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Soleil Grand Air (478)

Aziz Salmon Fall est politologue, chercheur panafricaniste et internationaliste, enseignant universitaire et toujours militant progressiste. C’est d’ailleurs pourquoi il préside le Centre de recherches Stanley Brehaut Ryerson, qui valorise la recherche engagée en Sciences humaines et sociales. Se présentant comme un « intellectuel organique », c’est-à-dire qui « est enraciné dans la condition des masses laborieuses, des peuples qui sont exploités et brimés par un ordre impérialiste », il croit que son rôle est d’utiliser le savoir pour changer les conditions matérielles.

« Le savoir est un privilège lorsqu’il est utilisé dans une différente acception du pouvoir et dans une nouvelle forme de défense des opprimés, lorsqu’il contribue à une désaliénation et lorsqu’il contribue à libérer. Le savoir peut contribuer à construire un autre monde », soutient le chercheur militant. Son engagement remonte d’ailleurs à loin. Dès son adolescence au Sénégal, il milite dans des organisations de gauche clandestines qui contestent le régime en place et le néocolonialisme. Même s’il dit être « dans le sillage de ses parents, qui ont participé à la lutte de décolonisation et d’indépendance », ceux-ci ont préféré qu’il étudie à l’étranger, jugeant l’université de Dakar « dangereuse » compte tenu du degré de politisation du jeune homme qu’était Aziz Fall.

Même s’il n’a jamais eu l’honneur de rencontrer Madiba en personne, comme il le rappelle  dans une lettre publiée dans Le Devoir, le militant d’origine sénégalaise reconnaît que la lutte contre l’Apartheid a occupé une grande partie de sa vie. En 1982, il se rend au Canada, à l’université de Moncton plus précisément où il poursuit ses études parallèlement avec son militantisme. « Il était formellement interdit aux étudiants étrangers de participer aux organisations radicales de type communiste. C’est pourquoi nous avons formé le groupe de recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique (Grila) qui, à l’origine, luttait contre l’Apartheid ». Formée avec un groupe d’amis en 1984, l’organisation a rapidement pris de l’importance, soutenue par l’Anc (Congrès national africain) d’Afrique du Sud et alliée à des organismes locaux.

Une fois l’Apartheid tombé, Aziz Salmon Fall prend part à des initiatives politiques au Sénégal, comme le Front pour l’Alternance qui a contribué à la chute du régime socialiste en 2000. Il cofonde également le Mouvement pour les assises de la gauche afin de rassembler toutes les forces progressistes du Sénégal. De plus, à travers ses années au sein du Grila, le militant poursuit sa lutte en menant plusieurs actions, allant de « la libération de prisonniers politiques à la dénonciation de l’Apartheid en passant par la promotion de l’émancipation des femmes ».

Par Oumar BA (Sources : journal Alternative)

Longtemps laissée à elle-même, Sokone, ancienne zone d’échanges qui a joué un rôle important dans le dispositif économique du  département de Foundiougne, veut prendre un nouveau virage. Cette ville du Centre-ouest du Sénégal, desservie par la Transgambienne, vit un renouveau économique et se donne un coup de jouvence et un nouveau lifting après des années de marginalisation pour renouer avec son passé florissant.

Il est révolu le temps où Sokone faisait parler d’elle aux quatre coins du pays. Cette ville au proche passé prestigieux, érigée en chef-lieu de Canton en 1916, a, avec le temps, perdu son dynamisme, et même ses lettres de noblesse. Dans son riche passé, l’histoire et la mémoire locale révèlent que la première implantation humaine remonte vers la seconde moitié du 19e siècle avec les Mandingues venus du Sud. Ils seront suivis des Sérères venus de Ndiaffé-Ndiaffé, des Wolofs, des Toucouleurs, des Maures, des Lébous, des Diolas. Ces mouvements migratoires ont vite fait de Sokone un important pôle économique.

Ville religieuse par excellence…
Mais cette ère de richesse, de puissance et de prospérité s’acheva avec l’érection, en 1960, du cercle du Sine Saloum en région. Sokone était devenu chef-lieu d’arrondissement, avant de devenir commune de plein exercice dont le fonctionnement effectif a démarré en 1970. Ce changement de statut avait progressivement transformé Sokone en une ville presque endormie.
 De tout temps, Sokone a été une ville très religieuse, symbolisée par la présence de plusieurs grandes familles maraboutiques, l’existence de beaucoup de «daaras» et d’écoles franco-arabes reconnues par l’État. Selon Oustaz Moussa Zaccaria Ngom, on ne peut pas parler d’Islam, au Sénégal, sans penser à Sokone. Une forte religiosité caractérise cette ville qui vit au rythme des gamou et ziarra. L’une des activités religieuses phare de Sokone, renseigne-t-il, reste la cérémonie annuelle religieuse de la famille Dème, communément appelée « Ziarra » où « Téré » en référence à l’œuvre de El Hadji Amadou Dème, plus connu sous le nom « Diyaou Nayrayni » (la lumière des deux lumières ou symbiose des deux lumières).

La rédaction de cet ouvrage pluridisciplinaire qui compte vingt (20) tomes, soit 14.000 pages, a démarré en 1938 pour se terminer en 1959. C’est ainsi que le saint homme, pour fêter son œuvre, organisa un grand évènement en 1960 pour rendre grâce à Dieu et à son prophète (psl). « Depuis cette date, la famille perpétue cette commémoration à laquelle prennent part les différents foyers religieux du pays et pendant trois jours, Sokone devient le point de convergence de milliers de fidèles qui viennent du Sénégal, de la sous-région et de la diaspora », indique-t-il. « La famille de Maodo Malick Sy est bien représentée à Sokone, celle de Cheikhoul Khadim, de Ndiassane, du Chérif  Bounana Aïdara. Il y a aussi la hadara de Mame Seydi Tafsir Aliou Ngom. On ne peut pas parler de Baye Niass sans parler de lui. Sokone est une ville religieuse par excellence », indique-t-il. Selon Oustaz Moussa Zaccaria Ngom, Sokone est une destination religieuse où toutes les confréries vivent dans une belle harmonie.
 
Un dynamisme économique à retrouver…
Sokone a beaucoup profité de l’apogée du commerce de l’arachide qui a entrainé l’installation des  grandes maisons françaises de commerce, des commerçants traitants et des commerçants libanais. Ces échanges commerciaux ont, selon le maire, donné à Sokone sa fonction de ville commerciale, favorisant ainsi la création du marché central en 1927 par les colons pour écouler leurs produits.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, mais Sokone garde toujours son statut de ville commerciale. Tous les mercredis, la ville vit au rythme de son louma qui, depuis 1987, entraine une activité commerciale avec d’importants flux financiers qui impactent positivement sur les recettes fiscales de la mairie. Au-delà de son commerce qui fut florissant, Sokone peut s’enorgueillir d’avoir toujours eu un destin lié la pêche. Son bras de mer a attiré la concentration d’un nombre important de pêcheurs dans le quartier de Ndangane depuis 1848.

Ce qui a fait que les activités de pêche y étaient très développées. La production halieutique était abondante parce que toutes les pirogues y débarquaient leurs prises. Aujourd’hui, le secteur rencontre d’énormes difficultés. Selon Moustapha Guèye, l’ensablement du bolong empêche le débarquement des grandes pirogues, ce qui, renseigne-t-il, réduit les capacités de production. Cette situation a eu pour conséquence un exode de nos pêcheurs de Sokone. « Avec cet ensablement, nous avons plus de 300 pêcheurs qui sont aujourd’hui à Kafountine. Le manque à gagner est considérable », informe-t-il.

Pour le maire de Sokone, la relance du secteur passe par le dragage du canal pour faciliter l’accès des pirogues au quai de pêche. « Si on le fait, ça nous donnera un potentiel de 30 tonnes de poisson par jour », assure le maire « Petit » Guèye. « Notre projet d’économie locale qui peut booster l’auto emploi et générer des recettes pour la municipalité, c’est le projet pour la pêche, avec le dragage du canal d’accès, l’élargissement du quai de pêche mettre et la mise en place d’un système de froid. Cela va permettre de booster considérablement l’économie locale ».
 
Sokone ville sportive
Dans cette localité qui veut se positionner comme une ville sportive, le football reste le sport le plus pratiqué. Le handball, le karaté, le taekwondo et la lutte sont aussi pratiqués. Avec cette diversité, l’équipe municipale a initié, en 2016, des Olympiades pour offrir aux jeunes un cadre d’expression de talents cachés et la possibilité de participer à des compétitions sportives. « Les Olympiades constituent un évènement intercommunal de sport, une pépinière de futurs cadres sportifs et de futurs performeurs. Il essaie de combler le gap de compétitions, de motivations et de récompenses des sportifs méritants, mais aussi de politique de développement du sport », renseigne le maire de Moustapha Guèye. Il s’agissait, selon lui, de mettre en compétition six disciplines : taekwondo, karaté, football, handball, natation, avec une démonstration de badminton et une initiation des jeunes au Kids Athletics. « C’est un grenier potentiel pour les différentes équipes nationales et fédérations de sport du Sénégal », indique-t-il. Ces olympiades, selon Birane Cissé Thiam, visent à répondre à un besoin sportif Sokone qui dispose d’une équipe féminine de handball évoluant en première division depuis dix ans qui a pourvoyé l’équipe nationale de joueuses. En taekwondo, précise le directeur des Olympiades, l’Open de Sokone est inscrit par la fédération comme deuxième évènement national. « Ces compétitions se faisaient dans des structures privées qui nous laissaient faire, mais parfois quand ils ont besoin de leurs infrastructures, c’est gênant. C’est pourquoi on a pensé chercher les moyens pour construire nos propres infrastructures », indique-t-il.

« Cette année, on a acquis un dojo municipal dans le centre socio collectif avec l’appui de l’ambassade du Japon. On est en train de finaliser un complexe de handball, de basket à la promenade des Sokonois. Pour la natation, on pense à construire une piscine marine », fait-il savoir. « À travers ces Olympiades, nous voulons reconstituer notre patrimoine urbain sportif, ce qui fait que depuis, on se débrouille », indique M. Thiam.

Malgré cette volonté de booster la pratique du sport, l’appui de l’État est jugé très timide par les acteurs. « Si le ministère des Sports devient proactif et spontané dans le soutien aux initiatives locales, nous pouvons faire de Sokone une pépinière de cadres et de futurs performeurs pour les différentes fédérations du Sénégal », assure le maire qui a dit l’ambition de faire de Sokone une ville sportive.
 
Une ville en chantier
Aujourd’hui, Sokone se cherche un second souffle. La ville est en chantier. Sur le plan du cadre de vie, deux grandes places ont été aménagées. Il s’agit de la place de l’indépendance et la « promenade des Sokonois ». Un mur de l’indépendance a aussi été aménagé. « Ce mur qui fait 100 mètres a été peint par les artistes locaux à l’effigie des présidents du Sénégal, de Senghor à Macky Sall et aussi les anciens maires de Sokone », souligne le maire. En face du mur, note-t-il, se trouve la place de l’indépendance qui reste à aménager. La municipalité, précise-t-il, attend le financement de l’Adm pour un montant de 40 millions pour en faire une place pavée sur 3000 mètres carrés. « Nous avons aussi la plus belle place en face de la rivière et du ponton. C’est la « promenade des Sokonois » qui sera réalisée sur un espace de cinq hectares », fait savoir Moustapha Guèye. Cette place constitue, selon le maire, une fierté. « Depuis plus de deux décennies, cette zone n’a pas été fréquentée. C’était un dépotoir d’ordures. Nous avons mis des lampadaires solaires. Nous allons en faire un espace de loisir, avec un grand projet éco-touristique, une piscine marine entre les pontons qui pourra abriter des compétitions en eau libre de 200 sur 80 mètres de large », fait-il savoir. Selon le maire, Sokone est en chantier. D’ailleurs, indique-t-il, le président de la République avait promis 5 km de voirie en accompagnement avec la construction de la route Keur Wally Ndiaye-Sokone. La municipalité, selon le maire, attend toujours et espère que ce projet améliorera davantage le cadre de vie.

Si Sokone est l’une des portes d’entrée du Delta du Saloum et bénéficie d’une biodiversité qui lui offre d’énormes potentialités de développement d’activités touristiques, ce secteur n’est pas très bien développé. Malgré les efforts des autorités municipales qui ont initié des projets comme l’aménagement de la corniche de Sokone, la promenade des Sokonois, la construction d’une maison des hôtes, la restauration et valorisation des patrimoines historiques de Sokone, la création du réseau des acteurs culturels. Acteur touristique, Issa Barro, estime que l’activité touristique n’est pas aussi développée à Sokone. « L’activité est plus concentrée à Toubacouta. Il n’y a pas beaucoup de promotions qui permettent à Sokone d’avoir une très grande fréquentation ».

Aujourd’hui, Sokone qui veut retrouver un nouveau souffle est une ville qui bouge, selon son maire. « Les artistes de Sokone sont en train de dessiner les images de Sokone, les chanteurs chantent Sokone et les jeunes sont en train d’écrire l’histoire de Sokone à travers le sport, leurs talents et leur expertise pour écrire une nouvelle page de l’histoire de cette cité », se réjouit-il.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Le rescapé et l’autre

08 Mai 2017
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Quand je n’étais encore qu’un môme aimant s’acoquiner avec le rebut du genre humain, il m’arrivait de voir des choses peu ordinaires. Il y avait dans ce bas-fond, une curieuse et jeune créature qui se rengorgeait de ses étrangetés (ou déviances, pour être fidèle au jargon de notre époque) pour nous « éblouir » : manger un chat par exemple (là où nous étions, la consommation de cet animal pouvait lui valoir l’exécration). Plus on semblait s’émouvoir de sa singularité et de ses manies, davantage il nous en mettait plein la vue. La version officielle de chez « Monsieur Potins et Madame cancan » répand que le cocasse personnage a, un jour, « fricoté », en présence de ses copains, avec une bourrique pour franchir les limites de l’aliénation dont il est supposé être atteint. Cela fit le tour de quelques chaumières. Certains n’y crurent point. Il paraît qu’il a reçu quelques baffes des contristées mains de sa génitrice.

Pour convaincre les sceptiques, il reprit son infamante scène de petites mœurs. Est-il alors un zoophile ? Un simple maniaque instinctif ? Un petit inconscient en mal d’attention qui voulait égayer ses amis ? Cherchait-il à être différent, à s’affranchir des règles de bienséance, des convenances de goût ? Je ne l’ai plus revu depuis. J’étais parti sous d’autres cieux. Mais, me dit-on, aujourd’hui, c’est un respectable et distingué homme avec, comme on se plait à concevoir l’épanouissement, une épouse et des enfants. Que serait-il devenu s’il avait pris goût à la chose, si son « aventure avec madame ânesse » lui causait de la nostalgie. Il est ce qu’on pourrait appeler un rescapé. Ne le sommes-nous pas tous d’ailleurs ? Le rescapé le plus digne d’éloges n’est pas celui-là qui est sorti indemne d’un naufrage, d’un accident de la route…C’est cette personne qui s’est battue, dans sa longue marche, contre ses envies, ses doutes, son environnement hostile à la réalisation sociale, pour se fabriquer un destin digne.

Les irrépressibles envies ne sont pas forcément celles-là communes qu’on découvre par soi-même. Elles sont parfois suscitées par l’autre quelquefois à la même conformation des organes génitaux. Certains s’y attacheront. D’autres, les « survivants », s’en détourneront. Cet autre n’est pas toujours cet être venu d’ailleurs aux antipodes de nos valeurs… « érotiques » ! C’est un oncle, le copain de papa, l’amie de maman, la tante, l’idole de toujours…Le « mal » est partout. Il est en nous. Des marches de désapprobation ne feront que l’enfouir au tréfonds des désirs opprimés. Il est une chose de criminaliser des inclinations naturelles (ou contre nature si vous voulez), c’en est une autre d’empêcher leur dissémination pour préserver les âmes insouciantes dans nos internats, dans nos couvents, dans nos écoles coraniques...

Les désirs « matés » de ceux qui estiment que « rien de ce qui procure la joie n’est contre la nature » (Henri Troyat), profitent des brèches laissées entrouvertes par notre propre déliquescence entretenue par nos fourberies qu’on prend pour des valeurs de « soutoura » (discrétion). Ici, ce que le mari chuchote à son épouse est cancané à la foire aux médisances. Se gargariser de cette relique est une douce manière de se calfeutrer dans l’illusion.

Les mâles chiqués aux phrasés et tics exquis (parce que répétés dans nos chaumières avec grands éclats de rire) qui s’entichent du membre viril devraient inciter à nous interroger sur ce qu’on est (ou croit) en train de devenir. Sur ce que, peut-être, nous ne sommes plus : nous-mêmes. Rester soi-même est le défi de notre époque surtout quand les institutions pourvoyeuses de sens sont en parfaite contradiction avec les aspirations des « masses ». Il est une crédulité presque niaise que de s’étonner de la désarticulation de la société.

A suivre

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

A mi-chemin entre le zodiac et la motojet de Star Wars, voici peut-être la voiture (volante) du futur. Une start-up de la Silicon Valley a annoncé lundi, vidéo à l’appui, le prototype de la machine volante qu’elle compte mettre en vente d’ici la fin de l’année.

L’engin ultra-léger, propulsé par huit rotors, décolle et atterrit verticalement comme un hélicoptère. Il est formé d’une plateforme qui ressemble à une toile d’araignée, où le pilote est à califourchon sur la partie centrale, qui repose

Car le « Flyer » - c’est son nom – ne peut se déplacer qu’au-dessus de l’eau douce. Comme le montre la très kitch vidéo ci-dessus, il peut servir par exemple à rejoindre des amis qui pique-niquent sur un bateau, au milieu d’un lac, avant d’aller boire un verre au bout d’un ponton. Il faudra donc remettre à plus tard son rêve d’aller chercher le pain en volant ou de se garer sur le toit de son immeuble pour éviter d’avoir à chercher une place.

Point positif, le véhicule, qui pèserait une centaine de kilos et se déplacerait à environ 40 km/h à quelques mètres au-dessus de l’eau donc, ne nécessite pas de licence de pilotage, seulement deux heures de formation. Son prix ne sera dévoilé qu’au moment de la commercialisation. « Notre mission est de faire du rêve du vol individuel une réalité. Nous pensons que lorsque tout le monde aura accès au vol personnel, un monde nouveau et sans limites s’ouvrira », explique sur son site internet la société Kitty Hawk, à l’origine de la bête et qui bénéficierait du soutien du cofondateur de Google, Larry Page.

Commercialisé d’ici la fin de l’année
L’entreprise, installée comme le géant de l’internet à Mountain View, en Californie où se trouve également le siège du géant d’internet, prévoit de mettre en vente son « Flyer » d’ici la fin de l’année. Le « Flyer » commercialisé aura un design différent du prototype, précise Kitty Hawk. Son président, Sebastian Thrun, professeur d’informatique à l’Université de Stanford qui a été considéré comme le père de la voiture autonome de Google, a tweeté : « Changer l’avenir du transport individuel. Rejoignez-nous sur @kittyhawkcorp pour avoir des informations sur le prototype #the Flyer ».elle-même sur deux… flotteurs. L’entreprise a annoncé qu’elle offrait une « adhésion » de trois ans pour 100 dollars afin de figurer sur une liste d’attente et de bénéficier d’une réduction sur le prix de vente. Plusieurs firmes, y compris le constructeur aéronautique européen Airbus, cherchent à développer des engins volants similaires.

Sibeth Ndiaye était en charge de la communication et de la relation presse du candidat Emmanuel Macron, élu hier Président de la République Française. Si son prénom (Sibeth), en « Diola », veut dire celle qui a «remporté beaucoup de combats », c’est qu’elle porte sans doute en elle l’étoffe d’une combattante. Sibeth est discrète, certes ! Mais elle a déjà le goût de l’arène politique. Titulaire d’un DESS en économie de la santé, elle est passée par la case du syndicalisme étudiant. De tendance strauss-kahnienne, elle est au PS depuis 2002 où elle a été secrétaire nationale en charge de la petite enfance. Ancienne des cabinets d’Arnaud Montebourg et d’Emmanuel Macron à Bercy, elle a aussi dirigé le service de presse de Claude Bartolone au département de Seine-Saint-Denis. Sibeth Ndiaye termine ses études à la Sorbonne et se lance dans la communication. Tour à tour chargée de Presse, puis responsable de la Communication au Conseil Général de Saint-Denis, chargée de mission au ministère du Redressement Productif, elle était jusqu’en septembre 2016, Chargée de mission presse et communication au Ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique. Son prénom évoque les reines combattantes de la Casamance. La légende familiale veut que sa mère l’ait découvert en lisant le quotidien national le Soleil. Aujourd'hui lancée dans la bataille de l'élection présidentielle aux côtés d'Emmanuel Macron, la Franco-Sénégalaise Sibeth NDiaye gère les relations presse du candidat.

Sibeth Ndiaye qui figure dans la task force d’Emmanuel Macron, n’est autre que la fille de feu Fara Ndiaye illustre responsable politique au Pds et Mireille Ndiaye ancienne Présidente du Conseil Constitutionnelle. Sibeth Ndiaye est âgée de 37 ans. Emmanuel Macron a su revaloriser ses équipes. Il tient compte de la diversité, tous les talents sont les bienvenus. Les compétences de chacun sont prises en compte.

Par Oumar BA

Depuis des siècles, l’exaltation des esprits a toujours été une constante. Le pays sérère n’a pas échappé à cette règle. À proximité de chaque village, subsistent encore des bois sacrés. C’est le cas à Foundiougne, particulièrement dans la contrée du Loog, où se trouve la forêt de Laga Ndong, du nom d’un personnage légendaire ou mythique considéré comme le génie protecteur de toute cette contrée et même de la ville de Foundiougne. Un mythe ou une légende dont l’histoire serait liée à l’installation des premiers peuplements dans la contrée. Reportage. 

Au Sénégal comme partout ailleurs en Afrique, les populations ont leurs propres croyances religieuses, transmises de génération en génération. Le pays sérère est riche d’un vaste répertoire de génies aux pouvoirs divers. À ces esprits habitant les forêts, les bois sacrés, les cours d’eau, on voue un culte afin d’obtenir d’eux bénédiction et bienfait, protection contre le mal. Malgré la présence de l’Islam, musulmans comme chrétiens, ont vécu et continuent de vivre sous l’influence des croyances traditionnelles et malgré la modernité, ils ne semblent pas prêts à s’en départir. Les populations qui attribuent à ces esprits le pouvoir de donner et de combler de biens ceux qui les invoquent, de procurer la santé, de garantir de bonnes récoltes, d’accorder une longue vie, de faire tomber les pluies, de protéger contre les forces du mal, le danger ont continué à perpétuer le rituel légué par les ancêtres.

Dans la contrée du Loog, forte de près d’une dizaine de villages : Thiaré Loog, Soum Loog, Ndorong Loog, Mbassis Loog, Mbam Loog, Sapp, Keur Samba, Gagué Bocar, Gagué Mody et même la commune Foundiougne, le génie protecteur se nomme Laga Ndong. Le village de Ndorong est à cheval entre Soum et Mbassis, deux localités reliées par la « Boucle du Log » une piste cahoteuse dont les travaux tardent à voir le bout du tunnel. Ils sont arrêtés sans motif. N’empêche, la forêt et son environnement sont encore là. C’est, une zone à vocation culturelle et spirituelle caractérisée par le bois sacré qu’on peut apercevoir de loin, à partir du village de Ndorong. « Les habitants de ce village sont les dépositaires du sanctuaire (tours) et du temps des ancêtres ce sont eux seuls qui exploitaient la forêt », nous lance-t-on à Mbassis comme à Soum.

L’existence de ce génie tutélaire semble être liée à l’histoire de la contrée avec ses premiers peuplements dont certains seraient des sérères venus du Gaabou, même si l’histoire révèle aussi que d’autres habitants étaient venus du Fouta. Notre tentative de percer le mystère qui entoure « Laga Ndong » n’a pas levé l’énigme. Les personnes interrogées ont toutes servi les mêmes réponses : « Laga Ndong appartient au village de Ndorong et c’est là-bas que vous pouvez avoir la chance de trouver un interlocuteur qui puisse vous informer ». Ce qui nous incite alors à emprunter le chemin de ce village où se situe la forêt de Laga Ndong. À Ndorong, il n’y a personne pour parler de ce génie qui semble susciter une certaine crainte. La seule personne qui a daigné nous parler est un vieil homme assis sous un arbre, devant sa maison. Mais il a préféré nous renvoyer au chef de village absent ce jour-là. Obstinés à mener à terme nos investigations, nous avons fini par être mis en rapport avec le doyen Abdoulaye Faye, un agent de police à la retraite qui a fait des recherches sur le totem « Laga Ndong ». Il fallait alors aller à sa rencontre au village de Félane.
 
Une particularité historico-culturelle
NdorongComme tous les villages, Félane est calme et paisible. Ses ruelles débordent d’activités. Chez le doyen Abdoulaye Faye, un accueil chaleureux nous est réservé. Le vieil homme est originaire de Mbam, de la lignée paternelle de Faye Yéguel. Il a choisi de se retrancher au village voisin de Félane proche de la forêt, à une dizaine de kilomètres à partir de Djilor Saloum. « Ma grand-mère se trouvait à Ndorong. C’est ce qui me lie à ce village, terre d’accueil de Laga Ndong. Ce qui m’a donné l’occasion de rassembler des informations sur la légende de Laga Ndong », souligne-t-il. L’ancien policier tient, devant lui, une bonne documentation, moisson des recherches qu’il a déjà effectuées sur « Laga Ndong » qui, selon lui, viendrait du Gaabou avec sa famille. « Sa mère s’appelait Damane, venue, elle aussi, du Gaabou où les sérères venant de l’Est ont fait d’abord une halte. Il y a eu, ensuite, l’attaque des empires qui a fait plusieurs victimes. Ces dernières ont attiré les charognards qui, à l’époque, venaient se régaler et boire dans les marigots, infectant, du coup, l’eau polluée que les populations utilisaient également pour leur consommation. Il s’en est suivi une épidémie de peste qui a décimé une partie des populations », explique-t-il. C’est en ce moment-là, ajoute-t-il, « que Laga Ndong pris la décision de quitter ces lieux pour une destination inconnue. Cet exil l’a conduit vers d’autres cieux, avec ses cinq enfants sur certaines parties des corps desquels sont estampillés des signes d’identification par des dénominations : Taaboor, Pouma, Thiofane, Thioka et Sasagne, données à chacun d’entre eux pour qu’en cas de séparation, ils puissent se reconnaître ». Par la suite, indique le doyen Abdoulaye Faye, « le Taaboor a continué vers Ngothie pour s’y installer, le Pouma également a fait son choix aux environs de ce même village de Ngothie, le Thiofane s’est dirigé vers Mbam Laguène derrière Passy et le Thioka à Fatick jusqu’à Simal où réside le Sasagne. Et à chaque étape, il y avait un symbole qui la caractérisait. Quant à Laga Ndong, il a traversé le fleuve à partir de Niamdiarokh pour venir s’installer à Ndorong. Le village de Faye Yaguel est créé aux environs de Mbam d’où est originaire ma famille ».

Le mythe qui entoure la forêt de Laga est lié, selon M. Faye, « au souhait même du totem qui avait recommandé qu’un sanctuaire soit édifié là où, le jour où on le reverra plus, les gens trouveront ses chaussures ». Ce qui laisse croire que Laga a disparu mystérieusement en ce lieu qui fait aujourd’hui la gloire de la contrée du Loog.

Ici à Ndorong, beaucoup de gens viennent solliciter des prières de Laga Ndong, considéré comme le Taaboor, roi des Esprits. Mais, souligne le doyen Abdoulaye Faye, « comme en milieu sérère, il y a un gardien du temple qui s’occupe du rituel de libations qui symbolisent l’existence du totem de Laga Ndong ».
 
Génie protecteur du littoral
La particularité, dans le Loog, renseigne-t-il, est que la population est détentrice d’un riche patrimoine avec des lieux de culte dans chaque village : Laga Ndong à Ndorong, Ngaandé Saar et Saas à Thiaré, Pathine à Mbam, Diatta Waly à Mbassis, Poro Poro à Soum, entre autres. À côté également des lieux célèbres de rencontre des initiés où se déroulent les cérémonies de divination avec les Saltigués ou d’échanges sur les problèmes qui secouent la localité. Mais le site de Laga Ndong, à Ndorong-Loog ou  « Fangool » (serpent) du panthéon sérère a sa particularité historico-culturelle. En témoigne l’existence du « Tourou Peithie », une fête païenne qui a lieu annuellement au village de Djilor Diognick et à Peithie. Les serviteurs du culte sont des Sérères Taaboors qui, nous apprend-on, rendent hommage à Laga Ndong, roi des esprits, à travers l’immolation d’animaux, de libations diverses (lait caillé, gâteau de mil) sur la tombe de Sira Badial, la première reine des Guelewar. Ceci, pour rentrer dans les bonnes grâces de Laga Ndong, qui est assimilé au génie tutélaire même de Foundiougne. Les jeunes de cette localité ont même initié le « Laga Plage ».

Le président du syndicat d’initiative et de promotion touristique de la région de Fatick, Issa Barro, ne tarit pas d’éloges à l’endroit de Laga Ndong. « La légende de génie protecteur du littoral nous a appris qu’au temps, il y avait une belle animation dans la zone. Laga a produit beaucoup de miracles. Bien avant, les anciens ont déjà vu des touristes se balader devant le bras de mer de Laga et c’est des scènes éphémères qui se déroulaient en quelques minutes », note-t-il. Par ailleurs, ajoute M. Barro, tous les habitants de ce terroir respectent Laga. « On respecte les consignes. Il est interdit d’y aller habillé de rouge ni parler certaines langues comme le wolof. Il y a aussi des jours où il ne faut pas fréquenter Laga. Tous ceux qui ont passé outre ces consignes ont eu des problèmes », avertit M. Barro. L’association pour la gestion des ressources agro forestières et environnementales (Agrafe) a décidé de se lancer dans la préservation de l’espace dédié à Laga Ndong qui, nous dit-on, continue à veiller sur Ndorong et ses habitants. Son président, Abdoulaye Faye, soutient qu’un projet a été élaboré et soumis à la mairie pour l’octroi d’un espace.
 
Préservation du site de Laga
Village sérère« Quand l’Agrafe nous a montré le projet qu’ils veulent mettre en œuvre pour la préservation du site, nous avons rapidement accepté parce que nous avons estimé que c’est mieux de confier la gestion de la préservation au lieu de laisser l’espace dans sa léthargie actuelle qui risque de compromettre l’existence même de Laga Ndong.

Son environnement constituant, pour nous, un patrimoine culturel qui ne peut pas être utilisé individuellement, nous avons compris que c’est en faisant un transfert de responsabilité au village de Ndorong qui, historiquement et culturellement, a occupé Laga, qui nous permettrait de faciliter les choses », renseigne le maire de Mbam, Simon Diouf. L’espace à nous décrit par le maire fait une superficie de 400 ha. Selon M. Diouf, les membres d’Agrafe ont l’obligation de travailler à sa préservation parce que c’est un patrimoine culturel qui devrait valoir aux populations de la commune des activités lucratives.

Pour le maire de la ville de Mbam, il s’agit là d’une belle manière d’intéresser et d’impliquer directement les populations à la gestion du foncier et des ressources du Laga. « Pour le maire, ce sont les populations qui gèrent, donc l’institution ne fait qu’insuffler une vision à diffuser chez les populations afin qu’elles sentent qu’elles ont aussi un devoir de participation. C’est pourquoi nous les encourageons et nous allons les accompagner dans cette dynamique », souligne-t-il.

Les temps ayant changé, Abdoulaye Faye estime qu’il convient d’insuffler un nouveau paradigme. « Nous avons mis en place un comité d’initiative à l’issue d’une rencontre de deux jours qui a abouti à la création de l’association pour éviter les nombreux conflits entre communautés qui ont occasionné un manque à gagner énorme et une transformation anarchique de l’espace. Nous avions même, à l’époque, saisi, du temps du conseil rural de Djilor, le Conseil d’État pour arbitrage, car comme vous le savez, les temps ont changé, les populations ont augmenté et qu’il nous fallait donc insuffler un nouveau paradigme ». Aujourd’hui, avec la communalisation intégrale et l’érection de Mbam en commune qui polarise le village de Ndorong où est situé le site, l’Agrafe a franchi un palier important. Le président, Abdoulaye Faye, estime qu’ils ont les coudées franches en face d’un problème culturel dont l’ambition affichée est d’assurer la valorisation du site de Laga Ndong qui intéresse toute la contrée du Loog.

Pour Issa Barro, par ailleurs gérant d’un campement ayant pignon sur l’ile de Laga Ndong, le site présente un endroit magnifique pour développer le concept de tourisme durable avec sa nature, ses potentiels en ressources naturelles, sa plage et la mangrove. Il s’y ajoute les activités de pêche et agricoles. « C’est le seul endroit où l’on pratique encore le troc. Les pêcheurs viennent avec leurs pirogues de poissons et les femmes avec leur mil. Il n’y a pas d’argent et c’est des échanges qui se développent », assure-t-il. « Avec notre campement, nous avons ainsi suivi et respecté toutes les consignes indiquées en réalisant des cases pour le séjour de nos clients pour lesquels le site de Laga Ndong constitue un circuit touristique à découvrir ».

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos) 

Last modified on vendredi, 05 mai 2017 18:42

La peur du banal

05 Mai 2017
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Spécial mode, spécial montres, spécial crèmes de beauté, spécial jupes, spécial cuisine, spécial festivals d’été, spécial soirée dansante, etc. Là, nous sommes dans l’immensité vertigineuse de la publicité. Les radios et télévisions n’ont pas encore trouvé mieux que le « spécial » comme stratégie de vente. Avec ses « spéciaux », elles survivent, comme si l’écoute et la vue des auditeurs et téléspectateurs ne pouvait plus accueillir la simple et modeste neutralité des produits ou évènements proposés.

Aujourd’hui, ici comme ailleurs, seul le spécial nous parle. Seul le singulier nous éblouit. C’est à croire, en entendant la voix des animateurs-vendeurs de nos radios et télévisions, que le commun échappe aux consommateurs, que le banal lasse les acheteurs. Il faut user, voire abuser, du superlatif « spécial » pour pousser les éventuels pauvres clients à mettre la main à la poche. Peu importe la « surélévation » des vertus rattachées à ces produits venant de certains lointains pays ou celle des évènements prévus sur une… planète jusque-là inconnue. Pour les promoteurs, comme pour leurs porte-voix officiant dans nos radios et télévisions, c’est une spéciale « ivresse » annoncée qui permet de vendre.

Et nos magazines ? Ils n’y échappent pas, émoustillant les lecteurs avec leur spécial voyage, spécial cadeaux, spécial électro, spécial avenir de la planète, etc. Comme les radios et télévisions, les journaux versent dans ce spécial, ce pur artifice commercial. Mention spéciale à ces commanditaires d’offres spéciales qui font vivre les hommes et femmes des médias.

Par Cheikh Aliou AMATH

Enfant, on a tous un rêve. Mais une fois devenu adulte, il arrive de changer de trajectoire. Morane Sall qui ambitionnait de devenir aviateur s’est retrouvé ingénieur informaticien. Et ce jeune ambitieux veut transmettre son virus en mettant en place une structure de dimension internationale pour impulser les nouvelles technologies à Mbour, au Sénégal et dans la sous-région.

De l’école des garçons de Foundiougne à l’École supérieure de commerce et d’informatique (Esti) de Casablanca, le jeune Morane Sall a parcouru du chemin. Pour devenir ingénieur en informatique. Pourtant, l’ancien camarade de classe du président Macky Sall à l’élémentaire, dans la classe de monsieur Demba Diop, ne se voyait pas informaticien. Comme beaucoup de gamins, il ambitionnait de piloter avions et hélicoptères ou d’être médecin pour sauver des vies. Mais le destin en a décidé autrement. Suite au départ à la retraite de son père qui travaillait et logeait à la préfecture de Foundiougne, le jeune Morane Sall débarque à Mbour avec sa famille et élit domicile au quartier Thiocé-est. Après son cursus secondaire au lycée Malick Sy de Thiès où il décroche son baccalauréat, il est orienté à la faculté des sciences et techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar avec comme option, la physique et la chimie.

Mais le jeune Morane va très vite changer de trajectoire avec l’ouverture au département de mathématiques de la licence en informatique. Il s’intéresse de plus en plus à ce domaine. « C’est en développant mes premiers programmes en langage PASCAL que j’ai été piqué par le virus de l’informatique. C’est alors qu’avec la session unique de 1993, j’ai décidé de trouver une inscription dans une école d’ingénieur au Maroc pour tenter ma chance », explique-t-il.

C’est ainsi qu’en 1993, il atterrit à Casablanca et intègre l’Esci et suit pendant trois ans une formation d’ingénieur, option Réseaux et Télécoms. Une fois son diplôme en poche, il décroche son premier emploi à la Société Telesystems de Casablanca après avoir bouclé un stage de fin de cycle sur le thème : « Mise en œuvre des configurations pour la connexion Internet ». Alors qu’il avait la possibilité de s’épanouir pleinement au Maroc, Morane Sall choisit rentrer au bercail et se mettre au service de sa nation. L’ingénieur informaticien a mis son expertise au service de plusieurs entreprises. Aujourd’hui, Morane Sall est le responsable informatique de l’Agence de développement municipal (Adm). « Je suis arrivé à l’Adm en 2014 comme consultant individuel pour l’accompagnement de l’agence à la mise en œuvre de la sécurité informatique. À la suite de cette mission, j’en ai fait une autre pour la gestion du réseau informatique. Par la suite, après la validation du poste de Responsable informatique par l’Assemblée générale de l’Adm, mon recrutement a été effectué après un appel à candidature », renseigne-t-il.

Travailler avec les jeunes et les femmes
Sa contribution dans le développement de Mbour ? « Je peux le mesurer par les actions que j’ai menées pour l’épanouissement de la jeunesse, mais également l’autonomisation des femmes et la recherche de financements », indique-t-il.

Pour mieux concrétiser ses ambitions pour sa ville, Morane Sall qui se dit marqué par ses retrouvailles avec le Président Macky Sall à la faculté des sciences après plusieurs années de séparations a embrassé la politique. « Je suis venu naturellement à la politique, compte tenu de mon environnement familial. Mon ambition, c’est d’être dans des positions me permettant de mieux participer au développement de Mbour et à l’émergence du Sénégal », fait-il savoir.

Des projets, Morane Sall en a à la pelle. « Je veux mettre en place une structure de dimension internationale pour impulser les nouvelles technologies dans la Petite Côte, mais aussi au Sénégal et dans la sous-région. J’ambitionne également de travailler avec les jeunes et les femmes pour la maîtrise de l’élaboration de projets, leurs financements et leur mise en œuvre ». Au niveau national, Morane Sall compte bien travailler à la mise en œuvre et à la réussite du Pse et de la deuxième phase de l’Acte 3 de la décentralisation par la mise en place de territoires solidaires, résilients et connectés.

Par Samba Oumar FALL

Les machines équipées d’un système d'exploitation Windows qui n’a pas été mis à jour récemment seraient particulièrement vulnérables...

L’Agence de sécurité nationale des Etats-Unis (NSA) aurait mis au point un logiciel-espion baptisé Doublepulsar et installé à leur insu par près de 100.000 utilisateurs dans leur machine. L’existence du « spyware » a été révélée le 14 avril dernier par les pirates informatiques du groupe Shadow Brokers.

Mettre à jour le programme anti-faille
Ces derniers ont assuré que Doublepulsar avait été créé par la NSA pour servir de porte d’entrée à des malwares d’espionnage de communications et de piratage de données, via l’installation d’un implant. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, Taiwan ou encore l’Allemagne feraient partie des pays les plus touchés.

Microsoft a annoncé avoir corrigé les failles ayant permis l’installation discrète du "spyware" dans les machines infectées. Pourtant, il existerait encore dans le monde 5,5 millions d’utilisateurs qui n’ont pas encore installé la mise à jour contenant le programme anti-faille et qui sont donc toujours vulnérables à l’intrusion de l’agence américaine, estime la société de sécurité informatique BelowoDay.

Actif depuis environ une semaine
Les spécialistes avancent le chiffre de 100.000 machines infectées dans le monde en se basant sur un outil développé afin de déterminer si l’implant est présent ou non dans un ordinateur.
Ce test, destiné aux personnes ayant des connaissances avancées en informatique, a déjà montré que les portes d’entrées ouvertes par Doublepulsar peuvent être utilisées depuis environ une semaine. Même si, comme l’explique le créateur du test Luke Jennings dans Le Monde Informatique, « il est difficile de savoir exactement quand ces machines ont été infectées par l’implant ». Reste que les cybercriminels peuvent désormais profiter de la situation pour attaquer les ordinateurs rendus vulnérables. Parmi eux, les machines équipées d’un système d’exploitation Windows qui n’a pas été mis à jour récemment ou qui est trop ancien pour être efficace contre le puissant Doublepulsar.

Partout où il passe, Ahmed Sylla remporte le succès. Au-delà de sa force comique et de sa présence si évidente sur scène, ce jeune artiste dégage une douce folie et une sympathie si attachante que ses personnages nous restent en mémoire. Il y a fort à parier qu’Ahmed Sylla est promis à une belle carrière.

Né en 1990 à Nantes de parents immigrés sénégalais, Ahmed Sylla a toujours été le clown de la famille. « Avec mes frères et sœurs nous vivions dans une cité sensible mais nous étions scolarisés dans des établissements privés catholiques, car ma mère avait à cœur de nous donner la meilleure éducation qui soit », se souvient-il. Ce double regard a sans doute contribué à la bienveillance avec laquelle Ahmed Sylla évoque les différences sociologiques. Il faut le voir, dans son seul en scène, incarner trois pères qui viennent récupérer leurs ados dans un commissariat après un vol de stylo.  «On ne naît pas tous égaux face à l’éducation et à l’adversité », résume l’humoriste aux mille et une voix. Il faut l’écouter, imiter son père qui a le don d’inventer des mots et de traiter son fils de « fanfrela » au lieu de fifrelin. Il faut le découvrir, avec son énergie débordante, interpréter un « entraîneur-épicier » de l’équipe de France de foot qui ne reconnaît plus tous ses joueurs noirs.

Ce jeune humoriste fait sensation. Il imite à merveille la gestuelle, le ton et la vacuité de ses cibles. Avec son sourire enchanteur à la Omar Sy, sa gestuelle à la Jim Carrey et son sens de l’improvisation, ce comédien s’est propulsé dans la cour des humoristes à suivre. Son one man show « Ahmed Sylla avec un grand A » remplit actuellement les salles partout en France. Talentueux pour improviser avec le public, le jeune comédien termine son one-man-show en faisant monter quelques enfants sur scène pour les interroger sur leur futur.

Plus à l’aise dans les cours de théâtre que dans les salles de classe, le jeune Nantais est parti «naïvement» à Paris en 2010, pour tenter de réaliser son désir le plus profond : faire de la comédie. Après des scènes ouvertes, il se fait remarquer dans l’émission «On ne demande qu’à rire» sur France 2 avant de créer, avec son frère Moussa Sylla, son premier one man show, réadapté depuis 2015.

Par Oumar BA (Avec le monde)

Le business de la foi

28 Avr 2017
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Nous sommes un peuple de croyants. Personne n’en doute. Les tarikhas ne manquent pas. Les « thiant », « gamou » et « ziarra » sont nos compagnons quotidiens et les « dahiras » sont là pour nous maintenir dans le droit chemin. Mais il faut croire que tout cela ne suffit guère. Il nous faut désormais accueillir, quotidiennement, une noria de prêcheurs dans nos maisons, nos bureaux, et nos voitures pour toujours nous rappeler les tourments réservés aux infidèles dans l’Au-delà. Eh oui ! Les gourdins, les anges exterminateurs, les serpents à têtes multiples… font froid dans le dos. Y a intérêt à bien écouter les porteurs de la bonne parole divine pour se mettre à l’abri des surprises.

Plus besoin d’aller chercher la connaissance dans les « daaras » ou auprès des saints hommes. Il suffit simplement d’avoir le pouce et l’index bien fermes pour zapper, rudoyer les boutons de la radio pour que Dieu vienne à nous. Chaque radio, chaque télé a son (ses) oustaz et ses émissions religieuses. Et, comme nous sommes des « toubènes » (néo-convertis), les serveurs vocaux explosent et ces représentants de Dieu sur la sphère cathodique sont assaillis de questions et de remerciements. Parfois, l’audience des émissions débordent des studios pour s’installer dans les grands espaces sous forme de conférences. Certains conférenciers ont toute une administration pour planifier les dates et régler les modalités financières. Dieu est, décidément, un business qui marche très fort. Sa parole, c’est de l’or en barre. Tant pis pour nous autres qui n’avons pas été apprendre dans les daaras.

Par Sidy DIOP

Originaire de Soum, une nouvelle commune difficile à placer sur la carte du Sénégal, Abibou Ngom fait partie de cette catégorie de jeunes qui ont réussi, malgré les rigueurs et les vicissitudes de la vie, à prendre leur destin en main. Recruté comme volontaire de l’éducation, son ambition, loin d’être démesurée, l’a amené à se battre pour devenir, bien des années plus tard, administrateur civil. Actuel chef des Services administratifs de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), ex-Institut français d’Afrique noire, cet enfant du Loog veut être dans tous les combats collectifs pour le développement harmonieux, la défense des intérêts des populations et du beau cadre de vie de son Soum natal.

Comme beaucoup de jeunes Sénégalais, Abibou Ngom a toujours rêvé de devenir un cadre pour contribuer au développement de son terroir et sortir les siens de la routine quotidienne. Son rêve s’est réalisé au prix de beaucoup de sacrifices et d’abnégation. Issu de Soum, une localité très enclavée, perdue dans le département de Foundiougne, et dans laquelle toutes les commodités n’étaient pas réunies, Abibou Ngom qui a toujours cru en son étoile, s’est battu pour se frayer un passage sur le long chemin de la réussite.

La plus grande partie de son cursus scolaire, a été faite entre Soum, Foundiougne et Fatick. Après le baccalauréat littéraire (A3) obtenu en 1995, au lycée Coumba Ndoffene Diouf de Fatick, l’ancien pensionnaire de l’école publique mixte de Soum devenue école Babacar Ndéné Diop, rejoint l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) où il obtient une licence en histoire en 1998. La même année, il est recruté comme volontaire de l’éducation. La détermination en bandoulière, des perspectives vont s’ouvrir pour l’enfant du Loog qui réussit, en 2000, au concours d’entrée à l’École normale supérieure (Ens). Il sort major à l’examen du certificat d’aptitude à l’enseignement moyen en Histoire et géographie et soutient un mémoire de maîtrise en histoire la même année. Professeur d’histoire et de géographie au lycée de Bambey de 2001 à 2006, il est ensuite mis en position de stage en 2007 pour l’obtention du certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire à la Fastef (ex-Ens). Abibou Ngom qui a pris goût à la réussite passe la même année au concours de l’École nationale d’administration (Ena). Il est même major au concours d’entrée de la section administration générale centrale et territoriale.

Aujourd’hui, Abibou Ngom est le chef des services administratifs de l’Ifan et se la joue modeste. « C’est un poste administratif comme les autres, mais je dois signaler que j’ai d’illustres prédécesseurs à ce poste. Il s’agit, entre autres, de Mahady Diallo et Nafy Ngom Keita devenus des Inspecteurs généraux d’État », indique-t-il.

Passionné d’histoire et de recherches, Abibou Ngom l’a toujours été, lui qui est allé jusqu’à consacrer son mémoire à Soum. « Pour mieux s’investir dans sa localité, il faut d’abord la connaître et la faire connaître aux personnes qui peuvent être amenées à y mener des activités. Ce mémoire est un travail de recherche dont l’objectif est de mettre à la disposition de tous les acteurs du développement et des décideurs des outils pour éclairer leurs décisions », indique-t-il. Abibou Ngom ne s’est pas arrêté là. Il a publié un livre intitulé : « L’autorité administrative face aux conflits à caractère religieux : le cas de Soum ». Cet ouvrage traite de la complexité des conflits à caractère religieux qui, selon l’auteur, constituent des menaces à l’ordre public et à la cohésion sociale. Et il envisage de publier un autre livre sur l’histoire générale de la commune de Soum. « Les éléments de base étant déjà disponibles, il me reste juste de les mettre en cohérence. L’objectif est de contribuer à une meilleure connaissance de la localité, car je suis convaincu que les terroirs méritent une grande attention par rapport aux actes que l’on pose, aux décisions que l’on pourrait prendre », soutient-il.

Comme Babacar Ndéné Diop, qui a rendu énormément de services à la population de Soum en menant des démarches pour l’édification d’une école dans son village d’alors, Abibou Ngom souhaite, lui aussi, apporter sa contribution au développement de sa localité. Et il compte bien s’investir et y investir. Mieux, il s’est engagé à être dans tous les combats collectifs pour le développement harmonieux, la défense des intérêts des populations et du beau cadre de vie de sa chère commune.

Abibou Ngom qui n’a jamais renié ses origines, entrevoit un avenir radieux pour sa localité dont le développement est, dit-il, freiné par son enclavement. « Avec le port de Foundiougne et les deux bateaux, Aguene et Diambogne, qui vont assurer la liaison Ziguinchor-Foundiougne, le pont de Foundiougne qui doit relier les deux rives du Saloum et la piste de production que constitue la boucle du Loog qui finira par être bitumée, de grands espoirs sont permis », assure-t-il. « Même le pétrole est au large de nos côtes. Je pense sincèrement que nous avons devant nous un avenir radieux. Toutefois, la question de l’approvisionnement en eau potable doit être rapidement réglée. C’est une urgence capitale ». La solution passe, selon lui, par le transfèrement d’eau. Il a ainsi invité l’État à prendre des mesures urgentes dans ce sens pour être prévenant.

Samba Oumar FALL

Les avancées technologiques ont apporté une nouvelle configuration dans la vente de produits musicaux. En deux clics, il est désormais possible de télécharger ses chansons préférées, souvent gratuitement, au grand dam de l’artiste. Mais comme il est presque impossible de faire sans, il semblait urgent d’inventer des solutions qui permettraient aux artistes d’y trouver leur compte.

C’est tout le sens du site Musik Bi qui a fêté son premier anniversaire lundi 27 février 2017. Ses responsables ont fait face à la presse au Just For U. L’occasion était idéale pour le leader du téléchargement légal de musique de faire un bilan d’étape. « Notre plateforme offre de nombreux avantages pas seulement aux musiciens, mais aussi aux consommateurs. Les artistes sénégalais et africains peuvent désormais vivre de leur art tout en s’affranchissant de la production et de la distribution coûteuse de Cd pour passer directement à un modèle numérique, qui s’avère viable pour le marché africain », a déclaré Moustapha Diop, directeur de Solid, l’entreprise de solutions informatiques à l’origine de l’initiative.

Aujourd’hui, en collaboration avec deux opérateurs de téléphonie (Orange et Expresso) et d’autres acteurs, Musik Bi a mis en place des solutions qui permettent désormais d’acquérir la musique via Sms, Paypal, Orange Money, Carte bancaire. « L’opérateur récupère son pourcentage et le reste se partage entre la plateforme qui prend 40% et l’artiste 60%. L’avantage c’est que tout est transparent. L’artiste qui signe avec nous a un compte qui lui permet de suivre en temps réel les achats effectués sur son produit »,poursuit M. Diop.

Des défis à la pelle ?
Il révèle, par ailleurs, que sur la plateforme, le public a accès à plus de 500 artistes (et 200 producteurs), et plus de 2 500 titres téléchargeables qui peuvent être écoutés où et quand on le veut. « Musik Bi n’est pas un site de streaming. En optant pour l’option « off-line », le site permet aux usagers d’éviter les problèmes de connexion tout en étant « propriétaire » des morceaux déjà téléchargés »,poursuit-il. Même si la plateforme a signé avec des artistes de renommée internationale comme Youssou N’Dour, Tiken Jah Fakoly, c’est un rappeur qui caracole en tête des ventes sur la plateforme. Il s’agit de Dip Doundou Guiss.

Selon M. Diop, cela s’explique par le fait que la jeune génération est plus attachée aux réseaux sociaux. « Ils sont très présents, ce qui fait qu’ils touchent facilement leur public », reconnait-il. Mais pour lui, il appartient aux autres artistes de s’approprier la plateforme et davantage utiliser les réseaux sociaux comme relais, pour optimiser leur chance de tirer profit d’un outil qui leur offre une juste rétribution, visible en temps réel et inédite dans ce domaine.

Parce que dit-il, « Nous voulons créer une plateforme de vente légale de musique, adaptée aux réalités africaines, permettant aux artistes de vendre leurs produits et aux populations bancarisées comme non bancarisées d’acheter une grande diversité de chansons. Parce que nous sommes arrivés dans un contexte difficile pour les artistes africains. Beaucoup d’entre eux ne vivent pas bien de leurs œuvres, ne vendent que très peu de CD, en raison du piratage. Les artistes en étaient réduits à ne vivre que des concerts et d’autres prestations, les revenus des sites de streaming n’étant pas particulièrement avantageux pour eux », rappelle-t-il.

M. C. SECK Lemondeafrique

Icône du raffinement africain, quinquagénaire élégante, Reni Folawiyo est à la fois avocate, designer d’intérieur et femme d’affaires.

Reni Folawiyo mène toujours grand train dans les soirées mondaines de Lagos. Mais ce n’est plus ce qui la fait rêver. Elle ne le dit pas comme ça, mais on sent bien que la vie fastueuse et superficielle des femmes de millionnaires nigérians l’ennuie. Le luxe tapageur des nantis de Lagos et de leurs demeures à colonnades à la décoration rococo l’exaspère. Elle, l’icône du bon goût et du raffinement africain, se sent parfois incomprise dans son univers de jet-set nigériane pour qui le comble du luxe se trouve dans les boutiques de Paris, Londres ou New York. Cette quinquagénaire élégante, épouse du millionnaire Tunde Folawiyo, est à la fois avocate, designer d’intérieur et femme d’affaires.

Ces dernières années, elle est devenue la chef de file d’une nouvelle tribu urbaine de Lagos dont le portrait-robot pourrait être celui-ci : jeune, raffiné, « arty», aussi à l’aise dans le village de leurs aînés qu’au cœur des bidonvilles ou dans un cocktail chic de la capitale. Dans ce milieu, on méprise les poncifs réducteurs du genre « afropolitain », « afro-tendance »… Souvent diplômés d’universités anglo-saxonnes, la plupart est rentrée au Nigeria pour capter cette énergie de Lagos, faire des affaires et raviver une scène artistique snobée ou ignorée par les oligarques.

A sa manière, elle réunit ces deux mondes de privilégiés au sein d’Alara. La presse décrit ce lieu qui a ouvert ses portes à Victoria Island en 2015 comme le « concept-store le plus branché d’Afrique ». C’est un petit bâtiment cubique aux épais murs noirs percés de baies vitrées couvertes de motifs ocre puisés dans l’esthétique yoruba. Une œuvre signée de l’architecte britannique d’origine ghanéenne David Adjaye. Aux antipodes de projets démesurés tels que le Sky Gallery, centre commercial de Luanda dédié au luxe.
Elle tente vaille que vaille de sensibiliser ses clients fortunés et les curieux qui se précipitent dans sa bulle de luxe et d’art à ce « made in Africa » haut de gamme. Une sorte d’évangélisation que Reni Folawiyo entreprend comme une sociologue de terrain qui observe l’évolution des mœurs et la mutation de cette mégapole dont nul ne sait plus vraiment combien d’habitants y vivent.

Lagos est une sorte de synthèse désordonnée de la multitude de rapports économiques décryptant ce « décollage » de l’Afrique. Il y a cette bourgeoisie débordante de pétrodollars parfois détournés des caisses publiques, une élite besogneuse et entrepreneunante, une classe moyenne émergente et beaucoup de gens qui vivent avec moins d’un dollar par jour.
Un patchwork qui intrigue les grandes marques occidentales, désireuses de profiter d’une croissance de près de 6 % et d’un marché vaste de 184 millions d’habitants. Toutefois, dans le secteur de la mode, seuls Hugo Boss et Ermenegildo Zegna ont franchi le pas. Et, en ce début d’année 2016, la première économie d’Afrique se révèle fragilisée par la chute des cours des matières premières.

Lemondeafrique

Riche de sa culture, de ses ressources naturelles, mais aussi de son brassage, Toubacouta, situé aux portes du Delta du Sine Saloum classé patrimoine mondial de l’UNESCO en juin 2011, est devenu un havre de paix. Tout au long de l’année, cette ville carrefour distille joie et animation dans chacune de ses rues et de ses villages les plus reculés. Dans cette localité où le traditionnel se marie merveilleusement avec le moderne, les atouts culturels et naturels confèrent à l’activité touristique une place de choix en tant qu’axe majeur de l’économie locale.

Ville cosmopolite située dans le département de Foundiougne, dans la région de Fatick, et presque frontalier avec la Gambie, Toubacouta garde toujours son cachet traditionnel et se caractérise par un profond brassage ethnique. Sérères, Mandingues, Diolas et Wolofs y vivent en parfaite harmonie. Toubacouta, c’est sa diversité culturelle. C’est aussi sa diversité biologique, son patrimoine naturel, ses ressources animalières et fauniques composées de forêts très denses et communautaires, soutient Mahécor Diouf. Ce prestige, Toubacouta le doit, en grande partie, à l’admission du Delta du Saloum qui appartient à plusieurs circonscriptions territoriales au sein du club très fermé des « Plus belles baies du Monde » en 2005 et son classement en juin 2011 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Aujourd’hui, Toubacouta qui a gardé toute son authenticité, apparaît comme un véritable condensé culturel du Sénégal à travers un melting-pot de croyances, de pratiques et de valeurs culturelles qui font son charme et sa fierté. Dans cette ville carrefour, la vie est rythmée par les fêtes et cérémonies traditionnelles.

Au regard de ses énormes potentialités économiques, sociales et culturelles, Toubacouta, de l’avis de son maire, est une importante composante du département de Foundiougne et demeure le fleuron de la région de Fatick. « Notre commune est, aujourd’hui, le noyau dur de la région. Elle regroupe toutes les potentialités qui accompagnent le développement : agriculture, tourisme, pêche, élevage. Sur le plan géographique, tous ces facteurs se regroupent. Tous les produits halieutiques qui sont vendus dans la zone viennent de l’île de Bettenty qui fait face à l’océan, sans compter Missirah qui respire par la pêche. Toubacouta regorge également d’énormes potentialités et de ressources naturelles diversifiées, dont la valorisation constituera indubitablement un levier pour le développement de l’économie locale, le renforcement de son attractivité et la promotion de l’emploi », fait savoir Pape Seydou Dianko.

Depuis toujours, Toubacouta est une ville paisible, qui se développe à son rythme, mais avec une prédominance sur le plan touristique. Grâce à ses potentialités naturelles, cette localité reste un pôle d’attraction touristique. Et le classement du Delta du Saloum y est pour beaucoup, estime Mahécor Diouf.

Des merveilles à découvrir…
La fréquentation a augmenté et chaque année, on reçoit beaucoup de visiteurs qui viennent admirer les trésors que renferme Toubacouta », explique le gestionnaire du site du Delta du Saloum. Mieux, ajoute M. Diouf, la magnificence des lieux a suscité l’intérêt des médias étranger. « Une équipe de Tf1 est venue faire un reportage sur le Delta du Saloum et quelque temps après, on a reçu des touristes qui nous ont dit qu’ils ont découvert le site à travers la télévision française. D’autres journalistes français sont ensuite venus faire des reportages. C’est dire que le site suscite un intérêt particulier », explique le gestionnaire du site.

Selon lui, le touriste qui arrive à Toubacouta a une diversité de choix et peut visiter beaucoup de choses. « Il y a les amas coquilliers qui font l’objet du classement du Delta sur la liste du patrimoine mondial, les forêts classées et les forêts communautaires, l’île aux oiseaux, le village de Missirah avec son fromager millénaire, l’île de Sipo, le parc de Fathala, les bolongs, etc. », note M. Diouf.

Mamadou Dieng, guide touristique et par ailleurs président de cadre de concertation artisanat de Toubacouta, ajoute, pour sa part, que des circuits de visites ont été bien identifiés. Et la plus grande attraction, selon lui, reste l’île aux coquillages, plus connue sous le nom de Diorom Boumack. « Juchée sur une hauteur de 12 mètres, l’île aux coquillages est un endroit magnifique. C’est incontestablement le premier circuit de la zone. Ce site colonisé par les amas coquillers qui témoignent de l’exploitation du coquillage dans cette zone depuis des siècles. On y note la présence de plusieurs tumulus funéraires. À partir de cette île, on peut avoir une vue panoramique du Delta du Saloum », explique ce guide spécialisé en ornithologie. L’île aux oiseaux qui est un véritable refuge ornithologique où viennent se reproduire des espèces rares venues d’Europe fait aussi partie des charmes de Toubacouta, de même que l’île de Sipo avec la reine Fatou Mané, le fromager de Missirah aux images spectaculaires et des écritures coraniques sur les branches et beaucoup d’autres sites exceptionnels, renseigne M. Dieng. Selon lui, tous ces circuits sont aujourd’hui valorisés. « L’association des guides du delta a bénéficié d’une session de formation en partenariat avec le Conseil départemental de Foundiougne et Poitou Charente. Au cours de cette session, on a tracé tous les circuits qui ont ensuite été mis en valeur et l’on a fait en sorte que tous les guides parlent le même langage », indique-t-il. Toutefois, estime ce guide, l’accès au Delta du Saloum gagnerait à être facilité davantage. « Les touristes nous font tout le temps des suggestions. La construction d’un aérodrome est une forte demande. Cela va contribuer à développer davantage le tourisme local et permettra au Delta du Saloum de vivre pleinement. Les touristes vont avoir un gain de temps considérable sans compter que certains pourront même venir d’autres régions pour faire des excursions », fait-il savoir.

Pilier majeur de l’économie locale, le tourisme à Toubacouta bénéficie d’un intérêt particulier et grandissant. Mieux, estime le maire, Toubacouta, grâce à ses potentialités, a réussi à s’imposer comme une étape importante et incontournable dans les différents circuits de la destination Sénégal. « Le tourisme se porte bien ici, même si les potentialités ne sont pas pleinement exploitées. Des fils de Toubacouta établis à l’étranger ont investi dans ce créneau porteur. Et nous avons espoir qu’avec les nombreux projets que la ville va accueillir, le secteur va se développer davantage », indique-t-il. Sur le plan des infrastructures, soutient le maire Pape Seydou Dianko, Toubacouta dispose aujourd’hui d’hôtels de cinq, quatre et trois étoiles, de dix-neuf campements et d’une cinquantaine de résidences. Ce qui, dit-il, n’était pas évident au début.

Une belle mosaïque culturelle
Terre de brassage et de métissage où traditions et modernité se combinent, Toubacouta présente une incroyable richesse culturelle. Cette diversité constitue un atout pour l’attractivité et le développement de ce territoire qui s’impose aujourd’hui comme une destination à promouvoir davantage. Pour le maire, le secteur culturel de Toubacouta reste aussi foisonnant, caractérisé par une belle diversité et une incroyable vitalité. Ils participent grandement à l’épanouissement de la population. Ils proposent également une belle vitrine de notre région et contribuent à un dynamisme économique et social. Mahécor Diouf, Toubacouta est une zone culturellement riche avec beaucoup d’activités qui s’annoncent en matière de festivals, de journées culturelles, de rites et autres cérémonies. « Les populations ont conscience de cette richesse, en dehors de la commune qui organise un grand festival, il y a des journées culturelles qui s’organisent dans tous les villages. Il y a beaucoup de rites initiatiques dans les villages, le kankourang, le dimbadong », indique-t-il.

Parmi ces évènements phares de l’agenda culturel de Toubacouta, figure le « Niumi Badiya » ou Festival de l’amitié transfrontalière entre le Sénégal et la Gambie dont la première édition s’est tenue en 2015. Son objectif, selon M. Diouf, est de raffermir les relations de bon voisinage et de dialogue des peuples et des cultures.

Mamadou Dieng, un des acteurs de cet évènement, estime que ce festival marque la fusion entre le Niomi du Sénégal et de la Gambie et permettra d’enraciner davantage les relations entre les deux pays. Toubacouta peut aussi se prévaloir d’une vie artistique affirmée, comme en témoigne la forte présence de troupes folkloriques à l’image d’Allah Laké, de « Nala Soleil d’Afrique » qui fait la fierté de toute la région de Fatick. « Cette troupe, créée par un jeune de la localité, après un séjour de dix ans en Suisse, est un véritable brassage ethnique, en alliant toutes les musiques traditionnelles des différentes communautés », explique Mamadou Dieng. Il y a aussi le Kagnaleng qui est, selon Mahécor Diouf, un rite de fécondité organisé par un groupe de femmes qui sortent de l’ordinaire. « Ce rite exclusivement féminin est organisé pour les femmes qui ont des problèmes de fécondité ou qui perdent successivement leurs enfants. Il sert à éliminer la répétition de leur malheur et à préserver la procréation », explique-t-il. Selon Mamadou Dieng, les Mandingues, Diolas et beaucoup d’autres ethnies ont leur kagnaleng. « Ce groupe de femmes organise, à un moment donné, un rituel collectif qui garde encore toute son authenticité pour permettre aux femmes victimes de cette malédiction d’avoir un enfant ou de garder son enfant en vie. C’est un rite qui résiste encore à la modernité et des femmes viennent de tous les coins pour bénéficier du kagnaleng », indique-t-il. Une fois le rituel accompli, l’enfant est dotée d’un nouveau nom farcesque qu’il portera jusqu’à un certain âge pour le protéger. « Les kagnaleng sont reconnaissables à leurs accoutrements bizarres. Elles se maquillent, se fardent à outrance, portent des guenilles, des sacs, des chaussures usées, se coiffent de bonnets usés ou de caisses », indique Mamadou Dieng.

Sur la scène artistique de Toubacouta, est aussi présent le « Tollé Kaffo ». Comme les Kagnaleng, les « Tollés Kaffo » portent des accoutrements bizarres. Ce groupe de femmes intervient quand les pluies se font rares ou tardent à tomber. Armées de bâtons, elles se retirent dans la forêt et font des prières pour que la pluie tombe. En dehors de leurs rituels, ces femmes font des prestations lors des fêtes et cérémonies familiales.

À tous ces festivals de grande envergure, s’ajoutent d’autres manifestations organisées tout au long de l’année : le Kankourang, le diambadong ou danse des feuilles, la circoncision, les séances de luttes traditionnelles qui drainent beaucoup de monde.

Des menaces qui pèsent…
C’est pour assurer la protection et la valorisation des cultures locales de cette zone que le centre d’interprétation de Toubacouta a été créé, indique Mahécor Diouf. Ce centre, inauguré le 5 mai 2013, est composé d’un village artisanal, d’un musée qui présente les facettes de la culture locale, d’un bureau d’informations touristiques, d’un théâtre de verdure, etc. « Grâce au centre, tous les secteurs sont organisés en cadres de concertation. Et à chaque fois, il y a de grands évènements, on organise des foires et expositions », fait savoir Mahécor Diouf, gestionnaire du site du Delta du Saloum.

Pour le maire, Pape Seydou Dianko, « la force du tourisme à Toubacouta, c’est la culture ». Conscients que cette richesse constitue un atout touristique considérable, les acteurs multiplient les stratégies pour positionner davantage Toubacouta comme un produit à forte dominante culturelle.

À Toubacouta, le link tourisme et culture existe véritablement. C’est une réalité symbolisée, selon Mahécor Diouf, par le bureau d’information touristique. « La majeure partie des touristes qui arrivent ici viennent visiter le centre. On fait des missions dans les hôtels pour voir comment préserver les sites. Ensemble, on réfléchit pour voir comment valoriser le tourisme, mais aussi comment offrir aux touristes d’autres produits parce que ce n’est pas seulement la nature qu’il faudra vendre, mais aussi les cultures locales ». Aujourd’hui, prévient Mahécor Diouf, il y a des menaces à prendre très au sérieux qui pèsent, même concernant la protection du site. « Il y avait des aspects traditionnels de conservation qui commencent à disparaître. Aux temps, on disait qu’il ne fallait pas couper tel ou tel arbre le lundi, le mardi ou dans la journée. C’était une façon traditionnelle de protéger la nature, mais ces tendances commencent à disparaître », regrette-t-il. Concernant la culture, Mahécor Diouf, estime que la forte influence étrangère constitue aussi une menace. « Toubacouta, c’est des années de rencontre entre touristes et populations locales. C’est ce qui fait qu’il y a tout le temps des influences et l’on est en train de perdre petit à petit certains aspects de la culture locale », soutient-il. L’érosion côtière fait aussi partie des menaces, selon Mahécor Diouf. « On note une salinisation des amas coquillers et des bolongs, avec la remontée de la langue salée. Avec l’eau de l’océan qui entre dans les bolongs, on commence à avoir des modifications de la biodiversité », relève-t-il. Ces modifications, note-t-il, sont aussi perceptibles à Diorom Boumak où une partie commence à disparaître, tandis que Diorom Bou Ndaw est menacé par l’avancée de la mer. « L’île aux oiseaux est aussi sous la menace de l’avancée de la mer et ce n’est pas bon signe. Si ça continue, on risque de perdre tous ces oiseaux qui quittent l’Europe pour venir se reproduire ici », avertit Mahécor Diouf.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Forte d’une riche histoire, la presqu’île de Soum (département de Foundiougne, région de Fatick) suscite un attrait particulier pour le visiteur qui débarque. Cette fascination est exaltée par la vitalité d’un patrimoine culturel qui traverse les époques.

Longtemps considéré comme l’un des trois plus gros villages du Sénégal avec Dioffior et Thionck Essyl, Soum (dans le département de Foundiougne, région de Fatick), avec sa population d’environ 15.000 habitants, est devenu commune en 2008. Limitée à l’ouest au sud par le bras du fleuve, à l’est par Ndorong et au nord par le village de Thiaré, cette grande île du Loog, à 5 km de Foundiougne, est riche de ses traditions et de sa culture. Cette localité fondée par Mbappa Youngar Sarr possède une identité forte et attire par son histoire fascinante.

La paix et la prospérité ont depuis longtemps fait la particularité de Soum qui s’est toujours distinguée sur les plans économique, politique, socio-culturel et démographique. « Sur le plan économique, sa forte production de riz, de coton et de sel et son dynamisme sur le plan commercial ont longtemps fait de Soum une sorte de capitale économique du Loog encore appelé île de Foundiougne », explique Abibou Ngom, conseiller technique spécial du maire, par ailleurs chef des services administratifs de l’Ifan - Université Cheikh Anta Diop. Pour ce fils du terroir, Soum disposait à l’époque de terres des deux grandes îles de Poro (pour la coton-culture) et de Baout (pour la riziculture) situées à sa partie ouest. « Son port fluvial d’Annagar a servi à écouler sa grande production de sel », renseigne-t-il.

Sur le plan politique, ajoute Abibou Ngom, « Soum peut être considérée comme un espace d’expression démocratique où les aristocrates ne pouvaient mettre les pieds. Traditionnellement, Soum est interdit aux membres des familles royales ». Selon M. Ngom, « cette interdiction explique que, par le passé, toute personne menacée par les excès des hommes du pouvoir trouvait refuge à Soum qui était donc un havre de paix et de liberté ». De l’avis de M. Ngom, ce sont les particularités économique et politique de Soum qui expliquent aujourd’hui sa forte croissance démographique. « Même s’il n’est pas le plus ancien village du Loog, Soum qui se veut la Terre des braves hommes (Ngiin ngoor OSumb) en est incontestablement le plus peuplé ».

Des lieux de mémoire…
Soum FoundiougneSoum peut s’enorgueillir de son passé glorieux, mais aussi de nombreuses curiosités à découvrir. L’immensité et la notoriété des potentialités historique et culturelle de Soum sont bien établies avec de nombreux sites historiques qui constituent d’excellents lieux de mémoire. Il s’agit, entre autres, de Loot Sitor, Annagar, Diognick... Chacun de ces sites a son histoire. Et de l’avis du maire Moustapha Ngor Léon Diop, on ne peut pas parler de Soum sans évoquer Loot Sitor en souvenir de Sitor Ndour, un héros qui a fait face à l’envahisseur. « Loot Sitor est la termitière où Sitor est tombé les armes à la main pour défendre son village attaqué par un corps expéditionnaire dépêché par le Bour Saloum pour réprimer les populations qui s’étaient massivement converties à l’islam dans un contexte de conflit entre le Bour Saloum et Maba Diakhou Ba, le marabout du Rip », explique Abibou Ngom.

À en croire le maire de Soum, Loot Sitor est le symbole de la résistance villageoise. Sitor, selon ses dires, s’est sacrifié pour tous les villageois. « Pour faire face à l’envahisseur et ne pas fuir, il a rempli son pantalon de sable et a résisté jusqu’à sa mort », ajoute Amadou Sarr, un conseiller municipal.

À quelques encablures de Loot Sitor se trouve le Diognick, mare qui a fixé l’ancêtre fondateur Mbappa Youngar Sarr sur les lieux. « C’était une très grande mare aux crocodiles qui a laissé son nom à la province du Diognick encore appelé Djilor de l’ancien royaume du Saloum. Tout roi intronisé devait y prendre un bain rituel tout en évitant d’entrer à Soum », fait savoir Abibou Ngom. Cette mare, raconte Tamsir Bob, président des affaires sociales de la commune, avait des vertus curatives. « Elle avait des pouvoirs mystiques et les gens venaient de partout en profiter », ajoute-t-il. « Aujourd’hui, ce point d’eau s’est tari et ne se remplit que pendant l’hivernage, mais les gens viennent toujours pour prendre un bain, remplir leurs gourdes de cette eau miraculeuse », indique-t-il. Selon certaines indiscrétions, beaucoup de personnalités en quête de gloire ou d’aura se sont baignés dans cette mare.

Le baobab « Ngar Diam », situé au site initial de Soum, fait aussi partie des attractions de cette localité. Cet arbre, selon M. Ngom, symbolise l’importance de la paix. « Ce baobab est ainsi appelé parce qu’il a abrité la première initiation organisée après le saccage de Soum en 1859 par le Bour Saloum et l’exil des populations à l’île de Baout. Pendant toute la durée de l’insécurité, l’initiation n’était plus organisée. Une fois le calme revenu et la population de retour à leur lieu d’origine, l’initiation a été ressuscitée à partir de ce baobab appelé Ngar diam qui signifie (viens en paix) », explique M. Ngom. Aujourd’hui, ce baobab est agressé de toute part. Son tronc, ses branches et ses racines sont perforés par de clous, de fléchettes et autres aiguilles. Sur toute sa circonférence, on aperçoit des signes et inscriptions étranges. « Depuis toujours, ce baobab sacré aux vertus mystiques est fréquenté par des populations d’ici et d’ailleurs qui viennent sur indication de marabouts pour faire des rites, prendre des bains ou enfoncer un clou ou autres objets. Chacun vient en fonction de ses attentes », indique Amadou Sarr. Ce baobab, dit-il, reçoit des visites diurnes comme nocturnes.

Autre site : Annagar, l’important port fluvial de Soum. Cet endroit était jadis fréquenté par les courtiers de Joal. « Ce port est construit sur un bras de fleuve traversé d’Est en ouest par un gué qui relie Soum à l’île de Baout. À cet endroit, il est possible de traverser le bras de mer à pieds. En raison de l’étroitesse du gué et des profondeurs qui le côtoient, il était dangereux de s’y aventurer sans une bonne maîtrise du terrain d’où son appellation Anna Ogar qui signifie que vienne qui connaisse », informe M. Ngom. L’île de Poro-Poro a aussi son importance. « Cette île, tout comme l’île de Baout, était une propriété des populations de Soum qui y pratiquaient la coton-culture. Cette activité permettait la production d’une importante quantité de coton, matière première des tisserands qui venaient de plusieurs contrées. Les cotonnades étaient destinées à la satisfaction des besoins locaux relatifs à l’habillement et aux honneurs rendus à l’occasion de l’initiation, du mariage et des funérailles, entre autres. Elles étaient aussi destinées au commerce », explique l’administrateur civil. À l’époque, nous dit le maire, les populations n’avaient pas besoin d’acheter des pagnes. « Tous les pagnes qu’on portait provenaient de ce coton sauvage qui était récolté par les femmes qui filent la laine qu’elles remettaient ensuite aux tisserands du village », indique-t-il. Cette époque, reconnaît-il, est aujourd’hui révolue. La modernité est passée par là.

Une meilleure valorisation des potentialités
Ile SoumSoum offre un témoignage flamboyant de son passé. Son patrimoine riche et diversifié lui aurait permis d’affirmer sa vocation culturelle, mais ces potentialités sont sous-exploitées. Selon Abibou Ngom, cette richesse est méconnue aussi bien du grand public que des autorités déconcentrées et décentralisées. « La bonne exploitation des potentialités a longtemps été entravée par des obstacles liés à la méconnaissance et à la gouvernance », indique-t-il. Aujourd’hui, soutient-il, ces obstacles sont en train d’être levés. Les récentes journées culturelles organisées en décembre dernier sous le thème « L’importance des valeurs culturelles pour un Soum émergent » ont, à son avis, permis de vulgariser cette richesse. Il s’y ajoute, selon M. Ngom, que les nouvelles autorités municipales ont posé des actes forts pour que la culture soit mise au service du développement. « L’objectif poursuivi à travers ces journées était de faire découvrir ces richesses culturelles, mais aussi de réfléchir sur les voies et moyens de les mettre en valeur. Ainsi, on s’est aperçu que le tourisme culturel peut prospérer à Soum. L’essentiel étant l’installation d’infrastructures hôtelières jusque-là confinées à Foundiougne alors que nous partageons le même environnement fait de mangrove et de bolongs favorables aux activités touristiques », laisse-t-il entendre.

Pour le maire, l’inventaire du patrimoine culturel a été mené et les atouts dont la commune peut tirer profit pour son développement économique et social ont été identifiés. Ainsi, assure Moustapha Ngor Léon Diop, la municipalité entend mettre en place une série de mesure pour une meilleure valorisation du patrimoine. À en croire le maire, les journées culturelles ont marqué un nouveau départ. « Ces journées culturelles ont été un moment fort dans la vie de notre commune. La mairie de Banjul était notre hôte. On a visité quelques sites. On a ensuite été au bois sacré, on a prié pour la paix et posé une stèle », informe le maire qui demeure convaincu que son terroir est assis sur un trésor qui pourrait contribuer à l’essor et rendre beaucoup plus attractive leur communauté. Et il urge, selon ses dires, de valoriser ce riche passé porteur de valeurs d’humanisme et d’ouverture sous toutes ses facettes pour permettre à sa localité de profiter grandement de son riche passé.

Aujourd’hui, note Abibou Ngom, l’espoir est permis avec l’électrification, la piste de production, entres autres. Ainsi, dit-il, des conditions sont réunies pour une valorisation du patrimoine aussi bien par l’éducation scolaire que par la mise en place d’infrastructures hôtelières.

La boucle du Loog, la route de l’espoir
En matière d’infrastructures routières, Soum n’est pas bien dotée. L’espoir était permis avec la réalisation de la boucle du Loog qui fait 17,5 km et dont le tracé devait quitter Foundiougne, passer à Soum, Mbassis et terminer par Mbam. Malheureusement, déplore le maire, les travaux de cette piste qui avaient démarré en novembre 2013 ont été arrêtés en août 2014. « L’Ageroute avait en charge cette boucle et devait aussi réaliser d’autres pistes pour Soum en 2015 et 2016, malheureusement aucune de ces pistes n’a été réalisée. On nous a promis que très prochainement les travaux de la boucle seront achevés. On a demandé que cette route soit bitumée parce que c’est une route stratégique, socio-économique pour la zone. Elle nous facilitera le déplacement et l’écoulement des produits halieutiques et agricoles que nous avons », indique Moustapha Ngor Léon Diop, qui précise qu’avant le début de réalisation de cette route, Soum n’avait pas d’axes praticables. « Avant, tout se déchargeait à Foundiougne. C’est avec le début des travaux qu’on a vu pour la première fois un container de 40 pieds quitter Foundiougne pour venir jusqu’à Soum », explique-t-il. C’est dire combien l’espoir de voir se concrétiser la réalisation de cette boucle est immense pour les populations de cette contrée.

L’eau constitue aussi un casse-tête quotidien dans cette localité qui, depuis 1972, est confrontée à ce même problème. « Notre priorité, c’est l’eau, encore l’eau et toujours l’eau », martèle l’édile de Soum qui, en 1984 déjà, disposait d’un forage réalisé par Caritas-Sénégal. « C’est ce forage qui nous alimentait jusqu’au 15 mai 2015 avant de tomber en panne et d’être hors service », relève le maire. Selon Moustapha Ngor Léon Diop, les autorités ont été saisies et le président de la République a donné des instructions au ministre en charge de l’Hydraulique pour régler ce problème. « Le forage est tombé est panne, la nappe est salée ; ce qui fait que la zone ne peut plus abriter de forages. Ce qu’il faut, c’est un transfèrement d’eau. Avec les programmes des îles du Saloum, Soum sera intégré dans le dispositif », assure le maire, qui dit avoir demandé un transfèrement d’eau depuis la prise de Baout qui se trouve à quelques encablures de Soum et qui est bénéficiaire du réseau Notto-Diosmone-Palmarin. Paradoxe, le village de Baout, note le maire, était alimenté en eau par Soum. Mais aujourd’hui, c’est Soum qui demande à être raccordé à Baout. « Le réseau est là-bas et on a demandé à être raccordé là-bas, mais ce n’est pas très facile. Le ministère de l’Hydraulique a saisi la Sones pour qu’on nous raccorde provisoirement à Foundiougne avant le raccordement définitivement de Baout qui est à 6 km de Soum », fait savoir le maire. « L’eau est donc la priorité des priorités. Nous avons un cheptel très important qui a besoin d’eau pour s’abreuver. C’est capital. C’est une urgence et cela ne peut pas attendre », renseigne-t-il. En matière d’électricité, la commune est connectée depuis longtemps, mais il reste quelques poches. « Nous sommes à six quartiers électrifiés sur dix. C’est la commune qui devait prendre en charge cette extension, mais les moyens font défaut malgré la volonté », soutient-il.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Wotel sa waay *

24 Avr 2017
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Il y a quelques années, alors que les Sénégalais hésitaient entre les aspirants et le « Vieux » qui convoitait presque leur « pitié » pour satisfaire son goût du colossal, je m’amusais (j’étais encore jeune et l’imagination très vagabonde et caustique), dans un centre de vote, à faire une catégorisation sociale des votants et de ce qui les motivait autant (ou si peu). La vieille rengaine qui promeut « l’agir en citoyen » faisait se remuer certes quelques respectueuses gens du rendez-vous inhibiteur, mais il était aussi et surtout un moment d’expression d’une entière humanité. On ne saurait la saisir avec un regard (très souvent dédaigneux) qui ne s’accommoderait pas de la réalité sociale, du sens attaché à la gratitude et à l’espoir chez beaucoup d’entre nous. Omettre ces aspects, c’est calquer des évidences empiriques d’autres « territorialités » sur des modèles en perpétuelle construction.

La pertinence de ces « emprunts » est souvent remise en cause parce que s’inspirant de récits historiques d’autres peuples (la constitution et les modalités d’attribution de légitimité en sont des résultantes). Ce qui reste constant est que ces modèles n’arrivent pas encore à entrer dans l’imaginaire des communautés qu’ils sont censés mener vers d’autres modalités de reconnaissance de la qualité de représentant. Sans interroger ses référents, l’on parlera injustement de manque de maturité politique du peuple. Celui-ci ne fait que perpétuer, en réalité, un héritage plus prégnant que les discours construits autour d’une évolution idéelle très récente imposée par le cheminement avec la puissance coloniale ; encore que celle-ci s’est très souvent accommodée des réalités socio-culturelles pour dérouler sa politique d’assimilation.

Ainsi, votons-nous pour la bienveillance - qu’elle soit naturelle ou organisée - d’un leader politique à qui il faut rendre grâce « ndax bo xewle mu teew ». C’est humain. Ce n’est point là une exaltation du vice. Ce n’en est pas un. De la même manière que le guide religieux joue quelquefois le rôle d’intercesseur du disciple auprès du politique, certains citoyens sénégalais développent, à travers le rendez-vous électoral, une éthique, célèbre ce qu’ils conçoivent comme une valeur morale, la reconnaissance, par-delà les espoirs d’une vie meilleure.

J’ai été envahi d’émotion la semaine dernière en voyant une vieille femme se donner beaucoup de peine, sous une chaleur incommodante, pour se rendre au centre abritant une commission d’inscription sur les listes électorales. Avec beaucoup d’apprêts et de solennité, la bonne dame affiche son soutien à la « généreuse âme du coin » à qui il faut bien évidemment témoigner amour et gratitude. Est-ce l’expression de notre individualisme ou une absence de conscience politique qui remettrait en cause les rapports dans la société sénégalaise ? Certains ont vite fait d’en faire une tare, une « pandémie » qui fait obstacle aux avancées démocratiques. Combien de fois, certains esprits se sont offusqués de l’ingratitude d’un acteur politique à l’égard de son « mentor » abandonné au beau milieu de sa déperdition ou de leur séparation après tout ce que l’un aurait fait pour l’autre ? Ici, l’on ne s’appesantira point sur la maturité politique d’un des protagonistes. Le « peuple » (des guillemets pour rendre ma prétention moins insupportable) dont il est question ici ne fait qu’exprimer une norme humaine, sociale à l’occasion des compétitions électorales pour ne pas faire preuve d’inconséquence.
* Voter pour son « gars »

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

Son visage a traversé le temps. Cela fait déjà bientôt seize ans qu’il est présent sur la scène pour défendre les droits des travailleurs. Il est ce qu’on pourrait appeler un « avocat » sans robe noire.

En cette après-midi de mardi, Mody Guiro nous a conviés à son bureau sis au siège de la Cnts. A l’entrée, un homme au teint clair, taille moyenne habillé d’un boubou jaune, nous attend. Sa voix est limpide, mais à peine audible. Chose rarissime, Mody fait partie de ces syndicalistes qui ne s’expriment pas en élevant le ton. L’essentiel est de se faire comprendre par son interlocuteur et cela quel que soit l’enjeu, relève-t-il. Mody Guiro est né le 17 novembre 1951 à Kayes au Mali. Il a connu une enfance assez mouvementée dans le sens où son père, garde républicain, était souvent affecté à travers les différentes contrées du Sénégal. Son boulot consiste à défendre la cause des travailleurs afin de les inscrire dans une perspective de respect de leurs droits. Cette approche ne lui interdit point d’appeler également ces mêmes travailleurs à s’acquitter de leurs devoirs. Mody Guiro est le secrétaire national de la Confédération des travailleurs du Sénégal (Cnts) depuis 2001.

Il a grandi à Kaolack où il a effectué ses études primaires. Dans le cadre de son travail, son père a été affecté à Gossas ou encore à Kédougou, deux endroits où le petit Mody a passé le plus clair de son enfance. Il a fait ses études secondaires au Lycée technique André Peytavin. Les déplacements de son père au gré des affections lui seront par la suite très utiles. En effet, il se rappelle avoir, à partir de cette approche, noué une certaine relation avec les différentes populations sénégalaises; ce qui lui sera par la suite très utile. Cet accès tôt établi lui a permis de mieux vivre avec les gens et surtout de comprendre leur démarche.

Côté étude, il est titulaire d’un CAP électricien. Son père n’ayant pas les moyens de financer ses études, il décide, très jeune, d’intégrer le marché de l’emploi. Il est alors recruté dans une importante société pétrolière de la place. Cette dernière va l’envoyer en France. Il étudie d’abord à l’Institut Français du Pétrole. Nous sommes en 1974. Puis, il se rend à Pau à la Société Nationale des Pétroles Aquitaine. De retour au Sénégal, il travaille comme technicien, électro-pneumaticien spécialisé en contrôle atomicien. Ensuite, il quitte cette entreprise pour aller travailler à l’institut des mines de Taïba. Il y va que comme contre-maître, instrumentiste. C’est là qu’il sera justement piqué par le « virus syndical ». Sur place, il trouve, dit-il, « beaucoup d’expatriés qui contrôlaient essentiellement l’entreprise. Ces gens avaient fini d’installer un climat fait d’exploitations. Les travailleurs étaient lésés dans bien des domaines ». Cette situation le pousse à rejoindre les rangs dans le but de mener « des combats de principe ». Sur place, un embryon de résistance s’était déjà naturellement formé et le jeune Guiro ne se fait point prier « pour plonger», en vue de renforcer l’équipe contestataire.

La formation, un pilier essentiel du syndicalisme
Un engagement qui ne sera pas dénué de risques, se souvient-il. Il souligne qu’en face, les dirigeants de l’entreprise ne restent pas les bras croisés. Mody Guiro ne se laisse pour autant guère impressionner. Son passé de « militant communiste » lui sera d’utilité, se rappelle-t-il. « J’avais déjà eu par le passé à me frotter à d’autres, ce ne sont pas ces gens-là qui allaient me faire abandonner, d’autant que je m’engageais pour une cause juste et noble », tranche-t-il.

A la lumière de ce qu’ils ont trouvé sur place, ils décident, avec d’autres collègues, de changer les responsables de l’instance syndicale. Le premier combat ne sera pas de tout repos, se souvient-il, d’autant plus que le dirigeant de la société avait quelques connaissances au plus haut sommet de l’Etat. Un homme relativement puisant donc. Chemin faisant, ils informent le Secrétaire général de la Confédération des travailleurs du Sénégal (Cnts) de l’époque, feu Madia Diop, qui avait déjà mené des combats similaires pour le renouveau syndical. « Nous avons fait le déplacement à Dakar pour rencontrer Madia Diop et lui faire part de la situation qui prévalait au sein de notre entreprise », souligne-t-il. Sur place, ils ont retenu la convocation d’une séance extraordinaire de renouvellement des bases. C’est ainsi que 1400 travailleurs ont été conviés. Tous ont chacun déboursé de leur poche 1200 F. Le renouvellement des instances intervient de fait. Il est intégré dans le bureau au poste d’adjoint et, six mois plus plus tard, il est nommé délégué. Ensuite, il sera nommé secrétaire régional de l’Union des syndicats de Thiès. A tour de rôle, il va échelonner les postes avant de devenir secrétaire au niveau national. Toutes ces étapes ont été franchies avec un encadrement basé sur une formation et une éducation syndicale sur tous les plans. Il a ainsi été à tour de rôle formé en économie politique, droit du travail, santé et sécurité. « La confédération avait à l’époque un programme d’éducation et de formation en partenariat avec des instituts établis dans d’autres pays, notamment le syndicat français. Plusieurs leaders syndicaux de la Cnts sont passés par là, afin d’être formés dans plusieurs domaines. Ceci leur permettait de maîtriser la structuration et le système de fonctionnement des relations professionnelles », se souvient-il. La formation était un pilier essentiel pour ceux qui aspiraient à défendre les intérêts des travailleurs. C’est dans ce cadre que Guiro, à l’image d’autres collègues, visite plusieurs pays. Ce qui lui permet de s’enquérir de ce qui se passait dans les pays de l’Est, notamment à Moscou et en Tekoslovaquie. Là, il découvre combien le mouvement syndical était ancré sur des règles bien établies. Cette même approche de formation va le mener jusque dans les pays asiatiques, notamment au Japon et en Chine. « Madia Diop voulait qu’en tant que jeune syndicaliste, nous sachions ce qui se faisait ailleurs », affirme-t-il. Dans ce même cadre de cursus syndical, il se rend aux USA. Il apprend à se familiariser avec les mécanismes de l’organisation internationale du travail. Il dit y avoir très tôt appris à servir dans la discipline et la rigueur. Dans cette même trajectoire, il sera membre du Conseil économique et social au Sénégal, du Cena et président de conseil d’administration.

Il se rappelle avoir été un enfant fougueux. Aujourd’hui, encore les séquelles sont restées malgré le temps qui passe. Il se définit comme « un homme véritablement nerveux ». Il essaye quand même de maîtriser cette nervosité en contrôlant ses émotions. Toutefois, souligne-t-il, cette nervosité peut être exprimée dans des circonstances particulières. « Dans les négociations antérieures, feu Madia Diop était souvent celui qui tempérait, il faisais monter la pression dès lors que l’interlocuteur refusait de se plier en faisant quelques concessions », se rappelle-t-il. Aux jeunes qui veulent un jour intégrer le mouvement syndical, il demande d’aller se former. Toutefois, reconnaît-il, à l’époque il était plus facile de bénéficier de formations. La crise économique n’en était pas aussi vivace. Il invite responsables et délégués syndicaux à davantage s’outiller. Il informe que cette approche permet d’avoir un syndicat fort et en mesure de relever les défis. Au vue des différents cursus des leaders syndicaux, il a l’impression de voir plusieurs d’entre eux bruler les étapes. Les procédures ne sont pas à la portée de tous. Elles requièrent un minimum de connaissances pour pouvoir valablement s’y imprégner. La négociation ne s’improvise pas, elle s’apprend, dit-il.

Madia, le maître
Dans sa trajectoire de syndicaliste, un homme a joué un rôle déterminant : il s’agit de Madia Diop. « Madia était un grand leader. Il a eu à vivre plusieurs expériences politique et économique qui seront déterminantes dans l’histoire du pays. Bien qu’il était politique (il était membre du Parti socialiste), Madia Diop est resté syndicaliste jusqu’à sa mort. A titre d’exemple, des travailleurs ont été plus d’une fois iniquités pour leur appartenance politique et, bien qu’il était militant du parti au pouvoir, Madia Diop a vigoureusement combattu pour eux, au nom de la liberté syndicale », témoigne-t-il sur un homme qui l’aura beaucoup marqué. Mody Guiro ne fait pas partie des syndicalistes qui pensent qu’Etat et syndicat doivent se regarder en chien de faïence.

Au contraire, « l’Etat est le régulateur des activités économiques. Le gouvernement, bien qu’étant employeur, est aussi responsable de la politique nationale », souligne-t-il. Cette situation doit amener les uns et les autres à asseoir un bon climat d’échanges qui seraient fructueux pour les uns et les autres. D’ailleurs, précise t-il, le temps que nous passons dans le secteur privé est plus important que celui passé avec le gouvernement. Il n’est pas également permis à tous les syndicats de pouvoir négocier avec l’Etat car il y a des critères d’approche et de sélection pour cela. Parmi ces critères figurent la représentativité syndicale. Il y a des éléments de mesure spécifiques qui veillent à cela, estime-t-il. Mody Guiro envisage-t-il de faire de la politique ? « Je pense qu’en tant que citoyen nous avons le droit d’avoir des opinions politiques. En ce qui me concerne, si je devrais faire de la politique, je vais d’abord me départir de ma fonction syndicale », relève-t-il.

Par Oumar BA

Un article paru l’an dernier sur Forbes, « Ten Young African Millionaires To Watch » mettait en lumière dix Africains, millionnaires en dollars, malgré leur jeunesse (ils sont tous dans la vingtaine ou la trentaine). Curieusement, sept d’entre eux (70% de l’échantillon donc) ont fait fortune en partie ou totalement dans les nouvelles technologies.

Jason Njoku, 32 ans, Nigeria
Chimiste de formation, il fonde en 2010 iROKO, une société spécialisée dans la distribution en ligne de contenus de divertissement nigérians (films Nollywood, musique nigériane et africaine, etc.). Il est aujourd’hui à la tête de Spark, qu’il définit lui même comme « une compagnie qui crée des compagnies ».

Mark Shuttleworth, 39 ans, Afrique du Sud
Mark est le fondateur et principal financeur de Ubuntu. A 22 ans, il fonde Thwate, une société de sécurité internet qu’il revendra plus tard à VeriSign pour… 575 millions de dollars! Il est aujourd’hui à la tête d’un fond d’investissement, Knife Capital.

Justin Stanford, 29 ans, Afrique du Sud
Il quitte le lycée pour fonder sa première start-up à l’age de 18 ans. Il est aujourd’hui à la tête de ESET Southern Africa, qui représente exclusivement ESET dans 20 pays d’Afrique, et de 4DI Privaca, une compagnie spécialisée dans la sécurité informatique.

Vinny Lingham, 34 ans, Afrique du Sud
Ce jeune sud-africain basé à San Francisco a fait fortune en fondant Yola, une compagnie spécialisée dans la création et l’hébergement de sites web. Il dirige aujourd’hui Gyft, qui propose des services de cartes de vœux virtuels sur mobile.

Kamal Budhabatti, 37 ans, Kenya
Il est le fondateur et le CEO de CraftSilicon qui propose des logiciels bancaires, de microfinance ou de paiements mobile et électronique avec plus de 200 clients en en Afrique et en dehors du continent.

Michael Macharia, 37 ans, Kenya
Fondateur de la SSII Seven Seas Technologies qu’il a lancée à 25 ans et qu’il dirige, il est à la base comptable de formation.

Ashish Thakkar, 31 ans, Ouganda
EN 1996, à 15 ans, il se lance dans le commerce d’ordinateurs. Il est aujourd’hui à la tête de Mara Group, un conglomérat opérant dans les technologies de l’information, les services hôteliers, l’industrie, etc., et qui emploie plus de 7000 personnes.

Le village de Mbassis, relevant de la commune de Mbam, dans le département de Foundiougne, a vécu, au rythme de la traditionnelle cérémonie de circoncision appelée « ndut ». Depuis la nuit des temps, ce rite d’initiation masculine chez les Sérères et obligatoire pour devenir homme au sein de la communauté est une tradition jalousement préservée dans cette localité. Elle fait partie de leur identité. Récit de notre équipe qui a eu le privilège d’assister à cet événement grandiose et culturellement riche.

Ce dimanche 2 avril est un jour très particulier à Mbassis, dans le département de Foundiougne. Coincé entre Mbam et Ndorong, ce village sérère, d’ordinaire si calme et reposant, est gagné par une ferveur fantasmagorique. Une ambiance indescriptible a ravi la vedette à la quiétude habituelle. Malgré la canicule, hommes, femmes et enfants ont déserté les maisons pour converger vers la place publique, cœur du village, qui abrite pratiquement toutes les grandes cérémonies. Ce jour marque le retour des initiés après trois jours de retraite en brousse. Un moment inédit que le village n’a plus vécu depuis… 2004.

Depuis la nuit des temps, l’initiation à Mbassis constitue un évènement phare et le retour des initiés donne lieu à des réjouissances grandioses. Et à l’occasion, tout le village communie pour vivre les instants magiques de ce rassemblement sans précédent. Chants, louanges, panégyriques déchirent l’atmosphère et accueillent les initiés qui arrivent dans une allure soutenue, accompagnés de leurs encadreurs, et entourés de sages, de notables, du chef de village. Dans la foule, des hommes portent, sur leurs épaules, des enfants d’à peine quatre ou cinq ans plongés dans les bras de Morphée, fatigués par cette rude épreuve. Difficile de se retenir. On crie, chante, danse, applaudit. On n’est pas loin de l’hystérie. On immortalise ces beaux moments avec son téléphone portable. De temps à autre, des coups de fusil tonnent pour, dit-on, chasser les mauvais esprits.

Cette allégresse était déjà perceptible le jeudi, veille de l’ouverture du « ndut ». Selon les nombreux témoignages, les candidats à l’initiation, préparés mystiquement par leurs parents, sont restés toute la nuit dans leurs maisons où les gens avaient dansé jusqu’à l’aube. Le vendredi, au petit matin, voilés du pagne blanc de l’initiation et escortés par une horde de selbés (encadreurs) surexcités, ils avaient, par petits groupes, entamé leur marche silencieuse vers la maison du « Koumakh » pour prendre un bain spirituel puis, direction place publique où, au son de tam-tam appelé « douloub », ils ont effectué quatre tours de l’arbre sacré (un flamboyant). Tous les initiés sont ensuite rassemblés dans un endroit aménagé hors du village en attendant le grand départ pour la brousse.

« Depuis 2004, cette cérémonie d’envergure qui perpétue une vieille tradition léguée par les ancêtres sérères n’a pas été organisée à Mbassis », informe Mame Ndéné Senghor, un vieux notable de 80 ans, qui nous a guidés ce vendredi 31 mars, parce que l’ouverture des rites démarre toujours un vendredi. C’est ce qui explique, selon lui, cet engouement extraordinaire. Il est conforté dans ses dires par l’adjoint au chef de village de Mbassis. Selon Fary Diassé, le « ndut », chez les sérères, constitue une étape cruciale pour l’homme qui doit acquérir une bonne éducation de base. « C’est à travers des pratiques ancestrales de ce genre qu’on leur inculque toutes les vertus », indique-t-il.

Comme Fary Diassé, nombreux sont les notables de Mbassis qui considèrent le « ndut » comme un examen de socialisation qui consacre le passage de l’adolescence à l’âge adulte, mais aussi l’affirmation de l’identité culturelle sérère. « C’est une étape déterminante et lorsqu’elle est franchie, elle fait l’honneur de la famille », soutient Mody Senghor, un ancien agent des chemins de fer. Aux temps, explique l’adjoint au chef du village, la circoncision durait un voire trois mois. « Ce rite était pris très au sérieux par les anciens et les jeunes initiés passaient tout ce temps dans le bois sacré et à leur sortie, une grande fête était organisée. Et ceci était valable dans toute la contrée du Lôg comme dans les autres terroirs sérères», précise-t-il.

À Mbassis, fait-il remarquer, les ancêtres ont tracé la voie. Impossible donc de se départir de cette tradition sacrée, selon Mame Fodé Sarr, professeur de sciences de la vie et de la terre (Svt) au lycée Amadou Ndack Seck de Thiès. « Nous avons le devoir de pérenniser ce rite ancestral, de le faire connaître aux générations actuelles et futures », soutient-il. Une motivation supplémentaire qui a gagné la majorité des sages, notables et parents du village de Mbassis qui se sont organisés en rapport avec les initiés pour le choix de la période propice et cela 13 ans après la dernière édition du « ndut ».

153 initiés dans la case de l’homme
Ndut sérèreEn pays sérère, l’initiation est très bien organisée avec des rôles bien définis, explique le vieux Mody Senghor. « Nous avons une hiérarchisation qui comprend d’abord le « koumakh » qui est le chef suprême. Toutes les décisions émanent de lui. Ensuite vient le « kalma » qui est son second. Il y a aussi le « yayu njuli », la seule femme autorisée à être avec les initiés et qui est comme une mère pour eux. Il y a également les selbés qui se chargent de les surveiller et de les encadrer », fait savoir Mody Senghor. Et pour cette édition, Lamine Kor est choisi pour assurer la charge de « Koumakh ». Il est secondé par Mame Fodé Sarr, choisi comme protecteur des initiés. Selon ce dernier, l’initiation a lieu chaque fois qu’une classe d’âge ayant atteint l’âge requis en exprime le besoin.

« Pendant un certain temps, ils se réunissent pour voir si cette année la cérémonie pourrait se tenir ou non. Puis ils vont vers les personnes âgées afin de les informer de leur décision et de leur indiquer la personne qui sera leur protecteur spirituel ; celui qui va les emmener et les ramener sains et saufs », renseigne-t-il.

Le « ndut » est, aujourd’hui, le plus grand rassemblement à Mbassis. L’édition 2017 a mobilisé 153 enfants, toutes classes d’âge confondues, qui ont accompli le rituel depuis l’ouverture jusqu’à la sortie. Et ce ne sont pas uniquement des fils de Mbassis qui ont participé. Des jeunes venus d’autres contrées étaient également concernés. « Aujourd’hui, le « ndut » se fait rare en pays sérère. Il y a beaucoup de villages qui n’en ont plus organisé depuis des décennies. C’est pour cette raison que quand certains villages environnants sont au courant, ils envoient leurs candidats », informe Mody Senghor.

« Ici, on accorde une importance capitale à ce rituel. Il y a la cérémonie du mil concassé qui est versé sur les têtes des initiés. C’est une prière pour qu’ils vivent jusqu’à ce qu’ils aient des cheveux blancs », relève Mame Fodé Sarr. En charge de la sécurité physique et mystique des initiés pendant la période et même après le «ndut», il assure, avec la volonté de Dieu, la garantie d’une vie sauve aux initiés pendant les sept années à venir. « Notre mission, c’est de protéger mystiquement les enfants et de les ramener sains et saufs dans leurs familles respectives. Nous avons aussi le devoir de rassurer les parents qu’aucun enfant ne mourra ni ne subira un accident », indique-t-il, non sans insister sur la délicatesse de la mission.
« Quand il y a une cérémonie de ce genre, tout le monde apporte son pouvoir pour protéger au maximum les fils du village contre tout danger », assure-t-il. Le « ndut » permet d’inculquer aux jeunes certaines valeurs indispensables pour bien vivre en société. Ces valeurs ont pour nom courage, patience, endurance, solidarité, responsabilité, obéissance, humilité, abnégation et réserve. Un code de conduite leur est transmis.

Une vraie école de la vie
Sérère MbassisOn leur apprend aussi le respect de soi et de son prochain, mais surtout des parents, des anciens. « Au sortir de cette expérience, l’enfant était suffisamment armé de principes et de valeurs pour affronter les obstacles et aléas de la vie. C’est pourquoi, les parents mobilisent énormément de moyens financiers comme matériels pendant cette période », dit Mame Fodé Sarr. Selon lui, « ce rituel est une chance pour le village, car, des prières sont formulées pour que l’hivernage soit béni ». C’est aussi une chance, d’assurer la protection de tout le village. Mais si aux temps, le « ndut » se déroulait sur un ou plusieurs mois, ce rite de maturité est aujourd’hui concentré sur trois jours. « La tendance a fortement changé et avec l’école, on ne peut plus faire des circoncisions qui dépassent le temps des vacances. Il faut s’adapter au calendrier scolaire », argue Mody Senghor.

Ces quelques heures passées en brousse suffisent-elles pour acquérir suffisamment de savoir comme les anciens ? Le vieux Mody Senghor répond par l’affirmative. Le plus important, selon lui, c’est d’entrer dans la case des hommes. Et une fois qu’on en sort, on devient un homme mûr. Son nouveau statut lui permet d’acquérir des prérogatives très importantes. Il devient responsable et peut alors fonder une famille et perpétuer sa lignée. « L’initiation, chez les sérères, est incontournable pour tout jeune qui aspire au respect. Quand ils reviennent, ils sont assurés d’être de vrais hommes et peuvent prétendre épouser une femme et sont aptes à assurer tout ce qu’un chef de famille doit faire », note Mame Fodé Sarr. « Un non-initié n’est pas considéré et accepté dans certains cercles. Il n’a pas le droit de s’asseoir et de parler avec les adultes de sa communauté. Quand il y a une réunion dans le village, il ne peut non plus y assister. De même, il doit forcément passer par l’initiation avant d’être considéré comme un homme», précise Mame Fodé Sarr.

Moment de retrouvailles, de fêtes…
Le « ndut » apporte toujours un vent de bonheur dans les familles. C’est des moments de retrouvailles, de ripailles. Une fois de retour au village, une grande fête est organisée sur la place publique où chants et danses sont à l’honneur. Comme au premier jour, les initiés effectuent quatre fois le tours de l’arbre sacré devant toutes les populations toutes classes d’âges et sexes confondus. Des coups de fusil tonnent à tout va. Puis, place aux prières et aux remerciements. De retour dans leurs familles respectives, de grandes fêtes sont organisées en leur honneur. On ne lésine pas sur les moyens. Chacun, selon ses possibilités, immole bœufs, moutons, chèvres, volailles. Chez la famille de Waly Sène dont le fils de 17ans, Abdoulaye Sène, figurait parmi les initiés, la tradition sera encore respectée. « Nous allons immoler un mouton et faire la fête en l’honneur de notre fils nouvellement initié. C’est cela la tradition, un legs de nos ancêtres que nous devons suivre et sauvegarder. Cette pratique se prépare de longues années, différemment du mariage où les femmes suivent également un autre rituel, mais qui est toujours fêté chez les sérères dans l’apothéose », laisse entendre Waly Sène. Originaire de Mbassis, cette femme qui a requis l’anonymat, est venue spécialement de Dakar pour les besoins du « ndut ». Ses enfants figurent parmi les initiés. « Cet évènement est un rendez-vous bien inséré dans notre agenda et nous ne manquons jamais l’occasion de retourner au terroir pour nous ressourcer », note-t-elle. Dans pratiquement toutes les maisons, c’est l’effervescence. On mange, boit et danse. Tout le monde participe avec enthousiasme à ces réjouissances qui peuvent durer jusqu’à une semaine.

Depuis toujours, le « ndut » est un rite profondément ancré dans l’identité culturelle sérère. Malgré l’implantation de l’Islam et le modernisme, Mbassis, comme beaucoup de villages sérères, a gardé ses nombreuses traditions qui régulent chaque étape de la vie. L’importance de ce rite initiatique fait qu’à chaque organisation, les fils du village, où qu’ils soient, reviennent s’abreuver à la source des traditions.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Clairvoyance évaporable

21 Avr 2017
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Qu’est-ce qui peut bien pousser un homme à s’embrouiller l’esprit, à aliéner sa lucidité au point de commettre l’irréparable. Sous l’emprise de l’alcool ou des stupéfiants, certains ne s’imposent aucune limite. Chercher les raisons de ce « pétage de g… », c’est vouloir expliquer le pourquoi de l’existence du ciel et de la terre. Certains se piquent pour bien paraître aux yeux de la communauté des « branchés », d’autres se saoulent pour se donner du courage, d’autres encore pour vaincre l’oisiveté ou par simple vice. Ces gens vivent dans l’illusion du bien être, de la puissance, du bonheur sur terre. Jusqu’au jour où un sursaut d’orgueil leur fait comprendre qu’ils se mettent au banc de la société et ruinent leur santé.

Abdourahmane Savané s’est présenté au commissariat de Dieuppeul avec ses joints bien roulés pour prier les policiers de le mettre en prison avant que le yamba ne le tue. Son vœu a été exaucé puisqu’il a été arrêté et déféré au parquet pour détention et usage de chanvre indien. Le jour de son procès, l’homme qui a visiblement retrouvé ses esprits se rétracte et interpelle le juge : « Je ne suis pas fou au point de me présenter au commissariat avec des joints, je suis innocent». Le drame avec les fumeurs de joints, c’est que leur parole est aussi volatile que la fumée de l’herbe illicite.

Par Sidy DIOP

En l’absence de perspective d’emplois à Missirah, Mme Siga Diouf Fall s’est tournée vers le mareyage, activité qu’exercent beaucoup de femmes dans ce village de pêcheurs situé à 12 km de Toubacouta. Cette bonne dame affiche sa fierté d’avoir intégré ce métier et, aujourd’hui, elle n’est obsédée que par le poisson qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille.

Au lieu de s’adonner à la transformation des produits qui occupent la majorité des femmes de Missirah regroupées au sein d’une union locale, Mme Siga Diouf Fall a choisi la voie du mareyage. Sa passion pour ce métier, elle la raconte avec émotion. Selon elle, tout a commencé avec le décès de son premier époux. « Après mon veuvage, je suis restée trois années de suite à ne rien faire. J’avais trois enfants, dont deux garçons et une fille, que je devais nourrir », explique-t-elle. Cette période, elle l’a vécu difficilement. Jusqu’à ce que sa sœur qui s’active, elle aussi, dans le secteur, lui conseille de se lancer dans le mareyage. C’était en 2010. « Elle me procure une caisse et me prête un petit fonds de roulement pour me permettre de démarrer. Ensemble, nous nous rendons au ponton et elle me met en rapport avec les piroguiers auprès de qui j’ai commencé à acheter les poissons que j’acheminais ensuite vers le marché », indique-t-elle.

Ainsi, lancée dans l’activité de mareyage, Siga Diouf Fall découvre une nouvelle vie. Difficile au début, mais au fur et à mesure, elle a fini par s’adapter et l’habitude aidant, elle fait la connaissance d’acteurs travaillant dans le secteur de la pêche.

« Ce n’est pas bien facile en tant que femme de se lancer dans une telle activité qui naguère était beaucoup plus adaptée aux hommes. Cela demande beaucoup de courage, d’efforts. C’est tout un processus allant de l’achat de produits jusqu’à la vente en passant par la mise en caisse et la conservation avec de la glace qu’il faut toujours avoir à côté au risque de voir les produits pourrir ».

Pour autant, Mme Fall n’a jamais montré des signes de découragement, sa sœur étant à ses côtés pour mieux la pousser à persévérer. « Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu de m’avoir donné les forces de surmonter autant de difficultés après le décès de mon défunt mari et le soutien de ma sœur que je remercie d’avoir eu l’idée de m’encourager à me lancer dans le mareyage », souligne-t-elle.

À 35 ans, Siga Diouf Fall se dit « obsédée » par cette activité devenue, pour elle, une chance saisie pour se reconvertir et nourrir sa progéniture, même si, reconnait-elle, ça n’a pas été bien facile au début. Dans son nouveau métier, la chance lui a souri à nouveau. Elle a rencontré un homme et convolé avec lui.

« Mon actuel mari évolue aussi dans le milieu. Je l’ai rencontré pour la première fois au ponton de Missirah. C’est ce qui m’a encore davantage encouragé à m’investir dans cette activité. Je me suis alors organisée dans la commercialisation en convoyant des produits dans les marchés de Sokone et de Karang deux fois par semaine, mais aussi dans les autres marchés hebdomadaires comme Passy », explique t-elle.

Tous les soirs, jusqu’à des heures avancées de la nuit, le ponton de Missirah regorge de monde dont une majorité de femmes qui s’activent pour gagner dignement leur vie. Des destins s’y nouent et comme Siga Diouf Fall, beaucoup de femmes, bercées par la brise et l’odeur du poisson, s’y sont construit une nouvelle vie qu’elles croquent à belles dents.

M. SAGNE et S. O. FALL (photo : N. S. SAMB)

Le fibrome utérin est une tumeur bénigne qui se développe au niveau de l’utérus. Différentes causes peuvent être à l’origine du fibrome de l’utérus. On fait le point sur les signes de la maladie, les examens prescrits et les traitements proposés en cas de fibrome utérin.

Les termes «fibrome» et «myome» sont synonymes. Un utérus dit polymyomateux ou fibromateux signifie qu’il est porteur de plusieurs fibromes.
Un fibrome de l’utérus est une tumeur bénigne développée à partir du muscle utérin (myomètre) et du tissu fibreux de l’utérus. Les fibromes sont sous l’influence des hormones féminines.
Les fibromes forment des masses plus ou moins arrondies ; il existe trois localisations principales par rapport à la paroi de l’utérus :
• Fibrome sous-muqueux : il fait saillie dans la cavité de l’utérus. Il est responsable de saignements et d’infertilité ;
• Fibrome interstitiel : il est enchâssé dans le muscle utérin. Il peut donner des douleurs, des pesanteurs, une infertilité...
• Fibrome sous-séreux : il fait saillie à l’extérieur de l’utérus. Il peut donner des douleurs et des pesanteurs.

Ces trois localisations peuvent être associées entre elles.
La cause des fibromes est inconnue à ce jour. Les fibromes sont plus fréquents autour de la quarantaine et chez la population noire.

Les signes de la maladie
Tous les fibromes ne donnent pas de symptômes. Beaucoup sont silencieux et asymptomatiques. Il n’y a pas lien entre les symptômes et le nombre de fibromes : un seul fibrome peut être gênant, plusieurs peuvent ne donner aucun signe. Les fibromes peuvent être découverts « par hasard » lors d’un examen effectué pour une autre raison ( toucher vaginal, échographie…).
Souvent, les patientes consultent pour des règles hémorragiques (ménorragies), trop abondantes ou trop prolongées, avec des caillots. Ce saignement s’arrête entre les règles. Des saignements entre les règles (métrorragies) sont cependant possibles.

Parfois, ce sont d’autres signes qui donnent l’alerte :
• Des douleurs au niveau de l’utérus ;
• Des signes urinaires à type d’envies fréquentes de miction (il existe une compression de la vessie) ;
• Une impression de pesanteur dans le petit bassin sans véritable douleur ;
• Une augmentation de volume de l’abdomen ;
• Une infertilité.
• L’échographie est l’examen clé pour la mise en évidence des fibromes, leur taille et leur localisation ;
• L’hystérographie est l’examen nécessaire pour voir l’aspect de la cavité utérine et sa déformation provoquée par le fibrome. Cet examen peut être réaliser dans le cadre d’un bilan d’infertilité ;
• L’hystéroscopie à l’aide d’une caméra dans l’utérus permet également de visualiser la cavité utérine ;
• Une prise de sang avec numération de la formule sanguine peut mettre en évidence une anémie en cas de saignements importants.

Traitement des fibromes utérins
La plupart des fibromes, de volume modéré, non douloureux, ne demandent qu’une surveillance régulière et une abstention thérapeutique. On ne soigne que les fibromes qui deviennent gênants.

Le traitement médical utilise des hormones féminines : progestatifs de synthèse avec des modalités qui dépendent de la localisation, de la taille du fibrome ainsi que des symptômes. Ce traitement est surtout indiqué pour les fibromes qui saignent. Ces traitements sont globalement décevants et n’ont pas fait la preuve éclatante de leur efficacité.
La chirurgie est envisagée dans certains cas.

La myomectomie réalise l’ablation d’un ou plusieurs fibromes et peut être faite par voie abdominale (chirurgie classique, parfois coelioscopie) ou par les voies naturelles (utérine) sous contrôle visuel (hystéroscopie). D’autres techniques incluent la myolyse par électrocoagulation ou aux ultrasons ou encore l’embolisation des artères utérines.

L’ablation de l’utérus et des annexes ou hystérectomie totale est pratiquée à l’approche de la ménopause, en cas d’utérus polymyomateux (plusieurs fibromes disséminés), hémorragique ou douloureux. Pour en savoir plus, lire notre article sur les « Traitements des Fibromes «.

Visage de madone, jambes vertigineuses, sourire irrésistible : née au Burundi, remarquée en Belgique, le mannequin a tout d’un grand Top model.

Elle parle français, anglais, néerlandais, allemand, chinois, swahili et kirundi. Elle mesure 1,80 m, pèse 55 kg. 37 000 followers sur Instagram. Ses mensurations : 83-58-89. À 25 ans, Leila Ndabirabe s’impose comme le premier top model originaire du Burundi depuis l’iconique princesse Esther Kamatari dans les années 1970. Même si sa ville de cœur est Bruxelles, où sa famille s’est installée lorsque Leila avait 10 ans.

C’est dans les rues de la capitale belge qu’elle est repérée par un talent scout. Elle a 16 ans, un bon âge pour commencer les castings. Après avoir obtenu son bac, Leila Nda fait des débuts de modèle au sein de l’agence Imm, dirigée par l’ex-mannequin et dénicheuse de talents Carine Caillieret… Tout en étudiant le droit à l’Université libre de Bruxelles. « En Afrique, être belle, c’est avoir des formes. Je n’en ai pas ! J’avais l’impression qu’il me manquait quelque chose. J’ai bataillé dur pour prendre du poids. Quand je suis arrivé en Europe, on m’a dit que j’étais mince et belle […].

La beauté dépend de l’endroit où l’on se trouve. » Cependant, sa silhouette longiligne ne l’empêche pas d’être désignée Miss Union africaine en 2012. Malgré sa timidité et son manque de confiance en elle, elle est vite repérée par les plus grandes maisons de mode, et se retrouve propulsée dans le réseau de cette industrie où tout le monde se connaît, et où il faut éviter le moindre impair.

Élève brillante doublée d’un bon petit soldat, Leila met un point d’honneur à se montrer toujours sous son meilleur jour, belle et professionnelle. En quelques mois, elle foule près de 40 podiums. Marc Jacobs, Victoria Beckham, Versace, Gucci, Bottega Veneta, Roberto Cavalli, Rodarte, Oscar de la Renta ou encore Hugo Boss… Résultat, elle fait la « une », en septembre 2014, du numéro mode du Elle belge. Aujourd’hui, elle est l’une des tops les plus influents du monde.

Dans les newcomers, s’illustre notamment la jeune Dilone, tout droit venue de Long Island, qui remet l’afro-américain au goût du jour. Mais le passeport occidental n’est plus un sésame indispensable. De nombreux modèles nés en Afrique tiennent la dragée haute dans les castings. Parmi les plus connues Leila Nda donc, mais aussi l’Angolaise Maria Borges, les Soudanaises Akuol de Mabior et Ajak Deng, la Tunisienne Hanaa Ben Abdesslem, la Kenyane Malaika Firth, la Tanzanienne Herieth Paul…

Source : Afrique magazine

En Afrique du Sud, la plate-forme Obami, lancée par Barbara Mallinson en 2009, met en relation des enseignants, des élèves et des parents pour améliorer la situation éducative du pays. Aujourd’hui, il fonctionne comme un réseau social.

Comment mieux apprendre en Afrique du Sud, pays occupant la 143e place mondiale (sur 144) pour l’enseignement des mathématiques et des sciences, selon le classement du World Economic Forum ? Pour relever ce défi, la plate-forme Obami, fondée en 2009, par Barbara Mallinson, s’est un peu cherchée.

« Au départ, notre vision était d’apporter un changement fondamental dans le système éducatif en offrant du contenu en ligne et des outils pour les enseignants », se souvient Ennis Jones, directeur et numéro deux de la structure. Un objectif extrêmement ambitieux et… démesuré. « Nous avons réalisé que la modification du système d’éducation à l’échelle d’un pays était un défi énorme et qu’il serait plus efficace de chercher à changer la façon dont les citoyens et plus seulement les écoles, transmettent et apprennent », explique Ennis Jones.

Une agora numérique
Ce virage stratégique et pragmatique a porté ses fruits. Obami, tel un réseau social, met désormais en relation des enseignants, des élèves et des parents. Elle crée également un espace où les écoles et les organismes universitaires discutent, se tiennent informés des nouvelles tendances en éducation, partagent leurs ressources et lancent des projets.

Une véritable agora numérique, spécialisée sur l’éducation et accessible par ordinateurs et portables interposés. Au total, 450 organisations enregistrées, « des collèges, des sociétés d’enseignements à distance, des entreprises dans des zones urbaines et rurales, pour le bénéfice de 45 000 apprenants, étudiants ou professionnels », précise Ennis Jones.

Au fil des années, Obami, est devenue « une sorte de facilitateur connectant des experts du savoir avec des gens qui cherchent de nouvelles expériences d’apprentissage, résume-t-il. Nous avons déjà assisté en ligne à des choses étonnantes : comme ces enfants de 7 ans capables de construire leurs propres sites Internet. Ou encore ces entreprises qui ont réussi à totalement transformer leurs programmes internes de développement professionnel. » La plate-forme a même réalisé une première en Afrique : « Rendre accessible des dizaines de milliers de documents numérisés pour permettre à des étudiants de réviser ». Cité dans de multiples classements (Forbes, CNN…) comme une des initiatives citoyennes africaines les plus innovantes, Obami accueille de plus en plus d’entreprises dans sa communauté. Ainsi, le projet est réalisé en partenariat avec Vodaphone, le plus grand opérateur téléphonique du pays.

Sur le site créé pour l’opération, une multitude de cours vidéos gratuits à destination des 8-12 ans. L’implication du secteur privé est-elle nécessaire pour prendre ce virage numérique et améliorer la situation éducative sud-africaine ? « Oui, répond, sans détour, le responsable. Le gouvernement n’y arrivera pas tout seul et n’a pas toute l’expertise requise ».

Lemondeafrique

Considéré comme l’un des villages les plus anciens du Niombato, Missirah, dans la commune de Toubacouta, est un coin plein de charme et riche de son passé. Le brassage culturel est une réalité dans ce village à 100 % musulman, très connu pour son fromager millénaire impressionnant entouré d’un fort mysticisme et qui possède aussi une très ancienne tradition de pêche.

Faisant partie intégrante du Parc national du Delta du Saloum et de la Réserve de biosphère du Delta du Saloum, le village côtier de Missirah représente un véritable havre de paix pour la communauté qui y vit. Situé à 12 km de Toubacouta et limité au nord par Néma Bah, au sud par Djinack et Bakadadji, à l’est par Taïba et à l’ouest par Bettenty, Missirah, accessible à travers une piste cahoteuse et caillouteuse (il est aussi accessible par pirogue), se distingue par son écosystème fluvial riche et varié. Sa végétation dominée par une colonie de badamiers, fromagers, baobabs, manguiers et anacardiers en font un coin très charmant. Créé vers 1856 par Diomaye Senghor qui se convertit plus tard à l’Islam pour porter le nom de Fodé Senghor, ce village historique compte cinq quartiers (Diatta Kounda, Djifandor, Mbarra Kounda, Ndoffane, Ngadior) peuplés majoritairement de Sérères et de Socés. Au centre de ce village plein de charme qui arbore une architecture tout à fait typique, et un mode de vie propre trône la grande mosquée.

Depuis la nuit des temps, la chefferie et l’imamat à Missirah sont assurés par la famille Senghor. Cette tradition remonte à la fondation du village, selon Diamé Cissé, une notable du village et par ailleurs conseiller municipal. C’est à son retour de Gambie où il était parti se soigner que Fodé Senghor, originaire du Mali, avait découvert ce site. Un marabout musulman l’avait soigné et converti à l’Islam. Il lui donna le nom de Fodé et lui enseigna le Coran. À la fin de sa formation, le marabout lui avait demandé de fonder un village dans la forêt où il trouverait un baobab avec des racines submergées dans l’eau et l’autre partie en terre ferme. « Fodé créa une daara où il enseignait le Coran en Socé et devint l’imam de la mosquée qu’il avait construite en banco et en bois. Le fauteuil de chef de village est laissé à son grand frère Mamadou Lamine Senghor ». Aujourd’hui, c’est Ismaïla Senghor qui assure la charge de chef de village depuis le rappel à Dieu d’El Hadji Sadio Senghor. Ce quadragénaire qui a vu le jour en 1933 est le 12e chef de village de Missirah.

Une vie au rythme de la pêche
MissirahComme dans toutes les villes ou villages côtiers, la vie à Missirah se résume en deux mots : pêche et poisson. La pêche est au centre de la vie de Missirah. Elle est le fondement principal de l’économie de ce village côtier et garantit l’existence de centaines de milliers de personnes, qui en dépendent, directement ou indirectement. Une flotte de 311 pirogues a été recensée entre son port et les îles de Bagadadji, Bettenty, Djinack et autres.

Selon Bouh Sidibé Sow, coordonnateur du Comité local de pêche artisanale (Clpa) de Missirah, le vieux ponton dont les travaux de réhabilitation ont été lancés par le ministre Oumar Guèye permet de saisir le pouls de la vie du village. Calme le jour, il vit le soir une animation fantasmagorique avec le retour des nombreuses pirogues parties en mer dans l’après-midi. L’effervescence du déchargement des prises est rythmée par un brouhaha extraordinaire et les cris stridents des pêcheurs et autres vendeurs.

« Missirah possède une tradition de pêche qui date de très longtemps. Il suffit de venir ici après le crépuscule pour se rendre compte que ce village ne respire que par la pêche. Des centaines de personnes, hommes, femmes et enfants s’activent dans une alacrité indescriptible. On assiste à un défilé incessant jusque tard dans la nuit. En attendant le retour du poisson, des centaines de voitures, charrettes, motos Jakarta et vélos venus de partout sont en vrac sur le quai », raconte Bouh Sidibé Sow. À l’en croire, la caisse de poisson se négocie des fois à 12.000 voire à 15.000 FCfa. « Quand il y a surabondance, ce qui est fréquent, les prix varient entre 3.000 et 2.000 francs. Il arrive même que le surplus soit jeté parce qu’il n’y a pas à Missirah d’unité de conservation », relève-t-il.

Selon Alassane Mbodji, le coordonnateur du Clpa départemental, Missirah qui abrite le centre et le quai de pêche de Toubacouta a la chance d’avoir en face un bras de mer. C’est ce qui fait qu’il accueille beaucoup de pêcheurs saisonniers de la petite côte et des îles du Saloum qui viennent pour des campagnes de pêche de 6 à 8 mois. « La pêche joue un rôle très important en termes d’emplois. Elle a pu régler le problème d’emplois directs et d’activités génératrices de revenus », soutient-il. Toutefois, déplore-t-il, la non-fonctionnalité du Centre de pêche de Missirah construit en 1989. « Sa vocation d’assister les pêcheurs locaux, d’appuyer et d’encadrer et de faciliter la vente de la glace pour assurer la conservation des produits. Les volontaires japonais ont, dans le cadre du séchage, appuyé et capacité certaines femmes qui étaient là dans le cadre de la formation, mais aussi dans les bonnes pratiques », renseigne-t-il. « Le centre qui était doté de camions frigorifiques, de chambre froide, a beaucoup contribué à l’amélioration de la qualité du poisson. La commercialisation a eu plus de coûts en termes de valeur et le prix du poisson a augmenté ; c’est ce qui a fait que la commercialisation a atteint son objectif », explique-t-il. Aujourd’hui, pense M. Mbodji, ce centre nécessite une relance en termes d’équipement, de personnel.

En attendant, la pêche continue de rythmer la vie des habitants de ce village côtier. Beaucoup d’entre eux se sont convertis en pêcheurs et en mareyeurs. « La pêche joue un rôle très important sur le plan économique et social à Missirah. Le poisson coûte de plus en plus cher et ici on ne sent pas trop si la saison des pluies a été bonne ou pas. La pêche est là et il y a l’activité sur toute l’année. On a un niveau de vie plus ou moins correct grâce à la pêche. Que ce soit les pêcheurs, les mareyeurs ou encore les transformatrices, les gens gagnent bien leur vie grâce à la pêche ».

Comme dans toutes les localités vivant essentiellement de la pêche, la quasi-totalité des femmes de Missirah intervient dans la transformation des produits de pêche. Leur tryptique : chercher du poisson, le transformer et le commercialiser. Et pour faire prospérer leurs activités, ces femmes au nombre de 219 et qui sont toutes membres du Clpa se sont organisées en Groupement d’intérêt économique (Gie), puis en union locale. Selon leur présidente, Aminata Diène, la volonté est là, mais cela ne suffit pas pour prospérer dans une activité pareille.

Aujourd’hui, ces femmes sont limitées par un manque de logistique au niveau des deux sites de transformation notamment les claies de séchage et les fours de braisage. Il s’y ajoute aussi le manque de charriot pour transporter le poisson à partir du quai de débarquement, le manque de financements pour l’acquisition de matériel de fumage adéquat, l’absence d’unités de congélation pour la conservation du surplus de captures en période de surabondance, entre autres.

Alassane Mbodji qui encadre ces femmes estime que leur rôle est considérable dans la chaîne de production. « Nous avons des femmes très braves et sur tous les maillons de la chaîne de valeur, de la production à la commercialisation. Leur souhait, c’est de sortir de l’informel et de travailler dans de bien meilleures conditions, mais cela demande un accompagnement conséquent, des financements pour l’optimisation de leur commerce », fait-il remarquer.

Un fromager mythique et millénaire
Missirah localitéMissirah, c’est aussi son fromager millénaire, témoin de l’histoire du village. Cet arbre gigantesque fascine avec ses branches immenses et multiformes et son tronc énorme qui semble écraser la terre de tout son poids. Ce fromager impressionne aussi bien par sa hauteur que par son ampleur. À y regarder de très près, des formes et images impressionnantes apparaissent. Loin de toute hypnose ou hallucination, un fin observateur pourra tantôt distinguer des formes humaines tantôt des formes de crocodile, de tortue ou encore de singe. Selon Bouh Sidibé Sow, ce fromager a été planté dans cette zone entourée de mangrove à l’époque et peuplée de boas par un certain Ansoumana Ndour. C’était bien avant la création de Missirah. Depuis, cet arbre sacré est géré par sa descendance.

L’histoire de ce fromager entouré de mythes et légendes est une ritournelle maîtrisée par tout le monde. « Visiter Missirah sans voir son fromager presque millénaire, c’est comme aller à Gorée sans voir la Maison des esclaves. Cet arbre fait partie intégrante du patrimoine de cette localité », soutient Alassane Mbodji. Toutefois, note-t-il, un fort mysticisme entoure cet arbre qui, selon certaines indiscrétions, abrite les esprits des ancêtres. C’est ce qui fait qu’il est respecté et bien protégé. « Le génie protecteur ne veut pas de souillures, c’est pour cela que l’endroit est toujours maintenu propre », Bouh Sidibé Sow. Le fromager est, selon lui, habité par un esprit. C’est ce qui fait qu’il est devenu un lieu de prières et accueille souvent des rituels. « Avant la pénétration l’Islam, les animistes vénéraient ce fromager qui fait partie de l’histoire de cette ville », explique Alassane Mbodji. Ce fromager, indique-t-il, est l’un des plus grands d’Afrique avec une circonférence exceptionnelle de plus de 30 mètres. « Cet arbre fait partie des éléments du patrimoine de Missirah. Des techniciens de l’Ist et de l’Ise qui sont venus jusqu’ici ont, après analyse des racines, affirmé que ce fromager daterait d’au moins 900 ans. D’autres chercheurs ont également assuré que c’était le deuxième plus grand fromager d’Afrique après celui du Ghana », fait-il savoir.

Depuis toujours, cet imposant arbre a été une attraction touristique qui a permis de faire la promotion de Missirah dans d’autres contrées. Et de tout temps, des touristes issus de divers horizons sont venus à sa découverte. « Ce fromager fait partie du circuit de nombreux hôtels et campements du delta du Saloum et même de la Gambie. Un touriste ne peut pas venir à Toubacouta sans venir à Missirah », assure-t-il.

L’autre attraction après le fromager est, selon Bouh Sidibé Sow, la mare aux crocodiles appelée « Mbaro Colon », située à 1 km. « Quand les pluies tardent à tomber, les populations y vont pour invoquer les esprits. Les femmes portent des pantalons et les hommes des pagnes. Aussitôt après les invocations, les pluies tombent », renseigne-t-il.

La route Toubacouta-Missirah, une surpriorité
A Missirah, les populations pensent que la pêche pourrait fortement contribuer à l’essor de leur localité et même de Toubacouta. Pour cela, la réhabilitation du tronçon Toubacouta-Missirah qui ne fait que 12 km doit être une réalité. Le chef de village, Ismaïla Senghor, estime que cette doléance vieille de plusieurs années n’est toujours pas satisfaite. « Notre plus grande difficulté aujourd’hui, c’est l’accessibilité, surtout pendant l’hivernage. C’était une promesse de Macky Sall bien avant son accession à la magistrature suprême. Depuis, nous attendons », indique-t-il. Et pourtant, note Alassane Mbodji, ce tronçon constitue une piste de production très importante. « Missirah est un lieu de débarquement où les gens viennent pour des raisons diverses. C’est un véritable carrefour d’échanges. Une fois que le ponton et la route seront réhabilités, ce village sortira de son enclavement. La pêche connaîtra un nouvel essor et contribuera grandement au développement de la commune de Toubacouta. Les autres activités comme l’agriculture et le commerce ne seront également pas en reste. C’est toute l’économie de la zone qui sera renforcée », estime M. Mbodji.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL 

Il n’y a guère, la noblesse déclamait ses atours en couleurs. C’était le temps du sang bleu. Les gros os « Yakh you rey » chantés par les laudateurs en quête de subsides. Le mariage, les amitiés, les alliances, etc. se scellaient en exhibant les preuves de la noblesse de cour et de cœur : du fricassé de pot-bouille avec des os gros comme des ceps de vigne.

L’autre jour, quelque part dans Dakar, je tombe sur un mec costaud comme une brindille d’herbe, deux téléphones portables collés aux oreilles, distribuant à tue-tête des « allô, ne quitte pas » et des « excuse-moi, j’étais sur l’autre ligne ». En pleine rue, le comique de la scène s’effaçait très vite devant cette foultitude vociférante, tous ces gens qui passaient les uns à côté des autres, sans le moindre regard, la moindre attention, soliloquant à haute voix avec des gestes de la main qui en disaient long sur le sérieux de leurs dialogues. J’en étais arrivé à me dire qu’une nouvelle mode était née, celle de la conversation en solo.

Mais je n’avais rien compris. Une nouvelle mode est bien née, mais c’est celle du téléphone portable. On l’étreint avec passion, on le couvre d’attentions pour l’exhiber en toute innocence devant une assistance stupéfaite devant ce petit bijou de technologies qui supprime la distance et vainc l’absence. Plus il est petit et sophistiqué, plus son propriétaire est d’un certain rang. Ce n’est que maintenant que j’ai compris que c’est l’estampille de la nouvelle noblesse. Foin du temps où le « Yakh bou rey » était la marque de fabrique des gens importants. « Montre-moi ton portable, je te dirais qui tu es ».

Par Sidy DIOP

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