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Pr. Daouda Ndiaye, chef du laboratoire parasitologie mycologie du chu le Dantec : Le traqueur de palu

20 Mai 2016
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Ce brillant chercheur, la quarantaine, Agrégé de parasitologie et mycologie, ancien interne des hôpitaux de Dakar, est le co-inventeur de « Illumigene Malaria », un test révolutionnaire permettant de traquer le plus plasmodium et de confirmer les cas de paludisme en moins d’une heure.

En voilà un exemple de chercheur sénégalais qui trouve. En mettant au point « Illumigene Malaria », un test rapide de diagnostic du paludisme, le Pr Daouda Ndiaye fait mentir cette boutade qui veut qu’au Sénégal, des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche. Il a fallu dix ans de labeur et de recherche à ce natif de Guinaw-Rail, dans le département de Pikine, pour mettre au point ce test qui, à coup sûr, va révolutionner le traitement du paludisme qui continue de faire des millions de morts à travers le monde. « Ce test a été mis au point en collaboration avec la compagnie Meridian By Science basée à Cincinnati aux Etats-Unis et le Cdc Atlanta. Reposant sur la biologie moléculaire, il permet d’avoir un résultat confirmatif à 100% en détectant la présence ou non de la plus petite parasite dans le sang et sans risques d’erreurs », explique-t-il.

Contre la fuite des cerveaux
Trouvé dans son bureau au Laboratoire parasitologie et mycologie de l’hôpital Aristide le Dantec dont il est le chef, l’homme dégage une intelligence et une humilité dont on ne peut être qu’admiratif. Son CV, aussi long que le bras, qui tient sur une cinquantaine de pages, en donne une idée. Le local est à l’image de son occupant : tout y respire sérénité. La toge universitaire rouge pourpre fièrement accrochée par-là, des tableaux avec des écritures coraniques par-ci, des photos personnelles de l’autre côté, sans oublier cette table de bureau qui croupit sous le poids des livres et des documents bien rangés, bref le décor de l’antre de cette bête de travail ne manque pas d’interpeler le visiteur. Rasé de près, le débit rapide, le gestuel mesuré, ce Professeur titulaire à l’Université Cheikh Anta Diop, au moment où certains universitaires et chercheurs sénégalais prennent le chemin des pays occidentaux pour monnayer leur savoir, a préféré emprunter la voie inverse pour mettre ses compétences au service de son pays. Ce, alors qu’un juteux poste lui tendait les bras à l’université de Harvard aux Etats-Unis. « En termes d’avantages financiers, sociaux et économiques entre les Etats-Unis et le Sénégal, c’est le pays de l’Oncle Sam qui l’emporte de loin. Mais rester aux Etats Unis aurait signifié trahir mes idéaux et mes principes et probablement passer à côté de mon destin. Quand je partais, c’était pour revenir au Sénégal et contribuer à la lutte contre le paludisme », dit-il la voix ferme. Malgré l’insistance de l’université de Harvard pour le retenir, le Pr Ndiaye a donc refusé de céder. En fait, même tout l’or du monde ne lui aurait pas fait changer d’avis. Lui, l’originaire de la banlieue de Dakar où le paludisme, jusqu’à une certaine époque, tuait à grand trait, maladie dont lui-même a failli mouriren l’ayant plongé dans le coma pendant quelques heures, ce n’est pas donc lui qui va gonfler le rang de ces compatriotes partis sous des cieux plus cléments. « Je ne suis pas adepte de la fuite des cerveaux. J’estime que quand on connaît son métier, on a le boulot qu’on veut. Avec mes compétences et mon expertise, je suis plus utile aux Sénégalais qu’aux Américains», renchérit-il.

Dès le début, l’ambition du Pr Daouda Ndiaye était claire. Il en a fixé le cap et s’est donné les moyens de la réaliser : devenir médecin, avoir ainsi les arguments scientifiques et médicaux qui lui permettent de lutter contre ce parasite. « C’est peut-être prétentieux, mais abréger la souffrance des populations de Pikine était devenu ma préoccupation. Cet engagement m’a toujours guidé. Je me suis dit que le jour où je parviendrai à faire en sorte qu’aucun enfant né à Pikine ne meurt de paludisme, à travers un groupe de collaboration, un consortium, un groupe d’experts, j’aurais atteint mon objectif ». En voyant aujourd’hui son projet aboutir, le Pr Daouda Ndiaye a gagné son pari et c’est non sans fierté qu’il en parle. Et quand il le fait, on sent un homme qui a soif, un homme déterminé et prêt à aller toujours plus loin.

Né au début des années 1970 à Pikine, le Pr Ndiaye a un parcours qui fait honneur à sa grande taille. Le fait d’être issu d’une famille nombreuse et très modeste n’a jamais été un handicap pour celui qui, très tôt, a développé une précocité intellectuelle. Sa scolarité sans aspérités le prouve. De l’école 8 de Pikine à la Faculté de Médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar en passant par le lycée Limamoulaye de Guédiawaye, Daouda Ndiaye a toujours squatté les premières places. C’est ainsi que de la première à la dernière année de la Fac, il a toujours validé son passage dès la session de juillet. Il sort major de sa promotion en 1997 et réussit dans la foulée le concours d’internat. Fait notable, il est le seul étudiant, cette année-là, à avoir été reçu. Malgré ce pedigree, Daouda Ndiaye se refuse à toute forfanterie. « Grâce à Dieu, je n’ai jamais eu d’anicroches dans mes études. Et Quand j’ai réussi à ce concours, j’ai compris la chance que j’avais entre mes mains. J’ai décidé de l’exploiter parce que les portes s’ouvraient devant moi. En effet, quand on est interne des hôpitaux, on peut choisir la discipline qu’on veut et on a la chance d’être un jour enseignant à l’université », confie-t-il.

Formation entre les Etats Unis et le Sénégal
 Soif de connaissances, Daouda, une fois son arrêté d’ancien Interne des hôpitaux reçu en 2000, s’inscrit en Dea à la Faculté des Sciences pour décrocher un diplôme de spécialisation en recherche qui n’existait pas encore à la Faculté de Médecine. Son parchemin en poche, il est sélectionné pour subir une formation entre les Etats-Unis et le Sénégal. En 2010, il est Agrégé et Professeur des universités depuis 2014. Ce parcours lisse, le Pr Daouda Ndiaye le met au crédit de sa maman, « une femme formidable », qui, en l’absence du père de famille disparu alors que Daouda n’avait que neuf ans, a, malgré son analphabétisme, très tôt compris l’importance des études. « Pour faire plaisir à notre maman, il fallait juste bien travailler à l’école. Nous étions dans le dénuement, mais elle n’a jamais demandé de l’aide, elle a fait de nous des personnes fières. C’est pourquoi je ne cesserai jamais de lui rendre hommage. Le meilleur atout pour un homme, c’est sa maman. Quand on s’y adosse, il y a de fortes chances qu’on réussisse dans la vie », confesse-t-il la voix émue. En tout cas, lui a su s’y adosser avec bonheur.

Par Elhadji Ibrahima THIAM

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