristes ont fondé le quartier Torino. Au fil des années, d’autres européens n’ont pas pu se passer de la beauté idyllique de cette localité aux rues ayant une allure de galerie d’art. On peut aussi se balader au bord des canoës sur la lame d’eau ou s’évader dans le sentier écologique de la réserve d’intérêt communautaire.

Le village de Somone ne tangue plus entre le conservatisme et l’ouverture ; du moins au plan architectural. A part les rues sableuses et sinueuses serpentant entre les concessions et les maisons juchées sur des dunes côtières, des villas aux lignes importées poussent dans tous les coins. Les quartiers traditionnels tels que Ndioufène ou Mboyène sont dans l’œil du vent du changement. Le village est pourtant revenu de loin. Il a été ravagé par la peste dans les années 20. « Somone a été décimé par la peste en 1920, il a été rasé avant d’être reconstruit », nous confie Arona Lô, âgé de 86 ans.

Somone 2A Somone, les terres appartenaient à des « Lamanes ». C’est après les réformes que beaucoup d’habitants ont perdu leurs terres à cause de l’expropriation. Actuellement, la course vers l’accumulation de richesse a entraîné, selon ce sage, la vente effrénée de champs et des potagers. « Je ne vais pas seulement parler de Somone. La spéculation foncière touche également Saly et Ngaparou. Il sera très rare de voir des autochtones qui ont plus de 500 mètres carrés », avance Pa Arona Lô, considéré comme l’un des plus âgés du village de Somone qui fut fondé par Mame Baye Yam, venu du Dioloff. A l’origine, la pêche et l’agriculture étaient les activités principales. Mais la première incursion d’un touriste entre 1940 et 1951 va précipiter l’émergence d’une nouvelle vocation. Somone devient la nouvelle destination entre 1958 et 1959. « Le premier blanc qui était venu s’est installé au bord du fleuve, après il y a eu 7 et 8 autres. Au fil des années, le nombre n’a cessé d’augmenter », se souvient Pa Arona Lô. Après c’est par vagues que les touristes blancs déposent leurs valises au bord de la lagune et de la mer. Certains y construiront de belles villas. « Ce sont des sénégalos, ces derniers viennent chaque année. D’autres se sont installés et ils ont épousé des Sénégalaises ou, pour être plus juste, ils ont des copines sénégalaises », fait savoir un artiste peintre. Leur présence et leur contribution à l’économie nationale relativisent la notion d’étranger aux yeux d’une responsable de l’agence immobilière Ambre. « Pour moi, je ne peux pas considérer ces toubabs qui vivent au Sénégal depuis une trentaine d’années comme des étrangers. Non ! », objecte Penda Guèye. C’est à juste raison. C’est le tourisme qui a changé le visage de Somone et l’a sorti de l’anonymat.

Torino, un quartier huppé au bord de la mer
A Torino, à l’angle de la rue de Café des Arts, trois petites voitures sont immobilisées devant une villa. Des taximen sont à l’ombre des arbres. Ils conversent. Leurs conservations s’interrompent dès que des touristes sortent des hôtels. « Vous avez besoin d’un taxi », lancent-ils sans insistance. Certains déclinent. Ils préfèrent la marche pour les petites courses. Les minutes passent.

Peu de clients viennent demander les services des taximen. Après cette séquence, un couple d’un certain âge se pointe. « Nous voulons aller à Ngasobil », s’exprime l’homme. Deux conducteurs bondissent de leur banc et se proposent de les transporter. Mais l’un des taximen se désiste. Son camarade se charge de leurs incursions pour 30.000 francs Cfa. « La journée est bonne pour lui », confie un des taximen. Depuis quelques années, ce n’est pas tous les jours qu’un taximen rentre avec 30.000 francs depuis la crise d’Ebola. Le secteur du tourisme traîne cette crise comme une séquelle après une intervention chirurgicale. Durant les années 2005, 2006 et 2007 qui sont pour ce conducteur l’âge d’or du tourisme dans la zone, le secteur faisait vivre Somone et d’autres villages. « Lors des excursions dans des villages, les touristes se rendent compte de l’état des besoins des villageois. Une fois en Europe, ils collectent des dons de médicaments et de matériels médicaux et parfois construisent des salles de classe », raconte ce conducteur. Un peu avant, se trouve un autre petit garage non loin d’autres complexes hôteliers. Babacara Dop, originaire de Kaolack, est arrivé à Somone en 1995. Il était attiré par le tourisme florissant. C’est un homme au cœur lourd qui s’est prêté à un jeu de comparaison. « Je vous dis que les périodes où le tourisme faisait vivre ceux qui ne sont pas du secteur est derrière nous. Les touristes ne sortent plus actuellement, parce qu’on a entretenu ce climat d’insécurité. Dans les hôtels, on leur dit de ne pas sortir. La conséquence, les touristes ne dépensent presque pas en dehors des hôtels ou des résidences. Seuls les anciens continuent à faire des excursions », démontre Babacar Diop. Moustapha Diouf, interrogé au restaurant Brise de la Mer, garde en mémoire les années de tourisme de masse en 2004, 2005 et 2006. « A mon avis, le nombre de touristes qui arrivent a beaucoup diminué au cours de ces dernières années. Somone vivait bien de cette activité », a laissé entendre Moustapha Diouf.

Par Oumar Ba et Idrissa SANE ( Textes) et Assane SOW (Photos)

Bug phallique

22 Fév 2018
225 times

La réussite sociale est un chemin pavé d'écueils pour les femmes. Les femmes cadres le savent bien, elles qui peinent le plus souvent à trouver chaussures à leurs pieds tant les préjugés sont tenaces et les hommes… craintifs.  Paradoxe. Une jeune femme belle et aisée doit normalement attirer une foule de charmeurs. On sait, cependant, depuis la publication du livre de Jean Cornut (Pourquoi les hommes ont peur des femmes, Paris, PUF, 2001) que le sexe dit fort entretient des relations ambiguës avec les femmes. Tout fonctionne chez nous comme s'il y avait une sorte de pouvoir misogyne qui incline les hommes à se priver de ces femmes d'un autre standing. Comme si elles étaient des fruits défendus. Une « gynophobia » qui laisse perplexe. Est-ce que parce qu’elles font perdre leur assurance aux hommes ? Ont-ils peur de se retrouver avec une femme chef d’entreprise qui confond le foyer et le bureau ? Ont-ils peur de perdre leur autorité ? Des foules de questions qui n’appellent qu’une suggestion : il faut être ouvert à l’évolution du monde pour franchir le pas. Les femmes seront de plus en plus éduquées puisque les filles sont aujourd’hui meilleures à l’école, elles occuperont plus de responsabilités dans l’espace public et dans l’entreprise. Il faudra faire avec. Et, au rythme où va le monde, c’est le contraire qui sera, dans un avenir très proche, fort difficile : trouver une servante, aimante et très peu spirituelle comme épouse pour perpétuer l’ordre masculin en voie de déshérence sociale. Il faut, certainement, mettre à jour le logiciel sentimental des hommes pour surmonter le grand bug phallique qui s’annonce.

Par Sidy DIOP


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.