grandair

Soleil Grand Air (602)

« Dieu, merci de m’avoir rendu mes deux jambes. Je suis très content et je te remercie. Je sais, c’est parce que Tu m’aimes que Tu m’as fait beaucoup souffrir. Tu es patient. La vie est amour.

Et quand Dieu vous aime, Il vous fait souffrir. Après tant d’épreuves, me voici, je l’espère, enfin sorti du bout du tunnel », crie de tout cœur, Cherif, dans une plage vidée de son monde (Idoles - saison 4 - épisode 16). Ces propos, empreints de fatalisme, croupiraient dans notre routine langagière si l’interprétation du personnage qui les tient n’avaient pas été magistrale. Il suffit de voir les images pour se laisser envahir par une émotion venue d’ailleurs. Chérif Maal de la série « Idôles » a le génie sublime, du talent à l’état pur. Un moment de communion directe sans intermédiaire avec Dieu. Il nous transporte grâce à cette capacité à entrer dans la peau de son personnage, s’y morfondre, s’y perdre, y étaler toute l’étendue de son art enchanteur.

Babacar Oualy de son vrai nom s’était déjà illustré dans le théâtre et le cinéma avant cette série qui lui vaut des éloges mérités : « Le sacre du ceddo », «Simba le roi lion », «L’homme de Satan», «Le sacrifice de Yacine Boubou», «La pirogue», «C’est la vie»... Il arrive à capter les téléspectateurs les plus étourdis. Dans la série « Idoles », il interprète le rôle d’un inconvenant fils de ministre disposant d’une « couverture » de fils de ... Il est de cette trempe d’acteurs qui ont plus d’une corde à leur arc. Son look de bad boy bâti à chaux et à sable est un espace d’expressions émotionnelles de différentes couleurs. Malgré son jeune âge, il n’a pas encore atteint la trentaine, il se construit une carrière déjà enviable Les vieux briscards comme le comédien Bass Diakhaté, qui a soufflé son nom, se trompent rarement !

Constant dans la performance
Babacar Oualy n’est pas dans la fulgurance. Il fait montre d’une certaine constance dans sa singulière et belle manière d’épater les cinéphiles. Babacar Oualy a su, dans « Idoles », interpréter un rôle avec sa fraîcheur, son allant naturel. Avec surtout grand talent. Aminata Sophie Dièye (une des auteurs de la série « Idoles », défunte et inspirante chroniqueuse, plus connue sous le sobriquet de Ndeye Taxawalou) disait ceci : « Dieu est l’incarnation de la patience. L’argent cultive l’orgueil, encombre l’esprit, chasse l’affectif et la part d’humanité. Dans la famille de ma mère, tout passe par l’autodérision, l’humour, même les choses les plus graves. Je suis donc restée une femme naïve ». Chérif a fait sienne cette belle assertion. L’acteur nous foudroie, quelquefois, d’un regard tellement doux, nous remplit d’émotions à la fois tendres et violentes, nous replonge dans le souvenir. Il produit en un geste, en une parole, des sentiments, des frissons, des bouleversements. Le rire et le pleur aussi. Car le jeune homme est d’une sensibilité artistique contagieuse.

Persévérant face à l’adversité
Ce natif de Dakar, originaire de Tambacounda, a très tôt su ce qu’il voulait faire de sa vie. En classe de première, au lycée Maurice de Lafosse, il boude pour investir le monde du théâtre.

Babacar Oualy débute sa carrière en 2009. C’est sa mère qui lui aurait recommandé de faire du théâtre et du cinéma. C’est elle-même qui l’a mis en relation avec Ibrahima Mbaye « Sopé ». Elle a été bonne prophétesse. Il passe un casting de doublage pour films chinois, pour élargir son champ d’expression artistique. Un tour en Asie pour redécouvrir son art. La série « Idoles » n’est donc qu’un pas de plus dans sa longue marche. Une formation artistique, sur le tas et le reste est de l’ordre du naturel. Son amour pour le septième art l’emporte sur les doutes légitimes. Il se rend à Douta Seck où il a le privilège de rencontrer tous les acteurs et comédiens du Sénégal. L’homme est décrit comme un caméléon par ses compères pour sa capacité à interpréter différents rôles.

Dans sa famille, il est le premier à opter pour cette discipline artistique. Ses envies se heurtaient au scepticisme de ses aînés. Le silence du père, alors administrateur civil et député, laissait plus subsister l’équivoque que l’enthousiasme de sa mère. Un jour il apparaît à la télévision, vêtu d’habits de femme, à l’occasion de la célébration du « Tadiabone » (Veillée festive et folklorique célébrée par les jeunes à l’occasion de l’Achoura). C’était le geste de trop ! Toute la famille lui fait des remontrances. Il décide de quitter la maison familiale. Quelques jours après, les membres de sa famille reviennent à de meilleurs sentiments et l’invitent à rejoindre à nouveau la maison familiale. Cet épisode le pousse à davantage persévérer. Tous les jours, il se donnait la peine de se lever à 7h du matin, de se rendre à la plage pour y « faire tranquillement son sport et s’adonner discrètement à la répétition ». Sa persévérance a porté ses fruits. Oualy est bien parti pour marquer de son empreinte l’histoire du cinéma sénégalais. Qui disait qu’à quelque chose malheur est bon ?

Oumar BA

Il y a ceux que la passion aveugle et d’autres qu’elle fait gravir la cime des éloges justes. Fatou Fall, employée de la Société sénégalaise de Presse et de publications (Sspp) « Le Soleil », est de cette dernière catégorie. Elle satisfait son amour de l’élégance à travers la couture, le stylisme et son complexe Fatitoo Fashion, son univers d’enchantement.

Fatou Fall, jeune femme à la silhouette fine, est d’une grâce naturelle. Tête bien faite, la native de Thiès ne s’est pas complu dans les avantages de la nature si généreuse avec elle. Car, Fatou est une belle créature, de carnation claire, de taille noble, d’une attirance certaine. Sa force réside plutôt dans ses vertus, sa simplicité, son ardeur sincère et sa foi en l’effort prolongé ; cette abnégation qui lui désherbe des allées de triomphe dans l’univers professionnel et de l’élégance. Elle s’échine à faire la fierté de ses supérieurs du service commercial de la Société sénégalaise de Presse et de publications (Sspp) « Le Soleil », où elle travaille depuis quelques berges, et fait son petit bonhomme de chemin dans la couture et le stylisme, ses passions de tous les temps.

Ses inclinations innocentes à Louga, dans ses différents établissements scolaires, où un de ses professeurs se plaisait à l’appeler « la mondaine », s’avèrent aujourd’hui prémonitoires. Fatou Fall a le goût raffiné et aime le partager. « J’aime les choses quand elles sont belles sans forcément être artificielles », confie-t-elle de sa voix douce et pudique. Les festivités à l’école étaient l’exutoire à sa passion. A l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Ugb), en plus d’être une bonne étudiante, elle séduit son monde en y étant élue miss Ugb en première année.

Elle y décroche une licence en gestion des entreprises. « Malgré mon amour pour les études, il me fallait trouver des sources de revenus. Ma personnalité, attachée à l’autonomie, m’y obligeait », dit-elle, fière, les yeux derrière des lunettes Ray ban. Direction Dakar, terre de ses premiers éclats. Ici, Fatou obtient un stage au Soleil. Mais, cela n’apaise point sa passion pour la couture qui lui fait oublier son attrait pour l’aérien qui n’enthousiasme pas, de toute façon, sa « prévenante et affectueuse mère ». Le mannequinat, qui lui traversait l’esprit de temps en temps, non plus. Dans sa famille, elle est la seule à se mouvoir dans cet univers du raffinement.

Habileté magique !
Elle travaille d’abord en sous-traitance avec des tailleurs chargés de mettre en application son imagination fertile et brillante et en profite pour apprendre la coupe et quelques ficelles du métier qui lui sont d’une grande utilité aujourd’hui. Convaincue par les éloges dont font l’objet ses créations, elle se décide à acheter sa première machine et à employer un couturier pour se donner une plus grande marge de manœuvre…et de bénéfices ! « Non ! Ce n’est pas une question d’argent. Mon imagination créatrice avait besoin d’espace, d’autonomie pour se stimuler. La couture est pour moi moins un métier qu’une passion. J’y cherche épanouissement. C’est mon champ de respiration après une journée de labeur. Je trouve satisfaction dans celle que ressentent mes clients après livraison », confie celle qui aime présenter, de temps en temps, ses vêtements dans son corps de rêve.

Fatou Fall, qui ne se donne aucune limite dans sa quête du beau, si ce n’est celle de sa morale, est aujourd’hui à la tête d’un complexe, « Fatitoo Fashion », aux Hlm Grand Yoff, qui emploie cinq couturiers ; espace où le traditionnel, le moderne et les articles (chaussures, collier, boucle d’oreille, coiffure, tissu…) ajoutent à la magie de son admirable habileté. « Fatitoo Fashion », planète de ses prouesses artistiques, de l’exaltation de la splendeur, « est un embryon de ce que la couture, le stylisme, disons l’élégance, représentent à mes yeux. Je tire fierté des appréciations positives de ceux qui me font confiance mais j’éprouve un pincement au cœur quand je vois que les Sénégalais ne se sont pas appropriés le made in Sénégal. Ils préfèrent encore, même si c’est de la camelote, investir dans le prêt à porter fabriqué sous d’autres cieux. L’expertise locale est à valoriser car de belles choses se font ici ». Plainte légitime d’une gracieuse âme…célibataire.

Avis aux audacieux mâles : Fatou Fall a le sourire charmant et la répartie habile et affable !

Alassane Aliou MBAYE

Touche pas à mon ange !

22 Mar 2018
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Enfants, on nous disait que les riches sacrifiaient des êtres humains, des « mômes » précisément, pour être encore plus riches. On nous disait aussi qu'ils coupaient les têtes des gens qu'ils enterraient et que ces têtes se transformaient des jours plus tard en or massif ou en diamant. On nous demandait alors de ne jamais parler à un inconnu surtout s'il était à bord d'un véhicule.

Et je me rappelle encore que dans mon très cher Fouta, quand on voyait venir une voiture ou même entendait un vrombissement de moteur, fût-ce celui d’un moulin à mil, on détalait comme des lièvres apeurés. Bercé par l’innocence juvénile et une naïveté extrême, on ne pouvait imaginer à quel point l’homme pouvait pousser la cruauté jusqu’à recourir au sacrifice humain en échange du pouvoir, de la richesse et de la puissance. Mais quand on a vendu son âme au diable, on est prêt à tout.

Beaucoup de civilisations ont pratiqué des rites religieux morbides. Mais, c’était il y a des millénaires et les motivations n’étaient pas les mêmes. Sous nos tropiques, ces meurtres d’enfants, sacrifiés sur l’autel de pratiques barbares, sont en recrudescence. Ces pratiques odieuses, qui se multiplient surtout en période électorale, montrent à quel point l’obscurantisme est répandu dans nos sociétés. En plus de provoquer une vague d’indignations, elles ont fini par installer une psychose inconcevable et de suspicion extrême un peu partout. Les familles sont choquées, plongées dans l’horreur absolue, l’angoisse, la colère et la peur. Il est tout à fait justifié que les gens soient traumatisés, affolés. Comment, dans une pareille situation, garder toute sa sérénité et ne pas céder à cette psychose créée par les cas d’enlèvements d’enfants et d’homicides relayés par la presse ? La situation est telle qu’aujourd’hui beaucoup de parents craignent le pire.

Chacun, dans son for intérieur, se dit : « Cela pourrait bien arriver à mes enfants ». Eh, oui, nul n’est à l’abri. Le danger guette au quotidien nos enfants devenus les proies potentielles d’ignobles prédateurs.

Il faut vraiment être un monstre pour égorger avec un certain degré de cruauté et d’atrocité un enfant, prélever ses organes pour un éphémère privilège. Toute la richesse terrestre et toute la puissance du monde ne valent pas la vie de nos enfants, ces anges que nous devons chérir, entourer de soins, aider à vivre, à grandir, à se développer physiquement, moralement et intellectuellement. Comme le disait si bien Mère Teresa, « l’enfant est le plus beau don que Dieu puisse faire à la famille : il a besoin de son père aussi bien que de sa mère parce que l’un et l’autre manifestent l’amour de Dieu d’une façon spéciale ». Les protéger est notre première charge dans la vie.

Aujourd’hui, chaque parent vit une pression sans nom. L’inquiétude, la peur et l’angoisse sont les choses les mieux partagées dans les familles. Personne ne veut quitter d’une semelle sa progéniture. On a beau discuter avec nos chérubins des dangers que représentent les étrangers et leur inculquer la crainte des personnes qu’ils ne connaissent pas, mais ce n’est pas suffisant. Il faut encore et toujours entretenir la vigilance ; même si cela ne les met pas pour autant hors de danger face à ces assassins.

Nos enfants sont tellement naïfs, tellement fragiles que quand ils partent quelque part, on n’a jamais l’esprit tranquille. On a même peur de les envoyer à la boutique, de crainte de les jeter dans la gueule du loup. On est si obsédé par leur sécurité qu’on ne les croit à l’abri nulle part ailleurs qu’à la maison.

L’heure est grave. Devant l’urgence de la situation, les autorités doivent endiguer ce phénomène traumatisant et agir avec fermeté en mettant en place un dispositif dissuasif et en renforçant les peines à l’encontre de ces monstres qui ne méritent aucune pitié. Mais en attendant, les parents doivent faire bloc, contrecarrer ces suppôts de Satan et leur dire : « Assez ! Nos enfants ne sont pas à sacrifier ! »

Par Samba Oumar Fall

«On a le droit de tout penser, mais tout dire c’est autre chose». Songdé Diouf a appris à ses dépens, cette vérité de Philippe Bigler. Depuis deux semaines, le chroniqueur de l’émission hebdomadaire « Jakkaarlo » de la Tfm est pris dans un maelström médiatique dont il aurait sans doute bien aimé se passer. Hélas, il devra tenir bon dans cette tempête aussi soudaine que violente au moins jusqu’au 27 mars prochain date de son procès que lui a intenté un groupe de féministes. Le crime de Songdé Diouf ? Avoir déclaré que certaines femmes, par leur accoutrement, s’exposaient au viol. Bien évidemment, auparavant, il avait pris le temps de condamner avec vigueur cet acte ignoble. Coupant ainsi la « poire en deux », pour reprendre ses propos. Il n’en fallait pas plus pour qu’on le qualifiât d’apologiste du viol. Tout simplement. Lui, le si brillant enseignant, modèle pour des générations d’élèves du lycée Limamoulaye et de Dakar, connu et reconnu pour ses belles réflexions et son sens de la mesure sur le plateau de cette émission, se retrouve ainsi, du jour au lendemain, lynché sur les réseaux sociaux. Même ceux qui ont tenté de « comprendre le sens de son propos », en ont pris pour leur grade.

La guerre des mots entre les « Songdephiles » et les « Songdephobes » pour reprendre les termes du perspicace journaliste du Témoin Serigne Saliou Guèye fait alors rage. Un vaste mouvement féministe, par la magie des réseaux sociaux, se forme. Et c’est lui qui est à l’origine de la procédure judiciaire déclenchée contre le sieur Diouf. On retrouve dans cet aréopage, des universitaires, des chefs d’entreprise, des étudiantes ou encore de simples femmes au foyer qui se sont senties « violés » par le discours du professeur. Dans la foulée, une pétition anti-Songdé recueille, en quelques heures, plus de 6000 signatures. Malgré une vidéo dans laquelle il « reprécisait » sa pensée, la tempête n’est pas retombée. Ses détracteurs s’attendaient plutôt à des excuses. Elles ne viendront jamais. Du moins pour l’instant. Les dommages collatéraux n’ont pas tardé. Le présentateur de l’émission « Jakkaarlo », dont la complicité avec Songdé Diouf est un secret de polichinelle, a préféré démissionner de la Tfm (avant de se retracter) après que Bouba Ndour, directeur des Programmes de cette chaîne mais aussi chroniqueur dans cette même émission, a fait une sortie à la radio où il semblait se désolidariser du professeur.

Elhadji Ibrahima THIAM

Bopp Thior : Une île assoiffée

22 Mar 2018
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Bopp Thior fait partie de ces îles merveilleusement bien dotée par la nature. L’histoire de cette localité, rattachée sur le plan administratif à la commune rurale de Gandon (département de Saint-Louis), se conjugue avec l’époque coloniale. C’est à partir de là qu’étaient fabriquées les briques qui servaient à bâtir les habitations de la ville de Saint-Louis. L’île vit au rythme des difficultés. Bien qu’entourés par le fleuve Sénégal, les insulaires peinent à accéder à l’eau potable. Ils sont encore dépendants de Ndar pour leur approvisionnement. Il s’y ajoute les changements climatiques qui sortent les morts de leur quiétude et menacent d’engloutir leur cimetière.

Située à deux kilomètres de Saint-Louis, Bopp Thior n’est accessible que par pirogue. Et pour y aller, il faut bien trouver une embarcation. Notre harassante quête nous mène vers Djiby Diop, un fils de la localité qui avait répondu aux sirènes de l’émigration et qui est rentré au bercail pour contribuer au développement de sa localité. On ne pouvait mieux tomber. Le bonhomme maîtrise bien le sujet et c’est volontiers qu’il accepte de nous servir de guide. Et c’est tout guilleret qu’on embarque dans sa pirogue bien bariolée qu’il a surnommée « Air Bopp Thior », destination Bopp Thior, la seule île sénégalaise sur l’autre côté du fleuve et entourée de villages mauritaniens. Derrière nous, la vue sur Saint-Louis est magnifique. Le trajet ne dure qu’une demi-heure, tout au plus. Une fois sur l’île, notre guide nous invite à faire le tour à pied pour mieux découvrir ses charmes, ses vestiges. Ce petit coin de terre et de verdure, long d’environ cinq kilomètres où vivent 800 habitants, a su conserver toute son authenticité. De loin, on aperçoit ses maisons cachées dans un écrin de végétation. L’île est colonisée par les figuiers de barbarie (opuntia ficus-indica).

D’un vert éclatant, cette plante est presque partout. A en croire Djiby Diop, le fruit dont la peau est hérissée de piquant a des qualités naturelles remarquables. D’ailleurs, explique-t-il, les populations s’en servent pour préparer du jus.

Que l’on s’y rende pour sa beauté ou pour le calme qu’elle dégage, l’île de Bopp Thior ne laisse personne indifférent. Présent et passé s’entremêlent sur cette oasis de verdure. S’appuyant sur des faits vécus, Djiby Diop et les populations nous invitent à traverser le temps pour revivre l’histoire de cette localité. Bopp Thior, selon les nombreux témoignages, est plus ancien que la ville de Saint-Louis. Selon Tidiane Ndiaye, chef du village, c’est du fait d’un mauvais découpage administratif que l’île s’est retrouvée dans la communauté rurale de Gandon, devenue commune à la faveur de l’Acte 3 de la décentralisation. Les premiers habitants, renseigne-t-il, sont originaires de Gaya (département de Dagana) où est né le vénéré El Hadji Malick Sy. À l’époque, dit-il, il était possible, à partir de Bopp Thior, d’aller à pied jusqu’en terre mauritanienne. De son côté, son frère Mounirou Ndiaye soutient qu’à l’époque, les Saint-Louisiens, ne disposant pas d’eau douce, venaient se ravitailler sur l’île qui comptait beaucoup de puits. Ce pittoresque village garde encore les vestiges de la première briqueterie de l’Afrique. Cela s’explique, selon Aïda Ndiaye, matrone de l’île, par le fait que c’est à Bopp Thior que les colons ont commencé à installer des fours à briques pour la fabrication des briquettes. « Beaucoup d’édifices publics de la vieille ville ont été construits par ces briquettes », informe-t-elle.

Des promesses et de vaines initiatives…
Bopp ThiorEtre entouré d’eau de toutes parts n’est pas une garantie suffisante pour avoir de l’eau potable. Les habitants de Bopp Thior en savent quelque chose. Bien que cernés par le fleuve Sénégal, les insulaires peinent à trouver le liquide précieux, source de vie par excellence. Le visiteur, qui met ses pieds à Bopp Thior, est aussitôt frappé par cette pénurie qui y prévaut depuis… la nuit des temps. L’eau est loin. Qu’importe, il faut bien aller la chercher. Sa quête inlassable rythme le quotidien des populations qui se rendent plusieurs fois par jour à Saint-Louis où ils disposent de leur propre borne fontaine. Cet exercice exige du temps, des efforts, mais aussi des moyens. Il faut payer 25 francs pour le bidon de 20 litres, sans compter le transport ; à moins que l’on dispose de sa propre pirogue, fait savoir Djiby Diop. Un comité, dit-il, a d’ailleurs été mis en place pour gérer cette fontaine publique gracieusement offerte par l’ancienne communauté rurale de Gandon, au pied du fleuve, à Santhiaba.

« Avant de prétendre à l’électricité, nous voulons avoir de l’eau », insiste Aïda Ndiaye, la matrone du village. « Sans eau, on ne peut pas prétendre à une bonne santé », fait-elle savoir. Une autre dame, qui a requis l’anonymat, révèle que beaucoup de jeunes filles mariées refusent aujourd’hui de regagner le domicile conjugal à Bopp Thior à cause du manque d’eau. « Nous sommes vraiment fatiguées. Nous sommes asthmatiques et nous ne pouvons pas porter les bidons de la berge à nos maisons parce que la distance est longue », fulmine-t-elle. Moustapha Sarr, natif de Koungheul (région de Kaffrine) et maître coranique du village, soutient, pour sa part, que sa terre d’accueil est victime d’un manque de considération alors qu’elle est plus ancienne que la ville de Saint-Louis. À son avis, beaucoup de jeunes de l’île ont choisi l’émigration à cause de la corvée d’eau. « Sans eau potable, on ne saurait aspirer à une vie saine ni au développement », précise-t-il.

A Bopp Thior, toutes les pensées et réflexions se résument aux stratégies à mettre en place pour avoir ce liquide précieux. Et pourtant, Saint-Louis se trouve à seulement 2 km. Il suffirait d’autant de kilomètres de tuyaux pour faire jaillir l’eau potable sur l’île. De nombreuses initiatives du chef de village, Tidiane Ndiaye, et même de ses prédécesseurs sont restées à l’état de promesses. Etat, Ong et autres bonnes volontés se sont succédé à Bopp Thior pour tenter d’apporter des solutions à ce problème. En vain. Les populations de l’île attendent toujours avec patience et dans la dignité que l’eau coule à flot. Leur volonté et leur ardeur pour trouver une solution à ce problème restent encore intactes. D’ailleurs, le président de la République avait répercuté leur doléance au ministère de l’Hydraulique. Des agents de ce département, dit-on, sont venus sur place pour faire les estimations nécessaires pour un raccordement par la mer depuis Gokhou Mbathie. Le tracé du tuyau a été fait et le devis estimatif arrêté à 134 millions de francs Cfa sur moins de 2 km.

L’idée de la construction d’un forage a également été émise. Toutefois, cela n’a pas prospéré à cause, précise Mounirou Ndiaye, de la nappe phréatique du village qui n’est pas profonde, mais aussi de sa salinité. Selon lui, son défunt père a fait de l’accès à l’eau de Bopp Thior son combat personnel jusqu’à sa mort. « À sa retraite des Travaux publics, il a investi toutes ses indemnités pour la construction d’une grosse citerne. Cette solution alternative n’a pas pu prospérer », nous apprend-il.

Les populations de Bopp Thior vivent mal cette privation. D’ailleurs, Mbaye Diop, notable du village, avait suggéré au chef de village une option radicale consistant à interdire les politiques de venir dans la localité. Pour lui, cette lenteur notée dans la résolution de ce calvaire des populations est manifestement due à une absence de volonté politique. Par jour, fait-il savoir, une famille peut consommer 100 bidons de 20 litres. « C’est beaucoup d’argent, sans compter le coût du transport et l’effort physique. Nous avons vraiment besoin que le gouvernement soit à nos côtés pour résoudre cette difficulté qui perdure », plaide-t-il. A Bopp Thior, les populations se livraient à l’agriculture, à l’arboriculture, au maraîchage, entre autres pratiques culturales. Les rendements étaient au rendez-vous parce qu’à l’époque, le fleuve n’était pas salé. L’eau était douce sept mois sur douze, selon Aïda Ndiaye. « Ce qui nous permettait de nous adonner à des activités agricoles. Aujourd’hui, le fleuve est salé neuf mois sur douze. Nous avons tout fait pour reprendre nos activités agricoles, mais jusqu’à présent, nos doléances ne sont pas satisfaites », déplore-t-elle. En quoi faisant ? Les habitants avaient trouvé une alternative en creusant des puits artisanaux mais certains devenaient salés deux jours plus tard. Aussi, à cause du manque d’eau, les populations ne peuvent plus pratiquer l’élevage. « Vous pouvez facilement vous rendre compte que l’élevage est propice à Bopp Thior, mais nous ne pouvons pas nous adonner à cette activité du fait du manque d’eau douce pour abreuver les bêtes », fustige-t-elle.

De l’avis de Mounirou Ndiaye, beaucoup d’habitants de Saint-Louis disposaient de terres cultivables à Bopp Thior et les cultivaient grâce l’eau douce. Aujourd’hui, on ne cultive plus dans le village, selon lui, à cause de l’avancée de la langue salée et du manque d’eau, en dehors de l’hivernage alors que les sols sont très fertiles. « Ce qui freine notre élan, c’est la disponibilité de l’eau », déplore-t-il. Mounirou Ndiaye soutient que si cette ressource était au rendez-vous sur l’île, ils pourraient approvisionner toute la ville de Saint-Louis en légumes. « Dans le passé, se souvient-il, nous avons toujours enregistré de meilleurs rendements ». Face à cette contrainte, les cultivateurs ont tourné le dos à l’agriculture pour retourner à la pêche.

L’île accuse aussi un manque criant d’infrastructures publiques, en particulier sanitaires. Ici, les populations parlent de calvaire pour décrire la situation sanitaire. Le semblant de case de santé a fermé ses portes depuis belle lurette faute d’équipements, nous dit la matrone de la localité. Pour les urgences, indique Aïda Ndiaye, les pirogues servent d’ambulance pour transporter les malades à Saint-Louis. L’île souffre également du manque d’énergie. Pour pallier la pénurie d’électricité, les insulaires se contentent de panneaux solaires pour capter l’énergie durant la journée ; ce qui leur permet de s’éclairer la nuit et de recharger leurs batteries.

Par Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes)
et Assane SOW (photos)

UNE PARTIE DU CIMETIÈRE ENGLOUTIE PAR LES EAUX
Bopp Thior CimetiereBopp Thior a la particularité d’abriter le premier cimetière musulman de Saint-Louis. A l’époque, Thiaka Ndiaye n’existait pas encore. L’île vivait au rythme des processions funèbres avec les Saint-Louisiens qui quittaient Guet-Ndar, Gokhou Mbathie et autres quartiers pour venir y enterrer leurs morts. Mais, ces processions furent interdites après le chavirement d’une pirogue qui a fait une dizaine de morts lors de l’enterrement d’un certain Doudou Diop en 1950-1951. L’administration coloniale a alors pris un arrêté interdisant l’inhumation des Saint-Louisiens à Bopp Thior.

Dans ce lieu sacré reposent d’éminentes personnalités et saints hommes, nous dit-on. Parmi ceux-là, on peut citer Bou El Mogdad, le célèbre interprète de Faidherbe, Aynina Fall, Mame Khar Yalla Ousmane de Gaya, entre autres. Par le passé, indique Djiby Diop, des gens venaient de partout se recueillir sur les tombes des saints qui reposent dans ces lieux que les autochtones ont, depuis plus d’un siècle, utilisé et continuent d’utiliser pour y enterrer leurs disparus. Tous leurs ancêtres reposent à cet endroit qui, depuis quelques années maintenant, est menacé par la montée des eaux.

L’érosion des berges et les hautes marées sont venues déranger les morts dans leur repos éternel. Beaucoup de tombes ont tout simplement disparu, emportées par les eaux. D’autres sont menacées d’éboulement. Le tamarinier géant qui se trouvait au centre du cimetière s’est affaissé au pied du fleuve et à quelques encablures git un phacochère pris dans un piège et dont le corps commence à se décomposer. Le sol laisse poindre des restes humains. On aperçoit des crânes et ossements humains déterrés par la furie des eaux. Impuissantes, des stèles de marbre jadis imposantes ont cédé face à la puissance de l’eau. Le spectacle est à la fois triste et désolant. « Il y a des années, le cimetière se trouvait bien loin et il fallait marcher des mètres pour atteindre le fleuve. Aujourd’hui, une bonne partie du site est engloutie. L’ouverture de la brèche y est pour beaucoup. Avec l’érosion qui gagne chaque année du terrain et les prochaines marées, l’histoire risque bien de se répéter », nous dit Djiby Dop, qui craint le pire.

Aujourd’hui, le cimetière risque bien d’être rayé de la carte de Bopp Thior si rien n’est fait pour le sauver. Le chef du village, Tidiane Ndiaye, ainsi que d’autres notables du village ont lancé des alertes aux autorités compétentes. En vain.

Par Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes) et Assane SOW (photos)

Ngounta Toucouleur est l’illustration parfaite des effets pervers de la balkanisation de l’espace africain. Communauté rurale de la commune de Kahène, au Sud-est du département de Koumpentoum (région de Tambacounda), cette localité enclavée est frontalière avec la Gambie. Elle voisine -si ce n’est un euphémisme- avec le village gambien de Kouno ; deux bourgades habitées par une seule famille qu’une ligne démarcative prétend séparer et dont les liens socioculturels, et de sang, s’affranchissent allégrement. Ici, les populations ne subissent point la géographie et les tracés d’un schéma qui n’est pas le leur. L’intégration n’est pas, dans cet univers, un concept importé. Elle est un vécu séculaire. Mots et images des inconséquences d’un autre temps et des accommodations.

Ngounta Toucouleur, n’eut été sa position géographique, se morfondrait dans l’anonymat. Ce village, emblème des « facéties » coloniales, croupit dans la routine du labeur quotidien pour sortir de l’ornière. L’accès est difficile. Il est, hormis la gaieté naturelle de ses populations, un espace sans éclat. Les terres cultivables sont abondantes. Les bêtes aussi. Les espérances sont entretenues par les largesses du ciel. La vie suit les sillons de la persévérance et de la soumission au destin ; comme celui qui a mené, dans ce « coin » enclavé, leurs aïeux originaires de Foumihara, village du département de Kanel, dans la région de Matam, après moult pérégrinations et péripéties. Barane Dème est le plus lointain ascendant connu de leur arbre généalogique.

Alpha Demba Baguel Dème serait le fondateur de Ngounta Toucouleur. Tambacounda, en général, est un point de convergence des migrations provenant du Nord du Sénégal.

Ngounta Toucouleur, parce qu’uniquement habité par ce groupe ethnique issu de l’aire géographique du Fouta Toro, c’est aussi l’histoire de deux frères, Mamadou, homme de grande érudition, et Lamine Dème, le cadet. Celui-ci établit sa demeure à une encablure de celle de son aîné. Au gré des désirs de puissance de la France et du Royaume-Uni, Mamadou et Lamine se retrouvent respectivement sénégalais et gambien. Pour nommer l’« absurde » d’un autre temps qui ne fait point référence à la frontière précoloniale, le village gambien porte le nom de kouno alors que celui-là sénégalais est appelé Ngounta.

« Grand-place sénégalo-gambien »
Ngouta ToucouleurUne borne-frontière, « affaiblie » par l’âge, fixe cette ligne démarcative dont s’affranchissent indifféremment ces populations liées par le sang, les valeurs et les aspirations. Et il en sera ainsi « tant qu’on nous laissera charpenter le récit de notre aventure humaine. Car, il ne s’agit, en réalité, que d’une seule famille qu’une minuscule borne ne saurait séparer », confie Idrissa Dème, Sénégalais (bon à préciser) émoussé par l’âge.

Ngounta et Kouno dont les maisons sont quelquefois contiguës, portent les stigmates de l’inconséquence des conduites de l’autorité coloniale. Les peuples, qui en sont victimes, réagissent par des réflexes d’accommodation pour resserrer les liens socioculturels. Chaque village avait sa propre mosquée. Ils n’en comptent qu’une seule désormais après que « Thierno Ahmed Tidiane Bâ de Madina Gounass nous a persuadés de n’en disposer qu’une pour raffermir les liens. C’est ce que nous avons allègrement fait », informe Kalidou Dème, chef du village de Ngounta Toucouleur, cousin de celui de Kouno, Kéba Dème. Et la sempiternelle question de l’imamat ne s’y pose pas. Ils inhument les dépouilles mortelles dans le même cimetière. Les Sénégalais cultivent les terres gambiennes et vice-versa. Des potaches gambiens s’instruisent dans des écoles sénégalaises. Mbayène, village de cet Etat voisin, accueille aussi des élèves sénégalais. Sur le ton de la boutade, un habitant du village de Ngounta Toucouleur a appelé « Grand-place sénégalo-gambien » un point de convergence, sorte d’arbre à palabres sous laquelle papotent sénégalais et gambiens, pour l’essentiel des cousins.

« La frontière, ce n’est pas de notre ressort mais nous pouvons la rendre insignifiante par notre volonté commune de la transcender, de ne jamais rompre cette belle harmonie. Je suis gambien parce que j’habite de l’autre côté de cette pierre enfoncée dans ce sol que nous partageons. Vous m’avez trouvé à côté de mes frères Sénégalais », souligne cet originaire du Fouta Toro, Bouba Diallo, l’un des rares, dans ce terroir d’agriculteurs et d’éleveurs, à porter un patronyme autre que Dème.

Juste un moulin, de l’eau et un extrait de naissance
Ici, la borne-frontière n’est qu’un trivial marqueur d’une réalité politique même si l’idée d’appartenance aux nations gambienne et sénégalaise est assez forte. On y exalte le patriotisme. « Je me considère comme un Sénégalais que le destin a mené dans une des extrémités de l’espace géographique. Ni plus ni moins. Quelles que soient les difficultés de la vie, notre interlocuteur est l’Etat sénégalais à qui nous soumettons ces doléances. Nous souffrons du manque d’eau, n’avons pas de moulin et l’écrasante majorité d’entre nous ne dispose pas d’un extrait du registre des actes de naissance que nous devons nous procurer à plus de 70 kilomètres, à Koumpentoum », déplore Moussa Dème, déconcerté par tant de tracas. Cette situation est d’autant plus regrettable que ceux d’à côté, leurs frères gambiens de Kouno, ne rencontrent aucune difficulté à en disposer. Cette « frontière », quant à elle, est réelle.

Elle exacerbe ce sentiment d’isolement, d’oubli, d’indifférence. Leur état d’âme est un enchevêtrement, inextricable tant qu’il en sera ainsi, à la fois de fierté et de résignation silencieuse. Le « bout » a besoin d’être agité affectueusement de temps en temps.


Samboudian KAMARA, Alassane Aliou MBAYE (texte)
et Ndeye Seyni SAMB (Photos)

Il est des délits qui portent beaucoup de préjudice à la société et privent d’honnêtes citoyens de sommeil, de paix et de tranquillité. Le vol en fait partie. Il est devenu un véritable problème national, avec des proportions quasi inquiétantes. Normal si l’on sait que voler est une profession qui ne nécessite ni diplôme ni études dans une université ou institution spécialisée et dont la pratique procure parfois des revenus conséquents. Le sport favori de ces voleurs qui ne veulent point travailler, mais qui veulent plutôt profiter de ceux qui travaillent n’est rien d’autre que de dépouiller les honnêtes citoyens de leurs biens et de ruiner tout leur espoir. Et pourtant, cet acte odieux qu’est le vol, en plus d’être réprimé par la loi, constitue un grand pêché puni par l’Islam d’une amputation de la main. Malgré tout, les malfrats ne reculent devant rien et leurs dégâts sont incommensurables.

Il y a bien des années, une affaire jugée en cour d’assise (les chambres criminelles n’existaient pas encore) à Saint-Louis et qui portait sur un vol en réunion et association de malfaiteurs m’a permis de comprendre que le vol était presque un art. Un art très dangereux même. Comme l’artiste qui imagine et peint avec talent et une audace qui lui est propre son émotion ou son message (il existe aussi des artistes à deux sous), le voleur, même si les techniques et méthodes diffèrent, est aussi doté d’une grande habileté, d’une ingéniosité sans pareille et d’une audace qui lui permettent de bien préparer et d’exécuter, avec brio, son forfait. Si l’artiste peut vendre son tableau à des prix d’or, le voleur aussi parvient à tirer son épingle du jeu, si son plan réussit.

Lors de ce procès, un bout d’homme qui avait très tôt quitté le chemin de la droiture, pour se consacrer exclusivement au banditisme, était poursuivi pour vol en réunion commis avec violences et usage de véhicule. Les faits qui lui étaient reprochés remontaient au 7 août 2001. Ce garçon qui n’avait pas fait des études poussées, ne s’arrêtant qu’en classe de CM2 et qui, de tout le Saint Coran, ne connaissait que la « Fatiha », n’avait pas manqué de refaire son retard sur les sentiers de la perdition. Le fait d’avoir séjourné en prison alors qu’il était mineur, ne l’avait point assagi. De nature inoffensive, il avait donné du fil à retordre aux gardes pénitenciers de la maison d’arrêt et de correction de Saint-Louis pour avoir réussi à s’évader à deux reprises. En prison, il avait surpris ses codétenus ourdir un plan de braquage d’une bijouterie, à Saint-Louis, et leur avait volé leur idée. Après son évasion, il est passé à l’action avec ses trois acolytes. Il sera interpelé quelques jours plus tard après une course poursuite à travers les rues de la Gueule Tapée et des coups de feu qu’il a tirés en direction des policiers. A la barre, il a dit avoir agi par simple plaisir. Reconnu coupable de vol en réunion commis avec violences et usage de véhicule et détention d’arme sans autorisation administrative, il avait écopé de 10 ans d’emprisonnement ferme.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Et aujourd’hui, on assiste de plus en plus à la recrudescence des cambriolages, de jour comme de nuit. Sans compter les vols à l’arrachée. Ces délinquants n’ont plus peur de rien et commettent parfois des actes violents, surtout quand ils rencontrent de la résistance. A leurs risques et périls.

La semaine passée, un charretier qui n’a rien à envier à Reug ou Ama Baldé a eu l’outrecuidance de voler un mouton aux Parcelles assainies. Mal lui en avait pris. Poursuivi par une meute de motocyclistes enragés et pris dans leur étau, il n’a eu d’autre réflexe que de jeter l’animal sur la chaussée. Malheureusement, il sera appréhendé et copieusement corrigé. Ça fait partie des risques de la profession. Et n’est pas Robin des bois, Billy the kid ou Arsène Lupin qui veut. Plusieurs malfrats ont dû abandonner leurs activités illicites en raison d’oppositions inattendues des populations, comme cette scène de justice populaire devenue aujourd’hui très fréquente sous nos tropiques. Assez souvent, ces malfrats, professionnels ou occasionnels, sont battus à mort par des foules en colère.

Ce phénomène s’explique par l’insécurité et le manque de confiance de la population en la justice, la police. Certaines gens qui ont le sentiment que ces voleurs ne sont pas assez sévèrement punis, préfèrent, de loin, cette justice populaire qu’elles trouvent très dissuasive. Quoiqu’il en soit, le vol n’est point une profession viable ni durable. Un voleur peut toujours voler, mais viendra un jour où la chance le lâchera. Et bonjour les dégâts ! Tous ces paresseux qui aiment l’argent facile gagneraient à aller travailler pour gagner honnêtement leur vie au lieu de se nourrir du travail, de l’effort ou de la sueur de leurs prochains.

Samba Oumar FALL

Les nouveaux loups

12 Mar 2018
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Le cas avait fait grand bruit. Un grand jet setteur rendu célèbre par une chanson non moins connue de Thione Seck était tombé dans les filets d’une bande de fillettes en jupes courtes et aux manières adolescentes. Il connut la prison et la disgrâce pour « détournement de mineur ». Un confrère, récemment rappelé à Dieu, qui jouissait d’une excellente réputation fut traîné à la gendarmerie et massacré dans la presse pour avoir tendu une main paternelle à une adolescente en errance devant sa maison. Ils ne sont pas, loin s’en faut, les seules victimes de l’innocence.

De plus en plus, de jeunes adolescentes à peine sevrées du biberon, dessinent des plans machiavéliques pour ferrer des hommes beaucoup plus âgés. Elles gonflent leur âge, exhibent une précocité sournoise et bandent leurs formes généreuses pour tromper la méfiance des adultes. Les célébrités, les hommes mariés et tous ceux qui ont une réputation à préserver sont leurs cibles préférées. Ces derniers, pensent-elles à juste titre, préféreront toujours éteindre un début de scandale en transigeant généreusement. Le plus souvent, elles enfarinent de vieux cougars en quête de chair fraîche. Parfois, malheureusement, leurs mailles se referment sur des pères de familles charitables qui ne sont guidés que par la volonté d’aider. Les loups ne sont plus ceux que l’on croit.

Gare à la meute en tenues raccourcies et aux formes ensorceleuses !

Par Sidy DIOP


Très souvent comparé aux Kardashian (l’une des familles les plus puissantes du showbiz américain), le clan Pembe, est en passe de s’ériger comme la famille la plus en vue d’Afrique. Le magazine « Kintv24 », nous fait découvrir le portrait d’une famille qui a su bâtir et asseoir son empire dans les deux Congo.

Didace Pembe
Originaire du Maï Ndombe, une province proche de la capitale Kinshasa, est le père de la famille. Il est le président du Parti Écologiste congolais. Il a été député avant d’être nommé ministre en 2007. Réputé pour avoir des accointances avec le président Joseph Kabila, d’où sa puissance. Didace Pembe est bel homme. Père de 7 filles, dont toutes ont la particularité d’avoir des prénoms qui finissent tous par la lettre « a ».

Lina Pembe
Fille d’un père expatrié italien et d’une mère métisse congolaise, Lina Pembe Bologna, c’est l’équivalent de Kris Jenner du clan Pembe. C’est la femme de Didace Pembe. 1ère Vice-présidente du Parti Écologiste congolais (Peco), Lina Pembe est aussi une grande femme d’affaires. Elle est la propriétaire de la chaîne de boutique Outlet, qui distribue des vêtements Zara en Afrique centrale, des boutiques Lina à Kinshasa et à Brazzaville et aussi de Lina Café à Kinshasa.

Soraya Pembe
Âgée de 27 ans, la fille aînée de la famille. Elle s’est installée de l’autre côté du fleuve Congo, Soraya est l’épouse de Rodrigue Nguesso, le neveu multimillionnaire du président Sassou Nguesso. Cela ne l’empêche pas d’être dans les affaires puisqu’elle est propriétaire de la boutique des vêtements Street Design à Brazzaville. Loin des yachts de Miami où l’on avait pris l’habitude de la voir aux premières heures de son union, la belle se fait discrète, mais on sait tout de même qu’elle a donné naissance au 1er bébé garçon du clan, qui est son 2e enfant.

Mareva Pembe alias Evalisha
Véritable incarnation de Kim Kardashian, et passionnée de mode, Mareva Pembe a passé toute son enfance au Congo avant de se rendre à Paris, la capitale de la mode. Grande fashion blogueuse, Mareva Pembe partage ses styles et ses goûts avec ses 55 000 followers sur Instagram. Elle a lancé à Kinshasa son propre concept « Lina Generation by Evalisha », tiré du nom de marque de sa mère pour une clientèle plus jeune et plus tendance.

Raïssa Pembe
3e fille du clan, elle a du charme et du goût. C’est elle qui est à la base de la conception et de la matérialisation de Lina Génération de sa soeur Mareva.

Jessica Pembe
Âgée de 21 ans, Jessica Pembe poursuit encore ses études. Mais elle est la plus suivie sur Instagram après sa sœur Evalisha. Ses 23 000 followers se régalent de ses poses de modèle. Elle est bien partie pour se faire une place dans la mode.

Sonya Pembe
À 16 ans, Sonya Pembe est aussi une star des réseaux sociaux avec 10 000 followers sur Instagram. Sonya est sur la même voie tracée par ses ainées, et fait office d’ambassadrice du clan Pembe sur la toile.

Alicia et Marica Pembe
Ce sont les deux cadettes de la famille. Deux bijoux auxquels la mama Lina Pembe Bologna, voue un véritable culte. Considérées comme des futures Kylie et Kendall en devenir, suivront-elles la même voie tracée par les aînés ? Difficile de savoir ce que l’avenir leur réserve, mais ce qui est sûr, c’est que la relève de la famille Pembe sera dignement assurée avec ces deux petites poupées.

Une cuvée de champagne baptisée Dian Diallo, voilà l'idée pour le moins pétillante que vient de concrétiser Mamadou Dian Diallo, consultant en spiritueux pour les Aéroports de Paris.

Originaire de Labé, dans le Fouta-Djalon, le pays peul de la Guinée-Conakry, Mamadou Dian Diallo est arrivé en France en 2001. Après avoir décroché son master de management et gestion des entreprises en 2005, le jeune homme a intégré le duty free des Aéroports de Paris dès l'année suivante. Il y représente alors de grandes marques de la gastronomie fine et surtout de spiritueux pour le groupe Moët Hennessy, une partie de l'acronyme LVMH (Laurent Perrier, Moët & Chandon, Veuve Cliquot…, NDLR). En 2012, il est promu ambassadeur, l'équivalent de consultant pour le groupe. C'est là qu'il affine son goût pour le champagne en visitant les caves du précieux breuvage millésimé : « J'ai eu l'opportunité d'avoir une formation beaucoup plus intense, raconte-t-il.

Je me suis intéressé aux procédés de fabrication, à la finesse avec laquelle le travail est accompli. »

Mais l'élément déclencheur de son projet ambitieux de donner son nom à un champagne est une rencontre, en 2013, avec un client béninois qui lui fait une importante commande : « Je lui ai promis que je ferais ma propre marque qui porterait un nom africain. Le but était de bousculer les codes et de permettre aux Africains de se sentir représentés. Pour affiner ma stratégie, j'ai fait une étude de marché dans les aéroports de Paris, où se croisent toutes les nationalités, y compris les africaines. »

Doux et sucré à la fois
Mamadou Dian Diallo s'aperçoit alors que les consommateurs africains et antillais préfèrent des champagnes doux et fruités à la fois, faciles à boire. « Il faut que la qualité suive pour plaire au marché africain. Je veux installer la marque dans la durée. » Pour cela, l'entrepreneur a décidé de vieillir son champagne trente-six mois, plus longtemps que la norme en vigueur. En effet, selon l'étude de marché qu'il a fait réaliser, la consommation de champagne devient de plus en plus fréquente. D'où l'idée d'un produit raffiné, qui permet de faire la fête… sans éprouver de migraine le lendemain. Après avoir sillonné la région Champagne et rencontré une quarantaine de viticulteurs, son choix se porte sur Rémi Jacques, de Baye, dans la Marne, lequel « a l'amour du raisin et dont la famille produit du vin de qualité depuis trois générations selon une méthode champenoise très traditionnelle ». L'entrepreneur franco-guinéen a tenu à engager quelqu'un "qui puisse comprendre l'importance que représente à (ses) yeux (s) la culture africaine, mais aussi l'éthique, le respect, une compréhension mutuelle, la détermination à aller au bout de ses engagements ».

En 2016, Mamadou Diallo remporte le concours Réussir en banlieue. Soutenu par la chambre de commerce et d'industrie de l'Essonne, il obtient un prêt auprès des banques de 50 000 euros pour le développement commercial de sa SAS Dian Diallo, au capital de 5 000 euros. « Ça m'a aussi permis de me faire connaître médiatiquement », précise-t-il.

Contrer l'afro-pessimisme
Pourtant, l'idée du champagne Dian Diallo ne fut pas si facile à faire accepter au départ : « C'est une croisade pour un Africain d'entrer dans ce domaine, avoue-t-il. J'ai consulté des communicants qui m'ont déconseillé de le faire : Ça ne marchera pas. Avec un nom africain, les gens vont croire que c'est du champagne africain ! Je leur répondais que mon but n'était pas seulement de gagner de l'argent, mais de conscientiser une certaine catégorie d'Africains en les incitant à aller au bout de leurs idées. » Car il entend ainsi poser un acte militant : « Mon objectif, c'est de briser l'afro-pessimisme. Je leur dis de foncer, de ne pas se mettre de freins par rapport à leurs origines, leur nom ou leurs coutumes. Au XXe siècle, on peut se lancer dans le luxe ou le champagne. »

Et l'exemple de Mamadou Dian Diallo a suscité des vocations. Fin octobre, invité à un événement organisé par le Crédit agricole, il a témoigné de son expérience d'entrepreneur : « Beaucoup d'Africains qui veulent entreprendre dans des produits haut de gamme sont venus m'écouter. Ils m'ont demandé : Comment avez-vous fait ? Ces porteurs de projet m'ont donné envie d'aller au-delà de ce que je fais aujourd'hui. Par exemple, une jeune Ivoirienne m'a dit vouloir créer une marque de café haut de gamme du type de Nespresso. Mon parcours lui donne le courage d'oser. »

Vers le marché africain
Le prix des bouteilles de Dian Diallo oscille entre 25 et 38 euros. La bouteille de brut tradition est à 25 euros. L'entrepreneur a également créé une cuvée spéciale, la Cuvée réserve à 27 euros, entre le brut et le demi-sec : « Aujourd'hui, sur le marché, il y a le choix entre le brut et le demi-sec. Les Africains et les Antillais allaient, par défaut, vers le demi-sec parce qu'il est plus sucré.

Personnellement, je le trouve trop sucré, jusqu'à 45 grammes de sucre par litre. Je propose une gamme intermédiaire entre les deux. Gourmand et fruité, mais moins sucré que le demi-sec, avec 20 grammes par litre. »

Afin de rester dans un positionnement haut de gamme, Mamadou Dian Diallo a préféré ne pas commercialiser en grandes surfaces ce nectar qu'on peut trouver dans certains hôtels-restaurants et sur le site Dian Diallo. Ce n'est pas tout. Le Franco-Guinéen a ouvert, en novembre, un showroom au 89, rue Pelleport, dans le 20e arrondissement de Paris : « C'est un bar lounge convivial dans lequel des amis ou des entreprises peuvent boire une coupe de champagne avec de petits fours. Le concept, c'est aussi d'amener des Africains et des non-Africains à échanger autour d'une coupe de champagne. » Pour l'heure, il en est au stade des négociations pour pénétrer le marché afro-antillais : « J'ai été contacté par un distributeur guadeloupéen qui a une dizaine de magasins là-bas. J'ai aussi un réseau en Afrique avec la Guinée-Conakry, le Sénégal et la Côte d'Ivoire… ». D'ici à ce que Dian Diallo fasse sauter ses bouchons de liège sur le continent, il n'y a qu'un pas...

Le Point

« En politique, il ne faut jamais dire jamais ». La célèbre boutade du président Abdoulaye Wade n’a jamais été aussi vérifiable que dans le cas de Thierno Alassane Sall. Il y a encore un an, en tant que ministre de l’Energie, il défendait farouchement le gouvernement dans ce qui est convenu d’appeler « l’affaire des contrats pétroliers », soulevée par Ousmane Sonko. Aujourd’hui, c’est le même Thierno Alassane Sall qui se pose en pourfendeur du gouvernement, dans ce même dossier. Finalement, on s’y perd. A quel Thierno se fier ? Même son départ du gouvernement prête à équivoque. Dans le camp d’en face, on parle de limogeage, lui parle de démission. C’est dire que la ligne de fracture entre l’ancien Coordonnateur des cadres de l’Apr et son ancienne famille politique est assez profonde. Ils ne s’entendent sur rien. Thierno Alassane Sall semble avoir ravalé ses convictions d’hier et se présente comme le nouveau parangon des valeurs républicaines. Les thèses du livre de l’ancien inspecteur des Impôts qualifiées de balivernes en janvier 2017, sont devenues paroles d’évangile en janvier 2018. «L’Etat n’a rien à cacher et le régime en place n’a violé aucune disposition réglementaire et législative dans la signature des contrats pétroliers», avait-il répondu à l’époque. Aujourd’hui, c’est un autre son de cloche que l’ancien de l’Asecna sert aux Sénégalais. Tressant des lauriers à Ousmane Sonko, il plaide pour la mise en place d’une Commission d’enquête parlementaire sur la gestion des ressources naturelles au Sénégal.

Dans son cheminement politique, Thierno Alassane Sall offre l’image d’un rebelle. Alors qu’il était haut cadre de l’Asecna sous Wade, il a été mis au « frigo » par son ministre de tutelle d’alors Farba Senghor. Cet épisode l’a décidé à accompagner le président Macky Sall sur le chemin de la conquête du pouvoir. La deuxième alternance survient, le responsable politique de Thiès hérite du poste de Directeur général de l'Autorité de régulation des postes et télécommunications (Artp). Un an plus tard, il est nommé ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement. Il quittera ce poste à la suite des élections locales de juillet 2014, perdues à Thiès devant Idrissa Seck. Le natif de Thiès réintégrera l’équipe gouvernementale en 2016, mais c’est pour encore le quitter quelques mois plus tard lorsqu’il a refusé de signer le contrat d’exploration et d’exploitation pétrolière avec Total dont l’accord de principe avait été paraphé quelques mois plus tôt. Un rebelle donc comme l’on a tendance a qualifié sa ville de naissance : Thiès.

Elhadji Ibrahima THIAM

Les éléphants ont la plus longue période de gestation de tous les mammifères. Une gestation qui dure près de deux ans (entre 20 et 22 mois) avant de mettre bas leur progéniture. Cela est dû à leur taille et à leur poids, en effet, l’éléphant est le plus grand animal terrestre vivant, d’où tout ce temps pour que l’embryon puisse se développer d’une manière normale dans l’utérus.

A l’occasion de la Journée internationale des femmes, célébrée aujourd’hui, votre magazine « Grand air » dresse le profil de femmes d’influence qui, au Sénégal, agissent sur le cours des événements, pèsent sur les décisions et s’offrent en exemples à leurs compatriotes. Pas forcément très médiatisées, elles évoluent, pour la plupart, dans le monde des affaires et partagent le même souci : la promotion de la femme.

Par Sidy DIOP

MOUSSOUKORO DIOP, INGENIEUR INFORMATIQUE ACTIVISTE DU DIGITAL
Moussoukoro DiopIngénieur en informatique, digital manager de fonction, Founder & Ceo de l’agence digitale africaine « Digital Mousso », membre du Réseau des blogueurs du Sénégal, Moussoukoro s’active dans plusieurs domaines pour faire bouger les lignes.

Après son baccalauréat S2, obtenu à la Maison d’éducation Mariama Bâ de Gorée, Moussoukoro s’est spécialisée dans l’informatique.

En mars 2015, elle a été élue parmi les femmes digitales de l’année.

Dans le Forbes Afrique du mois de juin 2015, elle a été citée comme une des rares femmes d’Afrique de l’Ouest à innover dans le domaine du digital.

Activiste, elle a participé à l’organisation du 1er forum Africtivistes à Dakar, à plusieurs combats au Sénégal comme le 23 juin, #NonAuMur, #SenStopEbola, #AfricaSaysNo, #BringBackOurgirls, etc. Elle est, aujourd’hui, très engagée dans la scolarisation des jeunes filles, la lutte contre les maltraitances subies par les femmes et pour une meilleure formation des femmes sur les réseaux sociaux et leur meilleure implication dans les Tic.

SARAH DIOUF : LA MODE À L’HEURE DE LA MIXITÉ
Photographe, rédactrice en chef, chef d’entreprise, styliste, directrice artistique de Tongoro Studio… l’éclectisme de Sarah Diouf impressionne. En effet, cette jeune parisienne d’origine sénégalaise fait partie de cette nouvelle génération d’afro-descendants qui essayent de participer à l’essor du continent africain au niveau culturel et artistique.

Née à Paris, elle a longtemps vécu dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire, Abidjan. De retour à Paris, elle fait ses études dans une Business school et se consacre à la communication. En 2009, elle lance Ghubar Magazine (www.ghubar-magazine.com), magazine de mode digital qui valorise en même temps l’image de la beauté noire. Sarah remporte pour son travail de fondatrice & rédactrice en chef un Cosmopolitan Style awards en 2010. Jamais fatiguée, elle se consacre à l’agence Spread360 pour laquelle elle apporte son expertise en matière de mode et de l’univers des médias. En mai 2014, elle est nominée au Women4Africa dans la catégorie « International media woman ». Inspirée par les success story de Asos ou NastyGal, elle lance sa propre marque de vêtements : Tongoro. Un label qui prône la mixité entre mode africaine et mode occidentale. Début 2015, elle lance un autre magazine : Le magazine Noir, magazine de mode, beauté & lifestyle africain.

AISSA DIONE, STYLISTE : DE FIL EN AIGUILLE
Aissa DionneReconnue pour son travail et sa ténacité, Aïssa Dione est une femme condamnée à la réussite ! Du national à l’international, elle avale tout sur son passage et prouve que l’entrepreneuriat, même risqué, finit toujours par payer tant qu’on a une conviction aussi profonde que notre être. Chic et élégante, cette femme de 66 ans est designer et artiste formée aux Beaux-arts à Paris. Franco-sénégalaise, elle rallie ses deux cultures à son art et apporte ainsi sa touche personnelle dans toutes ses créations. Ses études artistiques lui permettent de vivre de ses tableaux qu’elle crée et vend en faisant du porte-à-porte. Ce culot finit par la mener vers ce qui est devenue, aujourd’hui, une entreprise florissante, Aïssa Dione Tissu, fondée en 1992. Elle se révolte que l’Afrique envoie de bonnes choses et récupère les textiles usés via des associations comme Emmaüs.

Elle s’agace du manque d’intérêt que le peuple sénégalais a pour ses propres produits. Elle refuse le scepticisme des financiers qui ne croient pas au développement du textile au Sénégal. Bien que cette filière ait disparu depuis trois décennies, elle ne s’avoue pas vaincu. Elle persiste et signe qu’en donnant la possibilité aux ouvriers tisserands, ils peuvent relancer le secteur du textile en Afrique de l’Ouest en utilisant le savoir-faire postcolonial qui est le tissage traditionnel d’origine mandjaque.

Aïssa Dione est avant tout une femme très engagée dans ce qu’elle fait. Elle travaille pour le Sénégal et l’Afrique tout entière. Grâce à ses tissus et ses meubles contemporains, elle a conquis les plus grands couturiers et décorateurs du monde. Elle est reconnue dans le milieu international du luxe et de la décoration haut de gamme. Ses produits se vendent aussi bien bon marché que dans des showrooms new-yorkais, parisiens, ou encore au Siao de Ouagadougou. Les grandes maisons, telles que Hermès, le Metropolitan Museum of Art, Fendi ou encore Christian Lacroix lui ont passé commande. Elle est nommée championne du textile sénégalais et a son portrait dressé par Forbes.

AÏSHA DEME, FONDATRICE D’AGENDAKAR.COM : LE WEB AU SERVICE DE L’ART
Aïsha Dème a été nommée à la 4ème Assemblée générale annuelle (Aga) de l’organisation panafricaine qui s’est tenue à Addis-Abeba, en Ethiopie, le 10 novembre. L’une des membres fondateurs de l’organisation, Aïsha a précédemment siégé au conseil de la Miaf en tant que vice-présidente de 2014 à 2016. Elle faisait également partie du premier comité de gestion de l’organisation créée en 2012. De plus, elle a travaillé étroitement avec le Comité de Contenu établi en 2015. Aïsha Dème possède une vaste expérience dans le secteur des médias et des arts. En tant que gestionnaire culturel, son expertise est largement reconnue au Sénégal. En 2009, elle a cofondé Agendakar.com, la première plateforme web dédiée aux arts et à la culture dans le pays. Elle a travaillé avec des organisations comme la Biennale de Dakar, Amnesty international, Oxfam et Save the children.

Après avoir obtenu un diplôme en informatique à l’Ecole supérieure polytechnique de Dakar, Aïsha Dème a été employée de banque pendant 5 ans. Mais, elle décida de s’éloigner du secteur bancaire pour se lancer dans la promotion des arts. Elle a également fait une Maîtrise en communication. Le Miaf a été fondé en 2013 au Kenya pour prendre en charge le projet Music In Africa, initié en 2011 par la Fondation Siemens avec le Goethe-Institut et des partenaires de toute l’Afrique. La mission de l’organisation est de soutenir le secteur de la musique africaine en favorisant l’échange de connaissances et en créant des opportunités et des capacités pour ceux qui opèrent dans le secteur.

FRANCINE AWA PIPIEN, PROFESSION : INFLUENCEUSE
Francine PipienFrancine Awa Pipien a grandi entre Kaolack et Dakar. Après son Bac, elle est allée étudier à Paris. Après des expériences dans le digital en agence chez Performics (Publicis) et dans le label de musique Jive Epic (Sony Music), elle a travaillé 5 années avec la chaine d’informations Africa24. De retour au Sénégal, en 2014, elle partage désormais son temps entre le monde de la musique​ (Responsable et coordinatrice du projet Excuse my wolof 2 de l’artiste Nix) et des médias​ ​(Country manager du média AfrikMag Sénégal (Afrimediawe). À moyen terme, elle souhaite mettre en place un projet qui mêlera « média » et « création de contenu ». L’idée part d’une conviction très claire : « Nous, Africains, sommes devant la responsabilité de nous réapproprier notre parole et de raconter nos propres histoires selon nos codes, nos vécus et nos visions ».

BINETA DIOP, PRESIDENTE DE L’ONG « FEMMES AFRICA SOLIDARITE » : UNE COMBATTANTE POUR LE DROIT DES FEMMES
Elle est la fondatrice et présidente de l’Ong « Femmes africa solidarité » (Fas). Elle a initié de nombreux programmes en faveur de la paix dont une initiative sur les femmes, la paix et la sécurité qui a aboutit à la création d’un important mouvement de femmes en Afrique de l’Ouest, le « Réseau des femmes du fleuve Mano pour la paix » (Marwopnet) qui fut récompensé par le Prix des droits de l’Homme de l’Assemblée générale des Nations unies en 2003. Bineta Diop a dirigé des équipes d’observation électorale dans des pays post-conflits comme au Liberia ainsi que des missions de solidarité en faveur des femmes en situation de crise comme ce fut le cas en Guinée. Elle a facilité le dialogue pour la paix entre les femmes, notamment durant le processus de négociation de la paix au Burundi et en République démocratique du Congo (Rdc). Elle a aussi joué un rôle déterminant dans l’adoption du principe de parité entre les sexes par la Commission de l’Union africaine en 2003 ; ce qui a permis la nomination de 5 commissaires féminins ainsi que l’adoption du Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, relatif aux droits des femmes (Maputo – 2003) et de la « Déclaration solennelle pour l’égalité de genre en Afrique » (juillet 2004). En 2011, le Times Magazine l’a classée parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde et, en 2012, l’University of peace (Up) lui a décerné le titre de Docteur « honoris causa » dans le domaine des études de la paix internationale. Elle figure aussi parmi « ceux qui dirigent et construisent » « Le Forum des 100 personnalités qui font la Suisse » publié par l’Hebdo.


ADAMA NDIAYE DITE ADAMA PARIS : PAPESSE DES BLACK FASHION WEEK
Adama ParisEn créant, en 2002, la Dakar fashion week, Adama Ndiaye, 38 ans, est devenue l’une des principales figures de la mode sur le continent. Depuis 2010, elle organise des Black fashion weeks à Montréal, Prague, Bahia et Paris.

Critiquée en France pour son supposé communautarisme, la styliste laisse dire : « La Black fashion week, c’est d’abord une histoire de culture, pas de couleur. D’ailleurs, la mode n’a pas de couleur ».
Née à Kinshasa de parents sénégalais, Adama Ndiaye a attrapé le virus de la mode alors qu’elle débutait, en France, une carrière dans la banque. À 23 ans, elle crée sa ligne de vêtements, qu’elle baptise du surnom que lui donne sa famille : « Adama Paris ».

Adepte d’une tendance « afropolitaine » métissant l’enracinement africain et les cultures urbaines occidentales, celle qui partage sa vie entre Los Angeles, Paris et Dakar multiplie les initiatives : elle a créé les Trophées de la mode africaine et lancé, en avril 2014, Fashion Africa Tv, la première chaîne de télévision africaine 100 % mode.

AMY SARR FALL, DIRECTRICE D’INTELLIGENCES MAGAZINE : L’INTELLIGENTE
Titulaire d’une double Licence en communication internationale et en administration des affaires internationales, Amy Sarr Fall est la première femme à diriger une entreprise de presse.

Directrice de publication d’Intelligences Magazine qu’elle a monté en 2010, elle a organisé la cérémonie de consécration inédite des 50 Femmes sénégalaises leaders d'exception et la tournée du leadership féminin qui la conduira auprès des femmes rurales du pays. Plus récemment, elle a organisé la Grande rentrée citoyenne au Grand théâtre qui a permis de mobiliser plus de 1800 jeunes, dans l'esprit de promouvoir les valeurs de la citoyenneté et de l'excellence. Mais, si Amy Sarr Fall est réellement populaire, elle excelle dans sa capacité à décrocher des interviews de grandes personnalités : Le Dalaï Lama, Abdoulaye Wade, Jacob Zuma, Michaëlle Jean, etc.

KHADY DIOR NDIAYE, DIRECTRICE GENERALE DE CITIBANK COTE D’IVOIRE : LE CHARME DE LA BANQUIÈRE
Khady Dior NdiayeCette Sénégalaise a été à la tête d’une des banques internationales les plus prestigieuses de la place de Dakar : Citibank Sénégal. Diplômée de la Georgetown university school of foreign services, titulaire d’un Bachelor en commerce international et économie et d’un Executive Mba de Hec Paris, elle démarre sa carrière dans l’institution américaine en 1997 avec Citibank Côte d’Ivoire, à Abidjan, où elle est recrutée comme trader. Par la suite, elle occupe plusieurs fonctions au sein du département de la trésorerie. En 2008, elle est nommée directrice de l’exploitation avec comme responsabilités la gestion du portefeuille de Citi Côte d’Ivoire et des relations avec la clientèle. En 2011, elle s’installe au Sénégal où elle prend en charge la direction du département des services transactionnels. Un an plus tard, fin 2012, elle est nommée directrice générale de Citibank Sénégal, leader dans l’émission d’obligations.
Elle occupe, depuis mars 2017, le poste de responsable pays de Citi en Côte d’Ivoire, en plus de ses fonctions de directeur régional Afrique de l’Ouest et centrale.

AGNES NDIOGOYE : LE SOURIRE DE L’ADMINISTRATION PÉNITENTIAIRE
« Ce n’est pas facile de diriger des hommes, des femmes et des ados. Les caractères ne sont pas les mêmes et il faut gérer les humeurs ». Mais, Agnès Ndiogoye se sent parfaitement à l’aise dans son travail. « Je n’ai rien que je ne mérite pas. Ce n’est pas surprenant, j’ai gravi les échelons pour en arriver là », explique-t-elle. Elle est la première femme nommée à la tête de la Direction de la Maison d’arrêt et de correction de Saint-Louis, la première femme lieutenant et la première femme inspectrice (le grade le plus élevé) de l’administration pénitentiaire. Elle n’en est pas arrivée là grâce à un joli brushing ou des hauts talons. Elle a dû persévérer deux fois plus que ses camarades hommes. Devenue tour à tour première femme à accéder au poste de contrôleur, ensuite lieutenant, avant de devenir inspecteur, elle a dirigé, pendant longtemps, la Maison d’arrêt pour femmes (Maf) de Liberté 6. Elle connait bien l’univers carcéral pour avoir servi à Rebeuss, à la Maf et maintenant à Saint-Louis où elle trône à la tête de la Mac. Son expertise est même connue hors de nos frontières. En 2009, elle a participé à l’élaboration des règles sur les femmes en détention à Bangkok. Elle a récemment terminé un stage pratique de 21 jours à l’Ecole nationale de l’administration pénitentiaire (Enap) de France. Agnès est une femme de caractère qui mène ses agents et ses détenus avec une main de fer dans un gant de velours.

EVELYNE TALL, DG ADJOINTE D’ECOBANK : THE BOSS
Evelyne TallSon profil peu courant (Licence en anglais et diplôme de l’École d’administration et de direction des affaires à Paris) ne l’a pas empêchée de devenir, en janvier 2012, numéro deux du groupe Ecobank. C’est à cette native de Saint-Louis, au Sénégal, que les directeurs généraux des 33 filiales rendent compte. C’est elle qui veille au maintien des bonnes relations avec les autorités politiques et financières de chaque pays d’implantation.

Depuis 2012,  Evelyne Tall est le numéro deux d’Ecobank, plus grand réseau bancaire d’Afrique subsaharienne avec une présence dans 36 pays. Après dix-sept années chez Citibank à Dakar, elle a rejoint le groupe en 1998 avant d’en gravir patiemment les échelons.

Directrice générale adjointe au Mali, puis directrice générale pour le Mali et le Sénégal, elle a ensuite supervisé la région Afrique de l’Ouest francophone avant de se hisser au poste de directrice générale adjointe. L’intégration économique du continent, indépendamment des aires linguistiques ou monétaires, conformément à l’ambition panafricaine du groupe ; mais aussi la bancarisation et l’éducation financière des populations, afin de permettre aux Pme-Pmi de « présenter des dossiers bankable », sont ses priorités.

ANTA BABACAR NGOM BATHILY, DIRECTRICE GENERALE DE SEDIMA GROUP : L’HÉRITIÈRE
Sa position ne laisse personne indifférent autant par le paradoxe que constitue sa jeunesse, son statut de femme et chef d’une grande entreprise de 33 milliards de FCfa de chiffre d’affaires. Autant d’atouts qui doivent lui servir à accomplir sa mission : celle de faire de l’entreprise familiale une multinationale.

Sedima Group est leader sur le marché sénégalais de l’aviculture. Avec plus 40 ans d’existence, le groupe est aussi actif dans l’immobilier, le bâtiment et, depuis 2014, dans la minoterie. Anta Babacar est née et a grandi dans la ferme familiale de Malika, aux côtés de son père, Babacar Ngom, président-fondateur de Sedima Group. Auprès de ce guide et mentor, elle a très tôt acquis les valeurs intrinsèques du management. Diplômée en Master 1 en économie à York university de Toronto, elle obtient un Master 2 en management international de projets et Ntic à Paris Dauphine. Enfin, elle valide son Executive Mba en communication à Sciences Po Paris.

Forte de ces expériences, elle rentre au pays pour rejoindre l’entreprise familiale où elle gravit, un à un, les échelons pour encore se former et répondre au mieux à ses exigences managériales. Nominée par Forbes Afrique parmi les leaders africains de moins de 30 ans en 2015, Mme Bathily a aussi été citée, par Choiseul, parmi les 100 futurs leaders économiques. En 2016, le Medef lui décerne un Business awards lors du Sommet France-Afrique à Bamako. Elle a démarré le plus grand abattoir de la sous-région, abattant 4.000 poulets/heure, via un projet d’intégration avec les éleveurs locaux. Elle lance, toujours en 2016, le projet Sedima Mali, comme début du déploiement dans le reste de l’Afrique.

Mme Bathily ambitionne de faire coter en Bourse le groupe Sedima, gage, dit-elle, du modèle de réussite de l’entreprise familiale, devenue grande, à l’image des grands groupes occidentaux.

NAYE BATHILY, BUREAU DES RELATIONS EXTERIEURES DE LA BM : UNE FILLE DE GAUCHISTE À HARVARD
Naye Bathily« J’ai débarqué aux États-Unis sans parler un mot d’anglais, sans connaître personne ». Aujourd’hui, Nayé Bathily compte parmi les 100 personnalités africaines les plus importantes (classement NewAfrican 2017). « Je suis une Africaine qui vit en Europe, qui a étudié en Amérique, qui voyage en Asie, qui voyage partout… J’ai été au Brésil récemment ». Née à Birmingham (Royaume-Uni), elle a vécu son enfance à Dakar « dans une famille très militante et engagée ». Son père, le Professeur d’université Abdoulaye Bathily, est alors un farouche opposant au pouvoir sénégalais. Formée à Harvard, au sein de la Kennedy school of government, l’équivalent de l’Ena française, elle y préparea un Master of public administration. Son cursus initial aurait pu la destiner à une carrière bancaire exclusivement dédiée au secteur privé, mais sa vocation, elle le sait, est de travailler pour le secteur public. Parmi ses camarades d’études, de futurs acteurs de la transformation du continent africain ou d’autres contrées qui sont devenus gouverneur de Kaduna au Nigeria ou ministre dans le gouvernement de la Jamaïque.

Depuis trois ans, Nayé Bathily dirige, à Paris, le département de la Banque mondiale chargé des relations avec les Parlements des pays du monde entier qui sollicitent une aide financière. La Banque a, en effet, pris conscience que l’aide ne passait plus désormais par les seuls gouvernements. Dans de nombreux pays, les prêts et les opérations de financement conclus avec les institutions internationales doivent être ratifiés par les Parlements. « On ne peut même pas parler d’aide, mais de partenariat ! Dans un monde interconnecté, aider l’Afrique, c’est s’aider soi-même », défend-elle.

Par Sidy DIOP

Last modified on jeudi, 08 mars 2018 09:49

Politesse raffinée

08 Mar 2018
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Un forum très animé sur un site de rencontres. Le thème : où est passée la galanterie ? Courbettes, baisemains, mots doux, cadeaux, bref l’attention masculine est traitée d’idiotie par des jeunes qui, décidément, bousculent toutes les convenances. La galanterie, une sincérité douteuse ? Allons ! Le dictionnaire nous renseigne que celle-ci est « l’art de plaire en société, par une allure élégante, une politesse raffinée, des procédés obligeants, etc. ». Mais il faut croire que les temps ont bien changé.

Il faut cependant concéder que face à des femmes libérées, modernes et qui réclament l’égalité à outrance, cette belle urbanité peut faire désordre. « Une survivance de l’esprit supérieur des hommes qui distribuent des gentillesses au sexe dit faible », commente une jeune fille qui ne doit avoir besoin d’un mâle compagnon que pour lui servir des grossièretés.

A une époque où le moindre sourire peut être interprété comme du harcèlement, il vaut mieux faire comme ce jeune homme à qui une demoiselle reprochait de ne pas être du tout galant. La faute du garçon : avoir trouvé une place assise dans un bus alors que nombre de filles étaient obligées de se tenir debout. La réprimande faisait plutôt rigoler le jeune homme : « ma génération connaît l’égalité, pas la galanterie ». Une réponse bien de son époque.

Par Sidy DIOP

Dienaba Sarr est née en Picardie d’une mère mauritanienne et d’un père sénégalais. Très jeune, elle reçoit une multitude de propositions de travail. D’abord, c’est l’Institut de gestion sociale (Igs) de Paris qui s’intéresse à elle. Elle est sollicitée pour recruter les futurs étudiants du programme d’alternance de l’école.

Elle mène cette mission durant un an en France, avant de suggérer d’étendre son champ d’action en Afrique. La jeune dame est persuadée du potentiel des étudiants africains. Elle disait, par exemple, connaître de bonnes écoles de commerce à Dakar. La direction, qui cherche pourtant à se placer dans les pays « émergents », émet quelques doutes mais finit par accepter. Après Dakar, Dienaba Sarr reçoit des demandes du Congo, en particulier de Pointe-Noire. Dans cette ville, elle apprend beaucoup de l’organisation des grands groupes qui commencent à former en interne les compétences dont ils ont besoin.

Après deux années dans la finance, Dienaba Sarr propose à sa direction de créer une filiale spécialisée dans le recrutement top et middle management en Afrique, elle qui dispose d’une longueur d’avance grâce aux contacts qu’elle a gardés dans les écoles. L’équipe de sept personnes qu’elle dirige aujourd’hui, chacune spécialisée dans un domaine, sillonne le continent en quête de talents. De retour à Paris, elle soumet à l’Igs l’idée de s’inscrire sur ce marché, mais refuse d’être responsable du projet, estimant qu’il était impossible de gérer à distance – à 25 ans, la jeune diplômée rechigne à partir seule dans cette ville pétrolière qu’elle connaît mal. Elle passe un an en Irlande en tant qu’analyste de crédit pour la société Abbott, avant d’entrer, en 2008, au sein du groupe français Fed qui n’est alors présent que sur les métiers financiers. Sa structure organise des tables rondes pour réfléchir sur les problématiques Rh et faire évoluer le métier. Parmi les sujets étudiés : la rétention des talents dans l’entreprise ou le rapatriement des fonctions clés des multinationales, parfois trop éloignées de la base.

Oumar BA (avec JA)

« Je suis déçu ». Par cette petite phrase extraite de la bande-annonce de l’émission « Face2Face », Youssou Ndour a réussi, entre, vendredi et samedi, à faire braquer sur lui les projecteurs de l’actualité politique. Sans même attendre la diffusion de l’émission, une partie de la presse et les réseaux sociaux en ont fait leurs choux gras. Certains ont très vite compris une rupture du compagnonnage entre l’artiste planétaire et le président de la République. A l’arrivée, il n’en fut rien. Le buzz médiatique s’est dégonflé comme ballon de baudruche, pour ne pas dire que la montagne a accouché d’une souris. Pschitt. A la place d’une déclaration de divorce, on a eu droit à un renouvellement de serment de fidélité à Macky Sall dont le Roi du Mbalakh a magnifié le bilan à la tête du pays et pour qui il a appelé à la réélection en 2019. Youssou Ndour est même allé plus loin en prédisant que le président Sall va marquer l’histoire du Sénégal.

Ces propos font taire les supputations sur leur supposé désamour. En réalité, la déception en question dont parlait le leader du Mouvement Fekké ma ci bolé, est relative à la guéguerre, à « la jalousie » et aux tiraillements qui déchirent, à l’interne, la coalition présidentielle. Apparemment, Youssou Ndour avait un message à faire passer en direction de certains membres de l’entourage du chef de l’Etat. Par une savante stratégie de communication basée sur la technique du « teasing (attirer l’attention du téléspectateur par un message publicitaire bien dosé), le ministre-conseiller est arrivé à se faire écouter, à se faire entendre et sans doute à se faire comprendre. Pour y arriver, il a mis à contribution son groupe de presse Futurs Médias. La radio (Rfm), la télévision (Tfm), le journal (L’observateur) et site Internet (Igfm), ont tous joué le jeu. Etre patron de presse, ça sert à ça aussi. Mais l’auteur de « Porter presse » a fait mieux encore. Il a réussi à embarquer d’autres médias privés qui, en relayant ses propos tronqués et parcellaires, sont tombés dans le panneau. Et last but not least, l’émission « Face2Face » qui n’attirait plus grand monde, a repris de l’audience le temps d’un dimanche. Finalement le plus « déçu » ce n’est pas Youssou Ndour, mais tous ces gens-là qui attendaient un clash retentissant avec son allié de président de la République en cette année pré-électorale. Comme le dit l’adage : « les coups prévus frappent d’ordinaire moins rudement ».

El hadji Ibrahima THIAM

La ville de Saly n’a pas perdu son ambiance nocturne de l’âge d’or du tourisme. Des touristes, des Sénégalais et d’autres Africains résidents se retrouvent dans des restaurants, dans des bars et dancings pour déguster des menus exotiques, danser, écouter la musique. La ville vibre aux sonorités diverses qui ne trahissent pas le cosmopolitisme de la station balnéaire.

Il n’y a plus de place pour garer au parking du fast-Food Chez Joe. Il était 21 heures. Les jeunes garçons comme les personnes âgées, des noirs comme des blancs descendent des voitures. Elles se dirigent paresseusement vers les sièges installés à la véranda où d’autres se restaurent. Sur cet espace, des serveuses vêtues de Lacoste rouge et moulées dans des pantalons accueillent joyeusement des convives.

Elles sont dans l’œil de certains hommes attablés. Elles affichent un large sourire lorsqu’un garçon ou un homme murmure quelques paroles à leurs oreilles. On n’a pas besoin d’être un devin pour dire que le critère de choix n’est que leur trait physique. Elles ne font pas ombre, ces créatures au teint clair, aux lèvres légèrement recouvertes de rouge à lèvres qui viennent d’arriver. Elles donnent des bises à toutes leurs connaissances. Elles se retirent dans des tables bien éclairées et se mettent à surfer ou à téléphoner. Elles se lèvent de temps en temps pour communiquer. Les titres fétiches des artistes comme Pape Diouf égaient les clients. Presque chaque minute, d’autres belles créatures font leur irruption « chez Joe ». Plusieurs filles au teint noir, avec des coiffures afro ou d’autres aux cheveux défrisés, conservent leur africanité. Ici, on ne résiste pas à l’élégance. Les jeunes s’épient, se courtisent de façon subtile. Tout est dans le style. Certaines prennent place à distance respectueuse et affiche leur intention : œillades furtives, sourires ravageurs, clin d’œil…l’art de la séduction s’apprend à Saly.

Saly Soir ThioufSur cette rue commerçante, en plus des clandos et des voitures rutilantes qui se suivent ou se croisent, plusieurs couples de touristes d’un certain âge se baladent. Des Européennes par groupe ou par couple partent de restaurant en restaurant, de bar en bar à la recherche de la nourriture, de la musique de leur goût. A partir de cette rue passante, des touristes prennent leur dîner sous fond de musique, au restaurant le « Soleil ». La ville vibre. « A Saly, les gens vivent. Il y a de l’ambiance partout, à Rdc, à l’Etage, au Petit Train. Il y a aussi de belles nanas », nous lance Momo Camara, un guinéen qui est tombé sous le charme de la station balnéaire depuis 4 ans.

De part et d’autre de cette rue, des restaurants, des bars, des dancings, éclairés avec une intensité variable émanent des notes musicales variées, reflétant le cosmopolitisme de Saly. Le rez-de-chaussée, comme la terrasse du Rdc sont remplis à craquer. Un jeune artiste entonne des chansons qui soulèvent des foules. Des jeunes filles se lèvent et se déhanchent devant un public composé de blancs et de noirs, de jeunes et de personnes âgées. L’âge et la couleur n’ont pas leur place dans ces espaces. Place à la diversité. Des femmes étrangères imitent, sans harmonie, les pas de danse de belles filles. Entre les tables, des serveuses se faufilent, soit pour déposer des menus, soit pour poser une bouteille de boisson. Au portillon, des filles font la queue pour entrer dans le dancing. A côté, le restaurant Black and White accueille un public particulier : celui qui est accro apparemment à une musique douce.

Des familles discutent et d’autres couples se laissent emballer dans une flânerie autour des verres de boissons et des plats. Les boîtes de nuit virent de plus en plus dans une ambiance générale. Les va-et-vient sont interminables. « La nuit à Saly est rythmée par l’ambiance aussi bien les week-ends que les jours ouvrables. Cette animation a résisté à la crise touristique », affirme Karim Thiam.

Un peu à l’intérieur, des sonorités de « Ndombolo », de la musique nigérienne et kenyane émanent des haut-parleurs. Des filles de joie, aux poitrines tatouées obstruent l’entrée. Leurs regards sont une invite à l’amorce d’une conversation. Au comptoir, les tenanciers sont débordés. Dans le préau, entre les tables, des blancs et de jeunes garçons se trémoussent. On se défoule. « Les week-end à Saly, c’est la fête, on trouve tout, de la bonne musique, de belles filles, des excursions, tout pour se reposer », glisse Christiane Cabou. Peu vers 22 heures, des personnes arrivent à bord de véhicules particuliers ou des taxis, se dirigent vers des résidences ou des auberges. Saly était enveloppée dans la nuit. Mais dans les espaces de détente, on danse, on chante, on s’éclate, certains tenant dans leur main un verre, d’autres une cigarette pincée entre les doigts.

«On ne vient pas pour seulement se reposer. Cette ambiance festive soigne les personnes souvent ou permanemment stressées, surtout celles qui viennent des villes comme Dakar. Ces déplacements hebdomadaires ont une influence sur le rendement de mon entreprise », théorise un étranger qui travaille dans une banque à Dakar. Nous quittons chez-Yvon, laissant l’endroit s’enfoncer dans une ambiance fiévreuse.

Par Oumar Ba et Idrissa SANE (Textes) et Assane SOW (Photos)

SALY : LES RAISONS D’UNE PRÉFÉRENCE
Saly NbLa crise qui frappe de plein fouet le tourisme n’a pas atteint le mirage de la station balnéaire. S’il y a moins de touristes blancs, les nuits des week-ends n’ont pas souffert de la crise. Saly reste le point de convergence, par excellence, tous les week-ends.

La station balnéaire flotte dans un voile de fraîcheur. Les ruelles étroites fourmillent. La nuit, Saly semble être plus animé que le jour. La circulation incessante de voitures n’est pas moins intense que le trafic imposé par des motos Jakarta. Mais dans cette ville, les piétons ont aussi leur circuit. Ils trainassent en couple. De longues files d’attente se forment devant des restaurants, des dancings. C’est le cas au restaurant «chez Joe». La cité est le point de convergence des « jet-seteurs », des touristes, des « séminaristes », des personnes d’un certain niveau de vie. Un jeune couple de nouveaux mariés a fait le déplacement de Dakar, afin d’une « part, découvrir Saly et d’autre part, profiter du week-end, pour passer du bon temps en solitude », susurre Vincent Mendy. Il est âgé de trente ans. Il informe que son épouse âgée de 24 ans, a « insisté », voulant coûte que coûte découvrir « les charmes de Saly ». L’époux a cédé à la requête de sa bien-aimée à cœur de joie. Le nouveau marié le reconnaît en ces termes : « il est rare que nous ayons du temps pour nous ». Pour ce déplacement, le couple a fait une réservation dans un hôtel situé au centre-ville de Saly. Venus le samedi, les jeunes conjoints comptent retourner, sur Dakar, le lendemain.

Mbaye Fall est âgé de 25 ans. Teint clair, un mètre 90, muscles saillants, il semble être dans un autre monde avec sa copine française, Mélanie, âgée d’une cinquantaine d’années. Les conjoints disent être venus « prendre un verre » avec des amis. Ils se sont rencontrés, il y’a de cela un an. Mélanie était alors en déplacement au Sénégal, dans le cadre de son travail. Tout a d’ailleurs commencé ici à Saly, se souvient Mbaye Fall. Le jeune homme se rappelle que ce jour, il était venu avec des amis, pour faire un tour. C’est là dit-il, qu’il aperçoit « cette beauté qui semblait nager dans la solitude ». C’est la naissance d’une relation qui va certainement durer.

Saly accueille également des travailleurs venus prendre part à un séminaire dans leur activité professionnelle. C’est le cas de Cheikh Ndiaye, âgé de 36 ans. Son accoutrement ne laisse guère deviner sa profession. Très relaxe dans un T-shirt, assorti d’un blouson et des chaussures baskets, Cheikh est un ingénieur aguerri, spécialiste des télécommunications. Cheikh dit être à la tête « d’un projet très ambitieux qui compte se positionner dans le secteur des télécoms au Sénégal ». « Après une journée de réflexion remplie, je viens me décontracter un peu, dans ce restaurant », glisse l’ingénieur. Cheikh est venu seul au restaurant. « C’est fait exprès, c’est une manière pour moi, de me départir complètement des têtes avec lesquelles j’ai passé toute la journée », brosse-il.

Confessions des belles de nuit
Si certains préfèrent aller prendre un verre, dans des restaurants situés le long des allées de Saly, d’autres portent leur choix ailleurs. Aux abords du rond-point, des mélomanes sont venus au complexe Sagrés. Ils savourent des chansons, reprises par un jeune artiste, encore méconnu du grand public. De Tiken Jah Fakoly, en passant par Souleymane Faye… le jeune artiste excelle dans l’art de reprendre des airs musicaux, au grand bonheur du public massé devant Sagrès. « Nous sommes là pour savourer les reprises du répertoire d’artistes africains», se plaît de dire Stephan, un Belge âgé de 60 ans.

Les filles de joie ont aussi leur coin. Elles attendent impatiemment leur clientèle dans le parking. Histoire de tromper le temps, elles s’adonnent à des jeux enfantins.

D’autres parlent à haute voix, pour se faire repérer ou remarquer. Cette attitude met à nu leur jeunesse, leur insouciance, leur innocence…A côté des cadettes voilà des séniores. Elles sont d’un âge un peu plus avancé. Ces jeunes filles âgées entre 23 et 30 ans disent être des ressortissantes d’autres pays d’Afrique notamment de la région de l’Afrique centrale. Leurs histoires racontées sont aussi poignantes que bouleversantes. Célestine dit être, au début, venue au Sénégal, pour poursuivre ses études, et faute de moyens, elle s’est retrouvée dans la rue. D’autres disent avoir été victimes de fausses promesses d’hommes blancs qui les ont larguées à Saly après leur avoir fait miroiter un voyage vers l’Europe.

La légion des couples mixtes
A Saly, à moins de refuser de les regarder, les couples mixtes s’affichent fièrement. A chaque coin de rue, des couples mixtes se pavanent. Si le mari est blanc, il est souvent beaucoup plus âgé que la jeune noire. Lorsque l’épouse est une blanche, son compagnon est souvent un jeune homme noir. Il est rare de croiser, dans les rues de Saly, un couple mixte, avec les conjoints de différence marginale d’âge. Les deux structures de couples dominent : un vieux blanc s’accouple avec une jeune et belle noire ; une vieille blanche jette son dévolu sur des hommes ou garçons aux allures d’athlètes ou de peintres ou d’artistes à l’africanité prononcée. « Il s’agit de commerce informel, sans tarification de la sexualité, ni réelle professionnalisation de ses fournisseurs », s’indigne Thomas Sène, serveur dans un restaurant. C’est vrai que le cœur n’a pas de raison.

Par Oumar Ba et Idrissa SANE (Textes) et Assane SOW (Photos)

Sauveurs des temps modernes

05 Mar 2018
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Des célébrités de renommée planétaire comme Madonna ou Angelina Jolie, des politiciens à la retraite qui ont fini de servir leur pays, se sont fixé pour mission d’apporter « l’éclat » au continent «noir ». Ces «sauveurs» ont ceci de commun, ils sont occidentaux.

Ces « mécènes » des temps modernes arrivent en avion ou en jet, spécialement affrété, pour aider l’éducation à marcher sur le bon pied, Rihanna. Sinon, elles viennent pour adopter des enfants africains, Madonna et Angelina se sont déjà illustrées dans ce registre adoptif. Comme qui dirait, des remparts contre cette misère, à laquelle risquent d’être confrontés, ces enfants africains, à l’image de millions d’autres. Il est également question de publier sur les réseaux sociaux des images avec au premier plan des célébrités et de pauvres Africains en arrière-plan. Peu importe si souvent les stars dépêchées pour venir en aide aux indigènes ont un parcours ambigu. Ces hommes et femmes devenus riches, parce qu’ils disposent de belles voix ou encore s’illustrent dans le septième art, s’érigent en modèle, pour une génération, à la recherche d’inspiration. Même si on leur accorde un crédit de bonne intention, ces campagnes parviennent également à propager l’image d'une Afrique offerte à l’échec, plongée dans une misère inéluctable. On est tenté de se demander si cette aide n’est pas faite dans l'idée d'affirmer une supériorité culturelle ? Il est temps de mettre en avant un partenariat équitable. Une reconnaissance mutuelle. Ce serait un gage de crédit démontrant la croyance de l’occident, en une Afrique pouvant effectivement prendre son destin en main.

Par Oumar BA

Moussa Touré, cinéaste sénégalais de grande réputation, gravit la cime des honneurs depuis un peu plus de trois décennies avec ses convictions de créateur africain préoccupé par le sort et le devenir de son peuple ; lui, pour qui, le cinéma n’était qu’un « moyen de survie » au décès de son père. Très tôt, dans son œuvre cinématographique, il a fixé son regard sur des vies dont les destins sondent l’humanité des uns et des autres sans l’attacher aux identités. Son premier long-métrage, « Toubab bi » (1991), bien accueilli par la critique à l’époque malgré quelques blessantes railleries au début, en est une touchante illustration. Il chatouille la sensibilité de publics disparates en cela qu’il est une épître sur les périlleuses différences et sur le devenir à construire avec intelligence. Soriba Samb, jeune technicien, qui aurait pu s’appeler Moussa Touré dans la vraie vie (car il y a, dans ce film, des fragments d’autobiographie. Il a aussi été chef électricien du cinéaste Johnson Traoré, de « Camp Thiaroye »), quitte son espace de « confort » africain pour affronter, à Paris, la solitude, le froid, les ennuis de l’autre côté où l’on croupit dans l’indifférence.

Mais, c’est aussi un récit d’espoir. Les productions de Moussa Touré présentent une ambivalence ; ce qui en fait des sujets de questionnement mais aussi des instants d’engagement sincère et réfléchi.

Eternel « voyageur »
Moussa Touré est comme un pilote qui ne s’encombre pas d’aiguilleurs pour offrir à ses passagers des instants d’agitations morales, psychiques, devrions-nous dire. Le silence, dans son œuvre cinématographique, n’est pas un temps de répit. C’est un moment de dialogue avec soi pour être en interaction avec ses personnages, pour tirer quelque chose de ce qui s’apparenterait à du néant qu’il emplit de son imagination poétique. L’œuvre du fondateur de la société de production « Les films du crocodile » (1987) est en mouvement. Touré est un génie de la « narration » des voyages au cours desquels se déroulent des drames, des vies anéanties, s’expriment des identités, se fabriquent des destins, s’entretiennent des espoirs... Son avant-dernier film, « La pirogue », comme si la mer le hantait ou le fascinait, en dit long sur cette obsession du mouvement qui consigne des récits de l’aventure collective. « Tgv » (1997), qui a obtenu, en 1999, le prix du public lors du 9e festival du cinéma africain de Milan, capte aussi des instants de sens où l’humanité des uns et des autres imprime le rythme du trajet. Mais, ces « oscillations » le ramènent toujours vers le terreau de ces inspirations. Il l’a lui-même dit un jour : « je fais du cinéma pour rester en Afrique ».

Âme subtile
Cependant, cette Afrique dont il est question ici transcende la réalité géographique pour embrasser l’universel. Le natif de Dakar, initiateur du festival « Moussa invite » à Rufisque suit un itinéraire de rencontres. Son dernier documentaire fiction, « Bois d’ébène », en espérant qu’il continue d’enchanter les cinéphiles, est aussi un voyage dans le temps en ceci qu’il fouille dans les vestiges de l’ignominie pour relater la traite des Africains, l’esclavage et l’abolitionnisme à travers une expédition entre Nantes, Ouidah, la Guadeloupe et Nantes. Il nous replonge dans l’horreur d’un temps avec la magie du verbe et de l’œil qui bouleversent sans heurter. Le destin de l’Afrique, dans l’œuvre de Moussa Touré, n’est pas dans la narration passive de l’atrocité du passé et de l’asphyxie du présent. Les temps s’imbriquent. Et la connexité est réalisée avec subtilité. Celle-ci lui a valu bien des honneurs dans le monde.

Alassane Aliou MBAYE

Au fil des ans, au détour de rencontres avec les griots dépositaires des traditions orales en Afrique de l'Ouest, Lilyan Kesteloot, arrachée à notre affection la semaine passée, a constitué, à partir de multiples enregistrements, une sonothèque précieuse, à la sauvegarde du patrimoine littéraire africain.

Lilyan Kesteloot fait partie de cette classe d’universitaires occidentaux qui ont élu domicile et vécu en Afrique. Toute son existence durant, elle a produit un travail à forte connotation africaine. Par concept, par choix et par destin, elle a migré sous nos cieux, pour ne plus les quitter. Seule cette vacuité abyssale que provoque la disparition physique a fini par prendre le dessus. Professeur Kesteloot a su montrer la modernité des textes des écrivains africains qui s’inspirent de leurs cultures d’origine. Son travail a essentiellement consisté à démontrer les capacités réelles des auteurs africains, illustrant, au passage, que la littérature occidentale n’est pas leur seule source d’inspiration. Spécialiste des littératures négro-africaines francophones, elle est décédée à Paris, mercredi. Elle était âgée de 87 ans. Professeur et critique littéraire, cette chercheuse belge née à Bruxelles en 1931 fait partie de cette génération pionnière qui s’est très tôt intéressée à la littérature francophone africaine. A force d’intérêt, elle a fini par en faire un objet d’étude. Cette approche a largement contribué à la reconnaissance de ses auteurs. C’est sa découverte en France dans les années 1950 du « Cahier d’un retour au pays natal » du Martiniquais Aimé Césaire qui a été le véritable point de départ, de son enthousiasme, pour les lettres africaines, soulignait-elle, en 2013, au site Rfi.fr Spécialiste du mouvement de la négritude, Kesteloot a côtoyé de très près ses principaux parodistes, dont Senghor et Césaire. Professeur à l'université Cheikh-Anta-Diop (Ucad), puis directrice de recherches à l'Institut fondamental d'Afrique noire (Ifan - fondé en 1936 par Théodore Monod), elle effectue des vas et viens des années durant, entre Dakar et Paris où elle est chargée de cours à l'université Paris Sorbonne (Paris IV). Elle est l’auteur d’une très riche biographie composée d’ouvrages de référence. En 1971, elle s'installe au Sénégal, sur invitation du président poète, Léopold Sédar Senghor, qui lui suggère d’aller à la Faculté des Lettres, où elle enseignera pendant une vingtaine d'années. Lilyan Kesteloot est mondialement reconnue pour ses travaux tournés sur Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire.

Une sonothèque de plus de 2000 enregistrements
Plus d’une fois, cette universitaire chevronnée a apporté sa contribution sur les écrits théoriques à travers notamment les épopées africaines. Une collaboration avait permis l’écriture du livre (Les Epopées d’Afrique noire, Karthala-Unesco, 1997, avec Bassirou Dieng). Elle s’est également illustrée à travers les traductions des aventures avec des récits initiatiques peuls en collaboration avec Amadou Hampâté Bâ (Kaïdara, Classiques africains, 1968). A l’Ifan où elle fut chargée d’assurer la collecte des traditions orales de l’ouest africain, elle prenait très au sérieux cette noble mission. Une approche de « cœur » doublée d’une expertise intellectuelle a produit un impressionnant résultat à travers les mécanismes du champ des contes, fables et légendes, mais aussi épopées et mythes. Un travail de récolte et d’enregistrements de textes oraux renforcé par une sonothèque regroupant plus de 2000 enregistrements. Ces enregistrements mettent les griots au devant de la scène. Ils démontrent leur véritable statut de vecteurs et gardiens de civilisation. Les amoureux de la littérature africaine doivent beaucoup à Lilyan Kesteloot. Elle a résolument su poser les premiers jalons démontrant combien ce champ littéraire est de qualité.

Oumar BA

Ce Sénégalais, natif de Ziguinchor, est directeur régional, pour l’Afrique subsaharienne, de la filiale de la Banque mondiale, consacrée au secteur privé. Cette nomination intervient vingt ans après  son intégration à cette structure. Avant sa nomination, il  servait à  Nairobi, où il a été, cinq ans durant, directeur pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe, pour Johannesburg. Il récupère, avec sa nouvelle nomination, la supervision des 23 pays d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest – jusqu’alors sous l’autorité de la Camerounaise Vera Songwe, nommée à la tête de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique.  Entré à l’Ifc en 1997 comme chargé d’investissement dans le domaine du pétrole et des mines, le Sénégalais n’a, en effet, depuis lors, jamais quitté l’institution. De 2003 à 2008, il est – depuis Douala – représentant régional pour l’Afrique centrale ; puis, de 2008 à 2013, à Washington, directeur des ressources humaines avec une couverture de 108 bureaux à travers le monde, à l’époque où l’institution déploie son grand projet de décentralisation. Oumar Seydi a  des missions importantes à mener, notamment dans le domaine des infrastructures et en faveur des secteurs créateurs d’emplois. Il est aussi attendu sur l’agro-industrie et les énergies renouvelables.  Imaginer de nouveaux types de financement pour le développement du secteur privé : cette vocation serait presque pour Cheikh Oumar Seydi la synthèse de ses deux histoires, familiale et professionnelle. En Casamance, il est, en effet, né dans une grande famille de commerçants et d’entrepreneurs. Son père, Ousmane – qui fut député et l’un des vice-présidents de l’Assemblée nationale – dirigea la Csse, une importante société de négoce du sud-est du Sénégal. Et son oncle, Idrissa Seydi, était un célèbre capitaine d’industrie, actif dans les piles électriques, le négoce de bois et l’alimentaire dans plusieurs pays ouest-africains, et a présidé, pendant de longues années, le conseil d’administration de la Société générale de Banques au Sénégal, alors première banque du pays. Avant et après son Mba américain, Cheikh Oumar Seydi a travaillé dans le conseil, l’audit et la finance, pour Ernst & Young, Arthur Andersen, Usaid (Agence des États-Unis pour le développement international) ou Citibank… Au sein de la filiale sénégalaise de la banque américaine, il a travaillé sous la direction de Gabriel Fal.

Source JA

Cet ado d’origine sénégalaise, à l’affiche d’un doc délicat, a connu, avec sa mère, la grande précarité et les centres d’hébergement d’urgence.

Il se roule, s’enroule, se déroule dans sa couette à grosses fleurs mauves très pop. Il soupire d’aise. Etire son corps tout fin de 15 ans d’âge (1, 85 mètre pour 53 kilos) glissé dans un jogging noir. Décroche un sourire de tombeur. Et d’un coup, cet ado solaire lance un gros «j’aime ma vie !»Il développe : «Oui, c’est très très bien ma vie maintenant ! Mon père est là depuis les fêtes. Je peux regarder la télé, voir les matchs du PSG et du Bayern et le basket. Ma mère peut enfin me cuisiner du mafé, du tiep, des pâtes, des pizzas. J’ai des toilettes à moi, qui puent pas. Je peux me laver avec de l’eau chaude. Prendre le temps de me brosser les dents. Dormir à n’importe quelle heure. Dormir… Ici, c’est la chambre de mes parents. C’est là que je me repose quand je rentre du lycée, sinon, je dors dans le salon. C’est fatigant la seconde, et de grandir aussi. Et puis, à l’âge de 15 ans, on commence à être fainéant. En fait, non. En fait, si…» Djibi Diakhaté, ex-déménageur en série, livré aux bons soins du 115 du Samu social, s’interrompt. Tout à sa joie, il enchaîne : «Plus tard, je veux être acteur». Oui, plus tard, Djibi veut briller, jouer, faire rigoler comme Ahmed Sylla ou Omar Sy, dont il a vu tous les films et scrute le jeu avec minutie. Se repasse des scènes deux ou trois fois.

Acteur. Djibi Diakhaté est déjà à l’affiche du documentaire de Stan et Edouard Zambeaux, Un jour ça ira, immersion délicate et touchante mais pas gnangnan dans un centre d’hébergement d’urgence au cœur de Paris, avec deux enfants pour fil conducteur : Ange et Djibi . «Mais là, ça compte pas vraiment, parce que je raconte juste ma vie. Et puis, je trouve que j’ai une voix trop aiguë dans le documentaire… Mais c’était il y a deux ans…». Depuis, la voix s’est posée, le corps n’en finit pas de s’allonger («je pense que je vais dépasser mon père»), les pieds de grandir. Depuis six mois précisément, Djibi Diakhaté a un chez-soi. Un vrai. Un logement social tout en haut d’un immeuble qui amortit le tohu-bohu du boulevard de Strasbourg à Paris, aplanit les chaos du passé. «Je suis né à Ravenne, en Italie, le jour de l’Armistice, biche Djibi. Un 11 novembre donc. Et ça, je le redis tous les ans à l’école.»

Ses parents, Mamadou, routier, et Marietou, femme de ménage, ont grandi, dansé ensemble dans le même quartier de Thiès, au Sénégal. Mamadou a quitté le pays pour l’Italie à 18 ans. Marietou l’a rejoint, avant de gagner la France avec Djibi, âgé de 5 ans. Direction Paris, où elle s’installe chez sa sœur. «On était huit dans l’appartement. On est restés trop longtemps. On devait faire notre vie, partir, raconte-t-il sans s’appesantir. Une amie de ma mère nous a parlé du 115». C’est Djibi, très à l’aise en français, qui appelle. La mère et le fils trouvent refuge dans une chambre d’hôtel du XVIIIe arrondissement. «C’était crade, il y avait des cafards, personne de mon âge. Mais c’était ça ou la rue. Ma mère partait tôt et rentrait tard pour gagner des sous. Moi, j’allais au collège. Comme ma mère est femme de ménage, elle nettoyait toujours tout, elle faisait le lit, elle rangeait. Du coup, un jour, le directeur a cru qu’on était partis. Il a donné notre chambre à quelqu’un d’autre, j’ai dû rappeler le 115.»

C’est ainsi que le 31 décembre 2016 Djibi et Marietou débarquent dans un centre d’hébergement d’urgence, près de la place Clichy, qui accueille quelque 300 personnes à la rue, dont 70 enfants, beaucoup de migrants : c’est l’Archipel, filmé par Stan et Edouard Zambeaux. «J’aimais pas l’hôtel, j’ai pas aimé le centre. J’étais énervé. Je me demandais pourquoi on était là, plutôt que d’avoir un logement. Douches communes. Même lit que ma mère. Repas en barquettes. Beaucoup de bruit, difficile de dormir. Au début, je parlais à personne. Et puis, j’ai dû changer de collège, dans lequel je faisais du théâtre. C’était trop loin. Je partais à 7 heures, je me levais à 6 heures, j’étais tout le temps fatigué…».

Un vent glacé souffle pendant quelques semaines sur la vie du garçon de 13 ans. Mais ça redémarre avec des potes comme Junior, dont la mère est également femme de ménage : «On avait aussi en commun les mangas et les jeux vidéo». Djibi s’ouvre. Djibi s’inscrit à un atelier de chant et un atelier d’écriture pour les jeunes, conduit par le journaliste Emmanuel Vaillant de la Zone d’expression prioritaire (ZEP). Djibi se raconte : «Je passe ma vie à déplacer des valises. J’ai toujours été avec ma maman pour les déménagements. C’est ma princesse, c’est ma maman et ma collègue déménageuse […]». Le 24 mai 2016, son texte et ceux d’autres ados du centre sont publiés dans Libération. Excitation maximum. Surprise aussi : «Vous avez publié nos textes d’enfants à côté d’une double page sur des jihadistes !».

«A force, reprend-il, je me suis senti de mieux en mieux. Simplement, je savais qu’on était de passage, que le centre qui nous hébergeait allait être fermé». Certains partent à Nanterre. Djibi Diakhaté et sa mère atterrissent dans un centre Emmaüs près du Père-Lachaise. Avant cela, le dernier jour à l’Archipel, Djibi Belle gueule a été chargé de faire un discours. Il est en tenue du Sénégal, tunique et pantalon en wax. Il dit des mots qui font pleurer l’assistance comme «où sont mes racines ? Mes racines sont dans un pays que je connais pas mais que ma mère connaît» ou «j’imagine ma vie après. Peut-être qu’un jour, je vais déménager dans un appartement, un vrai». Ce jour-là a fini par arriver.

Pendant ces deux années «avec des valises», Djibi n’a pas vu son père : «Il ne pouvait pas venir tant qu’on était à l’hôtel et dans les centres. J’étais seul avec ma mère. C’est ma confidente. Ça fait du bien qu’il soit là. Il n’a pas changé. Mais il va bientôt repartir…». Mamadou, qui n’a qu’un permis de séjour en Italie, espère pouvoir s’installer en France et «veiller sur son grand garçon», pourtant déjà rempli de sagesse. Musulman appliqué, cinq prières quotidiennes et ramadan, Djibi assure n’avoir jamais «subi de discriminations». Un jeune citoyen qui «aime bien Macron. Mais il faudrait qu’il se bouge un peu pour ceux qui sont en difficulté. J’aimais bien Hollande aussi, même si on avait l’impression qu’il dormait, mais vraiment pas Sarkozy».

Djibi bondit du lit. Marietou vient de rentrer : «Djibi doit travailler pour se faire un avenir, explique-t-elle. Même pour être acteur, il faut travailler». Djibi opine. «J’attends de grandir et d’être célèbre pour dire à tout le monde que la vie n’est pas facile, que j’ai habité dans des centres. Je ferai ça pour les jeunes qui me suivront. Pour l’instant, je n’en parle pas. C’est un secret. Au collège, personne n’a su sauf peut-être ma prof principale. Si j’en parle aujourd’hui, tout le monde aura oublié dans une semaine».

Libération

La mode sonne-t-elle le glas du moulant et d’un vestiaire qui laisse peu de place à l’imagination ? Il semblerait que oui. Manches aux proportions démentielles, pulls qui descendent jusqu’aux genoux, les dressings se remplit de pièces toujours plus amples et spectaculaires et ce… depuis quelques temps. Une folie du sur-taillé qui monte en puissance ! En fait, l’oversize fait son grand come-back. Mais cette fois-ci, la tendance a pris racine et pour de bon. L’idée du « je pique la fringue de mon mec » est devenue une mode sophistiquée pour les filles. Manteaux, pulls, pantalons, chemises tout y passe, donnant aux « modeuses » du moove, ces allures convoitées de grandes ados tombées du lit. D’ailleurs annoncée comme la digne héritière de la veste, la chemise est devenue une classique à avoir dans son dressing. La tendance à l’extra large n’échappera pas à cette pièce puisqu’elle se porte oversize ces temps-ci. Attention, cependant, à bien mixer les formes, un total look oversize mal géré ne sera pas flatteur pour la silhouette. Le Secret pour que l’ensemble soit harmonieux est de toujours mettre en valeur la ligne de taille. Il faut éviter également de la noyer sous des volumes ! Pour cela, soit on opte pour un vêtement moulant porté à côté afin de valoriser la silhouette, soit on dévoile carrément la taille si on mise sur le total look. Si à première vue, cette tendance semble être réservée aux stars averties, il suffit de suivre quelques règles simples pour ne pas donner l’air, en l’adoptant, d’avoir pris 30 kg. En effet, le pantalon oversize se porte bien avec un top cropped. Pour allonger les jambes tout en ajoutant une bonne dose de style, les filles font confiance à la combinaison talons hauts et pantalon hyper ample. En haut, elles mixent avec un top cropped; la touche de sexy en plus !

Baba Danpullo  est l’homme le plus riche du Cameroun. Son ascension a bousculé la hiérarchie des vieilles fortunes camerounaises. Avant lui, le gotha des milliardaires répertoriait des personnalités issues d’une bourgeoisie traditionnelle qui lui était étrangère. Il est parvenu à les tenir à bonne distance jusqu’à ce que le classement de la version africaine du magazine Forbes le présente comme la première fortune d’Afrique francophone. C’était en 2015.  À 67 ans, ce peulh musulman cultive l’allure simple du commerçant en habit traditionnel. Il a grandi dans un carrefour de cultures où les Mbororos, musulmans issus du Nigeria voisin et pratiquant l’élevage transhumant, cohabitent avec les agriculteurs bantous.

Il a toujours été proche du pouvoir. Issu d’une famille modeste, il est camionneur et dispose çà et là de quelques échoppes quand, à la fin des années 1970, il fait la connaissance de Youssoufa Daouda, le ministre de l’Économie de l’époque, qui lui octroie des licences d’importation de riz et de farine. Quelques années plus tard, sa rencontre avec Jeanne-Irène Biya lui permet de mettre un pied dans l’industrie : la première dame (décédée depuis) l’aide à acquérir la Société des minotiers du Cameroun en cours de privatisation pour un franc symbolique.

Père de huit enfants, qui travaillent presque tous dans les entreprises du groupe, le milliardaire peut envisager l’avenir avec optimisme. Il veut se lancer dans la production de thé vert, dont la consommation ne cesse d’augmenter depuis que des études lui prêtent la capacité de prévenir certains types de cancers.  En 2013, c’est aussi à Nexttel, coentreprise entre le groupe de Danpullo et le vietnamien Viettel, que le gouvernement a accordé la troisième licence de téléphonie mobile du pays : en trois ans, l’opérateur a développé son réseau au point de couvrir 80 % du territoire. L’homme le plus riche du Cameroun est aussi présent dans le coton, sa compagnie Smic détenant 11 % du capital de Sodecoton, et dans les services aéroportuaires, puisqu’il siège au conseil d’administration d’Aéroports du Cameroun (ADC).

Oumar BA (avec JA)

Ville au passé riche et florissant de comptoir commercial dédié au négoce de l’arachide, Foundiougne a mal de son enclavement qui a fini de tarir la mamelle du tourisme. Mais l’avenir s’annonce plus souriant avec la construction du pont à péage et ses promesses d’une nouvelle prospérité.

« Oh ! Les Sérères nous manifestent leur hospitalité ». Sur un ton taquin, ce vieux Peul de passage, bien sanglé dans son gilet de sauvetage, désigne d’un air émerveillé le joli spectacle des mouettes qui piquent un vol groupé au dessus des passagers du bac de Foundiougne. Le soleil se défait de sa tunique dorée pour enfiler son manteau pourpre et entamer sa descente vers le couchant. Les eaux du bras de mer le Saloum s’enveloppent d’une teinte grisâtre. En ce début du mois de janvier, les oiseaux marins frétillent sur leport pollué de Ndakhonga. Elles portent leur beau plumage blanc et exposent aux voyageurs du bac leur capuchon noir sur la tête et leur bec rose si caractéristique.

Traversée par le bras de mer Le Saloum, la localité est aujourd’hui très enclavée et n’est desservie que par un bac ou des pirogues qui permettent de rejoindre la route de Fatick et d’éviter le détour par Kaolack. La route menant de Fatick à Foundiougne à travers la mangrove est bien entretenue et constitue une belle attraction. La traversée au bord du bac rythme le quotidien des voyageurs qui empruntent la transnationale et les habitants de cette commune située à environ 125 km de Dakar. Les cinq rotations quotidiennes entre Foundiougne et Ndakhonga de 7h30mn à 17h sont des moments de grande activité. Aux points de départ et d’arrivée du ferry, des femmes dynamiques proposent aux voyageurs des produits halieutiques, des fruits de mer séchés en général. Dans le bac, les passagers s’installent comme ils peuvent, entre la file de voitures et les fuites d’huile qui s’échappent du moteur de ce navire transbordeur. Le gilet n’est pas de rigueur, mais ne manque pas de partisans. Comme cette vieille dame bien cachée dans son gilet orange et qui jette un regard inquiet au moindre changement de régime du moteur. « Lou khewati ? » (Qu’est-ce qui se passe encore ?) n’arrête-t-elle de lancer à ses accompagnants qui s’amusent de la situation.

Agonie du tourisme
Founfiougne 2La construction du grand pont à péage de Foundiougne va permettre de désenclaver définitivement cette ville, ainsi que les îles du Saloum en partie et faciliter aussi l’accès à la Gambie. D’une longueur totale de près de 1300 mètres avec des bretelles, le pont sera raccordé à la route nationale N°9. Foudiougne attend avec impatience la réalisation de ce pont qui va réveiller le fort potentiel touristique dormant et relancer l’économie de cette localité paradisiaque, porte naturelle des îles du Saloum. « L’enclavement a tué le tourisme ici. Les hôtels ont mis la clé sous le paillasson et les auberges vivotent avec des taux de remplissage qui frisent le ridicule », confie Georges Console, propriétaire de l’hôtel « Le petit Bou » qui surplombe majestueusement le port de Ndakhonga. Une promenade le long de la plage confirme la régression de l’activité touristique dans la région avec cette kyrielle d’auberges et d’hôtels aux murs rongés par le sel marin et à l’intérieur en ruine.

Pourtant, Foundiougne offre beaucoup de ressources touristiques telles que la pêche, la chasse et certains aspects de la culture locale. Les Bolongs (vasières à mangrove) servent de refuge et de pitance pour les oiseaux et autres animaux aquatiques. Le bras de mer Le Saloum et ses plages sont des invites à la baignade, au bronzage et au canoë-kayak. En plus, le touriste a l’opportunité d’y découvrir en pirogue les nombreuses îles de pêcheurs qui sont autant de lieux de célébration de la nature. Des havres de paix à l’abri de la pollution et du stress.

La cité de Laga Ndong (le roi des Pangol) est une invite au flegme. Ses rues propres mais cabossées et ses grands arbres à l’ombre généreuse incitent à lever le pied.

La vivifiante brise marine qui balaie la ville n’arrange pas les choses. D’ailleurs, aussi loin que porte le regard, de petits groupes se forment sous l’ombre apaisante des arbres. Ici, le temps n’a pas de prise sur les gens. « Chaque jour est un recommencement. On vit toujours la même chose, c’est-à-dire rien du tout », lance d’une voix lasse ce jeune qui rêve de jours plus enchanteurs. Ici, « le temps est la seule chose dont dispose un être humain », pour parler comme Henri Salvador. Hélas !

Monotonie et oisiveté
Georges Console a, pourtant, une autre histoire sur l’oisiveté dans cette belle contrée. « Sur 10 jeunes qui travaillent à Foundiougne, les 9 proviennent des villages environnants. Les jeunes de Foundiougne ne jugent pas la pelle et la pique dignes d’eux. Ils préfèrent conduire des motos Jakarta pour transporter des gens ». Une manière de dire que les jeunes préfèrent la facilité.

Founfiougne 3Sous un arbre à l’ombre débordante, un groupe de jeunes s’affaire devant une saynète de motos. Le vent frais qui pique leurs yeux larmoyants n’est pas de taille à décourager leur quête. « Il n’y a pas de travail ici. Ceux d’entre nous qui n’ont pas réussi dans les études n’ont que cette activité pour vivre. Les autres sont là en train de jouer au babyfoot », soupire ce jeune occupé à lustrer sa moto. Une activité difficile selon ces conducteurs de moto Jakarta puisqu’ils ne sont pas les propriétaires de ces engins. Il leur faut verser quotidiennement 2000 francs aux « patrons », payer le prix du carburant (1000 francs) tout comme la quittance annuelle de 3000 francs. Sans compter la prise en charge des réparations. « On ne parvient pas à garder plus de 1000 francs par jour. Comment épargner dans ces conditions ? » se plaint Moussa, qui se définit comme « un bachelier sans illusion ». « Sans moyen, pas d’études », lâche-t-il, fataliste.

Une promenade dans les rues de Foundiougne permet de sentir le souffle de l’histoire de la localité, avec ses arbres centenaires qui se dressent sur leurs troncs majestueux, comme pour mieux résister au temps qui passe.

On peut encore y trouver l’ancienne maison de négoce Maurel et Prom installée ici en 1870 pour la commercialisation de l’arachide. Elle abrite aujourd’hui l’hôtel « Baobab sur terre » situé au quartier Escale de Foundiougne, à quelques mètres du fleuve. Le site dispose d’un bâtiment colonial de couleur blanche dont les portes et fenêtres persiennes en bois sont peintes en bleu. Il a gardé son carrelage noir et blanc d’origine. On peut aussi déambuler dans son quartier « Almadies », avec ses demeures cossues et ses nombreuses maisons en ruine. Ce quartier s’appelait, d’après le doyen Wack Bâ, un ancien fonctionnaire du ministère des Finances à la retraite, « Keur Ko Sène ». « C’était un notable de Foundiougne, un crieur public qui s’y était installé en premier en 1963 ».

Au quartier Escale, on peut visiter l’école Tafsir Aliou Mour Boye (ex-Ecole des garçons) joliment entretenu avec ses salles de classe fraîchement peintes et sa cour très propre. C’est l’ancienne école du Président Macky Sall qui y a étudié de 1979 à 1983 avant de terminer le cycle primaire à Fatick. Non loin de là, au quartier Thiarakhoulé, se dresse la Place royale au milieu de laquelle trônait un arbre nommé « Mbuul » (Celtis integrifolia) depuis le 12ème siècle. Un monument est aujourd’hui érigé à la place de cet arbre. A l’époque, toutes les décisions étaient prises ici. « Toute femme mariée devant rejoindre le domicile conjugal devait y chanter et danser avec ses accompagnantes en faisait 3 à 7 fois le tour de l’arbre », confie Wack Bâ.

Par Sidy DIOP et Cheikh Aliou AMATH (texte),
Ndèye Seyni SAMB (Photos)

TERRE D’HISTOIRE
La ville de Foundiougne, aujourd’hui parmi les communes doyennes du Sénégal créée en 1917, est l’un des trois départements de la région de Fatick. Elle est limitée au Nord par la commune de Fatick, au Sud par la toute nouvelle commune de Soum, à l’Est par la commune de Passy et à l’Ouest par l’océan atlantique. Foundiougne fut découvert au 19e siècle par les français qui en firent une grande base commerciale.

C’est ce qui illustre en effet la présence des wharfs et des anciennes bâtisses coloniales qui constituent aujourd’hui l’hôtel de ville, la préfecture, la douane, le marché central et beaucoup de boutiques qui servaient jadis de magasins de stockage pour l’arachide. Du début du 20e siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Foundiougne fut le quatrième grand port de commerce de l’Afrique de l’Ouest parce que toute l’arachide cultivée dans le bassin arachidier y passait pour transiter vers l’Europe. Les premiers habitants de Foundiougne seraient des sérères venus du Fouta. Ils arriveraient dans la localité vers le 12ème siècle. Certaines sources évoquent un second peuplement au 13ème siècle composé de mandingues venus du Gaabou. Quid du nom ? Certaines sources affirment qu’il est lié à un objet connu en pays sérère qui s’appelle « soundiougne ».

Cet objet empêche les troupeaux de brouter les cultures lorsque les bergers les envoient paître. Quand les colonisateurs ont découvert la localité, ils auraient demandé aux bergers le nom du lieu. Ces derniers, par incompréhension, répondirent en disant « soundiougne », en référence à l’objet porté par les animaux. Croyant avoir eu la réponse à leur question, les colonisateurs auraient alors noté « Foundiougne ».

Boules puantes

26 Fév 2018
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Le terrorisme fait sa mue. On a connu, jusqu’ici ces « s’en fout la mort » appelés « Jihadistes » qui ont réécrit le Coran et privatisé le paradis céleste. Ils tuent au nom de Dieu, réinventent une façon de vivre en société islamique et multiplient les « fatwas » pour tous les mauvais musulmans qui osent penser que l’Islam est synonyme de paix. Ils utilisent des gilets explosifs, déroutent des avions sur des cibles humaines et enlèvent des milliers de jeunes filles pour les marier de force après les avoir « convertis » à cette nouvelle religion sans prophète et sans apôtre.

Pourtant, cette forme de terrorisme, aussi violent soit-il, n’est rien comparé à celle qui s’installe, progressivement, dans nos sociétés. Ce terrorisme 2.0 est psychologique, moral. Ses bombes de destruction massive sont des mots. Des boules si puantes que des vies entières se retrouvent concassées, détruites à jamais. Il célèbre la pensée unique, abhorre la critique et n’hésite pas à inventer d’innommables infamies pour couler à jamais les têtes brûlées qui voient la réalité avec des lunettes moins colorées. Il suffit de se brancher sur les réseaux sociaux pour voir cette nouvelle armée terroriste à l’œuvre. On y diffuse des enregistrements privés, on y dévoile des secrets intimes, on y invente des histoires salaces pour démolir des réputations ou faire chanter d’honorables pères et mères de famille. La parole est source de vie, mais elle tue tout autant. Combien de personnes ont dû recourir au suicide après avoir été confrontées aux mots qui tuent ?

Par Sidy DIOP

Baba Maal se signale, une nouvelle de fois, avec la musique du film « Black Panther ». Sa voix y retentit de façon nette, audible et authentique. Mais ce n’est pas une première.

Dernier opus des studios Marvel, filiale du géant Disney, Black Panther a été réalisé par le metteur en scène afro-américain Ryan Coogler (Creed, Fruitvale Station). Il s'est entouré d'acteurs noirs, parmi les plus charismatiques et prisés d'Hollywood, dont Chadwick Boseman, l'oscarisée Lupita Nyong'o, Angela Bassett, Forest Whitaker, Daniel Kaluuya... Qualifié de «phénoménal» par la présentatrice Oprah Winfrey, Black Panther ne semble pas avoir fini de surprendre.

Sa bande originale connaît un succès tout aussi impressionnant. Supervisée par Kendrick Lamar, qui vient de raffler cinq Grammy Awards, elle réunit le gratin du rap et du R&B. De The Weekend en passant par SZA, Khalid et James Blake. Black Panther: The Album fait ainsi son entrée à la première place du Billboard 200, le classement des meilleures ventes d'albums aux États-Unis. Selon le site musical américain, il s'agirait de l'un des meilleurs démarrages pour une bande originale depuis plus d'un an. Plus de 154.000 exemplaires se sont écoulés en une semaine, dont 52.000 albums physiques. Le dernier record était détenu par celle de Suicide Squad, s'était vendu à 182.000 exemplaires durant la dernière semaine d'août, l'été dernier.

Pour nous Sénégalais, la particularité de ce film réside dans la participation de Baba Maal dont la voix y retentit de façon nette, audible et authentique. Le son du tama sénégalais, qui ronchonne à quelques endroits, aussi. Cette ouverture vers le Sénégal rend crédible la trame, un blockbuster politique et social dans une Afrique magnifiée. Black Panther, c’est avant tout l’histoire d’un pays africain qui domine toutes les autres nations du monde, mais dont nul n’a jamais entendu parler, car il se protège farouchement contre toute intrusion extérieure.

Pour l’auteur de la musique du film, Ludwig Göransson, c’était une évidence. Il était important pour lui de puiser son inspiration dans les racines africaines. « J’ai fait un voyage de recherche d’un mois en Afrique, un de mes amis m’a mis en contact avec l’artiste Baba Maal et il nous a invités à venir avec lui », raconte-t-il.

Plus de 10 films à succès
Au Sénégal, le Roi du Yela est un artiste comme les autres mais sur le plan international, il est l’un des rares à briller dans le cinéma. Sa musique a été utilisée dans près de dix films à succès : une consécration. Même si les réseaux sociaux ont amplifié le buzz autour de sa contribution dans ce film, peu savent que Baaba Maal est un habitué des soundtracks de films. Depuis sa participation en 1988 à l’album Passion de Peter Gabriel qui compile les musiques du film The Last Temptation of Christ, Baaba Maal enchaîne les succès dans le domaine du cinéma.

Au Sénégal, sa musique est associée au film culte de Sembène, Guelewar en 1998. La même année son tube Call to Prayer avec Peter Gabriel est joué dans le film Why do fools fall in love où Halle Berry est l’actrice principale. En 2014, il participe à la musique du film Exodus : Gods and Kings de Ridley Scott. En 2001, il avait réalisé deux titres dans le film phénoménal Black Hawk Down (La Chute du faucon Noir) et toute la musique du jeu vidéo Far Cry 2. En 2001, sa chanson Souka Nayo est entendu dans la série culte Sex in the City et en 2002, le même titre fait partie des musiques du film Just a Kiss de Fisher Stevens.

En 2011, il compose la musique du documentaire Life in a Day (Documentary). Baba Maal a aussi été reconnu par la BBC Music en 2014 avec sa contribution au remake de The Beach Boys song « God Only Knows ». En 2016, il est en featuring avec d’autres artistes américains dans le premier épisode de la série télévisé The Tonight Show Starring Jimmy Fallon (TV Series). Sa voix, son timbre vocal et sa maîtrise de la musique font de lui l’un des meilleurs ambassadeurs de la culture africaine.

Sidy DIOP


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