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Une spécialité malienne : L’Odyssée du Gagnylah

09 Jan 2017
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Difficile d’y échapper. Le Gagnylah est devenu, pour le Mali, ce qu’est le kiwi pour la France, l’horlogerie pour la Suisse ou la gamme cosmétique Nivea pour l’Allemagne. Ce bazin, teint aux couleurs de l’arc-en-ciel, est, à lui tout seul, un art de vivre dans ce pays qui partage notre devise : un peuple, un but, une foi.

C’est le produit le plus vendu au marché central de Bamako, où les boutiques exposent fièrement et soigneusement ces bouts d’étoffe. Couleurs de feu. Tons doux. Mélanges bigarrés. Le goût commande le choix dans cet univers qui célèbre l’apparence.

Le Gagnylah est devenu une idéologie. « Beaucoup de personnes pensent que le Gagnylah est le plus riche des bazins, mais ils ont tout faux », renseigne Mamadou Niangadou, fils d’un grand exportateur de bazin du Mali et gérant de plusieurs boutiques au marché central de Bamako. En vérité, Gagny Lah est le nom d’un commerçant malien qui, très tôt, s’est lancé dans le commerce de tissus de luxe. Au début, il avait opté pour l’importation du tissu « Tergal » car la plupart des Maliens n’avaient pas les moyens de se payer le bazin riche. Il réussit à se faire une surface financière assez importante pour commander lui-même son bazin, floqué de la marque Gagnylah. Une griffe devenue une entreprise familiale gérée par les enfants de Gagny Lah. Mais c’est une marque parmi d’autres au Mali, car il existe d’autres importateurs qui ont pu aussi labellisé leur marque comme Amadou Niangadou, importateur bazins « Super Alliance » et « Néma » ou encore Bocar Yara, spécialiste du « Getzner ». Les tissus sont généralement importés d’Autriche, d’Allemagne et de la République tchèque. « Les gens ont tendance à croire que tous les bazins teints sont du gagnylah, or, c’est une marque parmi d’autres qui sont de la même qualité. A l’origine, les tissus commandés sont blancs. C’est ici au Mali qu’ils sont teints pour arborer leur couleur finale », explique un tailleur sénégalais installé à Bamako. « C’est comme les cars Ndiaga Ndiaye. On ne peut dire, au Sénégal, que tout car peint en blanc appartient à Ndiaga Ndiaye », poursuit notre interlocuteur.

Chez Mme Sylla, une teinturière du quartier Lafiabougou, plusieurs femmes s’affairent autour de fourneaux et de grands récipients dans lesquels différents tissus sont trempés avec art dans un liquide bouillant. L’odeur de la teinture est très âcre. Elles portent des gants et plongent leurs mains dans les récipients pour bien retourner le tissu, afin de s’assurer que la répartition de la teinture est égale sur toute sa surface. « Un bon tissu teint, c’est celui qui présente la même densité de couleur sur toute sa surface », explique la teinturière.

Mme Sylla dissout un bloc de soude caustique dans de l’eau, puis ajoute une certaine quantité de mordant qui va faciliter la fixation de la teinture sur le tissu. Les colorants, synthétiques, sont mélangés à des doses variables en fonction de la couleur désirée. Le mélange est ensuite filtré. Le tissu, humidifié, est ensuite plongé dans le bain de teinture à plusieurs reprises, afin qu’il soit coloré uniformément. Quand la teinturière juge que la couleur a suffisamment imprégné le tissu, elle le rince soigneusement pour enlever l’excédent de teinture. Le tissu est ensuite séché au soleil pour révéler sa couleur définitive.

L’art de la teinture
Après la teinture, le bazin, pour pouvoir resplendir de tout son éclat, se doit d’être correctement préparé. Les services d’un « tapeur » professionnel sont requis. Le terme « tapeur » est complètement adapté au travail demandé, puisqu’il va taper, plus ou moins fort et plus ou moins longtemps, sur le tissu, en vue de lui donner cet aspect rigide et chatoyant, qui fait toute la beauté du bazin.

Après avoir préparé son billot, le tapeur enduit le tissu de bougie sur toute sa surface. Puis le « tapage » commence. Il martèle consciencieusement, à un rythme régulier, connu de lui seul, le tissu de son maillet qui peut peser jusqu’à quatre kilos. Au bout d’un certain temps, le tissu est replié sur lui-même et ré-enduit. Et le travail recommence. Jusqu’à ce que le tissu ne forme plus qu’un tout petit carré ! Selon la qualité du tissu et selon ses honoraires, le tapeur utilise une frappe différente. L’éclat final dépend ainsi de la somme payée par le client.

Au Mali, le bazin est teint à 1.000 FCfa le mètre. Pour celles qui préfèrent les motifs, il faut compter 15 à 20.000 FCfa, rien que pour le prix de la teinture. Le choix des couleurs des motifs varie d’une saison à l’autre. « Ce sont les griottes qui déterminent la mode du moment », assure Niangadou. Les spectacles et les soirées traditionnelles sont, en effet, toujours guettés par les femmes pour suivre les tendances du moment. Selon Mme Sylla, « c’est le modèle que la chanteuse Mah Kouyaté n°1 a porté lors d'une émission de "Top étoiles", qui est en vogue en cette veille de Tabaski ».

Par Sidy DIOP

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