grandair

Soleil Grand Air (602)

Les dérives de la langue !

26 Fév 2018
501 times

Le Bon Dieu, dans son infinie bonté, a doté grâcieusement chaque individu d’une langue. Mais cet organe essentiel, qui joue un rôle important dans la déglutition, la perception du goût et la phonation, est pire qu’une bombe atomique. Malgré sa petite taille, elle a une réelle capacité dévastatrice. J’ai lu quelque part qu’un jour, un philosophe grec avait demandé à Ésope de lui préparer le meilleur des repas. Ce dernier lui avait servi une langue en lui disant : « avec la langue, on peut rendre heureux, on peut adoucir la douleur, soulager le désespoir, relever les abattus, inspirer les découragés, aider son semblable ». Non satisfait, son interlocuteur lui demanda alors de lui servir la plus mauvaise des choses. Ésope lui servit encore une autre langue en lui disant : « avec la langue, on peut maudire et briser le cœur, on peut détruire des réputations, amener la discorde, la guerre au sein des familles, des communautés et des nations ». C’est dire que la langue est un véritable poison.

Chez nous au Sénégal, comme partout ailleurs dans le monde, la langue est à l’origine de très grands conflits entre parents, proches, amis, voisins et collègues. Avec notre langue, on juge sans raison. Quand on voit un monsieur qui a eu une belle réussite sociale, qui possède beaucoup d’argent et mène une vie enviable, notre réaction première c’est de lui trouver des poux. On l’accuse d’être franc-maçon, de faire du blanchiment d’argent, ou d’avoir détourné de l’argent. Quand c’est un policier, on dit qu’il est corrompu. Quand c’est une femme qui a une belle promotion, on dit que c’est du piston ou une promotion canapé. Quand une jouvencelle s’habille très bien ou est parée d’or, on dit qu’elle vend son corps. Quand un jeune homme est devant un bar, on s’empresse de dire que c’est un ivrogne. Quand il s’agit d’un émigré qui roule sur l’or, on dit qu’il vend de la drogue. Quand c’est quelqu’un qui a une valise, on dit qu’il voyage... La mise à mort verbale d’honnêtes gens à travers des discours perfides est devenue le sport préféré de nos concitoyens. Nos sentiments sont toujours négatifs. Par notre nature faible, on se délecte toujours de traîner dans la boue, de salir d’honnêtes citoyens et de détruire leur réputation. De même, on est toujours prompts à parler d’autrui, de multiplier les paroles vaines ou de rapporter des rumeurs sans en vérifier le fondement. William Shakespeare a bien raison de dire que « tout le talent de la méchanceté consiste à débiter d’absurdes médisances ».

C’est vraiment malheureux qu’on soit toujours occupés à scruter la paille dans l’œil du voisin alors que si on examinait de très près notre propre personne, on s’apercevrait sans difficulté qu’on est pire en termes de défauts et de moralité.

La médisance qui ne vise rien d’autre qu’à détruire les autres, leur réputation et leur honneur en leur absence n’est rien d’autre que l’arme des faibles. Edgar Allan Poe ne disait-il pas que « calomnier un grand homme est, pour beaucoup de gens médiocres, le moyen le plus prompt de parvenir à leur tour à la grandeur » ? La calomnie est encore pire puisqu’elle mêle à la médisance le mensonge. Or, le mensonge constitue un péché très grave.

Qui disait qu’il n’est pas de vertu que la calomnie ne sache éteindre ? La médisance, ce pêché de la langue, est devenue une véritable plaie dans notre société. Selon le Talmud, « la médisance dépasse les trois transgressions que sont le meurtre, l’adultère et l’idolâtrie. Elle détruit trois personnes, celui qui la profère, celui qui la reçoit et la transmet et celui qui est visé. Elle se propage comme le feu et elle est comparée à une braise qui continue à flamber et à se propager longtemps et loin, sans que cela ne soit visible ».

Depuis la nuit des temps, la médisance est devenue une maladie verbalement transmissible. On a tous jasé sur un collègue, un frère, un voisin et autres personnes de notre entourage. Mais au lieu de toujours parler « dans le dos de quelqu’un », il aurait été beaucoup plus sage d’aller lui parler directement. Et aujourd’hui, le constat est que la médisance a un avenir radieux devant elle, parce que les médisants trouveront toujours des oreilles attentives pour les écouter.

Si nous voulons échapper au châtiment divin, apprenons à contrôler notre langue remplie d’un venin mortel. Éduquons-la de sorte qu’il n’en sorte aucune parole diffamatoire, mauvaise. Et nous n’y parvenons pas, alors gardons le silence qui fait office de remède et qui mène à la retenue de la langue.

Samba Oumar Fall

Le professeur Mandiomé Thiam séduit par sa trajectoire digne des meilleurs éloges et par son attachante humilité ; lui qui pouvait tirer un plaisir narcissique des compliments d’ici et d’ailleurs.

Ce professeur titulaire des universités, en Archéologie-préhistoire, le seul que compte le département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, dans ce champ d’exploration, est l’exemple de l’universitaire dévoué pour la recherche, pour l’enseignement, son univers de performances.

Le professeur Mandiomé Thiam est empli d’une grande passion pour ce qui fait de lui une personnalité marquante de la « coterie » des intellectuels du Sénégal : l’archéologie et la préhistoire, son univers de quête et de prouesses. Sa trajectoire est un récit de persévérance dans lequel le personnage principal se fabrique un destin qui ne hantait pas encore, au début des années 1980, le sommeil des mômes de Nganda, son royaume d’insouciance, niché dans la région de Kaffrine. Dans ce patelin du Saloum, il obtient son certificat d’études primaires avant de poursuivre son cursus scolaire au Collège d’enseignement de Kaffrine et au Lycée Gaston Berger où il décroche le baccalauréat en 1980. « Influencé par un grand-frère normalien », il est ensuite orienté au département d’histoire et de géographie de l’Université de Dakar. Sous la direction d’Adama Diop et de l’anthropologue belge Guy Thilmans, il soutient, en 1985, son mémoire de maîtrise portant sur une étude craniométrique. Piste peu explorée à l’époque. Le bonhomme, d’une touchante convivialité, a le goût de l’inédit, se plait à sortir des sentiers battus pour s’engouffrer dans le « cosmos » des belles rencontres dont est féru le chercheur. L’étude de la préhistoire ne faisait qu’exciter son imagination et surtout son enthousiasme. « Comprendre les origines, saisir les tendances lourdes et le discours de Cheikh Anta Diop, au-delà de tout esprit révolutionnariste, me tenaient particulièrement à cœur. Mes convictions profondes m’ont mené vers la préhistoire », confie-t-il, la voix presque rocailleuse.

En même temps qu’il rédigeait son mémoire de maîtrise, l’entreprenant jeune homme avait pris l’option d’intégrer l’Ecole normale supérieure pour se construire un avenir dans l’enseignement. Mandiomé Thiam est affecté en tant que professeur d’Histoire-Géographie et d’Instruction civique au Collège Ousmane Diop Coumba Pathé de Dakar (ex-Soumbédioune).

Une autre opportunité, celle qui lui désherbait l’allée de son rendez-vous avec l’excellence, s’offre à lui quand Cheikh Anta Diop décide de mettre en place un diplôme d’études approfondies (Dea) en préhistoire-archéologie, en 1986. « Le défunt Ibnou Diagne, un préhistorien, m’a conseillé de m’inscrire en Dea préhistoire-égyptologie. Malheureusement, les cours n’ont pas pu démarrer car Cheikh Anta Diop est décédé un vendredi alors que les enseignements devaient commencer le samedi. Cela a été un choc. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à faire une demande de bourse pour poursuivre mes études en France », se souvient-il, les yeux perdus derrière ses lunettes à verres correcteurs.

Et même le sort, ironique, lui accordait ses faveurs : « Un jour, faisant quelques achats sur l’avenue William Ponty, je suis passé, par hasard ou par intuition peut-être, devant la direction des bourses qui s’y trouvait à l’époque. A la personne qui m’interpelle sur l’objet de ma visite, J’ai dit que je suis un étudiant du département d’histoire ayant déposé une demande de bourse pour la France. Il m’indique alors qu’une seule a été accordée. Et c’était moi ! ». La suite est un conte de grâce.

Reconnaissance d’ici et d’ailleurs
En France, le professeur Yoro Fall le met en relation avec un historien français, Jean Devisse, alors au Centre de recherches africaines. Celui-ci accepte de diriger sa thèse tout en l’orientant vers la poterie, la céramique. En 1991, il soutient une thèse unique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne sur ce thème : « La céramique au Sénégal : archéologie et histoire ». Frais émoulu de cette université française, il décide de revenir au Sénégal où après « deux ans de galère et d’instabilité », il est affecté au lycée John F. Kennedy « en attendant un poste budgétaire à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar », indique-t-il, la mimique pleine de familiarité.

C’est en 1997 qu’il est recruté comme vacataire au département d’histoire. Quatre ans plus tard, il devient assistant stagiaire. Persévérant comme une âme bourlingueuse, celui qui a été le chef du département d’histoire accède respectivement, en 2004 et en 2011, aux grades de maître assistant et de maître de conférences. Il est admis, par le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur, à celui de professeur titulaire des universités en 2017 ; le seul que compte le département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar dans le domaine Archéologie-préhistoire. Il n’en tire pas une fierté pompeuse mais mesure le long chemin de privation, de labeur acharné. De doute ? « Non, cela ne m’a jamais habité. Juste quelques moments de vide », souligne-t-il, armé de la foi de ceux que les horizons incertains ne rebutent point. La reconnaissance des pairs vaut bien des sacrifices. Grâce à sa réputation de sérieux chercheur, il conquiert l’estime de l’« ailleurs ». Il anime, en 2009, une conférence sur le thème « État des connaissances sur les cultures néolithiques dans l’espace sénégambien », au Musée d’Art préhistorique de Macao au Portugal. Du 16 au 30 juin 2013, il est professeur invité au master Technique, Patrimoine, Territoire de l’Industrie : histoire, valorisation, didactique. Mandiomé est lauréat d’une bourse Erasmus Mundus Master in « Quaternary and Prehistory » de l’Union européenne (Professeur invité du 1er mai au 31 juillet 2009 de quatre Universités italienne, portugaise et française).

S’il n’est pas dans les amphithéâtres ou occupé à encadrer des étudiants en master et en thèse sur les questions archéologiques, ethnoarchéologiques et patrimoniales, le « copain » des apprenants s’évade à travers la lecture ou la marche pour « entretenir un corps sexagénaire » que l’enthousiasme des premiers éclats du chercheur habite encore.

Alassane Aliou MBAYE

Khoudia Diop est arrivée à Paris à l’âge de 15 ans. Elle a beaucoup souffert du regard des autres quant à sa couleur de peau particulièrement foncée. Aujourd’hui, Khoudia Diop semble prendre sa revanche sur la vie. Après s’être autoproclamée « Melaniin Goddess » (Déesse de la Mélanine) sur Instagram, elle comptabilise près de 350 000 followers et devient une inspiration pour les jeunes filles à la peau foncée. Avec sa peau riche en mélanine, elle veut inspirer les jeunes filles et leur montrer qu’elles sont toutes des déesses à l’intérieur comme à l’extérieur. Plusieurs photographes professionnels sont déjà tombés sous le charme de la peau de Khoudia Diop. La beauté et la profondeur de la couleur de la peau du jeune mannequin sont aujourd’hui sublimées par les professionnels de l’image qui n’hésitent pas à faire appel à elle. Aujourd’hui, non seulement la model assume sa peau mais elle en est fière. Sa différence, elle en a fait un atout, une arme mais aussi une signature. Elle se sent investie d’une responsabilité, celle de «défier les canons de beauté » occidentaux qui gangrènent aussi le continent en prenant clairement position contre le fléau du blanchiment de la peau en Afrique. Khoudia devient une source d’inspiration, une icône pour de nombreuses femmes « pas seulement les femmes noires mais aussi celles qui manquent de confiance ».

Oumar BA (avec JA)

Le wax, le must have

26 Fév 2018
473 times

Chaud et coloré, le wax est un tissu qui a le vent en poupe. Porté en robe, en jupe, salopette, les filles font le plein d’inspirations cette saison. En effet, avec le wax, pas de chichis. Grâce à ses couleurs flamboyantes, ce tissu plutôt nature, laisse place à une grande fantaisie. Des hauts pour constituer des looks, le chemisier enveloppe ou cache-cœur en wax, en passant par la longue veste, la carpe, le kimono ou encore le crop-top, le cardigan… toutes les folies sont permises, pour sublimer la femme tout en mettant en valeur ses courbes. A la fois bohéme, moderne et audacieux, le top à épaules dénudées s’est invité dans les garde-robes d’ailleurs. Plutôt facile à assembler et accessoiriser, le haut qui dévoile les épaules est juste magnifique. Les fanas d’imprimés s’amusent à mixer et matcher leurs pièces en wax avec d’autres basiques à imprimés dans leur dressing. Les plus minimalistes ont opté quant à elle, l’imprimé coloré en petite touche, sur une pièce tendance comme le bomber ou le mini short. La jupe en wax, souvent longue est très jolie portée avec une chemise en jean ou un top uni aussi. Par ailleurs, le pantalon en wax apporte du confort à la tenue. Les filles le porte avec un haut sobre et une paire d’escarpins. La salopette elle, est portée sur un bandeau ou un tee-shirt uni blanc. Côté accessoires, on apporte un petit plus à sa tenue avec des bijoux en perles ou cuir tressé. De même, effet garanti avec une paire de talons compensés.

Absa NDONG

Guinguinéo, vieille ville située dans la région de Kaolack, bâtit ses espérances davantage dans son glorieux passé que dans la routine inhibitrice de son présent peu enviable. On y ressasse la belle époque où le chemin de fer, objet d’épanchements désenchantés, donnait à ce carrefour d’identités et d’aspirations tout son éclat. Face à l’horizon qui ne se dévoile même plus, Guinguinéo s’empêtre dans son passé, refuge de consolation, et s’apitoie sur son présent accablant.

Des caïlcédrats, bravant les sommets dans la détresse de leur agonie, surplombent des maisons tombées dans l’abandon et des rails que l’Express Dakar-Bamako, le « Jeeg 3 », les trains 201, 203, 4, 5… ont privés de leurs « caresses » remplies d’espoirs. Guinguinéo, devenue ville de peu d’éclats, fonde ses espoirs davantage dans la reconstitution de son passé florissant que dans l’avenir à réinventer et dans un présent…morose. L’ambiance ferroviaire d’un autre temps habite encore les esprits nostalgiques. On s’accroche aux vestiges d’une splendeur perdue : la belle époque des « naar Beyrouth » (Libano-syriens), maîtres du négoce, des Bambaras, travailleurs acharnés venus du Mali, qui y avaient leur quartier avant l’éclatement de la Fédération du Mali, des Toucouleurs du Fouta Toro qui ont fini par se confondre aux autochtones.

On semblait bien vivre dans ce carrefour de rencontres. « J’ai fait 37 ans au chemin de fer. J’ai commencé à la gare de Dakar où je suis resté pendant trois ans. J’ai ensuite été affecté à celle de Guinguinéo en janvier 1955, du temps des locomotives à vapeur. Depuis cette date, je n’ai pas quitté cette ville. Des foules y grouillaient. Le commerce était florissant et la ville vivante », témoigne El-Hadj Thierno Dieng, ancien cheminot de 90 ans. Celui qui a pris sa retraite en 1988, parle de son patelin avec le chagrin de ceux qui ont admiré les merveilles du passé et regardent, impuissants, l’état de décrépitude de ce qui a été considéré, pendant longtemps, comme la deuxième capitale ferroviaire du Sénégal.

Guinguinéo a été un espace de vie, de réalisation sociale et de rêves grâce à sa bouillonnante gare ferroviaire. Ici, ne s’agitent désormais que quelques agents démotivés chargés de la surveillance d’un patrimoine en ruine et de l’entretien des rails. Et « on n’a même pas de draisine (wagonnet destiné à l’entretien et à la surveillance des voies de chemin de fer). Nous sommes obligés de marcher 5 km pour faire les entretiens. Le train passe peu mais il faut toujours veiller sur l’état des rails. Et quand l’herbe commence à pousser, nous désherbons à l’aide d’herbicide pour éviter les patinages », confie Demba Diop, agent de la direction des Installations fixes entouré de fourches et d’autres outils dérisoires encombrant une chambrette attenante à la voie ferrée. A une encablure de cet « angle » de lamentations, baille d’ennui le chef de sécurité de la gare de Guinguinéo, le fils de cheminot Ousmane Ndiaye, fixant un tampon éculé. Derrière le bâtiment du pôle administratif, se meurent des dortoirs et restaurants inoccupés. Et pourtant, on s’y agrippe encore pour faire l’éloge d’un patelin sans grand relief. La fierté est dans le vécu. Le présent n’est qu’effusions passéistes et mélancoliques.

Kyrielle de plaintes
Guinginéo, chef-lieu de département, croupit dans sa routine sclérosante. Le déclin du chemin de fer a considérablement ralenti l’activité de cette vieille ville. « Les différents gouvernements et équipes municipales, qui se sont succédé depuis l’indépendance, l’ont dotée de quelques infrastructures sociales indispensables : écoles préscolaires et élémentaires, Cem, lycée et centre de formation professionnelle, postes et centre de santé, foyer de la femme, salle des fêtes, gare routière et hôtel de Ville. Toutefois, ses rues datant de 1963 ne sont plus que d’attristants nids de poules. Son réseau électrique est vétuste et celui d’eau insuffisant », déplore Abdel Aziz Diop, conseiller municipal chargé de la planification et du suivi des programmes.

D’autres infrastructures démarrées, il y a belle lurette, peinent à être terminées. C’est l’exemple du stade multifonctionnel, Olymp- Africa dans lequel la municipalité a pourtant investi, sur fonds propre, plusieurs millions pour répondre aux préoccupations de la jeunesse.

« Le plateau technique du centre de santé doit être relevé, compte tenu du nombre de postes de santé qu’il polarise, une unité de radiologie y est indispensable. L’absence de réseau d’assainissement fait que notre ville connaît, chaque année, les affres des inondations. Ces problèmes nécessitent de gros investissements. La commune est dépourvue de ressources. Ses élus et ses braves populations sont dans le désarroi », gémit-il. Ici, on attend encore le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) et Promovilles pour arrêter de se morfondre dans la nostalgie.

Par Oumar BA, Alassane Aliou MBAYE (textes) et Ndeye Seyni SAMB (photos)

Fode Diouf Bour

EL-HADJ FODE DIOUF : LE DERNIER BOUR SALOUM
Le dernier Bour Saloum, El-Hadj Fodé Diouf, avait sa résidence à Guinguinéo, espace qui serait fondé par des Sérères au dix-neuvième siècle. Sa carrière militaire et administrative, au-delà de la dignité que lui confère sa haute lignée royale de Gelwaar, est digne des meilleurs éloges.

Fodé Diouf, issu de la réputée famille des Gelwaars du Saloum, est venu au monde en 1880. Décrit comme un homme de grande dignité, il a été engagé dans l’armée, en 1911, et a pris part à la conquête du Maroc avant d’être libéré deux ans plus tard. Il est remobilisé, comme plusieurs autres Africains, quand a éclaté la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il a été plusieurs fois blessé. Sa personnalité, sa constance dans l’effort et ses vertus lui ont valu l’admiration et le respect de ses chefs militaires. Sa carrière dans l’armée est couronnée par le grade d’adjudant.

La France, « reconnaissante » lui a décerné bien des éloges et des décorations (la médaille militaire, la croix de guerre avec palmes, la croix du combattant avec agrafé, la médaille commémorative). Il a aussi reçu la Croix de Verdun en 1956 des mains d’Albert Sarraut, au Château de Versailles. Sa carrière administrative est aussi digne d’éloges. El-Hadj Fodé Diouf a été chef de Canton à Ngaye Colobane en 1919. Il a également commandé, tour à tour, le Laghem en 1925, le Ndoucoumane, la même année, et le Pakala en 1931 avant d’être nommé à Kahone un peu avant le début du deuxième semestre de 1935.

Incarnation du dignitaire africain de grande probité, le dernier Bour Saloum exerçait une certaine influence sur l’autorité politique et sur ses administrés. Sa résidence se trouvait à Guinguinéo, érigée en commune de premier degré, en 1952, puis de plein exercice à l’indépendance du Sénégal, en 1960. La voie ferrée, qui faisait de Guinguinéo, connu également sous le diminutif Géo, un important centre de collecte, de groupage et d’évacuation des produits arachidiers, en était sans doute pour quelque chose. Les avocats et hommes politiques, Souleymane Ndéné Ndiaye et El-Hadj Diouf et l’édile de la ville, Rokhaya Diouf, sont de sa descendance. Il a rendu l’âme le 12 mai 1969 à l’hôpital Principal de Dakar.

Par Oumar BA, Alassane Aliou MBAYE (textes)

Bercé par la mer et baigné une lagune peuplée d’huitres, de cabres et de langoustes, la commune de Somone doit beaucoup au tourisme et à la générosité de la nature. Les premières vagues des touristes ont fondé le quartier Torino. Au fil des années, d’autres européens n’ont pas pu se passer de la beauté idyllique de cette localité aux rues ayant une allure de galerie d’art. On peut aussi se balader au bord des canoës sur la lame d’eau ou s’évader dans le sentier écologique de la réserve d’intérêt communautaire.

Le village de Somone ne tangue plus entre le conservatisme et l’ouverture ; du moins au plan architectural. A part les rues sableuses et sinueuses serpentant entre les concessions et les maisons juchées sur des dunes côtières, des villas aux lignes importées poussent dans tous les coins. Les quartiers traditionnels tels que Ndioufène ou Mboyène sont dans l’œil du vent du changement. Le village est pourtant revenu de loin. Il a été ravagé par la peste dans les années 20. « Somone a été décimé par la peste en 1920, il a été rasé avant d’être reconstruit », nous confie Arona Lô, âgé de 86 ans.

Somone 2A Somone, les terres appartenaient à des « Lamanes ». C’est après les réformes que beaucoup d’habitants ont perdu leurs terres à cause de l’expropriation. Actuellement, la course vers l’accumulation de richesse a entraîné, selon ce sage, la vente effrénée de champs et des potagers. « Je ne vais pas seulement parler de Somone. La spéculation foncière touche également Saly et Ngaparou. Il sera très rare de voir des autochtones qui ont plus de 500 mètres carrés », avance Pa Arona Lô, considéré comme l’un des plus âgés du village de Somone qui fut fondé par Mame Baye Yam, venu du Dioloff. A l’origine, la pêche et l’agriculture étaient les activités principales. Mais la première incursion d’un touriste entre 1940 et 1951 va précipiter l’émergence d’une nouvelle vocation. Somone devient la nouvelle destination entre 1958 et 1959. « Le premier blanc qui était venu s’est installé au bord du fleuve, après il y a eu 7 et 8 autres. Au fil des années, le nombre n’a cessé d’augmenter », se souvient Pa Arona Lô. Après c’est par vagues que les touristes blancs déposent leurs valises au bord de la lagune et de la mer. Certains y construiront de belles villas. « Ce sont des sénégalos, ces derniers viennent chaque année. D’autres se sont installés et ils ont épousé des Sénégalaises ou, pour être plus juste, ils ont des copines sénégalaises », fait savoir un artiste peintre. Leur présence et leur contribution à l’économie nationale relativisent la notion d’étranger aux yeux d’une responsable de l’agence immobilière Ambre. « Pour moi, je ne peux pas considérer ces toubabs qui vivent au Sénégal depuis une trentaine d’années comme des étrangers. Non ! », objecte Penda Guèye. C’est à juste raison. C’est le tourisme qui a changé le visage de Somone et l’a sorti de l’anonymat.

Torino, un quartier huppé au bord de la mer
A Torino, à l’angle de la rue de Café des Arts, trois petites voitures sont immobilisées devant une villa. Des taximen sont à l’ombre des arbres. Ils conversent. Leurs conservations s’interrompent dès que des touristes sortent des hôtels. « Vous avez besoin d’un taxi », lancent-ils sans insistance. Certains déclinent. Ils préfèrent la marche pour les petites courses. Les minutes passent.

Peu de clients viennent demander les services des taximen. Après cette séquence, un couple d’un certain âge se pointe. « Nous voulons aller à Ngasobil », s’exprime l’homme. Deux conducteurs bondissent de leur banc et se proposent de les transporter. Mais l’un des taximen se désiste. Son camarade se charge de leurs incursions pour 30.000 francs Cfa. « La journée est bonne pour lui », confie un des taximen. Depuis quelques années, ce n’est pas tous les jours qu’un taximen rentre avec 30.000 francs depuis la crise d’Ebola. Le secteur du tourisme traîne cette crise comme une séquelle après une intervention chirurgicale. Durant les années 2005, 2006 et 2007 qui sont pour ce conducteur l’âge d’or du tourisme dans la zone, le secteur faisait vivre Somone et d’autres villages. « Lors des excursions dans des villages, les touristes se rendent compte de l’état des besoins des villageois. Une fois en Europe, ils collectent des dons de médicaments et de matériels médicaux et parfois construisent des salles de classe », raconte ce conducteur. Un peu avant, se trouve un autre petit garage non loin d’autres complexes hôteliers. Babacara Dop, originaire de Kaolack, est arrivé à Somone en 1995. Il était attiré par le tourisme florissant. C’est un homme au cœur lourd qui s’est prêté à un jeu de comparaison. « Je vous dis que les périodes où le tourisme faisait vivre ceux qui ne sont pas du secteur est derrière nous. Les touristes ne sortent plus actuellement, parce qu’on a entretenu ce climat d’insécurité. Dans les hôtels, on leur dit de ne pas sortir. La conséquence, les touristes ne dépensent presque pas en dehors des hôtels ou des résidences. Seuls les anciens continuent à faire des excursions », démontre Babacar Diop. Moustapha Diouf, interrogé au restaurant Brise de la Mer, garde en mémoire les années de tourisme de masse en 2004, 2005 et 2006. « A mon avis, le nombre de touristes qui arrivent a beaucoup diminué au cours de ces dernières années. Somone vivait bien de cette activité », a laissé entendre Moustapha Diouf.

Par Oumar Ba et Idrissa SANE ( Textes) et Assane SOW (Photos)

Bug phallique

22 Fév 2018
510 times

La réussite sociale est un chemin pavé d'écueils pour les femmes. Les femmes cadres le savent bien, elles qui peinent le plus souvent à trouver chaussures à leurs pieds tant les préjugés sont tenaces et les hommes… craintifs.  Paradoxe. Une jeune femme belle et aisée doit normalement attirer une foule de charmeurs. On sait, cependant, depuis la publication du livre de Jean Cornut (Pourquoi les hommes ont peur des femmes, Paris, PUF, 2001) que le sexe dit fort entretient des relations ambiguës avec les femmes. Tout fonctionne chez nous comme s'il y avait une sorte de pouvoir misogyne qui incline les hommes à se priver de ces femmes d'un autre standing. Comme si elles étaient des fruits défendus. Une « gynophobia » qui laisse perplexe. Est-ce que parce qu’elles font perdre leur assurance aux hommes ? Ont-ils peur de se retrouver avec une femme chef d’entreprise qui confond le foyer et le bureau ? Ont-ils peur de perdre leur autorité ? Des foules de questions qui n’appellent qu’une suggestion : il faut être ouvert à l’évolution du monde pour franchir le pas. Les femmes seront de plus en plus éduquées puisque les filles sont aujourd’hui meilleures à l’école, elles occuperont plus de responsabilités dans l’espace public et dans l’entreprise. Il faudra faire avec. Et, au rythme où va le monde, c’est le contraire qui sera, dans un avenir très proche, fort difficile : trouver une servante, aimante et très peu spirituelle comme épouse pour perpétuer l’ordre masculin en voie de déshérence sociale. Il faut, certainement, mettre à jour le logiciel sentimental des hommes pour surmonter le grand bug phallique qui s’annonce.

Par Sidy DIOP

Dans le petit royaume des stars montantes, deux jeunes chanteuses tiennent actuellement le haut du pavé. Chacun de leurs albums entraîne un succès colossal, leurs clips sont toujours très attendus et leur vie privée parfois scrutée à la loupe. Si toutes les deux s’adonnent au métier d’artiste depuis longtemps, elles ne présentent pas pour autant la même trajectoire. Adiouza a grandi dans l’ombre protecteur de son père artiste Ouza Diallo. Elle a donc très tôt été vaccinée au virus musical. En plus de cette aptitude, la jeune artiste est partie se renforcer, après son baccalauréat, à travers des études supérieures spécialisées en Musique. C’est également pareil pour Aïda Samb, Gawlo de naissance, elle a grandit sous l’ombre de son grand-père Samba Diabaré Samb. Autre avantage, Aïda a très tôt intégré le mythique groupe de Youssou Ndour, roi du Mbalax qu’est le Super Etoile. D’ailleurs, toutes les deux font preuve de maturité dans leur composition musicale.

Elles mettent en avant une approche très mature qui s’est imposée en l'espace de quelques années. Elles se sont toutes les deux taillées une place de choix dans l'industrie musicale sénégalaise. En fait, elles sont tout simplement devenues incontournables.

Tout le monde connaît la voix incroyable de celle que l'on surnomme Aïda. Mais Adiouza porte également l’une des plus grandes timbres vocales de sa génération. Véritables superstars, les deux femmes font le « buzz » à chaque fois qu’elles mettent un produit sur le marché. Entre Adji et Aïda, il y a toujours eu une certaine course au titre.

Bien que les deux chanteuses ne se soient jamais déclarées la guerre, très diplomatiques, elles se livrent au quotidien à des batailles musicales, à coups de tubes et de clips évènements. Une concurrence vraiment saine !

Oumar BA

Ousmane Dia, artiste plasticien, excelle dans l’art de façonner les métaux. Il aime les assembler en de compositions qui défient les lois de l’équilibre. Son motif de prédilection demeure la chaise : « Le siège du pouvoir et de l’autorité, mais aussi le symbole de l’hospitalité ».

Ousmane n’a pas l’accoutrement d’un artiste. Il porte un costume gris assorti d’une chemise orange. Une sérénité ponctuée d’un sourire éternellement accroché aux lèvres se dégage de son visage. L’homme est avenant ; en atteste sa chaleureuse poignée de main. Point de dreadlocks ; il a la tête rasée. Ousmane Dia dit Odia est plasticien. Ce Sénégalais âgé de 46 ans et natif de Tambacounda vit entre Genève et le Sénégal depuis vingt ans. Formé à l’Ecole nationale des Beaux Arts de Dakar, c’est après l’obtention de son diplôme qu’il se rend en Suisse, à l'École Supérieure des Arts Visuels de Genève pour, dit-il, y passer « un diplôme post-grade » obtenu en 2001. Ousmane capitalise une trentaine d’années dans le monde de l’art. Tout jeune, il ressentait déjà une sorte de manie le poussant à s’exprimer à travers des dessins. Les représentations picturales ont de tout temps constitué une attirance pour lui. C’est d’ailleurs ce qui faisait qu’à l’école, il était souvent désigné dès lors qu’il s’agissait de produire des représentations au tableau. Il se targuait alors du statut de dessinateur « accrédité », pour ainsi dire. La tâche de décoration lui revenait exclusivement en charge. Toutefois, le véritable déclic provient de Jacob Yakouba, un artiste de talent très connu, originaire de Tamba. Le jeune garçon aimait reproduire les œuvres de ce grand artiste. De passage à Tambacounda, il est parti le voir afin de lui montrer les œuvres qu’il avait faites de lui. Ce dernier loue son talent et lui recommande d’aller à l’Ecole des Beaux Arts de Dakar afin d’y subir une formation. « C’est Jacob qui m’a véritablement encouragé à emprunter une voie d’artiste. Il m’a même proposé son appui financier », se souvient-il, très reconnaissant. La formation est générale à Dakar ; lui, très ambitieux, veut se spécialiser dans la sculpture et consent à des études très poussées dans ce domaine. « Or, au Sénégal, la possibilité de passer un diplôme post-grade était inexistante », affirme-t-il. Très passionné, le jeune homme s’oriente vers les écoles d’autres pays. C’est ainsi qu’il postule à différents établissements en France, au Pays-Bas et en Suisse. Il est accepté dans ces trois pays mais décide de se rendre en Suisse, sur les conseils de Joseph Yakouba, informe-t-il. Aujourd’hui, en plus d’être artiste, Ousmane est professeur d’art visuel. S’il n’est pas à l’école pour enseigner, le professeur se renferme dans son atelier imprégné dans son « univers de création ».

Dans ses représentations, Ousmane évoque beaucoup la politique et l’actualité internationale. Quand Nicolas Sarkozy, ancien président de la République Française, avait tenu son discours à Dakar, affirmant que le « noir n’était pas suffisamment entré dans l’histoire», il s’est senti «choqué » et a décidé de faire une performance dans ce sens. Il choisit la Sorbonne à Paris pour la riposte. « J’ai représenté le malheureux discours de Sarkozy sur une immense toile posée par terre. Il y avait beaucoup d’Ambassadeurs à la rencontre. Une fois la toile par terre, j’ai demandé à l’assistance de marcher dessus pour marquer son désaccord. Tout le monde s’est exécuté, en signe de protestations », se remémore-t-il. Il venait ainsi de prendre sa revanche.

La chaise, son objet de prédilection
Un objet de prédilection revient toujours dans les représentations d’Ousmane : il s’agit de la chaise. « C’est un symbole de pouvoir, mais aussi d’hospitalité. Hospitalité, dans le sens où quand on reçoit quelqu’un, la première chose à faire, c’est de lui proposer de s’asseoir. C’est aussi une source de pouvoir dans la mesure où la chaise peut marquer le statut social de la personne. Par exemple, dans un gouvernement, la chaise du président de la République diffère de celle du Premier ministre, laquelle n’est pas identique à celle des ministres, vice-versa, jusqu’à la plus petite échelle », affirme-t-il. La chaise marque le statut social, il y a en même temps l’idée du trône. Il travaille aussi sur la multiplication des objets. Dans cette perspective, il fait souvent appel au fer à béton. Une manière de montrer la solidité qui doit caractériser un pouvoir soutenu par le peuple, évoque-t-il sourire aux lèvres.

Ousmane ne se cantonne pas exclusivement à ses représentations. En moyenne, il revient tous les trois mois au Sénégal. Dans l’idée de réunir les peuples artistiques, il a créée une association qui regroupe des artistes suisses et sénégalais. L’objectif est de construire un pont entre des créateurs issus de ces deux pays. « C’est également une manière de permettre aux artistes de Tamba de pouvoir éclore ». Il est courant qu’il amène dans ce sens des artistes suisses au Sénégal et même parfois des artistes sénégalais en Suisse. « L’association se veut d’être un coup de pousse pour les jeunes tournés aux arts plastiques et visuels ». Il en appelle à une politique plus encadrée afin de faire rayonner l’art visuel au Sénégal. Présentement, Ousmane Dia réalise sa première exposition au Sénégal à la Galerie nationale de Dakar. Le vernissage a eu lieu le 30 janvier dernier. L’exposition s’est poursuivie jusqu’au 17 février. Pour cette exposition, il a décidé de travailler sur l’Article 10 de la Constitution du Sénégal.

« Sur le plan démocratique, le Sénégal, un des rares pays à n’avoir jamais connu de coup d’Etat, figure parmi les exemples », se targue-t-il. Suffisant, à ses yeux, pour chanter fièrement la démocratie sénégalaise. « Il est assez déplorable de constater que depuis quelque temps les gens croient foncièrement devoir s’adonner à la  casse pour se faire entendre, dans le cadre d’une marche par exemple », déplore l’artiste. Ces biens appartiennent en réalité au peuple et non au pouvoir en place.

Et pourtant l’Article 10 de la Constitution du Sénégal encadre tout cela : « Chacun a le droit de s’exprimer, de diffuser librement ses idées, par la parole, par la plume, par l’image, par la marche pacifique, pourvue que l’exercice de ces droits ne porte atteinte ni à l’honneur, ni à la considération d’autrui et ni à l’ordre public ». Plusieurs Sénégalais ignorent le contenu de cet article 10, au regret d’Ousmane. C’est une manière de montrer aux compatriotes qu’ils ont un texte sur lequel ils peuvent s’appuyer pour exprimer leurs désaccords de manière pacifique et légale, rappelle l’artiste.

Oumar BA

Une Afrique de propositions
« On est surpris de constater combien les Peulhs étaient capables même dans la pratique moderne de la chirurgie esthétique. Les Peulhs se faisaient percer les oreilles pour y porter des anneaux. Le poids de l’anneau déchirait parfois le lobe de l’oreille. Il y avait quinze procédés connus pour réparer ces accidents. C’est une erreur de penser que la greffe de peau date du XXe siècle ». Ce rappel historique sort de la bouche de quelqu’un qui a suivi un cursus universitaire classique en médecine, le docteur Erick Gbodossou. Ce Sénégalais d’origine béninoise est de ces âmes qui vont à la rencontre de l’autre sans nourrir le complexe de dévoiler ce qui fonde leur identité. Il est la figure d’une Afrique porteuse d’une dynamique fructueuse et palpitante, d’un continent qui ouvre des voies de salut à l’humanité. Il se bat depuis des années pour faire prendre conscience aux Africains que les sciences endogènes ne doivent pas être cette camelote bonne à parquer dans la remise à dissimuler. Il est un pont, parce qu’il est aussi un scientifique, entre une Afrique porteuse de propositions et la médecine conventionnelle. Il n’a pas choisi la voie de la facilité. Il a décidé, dans un élan altruiste, de se battre pour les siens.

L’homme comme totalité
Cet expert de l’Organisation mondiale de la santé nourrit une réflexion utile et très simple. Quatre-vingt-quinze pour cent (85%) de la population africaine s’adressent à la médecine traditionnelle « aussi vieille que la douleur » pour ainsi parler comme lui. Devons-nous toujours continuer à l’ignorer alors que celle-là conventionnelle a fini de montrer ses limites objectives ? Il n’est pas dans le négativisme ou dans le révolutionnarisme passé de mode. Il n’agit pas par bravade. Il est dans une sorte de médiation, de conciliation de deux sphères de principe. Et l’homme, en tant que totalité, devrait en être la centralité. Le patrimoine matériel et immatériel occupe une place importante dans le raisonnement du président de l’Ong « Promotion des médecines traditionnelles », une institution de recherche culturelle et de diffusion scientifique. L’homme est au-delà de la « bulle » biologique. Il y a quelque chose qui transcende la « chair ».

Pour être en bonne santé, « on a besoin de rire, de pleurer, de manger, de jeûner. La santé est un équilibre. La santé, c’est la plante, les cultes et les cultures », disait-il, un jour, avec force. Les prouesses qu’il a réalisées et reconnues par des instituts américains montrent qu’on est loin, ici, des spéculations d’un illuminé ou des « trouvailles » de la coterie envahissante de charlatans en quête de pitance.

Ethique et humanité
Erick Gbodossou est l’auteur du livre « Ethique, sciences et développement ». L’éthique est au cœur de son action utile. La valorisation de la médecine traditionnelle, son cheval de bataille, n’est pas destinée à afficher ses exploits par pure gloriole. L’humanité anime son geste. Il faut remettre l’humain, doté de spiritualité et être d’émotions, au centre de la médecine face aux échecs des traitements symptomatiques. Le Centre expérimental des médecines traditionnelles (Cemetra) de Fatick plus connu sous le nom de Malango dont il est le fondateur est la matérialisation d’une généreuse idée porteuse d’espoirs pour des âmes désemparées ramassées dans « la poubelle du psychique et du psychosomatique » de la médecine conventionnelle, pour ainsi le reprendre. On y apporte confort intérieur aux malades au-delà de ce que les plantes réalisent comme prouesses.

Le docteur Gbodossou, bien que produit de l’école moderne, ne rejette pas avec dédain le « Ndeup », une ethnopsychiatrie de groupe, ni le vaudou marqueur d’une spiritualité africaine. Il les intègre dans ses solutions face à l’étroitesse de celles-là prônées par le système cartésien. L’Afrique doit inspirer le monde par sa capacité à explorer ses possibilités. C’est ce à quoi s’emploie cette âme d’une touchante persévérance et de convictions inébranlables.

Alassane Aliou MBAYE

Poupées de luxe 2.0

22 Fév 2018
491 times

La bataille de la notoriété fait rage sur les réseaux sociaux où de jeunes filles déjantées rivalisent de hardiesse pour gonfler leur nombre de « followers ».

Les sœurs Sora ne sont pas les seules « jet-setteuses » à occuper le terrain des réseaux sociaux. Au Mali, la fratrie se frotte à la concurrence de Dédé Poulo. D’une extrême beauté, la demoiselle compte bien prendre la place de la « Queen » Sora qui a été primée il n’y a guère longtemps comme étant la personnalité la plus suivie du Mali sur les réseaux sociaux. Très portée sur les boubous traditionnels, la belle Dédé sait mettre en valeur ses atouts physiques, pour le grand bonheur des internautes qui suivent avec attention ses moindres faits et gestes. Elle est appréciée pour ses beaux habits et son physique, certes aguicheur, mais plus proche de la normale et mois artificielle que Diaba Sora. Assez pour que beaucoup se tourne vers cette dernière au moment de faire un choix entre les deux.

Mais celle qui fait véritablement de l’ombre aux sœurs Sora s’appelle Biscuit de Mer, Coco Emilia de son (vrai ?) nom, originaire du Cameroun. Leurs « followers » respectifs se délectent allègrement de leurs nombreuses prises de bec (qui tournent parfois à l’insulte via des réseaux sociaux interposés). Biscuit de Mer, qui se dit influente, compte 210 000 abonnés sur Instagram et 38 000 sur sa page Facebook publique. Coco Emilia est l'une des plus influentes personnalités sur les réseaux sociaux de son pays. Suivie par des centaines de milliers de personnes, la jeune femme aux formes généreuses, à la beauté physique certaine, s'est érigée en véritable décideuse pour de nombreuses jeunes femmes qui rêvent de réussite, de succès, de glamour 2.0... Tout ce champ lexical venu avec l'avènement des réseaux sociaux. A Coco Emilia on ne connaît pratiquement pas d'interview, pas de longues interventions vidéos, pas de passages télé et pourtant la jeune femme fait régulièrement parler d'elle dans le monde people – pour des raisons bonnes ou mauvaises – où elle possède de nombreuses connaissances. En RD Congo, c’est Sonya, 16 ans, l’une des benjamines de la fameuse famille Pembe, aussi appelée « les Kardashian congolais », qui attire l’attention avec 30 000 abonnés sur Instagram. Sa grande sœur, Mareva Pembe, 27 ans, blogueuse mode de son état, compte plus de 11 000 abonnés sur Facebook.

Sidy Diop

Les box braids, la tendance

19 Fév 2018
813 times

Ces nattes graphiques et glamour permettent aux cheveux crépus d’aborder toutes les coiffures de leur choix. En effet, les « box braids » sont des tresses à trois brins classiques, confectionnées à l’aide d’extensions capillaires nouées à la base du crâne. Elles peuvent être fines ou épaisses, selon l’effet recherché.  Il existe de petits bijoux capillaires spécialement conçus pour être fixés sur les tresses. Ils leur apportent une petite touche ethnique, parfaite pour un look fun. Les filles les subliment facilement en attachant également un foulard ou un bandeau autour de leur tête, ou encore de jolies pinces à cheveux que l’on peut utiliser pour apporter un peu de fantaisie à leur coiffure. Ramenées en queue-de-cheval basse ou haute, en chignon serré ou plus flou, ou encore en demi-queue, les box braids peuvent être coiffées de plusieurs façons différentes. Pour aller au boulot, on peut les porter détachées pour qu’elles tombent librement sur les épaules. Il existe d’ailleurs une variété de textures, ce qui permet d’adapter les box braids à la qualité des cheveux. Et pour look plus flashy, les filles adoptent différentes teintes, ce qui permet de mettre des couleurs et de jouer à leur gré.

Moussa Diao : Monsieur pétrole

19 Fév 2018
633 times

Moussa Diao est Ingénieur physicien formé à la prestigieuse école polytechnique fédérale de Lausanne (Epfl) puis à l’institut français du pétrole. Il est «tombé » dans le secteur des hydrocarbures dès l’enfance, avec un père Abdoulaye Diao, négociant de pétrole. Mais contrairement à ce dernier, il a choisi de faire carrière au sein d’une grande société. Séduit par la possibilité de travailler sur le continent, Moussa Diao est envoyé sur des métiers de management à peine un an après avoir été recruté et formé à son poste de trader à Genève : de 2000 à 2002, on lui confie la responsabilité de développer les activités commerciales à Cotonou, où la compagnie vient d’implanter un nouveau terminal pétrolier dédié au gaz GPL, un nouveau produit au Bénin. Puis, il passe sept années à Abidjan, en charge du développement du négoce dans la sous-région. Eminence africaine du milieu du trading sur les bords du lac Léman,  cet ingénieur physicien réputé pour sa mémoire phénoménale des chiffres gère annuellement un portefeuille de plus de 2 millions de tonnes de produits pétroliers (soit un chiffre d’affaires de plus de 1 milliard de dollars) et dirige une équipe d’une dizaine de traders. Il travaille actuellement pour: Addax Energy SA, International Trading Oil and Commodities (Suisse) SA. Une entité qui évolue dans le négoce international, notamment achat, importation, exportation, transformation, stockage, transfert, financement, vente et distribution de matières premières dans le domaine de l'énergie, principalement de pétrole brut, de produits pétroliers, de gaz et de ses dérivés, ainsi que distribution, raffinage et transport de ces matières à l'étranger.

 

Belles, riches et célèbres, ces trois jeunes femmes divertissent les Maliens en racontant leur train de vie dispendieux sur les réseaux sociaux. Leur notoriété dépasse désormais les frontières du pays.

Les sœurs Sora sont au cœur des discussions à Bamako : Diaba, 35 ans, Moussou, 32 ans, et Koudeidja, 22 ans. L’exposition permanente de leur train de vie opulent sur les réseaux sociaux leur vaut le surnom de sœurs Kardashian du Mali, et cela, bien au-delà des frontières de leur pays natal. En moins de trois ans, ces jet-setteuses, portées sur le faste et le voyeurisme tous azimuts, se sont ainsi constitué une large communauté de spectateurs virtuels à l’affût de leurs moindres faits et gestes, pour peu qu’ils aient un smartphone connecté à internet. Moussou est une adepte des escarpins Giuseppe Zanotti, manucurée à point et arborant toujours un tissage impeccable, affiche un style qu’elle décrit comme « chic ». Ajoutez à cela un rouge à lèvres violet électrique, des lunettes de soleil Fendi, une peau décapée, une veste tailleur, des leggins trop serrés, et, bien entendu, une poitrine plantureuse qu’elle laisse volontiers apparaître… « Sexy, c’est ce que je suis », lance-t-elle.

Sa petite sœur, Koudeidja, tranche avec son côté introverti. Tout comme les clichés qui défilent sur son compte Instagram, suivi par plus de 100.000 personnes. Régulièrement en vacances à Miami ou à Los Angeles, la benjamine affectionne les clichés dans de grosses cylindrées. À Bamako, elle est connue pour être la compagne de l’homme d’affaires fortuné Mama Lah, petit-fils du célèbre vendeur de bazin feu Gagny Lah. La vedette du clan est Diaba Sora, suivie par 146.000 personnes sur Instagram. Depuis deux ans environ, elle y affiche ses courbes, ses tenues affriolantes, ses dernières emplettes (chaussures, sacs et autres accessoires griffés Dior, Louboutin, Chanel ou Versace), ses séances de maquillage et la Range Rover dans laquelle elle circule dans la capitale malienne. Les trois sœurs ont dans l’idée de monter une agence d’événementiel et, surtout, une application mobile consacrée au lifestyle et à la mode. Une pluralité d’entreprises à l’image, justement, de leurs idoles, les sœurs Kardashian, dont l’empire doit beaucoup à la téléréalité et… aux réseaux sociaux. Mais quand on les interroge sur la source de leurs revenus, elles bottent en touche.

Une e-réputation transnationale
Cette surprenante notoriété leur vaut aussi quelques rumeurs rocambolesques : un ministre sénégalais aurait proposé à Diaba 1 million de FCfa afin de s’attirer ses faveurs, Moussou aurait été arrêtée à Dakar pour trafic de drogue… Mais le clan Sora fait fi des critiques et de ce qu’il assimile à des ragots, parfois relayés par des médias du pays.

Les sœurs Sora ne sont, cependant, pas les seules jet-setteuses à occuper le terrain des réseaux sociaux au Mali. La fratrie doit, en effet, se frotter à la concurrence de Dede Poulo. Aussi présente sur Snapchat, cette dernière comptabilise plus de 60.000 followers sur Instagram et près de 35.000 abonnés à son compte Facebook personnel.

 

Crédité sous le nom de Aziz Diop Mambéty, de son vrai nom Aziz Diop, guitariste du fabuleux West African Cosmos au milieu des années 70, rat de studio connu pour ses audacieuses collaborations (la bande son du film Hyènes, réalisé par Djibril Mambety Diop, un album avec la chanteuse Amina, entre autres aventures), Wasis l'élégant s'inscrit dans une grande tradition d'artistes voyageurs qui savent apporter à la fierté des sons du terroir d'origine la force du monde qui les nourrit. Certains le voudraient rock, d'autres l'affirment très world. Lui s'estime avoir le droit d'être un Lébou du Sénégal à la recherche d'une nouvelle tradition musicale urbaine... qui murmure l'universalité du monde. Il a plusieurs albums de styles différents, tirés de la synthèse des cultures africaines et autres. D'origine sénégalaise, la musique pour le cinéma et la télévision représente une grande partie de sa production. Il a écrit depuis 1992, la musique de plus d'une dizaine de films africains dont : « Hyènes », « TGV », « la Petite vendeuse de soleil », « Le prix du pardon », « Les couilles de l'éléphant »… « Dans cette vie, rien n'est statique... Le seul danger est de ne pas s'adapter, de ne pas voyager, de rester au même endroit, musicalement ou spirituellement. Notre réponse en tant que musiciens est d'aller de l'avant », se résume-t-il.

Brillant mélodiste
L'aura de Wasis Diop en fait un compositeur recherché jusqu'à Hollywood, depuis qu'en 1999, sa chanson Everything (is not quite enough), est venue habiter l'écran le temps d'une scène du remake de L'Affaire Thomas Crown, avec Pierce Brosnan. Film parfaitement dispensable, mais musique obsédante, capable de supplanter les images chez le spectateur. De fait, dans ce gros budget américain comme dans des œuvres plus intimes, les musiques de ce brillant mélodiste impriment leur marque, installant une atmosphère de quiétude, mais imprimant dans la mémoire autant de photographies sonores.

Musicien de la joie de vivre
Wasis Diop chante le plus souvent en wolof, une des langues du Sénégal. Il se réfère au principe du poète président Léopold Sédar Senghor : savoir d'où l'on vient et ce que l'on peut apporter au monde. Album après album, depuis « Hyènes », son chef-d'œuvre en 1992 qui accompagne le film de son frère Djibril Diop Mambéty et lui a permis de signer chez Universal Music, il transcende la beauté de cette langue, en fait ressortir l'intime profondeur de « sa voix primitive », selon l'expression d'un ami musicien. Avec le raffiné « No Sant », en 1995, puis avec « Toxu », et son « tube » multidiffusé « Samba le berger », sur les mésaventures d'un sans-papiers, en 1998, enfin avec « Judu bék », en 2008, resté injustement confidentiel alors que le titre, qui signifie « joie de vivre », tient largement sa promesse. En 2014, Wasis Diop a ajouté à cette collection un autre album aussi somptueux que passionnant : Séquences, première rétrospective de musiques de films jamais proposée par un Africain (chez Grounded Music).

 

L’année blanche au Sénégal, en 1988, a dévié des trajectoires de vie. Celle d’El Hadj Idrissa Ndiaye, plus connu sous le pseudonyme évocateur de « Chaka », en référence au guerrier Zoulou, à l’époque, élève au lycée Blaise Diagne de Dakar, a emprunté les allées de la renommée au moment de la fureur de la rue qui l’acclamait avant la « disgrâce » qui l’a plongé dans la pègre. Des souvenirs vivaces de ce meneur d’hommes, de grève, devait-on dire, « se restaure » une mémoire collective. Voici raconté ce qu’il a bien voulu partager.


L’assassinat de Sankara, un élément entraînant
« Les événements de 1988 n’étaient pas le résultat d’une stratégie mûrement réfléchie. Ils résultaient d’un sentiment profond, d’un mal-être exacerbé par certaines influences, notamment les courants de pensée. Rien ne pouvait ébranler nos convictions. A cette époque, il fallait parler de Marx, Lénine pour être écouté ! L’année 1988, par ailleurs, était politiquement très chargée. Et l’école, car ne l’oublions pas, le mouvement a été enclenché par les élèves et non par les étudiants, était un espace de remous. Les hommes politiques n’hésitaient pas à s’engouffrer dans cette brèche. Ils avaient leur entrée dans les foyers sociaux éducatifs. Il y avait une certaine instrumentalisation, même si c’est à relativiser, de ces esprits belliqueux qui sont plus victimes qu’agitateurs car la situation sociale devenait de plus en plus difficile. Le système ne semblait pas vouloir prendre en charge nos préoccupations depuis l’indépendance. Nous manifestions notre ras-le-bol. Nos grands frères, très actifs dans le champ politique, aimaient à nous toucher un mot du programme d’ajustement structurel. Mais, je continue de penser que l’assassinat de Thomas Sankara, le 15 octobre 1987, était un élément entraînant même s’il existait déjà un malaise. Il a exaspéré un sentiment de douleur. La jeunesse était persuadée que son idole était liquidée par le système capitaliste. Nous en voulions à Blaise Compaoré qui s’était ligué au système capitaliste pour éliminer un digne fils du continent africain ».

Les premiers soubresauts d’un agitateur
« Après la première partie du baccalauréat, j’ai été orienté au Lycée Blaise Diagne pour passer la deuxième étape. Talla Sylla, qui est un fils de Thiès comme moi, lui, était déjà à Dakar, à l’Université. Il y avait trouvé des cartouchards qui n’étaient là que pour gérer les comités de faculté. Les études étaient le cadet de leurs soucis. Il s’est battu pour mettre fin à cette situation. Il m’en avait parlé. Au lycée Blaise Diagne, les élèves étaient réunis dans une structure. J’en ai créé une parallèle et désigné deux représentants dans chaque classe. Nous l’avons appelée « Comité de lutte pour le droit des élèves ». Le mouvement, qui a été à l’origine de l’année blanche, était très spontané bien que planifié au fil du temps.

En commémoration de l’anniversaire de la mort d’Idrissa Sané, un ami et élève au lycée Djignabo, tué le 11 janvier 1981, près de l’hôpital Principal de Ziguinchor, on a tenu une Assemblée générale au lycée Blaise Diagne. A cette occasion, j’ai tout fait pour que nous puissions regrouper les élèves des lycées Kennedy et Delafosse. Nous sommes parvenus à les déloger avec des cailloux. Nous avons ensuite emprunté le chemin de l’Université avec cette même foule.  Mais, en réalité, c’est Talla Sylla, actuel maire de la ville de Thiès, qui était la tête pensante. Chaka se cantonnait au rôle d’agitateur ». Nous avons délogé les étudiants de toutes les Facultés.  La tentative de résistance de certains étudiants n’a pas prospéré. Au bout de quelques temps ponctués de rudes échanges, nous sommes parvenus à atteindre notre objectif. La première Assemblée générale se tient derrière la Faculté des Lettres. C’est à partir de là-bas que Talla Sylla a, pour la première fois, pris la parole. Nous étions parvenus à renverser la tendance. Il était plus courant de voir des étudiants déloger des élèves ».

« D’enfants agités » à trublions de la République
De fil en aiguille, le mouvement a pris de l’ampleur. Nous avons d’abord décrété une grève de 48 heures renouvelables. Il faut également souligner que l’Etat ne nous prenait pas très au sérieux au début. Les autorités nous taxaient « d’enfants agités ». C’est juste un proviseur de Lycée qui nous rencontrait. Le mouvement, avec la situation sociale difficile, a fini par prendre une grande ampleur. Lorsque l’Etat en a pris conscience, il a pris les devants. Il y a eu des arrestations.  Nous étions suivis. Des policiers en civil nous avaient même infiltrés. Certains d’entre eux prenaient même part aux réunions.  C’est ainsi que j’ai été arrêté après une Assemblée générale alors que je rentrais tranquillement chez moi. J’ai été cueilli par des éléments en civil qui m’ont amené au commissariat de Dieuppeul avant de me libérer. Ils voulaient en plus savoir sur nos intentions.
Les menuisiers, les mécaniciens, les chômeurs…venaient répondre à l’appel de « Chaka Boom- Boom » !  Le peuple endurait une grande souffrance et profitait de ces occasions pour se livrer à des casses.  A vrai dire, notre objectif était de créer des fronts de refus face aux limites de l’action politique. Les policiers ont essayé par tous les moyens de nous soutirer des informations mais nous avons su tenir tête ».

Les audiences, les 3 millions et la bamboula !
« En 1988, nous nous sommes appuyés sur la Coordination des élèves de Dakar que j’avais trouvée déjà créée pour atteindre notre objectif. Il fallait, dans un premier temps, composer avec ses premiers membres en attendant de trouver mieux. Nous avons exercé « l’art de la manipulation » pour arriver à notre fin. Je savais pertinemment que tôt ou tard, les choses allaient s’empirer. Iba Der Thiam, à l’époque ministre de l’Education, est un cousin. Mais on n’a jamais évoqué ce lien de parenté. C’est un intellectuel très libre.  Lors de notre premier rendez-vous, il s’était fait représenter par son directeur de Cabinet. La rencontre a capoté. Nous avions posé des préalables qui n’ont pas été respectés. La réunion s’est terminée en queue de poisson. Le lendemain, Iba Der Thiam démissionne du gouvernement d’Abdou Diouf.  Il disait ceci dans un article paru dans le journal Walfadjri : « je ne veux pas mettre de l’huile sur le feu ». En ce qui me concerne, je crois qu’Iba Der Thiam n’était pas d’accord avec les modalités de résolution du problème.

Des autorités avaient déjà approché certains membres de la Coordination des élèves de Dakar. Il y avait des tentatives de corruption en échange de la levée du mot d’ordre de grève.  Il faut également reconnaître qu’un Mouvement requiert de l’argent et nous n’en avions pas. Nous étions comme des saltimbanques sans le sou qui s’agitaient pour caricaturer un peu. Il fallait des tracts, se nourrir dans la clandestinité entre autres charges.  Nous avons été reçus, à la suite du député-maire de Guédiewaye, Macky Sall, chez lui, à Sacré cœur, par le ministre André Sonko qui nous a mis en relation avec le ministre de l’Intérieur, Jean Collin. Ce dernier nous propose, séance tenante, le baccalauréat à condition de sortir du Sénégal.  Nous étions au mois de février. Le député maire de Saint Louis, Chimère Diaw, était dans la salle ce jour-là. Trois millions de Fcfa nous ont finalement été remis.  Au sortir de cette audience, mes camarades m’ont unanimement demandé de lever le mot d’ordre de grève. J’ai catégoriquement refusé ! Pour moi, cet argent dont nous avions réellement besoin ne devait pas mettre fin à la lutte malgré la somme importante encaissée. Le soir, muni de cet argent, je faisais le tour des boîtes de nuit à bord de la voiture du père d’un ami nommé Alioune Diagne. Les gens se sont mis à raconter que je me suis acheté une voiture avec l’argent de l’Etat.  En Assemblée générale, j’ai pris la parole pour dire que le gouvernement nous a bien remis de l’argent. J’ai également précisé que cela n’allait en rien entamer notre engagement ». Mais, cet épisode avait fini de créer un malaise dans nos rangs ».

L’éclipse, Talla Sylla et le meeting de Wade
« Je n’ai jamais été dépassé par les événements. Mais, en un moment donné, je me suis dit qu’il fallait laisser la situation entre les mains de Talla Sylla, parce que je me sentais un peu grillé par cette histoire de corruption. On peut l’appeler ainsi. Ma parole était désormais sujette à des doutes alors que Talla Sylla a toujours été constant et attaché à ses principes. Moi j’étais l’agitateur alors que lui était l’artiste.  Il tenait bien « ses gosses » à travers le mouvement des élèves et étudiants et, parmi eux, beaucoup d’hommes politiques aujourd’hui. J’ai senti que si je ne m’éclipse pas en sa faveur, le doute allait s’installer. Je me suis effacé. Il faut toutefois signaler qu’on n’a jamais été à la solde des politiciens. Mon slogan était « on ne verse pas la masse dans la tasse ». La masse était hétéroclite. Fondre le mouvement par exemple dans le Parti démocratique sénégalais aurait ressemblé à une trahison de son esprit même si Abdoulaye Wade en a un peu profité pendant un moment. Nous avions quelques contacts avec lui mais, personnellement, je n’ai jamais été libéral. Talla Sylla a joué un rôle historique dans la survenue de l’alternance. Si Abdoulaye Wade a eu à tenir un meeting à Niarry Tally en 1988, c’est grâce à nous. Tenir un meeting de l’opposition à l’époque, ce n’était pas évident. Talla Sylla a été le premier à parler d’alternance avec « Jeunesse pour l’alternance (Jpa) » qu’il avait créée.

Agresseur et chef de gang à Grand Dakar
« Après l’année blanche en 1988, c’est la descente aux enfers. Il y avait un vide. J’étais dans une sorte de malaise. Mystiquement, au risque de paraître paranoïaque, je crois que j’étais atteint parce que je faisais trop de bêtises. J’ai arrêté les études. Je suis tout simplement devenu un bandit à la tête d’un gang à Grand Dakar qui agressait les gens. Mon nom, jadis source d’admiration, suscitait désormais la peur. Je me suis « recyclé » après 1988. Je suis resté sur cette mauvaise pente jusqu’en 2000. Sous le ton de la boutade, je disais que c’est moi qui avais été alterné. Par la grâce de Dieu, j’ai quitté la pègre, cet univers malfamé au grand bonheur de ma mère qui prenait de l’âge. Elle avait besoin de compagnie, d’être rassurée. J’ai fondé une famille. La mienne m’a toujours soutenu. Talla Sylla, même s’il a toujours été de l’autre côté, a été constant dans l’amitié qu’il me voue jusqu’à, aujourd’hui. Au début, c’était difficile avec les gens. Mais je les comprends. C’est moi qui étais de l’autre côté. Quand on quitte la marge, le regard de l’autre est toujours pesant, oppressant. Cependant, je ne regrette rien parce que les expériences servent toujours à quelque chose. Il m’arrive de revoir, par hasard, mes anciens compagnons de « petits crimes » mais ils respectent mon choix de vie ».

Par Alassane Aliou MBAYE et Oumar BA, Photos : Pape SEYDI

PROFIL D’UN REPENTI
Dans le récit de vie d’El-Hadj Idrissa Ndiaye dit « Chaka », se nichent des pans entiers de la mémoire collective. Ses souvenirs d’un temps fiévreux refluent à l’évocation de l’année blanche de 1988, ses prémices et son corollaire. Il n’en tire pas fierté inconvenante. Il ne se laisse pas ronger par le regret non plus. Sa métamorphose n’exprime ni l’un ni l’autre. C’est juste « une nouvelle étape » de sa vie qui lui permet de fixer un horizon nouveau. Sans doute moins embrumé que le temps agité de 1988 qui avait fait de lui le trublion de la « masse déchaînée ».

Chaka, le « Zoulou » sénégalais qui ne manie plus « l’épée », est né en 1965 à Thiès. Il fait sa scolarité à Grand Thiès Randoulène 2 puis au Lycée Malick Sy. Des établissements scolaires des régions de Louga et de Ziguinchor ont également accueilli le garçon d’une certaine fougue. Au lycée Blaise Diagne de Dakar, cette ardeur ne s’émousse point.  Dans ces laboratoires de « formatage », on décèle très vite son caractère d’agitateur. Le bouillonnement politique de l’époque en rajoute à son audace. « Déjà en 1981, nous étions, se souvient-il, très actifs dans les mouvements de jeunesse du Parti africain de l’indépendance (Pai). Nos aînés comme Alioune Badara Sidibé, Alioune Touré, aimaient à nous parler du Marxisme-léninisme, de l’imminence d’une révolution ». Et d’autres théories encore qui captivaient ces esprits jeunes passés de « petits perturbateurs » à « agitateurs de la République ». A côté d’eux, « Y’en a marre », c’est un « machin de petits bourgeois » (sic). Ni plus ni moins. L’Est, qui s’effritait, avait fini de créer ses guerriers sous nos cieux. Il fallait s’aligner. Et Majmouth Diop, homme politique, exerçait un certain attrait sur cette jeunesse qui avait besoin d’un accotoir idéologique » solidifié par le pouvoir de fascination de l’actuel maire de Thiès, Talla Sylla, « l’intello » de cette jeunesse « râleuse » à l’époque.

« Lors des événements de 1988, « Talla Sylla, qui était à l’Université, s’occupait des étudiants. Moi, des élèves, puisque j’étais au Lycée Blaise Diagne. Il était l’artiste du mouvement grâce à sa carrure intellectuelle. Moi, j’en étais l’agitateur », souligne-t-il, le regard figé. 1988, pour Chaka, c’est l’effervescence d’un instant où se déploie une touchante humanité et se déroule le drame d’une vie de combat et de perdition. Sous les acclamations capiteuses de la rue, se durcissait une âme en divagation. Au lendemain de l’année blanche, sa vie prend un tournant glissant. Les cris d’enthousiasme font place à la peur. « Je suis devenu agresseur à la tête d’un gang à Grand Dakar. C’est comme ça que je me suis recyclé », se rappelle-t-il le visage serein et le débit régulier. Invraisemblable recyclage. Après avoir appartenu à la pègre pendant des années, Chaka a quitté la marge pour se fabriquer un destin avec la petite famille qu’il a fondée et à côté de son vieil ami, Talla Sylla, qui ne l’a « jamais lâché ». Idrissa Ndiaye est, aujourd’hui, employé à la mairie de Thiès où, ironie du sort, on loue son esprit de conciliation. Il est un rescapé d’une fiévreuse aventure collective et personnelle qui l’a fait grandir en sagesse.

 Par Alassane Aliou MBAYE et Oumar BA, Photos : Pape SEYDI

Last modified on lundi, 19 février 2018 15:34

Coumba Gawlo vs Viviane Chidid

19 Fév 2018
713 times

Difficile de comparer Coumba Gawlo à une artiste de sa génération. Elle a le chant dans le sang. Pas comme ces filles qui se forcent à pousser la chansonnette pour faire le buzz ou pour exister dans un monde qui célèbre à la fois les originaux et leurs pâles copies. On en a vu qui vendent leur généreuse poitrine, d’autres qui exhibent leurs belles jambes ou leurs affriolantes rondeurs. Coumba Gawlo n’est pas de ce monde. Sa belle plastique est pour elle un détail, mais son talent s’impose à tous. « Voix d’or du Sénégal » à 14 ans déjà, elle est la première artiste sénégalaise à décrocher le très couru disque d’or (son album Yomalé produit en 1998 lui a valu un double disque d’or (Belgique) et de platine (France). Gawlo de naissance, la diva qui compte plus d’une trentaine d’années sur la scène musicale sénégalaise est devenue un symbole pour beaucoup de jeunes filles qui commencent à croire qu’à force de travail, la réussite peut sonner à toutes les portes. Artiste aux récompenses nombreuses, Coumba Gawlo a décidé de mettre son aura au service des bonnes causes. Et, récemment, elle a enfourché le cheval de la lutte contre la migration clandestine. « Rester en Afrique, y travailler et y réussir » est son nouveau slogan qui mobilise nombre de jeunes en quête de réussite. Elle n’a jamais voulu s’exiler malgré les opportunités et sa réussite est typiquement africaine. De quoi inspirer les plus jeunes.

Quid de Viviane Chidid ? La jeune mbouroise a fait une entrée fracassante dans la sphère musicale sénégalaise en intégrant le Super Etoile de Youssou Ndour. Son mariage avec Bouba Ndour ainsi devenu son manager et ses premières productions ont révélé une artiste de grand talent, mais sa musique, réplique « mbalakhisée » de grandes chansons comme « Shama lama ding dong » d’Otis Redding, manquait d’originalité. Paradoxalement, son divorce avec son mari de producteur semble lui avoir montré la voie. Son dernier opus, «Wuyuma»,  aux sonorités panafricaines, à mi-chemin entre R&B et mbalax a été enregistré entre Dakar, Paris et Los Angeles. « Mon ambition est d’aller encore plus loin dans ma musique », déclarait-elle lors d’une récente conférence de presse donnée à Dakar dans le cadre de la sortie de son dernier single, Yakaar. Elle ne regrettera certainement pas d’avoir chanté « Mariage forcé » dans cet album. Dans ce succès musical, la chanteuse fait un plaidoyer contre le mariage des jeunes filles. Ce tube a pesé sur la balance dans le choix d’ONU Femmes qui a nommé l’artiste sénégalaise ambassadrice de l’organisation. Viviane ne cache pas son ambition. Elle voudrait être la deuxième artiste sénégalaise à décrocher un disque d’or. Un objectif largement dans ses cordes. Coumba Gawlo a montré et débroussaillé le chemin : le mbalakh pur et dur ne mène pas loin. Il faut s’ouvrir au monde pour élargir son horizon.

 

« Qu’il le veuille ou pas, je peux parler comme Zidane et Maradona qui sont les patrons des équipes de France et d’Argentine. Je suis le patron de cette équipe du Sénégal et de son football. Aliou Cissé ne pourra pas me fermer la porte ». Alors que l’on croyait l’entente cordiale entre les membres de la génération 2002 qui a fait briller le foot sénégalais au Mondial, voilà que de grosses craquelures y apparaissent en plein jour. En effet, celui qui se fait appeler malicieusement le « lion insoumis » ne perd jamais une occasion pour brocarder son ancien coéquipier et capitaine dans la tanière. Le double ballon d’or africain trouve que le problème de l’équipe nationale dont le jeu ne fait pas vraiment rêver, « c’est Aliou Cissé » et non les joueurs « qui sont pétris de talent ». Selon El Hadj Ousseynou Diouf, son ex-coéquipier n'écoute pas les critiques. « Aliou croit qu’il a toujours raison ». Un de prêté, deux de rendu. Le rugueux milieu défensif qui coache l’équipe nationale de football sait encaisser les coups. Mais il les rend avec un égal bonheur.

Critiqué, parfois houspillé, coach Cissé s’accroche à sa baraka et tient bien le gouvernail : « Quand je lis certaines choses, je préfère en rigoler. On veut me parler d’ouverture ? Mais de quelle ouverture me parle-t-on ? Il faut être sérieux. Je ne peux pas m’ouvrir à tout le monde parce que j’ai aussi des idées. Il faut me laisser les mettre en place ». Et de répondre plus frontalement à Diouf. « Toute ma vie, j’ai été dans le milieu. J’ai été critiqué en tant que joueur, maintenant c’est en tant que sélectionneur. Ce n’est pas quelque chose qui m’empêche de vivre ». 

Avec la qualification du Sénégal au Mondial 2018 en Russie, Aliou Cissé a remporté la première manche, mais Diouf reste à l’affût, prêt à rebondir sur tout faux pas des « Lions ».

Des pirates ont propagé un code Javascript malveillant bloquant les ordinateurs, appelant alors à composer un numéro surtaxé afin de redémarrer le système…

Utilisateurs de Google Chrome, soyez vigilants. Un code Javascript malveillant circule actuellement et peut infecter le navigateur, rapporte les chercheurs spécialisés de Malwarebytes.

Ne pas appeler le numéro
Les internautes touchés reçoivent un message d’alerte leur indiquant que leur ordinateur est bloqué ou infecté, et sont invités à appeler immédiatement la « hotline Microsoft » – un numéro évidemment surtaxé. Les pirates visent spécifiquement des utilisateurs de Chrome sous Windows. Pour rendre leur piège plus vrai que nature, les pirates ont créé un code Javascript afin de bloquer réellement le système. Le virus lance le téléchargement de plusieurs milliers de fichiers grâce à la fonction « window.navigator.msSaveOrOpenBlob ». La mémoire et le processeur commencent alors à saturer. En quelques secondes, le navigateur se fige.

Pour débloquer votre système, ne composez pas le fameux numéro : il suffit d’ouvrir le gestionnaire de tâches en appuyant simultanément sur les touches « Ctrl-Alt-Suppr » et fermer manuellement le navigateur. Pour éviter d’être importuné à nouveau, Malwarebytes recommande d’installer un bloqueur de publicités sur Google Chrome.

Terrorisme insidieux

12 Fév 2018
538 times

Le Sénégal est, décidément, un pays de paradoxe. La venue de la star américaine Rihanna a provoqué l’ire de la nouvelle congrégation des Ayatollah de notre pays. « Persona non grata », ont-ils défendu à longueur d’émissions sur la FM, le menton tremblant. La pauvre est ainsi mise au ban de notre société pour sa capacité supposée à pervertir la jeunesse. Pays du « Guddi town », du popotin en vrille et des grandes agapes du Grand théâtre, il y a sûrement des sujets plus enthousiasmants pour le Sénégal et pour ces « porte-parole de Dieu » que le déhanché de Rihanna.

Il ne faut pas croire que le terrorisme dit « jihadiste » consiste seulement à se faire exploser au milieu d’innocents ou à vider sa kalachnikov sur de paisibles passants. Non, il y a un autre type de terrorisme plus insidieux qui empêche les gens de vivre par des fatwas sans prise sur le réel. Il faut refuser la privatisation de l’islam.

Par Sidy DIOP

C’est connu, les rappeurs, pour bon nombre d'entre eux, ont un ego surdimensionné. Dans le «rap Game», lorsqu'on veut s'imposer, il faut savoir montrer les crocs et protéger son territoire. Parce qu'une rime bien sentie peut vous transpercer comme une balle, quoi de plus normal que de voir un rappeur malmener un rival dans une chanson? Omzo Dollar et Dip se sont donnés en spectacle, il y’ a de cela quelques mois. Ils se sont envoyé quelques invectives via leurs textes.

C'est une version 2.0 du conflit entre Tuppac et Biggie les morts en moins. Étalée sur les réseaux sociaux, violente, mais, surtout, lucrative, la guerre entre les deux rappeurs a fait parler autant qu'elle a fait vendre. Est-ce une opération marketing? Le public se questionne. Rappel des faits. Pour le compte de son concert au Théâtre national Daniel Sorano, à l’occasion de l’anniversaire de sa mixtape «Beuss Niki Tay», Dip avait invité Canabasse sur le titre «Tarr Mbédj». Le rappeur fondateur de Buzzlab avait alors lancé des piques à l’endroit de son hôte. Dip, le rappeur de Grand-Yoff, apparu récemment dans le milieu avec une révolution de par ses textes décide de se faire justice, en s’attaquant à son tour aux rappeurs phares du label de Canabasse. Dans sa ligne de mire se trouve Omzo Dollar. Les problèmes commencent à naître via les réseaux sociaux avec une vague de partie prise de fans et «amateurs». La réponse d’Omzo Dollar, à la mesure de l’attaque, ne s’est point faite attendre. Une réplique salée. Cet épisode démontre à souhait que les internautes et passionnés du rap continuent ainsi de vivre ces rivalités entre rappeurs qui font partie intégrante de cette musique jeune. Nous sommes en 2018. Bien que les rappeurs continuent à se mettre des bâtons dans les roues, seulement maintenant, c’est à d’autres fins.

On enregistre moins de diss tracks, procédé parfois long et coûteux, qui présente en plus un risque artistique. C'est sur les réseaux sociaux que les rappeurs se livrent bataille. L'avantage est le caractère instantané de l'attaque, qui se fait devant des témoins qui peuvent eux-mêmes réagir et participer au clash. L'inconvénient, c'est que tout ça se passe bien souvent en dessous de la ceinture, pour des motifs plutôt puérils. Un grand changement qu’a connu les clashs de rap par rapport à l’époque sont les réseaux sociaux. Alors qu’avant les paroles déterminaient le «rappeur le plus « chaud», aujourd’hui, ce facteur passe au second plan, si internet en décide autrement. C’est pour cela qu’il devient important pour un artiste de se construire une forte communauté d’internautes.

Le style « nappy » (ou la contraction de « naturel » et « happy ») est de nouveau tendance. Cela consiste à afficher une chevelure coiffée / décoiffée la plus naturelle possible.

Et si les cheveux afro ont longtemps souffert de tissages, lissages et autres défrisages, les crinières se libèrent désormais avec la tendance « nappy ». Un mouvement capillaire qui prône le retour au naturel ! Plus encore, elles laissent libre court à des coiffages qui font le buzz sur la toile. En fait, pour certaines filles, l’époque des lissages est révolue, ou du moins, tendrait à l’être ! En témoignent les cheveux de la chanteuse, nouvellement mariée Adji Ouza, qui affiche toujours une jolie touffe afro. Le « nappy » est un effet de mode certes, mais il est surtout beaucoup plus sain pour la santé des cheveux crépus. Il faut dire que quand on voit le traitement lourd que les femmes font subir à leurs cheveux, il était temps de changer… la preuve le défrisage qui a longtemps été la coqueluche des magasins perd du terrain. Les femmes troquent les produits capillaires lissants contre les produits aux ingrédients naturels, comme les huiles végétales. L’huile de jojoba, de coco ou encore de ricin, hydrate et redonne souplesse et brillance à la chevelure. Ce n’est pas tout, le « nappy » est également un acte militant pour la plupart d’entre elles. Car, afficher ses cheveux afros au naturel, c’est revendiquer ses racines. Un retour au naturel, sous forme de militantisme, qu’on adore.

D’autant plus que les cheveux laissés au naturel, c’est juste splendide !

Par Absa NDONG

Les footballeurs ont bon goût

12 Fév 2018
533 times

Maman Mbaye, la fille du célèbre guitariste du Super Etoile de Youssou Ndour, actrice de la série « Mbettel », a dit « oui » au défenseur international sénégalais de Lorient (L2 française), Zargo Touré. Le colosse rugueux stoppeur de Lorient n’a pas résisté aux yeux de biche de la superbe liane. Quelques jours plus tôt, c’est Pape Ndiaye Souaré qui avait mis le grappin, le dimanche 28 janvier dernier, sur une jeune femme d’affaires répondant au doux nom de Lorita Seck. Cette dernière est dans le milieu du business avec notamment une boutique de vêtements à son nom.

Avant ces nouveaux amoureux, Cheikh Mbengue avait réussi à poser son baluchon dans la famille de Thione Ballago Seck en décrochant la très belle Binetou Seck. Tout comme Ibou Touré, footballeur international sénégalais qui évolue actuellement à Al Nasr Dubaï avait réussi à faire plier la très courtisée mannequin Adja Diallo.

Quelques années plus tôt, en juin 2015, le footballeur sénégalais Papiss Cissé avait fait parler de lui sur les réseaux sociaux, par l’intermédiaire de son ex-petite amie, Rachelle Graham, ancienne Miss Newcastle. Selon elle, l’attaquant de Newcastle lui aurait annoncé qu’il partait en France en vacances. Quelques jours plus tard, via les réseaux sociaux, elle apprenait que Papiss venait d’épouser une autre femme. L’heureuse élue est la volleyeuse internationale sénégalaise Awa Diallo. Comme quoi, nous footballeurs ont bon goût.

Sidy Diop

Abdou Khafor Touré dit refuser les compromis. Il ne veut non plus pas jouer la victime. L’homme dit défendre une posture ouverte et transfrontalière et cela même en politique.

Notre première rencontre avec Abdou Khafor Touré a lieu dans l’enceinte de la Chambre de commerce de Dakar, à l’occasion de la cérémonie de lancement d’un logiciel des Petites et moyennes entreprises (Pme). L’ancien libéral, ex porte-parole de la fédération des cadres libéraux est depuis quelques temps nommé Directeur technique des opérations au Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip). M. Touré remplace à ce poste Idrissa Diabira actuel Directeur général de l’Agence de développement et d’encadrement des Pme (Adepme), société qui a organisé la rencontre. Sa présence se justifie donc doublement. D’une part, il est le remplaçant de l’initiateur de la cérémonie, d’autre part, ils sont désormais frères de Parti. Abdou Khafor Touré, sans nous connaître, nous reçoit le visage empreint d’un sourire. Il nous serre chaleureusement la main, sans même pour autant déceler nos véritables intentions. En politique aguerri donc, il ne se focalise pas sur les préjugés. Il sait pertinemment devoir compter sur le soutien de tout le monde, pour pouvoir se mettre au devant de la scène. Sur ce plan, la leçon est bien sue. Il a le visage carré, le teint d’ébène, un sourire naturel qui laisse entrevoir des dents toutes blanches. Sa taille est imposante, sa corpulence développée. Il affiche on pourrait le dire, la bonne mine.

Abdou en est convaincu. Il fait partie de cette génération qui, sous peu, portera le legs de la politique sénégalaise. Son âge relativement jeune lui permet de sereinement et valablement se lancer dans cette perspective. Son parcours politique aussi. Pourtant, Abdou Khafor Toure n’est pas né avec une cuillère en or dans la bouche. Il a vu le jour dans la banlieue dakaroise où il passe le plus clair de son enfance. Il est ce qu’on pourrait appeler un « boy Guédiawaye». Nous sommes en 1974 lorsqu’il vient au monde. Il se définit comme «un fils du Sénégal ». Normal, serait-on tenté de croire, vu qu’il est sénégalais. Non, à travers cette précision Abdou Khafor Touré attire l’attention sur le fait qu’il a vécu « dans plusieurs localités du Sénégal ». Né  à Dakar, il a passé une partie de son enfance à Ziguinchor. Il a également vécu à Joal, Mbacke entre autres. «C’est parce que mon père était fonctionnaire de l’Etat. Au gré de ses affectations, il se déplaçait souvent avec sa famille. Cette situation m’a permis de vivre dans plusieurs localités», se réjouit t-il.

Très jeune déjà Abdou Khafor Touré était actif dans les mouvements estudiantins. Il est délégué de l’Amicale des étudiants à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. C’est dans cette prestigieuse Université qu’il obtient d’ailleurs sa licence en Histoire. Une fois la licence en poche, il se rend en France. Là, il intègre sur concours l’Institut d’Administration des Entreprises de Tours (Iae). Il en ressort avec le Master en gestion des entreprises. Il a également passé un diplôme à Science Po de Paris. C’est au sein de l’Ucad de Dakar qu’il côtoie des personnes comme Aliou Sow, ancien ministre sous Wade, Yankhouba Diattara, leader au Parti Rewmi, Mamadou Lamine Keita, ancien ministre sous Wade.

« Nous avions cette fibre commune de nous lever devant ce que nous jugions arbitraire. Ensemble, nous avons mené plusieurs combats de principes au sein de l’Ucad en tant que étudiants », relève t-il. Les compères vont d’ailleurs se retrouver au sein du Parti démocratique Sénégalais (Pds). Ensemble, ils cheminent d’abord, pour la conquête du pouvoir. Ensemble, ils ont également occupé des postes stratégiques, dans le gouvernement libéral.

Orateur né
Le Sénégal de la politique a découvert cet homme sous les couleurs du Pds. Son Parti était alors au pouvoir. Cette posture ne l’empêchait guère d’aller là ou on a besoin de lui, pour «débattre de la marche du pays ». Il est propulsé à la tête de l’Agence Nationale pour l’Emploi des Jeunes (Anej) et connaît sa première fulgurance gouvernementale. Il fera indubitablement partie des jeunes cadres du Pds qui auront le plus marqué à travers leur présence médiatique. En débatteur prévenu, il a cette approche de toujours asseoir son argumentaire sur des chiffres, résultats et prévisions, au cours des discussions. Il n’a pas la trempe de ces politiques qui mobilisent à chaque meeting. Sa force se trouve sur son argumentaire. Il l’a d’ailleurs très tôt compris. Cette donne l’amenait à ne point hésiter dés lors qu’il s’agit d’aller débattre. Il le faisait bien déjà alors qu’il était au pouvoir. Il l’a mieux fait une fois qu’il s’est retrouvé dans l’opposition. Khafor a donc su exister à travers le petit écran. Mais, d’où lui vient cette capacité à souvent être à l’aise sur un plateau ? Lui informe avoir par le passé milité dans les organisations de société civile. Il se rappelle avoir par exemple été dans l’organisation Forum Civil alors dirigé par Mouhamadou Mbodj.

Abdou Khafor Touré après avoir claqué la porte du Parti Démocratique Sénégalais (Pds) confiait dans les colonnes de l’Observateur du 03 mai 2016 les raisons de sa démission. «Après quatre ans, nous nous sommes rendu compte, la mort dans l’âme, qu’il y a de l’immobilisme dans le parti (Pds). Il y a un refus du changement et aujourd’hui, le Pds qui devait être la locomotive de l’opposition en est le wagon », soulignait-il. Balayant «les ambitions carriéristes» qu’on lui prête, il assure de la sincérité de sa démarche. «Je sers à la marche de mon pays quelque soit l’endroit et la station occupée », souligne t-il. Sur la table du bureau d’un de ses anciens camarades du Pds trône une photo personnalisée où les deux anciens compagnons de Parti se laissent immortaliser un moment de pur partage. Petite trace d’un long compagnonnage, dit-il, préférant garder l’anonymat. «On ne s’est pas parlé depuis qu’il a quitté notre navire», jure t-il.

Pourraient-ils retravailler ensemble un jour? «Je ne pense pas, ça serait difficile. Je ne me vois pas de nouveau travailler avec ceux qui m’ont abandonnés.» Puis, il regarde au mur l’image, et lance, sans amertume: «elle était belle cette photo, quand même !» Fin de partie ?

Oumar BA

Voudrait-il se rappeler au bon souvenir des Sénégalais et surtout du président de la République qu’Amath Suzanne ne s’y prendrait pas autrement. Après une longue période de silence, le Coordonnateur du Réseau national des enseignants Apr, a renoué avec les déclarations fracassantes comme il en a habitué les Sénégalais. Sa cible : Khalifa Sall, qu’il a accusé, sans fard, d’avoir fomenté un coup d’Etat qui visait le régime en place. Un des complices du maire de Dakar aurait même été arrêté dans un pays étranger. Rien que ça ! A côté de cette accusation grave, le qualificatif de « délinquant financier » qu’il accole à Khalifa Sall relève de la broutille.

C’est que, le Secrétaire général du Syndicat des enseignants du préscolaire et de l'élémentaire (Sepe) n’est pas du genre à s’accommoder de langage diplomatique. D’ailleurs, c’est comme ça que les Sénégalais l’ont découvert à la veille de la deuxième alternance lorsqu’avec son compère Youssou Touré, il s’est fait défenseur de son mentor politique Macky Sall. L’Apr et ses alliés au pouvoir, l’ancien volontaire de l’éducation est casé à l’Assemblée national comme Conseiller technique du président Moustapha Niasse. Il n’y fera pas long feu. Se mettant à critiquer vertement le président de l’hémicycle, Amath Suzanne Kamara est défenestré au bout d’un an. Faisant feu de tout bois comme à son habitude, c’est le ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam, qui sera la cible de ses foudres langagières en 2014 au plus fort des préparations des Assises de l’Education. Le tort du ministre, ne pas l’avoir impliqué dans l’organisation de cet événement. Même Youssou Touré, son compagnon de l’époque des vaches maigres, n’échappera à ses foucades. Après lui avoir contesté, à coups d’accusations de détournement de dizaines de millions, le poste de Coordonnateur du réseau national des enseignants Apr, il arrivera finalement à le lui chiper l’an dernier. Et ce n’est pas Me El hadji Diouf, un autre « Lucky Luke » de la parole, qui nous démentira.

Lui qui, lors d’une plénière à l’Assemblée nationale en 2016, a reçu en pleine figure les attaques d’Amath Suzanne Kamara.

Elhadji Ibrahima THIAM

L'entreprise américaine vient de faire breveter un système de bracelets pour les salariés de ses entrepôts. Une manière de "faliciter le travail" estime l'entreprise.

Après les casques de Lidl, bientôt les bracelets d'Amazon? Selon une information du site spécialisé GeekWire, repérée par Mashable, le géant américain a fait breveter un système de bracelets pour les salariés de ses entrepôts.

Le groupe pourrait ainsi, explique ce site, surveiller où les employés posent leurs mains. Et corriger leurs gestes par un système de vibrations. Concrètement, si l'employé place ses mains au mauvais endroit au moment de la collecte, le bracelet pourra se mettre à vibrer.

De son côté, l'entreprise fait savoir que "les spéculations autour de ce brevet sont infondées [...] L'objectif d'un bracelet, si un jour il devait être utilisé, est de faciliter le travail de nos collaborateurs au sein des centres de distribution. Placer un équipement de ce type au poignet aurait pour effet de libérer les mains et le regard des collaborateurs, qui n'auraient plus à manipuler de scanners ou à consulter d'écrans."

Dans son brevet, Amazon met en avant les potentiels gains de productivité que devraient permettre les bracelets en faisant gagner aux salariés du temps et de l'efficacité. Mais dans une analyse, le Guardian juge plutôt que qu'ils transformeront "un personnel mal payé en 'robots humains' qui devront effectuer des tâches d'emballage répétitives aussi vite que possible pour atteindre des buts déterminés par des ordinateurs de poche". Ce genre d'innovation est déjà utilisé dans les entrepôts d'autres grands groupes. C'est le cas par exemple chez le géant du hard-discount Lidl, qui équipe ses salariés d'un casque audio, comme l'a montré le documentaire de Cash Investigation diffusé en septembre dernier. Équipés de ces casques, les préparateurs de commandes doivent suivre à la lettre les ordres donnés par un robot à commandes vocales.

Dans sa jeunesse, Hitler était un homme très différent de ce que nous apprenons dans les livres d’histoire aujourd’hui, et son premier amour était bien juif ! Dans ses jeunes années, Adolf Hitler tomba amoureux d’une fille juive âgée de 16 ans, Stefanie Isak. Toutefois, Hitler n’était pas aussi gras comme il se présente à nous aujourd’hui. Il n’a jamais abordé directement cette femme. Au début de son obsession par cette dernière, il lui écrivait des lettres et des poèmes sans jamais avoir de réponse. Il n’a jamais eu le courage de se rapprocher de cette jeune femme et son obsession ne cessa pas d’augmenter, ce qui lui a engendré une dépression à cause du rejet de ses lettres d’amour, Hitler a même songé à se suicider, et qui sait peut-être que cette jeune femme est la source de sa rage envers la communauté juive…


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.