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Soleil Grand Air (602)

Guéréo : Un paradis si enclavé

12 Fév 2018
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Les premières maisons de Guéréo semblent offrir une disposition étagée sur les flancs de la colline Cap de Naz, appelée « Toundou Gorgui ». Sur cette élévation se trouve le génie titulaire qui veille sur le village où les prêtres ont fait escale lors de la quête de lumière qui les a conduits à Popenguine. Sur sa partie basse, entre les mangroves, les élévations et les dénivellations dunaires, de belles villas et des complexes hôteliers poussent comme les champions. Mais le village n’est pas encore sorti de l’auberge.

Sur la route de Popenguine en venant de Sindia, c’est à Kiniabour que l’on vire. C’est par une piste latéritique carrossable et jonchée de nids de poule longue de 7 km que se découvrent les habitats de Guéréo. Ces maisons sont bâties sur un sol rocheux sur le flanc de la chaine de collines. A partir de la place publique vaste et entourée de maisons, le regard sur la partie Nord Est, offre une disposition étagée des maisons sur le flanc de la colline appelée ici « Toundou Gorgui ». Sur la pointe la plus avancée de la mer, la colline est le tampon naturel avec la cité religieuse de Popenguine. Il est aussi le pont entre les deux villages fondés par des Lébous. « C’est ici que les prêtres se sont installés en 1880 avant de partir s’établir à Popenguine », raconte Lamine Dione.

Un nouveau pôle touristique en gestation
Guereo 3Leur escale et leur départ pour Popenguine font l’objet de deux interprétations. Pour certains, la lumière que les prêtres cherchaient se trouvait à Popenguine. Pour d’autres, le génie tutélaire de Guéréo est musulman. Ces genres d’interprétation foisonnent dans les livres de légendes en Afrique. En tout état de cause, c’est sur la cime de la colline Cap de Naz que se trouve le génie qui veille sur Guéréo, un village peuplé de musulmans. « Entre 1939 et 1945, c’est sur le sommet de la colline que les Alliés avaient installé leurs canons. C’est sur cette colline que se trouve le génie du village », rapporte Monsieur Diouf, un militaire originaire de Guéréo qui se promenait dans les abords.

Le relief n’est pas homogène. Loin du génie tutélaire, vers la lagune, un climat doux accueille les visiteurs. Les dunes sont coiffées par de belles villas. Des maisons roses avec une forme de case se distinguent au milieu d’une belle verdure sur la dune. En bordure de mer, d’autres villas à l’architecture exotique, avec des jardins et des arrière-cours verdoyants rappellent les résidences d’une bourgeoisie. « La plupart de ces maisons appartiennent aux Libanais. Certains viennent uniquement pour passer le week-end. Nous assistons à une vente des terrains.

Beaucoup de personnes viennent ici pour en chercher », explique Ibrahima Faye, dans l’arrière-cour d’une villa aux portes et fenêtres encadrées dans des briques en terre battue, aux lignes tanguant entre l’architecture nubienne et les formes architecturales cubiques. Le village de Guéréo est resté longtemps isolé du fait de l’inexistence de routes praticables. Ce terroir qui regorge de ressources halieutiques, de sites historiques et de belles plages est devenu depuis quelques temps une destination privilégiée pour gens nantis. Avec ses atouts géographiques qui lui confèrent une proximité avec la capitale, Gueréo a de quoi attirer des gens en quête de calme. D’imposantes villas inoccupées. Des maisons vite transformées en hôtels les week-end. « Ceux qui ont acquis des terrains construisent des maisons de repos exclusivement consacrées à leur famille et aux amis », relève Modou Ndione. Il est le jardinier, en même temps gardien de cette belle demeure située en bordure de mer.

Des maisons inhabitées en bordure de mer
« Les propriétaires sont des Libano-sénégalais », informe t-il. « La famille ne manque jamais l’occasion de venir se ressourcer ici pendant les week-ends », souligne-t-il. Un peu plus loin, des demeures du même standing sont visibles. Elles font toutes face à la mer. Certaines appartiendraient à des étrangers qui ne viennent au Sénégal qu’une fois par an, pour les vacances, informe Modou Ndione. Sur ces collines et près des vases, des villas sont éparpillées entre les élévations et les bas-fonds dunaires. Les résidents peuvent choisir soit d’orienter la devanture de leur maison vers la mer, soit vers la lagune. L’hôtel « Les Manguiers de Guéréo » est déjà en service. La construction d’un autre complexe a été suspendue. On invoque les risques potentiels de perturbations des écosystèmes. « Le village s’agrandit. Mais son potentiel économique est sous-exploité. A Guéréo, nous avons l’avantage d’avoir une vue sur la mer et sur la lagune », se vante le chef de village, Diallo Ndione. Ses ancêtres, les fondateurs, sont originaires du Baol. Tous étaient des musulmans sauf Gana Ndione. C’était au XIV ème siècle.

Si le village est sorti de l’obscurité, il souffre encore de son enclavement. Les préjudices sont énormes. C’est le cœur empli d’émotion que le chef de village ouvre cette triste page de l’histoire.

« De Toubab Dialaw à la Pointe de Sangomar, c’est le seul village de la Petite Côte qui n’a pas de route goudronnée. Nos pêcheurs préfèrent aller s’installer à Palmarin ou Joal où ils peuvent écouler plus facilement leurs poissons. Nous avons plus de 150 pirogues. Une boulangerie moderne avait ouvert ses portes ici. Le propriétaire versait près de 2 000 000 de francs Cfa de salaire aux fils du village. Mais il était obligé de fermer parce que ses voitures de liaison avaient une durée de vie qui ne lui permettait pas d’amortir ses investissements », regrette le chef de village.

Les villageois ont décidé de prendre leur destin en mains.

Du moins si les autorités ne tiennent pas leurs promesses de construction de la route au plus tard au mois d’avril 2018. « Lors de notre dernière réunion, les fils du village ont décidé que chacun donne au moins un sac de ciment. Nous avons pris la décision de construire notre route avec les moyens de bord », dévoile le chef de village. Au plan sanitaire, Guéréo n’est pas mieux loti. La première structure sanitaire de référence pour les 17.500 habitants est un dispensaire si l’on se fie au chef de village. Pourtant Guéréo est devenu aujourd’hui par la force des choses un nouveau pôle touristique.

Par Oumar BA, Idrissa SANE (textes)
et Assane SOW (photos)
Last modified on lundi, 12 février 2018 08:28

Le producteur de cinéma Harvey Weinstein est tombé aux Etats-Unis, victime de souvenirs tardifs d’actrices dont beaucoup ont certainement cherché ses faveurs pour faire avancer leur carrière.

En France, le brillant prêcheur musulman Tariq Ramadan, terreur des médias mainstream, a été mis en examen pour « viol » sur des femmes au récit bien flou et peu convaincant. Et tant d’autres encore. Cette vague puritaine qui a quitté les rivages de l’Amérique portée par le hashtag Me Too, a frappé les côtes de l’Europe (en devenant Dénonce ton porc, en France), risque de briser la relation naturelle qui a toujours existé entre les hommes et les femmes. L’homme est sur le point d’être un gibier de chasse à courre dont le moindre regard posé sur une femme peut déclencher la sonnerie du cor. Si le viol est un acte indigne qui doit être sévèrement puni, la notion d’ « agression sexuelle » qui est le plus souvent utilisée par les accusatrices pour tourmenter leurs bourreaux désignés est des plus extensibles. Cela va du regard insistant à la conjonction sexuelle imposée, en passant des seins effleurés, des fesses pincées ou un baiser refusé sans compter les affabulations. Et le plus grave dans tout cela, point n’est besoin de faits irréfragables, mais une simple accusation suffit pour couvrir un homme d’opprobre et même briser sa carrière.

L’adolescente timide et mal dans sa peau, devenue femme peut puiser dans cette période lointaine de sa vie et accuser un professeur qui lui donnait de mauvaises notes. Tout comme une postulante à un emploi dont le dossier a été rejeté peut dire que l’employeur a cherché à bénéficier de ses faveurs sexuelles.

Dans ces sociétés, un système dystopique est en train de se mettre en place en créant un champ de mines dans les relations sentimentales entres hommes et femmes. Un pays scandinave exige même la signature des deux partenaires comme preuve de leur acceptation pour éviter une accusation de viol après coup. C’est pour condamner ces dérives ridicules qu’une centaine de femmes françaises dont Catherine Deneuve et Brigitte Bardot ont signé une tribune. Mme Deneuve défend même « la liberté d’importuner » des hommes. Chez nous, cette nouvelle Inquisition dont les hommes sont au ban des sorcières n’a pas encore cours même si mimétisme aidant, cela n’est pas à exclure. Nous devons protéger les femmes et filles de notre pays contre les prédateurs sexuels mais gardons de déclencher une guerre des sexes, étrangère à notre culture africaine.

Par Ibrahima MBODJ

Eclectisme
Elage Diouf, chanteur sénégalais établi au Canada, cultive l’éclectisme. Son rythme est d’ici et d’ailleurs. Il est de tous les horizons, de toutes les sensibilités parce qu’il offre avant tout cette sensation forte de traversée d’un fleuve de larmes, d’exultation où le néant et le tumulte se croisent. Il a réussi, sans altérer l’éclat des mélodies de son terroir, à concilier les sonorités du monde, pour donner à savourer la magnificence des « produits » de croisement. L’enfant des Hlm nous projette dans la destinée de son art qui est un univers de rencontres et de renouvellement constant.

Sa musique éclectique évoque une pluralité, un métissage en même temps qu’elle fixe, dans la mémoire sonore, les rythmes de son royaume d’insouciance. Il vogue entre le pop, le blues, le folk soumis à la fureur de l’« Asiko » pour montrer une « hybridité exquise » ; celle dont sont capables les esprits ouverts.

Fusion
Récemment, l’interprète de « Dekoulofi » a fait un tour au Sénégal, terre de ses premières prouesses, et nous est revenu avec un album remix « Back to Jolof » (comme s’il l’avait quitté) et a gratifié les publics dakarois et saint-louisien d’instants de délices. De fusion, devrait-on dire. Elage Diouf ne chante pas pour les foules en délire. Il entonne son répertoire de merveilles avec elles.

Il a ce qui fait défaut à beaucoup d’artistes sénégalais : cette capacité à décloisonner l’espace de chant du rossignol et celui des oreilles jouissives. Il crée un spectacle de fusion, fait du public un acteur de la scène, un créateur d’émotions, un «sécréteur » d’adrénaline. Son sourire charmant, de charmeur peut-être, mêlé à la fureur des percussions qu’il dompte à merveille, son talent, sa voix pure et enchanteresse en rajoutent à la fascination de spectateurs en communion.

Et reconnaissance
Elage Diouf a rehaussé la fierté des siens. Sur son allée de grâce et de succès, il a gardé ce qu’il y a de plus précieux chez les hommes itinérants, leur identité, sans laquelle l’œuvre plonge dans l’anonymat. Il y a un peu plus de deux décennies, il est parti au Canada, terre d’Amérique qu’il a enchantée et qui lui vaut d’y être célébré. Cet homme de corpulence imposante a collaboré avec plusieurs artistes comme Carlinhos Brown, Peter Gabriel et Andrés Cepeda, André « Dédé » Fortin et son groupe, les Colocs. Son premier album, « Aksil », sorti, en 2010, au Canada, lui a valu bien des éloges de la critique. Le deuxième, « Melokaane », où il collabore avec Johnny Reid, confirme qu’il n’est pas dans la fulgurance mais bien dans cette constance des génies qui se bonifient, dans le temps, par le travail. Cette production est nominée dans la catégorie Album de l’année – musiques du monde au Gala de l’Adisq. Elle lui permet également d’être finaliste au prix Charles-Biddle. Le Canada l’honore à travers le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec qui lui remet une attestation officielle pour sa contribution exceptionnelle au développement culturel et artistique québécois. Elage Diouf est une âme itinérante qui, de par son œuvre, représente les valeurs de l’universel.

On dit souvent que le Burkina Faso est le pays des hommes intègres. C’est certainement parce que tous les hommes qui y vivent le sont tous. Dans notre cher Sénégal aussi, pays de la Téranga qui se glorifie d’être le champion de l’hospitalité, tous les hommes sont bons. Il suffit, pour s’en rendre convaincre, d’aller aux funérailles d’un proche qui sont souvent des moments de pures réjouissances. On se rassemble, pleure avec tout le cinéma qui va avec, verse des larmes de crocodile, cancane ensuite, s’empiffre, se rince la dalle, rigole. Puis, place aux multiples témoignages à l’endroit, tous plus beaux les uns que les autres. On liste toutes ses qualités, sans jamais évoquer ses défauts. Le défunt est toujours bon. Eh oui. Qu’il soit imam ou mendiant, voleur ou violeur, pédophile ou pervers, agresseur ou vagabond, proxénète ou ivrogne, truand ou escroc, il était bon, aimable, bienveillant, chaleureux, pieux, gentil, généreux, aimait son prochain. Il était ceci, il était cela. C’est à croire même que tout le monde dans ce pays est bon. Et le plus cocasse, c’est qu’on attend toujours que la personne trépasse pour faire tous ces témoignages qui frisent parfois l’hypocrisie. Tout le monde joue le jeu, à commencer par l’imam. C’est sûr que du fond de leur tombe, ces gens (les mauvais qu’on a qualifiés de bons) qui sont partis pour le dernier voyage se gaussent chaque fois qu’ils entendent les balivernes débitées sur leurs comptes.

Au cours de mes pérégrinations, j’ai rencontré, dans le Fouta des profondeurs, un érudit qui a refusé de diriger la prière mortuaire d’un défunt pour la simple raison qu’il ne l’avait jamais vu prier, donc ne pouvait aucunement attester de sa croyance en Dieu. Chose très rare ou même exceptionnelle dans notre cher pays où l’hypocrisie a pris quartier dans nos vies et s’y est installée de façon chronique.

« L’hypocrisie est un mensonge timide et bas ; le mépris est sa punition», disait Jean François de la Harpe. Mais dans notre société où les fondements sont ébranlés par les mensonges, on ne tarit pas d’éloges en présence de nos patrons, de personnes qui peuvent nous rendre un service. Pour gagner leur confiance, on sort de nos bouches ce qui n’existe pas dans nos cœurs. On est tout aussi prompt à critiquer, blâmer et dévorer de notre langue fourchue une personne absente. De même, certains aiment qu’on leur dise que ce qu’ils aiment entendre et pour ne pas les frustrer, on évite de leur dire des vérités qui les dérangeraient. On préfère les arroser de mensonges qui résonnent bien dans leurs oreilles. On est dans l’hypocrisie tant qu’on continue sur cette voie. Mirabeau ne croyait pas si bien dire en disant que « L’hypocrisie cache, sous le masque de la piété et de la bonne foi, le punissable dessein de tromper ». Car être hypocrite, c’est aussi faire semblant d’être ce qu’on n’est pas et d’avoir ce qu’on n’a pas. Par orgueil et par crainte de ne pas être perçu comme on le voudrait, on a tendance à nous laisser ronger par ce fléau. Mais on peut bien tromper les hommes, pas le Seigneur qui est plus proche de l’homme que sa veine jugulaire. Même Satan sait reconnaître les hypocrites.

« Pour combattre l’hypocrisie, les meilleures armes sont la franchise et la simplicité », disait Saint Vincent de Paul. Vaincre les racines d’hypocrisie ancrées dans nos vies est bien possible. On peut y arriver en vivant dans la vérité et en menant une vie pure, dénuée de toute fourberie et duplicité. Il faut aussi que notre amour, notre amitié, notre jugement et nos sentiments soient sans hypocrisie. Et réussir à nous débarrasser de cet incommodant désir de toujours paraitre meilleur que nous ne sommes et d’éviter de toujours montrer une image de nous-mêmes qui ne reflète pas la réalité.

Samba Omar FALL

Rien de mieux pour se changer les idées que de changer de tête. Sûrement inspirées par certaines stars américaines, les filles sont toujours sur le qui-vive dès qu’il s’agit d’adopter une nouvelle tendance. Elles s’en sont données d’ailleurs à cœur joie cette année.

Le carré, la « it coiffure »
A la hauteur des clavicules, il est facile à vivre et idéal à tous les âges. A peine dégradé sur les pointes, le carré long conserve des lignes pures et un maximum de densité. Les filles craquent aussi pour la version rock, un peu plus courte, au niveau de la mâchoire, qui dynamise les traits du visage et booste le volume des cheveux fins. La coupe courte dégradée est idéale pour un look moderne. Bien effilée, cette coupe très dynamique apporte un maximum de relief à la chevelure. Les chuteset la nuque, légèrement plus longues que le reste des cheveux, adoucissent l’ovale du visage. L’atout de cette coupe courte est qu’elle permet aux filles de se coiffer d’une multitude de façons, froissée, gominée, lissée, crantée…Mais la coupe boule a également fait un retour en force et Mbathio Ndiaye l’adopte à merveille. Elle consiste à raccourcir les côtés et la nuque et à laisser le dessus de la tête un peu long. Elle se porte de façon très naturelle, sans ruptures entre les côtés et le dessus de la tête.

Le carré plongeant par ailleurs fait aussi son chemin. Il est la coupe intemporelle, sexy sans prise de tête, et sans risque. Il est tellement tendance qu’il est régulièrement adopté par les jeunes filles. En effet, le carré plongeant a l’avantage de s’adapter à tous les visages. C’est aux adeptes de la mode, de trancher entre une version courte ou longue qui apportera plus de douceur. Avec ou sans frange, flou ou ultra lisse, elles peuvent se faire plaisir ! Classique et moderne à la fois, cette coupe fait partie des incontournables. Faussement sage, elle accorde à celles qui la portent du caractère. Les filles l’amadouent avec des ondulations parfaitement travaillées donnant du mouvement à la chevelure. Le détail en plus est la raie de côté ! Elle offre un air de « femme fatale » contrairement à l’effet petite fille sage de la raie centrale.

PAr Absa NDONG

Au fil des années, Amy Sarr Fall s’est faite un nom dans le paysage médiatique sénégalais. Découverte du parcours d’une jeune femme atypique qui ne cesse d’agrandir son cercle de sympathisants.

Il y a deux catégories de personnes, les causantes, jamais à court d’idées et d’emportements. Et puis, il y a les pudiques : moins elles en livrent, mieux elles se portent. Amy Sarr Fall, fondatrice de l’agence de communication « Mondialcom », appartient à la seconde catégorie. Elle est comme on l’imaginait : accueillante, communicative, démonstrative, sans façon, mais réservée par moment. Aucune surprise, ce qui ne veut pas dire que c’est une déception. Amy Sarr Fall est discrète quand il s’agit de parler de sa vie « personnelle », disponible pour parler de « comment améliorer la vie des couches vulnérables ». Dans l’exercice, elle se distingue par sa retenue. Pas de coups de gueule intempestifs, pas de lamentations, pas de joies déplacées. Des mots sensés, un sujet maîtrisé, une voix suave et posée. Au premier abord, un discret mécanisme semble se déclencher chez elle. Son regard timide se fige. Elle semble effrayée par l’ombre d’une impalpable menace que personne ne peut identifier. Cela ne dure que le temps d’un battement de cils, et c’est comme si cette « militante des œuvres sociales », comme elle aime à se nommer est habituée à affronter les projecteurs. Elle ne s’inquiète point de se retrouver livrée à la curiosité tranquille d’un voisinage qui lui était il y a quelques minutes encore méconnu. Amy Fall donne le sentiment qu’elle se réfugie dans un monde où « les coups bas sont exclus » ou « on pense exclusivement de bien d’autrui, jusqu’à preuve du contraire ». Le bail des paniques résilié, tout va pour le mieux. Les réponses sont ouvragées, sérieuses, précises. Des évitements ou plutôt de « la prudence », il y en a aussi. Au détour des échanges, le rire sonne parfois haut et clair. Amy Fall qui refuse de dévoiler son âge « au risque que cela constitue de frein » dans la perception qu’on a d’elle, dit qu’elle est l’aînée d’une fratrie composée de trois enfants : elle, un petit frère et une petite sœur. La famille « nucléaire », dirait-on.

Militante du monde
Amy se voit plutôt comme l’archétype d’une jeune animée par l’unique fibre militante qui défend la cause de la classe des plus démunis. Elle est devenue un exemple de cette génération où la gloire se conquiert à travers rencontres, œuvres sociales, mais également sur Internet. Et oui, elle capitalise sur son compte Facebook plus d’un million de « Likes ». Des personnes qui la suivent quotidiennement. « C’est réconfortant sentimentalement, je me suis rendu compte que je faisais partie de la vie des gens, au bout de ces ans passés à me préoccuper de leur sort », se réjouit-elle, avant d’ajouter « le meilleur reste à venir ».

Des pays, des civilisations et des perceptions différentes du monde, Amy en aura connu beaucoup. Après avoir bouclé son cursus scolaire jusqu’à l’obtention du baccalauréat au Sénégal au Lycée international Bilingue Ouest African College, elle se rend en France pour continuer ses études supérieures. Elle étudie à l’Université américaine de Paris située dans le septième arrondissement de la capitale française qui regroupe plus de 100 nationalités et à peu prés 1000 étudiants où elle obtient sa double licence et une maîtrise en communication globale en administration des Affaires Internationales.

L’environnement était assez particulier car là bas se retrouvent essentiellement des fils de… Pourtant, la dame dit se sentir très respectée malgré qu’il y avait encore cette curiosité autour de l’Afrique. « L’image qu’ils ont de l’Afrique est celui d’un continent très démuni », note t-elle. De fait, quand ils vous abordent, c’est comme s’ils partaient vers l’inconnu, poursuit-elle. Cette stigmatisation qui était partie pour être un inconvénient sera vite transformée en avantage par la jeune étudiante. « Je dégageais l’image bâtie sur un socle sûr de valeurs sénégalaises. Je persistais au fil des années dans la sincérité de ce que je suis », note-t-elle. Je m’étais de fait étiquetée « Amy from Sénégal », se souvient t-elle. Quand elle faisait campagne pour le bureau des étudiants on l’appelait « Amy from Sénégal ». C’était devenu une sorte d’identité. Le nom est resté ancré. Cette approche était une manière pour elle d’affirmer certes sa différence, mais également de réclamer sa fierté, à travers ses origines.

Dans cette prestigieuse école essentiellement fréquentée par des fils de richards qui se garaient en « porches » ou « Lamborghini », elle prenait son bus ou son métro. « Je ne pouvais pas me permettre de lorgner ce luxe quand je sais d’où je viens. Un pays sous développé où les gens ont du mal à joindre les deux bouts, où des personnes décèdent à défaut de pouvoir s’offrir une ordonnance salvatrice qui ne coûte pas grand chose ». Elle se dit alors qu’il fallait étudier et redoubler d’efforts. « Le but n’était pas de perdre ma revanche sur la vie en m’offrant le même luxe, mais plutôt de retourner au pays pour servir », précise-t-elle.

Au détour de la discussion évoquant sa grand-mère paternelle et non moins homonyme, elle a tenu à rendre un hommage à une « femme d’ombre et d’abnégation ». « Je suis la petite fille d’une femme rurale qui a perdu la vie en voulant donner la vie. Elle vivait dans un village où chaque matin, elle s’adonnait aux travaux champêtres. Quand on me raconte des anecdotes, car je ne l’ai pas connue, je me rends compte que c’est une personne très généreuse. J’essaye de marcher sur ses pas sans la connaitre », souligne-t-elle.

Musulmane, elle s’intéresse à la spiritualité mais croit beaucoup en l’homme, « qui constitue le remède de son prochain ». « J’ai cessé de croire à l’attentisme en me disant que l’Etat va tout faire à notre place, surtout que nous trainons beaucoup de retards par rapport à l’Occident », souligne-t-elle. Un exemple, lorsqu’il s’est agi de délocaliser Mariama Bâ, cette « école d’excellence », elle se souvient s’être personnellement impliquée avec d’autres amis afin cette « école historique » reste à Gorée. L’homme est le remède de l’homme, uni nous parvenons toujours à nos fins, répète-t-elle.

Début d’une carrière
Après ses études, Amy se retrouve aux Etats-Unis. Elle est admise dans une entreprise d’IT comme chargée de communication et d’expansion des activités du groupe dans le tri-state-Erea. Elle se destine alors à une belle carrière dans la communication travaille avec de « prestigieuses boites américaines » ce qui lui « permet de découvrir l’Amérique dans sa profondeur en faisant le tour des 52 Etats », informe-t-elle. Contre toute attente, quelques années plus tard, elle fait le voyage inverse et retourne au Sénégal, pour tenter sa chance dans la communication. Elle crée sa propre structure de communication « Mondialcom » et lance son magazine « Intelligence », puis « Ambitions ». Son ascension bâtie « sur du vide » est en train de se cimenter. Elle ne semble plus craindre l’adversité, ni se laisser déstabiliser par les revers. Se prononçant sur les motivations qui l’ont poussé à s’invertir dans la communication, Amy note aimer le contact avec des gens.

« Je pouvais, à mon retour, travailler dans de grandes structures, les propositions ne manquaient pas et les salaires étaient plutôt bons. Mais, je voulais également m’adonner à des actions sociales, voilà pourquoi j’ai choisi de travailler pour mon propre compte ». Et la politique ? « La politique c’est bien, mais la presse devrait plus s’intéresser aux questions sociales ou à défaut que le traitement de l’actualité politique soit le lieu pour permettre aux uns et aux autres d’instaurer des échanges constructifs », affirme-t-elle. Selon Amy Sarr Fall, le sensationnel est très présent dans le traitement médiatique de notre pays. Celle qui mène souvent des interviews avec les plus puissants de ce monde tient à masquer ses préférences. On ne saura rien non plus pour son vote en 2012. « Je pense que je n’ai pas besoin de m’engager politiquement pour servir mon pays. Je suis déjà en train de le faire. Quand on aime son pays, on ne se préoccupe pas du futur, on agit juste sur le présent, à partir des moyens dont nous disposons ». Que nous réserve son discours à l’avenir ? Wait and see !

Oumar BA

Ni dreadlocks sur la tête. Ni gourdin. Encore moins de Patchwork. Pape Sylla est un Baye Fall qui passe presque inaperçu. Mais, il suffit qu’il parle pour que transparaisse, dans ses propos, une certaine mysticité enveloppée dans une connaissance approfondie de la philosophie Baye Fall. Il a adopté celle-ci depuis sa jeunesse au détour d’une longue quête qui a fait de lui, pendant longtemps, une âme rebelle.

Pape Sylla est de ces individus dont la trajectoire est à la fois poignante et plaisante. Il aborde son récit de vie avec une légèreté fascinante sans s’abstenir de clamer ses convictions profondes de Baye Fall et d’Africain. Il est de ces hommes qui sont dans une perpétuelle quête de ce qui fait sens à leurs yeux. Il a fini par trouver son allée de sérénité intérieure et de béatitude dans la voie Baye Fall en se libérant d’un carcan académique qui lui promettait, selon le conformisme social,un avenir confortable. Le bonhomme, d’un abord facile et d’une densité saillante, est un disciple de Serigne Massamba Fall depuis 1987. « La rencontre mystique », pour reprendre son jargon ésotérique, s’est faite après une longue « divagation » intérieure.

Pape Sylla, né 1957, à Louga, a grandi à Rufisque où son père, enseignant de formation au moment des indépendances et plus tard directeur de la Formation des cadres et du Centre national de formation et d’actions, était en service. Il y a vécu l’essentiel de son enfance. Après avoir réussi son entrée en sixième à Rufisque, il est sélectionné pour aller poursuivre ses études à l’Ecole normale supérieure, à l’époque, un lycée d’application. Ici, le jeune garçon commet son « premier délit d’insoumission » à certaines règles tacites qu’il jugeait anormales dans cet établissement d’excellence. « Après la classe de 5ème, j’ai voulu quitter. C’est moi-même qui ai créé les conditions de ma sortie parce que j’ai pris conscience de certaines réalités qui rendaient difficile mon épanouissement. Je faisais Lettres classiques dans ce lycée français. Il y avait un distinguo entre ceux qui faisaient Lettres modernes et Lettres classiques. Dans cette dernière classe, il n’y avait pratiquement que des Français contre un seul en moderne. Les conditions d’enseignement n’étaient pas les mêmes ». Première rébellion.

Rien à apprendre en France !
Pape Sylla décide alors de poursuivre ses études au Lycée Blaise Diagne. Il y reste jusqu’en classe de Première, année où les vieux démons le rattrapent. Il se sent à l’étroit. Le système éducatif ne l’enchante point. « C’était un jeu ! On nous racontait des histoires ! Et j’ai décidé d’arrêter tout ça, d’aller voir ailleurs ». Deuxième révolte.

Le père, surpris par cette décision, se donne la peine de connaître les ambitions que nourrit le rejeton. Celui-ci veut aller en France pour découvrir un autre univers d’apprentissage.Tenace, il arrive à poursuivre ses études à l’Ecole supérieure de journalisme de Paris, en 1981. En deuxième année, il claque la porte. Tout simplement. « Je me suis dit que je n’ai rien à apprendre ici ».
En France, cet esprit rebelle découvre les poèmes de Serigne Moussa Kâ et s’abreuve aux théories de Cheikh Anta Diop. Paf ! Le retour au pays est inéluctable ! « J’ai ressenti la nécessité de retourner au Sénégal pour retrouver ce que je jugeais avoir perdu. C’est ce que j’ai fait, en 1983. Mon père pensait que j’étais venu passer mes vacances au Sénégal. Pour lancer une boutade aux gens, je leur disais que je suis revenu faire mon second cycle ». Le cycle spirituel sans doute ! énième désertion de ce rebelle indomptable.

Dès son retour, il se rend à Diourbel pour faire vœu d’allégeance au petit-fils de Cheikh Ibra Fall, Cheikh Fall « Bayub Goorgni ». Au décès de celui-ci, en 1984, il renouvelle cet acte à son fils aîné, Serigne Moustapha Fall, qui quitte également ce monde un an plus tard. Il s’ensuit deux ans de méditations jusqu’à cette nuit qui fonde le compagnonnage avec son guide, Serigne Massamba Fall « Borom Ngathie ». Il en dit ceci : « Serigne Massamba m’a été montré la nuit vers cinq heures du matin dans quelque chose que je ne peux pas appeler un rêve. Quand je l’ai vu, j’ai couru et lui ai donné ma main qu’il a soulevée. Il a posé ses mains sur mes épaules en marchant, avec moi, gaiement. Nous sommes arrivés à un lieu où il y avait un cercle dans lequel étaient assis mon père et mon grand-père. Au réveil, j’étais convaincu que c’est l’allée que je devais emprunter ».

La rencontre se fait, en 1987, à Rufisque, où le marabout avait beaucoup de disciples. Et depuis, le guide et le talibé suivent le même cheminement mystique.« Avec les responsabilités familiales et professionnelles, je me suis assagi », confie-t-il, heureux de voir son fils aîné, faire allégeance, à son insu, à Serigne Massamba Fall, son homonyme. Le rebelle assagi, amoureux de la nature, partage aujourd’hui son temps entre l’agriculture, le commerce, l’élevage…et Ngathie Fall même s’il vit à Dakar.

Alassane Aliou MBAYE et Oumar BA (textes)
Ndeye Seyni SAMB (photos)

Ngathie Fall est un hameau qui se trouve à quelques encablures de Ndiago, petite commune du département de Guinguinéo dans la région de Kaolack. Chaque année, pour célébrer le Magal éponyme, des centaines de fidèles empruntent une longue route latéritique ceinte par une végétation herbeuse couronnée de quelques arbres « rabougris » où paissent vaches, chèvres et ânes.Au beau milieu de ce « bled », est dressée une tente imposante reposant, en partie, sur un pan de mur orné de deux portraits physiques du père de Serigne Massamba, Serigne Modou Moustapha Fall (fils de Cheikh Ibra Fall) et de son demi-frère, Cheikh Fall « Bayub Goorgni ».

Ngathie Fall est devenu, au fil des âges, le produit d’une alliance intelligente entre la chefferie traditionnelle et le pouvoir religieux. Fondé par une famille Ndiaye originaire du Baol, ce village enclavé de la commune de Ndiago dans le département de Guinguinéo est mis en lumière par une figure religieuse, un petit-fils de Cheikh Ibra Fall, Serigne Massamba Fall « Borom Ngathie ». Il y organise, avec ses disciples Baye Fall, le Magal annuel de Ngathie Fall devenu, aujourd’hui, un univers de célébration de la philosophie Baye Fall, du merveilleux et de « l’inhabituel ».

Un homme de taille courante, entouré d’une cohorte révérencieuse et admirative, s’avance en procession solennelle vers des fidèles dans un état de grande exaltation. La majestueuse tenue blanche du guide spirituel, Serigne Massamba Fall, petit-fils de Cheikh Ibra Fall, est en harmonie avec ses cheveux contrastant avec la noirceur de sa peau. La fureur des tam-tams se joint à la valse des rayons du soleil pour exciter davantage les bandes dévotes aux dreadlocks interminables dont la chorégraphie (Doukat) est un temps de délectation, de transe et d’accomplissement d’un rituel mystique.

On est à Ngathie Fall, espace de sublimation où se déploie la spiritualité Baye Fall. Ici, univers de frénésie, de syncrétisme religieux et philosophique, les âmes s’affranchissent du conformisme du « dehors » sans en faire des centurions de la transgression. Sur une des nombreuses et pittoresques clôtures en paille des modestes habitations voisinant avec des jujubiers « se perche » cette note : « Interdit de fumer ».

Instant d’exaltation
Ngathie Fall 2Ngathie Fall est un hameau qui se trouve à quelques encablures de Ndiago, petite commune du département de Guinguinéo dans la région de Kaolack. Chaque année, pour célébrer le Magal éponyme, des centaines de fidèles empruntent une longue route latéritique ceinte par une végétation herbeuse couronnée de quelques arbres « rabougris » où paissent vaches, chèvres et ânes.Au beau milieu de ce « bled », est dressée une tente imposante reposant, en partie, sur un pan de mur orné de deux portraits physiques du père de Serigne Massamba, Serigne Modou Moustapha Fall (fils de Cheikh Ibra Fall) et de son demi-frère, Cheikh Fall « Bayub Goorgni ».

Cette commémoration religieuse est un éloge à l’œuvre de ce dernier. « Serigne Cheikh Fall a été pour moi plus qu’un frère. Il a assuré mon éducation spirituelle et religieuse. C’est pourquoi, depuis 1982, j’organise ce Magal pour partager avec les fidèles les valeurs qu’il a promues durant toute son existence terrestre, celles du Mouridisme. Je m’emploie quotidiennement à rester dans ce sillon. Je suis un cultivateur et aucune graine, après la récolte, ne reste dans mon grenier. Tout est destiné au Khalife général des Mourides. Car, nous devons perpétuer la relation mystique qu’il y avait entre Cheikh Ibra Fall et Cheikh Ahmadou Bamba », dit Serigne Massamba Fall « Borom Ngathie » qui a appris le Coran auprès de Serigne Assane Dieng et à Keur Gou Mak à Diourbel. Il a également fait ses humanités à Sam Fall et à Touba Fall.

Ce Magal est le temps d’une communion entre le guide et ses disciples d’une ardeur exubérante. On s’inflige les coups de gourdin dans le dos dans un instant d’exaltation extrême. On baise les mains de l’autorité spirituelle, s’incline, lui chuchote des mots à l’oreille pour guérir d’un mal, se préserver de l’avenir. Les espérances sont à la mesure des effusions. Les plus généreux le gratifient, fiers, d’une dîme. D’autres la remettent à une femme portant un cabas à la main et lambinant entre des groupes épars d’individus de tous les âges. Certains sont incapables de lucidité. Ceux qui y accèdent encore prononcent des panégyriques ou récitent le Coran sous des guitounes dressées à l’occasion.

Des dames, conversant joyeusement, s’affairent au petit commerce de perles et d’encens au moment où d’autres sont occupées à faire la cuisine. L’une d’elles, venue de la Gambie, pense ceci de ce Magal et de celui qui en est l’initiateur : « Ngathie Fall est un tout petit village sans infrastructure. Mais, partout où notre guide, Serigne Massamba Fall, ira s’installer, nous nous efforcerons de vivre avec lui ces moments de ferveur religieuse qui nous éloigne de toutes les insignifiances de ce monde ». Pape Sylla, un de ses disciples, en dit un peu plus : « Serigne Massamba Fall n’aime pas la ville et tout ce qui est mondanité. C’est un homme de Dieu qui éduque ses disciples à la citoyenneté et chérit les vertus du travail loin de cette perception fausse et négative du Baye Fall. Celui-ci est un producteur de richesses. Il faut être animé d’une grande conviction pour investir ce milieu austère où l’eau et l’électricité n’y sont disponibles que depuis quelques temps ».

A l’origine, Ngathie Ndiaye
C’est en 1980 que Serigne Massamba Fall est venu à Ngathie sur recommandation de son grand-frère et tuteur Serigne Cheikh Fall « Bayub Goorgni ». Il lui aurait donné quelques indications énigmatiques sur le lieu d’implantation. Le petit-fils du compagnon de Cheikh Ahmadou Bamba y trouve une famille Ndiaye, fondatrice du hameau en 1902. Modou Ndiaye Ngathie, originaire du Baol, s’y serait installé le premier. Il nomme la localité Ngathie Ndiaye devenu Ngathie Fall dans l’appellation courante du fait de la renommée du marabout Baye Fall. Modou Ndiaye s’est d’abord installé à Ndiago dont les habitants n’étaient pas encore convertis à l’Islam. Il décide alors de poursuivre son chemin et s’établit à deux kilomètres de Ndiago. Le fondateur nomme cette terre Ngathie en référence à une autre localité de Lambaye. Quand Serigne Massamba Fall est venu s’y installer, Modou Ndiaye Ngathie n’était plus de ce monde. C’est son fils, Dame Ndiaye, qui l’a accueilli.

« J’y ai été bien reçu par la descendance du fondateur de Ngathie. Il n’y avait presque rien ici. Je me suis mis à l’agriculture et j’ai développé une passion pour la chasse. Pour la première édition du Magal, en 1982, nous nous sommes contentés, une poignée de disciples, des neveux et moi, du Café Touba pour nous accompagner dans ces instants de grande dévotion. L’année suivante, une âme généreuse du nom de Pape Diouf Mané nous a gratifiés d’une chèvre », se souvient-il, la voix étreinte par l’émotion. Aujourd’hui, Ngathie Fall, hameau jadis anonyme, est entré dans le langage courant de certaines populations dakaroises avec le jurement « Barké Serigne Ngathie ».

Ngathie Fall est le résultat d’un compromis tacite entre la chefferie incarnée par la famille Ndiaye et l’autorité religieuse, de plus en plus grandissante, qui lui assure l’équilibre et le met à l’abri des litiges fonciers. Cela est également facilité par l’appartenance des deux descendances à la confrérie mouride et au Baol. La demande croissante de parcelles de terrain est le fait de disciples Baye Fall venus d’horizons divers. La communauté Baye Fall est devenue, par son ardeur et son organisation, une « minorité conquérante ». La ferveur religieuse et la construction d’un discours mystique autour de l’autorité spirituelle ont sorti Ngathie Fall de l’anonymat et fini de placer ce hameau sans grand relief sur la carte de Guinguinéo.

Alassane Aliou MBAYE et Oumar BA (textes)
Ndeye Seyni SAMB (photos)

PAPE SYLLA, DISCIPLE DE SERIGNE MASSAMBA FALL : AME INSOUMISE
Pape SyllaNi dreadlocks sur la tête. Ni gourdin. Encore moins de Patchwork. Pape Sylla est un Baye Fall qui passe presque inaperçu. Mais, il suffit qu’il parle pour que transparaisse, dans ses propos, une certaine mysticité enveloppée dans une connaissance approfondie de la philosophie Baye Fall. Il a adopté celle-ci depuis sa jeunesse au détour d’une longue quête qui a fait de lui, pendant longtemps, une âme rebelle.

Pape Sylla est de ces individus dont la trajectoire est à la fois poignante et plaisante. Il aborde son récit de vie avec une légèreté fascinante sans s’abstenir de clamer ses convictions profondes de Baye Fall et d’Africain. Il est de ces hommes qui sont dans une perpétuelle quête de ce qui fait sens à leurs yeux. Il a fini par trouver son allée de sérénité intérieure et de béatitude dans la voie Baye Fall en se libérant d’un carcan académique qui lui promettait, selon le conformisme social,un avenir confortable. Le bonhomme, d’un abord facile et d’une densité saillante, est un disciple de Serigne Massamba Fall depuis 1987. « La rencontre mystique », pour reprendre son jargon ésotérique, s’est faite après une longue « divagation » intérieure.

Pape Sylla, né 1957, à Louga, a grandi à Rufisque où son père, enseignant de formation au moment des indépendances et plus tard directeur de la Formation des cadres et du Centre national de formation et d’actions, était en service. Il y a vécu l’essentiel de son enfance. Après avoir réussi son entrée en sixième à Rufisque, il est sélectionné pour aller poursuivre ses études à l’Ecole normale supérieure, à l’époque, un lycée d’application. Ici, le jeune garçon commet son « premier délit d’insoumission » à certaines règles tacites qu’il jugeait anormales dans cet établissement d’excellence. « Après la classe de 5ème, j’ai voulu quitter. C’est moi-même qui ai créé les conditions de ma sortie parce que j’ai pris conscience de certaines réalités qui rendaient difficile mon épanouissement. Je faisais Lettres classiques dans ce lycée français. Il y avait un distinguo entre ceux qui faisaient Lettres modernes et Lettres classiques. Dans cette dernière classe, il n’y avait pratiquement que des Français contre un seul en moderne. Les conditions d’enseignement n’étaient pas les mêmes ». Première rébellion.

Rien à apprendre en France !
Pape Sylla décide alors de poursuivre ses études au Lycée Blaise Diagne. Il y reste jusqu’en classe de Première, année où les vieux démons le rattrapent. Il se sent à l’étroit. Le système éducatif ne l’enchante point. « C’était un jeu ! On nous racontait des histoires ! Et j’ai décidé d’arrêter tout ça, d’aller voir ailleurs ». Deuxième révolte.

Le père, surpris par cette décision, se donne la peine de connaître les ambitions que nourrit le rejeton. Celui-ci veut aller en France pour découvrir un autre univers d’apprentissage.Tenace, il arrive à poursuivre ses études à l’Ecole supérieure de journalisme de Paris, en 1981. En deuxième année, il claque la porte. Tout simplement. « Je me suis dit que je n’ai rien à apprendre ici ».

En France, cet esprit rebelle découvre les poèmes de Serigne Moussa Kâ et s’abreuve aux théories de Cheikh Anta Diop. Paf ! Le retour au pays est inéluctable ! « J’ai ressenti la nécessité de retourner au Sénégal pour retrouver ce que je jugeais avoir perdu. C’est ce que j’ai fait, en 1983. Mon père pensait que j’étais venu passer mes vacances au Sénégal. Pour lancer une boutade aux gens, je leur disais que je suis revenu faire mon second cycle ». Le cycle spirituel sans doute ! énième désertion de ce rebelle indomptable.

Dès son retour, il se rend à Diourbel pour faire vœu d’allégeance au petit-fils de Cheikh Ibra Fall, Cheikh Fall « Bayub Goorgni ». Au décès de celui-ci, en 1984, il renouvelle cet acte à son fils aîné, Serigne Moustapha Fall, qui quitte également ce monde un an plus tard. Il s’ensuit deux ans de méditations jusqu’à cette nuit qui fonde le compagnonnage avec son guide, Serigne Massamba Fall « Borom Ngathie ». Il en dit ceci : « Serigne Massamba m’a été montré la nuit vers cinq heures du matin dans quelque chose que je ne peux pas appeler un rêve. Quand je l’ai vu, j’ai couru et lui ai donné ma main qu’il a soulevée. Il a posé ses mains sur mes épaules en marchant, avec moi, gaiement. Nous sommes arrivés à un lieu où il y avait un cercle dans lequel étaient assis mon père et mon grand-père. Au réveil, j’étais convaincu que c’est l’allée que je devais emprunter ».

La rencontre se fait, en 1987, à Rufisque, où le marabout avait beaucoup de disciples. Et depuis, le guide et le talibé suivent le même cheminement mystique.« Avec les responsabilités familiales et professionnelles, je me suis assagi », confie-t-il, heureux de voir son fils aîné, faire allégeance, à son insu, à Serigne Massamba Fall, son homonyme. Le rebelle assagi, amoureux de la nature, partage aujourd’hui son temps entre l’agriculture, le commerce, l’élevage…et Ngathie Fall même s’il vit à Dakar.

Alassane Aliou MBAYE et Oumar BA (textes)
Ndeye Seyni SAMB (photos)

C’est reparti !

01 Fév 2018
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Après quelques mois d’une pause réparatrice, le Soleil renoue avec le grand air. Notre palette informationnelle, en cette occasion, s’élargit. Nos reporters désertent les lieux cossus de Dakar pour prendre le large, arpenter les routes de l’intérieur, faire découvrir les mille et une richesses de notre pays, ses histoires, ses légendes, ses visages.

« Grand air » est un havre de fraîcheur dans le tumulte de l’actualité politique, économique et sociale. C’est une autre information qui s’écrit sans costume et sans cravate, sous le chaud soleil de l’hinterland sénégalais ou sous un coucher de soleil apaisant de la grande côte sénégalaise. Notre pays est un arc en ciel de destins, de parcours, de contrées, de rencontres et d’espérances qui se découvriront au fil de nos éditions.

C’est notre pari.

Bonne lecture !

Par Sidy DIOP

Quand Waly titille You

01 Fév 2018
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On ne peut pas comparer la carrière crépusculaire de Youssou Ndour (ce n’est pas méchant « nak », c’est la loi de la nature) et celle-là naissante de Waly Ballago Seck. Le garçon aura le temps de faire la sienne. Le premier s’est construit une identité, une personnalité, dans le temps, et a développé une musique à laquelle on a fini par l’identifier. Il a créé un empire financier enviable et s’est même permis une « intrusion » dans la mare boueuse de la politique, pour, disent les mauvaises langues, préserver son business. Mais « nak », il est permis, comme partout ailleurs, dans la compétition musicale, et ce n’est point un crime de lèse-majesté, d’opposer leurs produits quand ils investissent le même univers de rythmes au même moment. Dans le paysage musical, on enchante, on confirme et, à un moment du chemin, on s’essouffle.

D’autres profitent de cette brèche pour se fabriquer un destin. Et le « petit » Waly « wax dëg fa Yalla » (dire la vérité par crainte révérencielle) donne quelques coups de coude au grand de temps en temps. Et c’est normal. Kor Aida Coulibaly ne peut pas rivaliser avec le fils de son plus grand pourfendeur de l’heure, Thione Seck, dans certains domaines. Le Faramarène a l’atout du temps. Il est jeune et s’adresse à un public dont il comprend le langage et les extravagances que ne saurait se permettre le leader du Super Etoile. You chante pour les jeunes. Waly chante et s’amuse avec eux. Et ça buzze plus ! En outre, le streaming, outil moderne de démocratisation, abat les cloisons entre le réputé et l’aspirant à la notoriété. Les critères d’évaluation du produit artistique et de l’artiste lui-même ont fortement évolué. Il ne s’agit plus seulement de chanter comme un rossignol. Il faut aussi un peu de « thiass », de punch pour exciter les groupies. Et quand les papys font de la résistance en s’essayant à l’afro-beat tendance « thiakathiaka », on ne peut s’empêcher de les comparer avec la nouvelle vague. Sur ce registre, Waly titille You. «Lolou la Yalla dogal» (c’est la volonté divine)!

Alassane Aliou MBAYE

Ndongo D, Mamadou Lamine Seck de son vrai nom, se distingue par son verbe. Il nous réconcilie avec notre patrimoine poétique, avec notre verbe, avec le discours allusif, imagé et philosophique de la langue Wolof.

1. Poète de son temps
Le groupe Daara-J surfe sur les vagues de l’enchantement. Il se fabrique un destin qui le condamne à se mouvoir dans un univers de conquête continue de l’universel avec cette conscience élastique le prémunissant contre le révolutionnarisme « underground » des années 1990 et l’insensibilité que pourrait produire le show-biz. Le secret de cette formation est sans doute dans cette recherche de l’équilibre. Faada Freddy ravit par sa voix, son enthousiasme et sa fraîcheur inaltérable. Ndongo D, Mamadou Lamine Seck de son vrai nom, lui, se distingue par son verbe. Il nous réconcilie avec notre patrimoine poétique, avec notre verbe, avec le discours allusif, imagé et philosophique de la langue Wolof. Le compère de FaadaFreddy est à la charnière du flow de son temps et de la rhapsodie gracieuse des griots, maîtres de la parole électrisante. Il est un poète des deux rives. Son écriture fine exhume des maximes en « sursis » dans une société qu’il déchiffre avec son art.

2. Créateur de sens
L’énoncé de cet « oldschool » voguant sur les rivages de son époque est inspirant en cela qu’il est un miroir du vécu et de « l’à-venir » (le titre « Tomorrow » en dit long). Son verbe nous peint le tumulte de l’instant et nous projette vers d’autres univers d’ombre et de lumière de sagesse. « Aduna », morceau de grande portée mystique et de spiritualité religieuse, nous envoie dans un cosmos décloisonné. Il établit un dialogue avec des forces d’ailleurs. Son imagination poétique est un éloge à l’amour, une apologie de la vie et de cette conscience de sa fin, une exaltation de son « Créateur » (Allah) et une célébration des vertus (Niit). Elle est une exhortation à leur réappropriation (Bayi Yoon). L’humanité, qui se corrompt en même temps qu’elle se régénère, est au cœur du projet musical. Daara-J, ou école de la vie, son support d’exposition, n’a jamais quitté ce sillon. Il s’y meut en exécutant sa part de prouesse qui a fait de lui une individualité remarquable dans un milieu qui célèbre ses héros, le matin, et les guillotine le soir.

3. Modèle de constance
Ndongo D chemine avec Faada Freddy depuis 1992 alors qu’ils étaient encore des potaches qui se laissaient guider par leur instinct. Et depuis, leur compagnonnage se poursuit avec des fortunes diverses. Le troisième élément du groupe, Lord Aladji Man, se construit un autre destin alors que les deux vieux amis continuent de longer leur allée de succès en renommant leur formation Daara-J Family pour donner à voir l’étendue de leur registre poétique. NdongoD a fait preuve d’altruisme en aidant son talentueux compagnon à mener, en parallèle, une carrière solo et en l’encourageant dans ce sens. Leur cheminement est une ode à l’amitié, à la fidélité, plus puissante que les chants de turpitude.Ndongo D est aussi un modèle pour la jeune génération de par sa correction, sa constance et son humilité. Il a collaboré avec certains d’entre eux comme Canabasse, Dip Doudou Guis,…Cette âme inspirée, digne des meilleurs éloges, a une conscience claire de ce que doit être la mission du « poète » africain.

Alassane Aliou MBAYE

Last modified on vendredi, 02 février 2018 01:46

Un avocat exclu d’un procès, cela ne se voit pas tous les jours. Me Elhadji Diouf, un des barons du barreau de Dakar, vient pourtant d’en faire l’amère expérience.

Commis par la ville de Dakar, il a vu le juge Malick Lamotte lui signifier qu’il ne pouvait plus prendre part au procès Khalifa Sall et Cie. La robe noire, qui se définit comme « l’avocat du peuple », si l’on en croit les raisons invoquées par le magistrat, serait tombé dans son propre piège. En effet, dans sa plaidoirie, Me Diouf a semblé plus défendre le prévenu, Khalifa Sall, que la partie civile, la mairie de Dakar. Ce que lui interdisent les dispositions de l’article 372 du Code de procédure pénale. Ayant vu sa constitution en tant qu’avocat de Khalifa Sall rejetée, conformément à  l’article 11 de la loi qui régit le corps des avocats et qui dit qu’un ancien ministre ou ancien député ne peut pas plaider contre l’État du Sénégal pendant une durée de trois ans depuis la cessation de ses fonctions, le tonitruant avocat avait pourtant réussi à entrer dans ce processus comme représentant de la Mairie de Dakar. Malheureusement pour lui, il y est ressorti avant même que les débats de fond ne soient abordés et avant même qu’il gratifie l’auditoire de ses célèbres effets de manches.

Car, faut-il le rappeler, plus d’une semaine après l’ouverture de ce procès, on en est toujours aux joutes procédurales.

El hadj ibrahima thiam

La chanteuse Aïda Samb s’est révélée au public sénégalais avec le morceau Saaraba qui lui a valu bien des éloges. Certains cinéphiles ont, sans doute, découvert cette mélodie berçant la revancharde « Linguère Ramatu » à travers le chef-d’œuvre du défunt cinéaste Djibril Diop Mambety, « Hyènes ». Les âmes les plus imprégnées de notre patrimoine culturel se la sont appropriée certainement bien avant cela. Les griots se plaisaient à la fredonner sous l’« escorte » enchanteresse et mélodieuse du Xalam. Celui qui en est un maître, Samba Diabaré Samb, a réhabilité cet air grâce à son génie poétique et ses performances rythmiques. Il y a comme une réhabilitation de cet imaginaire dans la production artistique.

Le ministère de la Culture et de la Communication a édité, en 2017, sous forme de Cd, une anthologie des œuvres majeures de Samba Diabaré Samb. A propos de « Saaraba », il y est dit, sous la plume des professeurs Massamba Guèye et Ibrahima Wane, ceci : Saaraba est un endroit mythique qui occupe une place importante dans l’imaginaire des guerriers et des griots. Le mot est composé de Sahara (le lieu originel) et « Ba » du mandingue (grand). Lieu où rien ne manque, il symbolise la réjouissance. Cet air permet d’évoquer les prouesses des héros qui faisaient corps avec leurs coursiers sur le champ de bataille et dont les victoires étaient ensuite fêtées dans l’abondance et l’allégresse ». L’histoire de « Saaraba » est aussi liée à celle du griot Ndéry, habitant du Saloum, et de son épouse tourmentée par le voyage sans fin de son homme.

Au-delà de celui que feu Ndiaga Mbaye appelait le « père des Ndaanaan », ou encore le « gardien du temple » pour reprendre Laurence Gavron, qui lui a consacré un documentaire, notre patrimoine porte l’histoire des peuples qu’il convient de fixer dans les consciences pour la réappropriation de notre récit historique et mythologique. Celui-ci est producteur de sens, de vertus…

Alassane Aliou MBAYE

Abdoulaye Diao, Pdg d’International Trading Oil and Commodities (Itoc), a lancé récemment la banque « Outarde ». Banque Outarde devient ainsi la 25e banque du Sénégal et est dotée d’un capital initial de 14 milliards de francs Cfa. Ce qui la met bien au-dessus de la norme sous-régionale qui est de 10 milliards de FCFA. L’établissement bancaire dont le siège est à Dakar soutiendra prioritairement les petites et moyennes entreprises (Pme) et les petites et moyennes industries (Pmi) du Sénégal.

Surnommé « Baba », il est à la fois l’un des hommes d’affaires les plus prospères et les plus discrets du pays. Il cultive cette posture de discrétion souvent commune aux hommes nantis. Né à Thiès, Abdoulaye Diao acquiert dès le lycée une réputation de surdoué. Après avoir décroché la mention Très bien au baccalauréat, il obtient une bourse d’études et atterrit en 1968 au lycée parisien Louis-le-Grand. Quelques années plus tard, il obtient les diplômes d’ingénieur de l’École centrale de Lille et de l’Institut français du pétrole (Ifp), mais aussi une licence de sciences physiques et de sciences économiques. De retour au Sénégal, il intègre l’administration sénégalaise et devient premier conseiller technique dans le cabinet de Cheikh Hamidou Kane, ministre chargé de l’Énergie et des Hydrocarbures et par ailleurs écrivain, auteur de «L’Aventure ambiguë». En 1981, on lui demande de jeter les bases de la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen). Mais, une fois sa mission accomplie, il quitte l’administration.

Abdoulaye Diao s’est fait tout seul. Rien n’était acquis d’avance. Il a fallu batailler ferme. Né à Thiès, il a vécu dans une famille démunie. Sa jeunesse n’a pas été toute rose. Seulement, il était très brillant à l’école, se classant toujours premier de sa classe. A son retour au Sénégal, c’est le Président Senghor qui s’occupe de sa carrière, toujours subjugué par le talent de cet enfant. On lui donne un logement en plein centre ville et Senghor le reçoit tout jeune. Il est chargé d’écrire les premiers statuts de ce qui deviendra, quelques années plus tard, Petrosen. Nous sommes aux environs de 1972. C’était la belle époque. Il écrit les textes régissant Petrosen, pratiquement les mêmes jusqu’à présent, qui du reste orientent l’exploitation pétrolière au Sénégal. De conseiller au ministère, il quitte finalement pour le privé et travaille avec Cheikh Fall, l’ancien président de Air Afrique dans sa société de négoce et de transit. Il y reste quelques années, avant de lancer en 1985, la société International Trade Oil and shipping (Itoc).

Oumar BA

Selon la maison d’enchères RR basée à Boston, un cigare à moitié fumé par l’ancien Premier ministre britannique et l’un des principaux artisans de la résistance du Royaume-Uni et des Alliés contre les nazis, Winston Churchill, a été vendu à 12 000 dollars à un collectionneur à Palm Beach, en Floride.

Le cigare cubain comporte une étiquette « La Corona » avec le nom complet du chef de guerre.

Churchill a partiellement fumé le cigare de 10 cm à l’aéroport du Bourget à Paris le 11 mai 1947. Le cigare a été gardé par l’aviateur qui a piloté l’avion de Churchill à Paris.

Baaba Maal crée le rêve et excite l’imaginaire de son peuple dont il porte fièrement la voix. Il a consigné, grâce à son art, le patrimoine des siens, l’a fleuri de sa créativité avant de l’offrir au monde. L’œuvre du leader du « Daande Leñol » est celle d’un poète à la charnière de ce qui évoque la beauté d’hier, l’instant à vivre et les scintillements de l’aube à venir. De son imagination romantique se déploie une humanité marquée par le bonheur de l’altruiste et le drame de la solitude de l’artiste et du père de quelqu’un qui n’est plus. Baaba Maal, c’est un engagement pour l’Afrique. Pour l’humain tout court. C’est un compagnonnage infini avec les valeurs de son terroir et cet amour de l’universel. Il est une âme en voyage qui s’est posée un instant pour nous en dire un peu plus sur l’homme et sur l’artiste qu’il ne cessera jamais d’être.

Nous vous avons trouvé à Mbounka Bambara qui, semble-t-il, est votre cocon tranquille. Est-ce pour reconstituer votre univers de créativité, pour votre inspiration ?
Par inspiration, je dirai. Un après-midi, j’étais à la maison de Nord Foire avec des amis à qui j’ai demandé de me dire en Pulaar le nom de l’aura sur la tête des Saints. J’avais le désir d’écrire, ce jour-là, une chanson sur El Hadj Oumar Tall. J’ai eu tellement de réponses ! Je me décide alors à aller à la plage en espérant suivre le cours de mon inspiration pour trouver le mot. Je suis allé à celles de Yoff, Yaarakh, Rufique, Yène… mais il y avait à chaque fois beaucoup de monde. Je me retrouve à un endroit qui s’appelle Kel avec une merveilleuse falaise où on pouvait voir Dakar au loin. Je sors ma guitare et commence à jouer. Une voix de femme peule venant d’une maison et hélant quelqu’un m’oblige alors à quitter les lieux parce que j’étais conscient que si elle me voyait, je n’aurais plus la tranquillité que j’espérais. C’est ainsi que je me suis retrouvé à Toubab Dialaw. Quand je suis arrivé, des enfants ont accouru. Et un homme me demande si je suis venu faire le pèlerinage sur un lieu se trouvant près d’un puits qu’il m’indique et où a prié El Hadj Oumar. J’étais surpris ! Je n’avais aucune information sur ce lieu. C’était une heureuse coïncidence. Il y avait une petite cabane à côté qui appartenait à la famille de mon interlocuteur. Je l’ai prié de me la vendre ou de me la louer. Et pendant trois ans, j’y allais et composais avec ma guitare. Toutes les chansons de « Nomad Soul » ont été écrites là-bas à Toubab Dialaw. C’est en voulant m’y retrouver que Mbassou Niang a découvert cet espace à Mbounka Bambara. C’était un verger. Parti à l’étranger pour récupérer des revenus tirés de mes droits d’auteur, Mbassou m’a acheté le verger sans m’en aviser. Je lui ai alors fait savoir que je n’en voulais pas, que je préférais qu’il me donne mon argent. Voici sa réponse : « J’ai tout fait pour t’acheter une maison à Nord Foire. Là, il te faut ce verger parce que si on ne t’aide pas, tu ne réaliseras rien ».

C’est ainsi que j’ai quitté, petit à petit, Toubab Dialaw pour réaménager cet espace. C’était un grand verger. A côté, c’est El Hadj Ndiaye de la 2stv qui y habite. Je lui ai vendu une moitié du verger pour que nous soyons voisins !

Est-ce qu’on avait une chance de vous trouver ici en train de vous occuper d’autres choses que de musique ?
Je ne pense pas que vous ayez cette chance ! Ma vie, c’est la musique, mon studio, même s’il y a à côté la radio qui est implantée ici mais je ne m’implique pas trop parce que ce n’est pas mon domaine. Mon environnement, c’est la musique, l’art, la culture et tout ce qui s’y greffe. J’aime aussi lire surtout les albums avec des illustrations parce que cela me fait voyager. J’ai un attrait particulier pour la littérature africaine, et de plus en plus, pour les ouvrages écrits par des Français et qui parlent de la pénétration coloniale au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. Il y a beaucoup d’écrits sur la région du fleuve, sur Saint-Louis. Tout cela me permet de savoir ce que ces espaces ont représenté dans le temps et de rêver un peu. L’histoire aussi peut faire rêver. La lecture me permet de meubler le temps dans l’avion. C’est toujours bien d’avoir un livre à côté.

Vous êtes toujours aussi sérieux ou c’est seulement avec les journalistes ?
Rire... ! Non, pas tout le temps. Au Daande Leñol, nous déconnons beaucoup. Rassurez-vous, dans le bon sens. Quand on est ensemble, on se chambre, l’ambiance n’est jamais lourde. Nous travaillons dans le sérieux mais de manière naturelle et très décontractée. Les artistes sont de grands enfants. Certains de mes amis me disent souvent si jamais le public découvrait ce Baaba Maal taquin, il n’en reviendrait pas.

Avant de voyager à travers le monde, vous avez sillonné les terroirs le long du fleuve Sénégal. Est-ce que vous pouvez revenir sur cette période ?
A part la période de mon enfance, c’est cet espace de temps qui m’a rendu le plus heureux. J’étais beaucoup moins connu. Je suivais un rêve inspiré par ce que j’avais appris à propos des anciens musiciens et chanteurs Haal Pulaar en l’occurrence Samba Diop Lélé, Guelaye Aly Fall et d’autres. Ils ont hérité du « Lappol » (chemin). A l’époque, un artiste qui composait une chanson n’avait pas la chance, comme aujourd’hui, d’avoir les supports médiatiques, les maisons de disques pour faire la promotion. Donc les chansons voyageaient avant l’artiste. Je me rappelle que quand Mansour Seck, Demba Diack et moi sommes arrivés à Goudiry, où nous avons séjourné pendant six mois, les femmes griottes du Boundou connaissaient déjà tout mon répertoire. Le soir, on jouait ensemble avec elles nos deux répertoires. Je connaissais le leur parce que j’étais avec Mansour qui est griot. Quand on a commencé à chanter, j’ai dit pourquoi ne pas aller à l’aventure. Nous avions quand même une petite touche intellectuelle dans notre programmation. A chaque fois que nous arrivions quelque part, nous demandions à voir les historiens, les griots pour leur poser des questions sur l’historique et le sens des chansons. On envoyait un précurseur annoncer notre venue dans les villages que nous sillonnions. Et les gens nous accueillaient. Nous avons fait plus de 300 localités. Nous n’étions pas connus mais notre insouciance et les rencontres ont rendu ces moments agréables. J’ai dit à certains de mes amis que je vais essayer, un jour, je ne sais pas si c’est possible, de repartir à l’aventure sans aucune planification et avec beaucoup de simplicité.

Mansour Seck est un griot. Ce qui n’est pas votre cas. Avez-vous été victime d’ostracisme pour avoir investi cet univers de prouesses des griots ?
De temps en temps oui, mais ce n’était pas méchant. Il y avait Mansour Seck qui me couvrait d’une certaine légitimité. Par contre, à Podor, dans ma famille, il y avait quelques problèmes. Podor est une ville très culturelle. Je suis né et j’ai grandi en voyant mes oncles et mes tantes être très impliqués dans les activités culturelles. Ma mère, elle-même, dirigeait un ballet. Le fait de chanter de temps en temps n’a jamais posé problème. C’est quand j’ai voulu en faire une profession que mon père s’est opposé. J’étais bon élève. Quand je suis venu à Dakar avec Mansour Seck retrouver Mbassou Niang pour les premiers enregistrements, je me suis caché. Car, il y avait tellement de réclamations à mon sujet. On disait à mon père « toi, l’ancien combattant, pourquoi laisses-tu ton fils, qui a suivi des études, faire le troubadour » ! Mais, j’avais quelque part la complicité de ma mère.

Le Daande Leñol est né d’une sensibilité amicale, disiez-vous un jour, au-delà de celle-là musicale. Pouvez-vous revenir sur les conditions de sa naissance ?
Mansour Seck, Mbassou Niang et moi évoluions dans le groupe Lasli Fouta. A un moment, nous trois, étions un peu trop sollicités. Et nous ne voulions pas faire ombrage aux autres chanteurs du groupe. C’est la première raison de notre départ. Ensuite, le Lasli Fouta, c’est grandeur nature. Il y avait le théâtre, le ballet, la musique. Nous, nous voulions nous focaliser plus sur la musique. Et nous avons demandé la permission à ceux que nous appelions les « grands » de Lasli Fouta de nous laisser monter notre structure à côté tout en restant membres. C’est ce que nous avons fait. On a appelé cette formation « Yellitaré Fouta ». C’est avec le récépissé de celle-ci que le Daande Leñol a commencé. Nous nous sommes installés à Castor. Je suis allé en France avant de revenir pour les obsèques de ma mère. A mon retour, El Hadj Ndiaye m’a proposé, en 1984, de faire deux cassettes (Yeela et Wango). Cela a eu un succès éclatant. Je voulais repartir en France mais El Hadj m’en a dissuadé. Il m’a incité à monter un orchestre avec lui, le Wandama. Mais, je ne pouvais pas continuer en laissant en rade mes amis Malick Paté Sow, Demba Dia, Mansour Seck et Mbassou Niang. Nous avions notre propre rêve. J’ai même essayé de les faire venir en France. J’y suis arrivé avec Mansour Seck. J’ai préféré retrouver mes amis et monter une autre structure musicale. J’ai proposé le nom Daande Leñol d’autant plus que j’avais déjà composé la chanson trois ans auparavant en France. Ce nom allait très bien avec la mission que nous nous assignions : représenter notre communauté avec nos voix. Nous n’avions même pas mesuré la portée de ce slogan. Pendant des années, ceux qui faisaient jouer le Daande Leñol n’étaient pas des promoteurs de spectacles qui cherchaient de l’argent. C’est souvent des associations de village qui travaillaient pour l’épanouissement de notre communauté. Et ce qu’ils récoltaient était destiné à la communauté. On se retrouvait dans ce piège sans le savoir. C’était agréable mais c’était quand même un piège.

Pourquoi il y a cette influence mandingue dans votre musique ?
Cela vient d’abord de mon arbre généalogique dans lequel on retrouve les ethnies Wolof, Sérère et Mandingue surtout du côté de ma mère. Par ailleurs, Podor, d’où je suis originaire, a fait partie de l’empire du Mali comme une bonne partie du Fouta Toro. Ce n’est pas pour rien que nos joueurs de Xalam, quand ils commençaient à s’exercer à cet art, allaient au Mali et revenaient nous jouer « Taara », « Domba »,« Sakhadougou »… ces mélodies qui font partie de la musique classique malienne. Le Sénégal et le Mali ont la même culture, la même histoire, la même destinée.

Après tant d’années à faire de la musique, à créer, à vous renouveler, n’éprouvez-vous pas un certain essoufflement ?
Cela arrive toujours et cela se voit surtout entre mes grandes productions. Au début, on produisait des albums presque chaque année puis tous les deux ans. Quand j’ai sorti « Missing you », qui était plutôt traditionnel, je suis resté dix ans avant de sortir un autre album, « Television ». Entre celui-ci et « Traveler », un long temps s’est écoulé. Car, entre les tournées, les concerts, les studios, les engagements sur le plan humanitaire, on est quelquefois essoufflé. C’est humain. On a envie de se renouveler à chaque fois. Et pour le faire, il faut regarder derrière pour voir ce qui a accroché, ce qu’on a fait, ce qu’on a envie de dire, quelles sont les attentes, où trouver l’inspiration. Il y a toujours cette anxiété. On se demande si on va rester qui on est réellement. C’est pourquoi j’ai envie de reprendre la route, comme je vous l’ai dit tantôt, à la recherche de cette sensibilité et de cette inspiration qui nous avaient habités, Mansour Seck et moi, pour écrire des chansons comme celles que nous avions composées il y a 10, 20 ans.

Mais, il y a une force qui vit dans le corps, dans l’âme, dans la voix de l’artiste. A chaque fois qu’on s’essouffle, qu’on n’a pas la maîtrise de sa capacité artistique, il y a cette anxiété qui se mue en révolte artistique qui prend le dessus. Avons-nous même peut-être besoin de cet essoufflement, de ce doute, de cette peur avant de monter sur scène. Cet instant est producteur d’émotions. Et cela se ressent dans la voix, dans l’écriture. Il y a des sensations que même le public ressent. Et pour que l’âme de l’artiste ne se corrompe, pour être égal à lui-même, il ne doit pas canaliser tout cela.

Vous avez parlé de révolte. L’album « Traveler » en était-il une ?
Absolument. Je voulais montrer que l’Afrique est un continent moderne. Il y a certains puristes, surtout en Europe, même si c’est un petit nombre, qui veulent qu’on se contente d’un style de musique qui leur plaît. Ils ont leurs raisons. Mais moi, j’étais révolté par le fait qu’ils veuillent nous enfermer dans un carcan comme si on voulait nous dire implicitement que nous n’avions pas le droit de toucher à la musique moderne, à l’électronique, de sophistiquer nos productions. C’est une des raisons de cette révolte. L’autre motif est lié aux interpellations de beaucoup de gens sur notre choix de chanter en Pulaar et en Wolof. J’ai remis le morceau « Demgal » que j’ai déclamé avec une certaine révolte pour dire que c’est ma langue et c’est avec elle que je peux sortir tout ce qu’il y a de beau que renferme ma communauté, sa science, son histoire, tout ce qu’on peut apprendre de chez moi. Si j’essaie de la faire avec une autre langue, je mutilerai mes capacités artistiques.

En explorant d’autres univers rythmiques comme l’électronique, est-ce que vous ne laissez pas orphelins certains nostalgiques ?
Il y a toujours des gens qui sont nostalgiques. Moi-même je le suis quelquefois ! C’est ce qui fait qu’au milieu de mon spectacle, malgré les moyens modernes et colossaux employés, je ramène tout à la simplicité pour représenter notre univers, pour ne pas sevrer ceux qui sont férus de cette partie évocatrice de notre être. Un journaliste anglais avait titré un jour « Pauvre Baaba Maal ». Je l’ai interpellé sur le choix de ce titre. Voici sa réponse : « Tu es partagé entre plusieurs choses. On sent que tu aimes faire de la musique traditionnelle. Mais, tu es obligé de faire du moderne parce que tu as cette ouverture intellectuelle et tu travailles avec une maison de disques qui veut que l’orchestre joue sur des plateformes beaucoup plus grandes. Et toi, tu valses entre les deux ». Je suis foncièrement traditionnel. Dès que j’ai du temps, je vais au Fouta. J’aime bien aller avec le Daande Leñol dans les petits villages, jouer avec un groupe électrogène, jouer en suivant nos envies… Et le lendemain, faire une tournée internationale qui est à l’opposé de tout cela avec un programme bien ficelé, les grands hôtels, les avions, une organisation parfaite. J’aime bien les deux parce que l’un me repose de l’autre. Et cela se retrouve aussi dans ma production.

La rencontre avec le producteur de musique Chris Blackwell, fondateur du label Island Records, a été une étape importante. Comment elle s’est faite ?
Chris Blackwell, qui a hypothéqué sa maison pour faire l’enregistrement de Bob Marley, est un homme passionné pour la musique et le pont qu’elle pouvait établir entre l’Afrique et la Jamaïque.

Il est tombé, par un concours de circonstances, sur ma cassette « Jam Leeli » que nous avions composée en France quand j’y étais avec Mansour Seck. Avec Amadou Kane Diallo, on n’avait fait que 1000 cassettes que l’on avait envoyées au Sénégal pour nous rappeler aux souvenirs des Sénégalais. C’est l’une de ces 1000 cassettes qu’un Gambien a achetée. Et un touriste anglais a entendu la musique, un après-midi, à Banjul, et a demandé qu’on la lui vende. Il l’a remise à une petite maison de disques à Londres qui a commencé à faire des copies. C’est ainsi que Chris Blackwell en a eu une. Pendant deux ans, ils se sont mis à faire des recherches pour voir si je suis avec la structure Syllart en exclusivité jusqu’au jour où un producteur délégué, qui a beaucoup aidé la maison de Chris Blackwell à avoir accès à la musique africaine, a décidé de venir au Sénégal pour se renseigner et nous rencontrer. Nous lui avons signifié que nous n’avons pas d’exclusivité avec Syllart. C’est ainsi que Mbassou Niang a signé le contrat avec eux alors que j’étais en tournée.

Après plus de trois décennies de carrière, quels sont vos regrets et satisfactions ?
Un musicien n’est jamais totalement satisfait. Bien entendu, il y a forcément des temps forts. En ce qui me concerne, c’est dans la phase d’écriture d’une chanson que je commence à me fixer un but. Dans ces moments précis, je cible un public, bien avant même l’interprétation. Quand je suis sûr, au plus profond de mon être, d’avoir touché la cible, c’est à cet instant que je suis satisfait. Par exemple, l’album « Baayo » a été composé suite à notre périple de deux ans, qui nous a permis de sillonner toute l’Afrique de l’Ouest. Nous avons pu disposer de tout un répertoire qui est un héritage de l’Afrique de l’Ouest. Ma maison de production, Island Records, avait accepté, à l’époque, de nous laisser faire les choses comme nous les sentions. J’en garde un merveilleux souvenir. Mes différentes rencontres avec Nelson Mandela ont également toujours été de véritables moments de bonheur. La première fois, je lui ai fait porter, dans son bureau, un boubou que je lui avais apporté en guise de cadeau. Il était encore président. Lorsqu’il a été invité par la reine Elisabeth et Tony Blair, à Londres, à l’occasion de son anniversaire, nous y avons participé. Il nous a fait venir dans ses bureaux, nous a donné des conseils et s’est tourné vers moi et a dit, en présence de mon neveu et de ma nièce, « Baaba Maal, chante-moi une chanson ».

J’ai alors fait un a capella de «Yeela». Ce même sentiment de joie m’a envahi lorsque je me suis rendu à Cape Town dans le cadre des activités de sa fondation qui œuvrait pour la prévention du Sida chez les enfants. L’artiste vit avec ses regrets. Ce qui m’afflige, c’est de constater que la musique africaine, malgré le nombre de ses talents, ne parvient pas à démontrer qu’elle a sa place dans l’industrie musicale. Quand on entre dans un magasin de musique, il y a toujours cette partie très oubliée que l’on appelle « World music »…

Vous avez, ces dernières années, perdu certains de vos proches dont votre fils unique. Comment avez-vous vécu ces moments?
Avec tristesse ! Mais aussi avec grandeur. C’est toujours dur de perdre quelqu’un qui nous est cher, avec qui on projetait de faire des choses, qu’on avait l’habitude de voir, d’entendre rire, se fâcher quelquefois. Quand tout cela s’arrête brusquement, c’est toujours triste. Nous avons aussi vécu ces moments avec grandeur. Même si je ne suis pas le plus âgé de ma communauté, ou de mon pays, ma responsabilité fait que je fais partie de ceux que l’on observe. Les gens vous regardent dans ces moments. Certains cherchent à savoir si vous méritez véritablement votre place de leader. Vous êtes tenu, malgré la douleur, de relever la tête et de continuer votre chemin. La vie est ainsi faite. On ne peut pas tout avoir. Perdre un fils, personne ne s’y prépare.

Quand le mien est décédé, pendant quelques minutes, je me suis effondré de chagrin. En même temps, je me suis dit qu’il faut que je sois fort, pour ma famille, mes amis, mon entourage. J’ai également beaucoup pensé au groupe Daande Leñol et à sa signification (la voix du peuple). Il ne fallait pas que le porteur d’une telle voix s’écroulât. Après le temps de deuil, après avoir salué leur compassion sincère, j’ai convoqué une réunion et ai signifié aux membres de mon groupe le devoir d’honorer nos engagements. Nous ne devions pas sombrer dans l’abattement. Des personnes vivent exclusivement à nos dépens. Nous avons l’obligation de penser à ces individus. Ils étaient certes surpris, mais ils ont totalement compris le message. Il m’incombait de me conduire de la sorte.

Le Grand prix du chef de l’Etat pour les Arts vous a été décerné récemment. Comment avez-vous accueilli cet honneur ?
Cela a été un plaisir immense. Cette distinction m’a conforté dans l’idée qu’il fallait toujours faire un travail propre. Ce qui m’a le plus marqué avec ce Grand Prix, c’est la qualité du jury constitué d’artistes et d’hommes de Lettres qui sont même peut-être beaucoup plus méritants que moi. La reconnaissance vient de personnalités qui exercent le même métier que moi. Cette reconnaissance des pairs me réjouit davantage.

Au-delà de l’artiste, nous découvrons le Baaba Maal entrepreneur avec une radio, une plateforme digitale, l’association de développement Nann-K…Est-ce qu’on peut s’attendre à ce que cette vision se traduise par un engagement politique ?
Pourquoi pas ? Nann-K est avant tout un mouvement de développement où on trouve toutes les sensibilités. Nann-K n’appartient pas à Baaba Maal.

Mais, si un jour, ma vision de mon pays et du monde ainsi que mon désir d’œuvrer pour la collectivité m’obligent à faire de la politique, si pour être écouté, il faut s’y lancer, je m’engagerais. Il ne faut pas exclure cette éventualité.

Entretien réalisé par Alassane Aliou MBAYE et Oumar BA
Photos (Ndèye Seyni SAMB)

Le chapeau est bien en vogue. Il est devenu presque indispensable pour se protéger de la chaleur qui sévit en cet été. Il domine la mode et orne le décor dans les grands magasins de vente d’habillement.

Le chapeau, ce couvre-chef devenu accessoire de mode fascine ses usagers. Ainsi, en cette période de canicule, il marque la tendance. Il existe en plusieurs formes et différentes couleurs. Il y a le chapeau en paille ou panama qui est le plus prisé en cet été car il est assez léger. Il donne un style soigné et permet de se protéger contre les rayons de soleil. Et quel que soit votre style, le port de ce chapeau vous apportera forcément une touche d’originalité. Ainsi, chez les hommes comme chez les femmes, son port peut révéler un statut particulier. Il dévoile votre personnalité. Il y a aussi le chapeau en daim qui s’adapte plus à la fraîcheur. Celui-ci est plus usité pendant l’hiver du fait qu’il est un peu lourd. Il n’est pas assez indiqué pour l’été.

Au marché Sandaga, les vendeurs de chapeau affirment qu’en cette période, leurs affaires marchent bien. Le commerce est plus rentable car la demande est plus forte. La vente marche bien surtout en ce qui concerne les capuches en paille. Elles sont utilisées pour se protéger contre des rayons du soleil.

Les femmes dominent la clientèle. Rencontrée dans un grand magasin de vente de vêtements au marché Sandaga, Fatou, une adepte du chapeau explique l’utilité de cet accessoire. « Je le porte pour me protéger de la chaleur. Il est très pratique et rime avec la mode. En plus, le port du chapeau rehausse la personnalité », nous dit-elle, tout en continuant de marchander pour en acheter un. Finalement, elle se désiste et décide d’aller s’en procurer chez les marchands ambulants. La raison : le prix y est moins cher.

Selon les commerçants parmi les clientes, les Ivoiriennes, les Camerounaises et autres étrangères sont plus tentées par cet accessoire. Quant aux Sénégalaises, elles ne portent le chapeau que quand elles vont à la plage. Alors que les autres le mettent couramment pour se promener ou se protéger du soleil. « Actuellement, la vente des chapeaux marche bien. La clientèle est dominée par les femmes. Les hommes achètent rarement. Et même s’ils viennent s’en procurer, c’est pour les offrir aux femmes. C’est pourquoi, je ne vends que des chapeaux de femmes ». Dixit Daouda Ndiaye, vendeur ambulant de chapeau au marché Sandaga. Il précise également que les prix ne sont pas fixes, ils dépendent du profil de la cliente. Cependant, le chapeau en daim est toujours plus cher que celui en paille.

Le chapeau est un couvre-chef devenu un objet de mode conservant toute son utilité. C’est aussi un accessoire permettant d’afficher sa stature sociale. Ceci, parce qu’il était souvent porté par des gens appartenant à des classes sociales plus ou moins aisées. Le chapeau se distingue également des autres couvre-chefs par la matière qui le compose : le feutre. Il est ainsi composé de deux parties : le bord et la forme. En cette saison hivernale, le chapeau permet de se protéger contre les intempéries.

Les chapeaux en paille ne sont pas seulement en mode pour les femmes qui vont à la plage ou à la promenade. Les paysans aussi l’utilisent pour se protéger du soleil dans les champs, en cette période de canicule.

Par Abba BA (stagiaire)

L’été rime avec chaleur, légèreté. Place aux couleurs douces, sans oublier les incontournables comme les lunettes de soleil. Zoom sur cet accessoire qui, en plus d’être indispensable pour se protéger du soleil, souligne un style au gré de la saison.

Les grandes vacances sont, pour certains, synonyme de grand ciel bleu, des sorties à la plage, mais aussi de nouvelles tendances vestimentaires. Le maître-mot, c’est plus de fun, plus de légèreté sur les tenues. Le tout, accessoirisé par les incontournables lunettes de soleil. Avec une touche glamour, ces dernières occupent une place de choix dans la mode en cette période particulièrement chaude. Elles sont prisées pour le double rôle qu’elles jouent. En plus d’être un instrument nécessaire pour se protéger contre les rayons de soleil, elles donnent un style de mode unique. Les lunettes de soleil existent en plusieurs formes, et celles rondes aux contours dorés sont actuellement les plus prisées dans le marché. Selon les nombreux usagers, cette forme de lunettes qu’on appelle communément « Ray-Ban » est très pratique car elles sont efficaces contre les rayons solaires, le vent mais aussi constitue un accessoire de beauté. Il y a aussi les lunettes à effet de miroir qui contribuent à réduire l’éblouissement tout en donnant un style unique à toutes les tenues, et également les lunettes miroir à montures roses de forme ovale. La particularité de ces deux types de lunettes réside dans le fait qu’elles sont à la fois utiles et esthétiques. Elles s’adaptent à tous les ports vestimentaires. Elles vont aussi bien avec les tenues traditionnelles comme les grands boubous qu’avec celles modernes comme les mini-jupes, les petites robes et autres.

Au marché Sandaga, les vendeurs de lunettes sont aux anges. Les produits s’écoulent très vite. La demande est très forte. La gente féminine, principale adepte de ce look, domine la clientèle. Rencontré dans les rues de Sandaga, un vendeur ambulant liste les lunettes en mode et donne les prix. « Ce sont les « Ray-Ban » de couleur dorée qui sont en vogue pour cet été. Ce sont elles que les jeunes filles portent. Les prix varient entre 1.000 et 2.000 FCfa », lance-t-il, avant d’être aussitôt interrompu par une cliente qui réclame les mêmes formes de lunettes. Elle se nomme Kiné. Vêtue d’une petite robe rose, une perruque de greffage sur la tête, Kiné, son éventail de plumes à la main, achète ses « Ray-Ban » après un bref marchandage avec le vendeur. « Elles sont jolies et sont pratiques pour se protéger du soleil », nous dit-elle avant de se précipiter pour entrer dans le bus qui vient juste de s’arrêter.

Du côté des grands magasins spécialisés dans ce domaine, c’est la même ambiance qui règne. Les clients sont au rendez-vous. Ablaye Ndiaye tient sa boutique de lunetterie dans ce marché depuis 2007. Calme, le visage serein et bien accueillant, il pense que même si l’été est une saison où la vente des lunettes marche bien, il n’en est pas moins pour les autres saisons. Il suffit juste d’adapter les articles selon les périodes. Car il y a pour chaque saison des modèles qui conviennent. C’est pourquoi, dans sa boutique, il essaie d’adapter ses offres suivant les saisons et les types de clients. Chaque saison, il y a des modèles adaptés.

Mais ici, les prix sont plus élevés par rapport à ceux des marchands ambulants. Pour ainsi se procurer des lunettes dans ces magasins, il faut débourser entre 5.000 et 15.000 FCfa. Effet de mode ou utilité, les lunettes de soleil sont bien en vogue !

Par Abba BA (stagiaire)

Lire, lire, lire et rien de plus ! C’est le quotidien d’Issa Garba Amadou, un passionné de la lecture qui n’hésite pas à mettre la main dans la poche pour se faire plaisir.

Elle nourrit son esprit et lui procure du plaisir. La lecture occupe une place importante dans la vie d’Issa Garba Amadou. « Il passe toute la nuit à lire. Il aime lire », témoigne une de ses amis du département de Philosophie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Dans l’étroite chambre qu’il loue à la Gueule Tapée, non loin de la Cité Aline Sitoé Diatta ex Claudel, de nombreux livres sont superposés à même le sol. Ce sont ceux qu’il lit quotidiennement : une vingtaine. Les autres ouvrages sont entassés dans des valises, et ses habits suspendus dessus. Un non habitué des lieux trouverait bizarre la manière dont sa chambre est rangée, mais lui, s’y sent à l’aise. Dans son univers, le livre prime sur tout.

A la bibliothèque universitaire, il dévore les ouvrages. La ration quotidienne est de cinq à dix livres. Le quinquagénaire nigérien à la silhouette frêle ne pratique pas n’importe quel type de lecture. Pour lui, c’est la lecture professionnelle. La gestuelle pondérée, Garba dépose ses lunettes et avance lentement devant le tas d’ouvrages tout autour du lit. Il cherche un ouvrage parmi ses livres de chevet. Celui qui lui a permis de connaître tous les « secrets » de la lecture et de l’écriture. C’est le livre du Pr Djibril Samb intitulé « Manuel de Méthodologie et de rédaction bibliographique ». « Il y a deux types de lecture. Celle que pratiquent les amateurs et celle professionnelle. Par exemple, quand je lis mon journal, chaque matin pendant 30 à 40 minutes, cela me donne du plaisir et en même temps, je m’informe. Mais j’ai dépassé ce type de lecture. Maintenant, je pratique la lecture professionnelle parce qu’elle est celle académique, celle de la recherche. C’est également la lecture utilitaire. Donc différente de celle en amateur qui n’est pas méthodique », explique Garba, avec passion. Un type de lecture qu’il affectionne par-dessus tout, car, dit-il, « cela me permet de progresser dans mes études et dans la vie de tous les jours. Elle conduit également à des écrits ».

Sa passion pour la lecture commence dès l’école primaire dans les années 1960, quand il a eu l’opportunité d’accéder à la bibliothèque du Centre culturel franco-nigérien avec une carte de lecture à 100 francs le mois. C’est de là qu’est né son goût pour la lecture.

Quand il s’agit d’acquérir des livres, Issa Garba Amadou ne lésine pas sur les moyens. « Depuis mon arrivée au Sénégal, j’ai dépensé plus d’un million de FCfa pour l’achat de livres. Pour moi, cela n’a pas de prix, le savoir non plus », poursuit-il, l’air fier. A chaque fois qu’il a de l’argent, la première des choses à faire, c’est d’aller à la librairie. Il s’intéresse également aux livres d’occasion car « en général, on y trouve des ouvrages rares et qu’on a même parfois du mal à trouver dans les librairies », dit-il. C’est ainsi qu’il s’est constitué sa bibliothèque.

Un « vieux » étudiant
Son autre passion : la philosophie. Et c’est ce qui l’a amené au Sénégal. Après une maîtrise dans ce domaine, il désirait se rendre en Belgique poursuivre ses études. Mais faute de moyens, il choisit le pays de la Téranga. Un choix qu’il ne regrette pas, car il s’est beaucoup amélioré et s’apprête à s’inscrire pour la thèse de doctorat au département de Philosophie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. D’ailleurs, il dispense des cours de philosophie au groupe scolaire la Maïeutique des Parcelles assainies. Au Niger, après l’obtention de son diplôme du Bfem, il se lance dans l’enseignement pendant des années abandonnant ses études avant de décrocher le Bac en étant candidat libre. C’est ce qui explique le fait qu’il soit aujourd’hui un « vieux » étudiant.

Deux livres l’ont particulièrement marqué : « Le Discours de la méthode » de René Descartes et « La République » de Platon. Pour le premier, au-delà de la dimension rationnelle, Descartes a essayé de montrer que sans méthode, on ne peut rien faire. Pour le second, parce que c’est un ouvrage qui a été écrit depuis longtemps mais qui est toujours d’actualité. Il pose un problème de justice qui, d'ailleurs, est un thème qu’on ne peut jamais épuiser.

A présent, il lit surtout des ouvrages philosophiques mais pas que, puisqu’il y a des ouvrages littéraires qui ont des liens avec la philosophie. « L’Aventure ambigüe », par exemple de Cheikh Hamidou Kane dont certains pensent que c’est un ouvrage uniquement littéraire, a une dimension philosophique. Il y a également les ouvrages d’Amadou Hampâté Bâ », précise Garba.

Par Alioune Badara Diatta (stagiaire)

Modou Fall est un jeune tailleur qui a terminé sa formation il y a juste un an. Son quotidien se résume à courir d’atelier en atelier pour travailler comme journalier. Il fait du « khar matte » (travail supplémentaire) et en cette période de préparation pour la Tabaski, il n’a plus le temps de se reposer.

Calme, le visage serein, malgré son jeune âge (20ans), Modou Fall inspire responsabilité. Vêtu d’un pantalon noir, tee-shirt bleu, un long collier blanc autour du cou, il est derrière sa machine à coudre, entouré des coupons de tissus de toutes sortes. Depuis son arrivée à 10h, il a les pieds sur les pédales de sa machine sans arrêt. Sur la table, un ensemble wax, une paire de ciseaux à côté, sa main droite sur la machine et sa gauche tient le tissu. Il coud une tenue « taille-basse » wax garnie à la dentelle pour une cliente. Toute la journée, il se met la pression pour travailler très vite et avec efficacité. La raison : terminer très vite dans cet atelier pour aller guetter ailleurs. Il veut aussi gagner la confiance de ses différents employeurs pour trouver facilement du travail après les fêtes.

Dans ce petit atelier qu’il partage avec un autre tailleur, le désordre est total. Les morceaux de tissus jonchent le sol. La chaleur est étouffante. Malgré tout cela, la concentration est au bon point. En cette période de préparation pour la Tabaski, Modou ne dort plus. Il saisit toutes les occasions pour gagner davantage d’argent et mieux prouver qu’il est talentueux. « Je suis jeune et ambitieux. Je suis nouveau dans ce métier. Avant, j’étais simple apprenti, mais maintenant que je travaille, je dois prouver que je suis talentueux », explique-t-il, les yeux rivés sur sa machine.

N’ayant pas les moyens pour ouvrir son propre atelier de couture, le jeune Fall fait des va et vient chez les couturières pour travailler comme journalier. Dans cet atelier à Dieuppeul, il est payé 3.500 FCfa la journée. Après sa descente à 19h, il continue chez d’autres couturiers du quartier pour travailler jusque tard dans la nuit avant de rentrer chez lui à Yoff aéroport. « Je n’ai pas d’heures de repos, je fais du « khar matte ». Je saisis toutes les occasions. C’est maintenant que je dois préparer mon avenir », affirme-t-il, l’air sérieux.

Ils sont nombreux à l’image de Modou à terminer leur formation sans avoir les moyens d’ouvrir leur propre atelier. Pour ne pas rester au chômage, ces jeunes tailleurs font ce qu’ils appellent le « khar matte ». C’est-à-dire il court d’atelier en atelier pour travailler soit comme journalier soit comme employé. Ils font ainsi l’affaire des dames et autres promoteurs de mode qui investissent dans ce secteur sans maîtriser le métier.

En le regardant faire son travail, on remarque aussitôt sa passion pour la couture. Avec une énergie débordante, le jeune Modou travaille avec vivacité. Il ne participe point à la discussion qui s’anime autour de lui. Malgré la chaleur étouffante à l’intérieur de leur étroit atelier, il reste bien concentré. « Je ne veux pas me tromper. Quand on me confie un travail, je le fais bien. En plus, je ne veux pas faire des erreurs. Cela peut occasionner des problèmes avec la patronne », avance-t-il.

N’ayant pas eu l’occasion de faire des études, le natif de Gade Ndiaye (un village du département de Tivaouane) a choisi Touba pour apprendre la couture. Après avoir bien maîtrisé les techniques, il décide de venir à Dakar pour chercher du travail. Avant d’atterrir à Dieuppeul, il était au marché Hlm où il exerçait le même métier pour les couturières. Mais, ne trouvant pas assez rentables leurs rémunérations, il décide de faire l’expérience dans d’autres quartiers où le salaire est plus conséquent et les patronnes plus sérieuses. Modou veut profiter de la rentabilité de son métier en cette période de fête pour gagner le maximum d’argent et célébrer la cérémonie traditionnelle de son mariage. En effet, ce-dernier a déjà été scellé à la mosquée. Il ne reste que cette étape pour que son épouse le rejoigne dans son domicile. C’est pourquoi il court d’atelier en atelier et consacre toutes ses heures libres au travail.

Cependant, les ambitions de Modou vont au-delà de trouver un emploi garanti à Dakar. Son objectif est d’y ouvrir son propre atelier. Faute d’électrification, il ne peut pas exercer son métier dans son village, Gade Ndiaye.

Par Abba BA (stagiaire)

À Lalane, village situé à quelques encablures de Thiès, la vannerie occupe une bonne partie de la population. Elle contribue fortement à l’essor de la localité. Cette technique artisanale, une tradition transmise de génération en génération, constitue un passage obligé pour de nombreux jeunes. Philippe Wade s’est très tôt frayé un chemin dans la vannerie. Depuis 1986, il exerce cet art et vit grâce à l’agilité de ses doigts. Aujourd’hui, il s’emploie à perpétuer le riche legs artisanal et à le vulgariser.

Difficile de rencontrer à Lalane un adulte qui n’est pas passé par la vannerie. Dans ce village où le rônier constitue une richesse pour les riverains, cet art ancestral qui demande savoir-faire, patience et imagination constitue un repère identitaire. Beaucoup de familles tirent leurs revenus de cette activité qui mobilise femmes, hommes et jeunes de tout âge.

Depuis des années, Lalane est devenu un centre important de production de vannerie. Un tour sur les lieux donne un aperçu de la richesse de ce secteur. Les produits de ce terroir ont gagné une réputation qui a traversé les frontières de la région de Thiès. Et malgré l’absence de politique de promotion, Lalane reçoit parfois des touristes qui viennent admirer le savoir-faire des artisans locaux et achètent quelques produits.

La vannerie, Philippe Wade l’exerce depuis plus de trente ans. L’école ne lui ayant pas trop réussi, il a trouvé une alternative dans cet art traditionnel. « Je suis là-dedans depuis 1986 et je n’ai fait que ça dans ma vie », se rappelle-t-il. Le virus, il l’a attrapé en travaillant avec son père et divers artisans qui perpétuaient ce savoir-faire avec la même passion. Puis, il s’est amélioré au contact d’autres artisans très doués qui lui ont, petit à petit, transmis beaucoup de connaissances.

Pour Philippe Wade, la vannerie est une tradition bien gardée et savamment entretenue dans cette localité. « Lalane est célèbre pour ses paniers. La qualité est aussi à Lalane », précise-t-il.

Les longues années d’apprentissage lui ont permis d’acquérir une solide expérience lui permettant de s’adapter à chaque demande. Le tissage demande des heures de travail assidu. Mais Philippe est maintenant bien rodé. « Je me suis spécialisé dans le tissage de paniers et de corbeilles de fruits. Chaque jour, je travaille de 9 à 17 heures et mes activités se déroulent toujours de la même façon », explique Philippe qui s’épanouit dans son métier et s’active quotidiennement dans son atelier sis dans sa maison.

Comme beaucoup d’artisans vanniers de la contrée, Philippe vit de ses mains. Agiles, précises et adroites, elles constituent sa principale richesse et lui permettent de réaliser de jolis paniers de divers formats, façonnés avec passion et l’amour du travail bien fait. Avec beaucoup de créativité, il fait naître entre ses doigts agiles de sublimes gammes de paniers et corbeilles que s’arrachent les femmes qui se font un plaisir de les revendre. Et au gré des tendances, cet homme ne rechigne jamais à s’adapter aux goûts de sa clientèle locale ou de passage.

« Des fois, il m’arrive d’innover et de proposer de nouveaux produits parce que les choses évoluent et les gens ont besoin de nouveautés. Dans le tissage, les possibilités de création sont illimitées, donc il faut toujours créer pour espérer avoir des clients. Ce métier exige beaucoup de créativité. On est donc obligé de suivre la tendance », note-t-il. Le nombre de paniers qu’il fabrique quotidiennement varie d’un jour à l’autre. « Ici, on travaille de manière très informelle. On ne se fixe pas d’objectif, mais ce métier est très exigeant et pour que ce soit rentable, il faut produire beaucoup et vite », assure-t-il.

Ses produits, Philippe les vend aux femmes de la localité. Mais de temps en temps, il reçoit beaucoup de commandes venues d’ailleurs. « Il arrive des périodes où on est très sollicité. Donc, j’essaie tant bien que mal de répondre à la demande et aux goûts de mes clients qui sont à Dakar, Mbour, Kaolack et aussi à Thiès. Et ils sont toujours satisfaits de mon travail », fait savoir Philippe.

Maître dans l’art du tissage
Cette activité, Philippe la juge très rentable puisque, dit-il, il parvient à tirer son épingle du jeu. Pendant les périodes fastes du tourisme, se rappelle-t-il, il lui arrivait d’aller à la station balnéaire de Saly et quelques zones touristiques de la Petite Côte pour monter des cases, ou faire de la décoration dans certains hôtels et restaurants. Mais avec la crise qui plombe le secteur depuis plus d’une décennie, Philippe n’a plus gagné de marché. Il s’est confiné dans son village où il se consacre exclusivement au tissage de paniers.

Pendant le mois béni du Ramadan, nous dit-il, la vannerie a connu une période très faste. « On a confectionné beaucoup de corbeilles qui se sont vendues comme de petits pains. Il y avait un rush ici. Les gens venaient de partout pour en acheter. C’était extraordinaire », se rappelle-t-il.

Devenu maître dans l’art du tissage de paniers et corbeilles, Philippe n’hésite pas à ouvrir les portes de son atelier aux novices qui s’intéressent à ce métier pour leur livrer les secrets de son savoir-faire. « J’ai un enfant qui est en classe de sixième, mais pendant les vacances scolaires, il vient m’aider. La vannerie, c’est un métier qui s’acquiert avec de la patience, de l’observation et de la volonté. J’essaie de lui inculquer tout cela ». Ainsi, Philippe qui pense déjà à la relève transmet à son fils les notions indispensables pour avoir le doigté et le coup de main nécessaires qui pourraient lui servir plus tard. Toujours dans la transmission de son savoir, Philippe a aussi participé à la formation d’artisans venus de la région de Tambacounda. Tout comme à celle de l’École américaine de Dakar, dont les élèves étaient venus à Lalane pour un apprentissage.

Par S. O. F.

Historien, écrivain, chanteur, batteur et spécialiste en contes et légendes, El Hadji Alé Niang est une vraie bibliothèque ambulante, une mémoire vivante. Ce descendant d’une famille de griots à Gossas, qui a fait 37 ans de carrière dans l’administration sénégalaise, est bien connu des générations du Baol. À 75 ans révolus, ce communicateur traditionnel émérite désigné comme trésor humain de la région de Diourbel suscite respect et admiration à Bambey.

L’homme a des particularités. C’est un serviteur doué, un communicateur hors pair. Un acteur culturel et fonctionnaire à la retraite. Rien ne présageait pourtant une destinée aussi limpide. L’enseignement, l’ingénierie ou une autre corporation pouvait recevoir l’homme. Mais El Hadji Alé Niang a choisi une autre trajectoire. Commis de l’État au sens transversal du terme, Alé Niang a fait 37 ans de carrière dans l’administration sénégalaise avec plusieurs postes de chefs de bureaux, dont celui de gestionnaire à la préfecture de Bambey. Les gouverneurs et préfets qui ont sillonné les régions de Diourbel, de Bambey et arrondissements de l’époque le connaissent bien. 

Descendant d’une famille de griots à Gossas, cet homme de teint noir est né à Sokone, dans les années 1942. Il obtient son premier diplôme de certificat d’études élémentaire à l’école coloniale en 1956. Bien que résident de Bambey, Alé Niang est bien connu des générations du Baol.

Alé Niang, « Pa Alé Niang » pour certains et « Doyen Alé Niang » pour d’autres, a un viatique : celui de servir et de donner le meilleur de lui-même en toute humilité. Alé Niang est un homme multidimensionnel qui suscite respect et admiration. Un historien qui sait lire et écrire. Il surfe aussi bien à l’aise sur les annales orales et monographiques de nos contrées et héros. Cet homme a plusieurs cordes à son arc et reste une bibliothèque ambulante, mieux, un patrimoine humain.

De son verbe, Alé Niang incarne l’intellectuel décomplexé qui manie correctement la langue de Molière. Généreux et courtois, le « sage » se rappelle les épopées historiques où la première brigade de gendarmerie de Bambey était une simple et unique case transportée par sept gaillards de Ngoye (localité située à 11 km) à Bambey. Ou encore des périodes où le Cnra (Centre national de recherches agronomiques) de Bambey était un camp de redressement d’enfants délinquants dans les années 1910, avant de devenir un aérodrome puis une ferme pilote.
L’homme écrit beaucoup. Il est d’un commerce facile, témoin de plusieurs cérémonies et de faits qu’il transmet avec intérêt, tact, et une gestuelle dont lui seul maîtrise les contours.

Toujours en boubou traditionnel, Alé Niang est auteur-compositeur, puisqu’il est l’auteur de « Yéri Niamane », protégé au Bureau sénégalais des droits d’auteur (Bsda), et savamment reprise par Youssou Ndour « Massamba Dièye guedj mamboulane ». « C’est en chantant « Massamba Dièye » à travers les ondes de la Rts, que Youssou Ndour a récupéré la bande et en a fait un arrangement musical. Il a eu l’honnêteté de dire que le chant était composé par Alé Niang de Bambey. Il savait que mes œuvres étaient protégées par le Bsda. J’ai connu la gloire grâce à cette chanson, mais aussi à Nder. J’ai perçu des droits. Par la suite, j’ai rencontré Youssou Ndour qui m’a amené chez lui. J’étais trop fier », raconte-t-il.

« Massamba Dièye » était un conte narré par sa mère. Et cette légende, il l’a adaptée à un contexte bien particulier. « En tant que créateur, je l’ai refait pour galvaniser les gens. J’ai même fait de cette histoire un livre », note-t-il.

Élégant dans sa mise, accrocheur de public et bel orateur, l’acteur culturel est aussi bien à l’aise en chants, théâtre, contes et récits historiques. Les histoires des périodes fastes des provinces de Lambaye, de Thiakar, de Ngoye, des marigots de Sass, du Thiappy, des premiers maires de Bambey nommés par les colonialistes (Dr Babacar Diop, Mahanta Birima Fall, président du tribunal coutumier et deuxième maire de Bambey, Pierre Senghor, etc.) sont racontées par celui qui a failli devenir enseignant.

Les festivals nationaux et régionaux connaissent cet illustre défenseur des arts. Les planches ont feutré ses empreintes d’homme de culture. D’ailleurs, se souvient-il, en 1967, il a conduit la troupe de Bambey pour représenter la région de Diourbel aux phases nationales. Alé Niang est décoré au grade de Chevalier de l’Ordre national du mérite, Chevalier de l’Ordre national des Arts et Lettres, mémoire du trésor humain de la région de Diourbel, spécialiste en contes et légendes, comédien dans le film « Guélewar » de Ousmane Sembène avec comme rôle principal, Ndofféne Ciss. Ses principes : la loyauté, la magnanimité, le courage et l’abnégation. Et il suffit de l’approcher pour constater que ce polygame a le sens des relations humaines.

Un artiste complet
Percussionniste, ce batteur de tam-tam est aussi à l’aise dans son manteau de metteur en scène. « Pa Alé Niang » vient de publier un « Si Yeli Ndiamane était encore là » sous la supervision de l’écrivain Fama Diagne Sène, et un autre sur « la bataille de Diarndem » est en chantier.

Alé Niang est aussi un homme de médias. Il est animateur de radio, relais d’information et producteur à la Radio nationale sénégalaise (Rts) de Diourbel. Parmi les émissions qu’il anime en collaboration avec Samba Awa Ndiaye et Bara Ngom, ses amis et intimes, nous notons « Guew bi », « Kham sa diwan » et « Contes et légendes ». Ces productions sont bien suivies sur la bande FM de Rts Diourbel et dans les profondeurs des régions de Diourbel et Fatick.

Grand paradoxe, Alé Niang est un griot qui galvanise, qui chante des louanges, mais qui ne demande pas et ne quémande pas non plus. Il est trop fier de sa personne pour se rabaisser en tendant la main. À la sueur de son front, il compte sur lui-même, sur son talent et son mérite pour répondre à l’appel de l’honneur.

Son génie de touche-à-tout fait de lui un communicateur émérite. Il rappelle, avec beaucoup d’émotion, le jour où il a distribué son salaire aux artistes après des prestations, acteurs qui lui donnaient tant de soumission et d’écoute, pour rentrer les mains vides chez lui. Il prétexte alors à son épouse avec des pièces de monnaie qu’on lui aurait volé son argent, un geste de solidarité et de générosité qui le caractérise.

Aujourd’hui, soutient Alé Niang, les communicateurs traditionnels sont en train de dénaturer leur fonction. « Un communicateur doit être un acteur de développement, il doit accompagner la communauté autour de l’essentiel, mais aussi être un bon vecteur de développement et vulgariser toutes les bonnes actions des autorités de ce pays », estime-t-il en invitant ses collègues à plus de retenue. « Parler, c’est facile, mais bien parler n’est pas donné à tout le monde », indique-t-il

Un monument parmi les grands mohicans de la culture sénégalaise. Humble et serviable, Alé Niang aime son pays et continue de le servir sans tambour ni trompette.

Par Mamadou Aicha NDIAYE

Quand Michel Sarr prenait les rênes de Pointe Sarène, Ponto selon le nom sérère, en 1984, le village ne comptait que 800 âmes. Plus de trente ans après, ce chiffre est passé à 10.000 âmes. Ce boom démographique est notamment lié aux potentialités halieutiques, agricoles et touristiques de cette localité où vivent en parfaite harmonie, Sérères, Peuls, Mandingues et Wolofs. Ici, les habitants attendent, avec espoir, la construction annoncée de stations balnéaires par la Société d’aménagement de le Petite Côte (Sapco).

Pointe Sarène, à 20 mn de véhicule de Mbour. En ce début de la journée, le village semble encore plongé dans la torpeur matinale. On dirait que les habitants se réveillent à peine. C’est un calme plat qui contraste avec le tohubohu ambiant à Mbour dès les premières lueurs de l’aube. De loin, on entend les vagues paisibles de la mer ; tandis que la brise marine enveloppe le corps. Quelques gazouillements d’oiseaux impertinents viennent perturber, de manière sporadique, le silence qui prévaut à la vaste place du village. Pourtant, les activités vont bon train. C’est qu’ici, l’essentiel du travail est exécuté à l’extérieur et les habitants se lèvent de très bonne heure pour se rendre sur le terrain. Si certains sont partis en mer en quête de poissons, d’autres sont dans les bassins de rétention d’eau, trois au total, qui ont été aménagés pour les besoins de l’agriculture et du maraîchage. A Pointe Sarène, l’agriculture et la pêche sont les principales activités des populations.

Le chef du village, Michel Sarr, indique la voie à suivre ; lui qui se lève chaque jour à 5 h du matin pour aller s’occuper de ses barrages agricoles. C’est un homme qui croit aux vertus de l’agriculture. Il est encore bien sur ses jambes, malgré la soixantaine. Il a une mine de quadragénaire et un physique toujours athlétique. C’est en 1984, à 28 ans seulement, que le fils de Ngor Sarr a pris les rênes de la localité en tant que chef du village. Au vu de sa jeunesse et de son inexpérience d’alors, Michel Sarr a logiquement hésité avant de se résoudre à occuper le poste aux termes de conciliabules avec ses proches. Et puis, il s’est dit qu’avec la formation en pêche qu’il venait d’acquérir, il pouvait mettre ses connaissances au profit des habitants. Et quoi de plus noble que de se mettre au service de ses proches !

Boom démographique
Michel Sarr chef village Pointe SarèneDepuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. A commencer par la taille démographique du village passée de 800 habitants en 1984 à 10.000 âmes actuellement. Pointe Sarène a grandi très vite. Ses nombreuses potentialités agricoles et halieutiques semblent expliquer ce boom démographique qui fait qu’aujourd’hui le village a la taille d’une commune. Aussi incongru que cela puisse paraître, Pointe Sarène, située derrière Mbour, Warang et Nianing fait partie de la commune de Malicounda. Pour l’heure, la communalisation de Pointe n’est pas une préoccupation majeure des habitants. Michel Sarr reste toutefois convaincu que l’érection de ce gros village en mairie est irréversible.

Parallèlement au boom démographique, la qualité de vie des populations s’est beaucoup améliorée. Grâce à l’entregent du chef du village, Pointe Sarène dispose, d’une école, d’un poste de santé et d’une maternité. Michel Sarr se veut un visionnaire, qui anticipe et prend les devants. « J’ai été le premier à aménager, grâce à des partenaires, un barrage pour investir dans l’agriculture et le maraîchage. Aujourd’hui, nous en avons trois et tout le village y travaille actuellement », dit-il avec fierté. Il pense que l’agriculture, vu les nombreux emplois qu’elle peut générer, est fondamentale dans la prise en charge correcte des besoins alimentaires des populations et le développement de la localité de manière générale.

Surenchère dans l’acquisition du foncier
S’agissant des perspectives, il scrute, avec beaucoup d’espoir, l’avenir de Pointe Sarène. En attendant la mise en œuvre, dans le village, des projets de la Société d’aménagement de la Petite Côte (Sapco) relatifs aux stations balnéaires, Michel Sarr dit avoir déjà anticipé en se lançant dans des projets touristiques. Avec ses belles plages, son sable fin et mouvant et ses eaux poissonneuses, Pointe Sarène regorge incontestablement de nombreuses potentialités touristiques. D’après lui, les populations attendent avec impatience et espoir la construction annoncée des sites balnéaires par la Sapco.

Sous un autre rapport, l’annonce de la promotion de stations balnéaires dans la localité a créé une surenchère dans l’acquisition des titres fonciers. « Ici, les terrains coûtent de plus en plus cher. Certains achètent des terrains non pas pour habiter mais juste pour les revendre à des prix record », nous dit le fils du chef du village. Et cette tendance à la hausse devrait aller crescendo !
Comme toutes les localités côtières, Pointe Sarène n’est pas épargnée par le phénomène de l’érosion. Ici aussi, la montée du niveau de la mer est une réalité. Autre inquiétude qui gagne les habitants, les poissons se raréfient. « Vers les années 80, il y avait toutes les espèces de poissons dans nos eaux. Il suffisait d’attendre que la mer se retire de son lit pour ramasser les poissons. Avec peu d’efforts, on pouvait avoir une marmite de poissons », se rappelle, un brin nostalgique, le chef du village. Il ajoute qu’après la décrue, les langoustes étaient un peu partout sur la plage. Aujourd’hui, cela n’est plus qu’un vieux souvenir. A Pointe Sarène, à l’origine un village de pêcheurs, les ressources halieutiques deviennent de plus en plus rares et les pêcheurs sont obligés de parcourir plusieurs kilomètres en haute mer pour réaliser des prises. « A notre époque, la pêche était saisonnière, il y avait beaucoup de poissons. Pendant l’hivernage, personne n’allait en mer pour pêcher. Toute cette période était consacrée à l’agriculture seulement », se souvient le vieux Raymond Dione.

Pointe Sarène SénégalMichel Sarr estime que le déficit de poissons ainsi que la disparition de certaines espèces sont liés, en grande partie, à la pêche illicite et à la surpêche. Il plaide pour l’effectivité des mesures relatives au repos biologique. Cela devrait, à son avis, permettre aux espèces de se reposer, se démultiplier et à terme de développer, à nouveau, la pêche. Entre autres préoccupations des habitants, le bitumage de la route latéritique jusqu’au goudron qui mène vers Nianing et Mbour.

Fondé par Mbode Sarr, l’ancêtre de l’actuel chef de village, Pointe Sarène ou Ponto, selon le nom sérère, accueille actuellement plusieurs ethnies. Outre les Sérères, le peuple autochtone, des Mandingues, des Peuls et des Wolofs y vivent dans une belle harmonie. Selon Michel Sarr, le nom du village serait lié à une déformation en forme de pointe causée par l’avancée de la mer. La défiguration est visible depuis sa vaste villa en bordure de mer. Village traditionnel à l’origine, Pointe Sarène a vu, aujourd’hui, ses us et coutumes profondément remises en cause par la modernisation, l’urbanisation mais aussi la religion musulmane qui y est pratiquée par 95% des habitants. Le vieux Raymond Dione se rappelle avoir passé un mois dans la case des hommes pour les besoins de son éducation de base, son apprentissage de la vie, à travers devinettes et autres supplices corporels. De même, il souligne que jadis, des cérémonies de divination étaient organisées régulièrement dans le village. « Aujourd’hui, tout cela a disparu », constate-t-il. Avec Somone, Mbour, Saly, Nianing etc ; Ponto fait partie des localités où le mariage mixte est devenu un véritable phénomène social.

A l’image de beaucoup de villages sérères, Pointe Sarène est une localité de lutteurs. L’un des plus célèbres parmi la jeune génération reste Moussa Ponto qui fut un grand ambassadeur de cette bourgade.

Par Babacar DIONE et Djegane SARR (textes) et Abib DIOUM (photos)

Last modified on vendredi, 07 juillet 2017 16:23

La glycémie, le contrôle du niveau de sucre dans le sang est une tâche pénible et répétitive pour les personnes souffrant de diabète. E-Mosquito, un wearable actuellement en développement vise à leur simplifier le quotidien.

e-Mosquito vous pompe le sang
Le moustique électronique (E-Mosquito) en français. Tel est le nom choisi par l’université de Calgary au Canada pour un nouveau wearable qui envisage de révolutionner la façon dont les diabétiques contrôleront leur glycémie (le taux de sucre dans le sang). Pour eux, il s’agit d’une obligation. Hypoglycémie (pas assez de sucre) ou hyperglycémie (trop de sucre) peuvent avoir de sérieuses conséquences sur leur santé à court terme mais aussi à long terme.

Ils doivent donc se piquer avec de petites aiguilles plusieurs fois par jour. E-Mosquito prend la forme d’un wearable, comme une montre connectée permettant de contrôler, à n’importe quel moment, le taux de sucre de façon moins invasive.

On peut regretter le choix du nom, après tout on associe rarement le moustique à quelque chose de positif. Mais il semble pourtant terriblement bien adapté. Son concept est simple. L’appareil peut prendre sur simple demande un échantillon de sang et l’analyser. Le résultat est ensuite envoyé sur un smartphone. E-Mosquito peut aussi être programmé pour faire des tests à des heures précises. L’aiguille du test se change avec une petite recharge. Pour l’instant, ce projet est encore loin d’être commercialisable mais alors qu’ils travaillent dessus depuis plus de 10 ans, les progrès réalisés sont significatifs. L’objectif est aussi d’avoir un usage au-delà du diabète, pour la détection du cancer ou de problèmes génétiques. Une ambition qui s’inscrit clairement dans la tendance actuelle de détection de maladies grâce aux objets connectés.

Le diabète, un marché potentiellement très lucratif
En apparence, on pourrait penser qu’il s’agit d’une véritable niche commerciale. Mais dans les faits, le marché est immense et les projets se multiplient ces derniers mois. Avec 415 millions de personnes victimes de diabète à travers le monde, les entreprises ont conscience du potentiel. Comme nous vous l’expliquions il y a quelques semaines, les objets connectés peuvent leur venir en aide de multiples manières. Faciliter les piqûres, éviter les risques d’amputations ou encore anticiper son apparition sont autant de solutions sur lesquelles travaillent actuellement les entreprises et scientifiques. Ils sont, en cela, appuyés par des malades très impliqués et surtout très connectés. Selon les projections, le nombre de diabétiques devrait exploser dans les prochaines années donc le phénomène devrait aller en s’amplifiant.

Topsanté

Quelle importance accordons-nous au sourire ?
Cette information n’est plus forcément d’actualité, mais les Français ont un temps figuré parmi les plus gros consommateurs mondiaux d’antidépresseurs. Même si ce n’est plus le cas, cela ne signifie pas que la consommation actuelle n’est pas problématique. Le fait est, que le sourire n’est pas forcément la chose la plus courante en France ! Une erreur fondamentale.

De belles dents pour avoir confiance en soi
Ce n’est pas pour rien si de nombreux parents font appel à des professionnels, comme ici, pour corriger le positionnement des dents de leurs enfants. A l’âge adulte, le sourire est une arme de séduction massive. Les stars de cinéma ont ouvert la voie : avec leur bouche parfaite, Brad Pitt et Tom Cruise en ont fait tomber plus d’une.

De manière générale, une bonne présentation pèse considérablement sur l’estime personnelle. Faire de l’effet en souriant est aujourd’hui aussi important qu’être bien habillé, entretenir son corps et soigner sa chevelure. En étant confiant dans leur apparence, les hommes comme les femmes gagnent en assurance, osent agir davantage, et sont au final plus heureux. Ils sont aussi plus convaincants et leurs interlocuteurs ont tendance à les trouver plus charismatiques.

Trop souvent fragilisée par les angoisses et le stress quotidien, la santé psychologique ne peut pas se passer du moindre coup de pouce. Gagner en confiance par ce biais serait donc en partie la solution à de nombreux problèmes personnels.

Le phénomène des bars à sourire
On y pratique tout simplement un blanchiment des dents, sans avoir à passer par un rendez-vous chez le dentiste. Le processus dure une quinzaine de minutes et coûte généralement autour de 80€. Il passe par trois étapes :
• Lavage des dents
• Application d’un gel composé de peroxyde d’hydrogène
• Exposition de la mâchoire à des rayons UV

Une seule séance n’est bien sûr pas suffisante. Il faut répéter la manœuvre à intervalles réguliers, environ une fois par trimestre. Cette prestation semble donc facile d’accès et peu contraignante.

Mais l’Ordre national des chirurgiens dentistes met en garde les clients potentiels contre les risques d’une telle pratique. Des soucis dentaires tels que des caries ou une salive plus acide que la moyenne peuvent provoquer des dommages irréversibles et peu esthétiques.

L’impact positif sur la santé
Le blanchiment est une technique médicale qui réclame un diagnostic professionnel (comme on peut le voir sur ce site). Or, le personnel de ces bars atypiques n’est pas qualifié pour procéder à une telle analyse. Se faire blanchir la dentition pour se sentir mieux est une chose, risquer l’effet inverse et plomber sa confiance en soi en est une autre. Mais l’estime personnelle n’est pas la seule à être influencée lorsque vous souriez. Ce mouvement des lèvres et des zygomatiques si simple à réaliser libérerait des endorphines. Ces neurotransmetteurs procurent une sensation de bien-être et d’optimisme qui contribue à améliorer l’équilibre psychologique. On pourrait donc dire que le sourire n’est pas une conséquence du bonheur, mais en est à l’origine !

Mais ce ne sont pas les seuls bienfaits dont vous profitez lorsque vous souriez. En effet, cela permet également de stimuler votre système immunitaire, tout en améliorant l’oxygénation des cellules. D’autre part, la tension artérielle bénéficie elle aussi de ce simple geste, puisqu’il contribue à la faire diminuer.

En faisant travailler les muscles de votre visage, il aide également à dissiper les rides. De fait, plus vous souriez, plus vous paraissez jeune. Vous n’aurez donc pas besoin de vous faire injecter du botox sous l’épiderme, et ne serez pas concerné par la chirurgie esthétique et ses nombreux travers.

Topsanté

Last modified on vendredi, 07 juillet 2017 16:32

Gestionnaire de fortune, Nicolas Pyrgos veille sur plus de 300 millions d’euros confiés par des clients à 80 % africains.

Nicolas Pyrgos aime le risque. Pas pour ses clients, mais pour lui. Passé par les plus grandes banques helvètes, il pourrait y être encore aujourd’hui, à contempler la progression des chiffres sur les marchés africains dont il avait la charge au sein de ces vénérables institutions. Sauf que ce financier aux trois passeports – français et suisse par sa mère, chypriote par son père – n’a de cesse de vouloir repousser les frontières. En 2012, il part donc du Crédit suisse pour lancer sa propre société de gestion de fortune, une activité financière qui, à de très rares exceptions près, ne se trouve qu’en Suisse. « Notre mandat se limite au conseil et à la gestion des biens de nos clients. Nous ne sommes pas une banque. L’argent de nos clients est déposé en sécurité dans des établissements de premier ordre. Nous agissons en multi-family office », explique Nicolas Pyrgos, qui estime « qu’un quart des actifs privés placés en Suisse est géré par ce système ». La formule rencontre, en effet, un succès certain auprès d’une clientèle internationale avide de faire les meilleurs placements tout en s’émancipant des banques.

Reconnu et redouté
Un peu plus de quatre ans après sa création, Emeraude Suisse Capital gère plus de 300 millions d’euros, à travers les portefeuilles de 115 clients privés, « à 80 % d’origine africaine ». Le continent, Nicolas Pyrgos le découvre à la fin des années 1990, lorsque Sgs, l’ancienne Société générale de surveillance, l’un des leaders mondiaux de la certification, l’envoie en poste en Mauritanie. Il y reste deux ans, avant de rentrer à Genève retrouver le monde financier, qu’il avait déjà côtoyé quelques années après avoir été diplômé par l’Institut des hautes études internationales, « le Sciences-Po suisse ».

Profiter de l’émergence d’une classe moyenne
À 47 ans, le diplomate dans l’âme, devenu un financier reconnu autant que redouté, s’appuie sur son parcours et sur une expertise qu’il a peaufinée tout au long de la dernière décennie pour être aujourd’hui l’un des meilleurs spécialistes de l’Afrique sur la place financière genevoise. Au bon moment. « Il y a encore beaucoup de choses à faire à travers le continent en matière d’organisation des richesses et de gestion des fortunes », assure le patron d’Emeraude Suisse Capital, alléché par les perspectives que laissent présager l’explosion démographique à venir et l’accroissement de la classe moyenne africaine.

Jeune Afrique

Last modified on vendredi, 07 juillet 2017 16:32

Au sobriquet « une ville, deux gares ferroviaires » collé à Thiès, il faut désormais ajouter « la ville du théâtre ». Le succès connu par les troupes Janxène et Soleil levant a entrainé une ruée vers les troupes théâtrales. Des groupes se forment dans les quartiers, surtout dans le nord. La ville totalise une vingtaine de groupes. Tous veulent tirer leur épingle du jeu et bousculer la « hiérarchie », à l’image de Royoukaay.

Royoukaay, la troupe montante du théâtre national, cartonne en ce moment dans une télévision de la place grâce à son célèbre sketch « Keur gui ak koor gui ». Dans son antre thiessois, le groupe a transformé la vaste demeure du réalisateur Bachir Kane en une salle de spectacle. L’ambition de Diop Fall et sa bande est de suivre les traces de Soleil Levant, voire de porter plus loin le théâtre thiessois.

Le mois de Ramadan rime avec sketchs à la télévision. C’est un moment privilégié pour les groupes de théâtre qui rivalisent de créativité pour mieux vendre leur art mais aussi aider les téléspectateurs qui jeûnent toute la journée à tromper leur faim. Ils peuvent compter sur nos chaines de télévision qui, en cette période, leur offrent la visibilité tant recherchée. Né en 2005, le groupe Royoukaay de Thiès a actuellement le vent en poupe. En cette mi-journée de vendredi, ses membres font une répétition générale, à l’ombre d’un arbre, dans la cour de la maison du jeune réalisateur, Diop Fall et ses camarades jouent deux à trois pièces dans une ambiance empreinte de chaleur. « A Thiès, les infrastructures de théâtre font grand défaut », déplore Ousmane Sy, un des membres du groupe. La première pièce de théâtre démarre avec une causerie familiale somme toute banale, comme c’est le cas souvent dans toutes les familles. Elle implique un couple, un complice du couple et le neveu de la famille, manifestement impertinent et marginalisé. La discussion débute bien avec des plaisanteries jusqu’au moment où la belle Sokhna Ndoumbé fait son apparition subite dans la maison. Si le neveu, Diop Fall et la femme répondent aux salutations d’usage de Sokhna Ndoumbé, le chef de famille, lui, préfère se cacher pour ne pas être vu par l’intruse. Mais, c’était sans compter avec la détermination du neveu décidé à dire toute la vérité. Malgré les mises en garde de l’ami Diop Fall et de l’oncle fornicateur, le paria de la famille finit par cracher le morceau. Il apprend à sa tante que son oncle entretient une liaison amoureuse avec Sokhna Ndoumbé et qu’il l’a envoyé chez celle-ci à plusieurs reprises. Surprise, la tante se lève aussitôt et regagne sa chambre, non sans menacer de représailles son mari. La scène se termine par une bagarre entre Diop Fall et le neveu impertinent, avant que le réalisateur et le caméraman ne demandent à reprendre la pièce pour une nouvelle séquence, au grand bonheur de la petite foule qui a pris d’assaut la maison pour assister au spectacle. La deuxième pièce a eu pour cadre la devanture de la maison et met en scène, cette fois, Diop Fall et son ex-femme, sous le regard d’enfants, pour la plupart, et des passants. Alors qu’il est plongé dans un sommeil profond, le vieux Diop Fall est brusquement réveillé par une dame qui se trouve être son ex-femme. Lui qui n’attendait certainement pas cette visite improbable, n’en revient pas. Et il met du temps à réaliser que celle qui est debout devant lui est belle et bien son ex-conjointe. Celle-ci qui semble avoir assouvi sa vengeance lui tend un talisman. « Tu dois mettre ça dans un seau d’eau et, pendant 7 jours, tu devras te laver avec cette eau bénite », lui dit la dame avec une assurance qui en dit long sur sa certitude. En fait, Diop Fall a été marabouté par sa femme revancharde et cette eau est censée le délivrer de ses maux. D’où le ouf de soulagement que Diop a poussé et qui met un terme au spectacle. Le groupe Royoukaay termine cette journée par une troisième pièce où Diop Fall - encore lui - est l’acteur principal dans son rôle de lutteur à ses heures perdues. Ce dynamisme en dit long sur l’ambition de cette troupe qui ne cesse de monter en puissance. Aujourd’hui, après Soleil Levant de Sanekh et Janxène de Ndiamé Sène, Royoukaay est la troupe la plus célèbre de Thiès. Pour Ousmane Sy, un des cadres du groupe, l’ambition de la troupe est d’aller plus loin que Soleil Levant. « Soleil Levant est notre référence. Ce groupe a hissé très haut le flambeau de Thiès et nous sommes fiers de ce qu’il a accompli. Maintenant, c’est à nous de suivre ses traces et d’amener encore plus loin le théâtre thiessois », se convainc le jeune comédien, par ailleurs transfuge de la troupe Soleil Levant. Selon lui, avec le talent dont dispose le groupe et la passion qui anime ses acteurs, le potentiel est bien là pour espérer devenir, d’ici quelques années, l’une des plus grandes troupes théâtrales de Thiès et du Sénégal.

Absence de salles de spectacle et manque de moyens
Thies Theatre 2Toutefois, Ousmane Sy liste certaines contraintes qui freinent le développement du théâtre dans la capitale du Rail. « L’absence de salles de spectacle est un vrai obstacle pour la promotion du théâtre thiessois. Avec des infrastructures de ce genre, on pourrait produire régulièrement des sketchs et promouvoir », explique le jeune pensionnaire de Royoukaay. Ce dernier déplore également le manque de moyens, ajoutant que « les subventions ne tombent pas régulièrement ».

Face à cette situation guère reluisante, le groupe a eu l’idée d’organiser, au-delà des spots, des sketchs et du soutien de quelques mécènes, son premier anniversaire l’année dernière. Selon Ousmane Sy, l’objectif de « cette initiative, qui fut un grand succès », est de pallier un peu l’absence de moyens à laquelle est confrontée la troupe. Il indique que la troupe compte pérenniser la tenue de cet évènement.

Le réalisateur du groupe estime, lui, que les acteurs du milieu ont besoin d’être soutenus davantage. « La production coûte excessivement cher. Il faut un peu plus de soutiens pour les acteurs du théâtre, d’autant plus que ce qu’ils font n’est qu’un reflet de la vie quotidienne sénégalaise. Par ailleurs, à travers leur œuvre, ils divertissent et éduquent les téléspectateurs », poursuit Bachir Kane. Il explique également que l’ambition de la troupe théâtrale Royoukaay est de produire des téléfilms, voire d’aller à la conquête du marché international. « Notre ambition ne se limite pas au niveau national. Nous voulons produire des téléfilms qui pourront même être repris par les grandes chaines, telles que Canal Plus. L’ambition est là, de même que la capacité et le talent », soutient encore Bachir Kane. Passionné de théâtre, il a rejoint la troupe Royoukaay il y a quatre ans, à l’occasion d’un spectacle que celle-ci avait présenté. Depuis, il est le réalisateur de « Keur gui ak koor gui », un sketch à succès qui passe toujours à la télévision. Royoukaay a aussi à son actif la réalisation des téléfilms Baaye teuf, Meless et Jixi Jaxa. Comme beaucoup, Bachir Kane estime que Thiès regorge de talents dans le milieu théâtral.

« Au Sénégal, quand on parle de théâtre, tous les regards se tournent vers Thiès. Il faut dire qu’en matière de talents dans ce milieu, nous sommes vraiment bien représentés. Nous en rendons grâce à Dieu », constate-t-il avec satisfaction.

Une vingtaine de troupes à l’assaut du public
A Thiès, principalement dans le nord, les troupes théâtrales foisonnent. Nombreux sont les jeunes qui conjuguent leur avenir avec le théâtre. Du coup, la ville compte une vingtaine de troupes.

D’autres groupes, composés d’amateurs, sont enregistrés dans les quartiers.

Ce foisonnement est né du succès que les principales troupes de la cité du rail ont connu sur le plan national. « La réussite a influé les autres. Au départ, c’était Janxène. Ensuite, nos frères de Soleil levant sont venus. Maintenant, ce sont les jeunes de Royoukaay qui sont en train de nous bousculer, mais il y a d’autres », souligne Jules Dramé, artiste comédien. « Il y a des troupes un peu partout. Il y a une vingtaine de troupes dans la commune de Thiès. Il y a de jeunes talents qui sont là », ajoute notre interlocuteur qui est membre de la troupe Janxène de Thiès.

Ces jeunes peuvent-ils trouver le salut dans ce métier ? Après les succès de Sanekh, Serigne Ngagne et les autres comédiens célèbres de Thiès, d’autres jeunes de la cité du Rail sont sortis du lot. Il s’agit de Meless, Magnoukh, Combé. Ils ont été formés par la troupe Royoukaay, créée le 5 janvier 2005 par Aliou Aïdara, artiste comédien. « Depuis plus de 12 ans, nous travaillons dans l’ombre », explique M. Aïdara. Les jeunes de cette troupe sont sortis de l’ombre avec succès puisque leurs productions sont diffusées par les chaines de télévision. Pour M. Aïdara, la production théâtrale est une niche pour créer des emplois. « Les gens ne voient les artistes que dans les téléfilms, mais ceux qui travaillent dans le métier sont très nombreux. Beaucoup pensent que le théâtre, c’est ce qu’on voit à la télé, alors que la scène est le pilier du théâtre. Des gens sont formés pour ça », explique-t-il.

Aliou Aïdara pense qu’avec un bon encadrement il est possible d’aider les jeunes qui veulent exceller dans ce métier. « L’avenir est prometteur. Les gens continuent à être formés. Pour pratiquer le métier, il faut toujours être dans la formation. Les gens sont conscients de la cela », a-t-il dit. M. Aïdara insiste aussi sur les messages. « Le message doit être fort. Pour faire du théâtre, il faut avoir un texte. Si tu n’as pas un texte, tu ne peux pas faire du théâtre », dit-il. Le président de Royoukaay estime aussi que les artistes doivent s’organiser pour mieux vivre de leur art. « Les gens doivent s’organiser davantage. Si on se réunit, personne ne peut nous exploiter. Il arrive qu’une agence propose à un artiste un cachet pour une publicité, si ce dernier n’est pas d’accord, il peut se retourner vers un autre qui peut accepter un cachet inférieur », déplore-t-il.

Les artistes doivent également être accompagnés. « Vu comment le théâtre a émergé à Thiès, je pense que notre ville mérite d’avoir un Grand théâtre. Cela permettrait aux artistes comédiens de vivre de leur art. Il faut équiper le centre culturel d’un théâtre de verdure, mais aussi en son et en lumière », plaide Jules Dramé. « Les problèmes sont là, mais les gens continuent à se battre. Les autorités de la mairie de Thiès doivent penser à créer un centre culturel. Cela permettra aux artistes d’exceller », ajoute-t-il.

Par Babacar DIONE et Diégane SARR (textes),
Abib DIOUM (photos)


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