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Soleil Grand Air (602)

Ce brillant chercheur, la quarantaine, Agrégé de parasitologie et mycologie, ancien interne des hôpitaux de Dakar, est le co-inventeur de « Illumigene Malaria », un test révolutionnaire permettant de traquer le plus plasmodium et de confirmer les cas de paludisme en moins d’une heure.

En voilà un exemple de chercheur sénégalais qui trouve. En mettant au point « Illumigene Malaria », un test rapide de diagnostic du paludisme, le Pr Daouda Ndiaye fait mentir cette boutade qui veut qu’au Sénégal, des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche. Il a fallu dix ans de labeur et de recherche à ce natif de Guinaw-Rail, dans le département de Pikine, pour mettre au point ce test qui, à coup sûr, va révolutionner le traitement du paludisme qui continue de faire des millions de morts à travers le monde. « Ce test a été mis au point en collaboration avec la compagnie Meridian By Science basée à Cincinnati aux Etats-Unis et le Cdc Atlanta. Reposant sur la biologie moléculaire, il permet d’avoir un résultat confirmatif à 100% en détectant la présence ou non de la plus petite parasite dans le sang et sans risques d’erreurs », explique-t-il.

Contre la fuite des cerveaux
Trouvé dans son bureau au Laboratoire parasitologie et mycologie de l’hôpital Aristide le Dantec dont il est le chef, l’homme dégage une intelligence et une humilité dont on ne peut être qu’admiratif. Son CV, aussi long que le bras, qui tient sur une cinquantaine de pages, en donne une idée. Le local est à l’image de son occupant : tout y respire sérénité. La toge universitaire rouge pourpre fièrement accrochée par-là, des tableaux avec des écritures coraniques par-ci, des photos personnelles de l’autre côté, sans oublier cette table de bureau qui croupit sous le poids des livres et des documents bien rangés, bref le décor de l’antre de cette bête de travail ne manque pas d’interpeler le visiteur. Rasé de près, le débit rapide, le gestuel mesuré, ce Professeur titulaire à l’Université Cheikh Anta Diop, au moment où certains universitaires et chercheurs sénégalais prennent le chemin des pays occidentaux pour monnayer leur savoir, a préféré emprunter la voie inverse pour mettre ses compétences au service de son pays. Ce, alors qu’un juteux poste lui tendait les bras à l’université de Harvard aux Etats-Unis. « En termes d’avantages financiers, sociaux et économiques entre les Etats-Unis et le Sénégal, c’est le pays de l’Oncle Sam qui l’emporte de loin. Mais rester aux Etats Unis aurait signifié trahir mes idéaux et mes principes et probablement passer à côté de mon destin. Quand je partais, c’était pour revenir au Sénégal et contribuer à la lutte contre le paludisme », dit-il la voix ferme. Malgré l’insistance de l’université de Harvard pour le retenir, le Pr Ndiaye a donc refusé de céder. En fait, même tout l’or du monde ne lui aurait pas fait changer d’avis. Lui, l’originaire de la banlieue de Dakar où le paludisme, jusqu’à une certaine époque, tuait à grand trait, maladie dont lui-même a failli mouriren l’ayant plongé dans le coma pendant quelques heures, ce n’est pas donc lui qui va gonfler le rang de ces compatriotes partis sous des cieux plus cléments. « Je ne suis pas adepte de la fuite des cerveaux. J’estime que quand on connaît son métier, on a le boulot qu’on veut. Avec mes compétences et mon expertise, je suis plus utile aux Sénégalais qu’aux Américains», renchérit-il.

Dès le début, l’ambition du Pr Daouda Ndiaye était claire. Il en a fixé le cap et s’est donné les moyens de la réaliser : devenir médecin, avoir ainsi les arguments scientifiques et médicaux qui lui permettent de lutter contre ce parasite. « C’est peut-être prétentieux, mais abréger la souffrance des populations de Pikine était devenu ma préoccupation. Cet engagement m’a toujours guidé. Je me suis dit que le jour où je parviendrai à faire en sorte qu’aucun enfant né à Pikine ne meurt de paludisme, à travers un groupe de collaboration, un consortium, un groupe d’experts, j’aurais atteint mon objectif ». En voyant aujourd’hui son projet aboutir, le Pr Daouda Ndiaye a gagné son pari et c’est non sans fierté qu’il en parle. Et quand il le fait, on sent un homme qui a soif, un homme déterminé et prêt à aller toujours plus loin.

Né au début des années 1970 à Pikine, le Pr Ndiaye a un parcours qui fait honneur à sa grande taille. Le fait d’être issu d’une famille nombreuse et très modeste n’a jamais été un handicap pour celui qui, très tôt, a développé une précocité intellectuelle. Sa scolarité sans aspérités le prouve. De l’école 8 de Pikine à la Faculté de Médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar en passant par le lycée Limamoulaye de Guédiawaye, Daouda Ndiaye a toujours squatté les premières places. C’est ainsi que de la première à la dernière année de la Fac, il a toujours validé son passage dès la session de juillet. Il sort major de sa promotion en 1997 et réussit dans la foulée le concours d’internat. Fait notable, il est le seul étudiant, cette année-là, à avoir été reçu. Malgré ce pedigree, Daouda Ndiaye se refuse à toute forfanterie. « Grâce à Dieu, je n’ai jamais eu d’anicroches dans mes études. Et Quand j’ai réussi à ce concours, j’ai compris la chance que j’avais entre mes mains. J’ai décidé de l’exploiter parce que les portes s’ouvraient devant moi. En effet, quand on est interne des hôpitaux, on peut choisir la discipline qu’on veut et on a la chance d’être un jour enseignant à l’université », confie-t-il.

Formation entre les Etats Unis et le Sénégal
 Soif de connaissances, Daouda, une fois son arrêté d’ancien Interne des hôpitaux reçu en 2000, s’inscrit en Dea à la Faculté des Sciences pour décrocher un diplôme de spécialisation en recherche qui n’existait pas encore à la Faculté de Médecine. Son parchemin en poche, il est sélectionné pour subir une formation entre les Etats-Unis et le Sénégal. En 2010, il est Agrégé et Professeur des universités depuis 2014. Ce parcours lisse, le Pr Daouda Ndiaye le met au crédit de sa maman, « une femme formidable », qui, en l’absence du père de famille disparu alors que Daouda n’avait que neuf ans, a, malgré son analphabétisme, très tôt compris l’importance des études. « Pour faire plaisir à notre maman, il fallait juste bien travailler à l’école. Nous étions dans le dénuement, mais elle n’a jamais demandé de l’aide, elle a fait de nous des personnes fières. C’est pourquoi je ne cesserai jamais de lui rendre hommage. Le meilleur atout pour un homme, c’est sa maman. Quand on s’y adosse, il y a de fortes chances qu’on réussisse dans la vie », confesse-t-il la voix émue. En tout cas, lui a su s’y adosser avec bonheur.

Par Elhadji Ibrahima THIAM

Elie Yaffa  dit Booba est né en 1976, à Sèvres. Son père est d’origine sénégalaise.  Il grandit à Meudon-la-Forêt et passe une partie de son enfance à Boulogne-Billancourt. Après le divorce de ses parents, vers 10 ans, il s’installe avec sa mère à Cagnes-sur-Mer.  L’été, il va au camping à la Colle-sur-Loup. «On prenait la voiture, pas l’avion, on n’allait pas à Chamonix dans les hôtels de luxe, et voilà.» C’était une «vie de base» : «On travaille, on prend notre salaire et avec ça on se démerde, on gratte les aides, tout ça quoi», confie t-il aux journalistes du quotidien français  Libération. Mentionner son nom fait souvent fuir le vis-à-vis, d'abord les filles effrayées par sa vulgarité, puis les  allergiques au hip hop, les bien-pensants qui méprisent son arrogance et ceux pour  qui le rap est mort, depuis longtemps.  Avec le sourire, il  apprécie  déplaire au plus grand nombre. Et pourtant,  depuis dix ans, le rappeur de Boulogne vend chaque album à une ou plusieurs centaines de milliers d'exemplaires,  à une époque où le disque d'or ne récompense plus que 50.000 galettes écoulées. Qu'on l'aime ou pas, Booba  s’impose.

Sa mère est blanche, elle travaille sur les bateaux. Elle est secrétaire. Le père est noir, il existe de loin en loin, c’est le monde de la nuit, on raconte qu’il a été mannequin, qu’il a fait de la musique, des percussions.  La  première est toujours présente, le second vit au Sénégal,  son pays d’origine.

Booba  est allé pour la première fois à Dakar à 10 ans, visiter l’île de Gorée. Il est rentre  du Sénégal avec un pseudo, diminutif du nom d’un cousin de là-bas, Boubacar. Au collège, c’est l’élève du fond, celui qui dort près du radiateur. Il n’écrit pas encore, sinon les rédactions imposées. «En français, j’étais pas très bon. Des fois je croyais que j’étais bon, mais non. Des fois tu crois que t’es bon et en fait t’as un onze», dit-il dans Libération.

Booba  découvre   les Etats-Unis à 14 ans, à l’occasion d’un séjour linguistique prolongé en année d’échanges dans une famille à Detroit. Le rêve est resté américain. S’il fait référence à Aimé Césaire, c’est qu’il sait que «c’est un bon». Son rapport à l’écriture, instinctif, immédiat, il l’a appris «en écoutant de la musique, en écoutant d’autres écrivains» - lapsus ? Il cite Bob Marley, Trenet, Renaud, Nas, Public Enemy, «des flashs, des univers, des ambiances». C’est ce qu’il cherche à créer, dans un français «pas du tout scolaire».

Entre chaque album, l'artiste publie en effet une mixtape officielle compilant  nouvelles versions et collaborations diverses. Soit une bonne occasion d'expliquer une fois pour toutes pourquoi Booba domine encore le rap,  mais surtout, reste  au royaume de la chanson française.

Par Oumar BA

Après s’être lancée dans le monde du mobile, en élaborant deux applications permettant de suivre la propagande djihadiste, l’organisation de l’Etat islamique vient de créer Alphabet (« Huroof » en arabe). Il s’agit d’une appli Android destinée aux enfants, qui leur permet d’apprendre l’alphabet arabe. A chaque lettre un dessin. Sauf qu’ici, le choix s’est porté sur des motifs guerriers où D est un tank (« dababa ») et S un missile (« sarukh ») rapporte Slate.

Des jeux et chants orientés
Mitraillette, canon, munitions et sabre font aussi partis de l’arsenal permettant aux enfants de mieux appréhender l’alphabet. L’application, téléchargeable depuis la plateforme de communications cryptées Telegram, permet également aux bambins de jouer à des jeux et d’écouter des chants islamiques pro-jihad.

Par le surfeur

« Le Soleil » se propose de revenir, chaque semaine, sur ces métiers qui  nous ont tant fascinés, sans que l’on sache forcément, ce qu’ils  recouvrent, d’exigences et de nécessité. Cette semaine, visite guidée du métier de transitaire.

Le transitaire organise le transport de marchandises en relation avec les douanes et les chargeurs. Il est l’interlocuteur des intervenants de la chaine des transports et l’administration des douanes. Il est chargé du mouvement physique ou documentaire de la marchandise en entrepôt ou  du transfert sous un autre régime. Pour exercer cette fonction, il faut être agréé. L'agent de transit est chargé de l'expédition et du suivi de marchandises pour les entreprises de commerce.  Par ces temps, le métier d'agent de transit est très demandé par les grandes entreprises. Cette forte demande se justifie par la rapidité des échanges marchands internationaux. Toute personne physique ou morale remplissant les conditions requises peut faire la demande et aspirer devenir transitaire. Au Sénégal,  pour cela, il faut une lettre de demande d'agrément adressée au directeur général du Port Autonome de Dakar, président de la Commission consultative portuaire.

Mission de l’Agent de transit
« Un certificat d'imposition à la patente de l'année en cours avec indication du tableau de la partie ou de la classe,  un certificat d'inscription au registre du commerce et NINEA,  un certificat d'inscription à la  Caisse de sécurité  sociale pour les sociétés nouvellement créées ou une attestation de régularité pour les sociétés en activités sont également requis », informe Cheikh Ba, agent transit. L’aspirant au métier de transit doit également fournir  un certificat d'inscription à l'Ipres pour les sociétés nouvellement créées ou une attestation de régularité,  pour les sociétés en activité. Une attestation de l'inspecteur du travail prouvant que le demandeur est en règle avec la législation en vigueur, en matière de sécurité sociale, accidents de travail et non retard de paiement des salaires est également nécessaire, précise-t-il. Concernant les sociétés, les états financiers de l'exercice écoulé dûment certifié par un Commissaire aux comptes, si la société fonctionne ou un Business plan détaillé si la société est nouvellement créée doivent être fournis. Une copie certifiée de l'arrêté d'agrément en qualité de commissionnaire en Douane est aussi réclamée, informe-t-il. Le demandeur devra fournir une  attestation d'agrément des locaux pour l'activité de transit, délivrée par la direction  du commerce intérieur. Un certificat de non condamnation pou infraction grave à la réglementation douanière et fiscale délivré par la direction des enquêtes douanières. Un capital minimum de 15 millions de FCFA devra être entièrement libéré, par acte notarié, dans la procédure de demande. Pour l'expérience professionnelle, la société devra justifier, au sein de son personnel  d'encadrement, de cadres confirmés dont un ayant au moins 10 années d'expérience, dont 5 années dans la profession de transitaire avec des  certificats de travail et autres attestations à l'appui Fiscalité : le demandeur devra présenter un quitus délivré par la  direction des impôts.  Quel est le coût ?  Il est gratuit. Un agrément sous forme d'arrêté ministériel est alors délivré. Le délai de délivrance est d’un  mois. La durée de l'agrément est indéterminée.

L'agent de transit a un rôle clé pour les sociétés commerciales. Il est chargé d’acheminer les marchandises de la sortie des entrepôts,  jusqu'à leur destination finale, il faut valider un parcours à la fois légal,  mais aussi tarifaire. Youssoupha Guissé capitalise une vingtaine d’années d’expérience dans le transit, il décrit son métier de «personne morale de droit privée. Le transitaire a pour objectif, notamment, la réalisation, pour un tiers, des formalités de passage de marchandises ou d'effets personnels d'un territoire douanier à un autre. Il peut revêtir différents statuts : celui de transitaire mandataire, s'il est lié à son client par un contrat de mandat, et celui de transitaire commissionnaire, s'il est lié par un contrat de commission », informe-t-il. Le rôle  du transitaire consiste à étudier le moyen le plus approprié pour le type de marchandise à expédier et en fonction de sa destination finale. Il gère les aspects réglementaires relatifs au transport de marchandises, dans le monde et à l'import-export. Il assure enfin les formalités administratives de rédaction de documents de douane.

Devenir Agent de transit
L'agent de transit doit être particulièrement rigoureux et méthodique. Il doit  respecter toutes les formalités et conditions réglementaires, souvent complexes, est en effet indispensables au bon acheminement des produits finis. Le commissionnaire de transport doit être réactif et savoir gérer les imprévus, notamment administratifs. L'agent de transit acquiert ses responsabilités avec le temps et l'expérience. Il commence souvent en stage ou en contrat de qualification et doit faire ses preuves sur le terrain. Sa carrière pourra s'orienter vers des fonctions commerciales ou des métiers de la douane, plaide Youssoupha Guissé.Un transitaire est une personne ou une entreprise mandatée par l'expéditeur ou le destinataire d'une marchandise qui doit subir plusieurs transports  successifs. Sa mission est d'organiser la liaison entre les différents  transporteurs et d'assurer ainsi la continuité du transport, ainsi que toutes les opérations administratives connexes s'y rapportant, réglementation  douanière gestion administrative, et financière, du personnel, commerciale, des  assurances des litiges, des crédits documentaires, et de la représentation fiscale etc.. Il est possible de débuter avec un bac pro en poche. Il s'agit du bac pro Logistique ou du bac pro Exploitation des transports. La plupart du temps, un bac+2 est cependant recommandé et l'évolution sera plus rapide. Il existe des formations en Bts en Transport ou Dut gestion logistique et transport. Certains transitaires ne prennent en charge que les expéditions nationales. Les transitaires internationaux, eux, ont des compétences supplémentaires leur permettant de réaliser la préparation des documents import-export et le dédouanement des marchandises. Lors d'un envoi international de marchandises, le transitaire constitue un dossier comprenant l'ensemble des documents export. Ces documents exports sont présentés à la douane du pays d’arrivée des marchandises.

Par Oumar BA

Les autres s’attendrissent davantage sur son sort que lui n’en fait état. La fatalité pour Madiagne Fall, non-voyant plein de vie, n’est ni une prédestination, ni une fragilité qui inhibe et étouffe les esprits portés par leur seule volonté de conquérir leur dignité d’être humain. Sa vie en est une poignante illustration. Jeune élève, il s’est battu pour gagner le respect de ses camarades et de ses encadreurs. En France, pour poursuivre ses études, le Thiéssois s’est armé de courage pour que l’investissement de l’Etat du Sénégal sur sa personne ne soit vain. A la Direction de l’enseignement élémentaire du ministère de l’Education nationale depuis 2014, l’expert en administration s’échine à lui être utile.

Qu’il peut être insolite de se faire guider par un handicapé visuel déboulant un escalier ! Madiagne Fall est d’une exquise sensibilité. La longue canne qu’il trimbale languit d’oisiveté. Lui sert-elle juste, chaque matin, de « fidèle compagnon » de chemin pour se rendre au ministère de l’Education nationale où se trouve son bureau au premier étage d’un des bâtiments. C’est ici, éclairé par un esprit alerte et une détermination touchante, que le bonhomme ébauche ses projets, nourrit ses ambitions pour son pays et ensoleille une vie loin de la paralysante bulle embuée dans laquelle on confine les corps affligés par la nature.

Madiagne fait fi de son infortune pour ne pas être objet de compassion et d’exutoire pour des âmes en quête de repentance et de grâce. Cette foi viscérale en son étoile ne découle pas d’un orgueil –peut-être un tout petit peu- mais d’une intime conviction : « On n’est handicapé que par soi-même. Je ne ferai jamais partie d’une association de handicapés qui entonne l’hymne de la misère, de l’indignité ».

Expert en administration
A l’Institut national d’éducation et de formation des jeunes aveugles de Thiès où il a fait ses premières « humanités », le jeune garçon montre déjà des aptitudes particulières qui lui ouvrent un horizon moins embrumé que celui-là des mains en quête de pitance quotidienne, de pitié. Il n’en demande pas plus au Cem Amadou Coly Diop. Ici, il est le seul handicapé visuel grâce à la méthode braille. « Le petit chouchou » du collège y fait bonne impression grâce à ses résultats scolaires. Il remporte le prix du concours de la langue française organisé par l’Association des enseignants de lettres et s’engage dans l’équipe de génie en herbe de son établissement. Mais le jeune homme aux savoureuses anecdotes ne se fait pas trop d’illusions. Il doit fournir plus d’efforts que ses camarades pour exister en tant qu’élève. Autrement, il serait le petit intrus dans le monde des « voyants » en attendant que la rue soit plus clémente.

Malgré les petites flatteries des « cancres » de la classe, principalement de quelques filles, pour s’attirer sa sympathie, Big Madj, comme elles se plaisaient à l’appeler, se concentre sur ses études. « J’avais peur d’échouer et de rester toute ma vie à invoquer la fatalité. Aujourd’hui, j’aurai certainement été un peu plus attentionné », raille-t-il,  la paume de sa main « flânant » sur un visage gai. Au Lycée Malick Sy de Thiès où les adolescentes ont été moins pressantes, le potache s’ouvre les portes de la France après l’obtention de son baccalauréat en 2005.

Il s’inscrit à l’Université Aix-Marseille et en sort avec un diplôme d'études universitaires générales, option administration juridique. Malgré le dépaysement, il obtient sa licence en administration économique à l’Université de Nancy. C’est à celle de Saint-Etienne qu’il décroche une maîtrise en économie et management et un master en administration et entreprises avec la mention bien. « C’est le plus beau jour de ma vie. Ils n’étaient pas nombreux ceux qui y croyaient », se souvient-il, heureux d’avoir étouffé quelques voix sceptiques.

En France, Madiagne ravive sa foi pour faire honneur à son vieux père, un religieux, et une mère très soucieuse de l’éducation de son fils et anxieuse à l’idée de le voir aller sous d’autres cieux poursuivre son rêve : exister en tant qu’être humain simplement. Il se lie d’amitié avec la communauté maghrébine qui « respecte la personne en fonction des valeurs qu’elle véhicule ». Bien que s’y plaisant, Madiagne, contrairement à d’autres camarades, décide de rentrer au Sénégal « pour, dit-il, servir mon pays et montrer une image plus reluisante de la personne handicapée ». En 2014, il est recruté à la Direction de l’enseignement élémentaire du ministère de l’Education nationale. Sa qualité d’expert en administration des systèmes de l’éducation et de la formation, des structures d’éducation pour déficients visuels et des instituts pour personnes handicapées lui confère « la légitimité de faire des propositions et de participer au débat », indique-t-il.

Un homme frustré
L’expérience accumulée à travers des voyages professionnels et interuniversitaires effectués au Canada, en Tunisie, en Suisse, au Maroc…, l’homme veut la mettre au service de l’Etat qui a financé ses études. « Hélas, je suis confiné dans un bureau comme un objet de vitrine pour peut-être servir d’emblème à l’éducation inclusive tant louée. J’utilise mes propres moyens pour trouver des informations me permettant de produire des documents dans le domaine de l’éducation ordinaire, inclusive et spéciale ». Madiagne ne quémande pas une place au soleil, ni ne convoite les honneurs. Exige-t-il juste la même considération dont jouissent ses collègues pour que l’équité professionnelle ne soit pas seulement une douce ritournelle pour enjoliver les discours. « Depuis deux ans, je ne participe à aucun projet intéressant en dehors du Cerpe en éducation inclusive. Alors que je pourrai être utile dans le Programme d’amélioration de l’apprentissage des mathématiques dans l’élémentaire par exemple », s’offusque-t-il. Le non-voyant ne tire aucune fierté à toucher sa paye sans la conscience d’avoir servi la communauté.

Pour ne pas plonger dans la mélancolie, le bonhomme, la trentaine dépassée, s’échine à produire des documents dont le plus récent porte cet intitulé : « Plan de promotion de l’éducation inclusive au Sénégal, 2016-2025 ». Il est articulé autour du Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (Paquet). Madiagne bouillonne d’idées et d’initiatives mais il a besoin « d’être outillé pour tirer parti de son expertise car il est au fait de l’évolution des problématiques de l’éducation », témoigne un de ses collègues. Si ce témoignage éloquent ne dissipe pas son amertume, Big Maj peut se laisser choir dans les bras de sa brave et prévenante épouse en lui distillant certainement les notes d’Omar Pène et de Youssou Ndour dont il est féru.

Par Alassane Aliou MBAYE

Cette alerte a été lancée lors du dernier congrès de l'Association française dentaire. On va enfin comprendre pourquoi de nombreux sportifs souffrent de problèmes dentaires...

Pourquoi les sportifs souffrent plus de problèmes dentaires ? Il vient de l'alimentation adoptée : beaucoup de glucides type pâtes, pain ; de sucres rapides sous forme de collations à base de bananes, d'agrumes ou fruits secs, de barres ou gels énergétiques... Le tout avec souvent une consistance collante sur les dents. Et il y a aussi la consommation de boissons énergétiques, elles, très acides. Ces apports sont nécessaires dans les sports d'endurance. Mais répétés et sans précautions, ils ont des répercussions sur les dents. D'autant plus que s'y ajoute le phénomène de bouche sèche lors de l'activité physique à cause de la perte hydrique (et accentué par le stress lors d'une compète) : la salive ne joue plus son rôle de tampon protecteur contre les agressions.

Quels sont les risques ? Il y a un risque accru de caries. Mais ce n'est pas tout... Les sportives sont aussi plus exposées à l'érosion de l'émail dentaire, c'est-à-dire à son usure, à cause des acides (boissons, fruits). L'émail des dents (couche dure en surface qui les protège et donne leur brillance) y est très vulnérable : les acides l'attaquent chimiquement et le dissolvent au fil des contacts répétés. Un fléau méconnu, qui provoque au début une sensibilité au froid, au sucré, au brossage. Si on ne stoppe pas les dégâts, l'érosion est irréversible, pouvant même obliger à la pose de facettes ou de couronnes. Enfin, il y a un risque d'atteinte des tissus de soutien de la dent. Cela commence par une gingivite souvent négligée.

Comment prévenir l'érosion ? D'abord, il ne faut pas se brosser les dents immédiatement après le repas. Il se produit alors un pic acide qui fragilise l'émail. Si on brosse tout de suite, on le décape et le fragilise davantage, ce qui l'expose plus aux caries et à l'érosion. Il faut attendre une demi-heure que la salive agisse avec son pouvoir de protection. En revanche, mâcher un chewing-gum sans sucre est conseillé pour stimuler la sécrétion de salive. Autre bon truc, finir son repas par du fromage qui a un effet anti-acidité.

Alors on arrête les boissons énergétiques ? Là encore, surtout pas de brossage sitôt après pour ne pas agresser l'émail alors ramolli ! Se rincer tout de suite la bouche à l'eau, c'est bien. On peut essayer de réduire les boissons acides : à cet égard, certaines comme Isostar le sont bien moins que d'autres, et il faut savoir que le jus d'orange en bouteille l'est beaucoup, même plus que certains sodas. Sinon, on use d'astuces pour éviter le contact avec les dents : on utilise une paille, ou une gourde souple sur laquelle on appuie pour faire couler la boisson au fond de la gorge.

Enfin, pour lutter contre la bouche sèche durant l'effort, on boit à petites gorgées très souvent. Avoir recours à une eau minérale très riche en bicarbonates comme Vichy-Célestins, St-Yorre, Contrex ou Vittel, neutralise l'acidité en bouche.

Côté hygiène dentaire, des précautions ? Se brosser les dents 2 fois par jour suffit. Trop en faire peut être néfaste si l'émail est déjà un peu fragilisé. Il faut utiliser une brosse souple (les medium sont trop dures), avec une petite tête pour bien brosser partout. La brosse électrique est idéale - il en existe avec poils souples -, car elle assure un brossage souvent plus efficace, sans être agressif. En cas de sensibilité dentaire, les dentifrices et bains de bouche spécifiques sont utiles.

Les bains de bouche avec une cuillerée à soupe de bicarbonate de soude dilué dans l'eau, et gardés en bouche 30 secondes, font merveille : cela rééquilibre le degré d'acidité buccale et supprime la sensibilité. En cas d'érosion dentaire diagnostiquée, on proscrit les dentifrices blanchissants !

Et chez le dentiste ? Le suivi doit être fait 1 à 2 fois par an. Le dentiste peut conseiller un dentifrice à très haute teneur en fluor, comme Duraphat, afin que les dents soient plus résistantes aux attaques. Le fluor renforce un peu l'émail, mais ne le régénère pas en cas d'érosion, d'où l'importance d'un diagnostic précoce ! Le praticien peut aussi appliquer des vernis fluorés sur des dents menacées, préconiser le port de gouttières de fluoration un quart d'heure par jour en cas de risque élevé.

Source : topsante.com

Pour une tête moins vulnérable

18 Mai 2016
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Sept jours après sa naissance, Bébé se retrouve avec une nouvelle tête. Sa marraine, une petite calebasse contenant de l’eau, du mil, des noix de cola, quelques piécettes d’argent et des lames à la main, le dépouille de tous ses cheveux.

Le nouveau-né et sa mère sacrifient ainsi au conformisme social dans le brouhaha d’un baptême où ils ont le sentiment que leur intimité n’existe plus. Ils ont certes vécu le rituel, mais ne l’ont pas forcément compris.

Pourquoi rase-t-on le crâne frêle d’un bébé que sa génitrice ose à peine toucher ? La seule réponse qu’on me donne est plus culturelle que religieuse. « Les cheveux du bébé à la naissance sont souillés. Donc, il faut s’en débarrasser ». Mais là, mon intelligence m’interpelle. Si les cheveux du nouveau-né sont souillés, cela suppose que son corps aussi l’est. Donc, va-t-on l’éplucher ? J’en ai déduit que toute culture n’est pas sagesse.

Une fois les tifs coupés, sa grand-mère, une wolof du Jolofen évalua le poids en or pour le donner en aumône. Son grand père qui est un vrai sérère du Sine quant à lui, les additionna au cordon ombilical et en fit un gris-gris pendentif chargés de le protéger contre les maux de ventre jusqu’au sevrage. Sa « badiène », diola, ne s’y oppose guère car entre diola et sérère, la parenté culturelle n’est pas que feinte.

Par Marame Coumba Seck

Les dernières statistiques et quelques études faites par des structures spécialisées révèlent une montée en flèche du viol à Dakar, à la faveur de la promiscuité, de la négligence des parents, de la pauvreté, mais surtout du mutisme des victimes avec la pression de l’entourage familial des deux camps. Des facteurs encourageant ce phénomène qui a atteint des proportions inquiétantes avec des conséquences dramatiques.

Souvent, en tant que relation coupable, le viol est entouré de silence. Les familles préfèrent un arrangement plutôt qu’enclencher une procédure pénale où tout le monde est mis au courant. Au final, qui protège-t-on dans l’histoire, la victime ou l’honneur de la  famille ? L’honneur de la fille n’est-elle pas incluse dans celui de la famille ? (lire le reportage) Autant d’interrogations qui méritent des réponses. A la boutique de droit de la Médina, sur le nombre de cas de viol enregistrés pour l’année 2015, seuls 63 victimes ont suivi les procédures jusqu’à terme. Parmi elles, trente une ont une tranche d’âge comprise entre 10 et 20 ans, 2 ont moins de dix ans et 24 ont moins de trente ans. Les autres affaires sont étouffées sous la pression familiale des deux camps. Des attitudes qui encouragent ce phénomène qui a atteint des proportions inquiétantes. Une situation similaire à celle qui se trouve à Pikine. Au mois de juin, plus d’une soixantaine de contentieux d’abus sexuels ont été enregistrés dont vingt suivis de grossesse, informait Mme Ami Sakho, juriste et coordonnatrice de la campagne médiatique de la Task Force qui est le comité technique chargé d’informer les autorités et le public sur la problématique de l’avortement à risque.

Sur le plan national, le ministre de la Justice, Me Sidiky Kaba, avait annoncé, lors des plénières du mois janvier,  3600 cas de viol pour l’année 2015. Ceux passés sous silence dépassent ces estimations.

L’autre versant du viol : l’avortement clandestin
Le viol est une pilule difficile à avaler. Les victimes en sortent avec des séquelles physiques ou psychiques. D’où le perpétuel débat juridique, religieux, sociologique et sociétale. Faut-il légaliser ou pas ? Dans quel cas ? Les avis divergent.

Ainsi, l’Association des Juristes sénégalais mène une campagne pour la légalisation de l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste. « Et là, il faut avoir un fondement solide. Notre première base est la justice. Le Sénégal a ratifié, sans réserve, le protocole de Maputo qui, en son article 14, invite les Etats africains à autoriser l’avortement médicalisé en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale ou physique de la mère, ou la vie de la mère et du fœtus.  Là, on essaye de mettre l’Etat face à ses responsabilités. Le nombre de viols montre que l’accès à un avortement médicalisé est un enjeu de santé publique, explique Ami Sakho, juriste et coordonnatrice de la campagne médiatique de la Task Force qui est le comité technique chargé d’informer les autorités et le public sur la problématique de l’avortement à risque.  Selon elle, le droit à l’avortement est un droit fondamental pour la femme. Cette pénalisation de l’Ivg a des conséquences. « Deux possibilités s’offrent à la femme qui a une grosse non désirée et qui n’a pas la possibilité d’accéder à un avortement médicalisé. Premièrement, elle cache sa grossesse jusqu’à terme pour jeter son enfant dans une fosse septique ou l’étrangler. Dans ce cas, elle tombe sous le coup de l’infanticide prévu par l’article 285 du Code pénal. Deuxièmement, elle trouve des moyens pour interrompre cette grossesse qui peut se terminer par des complications.  En effet, elle tombe sous le coup de l’avortement clandestin », poursuit-elle.

Cet avis est partagé par M. Baba Diop, Avocat à la Cour. « A l’état actuel des choses, nous voyons beaucoup de viols donc beaucoup de grossesses non désirées. Dans nos plaidoiries, 80% des infanticides sont liées ces dernières. Je pense que si l’on donne la possibilité aux femmes de mettre un terme à une grossesse non désirée, on pourra empêcher les nombreuses infractions d’infanticides », justifie-t-elle.  Selon lui, ces phénomènes de sociétés évoluent à tel point qu’il faut réfléchir sur une politique pas criminelle mais sociale. Toutefois, il soutient que la légalisation doit être encadrée.

Dans la religion musulmane, l’interruption volontaire de grossesse est interdite. La vie du fœtus, à l’instar de la vie humaine, est sacrée. A ce titre, elle se doit d’être gardée et protégée dans la mesure du possible. « Dans le Coran, il est dit que personne n’a le droit d’ôter la vie sauf pour des raisons de justice. Justice ne veut pas dire aussi vengeance », affirme Abdou Aziz Kébé, professeur au département arabe de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. L’Islam n’autorise l’avortement que pour des raisons thérapeutiques. « Il peut arriver que la grossesse porte atteinte à la santé de la mère.  Dans ce cas, l’Ivg est autorisée car il s’agit de sauver une vie qui est déjà et qui a des responsabilités familiales et sociales. En plus, dans les objectifs visés par le droit musulman, la préservation de la vie vient en premier lieu. Mais, ce sont les médecins qui doivent déterminer si l’on doit la laisser arriver à terme ou bien s’il y a lieu de l’interrompre », poursuit M. Kébé.

Malgré les nombreux cas de viols et d’incestes, la position de l’Eglise catholique reste la même sur l’avortement. Elle le considère comme un meurtre délibéré d’un être humain dans la phase initiale de son existence. En 1995, le Pape Jean-Paul II a publié « Evangelium vitae », lettre encyclique sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine. Dans cette lettre destinée « aux évêques, aux prêtres et aux diacres, aux religieux et aux religieuses, aux fidèles laïcs et à toutes les personnes de bonne volonté », le Pape évoque les diverses formes de violence qui menacent la vie aujourd’hui. Et parmi celles-ci, figure l’avortement.

Selon le Frère Maurice Yelomey, curé à la Paroisse Saint Dominique située sur l’Avenue Cheikh Anta Diop, nous entrons dans une absurdité intellectuelle, mentale et morale. « Aujourd’hui, il n’y a rien qui résiste au désir de l’homme. Chacun fait ce qu’il veut, comme il veut. L’avortement provoqué n’est rien d’autre qu’un crime car le patrimoine génétique commence depuis la rencontre des deux gamètes mâle et femelle », soutient ce religieux. Pour lui, aucune situation ne peut justifier la suppression d’une vie innocente.  Dans le Quatrième Commandement, illustre-il, il est dit : « tu ne dois point tuer ».

talibesEnfants désœuvrés des quartiers populaires : des proies faciles pour les violeurs
H-L-M est l’un des quartiers du village de Niaga, un site touristique qui abrite le lac rose et des sites de relogement des familles venues des zones inondées. Cette commune qui grandit vers ses extensions et dont le cœur lui-même ressent le poids de la concentration humaine, est en même temps le point de ralliement des hommes de tout âge à la recherche du travail dans la construction. Ces paramètres ajoutés à la non scolarisation des enfants ou le problème de leur maintien à l’école liée à la pauvreté, exposent ces derniers aux abus sexuels.

Une et unique chambre pour un couple et six enfants dont le plus âgé est une fille de onze ans. En retrait dans celle-ci, cette mère donne à manger au dernier né qui n’a pas encore soufflé sa première bougie. A cette heure de crépuscule, une seule bougie suffirait pour éclairer la chambre de cette pauvre dame pour qui la lumière généreuse du jour n’éclairait plus. De caractère ouvert, elle dépose son petit par terre, dès que nous abordons la question du viol. Ses traits deviennent plus sérieux. Quelle fille ? Réagit-elle. « Ma fille n’a jamais été violée », précise F. Sarr. Pourtant, les investigations du voisinage prouvent le contraire. Quelques précisions lui font sortir ce qu’elle avait dans le cœur mais aussi dans le ventre. Selon elle, il s’est agi plutôt d’une tentative de viol. « L’auteur est d’origine bissau-guinéenne qui habite cette maison en construction derrière la nôtre.  Loin des regards, il l’appelle pour l’envoyer à la boutique. Une fois dans la chambre, il ferme la porte à clé. Ne sachant pas qu’elle était accompagnée de son petit frère. Ce dernier est venu m’aviser. J’ai couru vers la maison, j’ai trouvé qu’en plus de la porte de la chambre qui était fermée, celle de la maison l’était aussi. Je suis allée vers la fenêtre, j’ai appelé plusieurs fois ma fille mais, aucun bruit. J’ai rebroussé chemin pour alerter les gens de chez moi. Quand il a su que la situation allait mal tourner, il a demandé à la petite d’aller se cacher dans les toilettes avant de refermer sa porte. Ce qu’elle a fait bien évidemment. Arrivés, nous avons trouvé la porte principale ouverte. J’ai regardé en vain la petite dans sa chambre. Je suis allé vers les toilettes, Et là, je l’ai trouvée.  A la police, on nous a demandé d’apporter des preuves pour », narre cette mère dont on sent toujours la colère dans la voix. En considérant les thèses des voisins comme de simples rumeurs, il assure que le certificat médical établi par un des médecins à l’hôpital Youssou Mbargane Diop de Rufisque, a prouvé que la fille avait toujours l’hymen intact. « N’empêche, le gars a écopé d’une peine de deux ans de prison ferme pour tentative de viol », poursuit-elle.

Un autre contentieux d’abus sexuel dans le même village mais dans un quartier différent. Pikine, jadis connu pour ses maisons spacieuses est devenu un bric-à-brac de ruelles étroites qui plongent parfois dans des maisons habitées. Presque aucune n’est entièrement clôturée. Celle de la  famille Diagne en est un exemple. Tonton « Sai Sai » est passé par là. Selon une source très proche, le présumé violeur a trouvé la gamine en pleine nuit dans les toilettes isolées de la maison.  « L’empêchant  de crier d’un revers de la main, il a passé à l’acte. Mais comme la première, la maman de cette seconde victime insiste, qu’on n’a pas abusé d’elle. Des propos que le père biologique de la gamine a démentis, selon la cousine de la dame. « C’est par la faute de preuves que l’auteur du viol n’a pas été arrêté.  Après constat, sa mère devrait se rendre au centre de santé pour l’établissement d’un certificat médical. Ce qui n’a pas été fait. Ils ont attendu que les séquelles disparaissent pour l’établir. En effet, il n’y a pas eu assez de preuve réuni pour mettre en cause ce délinquant qui n’a été arrêté qu’après avoir violé une blanche », soutient A. S.

A la Médina, quartier périphérique du Centre-ville, une affaire de viol opposant un maître coranique et trois familles est pendant de la justice. Il est accusé d’avoir violé deux garçons et une fille. Mais, les procédures étant en cours, à la boutique de droits, les intervenants n’ont pas voulu trop avancer sur le sujet.

Analyse : viol a dakar, démographie, promiscuité et permissivité
Une ville comme Dakar, qui grandit vers ses extensions et dont le cœur lui-même ressent le poids de la concentration humaine, renferme des candidat(e)s vulnérables et des violeurs. De ce fait, l’une des causes majeures du viol est à chercher dans sa démographie et son versant problématique, la promiscuité. La ville est victime de l’éclat qu’elle reflète dans l’imaginaire de ceux qui répondent aux sirènes de l’exode rural. Considérée comme un eldorado, Dakar est de loin la région la plus peuplée avec 3.137.196 habitants. Elle est également celle où la densité est la plus accentuée avec 5.735 habitants au kilomètre carré (Source : Agence nationale de la Démographie et de la Statistique - Ands). De plus en plus, les gens désertent les campagnes pour peupler la capitale, espérant s’accomplir dans le secteur informel comme dans les circuits formels. L’aménagement du territoire y est également pour quelque chose. Les services essentiels du privé et de l’administration sont implantés à Dakar.

Pour cette population citadine jeune et inoccupée (47,3%), certains recourent au sexe de gré ou de force car il devient, pour eux, un instrument de divertissement. Loin du regard des parents et de la censure communautaire, ils prennent des libertés. En effet, 3600 cas de viol ont été enregistrés pour l’année 2015 (source le ministre de la justice lors des plénières). D’où les nombreux cas de grossesses non désirées qui sont interrompues en douce. La grossesse contractée devient de plus en plus prégnante. La honte suscitée par l’enfant à naître prend de plus en plus de la place dans le cœur des filles ou dames. Quand celui-ci n’y est plus, l’âme n’organise plus la résistance. Elles franchissent le pas. Les fœtus jetés dans les décharges publiques et fosses septiques sont devenus nombreux. Au Bureau de l’enrôlement du tribunal de Dakar, la plupart des filles emprisonnées pour le délit d’avortement, habitent les quartiers populaires.

Le phénomène a des origines sociologiques. En milieu rural, la famille est le lieu de l’activité de bien de production. Les enfants sont considérés comme des biens de production, ce qui incite à une fécondité élevée. Par contre, dans une ville moderne comme Dakar, la famille est le lieu de consommation. Les enfants ont un rôle de bien de consommation. En effet, face à la désillusion née de cette méprise qui leur a fait prendre Dakar comme un eldorado, ces familles issues de l’exode rural, en plus de s’enliser, essayeront  de s’adapter aux réalités de la ville qui a ses tentations. Leurs enfants ne sont pas scolarisés ou leur maintien à l’école pose un énorme problème du fait de la pauvreté. Ces familles, de leurs propres illusions, se réfugient dans des quartiers populaires où le loyer est moins cher ou dans des cités dortoirs. Ils y retrouvent des marginaux qui ont leurs racines dans les quartiers mal famés de la même manière que les bons vivants des quartiers chics se livrent à ces abus. La promiscuité dans la banlieue, ajoutée à la précarité, favorise le développement du banditisme. La plupart des jeunes usent de la drogue pour dissimuler leur mal existentiel. Dans une inconscience totale, ils sont susceptibles d’y aller de leurs dérapages et, par conséquent, d’abuser sexuellement de la première fille qui se trouve sur leur chemin. Au Tribunal régional de Dakar, en quatre mois, 42 personnes ont comparu pour le délit de viol dont une trentaine sur des filles de moins de 13 ans. La situation est pareille à la Boutique de droit de Pikine où soixante cas de viols ont été enregistrés dont vingt suivis de grossesses. L’acte de viol est, pour la plupart,  passé sous silence et la grossesse qui en résulte est interrompue en douce car les familles des victimes ne veulent pas garder un souvenir de cet acte qui les place dans un inconfort social.

Le regard de l’autre pousse des femmes à braver les interdits sociaux et juridiques, jetant des êtres en devenir dans les poubelles, comme de vulgaires déchets ménagers. La loi ne doit pas être moins dissuasive que le « qu’en-dira-t-on ? ». Cette législation a la plus grande légitimité d’interdire et de faire observer le respect des interdits. La sanction pénale peut donc empêcher les femmes d’interrompre leur grossesse et d’en assumer les effets sociaux et psychologiques devant la société. L’interdiction a tout de même son revers. Elle peut encore favoriser la clandestinité, notamment les avortements à risque. Il importe également d’agir sur la concentration humaine à Dakar. Dans une ville qui grossit de toutes ses ailes, la promiscuité et le désœuvrement sont des facteurs de dérives. De ce fait, la décongestion de Dakar est une des alternatives permettant d’éviter les viols et les grossesses non désirées qui en découlent. Le facteur économique est également étroitement lié à ce phénomène qui prend des proportions inquiétantes. La préservation des bonnes mœurs passe par le développement de l’agriculture dans les régions. Ayant des activités génératrices de revenus à portée de main (pour ceux qui veulent se réaliser sur le plan social, bien sûr), les jeunes ruraux n’auront plus besoin d’affluer vers la capitale dakaroise. Enfin, un objet de sensibilisation doit détenir les paramètres d’analyse. En conséquence, le maintien des filles à l’école est un moyen de conscientisation. Les jeunes avertis ont les aptitudes intellectuelles et psychologiques pour dénoncer les auteurs.

Une enquête de Marame Coumba SECK


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