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Trois bonnes raisons d’aimer… Abdou Diouf

20 Jan 2017
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1- L’homme d’Etat
Au-delà des clichés d’un homme secret, que retenir de l’homme au parcours politique si dense ? Une longue silhouette mince mais étonnamment majestueuse qui se distingue de tous les autres. En plus d’un homme strict, avec une réserve qui est le signe d’une grande sérénité, il est également un grand homme d’Etat. Acteur de la vie politique au Sénégal comme il le rappelle si bien dans ses mémoires, il a été aux abords comme au sommet de l’Etat. En effet, pendant quarante années de vie publique, l’ex-chef d’Etat a entendu, il a vu, il a fait et défait, il a aussi subi. De 1960 à 2000, il a été au service de son pays où il a été, tour au tour, haut fonctionnaire, directeur de cabinet, secrétaire à la présidence de la République, Premier ministre et, enfin, président de la République. Il est l’incarnation de la discipline républicaine pour ne pas dire senghorienne. L’administrateur a d’abord été militant de base de l’Union progressiste sénégalaise (Ups), responsable d’Union régionale, secrétaire général adjoint, secrétaire général du Parti socialiste (Ps), puis président du parti. Quoi de plus progressif et progressiste qu’un tel parcours !

En effet, quand son parti se déchire au nom d’intérêts particuliers et sous l’empire d’une indiscipline notoire d’une jeunesse impatiente qui n’a plus de références, il est judicieux d’interroger à nouveau l’histoire des hommes politiques de ce parti. Ce dernier a la tradition et le grand souci de construire politiquement ses leaders. L’exemple du Lougatois en est une parfaite illustration. Témoin des mutations politiques, son enfance et son adolescence furent façonnées dans le tourbillon d’une famille senghoriste devant faire face à une forte adversité politique. Une adversité qui s’est accentuée au fil des années, notamment avec le multipartisme. Sans l’avoir cherché, il se retrouve dans le cercle des rares senghoristes des années « 50 ».

Bon militant, brillant étudiant et excellent administrateur, les prémonitions de François Luchaire, directeur de l’Enfom à l’époque, faisant état d’« un élément de choix pour une administration de conception », avaient fini par se matérialiser. Major de sa promotion, dans un pays nouvellement indépendant qui veut assurer son développement, l’ancien directeur de la coopération technique internationale avait sa place dans l’administration. Ministre du Plan et de l'Industrie de 1968 à 1970, année où il fut nommé Premier ministre.

2- L’homme de la méthode
31 décembre 1980 : Senghor avait décidé de démissionner librement, laissant son fauteuil à ce brillant cadre de l’administration qui, à vingt cinq ans, est devenu gouverneur, à trente cinq ans, ministre du Plan, à quarante cinq ans, Premier ministre, à cinquante cinq ans, président de la République. De cette coïncidence, un chanteur de son époque lui avait collé le nom de numéro dix. La relève fut assurée, mais le contexte, en plus des hostilités des barrons du parti « hérité », n’était pas favorable. La sécheresse qui frappe à la porte des pays du Sahel les dépouillant de leur richesse animale et végétale comme une femme à qui on aurait rasé la chevelure. Durant des années, les pluies avaient manqué et la famine sévit dans le monde rural à forte composante paysanne. Une telle situation ajoutée aux politiques d’ajustement structurel (Pas) des années « 90 » avait coupé le souffle vital à la quasi totalité des pays de la sous-région. Face à des Etats qui n’étaient plus à mesure d’assurer le payement des salariés, il fallait être un homme d’Etat et un vrai pour contourner les émeutes et putschs militaires. Ceux qui lui en ont voulu parce qu’il s’était plié devant le diktat des institutions financières, notamment la Banque mondiale (Bm) et le Fonds monétaire international (Fmi), avaient-ils oublié que le Sénégal, en plus des services, n’avait que son arachide pour faire marcher la machine économique ? Ainsi, la dévaluation de la valeur monétaire comme les départs volontaires ne s’étaient-ils pas imposés à nous pour décrocher des financements ? Et là, l’éternelle grande question.

Cependant, ce qu’on retient de l’histoire si elle n’est pas déformée pour des soucis de mise en valeur de soi ou par adversité éternelle, intelligemment et avec beaucoup de méthode, l’homme politique Abdou Diouf a pu jouer sa partition et contribuer à la construction de la nation sénégalaise, mais aussi développer des valeurs même si son bilan politique reste contesté et contestable. Et j’insiste bien sur le mot valeur, car c’est ce que le pays a le plus besoin actuellement. La sanction pénale peut être une mesure dissuasive, mais tient difficilement face à la gourmandise des hommes envers l’argent. Les scandales financiers perpétués depuis les années 2000 trouvent leur origine dans les tares d’une société qui a perdu ses valeurs cardinales dont et surtout le « diomb » (ce que l’homme s’interdit de faire). Avec cette qualité, la métaphore de « je ne suis pas le premier ni le dernier à le faire » n’y tient point.

3- L’homme du juste milieu
Présidant pendant de longues années la destinée du pays, il l’a ouvert au multipartisme. De sa célèbre dérision imagée, « voici ouvertes les portes de la mosquée, que ceux qui savent appeler à la prière le fassent », il avait laissé libre cours à la création des partis politiques qui, jusqu’en 1983, étaient au nombre de quatre. De quatre, le nombre de parti passe à dix huit.


Ses différents mandats furent placés, en effet, sous le signe de l'approfondissement de la démocratie, initiée par son prédécesseur, sur la libéralisation progressive de l'économie et sur la décentralisation. Une démocratie qui ne veut pas dire laxisme étatique. Comme un président de la République, il incarnait pleinement son rôle de chef d’Etat qui n’a pas besoin d’agenouiller la République pour récolter des votes. Dans un pays où l’insolence et l’arrogance sont devenues des armes pour arriver à sa fin, on aimerait le revivre à travers le contemporain, je veux dire l’actuel. Le pouvoir de la carotte et du bâton s’impose à ce dernier qui, subtilement, s’inspire de la politique socialiste à la discipline républicaine.

Né un jour de 1935 à Thiokhna, une ville aux portes du Sahel, une zone de contact entre agriculteurs et pasteurs, et ayant grandi à Saint-Louis, la capitale coloniale, point de rencontre de différents groupes ethniques, il est lui-même un pur produit du métissage. En effet, on pourrait le substituer à un Sénégalais, un homme enraciné dans sa négritude et ouvert de par ses origines, à tous les souffles du monde.

Durant son magistère, il n’a jamais montré son appartenance quelle soit religieuse, ethnique ou confrérique. Exprimant une grande passion pour le français, il a parcouru le monde pour exalter les valeurs de la diversité par le biais de la Francophonie qu’il associe avec démocratie. Inlassablement, il se bat pour que la langue de Molière, de Senghor, de Maupassant, de Césaire et d’Edouard Glissant conserve sa place dans le tumulte de la mondialisation.

Par Marame Coumba SECK

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